CHJRISTIANISME, HISTORIEN FRANÇAIS, JEAN DELUMEAU (1923-2020), RELIGION

Jean Delumeau (1923-2020)

Jean Delumeau, historien français

Jean Delumeau dans les locaux de la Croix le lundi 5 septembre 2011

Jean Delumeau, né le 18 juin 1923 à Nantes et mort le 13 janvier 2020, , est un historien français.

Universitaire, il est spécialiste des mentalités religieuses en Occident et, plus particulièrement du christianisme de la Renaissance et de l’Époque moderne.

 

Biographie

Carrière universitaire

Élève au lycée Masséna de Nice, puis au lycée Thiers de Marseille, il prépare le concours d’entrée de l’École normale supérieure, où il a comme professeur Roger Mehl (philosophie). Il est admis à l’ENS (promotion 1943), agrégé d’histoire, membre de l’École française de Rome et docteur ès lettres, il a enseigné l’histoire à l’École polytechnique, à l’université de Rennes II et à l’université de Paris I.

Détaché au Centre national de la recherche scientifique de 1954 à 1955, directeur du Centre armoricain de recherches historiques de 1964 à 1970 et directeur d’études à à l’École pratique des hautes études de 1963 à 1975 puis à l’École des hautes études en sciences sociales de 1975 à 1978, il est professeur puis professeur honoraire au Collège de France, où il occupa de 1975 à 1994 la chaire d’« Histoire des mentalités religieuses dans l’Occident moderne ».

Membre du comité éditorial de plusieurs revues académiques et professeur invité dans plusieurs universités d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie, il est également membre honoraire de l’Institut universitaire de France et de l’Academia Europaea.

« De la peur, liée au pêché, vous avez trouvé et, avec les générations antérieures, éprouvé comme nous tous la prégnance, entretenue par une éducation incitant au scrupule. Vous y voyez, non sans raison, une des racines de la déchristianisation contemporaine. Cependant, votre propre anxiété désamorçait déjà le découragement. Alors, répondant à une attente, l’un de vos derniers livres, Rassurer et protéger, présente tout grand l’abri tutélaire du manteau de la Vierge intercédante. »

— Mollat du Jourdin

« Je suis fier et heureux, cher Philippe Wolff, de recevoir de vos mains cette épée que mes enfants ont choisie du début du xixe siècle afin de l’accorder au costume dessiné par David. Dans la ligne de ce qui vient d’être dit, je veux délibérément placer mon intervention et mes remerciements sous le signe de l’amitié. (…). L’épée fine, élégante et chronologiquement bien datée que je porterai désormais grâce à vous sous la coupole additionne à mes yeux trois significations. D’abord, elle me rappellera jusqu’en bout de carrière la chaleureuse sympathie dont vous m’avez entouré ce soir ; elle symbolise ensuite un attachement à l’histoire que j’ai manifesté dès l’enfance ; elle exprime enfin une sobriété de style dont j’aimerais faire passer quelque chose dans mon écriture »

En 2002, il est en vain candidat à l’Académie française.

 Fonctions honorifiques et engagement

Il est membre d’honneur de l’Observatoire du patrimoine religieux (OPR), une association multiconfessionnelle qui œuvre à la préservation et au rayonnement du patrimoine culturel français. Il est également membre du comité de parrainage de la Coordination pour l’éducation à la non-violence et à la paix

Le 25 avril 2017, il fait partie des signataires d’une tribune de chercheurs et d’universitaires annonçant avoir voté Emmanuel Macron au premier tour de l’élection présidentielle française de 2017 et appelant à voter pour lui au second, en raison notamment de son projet pour l’enseignement supérieur et la recherche.

Vie privée

Il est le père de l’historien Jean-Pierre Delumeau.

Le spécialiste de l’évolution de la conscience religieuse

Les ouvrages majeurs sur les thèmes qu’il travaille particulièrement concernent :

les pulsions avec en 1978 : La Peur en Occident, XIVe-XVIIIes et en 1983 : Le Péché, la Peur, la culpabilisation en Occident ;

les institutions avec en 1990 : L’Aveu et le Pardon, XIIIe-XVIIIes ;

les représentations avec en 1992 : Le Jardin des Délices.

 

Œuvres

Les ouvrages de Jean Delumeau ont été traduits dans de nombreuses langues dont le japonais, le portugais, le tchèque, le roumain, l’hongrois et l’italien.

Vie économique et sociale de Rome dans la seconde moitié du xvie siècle, Paris, De Boccard, 1957.

L’Alun de Rome, xve-xviiie siècles, Paris, École Pratique des Hautes Études, 1962.

Naissance et affirmation de la Réforme, Paris, PUF. Coll. « Nouvelle Clio », 1965.

Le Mouvement du port de Saint-Malo, 1681-1720 [sous la dir. de], Paris, Klincksieck, 1966.

La Civilisation de la Renaissance, Paris, Arthur. Coll. « Les grandes civilisations », 1967.

Histoire de la Bretagne [sous la dir. de], Toulouse, Privat, 1969.

Le Catholicisme de Luther à Voltaire, PUF. Coll. « Nouvelle Clio », 1971.

L’Italie de Botticelli à Bonaparte, Paris, Armand Colin, 1974, (réédité en 1991 chez Armand Colin sous le titre L’Italie de la Renaissance à la fin du XVIIIe siècle).

Rome au xvie siècle, Paris, Hachette, 1975.

La Mort des pays de Cocagne. Comportements collectifs de la Renaissance à l’âge classique, Paris, Publications de la Sorbonne, 1976

Le Christianisme va-t-il mourir ?, Paris, Hachette, 1977.

La Peur en Occident (xive-xviiie siècles). Une cité assiégée, Paris, Fayard, 1978.

Histoire vécue du peuple chrétien, 2 vols [sous la dir. de], Toulouse, Privat, 1979.

Le Péché et la peur : La culpabilisation en Occident (xiiie-xviiie siècles), Paris, Fayard, 1983.

Ce que je crois, Paris, Grasset, 1985.

Le cas Luther, Paris, Éditions Desclée de Brouwer, 1986.

Les Malheurs des temps. Histoire des fléaux et des calamités en France [sous la dir. de], Paris, Larousse, 1987.

La Première communion : quatre siècles d’histoire [sous la dir. de], Paris, Éditions Desclée de Brouwer, 1987.

Rassurer et protéger. Le sentiment de sécurité dans l’Occident d’autrefois, Paris, Fayard, 1989.

Injures et blasphèmes [sous la dir. de], Paris, Imago, 1989.

L’aveu et le pardon. Les difficultés de la confession. XIIIe-XVIIIe siècle, Paris, Fayard, 1990.

Histoire des pères et de la paternité [sous la dir. de], Paris, Larousse, 1990.

Une histoire du Paradis. I : Le Jardin des délices, Paris, Fayard, 1992.

Le Fait religieux [sous la dir. de], Paris, Fayard, 1992.

La Religion de ma mère : Le Rôle des femmes dans la transmission de la foi [sous la dir. de], Paris, Éditions du Cerf, 1992.

Le Savant et la foi : des scientifiques s’expriment [sous la dir. de], Paris, Flammarion, 1993.

Une histoire du Paradis. II : Mille ans de bonheur, Paris, Fayard, 1995

Histoire artistique de l’Europe : La Renaissance (avec Ronald Lightbown), Paris, Le Seuil, 1996.

L’Historien et la foi [sous la dir. de], Paris, Fayard, 1996.

Des Religions et des Hommes (avec Sabine Melchior-Bonnet), Paris, Éditions Desclée de Brouwer, 1997.

Entretiens sur la fin des temps (avec Umberto Eco, Stephen Jay Gould, Jean-Claude Carrière), Paris, Fayard, 1998.

Une histoire de la Renaissance, Paris, Perrin, 1999.

Une histoire du Paradis. III : Que reste-t-il du Paradis ?, Paris, Fayard, 2000.

Chrétiens, tournez la page (avec Yves de Gentil-Baichis, René Rémond, Marcel Gauchet, Danièle Hervieu-Léger, Paul Valadier), Paris, Bayard, 2002.

Guetter l’aurore. Un christianisme pour demain, Paris, Grasset, 2003

Jésus et sa passion (avec Gérard Billon), Paris, Éditions Desclée de Brouwer, 2004.

La plus belle histoire du bonheur (avec André Comte-Sponville et Arlette Farge), Paris, Le Seuil, 2004.

Le Fait religieux, tome 1: Le Christianisme [sous la dir. de], Paris, Fayard, 2004.

Histoire des mentalités religieuses dans l’occident moderne, Paris, Collège de France / Le Livre Qui Parle, 2005.

Le Mystère Campanella, Paris, Fayard, 2008.

À la recherche du paradis, Paris, Fayard, 2010

La seconde gloire de Rome. xve-xviie siècle, Paris, Perrin, 2013.

De la peur à l’espérance, Paris, Robert Laffont. Collection « Bouquins », 2013.

L’avenir de Dieu, Paris, Éditions du CNRS, 2015.

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Jean Delumeau, historien de l’enfer et du paradis, est mort

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Titulaire de la chaire d’histoire des mentalités religieuses de l’Occident moderne au Collège de France, ce penseur éclairé et intègre a mis au jour les mécanismes de la « pastorale de la peur » qui imprégna longtemps le christianisme. Sa famille a fait part à « La Croix » de son décès, ce lundi 13 janvier matin, à 96 ans.

Ceux qui ont eu la chance de suivre, fidèlement ou plus épisodiquement, les cours de Jean Delumeau au Collège de France se souviennent d’un orateur passionnant, d’une clarté cristalline, affable, précise. Et s’émerveillent encore de la manière dont il savait mettre le point final à sa leçon du jour, une seconde avant que l’horloge n’en indique le terme. Tant d’aisance et d’organisation intellectuelles charmaient et impressionnaient tout à la fois.

Né le 18 juin 1923 à Nantes au sein d’une famille croyante, Jean Delumeau avait reçu « la foi en héritage » selon ses termes mais porta vite « un regard critique sur la religion », suivi par « le doute comme (mon) ombre ». Agrégé d’histoire, professeur au lycée de Rennes puis, à partir de 1957, à la faculté des lettres, il franchit tous les échelons universitaires avec, en 1975, une nomination au Collège de France.

Marié en 1947, il aura trois enfants dont l’historien Jean-Pierre Delumeau. Si ses premières publications érudites portent sur l’histoire de Rome (il fut membre de l’École française de Rome), un public élargi le découvre en 1977 quand paraît Le Christianisme doit-il mourir ?, couronné du Grand prix catholique de littérature.

Une plongée dans la peur

Des travaux de cet éminent et lumineux historien des religions, on retient avant tout la notion de « pastorale de la peur », dont il a étudié la domination au sein de l’Église catholique depuis le Moyen Âge jusqu’aux Lumières. Ou la traque quasi-permanente du péché, assortie de la menace de l’enfer, dans le but, explicite ou non, de tenir les esprits à distance de toute tentative d’émancipation. La Peur en Occident publié en 1978 et, plus encore, Le Péché et la peur (1983) – véritable somme traduite en anglais mais aussi en brésilien ou en japonais –, assirent la notoriété de Jean Delumeau, au-delà du cercle des spécialistes et des étudiants en histoire religieuse.

