CHINE, HISTOIRE, ILE DE TAÏWAN, REPUBLIQUE DE CHINE, REPUPLIQUE POPULAIRE DE CHINE, TAÏWAN

Une histoire de l’île de Taïwan

Chronologie historique de Taïwan

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Taïwan, de manière usuelle officiellement la république de Chine est un État souverain d’Asie de l’Est, dont le territoire s’étend actuellement sur l’île de Taïwan, ainsi que d’autres îles avoisinantes, celles de la province du Fujian et les îles Pescadores.

Taïwan fut officiellement gouverné par la Chine de 1683 à 1895, puis cédé au Japon, par le traité de Shimonoseki (1895), à la suite de la première guerre sino-japonaise. Ce dernier entreprend le développement de Taïwan, la dotant d’infrastructures importantes. En 1945, à la suite de la défaite japonaise à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, la république de Chine recouvre Taïwan. En 1949, le gouvernement de la République contrôlé par le Kuomintang s’y installe, après avoir perdu la guerre civile contre les communistes. Cette installation est accompagnée d’un transfert massif de population. En mai 1950, Hainan est à son tour occupée par l’armée populaire de libération ; la république de Chine ne contrôle alors plus que l’île de Taïwan et quelques autres territoires insulaires plus petits.

La république de Chine occupait le siège de la Chine à l’ONU jusqu’en 1971, date à laquelle la république populaire de Chine la remplaça. La république de Chine et la république populaire de Chine revendiquent chacune la pleine et légitime souveraineté sur la totalité du territoire chinois (Chine continentale et île de Taïwan). Dans les faits, Taïwan a une indépendance administrative et politique par rapport au continent, mais son indépendance n’a jamais été proclamée ni par le gouvernement de l’île, ni par celui du continent. Elle est donc considérée par l’ONU comme une province de la république populaire de Chine, et par le gouvernement de Taïwan comme une province de la république de Chine, selon les dispositions de sa Constitution d’avant 1949.

Une réforme agraire réussie puis un développement économique rapide et soutenu pendant la deuxième moitié du xxe siècle ont transformé Taïwan, un des quatre dragons asiatiques, en un pays industrialisé développé jouissant d’un niveau de vie équivalent à celui du Japon ou de l’Union européenne. Cette ascension économique est souvent appelée le miracle taïwanais. Ses industries de haute technicité jouent un rôle essentiel dans l’économie mondiale. Les entreprises taïwanaises fournissent une bonne partie des produits électroniques du monde, mais la grande majorité de ceux-ci sont fabriqués dans leurs usines en république populaire de Chine et dans d’autres pays d’Asie du Sud-Est. Ce développement économique s’est réalisé en parallèle à une démocratisation de la vie politique locale, après plus de quarante années passées sous un régime autoritaire.

Lee Teng-hui est le premier président élu au suffrage universel direct en 1996. Son successeur est Chen Shui-bian (Parti démocrate progressiste) qui remporte les élections présidentielles de 2000 et de 2004. Ma Ying-jeou (Kuomintang) est quant à lui élu président en 2008 et réélu en 2012.

L’indépendantiste Tsai Ing-wen remporte l’élection présidentielle de janvier 2016 avec 56 % des voix contre 31 % pour Eric Chu, le candidat du parti jusqu’ici au pouvoir, le Kuomintang (KMT). Tsai Ing-wen devient ainsi la première femme à la tête de l’État. Le Minjindang (DPP Parti démocrate progressiste) dont elle est issue remporte de son côté 68 des 113 sièges du Parlement, lui offrant ainsi une majorité parlementaire solide.

Ceci est une chronologie de l’histoire de l’île de Taïwan, de la Préhistoire à nos jours.

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Temps préhistorique

Il y a 30 000 ans : plus vieille trace humaine à Taïwan (homme de Zuozhen)

Il y a 6 000 ans : les ancêtres des aborigènes, issus de la culture de Hemudu, originaire de la baie de Hangzhou commencent à arriver par vagues successives à Taïwan et forment le groupe initial des langues austronésiennes. Ils assimilent et remplacent alors les populations du Pléistocène.

Il y a 1 000 ans : les ancêtres des Da’o arrivent sur l’île de Lanyu (île des orchidées).

 

xvie siècle

1540 : en 1540-42 les Portugais en route pour le Japon croisent au large de Taïwan et nomment l’île Formose (Ilha Formosa).

 

xviie siècle

1604 : Pour le compte de la Compagnie des Indes, les Hollandais sous le commandement de Wijbrand van Waerwijck, s’installent aux Pescadores pour commercer avec la Chine. Le général Ming Shen  You-rong leur demande de se retirer.

1609 : Le shogunat Tokugawa envoie le seigneur Arima Haruno pour une mission d’exploration de Taïwan.

1616 : Murayama Toan essaye d’envahir Taïwan, les attaques des Aborigènes font échouer l’expédition.

1622 : Les Hollandais sous le commandement de Cornelis Reyersoon occupent les Pescadores afin de persuader la Chine de commercer avec eux. Ils construisent un fort aux Pescadores.

1623 :

Le capitaine Ripon est envoyé depuis les Pescadores à Taïwan pour commencer la construction d’un fortin. Il est rappelé peu de temps après, il quitte Taïwan et repart pour les Pescadores.

la cour des Ming interdit de naviguer vers Taïwan.

1624 : En août les troupes chinoises forcent les Hollandais à quitter les Pescadores, ils sont néanmoins autorisés à s’installer à Taïwan et le gouvernement chinois accepte également de commercer avec les Hollandais. Les Hollandais s’installent donc à Tayouan (actuel Anping à Tainan), il s’y construiront le fort Zeelandia.

1625 : En janvier le premier gouverneur de la Compagnie des Indes, Maarten Sonck loue auprès des aborigènes du village de Sinkan, un terrain qui sera appelé Sakam.

1626 : En mai les Espagnols sous le commandement de Antonio Carrendo de Valdes débarquent aux nord de l’île, ils nomment l’endroit Santissima Trinidad (à Keelung de nos jours) et commencent la construction du fort San Salvador.

1627 : Le 4 mai le missionnaire hollandais, Georges Candidius arrive à Taïwan.

1628 : Les Espagnols s’installent à Tamsui et construisent le fort Santo Domingo.

1635 : En août, des renforts arrivent de Batavia (Jakarta), en fin d’année une campagne de « pacification » de la zone proche de Tayouan commence, le plus redoutable village aborigène (Mattau) est battu.

1636 :

La campagne de « pacification » prend fin, une cérémonie regroupant les représentants de 28 villages est organisée, ainsi commence la domination des Hollandais dans le Sud-Ouest de l’île.

Les Aborigènes attaquent les Espagnols à Tamsui, après cette attaque l’intérêt que portent les Espagnols à Taïwan baisse.

Les Hollandais construisent une école à Sinkan et enseignent la Bible aux aborigènes.

1641 : Les Hollandais réunissent les chefs aborigènes pour qu’ils forment un conseil local.

1642 : 26 août, les Hollandais expulsent les Espagnols de Taïwan.

1647 : Les Hollandais introduisent du bétail et enseignent aux aborigènes à les utiliser.

1652 : 7 septembre, en protestation contre l’exploitation qu’ils estiment subir de la part des Hollandais quelque 15 000 Chinois se révoltent avec à leur tête Kuo Huai-i (Fayet). Avec l’aide des Aborigènes la révolte est écrasée.

1661 :

Le 30 avril Zheng Chenggong (Koxinga) débarque à Taïwan avec 25 000 soldats, pour en faire une base afin de lutter contre les Mandchous.

Le gouvernement mandchou interdit de traverser le détroit.

1662 :

Le premier février les Hollandais se rendent à Koxinga. Frederick Coyett et Koxinga signent un traité, et les Hollandais quittent Taïwan. Koxinga s’installe dans le fort Zeelandia dont il fait son palais; il renomme l’endroit Anping.

Koxinga meurt le 23 juin, son fils Zheng Jing lui succède.

1664 : Le 20-21 août les Hollandais reviennent à Taïwan et s’installent dans l’ancien fort espagnol de Keelung.

1668 : Fin 1668 les Hollandais se retirent de Keelung.

1681 : Zheng Jing meurt et son fils Zheng Keshuang lui succède, il n’a que 12 ans.

1683 : En juin les troupes mandchoues (dynastie Qing), avec à leur tête Shi Lang débarquent aux Pescadores, les Zheng se rendent aux Mandchous. De nombreux Chinois habitant Taïwan seront rapatriés sur le continent.

1684 : Taïwan devient une préfecture de la province du Fujian. Elle est divisée en 3 districts (Zhuolo, Taïwan et Fengshan).

 

xviiie siècle

1721 : révolte de Chu I-Kuei. Les insurgés prennent le contrôle de Tainan, et Chu I-Kuei est nommé « Roi ». Des troupes sont envoyées depuis le continent et écrasent les insurgés.

1722 : Le gouverneur mandchou interdit la culture dans les montagnes.

1727 : Le gouverneur autorise les communautés Pingpu à louer leurs terres aux Chinois.

1731 : fin 1731 commence la révolte de Ta-chia-hsi, les aborigènes des plaines se révoltent à cause des abus de l’administration Qing.

1739 : Une frontière délimite les territoires des Aborigènes des montagnes, le gouvernement interdit aux Chinois d’entrer sur ces terres, cette interdiction sera levée en 1875.

1758 : Le gouverneur mandchou ordonne aux Aborigènes d’adopter les coutumes chinoises ainsi que des noms chinois.

1760 : Le gouverneur lève les restrictions pour traverser le détroit.

1766 : Le gouverneur met en place le « Bureau des Affaires Barbares ».

1787 : Révolte menée par Lin Shuang-Wen la révolte est réprimée avec l’aide de troupes venues du continent.

 

xixe siècle

 

1858 : Traité de Tianjin, la France et l’Angleterre obtiennent l’ouverture des ports de Keelung, Tamsui, Kaohsiung et Anping.

1865 : Ouverture d’un consulat anglais au sud de l’île.

1871 : Des pêcheurs des îles Ryukyu après un typhon débarquent au sud de Taïwan et sont tués par les Paiwan à Mutan (incident du village mutan).

1872 : En mars le missionnaire George Leslie Mackay du Canada arrive à Tamsui.

1874 :

Les Japonais débarquent à Taïwan officiellement pour « venger » les pêcheurs des îles Ryukyu, mais cherchent à faire reconnaitre leurs droits sur ces îles. Ils affrontent les Paiwan de Mutan. Les troupes japonaises finissent par se retirer, et la cour des Qing paye des indemnisations

Shen Pao-chen demande une politique d’ouverture des zones montagneuse afin d’administrer les Aborigènes et de faciliter les transports dans l’île, des troupes sont envoyées dans les villages aborigènes.

1875 : Taïwan est divisé en deux préfectures.

1880 : George Leslie Mackay construit un hôpital.

1882 : George Leslie Mackay ouvre le « collège d’Oxford » à Tamsui.

1884 : Durant la guerre franco-chinoise, la marine française fait le blocus de Keelung et de Tamsui.

1885 : Taïwan devient une province chinoise avec Taipei comme capitale. Liu Mingchuan devient le premier gouverneur de Taïwan et entreprend sa modernisation.

1891 : La ligne de chemin de fer Keelung-Taipei est inaugurée.

1895 :

À la suite de la guerre sino-japonaise (1894-1895) le traité de Shimonoseki est signé et la Chine cède Taïwan au Japon.

Le 23 mai des pro-Qing déclarent la République de Taïwan, Tang Jingsong est nommé Président le 25 mai.

Le 29 mai les troupes japonaises débarquent près de Keelung.

Le 6 juin Tang Jingsong fuit en Chine, et Liu Yongfu lui succède.

En octobre les troupes japonaises rentrent à Tainan ; c’est la fin de la République de Taïwan.

1896 : Le 30 janvier est promulguée la Loi 63, qui confère au Gouverneur les plein pouvoir.

1897 : Début de la construction d’une barrière de « défense », entourant le territoire des Atayal. Elle était constituée de postes de polices et de barrières électriques, elle sera complètement terminée en 1900.

1899 :

La Banque de Taïwan est créée pour encourager les investissements japonais à Taïwan.

Début de la construction de la voie de chemin de fer reliant le Nord au Sud de l’île.

 

xxe siècle

1900 : Les Atayal de Takekan se révoltent contre les Japonais.

1908 : La ligne de chemin de fer Nord-Sud sur la côte Ouest est ouverte.

1904 : L’office du gouverneur de Taïwan promulgue plusieurs lois prohibant la possession d’armes à feu et de poudre à canon.

1915 : incident de Tapani.

1917 : Les bunun du village de Tanta se révoltent contre les Japonais.

1920 :

Mise en place d’un système de réserve, les Chinois ont l’interdiction de pénétrer en territoire aborigène. La même année voit la disparition de la ligne de défense.

