AIX-EN-PROVENCE (BOUCHES-DU-RHÔNE), AMBROISE-THOMAS ROUX-ALPHERAN (1776-1858), CHEVALIERS DE L'ORDRE DE MALTE, CHRONOLOGIE DES PRIEURS DE L'EGLISE SAINT-JEAN, EGLISE SAINT-JEAN-DE-MALTE (Aix-en-Provence), HISTORIEN FRANÇAIS, ORDRE DE MALTE, ORDRE DES HOSPITALIERS DU SAINT-ESPRIT, PAROISSE SAINT-JEAN-DE-MALTE (Bouches-du-Rhône)

Chronologie des prieurs de l’église Saint-Jean par Ambroise Roux-Alphéran

 

CHRONOLOGIE DES PRIEURS DE L’ÉGLISE DE SAINT-JEAN,

Sceau_des_Grands_Prieurs_des_St_Gilles_au_XIIIeme_siècle.

Chapelains conventuels de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. 1

 

Frère DIDIER vivait en 1251, lors de la consécration de l’église et mourut en 1264. C’est le plus ancien prieur dont on ait connaissance, car nous n’admettons pas qu’il ait été le premier. Les Hospitaliers étaient alors établis à Aix depuis environ un siècle, et puisqu’ils avaient bâti une chapelle avant la construction de l’église actuelle, les prêtres qui la desservaient devaient avoir un chef qui portait probablement le titre de prieur. Didier est représenté la mitre en tête sur le principal bas-relief du tombeau des comtes Alphonse II, et Raymond-Bérenger IV, qu’on voit à Saint-Jean.