D’autant que leur auteur, loin de tout manichéisme, sut traduire auprès des lecteurs contemporains les subtilités de cette rigidité ecclésiale en la replaçant – donc la nuançant – dans le contexte médiéval et renaissant. Les épidémies ravageuses, les famines, les conflits politiques et les guerres religieuses, plongeaient les populations dans une « angoisse ordinaire » diffuse et mortifère. En instaurant une pastorale de la peur, en lui donnant des contours théologiques bien définis, l’Église montrait qu’il était tout de même possible d’agir contre le fléau du mal. À l’inverse des calamités naturelles qui s’abattent sur l’homme impuissant, le péché et le démon pouvaient être combattus, voire vaincus.

Un voyage au Paradis

Jean Delumeau, d’ailleurs, n’aura jamais considéré la terreur répandue par l’institution religieuse sous l’Ancien-Régime comme un sujet isolé. Ses travaux l’ont aussi conduit sur les chemins de l’espérance, et même jusqu’au paradis, auquel il a consacré tant d’années de sa vie, publiant une magnifique Histoire du Paradis, en trois tomes (1992, 1995 et 2000). Il y confrontait la vision théologique et les découvertes scientifiques, artistiques et humanistes à l’œuvre, dans un réseau d’interactions fécondes ou antagonistes mais toujours stimulantes.

Imprégné des réflexions et évolutions du concile Vatican II dans un Occident soumis à une forte déchristianisation, l’historien et homme de foi observait d’un commun mouvement de sa pensée et de son érudition, la face sombre et la face lumineuse de la religion de son enfance. Il s’en expliquait régulièrement, évoquant avec une tendre clairvoyance La Religion de (ma) mère, sous-titré Le Rôle des femmes dans la transmission de la foi (1992), ou invitant chacun de nous à Guetter l’aurore – Un christianisme pour demain, édité en 2003.

Ou, mieux encore, publiant en 2015 un Avenir de Dieu… « Le paradis ce seront les autres, écrivait-il alors, dans la lumière et la proximité de Dieu, dans une affection réciproque qui aura effacé toutes les incompréhensions et hostilités d’ici-bas ».

« Le message évangélique est intact »

Dans ses livres savants comme dans ses textes plus intimes, Jean Delumeau séduisait par l’élégance très classique de son style, la sympathie souriante qu’il portait aux figures du passé rencontrées au fil de ses écrits. Il avait cette plume qui parvient à faire comprendre et goûter des sujets complexes, à faire voyager dans l’histoire des idées et des hommes.

Jean Delumeau

CHJRISTIANISME, EGLISE CATHOLIQUE, FÊTES LITURGIQUES, HISTOIRE DU CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), NOËL, NOEL, PREMIER NOËL DE L'HISTOIRE (Rome, 25 décembre 336)

Le premier Noël de l’histoire : Rome, 25 décembre 336

Rome, 25 décembre 336 : le premier Noël de l’histoire

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La première preuve historique d’une célébration de la naissance du Christ le 25 décembre remonte au début du IVe siècle, à Rome. La Ville d’entre les villes connaît alors un nouvel apogée sous l’impulsion d’empereurs désormais chrétiens. Mais ailleurs dans l’Empire, personne n’a entendu parler de cette fête nouvelle…

 

« Antioche, fin du IVesiècle. Un vieil évêque grec s’arrête au milieu de son sermon. L’assemblée à laquelle il fait face est incrédule, il le sent. »

Antioche, fin du IVe siècle. Un vieil évêque grec s’arrête au milieu de son sermon. L’assemblée à laquelle il fait face est incrédule, il le sent. Les arguments pesés, rationnels et savamment agencés qu’il leur présente depuis vingt-cinq minutes ne convainquent pas. Difficile de dire à quoi il le voit. Pas à l’expression des visages en tout cas, peut-être à la piètre qualité du silence, à l’agaçante répétition des quintes de toux. Mais ce sont là des unités de mesure bien relatives. Sans doute est-ce plus simplement quelque chose que tous les prêtres ressentent avec l’expérience. L’instinct des prédicateurs.

L’usage veut qu’on raccourcisse toujours un peu les homélies les jours de fête

C’est la septième fois qu’il consacre un sermon à la Nativité du Christ. Et cette fois, son homélie est parfaite sur la forme. Mais comme le dit le plus excellent dénigreur des cuistres, des barbouilleurs de lettres et des charlatans de la littérature, le jeune Augustin d’Hippone (l’un des seuls théologiens latins pour lequel il a de l’estime) : mieux vaut être repris par les grammairiens que n’être pas compris par le peuple. De toute façon, son sermon est déjà beaucoup trop long. Il le savait en écrivant, dès le premier brouillon. L’usage veut qu’on raccourcisse toujours un peu les homélies les jours de fête. Les fidèles peuvent avoir quelque chose sur le feu. Lors des messes de semaine en revanche, on peut y aller plus franchement. Celui qui se déplace à l’église un mardi matin est toujours prêt à écouter quelque chose d’un peu consistant.

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Constantin est le premier empreur chrétien de l’Empire romain. Avec  lui , le christianisme devient légal mais pas encore une religion d’Etat. Chypre fresque byzantine du XV  siècle / Buffetrille/Leemage

Son erreur principale, il ne l’identifie que maintenant, a été de commencer son sermon par autant de considérations calendaires. C’est là qu’il a perdu l’essentiel de son auditoire. Pourtant, c’est le cœur du sujet : faire entendre aux fidèles que l’on fêtera désormais la naissance du Christ au mois de décembre. Démonstration : selon l’Évangile de Luc, le grand prêtre Zacharie est dans le saint des saints du Temple lorsque l’ange Gabriel lui annonce que sa femme Élisabeth va concevoir un enfant. Or, il est autorisé à entrer dans ce sanctuaire seulement le jour du Grand Pardon, qui tombe à la fin du mois de septembre. Jean le Baptiste, fils d’Élisabeth, est donc conçu en octobre. Et Luc précise que l’ange Gabriel vient trouver Marie six mois après le début de la maternité d’Élisabeth, c’est-à-dire en mars. Jésus, fils de Marie, est donc conçu en avril. Il naît ensuite comme tous les enfants, neuf mois plus tard, c’est-à-dire au mois de décembre.

À ce moment-là de l’homélie, l’assemblée avait commencé à décrocher. Elle doit maintenant se poser des questions. Le silence de l’évêque dure un peu. Ses derniers mots ont été : « Préparez-vous à un spectacle émouvant et merveilleux, celui de Notre Seigneur couché dans la crèche et enveloppé de langes. » C’est sensible, imagé. On voit d’ici la grotte et le bestiaire, l’âne, le bœuf, les agneaux… Mais cela suffirait-il à convaincre les fidèles ? Certains s’interrogent sans doute : si le Christ est né en décembre, pourquoi ni les anciens ni les Apôtres n’en ont-ils fait mention avant ce jour ? Et dans les Évangiles, Luc ne raconte-t-il pas que des bergers vivaient dehors lorsque Marie mit au monde son fils ? Or chacun sait qu’en décembre les nuits sont bien trop fraîches pour garder des brebis dans les champs. Quant aux agneaux associés à cette fameuse crèche, ils ne naissent généralement pas avant les beaux jours, aux environs du mois de mars.

L’évêque s’agace de ces interrogations qu’il suppose. Certaines choses ne devraient-elles pas tout simplement s’admettre ? Un acte de foi, est-ce trop demander à cette assemblée ? Tous ces croyants qui raisonnent comme des philosophes… Il en viendrait presque à penser comme un autre de ces Latins, Tertullien de Carthage : quel malheur qu’Aristote ait appris aux hommes la dialectique qui leur permet de bâtir et de détruire des raisonnements, de changer sans cesse d’avis, de s’embarrasser de conjectures, d’opposer aux autres des arguments tranchants.

La suite de son sermon est tout trouvée : vous fêterez désormais la Nativité le 25 décembre parce que je vous le demande. Le Christ est venu, qu’y a-t-il encore à chercher ? Non, impossible. Il ne le dira pas comme ça. Ce serait brutal, péremptoire et surtout insincère. Jamais il ne l’avouera en public, et encore moins face à son peuple d’Antioche, mais lui-même eut des doutes lorsqu’il entendit parler de la Nativité pour la première fois…

Les idoles étaient partout

C’était à Rome, à la fin de l’année 336, et il aurait peut-être dû commencer par là. Il n’était encore qu’un très jeune étudiant voyageant en Occident, découvrant cette ville-monde, la seule dans l’Empire à dépasser le million d’habitants. Il se souvient s’être demandé combien de chrétiens y vivaient (sans doute quelques dizaines de milliers). Pour de nombreux Romains, la Voie du Christ n’était pas encore une évidence. Les idoles étaient partout. Mars, Saturne, Jupiter et Vesta étaient vénérés autant qu’Isis, Cybèle et quantité d’autres faux dieux indigènes, rassemblés sous ce qui était alors un immense autel, le Panthéon.

Rome avait mille ans d’histoire déjà, au début du IVe siècle. La Ville avait annexé l’univers. Loin d’être décadente, elle vivait un nouvel apogée, sans cesse plus grandiose sous l’impulsion d’empereurs désormais chrétiens. Elle continuait de se transformer au gré des constructions d’églises, de nouveaux quartiers.

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Jean Chrysostome (349-407) a inspiré l’écriture de l’homélie de ce récit. Le prédicateur brode à partir de l’Evangile de Luc pour expliquer que Jésus est bien né le 25 décembre. Fresque du début du 12ème siècle. Église de Panayia Phorviotissa (Asinou) a Nikitart / DeAgostini/Leemage

L’évêque se souvient de la première fois qu’il découvrit la plus grande église de tout l’Empire, la basilique Saint-Jean-de-Latran. Huit colonnes de porphyres rouge tacheté de noir attendaient qu’on les érige sur le sol de son baptistère octogonal, encore en travaux. La richesse des lieux était telle qu’il lui paraissait certain que l’empereur se ferait baptiser là. Mais Constantin avait déjà quitté Rome. Une ville nouvelle à son nom se construisait sur les rives du Bosphore. C’est là-bas qu’il recevrait le sacrement, sur son lit de mort. Il y a entre Rome et lui quelque chose d’une histoire ratée.

En entrant dans Saint-Jean-de-Latran ce jour-là, l’évêque avait fait la rencontre de deux diacres qui en gardaient les portes contre d’éventuelles intrusions de chiens ou de païens. C’est à eux qu’il demanda quelle était l’étrange solennité que l’on fêtait ce jour-là. C’était un 25 décembre et leur réponse lui parut d’abord incongrue. Pourquoi célébrait-on la naissance du Christ ?

Il songea à cet enseignement d’Origène (il avait été formé à l’école de pensée du grand théologien d’Alexandrie) : dans la Bible et la tradition chrétienne, seuls les païens comme pharaon, les empereurs et les mauvais Juifs célèbrent leur anniversaire. Difficile d’oublier celui d’Hérode Antipas, ce roi-marionnette des Romains, qui se termina avec la tête coupée de Jean le Baptiste déposée sur un plateau. N’est-ce pas le repoussoir ultime ? La mort du prophète devrait faire passer l’envie à tous les chrétiens de célébrer quelque anniversaire que ce soit. Ont-ils eu besoin de le faire pour les martyrs ? Non. Ils les ont toujours glorifiés à la date de leur mort, témoignant par là de leur foi en la Vie éternelle. Et soudain, il faudrait agir tout à fait autrement envers Notre Seigneur ?

