ALEXIS DE TOCQUEVILLE (1805-1859), EDMUND BURKE (1729-1797), FABRICE BOUTHILLON, FRANÇOIS FURET (1927-1997), FRANCE, HISTOIRE DE FRANCE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, PHILOSOPHIE POLITIQUE, PIERRE MANENT (1949-....), POLITIQUE FRANÇAISE, POUR COMPRENDRE LA MODERNITE POLITIQUE

Pour comprendre la modernité politique

Lecture et confinement :

sept livres pour comprendre la Modernité politique

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 l’apparition et le développement de la Modernité politique.

Comment comprendre le grand basculement dans l’histoire des idées, à l’origine du passage de la politique classique, axée sur la recherche du bien, à la politique du contrat ? Voici sept livres majeurs qui aident à saisir ce bouleversement et ses conséquences.

 

RÉFLEXIONS SUR LA RÉVOLUTION DE FRANCE, D’EDMUND BURKE

Belles lettres

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Réflexions sur la révolution de France 

Edmund Burke

Paris, Les Belles Lettres, 2016.

Libéral anglais lié au parti whig, Burke était prédestiné à accueillir favorablement la Révolution française. À la faveur d’un voyage en France, il prévoit dès la fin de 1790, les conséquences délétères de la Révolution sur la liberté. Opposant la Révolution française fondée sur l’idée des droits de l’homme à la Révolution anglaise fondée sur une longue tradition des libertés, Burke donne naissance au conservatisme politique dans Réflexions sur la Révolution de France, un livre de circonstance qui est devenu un classique de la pensée politique (rééd. Belles Lettres, 2016).

 

DE LA DÉMOCRATIE EN AMÉRIQUE, DE TOCQUEVILLE

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De la démocratie en Amérique 

Alexis de Tocqueville

Paris, Editions Flammarion, 2010. 301 pages.

Dans De la Démocratie en Amérique, classique de la pensée politique (1835-1840), Tocqueville ausculte le phénomène démocratique naissant en posant notamment une question fondamentale : la démocratie moderne, qui est plus un « état des mœurs » qu’un régime politique à proprement parler, garantit-elle la liberté des citoyens et leur participation à la vie publique ? Tocqueville pointe le danger du repli sur un individualisme étroit et du désintérêt croissant des citoyens pour la chose publique, de la remise à l’État de toute une série de préoccupations dont ils se délestent à son profit. Visionnaire 

 

PENSER LA RÉVOLUTION FRANÇAISE, DE FRANÇOIS FURET

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Penser la Révolution française

François Furet

Paris, Gallimard, 1985. 313 pages.

Ce court essai de l’historien François Furet a bouleversé l’historiographie de la Révolution française. S’élevant contre l’interprétation « jacobine » de l’événement, longtemps dominante, l’historien propose une interprétation qui repose sur l’autonomie du politique par rapport au social. Dans le cadre d’une histoire conceptuelle du politique, le processus révolutionnaire est envisagé comme une dynamique politique et idéologique autonome, indépendante des intérêts de classe. Dans sa polémique contre l’historiographie sociale et marxisante, l’historien fait appel aux historiens du XIXe siècle, en s’appuyant sur les œuvres de Tocqueville et de Cochin. La Révolution française est alors interprétée à la fois comme le produit de l’Ancien Régime et comme l’avènement de notre civilisation. En travaillant sur la symbolique et l’idéologie révolutionnaires, Furet participe du basculement de l’historiographie française de l’économique et du social vers le politique et le culturel. 

Quatrième de couverture

La Révolution française peut être interprétée à la fois comme le produit de ce qu’elle a appelé l’Ancien Régime, et comme l’avènement de la civilisation où nous vivons depuis. Dans le premier cas, elle est le grand spectacle de ce qui s’est passé avant elle ; dans le second, elle inaugure le cours de l’égalité et de la démocratie modernes. Ce livre est une tentative pour la penser sous ces deux aspects, en renouant avec des questions posées par la tradition historiographique du XIXE siècle.