  1. RAYMOND ISNARDI, élu en 1264, mort en 1276. Le prieur de Naberat se sert constamment du terme d’élu tant à l’égard d’Isnardi qu’à celui de ses successeurs, et c’est avec raison, puisqu’alors ils étaient nommés et choisis par les autres religieux composant la communauté. Le commandeur d’Aix, chef de la maison, approuvait ce choix, ce qui a eu lieu jusqu’au milieu du XVe siècle. Depuis cette dernière époque, les commandeurs nous paraissent s’être arrogés le droit de nommer eux-mêmes les prieurs, sauf quelques exceptions que nous fairons connaître
  2. BERTRAND LANCE, élu en 1276, mort en 1288. Naberat place à la suite de ce prieur, un Guillaume de Villars qui n’est autre que Guillaume de Villaret alors grand-prieur de Saint-Gilles et depuis grand-mitre, duquel nous avons parlé plus haut. Aussi de Haitze, qui sans doute avait reconnu l’erreur, ne fit-il aucune mention de ce Guillaume de Villars comme prieur.
  3. ANDRÉ BAROLI, élu en 1288, mort en 1299. Ce prieur a été omis dans le prétendu catalogue publié par l’historien moderne de Saint-Jean, dans le tome V des Mémoires de l’Académie d’Aix(pag. 301), où sont également omis les trois suivants.
  4. PIERRE DE MALAMORT, élu en 1299, mort en 1312. En 1306, F. Dragonet de Montdragon, grand-prieur de Saint-Gilles, fit en personne la visite de l’église et du prieuré de Saint-Jean et fit dresser un inventaire des reliques et objets qui se trouvaient dans la sacristie, parmi lesquels existaient déjà la mitre et la crosse en ivoire dont parle de Haitze dans ses Curiosités d’Aix, pag. 169. Cet inventaire fut fait en présence des frères de l’Ordre dont les noms suivent et qui desservaient l’église à cette époque, savoir : les frères Pierre de Malamort, prieur, Jean Picard, Pierre de Roquebrune (Rocabruna), Jean Folquerii, Rostaing de Fracha, Jacques Magne, Vincent de Chalansono, Raymond Sorloqui, Guillaume de Aludya , Raymond Simon, Raymond de Bouc (de Buco) et Jean Colombeti. Acte reçu par Guillaume Estienne, notaire institué par Chartes II, roi de Naples, comte de Provence, etc. 2
  5. VINCENT VERRIER , élu en 1312, mort au plus tard en 1322.
  6. PIERRE de CURISIO, élu vers 1322, mort au plus tard en 1328. Ce prieur est inconnu, à l’auteur dont nous parlons dans la pag. précédente, comme il l’a été à Naberat et à de Haitze.
    Nous avons trouvé dans les titres du prieuré (sac B., n° 8), découverts par le prieur Viany, un demi siècle après la mort de Naberat, un acte du 8 août 1322, passé devant Guillaume Cavaleri, notaire, par lequel Pierre de Curisio, prieur de Saint-Jean, permet à Jean Pagani de convertir en vignoble une terre labourable située au terroir d’Aix, quartier de Casanova, qui supportait une redevance à l’église de Saint-Jean, et ce en présence et du consentement de F. Geoffroi Rostang, commandeur d’Aix, ce qui nous autorise à placer ici ce prieur dans notre chronologie.
  7. JACQUES DE CLERIO, chapelain du grand-maître Hélion de Villeneuve, fut nommé prieur par ce prince en 1328, et mourut en 1347. De son temps eut lieu la réformation du prieuré par le même grand-maître, que nous avons rapportée plus haut, et frère Isnard de Albarno, grand-prieur de Capoue et commandeur d’Aix, fonda dans l’église de Saint-Jean la chapelle des onze mille vierges. C’est ce commandeur que l’historien moderne de Saint-Jean a pris pour un prieur et qu’il a compris comme tel dans son prétendu catalogue sous les noms d’Isnard de Grasse, entre Jacques de Clerio et Pierre Curti. Le prieur de Clerio fit dresser, en 1333, un inventaire des reliques et du mobilier qui existaient dans la maison de Calissane, dépendante du prieuré de Saint-Jean. 3Parmi les reliques se trouvait une caisse en cristal renfermant la chemise de la bienheureuse vierge Marie, au sujet de laquelle chemise on peut voir : 1° l’arrêt du parlement d’Aix, du 8 juillet 1683, en faveur du prieur de Saint-Jean, Viany, à qui cet arrêt adjuge la moitié des offrandes faites à cette sainte relique ; 2° le Dictionnaire géographique de la Provence, par Achard, au mot Berre, pag. 338 ; 3°et la Statistique de la ville de Berre et de son terroir, par M. Porte, pag. 73 et 74.
  8. BERTRAND AUDIBERT, chapelain du grand-maître Dieudonné de Gozon, fut nommé par celui-ci prieur de Saint-Jean, le 5 octobre 1347, et mourut en 1352. Il a été encore inconnu à l’historien moderne de Saint-Jean qui l’a omis dans son prétendu catalogue, de même que les cinq prieurs qui suivent.
  9. JEAN TRIPOLI, élu en 1352, mort en 1355.
  10. HUGUES DE ALERIO, élu en 1355, mort en 1375. Il est appelé de Clerio dans quelques titres, probablement par erreur.
  11. PIERRE AYCARDI, élu en 1375, mort en 1401. Sous lui le nombre des prêtres desservant l’église de Saint-Jean fut réduit à douze, attendu l’insuffisance des revenus, occasionnée par les guerres qui désolèrent la Provence pendant le règne de la reine Jeanne et celui des premiers comtes de la seconde maison d’Anjou. De son temps encore , F. Bernard Grassi, l’un des prêtres de Saint-Jean, fut élu grand-prieur de l’église de Rhodes, ainsi que nous l’avons dit ci-dessus d’après Naberat. 4
  12. RAYMOND ROSTINI, élu en 1401, mort en 1404.
  13. ROSTANG MALIPILI, élu en 1404, mort en 1408.
  14. PIERRE CURTI, était curé de la paroisse Saint-Sauveur d’Aix, 5lorsqu’il fut nommé prieur de Saint-Jean en 1408. Il mourut en 1434 et non en 1424 comme le disent Naberat et de Haitze, car on trouve dans les archives du prieuré une foule d’actes de reconnaissances passés en sa faveur dans le courant des années 1427, 1432 et 1433. Il assista au chapitre général de l’Ordre tenu dans son église en 1410, sous le grand-maître Philibert de Naillac. 6Il parait que c’était un saint personnage, puisque après sa mort, son portrait fut placé sur l’autel de la chapelle de Saint-Barthélemy où il se trouvait lors de la visite de 1613. 7 Ce portrait existait encore dans la sacristie de Saint-Jean au moment de la révolution et a disparu depuis. Le prieur Curti y était représenté à genoux, en robe et en manteau long, marqué d’une croix sur l’épaule gauche, sans colet, ayant la tête rase et une couronne de cheveux.. Tel était le costume des prieurs de Saint-Jean dans leur église, avant qu’ils prissent le camail.
  15. MATHIEU HONORAT, d’une famille d’Aix aujourd’hui éteinte, qui avait donné plusieurs consuls et deux conseillers au parlement au XVIIe siècle et possédé la seigneurie de Porcieux, fut nommé prieur de Saint-Jean le 27 janvier 1434 (Lantelmi, notaire), et non en 1424 comme le disent Naberat, de Haitze et l’historien moderne de Saint-Jean, par frère Elzéar de Glandevès, bailli de Manosque et lieutenant du grand-prieur de Saint-Gilles frère Bertrand d’Arpajon, avec le consentement des autres religieux desservant l’église. Il mourut en 1462.
  16. ANTOINE HONORAT, neveu du précédent, lui succéda en 1468, après six ans de vacance du prieuré, et mourut en 1472.
  17. HUGUES ARBAUD, fils de noble Arbaud d’Arbaud, premier syndic d’Aix en 1428, 8nommé par le pape Paul II, en 1470, mourut en 1483, suivant Naberat et de Haitze. Nous remarquerons encore ici une inexactitude de ces auteurs qui font élire ce prieur suivant les formes ordinaires en 1482 seulement. C’est qu’ils ne connaissaient pas, sans doute, la bulle du pape en date des ides de janvier 1469 (v. st.) qui commet Bérenger de Rupe, chanoine official de l’église cathédrale de Marseille, pour l’exécution d’une autre bulle en date du même jour, portant collation du prieuré de Saint-Jean vacant par le décès de F. Mathieu Honorat, en faveur de Hugues Arbaud ; lesdites bulles suivies de la procédure faite à ce sujet à Aix, dans la maison de noble Jean Gastinelli, le 22 juin 1470, en présence de magnifique Palamède de Fortin, seigneur de Soliès, et de Pierre de Guiramand, seigneur de La Pène. Il y a apparence que Hugues Arbaud, quoique nommé par le pape, ne voulut ou ne put prendre possession qu’en 1472, après la mort d’Antoine Honorat pourvu légalement depuis 1468 et antérieurement aux bulles du pape. 9
  18. GUILLAUME DE RONCHINOL, natif de Mâcon dans la langue d’Auvergne, fut nommé, en 1483, par honoré de Pontevès, seigneur de Bargème, en qualité de procureur fondé de frère Antoine de Pontevès, commandeur d’Aix, son frère, lequel approuva cette nomination le 24 septembre de la même année. 10Le grand-prieur de Saint-Gilles, Préjan de Pidoux, partant pour Rhodes au mois de mars 1518, l’établit son vicaire-général. 11Il parait qu’étant tombé malade, il se démit du prieuré en 1526 et alla mourir à Montpellier en 1528.
  19. FRANÇOIS LARISSE, l’un des quatre chapelains du grand-maître, Philippe Villiers de l’Isle-Adam, fut nommé par lui le 22 septembre 1526, lorsque le gouvernement de l’Ordre résidait momentanément à Nice après la perte de l’île de Rhodes. Il mourut en 1530, suivant Naberat et de Haitze, car l’historien moderne de Saint-Jean ne fait aucune mention de lui, non plus que de Hugues Arbaud nommé plus haut.
  20. VALENTIN DUBOIS (de Bosco), élu en 1530, mourut le 22 juillet 1555. Il était auparavant chanoine régulier de Saint-Ruf, et il appartenait à une famille noble alors établie en Savoie, transplantée depuis à Apt en Provence, où elle est plus connue sous le nom de Saint-Vincent, ce qu’on prouve par le sceau de ce prieur apposé au bas de diverses pièces signées de lui et conservées aux archives du prieuré. On voit sur ce sceau deux lances posées en sautoir qui sont les armes de la famille Dubois de Saint-Vincent. L’historien moderne de Saint-Jean place l’avènement de Valentin Dubois à l’année 1555 qui est celle de sa mort, et le fait succéder à un Géraud Dubois qui n’a jamais été prieur. Ce Géraud ou plutôt Giraud, était frère de Valentin et tous les deux, membres de l’ordre de Saint-Jean, étaient les neveux de F. Poncet d’Urre, bailli de Manosque et commandeur d’Aix, auquel ils firent élever au milieu du chœur de l’église de Saint-Jean, en 1548, un mausolée qui fut transporté, sous le prieur Viany, dans la chapelle de la reine Béatrix. 12
  21. JEAN NICOLAS, servant d’armes et commandeur de Joucas, fut commis en 1555, après la mort du prieur Dubois, à la garde du prieuré en qualité de capitaine avec garnison, à la charge de se faire ordonner prêtre lorsque les troubles occasionnés par les guerres de religion seraient appaisés ; de quoi il se fit décharger par le chapitre général tenu à Montpellier le 7 mai 1560, et plus tard il obtint du grand-maître Hugues de Loubenx de Verdalle, une bulle qui le confirma dans la jouissance du prieuré en 1583. En 1565, il avait été porteur des lettres que le grand-maître Jean de la Valette écrivit au roi Charles IX, à la reine mère et aux princes du sang, alors à Bayonne, pour leur donner avis du siège de Malte que les Turcs allaient entreprendre et solliciter des secours. 13C’est ce prieur que l’historien moderne de Saint-Jean place mal à propos après Guillaume de Ronchinol et avant le prétendu Géraud Dubois dont nous avons parlé sous le précédent prieur. Jean Nicolas mourut à Aix, le 24 février 1592.
  22. ANGELO PACE, Sicilien ou, selon d’autres, Calabrais, de la langue d’Italie, se trouvait à Rome lorsqu’il apprit la mort du prieur Nicolas. Il s’adressa au pape Clément VIII qui le pourvut, en 1595, 14du prieuré de Saint-Jean, en sa qualité de chef et supérieur suprême de l’Ordre. Mais ses bulles ne furent jamais enregistrées par l’effet des oppositions de F. Jean de Castellane d’Aluis, commandeur d’Aix, qui se mit en possession des revenus du prieuré. 15C’est ce commandeur d’Aluis, et non Dalvis, dont l’historien moderne de Saint-Jean fait un prieur sous le nom de Dalvis de Castellane. A sa mort, arrivée six ou sept ans après, le receveur de l’Ordre au grand-prieuré de Saint-Gilles, conféra le prieuré de Saint-Jean à F. Jacques Sallonis, servant d’armes, natif de Berre, lequel se mit en possession et jouit des revenus, jusqu’à ce que le prieur Pace, voyant ses poursuites inutiles, se rendit à Malte où il se démit, le 24 mai 1602, entre les mains du grand-maître Alof de Vignacourt.
  23. ANNE DE NABERAT, de la langue d’Auvergne, commandeur de Ville-Jésus et de Lieu-Dieu, ensuite prieur de Saint-Chartrier, vicaire et visiteur-général in spiritualibusdes grands-prieurés de Saint-Gilles et d’Auvergne, fut pourvu du prieuré de Saint-Jean le même jour 24 mai 1602, par provisions magistrales confirmées par le pape Clément VIII le 12 septembre suivant.
    En 1611, il échangea sa commanderie de Ville-Jésus pour celle du Temple d’Ayen et devînt successivement aumônier du roi, puis de la reine. Il mourut au mois de février 1630, âgé d’environ soixante-quatre ans, à Paris où il s’était rendu l’année précédente pour faire imprimer son dernier ouvrage, car c’était un homme de lettres qui a laissé plusieurs monuments de son savoir. 16Il avait puissamment contribué à relever le prieuré de Saint-Jean des pertes que les troubles du XVIe siècle lui avaient occasionnées.
  24. HONORÉ PELLEGRIN. porteur d’un bref apostolique de survivance de l’année 1623, fut mis en possession du prieuré de Saint-Jean, aussitôt après la mort de Naberat. La peste faisait alors les plus grands ravages dans Aix, en sorte que cette prise de possession eut lieu de visu, des hauteurs du Prignon, au pied de la tour dite de la Prouvenquoou de laKeirié17 Les désagréments qu’il eut à éprouver de la part de F. Jean de Berre, commandeur d’Aix, qui voulait le faire destituer pour mettre à sa place F. Hercules de Berre, son neveu, le forcèrent à se retirer à Malte où il mourut le 19 janvier 1649.
  25. HERCULES DE BERRE, des seigneurs de Collongue, protonotaire du Saint-Siége, nommé en survivance du précédent par le commandeur d’Aix, son oncle, depuis 1630, et par autres bulles du grand-maître Jean-Paul de Lascaris-Castellar, des 18 avril 1638 et 20 janvier 1649, prit possession le 19 février suivant. 18En 1653, il fut privé de l’administration du prieuré par la langue de Provence et rétabli l’année d’après. Mais en 1657, il fut suspendu de nouveau et F. Pierre de Chailan, qui fut depuis son successeur, administra le prieuré pendant son interdiction qui dura jusqu’à sa mort arrivée à Aix le 29 août 1666. Les divers auteurs des nobiliaires de Provence le nomment Jean de Berre au lieu d’Hercules ; c’est une erreur. Deux de ces auteurs ajoutent qu’il était d’une simplicité apostolique. 19
  26. PIERRE DE CHAILAN, des seigneurs de Villevieille, 20capiscol, puis infirmier de l’église collégiale de Saint-Gilles, fut nommé prieur de Saint-Jean le 10 septembre 1666, par F. Antoine de Glandevès-Castellet, bailli de Manosque et commandeur d’Aix, et prit possession, le 4 octobre suivant, 21du prieuré qu’il administrait depuis 1657. Il n’en jouit pas longtemps, étant mort à Malte au mois d’avril 1667. C’est le dernier prieur nommé par un commandeur d’Aix ; les suivants, au nombre de six, l’ont tous été par des grands-maîtres.
  27. JEAN-CLAUDE VIANY, frère consanguin de Pierre, grand-prieur de l’église de Malte dont nous avons parlé plus haut, né à Aix le 18 janvier 1659, 22fut nommé au prieuré de Saint-Jean, le 22 avril 1667, par le grand-maître Nicolas Cotoner, 23et prit possession le 15 juin suivant. 24 Il s’appliqua dès lors à restaurer son église qui lui doit ses principaux embellissements. Nous ne les rapporterons pas ici, pour ne pas nous répéter. Ils sont indiqués d’ailleurs avec le plus grand détail dans la notice publiée par l’historien moderne de St-Jean. En 1698 et le 10 mai, il obtint du pape Innocent XII, un bref qui lui donnait pour coadjuteur, F. Jacques-Christophle Viany, son neveu 25 ; mais celui-ci étant mort en 1703, et bien d’autres désagréments ayant été suscités au prieur Viany, par les ennemis que son caractère hautain et impérieux lui avait fait, notamment le bailli de Merles-Beauchamp, commandeur d’Aix, il se démit du prieuré en 1720, entre les mains du grand-maître Zondodari. Il vécut encore six ans et mourut à Aix, le 16 mars 1726 , âgé de quatre-vingt-sept ans et quelques mois. 26 Il était bon littérateur et lié avec les beaux esprits de son temps.
  28. PAUL ALPHERAN, neveu de Melchior alors grand-prieur de l’église de Malte duquel il a été parlé ci-dessus, né à Aix le 28 octobre 1686, fut pourvu du prieuré de Saint-Jean par le grand-maître Marc-Antoine Zondodari, le 13 juin 1720, et prit possession par procureur le 26 juillet suivant. 27L évêché de Malte étant venu à vaquer en 1727, le grand-maître Antoine-Manuel de Villhena, dont il était secrétaire en chef et qui l’avait employé en diverses négociations importantes auprès du vice-roi de Sicile, le porta, de concert avec le grand-conseil de l’Ordre, en tête de la liste des trois sujets qu’ils devaient présenter à l’empereur Charles VI, à qui appartenait en ce moment la nomination comme roi de Sicile. Il fut nommé en effet par ce monarque le 15 octobre de la même année, et le pape Benoît XIII, fit en personne la cérémonie de son sacre dans la chapelle de Saint-Pie au Vatican, le 14 mars 1728, le décorant le même jour du titre de prélat domestique et d’assistant au trône pontifical. 28
    Pendant près de trente ans qu’il gouverna le diocèse de Malte, il ne cessa de donner l’exemple de toutes les vertus. Il fit bâtir à ses dépens un séminaire qu’il dota de fonds suffisants pour élever et entretenir gratuitement vingt jeunes ecclésiastiques pauvres et y attacha une riche bibliothèque. C’est lui qui fit accorder par le pape aux chanoines du chapitre de Malte en 1749, le droit d’assister aux offices de la cathédrale avec la croix pectorale et la mitre. Il mourut dans son palais épiscopal le 20 avril 1757, et fut inhumé dans la chapelle souterraine de son église destinée à la sépulture des évêques. Le pape Benoît XIV, l’avait nommé archevêque de Damiete in partibuset se proposait, dit-on, de le décorer de la pourpre romaine lorsque la mort enleva l’évêque avec lequel il était lié d’une étroite amitié. 29 Celui-ci s’était démis, depuis le mois de juin 1729, du prieuré de Saint-Jean d’Aix, dont l’historien moderne de cette église le fait jouir jusqu’en 1754, on ne sait sur quel fondement.
  29. JEAN-MELCHIOR ALPHERAN, frère du précédent, né à Aix le 5 mai 1690, fut nommé prieur de Saint-Jean le 3 juillet 1729, par le grand-maître Antoine-Manuel de Villhena, et prit possession le 25 août suivant. 30Il eut à soutenir contre M. de Brancas, archevêque d’Aix, relativement à l’administration des sacrements dans son église, des démêlés dont on trouve une analyse dans les mémoires du clergé. 31Convaincu du néant de la vie humaine et de la vanité des grandeurs de ce monde, il résolut de se retirer dans la maison de Sept-Fonts, abbaye de l’ordre de Cîteaux, à quelques lieues de Moulins en Bourbonnais, célèbre par l’austérité de la règle qu’on y observait. Il y fit un premier voyage en 1740, et y retourna quatre ans plus tard pour y prendre l’habit qu’il revêtit en effet le 21 novembre 1743. Une lettre qu’il écrivit à sa famille le même jour pour lui faire connaître sa dernière résolution, est signée F. Joseph, prieur d’Aix, novice à Sept-Fonts, et ajoute par P. S.: M. l’abbé m’a donné ce nom à cause de son prédécesseur qui le portait.
    En 1750, il fut nommé prieur de cette sainte maison et au mois de mars 1755, l’abbé de Sept-Fonts était mort, le roi Louis XV nomma le frère Joseph pour lui succéder. Enfin, après une pénitence des plus rigides pendant environ quatorze ans, il mourut sur la cendre, en odeur de sainteté, le 11 août 1757, quelques mois après l’évêque de Malte son frère. Tel fut le saint personnage que l’historien moderne de Saint-Jean n’a pas même nommé dans son prétendu catalogue des prieurs de cette église.
    En quittant pour toujours sa ville natale, il avait passé par Rognes dont il avait été longtemps curé dans sa jeunesse et où il avait fait tant de bien pendant la peste de 1720 et 1721, et il avait déposé dans l’église paroissiale de ce lieu, une lampe en argent autour de laquelle on lisait cette inscription : ad dirigendos pedes nostros in viam pacis32 Nous ignorons ce qu’est devenue cette lampe. Dès le jour où il eut terminé son noviciat à Sept-Fonts, le frère Joseph avait envoyé à Malte sa démission du prieuré de Saint-Jean que le grand-maître Emmanuel Pinto, conféra, le 28 décembre 1744, au frère suivant.
  30. JEAN-BAPTISTE DE VIGUIER, ancien religieux Augustin de la maison d’Aix, d’une noble et ancienne famille d’Arles où il était né le 18 mars 1707. Il était frère du commandeur Paul-Antoine de Viguier, célèbre dans l’Ordre pour avoir découvert, en 1749, la conspiration ourdie par Mustapha, pacha de Rhodes, tendant à égorger le grand-maître ainsi que tous les chevaliers et à s’emparer de Malte où ce pacha était prisonnier. Le prieur de Viguier prit possession le 3 juin 1745, 33et ayant été appelé à Malte environ vingt-cinq ans plus tard, il y mourut au mois d’août 1773, ne laissant dans Aix que le souvenir de la reconstruction de la pointe du clocher que la foudre avait abattue en 1754, ainsi que nous l’avons dit plus haut. Le grand-maître François Ximenès de Texade, nomma pour lui succéder, le 23 du même mois d’août
  31. JOSEPH-FELIX ALPHERAN, cousin de Paul et de Jean-Melchior, né à Aix le 9 juillet 1720, fils de Félix, qui fut depuis dernier consul de cette ville en 1724, et petit-fils de François qui l’avait été en 1649 et 1650, après les troubles du Semestre. Il prit possession le 6 octobre 1773, 34et fut pourvu en 1782 de la commanderie de Gouts au grand-prieuré de Toulouse.
    S’étant démis du prieuré de Saint-Jean en 1788, il sortit de France quatre ans plus tard à cause des troubles et rentra peu de mois après pour se réfugier à Lyon où il se trouva pendant le fameux siége que cette ville soutint contre les républicains en 1793. Il se retira lors de la catastrophe du 18 fructidor, en Toscane, d’où il revint à Aix à la fin de 1801, et il y mourut le 11 février 1806. C’est lui qui avait donné à son église le grand tableau qu’on y voit encore, représentant la descente de croix, bonne copie du Barroche, qu’il avait acheté des pénitents noirs de celle ville après la dissolution de cette compagnie en 1771.
  32. JEAN-FRANÇOIS ALPHERAN, né à Aix le 29 avril 1753, neveu du précédent, lui fut donné pour successeur par le grand-maître Emmanuel de Rohan, le 26 août 1788, et prit possession le 1er décembre suivant. 35A la fin de février 1792, voyant ses jours menacés, il passa à Nice, de là à Tarin, puis en Toscane et en Angleterre, et enfin à Malte où il se trouvait, au mois de juin 1798, lors de la prise de cette île par le général Bonaparte. Proscrit en France comme émigré et comme frère de deux émigrés, 36l’un desquels était mort l’année précédente sous les drapeaux du prince de Condé ; dénué de toute ressource par l’anéantissement de son Ordre ; entraîné d’ailleurs par l’exemple de quelques amis intimes, 37 il ne vit de salut pour lui que dans les rangs de l’armée française qu’il suivit en Egypte, 38 avec le général du Muy son compatriote. Celui-ci étant retourné en Europe, le prieur Alpheran fut placé dans l’état-major du général Menou qui devint bientôt après général en chef de l’armée d’Egypte. Il rentra avec lui en France à la fin de l’année 1801. De puissantes protections auprès du général Bonaparte, alors premier consul, auraient pu lui faire obtenir un des évêchés nouvellement créés en vertu du Concordat conclu avec le pape Pie VII ; mais il se refusa à toute espèce de démarches, opposant ainsi aux détracteurs de sa conduite, un désintéressement noble et franc que tous ne surent pas imiter. Après quelques années de séjour à Paris et à Turin, il fit un dernier voyage à Aix, et y mourut le 5 octobre 1808.