« Valentin, fleuris en Dieu ! »

L’évêque avait exprimé un jour toutes ses interrogations au sénateur romain qui l’hébergeait lors de son séjour dans la capitale du monde. Sa maison, située à deux pas du Colisée, était un ancien immeuble populaire reconverti en une confortable villa. La vingtaine de salles au rez-de-chaussée étaient toutes ornées de fresques païennes. La famille de ce sénateur venait de se convertir au christianisme. Les murs n’avaient pas encore été redécorés. L’évêque avait été particulièrement troublé le premier soir, à table, de dîner en présence du taureau Apis. Cette idole égyptienne peinte sur un coin du mur face auquel on l’avait placé n’était-elle pas associée à la puissance sexuelle ?

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La discussion sur la Nativité qu’il eut le soir même avec ce sénateur, prénommé Valentin, se tint dans la cour extérieure de la maison, sous une autre dérangeante représentation : une nymphe alanguie semblait flotter dans un décor bleuté. Valentin tenait absolument à lui montrer un livre contenant une étonnante série de calendriers ; certains illustrés, d’autres non ; certains chrétiens, les autres païens. Le sénateur avait fait rassembler là tous les éléments qui régissaient alors la vie publique, religieuse et personnelle d’un Romain. Cela allait de la liste des consuls depuis 509 avant Jésus-Christ, aux dates de la fête pascale, année après année, en passant par quelques allusions superflues aux signes du zodiaque.

Sur la couverture de cet almanach original, le célèbre graveur romain Furius Dionysius Filocalus avait écrit cette jolie dédicace, témoignage de la foi naissante, mais sincère, de son riche commanditaire : « Valentin, fleuris en Dieu ! » Le sénateur tourna quelques pages. L’une de ces listes renseignait par ordre chronologique les dates, les noms et le lieu d’inhumation des différents martyrs commémorés à Rome. Sous le doigt de Valentin était écrit : le huitième jour des Calendes de janvier (25 décembre), naissance du Christ à Bethléem en Judée. C’était la première mention officielle de la fête de la Nativité. Elle avait été établie quelques mois plus tôt sous l’autorité du pape Marc, évêque de Rome, certainement soucieux de christianiser un calendrier jusque-là rythmé par l’épuisante accumulation des jeux païens. Constantin, tout premier empereur chrétien qu’il soit, était à 1 400 kilomètres de là, et n’y était sans doute pour rien.

Comme il est bon et vrai de croire que Dieu sait d’avance et ordonne tout

L’évêque n’en revenait pas. La basilique Saint-Jean-de-Latran, les deux diacres, l’étonnante solennité… Il avait sans doute assisté à la toute première célébration officielle de la Nativité ! Cette synchronicité le troublait. Il ne croyait pas au destin. La vie d’un homme ne pouvait être déterminée par la disposition des astres au jour de sa conception ou de sa naissance, comme le pensent les superstitieux et ces charlatans d’oniromanciens. Non, l’enchaînement des causes qui produisent tout ce qui arrive dans l’univers est plutôt à attribuer à la volonté et à la puissance souveraine de Dieu. Le jeune Augustin d’Hippone l’avait déjà écrit : comme il est bon et vrai de croire que Dieu sait d’avance et ordonne tout. Reste à comprendre les signes.

Par un effet de la providence, la naissance du Christ s’était accomplie au moment du solstice d’hiver, en plein milieu des fêtes païennes, comme intercalée entre les beuveries des Saturnales de décembre et le libertinage des Calendes de janvier. L’évêque se souvenait très bien de ces temps de débauche à Rome, ce tourbillon dans lequel on pouvait si vite se laisser entraîner. Lui-même n’avait-il pas été tenté, quelques jours avant cette fameuse messe du 25 décembre ?

Il se revoit encore, c’était un dimanche matin, prostré à l’entrée nord du cirque Maxime, sous ce large portique aux colonnes taillées dans un marbre gris veiné de rose. Seul le tapage de la foule couvrait par intermittence le vacarme des chars. Les bleus et les verts s’affrontaient dans cette arène de 100 000 places. L’affiche était trop belle. La sollicitation, l’attrait, la soif, la passion du jeu, trop fortes. Il avait eu la faiblesse d’entrer.

Rétrospectivement, cette expérience lui avait appris une chose : tout aussi chrétien que l’on soit, on préfère généralement aller au stade plutôt qu’à la messe. Voilà pourquoi l’Église évitait soigneusement de fixer des célébrations les jours de fêtes païennes. Or il n’y en avait justement pas le 25 décembre.

Bientôt, la célébration de la naissance de Notre Seigneur s’étendrait partout

Les cultes associés au solstice d’hiver étaient totalement passés de mode à Rome : la vénération du soleil que certains empereurs avaient qualifié d’invaincu tombait en désuétude, le culte de Mithra, lui aussi associé à l’astre, ne rassemblait plus guère qu’une poignée de militaires ayant servi en Perse, d’où était originaire ce faux dieu sacrificateur de taureaux. L’évêque eut l’occasion de voir, quelques années plus tard, une étrange grotte où se retrouvaient ses adeptes. On aurait dit la cale d’un petit bateau. Des bancs creusés à même le tuf encadraient un autel sous une voûte remplie d’étoiles. Des ouvriers y déversaient des pelletées de terre : le mithraeum serait bientôt enseveli sous une nouvelle basilique, Saint-Clément-du-Latran.

L’évêque s’inquiétait tout de même. Cette tension entre les attraits des jeux des Saturnales et l’austérité des textes lus au Latran le matin du 25 décembre (le Prologue de Jean) avait profondément interpellé le pasteur qu’il était. Il s’en était ouvert à un jeune prêtre venu de Turin, Maxime, à l’occasion d’une rencontre sur le forum. Quel sage, comprenant le mystère sacré de la naissance du Seigneur, ne condamnerait pas toutes ces fêtes impies, voulant avoir affaire avec le Christ et non avec le monde ? s’était demandé Maxime.

Ce prélat sérieux semblait avoir tout compris, lui, du mystère sacré de la Nativité. Son réquisitoire était sévère à l’encontre de ceux qui, à la remorque de la nouvelle coutume chrétienne, célébraient encore cette vieille superstition frivole, le 1er janvier, comme une très grande festivité ; ils recherchent une turbulence, qui engendre une tristesse plus grande, analysait Maxime. Ils se livrent à un tel libertinage de beuveries et de ripailles que l’homme qui a passé toute l’année dans la continence et la tempérance se retrouve, ce jour-là, ivre et dégradé. De telles festivités n’étaient heureusement pas appelées à perdurer, affirmait encore le prêtre turinois : bientôt, la célébration de la naissance de Notre Seigneur s’étendrait partout. La véritable lumière brillerait dans les ténèbres de la superstition et de l’erreur.

Paganisme !

L’évêque s’interrogeait. La nativité du Christ pouvait-elle sans péril être mise en parallèle avec l’accueil de la lumière au milieu des ténèbres ? N’allait-on pas la réduire à une simple clarté renaissant au plus profond de l’hiver ? À un malheureux culte solaire ? À cette question, il se souvint que Maxime avait ri et lui avait donné un rendez-vous le lendemain, à l’aube, à l’extérieur des murs de Rome, au-delà du Tibre, au pied de la colline du Vatican où se construisait la basilique voulue par l’empereur en hommage à l’apôtre Pierre, que l’on disait enterré là. Le chantier, entamé quelques années plus tôt, n’était pas achevé, mais on s’y pressait déjà pour prier au plus près de la tombe du disciple du Christ.

L’évêque comprit le sens de cette invitation sur le parvis de l’édifice dont l’entrée s’ouvrait à l’est, à l’inverse des autres églises. C’était un dimanche, les premières lueurs du jour venaient d’apparaître, et ce qu’il vit le stupéfia. De nombreux fidèles, sans doute persuadés d’agir pieusement, exécutaient un étrange gesteen s’approchant de la basilique du bienheureux apôtre : passé les quelques marches qui menaient au porche de son entrée principale, ils tournaient soudain leur visage vers le soleil levant et, courbant la tête, s’inclinaient en l’honneur de son disque radieux. Paganisme ! Le risque était réel que de tels fidèles déjà égarés puissent croire, de manière pernicieuse, que l’on fêtait chaque 25 décembre non la naissance du Christ mais le retour du soleil.

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L’évêque avait ensuite accompagné Maxime jusqu’à la tombe de Pierre. En chemin, ils avaient parlé de la nécropole qui s’étendait sous leurs pieds. C’est là que l’Apôtre avait été inhumé au milieu du cimetière païen qui s’étalait alors en bordure du cirque de Caligula et Néron. La nécropole avait dû être terrassée. Parmi les tombes condamnées, Maxime se souvenait en particulier de celle d’un très jeune garçon du nom de Iulius Tarpeianus, mort à 1 an, 9 mois et 27 jours. Ses parents, Iulia Palatina et Maximus, des chrétiens, avaient fait réaliser une grande mosaïque au-dessus de sa tombe.

Maxime la décrivait ainsi : le Christ est entouré de gracieuses feuilles de vigne et porte un globe dans la main gauche. Il est debout sur un chariot tiré par des chevaux blancs. Un halo de lumière entoure sa tête dont partent sept rayons pareils à ceux du soleil. Ces parents, très certainement éplorés jusqu’au désespoir d’enterrer là leur si jeune fils, n’avaient pas attendu les théologiens et leurs arguties pour comprendre, et cela au plus profond de leur cœur, que Notre Seigneur est le vrai soleil (Luc 1, 78). Ce commentaire de Maxime bouleversa l’évêque.

“Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie”

« Doit-on vraiment s’étonner que la fête de la Nativité soit née à Rome ? Et que nous autres, les Grecs, ayons du mal à nous l’approprier ? » À Antioche, les fidèles eurent l’impression que leur évêque venait de sortir d’un étrange sommeil. Cela faisait dix minutes maintenant qu’il se taisait. Debout, immobile, les yeux fermés ; seuls les mouvements de ses lèvres trahissaient quelque chose de l’intense monologue intérieur dont il venait d’émerger.

