HANS URS VON BLATHASAR, L'INCARNATION DU CHRIST, LE COEUR DU MONDE, MEDITATIONS, NATIVITE DE JESUS

L’Incarnation du Christ : une méditation de Hans Urs von Balthasar

 

L’incarnation du Verbe de Dieu

rembrandt-simeon.jpg

Jésus et le vieillard Syméon : un tableau de Rembrandt

Dans cet ouvage, Le Cœur du monde, de Hans Urs von Balthasar, l’auteur évoque dans la première partie de son livre (deuxième chapitre intulé « Il vint au monde ») le mystère de l’incarnation de Jésus, le Verbe de Dieu, sa kénose et sa gloire.

 

          L’océan divin contraint d’entrer dans la source minuscule d’un cœur humain, le puissant chêne de la divinité implanté dans le petit vase fragile d’un cœur de terre. Dieu trônant dans la gloire et le serviteur agenouillé dans la poussière désormais indiscernables l’un de l’autre. La conscience royale du Dieu éternel ramassée dans l’inconscience de l’humilité humaine. Tous les trésors de la sagesse et de la science divine entassés dans l’étroite cellule de l’humaine pauvreté. La vision du Père éternel enveloppée dans l’obscurité de la foi. Le roc de la sécurité divine se risquant sur les flots de l’espérance terrestre. Le triangle de la Trinité dressé sur sa pointe et prenant appui dans un cœur humain.

            Ainsi ce cœur, comme l’étroite ouverture du sablier, est-il suspendu entre le ciel et la terre, et incessamment s’écoule de la coupe supérieure, par cet orifice, le sable de la grâce tombant sur le sol terrestre. D’en bas, inversement, s’élève vers les sphères supérieures, à travers l’ouverture, une faible senteur inconnue du ciel, et aucune parcelle de la divinité infinie ne demeure indemne de ce nouvel arôme. Lentement et sans arrêt une vapeur rose teinte les champs immaculés des anges, et l’amour inaccessible du Père et du Fils se nuance de tendresse et d’inclination cordiale. Tous les mystères de Dieu qui, jusqu’à présent, cachaient leur face sous trois paires d’ailes, s’ouvrent et se penchent en souriant vers les hommes. Car, à l’improviste, la région terrestre, telle un miroir sans tache, leur renvoie intact le reflet de leur propre visage.

            Tout ce qui est un devient double, et tout ce qui est double devient un. Ce n’est pas une pâle image de la vérité céleste qui se joue sur terre, mais le ciel lui-même, traduit en langue terrestre. Lorsque, fatigué et accablé par le poids du jour, le serviteur ici-bas tombe à terre, et dans un geste d’adoration touche le sol de son front, cet acte tout simple enferme le parfait hommage du Fils incréé devant le trône du Père. Et, pour toujours, il ajoute à cette perfection éternelle la perfection douloureuse et sans éclat d’une humilité humaine. Mais jamais le Père n’a si bien aimé le Fils pour toujours qu’au moment où il aperçut ce geste las d’agenouillement : c’est alors qu’il jura d’élever cet enfant au-dessus de tous les cieux jusqu’à son cœur de Père, cet enfant d’homme qui est son Fils, et pour l’amour de ce Fils, d’élever aussi tout ceux qui ressemblaient à cet Unique, le bien-aimé par excellence, et dans lesquels il devinait, défigurés est recouverts d’un voile, les traits de son Fils.(*)

 

(*) Hans Urs von Balthasar, Le Cœur du monde, Versailles, Ed. Saint-Paul, 1997, pp. 45-47.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s