En 1978 François Furet, grand historien de la Révolution, ancien communiste, propose de relire deux grandes interprétations de l’événement. D’abord celle de Tocqueville qui, dans l’Ancien Régime et la Révolution, insistait souvent à juste titre, parfois excessivement, sur la continuité entre la monarchie absolue et le mouvement révolutionnaire. Et puis celle, moins connue, de l’historien Augustin Cochin, mort à la guerre de 14, qui montre la manière dont les sociétés de pensée du XVIIIe siècle ont été le laboratoire du jacobinisme. Penser la Révolution française est sans doute le livre essentiel pour comprendre notre Révolution (Gallimard, 1978).

 

LA CITÉ DE L’HOMME, DE PIERRE MANENT

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La cité de l’homme 

Pierre Manent

Paris, Flammarion, 2012. 295 pages.

Marqué par le grand philosophe américain Leo Strauss et par Raymond Aron, Pierre Manent montre dans un essai époustouflant que tandis que les Anciens étaient soumis à une loi qui les dépassait, les Modernes entendent n’avoir aucune autre loi que celle qu’ils veulent bien se donner. Le génie de Manent dans La cité de l’homme est d’avoir compris et montré que cette rupture trouve sa source dans le conflit moderne non résolu entre la cité et l’Église, la nature et la grâce, que la Modernité a soldé en s’affranchissant de toute hétéronomie au profit de la revendication d’une autonomie radicale (Flammarion, 1994 ; réédition 2012, coll. « Champs, essais »).

 

L’ILLÉGITIMITÉ DE LA RÉPUBLIQUE, DE FABRICE BOUTHILLON

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L’Illégitimité de la République : Considérations de l’histoire politique de la France au XIXe siècle (1851-1914) 

Fabrice Bouthillon

Paris, Plon, 2004. 312 pages.

Présentation de l’éditeur

L’histoire politique du XIXe siècle français repose pour l’essentiel sur un mythe, celui de l’irrésistible enracinement de la République depuis la Révolution française. Pourtant, à l’inverse de la révolution américaine, qui a immédiatement débouché sur une nouvelle Constitution, 1789 a abouti à un échec cinglant. La révolution française a bien su détruire la légitimité de l’Ancien Régime, mais elle a été incapable de lui en substituer une autre. La guerre civile déchaînée par les Constituants ouvre carrière à différentes tentatives pour refonder l’unité nationale : exclusion des extrêmes, sur le mode de la monarchie selon la Charte ou de la République conservatrice ; addition de l’extrême gauche et de l’extrême droite, comme s’y essayèrent le bonapartisme, puis le boulangisme. Puisque aucune de ces formules politiques ne pouvait parvenir à la stabilité, l’oscillation de la politique française a duré jusqu’en 1914. Et comme, au XXe siècle, aussi bien le national-socialisme que le stalinisme ont repris à leur compte la formule de centrisme par addition des extrêmes, il n’est pas possible d’échapper à cette conclusion dérangeante que c’est la Révolution française qui a ouvert l’espace politique dans lequel sont devenus possibles les totalitarismes.

Fabrice Bouthillon, historien aussi talentueux qu’original, a développé dans L’illégitimité de la République une thèse qui est au cœur d’une œuvre magistrale de cohérence. La Révolution a détruit l’ordre ancien sans réussir à créer le consensus autour d’un nouveau régime politique. Tiraillé entre la droite et la gauche, ce régime s’est cherché dans un centrisme à deux variantes : celle par exclusion des extrêmes (Directoire, orléanisme ou républicains modérés), et celle par addition des extrêmes (Bonaparte, Boulanger, de Gaulle). Le paradoxe de l’histoire française est que le centrisme consensuel n’a pu se stabiliser que dans le sang de la première Guerre mondiale, que la victoire a pu cimenter, et donner à la République une légitimité que par elle-même elle n’arrivait pas à atteindre. Les pays vaincus, quant à eux, rejetteront ce centrisme consensuel pour adopter la variante par addition des extrêmes dans le fascisme, le nazisme et le communisme (Plon, 2004, réédition juillet 2018, Éditions Dialogues).