« Tout serait tellement plus simple si j’avais eu à prêcher devant vous, ce matin, sur le baptême de Notre Seigneur. Très cher peuple d’Antioche, vous aurais-je dit, nous célébrons comme chaque 6 janvier ce moment où la nature divine du Christ est apparue dans le monde. Vous connaissez la scène, elle se passe quelque part entre le mont Hermon et la mer Morte, dans les eaux du Jourdain. L’apôtre Matthieu raconte que les Cieux s’ouvrirent et qu’une voix se fit entendre : “Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie.” Le monde fut ainsi mis au courant que le Christ est Dieu né du vrai Dieu, de même nature que le Père. »

« Je sais que vous auriez accroché à un tel sermon. C’est le genre qui vous rassure : métaphysique, un peu abstrait, théologiquement carré. Nous parlons tout de même de l’apparition de la nature divine du Christ… Voilà qui présage de belles empoignades en synode. C’est de la graine de débats théologiques pour des siècles ! La quintessence de notre esprit grec. L’esprit latin est très différent, je m’en aperçois maintenant. La conversion de Constantin par exemple… Le futur empereur ne s’est pas tourné vers le Christ au terme d’une puissante révélation mystique mais bien à la veille d’une bataille cruciale près d’un pont du Tibre. L’apparition d’un signe dans le ciel lui permit avant tout d’infliger une tannée à Maxence, son rival. Pour lui, l’essentiel est là. »

« Le message du Christ vu par l’empereur nouvellement chrétien, c’est d’abord un coup de pouce militaire. Du concret ! Je sais que cela trouble certains. Mais comprenez qu’à Rome, on a toujours aimé les religions qui fonctionnent bien. Un seul Dieu, est-ce bien raisonnable, pensent encore les indécrottables païens de la ville éternelle ? Ne pourrait-on pas garder deux ou trois divinités sous le coude au cas où les rituels rendus au Dieu unique deviendraient moins efficaces ? J’entends vos rires. Vous entendez mon ironie. C’est bien. La critique de l’esprit latin nous défoule. Parce qu’il est rustre, trivial et à de très rares exceptions incapable d’aboutir à autre chose que de la théologie bancale. Y a-t-il seulement un Père de l’Église digne de ce nom dont la langue natale ne soit pas le grec ? »

« Le plus pur génie latin »

Le vieil évêque s’interrompt, laissant sa question en suspend, heureux d’avoir su captiver son auditoire.

« Et pourtant… J’ai moi-même mis du temps à le comprendre, mais cette fête de la Nativité qui nous vient de Rome est une idée remarquable. Le plus pur génie latin. Oui, Dieu est apparu. Oui, il est à la fois Père, Fils et Esprit. Et oui, le Fils a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts, est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts. Mais avant tout cela, Il est né. Et c’est cela que Rome a voulu nous dire. C’est cela que le regretté pape de Rome, Marc, nom que beaucoup d’entre vous ont oublié, a voulu nous dire. Pendant ce temps que faisions-nous, peuple grec ? Nous rejetions, c’est vrai, les assauts de toutes les hérésies. Nous contrions la rhétorique des Ébionites et celle des Ariens. Nous coupions les cheveux en quatre pour savoir à quel moment très précis la nature divine était entrée dans Jésus. Lors de sa conception ? Lors de sa naissance ? Lorsqu’il fut montré aux Mages ? Lors de son baptême ? »

« Pendant ce temps, Rome célébrait ce Dieu qui naît. Ce Dieu qui, comme tous les enfants du monde, sortit un jour du ventre de sa mère, tout gluant de liquide amniotique et encore relié à elle par un cordon ombilical qu’il a bien fallu que quelqu’un sectionne. C’est si latin, si concret. Désarmant. C’est ce que l’on célèbre le 25 décembre. »

L’évêque repense un court instant au très jeune Iulius Tarpeianus. À sa tombe ensevelie sous Saint-Pierre de Rome. À ce Christ en mosaïque au-dessus de son tombeau. À vrai dire, l’association avec Hélios, le faux dieu du soleil, le dérange. Mais elle a été la manière de ce couple confronté à un si grand drame d’exprimer l’espérance qui lui restait. Cette lumière, il a eu le courage de la voir malgré la mort, malgré l’absence. Comment juger de cela ? L’évêque reprend la parole. « Peuple d’Antioche ! L’enfant qui naît aujourd’hui est la lumière du monde. »

——————–

Autour de l’an 4 av. J.-C. Naissance de Jésus sous le règne d’Hérode, roi de Judée de 37 à

4 avant J.-C. L’an 0 a été fixé, rétrospectivement, au VIe siècle.

336 Première mention d’une fête de la Nativité à Rome.

408 Première mention de l’Avent. Maxime, évêque de Turin, évoque une « saison préparatoire
à la venue du Christ 
».

Milieu du Ve siècle Premières messes de minuit à Rome (inspirées par l’Église

de Jérusalem). Avant, la Nativité était célébrée le matin du 25 décembre à 9 heures.

XIIe siècle Le culte de Nicolas de Myre (270-345), dans l’actuelle Turquie, est transféré en Occident. Saint Nicolas devient le patron des enfants.

1112 Première occurrence écrite du mot « Noël ».

1223 François d’Assise organise une crèche vivante (uniquement l’âne et le bœuf) dans le village italien de Greccio. La crèche se popularise à partir du XVIe siècle.

1760-1765 Première représentation d’un arbre décoré, en l’occurrence un pin, sur un tableau signé Nikolaus Hoffmann, conservé au Museumslandschaft Hessen Kassel, en Allemagne.

1809 L’écrivain américain Washington Irving

(1783-1859) recompose la figure néerlandaise du « Sinter Klaas ». La figure de Santa Claus (père Noël) se popularise.

XXe siècle Le cadeau, jusque-là une récompense non obligée, devient un dû systématique.

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Pourquoi Xi Jinping veut-il adapter la Bible à la ligne du Parti communiste ? — Aleteia : un regard chrétien sur l’actualité, la spiritualité et le lifestyle

Les autorités chinoises ont demandé aux responsables religieux, lors d’une réunion qui s’est tenue le 6 novembre 2019, de veiller à la conformité des textes de référence avec les « exigences de la nouvelle époque ». Pour l’historien Yves Chiron, cette annonce est la suite logique de la politique de sinisation mise en place par Xi Jinping.…

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CHJRISTIANISME, ECRITS SPIRITUELS, ECRITS SPIRITUELS DU MOYEN ÂGE, EGLISE CATHOLIQUE, LITTERATURE CHRETIENNE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MOYEN AGE

Ecrits spirituels du Moyen Âge

Ecrits spirituels du Moyen Âge

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La Pléiade publie un volume rassemblant des écrits spirituels médiévaux, témoignage de la quête de Dieu du XIau XVe siècle.

 

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Saint Bernard de Clairvaux écrivant à son bureau alors que près de lui, un démon s’agite. Miniature extraite du Livre d’heures du maître de Dunois, vers 1439-1450. / British Library/Leemage

  • Écrits spirituels du Moyen Âge, Textes traduits, présentés et annotés par Cédric Giraud, La Pléiade, 1 210 p., 58 € jusqu’au 31 mars 2020, 63 € ensuite

Un voyage intérieur et ascendant, voilà ce que proposent les quinze auteurs rassemblés dans le nouveau volume de la Pléiade, Écrits spirituels du Moyen Âge. Il rassemble une série de grands textes parmi ceux qui ont le plus compté dans la vie spirituelle médiévale de langue latine, entre le XIe et le XVe siècle.

Pour établir cette sélection, Cédric Giraud, ancien élève de l’École des chartes et professeur à l’université de Lorraine, s’est intéressé aux habitudes de lecture médiévale en croisant les listes de lecture recommandées aux moines et la diffusion des manuscrits dans les bibliothèques de l’époque.

Il a ainsi reconstitué un corpus représentatif de la spiritualité du Moyen Âge, où figurent de grands noms comme Bernard de Clairvaux, Bonaventure et Thomas d’Aquin et d’autres, moins lus aujourd’hui, comme Anselme de Cantorbéry et Hugues de Saint-Victor, le Pseudo-Bernard de Clairvaux et le Pseudo-Augustin, Jean Gerson et Thomas a Kempis. Tous jouèrent un rôle clé dans une spiritualité médiévale qui se pratiqua d’abord à l’abri des cloîtres, puis se diffusa au monde laïc à partir du XIIIe siècle.

Le témoignage d’une «civilisation du livre»

En proposant cette sélection, Cédric Giraud fait œuvre utile, car ce volume sort de l’ombre une culture à la fois intellectuelle et pratique souvent négligée ou oubliée. Il témoigne d’un art d’exister où religion et quête spirituelle, effort intellectuel et travail sur soi s’entrelacent et se nourrissent mutuellement.

Bien loin des clichés, encore tenaces, sur le sombre Moyen Âge, cet ouvrage montre que «le développement de la spiritualité médiévale, inséparable de l’essor d’une civilisation du livre, fit du texte le moyen privilégié pour comprendre le monde extérieur et se déchiffrer soi-même», souligne le médiéviste.

Grâce à une traduction très fluide, ces auteurs nous reviennent avec toute leur vitalité. Ils nous livrent le vibrant témoignage de leurs vies aimantées par le Très-Haut, en attente de «savourer Dieu» (Bernard de Clairvaux), dans une quête mystique infinie mais sans cesse renouvelée : «Toujours rassasié, toujours tu bois, car toujours il te plaît de boire et jamais tu ne t’en lasses. (…) Toujours en effet tu désires ce que toujours tu as et ce que tu es toujours assuré de toujours avoir. (…) Ô rassasiante béatitude et bienheureux rassasiement», décrit Anselme de Cantorbéry.

Pour atteindre ce but rayonnant, le spirituel médiéval est prêt à être émondé par un travail intérieur exigeant, à multiplier les exercices, à consentir aux sacrifices. Il est prêt à l’abandon du monde, voire au mépris de l’existence. «Plus nous vivons, plus nous péchons. Plus la vie est longue, plus la faute grandit», juge ainsi, très pessimiste, le Pseudo-Bernard de Clairvaux. «Pourquoi t’enorgueillir, poussière et cendre, toi dont la conception est une faute, la naissance un malheur, la vie une peine, la mort une angoisse?»

Les tréfonds de l’humanité

À la lecture de ce volume, on ressent combien les spirituels médiévaux sont parfois piégés par un imaginaire hiérarchique qui les conduit à opposer l’homme et Dieu alors même qu’ils souhaiteraient les réunir. La Renaissance, puis la Réforme et la modernité donneront heureusement d’autres nuances à la spiritualité chrétienne. Mais leur quête, radicale et parfois excessive, leur donne d’oser s’enfoncer dans les tréfonds de l’humanité, traversant ses doutes et ses angoisses, assumant ses espérances.

Ils cherchent à évaluer ce qui semble juste et porte à la croissance, jaugent les progrès, soutiennent un effort d’introspection parmi les plus puissants que l’histoire ait vu surgir. «Efforce-toi de te connaître: tu es bien meilleur et plus louable en te connaissant que si, en te négligeant, tu connaissais le cours des astres, les propriétés des herbes, la complexion humaine, la nature des êtres vivants et que si tu avais la science de tous les êtes célestes et terrestres», conseille ainsi le Pseudo-Bernard de Clairvaux.

 

A PHILEMON : REFLEXIONS SUR LA LIBERTE CHRERIENNE, ADRIEN CANDIARD, CHJRISTIANISME, ECRIVAIN CHRETIEN, EGLISE CATHOLIQUE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, LIVRES DE SPIRITUALITE, Non classé

A Philémon : réflexions sur la liberté chrétienne

 

A Philémon. Réflexions sur la liberté chrétienne

Adien Candiard

Paris, Le Cerf 2019. 144 pages.