On sait qu’après la prise de Malte par les Français, l’empereur de Russie Paul 1er, mit les débris de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem sous sa protection et s’en déclara grand-maître. Il fut dit dans le temps que, considérant le prieuré de Saint-Jean d’Aix comme vacant par la retraite du prieur Alpheran en Egypte, le nouveau grand-maître en avait conféré le titre à frère Auguste Bonnet de la Beaume, natif d’Aix, ancien conseiller-clerc au parlement de Provence, alors émigré, qui s’était fait affilier à l’Ordre. Faute de documents précis, nous n’affirmerons rien à cet égard ; mais nous rappellerons que depuis l’époque de la restauration en 1814, jusqu’à la mort de l’abbé de la Beaume, arrivée à Aix à la fin de janvier 1820, celui-ci, devenu chanoine de Saint-Sauveur, a porté publiquement la décoration de l’ordre de Malte et a étalé sur sa voiture l’écu de ses armes entouré du cordon de cet Ordre, sans y ajouter néanmoins la mitre et la crosse en cimier, comme il aurait pu le faire en qualité de prieur de Saint-Jean. Ainsi, doit-on le compter au nombre des prieurs, ou non ? Nous en laissons le choix à nos lecteurs, en leur faisant observer seulement que ce n’eût été pour lui qu’un titre sans attributs, l’église de Saint-Jean ayant cessé d’appartenir à l’ordre de Malte depuis 1792.

 

1 Cette chronologie, dressée par le prieur Anne de Naberat sur les titres du prieuré, fut par lui jointe au procès-verbal de la visite faite en 1613, dont nous avons parlé ci-dessus. Le prieur Viany la communiqua, un siècle plus tard, à son ami P. J. de Haitze qui l’a insérée, suivant l’ordre des dates, dans son Histoire d’Aix demeurée manuscrite. Il est vraiment surprenant que l’historien moderne de Saint-Jean n’ait su la voir là ni là, lui qui cite si souvent les archives du prieuré et l’ouvrage de de Haitze, dans sa Notice historique et archéologique imprimée au tom. V des Mém. de l’acad. d’Aix. Nous avons relevé dans le prétendu catalogue qui suit cette notice et qui comprend vingt-trois lignes seulement, l’omission de treize prieurs, la supposition de trois autres, la transposition d’un autre et une douzaine de dates fausses, ainsi que nous l’écrivîmes, le 10 septembre 1845, à l’éditeur du Mémorial d’Aix, qui inséra notre lettre dans sa feuille du lendemain 11 septembre. Il fut tiré de cette lettre quelques exemplaires séparés que nous distribuâmes à nos amis, uniquement, nous le répétons, par amour et dans l’intérêt de la vérité historique fortement compromise par la publication faite sous le patronage d’un corps savant et respectable, d’un travail rempli d’anachronismes au milieu d’une foule de passages vraiment dignes d’éloges, nous le répétons aussi, dut encore l’auteur répéter de son côté que nous amusons le public par nos petitesses. La chronologie de Naberat s’arrête à 1615 ; nous l’avons continuée jusqu’à la suppression du prieuré, en 1792. Retour

2 Reg. intitulé Vita de Naberat fol. 100 et 101. Retour

3 Registre de Guillaume Ripert, notaire d’Aix, année 1333. Retour

4 Voyez ci-dessus, pag. 306 et suivRetour

5 Cette qualification lui est donnée dans le testament de Michel Picard , reçu le 22 avril 1405, par Jean de Turribus, notaire d’Aix Archives du Prieuré, sac R, n° 42. Retour

6 Voyez ci-dessus, pag. 310Retour

7 Voyez ci-dessus, pag. 320Retour

8 Voyez notre 1er vol. pag. 20 et 21Retour

9 Ces bulles, conservées aux archives du prieuré, sac EE n° 23, furent découvertes par le prieur Viany, longtemps après la mort de Naberat. Retour

10 Voyez ci-dessus ce qui est dit de la transaction passée entre le commandeur de Pontevès et le prieur de Ronchinol, au sujet du partage des biens de la commanderie d’Aix. Retour

11 Raybaud, Hist. du grand-prieuré de Saint-Gilles, tom. 1er, pag. 418. Retour

12 Voyez ci-dessus, pag. 317, ce qui est dit au sujet de ce tombeau qui, lors de sa translation dans la chapelle du transsept du sud, fut dépécé en plusieurs pièces. Les deux inscriptions rapportées dans le tom. V des Mém.. de l’Acad. d’Aix, pag. 242 et 268, n’en formaient qu’une sur l’un des fragments de laquelle on lit encore le mot prior appliqué à Valentin Dubois, et que l’historien moderne a cru pouvoir interpréter par priores qu’il applique ainsi tant à Valentin qu’à Géraud-Dubois, et c’est sur ce fondement, seul qu’il fait de celui-ci un prieur, contre toute vérité. Retour

13 Raybaud, Hist. du grand-prieuré de Saint-Gilles, tom. 1er , pag. 471. Retour

14 Archives, sac Z, n° 18. Retour

15 Archives du prieuré et mémoires imprimés du prieur Viany, contre le commandeur de Merles-Beauchamp. Retour

16 Voici la liste de ses ouvrages imprimés :
Advertissements chrestiens et politiques, recueillis de divers autheurs anciens et modernes, par F. A. de Naberat, commandeur de Ville-Jésus, prieur de Saint-Jean d’Aix et de Saint-Chartrier, conseiller et aumosnier ordinaire du roi. Aix, Tholosan, 1610, in-16.
Instruction pour faire les preuves de noblesse des chevaliers de Malte, la forme de donner l’habit, et faire les ameillorissements de leurs commanderies, colligée par F. A. de Naberat, etc. Aix,Tholosan, 1610, in-16. Se relie avec le précédent.
Malte suppliante aux pieds du roi, contre un mémoire pour la réunion de la grande-maîtrise à la couronne, par frère Anne de Naberat, conseiller aumosnier servant la reine, 1627, in-4°, sans nom de lieu (mais à Aix, chez Etienne David, gendre de Tholosan, ce qui se prouve par le papier et les caractères employés).
Sommaire des privilégies octroyés à l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, par F. A. de Naberat, avec les portraits des grands-maîtres. Paris, 1630, in-f° -Ce sommaire se trouve aussi à la suite de l’Histoire des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, traduite de l’Italien, de Bosio, par Boissat, avec les annotations de Baudoin, Paris, Soly, 1629, in-f° – On le trouve encore avec Malte suppliante et l’Instruction pour les preuves, etc., à la suite de l’Histoire des chevaliers, par Bosio, avec les annotations de Baudoin, Paris, 1643, in-f°. Retour

17 Cet acte, reçu à la date du 21 février 1630, par Jean-Gaspard Jaubert, notaire à Rians, nous a été communiqué avec beaucoup de politesse par M. Pailheiret, notaire dudit Rians, propriétaire actuel de la minute. Boniface Alpheran, notaire d’Aix, réfugié à Esparron de Pallières, attendu la contagion, y intervient comme procureur-fondé du prieur Pellegrin, alors à Malte, duquel il déclare ne pouvoir représenter les titres qui sont à Aix dans sa maison où la peste l’empêche d’aller les chercher ; et sur cet exposé le chevalier frère François d’Agoult-Seillon, met ledit Pellegrin en possession de son prieuré. Retour

18 PJ. de Haitze, Hist. d’Aix, manuscrite, liv. XVIII, § 19. Retour

19 Robert de Briançon, Etat de la Prov., etc., tom. 1er, pag. 385 ; -Maynier, Hist. de la principale nobl. de Prov., 1ère part., pag. 74 ; – Artefeuil, Hist. hér. et univ. de la nobl. de Prov., tom. 1er, pag. 138 ; – Barcilon de Mauvans. Critiq. du nobil. de Prov., mss., au mot BerreRetour

20 Tome III ou Supplém. au nobil. de Provence d’Artefeuil au mot Chailan, pag. 122, branche de Villevieille. Retour

21 P-J. de Haitze, Hist. d’Aix, manuscrite, liv. XXII, § 25. Retour

22 Sa mère s’appelait Louise de Albis et non Balbi, comme le dit l’historien moderne de Saint-Jean, pag. 264 du tom. V des Mémoires de l’Acad. d’Aix. La première femme de l’avocat Jacques Viany, mère du grand-prieur, se nommait Anne Vanel. Retour

23 Archives du Prieuré, sac DD, n° 30 et 31. Retour

24 P.-J. de Haitze, Hist. d’Aix, manuscrite, liv. XXII, § 28. Retour

25 Archives du Prieuré. Retour

26 C’est à tort que l’historien moderne de Saint-Jean le fait mourir à Malte (tom. V des Mém. de l’acad. d’Aix, pag. 293). Il fut enterré dans son église de Saint-Jean, au pied du maître-autel, et sur sa tombe fut placée une inscription sépulcrale que chacun a vue ou pu voir jusqu’en 1835, époque à laquelle elle fut recouverte par le nouveau pavé du chœur de l’église en carreaux de marbres gris et blanc. Cette épitaphe est rapportée d’ailleurs dans le manuscrit du P. Moulin, conservé à la bibliothèque Méjanes, où l’auteur dont nous parlons a puisé toutes les inscriptions qu’il a copiées dans sa notice et où il a dû voir celle-ci. – Les ouvrages imprimés du prieur Viany ne sont, en général, que des pièces fugitives en vers et quelques discours en prose aux ducs de Bourgogne et de Berri, au roi d’Espagne Philippe V, etc. Retour

27 Acte reçu ledit jour par Michel Jean, notaire à Aix, et non par Me Thibaud, comme il est dit par erreur au tom. V des Mém. de l’acad. d’Aix, pag. 295. Retour

28 Notice des Provençaux qui ont été élevés à l’épiscopat, par le P. Bicaïs, de l’Oratoire, mss. de la biblioth. Méjanes, pag. 334, où l’on trouve l’éloge de cet évêque. On ne peut dissimuler toutefois qu’il fut accusé d’ostentation et de vanité, plus qu’il ne convenait à son état. Le jour de son sacre, dans sa première lettre pastorale adressée à ses diocésains (datum Romae extra portam Flaminiam 14 martii M DCC XXVIII), il prit pour surnom le nom de Bussan, qui était celui de sa quatrième aïeule (*) et le fit prendre à son frère aîné Claude, ennobli quelques années auparavant. Les descendants de celui-ci l’ont porté constamment depuis lors et le portent encore de nos jours, en mémoire de cet illustre prélat. Ce dernier jouissait en sus de l’évêché de Malte, de la commanderie de Vahours, l’une des plus importantes de l’Ordre au grand-prieuré de Saint-Gilles, et de celle de Gabre et Capoulet au grand-prieuré de Toulouse, ce qui lui procurait des revenus très considérables dont il faisait un noble emploi, source peut-être de la jalousie que son élévation avait suscitée contre lui parmi les autres chapelains. -Voyez aussi les savants et curieux manuscrits du chevalier Louis de Boisgelin, concernant l’ordre de Malte, déposés à la bibliothèque Méjanes à Aix, par le chevalier Joseph de Boisgelin, neveu de l’auteur. Retour

29 Nous sommes redevable à M. le chevalier Miége, ancien consul de France à Malte, auteur d’une excellente histoire de cette île (**), aujourd’hui agent des affaires étrangères à Marseille, d’une foule de documents dont nous n’avions aucune connaissance sur les monuments élevés à Malte par l’évêque Paul Alpheran, les diverses inscriptions qui y existent encore en son honneur ou celui du grand-prieur de l’église, son oncle, etc., notamment sur un ancien cimetière de l’île du Goze où cet évêque pensait qu’avaient été enterrés une partie des compagnons de Saint-Louis, après la seconde croisade de ce prince en 1270. M. Miége a eu l’extrême obligeance d’en écrire à deux de ses amis, M. le chevalier Augustin Portelli, membre du conseil du gouvernement à Malte, et M. César Vassallo, bibliothécaire de cette ville, qui, à sa recommandation, nous ont fourni, avec toute l’honnêteté possible, les détails les plus étendus et même de très beaux dessins touchant ce cimetière du Goze dont parlent le comte de Borch et Ciantar dans les ouvrages que nous citons ci-dessous (***) .Nous nous proposons de donner un jour au public, si Dieu nous prête vie, une notice sur ce curieux monument absolument inconnu en France, et nous y exprimerons mieux que nous ne pouvons le faire ici, les sentiments de vive reconnaissance et de haute estime dont nous sommes pénétré envers lesdits MM. Miége, Portelli et Vassallo.

* Voyez notre 1er vol., pag. 471, 472 et 474.
** Histoire de Malte, par M. Miége, ancien consul de France à Malte, etc., Paris, 1840, 3 vol., in-8°.
*** Lettres sur la Sicile et sur l’île de Malte, par M. le comte de Borch, écrites en 1777 ; Turin, 1782, 2 vol. in-8°, tom. II, p. 10 et 11. – Malta illustrata, ovvero descrizione di Malta, etc., del Commandatore Giovanno Francisco Abela, correta,accresciutta et continovata dal conte Giovanno Antounio Ciantar. etc. Malta, 1772, in-f° Lib. I. not. X, pag. 358, et tav. XVIII. Retour

30 Acte reçu ledit jour par Thibaud, notaire à Aix. Retour

31 Recueil des Actes, titres et mémoires concernant les affaires du clergé de France, ou table raisonnée, formant le tom. XVI ; 2e partie, pag. 117.- Mais dans le procès-verbal de visite du prieuré d’Aix, du 30 décembre 1776, on voit que l’archevêque fut condamné par arrêt du conseil du roi, du 30 janvier 1760, et autre arrêt de défaut du 8 août 1761, signifié et devenu définitif faute d’opposition, portant qu’il y a abus dans l’ordonnance de l’archevêque, en ce qui touche les églises, chapelles et oratoires de l’ordre de Malte. Retour

32 Cantiq. de ZacharRetour

33 Acte reçu ledit jour, par Rambot, notaire à Aix. Retour

34 Acte reçu ledit jour, par Rambot, notaire à Aix. Retour

35 Acte reçu ledit jour, par Jean-Boniface Bremond, notaire à Aix. L’historien moderne de Saint-Jean dit (pag. 300) que le prieur Joseph-Félix Alpheran résigna son bénéfice en faveur de son neveu Jean-François. C’est encore une erreur. Dans l’ordre de Malte, les commanderies, prieurés et autres bénéfices ne pouvaient pas être résignés. Quand ils devenaient vacants, ce qui ne pouvait arriver que par mort, démission ou destitution du titulaire, il était pourvu au remplacement de celui-ci suivant les règles établies dans l’Ordre. Retour

36 François-Nicolas-Boniface Alpheran, avocat, assesseur d’Aix, procureur du pays de Provence en 1781 et 1782, émigré après la pendaison de M. Pascalis en 1790 ; rentré en France en 1801, mort étant professeur-directeur de l’Ecole de droit d’Aix, en juillet 1808 ; et François-Laurent-Félix Alpheran, officier au régiment de Soissonnais, chevalier de Saint-Louis mort à Venise en 1797 l’un et l’autre enfants, comme le prieur Jean- François, de François, ancien garde du corps du roi Louis XV, etc. Retour

37 Les chevaliers de Lascaris, d’Auray de St-Pois, de Brizon du Roure, de Cheffontaine, de Barras, etc. Retour

38 Voyez les ouvrages du chevalier de Boisgelin et du vicomte de Villeneuve- Bargemont, cités ci-dessus, pag. 135, not. 1 ; et pour le général du Muy, voy. Pag. 64 et la même 135. Retour

 

Les Rues d’Aix – Chronologie des prieurs de Saint Jean
Les Rues d’Aix ou recherches historiques sur l’ancienne capitale de Provence
par Roux-Alpheran en 2 tomes 1848 et 1851

 

https://laixois.fr/les-rues-d-aix-chronologie/

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Ambroise-Thomas Roux-Alphéran

Ambroise Thomas Roux-Alphéran, né le 29 décembre 1776 à Aix-en-Provence où il est mort le 8 février 1858, est un historien français et greffier à la cour d’Aix-en-Provence pendant la Restauration. Son œuvre principale, Les Rues d’Aix, publiée en 1846-1848, est considérée comme une référence sur l’histoire d’Aix-en-Provence.