 

L’ÂGE SÉCULIER, DE CHARLES TAYLOR

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L’Âge séculier 

Charles Taylor

Paris, Le Seuil, 2011. 1344 pages.

 

Présentation de l’éditeur

Il est d’usage de dire que nous, modernes Occidentaux, appartenons à un  » âge séculier « . Comment est-on passé d’un temps, encore proche, où il était inconcevable de ne pas croire en Dieu, à l’époque actuelle, où la foi n’est plus qu’une option parmi d’autres et va jusqu’à susciter la commisération ?

L’explication la plus courante consiste à affirmer qu’à la faveur des progrès de la connaissance, la vérité aurait triomphé de l’illusion, nous poussant à ne chercher qu’en nous-mêmes notre raison d’être et les conditions de notre épanouissement ici-bas.

En révélant les impensés de ce récit classique de la victoire des Lumières qui fait du  » désenchantement du monde  » la seule clé de l’énigme, Charles Taylor entreprend une enquête philosophique et historique monumentale qui renoue les liens entre l’humanisme et l’aspiration à la transcendance. Loin d’être une  » soustraction  » de la religion, la sécularisation est un processus de redéfinition de la croyance qui a vu se multiplier les options spirituelles. Si plus aucune n’est en mesure de s’imposer, les impasses du  » matérialisme  » et les promesses déçues de la modernité continuent d’éveiller un besoin de sens.

Charles Taylor est professeur émérite de philosophie à l’université McGill (Montréal). Reconnu comme l’un des plus importants théoriciens du multiculturalisme et du communautarisme et auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels Les Sources du moi (Seuil, 1998), il a reçu en 2007 le prix Templeton, qui récompense une contribution décisive à la recherche spirituelle.

Né en 1931, le philosophe politique Charles Taylor est un penseur majeur de notre temps. Dans L’Âge séculier, cette histoire fascinante de l’Occident qui est passé d’un univers où tout le monde croyait en Dieu à un monde sécularisé, Charles Taylor montre que l’on ne peut pas limiter cette histoire à une longue agonie de la foi chrétienne. « Ce qui caractérise les sociétés occidentales n’est pas tant un déclin de la foi et des pratiques religieuses, bien que cela ait largement eu lieu — dans certaines sociétés plus que d’autres — qu’une fragilisation mutuelle à la fois des différentes positions religieuses et des représentations de la croyance et de l’incroyance. » La question de retrouver le sens de ce qui fonde nos actions et que le matérialisme échoue à penser est au cœur de cette foisonnante réflexion.

 

 

 

Dependent Rational Animals: Why Human Beings Need the Virtues 

Alastdair Macintyre

Edition Open Court Publishing , 2001. 180 pages.

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Né en 1929, Alasdair MacIntyre est un des principaux représentants de la philosophie morale anglo-saxonne et un des penseurs les plus stimulants de la philosophie politique américaine contemporaine aux côtés de Michael Sandel, Charles Taylor ou Michael Walzer. Dans Dependant Rational Animals, il s’interroge sur le fait que l’animalité, la dépendance et la vulnérabilité sont des états centraux de la condition humaine. L’homme n’est pas qu’un individu rationnel indépendant comme l’Occident a fini par le croire. La vie en société nécessite ce que MacIntyre appelle « les vertus de la dépendance acceptée » que la Modernité a oubliées. En rappelant il y a vingt ans, lors de sa parution en anglais, que l’homme était aussi un animal, MacIntyre était avant-gardiste. En soulignant sa fondamentale dépendance vis-à-vis des autres sur le plan de la vie en commun, il est aujourd’hui prophétique, dans une réflexion philosophique essentielle sur la faiblesse et la fragilité de l’être humain. (Traduction française à paraître chez Tallandier sous le titre L’Homme, cet animal dépendant.)

 

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