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Qu’est-ce qu’un chrétien est obligé de faire ? Qu’est-ce qui lui est interdit ? Et qu’est-ce que cela signifie pour ceux qui ne croient pas ? La morale a aujourd’hui mauvaise presse, mais ce questionnement est plus présent que jamais. Les prêtres le savent bien, à qui on ne cesse de poser ce genre de questions. Ceux qui les posent ne sont pas des névrosés, mais des personnes estimables – croyants ou non croyants – qui s’efforcent de bien vivre, de bien faire, et qui pour cela se débattent de leur mieux avec le grand bazar contradictoire de leurs désirs, de leurs convictions, de leurs attachements, de leurs devoirs, de leurs envies, de leurs fatigues, s’efforçant de faire rentrer le réel compliqué dans des catégories simples : le permis, le défendu, l’obligatoire.

Dans un des livres les plus courts de la Bible, la lettre qu’il écrit à son ami Philémon à propos de la liberté d’un esclave, l’apôtre saint Paul ouvre pourtant un tout autre chemin : celui d’une authentique et exigeante liberté, sous la conduite de l’Esprit Saint.

C’est ce chemin magnifique que ce livre redécouvre.

Dominicain vivant au couvent du Caire, Adrien Candiard est notamment l’auteur de Veilleur, où en est la nuit ?Comprendre l’islam, ou plutôt : pourquoi on n’y comprend rien, et Quand tu étais sous le figuier… Il est l’une des voix majeures de la spiritualité d’aujourd’hui.

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Contre le cléricalisme, le frère Adrien Candiard plaide pour la conscience

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Une méditation sur la place irremplaçable de la conscience dans la foi chrétienne, y compris dans sa dimension morale.

Dans sa Lettre au peuple de Dieu, le pape François dénonce vigoureusement le cléricalisme, à la source selon lui des « abus sexuels, abus de pouvoir et de conscience ». Pour le vaincre, une« transformation ecclésiale et sociale » est nécessaire, pour laquelle il ne ménage pas ses efforts. Mais il ne s’en tient pas là. « Sois le changement que tu veux pour le monde », disait Gandhi. « Réveillons notre conscience », lance le pape dans sa lettre.

Cette révolution à laquelle appelle ce pape jésuite trouve un pertinent appui dans le petit livre que publie le frère Adrien Candiard : À Philémon. Réflexions sur la liberté chrétienne (Cerf, 2019). Que va donc rechercher le jeune dominicain dans cette épître de Paul, la plus courte et sans doute la moins connue, adressée à son ami Philémon, et relative à l’esclave de ce dernier, Onésime ? Une phrase surtout : « Je n’ai rien voulu faire sans ton accord, pour que tu accomplisses ce bien non pas sous la contrainte mais librement ».

Forcer une conscience

« On l’a connu plus direct, et même plus sanguin », convient Adrien Candiard. « Mais il y a une chose que Paul ne peut pas faire (tout apôtre et converti et fondateur de communautés chrétiennes, etc., etc. qu’il est, pourrait-on ajouter): forcer une conscience ».

Paul est bien conscient de ce qu’il demande à son ami Philémon : non seulement affranchir Onésime, qui – après s’être enfui de chez lui – est venu visiter Paul en prison et lui a finalement demandé le baptême, et même l’accueillir en « frère bien aimé »… Ce n’est pas rien. Et pourtant l’apôtre refuse de prendre la décision à la place de l’intéressé. « Il se souvient sans doute trop bien de quel pharisaïsme scrupuleux il a été libéré sur le chemin de Damas, et c’est ce qui motive son refus brutal de toutes les formes d’asservissement à la Loi sous lesquels nous aimons nous réfugier », avance l’auteur.

Mais alors, comment se fait-il que tant d’entre nous aujourd’hui – « jeune catholique pratiquant qui se demande comment bien vivre son désir d’aimer; quadragénaire New Age rencontrée en auto-stop s’interrogeant sur la suite de sa carrière; jeune retraité s’essayant depuis peu à l’art d’être grand-père; mère de famille jonglant de son mieux entre la famille et son travail » – en venions à demander à un jeune prêtre, dominicain ou pas, comment nous devons vivre ? Aurions-nous collectivement oublié ce trésor de la foi chrétienne qui fait de la sainteté non pas « l’accomplissement de telle ou telle consigne impérative, (ou) l’ascension héroïque et épuisante vers des sommets de perfection qui le défient, mais l’alliance, l’amitié avec le Christ, la vie avec Dieu » ?

Nous donner envie d’accomplir ce qui est bon

« Voilà pourquoi il n’y a pas, dans la foi chrétienne, de vie morale sans vie spirituelle », insiste Adrien Candiard un peu plus loin. « Parce que c’est l’amitié avec le Christ, c’est la présence de Dieu en nous – que nous appelons l’Esprit Saint – qui peut à la fois nous éclairer sur ce qui est bon, nous donner envie de l’accomplir et nous libérer patiemment de tout ce qui nous retient. »

Cette approche vaut même en matière de sexualité, domaine dans lequel l’Église a pris l’habitude de manier l’interdit, ou au moins la mise en garde, parfois culpabilisante.

Pour l’auteur, c’est là faire fausse route. Car « l’inhibition n’est pas la vertu mais sa caricature, peut-être son cadavre ». Faire du plaisir un bien désirable « mais interdit » risque surtout d’enfermer le fidèle « dans une nasse de culpabilité morbide ».

« Je ne suis pas sûr que ce soit un objectif souhaitable, ni une manière saine et chrétienne d’envisager la sexualité », écrit-il dans des pages qui résonnent fortement avec le sommet qui a lieu ces jours-ci à Rome sur la lutte contre les abus sexuels. « Le bien est-il si peu attirant qu’il nous faille jouer sur la peur du mal? »

Invité par la présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France à parler devant leurs 400 supérieurs majeurs réunis à Lourdes en novembre, le frère Adrien Candiard les avait déjà invités à méditer sur cette épître à Philémon et ses implications dans leurs pratiques pastorales ou d’accompagnement spirituel, dans leur manière d’approcher « le sanctuaire inviolable et sacré de la conscience humaine ».

Cette fois, il interpelle tout un chacun, parfois trop heureux « qu’une parole d’autorité (nous) tombe du ciel, non pour (nous) aider à éclairer laborieusement (notre) conscience, mais pour la remplacer ». L’exact opposé de ce que demande le pape François.

https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/France/Contre-clericalisme-frere-Adrien-Candiard-plaide-conscience-2019-02-21-1201004165

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Épître à Philémon

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L’Épître à Philémon est un livre canonique du Nouveau Testament dont l’auteur est l’apôtre Paul de Tarse (« Saint Paul »). C’est une brève lettre personnelle de Paul adressée à Philémon, un chrétien de Colosse et l’un de ses disciples.

 

Le document

L’apôtre Paul écrit cette lettre ‘de sa propre main’ (Phm. v19) pendant son premier emprisonnement à Rome. Elle est envoyée à son disciple Philémon, chrétien de Colosse. Très brève elle n’est pas divisée en chapitres et est considérée comme la plus personnelle de Paul. Bien que ‘personnelle’, la lettre n’en est pas strictement privée pour autant car Paul y salue la communauté chrétienne : « l’église qui s’assemble dans ta maison » (Phm. v2)

 Origine et datation

Les mentions répétées de la captivité de Paul de Tarse peuvent laisser penser que la lettre a été composée à Rome, Césarée ou Ephèse, , cette dernière étant la meilleure candidate dans la mesure où elle répond le mieux à l’épisode du refuge d’Onésime chez Paul tandis que la tradition manuscrite inclinerait davantage vers Rome. La date de rédaction de la lettre est vraisemblablement à situer lors du séjour de Paul en Asie Mineure entre 51 et 55.

 Contenu

Paul a un problème à régler avec Philémon. Onésime, esclave de  Philémon, à la suite d’une ‘indélicatesse’ (« s’il t’a fait quelque tort… » : Phm. v18) a pris la fuite. Rencontrant Paul il s’est attaché à lui, s’est converti et en a reçu le baptême. Il est même devenu un collaborateur. Paul sait cependant que la loi romaine l’oblige à rendre l’esclave fugitif à son maître. Ce qu’il fait.

Paul renvoie donc Onésime à Colosse en compagnie de Tychique (Col 4,9. Il est porteur de cette lettre où la personnalité de Paul apparaît sous un jour très humain. Il ne force rien, n’ordonne rien, mais invite Philémon à recevoir son ancien esclave comme un frère bien-aimé (« Il l’est tellement pour moi. Reçois-le comme si c’était moi » : Phm v16). Si tort lui a été fait, que cela soit mis sur le compte de Paul (« C’est moi qui paierai… » : Phm v19). Paul se fait presque suppliant : « je sais que tu feras encore plus que je ne dis… » Phm v21).

Paul conclut la lettre par l’annonce de sa visite et les salutations d’usage aux proches de Philémon et autres membres de l’église (communauté chrétienne) de Colosse.

CHJRISTIANISME, EGLISE CATHOLIQUE, FÊTE DE LA SAINT JEAN, JEAN BAPTISTE (saint ; 1er siècle), NATIVITE DE SAINT JEAN BAPTISTE

Fête de la nativité de saint Jean Baptiste

Le 24 juin Nativité de Saint Jean-Baptiste

Sommaire :

 Evangile (Luc, I 57-80)

 Méditation et historique

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Evangile selon saint Luc (I 57-80)

Quand à Elisabeth, le temps fut révolu où elle devait enfanter, et elle donna naissance à un fils. Et ses voisines et ses parents apprirent que le Seigneur avait magnifié sa miséricorde à son égard, et ils s’en réjouissaient avec elle.

Or, le huitième jour, ils vinrent pour circoncire[1] l’enfant, et ils voulaient l’appeler Zacharie, du nom de son père[2]. Et prenant la parole, sa mère dit : « Non, mais il s’appellera Jean.[3] » Et on lui dit : « Il n’y a personne de ta parenté qui soit appelé de ce nom. » Et on demandait par signes au père comment il voulait qu’on l’appelât[4]. Et ayant demandé une tablette, il écrivit : « Jean est son nom.[5] » Et ils furent tous étonnés.

Sa bouche s’ouvrit à l’instant même et sa langue se délia[6], et il parlait, bénissant Dieu. Et la crainte s’empara de tous leurs voisins et, dans toute la région montagneuse de la Judée, on s’entretenait de toutes ces choses. Et tous ceux qui en entendirent parler les mirent dans leur cœur, en disant : « Que sera donc cet enfant ? » Et de fait la main du Seigneur était avec lui[7].

Et Zacharie, son père, fut rempli du Saint-Esprit et il prophétisa[8] en disant[9] :

« Béni soit le Seigneur Dieu d’Israël : il visite[10] et rachète son peuple. Il nous suscite une force de salut dans la maison de David, son serviteur, comme il l’a dit par la bouche des saints, ceux d’autrefois[11] , ses prophètes[12]. Salut qui nous arrache à l’oppresseur, aux mains de tous nos ennemis[13] ; amour qu’il scellait avec nos pères et souvenir de son alliance sainte ; serment juré à notre père Abraham de nous donner, qu’affranchis de la crainte, délivrés des mains de l’oppresseur, nous le servions en justice[14] et sainteté devant sa face tout au long de nos jours. Et toi, petit enfant, qu’on nommera prophète du TrèsHaut, tu marcheras devant la face du Seigneur pour préparer ses voies ; pour annoncer à son peuple le salut en rémission de ses péchés, par l’amour du cœur de notre Dieu qui vient nous visiter ; soleil levant, lumière d’en haut sur ceux de la ténèbre qui gisent dans l’ombre de la mort[15] , et guide pour nos pas au chemin de la paix.[16] »

Quant à l’enfant, il croissait, et son esprit se fortifiait[17]. Et il fut dans les endroits déserts jusqu’au jour où il se présenta à Israël.