Roux-Alpheran

Biographie

Fils de Jean-Baptiste Roux, avocat au parlement, secrétaire et greffier de la viguerie, et de Gabrielle d’Alphéran, il fait ses études au collège Bourbon puis à la faculté de droit d’Aix. Époux en 1801 de Marie Anne Antoinette Renoux, il entreprend la carrière d’avocat malgré une forte timidité qui l’entrave dans l’exercice de sa profession. Il décide donc de rentrer dans l’administration et devient secrétaire en chef de la mairie d’Aix en 1807, poste qu’il conserve jusqu’en 1815, date du retour de Louis XVIII. Grâce au soutien de député, il est nommé greffier en chef de la cour royale d’Aix jusqu’en 1830. Du 11 février 1808 à 1830, il exerce la fonction de membre de l’Académie des sciences, agriculture, arts et belles-lettres d’Aix et, de 1821 à 1830, celle de conseiller municipal. Il démissionne de tous les postes qu’il occupe en 1830 pour mieux se consacrer à sa passion : l’histoire.

En 1840, il reprend ses fonctions à l’Académie, est nommé greffier en chef de la cour royale d’Aix et entre, l’année suivante, à la Commission d’archéologie. Lorsque Louis-Philippe prend le pouvoir, il démissionne et s’adonne à l’étude et l’écriture de l’histoire d’Aix-en-Provence.

Par ordonnance royal du 20 septembre 1814, Ambroise Roux, fut autorisé à joindre à son nom, celui de sa mère, pour devenir Roux-Alphéran.

Il meurt le 8 février 1858, à l’âge de 82 ans, sans avoir obtenu aucune distinction pour son œuvre. Ce n’est qu’après sa mort qu’une rue du quartier Mazarin, la rue Longue-Saint-Jean, reçoit le nom de rue Roux-Alphéran, qu’elle porte toujours. Roux-Alphéran avait occupé, durant une partie de sa vie, une maison au n°9.

 

Œuvres et thèmes

Les historiens lui attribuent un gros manuscrit anonyme rédigé pendant les années sanglantes de la Terreur Blanche à Aix en Provence (1795-1798). Titré Journal historique de tout ce qui s’est passé de remarquable dans Aix, depuis le dimanche 26 avril 1795 jusqu’au dimanche 31 décembre 1797, pour servir à rédiger des mémoires, ce manuscrit raconte d’un point de vue royaliste les années mouvementées du Directoire à Aix.

En 1846-1848, il publie Les Rues d’Aix. Ses nombreuses œuvres sont conservées à la bibliothèque Méjanes, à Aix.
En 2013, Aix sous la Terreur vient d’être édité en deux tomes par les éditions Desbaumes, d’après les archives de la bibliothèque Méjanes d’Aix-en-Provence.

 

 

CHEVALIERS DE L'ORDRE DE MALTE, CHRISTIANISME, EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, ORDRE DE MALTE, ORDRE DE SAINT JEAN DE JERUSALEM, ORDRE SOUVERAIN MILITAIRE HOSPITALIER DE SAINT JEAN DE JERUSALEM RODHES ET MALTR, ORDRES HOSPILATIERS ET MILITAIRES

L’Ordre de Saint Jean de Jérusalem, les chevaliers de l’Ordre de Malte

 

Ordre de Saint-Jean de Jérusalem

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L’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, appelé aussi ordre des Hospitaliers, est un ordre religieux catholique hospitalier et militaire  qui a existé de l’époque des croisades jusqu’au début du xixe siècle. Il est généralement connu, dès le xiie siècle, sous le nom de Ordo Hospitalis Sancti Johannis Hierosolymitani.

 

Histoire

L’origine de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem remonterait à la fin du xie siècle dans l’établissement des marchands amalfitains à Jériusalem et la création d’hôpitaux, d’abord à Jérusalem, puis en Terre sainte, d’où son nom d’ordre des « Hospitaliers ». À la suite de donations, il va posséder des établissements, prieurés et commanderies dans toute l’Europe catholique. À l’instar des Templiers, il assume rapidement une fonction militaire pour défendre les pèlerins qu’il accueille sur les chemins de Jérusalem, puis pour combattre les Sarrasins aux côtés des Francs de Terre sainte.

Après l’expulsion des Croisés de Terre sainte (1291), l’Ordre s’installe à Chypre avant de conquérir l’île de Rhodes (1310) et de devenir une puissance maritime pour continuer à être le rempart de la chrétienté contre les Sarrasins À la suite de la disparition de l’ordre du Temple en 1314, les Hospitaliers reçoivent les biens des Templiers ce qui fait d’eux l’ordre le plus puissant de la chrétienté.

Expulsé de Rhodes en 1523 par la conquête turque, l’Ordre s’installe à Malte en 1530, dont il est considéré comme le souverain par décision de Charles Quint. Avec sa flotte maritime de guerre, l’Ordre se transforme en une puissance politique qui prend de plus en plus d’importance en Méditerranée centrale jusqu’à la bataille de Lépante (1571) et jusqu’aux premiers traités des royaumes d’Europe avec les Ottomans. Après quoi il se consacre surtout à des opérations de guerre de course et transforme Malte en magasins d’échanges du commerce méditerranéen avec une quarantaine reconnue dans tous les ports de Méditerranée.

En France, la Révolution va bouleverser un équilibre fragile : l’Ordre sert au commerce français et doit donc être préservé pour cela. Il est d’abord considéré comme une puissance étrangère au sens de l’article 17 du décret de confiscation des biens du clergé et des ordres religieux des 23 et 28 octobre 1790. Le 19 septembre 1792, la Législative décréta l’urgence, l’avant-dernier jour de la session avant la Convention nationale et la veille de Valmy, c’est le décret de Vincens-Plauchut, qui décide de la mise sous séquestre et la vente de tous les biens de l’Ordre.

En 1798, Bonaparte sur la route de l’Égypte, prend Malte et expulse le grand maître et les Hospitaliers de l’archipel maltais au nom de la République française. L’Ordre qui s’était placé sous la protection de Paul Ier de Russie, voit une majorité de ses Hospitaliers s’exiler à Saint-Pétersbourg où ils élisent le tzar comme grand maître en 1798.

Mais avec l’abdication du grand-maître Ferdinand de Hompesch en 1799 et la mort de Paul Ier en 1801, s’ouvre pour l’Ordre une période noire qui ira jusqu’à sa chute, son éclatement ou une survivance improbableen ordres concurrents. En plus des ordres historiques issus de la scission protestante comme le très vénérable ordre de Saint-Jean, son principal successeur catholique est l’ordre souverain militaire hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte, fondé officiellement en 1961.

 

Historiographie

À la différence des Bénédictins ou des Ordres mendiants, les ordres militaires ne se sont intéressés qu’assez tard à leur histoire. À l’origine les textes historiques se limitent à l’obituaire, qui incorpore progressivement à partir du xive siècle des détails sur la vie des membres de l’Ordre, mais aussi des développements légendaires. Il a été un temps où les Hospitaliers faisaient remonter leurs origines aux bibliques Maccabées. Il ne faut pas oublier Guillaume de Tyr et ses continuateurs dont les textes publiés au milieu du xvie siècle sont traduits en italien en 1562. En relatant les croisades, ils peignent aussi une histoire des Hospitaliers.

Les premiers textes à caractère historique émanant des Hospitaliers sont l’œuvre de Guillermo de Santo Stefano, commandeur de Chypre. Il est le premier à faire une recension des textes législatifs de l’Ordre et vers 1303, il entreprend une compilation qui regroupe la règle et les statuts de l’Ordre, une chronologie des grands maîtres, un recueil des décisions disciplinaires, les Miracula et une étude critique sur les origines de l’Hôpital, l’Exordium Hospitalis.

Confronté à des critiques extérieures, ou plus simplement pour valoriser ses actions et encourager les donations, l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem va susciter des annales. Au milieu du xve siècle, Melchiore Bandini, chancelier de l’Hôpital, est l’auteur d’un ouvrage perdu depuis, mais dont, au xvie siècle, Giacomo Bosio (1544-1617) a encore la mémoire.

La Descriptio obsidionis Rhodie urbis de Guillaume Caoursin, est un texte au service de la propagande de l’ordre ; il connaît un grand succès et les éditions et traductions se multiplient entre 1480 et 1483.

Un document intéressant pour l’histoire des ordres militaires est un texte écrit vers la fin du xve siècle par un frère de l’ordre Teutonique, la Chronik der vier Orden von Jerusalem. Cette chronique met en lumière, dans sa première partie, l’origine hiérosolymitaine des ordres militaires ainsi que des chanoines du Saint-Sépulcre. Si l’origine des Teutoniques et des Chanoines est quelque peu anticipée, celle des Templiers et des Hospitaliers est relativement bien cernée.

Heindrich Pantaleon (1522-1627) publie, à Bâle en 1581, une première histoire basée sur les archives de l’ordre : Militaris ordinis Johannitorum, Rhodiorum aut Melitensium equitum rerum memorabilium […] pro republica christiana […] gestarum ad praesentem usque 1581 annum. Mais l’œuvre majeure de cette période est l’Istoria della sacra Religione et illustrissima militia de San Giovanni Gerosolimitano que Bosio publie en trois volumes à Rome entre 1594 et 1602. L’Istoria de Bosio est traduite en français et complétée par un frère de l’Ordre, Anne de Nabérat, publiée en 1629 à la demande du grand maître Alof de Wignacourt. Bosio et Nabérat font un récit narratif et clairement réclamé comme hagiographique. Malgré cela, ce texte est d’une grande valeur historique, Bosio s’appuie sur des sources incontestables.

En 1726 parait l’œuvre de l’abbé de Vertot. Il a, précédemment à l’écriture, fait la recension de toutes les sources alors disponibles. S’il doit à Giacomo Bosio, il utilise les sources regroupées par François Pithou (1544-1624), par Jacques Bongars, Jacques de Vitry, Marin Sanudo, mais aussi Guillaume de Tyr, Heindrich Pantaleon, Bosio et son continuateur Bartolomeo dal Pozzo

Avec Joseph Delaville Le Roulx, l’histoire des Hospitaliers se veut plus scientifique. Il fait un énorme travail de documentation : il publie en quatre volumes entre 1894 et 1906 près de 5 000 documents ayant trait aux deux premiers siècles de l’histoire de l’Ordre, Cartulaire général de l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (1100-1310) Ses deux volumes Les Hospitaliers en Terre sainte et à Chypre, publié en 1904, et Les Hospitaliers à Rhodes jusqu’à la mort de Philibert de Naillac, publié en 1913, se présentent comme un travail érudit et de qualité

Le xxe siècle voit l’explosion d’une histoire parcellaire faite de monographies très spécialisées et/ou circonscrites localement ou temporellement. Il faut attendre le travail de synthèse de Jonathan Riley-Smith avec The Knights of St John in Jérusalem and Cyprius (1150-1310) publié en 1967 pour voir apparaître un nouveau travail historique sur les Hospitaliers : Riley-Smith avec Hospitalers, The History of the Order of St John en 1999 ou Helen Nicholson avec The Knights Hospitaller en 2001. En dépit des sources existantes à Malte, sources souvent inédites, restent quand même des lacunes pour la période rhodienne, malgré les nombreux articles définitifs d’Anthony Lutrell regroupés en cinq volumes The Hospitallers in Cyprius, Rhodes, Greece and the West, 1291-1440 (1978), Latin Greece, the Hospitallers and the Crusades, 1291-1440 (1982), The Hopitallers of Rhodes and their Mediterranean World (1992), The Hospitaller State on Rhodes and in Western Provinces (1999) et Studies on the Hospitallers after 1306. Rhodes and the West (2007). de l’activité religieuse ou politique de l’Ordre ou avec le recueil d’articles de Victor Mallia-Milanes dans Hospitaller Malta, 1530-1798 (1993).

