ANTHROPOLOGIE, ANTHROPOLOGIE CATHOLIQUE, CONFERENCE DES EVEQUES DE FRANCE, EGLISE CATHOLIQUE, ETHIQUE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui ?

Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui ?,

Conseil permanent de la Conférence des Evêques de France

Paris, Bayard, Cerf, Mame, 2019, 77 pages.

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Présentation de l’éditeur

Ce nouveau texte du Conseil permanent des évêques de France ambitionne, pour le grand public, de présenter les fondements de l’anthropologie catholique. Aujourd’hui, l’homme fait face à de grands défis et à de grandes tentations. Le progrès lui offre des potentialités exaltantes mais crée aussi des menaces inquiétantes. Afin de nous aider à répondre aux interrogations sur notre dignité, notre faiblesse, notre destin dans l’univers, il a été jugé utile de proposer dans ce texte quelques pistes de réflexions sur la personne humaine, sa beauté, sa vocation, son droit de s’accomplir pleinement. Ce texte clair et puissant, dont le titre est tiré du Psaume 8, est préfacé par Mgr Michel AUPETIT, Archevêque de Paris, et postfacé par Mgr Jean-Pierre BATUT, évêque de Blois.

 

QU’EST-CE QUE L’HOMME POUR QUE TU PENSES À LUI ?

«Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui ?» (Ps 8, 5-7). C’est par cette question biblique que le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France offre aux catholiques et aux curieux une première approche de l’anthropologie.

L’anthropologie est la connaissance de ce qu’est l’homme. L’Église catholique, avec notamment l’œuvre de Saint Thomas d’Aquin, dans la lignée de la pensée d’Aristote et de la philosophie réaliste, définitl’homme. Elle l’envisage comme un être entier, corps, âme et esprit, soulignant par ce dernier mot sa vocation spirituelle.

Les auteurs rappellent que la vocation de l’homme est celle du bonheur. Ce bonheur s’exprime à travers la liberté, la vérité, la responsabilité et la transcendance. Ils abordent le scandale du Mal, la mort et l’acceptation de notre finitude, tout en insistant sur la spécificité de l’homme, qui se distingue de l’animal par ses puissances spirituelles, la raison et la volonté. L’homme est un animal «raisonnable», c’est-à-dire qu’il raisonne et associe les concepts. La Création lui est confiée, et il doit en user raisonnablement, sans en abuser.

Dans une seconde partie, le texte inscrit l’homme dans les relations qu’il entretient avec ses semblables, parlant d’une «seule famille» marquée par «l’interdépendance», et qui a une vocation à la fraternité. En conclusion vient un développement sur la famille, cellule principale du don réciproque des époux et premier lieu des actes de bonté et de charité.

Ce petit opuscule vient rappeler les principaux fondements de l’anthropologie, afin de permettre à tous ceux qui le souhaitent de découvrir la personne humaine dans toutes ses dimensions et sa grandeur. Il en constitue une première approche tout à fait appréciable et accessible, qui invite à un approfondissement tant il est nécessaire aujourd’hui de se former à la connaissance de l’homme. À l’Institut Karol Wojtyla, par exemple ?

 

https://srp-presse.fr/index.php/2019/05/10/quest-ce-que-lhomme-pour-que-tu-penses-a-lui/

ANTHROPOLOGIE, DESIR MIMETIQUE, RENE GIRARD

LE DESIR MIMETIQUE CHEZ RENE GIRARD

LE DESIR MIMETIQUE CHEZ RENE GIRARD

Le désir triangulaire chez René Girard)

C’est la thèse que développe Girard : le désir est triangulaire. Le désir n’est pas une relation à deux termes (ente le sujet et l’objet) mais une relation à trois termes : car entre le sujet et l’objet, il y a autrui, le « médiateur ». On ne désire l’objet que parce que le médiateur le désire ; et l’objet est désiré que pour ressembler au médiateur. Ainsi, l’objet véritable du désir l’être du médiateur. Girard parle de désir suggéré, par opposition au désir spontané. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, le désir suggéré bien plus intense que le désir spontané.