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[1] La circoncision avait été donnée à Abraham pour distinguer sa race de toute autre race et la préparer à posséder les biens promis à Dieu; quand arriva ce qui avait été promis, le signe fut aboli. A la circoncision, qui cesse à J.-C., succède le baptême; et c’est pourquoi Jean devait être circoncis. On l’imposait au huitième jour; l’enfant était moins sensible à la souffrance; et d’autre part on lui imposait cette marque qui l’incorporait au peuple de Dieu avant qu’il ne put le vouloir lui-même, pour établir que c’était une pure grâce.  On lui donnait après la circoncision le nom qu’il devait porter, car avant de faire nombre dans le peuple de Dieu, il devait porter le signe de Dieu. Cela signifiait aussi que pour être inscrit au livre de vie, il devait avoir dépouillé les passions charnelles (saint Jean Chrysostome : « Contra Judæos et Gentiles quod Christus sit Deus »).

 [2] On pensait qu’à cet enfant du miracle on ne pouvait donner de nom plus honorable que celui de son père Zacharie, de ce prêtre qui avait passé sa longue vie dans la piété et la justice. » Cela ne pouvait déplaire à la mère. Ce ne fut donc pas par répugnance pour ce nom, mais sous l’action de l’Esprit Saint qu’elle se montra si affirmative (saint Ambroise : commentaire de l’évangile selon saint Luc, II 31).

 [3] Elle ne pouvait pas ignorer le nom du précurseur du Christ, elle qui avait prophétisé le Christ (saint Ambroise : commentaire de l’évangile selon saint Luc, II 31).

 [4] Zacharie, prêtre de la classe d’Abia, époux d’Elisabeth, avait été réduit au silence pour n’avoir pas cru à l’annonce de l’Ange : « Moi, je suis Gabriel, qui me tiens devant Dieu, et j’ai été envoyé pour te parler et t’annoncer cette bonne nouvelle. Et voici que tu vas être réduit au silence et sans pouvoir parler jusqu’au jour où ces choses arriveront, pour ce que tu n’as pas cru à mes paroles, lesquelles s’accompliront en leur temps » (évangile selon saint Luc, I 19-20).

 [5] Nous ne lui imposons pas nous-mêmes sont nom : il a déjà son nom donné par Dieu, nous le faisons connaître seulement. Les saints méritent de recevoir leur nom de Dieu ; les anges ne font que transmettre ces noms, ils ne les donnent pas eux-mêmes. Il apparaît bien que ce sera là non pas un nom de parenté, mais de prophétie (saint Ambroise : commentaire de l’évangile selon saint Luc, II 31 & 32).

 [6] Il aurait été contradictoire qu’à l’apparition de celui qui devait être la voix, son père demeurât muet (saint Grégoire de Nazianze : discours XII).

Cette bouche avait été fermée par l’Ange; elle est ouverte par le fils qui avait été promis par l’Ange (saint Maxime de Turin : homélie LXV).

Il convenait que la foi déliât cette langue qui avait été liée par l’incrédulité. Croyons, nous aussi, et notre langue qui demeure embarrassée tant que nous sommes dans les liens de l’incrédulité, saura trouver des paroles pleines de raison. Si nous voulons savoir parler, sachons écrire en esprit les mystères de Dieu : sachons écrire non sur des tablettes, mais dans nos cœurs, tout ce qui annonce le Christ (saint Ambroise : commentaire de l’évangile selon saint Luc, II 32).

 [7] Maintenant encore l’Eglise célèbre cette naissance ; elle ne célèbre que trois naissances, celle du Fils de Dieu, celle de sa mère et celle-ci ; elle sait« que pour l’homme le jour de la mort est meilleur que celui de sa naissance », et que toute naissance humaine est accompagnée de tristesse. C’est pourquoi elle célèbre la mort des martyrs qu’elle appelle leur naissance, car ils naissent vraiment à la vie quand ils se dépouillent de la vie pour le Christ. Mais cette naissance de Jean, l’Eglise la célèbre avec assurance sur la parole si expresse de l’Ange (saint Pierre Damien : sermon XXIII, sur la nativité de saint Jean-Baptiste, 4).

 [8] Voyez comme Dieu est bon et comme il pardonne complètement : non seulement il rend ce qu’il avait pris, mais il accorde des faveurs que l’on ne pouvait espérer. Cet homme, tout à l’heure muet, prophétise; ceux qui auront renié Dieu, sous l’action des grâces nouvelles, le loueront. Que personne donc ne perde confiance; que personne, au souvenir des fautes anciennes, ne désespère des dons de Dieu. Dieu sait changer ses jugements, si vous savez renoncer à vos fautes (saint Ambroise : commentaire de l’évangile selon saint Luc, II 33).

 [9] Ce cantique contient deux prophéties : l’une relative au Christ, l’autre à Jean. La première est exprimée dans ces paroles qui annoncent la chose comme déjà présente : « Dieu a visité. » Celle qui a rapport au Précurseur sera annoncée tout à l’heure au futur (Origène : homélie X sur l’évangile selon saint Luc).

 [10] Ce peuple qu’il a visité, c’est cette nation qui depuis si longtemps portait le nom de peuple de Dieu, et qui depuis longtemps semblait abandonnée de Dieu. C’était aussi ce peuple qui, dans le monde entier, gémissait sous le joug du péché et que le sang du Sauveur allait racheter et dont il allait faire son peuple par cette rédemption (saint Jean Chrysostome : « Contra Judæos et Gentiles quod Christus sit Deus »).

 [11] Je pense qu’Abraham, Isaac et Jacob, au jour de l’avènement du Christ, ont joui des effets de sa miséricorde; il n’est pas possible que ceux qui avaient vu de loin son jour et en avaient eu une grande joie, n’aient pas eu une joie plus grande au jour où vint celui dont il est dit, « qu’il a, par le sang de sa croix, fait la paix et sur la terre et dans le ciel » (Origène : homélie X sur l’évangile selon saint Luc).

 [12] Toutes les Ecritures de l’ancienne Loi avaient eu pour objet le Christ ; Adam lui-même et tous les patriarches après lui, par leurs paroles ou par leurs actes, avaient rendu témoignage de cette économie qui préparait le Christ (saint Bède le Vénérable).

 [13] Nos ennemis sont aussi nos convoitises, qui nous font la guerre dans nos membres, et nos péchés qui nous accablent, et nos faiblesses qui nous tuent, et les terreurs de la conscience qui ne nous laissent aucun repos (Bossuet).

 [14] Non plus dans la justice charnelle des Juifs qui mettaient leur confiance dans les victimes et les observances de la Loi, mais dans une justice spirituelle, se traduisant en œuvres bonnes : dans la sainteté qui nous rend dignes de Dieu, et dans la justice qui nous fait accomplir tous nos devoirs envers le prochain; non plus dans une justice extérieure, comme est celle des hommes qui cherchent à plaire aux hommes, mais dans une justice qui agit devant Dieu, qui cherche non l’approbation des hommes, mais celle de Dieu; et cela non pas une fois ou pour un temps, mais tous les jours de la vie (saint Jean Chrysostome : « Contra Judæos et Gentiles quod Christus sit Deus »).

 [15] L’ombre de la mort c’est l’oubli envahissant l’âme : de même que la mort met un abîme entre le mort et les régions de la vie, de même l’oubli entre l’âme et l’objet qui s’est éloigné de son souvenir : le peuple juif, ayant oublié Dieu, était dans la mort par rapport à Dieu (saint Grégoire le Grand : « Moralia in Job », XVI 30).

 [16] Nous dressons nos pas dans le chemin de la paix quand le mouvement de nos actes est toujours en accord avec la grâce de notre Créateur (saint Grégoire le Grand : homélie XXXIII sur les péricopes évangéliques, 4).

 [17] Il y a des hommes qui cultivent en eux la vigueur corporelle pour être vainqueurs dans les combats : l’athlète de Dieu se fortifiait dans l’esprit pour briser la puissance de la chair (Origène : homélie XI sur l’évangile selon saint Luc).

 

Méditation et historique

L’Église célèbre la naissance du Sauveur au solstice d’hiver et celle de Jean-Baptiste au solstice d’été. Ces deux fêtes, séparées l’une de l’autre par un intervalle de six mois, appartiennent au cycle de l’Incarnation ; elles sont, par leur objet, dans une mutuelle dépendance ; à cause de ces relations, on peut leur donner le même titre, c’est en latin : nativitas, naissance ; natalis dies, Noël.

Pourquoi célébrer la naissance de Jean-Baptiste, se demande saint Augustin, dans un sermon qui se lit à l’office nocturne ? La célébration de l’entrée de Jésus-Christ dans ce monde s’explique fort bien ; mais les hommes – et Jean-Baptiste en est un – sont d’une condition différente ; s’ils deviennent des saints, leur fête est plutôt celle de leur mort : leur labeur est consommé, leurs mérites sont acquis ; après avoir remporté la victoire sur le monde, ils inaugurent une vie nouvelle qui durera toute l’éternité. Saint Jean-Baptiste est le seul à qui soit réservé cet honneur ; et cela dès le cinquième siècle, car la nativité de la Vierge Marie ne fut instituée que beaucoup plus tard. Ce privilège est fondé sur ce fait que Jean a été sanctifié dès le sein de sa mère Élisabeth, quand elle reçut la visite de Marie sa cousine ; il se trouva délivré du péché originel ; sa naissance fut sainte, on peut donc la célébrer. C’est un homme à part, il n’est inférieur à personne, non surrexit inter natos mulierum major Jobanne Baptista. L’ange Gabriel vint annoncer sa naissance, son nom et sa mission, nous dit saint Maxime, dans une leçon de l’octave ; sa naissance merveilleuse a été suivie d’une existence admirable, qu’un glorieux trépas a couronnée ; l’Esprit Saint l’a prophétisé, un ange l’a annoncé, le Seigneur a célébré ses louanges, la gloire éternelle d’une sainte mort l’a consacré. Pour ces motifs, l’Église du Christ se réjouit dans tout l’univers de la naissance du témoin qui signala aux mortels la présence de celui par lequel leur arrivent les joies de l’éternité.

Saint Augustin, qui s’appliquait à découvrir les raisons mystérieuses des événements, a voulu savoir pourquoi Jésus-Christ est né à l’équinoxe d’hiver et Jean-Baptiste à celui d’été. Dans le sermon du quatrième jour dans l’octave, il nous propose ce qu’il a découvert : Jean est un homme, le Christ est Dieu. Que l’homme se fasse petit, pour que Dieu apparaisse plus grand, suivant ces paroles dites par Jean au sujet du Sauveur : il faut qu’il croisse et que moi, je diminue. Pour que l’homme soit abaissé, Jean naît aujourd’hui, où les jours commencent à diminuer ; pour que Dieu soit exalté, le Christ naît au moment où les jours commencent à grandir. tout cela est très mystérieux. La naissance de Jean-Baptiste, que nous célébrons, est, comme celle du Sauveur, pleine de mystère. Quel est ce mystère, si ce n’est celui de notre humiliation, comme la naissance du Christ est pleine du mystère de notre élévation.