Les Japonais délocalisent les villages aborigènes dans des endroits plus accessibles afin de mieux pouvoir les contrôler.

1921 : l’association culturelle taïwanaise est fondée.

1923 :

Le prince Hirohito visite Taïwan.

L’office du gouvernement de Taïwan annonce que le terme « barbare » devrait être remplacé par celui de « tribu des montagnes ».

1930 : Les Atayal de Wushe, menés par Mona Rudao, se révoltent contre les Japonais (Incident de Wushe).

1935 : Les Taïwanais élisent des représentants locaux pour la première fois.

1937 :

Cette année est lancé le mouvement Kominka, qui avait pour but de « japaniser » la société taïwanaise et de faire des habitants de Taïwan des sujets de l’Empereur.

La centrale électrique du lac de la lune et du soleil est terminée.

1940 : L’office du gouvernement de Taïwan encourage les aborigènes à adopter des noms japonais.

1941 : Abolition de la discrimination dans les écoles primaires entre Taïwanais et Japonais.

1942 : Les « Volontaires de Takasago » sont formés.

1943 : Scolarisation obligatoire. Le taux de scolarisation dans le primaire est de 71,3 % et de 86,4 % pour les aborigènes.

1945 : Le Japon capitule. Les nationalistes du Kuomintang prennent le contrôle de l’île avec l’accord des Alliés (conférence du Caire de 1943).

1947 : Le 28 février, un incident éclate à Taipei. La population manifeste et les affrontements avec le gouvernement nationaliste se multiplient. Une terrible répression s’ensuit, accompagnée d’environ 20 000 à 30 000 morts. Les leaders sont exécutés. La loi martiale est instaurée sur toute l’île.

1949 : Sur le continent, en 1949, les communistes proclament la République populaire de Chine. Le maréchal Tchang Kaï-chek, après avoir perdu la guerre contre Mao Zedong, se réfugie à Taïwan. Il remet alors en place la loi martiale ainsi qu’un gouvernement provisoire. La population chinoise arrivée en 1949 représente 15 % de la population totale de l’île. Mais les immigrés prennent le contrôle de Taïwan et des 85 % de Taïwanais.

1950 : La République de Chine est recréée à Taïwan.

1951 : Le traité de San Francisco est signé. Par ce traité, le Japon renonce à sa souveraineté sur Taïwan. Le traité ne spécifie pas la nouvelle souveraineté. On considère alors que « le futur statut de Taïwan sera décidé en accord avec les intentions et les principes de la Charte des Nations unies ». C’est le seul traité international du xxe siècle concernant le statut de Taïwan.

1952 : Signature du traité de paix entre La République de Chine et le Japon.

1954 : Les États-Unis et Taïwan signent le traité de défense mutuelle.

1954-1955 : Première crise du détroit de Taïwan. La République Populaire de Chine annexe les îles Tachen.

1958 : L’Armée populaire de libération (APL) de Chine continentale lance une offensive contre les îlots de Jinmen (Quemoy) et de Matsu. C’est la crise du détroit de Formose. Les États-Unis interviennent et empêchent l’invasion chinoise.

1971 : L’ONU vote la reconnaissance de la République populaire de Chine comme le seul représentant légitime de la Chine à l’Organisation des Nations unies (Résolution 2758). En conséquence, la République de Chine perd le siège de celle-ci et est exclue de toute l’organisation.

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1975 : Tchang Kaï-chek meurt le 5 avril.

1978 :

Chiang Ching-Kuo devient président.

En décembre, les États-Unis rompent les relations diplomatiques avec la République de Chine.

1979 :

Le congrès américain vote le « Taiwan Relations Act.

Pékin appelle Taïwan à revenir « au sein de la mère patrie ». Le gouvernement est alors appelé « autorités de Taipei » par la République populaire de Chine.

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incident de Kaohsiung (incident de la revue Meili dao) après cet incident les milieux indépendantistes sont réprimés.

1981 : Pékin propose à Taipei les « trois liens » (commerce, poste, voyages), ainsi que les « quatre échanges » (universitaires, culturels, économiques et sportifs). La Chine invente alors la doctrine « un pays, deux systèmes ».

1982 : Après avoir répondu par les « trois non » (non aux contacts, aux négociations et aux compromis), Taïwan reconnaît les dirigeants de Pékin comme les « autorités communistes chinoises ».

1986 :

Septembre, création du Parti Démocratique Progressiste (PDP)

Octobre, le gouvernement légalise les formations d’oppositions.

1987 : Massacre de Lieyu s’est passé le 3 mars. Ensuite, la loi martiale, qui dure depuis 1949, est levée à Taïwan. La population est autorisée à visiter la République populaire de Chine.

1988 : Chiang Ching-Kuo meurt le 13 janvier, Lee Teng-hui vice-président devient donc Président.

1990 : Lee Teng-hui est élu Président.

1991 :

Avril, la constitutionest révisée pour que le Yuan législatif et l’assemble nationale puisse être élus uniquement par les citoyens des territoires sous contrôle de la République de Chine.

Mai, le président Lee Teng-hui annonce la fin de la « période de mobilisation nationale pour la suppression de la rébellion communiste ».

Juin, le Yuan législatif adopte une motion qui demande au gouvernement de préparer le retour a l’ONU

1992 : le KMT accepte la responsabilité de l’incident du 28 février 1947.

1993 :

27-28 sommet de Singapour

En août premier essai pour réintégrer l’ONU.

31 août livre blanc de Pékin

En novembre, le ministre taïwanais de l’économie annonce la politique « provisoire des deux Chines », qui concerne « deux États souverains ».

1994 : Livre blanc de Taïwan

1995 : le gouvernement américain autorise Lee Teng-hui à visiter les États-Unis, à la suite de cela commence la crise des missiles.

1996 :

En mars, la République populaire de Chine déclenche des manœuvres militaires le long de la côte du Fujian. En particulier elle tire des missiles au large de Taïwan. La réaction des États-Unis est le déploiement de deux porte-avions nucléaires dans la zone.

Lee Teng-hui est élu président au suffrage universel direct.

1999 : En 1999 Lee Teng-hui, déclara que les relations entre la Chine et Taïwan étaient des « relations spéciales d’État à État». Cette déclaration souleva des protestations à Pékin.

2000 :

En février la République de Chine publie un livre blanc dans lequel il est réaffirmé que non seulement une déclaration d’indépendance de Taïwan est un casus belli, mais également qu’un refus sine die des négociations en vue de la réunification, l’est également.

En mars, Chen Shui-bian gagne l’élection présidentielle et devient le premier président non membre du Kuomintang.

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xxie siècle

2001 : les trois mini liens entre Jinmen, Matsu et le Fujian entrent en service.

2002 : Taïwan entre à l’Organisation mondiale du commerce

2004 : Chen Shui-bian est réélu de justesse avec 0,22 % des votes de plus que son adversaire.

2005 : premier vol commercial direct entre Pékin et Taipei pour le nouvel an chinois.

2005 : la République populaire de Chine vote la Loi antisécession, qui « autorise » l’emploi de la force armée si Taïwan déclare son indépendance.

2006 : Le train à grande vitesse entre en service (Ligne à grande vitesse de Taïwan) entre Taipei et Kaohsiung.

16 avril : le président du KMT (dans l’opposition) Lien Chan rencontre à Pékin Hu Jintao secrétaire général du Parti communiste chinois

2008 :

Le Guomindang (KMT) gagne les législatives, il obtient 81 sièges sur 113.

22 mars : à l’élection présidentielle, victoire de Ma Ying-jeou, chef du Kuomintang (KMT) contre le candidat du président sortant Chen Shui-bian avec 58,45 % des suffrages exprimés. Investiture le 20 mai. Le nouveau président s’est présenté comme la candidat de l’ouverture et de l’accélération des échanges avec la Chine populaire, parlant même de la perspective d’un « marché commun » et de jeter « les fondations d’un siècle de paix et de prospérité ».

4 juillet : premiers vols directs les week-ends entre la Chine continentale et Taïwan.

visite de Chen Yunlin, le président de l’Association des relations entre les deux rives (ARATS), premier haut responsable chinois de ce rang à visiter Taïwan.

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rencontre de l’ancien vice-président de la République de Chine Lien Chan (président honoraire du Kuomintang) et du président chinois Hu Jintao à l’APEC au Pérou

2009

Le typhon Morakot fait près de 700 morts

2012 : Ma Ying-jeou est réélu président.

2014 : Mouvement Tournesol des Étudiants  ou 318 qui débute le 18 mars et se termine le 10 avril.

2016 :

16 janvier : Tsai Ing-wen (DPP) est élue présidente de la RdC.

1er août : La présidente Tsai Ing-wen présente de la part du gouvernement des excuses officielles aux aborigènes « pour les souffrances et l’injustice qu’ils ont subies ces 400 dernières années« .

2017 :

24 mai : La Conseil Constitutionnel légalise le mariage pour tous. Les législateurs ont deux ans pour modifier le Code Civil qui a été jugé « non conforme à la Constitution ».

CHINE, CHJRISTIANISME, CHRETIENS EN CHINE POPULAIRE, EGLISE CATHOLIQUE, PARTI COMMUNISME CHINOIS, REGIME COMMUNISTE

Pourquoi Xi Jinping veut-il adapter la Bible à la ligne du Parti communiste ? — Aleteia : un regard chrétien sur l’actualité, la spiritualité et le lifestyle

Les autorités chinoises ont demandé aux responsables religieux, lors d’une réunion qui s’est tenue le 6 novembre 2019, de veiller à la conformité des textes de référence avec les « exigences de la nouvelle époque ». Pour l’historien Yves Chiron, cette annonce est la suite logique de la politique de sinisation mise en place par Xi Jinping.…

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CHINE, MAO ZEDONG (1893-1976), REVOLUTION CULTURELLE (1966-1976)

La Révolution culturelle en Chine (1966-1968)

18 août 1966 – 27 janvier 1968

Révolution culturelle en Chine populaire

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Le 18 août 1966 débute la Révolution culturelle prolétarienne. Planifiée par Mao Zedong (73 ans), fondateur du régime communiste et de la Chine dite populaire, elle vise à restaurer son autorité sur le Parti communiste chinois (PCC) après l’échec dramatique du « Grand Bond en avant » (1958-1961).

 

Vive la révolution permanente !

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Mao, qui est toujours le président du Parti, mobilise la jeunesse lycéenne de Pékin et Shangai contre le président de la République Liu Shaoqi et Deng Xiaoping.

Ceux-ci représentent l’aide droite pragmatique au bureau du PCC. Ils sont accusés de « révisionnisme » et se voient reprocher de sacrifier l’idéologie aux impératifs du redressement économique. Deng Xiaoping est soumis à une rééducation forcée et Liu Shaoqi meurt en prison.

Emportés par leur élan, les jeunes de toutes conditions sociales se rassemblent sous l’étiquette de « Gardes rouges ». Ils brandissent le Petit livre rouge des Pensées du président Mao, un recueil de formules prudhommesques que tout bon révolutionnaire se doit d’apprendre par coeur et répéter à tout propos.

Ils multiplient les réunions politiques et les rassemblements de masse, s’expriment par dazibaos (affiches manuscrites) et bousculent au sens propre et au sens figuré les institutions du pays.

Dans les deux années qui suivent, ils lynchent à mort leurs maîtres et les supposés « représentants de la bourgeoisie ». Ils saccagent aussi les temples, les monuments patrimoniaux ou encore les magasins en relation avec l’ordre ancien. Ils brûlent des livres anciens.

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Humilié, le grand écrivain Lao She choisit de se suicider plutôt que de se rendre à une convocation de la police. 

Étrangement, la Révolution culturelle séduit par ses outrances une frange de la jeunesse estudiantine (et bourgeoise) d’Occident. Les représentants des droites européennes, comme Alain Peyrefitte ou Valéry Giscard d’Estaing, n’échappent pas à la « maolâtrie » ambiante !

 

Fiasco meurtrier

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Le 27 janvier 1968, Mao décide enfin de mettre fin aux turbulences de la Révolution culturelle. Sur son ordre, le chef de l’armée Lin Biao expédie dix-sept millions de jeunes « Gardes rouges » dans les campagnes et les confie aux mauvais soins des paysans. Beaucoup deviendront du coup des opposants déterminés au maoïsme…

En septembre 1971, Lin Biao, connu comme l’auteur du Petit Livre Rouge et le dauphin de Mao, est, bien que malade, soupçonné par ce dernier de vouloir le renverser. Il s’écrase en avion en tentant de s’enfuir en URSS.

Les troubles ne s’arrêtent pas pour autant. Ils se prolongent jusqu’à la mort de Mao, le 9 septembre 1976, du fait du conflit entre sa femme Jiang Qing, qui tente de relancer la Révolution culturelle, et le Premier ministre Zhou Enlai.

La Révolution culturelle se solde en définitive par plusieurs millions de victimes et un profond recul de l’économie du pays, qui ne pèse plus que 3 à 4% de l’économie mondiale. Malgré ce bilan accablant, il n’est pas sûr que ses laudateurs occidentaux et en particulier français aient reconnu s’être trompés.

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CHINE, LONGUE MARCHE (la), MAO ZEDONG (1893-1976), REPUBLIQUE POPULAIRE DE CHINE

La longue marche de Mao Zedong

19 octobre 1935

Fin de la Longue Marche

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Le 19 octobre 1935 s’achève la Longue Marche des communistes chinois et de leur chef Mao Zedong.

Après une épopée de douze mille kilomètres à travers la Chine, les communistes se réfugient au Shaanxi. Dans cette province montagneuse isolée du nord-ouest, ils échappent aux attaques du parti rival du Guomindang et de son chef, Chiang Kaï-shek.

C’est au cours de la Longue Marche que Mao Zedong s’est imposé comme le leader des communistes chinois avant de les mener à la victoire finale.

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De difficulté en difficulté

Fils d’un riche paysan, Mao est né le 28 décembre 1893 au Hounan, au coeur de la Chine. Il a participé au mouvement étudiant du 4 mai 1919 puis à la fondation du Parti communiste en 1921.

Au risque de mécontenter les alliés soviétiques, il cultive l’idée que les révolutionnaires chinois doivent s’appuyer en priorité sur la paysannerie des campagnes, si méprisée soit-elle, plutôt que sur la classe ouvrière des villes. Cette idée est longtemps combattue par les autres leaders du Parti, notamment le très influent Zhou Enlai.

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Mais les troupes du Guomindang, le grand parti républicain de Sun Yat-sen, désormais dirigé par Chiang Kaï-shek, lancent une offensive sur le bastion communiste. Voilà Mao et ses fidèles obligés de fuir vers le nord. Ils ne sont pas les seuls. Au total, 130 000 hommes répartis en trois colonnes armées tentent de fuir vers l’ouest ou le nord-ouest.

La principale colonne, le 1er front, auquel participent Mao et les principaux hiérarques du Parti communiste chinois, compte près de 90 000 hommes au départ du Jiangxi, en octobre 1934. S’étant dirigés vers l’ouest, ils arrivent à Zunyi Guizhou) le 15 janvier 1935.

Mais les chefs s’interrogent sur la marche à suivre. Fuir mais où et dans quel but ? Mao Zedong témoigne alors d’une clarté de vue qui lui vaut le ralliement de l’influent Zhou Enlai, l’un des chefs de l’insurrection ouvrière de Shanghai de 1927. Au terme de rudes débats, il impose l’idée de se diriger vers le nord et, pourquoi pas ? d’en profiter pour combattre les Japonais et rallier les patriotes chinois à leur cause.

La colonne poursuit donc sa route, toujours traquée par les troupes nationalistes et parfois mitraillés par leur aviation. La marche elle-même est épuisante, par les déserts et les montagnes enneigées. Les hommes doivent marcher environ quarante kilomètres par jour, avec une vingtaine de kilos sur le dos, ravitaillement et fusil compris. Autant dire que les effectifs fondent très vite, du fait des batailles, de la faim, des maladies… et plus que tout des désertions.

Après Zunyi, le 1er front tourne un moment en rond car Mao, qui voit son autorité s’affermir sur le groupe, ne veut pas rejoindre trop tôt l’autre colonne qui vient à leur rencontre, celle du général Zhang Guotao.

En février 1935, avec l’appui de Zhou Enlai, Mao se fait enfin élire président du Comité central du PCC (Parti communiste chinois). Quand les deux colonnes se rejoignent enfin, leurs chefs ne tardent pas à diverger sur la stratégie.

Zhang Guotao entraîne ses hommes vers le plein Ouest avec l’espoir de rejoindre la république bolchévique du Sinkiang. Presque tous ses hommes se feront massacrer avant le but, par les cavaliers Hui, des musulmans ralliés aux nationalistes. Lui-même finira par rejoindre le Guomindang !

Désormais chef incontesté de son groupe, Mao, quant à lui, est plus que jamais décidé à aller vers le nord. Incidemment, dans un village, il découvre en effet sur une coupure de presse qu’un soviet communiste s’est constitué au Shaanxi, une province misérable d’environ 200 000 km2 et 25 millions d’habitants.

Il y arrive le 19 octobre 1935, après un parcours de douze mille kilomètres en 368 jours, dont seulement cent jours de repos. Il n’est plus accompagné que de vingt à trente mille hommes, un cinquième des effectifs initiaux.

Aujourd’hui encore, la Longue Marche fait l’admiration de la plupart des Chinois. Elle est vue non sans raison comme un spectaculaire exploit collectif, une anabase des temps modernes. Entre autres moments épiques, le franchissement sous la mitraille du célèbre pont suspendu de Luding s’inscrit dans le roman national !

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CHINE, REPUBLIQUE POPULAIRE DE CHINE

Histoire de la Chine

Une histoire de la Chine

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Histoire de la Chine impériale du VIe au début du XXe siècle

 

Après plus de trois siècles de division et l’installation en Chine du Nord de plusieurs dynasties d’origine turque, en 577, la dynastie Sui réunifie la Chine. Les dynasties Tang et Song qui lui succèdent pendant six siècles vont connaître une civilisation remarquable, en dépit de périodes de division. Au début du xiiie siècle, les Mongols sous la conduite de Gengis Khan et de Koubilai conquièrent la totalité de la Chine : c’est la dynastie Yuan. Au milieu du xive siècle, une réaction chinoise installe la dynastie Ming. Cette dynastie pacifique fige la Chine alors que les premiers Européens arrivent sur les côtes chinoises. La dernière dynastie, celle des Qing, est fondée en 1651 par les envahisseurs mandchous. Elle conquiert l’espace actuel de la Chine, mais ferme le pays aux influences occidentales. Au milieu du xixe siècle, les puissances occidentales (Européens et États-Unis) obtiennent par la force de nombreux avantages en Chine, ce qui provoque des révoltes nationalistes. En 1911, la République de Chine est proclamée. Mais rapidement, le conflit éclate entre les conservateurs (nationalistes) et les communistes chinois. Dans les années 1930, le Japon commence à conquérir l’Est du territoire chinois. En 1949, la République populaire chinoise est proclamée par les communistes victorieux.

Le système de transcription du chinois (mandarin) en alphabet latin utilisé ici est le système pinyin « épeler les sons ». Ce système de transcription phonétique a été adopté en 1958 par la République populaire de Chine et approuvé par l’organisation internationale de normalisation en 1979. L’orthographe des noms peut donc être différente de celle que l’on peut trouver dans des publications anciennes sur la Chine ou dans des livres qui n’utilisent pas ce système.

 

La dynastie Sui (589-618)

La dynastie Sui est fondée par l’empereur Sui Wendi. Malgré sa brièveté, elle joue un rôle considérable. Elle réunifie la Chine et fait de Xian sa capitale. Certains Chinois du sud reviennent au Nord. L’empereur Sui Wendi reconstruit et allonge la Grande Muraille, il fait creuser le Grand Canal qui réunit la Chine du Nord et celle du Sud. Mais ces travaux sont faits à l’aide du travail forcé des paysans. L’expansion territoriale reprend à l’ouest vers le bassin du Tarim ce qui permet la réouverture de la route de la soie. Cependant l’expédition militaire en Corée est un échec coûteux (les paysans se mutilent pour ne pas être mobilisés comme soldats). Les impôts trop élevés, le refus de la conscription militaire, les intrigues sanglantes de la Cour impériale provoquent des révoltes qui finissent par abattre la dynastie.

La dynastie Tang (618-907)

La dynastie Tang, d’origine turco-chinoise, a son berceau dans le Shanxi. La capitale est Xi’an, ville qui, à l’époque, avec deux millions d’habitants, était la plus grande ville du monde. La Chine comptait alors cinquante millions de personnes et était l’état le plus peuplé du monde. Les premiers empereurs font une réforme agraire qui supprime le fermage et fait de la Chine un pays de paysans petits propriétaires. Le gouvernement revient au confucianisme qui avait été malmené sous les Sui. Mais le bouddhisme se répand tandis que de nouvelles religions comme l’Islam et le christianisme apparaissent en Chine. L’empereur Taizong (626-649) agrandit considérablement l’empire chinois. Il oblige le roi du Tibet à le reconnaître comme suzerain, il soumet les oasis du Tarim, les Turcs de Mongolie et du Turkestan. L’empire atteint alors la mer Caspienne. Cependant, la défaite des Chinois devant les musulmans à Tlalas en 751, arrête l’expansion vers l’ouest. L’influence chinoise est considérable en Asie orientale où la langue chinoise devient le moyen de communication international. La Chine est prospère et la civilisation Tang est brillante : l’imprimerie est inventée ainsi que sous le règne de Xuanzong (712-756) l’opéra chinois. La littérature et les arts sont florissants.

À la mort de Xuanzong, les Chinois se divisent et la guerre civile qui en résulte fait disparaître le tiers de la population. Les petits propriétaires ruinés par les troubles doivent vendre leurs terres et deviennent serfs dans les grands domaines (situation qui durera jusqu’au xxe siècle). Profitant des troubles les gouverneurs de provinces deviennent héréditaires. Pour faire face les empereurs s’appuient sur le peuple étranger des Ouïgours. Afin de mettre la main sur les énormes richesses que les offrandes des fidèles ont accumulées dans les temples bouddhistes, en 843 les religions étrangères sont interdites (il en est de même pour les religions très minoritaires comme l’Islam et le Christianisme). La misère déclenche de nombreuses révoltes comme en 874-880 et une réaction xénophobe (près de 10 000 étrangers sont massacrés à Guangzhou (Canton)). Les Tang disparaissent en 907 et la Chine une nouvelle fois connaît la division. Les peuples voisins (Tibétains à l’Ouest et Mongols au Nord) en profitent pour ravager la Chine.

 

La dynastie Song (960-1279)

 

La Chine vers 1140 pendant l’époque Song

De 960 à 1127, les Song contrôlent la totalité de la Chine depuis leur capitale Kaïfeng. Mais de 1127 à 1279, ils abandonnent la Chine du Nord à la dynastie Jin (d’origine mongole). Repliée au Sud, leur capitale est alors Hangzhou. L’empire Song est gouverné à l’aide d’une bureaucratie formée et très centralisée. La Chine connaît de grandes transformations. Le commerce devient une activité importante. Les marins-commerçants chinois, utilisant la boussole, sont en relations avec le Japon, l’Inde, l’Arabie et l’Égypte. La monnaie de papier est développée pour favoriser le développement commercial. Un nouveau système de pont, avec armature en bois, sans piles dans le lit du cours d’eau, est mis au point afin de faciliter les échanges avec l’intérieur sans gêner la navigation fluviale. L’imprimerie permet aux commerçants de bénéficier de l’éducation jusque-là réservée aux mandarins pratiquant la calligraphie. La métallurgie du fer prend une grande ampleur. Les Chinois inventent la poudre à canon et le canon. Les villes qui étaient jusque-là des centres politiques et administratifs deviennent des centres de commerce et d’industrie. Le bouddhisme persécuté à la fin de la dynastie Tang décline tandis que le confucianisme impose l’idée que l’autorité est la base de l’organisation sociale (le peuple doit obéir au roi, l’enfant à son père, les jeunes aux personnes âgées). L’immobilisme social et politique se met ainsi en place.

La dynastie Yuan (1271-1368)

La dynastie Yuan introduit une grande nouveauté : pour la première fois la Chine est gouvernée par des non-chinois. La Chine devient une partie de l’immense empire mongol créé par Gengis Khan. En 1234, les Mongols s’emparent de la Chine du Nord contrôlée par la dynastie Jin. En 1271, Kubilaï Khan, petit-fils de Gengis Khan, fonde la dynastie chinoise Yuan (nom chinois). En 1279, il s’empare de la Chine du Sud dirigée par la dynastie Song. Désormais toute la Chine est sous le contrôle des Mongols. Kubilaï très attiré par la civilisation chinoise fait reconstruire Beijing (Pékin) que son grand-père avait ravagée. Il en fait sa capitale (Kanbalik). Il fait prolonger le Grand canal jusqu’à Beijing, réouvre la route de la soie (même si les territoires mongols de l’ouest se séparent de la Chine). Cette réouverture permet l’arrivée d’Européens (Marco Polo entre autres en 1275). Le développement scientifique est important (invention de la clepsidre et de la sphère armillaire). Kubilaï échoue dans ses deux tentatives d’invasion du Japon (1274 et 1284), il en est de même au Viêt Nam et à Java.

Les Mongols favorisent le bouddhisme et sont tolérants pour les autres religions (en particulier l’Islam et le Christianisme).

La dynastie Yuan est mal acceptée par les Chinois. Les Mongols pratiquent une politique de ségrégation ethnique. Ils interdisent les mariages des Mongols avec les Chinois. Ils hiérarchisent la société en quatre castes : les mongols et les peuples non-chinois venus d’Asie centrale sont dans les deux premières castes qui se réservent les bonnes places de l’administration. Les Chinois du Nord et les Chinois du Sud forment les deux dernières castes et sont systématiquement exclus (au moins jusqu’en 1315) de l’administration. Les Mongols sont tenus pour responsables des calamités naturelles de la forte fiscalité rendue nécessaire par les expéditions militaires (désastreuses). La dynastie Yuan doit faire face à la révolte des Turbans rouges à partir de 1356. Cette révolte est dirigée par un paysan Zhu Yuanzang qui en 1368 chasse de Chine les Mongols et fonde la dynastie Ming.

La dynastie Ming (1368-1644)

Après la période mongole, l’époque Ming apparaît comme un retour aux traditions chinoises. La capitale d’abord fixée à Nanjing (Nankin) est transférée en 1421 à Beijing (Pékin) où commence la construction de la Cité interdite. Hongwu, le fondateur de la dynastie, un paysan devenu chef de guerre, réalise une réforme agraire en confisquant les grands domaines, en les morcelant et en les louant à de petits paysans. Une nouvelle classe de petits propriétaires réapparaît. Le confucianisme redevient la doctrine qui règle la société chinoise. L’empereur concentre de plus en plus de pouvoir. Contrairement à la période mongole l’administration est confiée à des fonctionnaires recrutés sur examen. Un cadastre est établi afin de mieux percevoir les impôts. La population est assignée à résidence, nul ne peut s’éloigner de son domicile sans un passeport. Entre 1405 et 1433, Zheng He dirige sept expéditions maritimes vers l’Afrique et dépasse le Cap de Bonne Espérance et pénètre dans l’Atlantique. Marins et commerçants créant un grand réseau commercial permettent à l’influence chinoise de s’étendre vers les îles de la Sonde (Indonésie) et l’Inde. Cependant, en 1513, les Portugais arrivent en Chine et en 1553, ils s’installent à Macao. En 1582, des missionnaires catholiques sont présentes en Chine. Le théâtre chinois se développe avec des pièces à sujet sentimentaux, historiques ou fantastiques. La céramique polychrome devient un objet d’exportation.

Les empereurs Ming consacrent une grande énergie à contenir la pression des peuples voisins. En 1529, 1530, 1542 puis 1550, les Mongols font des raids en Chine du Nord, malgré le doublement de la grande muraille. Les Japonais en 1592-1593 puis 1597-1598 tentent de s’installer en Chine et ravagent périodiquement les côtes chinoises. Puis en 1620, les Ming perdent la Mandchourie. C’est le début de la conquête par les Mandchous, qui en 1644 s’emparent de Beijing puis en 1651 sont maîtres de la totalité de la Chine.

La dynastie Qing (1644-1912)

La dynastie Qing est la dernière dynastie impériale de Chine. Elle est fondée en 1616 par Nurhachi un chef mandchou qui pour faire la conquête de la Chine s’allie à certaines tribus mongoles. En 1642, les Mandchous repoussent les Chinois Ming au sud de la Grande muraille et en 1644 ils sont maîtres de la totalité de la Chine. Sous le règne de l’empereur Kangzi, les Manchous s’emparent de Taïwan (1683) et en 1720 imposent leur protectorat sur le Tibet. Pendant le règne de Qianlong (1735-1796) la Chine s’empare du Xinjiang, de la Mongolie extérieure, elle renforce son protectorat sur le Tibet (1792). Mais Qinlong échoue dans ses tentatives militaires en Birmanie et au Viêt Nam. La Chine atteint alors son maximum d’extension. L’adaptation rapide des Mandchous à la civilisation chinoise leur fit conserver la bureaucratie des mandarins qui rejette toutes innovations. Le gouvernement devient de plus concentré et autoritaire. Dans le premier siècle de leur gouvernement les Qing ont mené une politique favorable aux paysans en les exonérant d’impôts. D’abord favorables aux missionnaires catholiques (en particulier les Jésuites qui fournissent des conseillers aux empereurs) les Qing sont déçus par le refus de la papauté de permettre l’existence d’une adaptation du catholicisme à la Chine. À partir de 1717, le gouvernement persécute les Chrétiens. La Chine se ferme alors aux étrangers, seul le port de Xuangzhou (Canton) permet le commerce avec le reste du monde.

L’agression militaire des Européens va alors bouleverser la Chine. Les Britanniques qui trafiquent la drogue de l’opium en Asie, sont furieux que le gouvernement chinois interdise l’introduction en Chine de l’opium produit dans l’Inde britannique. En 1839-1842, a lieu la première guerre de l’opium. Vaincus les Chinois doivent céder Hong-Kong au Royaume-Uni, ouvrir cinq ports aux navires anglais. Des avantages identiques sont rapidement obtenus par les États-Unis et la France. Cette défaite qui s’ajoute à de graves difficultés économiques provoque le soulèvement des Taïping. De 1851 à 1864, ces paysans révoltés contre le gouvernement impérial créent un royaume en Chine du Sud ; ils y installent une société de type communiste (pas de propriété privée, biens de consommations distribués en fonctions des besoins des familles, égalité des sexes, interdiction des drogues). Il faudra l’aide de mercenaires étrangers pour que le gouvernement parvienne à anéantir la révolte. Une seconde intervention franco-britannique a lieu en 1858 et 1859-60. Elle aboutit au ravage de Pékin (sac du palais d’été). La Chine doit alors accepter la présence de missions chrétiennes à l’intérieur de l’empire, elle doit ouvrir de nouveaux ports, elle est contrainte de verser une très forte indemnité de guerre. Parallèlement les Russes en profitent pour annexer des territoires sur la rive sud du fleuve Amour et en Mandchourie où ils construisent Vladivostok. En 1894-1895, le Japon attaque la Chine. Victorieux le Japon obtient la Corée, Taïwan. Cette succession d’humiliations permet au jeune empereur Guangxu de tenter en 1898 une modernisation politique de la Chine en proposant une monarchie constitutionnelle. Mais l’impératrice douairière Xici, qui gouverne de fait depuis 1861, fait interner l’empereur. Pour lutter contre les Occidentaux, Xici favorise le mouvement xénophobe des Boxers (1898-1901). La défaite des Boxers permet aux Occidentaux d’obtenir des droits supplémentaires. Xici se résout à faire des réformes mais elle meurt en 1908. Le nouvel empereur Xuangtong-Puyi est un enfant de trois ans, son entourage annule les réformes. En 1911, en Chine du Sud puis en Chine du nord des révoltes parviennent à abattre le gouvernement impérial. La république est proclamée en décembre à Nanjing. En février 1912, Puyi abdique, mais jusqu’en 1924, il restera cloîtré dans la Cité interdite à Beijing.

 

 

Histoire de la Chine de 1911 à 1949

 

La naissance de la République de Chine

En 1908, le régent de Chine, père du très jeune empereur Pu Yi, renvoie le ministre réformateur Yuan Shikai qui aurait pu sauver la monarchie Qing. En octobre 1911, déçus les nationalistes chinois déclenchent une révolution dans le Hubei. Rapidement tout le sud de la Chine se révolte contre le gouvernement impérial. Fin décembre une République de Chine est proclamée à Nanjing (Nankin) et désigne Sun Yat sen, fondateur du parti Tongmenghui comme président. Ce parti avait pour but de chasser les étrangers (y compris les empereurs Qing d’origine mandchoue), de restaurer la souveraineté de la Chine, de fonder une république et de redistribuer les terres. En février 1912, à Beijing (Pékin), Yuan Shikai, oblige l’empereur Pu Yi à abdiquer. Sun Yat sen reconnait l’autorité de Yuan Shikai qui devient le président de la Chine réunifiée.

En 1912, Sun Yat sen crée le parti Guomindang (parti national du peuple) qui remporte les élections législatives de 1913. En novembre 1913, Yuan Shikai renvoie les députés du Guomindang, puis il dissout le parlement chinois et en 1915 tente en vain de rétablir l’empire à son profit. Il meurt en 1916. La Chine est de nouveau divisée. Au sud le Guomindang de Sun Yat sen forme un gouvernement républicain qui s’installe à Xuangzhou (Canton). Au nord des généraux, les « seigneurs de la guerre », s’emparent du pouvoir mais s’entredéchirent dans une guerre civile très destructrice. Pendant ce temps en août 1914, les Japonais alliés des franco-britanniques s’emparent des possessions allemandes de Chine. En janvier le gouvernement japonais exige de la Chine qu’elle accepte la colonisation économique. Malgré son entrée en guerre en 1917, la Chine n’obtient pas en 1919, la renégociation des traités inégaux qui lui avaient été imposés à la fin du xixe siècle. Aussi le 4 mai 1919, de violentes manifestations anti-occidentales et anti-japonaises ont lieu dans les villes de Chine.

 

 

Tchang Kaï-chek réunifie la Chine

Dès 1918, les communistes russes apportent leur soutien politique et technique à la formation d’une armée du Guomindang, qui est rapidement commandée par Tchang Kaï-chek. Le parti communiste chinois fondé en 1921 à Shanghaï, est poussé par la Troisième internationale à collaborer avec le Guomindang. En 1926, les troupes du Guomindang, aidée par les communistes, attaquent les seigneurs de la guerre. En septembre 1926 elles s’emparent de Hangzhou, puis de Shanghaï en avril 1927 et enfin de Nanjing en mars 1927, qui devient la capitale de la République. Tchang Kaï-chek craint l’implantation systématique des communistes dans les villes libérées. En avril 1927 il fait massacrer les communistes de Shanghaï puis en novembre 1927 ceux de Wuhan. Le chef communiste Mao Zedong décide alors de tourner l’action de son parti en direction des paysans. Débarrassé provisoirement des communistes Tchang Kaï-shek reprend l’offensive contre les seigneurs de la guerre et reprend Beijing (Pékin) en juin 1928. La Chine est de nouveau réunifiée.

Le Guomindang modernise la Chine. De gros efforts sont faits pour développer l’enseignement, le réseau routier et celui de chemin de fer. Mais la plus grande partie de l’industrie reste aux mains des étrangers (90% de la métallurgie, 80% du textile, 70% de la houille). Dans les campagnes où vivent les trois quarts des Chinois règne la misère. Les paysans qui sont surtout des fermiers versent plus de la moitié de leurs productions aux grands propriétaires. Dans certaines régions du sud les communistes s’implantent. Zhou Enlai organise une armée communiste. Les grands domaines sont confisqués, morcelés et les terres distribuées aux petits paysans. Les dettes et l’usure, plaies traditionnelles des campagnes chinoises sont annulées. Un impôt unique fondé sur la richesse est créé. En 1931, la république soviétique du Jiangxi est fondée avec Mao Zedong comme président. En octobre 1934, Tchang Kaï-chek attaque les communistes du Jiangxi. Ces derniers doivent partir et après une longue marche de 12 000 km parviennent dans le Shaanxi où ils s’installent.

 

La lutte contre l’invasion japonaise (1931-1945)

Les japonais sont fortement touchés par la crise économique de 1929. Déjà fortement implantés économiquement en Mandchourie, ils pensent en faire une colonie capable de leur fournir des matières premières bon marché et de pouvoir accueillir le trop plein de la population japonaise. En septembre 1931, à partir d’un incident sur le chemin de fer sud-mandchourien, ils attaquent la Chine. Rapidement maîtres de la Mandchourie, ils la transforment en un état vassal, le Mandzouguo, où ils installent l’ancien empereur chinois Puyi.

En janvier 1936, le Guomindang accepte après beaucoup de difficultés de collaborer avec les communistes. À partir de juillet 1937, le Japon reprend la guerre contre la Chine. Il s’agit de mettre en application la doctrine officielle de la supériorité de la « race » japonaise et de son droit à conquérir l’espace qui lui est nécessaire (ce qui rappelle la doctrine nazie en Europe). Rapidement les Japonais s’emparent de Beijing et de Tien Sin (juillet), de Shanghai (novembre), de Nanjing (décembre). Puis en 1938, Xuangzhou et Han Cheou tombent. Au cours de la conquête, les Japonais n’appliquent pas les conventions internationales sur les prisonniers de guerre et pratiquent la guerre chimique et bactériologique. Il y aura plus de 300 000 morts à Nanjing. En mars 1938, les Japonais installent un gouvernement chinois à leur solde à Nanjing. Le Guomindang se retire à Chongqing dans le Sichuan et continue la guerre grâce à l’appui des Américains. Le Guomindang essaie de contrôler l’action des communistes. Ces derniers installés surtout dans le nord et en Mandchourie mènent une guerrilla contre l’envahisseur et organisent les territoires qu’ils contrôlent. Cette guerre sino-japonaise tuera plus de 3 millions de soldats et plus de 9 millions de civils chinois. Les Japonais feront travailler de force plus de 10 millions de Chinois.

