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Vanités des vanités : le temps… la mort

Vanités des vanités :

le temps qui passe et le thème de la mort

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La farandole des crânes

Vous reprendrez bien un peu de crânes ? À l’heure de la Toussaint, les revoilà qui s’amusent à envahir notre quotidien, arborant dans boutiques et magazines de grands sourires édentés. Simple tocade inspirée par l’Halloween anglo-saxon ? Pas tout-à-fait…

Depuis l’Antiquité, ils sont là pour nous rappeler que la mort approche ! Très apprécié dans l’Art, ce thème des Vanités a donné lieu à des créations terrifiantes, étonnantes, voire même cocasses. Suivez dès à présent ces crânes dans une joyeuse petite rétrospective !

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Nature morte. Cornelis Norbertus Gysbrechts  (1640-1675)

Vanitas, vanitatum…

La fameuse expression « Vanité, tout n’est que vanité » est tirée de ces paroles de l’Ecclésiaste, fils de David et roi de Jérusalem :
« Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité. Quel avantage revient-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ? Une génération s’en va, une autre vient, et la terre subsiste toujours. Le soleil se lève, le soleil se couche ; il soupire après le lieu d’où il se lève de nouveau. Le vent se dirige vers le midi, tourne vers le nord ; puis il tourne encore, et reprend les mêmes circuits. Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n’est point remplie ; ils continuent à aller vers le lieu où ils se dirigent. Toutes choses sont en travail au delà de ce qu’on peut dire ; l’œil ne se rassasie pas de voir, et l’oreille ne se lasse pas d’entendre. Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. S’il est une chose dont on dise : Vois ceci, c’est nouveau ! cette chose existait déjà dans les siècles qui nous ont précédés. On ne se souvient pas de ce qui est ancien ; et ce qui arrivera dans la suite ne laissera pas de souvenir chez ceux qui vivront plus tard. Moi, l’Ecclésiaste, j’ai été roi d’Israël à Jérusalem. J’ai appliqué mon cœur à rechercher et à sonder par la sagesse tout ce qui se fait sous les cieux : c’est là une occupation pénible, à laquelle Dieu soumet les fils de l’homme. J’ai vu tout ce qui se fait sous le soleil ; et voici, tout est vanité et poursuite du vent » (Ecclésiaste, vers le IIIe s. av. J .-C.)

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L’Ecclésiaste. 1671. Philippe de Champaigne. 

Quel crâneur !

Imaginez la réaction des archéologues lorsqu’ils se retrouvèrent nez à nez, en 1874, avec un crâne aux yeux vides, mais curieusement pourvu d’une oreille. Se détachant en mosaïque sur le sol de la salle à manger d’une tannerie de Pompéi, cette représentation surmonte un papillon et une roue.

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Pour les connaisseurs de la civilisation latine, le message est simple : le corps comme l’âme sont en permanence en équilibre au-dessus du destin, la vie n’est qu’incertitude, nous finirons tous sous la forme d’un squelette. Cette image, qui nous paraît aujourd’hui banale, a pourtant mis longtemps à s’imposer puisqu’on ne trouve pas de figures semblables du côté de Sumer, en Égypte ou en Grèce.

Ces vénérables Anciens s’insurgeaient en effet contre l’idée de décomposition du corps et préféraient imaginer leurs morts gambadant au milieu des fleurs de l’autre monde plutôt que nourrissant les vers de celui-ci. Ils privilégiaient donc momification et crémation.

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Mais les Latins du Ier siècle ne l’entendaient plus de cette oreille : ils avaient écouté Épicure et retenu qu’il fallait avant tout trouver la paix intérieure en profitant des plaisirs de la vie. Attention ! Des plaisirs simples, pas des bacchanales tous les soirs !

C’est le principe du carpe diem que le poète Horace a popularisé dans son célèbre vers : « Pendant que nous parlons, le temps jaloux s’enfuit. Cueille le jour [carpe diem] et ne crois pas au lendemain » (Odes, 23 av. J.-C.). Si l’on ajoute cet autre vers : « Maintenant il faut boire [Nunc est bibendum], maintenant il faut frapper la terre d’un pied léger », on comprend mieux pourquoi on trouve des mosaïques figurant des squelettes, une cruche de vin à la main…

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Memento. Nature morte. 1623.

Regarde derrière toi !

