APÔTRES, CHRISTIANISME, CHRISTIANISME (30-600), CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), Non classé, THOMAS (saint ; 1er siècle)

Saint Thomas, l’apôtre des Indes

Saint Thomas, Apôtre des Indes

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Thomas appelé Didyme (le Jumeau) fait partie du petit groupe de ces disciples que Jésus a choisis, dès les premiers jours de sa vie publique, pour en faire ses apôtres. Il est « l’un des Douze » comme le précise S. Jean (Jn 21). Le même Jean nous rapporte plusieurs interventions de Thomas, qui nous révèlent son caractère. Lorsque Jésus s’apprête à partir pour Béthanie au moment de la mort de Lazare, il y a danger et les disciples le lui rappellent: « Rabbi, tout récemment les Juifs cherchaient à te lapider. » Thomas dit alors aux autres disciples: « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui. »
 

A la dernière Cène, quand Jésus dit à ses disciples : « Je vais vous préparer une place, et quand je serai allé et vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et vous prendrai près de moi, afin que là où je suis, vous aussi vous soyez« , Tomas fit celui qui ne comprenait pas : « Seigneur, nous ne savons pas où vous allez, comment saurions-nous le chemin ? » Il s’attira cette merveilleuse réponse du Maître : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie, personne ne va à mon Père, si ce n’est par moi. » (Jn, 14, 6.)

Après sa résurrection, le Sauveur était apparu à plusieurs de ses disciples en l’absence de Thomas. Quand à son retour, on lui raconta cette apparition, Thomas fut si étonné d’une telle merveille, qu’il en douta et dit vivement: « Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, et si je ne mets mon doigt à la place des clous et ma main dans son côté, je ne croirai point. » (Jn 20, 25.) Voilà le second caractère de Thomas, esprit trop raisonneur. Mais son premier mouvement d’hésitation, en chose si grave, ne fut pas un crime et le bon Sauveur répondit à son défi: « Mets ici ton doigt, et regarde mes mains; approche aussi ta main, et mets-la dans mon côté; et ne sois plus incrédule, mais croyant. » (Jn, 20, 27.) Que fit alors Thomas? Nous le savons; un cri du coeur s’échappa de ses lèvres: « Mon Seigneur et mon Dieu!« 

 

L’Incrédulité de saint Thomas, Rembrandt, 1634.

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Dieu permit l’hésitation de cet Apôtre pour donner aux esprits difficiles une preuve de plus en faveur de la résurrection de Jésus-Christ.

Parmi les douze articles du Symbole, Saint Augustin attribue à saint Thomas celui qui concerna la Résurrection.

Quand les Apôtres se partagèrent le monde, les pays des Parthes et des Perses et les Indes furent le vaste lot de son apostolat. La tradition prétend qu’il rencontra les mages, les premiers adorateurs de Jésus parmi les Gentils, qu’il les instruisit, leur donna le Baptême et les associa à son ministère. Partout, sur son passage, l’Apôtre établissait des chrétientés, ordonnait des prêtres, consacrait des évêques.

Évangélisateur des Indes, c’est pour avoir construit un palais pour un roi que Thomas est représenté avec une équerre d’architecte. Il est parfois également représenté avec la lance qui fut l’instrument de sa mise à mort.

Son tombeau ravagé par les musulmans, restauré par les Portugais, gardait encore quand on l’a ouvert au XXe siècle, des restes de ses os et le fer de la lance qui l’avait frappé, ainsi que des monnaies du règne de Néron.

Les chrétiens de l’Inde attribuent à S. Thomas leur évangélisation et se donnent eux-mêmes le nom de « chrétiens de saint Thomas », et prétendent en garder la tombe.

 

 Saint Thomas, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 177

CHRISTIANISME, CHRISTIANISME (30-600), CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), EGLISE CATHOLIQUE, PAUL (saint ; Apôtre), SAINTETE, SAINTS

Saint Paul apôtre d’après la Légende dorée

SAINT PAUL, APÔTRE.

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Paul signifie bouche de trompette, ou bouche de ceux, ou élu admirable, ou miracle d’élection. Paul vient encore de pausa, qui veut dire repos en hébreu, et en latin modique. Par quoi l’on connaît les six prérogatives particulières à saint Paul. La Ire est une langue fructueuse, car il prêcha l’Evangile depuis l’Illyrie jusqu’à Jérusalem, de là le nom de bouche de trompette. La 2e est un amour de mère, qui lui fait dire : « Qui est faible, sans que je  m’affaiblisse avec lui? (II, Cor., XI) » C’est pour cela que son nom veut dire bouche de ceux, ou bouche de cœur  ainsi qu’il le dit lui-mème (II, Cor., VI). « O Corinthiens, ma bouche s’ouvre, et mon cœur  s’étend par l’affection que je vous porte. » La 3e est une conversion miraculeuse, c’est pour cela qu’il est appelé élu admirable, parce qu’il fut élu et converti merveilleusement. La 4° est le travail des mains,, et voilà pourquoi il est nommé miracle (195) d’élection : ce fut un grand miracle en lui que, de préférer gagner ce qui lui était nécessaire pour vivre et prêcher sans cesse. La 5efut une contemplation délicieuse, parce qu’il fut élevé jusqu’au troisième ciel; de là le nom de repos du Seigneur; car dans la contemplation, repos d’esprit est requis. La 6e est son humilité, de là le nom de modique. Il y a trois opinions au sujet du nom de Paul. Origène veut qu’il ait toujours eu deux noms et qu’il ait été indifféremment appelé Saul et. Paul ; Raban veut qu’avant sa conversion il eut le nom de Saut, du roi orgueilleux Saül, mais qu’après il fut nommé Paul, qui veut dire petit, en esprit et en humilité : et il donne lui-même l’interprétation de son nom quand il dit : «Je suis le plus petit des apôtres. » Bède enfin veut qu’il ait été appelé Paul, de Sergius Paulus, proconsul, converti par lui à la foi. Le martyre de saint Paul fut écrit par saint Lin, pape.

Paul, apôtre, après sa conversion, souffrit beaucoup de persécutions énumérées en ces termes par saint Hilaire : « Paul est fouetté de verges à Philippes; il est mis en prison ; il est attaché par les pieds à un poteau ; il est lapidé à Lystra; il est poursuivi d’Icone et de Thessalonique par les méchants; à Ephése, il est livré aux bêtes ; à Damas, on le descend du haut d’un mur dans une corbeille ; à Jérusalem, il est arrêté, battu, enchaîné, on lui tend. des embûches; à Césarée, il est emprisonné et incriminé: Il est en péril sur mer, dans son voyage en Italie; arrivé à Rome, il est jugé et meurt tué sous Néron. » Il reçut l’apostolat en faveur des gentils ; il redressa un perclus à Lystra; il ressuscita un jeune homme qui, tombé d’une fenêtre, avait rendu le dernier soupir, et fit grand nombre d’autres miracles. Dans l’île de Malte, une vipère lui saisit la main, mais l’ayant secouée dans le feu, il n’en reçut aucune atteinte. On rapporte que (196) tous les descendants de celui qui donna l’hospitalité à saint Paul ne ressentent aucun mal des bêtes venimeuses; et quand ils viennent au monde, le père met des serpents dans leur berceau pour s’assurer s’ils sont vraiment sa lignée. On trouve encore quelquefois que saint Paul est tantôt inférieur à saint Pierre, tantôt plus grand, tantôt égal ; mais en réalité, il lui est inférieur en dignité, supérieur dans la prédication et égal, en sainteté. Haymon rapporte que saint Paul se livrait au travail des mains depuis le chant des poussins jusqu’à la cinquième heure ; ensuite il vaquait à la prédication, de telle sorte que le plus souvent, il prolongeait son discours jusqu’à la nuit: le reste du temps lui suffisait pour ses repas, son sommeil et son oraison. Quand il vint à Rome, Néron, qui n’était point encore confirmé empereur, apprit qu’il s’était élevé une dispute entre Paul et les Juifs au sujet de la loi judaïque et de la foi dés chrétiens : il ne s’en mit pas beaucoup en peine, de sorte que saint Paul allait et prêchait librement où il voulait. Saint Jérôme, en son livre des Hommes illustres, dit que, « 25 ans après la Passion du Seigneur, c’est-à-dire la 2e du règne de Néron, saint Paul fut envoyé à Rome chargé de chaînes, et que pendant deux ans il demeura libre sous une garde; qu’il disputait contre des Juifs, et que relâché ensuite par Néron, il prêcha l’Evangile dans l’Occident. L’an 14 de Héron, il fut décapité la même année et le même jour’ que saint Pierre fut crucifié. » Sa sagesse, et sa religion étaient partout en renom et on le regardait généralement comme un homme admirable. Il se fit beaucoup d’amis dans, la maison de l’empereur, et il (197) les convertit à la foi de J.-C. Quelques-uns de ses écrits furent lus devant le César ; tout le monde en fit grand éloge; le Sénat lui-même avait beaucoup d’estime pour sa personne. Une fois que saint Paul prêchait, vers le soir, sur une terrasse, un jeune homme nommé Patrocle, échanson favori de Néron, monta à une fenêtre pour entendre plus commodément le saint apôtre, à cause de la foule, et s’y étant légèrement endormi, il tomba et se tua. Néron à cette nouvelle eut beaucoup de chagrin de sa mort et aussitôt il pourvut à son remplacement. Mais saint Paul, qui en fut instruit par révélation, dit aux assistants d’aller et de lui rapporter le cadavre de Patrocle, L’ami du César. On le lui apporta et saint Paul le ressuscita, ensuite il l’envoya à César avec ses compagnons. Comme Néron se lamentait sur la perte de son favori, voilà qu’on lui annonce que Patrocle vivant était à la porte. Néron informé que celui qu’il avait cru mort tout à l’heure était en vie, fut extraordinairement effrayé et refusa de le laisser entrer auprès de lui; mais enfin à la persuasion de ses amis, il permit ; qu’on l’introduisît. Néron lui dit: « Patrocle; tu vis? » Et Patrocle répondit: « César; je vis. » Et Néron dit « Oui t’a fait vivre? » Patrocle reprit : « C’est Jésus-Christ, le roi de tous les siècles. » Héron se mit en Colère et dit : « Alors celui-ci régnera sur les siècles et détruira donc les royaumes du monde ? » Patrocle lui répliqua: « Oui, César. » Néron lui donna un soufflet eu disant: « Donc tu es au service de ce roi? » « Oui, répondit Patrocle, je suis à son service, parce qu’il m’a ressuscité d’entre les morts. » Alors cinq des (198) officiers de l’empereur qui l’accompagnaient constamment lui dirent : « Empereur, pourquoi frapper ce jeune homme plein de prudence et qui répond la vérité ? Et nous aussi nous sommes au service de ce roi invincible. » Néron, à ces mots, les fit enfermer en prison, afin de tourmenter cruellement ceux qu’il avait aimés jusqu’alors extraordinairement. Il fit en même temps rechercher tous les chrétiens et il les fit punir tous sans forme de procès : Paul fut conduit, chargé de chaînes, avec les autres, par devant Néron qui lui dit: « O homme, le serviteur du grand roi, mais cependant mon prisonnier, pourquoi  m’enlèves-tu mes soldats et les prends-tu pour toi? » « Ce n’est pas seulement, répondit saint Paul, dans le coin de la terre où tu vis que j’ai levé des soldats, mais j’en ai enrôlé de l’univers entier: notre Roi leur accordera des récompenses qui, loin de leur manquer jamais, les mettront à l’abri. du besoin. Toi, si tu veux lui être soumis, tu seras sauvé. Sa puissance est si grande qu’il viendra juger tous les hommes et qu’il dissoudra par le feu la figure de ce monde. » Quand Néron, enflammé de colère, eut entendu dire à saint Paul que le feu devait dissoudre la figure du monde, il ordonna qu’on fît brûler tous les soldats de J.-C. et de couper la tête à saint Paul, comme coupable de lèse-majesté. Or, la foule de chrétiens qui furent tués était si grande que le peuple romain se porta avec violence au palais et se disposait à exciter une sédition contre Néron, en, criant tout haut : « Arrête, César, suspends le carnage et l’exécution de tes ordres. Ceux que tu fais périr sont nos concitoyens; ce sont (199) les soutiens de l’empire romain. » Néron eut peur et modifia son édit en ce sens que personne ne mettrait la main sur les chrétiens qu’autant que l’empereur’ mieux informé les eût jugés. C’est pourquoi Paul fut ramené et présenté de nouveau à Néron. Il ne l’eut pas plutôt vu qu’il s’écria avec violence : « Emmenez ce malfaiteur, décapitez cet imposteur ; ne laissez pas vivre ce criminel ; défaites-vous de cet homme qui égare les intelligences ; ôtez de dessus la terre ce séducteur des esprits. » Saint Paul lui dit : « Néron, je souffrirai l’espace d’un instant, mais je vivrai éternellement en Notre-Seigneur J.-C. » Néron dit : «Tranchez-lui la tête afin qu’il apprenne que je suis plus puissant que son roi, moi qui l’ai vaincu; et nous verrons s’il pourra toujours vivre. » Saint Paul reprit: « Afin que tu saches qu’après la mort de mon corps, je vis éternellement, quand ma tête aura été coupée,: je t’apparaîtrai vivant, et tu pourras connaître alors que J.-C. est le Dieu de la vie et non de la mort. » Ayant parlé ainsi, il fut mené au lieu du supplice. Dans le trajet, trois soldats qui le conduisaient lui dirent : « Dis-nous, Paul, quel est celui que tu appelles votre roi, que vous aimez au point de préférer mourir pour lui plutôt que de vivre; et quelle récompense vous recevrez de tout cela? » Alors saint Paul, leur parla du royaume de Dieu et des peines de l’enfer de manière qu’il les convertit à la foi. Ils le prièrent d’aller en liberté où il voudrait, mais il leur dit : « A Dieu ne plaise, mes frères, que je prenne la fuite ; je ne suis pas un transfuge, mais un véritable soldat de J.-C. : car je sais que cette vie qui passe me conduira à (200) une vie éternelle; tout à l’heure, quand j’aurai été décapité, des hommes fidèles enlèveront mon corps. Quant à vous, remarquez bien la place, et venez-y demain matin : vous trouverez auprès de mon sépulcre deux hommes en prières, ce sera Tite et Luc ; quand vous leur aurez dit pour quel motif je vous ai adressés à eux, ils vous baptiseront et vous feront participants et héritiers du royaume du ciel. » Il parlait encore quand Néron envoya deux soldats pour voir s’il n’était pas, encore exécuté; et comme saint Paul voulait les convertir, ils dirent: « Lorsque tu seras mort et ressuscité, alors nous croirons ce que tu dis; pour le moment viens vite et reçois ce que tu as mérité. » Amené au lieu du supplice, à la porte d’Ostie, il rencontra une, matrone nommée Plantille ou Lémobie, d’après saint Denys (peut-être elle avait deux noms). Cette dame se mit à pleurer et à se recommander aux prières de saint Paul qui lui dit : « Va, Plantille, fille du salut éternel, porte-moi le voile dont tu te couvres la tête, je  m’en banderai les yeux et ensuite je te le remettrai. » Et comme elle le lui donnait, les bourreaux se moquaient d’elle en disant: « Qu’as-tu besoin de donner à cet imposteur et à ce magicien un voile si précieux que tu perdras ? » Paul étant donc venu au lieu de l’exécution, se tourna vers l’Orient et pria très longtemps dans sa langue maternelle, les mains étendues vers le ciel et en versant des larmes, il rendît grâces. Ensuite, ayant dit adieu aux frères, il se banda les yeux avec le voile de Plantille; puis ayant fléchi les deux genoux en terre, il présenta le cou et fut ainsi décollé. Au moment où sa tête fut détachée du corps, (201) il prononça distinctement en hébreu: « Jésus-Christ » ; nom qui avait été d’une grande douceur pour lui dans sa vie et qu’il avait répété si souvent. On dit en effet que, dans ses Epitres, il répéta Christ, ou Jésus, ou l’un et l’autre ensemble. cinq cents fois. Du lait jaillit du corps mutilé jusque sur les habits d’un soldat * ; ensuite le sang coula : une lumière immense brilla dans l’air et une odeur des plus suaves émana de son corps.

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Saint Denys dans son épître à Timothée s’exprime ainsi sur la mort de saint Paul : « A cette heure pleine de tristesse, mon frère chéri, quand le bourreau dit à saint Paul : « Prépare ton cou », alors le bienheureux apôtre leva les. yeux au ciel, se munit le front et la poitrine du signe de la croix et dit : « Mon Seigneur J.-C., je remets mon esprit entre vos mains.» : et alors sans tristesse et sans contrainte, il présenta le cou et reçut la couronne. » Au moment où le bourreau frappait et tranchait la tête de Paul, ce bienheureux, en recevant le coup, détacha le voile, et reçut son propre sang dans ce voile, le lia, le plia et le rendit à cette femme. Et quand le bourreau fut revenu, Lémobie lui dit : « Où as-tu laissé mon maître Paul? » Le soldat répondit : « Il est étendu là-bas avec son compagnon, dans la vallée du Pugilat, hors de la ville ; et sa figure est couverte de ton voile. » Or, Lémobie répondit : « Voici que Pierre et Paul viennent d’entrer à l’instant, revêtus d’habits éclatants, portant sur la tête des couronnes brillantes et rayonnantes de

 

* Ce fait est rapporté par Grégoire de Tours.

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lumière. » Alors elle leur montra le voile tout ensanglanté : ce qui donna lieu à, plusieurs de croire au Seigneur et de se faire chrétiens (saint Denys). Héron, ayant appris ce qui était arrivé, eut une violente peur et s’entretint de tout cela avec les philosophes et avec ses favoris. 0r, pendant la conversation saint Paul vint les portes fermées; et, debout devant César, il lui dit : «César, voici Paul, le soldat du roi éternel et invincible ; crois au moins maintenant que je né suis pas mort, mais que je vis et toi, misérable, tu mourras d’une mort éternelle, parce que tu tues injustement les saints de Dieu. » Ayant parlé ainsi, il disparut. Alors Néron devint comme fou tant il avait été effrayé; il ne savait ce qu’il faisait. Par le conseil de ses amis, il délivra Patrocle et Barnabé avec les autres chrétiens et leur permit d’aller librement où ils voudraient. Quant aux soldats qui avaient conduit Paul au supplice, savoir Longin, chef des soldats, et Acceste, ils vinrent le matin au tombeau de saint Paul et ils y virent deux hommes, Tite et Luc en prières, et Paul debout au milieu d’eux. Tite et Luc, en voyant les soldats, furent fort effrayés et prirent la fuite ; alors Paul disparut. Mais Longin et Acceste leur crièrent : « Non, ce n’est pas vous que nous poursuivons, ainsi que vous le paraissez croire, mais nous voulons recevoir le baptême de vos mains, comme nous l’a dit Paul que nous venons de voir prier avec vous. » A ces mots, Tite et Luc revinrent et les baptisèrent avec grande joie. Or, la tête de Paul fut jetée dans une vallée, et comme il y en avait beaucoup qui avaient été tués et qu’on avait jetés au même endroit, on ne put la retrouver. Mais (203) on lit dans la même épître de saint Denys, qu’un jour où l’on curait une fosse, on jeta la tête de saint Paul avec les autres immondices. Un berger la prit avec sa houlette et l’attacha sur la bergerie. Pendant trois nuits consécutives, son maître et lui virent une lumière ineffable sur cette tête; on en fit part à l’évêque, et on dit : « Vraiment, c’est la tête de saint Paul. » L’évêque vint avec toute l’assemblée des fidèles; ils prirent cette tête, l’emportèrent et ils la mirent sur une table d’or, ensuite ils essayaient de la réunir au corps. Le patriarche leur dit : «Nous savons que beaucoup de fidèles ont été tués et que leurs têtes furent dispersées ; c’est pourquoi je n’oserais mettre celle-ci sur le corps de saint Paul ; mais plaçons-la aux pieds du corps et demandons au Dieu tout puissant, que si c’est sa tête, le corps se tourne et se joigne à la tête. » Du consentement général, on plaça cette même tête aux pieds du corps de saint Paul, et comme tout le monde était en prière, on fut saisi de voir le corps se tourner et se joindre exactement à la tête. Alors on bénit Dieu et on connut que c’était bien là véritablement le chef de saint Paul (saint Denys). »

Saint Grégoire de Tours, qui vécut du temps de Justin le jeune, rapporte * qu’un homme au désespoir préparait un lacet pour se pendre, sans pourtant cesser d’invoquer le nom de saint Paul, en disant: « Venez à mon secours, saint Paul. » Alors lui apparut une ombre dégoûtante qui l’encourageait en disant : « Allons, bon homme, fais ce que tu as à faire, ne

Mirac., lib. I, c. XXIX ; — Vincent de B., Hist., l, X, c. XXI.

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perds pas de temps. » Mais il disait toujours, en apprêtant son lacet : « Bienheureux Paul, venez à mon secours. » Quand le lacet fut achevé, une autre ombre lui apparut; elle avait une forme humaine, et elle dit à l’ombre qui encourageait cet homme: « Fuis, misérable, car il a appelé saint Paul et le voilà qui vient. » Alors l’ombre dégoûtante s’évanouit et le malheureux rentrant en lui-même jeta son lacet et fit une pénitence convenable. » Il se fait grand nombre de miracles avec les chaînes de saint Paul, et quand beaucoup de personnes en demandent un peu de limaille, un prêtre en détache avec une lime quelques parcelles si vite que cela est fait à l’instant. Cependant il arrive que d’autres personnes, qui en demandent, n’en peuvent obtenir, car c’est inutilement que l’on passe la lime; elle n’en peut rien détacher. — Dans la même épître citée plus haut, saint Denys pleure la mort de saint Paul; son maître, avec des expressions touchantes : « Qui donnera de l’eau à mes yeux, et à mes paupières une fontaine de larmes afin de pleurer, le jour et la nuit, la lumière des Eglises qui vient’ de s’éteindre? