FRANÇOIS VARILLON (1905-1978), JESUS CHRIST, LA SOUFFRANCE DE DIEU, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, LIVRES DE SPIRITUALITE, MAL (problème du), SOUFFRANCE

La souffrance de Dieu

La Souffrance de Dieu 

François Varillon

Paris, Edition Bayard/Le Centurion, 1975. 115 pages.

41PJ19MNSVL._SR600,315_PIWhiteStrip,BottomLeft,0,35_PIStarRatingFIVE,BottomLeft,360,-6_SR600,315_SCLZZZZZZZ_

 

Quatrième de couverture

Un Dieu impassible qui surplombe du haut de sa gloire le mal et le malheur du monde ! Cette image continue de vivre dans les profondeurs de l’inconscient. Mais, si rien n’affecte jamais son éternelle sérénité, Dieu ne peut être qu’indifférent et insensible au drame des humains. Doit-on vraiment oublier la souffrance des hommes pour chanter l’éclat de Dieu trois fois saint ? La souffrance demeure. Aujourd’hui des théologiens s’interrogent sur la présence en Dieu même d’un mystère de souffrance. Ne souffrirait-il pas lui-même de tout le mal qui ravage la terre, comme osait l’écrire Jacques Maritain ? Il a fallu le courage intellectuel et l’audace croyante du père Varillon pour l’exprimer clairement, avec une fervente et patiente attention au mystère de Dieu vivant et à celui de notre condition. Pour parler de Dieu, de sa miséricorde autant que de sa puissance, de sa sensibilité autant que de sa perfection, pour dire la joie sans oublier le mal et la détresse, il faut méditer ces pages. Elles sont pleines du tourment de Dieu et de l’homme. Depuis la parution de ce très beau livre, beaucoup s’accordent à dire avec le père Jacques Guillet :  » Personnellement je ne puis penser à Dieu autrement que sous ces traits.  » Parce que ces traits consonnent le plus avec le témoignage même de la Bible.

 

En voici quelques passages

Le paradoxe d’un Dieu humble est apparu violent à plus d’un. Voici que celui d’un Dieu qui souffre l’est davantage encore. Est-il vrai que la souffrance, comme l’humilité, est au cœur  de la Gloire ? Pour approcher ce mystère, (…) à la seule pensée qu’il est possible que Dieu souffre, être saisi soi-même par une souffrance qui serait, si faible soit-elle, une participation à la sienne. Car, si Dieu souffre, ce ne peut être d’une émotion vague, en quelque sorte marginale, ou qui effleure sans étreindre.
Rien n’est accidentel en Dieu. Si Dieu souffre, sa souffrance a la même dimension que son être et que sa joie. Dimension sans dimension. Sans limite. Infinie. Au cœur  de l’Essence et selon l’incommensurable ampleur de son rayonnement » (page 12)

Mais il y a ceci que je ne puis pas vouloir positivement, ni même désirer ;  l’expérience d’une participation à la souffrance de Dieu (…) ne peut être qu’une théopathie.  Au double sens du mot : non seulement  » souffrir Dieu « , comme tous les mystiques (…) mais souffrir sa souffrance. En deçà déjà de cet éventuel redoublement de d’abîme, j’ai appris qu’une « intention du mysticisme (…) et « destructive de la mystique : elle lui substitue en effet un esthétisme de la spiritualité » Je dois donc, parlant d’un Dieu qui peut-être souffre,  me résigner à souffrir de ne pas souffrir, veillant seulement à ne jamais me complaire en ce qui serait augmentation de connaissance  (…) » (pp. 12-13)

Que votre livre, me dit une jeune femme, soit l’enfant du désert ! Elle dit bien. Mais quelle amertume tout de même en cette sécheresse obligée, quand je songe qu’un  Dostoievski était malade d’émotion devant la toile de Holbein, au musée de Bâle, représentant le corps décomposé du Christ détaché de la croix ! A cet instant le grand romancier échappait à ce qu’il appelait le « terrestre ordre normal « , entendant par là l’équilibre facile de l’existence en sa banalité, privée de tragique, de profondeur et de mystère. Si du moins j’étais frappé en plein visage, et mon lecteur avec moi, par la gravité du visage de Dieu ! Cela doit être possible. Mais Hegel avait bien raison de redouter l’art médiocre qui « donne à la platitude l’apparence d’un discours profond ». (p.13)

 L’Image d’un Dieu impassible qui surplombe dans une olympienne sérénité le mal et le malheur du monde subsiste et vit d’une vie secrète dans les profondeurs de l’inconscient de l’humanité. Impassible, cela veut dire insensible, donc indifférent (…). Comment croire que Dieu est Amour, s’il faut penser que notre souffrance ne l’atteint pas dans son être éternel ? Quand je pleure ou me dégrade, est-il « marbre absolu « ? L’amour est vulnérable, mais une nature parfaite ne l’est pas. Or Dieu est parfait, sauf à ne pas être vraiment Dieu. Aussi bien, pour plus d’un, l’image d’un être que rien ne peut blesser se juxtapose, non sans susciter une sourde révolte, la réalité historique d’un Christ fraternel qui a souffert et qui est mort sur une croix. La souffrance du Christ, loin d’atténuer le scandale de l’impassibilité du Père et de l’Esprit, semblerait plutôt l’accroître. Car ce n’est pas seulement la douleur des créatures qui serait impuissante è émouvoir l’éternel, mais celui que le Père a envoyé, le Fils fait homme, aurait pu agoniser jusqu’à suer du sang sans qu’en son être immuablement bienheureux l’Absolu ait douloureusement vibré!

Jésus d’ailleurs n’a souffert qu’un temps, la douleur humaine est de tous les temps. C’est maintenant que j’ai mal, c’est autrefois qu’il a porté sa croix. Il est maintenant glorieux. Au chevet du cancéreux dont la face est rongée et qui respire interminablement, l’épouse la plus chrétienne peut laisser échapper cette plainte qu’il serait bien imprudent de qualifier de « blasphème grave  » Pour le Christ cela n’a duré que quelques heures, pour toi ce sont des mois!  » Dérision tragique, quand on entend cela, du moindre essai d’argumenter sur le rapport de l’éternité et du temps! Rien ne peut faire qu’à l’heure où je plie sous le fardeau, le bonheur de Dieu et de son Christ ne soit imaginé comme étant sans défaut. Puissance de l’inconscient! Ténacité des fantasmes qu’il suscite ! (pp. 14-15)

Si les gens savaient… que Dieu `’souffre » avec nous et beaucoup plus que nous de tout le mal qui ravage la terre, bien des choses changeraient sans doute, et bien des âmes seraient libérées » (…) (p. 15)

Dans l’ordre de l’être, la souffrance est une imperfection. Dans l’ordre de l’amour, elle est le sceau de la perfection (p. 71).

Jésus avait touché le fond de la douleur des hommes en épousant sur la croix leur solitude. Il ne savait pas, disions-nous, que le Père partageait sa souffrance: aspect abyssal de la kénose. Mais ce qu’alors le Père partage, c’est, plus profonde que toute autre souffrance, la solitude du Fils. Car il sait que le Fils ne sait pas, et son amour, en le retenant d’intervenir, atteint la cime de sa puissance: c’est, la lettre, la Toute-Puissance.  (p.74)

Si Dieu souffre, c’est de trop aimer (p. 76)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s