Théologien carthaginois du IIe siècle, Tertullien a participé malgré lui à la popularité du Memento mori en diffusant cette anecdote sur les triomphes des empereurs romains :
« [César] ne peut être empereur sans être un homme. Lors même qu’il s’avance environné de gloire sur le char triomphal, on a soin de l’avertir qu’il est mortel. Derrière lui est placé un héraut qui lui crie : « Regarde derrière toi, et souviens-toi que tu es homme ». Rien de si flatteur, de si propre à lui donner une haute idée de sa pompe éblouissante, que l’indispensable précaution de lui rappeler la fragilité de son être. Appelez-le dieu, il descend, parce qu’il a la conscience du mensonge: mais qu’il est mille fois plus grand quand on l’avertit de ne pas se croire un dieu ! » (Tertullien, Apologétique, IIe s.)

À en perdre la tête

Autres temps, autres mœurs : avec l’arrivée du christianisme, on ne rit plus. « Memento mori, souviens-toi que tu vas mourir ! » répète-t-on au pécheur trop prompt à oublier son destin pour mettre à profit un carpe diem pris au pied de lettre.

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La Genèse, déjà, après avoir raconté la chute d’Adam, prévenait ses descendants : « Souviens-toi, Homme, que tu es poussière et que tu redeviendras poussière ». Pour mieux marteler le message, on commence à multiplier les représentations de la Mort sous forme d’un squelette galopant à cheval au milieu des batailles ou récoltant les vies à grands coups de faux.

Lorsque l’allégorie de la terreur n’est pas efficace, on passe à un autre type d’argumentation moins spectaculaire, plus culpabilisant : le Dit des trois morts et des trois vifs met en effet en scène des jeunes gens croisant leurs futurs cadavres, rencontre certes surréaliste mais propre à créer un certain questionnement sur l’avenir.

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Les trois morts et les trois vifs. XIVè siècle. Robert de Lisle

 

Toujours pas convaincu ? Essayons l’humour ! La fin du Moyen Âge voit ainsi se multiplier dans ses foires, à une époque riche en guerres et périls, des saynètes montrant des représentants de toutes les catégories de la population en grande conversation avec la Mort.

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Rapidement, les murs d’églises se couvrent de sarabandes de cadavres vire-voltant joyeusement, entraînant dans leurs folles danses empereurs et chevaliers, moines et paysannes.

Pris dans le tourbillon des danses macabres qui peuplent les gravures populaires, le croyant se familiarise avec la représentation de squelettes et autres crânes qui le rappellent à ses priorités. Cette mise en garde se prolonge jusque sur les épitaphes, telle celle-ci : « En lisant dans ce miroir observe que tu dois mourir, que tu es cendre, ou plutôt boue ; que tu seras nourriture pour les vers » (XIIIe siècle, musée saint Pierre, Lyon).

Le public est prêt, les grands artistes de la Renaissance n’ont plus qu’à se mettre au travail !

« Et rose, elle a vécu… »

Les poètes de la Renaissance ont très souvent associé le thème du temps qui passe à celui de la fragilité de la rose, comme dans les célèbres vers de Malherbe destinés à aider un ami desespéré du décès de sa fille : « Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses,/ L’espace d’un matin » (« Consolation à M. du Périer sur la mort de sa fille », 1599). Mais c’est surtout Ronsard qui s’est approprié ce thème pour écrire parmi les plus belles pages de la poésie. Qui ne connaît « Mignonne, allons voir si la rose… » ou encore « Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose… » ? Plus original, et surtout plus provocateur, Baudelaire reprend en 1857 le thème du carpe diem pour créer à son tour un poème d’amour, mais dans une version sensiblement moins romantique :

« Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux :
Au détour d’un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d’exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu’ensemble elle avait joint ;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s’épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l’herbe
Vous crûtes vous évanouir. […]

– Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
À cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !

Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements. [ …] »
 (« La Charogne »Les Fleurs du Mal, 1857)
.

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Invasion d’os

Comme ce fut le cas pendant tout le Moyen Âge, la Renaissance aime à se plonger dans la vénération des reliques et en particulier de ce crâne qui semble le plus apte à traverser les siècles.

Le voilà notamment qui s’invite tel un vulgaire caillou au pied du Christ en croix, suivant la tradition byzantine. Golgotha, d’ailleurs, ne signifie-t-il pas « crâne » en araméen ?

Posé comme un simple objet de décor dans les scènes de crucifixions, on le retrouve très vite tenant le beau rôle entre les mains d’un saint Jérôme s’interrogeant sur la mort. C’est un autre saint, François, qui reprend la pose à la fin du XVIe siècle, à une période marquée par des troubles religieux intenses et qui, fragilisée, se reconnait dans les préceptes d’humilité du saint personnage.

Petit à petit, le crâne va envahir l’Art, subrepticement, depuis la ville calviniste de Leyde. Il commence tout d’abord par se glisser au milieu des natures mortes moralisatrices qui se répandent du nord au sud de l’Europe. Quel plus beau symbole de vanité de l’Homme que cette tête de mort intercalée entre un plat en or et une poignée de bijoux !