René Girard a découvert cette structure triangulaire du désir à travers l’étude de la littérature, et il l’illustre par des exemples littéraires. De Cervantès à Dostoïevski, en passant par Stendhal, Flaubert et Proust, tous les grands romans mettent en lumière ce caractère triangulaire du désir. Don Quichotte ne désire vivre des aventures que pour ressembler à son idéal du chevalier errant, Amadis de Gaule en les aventures dans un livre de chevalerie. Sancho Pança, son écuyer, désire ressembler à Don Quichotte. Julien Sorel (héros du roman de Stendhal Le Rouge et le noir) désire ressembler à Napoléon, et part alors en quête d’aventures. Son premier maître, M. de Rênal, ne l’emploie comme précepteur de ses enfants que par rivalité avec son concurrent local, M. Valenod. Chez Stendhal, le caractère mimétique du désir prend la forme de la vanité. Madame Bovary, comme Don Quichotte, désire vivre les aventures puisée dans les romans. Son amour est faux, il est complètement inspiré des histoires romantiques qu’elle a lues. Le snobisme proustien révèle la même structure : imiter les désirs d’une classe sociale dont on envie le chic, la naissance ou la fortune.

Au cours de l’histoire de la littérature, de Cervantès à Dostoïevski, on assiste à une double évolution. D’une part, le médiateur se rapproche. Au début, il appartient à une sphère inaccessible (géographique ou sociale) qui le place hors d’atteinte du sujet désirant. Girard parle dans ce cas de médiation externe. Dans la médiation interne, au contraire, le médiateur est si proche qu’il y a rivalité entre lui et le sujet. Le médiateur admiré devient alors un obstacle et un rival. Il est à la fois admiré et haï : rapport typiquement hystérique.
D’autre part, on passe d’une imitation consciente et reconnue par le sujet (Cervantès revendique son admiration pour Amadis de Gaule) à une imitation inavouée et même farouchement niée : à l’époque moderne (depuis le romantisme), chacun ne jure au contraire que par l’originalité, et le dogme du désir spontané, que Girard nomme « mensonge romantique » est tout-puissant. Selon la thèse de Girard, les critiques littéraires se sont trompés sur ces romans, par exemple en voyant dans les amours de Julien Sorel l’expression de son originalité d’individu romantique.
Cette double évolution va de pair avec le processus politique de démocratisation et d’égalisation des conditions : avec l’égalité démocratique, la compétition, la concurrence et la rivalité sont décuplées, dans tous les domaines (social, économique, culturel, etc.). Le désir mimétique bat son plein, mais on ne se l’avoue plus.

Cette dimension mimétique du désir et des goûts est à retenir pour faire une analyse de l’art au point de vue sociologique. Ainsi Bourdieu a insisté sur la dimension mimétique des goûts artistiques, qui fonctionnent essentiellement, selon lui, comme identificateurs sociaux : les valeurs esthétiques dominantes sont celles de la classe dominante. Quand la bourgeoisie accède au pouvoir au cours du XIXe siècle, elle reproduira les comportements culturels de la classe dominante précédente (l’aristocratie) afin de s’en approprier le pouvoir symbolique. Et en généralisant on peut dire que la possession d’une culture « élevée » permet surtout d’affirmer un rang social : de même en possédant une voiture coûteuse on affirme son capital économique, en fréquentant les grandes œuvres (opéra, théâtre, musées, etc.) on affirme son capital culturel et son rang social, c’est-à-dire son appartenance à la classe dominante
DESIR MIMETIQUE

ANTHROPOLOGIE, BOUC EMISSAIRE, RENE GIRARD

LE BOUC EMISSAIRE CHEZ RENE GIRARD

LE BOUC EMISSAIRE

GIRARD, René. – La violence et le sacré. – Paris, B. Grasset, 1972. 455 pages

LA VIOLENCE ET LE SACREDans La Violence et le Sacré, René Girard montre comment le sacrifice d’un animal permet d’apaiser symboliquement les pulsions agressives : par ce subterfuge (l’animal est substitué à la « cible » humain), les membres de la communauté sont préservés du déferlement d’une violence qui menace la société.
Dans les cérémonies religieuses, le sacrifice est destiné soit à tester le dévouement des croyants soit à calmer la colère de(s) dieu(x). Or le sacrifice est une affaire humaine, et c’est ainsi que le comprend René Girard : le sacrifice apaise les pulsions agressives des hommes.