Ces témoignages de saint Maxime et de saint Augustin prouvent que cette fête est l’une des plus anciennes du calendrier. Sa célébration est constatée dès le milieu du quatrième siècle. Elle a déjà sa place parmi les solennités importantes ; on lui donna bientôt une octave et une vigile et elle traversa le moyen âge avec ce complément.

Les Pères du Concile de Bâle, dans leur quarante-troisième session (1441), firent suivre son octave d’une fête nouvelle, la Visitation, et Eugène IV eut soin de confirmer plus tard cette mesure. Ce n’est pas le Concile de Bâle, il est vrai, qui établit cette fête, il n’eut qu’à la fixer au 2 juillet ; son institution remonte au pontificat d’Urbain VI qui espérait, par ce moyen, appeler la protection de Notre Dame sur l’Église menacée d’un nouveau schisme ; la bulle qui lui assignait un jour après l’Annonciation fut promulguée par Boniface IX (1389).

Le Noël d’été a, comme celui d’hiver, son cortège liturgique. Sa vigile est une réduction de l’Avent : L’Église présente à nos réflexions le récit évangélique de la mission de l’ange Gabriel auprès de Zacharie, pour lui prédire la naissance d’un enfant : l’envoyé céleste lui dit qu’il sera grand devant le Seigneur ; l’Esprit Saint le remplira de sa vertu, dès le sein de sa mère ; il convertira un grand nombre de fils d’Israël au Seigneur leur Dieu ; il précédera le Seigneur, dans l’esprit et la vertu d’Élie ; il conciliera aux fils le cœur des pères ; il amènera les incrédules à la prudence des justes ; il préparera au Seigneur un peuple parfait. L’octave de la fête pourrait fort bien être appelée la circoncision de Jean-Baptiste : en ce jour, son père lui donna son nom et il entonna ce Benedictus Dominus Deus Israël que nous chantons tous les jours de l’année, à l’office du matin, en l’honneur de l’Oriens ex alto. La Visitation est, en quelque sorte, l’épiphanie de Jean-Baptiste : il confesse par un tressaillement la manifestation de Jésus, caché dans le sein maternel. Notre Dame chante au Seigneur le Magnificat anima mea Dominum.Ce Noël d’été précède le Noël d’hiver, comme saint Jean-Baptiste est le précurseur de Jésus-Christ ; elle l’annonce ; nous le verrons paraître quand le soleil sera au terme de ses diminutions.

L’objet historique de la fête et la doctrine qui l’éclaire sont exposés par saint Luc, au chapitre premier de son Évangile. Les trois passages qui nous intéressent sont lus aux messes de la vigile, de la Nativité et de la Visitation ; il est nécessaire d’y ajouter quelques lignes de l’évangile de saint Jean, qui termine la messe : Fuit homo missus a Deo, cui nomen erat Johannes ; his venit in testimonium, ut testimonium perbiberet de lumine, ut omnes crederent per illum ; non erat ille lux, sed ut testimonium perbiret de lumine. Il est le témoin, le précurseur, la voix de Dieu…

Une mission de ce caractère n’a pu échapper aux Prophètes de l’Ancien Testament ; il faut nous attendre à trouver, sous leur plume, des figures lumineuses qui aident à la saisir. Le plus expressif est Jérémie. Le début de sa prophétie s’applique aussi bien à saint Jean-Baptiste qu’à lui-même ; l’analogie est frappante ; il n’y a qu’à le reproduire et chacun, à première vue, pourra s’en convaincre : La parole du Seigneur s’est fait entendre ; il me disait : Je te connaissais avant de te former dans le sein de ta mère ; je t’ai sanctifié avant que tu en sortes ; je t’ai choisi pour être mon prophète devant les nations. Et j’ai bégayé, A, a, a, Seigneur, mon Dieu ; mais je ne sais pas parler, je ne suis qu’un enfant. Et le reste. L’Église fait lire Jérémie aux matines de la fête et à la messe de la vigile. L’épître du jour est empruntée à Isaïe ; c’est de Jean-Baptiste qu’il écrit : Que les îles écoutent ; peuples éloignés, faites attention. Le Seigneur m’a appelé, il s’est souvenu de mon nom dès le sein de ma mère. Il a fait de ma langue un glaive aigu ; il m’a protégé de l’ombre de sa main ; il m’a pris comme une flèche de son choix et il m’a caché dans son carquois… Le Seigneur, qui a fait de moi son serviteur dès le sein maternel, me dit : Je t’ai donné aux nations comme leur lumière pour que tu sois mon salut jusqu’aux extrémités de la terre.

Ces lectures fournissent le texte des antiennes et des répons : l’introït et le graduel enferment, dans leur mélodie, ce que Jérémie et Isaïe ont pu dire de la sanctification de Jean-Baptiste avant sa naissance ; le verset alleluiatique et la communion répètent cette déclaration de Zacharie devant le berceau et les langes de son enfant : Tu, puer, Propheta altissimi vocaberis ; prœibis enim ante faciem Domini parare vias ejus. Tu t’appelleras, enfant, le prophète du Très-Haut ; tu iras devant la face du Seigneur pour lui préparer les voies. Nous retrouvons ces mêmes paroles aux offices du jour et de la nuit : les antiennes, qui accompagnent les psaumes de vêpres, de matines ou de laudes, sont tirées de l’Évangile et des prophètes. Les unes prennent les traits principaux du récit et le reconstituent ; par exemple, celles des laudes et des secondes vêpres : Élisabeth Zachariæ magnum virum genuit, Jobannem prœcursorem Domini, c’est l’annonce de l’événement ; de là, nous passons à la circoncision et à la tradition du nom : Innuebant patri ejus, quem vellet vocari eum ; et scripsit, dicens : Joannes est nomen ejus ; la troisième revient sur la même pensée ; après quoi, il semble que nous soyons mis en présence de l’enfant et, en le saluant nous ne pouvons que lui rendre les témoignages contenus dans l’Évangile : Inter natos mulierum non surrexit major Jobanne Baptista. Les antiennes des premières vêpres traduisent les mêmes impressions et empruntent leurs formules aux mêmes sources : le peuple chrétien se représente la scène et s’approprie les sentiments et le langage de ceux qui remplissent un rôle actif ; avec eux, il dit de Jean : Ipse præbit ante illum in spiritu et virtute Eliæ – Joannes est nomen ejus ; vinum et siceram non bibet. – Ex utero senectutis et sterili Joannes natus est præcursor Domini. Je ne dis rien des antiennes de matines : elles ont ce même caractère. Pendant que l’âme s’applique à suivre le sens des psaumes, l’imagination est occupée par ces souvenirs ; cela ne lui damande guère d’effort ; elle est paisible ; l’esprit, qui reçoit ses impulsions, découvre dans la psalmodie, à la faveur d’aperçus auxquels il n’aurait jamais songé de lui-même, des allusions ingénieuses à la solennité ; la pensée de saint Jean apparaît partout.

Les observations faites au sujet des antiennes valent pour les répons ; on s’exposerait, en les citant, à des répétitions inutiles : ils transportent, dans le chant, des textes connus déjà ; je n’en reproduirai qu’un, d’une facture assez originale. Hic est præcursor dilectus, voici le précurseur bien-aimé, et lucerna lucens ante dominum, et la lumière qui brille devant le Seigneur. Ipse est enim Joannes, qui viam Domino preparavit in eremo, c’est Jean qui a préparé au Seigneur la voie dans le désert, sed et Agnum Dei demonstravit et illuminavit mentes hominum, il a montré l’agneau de Dieu et éclairé l’esprit des hommes. Ipse præibit ante illum in spiritu et virtute Eliæ. En résumé, les antiennes et les répons ne font que répéter ce que l’Évangile présente de saillant ; ces traits sont de nature à pénétrer l’âme de la mission du précurseur et de son importance ; ils accroissent, par leur répétition même, l’admiration pour son caractère et sa personne ; son souvenir prend vie dans le cœur.

L’Ange Gabriel avait annoncé à Zacharie que la naissance de Jean serait, pour un grand nombre, une occasion de joie, multi in nativitate ejus gaudebunt. En souvenir de cette prophétie, sa fête est joyeuse ; elle a pour signe caractéristique une allégresse qui ne se trouve pas ailleurs. L’Église invite les fidèles à s’y abandonner ; il lui suffit de leur répéter, par ses antiennes, les paroles de Gabriel. Mais la piété chrétienne ne s’est pas contentée du chant liturgique pour manifester sa joie ; elle a emprunté, en les transformant, les usages par lesquels les païens célébraient le solstice : on sait que l’instinct qui portait ces derniers à substituer, dans leur vénération religieuse, les forces créées de la nature à leur auteur, les faisait rendre un culte au soleil et au feu dont il est le grand foyer ; leur dévotion s’épanchait en manifestations bruyantes, au moment des équinoxes ; les fêtes, qui bénéficiaient d’une popularité extraordinaire, consistaient surtout en des réjouissances publiques ; la principale était d’allumer de grands feux autour desquels dansait la population. Le paganisme grec et romain avait eu l’art de mêler ainsi son culte à la vie extérieure des peuples, et c’est ce qui contribua le plus à le faire entrer dans les mœurs, si profondément même que ces coutumes ont survécu au paganisme.

Il y avait là, pour les chrétiens, un véritable danger ; tout le monde prenait part à ces réjouissances, qui en elles-mêmes n’avaient rien de condamnable. Mais les circonstances, en les liant à une superstition, les mettaient au service du paganisme naturaliste ; c’était un entraînement auquel on résistait fort mal. Tertullien, le premier, dénonça les chrétiens impudents, qui ne craignaient pas de célébrer ainsi les calendes de janvier, les brumalies et les saturnales. La conversion de l’Empire laissa leur popularité aux réjouissances solsticiales dans l’Afrique romaine, à Rome et dans les Gaules. Les évêques voyaient ce fait avec mécontentement ; saint augustin protestait avec énergie. Habeamus solemnem istum diem, disait-il, non sicut infideles, prpter hunc solem, sed propter eum qui fecit hunc solem, solennisons ce jour, non comme des infidèles, à cause du soleil, mais à cause de celui qui a fait le soleil. Saint Césaire proscrivit, pour les mêmes motifs, ces survivances païennes ; l’évêque franc, auteur des sermons qui nous sont parvenus sous le nom de saint Éloi, défend aux chrétiens de célébrer les solstices par des danses, des caroles et des chants diaboliques. Mais la fidélité aux superstitions pyrolatriques était tenace ; les évêques ne purent en avoir raison. C’est en vain que Charlemagne leur recommanda, par un capitulaire, de proscrire de nouveau ces feux sacrilèges et ces usages païens ; il fallut en prendre son parti et chercher à transformer, par une intention pieuse, l’abus qu’on ne pouvait supprimer. Cette évolution se produisit l’abus qu’on ne pouvait supprimer. Cette évolution se produisit dans le cours du neuvième siècle : on s’apercevait enfin qu’un retour offensif du paganisme n’était plus à craindre ; il était donc inutile de se prémunir contre un ennemi définitivement vaincu.