 

Dans le célèbre portrait des Ambassadeurs de Hans Holbein (1533), elle est déformée mais bien là, anamorphose offrant son sourire dévastateur et angoissant au curieux qui pensait admirer deux hommes au sommet de leur puissance.

Au XVIIe s., pour les pays protestants du Nord privés de représentations de saints au profit de scènes de la vie quotidienne, elle va tenir compagnie aux pommes trop mûres ou aux bulles de savon qui rappellent l’évanescence du temps passé sur Terre.

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L’Église catholique s’empresse de s’approprier ce thème porteur pour en faire l’un des succès de son âge baroque. Quelques tristes ossements isolés ne sont-ils pas parfaits pour faire oublier la profusion et le clinquant ?

Pouah !

Hanté par l’assassinat de son père, Hamlet cherche à soigner sa mélancolie en hantant les cimetières… Dans cette scène du dernier acte de la pièce, Shakespeare nous offre une belle allusion littéraire aux Vanités.
« Le fossoyeur – Tenez ! voici un crâne : ce crâne-là a été en terre vingt-trois ans.
Hamlet – A qui était-il ?
Le fossoyeur – A un fou né d’une de ces filles-là. A qui croyez-vous ?
Hamlet – Ma foi ! je ne sais pas.
Le fossoyeur – Peste soit de l’enragé farceur ! Un jour, il m’a versé un flacon de vin sur la tête ! Ce même crâne, monsieur, était le crâne de Yorick, le bouffon du roi.
Hamlet, prenant le crâne. – Celui-ci ?
Le fossoyeur – Celui-là même.
Hamlet – Hélas! pauvre Yorick!… Je l’ai connu, Horatio ! C’était un garçon d’une verve infinie, d’une fantaisie exquise ; il m’a porté sur son dos mille fois. Et maintenant quelle horreur il cause à mon imagination ! Le cœur m’en lève. Ici pendaient ces lèvres que j’ai baisées, je ne sais combien de fois. Où sont vos plaisanteries maintenant? Vos escapades ? vos chansons? et ces éclairs de gaieté qui faisaient rugir la table de rires ? Quoi ! plus un mot à présent pour vous moquer de votre propre grimace ? plus de lèvres ?… Allez maintenant trouver madame dans sa chambre, et dites-lui qu’elle a beau se mettre un pouce de fard, il faudra qu’elle en vienne à cette figure-là ! Faites-la bien rire avec ça… Je t’en prie, Horatio, dis-moi une chose.
Horatio – Quoi, monseigneur ?
Hamlet – Crois-tu qu’Alexandre ait eu cette mine-là dans la terre ?
Horatio – Oui, sans doute.
Hamlet – Et cette odeur-là?… Pouah ! (Il jette le crâne.) »
 (William Shakespeare, Hamlet,1603)

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Saint François d’Assise. Francesco Albani. 1630-1650

 

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Saint Jérôme écrivant. 1606. Le Caravage

Au fond du trou

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Un enterrement. Vers 1849. Gustave Courbet

Quel triste siècle que le XVIIIe ! Aucune tête morbide cachée dans les paysages des fêtes galantes, aucun squelette participant aux épisodes mythologiques de Poussin ! Le rationalisme est passé par là, renvoyant les écorchés à leur place, dans leurs manuels d’anatomie.

Les Romantiques, pourtant fins connaisseurs du macabre, continuent à leur tourner le dos, leur préférant la jolie défunte Atala peinte par Girodet ou les cadavres accusateurs du Radeau de la Méduse de Géricault.

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Fini la dimension théologique, on veut des histoires, du sensationnel ! Seul un crâne danois parvient à se faire une place dans la main d’Hamlet, héros tourmenté de Shakespeare dont l’œuvre est redécouverte à cette époque. « Être ou ne pas être »

Ce n’est qu’à la fin du XIXe s. que les grands amateurs d’Art que sont Courbet, Manet et surtout Cézanne vont redonner vie à un thème quelque peu poussiéreux. N’hésitant pas à représenter, dit-on, son propre enterrement dans sa bonne ville d’Ornans, Courbet dispose devant la fosse un crâne à la présence fort peu réaliste.

Pourtant bien loin des plaisirs de l’existence mis en avant par les Impressionnistes, les Vanités reprennent du poil de la bête en tant qu’hommages aux Anciens ou simples exercices d’adresse.