En août 1945, l’armée japonaise est en déroute. Les Américains aident le Guomindang à s’installer dans les territoires qu’elle évacue et à s’emparer du matériel. L’URSS obtient du gouvernement de Chiang Kaï-Shek, seul reconnu internationalement, des territoires en Mandchourie. Les communistes soviétiques obligent les communistes chinois à se réconcilier avec le Guomindang.

 

La guerre civile (1946-1949)

Le départ des Japonais laisse les deux camps chinois face à face. D’un côté le Guomindang, dominé par la famille de Tchang Kaï-shek (des banquiers et des industriels). Le parti limite la liberté d’expression, le régime s’est inspiré des partis fascistes européens avec police politique, jeunesse enrégimentée (près de 600 000 chemises bleues). Surtout l’inefficacité politique et la corruption, dénoncées par les Américains, sont partout présentes. Les paysans et les habitants des villes sont fortement mécontents du fait de la hausse vertigineuse des prix (augmentés de 500 fois entre 1937 et 1945), du service militaire obligatoire qui désorganise le travail. Cependant, le Guomindang dispose d’une armée nombreuse et bien équipée. Il est considéré comme le représentant légal de la Chine, ce qui lui donne droit à un siège de membre permanent (avec droit de veto) à l’ONU. En face les communistes sont auréolés par la guerre de partisans qu’ils ont menée victorieusement contre les Japonais. Ils ont réussi à regrouper les ouvriers, les paysans, les petits bourgeois et les capitalistes chinois et à les diriger souplement. Dans les zones qu’ils contrôlent ils ont fait une réforme agraire modérée pour ne pas brusquer les paysans mais ils les encouragent à travailler en commun.

En 1945 puis en 1946, les Américains tentent d’imposer un gouvernement d’union entre le Guomindang et les communistes. C’est un accord de façade. En juin 1946, les Soviétiques évacuent la Mandchourie (après en avoir déménagé toutes les installations industrielles). Les deux camps chinois se disputent alors le contrôle de la province. C’est le début de la guerre civile. Dans les premiers mois la supériorité en matériel des armées du Guomindang (les nationalistes) leur donnent l’avantage. Yanan, la capitale communiste du Shaanxi est prise, mais les communistes ne sont pas détruits. Ils refusent la bataille rangée et obligent les nationalistes à éparpiller leurs troupes pour sécuriser les villes et les voies de communications. Cela rend les soldats nationalistes vulnérables et faciles à battre. En juillet 1947, les communistes attaquent à partir de la Mandchourie. Beijing et Tien sin sont prises en janvier 1949. De septembre 1948 à janvier 1949, la bataille de Huai Hai oppose un million d’hommes, les armées nationalistes sont écrasées. Nanjing tombe en avril 1949, Shanghaï en mai, Guangzhou (Canton) en octobre, Chonqing en décembre 1949. Le Guomindang avec près d’un million de soldats et de civils quittent alors la Chine continentale et s’installent à Taïwan. La Chine est passée sous le contrôle des communistes. Ceux-ci, le 1er octobre 1949, à Beijing, avaient proclamé la fondation de la République populaire chinoise.

 

Histoire de la Chine communiste

Depuis la fin de 1949, la Chine est dirigée par le parti communiste. Sous la direction de Mao Zedong, les communistes chinois ont établi un régime politique dictatorial et organisé une économie planifiée dirigée par l’État. De 1949 à 1976, l’histoire de la Chine a été agitée, en particulier dans les années 1960 avec la révolution culturelle chinoise. Depuis la mort de Mao Zedong en 1976, tout en maintenant un régime dictatorial et après beaucoup d’hésitations violentes, les communistes chinois ont décidé de moderniser l’économie en introduisant la propriété privée et des entreprises étrangères. Aujourd’hui la République populaire de Chine est une des plus grandes puissances du monde.

Mao Zedong installe le communisme en Chine

 

La Chine en 1949

En 1949, la Chine est un pays ravagé par près de trente années de guerres civiles et étrangères. L’agriculture, ressource principale du pays, a une production réduite car des terres ont été abandonnées par les paysans fuyant les combats ou les pillages, les digues et les canaux n’ont pas été entretenus et sont en partie détruits. La grande industrie de Mandchourie a disparu depuis que les Soviétiques ont démonté les installations. La flotte marchande est partie à Taïwan avec les partisans nationalistes du Guomindang. La monnaie est sans valeur, car il y eu trop de billets émis par le gouvernement du Guomindang. Une partie de la population est sur le chemin du retour vers leurs régions d’origine.

Cependant, le parti communiste chinois peut compter sur ses 6 millions de militants, qui ont acquis un prestige considérable dans la guerre contre les Japonais, et ont l’habitude de l’organisation expérimentée dans les régions qu’ils administraient depuis 1925. L’Armée Populaire de Libération fournit aussi l’encadrement et éventuellement la main-d’œuvre. De plus grâce au pacte d’assistance mutuelle économique et militaire signé avec l’URSS en février 1950, celle-ci s’engage à fournir des techniciens et des conseillers.

 

La reconstruction et la mise en place du collectivisme (1950-1956)

Afin de ne pas faire fuir les trop peu nombreux cadres économiques compétents, les communistes débutent par des réformes modérées. Seules les grandes entreprises industrielles appartenant à des sociétés étrangères ou à des membres importants du Guomindang deviennent propriétés de l’État (nationalisation). Les autres entreprises sont seulement contrôlées par l’État.

Dans les campagnes les domaines des grands propriétaires sont confisqués et distribués à plus de 70 millions de familles de paysans pauvres. Les petits propriétaires ne sont pas inquiétés. On encourage les agriculteurs à travailler en commun afin de leur faire perdre l’état d’esprit individualiste. Cependant de nombreux procès expéditifs sont faits contre les anciens gros propriétaires qui sont soit exécutés soit contraints à une « rééducation par le travail ».

La société est aussi « remodelée ». L’égalité entre les hommes et les femmes est décidée. L’écriture est simplifiée afin de permettre son acquisition par le plus grand nombre. Périodiquement des « campagnes de masse » sont organisées afin de faire participer la population à la lutte contre la corruption, la fraude aux impôts, la bureaucratie.

La situation économique étant partiellement rétablie, les dirigeants communistes décident de passer à la construction d’une société socialiste.

Fortement inspirés par les conseillers soviétiques, ils mettent en place un plan quinquennal de développement pour les années 1953-1957. L’état investit dans l’industrie (près de 60% des fonds), dans les transports (près de 20%) mais très peu dans l’agriculture qui pourtant occupe les trois quarts de la population. Ce choix est dicté par le souci de créer une industrie quasi inexistante jusque-là et à travers elle de créer une classe ouvrière nombreuse capable de faire contrepoids à la masse des paysans. Il faut aussi tirer parti des immenses richesses naturelles du pays et de l’expérience des soviétiques. C’est surtout l’industrie lourde (acier, chimie, grosses constructions mécaniques), très gourmande en capitaux, qui est favorisée ; l’industrie des biens de consommation est négligée (faute de moyens financiers de l’État propriétaire et de revenus suffisants pour les consommateurs dont les achats sont restreints). Les résultats, du moins tels qu’ils sont donnés officiellement montrent une forte progression de l’acier (multiplié par quatre). Mais l’agriculture piétine avec seulement 0,5% de croissance annuelle alors que la population augmente de 2,3% par an.

En 1955-1956, les communistes mettent en place le collectivisme. Toutes les entreprises industrielles privées sont nationalisées (les anciens dirigeants en deviennent souvent les cadres), il en est de même pour le commerce (sauf le commerce de détail). Dans les campagnes on oblige les paysans à se regrouper en coopératives (elles ne représentaient que 7% des familles en 1954, en 1956, toutes les familles sont membres d’une coopérative). Ce système facilite la perception des impôts, doit permettre une meilleure utilisation du travail et du matériel agricole et aussi doit faire changer les mentalités (moins d’individualisme).

 

Le grand bond en avant

À la fin de 1957, les dirigeants communistes chinois décident d’abandonner le modèle économique soviétique.

Faute de capitaux suffisants ils décident de mobiliser l’énorme richesse que représente le travail des centaines de millions de ruraux. Désormais les campagnes doivent produire tout ce dont elles ont besoin. Des bas-fourneaux et des mini-centrales sont construits afin de permettre la fabrication d’objets de la vie courante. Les ruraux sont regroupés dans 26 000 communes populaires (environ 5000 familles dans chacune d’elles). Ces communes détiennent les moyens de production (terres, matériel agricole, ateliers industriels…). De plus, elles remplacent l’administration et gère l’éducation, la santé, la défense. Elles créent des crèches, des réfectoires communs, elles organisent les loisirs.

Cette politique échoue pour de multiples raisons. Pendant trois années de suite des catastrophes naturelles frappent la Chine. De plus la volonté de produire plus a conduit à défricher les pentes ce qui provoque du ravinement emportant les terres cultivables ; les produits des bas-fourneaux sont de qualité médiocre et peu utilisables. La tâche à accomplir submerge les cadres locaux qui commettent des erreurs. Enfin, en 1960, les soviétiques rompent leurs relations avec la Chine et retirent leurs techniciens.

 

La révolution culturelle

L’échec partiel du « Grand bond en avant » met en cause Mao Zedong, son principal organisateur. Des communistes « gestionnaires », comme Liu Shaoqi et Deng Xiaoping tentent de réduire les pouvoirs de Mao.

Aidé par l’armée chinoise commandée par Lin Biao, Mao riposte. Dès 1964, des millions d’exemplaires du « petit livre rouge », où est regroupée et résumée la « pensée maozedong », sont distribués dans l’armée et parmi les jeunes. En novembre 1965, commence la Révolution culturelle. Soldats et jeunes gardes rouges attaquent violemment par des affiches murales manuscrites (les dazibaos) les cadres communistes hostiles à Mao. Ces derniers doivent démissionner, sont traduits devant des tribunaux populaires improvisés, sont contraints de faire leur autocritique publique. Beaucoup sont envoyés en camp d’internement ou dans les villages pour leur « rééducation » politique. Certains sont emprisonnés voire tués. Partout les autorités anciennes sont débordées.

À l’automne 1967, l’armée crée des comités révolutionnaires, formés de gardes rouges, de cadres communistes favorables à Mao et de militaires. Ces comités prennent localement le pouvoir et rétablissent l’ordre (difficilement puisque la reprise en main durera jusqu’en 1971). Liu Shaoqi et Deng Xiaoping ont été écartés du pouvoir dès 1966.

Mais des divergences entre maoistes apparaissent. Lin Biao, pourtant désigné dès 1969, comme successeur de Mao aurait comploté contre lui. Il trouve la mort en septembre 1971, dans un « accident » d’avion alors qu’il s’enfuyait à Moscou. Le Premier ministre chinois Zhou en lai, resté en poste pendant toute la révolution culturelle, rappelle les anciens dirigeants écartés, en particulier Deng Xiaoping.

 

La Chine depuis la mort de Mao Zedong

 

La liquidation du maoïsme

Le retour en grâce des communistes « gestionnaires » ne désarme pas les partisans de la Révolution culturelle (ceux que l’on nommera après leur défaite politique, la « Bande des quatre »). Ils profitent de la mort de Zhou Enlaï (janvier 1976) puis de celle de Mao Zedong (septembre 1976) pour évincer Deng Xiaoping. Ils acceptent de mettre au pouvoir un dirigeant communiste de deuxième rang Hua Guofeng. Mais début octobre 1976, la bande des quatre est arrêtée pour complot contre l’État (ils seront jugés en 1980). C’est la fin de la période maoïste.

 Deng Xiaoping modernise la Chine

En juillet 1977, Dien Xiaoping est réhabilité et reprend progressivement toutes ses fonctions. À partir de l’automne 1978, la politique de Mao pendant la révolution culturelle est fortement critiquée. En 1980, Liu Shaoqi, qui est mort en 1969 en prison, est réhabilité. Deng Xioping parvient à placer ses partisans à tous les postes de commande du parti et de l’État. Hua Guofeng est ainsi éliminé.

Depuis 1977, sous la conduite de Deng Xiaoping, la Chine s’engage dans la modernisation. Tout en conservant la dictature politique et le rôle dirigeant du parti communiste, Deng bouleverse l’économie chinoise.

Le profit individuel est introduit, des stimulants matériels (primes) sont versés aux salariés qui travaillent plus ou mieux. La responsabilité individuelle devient une des bases de l’organisation économique. On peut alors créer de petites entreprises industrielles et dans les campagnes les familles sont incitées à posséder des terres afin d’augmenter leur productivité.

Les entreprises étrangères sont invitées à venir s’installer en Chine (grâce à des avantages fiscaux et à la mise à leur disposition d’une main-d’œuvre bon marché). On crée pour cela des zones économiques spéciales sur les côtes. La partie la plus moderne des entreprises d’État sont vendues à des investisseurs privés chinois. L’État se charge de moderniser progressivement les entreprises les plus archaïques.