Au xxie siècle s’ouvre avec le travail de Judith Bronstein The Hospitalers and the Holy Land. Financing the Latin East, 1187-1274 (2005) un champ d’études encore largement ignoré : les aspects économiques de l’Ordre qui « pratiquait la banque » et qui devait financer ses activités sur « le front » par ses ressources financières et ses activités terriennes « à l’arrière » pour reprendre les expressions d’Alain Demurger. Il est aussi possible de citer sur ce sujet l’étude d’Alain Blondy L’Ordre de Malte au xviiie siècle, Des dernières splendeurs à la ruine (2002) où est introduit la notion d’éclatement de l’Ordre. D’autres champs d’études sont aussi récemment abordés comme ceux de l’activité sociale des frères de l’Ordre avec Carmen Depasquale La vie intellectuelle et culturelles des chevaliers français à Malte au xviie siècle (2010) ou, plus généralement, Alain Blondi Parfum de Cour, gourmandise de rois. Le commerce des oranges entre Malte et la France au xviiie siècle (2003), ou encore Thomas Freller Malta, The Order of St John (2010). Enfin, le travail d’un universitaire, Alain Demurger, qui s’était intéressé jusque là aux Templiers, et qui jette un regard moderne sur l’Ordre à son origine avec Les Hospitaliers. De Jérusalem à Rhodes. 1050-1317 (2013). Il cite dans sa préface ses trois inspirateurs, Joseph Delaville Le Roulx, Jonathan Reley-Smith et un auteur peu cité Alain Beltjens qui a pourtant produit une œuvre mais à compte d’auteur Aux origines de l’ordre de Malte. De la fondation de l’Hôpital de Jérusalem à sa transformation en ordre militaire. (1995).

On ne peut terminer sans citer la somme académique que représente le dictionnaire Prier et Combattre. Dictionnaire européen des ordres militaires au Moyen Âge sous la direction de Nicole Bériou et Philippe Josserand qui regroupe la contribution de près de 240 collaborateurs et auteurs de 25 pays au travers de 1 128 entrées, travail de plus de cinq années et dont la majeure partie concerne l’Ordre.

 

Appellations de l’Ordre et nom de ses membres

S’il est une chose difficile à déterminer, c’est le nom de cet Ordre. Comme le signale Alain Demurger dans l’avant-propos de son livre sur les Hospitaliers : « On trouve souvent utilisée, dans les titres des ouvrages [et pas seulement dans les ouvrages anciens] consacrés à l’histoire de l’ordre de l’Hôpital, l’expression de « chevaliers hospitaliers », de « chevaliers de l’Hôpital » ou de « chevaliers de Saint-Jean » […]. Cette expression n’est pas conforme à la réalité et à l’histoire des premiers siècles de l’Ordre » Si l’expression de chevalier est apparue dès l’origine dans le nom de l’ordre du Temple, ce n’est pas le cas pour l’ordre de l’Hôpital ; ses membres étaient et seront toujours des « frères » éventuellement des « frères chevaliers ». L’ordre de l’Hôpital était avant tout un ordre hospitalier, le premier et le dernier ordre hospitalier. Son couvent s’appelait la « sainte maison de l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem » et la titulature du supérieur de l’ordre : l’« Humble maître de la sainte maison de l’Hôpital de Jérusalem et gardien des pauvres du Christ ».

Dans les sources primaires, à Malte où se trouve la partie des archives la plus importante, mais aussi partout ailleurs où l’Ordre avait des intérêts, dans tous les textes de l’Ordre, émis, reçus ou envoyés, et qui nous sont parvenus, les appellations de l’Ordre ne sont pas fixées : La Religion, L’Hospital, Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, ordre de l’Hôpital, ordre des Hospitaliers, ordre des Hospitaliers de Saint-Jean, ordre des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, ordre des chevaliers hospitaliers, ordres des chevaliers de Rhodes, ordre des chevaliers de Malte, ordre de Saint-Jean, ordre de Saint-Jean de Jérusalem, etc. Et cela dans toutes les langues pratiquées par l’Ordre, en latin ou en langues vulgaires comme le français, l’italien, l’espagnol, l’allemand, l’anglais etc.

Toutes ces appellations étaient aux yeux de leurs auteurs suffisantes dès qu’il ne pouvait pas y avoir confusion avec d’autres ordres. S’il est des textes qui doivent recevoir une attention particulière, ce sont les Règles de l’Ordre, statuts, usances et esgards car ces documents ont la volonté de produire un effet normatif. Mais là encore c’est la diversité qui règne. Ayant perdu Jérusalem et s’installant là où il voulait ou là où il pouvait, l’Ordre ne changera pas de nom, il sera toujours « de Jérusalem ».

Les sources secondaires suivent la même diversité d’expressions, ce n’est que ces dernières années, avec la renaissances des études historiques sur les ordres hospitaliers et/ou militaires que l’on voit se détacher un consensus entre les auteurs. Il semble que la synthèse de Jurgen Sarnowsky de 2009 prévaut avec deux expressions : « ordre de l’Hôpital » et « ordre de Saint-Jean de Jérusalem ». « L’Hôpital » ou « L’Hospital » a aussi ses représentants. Une expression ancienne survit dans un secteur de l’activité de l’Ordre, la marine, où l’expression « La Religion » est courante.

Pour les noms des membres de l’Ordre, cela paraît plus consensuel avec l’expression « Hospitaliers » qui a tendance à prendre la place de « frère » ou « frère hospitalier » ou de sa version ancienne « Fra’ ». Pour les chevaliers, les expressions de « chevalier de l’Hôpital » ou « chevalier hospitalier », avec leurs variantes « chevalier de Rhodes » et « chevalier de Malte », existent, même si Demurger les conteste

 

 

Histoire de l’Ordre

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Frère Gérard reçoit Godefroy de Bouillon

En Terre sainte

 

Avant les Croisades

Au xie siècle, Jérusalem se trouve sous la domination musulmane des Fatimides du Caire, mais les chrétiens peuvent y venir en pèlerinage et des établissements chrétiens y sont présents.

L’origine de l’ordre est le monastère bénédictin de Sainte-Marie-Latine, fondé à Jérusalem au milieu du xie siècle par des marchands amalfitains, auquel s’ajoute un peu plus tard le monastère féminin de Sainte-Marie-Madeleine ; chacun d’eux est pourvu d’un xenodochium, un hospice ou une hostellerie, dont le rôle est d’accueillir et de soigner les chrétiens accomplissant un pèlerinage en Terre sainte. L’administration des deux hospices est aux mains de convers, frère Gérard et de sœur Agnès.

Dans les années 1070, Gérard, peut-être pour prendre des distances avec les Amalfitains, décide de créer un troisième hospice, dédié dans un premier temps à saint Jean l’Aumônier avant d’être sous le patronage de saint Jean le Batptiste.

En 1078-1079, la ville est prise par les Turcs seldjoukides qui ont en général une attitude très hostile envers les chrétiens (ils sont du reste la cause de la première croisade) ; les hospices de frère Gérard et sœur Agnès réussissent cependant à passer cette période avec le retour des Fatimides en 1098 et qui prend fin avec la prise de Jérusalem par les Croisés en 1099.

La fondation (1113)

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Bulle pontificale conservée à la Bibliothèque Nationale de Malte

À la suite de la première croisade en 1099, la Terre sainte passe sous domination chrétienne, Jérusalem devenant le centre du royaume de Jérusalem, le principal des états latins d’Orient.

Frère Gérard demande que son hospice soit reconnu comme autonome par rapport aux couvents bénédictins. Le pape Pascal II promulgue une bulle Pie postulatio voluntatis en ce sens le 15 février 1113 en faisant de cet hôpital, « L’Hospital », une institution, une sorte de congrégation, sous la tutelle et protection exclusive du pape.

Gérard est reconnu comme chef de cette congrégation et le pape précise dès le départ qu’à la mort de ce dernier, les membres de l’Ordre choisiront eux-mêmes son successeur.

 

La structuration de l’Ordre (xiie siècle)

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Croisés

En 1123, Raymond du Puy, aurait succédé à un ou deux frères intérimaires qui ont dirigé l’Ordre après le décès de frère Gérard, dote les Hospitaliers d’une règle reposant sur celles de saint Augustin et de saint Benoît. Cette règle organise l’Ordre en trois fonctions, les frères moines et clercs, les frères laïcs et les frères convers qui tous doivent les soins aux malades.

« C’est la convergence entre la mise en place des premières structures administratives régionales et l’élaboration de la règle par le maître Raymond du Puy et son approbation par le pape Eugène III au milieu du xiie siècle qui permet de dire que, alors et alors seulement, L’Hospital est devenu un ordre ».

Le 21 octobre 1154, une catégorie de frères prêtres ou chapelains est établie, accordée par le pape Anastase IV ; le personnel soignant, médecins et chirurgiens, est officialisé dans les statuts de Roger de Moulins du 14 mars 1182 ainsi que les frères d’armes, qui apparaissent pour la première fois dans un texte. Selon Alain Demurger, « c’est à cette date donc que l’Ordre est devenu, en droit, un ordre religieux-militaire ».

Sous Alfonso de Portugal en 1205, ils sont répartis en frères prêtres ou chapelains, frères chevaliers et frères servants (« servant d’armes et servants de services ou d’office »). Cette organisation en trois classes restera celle des Hospitaliers Alain Demurger estime cependant qu’il existait une catégorisation plus fonctionnelle que sociale : « frères d’armes, frères d’office, frères prêtres », mais en fait c’était la même chose sous des noms différents ; les frères d’armes étaient les chevaliers, les frères d’office étaient les frères servants, et les frères prêtres étaient les prêtres ou chapelains.

 

Le rôle des Hospitaliers en Terre Sainte

Leur rôle est avant tout d’être un ordre hospitalier, ils construisent un hôpital à Jérusalem et à Saint-Jean-d’Acre mais comme les Templiers ou les Teutoniques, les Hospitaliers jouent un rôle de premier plan sur l’échiquier politique du royaume de Jérusalem. En 1136, ils reçoivent de Foulques Ier, roi de Jérusalem, la garde de la forteresse de Gibelin, en 1140, construit la forteresse de Margat et acheté celle de Belvoir. Ils possèdent d’autres forteresses comme Sare, Chatel Rouge, Gibelacar, Belmont et d’autres encore Ils fortifient Jérusalem, Saint-Jean-d’Acre, Tortosa et Antioche. En 1142/1144, Raymond II, comte de Tripoli, leur donne le Krak des Chevaliers qui défend la trouée d’Homs sur la plaine de la Boquée. Elle avait été prise à l’émir d’Homs par Raymond de Saint-Gilles en 1099 sur le chemin de Jérusalem. Leur structure militaire et leurs places fortes font de l’Ordre une puissance armée de plus en plus importante, qui n’hésite pas le cas échéant à s’immiscer dans la conduite du royaume de Jérusalem

En fait, l’ordre des Hospitaliers n’est devenu, dans ses textes normatifs, un ordre militaire que le 14 mars 1182 avec le statut de Roger de Moulins mêm si avant cette date il payait sur ses deniers déjà des militaires comme le reconnait la bulle Quam amabilis Deo datée de 1139/1143.

 

De Jérusalem à Saint-Jean d’Acre et Chypre (1187-1291)

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Le siège de Saint-Jean-d’Acre

L’Ordre suit les vicissitudes des États latins d’Orient en Terre sainte et leur recul progressif vers la côte.

En 1187, Saladin prend définitivement Jérusalem et les Hospitaliers s’installent à Saint-Jean-d’Acre Un siècle plus tard, le 28 mai 1291, les croisés perdent Saint-Jean-d’Acre à l’issue d’une bataille durant laquelle le grand maître de l’Ordre, Jean de Villiers, est grièvement blessé. Les Templiers et les Hospitaliers, avec les dernières forces latines, sont obligés de quitter la Terre sainte Les Hospitaliers s’installent alors à Chypre

 

À Chypre et à Rhodes

Chypre : la réorganisation de l’Ordre

L’Ordre se replie à Chypre dont le roi, Henri II de Lusignan, aussi roi de Jérusalem en titre voit d’un mauvais œil une organisation aussi puissante s’installer dans son royaume. En 1301, en reprenant une proposition de réorganisation de l’Ordre faite au pape Boniface VIII, le 12 août 1295, le grand maître, Guillaume de Villaret, dote l’Ordre d’une structure élaborée pour ses possessions en Occident. Le chapitre de Montpellier, tenu en 1327 par Hélion de Villeneuve, confirme la création des langues Les Hospitaliers sont répartis en fonction de leur origine en huit groupes appelés « langues » :  Provence, d’Auvergne, de France, d’Aragon, de Castille, d’Italie, d’Angleterre, d’Allemagne. Chaque langue élit à sa tête un bailli conventuel, appelé « pilier ».

En 1306, le pape Clément V autorise les Hospitaliers à armer des navires sans demander l’autorisation du roi de Chypre. Les Hospitaliers développent la grande flotte qui fait leur réputation et qui, associée à leur organisation, exemplaire pour l’époque, leur permet de tirer un grand profit de leurs possessions en Occident, cela les autorisant à entretenir l’espoir d’une reconquête de la Terre sainte.

 

Rhodes : souveraineté et richesse

À partir de 1307, l’Ordre, dont la rivalité avec le roi de Chypre ne cesse de croître se lance dans la conquête de l’île de Rhodes, alors sous souveraineté byzantine. En 1307, Foulques de Villaret se rend sur la demande de Clément V à Poitiers. Le pape revient sur la problématique de la croisade mais Foulque propose un « passage » limité pour s’assurer de solides points d’appui avant un « grand passage » Rhodes est conquise en 1310 et devient le nouveau siège de l’Ordre. Le « passage particulier » organisé par le pape et Villaret a au moins servi pour en finir avec Rhodes.

En 1311, ils renouent avec leurs origines en créant le premier hôpital de l’île de Rhodes

Le 2 mai 1312, la bulle pontificale Ad providam transfère les biens des Templiers aux Hospitaliers à l’exception de leurs possessions dans la Couronne d’Aragon et Couronne de Castille (part de l’actuelle Espagne) et du Portugal où deux ordres naissent des cendres de l’ordre du Temple, l’ordre de Montesa et l’ordre du Christ.

Par ailleurs, L’ordre des Hospitaliers transforme son action militaire en guerre de course, alors peu différente de la piraterie. Signe d’un enrichissement des Hospitaliers en même temps que d’une conquête de souveraineté, l’Ordre se met à battre monnaie à l’effigie de ses grands maîtres.