Dans La violence et le sacré (1972) René Girard revient sur les rites sacrificiels et notamment les sacrifices humains et se demande ce qui a pu frapper assez les hommes pour justifier le meurtre d’un des leurs non pas dans un geste brutal et irréfléchi, mais dans un désir de vie conscient, créateur de formes culturelles et qui se transmet de génération en génération dans des formes de rite codifiées.
Ce qui menace le plus dangereusement toute société, c’est la violence réciproque (le cercle des violences privées qui engendrent vengeances et contre-vengeances). Le rite sacrificiel serait la répétition d’un premier lynchage spontané qui a ramené l’ordre au sein d’une communauté. Dans ce lynchage, la violence de tous contre tous trouve sa solution et son terme dans la violence de tous contre un. Autour de la victime sacrifiée se reforme l’unanimité de la collectivité apaisée par cet exutoire. Il se produit ainsi une solidarité dans le crime.
Le rite sacrificiel est donc une violence ponctuelle et légale dont la fonction est d’opérer une catharsis des pulsions agressives sur une victime qui se montre indifférente au sort de la communauté parce que marginale.
René Girard précise les conditions sociales qui « prédisposent » un individu à servir de bouc émissaire à la vindicte populaire.

Ce peut être :
un prisonnier de guerre
un esclave
un enfant difforme
un roi parce qu’il échappe à la société par le haut
ou un mendiant parce qu’il échappe à la société par le bas

R. Girard nous apprend que la cité d’Athènes entretenait elle-même quelques malheureux qu‘elle sacrifiait quand les tensions sociales renaissaient (lors d’une calamité collective – épidémie, famine, invasion – pour satisfaire la colère des dieux.

On peut voir que dans la Bile – d’après la tradition du Lévitique – le bouc émissaire est promené au milieu de toute la communauté. Il est censé porter sur lui toutes les tares et toutes les souillures du peuple. Son sacrifice expulsera le mal hors de la communauté. Dans cette liturgie, le sacrifice du bouc- émissaire pour calmer la colère des dieux, c’est en réalité les pulsions agressives des hommes qui sont ainsi canalisées. René Girard considère le sacrifice comme une affaire purement humaine Cela le conduit à donner une réinterprétation de l’histoire d’Œdipe.
Œdipe est un cas parmi d’autres de bouc émissaire. « Une idole fracassée » : l’étranger libérateur de Thèbes subit un revirement de la part de son peuple lorsque la peste s’abat sur la ville. Il est victime d’une mystification : des rumeurs courent sur son compte (le parricide, l’inceste) mais qui vont servir de prétexte pour exposer le roi à la vindicte populaire.
Pour René Girard, chaque fois que se reproduit le mythe, nous devenons les complices d’un lynchage collectif…

Il établit un parallèle entre Job et Œdipe, tous deux victimes du même type de mystification collective ; c’est pour admirer dans le personnage de Job l’homme qui reste fidèle à sa vérité de victime et met en défaut la mythologie officielle qu’il faut chercher à le culpabiliser. Œdipe, lui, se soumet au verdict de la foule et transforme par le fait même le délire de persécution en vérité. C’est l’occasion pour René Girard de revenir sur les pratiques policières et surtout sur tous les subterfuges afin d’ obtenir des aveux spontanés : l’adhésion de l’accusé au processus qui l‘élimine remplace la preuve de sa culpabilité.
La religion chrétienne a intégré cette notion de bouc émissaire :Jésus en se désignant comme l’Agneau de Dieu et mourant sur une Croix expie les péchés du monde. Mais pour la religion chrétienne le sacrifice est consommé une fois pour toute et il n’y a pas lieu de le renouveler.

Pour Réné Girard cette volonté de produire des victimes consentantes caractérise autant les systèmes totalitaires modernes que les procédures judiciaires des inquisiteurs de l’âge classique.