Afin d’augmenter les conditions de vie des familles, la politique de l’enfant unique est mise en place. Elle doit permettre de faire face à l’explosion démographique (la population passe de 583 millions en 1953, à 950 millions en 1982, elle est d’environ 1 300 millions aujourd’hui). Cette politique n’est vraiment suivie qu’en ville où il plus facile de contrôler les familles.

De 1980 à 1987, Hu Yaobang, secrétaire général du parti communiste, mène une politique plus ouverte envers les intellectuels et les Tibétains. Mais cette « libéralisation » engendre des manifestations et Hu Yaobang est écarté du pouvoir. Les Tibétains sont durement repris en mains par Hu Jintao. Pour déplorer la mort de Hu Yaobang, en 1989, les étudiants de Beijing manifestent sur la place Tian’anmen de Beijing. Ils sont violemment réprimés par l’armée qui fait intervenir les chars. Deng Xiaoping meurt en 1997. Comme « petit timonier », les dirigeants chinois le placent au même niveau que Mao Zedong (le grand timonier).

Depuis la Chine populaire connaît un développement économique spectaculaire. Mais celui-ci aggrave le déséquilibre entre les régions côtières très développées et riches et les régions intérieures qui ont du mal à retenir leur population. Les contrastes sociaux sont également devenus très grands. À côté d’une grande masse d’urbains et de ruraux qui vivement sans pouvoir faire d’excès, se développent une classe moyenne et une petite frange de nouveaux riches qui vivent confortablement. Le parti communiste chinois maintient une politique de répression contre les opposants politiques et a installé une censure étroite des moyens de communications modernes (internet en particulier).

 

La Chine troisième grand mondiale

Le leader du Tiers Monde

Dans les premières années la Chine populaire s’aligne sur la politique extérieure de l’URSS. En février 1950, les deux pays signent un traité d’amitié, d’alliance et d’assistance mutuelle. À partir de juin 1950, la Chine populaire participe à la guerre de Corée où elle soutient la partie communiste. La diplomatie chinoise est le domaine de Zhou Enlai. En 1954, il participe à la conférence de Genève qui met fin à la guerre d’Indochine et accorde l’indépendance du Viêt Nam. En 1955, à la Conférence de Bandoeng Zhou Enlaï apparait comme un des leaders des pays sous développés. Il développe la collaboration diplomatique avec les pays se réclamant du neutralisme (l’Inde en particulier).

 

L’affirmation internationale de la Chine

La Chine rompt avec l’URSS et les pays de l’Europe de l’Est pendant la période du « Grand bond en avant » (seule l’Albanie lui reste fidèle). En 1959, la répression de révoltes au Tibet aboutit au départ forcé du Dalaï Lama, chef religieux tibétain, et le début d’une colonisation chinoise de la région. À l’automne 1962, à la suite d’un conflit sur les frontières himalayennes la Chine rompt avec l’Inde et se rapproche du Pakistan (ennemi de l’Inde). En 1963-1964, Zhou Enlaï visite de nombreux pays d’Afrique qui viennent d’obtenir leur indépendance. Il y signe de nombreux accords économiques et obtient l’appui de ces pays pour poser la candidature de la Chine populaire à l’ONU. Les Chinois aident au mieux de leurs possibilités, les Vietnamiens du Nord qui luttent contre les Américains pendant la guerre du Viêt Nam. En 1969, un conflit de frontières sur le fleuve Oussouri aggrave les mauvaises relations entre L’URSS et la Chine. En 1967, la Chine fait exploser sa première bombe atomique de type H.

 

La Chine populaire se rapproche des États-Unis

En 1949, la Chine populaire n’est pas membre de l’ONU. C’est le gouvernement nationaliste chinois de Tchang Kaï-chek, installé à Taïwan, qui est un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU. La Chine populaire n’est reconnue que par l’URSS, les pays communistes européens ainsi que par quelques pays occidentaux comme le Royaume-Uni et les Pays-Bas. En 1964, la France du général de Gaulle reconnait la Chine populaire. Elle est suivie par de nombreux autres pays africains et européens. En octobre 1971, Taïwan est expulsé de l’ONU et y est remplacé par la Chine populaire. Le rapprochement avec les États-Unis commence par une rencontre sportive, un match de ping pong entre une équipe chinoise et une équipe états-unienne au printemps 1971. En février 1972, Richard Nixon, le président des États-Unis se rend en visite officielle en Chine populaire. En 1978, les États-Unis reconnaissent officiellement la Chine populaire (tout en maintenant leur alliance militaire avec Taïwan).

 

La Chine partenaire incontournable

Aujourd’hui la Chine tente d’avoir des relations pacifiées avec ses voisins. Elle a résolu ses problèmes frontaliers avec la Russie. Malgré la persistance de revendications territoriales réciproques la Chine et l’Inde sont en paix. Les relations avec le Japon sont perturbées par le fait que ce dernier n’a toujours pas reconnu sa responsabilité dans les destructions et les pertes humaines qu’il a occasionnées dans les années 1930 en attaquant la Chine. Par ailleurs, la Chine est un membre influent de nombreuses organisations régionales comme l’APEC (qui s’occupe de la coopération économique dans la zone Asie et océan Pacifique), de l’ANSEA (qui s’occupe de la sécurité dans la même région). Deux problèmes restent en suspend. L’avenir de Taïwan, que la Chine populaire estime être une de ses provinces, alors qu’une partie de la population taïwanaise souhaiterait obtenir l’indépendance officielle (qui si elle intervenait serait par la Chine comme une déclaration de guerre). L’autre problème est celui de l’autonomie du Tibet et de la pression internationale que la Chine fait pour que les gouvernements n’apportent pas leur appui au Dalaï Lama. La Chine est membre de l’OMC (organisation mondiale du commerce) où elle défend ses intérêts économiques. L’importante croissance économique de la Chine, exige qu’elle trouve les ressources minières et énergétiques indispensables. Pour cela la Chine a conclu des accords économiques avec de nombreux pays en Afrique et en Amérique latine. En échange des matières qu’ils fournissent à la Chine ces pays reçoivent des équipements. Enfin avec les États-Unis les relations sont ambiguës. La Chine finance l’énorme déficit budgétaire des États-Unis, mais elle a besoin du marché américain pour écouler une partie de ses produits manufacturés. Les États-Unis sont inquiets de la croissance de la Chine qui risque de leur ravir la première place.

Source : Wikipédia

CHINE, HISTOIRE DE LA CHINE, HISTOIRE DU XXè SIECLE, MASSACRE DE LA PLACE TIEN NAN MEN (4 juin 1989), PLACE TIEN AN MEN

Place Tien An Men : 4 juin 1989

L’armée massacre les étudiants sur la place Tien An Men

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Le 4 juin 1989, à Pékin, l’armée chinoise massacre avec des chars et des armes lourdes les milliers d’étudiants rassemblés sur la place Tien An Men, dont certains depuis le 18 avril précédent ! Ce massacre dit du 4/6 (en chinois : « Liu Si ») met un terme brutal au « printemps de Pékin ».

En ce haut lieu du pouvoir et de la vie politique, face à la Cité interdite, d’autres étudiants avaient déjà manifesté 70 ans plus tôt et donné naissance au Mouvement du 4-Mai, fer de lance de la démocratisation de la Chine. Cette fois, le mouvement étudiant surgit en opposition à la dictature du Parti Communiste chinois (PCC), ressentie comme de plus en plus insupportable à mesure que le pays se modernise et s’ouvre sur l’extérieur.

 

Des communistes à la peine

Peu après la mort de Mao-Zedong (1976), le Parti a été pris en main par Deng Xiaoping. Il a entrepris de libéraliser l’économie tout en maintenant la dictature du Parti dans le respect des « quatre principes fondamentaux : la voie socialiste, la dictature du prolétariat, la direction du PCC et le marxisme-léninisme-pensée Mao Zedong ».

Mais les troubles sociaux et les aspirations démocratiques des classes moyennes mettent à mal le pouvoir communiste. En novembre 1987, le conservateur Li Peng accède à la tête du gouvernement et interrompt le processus de réforme. La tension monte.

Le 15 avril 1989, est annoncée la mort mystérieuse de Hu Yaobang, un hiérarque réputé intègre et révoqué deux ans plus tôt de ses fonctions de secrétaire général du PCC. Elle soulève une grande émotion dans le camp réformateur.

On annonce par ailleurs la visite de Mikhaïl Gorbatchev le mois suivant à Pékin. Cette visite du secrétaire général du Parti Communiste d’URSS est perçue comme un encouragement à la démocratisation.

 

Montée de la tension

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Les étudiants commencent à se rassembler sur la place Tien An Men (ou « place de la paix céleste ») dès le 27 avril dans la perspective de la commémoration du 4 mai 1919. On en comptera dans les semaines suivantes jusqu’à un million.

Le rassemblement tourne à la manifestation contre le gouvernement et en faveur de la démocratie.

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Les étudiants des Beaux-Arts érigent une copie en plâtre de la statue de la Liberté de New York, baptisée « déesse de la Démocratie », au milieu de la place Tien An Men. Le 13 mai, beaucoup entament une grève de la faim. Dans les provinces et une partie de l’armée, d’aucuns expriment leur sympathie pour les étudiants. Le 17 mai, les dirigeants chinois sont obligés d’annuler la visite de Gorbatchev à la Cité interdite. Humiliation.

Deux jours plus tard, le secrétaire général du PCC Zhao Ziyang se rend sur la place et tente de dissuader les étudiants de poursuivre leur grève de la faim. Mais ce dirigeant libéral, qui aurait voulu profiter du mouvement pour démocratiser le régime, échoue dans sa médiation.

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Loi martiale

C’est finalement l’habile Deng Xiaoping (85 ans) qui aura le dernier mot. Celui que l’on surnomme le « petit Timonier », en raison de sa taille et par opposition avec le « grand Timonier » (Mao Zedong), continue de tirer les ficelles avec la simple fonction de président de la commission des affaires militaires du PCC.

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Le 20 mai, il obtient du Premier ministre Li Peng qu’il instaure la loi martiale. Le Premier ministre ne se fait pas prier. Il fait appel à l’armée pour dégager la place mais celle-ci est bloquée aux entrées de la ville par la foule ! Le monde entier, sidéré, voit sur les écrans de télévision un jeune homme seul au milieu de la chaussée, défiant une colonne de chars. Nouvelle humiliation.

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Lasse de tergiverser, l’armée nettoie brutalement la place Tien An Men dans la nuit du 3 au 4 juin. Elle tire à balles réelles sur la foule paniquée et les chars font le reste. Les cadavres sont déblayés au bulldozer et incinérés. On évalue le nombre de victimes à environ 1800 morts (peut-être bien davantage) et des dizaines de milliers de blessés. Après plusieurs heures d’horreur, sur les instances du professeur Liu Xiaobao, futur Prix Nobel de la Paix, les militaires laissent les survivants quitter la place, en pleurs.

Une brutale répression s’abat sur les démocrates dans toutes les grandes villes du pays. Le leader ouvrier Han Dongfang (26 ans), activement recherché, n’a d’autre solution que de se rendre à la police. Torturé, il est extradé au bout de vingt-deux mois vers les États-Unis.

C’en est fini du « printemps de Pékin » et l’on peut croire que la Chine communiste va replonger dans les ornières du passé. Mais Deng Xiaoping voit dans les émeutes étudiantes un signal pour aller de l’avant. Décidé à moderniser la Chine, il use de son influence pour installer au secrétariat général du parti communiste chinois un libéral de vingt ans son cadet, Jiang Zemin.

En 1992, il fait entériner par le bureau politique du parti la décision d’« accélérer le rythme de la réforme et de l’ouverture » et la mise en place d’une « économie socialiste de marché ». Cet oxymoron (rapprochement de deux termes contradictoires) est inscrit dans le préambule de la nouvelle Constitution en mars 1993. C’est ainsi qu’en l’espace d’une décennie, la Chine va changer de visage et entrer de plain-pied dans la cour des Grands, jusqu’à concourir pour la première place (celle qui était la sienne jusqu’au début du XIXe siècle).

 Un régime qui dure

À la grande surprise des sinologues patentés et des démocrates occidentaux, ce bouleversement historique se produit sans que chancelle le régime issu de la révolution communiste de 1949. Au contraire, celui-ci s’adapte à la nouvelle donne économique et sociale avec une remarquable aisance, compte tenu du poids des défis ; la Chine populaire, avec ses 1,3 milliards d’habitants (2010), est à comparer en effet à un État qui réunirait l’Europe et la Russie, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, avec les mêmes écarts de niveaux de vie et de développement.

Le régime s’est adapté en particulier en intégrant au sein du parti communiste les nouvelles élites : intellectuels aisés et entrepreneurs aisés. Elles représentent désormais 70% de ses effectifs et sont de la sorte associées au fonctionnement de la machine gouvernementale.