La réaction contre les pagania solsticiales avait sans nul doute accru la note joyeuse de la fête de saint Jean-Baptiste. Cette joie spirituelle, par son charme, contribuait à détourner les chrétiens de ces réjouissances profanes ; elle servit à ménager l’évolution, qui débarrassa ces dernières de toute pensée superstitieuses, en les associant à la fête de saint Jean-Baptiste. Le solstice d’été tomba dans l’oubli ; les feux furent allumés pour manifester la joie que la naissance du Précurseur causait au monde ; le feu devint ecclésiastique : le clergé alla processionnellement le bénir ; la Jouannée, ainsi que nos pères la nommaient, resta l’une des fêtes les plus populaires et les bourgeois des villes ne l’appréciaient pas moins que les campagnards.

Les Parisiens, entre autres, étaient amateurs des feux de saint Jean ; ils en allumaient un par quartier. Celui de la Bastille passait pour l’un des mieux réussis, la garnison de la forteresse assistait en armes à son embrasement. Il ne valait pas cependant celui de la place de Grève ; on laissait au roi l’honneur de l’allumer : Louis XI le fit en 1471, François Ier en 1528, Henri II et Catherine de Médicis en 1549, Charles IX en 1573, Henri IV en 1596, Louis XIII en 1615 et 1620, Anne d’Autriche en 1616 et 1618, Louis XIV en 1648 ; à partir de cette date, l’honneur d’allumer le feu revint au conseil de ville.

Les hommes de la Révolution furent incapables de comprendre ces réjouissances et elles disparurent, à Paris du moins, en 1789 ; il en fut de même dans la plupart des villes importantes ; à Douai, où la population tenait à ces feux au point d’en allumer un dans chaque rue, tous les soirs du 23 au 29 juin, la police les interdit en 1793 ; ils furent rallumés en 1795 et les années suivantes jusqu’en 1806, sans tenir compte d’une nouvelle défense promulguée en 1797.

Ces réjouissances populaires et religieuses faisaient entrer le sentiment chrétien dans la vie des villages et des villes ; la religion n’était pas reléguée entre les murailles des sanctuaires ; les hommes la connaissaient, ils l’aimaient comme un élément essentiel de leur existence. Les coutumes auxquelles on avait l’esprit de la mêler transmettaient, avec elles, sa pensée d’une génération à l’autre ; cela pouvait aller fort loin, car ces habitudes populaires sont tenaces. Ce fait n’a pas été toujours compris au dix-neuvième siècle. Ces traditions ont eu fréquemment pour adversaires aveugles des catholiques, qualifiés hommes d’œuvre, et des prêtres, qui ont affecté d’y voir des pratiques superstitieuses. C’est ainsi que les feux de saint Jean se sont éteints peu à peu dans un grand nombre de campagnes ; il est juste de dire que saint Jean-Baptiste n’y a pas gagné un rayon de joie spirituelle ; sa fête passe presque inaperçue ; elle attire certainement beaucoup moins de monde à la messe et à la Sainte Table que le premier vendredi du mois.

http://missel.free.fr/Sanctoral/06/24.php

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CHJRISTIANISME, DIEU, EGLISE CATHOLIQUE, ESPRIT SAINT, JESUS CHRIST, JESUS-CHRIST, SAINT ESPRIT

La sainte Trinité

Qu’est ce que la Trinité ?

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Les chrétiens sont baptisés « au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ». Quand ils commencent leur prière, ils se marquent du signe de la croix sur le front, le cœur et les épaules en invoquant Dieu : Au Nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit : c’est la Trinité.

L’homme n’est pas capable d’imaginer un Dieu unique qui existe en trois personnes. C’est Dieu qui nous a révélé ce mystère de son amour par l’envoi de son Fils et du Saint-Esprit. Jésus nous a révélé que Dieu est « Père », en nous montrant d’une façon unique et originale, que Lui-même n’existe que par son Père. Jésus est un seul Dieu avec le Père. Jésus a promis à ses apôtres – les douze hommes qu’Il a choisis et envoyés – le don de l’Esprit Saint. Il sera avec eux et en eux pour les instruire et les conduire « vers la vérité tout entière » (Jean 16, 13). Ainsi, Jésus nous le fait connaître comme une autre personne divine.

La Trinité est Une : nous ne croyons pas en trois dieux, mais en un seul Dieu en trois personnes : le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Chacune des trois personnes est Dieu tout entier. Chacune des trois personnes n’existe qu’en union avec les deux autres dans une parfaite relation d’amour. Ainsi toute l’œuvre de Dieu est l’œuvre commune des trois personnes et toute notre vie de chrétiens est une communion avec chacune des trois personnes.

Source : Petit guide de la foi, Mgr Vingt-Trois, éd. le Sénevé.

 

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Qui est la Trinité ?

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S’il y a quelque chose de difficile à comprendre dans la foi chrétienne, c’est bien le mystère d’un seul Dieu en trois personnes..

Croire en un Dieu unique, et aussi relations en lui-même au point d’être trois, c’est tout de même un étrange mystère. Et ce d’autant plus que le mot n’apparaît pas dans le vocabulaire biblique. On raconte que saint Augustin, auteur d’un magnifique Traité sur la Trinité, vit un jour un ange qui essayait de mettre toute l’eau de la mer dans un seul petit coquillage. Lorsque l’évêque d’Hippone lui faisait remarquer la difficulté de son entreprise, l’ange lui répondit que cela lui serait plus facile que de vouloir épuiser, avec ses seules ressources de la raison humaine, le mystère de la Trinité. Pourtant, la Bible n’est pas muette à ce propos.

Au tout début du livre de la Genèse, Abraham reçoit la visite du seigneur sous la forme de trois mystérieux personnages. Le texte de la Bible alterne singulier et pluriel au point que l’hospitalité d’Abraham devint, pour les chrétiens, le symbole par excellence et la préfiguration de la Trinité. Les évangiles eux aussi connaissent les trois termes : le Père, le Fils et l’Esprit, pour désigner Dieu. Les textes les plus clairs à cet égard sont ceux de l’annonciation, du baptême de Jésus et, à la fin de l’Évangile de Matthieu, de l’envoi en mission.

Divinité une et trine

Mais il faudra plus de trois siècles pour que le mot Trinité apparaisse, sous la plume d’Athanase d’Alexandrie. Le terme, formé à partir du grec « trias », décrit cette réalité étonnante d’une divinité une et trine proposée à la foi des chrétiens. S’agirait-il d’une invention tardive, quelque peu éloignée du message originel de Jésus? N’a-t-on pas « brodé » sur Dieu?  Pour se convaincre du contraire, il faut revenir à l’histoire des premiers chrétiens. Juifs avant tout, ils partagent le monothéisme ombrageux d’Israël face à l’idolâtrie régnante. Ils ont donc assez logiquement du mal à rendre compte, par des concepts, de l’expérience vécue avec Jésus.

Sa résurrection est le meilleur gage de sa divinité, mais il ne nie pas l’existence d’un Créateur et Père, au contraire. Ainsi Jésus est vraiment Fils de Dieu et il envoie aux apôtres un Défenseur (Paraclet), l’Esprit, qui leur met, au cœur et sur les lèves, les paroles de vérité et de vie. Mais il existe une autre source de la foi : la liturgie. Le baptême n’est-il pas donné, selon Matthieu, « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit? ». Ne commençons-nous pas nos prières par un signe de croix qui est fait « au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit? ».

La liturgie eucharistique est d’une  grande richesse à cet égard. Les textes des prières qui la composent proclament un mouvement interne à Dieu. Il est don, dans la Création, l’Incarnation et l’action permanente et renouvelée de l’Esprit. Il est amour, et l’amour est tout sauf immobile. Il est vie, et il n’existe pas de vie sans engendrement. Il est impossible au chrétien de se fixer sur une personne de la Trinité, car chacune d’elle réoriente le regard vers une des deux autres. Le croyant est alors en quelque sorte intégré à ce mouvement de vie et d’amour. Ce mouvement perpétuel d’une personne à l’autre de la Trinité montre aussi la divinité du Fils et celle de l’Esprit, ainsi que leur unité au Père.

L’amour absolu

Ni l’un ni l’autre ne sont des intermédiaires entre un Dieu solitaire et ses créatures. Pour contempler l’unité de la Trinité, la voie la plus accessible est de considérer l’amour dans sa forme d’absolue gratuité que nous appelons charité ou agapè. Cet amour désintéressé tend vers l’unité comme tout amour, dans une distance respectueuse de chacun. Lorsque l’amour est divin et donc parfait, il génère ce paradoxe inouï qu’est une unité plurielle. Pour avancer dans la saisie de ce mystère, deux voies s’offrent à nous, celle, simple et sûre, de la liturgie et celle, plus âpre mais indispensable, de l’amour réciproque.

 Le mystère de la Trinité

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C’est en faisant la volonté d’Amour du Père, en conformité avec la vie de Jésus Christ, que nous avons accès au Mystère de Dieu.

Le Père se donne totalement en engendrant son Fils : il ne garde rien qui ne serait une possession personnelle d’où naîtrait une supériorité sur son Fils. Ainsi, le Fils est engendré.

Par contre, le Fils, en se retournant vers son Père, ne garde rien qu’il ne rende à ce Père. Sa filiation est parfaite comme la paternité est totale. Ainsi l’échange d’amour est-il parfait, puisque le Père et le Fils son un : le Père est Père dans les profondeurs du Fils, le Fils est Fils dans les profondeurs du Père ; et cette relation mutuelle est l’Amour des deux, on l’appelle l’Esprit.

Cet Amour, cet Esprit ne peut être autre chose qu’eux-mêmes : si ce lien qui les unit n’était pas une personne, il y aurait en Dieu autre chose que Dieu ! Nous avons du mal à nous représenter ce que peut être cet amour substantiel du Père et du Fils, réalisé par le Don total qu’ils se font d’eux-mêmes. Le Christ nous fait pressentir cependant très clairement ce qu’il est. Cet Esprit sait tout ce que le Père et le Fils savent ; il viendra tout expliquer et tout vivifier de l’intérieur.

L’Esprit Saint au cœur de la Trinité

Il est l’Esprit, celui qui surgit de l’intime et pénètre l’intime ; et il a, par ailleurs, la liberté du vent. C’est pourquoi on l’appelle le Souffle. Il est le Souffle et le Soupir du Père au Fils, et réciproquement.

Il est Cœur de leur relation… Il est la perfection du Don, il est l’Amour. En lui, finalement, nous est révélée l’essence même de Dieu, qui est d’être Amour… Une fois arrivé à ce point, il semble inutile de cherche à expliquer la profondeur de Dieu. L’amour met en silence. Tout le reste est affaire d’intelligence spirituelle !

Mystère finalement très simple, car nous le connaissons en y pénétrant avec le Christ. Dès l’instant où nous croyons en lui, le Christ nous introduit dans l’univers de Dieu… C’est en faisant la volonté du Père, en conformité avec la vie du Fils, que nous avons accès au Mystère de Dieu.