  

Les menaces musulmanes

Siège de Rhodes en 1480.

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Siège de Rodhes en 1480

Mais, au cours du xive siècle, pendant que les Hospitaliers exercent un contrôle maritime sur la mer Égée, la dynastie ottomane conquiert peu à peu les territoires riverains. En 1396, une croisade soutenue par l’Ordre essuie un échec sanglant à Nicopolis Après cet échec, tout espoir de reconquête des lieux saints est définitivement perdu.

En 1440 et en 1444, l’île de Rhodes est assiégée par le sultan d’Égypte, mais ces deux attaques sont repoussées. En 1453, le sultan ottoman Mehmed II s’empare de Constantinople ; le grand maître Jean de Lastic se prépare à un nouveau siège, mais il n’a lieu que beaucoup plus tard, en 1480 ; le grand maître Pierre d’Aubusson repousse les assauts des troupes du pacha Misach, ancien prince byzantin converti à l’Islam. Il assiège la ville avec 10 à 15 000 hommes pour Housley pas plus de 20 000 pour Nossov, ou jusqu’à 70 000 hommes pour Setton, dont/avec 3 000 janissaires.

 

La chute de Rhodes (1522)

Le siège décisif a lieu en 1522Le sultan Soliman le Magnifique assiège pendant cinq mois la ville de Rhodes. Philippe de Villiers de L’Isle-Adam, élu l’année précédente contre son rival, le grand prieur de Castille-Portugal, André d’Amaral, qui sera, le 8 novembre, exécuté malgré son silence obstiné, un de ses serviteurs étant surpris en train d’envoyer un message au camp turc, il avoue sous la torture avoir agi sur l’ordre de son maître. Impressionné par la résistance héroïque du grand maître, Soliman accorde libre passage aux Hospitaliers, aux chevaliers rescapés et à nombre de Rhodiens Emportant dans trente navires leur trésor, leurs archives et leurs reliques, dont la précieuse icône de la Vierge de Philerme, les Hospitaliers quittent définitivement la Méditerranée orientale le 1er janvier 1523.

 

À Malte

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Philippe de Villiers de l’Isle Adam prend possession de Malte

Les Hospitaliers entament, en 1523, une errance de sept années qui les conduit d’abord à Civitavecchia (août 1523), en Italie. De 1524 à 1527, le pape Clément VII, ancien Hospitalier, les héberge à Viterbe (janvier 1524) ; mais, finalement, ils partent pour Nice (novembre 1527) en passant par Corneto (juin 1527) et Villefranche-sur-Mer (octobre 1527).

L’empereur Charles Quint, comprenant l’utilité que peut avoir un ordre militaire en Méditerranée face aux avancées ottomanes (Alger   est conquis par le célèbre Barberousse en 1529), confie à l’Ordre l’archipel maltais, dépendance du royaume de Sicile, par un acte du 24 mars 1530, faisant du grand maître de l’Ordre le prince de Malte. Ainsi les Espagnols leur cèdent la forteresse de Tripoli (qui sera prise par les Ottomans en 155.)

L’Ordre se transforme alors en une puissance souveraine qui prend de plus en plus d’importance en Méditerranée centrale.

 Grand Siège de Malte

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Le siège de Malte

Le Grand Siège de Malte a été mené par les Ottomans en 1565 pour prendre possession de l’archipel et en chasser l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem

Le 18 mai 1565, une importante force turque, sous les ordres du général Mustafa Pacha et de l’amiral Piyale Pacha, débarque à Malte et met le siège devant les positions chrétiennes Les chevaliers de l’Ordre, appuyés de mercenaires italiens et espagnols, et par la milice maltaise, sont commandés par le grand maître de l’Ordre, Jean de Valette. Inférieurs en nombre, les défenseurs se réfugient dans les villes fortifiées de Birgu et de Senglea, dans l’attente d’un secours promis par le roi Philippe II d’Espagne. Les assaillants commencent leur siège par l’attaque du fort Saint-Elme qui commande l’accès à une rade permettant de mettre à l’abri les galères de la flotte ottomane. Les chevaliers parviennent néanmoins à tenir cette position durant un mois, faisant perdre un temps considérable et de nombreux hommes à l’armée turque.

Au début du mois de juillet, le siège de Birgu et Senglea commence. Durant deux mois, malgré leur supériorité numérique et l’importance de leur artillerie, les Ottomans voient leurs attaques systématiquement repoussées, causant de nombreuses pertes parmi les assaillants. Le 5 juillet arrive le « petit secours ». Toutes les attaques sur Birgu et Senglea se soldent par un désastre pour les Turcs, comme l’attaque du camp de base des Ottomans depuis Mdina. Le 7 septembre, le « grand secours », menée par le vice-roi de Sicile, don García de Tolède, débarque à Malte et parvient à défaire l’armée turque. Démoralisées par leur échec et affaiblies par la maladie et le manque de nourriture, les troupes musulmanes rembarquent le 18 septembre 1565.

La victoire des chevaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem a un retentissement considérable dans toute l’Europe chrétienne : elle leur confère un immense prestige et renforce leur rôle de défenseur de la religion chrétienne face à l’expansionnisme musulman. Les fonds collectés à la suite de cette victoire permettent de relever les défenses de Malte et d’assurer la présence durable de l’Ordre sur l’île. Une nouvelle ville est également édifiée, en vue de défendre la péninsule de Xiberras contre un retour éventuel des armées turques. D’abord appelée Citta’ Umilissima ou en latin Humilissima Civitas Vallettae, « la très humble cité de Valletta », elle prend ensuite le nom de La Valette, en hommage au grand maître de l’Ordre vainqueur des Ottomans

 

Les Hospitaliers dans les caraïbes

En 1651, à la suite de la dissolution de la compagnie des îles d’Amérique, il est procédé à la vente de ses droits d’exploitation à divers partis. Philippe de Longvilliers de Poincy convainc le grand maître Jean-Paul de Lascaris-Castellar d’acheter des îles.

La présence des Hospitaliers dans les Caraïbes est née de la relation étroite de l’Ordre avec la présence de nombreux membres en tant qu’administrateurs français en Amériques. Poincy, qui était à la fois chevalier de Malte et gouverneur des colonies françaises des Caraïbes, fut le personnage clé de leur brève colonisation. L’Ordre achète ainsi les îles de Saint-Christophe, Sainte-Croix, Saint-Barthélemy et Saint-Martin.

À cette époque, l’Ordre agissait comme propriétaire des îles, tandis que le roi de France continuait de détenir la souveraineté nominale. En 1665, les Hospitaliers vendent leurs droits sur les îles à la jeune compagnie française des Indes occidentales, mettant ainsi fin à leur projet colonial.

 

De Lépante à Damiette

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Bataille de Lépante

Quelques années après leur échec à Malte, les Ottomans subissent un revers encore plus grave à Lépante, le 7 octobre 1571. Les Hospitaliers s’illustrent pendant cette bataille navale, où la flotte de la sainte Ligue, commandée par don Juan d’Autriche, détruit la flotte ottomane. Après Lépante, l’Ordre se lance à nouveau, comme à Rhodes, dans le corso, la guerre de course, qui de contre-attaque qu’elle était à l’origine, devient vite un moyen pour les Hospitaliers de s’enrichir grâce à l’arraisonnement de cargaisons mais aussi par le commerce d’esclaves, dont La Valette devient le premier centre dans le monde chrétien

L’Ordre connaît également de grandes difficultés, notamment économique, ses dirigeants se refusant à adopter des mesures économiques efficaces et modernes. L’indépendance même du pouvoir hospitalier est menacé par l’influence toujours croissante de Versailles, comme en témoigne l’affaire de la Couronne ottomane. Enfin, le fossé se creuse de plus en plus entre l’Ordre et la population maltaise : l’affaire du capitaine de nuit expose le despotisme des aristocrates et l’émergence d’un sentiment national maltais

Les Hospitaliers participent à une importante bataille navale le 16 août 1732, au large de Damiette en Égypte

 

La prise de Malte

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Napoléon débarque à Malte

Au début de la Révolution française, les biens français des Hospitaliers sont nationalisés, comme tous les biens relevant de l’Église (Constitution civile du clergé de 1790). Le Grand prieuré de France est dissous en 1792 En 1793, Malte échappe de peu à une révolte fomentée par des agents de la Convention.

Le 19 mai 1798, Bonaparte, quitte Toulon pour la campagne d’Égypte avec le gros de la flotte française Il se présente devant La Valette en demandant de faire aiguade (remplir les barriques d’eau) ; Ferdinand Hompesch réunit le Conseil et le grand maître refusa de laisser entrer dans le port plus de quatre bateaux à la fois

Le général Bonaparte fait débarquer ses troupes à Malte au nom de la République française et s’empare par traîtrise de l’île les 10 et 11 juin 1798. Une convention est signée à bord de L’Orient le 12 juin par laquelle l’Ordre renonce à ses droits sur Malte mais que Hompesch ne ratifie pas. Il expulse le grand maître le 17 juin à Trieste uniquement accompagné de douze ou dix-sept membres de l’Ordre.

Le 19 juin 1798, la flotte française met le cap sur Alexandrie, après avoir laissé une garnison de trois mille hommes d’infanterie et trois compagnies d’artilleurs

 

En Russie

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Paul Ier de Russie

Les grands maîtres de l’Ordre, déjà sollicité par l’empire russe qui recherchait son appui dans le conflit qui l’opposait à l’empire ottoman, décident de se rapprocher de Paul Ier et d’en faire le protecteur de l’Ordre le 7 août 1797. De toutes les commanderies hospitalières il ne restaient que celles d’Allemagne et celles de Russie

Après l’abdication de Ferdinand von Hompesch, les 249 chevaliers de l’Ordre exilés en Russie au palais Vorontsov de Saint-Pétersbourg proclament, le 7 novembre 1798, Paul Ier « grand maître de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem ». L’élection de Paul Ier soulève de nombreuses objections. En effet, celui-ci est orthodoxe et marié Cet évènement sans précédent dans l’histoire de l’Ordre amène le Pape Pie VI à ne pas le reconnaître comme grand maître.

 

L’éclatement de l’Ordre

Ferdinand von Hompesch après avoir résigné son magistère le 9 juillet 1799, le décès de Paul Ier, le 24 mars 1801, il s’ensuit une période noire pour l’Ordre jusqu’à sa chute, son éclatement ou une survivance improbable

 

Une période noire

En 1801, son fils Alexandre Ier de Russie, conscient de cette irrégularité, décide de rétablir les anciens us et coutumes de l’ordre catholique des Hospitaliers. Le comte Nikolaï Saltykov, lieutenant du grand maître, du prince Kourabin, grand chancelier, du commandeur de Maisonneuve, pro-vice chancelier, se proclament collectivement supérieur provisoire de l’Ordre. Ils demandent de ne pas réunir de chapitre général, de remettre la nomination d’un grand maître au pape à condition que celui-ci reconnaisse tous les actes de Paul 1er. Le pape réunit une congrégation de cardinaux qui décide que chaque prieuré transmettrait au pape son candidat parmi lequel le pape choisirait le grand maître après qu’il aurait réglé canoniquement la démission de Hompesch. Le nouveau grand maître examinerait avec le chapitre général chaque acte de Paul 1er et en ferait rapport au pape qui déciderait sur chacun d’eux.

Mais la France et l’Angleterre avait arrêté entre elles, dans le traité d’Amiens, le mode d’élection du grand maître sans tenir compte de ce qu’avait décidé la Russie et la papauté. Alexandre prenant connaissance de l’article 10 du traité s’oppose à ce que le mode d’élection soit modifié et demande à la France et à l’Angleterre de revenir sur le mode d’élection. L’Angleterre accepta et la France fit de même.

Finalement, pour tenter de sauver l’ordre, il est convenu que la nomination du grand maître incomberait uniquement et exceptionnellement au pape Pie VII. Le 16 septembre 1802, il nomme le bailli Barthélemy Ruspoli qui refuse, enfin le 9 ou le 17 février 1803, le pape choisit le candidat élu du prieuré de Russie, le bailli Giovanni Battista Tommasi comme premier grand maître de l’ordre souverain militaire jerosolymitain de Malte nommé, et non pas élu par les Hospitaliers.

 

Malte reste à l’Angleterre

Le traité d’Amiens, du 25 mars 1802, qui met fin à la période de guerres commencées en 1792, comporte une clause qui prévoit la restitution à l’Ordre de son territoire de Malte ; mais elle ne va pas être respectée, du fait de la reprise en 1805 de la guerre entre la France et l’Angleterre.

Le grand maître Tommassi installe les décombres de l’Ordre à Messine en Sicile, puis à Catane en Italie en attendant la possibilité de se reconstituer à Malte. Il vivait petitement, ayant refusé les subsides de Bonaparte, seulement entouré de deux commandeurs : un italien Del Verne et un français Dupeyroux. Il décède le 13 juin 1805 un mois après Hompesch, le 12 mai 1805. S’ensuit une période sombre qui entérine l’éclatement de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Le 17 juin 1805, trente-six chevaliers réunis à Catane élisent comme grand maître Guiseppe Caracciolo di Sant’Erasmo mais en novembre, le pape Pie VII par bref nomme comme lieutenant ad interim Innico Maria Guevara-Suardo. À peine nommé, Guevara-Suardo écrit à de Ferrette : « à l’aspect du squelette qui a remplacé le Corps […] depuis la perte de Malte, l’ordre a vu périr un nombre considérable de ses premiers religieux ; presque tous les novices ont cherché à se procurer du pain, soit par des mariages sortables, soit par des entreprises qui les enlevèrent à leur ancien état ; depuis cette époque fatale, les réceptions ont été à peu près égales à zéro ; les changements de domination ou de système ont privé ce corps des sept huitièmes de ses ressources en hommes et en revenus. »

Le traité de Paris en 1814 reconnaît l’Angleterre, pays de religion anglicane, comme seul maître de Malte, ce qui éloigne encore un peu plus les espoirs d’un retour. En 1822, le Congrès de Vérone reconnaît pourtant une fois encore la légitimité des réclamations de l’Ordre en réclamant que le sort de l’Ordre ne soit pas séparé de celui de la Grèce. Pour la première fois l’Ordre ne liait plus sa survie à celle de Malte mais les affaires espagnoles mirent rapidement fin à ce rapprochement.

