CONCILE VATICAN I (1869-1870), EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, INFAILLABILITE PONTIFICALE, JOHN O'MALLEY (1927-....), PIE IX (pape ; 1792-1878)

Le Concile Vatican I par John O’Malley

Le Concile Vatican I : Le pape est-il infaillible ? : La construction de l’Eglise ultramontaine (1869-1870)

John O’Malley

Namur,  Lessius,  2019. 262 pages.

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Présentation de l’éditeur

Le but principal du concile Vatican I consista à définir le dogme de l’infaillibilité pontificale.
L’auteur nous fait pénétrer dans les débats du concile avec son humour habituel et comme si ces débats, plus actuels que l’on ne pense, se déroulaient sous nos yeux.

Avec ce volume, John O’Malley clôt sa trilogie sur les trois derniers conciles : L’événement Vatican II (2011) et Le Concile de Trente : ce qui s’est vraiment passé (2013). Le but principal du concile consista à définir le dogme de l’infaillibilité pontificale. Le pape de l’époque, Pie IX, avait publié en 1864 le Syllabus, texte officiel dans lequel il condamnait entre autres les idées modernes et la  » liberté de conscience « . Pie IX revendiquait aussi dans le Syllabus la suprématie du fait religieux sur l’ordre temporel. Dix ans auparavant, le 8 décembre 1854, Pie IX avait défini ex cathedra le dogme de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, sans réunir un concile comme il est d’ordinaire pour les questions concernant les dogmes.
Au bout de débats parfois houleux, le 18 juillet 1870, le concile, à une écrasante majorité, affirme la primauté universelle du pape comme de droit divin et définit que l’infaillibilité pontificale est une vérité de foi divinement révélée. Cette infaillibilité est strictement et précisément délimitée : elle concerne le cas où le pape, en vertu de sa charge et en matière de foi ou de morale, prononce solennellement et ex cathedra qu' » une doctrine doit être tenue par toute l’Église « . Le monde catholique suivit dans son ensemble.
La singularité du regard de John O’Malley consiste à nous faire participer à tous les débats, tractations, conciliabules, non seulement théologiques mais politiques. Il met en particulier en valeur les débats qui eurent lieu en France entre partisans d’une Église gallicane et ceux d’une Église totalement soumise à Rome ( » ultramontaine « ). L’auteur nous fait pénétrer dans ces débats avec son humour habituel et comme si ces débats, plus actuels que l’on ne pense, se déroulaient sous nos yeux.

Biographie de l’auteur

John O’Malley, jésuite nord-américain, est professeur à l’université de Georgtown (Washington). Il est spécialisé dans l’histoire de l’Église. Lessius a publié de lui avec succès L’événement Vatican II (2011) et Le Concile de Trente : ce qui s’est vraiment passé (2013).

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Analyse

Pour le dernier volet d’un triptyque sur les derniers conciles (Concile de Trente, Vatican I et Vatican II), l’auteur reste fidèle à sa méthode : à sa savoir qu’avant d’entrer dans le Concile proprement dit il en expose tout d’abord le contexte et les enjeux.

Ainsi si il est bien question du Concile Vatican I qui doit débattre de l’infaillibilité pontificale, John O’ Malley démontre en remontant loin en arrière que le combat se joue entre deux façons de se situé par rapport à la papauté : il s’agit du gallicanisme qui défend les intérets et les prérogatives de l’Eglise de France face à une vision « ultramontaine » de la papauté c’est-à-dire soumise à Rome et donc au Pape. Après la Révolution, par journaux interposés l’on verra les deux camps s’affronter violemment (en France sous la plume de Louis Veuillot sans le journal L’Univers, dans la Civita Cattolica, journal jésuite italien). Dans ce contexte de politique intérieure il faut ajouter les tensions de politique extérieure : le réveil des nationalités dans chaque empire (Allemagne, Autriche, Italie) et les menaces qui en découlent. Il ne faut pas oublier non plus un changement de mentalité : c’est à cette époque que l’on vit surgir une nouvelle manière de faire de l’exégèse : c’est ce que l’on appelle l’exégèse historico-critique dont le chantre sera en France Ernest Renan avec sa Vie de Jésus.

C’est donc dans ce climat que le Pape Pie IX réunit le 8 décembre 1869 un Concile Œcuménique pour débattre des problèmes de l’Eglise catholique dans un monde en pleine mutation. Bien vite l’on va assister à un affrontement entre une majorité d’évêques ultramontains (avec comme chef de file Mgr Manning, archevêque de Westminster) et une minorité gallicane (où se remarquent surtout Mgr Dupanloup, évêque d’Orléans, et Mgr Darboy, archevêque de Paris, pour la France). Finalement la majorité ultramontaine va l’emporter et le dogme de l’infaillibilité pontificale sera voté à une large majorité.

Ce dogme sera bien admis dans l’ensemble du monde catholique. Mais une partie des catholiques provoqueront un chisme en ne reconnaissant le nouveau dogme : ils constitueront ce que l’on appelle l’Eglise des « Vieux catholiques ». Il est d’ailleurs dommage que l’auteur ne mentionne pas les conséquences d’un Concile qui a marqué l’Eglise catholique jusque dans la première moitié du XXè siècle.

Ce Concile fut interrompu en 1870 à cause de la Guerre de 1870 entre la France et la Prusse et du fait également de l’unification italienne privant le Vatican de ses Etats pontificaux. De ce fait le Concile ne reprit jamais, mais jamais clôturé il le fut seulement quand Jean XXIII convoqua le Concile Vatican II en 1962.

©Claude-Marie T.

 

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Rencesion de la revue Etudes (Janvier 2020)

Dernier volet d’un triptyque sur les trois derniers conciles (Trente, Vatican I et Vatican II), cet ouvrage n’est pas un traité de théologie visant à justifier par les Écritures la primauté juridictionnelle de l’évêque de Rome et le dogme de l’infaillibilité pontificale en matière de foi. C’est une étude de la lutte séculaire qui a longtemps opposé le cléricalisme catholique et la modernité. Le rationalisme individualiste formulé au XVIIsiècle, inscrit dans les théories du contrat social et dans l’affirmation des droits humains au siècle suivant, a nourri les mouvements politiques qui ont, au XIXsiècle, contesté le pouvoir centralisé de l’Église romaine. En réaction au gallicanisme, agité comme un chiffon rouge, les mouvements de pensée ultramontains ont défendu la nécessité philosophique et politique de la monarchie pontificale. Joseph de Maistre en France, Edmund Burke en Irlande, Henry Edward Manning en Angleterre ont, chacun à sa façon, traduit en termes politiques la théologie de Robert Bellarmin touchant l’unité juridictionnelle et l’uniformité doctrinale dans l’Église. L’auteur souligne aussi le rôle qu’ont joué la presse de l’époque et les manœuvres des opposants, au demeurant fortement minoritaires et mal organisés, ce qui nous vaut quelques récits croustillants. En contrepoint, on pourra relire du même auteur L’événement Vatican II (Lessius, 2011), ou même Mon journal du Concile d’Yves Congar (Cerf, 2002) : le dernier concile eut une histoire tout aussi mouvementée que le précédent, mais aboutit à une ecclésiologie moins autocratique.

 

Numéro Etudes, janvier 2020.

https://www.revue-etudes.com/article/le-concile-vatican-i-par-john-o-malley-22368

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Recension parue dans le Journal La Croix

En 2011, juste avant le début des célébrations du cinquantenaire du concile de Vatican II, paraissait la traduction en langue française  de L’événement Vatican II (Lessius), ouvrage  qui reste encore aujourd’hui un des meilleurs sortis sur le sujet. Son auteur était  le jésuite américain O’Malley, né en 1927, ancien professeur de théologie et d’histoire ecclésiastique à l’université de Georgetown. Suivit deux ans après un autre volume sur le concile de Trente, toujours très intéressant. Il y avait donc une certaine logique à ce qu’il publiât un troisième, cette fois sur le court concile de Vatican I, interrompu, on le sait, par les évènements politiques de l’époque, quand, le 2 septembre 1870, Rome fut prise par les troupes du Royaume d’Italie.

 

Dissensions

Au moment où s’ouvre le concile, les  évêques français (88 sur 700 prélats présents), qui représentent le deuxième contingent, après bien sûr les Italiens, sont assez divisés sur la question de l’infaillibilité pontificale, certains étant très favorables, comme Mgr Pie, évêque de Poitiers, d’autres opposés, à des degrés divers, comme Mgr Dupanloup, évêque d’Orléans, ou Mgr Darbois, archevêque de Paris. Ce qui est surtout détaillé dans cet ouvrage qui se lit comme un roman d’aventures, c’est la manière dont les infaillibilistes, le pape à leur tête, avancent leurs pions, de manière autant méthodique qu’intransigeante.

On doit reconnaître que le jésuite ne donne pas le beau rôle à Pie IX lui-même, qui semble dans cette affaire ne pas jouer le jeu de la communion dont il est pourtant normalement le garant. En effet, le pape n’a pas vraiment cherché le moindre compromis avec la minorité qui, se sentant prise au piège, a préféré partir et, ainsi, la veille du vote, une soixantaine d’évêques quittèrent Rome pour ne pas avoir à voter ! Ainsi, le 18 juillet 1870, fut adopté le fameux paragraphe où il est dit ceci : « Le pontife romain, lorsqu’il parle ex cathedra, c’est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu’une doctrine, en matière de foi ou de morale, doit être admise par toute l’Église, jouit par l’assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue l’Église, lorsqu’elle définit la doctrine sur la foi ou la morale. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables de par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l’Église ». Peu après, les troupes italiennes entrèrent dans Rome, ce qui mit un point final au concile et quand, début 1959, Jean XXIII annonça un concile, il l’appela très vite Vatican II, pour bien montrer que ce n’était pas la continuation de Vatican I…

Foi et raison

Il est vrai que ce dernier est surtout connu pour son vote sur l’infaillibilité du pape.  Pressentant, à juste titre, que le temps était compté, la majorité conciliaire, avec le soutien du pape, avait fait en sorte que ce point-là soit étudié et voté avant même tout ce qui avait été préparé et la  constitution Pastor aeternus, un texte bien construit sur l’Église en quinze chapitres, n’a donc jamais été votée par les pères conciliaires, sauf son onzième chapitre, intitulé « La primauté du pontife romain », qui comprenait à l’origine trois paragraphes, auxquels fut rajouté un quatrième justement intitulé « L’infaillibilité du pontife romain »…

Pour autant, et cela se sait moins, le concile avait pourtant bien voté une autre constitution, entièrement cette fois-ci, Dei Filius, promulguée par le pape le 24 avril 1870, qui étudiait les rapports entre foi et raison. « Les quatre chapitres traitaient tous des différents aspects d’une même question : est-ce que Dieu peut être connu, et comment ? », dit de manière synthétique John O’Malley.

Le lecteur reste ici un peu sur sa faim et regrette que ce dernier expédie en seulement deux pages son commentaire de ces quatre chapitres car, tout de même, Dei Filius faisait preuve, déjà, d’une réflexion certaine sur la question qui marquait l’époque depuis les Lumières, à savoir celle justement du rapport entre la raison et la foi, et sera une étape vers le grand texte Dei Verbum, votée presque un siècle plus tard, sans parler de l’encyclique, certes à l’autorité doctrinale moindre, promulguée par Jean-Paul II en 1998 et dont le titre est précisément Fides et ratio

Sur un point précis, on sait que Dei Verbum dit très clairement que l’Écriture et la Tradition « jailliss(ent) d’une même source divine », alors que la formulation de Dei Filius était plus vague, disant seulement que la « révélation surnaturelle est contenue (…) dans les livres écrits et les traditions non écrites », ce qui pouvait conforter les tenants des deux sources… Dommage que O’Malley, dans son trop court commentaire, n’ait pas même un seul mot sur cette question !

Enfin, dernier petit reproche : alors que notre auteur s’est si longuement étendu en début d’ouvrage sur les préliminaires du concile, on peut regretter qu’il s’arrête assez brusquement, sans seulement une ligne sur les conséquences du vote de l’infaillibilité, en particulier sur les remous que cela a pu occasionner parmi quelques-uns qui restèrent opposés au nouveau dogme, surtout dans la sphère germanophone, comme Ignaz von Dölinger (1799-1890), dont il est largement question dans ce livre, et d’autres qui formeront l’Église (schismatique) vieille-catholique (ou Union d’Utrecht)…

 

https://livre-religion.blogs.la-croix.com/histoire-les-enjeux-theologiques-et-politiques-du-concile-vatican-i/2019/11/14/

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