« Que c’est beau à peindre un crâne ! » se serait d’ailleurs écrié Cézanne, tout content de tester son habileté à représenter cette forme tout en rondeur. Un crâne ou une pomme, quelle différence ? Le jeu sur les couleurs, le rendu du modelé, les ombres, n’est-il pas le même ?

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Paul Cézanne

Tirer la langue à la mort

Dans son poème « Crevasse », Raymond Queneau reprend à sa façon le vieux thème du face-à-face avec la mort.
« Du crâne qui crugit lorsque le vent souffle
suinte mélancolicolicoliquement
le croupissant cresson qui sourd de ses orbites
Crions ! crions ! toujours bêle l’os armature
et gémit mélodieulodieusement
le croisé des crocs qui scient un peu d’espace
Telle crevasse en la cronfusion quotidienne
crécelle le sourire et creuse le bonheur mais
qui tire la langue au crétin croquemitaine.
Cré nom ! crois-je bien que c’est moi »
. (Les Ziaux, 1943).

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Nature morte avec crâne. Pablo Picasso.

La résurrection

Pour trouver un message caché, il faut attendre les grandes catastrophes qui vont meurtrir l’Europe dans la première moitié du XXe siècle et pousser les peintres à s’interroger de nouveau sur le sort de l’Homme.

Revoilà notre crâne invité dans les toiles de Braque, Buffet ou encore de Picasso, même si celui-ci se veut prudent : « Le symbolisme ne doit pas trop être évident ; on ne peut pas continuer à peindre comme ça des os en croix alors on remplace les os par des poireaux et ils disent ce que vous avez à dire » (selon un témoignage de Françoise Gilot).

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La dimension existentialiste reste cependant visible dans les œuvres de la fin du siècle qui traduisent une nouvelle inquiétude face aux bouleversements technologiques ou écologiques que nous connaissons. On continue à dénoncer un mode de vie, désormais vu comme une fuite en avant dans la culture de l’apparence et la consommation à tout prix. D’ailleurs la mort est aussi devenue un produit comme un autre avec lequel on s’amuse.

Mais entre parodie du thème ancien et recherche de l’originalité, les artistes ont bien souvent remplacé les considérations morales d‘autrefois par de la pure provocation.

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À ce petit jeu, la peinture a perdu sa place prédominante au profit des nouveaux supports comme la photographie et la vidéo, mais aussi de la joaillerie et de la sculpture.

Le britannique Damien Hirst réussit ainsi l’exploit en 2007 de créer l’oeuvre d’Art la plus chère au monde avec sa tête composée de diamants, platine et dents humaines. Si le crâne reste donc la star du genre, il est désormais suivi de près par les squelettes souvent utilisés pour donner une dimension plus humoristique à l’œuvre.

Autrefois symbole de rébellion pour pirates ou rockeurs, l’image de la mort est redevenue à la mode mais fait désormais sourire, alors même que l’on fait tout pour en cacher la réalité dans la vie de tous les jours. Un beau succès qui montre qu’en Art elle a a encore de beaux jours devant elle !

« La Camarde ricane »

Parmi les célèbres réquisitoires prononcés par Pierre Desproges au Tribunal des flagrants délires, celui consacré à François Cavanna propose une version modernisée de la formule romantique « O Temps, suspends ton vol ! » d’Alphonse de Lamartine…
« Comme le temps passe… et nous glisse entre les doigts… […]
O arrêter le temps ! Repousser à jamais l’heure inéluctable du tombeau ! Mais non, hélas, la Camarde ricane et nous guette sans hâte, tandis que sournoisement d’heure en heure nous ne cessons de nous flétrir, de nous racornir, de nous friper, de nous tasser lentement mais sûrement jusqu’au stade ultime où les microbes infâmes nous jailliront des entrailles pour nous liquéfier les chairs et nous réduire à l’état d’engrais naturel. Qu’es-tu devenue, toi que j’aimais, qui fus pimpante et pétillant, bouche de fraise et nez coquin, qu’est-ce que tu fous sous ton cyprès ? Qu’es-tu devenue ? Oh je sais. Tu es devenue : azote 12%, acide phosphorique 17%, sels de phosphate 31%, âme zéro. […]
Le temps nous pousse. Sans répit depuis le berceau, le temps nous pousse, le temps nous presse sans trêve vers le trou final : Tic Tac Tic Tac… Tic Tac, merci cloaque ! »
 (Réquisitoires du Tribunal des flagrants délires, 1982).

 

Bibliographie

C’est la vie ! Vanités de Pompéi à Damien Hirst, catalogue d’exposition, 2010, éd. Flammarion,
Élisabeth Quin, Le Livre des vanités, 2008, éd. du Regard.

https://www.herodote.net/histoire/synthese.php?ID=2637&ID_dossier=368

 

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