 

Une renaissance

Après séparation, ralliement, opposition, intérêt divergeant, à ce qui reste de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, à cet « État sans territoire », le pape Léon XI en 1827 accorde comme consolation un couvent et une église à Ferrare en Italie. En 1831, l’Ordre réduit à un état-major s’installe définitivement à Rome. À partir de 1864, l’organisation en « Langues » disparaît : elles sont remplacées par des « associations nationales » ou « Grand Prieurés » (Rhénanie-Westphalie 1859, Silésie 1867, Angleterre 1871, Italie 1877, Espagne 1885, France 1891, Portugal 1899, Pays-Bas 1910, États-Unjs 1928, etc.).

C’est l’ordre souverain militaire hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte qui prend en 1961 la suite de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. L’ordre souverain de Malte ne reconnaît comme issus de l’ancien Ordre que quatre ordres « non catholiques » : ordre protestant de Saint-Jean, ordre de Saint-Jean aux Pays-Bas, ordre suédois de Saint-Jean et le Très vénérable ordre de Saint-Jean.

 

Organisation de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem

Article principal : Organisation de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

La règle de l’Ordre

Ce serait vers 1130 que Raymond du Puy rédige et applique une première règle modelée sur celle de saint Augustin. La règle de saint Augustin est certainement la règle la plus communautaire, elle insiste plus sur le partage que le détachement, plus sur la communion que la chasteté et plus sur l’harmonie que l’obéissance Mais il est possible que la règle de l’origine était plutôt celle de saint Benoit.

Composée en latin, elle comporte dix-neuf chapitres dont les quinze premiers forment un ensemble et les quatre derniers un autre, qui a plutôt l’air d’un complément ultérieur :

I – Comment les frères doivent faire leur profession

II – Les droits auxquels les frères peuvent prétendre

III – Du comportement des frères, du service des églises, de la réception des malades

IV – Comment les frères doivent se comporter à l’extérieur

V – Qui doit collecter les aumônes et comment

VI – De la recette provenant d’aumônes et des labours des maisons

VII – Quels sont les frères qui peuvent aller prêcher et de quelle manière

VIII – Des draps et de la nourriture des frères

IX – Des frères qui commettent le péché de fornication

X – des frères qui se battent avec d’autres frères et leur portent des coups

XI – Du silence des frères

XII – Des frères qui se conduisent mal

XIII – Des frères trouvés en possession de biens propres

XIV – Des offices que l’on doit célébrer pour les frères défunts

XV – Comment les statuts, dont il est question ci-dessus, doivent être rigoureusement observés

XVI – Comment les seigneurs malades doivent être accueillis et servis

XVII – De quelle manière les frères peuvent corriger d’autres frères

XVIII – Comment un frère doit accuser un autre frère

XIX – Les frères doivent porter sur leur poitrine le signe de la croix

La date exacte de l’approbation de la règle par le pape Eugène III n’est pas connue avec exactitude mais les historiens la fixent avant 1153. Il est maintenant possible de parler de la fraternité de l’Hôpital : « C’est la convergence entre la mise en place des premières structures administratives régionales et l’élaboration de la règle par le maître Raymond du Puy et son approbation par le pape Eugène III au milieu du XIIe siècle qui permettent de dire que, alors et alors seulement, l’Hôpital est devenu un ordre ».  Un nouvel ordre est né, l’ordre Hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem.

À force d’additifs qui au fil du temps enrichissent la règle, une révision fut rendue nécessaire. Pierre d’Aubusson fit faire une nouvelle rédaction suivant un plan méthodique qui fut maintenu dans les éditions ultérieures.

 

Organisation hiérarchique

L’Hospital dispose d’une division hiérarchique ternaire :

les frères chevalier ;

les frères sergent qui se partagent en :

les sergents d’armes,

les sergents d’office,

les frères prêtres ou chapelain.

Mais Raymond du Puy, le supérieur de l’Ordre, organise l’Ordre en trois classes plus fonctionnelle que sociale à la différence des Templiers :

ceux qui par naissance avaient tenu ou étaient destinés à tenir les armes : frères d’armes (chevaliers et sergents) ;

les prêtres et les chapelains destinés à assurer l’aumônerie : frères prêtre ou chapelain ;

enfin, les autres frères servants destinés à assurer le service : frères d’offices.

 

Les grands maîtres de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem

Depuis le frère Gérard (dit par erreur de traduction Gérard Tenque), le fondateur de l’Ordre, l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem a à sa tête un supérieur nommé à vie. C’est en 1267, sous la magistrature de Hugues Revel, que le titre de grand maître est accordé au supérieur de l’Ordre par un bref du pape Clément IV.

La titulature est quasiment toujours la même : « humble maître de la sainte maison de l’Hospital de Jérusalem et gardien des pauvres du Christ ».

La règle de Raymond du Puy et la bulle Pie postulatio voluntatis précisent que le (grand) maître est élu par ses frères mais ne précisent pas les modalités de l’élection. Lorsque Gilbert d’Aissailly démissionne en 1170, il organise l’élection de son successeur en s’adjoignant douze frères, le chapitre de Margat, en 1204/1206, transforme cette initiative en statut.

 Les dignitaires de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem

Les premiers dignitaires sont les baillis conventuels. Parmi ces baillis il y a eu à l’origine le trésorier qui date de 1135, puis l’hospitalier en 1162, puis le maréchal avant 1170, le grand commandeur qui date de 1173 et le drapier. D’autres dignitaires ne sont pas baillis comme le turcoplier, l’infirmier, le maître écuyer et le grand prieur ou prieur conventuel.

Une réforme eut lieu en 1301, elle fut effectuée par Guillaume de Villaret c’est la création des piliers (tous baillis conventuels), réforme confortée par Hélion de Villeneuve qui affecte à chaque pilier une fonction au sein du grand conseil. Le grand commandeur ou grand précepteur à la langue de Provence, le grand maréchal à la langue d’Auvergne, le grand hospitalier à la langue de France, le grand drapier à la langue d’Espagne, le grand amiral à la langue d’Italie et le turcoplier à la langue d’Angleterre

À Rhodes, les baillis, en tant qu’officiers supérieurs, ont le droit de porter une croix plus grande et ils sont appelés « grand croix ». L’Ordre va garder l’habitude, une fois à Malte, de distinguer des commandeurs et de leur donner quelques prérogatives au sein du grand conseil. Ils sont appelés « vénérables », on leur accordera la dignité de bailli et on leur donnera le grade de grand croix Enfin lors de la « mornarchisation », les ambassadeurs nommés par l’Ordre, s’attribueront le titre de bailli grand croix.

 

Organisation territoriale

L’organisation territoriale de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem va se construire au fil du temps :

les langues sous la responsabilité d’un bailli conventuel appelé aussi pilier ;

les grands prieurés sous la responsabilité d’un prieur provincial ou grand prieur ;

les commanderies sous la responsabilité d’un commandeur ;

les maisons périphériques (fermes, granges, moulins, vignes, etc.) qui relèvent d’une commanderie et sous la responsabilité d’un tenancier.

 

Les langues

En 1301, une réforme de Guillaume de Villaret, s’inspirant d’une proposition faite quand il était prieur du grand prieuré de Saint-Gilles, crée les langues, regroupements territoriaux des commanderies, réforme confortée par Hélion de Villeneuve qui affecte à chaque pilier, responsable de la langue, une fonction au sein du grand conseil Le grand commandeur ou grand précepteur à la langue de Provence, le grand maréchal à la langue d’Auvergne, le grand hospitalier à la langue de France, le grand drapier à la langue d’Espagne, le grand amiral à la langue d’Italie et le turcoplier à la langue d’Angleterre.

En 1462, le grand maître Piero Raimondo Zacosta divise la langue d’Espagne en deux langues : le pilier de la langue de Castille avec le Portugal était grand chancelier et celui de la langue d’Aragon restait grand drapier.

En 1540, Henri VIII fait disparaitre la langue d’Angleterre en confisquant tous les biens de l’Ordre en Angleterre et en Irlande. L’Ordre continuera à faire vivre fictivement la langue d’Angleterre en nommant des chevaliers anglais catholiques en exil comme prieur d’Angleterre.

En 1538, sept des commanderies du grand bailliage de Brandebourg de la langue d’Allemagne embrassent la religion réformée et en 1648, le traité de Westphalie permet la séparation du grand bailliage de l’Ordre. En 1781, l’électeur de Bavière donne les biens des Jésuites aux Hospitaliers et Emmanuel de Rohan-Polduc saisi l’occasion pour regrouper les anciennes langues d’Angleterre et d’Allemagne dans la Langue anglo-bavaroise en 1784.

 

Les grands prieurés

Avec la disparition de l’ordre du Temple en 1312 et la dévolution de leurs biens aux Hospitaliers il devient nécessaire de généraliser une autre entité territoriale, les prieurés. Les langues territorialement étendues ou disposant d’un nombre important de commanderies pour être correctement gérées, sont divisées en prieurés En juillet 1317, le grand maître Foulques de Villaret étant contesté, c’est le pape Jean XXII qui décide le démembrement de la langue de France, devenue trop importante, en trois prieurés en créant, en plus du grand prieuré de France, deux autres prieurés, celui d’Aquitaine et celui de Champagne avec en plus le grand prieuré de Bourgogne et ce qui deviendra la baillie de Manosque. Le 20 octobre 1320, le pape Jean XXII rachète au grand maître des Hospitaliers tout ce qui avait appartenu aux Templiers à Cahors et le donne aux Chartreux.

 

Les commanderies

Vêtements

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Il y aurait une différence entre vêtement et habit : l’habit est le signe d’appartenance à l’Ordre, le vêtement est tout ce qui habille le frère.

Étant avant tout un ordre hospitalier et charitable, les frères s’efforçaient d’être au service de leurs « seigneurs les malades » et se disent « serfs des serviteurs de Dieu », et à ce titre leurs habits et vêtements transparaissent de cette servitude ou plutôt humilité. La règle, les « usances » et les statuts rappellent toujours au fil des siècles le devoir de tous les frères de s’habiller sans luxe. Cependant, leurs vêtements devaient être « commodes et confortables, adaptés aux missions, en particulier militaires » Concernant l’habit commun de toutes les classes, il est noir ou du moins sombre, « couleur de l’humilité, celle des moines bénédictins et des chanoines augustins »

La croix faite de deux bandes de tissu croisées (d’où le nom de « croisé » pour ceux qui les portaient et de « croisade »), emblème (et non symbole) du pèlerinage à Jérusalem et de tout ce qui touche de près ou de loin à ceux qui exercent un pouvoir ou office religieux, a été utilisée par tous les ordres religieux-militaires, dont les Hospitaliers.

Dernier article de la règle de L’Hospital : « … Les frères […] devront porter sur leur poitrine la croix sur leur chapes et sur leurs manteaux (cappis et mantellis) en l’honneur de Dieu et de la sainte Croix afin que Dieu nous protège par cet étendard (vexillum) et la foi, les œuvres et l’obéissance et qu’il nous défende corps et âmes, nous et nos bienfaiteurs de la puissance du diable en ce monde et dans l’autre ».

Quant à la forme de la croix, dont il importait peu à l’origine, devient au fil du temps la croix à huit pointes, certainement imitée des armes de la ville d’Amalfi (à moins que cela fut l’inverse), qui deviendra croix de saint Jean puis croix de Malte, « de règle à Rhodes aux xive et xve siècle, [elle] n’apparaît que timidement au xiiie siècle ». La toute première apparition de cette forme daterait de la première moitié du xiiie siècle.

 

Jupon d’armes (ou surcot)

Désireux de se voir différencier de leurs autres frères, les chevaliers de l’Ordre ont fait requis du pape pour une reconnaissance de leur « qualité nobiliaire », comme c’est le cas pour les Templiers (chevalier en blanc, sergents et prêtres en noir). Répondant partiellement à leur requête, le pape Alexandre IV décida le 11 août 1259 « que les chevaliers continueraient à porter comme les autres l’habit noir, mais ajoutait qu’au combat ils pourraient revêtir un jupon d’armes et d’autres pièces militaires de couleur rouge et sur lesquels serait la croix blanche « comme cela est sur votre étendard (vexillum) » ».

Cependant cette distinction ne rentra certainement jamais dans les faits, les Hospitaliers étaient regardants quant aux prérogatives d’une classe sur une autre et de plus tous les chevaliers n’étaient pas encore obligatoirement nobles, puisque les statuts du 4 août 1278 de Nicolas Lorgne précisent sans ambiguïté aucune :

article 3 : « que tous les frères de l’Ospital doivent porter manteus noirs [avec] la crois blanche ».

article 5 : « tous les frères de l’Ospital d’armes> (fratres armorum) doient porter en fait d’armes le jupell vermeille avec la creis blanche ».

« L’habit rouge distinguait l’activité militaire et non pas un état social ».

Dans le même temps où Raymond du Puy, le supérieur de l’Ordre, écrit la règle de l’Ordre et la transmet à Rome, il propose l’adoption d’une bannière « de gueules à la croix latine d’argent » (rouge à croix blanche). Ce serait en 1130 que le pape Innocent II l’approuve. Elle flotte dès lors sur toutes les possessions de l’Ordre. Ce serait l’ancêtre de tout ce qui deviendra les pavillons nationaux.

Roger de Moulins (1177-1187), huitième supérieur de l’ordre, fait accepter par le chapitre général de l’Ordre de 1181, le fait de recouvrir d’un drap rouge à croix blanche le cercueil des membres de l’Ordre

Sillographie

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La sigillographie de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem a été étudié par S. Pauli dans un livre Codice diplomatico del sacro militare ordine Gerosolimitano paru à Lucques en 1733 et 1737 pour le deuxième volume. Il a consacré neuf planches à la reproduction de 93 sceaux, à peine un quart de ceux-ci subsistait en 1881 quand Delaville Le Roulx repris son étude du fait du délaissement dans lequel les archives étaient. Malheureusement ses reproductions sont de piètre qualité pour servir à une étude sérieuse.

Les types en plomb des sceaux magistraux sont tous identiques à quelques détails près. Ils sont de forme ronde avec, à l’avers, la figure du grand maître, de profil, tourné à droite, les mains jointes, agenouillé devant une croix à double traverse, au revers, un personnage couché, au-dessus de lui, un édifice à coupole centrale et deux latérales avec une lampe suspendue, une croix à la tête et une autre à ses pieds. La légende de l’avers comporte le nom du grand maître et celle du revers HOSPITALIS HIERVSALEM.

Le type de l’avers à peu évolué ; au bas du sceau l’habitude est prise, dès le commencement du xive siècle, de placer une figure illustrant le crâne d’Adam sur lequel, la tradition voulait que la croix du Calvaire était plantée. Seul le grand maître et cardinal Pierre d’Aubusson s’en affranchit en plaçant la croix sur une sorte de prie-Dieu avec le chapeau cardinalice et ses armoiries. Le type du revers a donné lieu à beaucoup de conjectures. Le personnage allongé est soit un malade soit le Christ au tombeau. Ce ne peut être un malade, réservé au sceau du frère hospitalier où il figure accompagné d’un frère qui le nourrit. Ce n’est pas non plus le Christ mais celui d’un « cors d’ome mort d’avant » placé devant un tabernacle sous les dômes du Saint-Sépulcre. Une autre évolution du revers est le nimbe qui apparait petit à petit. On comprend l’inutilité de ce nimbe si le mort est pestiféré. Il est facile de penser que les graveurs aient cru au Christ au tombeau ou quelque saint. Il est alors naturel de penser que l’oreiller a évolué vers un nimbe. Ce nimbe commence sous Guillaume de Villaret et est bien caractérisé sous Hélion de Villeneuve pour se perpétuer ensuite dans tous les sceaux ultérieurs.

 

Numismatique

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L’Ordre commence d’émettre sa propre monnaie vers 1310 en même temps qu’il acquiert la souveraineté avec son installation sur l’île de Rhodes. C’est le moment où l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem s’enrichit fortement. Ces pièces sont frappées aux portraits des grands maîtres de l’Ordre sur le verso tandis que sur le recto se trouve une croix qui ne sera la croix à quatre branches bifides typique de la croix de Malte qu’à partir de 1520.

Le système monétaire maltais trimétallique est constitué de pièces en cuivre, en argent et en or selon un acte interne datant de 1530. Au xviiie siècle, ce système est remis en question par une forte émission de pièces en argent. La monnaie maltaise était constituée de scudi (écus), de tari (tares) et de grani (grains) avec pour valeur : 1 scudo = 12 tari = 240 grani.

 

Le rayonnement de l’Ordre

Une puissance militaire

L’Ordre est à l’origine un ordre hospitalier mais rapidement il devient un ordre militaire. Les Hospitaliers participèrent à de nombreuses batailles entre la Deuxième croisade en 1148 et la conquête française de Malte en 1798. Ils combattirent, sur 6 siècles et demi, notamment lors des batailles suivantes :

Bataille de Montgisard (1177)

Bataille de Hattin (1187)

Siège de Jérusalem (1187)

Siège de Saint-Jean-d’Acre (1291)

Conquête de Rhodes (de 1306 à 1310)

Prise de Tripoli (1551)

Grand Siège de Malte (1565)

Bataille de Lépante (1571)

Débarquement français à Malte (1798)

 

Une puissance maritime

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Arrivés dans l’île de Chypre et installés à Limassol, les Hospitaliers se rendent compte que la ville est ouverte à tous vents aux saccages des pirates arabes. Le chapitre ayant refusé l’installation en Italie pour rester au plus près de la Terre sainte à reconquérir, il devient évident qu’il faille armer une flotte capable de défendre l’île mais aussi d’attaquer sur mer. En Terre sainte, l’Ordre armait quelques bâtiments qui permettaient aux membres de l’Ordre de se déplacer et de convoyer des pèlerins. Un certain nombre de ceux-ci se retrouvent à Chypre ayant ramené les réfugiés et les frères de Palestine et d’autres amené d’Europe les participants au chapitre général.

« Bientôt on vit sortir des différents ports de l’île plusieurs petits bâtiments de différentes grandeurs, qui revenaient souvent avec des prises considérables, faites sur les corsaires infidèles » écrit l’historien de l’Ordre Giacomo Bosio (1594-1602). Établis sur une île, ils n’ont pas d’autre moyen pour continuer le combat que d’aller sur mer et le combat naval permettait de se payer sur l’ennemi. Si des pirates infidèles sillonnaient les mers pour enlever des pèlerins, le prétexte était parfait pour justifier une guerre de course. Ces deux nouvelles activités de l’Ordre, la marine et la course, vont donner les moyens d’une nouvelle puissance aux Hospitaliers.

Le pape Clément V autorise en 1306 le nouveau grand maître Foulques de Villaret (1305–1319) à armer une flotte sans l’autorisation de Henri II roi de Chypre. L’Ordre dispose alors de deux galères, une fuste, un galion et deux dromons. Dans cette région de la Méditerranée orientale, les côtes très découpées, peu accessibles par terre, et la présence de nombreuses îles procurent de nombreux repaires aux pirates favorisant tous les trafics commerciaux mais aussi humains. À cette période, l’île de Rhodes est un refuge sûr pour tous ces trafics.

Installé à Malte, l’Ordre développe sa puissance maritime et maintient la paix en Méditerranée en combattant les Ottomans et les Barbaresques avec, pourtant, une flotte nettement inférieure, en unité navale, aux flottes musulmanes. Servir sur les galères de l’Ordre devient un passage obligé pour tous les aspirants chevaliers, souvent reçus dans l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem dès leur plus jeune âge. Les familles nobles, majoritairement françaises, payaient à prix d’or le passage de leurs fils à Malte pour que ceux-ci deviennent pages du grand maître ou d’autres dignitaires de l’Ordre. Après une période de noviciat de douze mois, les novices devenaient chevaliers en prononçant leurs vœux. Ils devaient alors faire leurs caravanes. Ces caravanes, au nombre de trois, (quatre au xviie siècle) duraient généralement six mois chacune et formaient entre vingt et trente chevaliers par galère

Rapidement, la flotte de l’Ordre devient une sorte d’académie navale avant l’heure, de grande réputation, attirant des nobles de nationalités étrangères à l’Ordre comme des Russes ou des Suédois qui s’engageaient comme volontaires pour une durée de deux ou trois ans. C’est ainsi que de grandes personnalités navales ont été formées dans l’incubateur maritime de l’Ordre. Quand il fallut recréer une marine française pour affirmer la puissance maritime de la France, le cardinal de Richelieu choisit pour modèle la tradition navale de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem

 

Une puissance coloniale

Déjà au xvie siècle, un Hospitalier, Nicolas Durand de Villegagnon commande la flotte de Gaspard II de Coligny qui colonisera la côte du Brésil sous le nom de France antarctique. Il donne son nom à l’ilha Serigipe dans la baie de Rio de Janeiro.

Au xviie siècle, lors de la colonisation française des Amériques ou des Antilles, parmi les colonisateurs ou les administrateurs figuraient des Hospitaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem comme Aymar de Chaste, Isaac de Razilly en Acadie, Charles Jacques Huault de Montmagny au Québec ou Philippe de Longvilliers de Poincy aux Antilles. Ils participaient à la colonisation en tant que représentants du roi de France mais non comme membre de l’Ordre. Mais de 1651 jusqu’en 1665, les Hospitaliers interviennent en leur nom comme colonisateur-administrateur aux Antilles

Déjà en 1635, Razilly propose sans succès au grand maître Antoine de Paule d’établir un prieuré et des commanderies en Acadie. Poincy qui avait servi sous les ordres de Razilly comme commandant de fort en Acadie partageait les vues de son supérieur. Poincy est nommé gouverneur de l’île Saint-Christophe pour le compte de la compagnie des îles d’Amérique avant d’être nommé lieutenant général pour les Caraïbes par Louis XIII en février 1639. Poincy va investir à titre personnel dans le développement de l’île. Il charge en 1640 François Levasseur de prendre possession de l’île de la Tortue. Son action est considérée comme trop indépendante de ses commanditaires. L’ordre des Hospitaliers lui reproche aussi d’utiliser les produits qu’il tire de sa commanderie française pour entretenir un train de vie non compatible avec celui d’un membre de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Il est finalement remplacé dans ses fonctions par Noël Patrocle de Thoisy le 25 février 1645. Le 25 novembre 1645, Poincy s’oppose au débarquement de Thoisy à Saint-Christophe. Après de multiples péripéties Poincy se fait livrer prisonnier Thoisy et le renvoie en France en 1647. Malgré l’appui des chevaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem à la cour du Roi, Poincy doit payer 90 000 livres en dédommagement à Thoisy.

Resté à Saint-Christophe, Philippe de Longvilliers de Poincy établit en 1648 la première colonie européenne sur Saint-Barthélemy et envoie un renfort de 300 hommes sur Saint-Martin pour conforter la petite colonie française en parallèle au traité de Concordia qui a fixé la frontière entre les établissements français et néerlandais, traité toujours en vigueur aujourd’hui. Il fonde en 1650 une colonie sur Sainte-Croix.

En 1651, la compagnie des îles d’Amérique fait faillite et Poincy réussi à convaincre le grand maître de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem Jean-Paul de Lascaris-Castellar d’acheter Saint-Christophe, Saint-Barthélemy, Saint-Martin et Sainte-Croix pour 120 000 écus. C’est Jacques de Souvré qui négocie l’accord qui sera confirmé en 1653 par le roi de France Louis XIV qui reste souverain des îles. Les Hospitaliers ont compétences temporelle et spirituelle sur leurs îles à la condition de ne nommer que des chevaliers des langues du royaume de France et fournir au roi 1 000 écus d’or chaque année anniversaire.

Philippe de Longvilliers de Poincy est confirmé dans sa charge de gouverneur mais l’Ordre nomme Charles Jacques Huault de Montmagny, ancien gouverneur de la Nouvelle-France, « général-proconsul » avec siège à Saint-Christophe avec mission de transférer au couvent général de l’Ordre les profits des colonies. Le précédent de Noël Patrocle de Thoisy, engage Montmagny à la prudence et quand il apprend que Poincy refuse de le reconnaître comme général-proconsul, il rentre en France. L’Ordre le renvoie en 1653 avec le titre de « lieutenant-gouverneur » et devant le refus réitéré de Poincy, Montmagny se retire à Cayonne attendant la mort de Poincy. Mais Montmagny meurt en 1657, trois ans avant Poincy.

L’ordre de Saint-Jean de Jérusalem nomme Charles de Sales, nouveau « lieutenant-gouverneur » de 1660 à 1664, qui se fait facilement accepter par les populations. Mais la situation est de plus en plus difficile : le traité signé par Poincy peu avant sa mort avec les Anglais et les Caraïbes dure peu ; les revenus que les Hospitaliers tirent de leurs colonies sont de peu de rendement. En 1660, l’Ordre doit toujours de l’argent à la France pour l’achat des îles. Colbert très intéressé par le développement des colonies fait pression sur les Hospitaliers pour récupérer leurs îles. L’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, alors que Claude de Roux de Saint-Laurent est « lieutenant-gouverneur » en 1665, cède ses colonies antillaises à la toute nouvelle compagnie française des Indes occidentales mettant ainsi fin à 14 ans de gestion coloniale.

 

L’Ordre et la culture

Le rayonnement de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem fait de Malte, du xvie au xviiie siècles, un lieu de rencontre et de raffinement où se croisèrent de nombreux artistes tel Le Caravage ou encore Mattia Preti.

De plus, l’Ordre accumule de très nombreux trésors baroques au xviiie siècle : on y trouve en particulier des tapisseries exécutées par les Gobelins entre 1708 et 1710.

La grande bibliothèque de Malte construite entre 1786 et 1796 selon les plans de Stefano Ittar, est inaugurée après le départ des chevaliers en 1812 par les Anglais. Elle recélait en 1798, 80 000 livres et toutes les archives de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem qui y sont encore.

 

L’Ordre et la médecine

Du xvie au xviiie siècle, les Hospitaliers vont développer de manière très importante les techniques de médecine et de chirurgie comme des éponges imbibées d’opium que les malades suçaient jusqu’à s’évanouir. Mais tout commence réellement avec l’Hospital de Jérusalem dès le xiie siècle (les statuts de Roger de Moulins du 14 mars 1182 officialisent pour la première fois dans le personnel soignant de l’Ordre, des médecins et des chirurgiens), puis avec celui de Rhodes. En 1523 les Hospitaliers innovent dans la médecine d’urgence en créant le premier navire hôpital avec la caraque Santa Maria ; ils inventent les infirmeries de campagne sous des tentes afin de pouvoir soigner les militaires blessés durant la guerre contre le corsaire ottoman Dragut en 1550.

Parallèlement, entre 1530 et 1532, le grand maître Philippe de Villiers de L’Isle-Adam crée une « Commission de santé » composée de deux chevaliers et de trois notables et recrée un grand hôpital la Sacra Infermeria (la Sacrée Infirmerie) et une apothicairerie à Malte

En 1595, une école de médecine est créée puis en 1676, c’est l’école d’anatomie et de chirurgie, puis l’école de pharmacie de Malte en 1671 et enfin en 1687, la bibliothèque médicale. Mais c’est en 1771 qu’est créée la célèbre université de médecine qui ajoutera au rayonnement des Hospitaliers dans toute la Méditerranéenne mais aussi dans tout le monde occidental ; en 1794, c’est la création de la chaire de dissection

On peut également noter la création de l’école de mathématiques et des sciences nautiques au sein de l’université de Malte en 1782.

 

Référencement

Sources

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