Un autre facteur de stabilité tient à ce que les cinq cent millions de citadins sont devenus au début du XXIe siècle propriétaires de leur logement, précédemment propriété de l’État. De la même façon, les paysans ont pu acquérir la propriété de leurs terres.

Le talon d’Achille du régime réside dans la corruption de plus en plus massive des potentats locaux. Indifférents à l’intérêt général, ceux-ci profitent de l’absence de contrôle démocratique et de la malléabilité du pouvoir judiciaire pour pressurer les classes populaires. Ainsi ne s’embarrassent-ils pas de précaution lorsqu’il y a lieu d’exproprier des terres ou des immeubles au profit d’un ami haut placé.

À défaut de mieux, les ressentiments des victimes s’expriment sur Internet. Ils n’atteignent pas encore le pouvoir central. Celui-ci a conscience du danger et peine à y répondre.

https://www.herodote.net/4_juin_1989-evenement-19890604.php

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Tiananmen, le coup d’arrêt

Laurence Badel dans mensuel L’Histoire 459
daté mai 2019 – 3439 mots 

Au début de l’année 1989, alors qu’en Europe le glacis soviétique se fissure, les étudiants chinois se rassemblent un peu partout dans le pays pour réclamer, eux aussi, un État de droit. A Pékin, sur la place Tiananmen, ils sont plus de 200 000. Mais, dans la nuit du 3 au 4 juin, l’armée intervient. Comment la communauté internationale a-t-elle réagi ?

Trente ans après les événements de la place Tiananmen du printemps 1989, leur évocation demeure un sujet tabou dans la République populaire de Chine (RPC). La censure s’est abattue sur les manuels scolaires, sur Internet et sur les réseaux sociaux qui mentionnent les mots pouvant évoquer la répression comme « Li Peng » ou « Zhao Ziyang », deux figures politiques clés du mouvement, « tank », ou encore « Tank Man », le surnom donné à l’homme en chemise blanche, portant un sac en plastique, petite silhouette fragile face à une colonne de chars sur l’avenue Changan. Les mémoires occidentales en ont gardé l’image immortalisée, entre autres, par le photographe de l’Associated Press Jeff Widener, le 5 juin. Aujourd’hui, comme l’écrit la journaliste Louisa Lim dans un ouvrage fondé sur des témoignages d’acteurs (1), « les dirigeants chinois ont réussi à transformer le site de la honte nationale en un lieu de fierté nationale » en y organisant « la cérémonie quotidienne de levée des drapeaux qui est devenue une célébration solennelle de l’identité nationale de la Chine » depuis 1991.

Le retentissement mondial des manifestations puis de leur répression a longtemps conduit à minorer, voire à ignorer ou à oublier les « autres Tiananmen » qui eurent lieu en dehors de la capitale, comme la répression dans la ville de Chengdu, dans le centre-ouest de la Chine. Pourtant les observateurs présents sur place eurent immédiatement conscience de l’ampleur nationale de la contestation qui gagna les villes provinciales de Chengdu, Xian, ou Changsha. Depuis trente ans, les événements nous sont mieux connus grâce aux sources diplomatiques désormais accessibles, en particulier en France, grâce aussi aux témoignages des acteurs de l’époque.

Le trouble de Gorbatchev

Si Tiananmen continue à obséder les mémoires occidentales, c’est qu’il s’inscrivit dans la conjoncture exceptionnelle de l’année 1989, marquée par le bicentenaire de la Révolution française, la chute du mur de Berlin et le renversement de l’un des derniers régimes communistes en Europe, la Roumanie de Ceausescu.

Homme-passerelle entre cette Europe en mouvement et l’Asie : Mikhaïl Gorbatchev. Quatre ans plus tôt, il a été nommé secrétaire général du Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique (PCUS). Avec lui, c’est une équipe formée dans la période khrouchtchévienne qui accède au pouvoir, entend réformer le pays et modifier les grandes orientations de la politique extérieure. Il est attendu en Chine depuis février 1989. La visite promet d’être historique : la première depuis celle de Nikita Khrouchtchev en septembre 1959 et la rupture des relations entre les deux grands États communistes en 1960.

A son arrivée à Pékin le 15 mai, les manifestations qui ont pris leur essor un mois auparavant sur la place Tiananmen entrent dans une phase nouvelle : deux jours plus tôt, les étudiants ont débuté une grève de la faim. Une lettre avec 6 000 signatures a été remise à l’ambassade soviétique, demandant au nouveau dirigeant soviétique de partager son expérience de réformateur socialiste. Les manifestants en appellent à une « perestroïka chinoise ». Les deux parties, chinoise et soviétique, peinent à dissimuler leur trouble aux journalistes présents. « Je ne veux pas que la place Rouge ressemble à la place Tiananmen », murmure Gorbatchev. Comment en est-on arrivé là ?

Un mois plus tôt, le 15 avril 1989, la mort de Hu Yaobang d’une crise cardiaque, en pleine réunion du bureau politique, a déclenché une crise politique. Ce vétéran de la Longue Marche, proche de Deng Xiaoping depuis les années 1930, avait orchestré la démaoïsation après la disgrâce de Hua Guofeng, successeur éphémère de Mao. Hu a dirigé le Parti communiste chinois (PCC )de 1981 à janvier 1987, date de son limogeage qui suscita déjà des manifestations étudiantes de grande ampleur. Deng avait confié la poursuite du mouvement de réformes à Zhao Ziyang, nouveau secrétaire général du PCC, et Li Peng avait alors succédé à Zhao comme Premier ministre. Le chef de l’État était Yang Shangkun tandis que Deng continuait à présider la Commission militaire centrale de l’État. A ce poste, il est en réalité le véritable numéro un du régime, sans être ni chef du Parti ni chef de l’État.

A l’annonce de la mort de Hu Yaobang, les étudiants de l’université de Beida commencent à se rassembler devant le monument aux héros du peuple sur la place Tiananmen. L’émotion qu’ils manifestent n’est pas sans rappeler celle qui s’empara des Chinois à la suite du décès de l’ancien Premier ministre Zhou Enlai en janvier 1976. Comme en écho, les étudiants de Pékin dressent des couronnes funéraires à Hu en ce printemps 1989, des messages parviennent des universités de Shanghai et de Tianjin. Le 19 avril, les élèves de l’Institut des beaux-arts accrochent un portrait géant de Hu sur le monument, face au portrait de Mao. Ils apostrophent Li Peng et, lors des harangues, les changements en cours en Pologne et en Union soviétique sont publiquement évoqués.

Le mouvement prend de l’ampleur : dans la nuit du 21 au 22 avril, la place Tiananmen est occupée par 200 000 étudiants. Charles Malo, ambassadeur de France, observe qu’« un jeune assistant à Beida appelait à une réflexion sur les évolutions constatées en Europe de l’Est et citait les élections directes en Union soviétique, la légalisation de Solidarité en Pologne et les ébauches de multipartisme. D’autres acclament le nom de Mikhaïl Gorbatchev, attendu à Pékin dans quelques semaines ».

Les funérailles de Hu Yaobang ont lieu le samedi 22 avril 1989. Elles sont suivies d’émeutes violentes à Xian (Shaanxi) et Changsha (Hunan) : policiers blessés, voitures et immeubles incendiés, magasins pillés attestent l’exacerbation des tensions. Pour le pouvoir, l’urgence est de couper court à la contestation à la veille du 70e anniversaire du « mouvement du 4 mai ». En effet, le 4 mai 1919, au moment où se tenait, à l’autre bout du continent, la Conférence de la paix de Paris, 3 000 étudiants avaient, déjà, manifesté à Pékin, sur la place Tiananmen. Ce mouvement avait alors été perçu, en partie, comme l’expression de l’émergence en Chine d’une conscience patriotique opposée aux Occidentaux comme aux Japonais.

Les ferments de la crise

Comment expliquer la nouvelle crise ? Tout d’abord, il existe des ferments d’instabilité au sein de la société chinoise avivés par le processus de modernisation enclenché en 1978, fondé sur l’ouverture du pays à l’Occident et à ses entreprises. Les réformes économiques suscitent d’importants mouvements migratoires de populations rurales. Elles proviennent des provinces intérieures du Hunan, du Sichuan, du Henan et du Guangxi et se dirigent vers les grands centres urbains et régions côtières en expansion. La réforme a été très brutale pour les laissés-pour-compte : petits paysans, citadins, et aussi intellectuels, étudiants, professeurs, fonctionnaires, dont les conditions de vie n’ont cessé de se détériorer. La corruption et la spéculation avivent les tensions.

En outre, on assiste, au printemps 1989, à un nouvel essor de la contestation démocratique, après le mouvement avorté de novembre 1978 du « mur de la démocratie », marqué par le dazibao (affiche à grands caractères) de Wei Jingsheng réclamant la « cinquième modernisation : la démocratie ». Les intellectuels exigent la libération des porte-parole de ce mouvement détenus depuis dix ans, à commencer par Wei, condamné à quinze ans de prison en octobre 1979, et, d’une façon générale, la libéralisation du régime, en s’appuyant sur l’exemple donné par Gorbatchev.

Parmi les militants les plus ardents, l’astrophysicien chinois Fang Lizhi, exclu du Parti début 1987, avait fait paraître une lettre ouverte le 6 janvier, demandant l’amnistie politique « à l’occasion du 40e anniversaire de la fondation de la République populaire, du 70e anniversaire du mouvement du 4 mai 1919 et aussi du bicentenaire de la Révolution française ». Tous ne sont pas des dissidents de longue date, mais le mouvement du printemps 1989 fédère le mécontentement des anciens activistes du « mouvement démocratique » de l’hiver 1978-1979 et les anciens étudiants qui avaient manifesté à l’hiver 1986.

Le pouvoir est également stupéfait de voir, pour la première fois sur une échelle significative, la presse officielle se retourner contre lui : à partir du 4 mai, Le Quotidien du Peuple, rejoint par l’agence Chine nouvelle et des centaines d’autres journalistes, s’associe aux étudiants pour réclamer le droit de « dire la vérité ».

Avant même la visite du dirigeant soviétique, une autre rencontre, moins médiatisée, a lieu à Pékin, le 9 mai : celle du président de la République islamique d’Iran Ali Khamenei. Elle est la première visite jamais rendue par un chef d’État iranien à la République populaire de Chine et elle marque l’essor de la coopération militaire entre les deux États. Mais elle montre aussi que la contestation est étendue aux musulmans (14 millions de musulmans chinois, dont la majorité vit dans l’extrême nord-ouest de la Chine). En marge de cette rencontre, les étudiants ouïgours réclament au pouvoir la liberté religieuse.

Dans ce contexte de libération de la parole, les étudiants entament une grève de la faim le 13 mai. Les autorités paraissent d’abord un peu désorientées. La crise fait éclater au grand jour le débat entre les réformistes (Hu Yaobang, Zhao Ziyang) et les caciques (Li Peng, Yao Yilin) qui perdurait depuis la victoire de Deng Xiaoping sur le successeur désigné de Mao, Hua Guofeng, et que le limogeage de Hu Yaobang avait aggravé. Elle révèle que la contestation s’est installée au coeur du régime. La révolte se manifeste à l’intérieur du système, conduite par des jeunes gens dont beaucoup sont fils ou filles de l’élite dirigeante, et en cela s’inscrit dans une tradition spécifique. Comme le souligne le sinologue Jean-Philippe Béja (2), la plupart des animateurs des mouvements d’opposition sont soit des membres du Parti, soit des personnalités qui en étaient proches.

La crise du printemps 1989 se cristallise sur le débat qui oppose Zhao Ziyang et Li Peng. Les deux hommes acceptent encore de se rendre ensemble dans un hôpital, le 18 mai, pour rencontrer de jeunes grévistes hospitalisés, puis le lendemain directement sur la place. Le visage de Zhao en larmes déclarant « Nous arrivons trop tard » révèle alors les tensions internes du Parti.

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La « méthode Jaruzelski »

Dans la nuit du vendredi 19 au samedi 20 mai, le Premier ministre chinois Li Peng recourt à ce que l’on appelle alors la « méthode Jaruzelski », du nom du dernier dirigeant du régime communiste polonais : la manifestation d’une force militaire massive assortie d’un décret instaurant la loi martiale à partir du samedi 20, à 10 heures à Pékin. Interdiction est faite aux journalistes chinois et étrangers de couvrir les événements. Zhao semble avoir disparu de la scène politique. Dernier acte de défi : le 29 mai, une Déesse de la démocratie, que les diplomates français saluent comme la réplique de la statue de la Liberté de New York, commence à être érigée sur la place, face à la Cité interdite, par les étudiants des Beaux-Arts.

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Mais, dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, les troupes du régime s’emparent de la place, sous l’égide de la 27e armée, une unité commandée par le fils du chef de l’État, secondées par des troupes venues de Mongolie, de Mandchourie, du Sichuan et du Shandong, et encore de Tianjin et Nankin. « La farce a pris fin, écrit Charles Malo. C’est une nuit tragique que Pékin vient de vivre. Utilisant des chars, des véhicules blindés, de l’artillerie, des lance-flammes et des armes automatiques, l’armée, après avoir fait sauter les barrages, a nettoyé dans la nuit la place Tiananmen et fait disparaître la fameuse statue de la Liberté érigée par les étudiants. »

Dès le 4 juin, la presse officielle est placée sous haute surveillance. La presse de province est aussi mise au pas. « Une journaliste de la chaîne centrale de télévision s’est habillée de noir pour présenter le journal télévisé avant de disparaître totalement du petit écran », raconte Jean-Marie Schuh, conseiller de presse à l’ambassade de France.

Le 9 juin Deng, qui avait disparu au lendemain du départ de Gorbatchev, réapparaît. Les journalistes ont été assignés à résidence ou envoyés dans des « unités de travail ». La censure s’abat aussi sur la presse étrangère. Les relations du service de presse de l’ambassade de France avec les journalistes chinois se sont considérablement réduites. Parmi les correspondants de presse permanents français, le chef de poste de l’AFP a dû écrire une autocritique pour récupérer sa carte de résident confisquée, le correspondant des Dernières Nouvelles d’Alsace a été critiqué publiquement pour fabrication de rumeurs...

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Enfin, les premières exécutions sommaires ont lieu à la mi-juin : le 21 juin, trois ouvriers de Shanghai sont exécutés après avoir été reconnus coupables de « sabotage des moyens de transport et d’équipement », c’est-à-dire d’avoir incendié un train qui avançait sur des manifestants bloquant la voie. A coups de publications et de reportages télévisés spectaculaires, montrant les corps suppliciés par les manifestants de soldats chinois, le pouvoir donne sa propre version des événements. Zhao est destitué lors d’une réunion du PCC les 23-24 juin à Pékin et remplacé par Jiang Zemin.

Le monde stupéfait

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Au lendemain de la répression, les opinions publiques sont stupéfaites. Les journaux consacrent leur première page à l’écrasement par l’armée des manifestations étudiantes. En France, l’éditorial d’André Fontaine, dans Le Monde du 6 juin, dénonce « la logique du despotisme »« Communistes ou pas, chinois ou pas, écrivait-il, on ne compte pas les gouvernements qui ont fait tirer sur une foule désarmée. Mais à Pékin, à la différence de Budapest 1956 ou de Prague 1968, nul pouvoir étranger ne s’en est mêlé : les étudiants et le peuple de la capitale ont été massacrés par une armée qui, jusque dans son nom, « Armée populaire de libération », se prétend leur émanation. »

Dès le 4 juin, les États occidentaux, à commencer par la France, condamnent haut et fort la répression. François Mitterrand appelle au dialogue et proclame : « Un régime qui pour survivre en est réduit à faire tirer sur la jeunesse qu’il a formée et qui se dresse contre lui au nom de la liberté n’a pas d’avenir. » Dans l’Europe socialiste, les réactions divergent. Tandis que la République démocratique allemande maintient une solidarité sans faille avec la RPC, le gouvernement hongrois est sans doute le plus solidaire des étudiants chinois. La télévision hongroise condamne sans équivoque la répression.

Le Conseil européen de Madrid adopte le 27 juin 1989 une Déclaration sur la Chine condamnant la répression brutale et mettant l’accent sur le respect des droits de l’homme, au coeur du soutien apporté par la Communauté européenne à la politique d’ouverture. Il adopte une série de sanctions diplomatiques et économiques, demandant aussi l’ajournement de l’examen de nouvelles demandes d’assurance-crédit et de nouveaux prêts par la Banque mondiale. La relation des autorités chinoises avec les États occidentaux se tend, même si Deng communique rapidement sur le maintien de l’« ouverture » de la Chine.

Cependant, dans le secret des échanges diplomatiques, les prises de position des Européens sont nettement plus nuancées. L’Allemagne en particulier, qui a posé dans les années 1980 les fondements d’une relation privilégiée avec la RPC, prône des mesures équilibrées. Le secrétaire d’État à l’Auswärtiges Amt (Affaires étrangères), Helmut Schäfer, se prononce contre des sanctions qui aggraveraient les tensions : il estime qu’il ne faut pas fermer l’Institut Goethe à Pékin, ni cesser la coopération scientifique et technique avec la Chine. Le ministère de l’Économie se place en retrait : pour lui, les entreprises allemandes doivent définir elles-mêmes leur stratégie à l’égard de la Chine.

La France, très en pointe dans la défense des droits de l’homme, est divisée quant à l’adoption de mesures punitives. Elle est notamment tenue par l’agenda diplomatique et la Conférence internationale sur le Cambodge qu’elle organise. Il s’agit donc prioritairement de « préserver, sur ce dossier, un dialogue franco-chinois discret, à Paris et à Pékin ». La future affaire des frégates de Taïwan se noue. Les milieux industriels de l’armement poussent à entrer en relation avec Taïwan avec le soutien d’une partie des pouvoirs publics français, suscitant le mécontentement du Quai d’Orsay. En outre, en France et encore plus en Allemagne et en Europe centrale, on craint la contamination contre-révolutionnaire et le recours à la force par des régimes communistes de plus en plus contestés par leurs peuples en ce printemps 1989.

La France a aussi été l’un des pays où la société civile a été très mobilisée. Le consulat général de France à Hongkong est chargé, le 7 juin 1989, d’examiner favorablement les possibles demandes d’asile de dissidents chinois ou de personnalités importantes de l’opposition. Mouvement associatif et pouvoirs publics convergent alors vers un soutien aux dissidents, mais divergent sur les modalités de ce soutien.

Le 10 juin, le consulat doit faire face à une initiative unilatérale de Médecins sans frontières (MSF), montée avec le Nouvel Observateur et SOS RacismeL’ONG a affrété un avion-cargo de la British Airways qui doit arriver le 11 juin avec à son bord 20 tonnes de médicaments non périssables et de petit matériel chirurgical destinés à être acheminés à Pékin. On attend aussi une dizaine de membres de MSF dont son responsable Rony Brauman. Le consulat redoute que la dimension médiatique de l’opération et son amateurisme ne nuisent aux dissidents. L’Avion de la Vie affrété par MSF arrive pourtant le 12 juin et le consulat organise une réunion informelle. La réexpédition vers la Chine continentale semble très compromise. En définitive, sur 24 tonnes de médicaments et matériels divers, 6 tonnes sont délivrées à Shanghai et 1 tonne à Canton à des institutions hospitalo-universitaires, mais les 17 autres, destinées à Pékin, et qui étaient bien arrivées dans cette ville, n’ont pu y être écoulées et sont réexpédiées vers la France.

En France même, les associations se mobilisent. Le Comité international contre la répression en Chine, dont Gilles Hertzog assume le secrétariat, envoie le 22 juin une pétition au Quai d’Orsay, signée, entre autres, par Pierre Bergé, Lucien Bodard, Henri Cartier-Bresson, Bernard-Henri Lévy, Philippe Sollers ou encore Michelangelo Antonioni et Steven Spielberg.

Surtout, autorités françaises et associations sont à la manoeuvre pour exfiltrer, en toute discrétion cette fois-ci, les principaux dirigeants du mouvement étudiant de Chine. L’opération Yellow Bird est montée avec le soutien de Paul Jean-Ortiz, conseiller d’Edwige Avice, et de Claude Martin, directeur d’Asie au Quai d’Orsay. La France accueille nombre de dissidents, à commencer par l’un des leaders étudiants les plus charismatiques de ce printemps chinois, l’Ouïgour Wuer Kaixi, qui avait marqué l’opinion par son porte-voix, d’où sortait sa voix toujours plus enrouée. Exfiltré vers Hongkong lors de l’opération Yellow Bird et accueilli par le consul général adjoint français Jean-Pierre Montagne, il fonde à Paris la Fédération pour la démocratie en Chine (FDC) le 24 septembre.

Liu Xiaobo n’a pas cette chance. Le futur prix Nobel de la paix, décédé en 2017, fait partie des étudiants grévistes de la faim et il est arrêté le 6 juin et inculpé le 24 novembre 1990 aux côtés de Wang Dan et de quatre autres opposants. A Hongkong, les événements de la place Tiananmen ont eu un énorme retentissement et ont contribué à la naissance d’un sentiment identitaire inédit, un « sentiment d’intimité avec le continent, ou plutôt la mère patrie », comme l’expriment les diplomates français.

Tiananmen a marqué une étape dans le débat sur la conception universelle des droits de l’homme. Les critiques qui se sont exprimées depuis 1945, dans le cadre de la guerre froide, sur la primauté accordée aux droits civils et politiques sur les droits économiques et sociaux (et qui ont conduit à la reconnaissance de ces derniers en 1966 par l’ONU) sont reprises, à partir des années 1990, par les États asiatiques, en premier lieu Singapour, gouverné d’une main de fer par Lee Kuan Yew, et la RPC. Ces deux régimes dictatoriaux ne reposent pas sur la même idéologie mais affirment la singularité des « valeurs asiatiques ». Au lendemain de la répression de Tiananmen, cette conception est défendue par les dirigeants chinois dans les grandes enceintes internationales et dans les rencontres avec les représentants occidentaux. La Commission des droits de l’homme de l’ONU est un lieu privilégié par la diplomatie chinoise pour cet exercice.

Dans ce contexte, deux États comme la Chine et l’Iran, qui se reconnaissent un même passé de grandeur, puis d’oppression coloniale par l’Occident, se rapprochent dans le même refus d’adhérer aux valeurs et institutions occidentales. Le soutien apporté par l’Iran à la Chine au moment de la répression de Tiananmen s’inscrit dans la cimentation plus générale et quasi immédiate d’un ordre alternatif au Nouvel Ordre mondial que les Occidentaux, et en particulier les États-Unis du président George H. W. Bush, dans son discours au Congrès du 11 septembre 1990, entendent reconstruire à la suite de la chute de l’empire soviétique. L’ordre international se recompose et la Chine entend y tenir toute sa place.

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Notes

  1. L. Lim, The People’s Republic of Amnesia. Tiananmen Revisited, Oxford, Oxford University Press, 2014.
  2. J.-P. Béja (dir.), The Impact of China’s 1989 Tian’anmen Massacre, Londres-New York, Routledge, 2010.

Image : La place Tiananmen, 11 mars 2004.
Yo Hibino from Lafayette IN, United States [CC BY 2.0] via Wikimedia Commons.

L’AUTEURE

Professeure d’histoire des relations internationales à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, Laurence Badel a notamment codirigé avec Claude Hauser, Pierre Journoud et Pierre Singaravélou, « Le dialogue Asie-Europe, XIXe-XXIe siècle », Relations internationales n° 167-168 (PUF, 2016). Ses travaux en cours portent sur l’évolution des pratiques diplomatiques européennes depuis deux siècles.

 

Dazibao

Affiche placardée et rédigée à la main par un citoyen. Tradition impériale, les dazibaos refont leur apparition en 1957, puis lors de la Révolution culturelle, où ils suffisent à mettre fin à une carrière. Utilisés illégalement pour le débat, ils contribuent à véhiculer une information non officielle. En 1978, un « mur de la démocratie » s’érige à Pékin. Malgré la répression, cette pratique n’a pas disparu.

 

LE BILAN DE LA RÉPRESSION

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Le débat sur les chiffres des victimes de la répression du printemps chinois a été relancé par la publication, sur le site du news website HK01 le 22 décembre 2017, d’un télégramme adressé le 5 juin 1989 par Alan Donald, ambassadeur du Royaume-Uni à Pékin, à son gouvernement et qui se conclut ainsi : « Estimation minimale des morts civils 10 000. » Sa source aurait été un membre du Conseil d’État chinois. A l’époque, le gouvernement chinois parla d’environ 200 morts civils. Le Quai d’Orsay fit état le 6 juin de 1 500 tués et de plus de 10 000 blessés. Un rapport de MSF de novembre 1989 évoqua les bruits faisant état de 10 000 morts et de 30 000 blessés. Trente ans après, les chiffres exacts de la répression demeurent inconnus. Ci-dessus : une capture d’écran de la télévision d’État chinoise du 1er juin 1989 montre l’arrestation d’un manifestant, emmené en procès. L. B.

 

DANS LE TEXTE

Tiananmen, 19 mai 1989

La grève de la faim venait de se terminer mais des milliers de Pékinois continuaient d’occuper la place qui, pour nous tous, appartenait au peuple. […] Par endroits, des tentes improvisées formaient des campements spontanés. On criait, on discutait, certains même chantaient. […] On savait que le gouvernement pouvait d’un instant à l’autre prononcer la loi martiale mais, en même temps, les gens étaient très déterminés à poursuivre longtemps le mouvement. »

Cai Chongguo, J’étais à Tiananmen, L’Esprit du temps, 2009, p. 38.

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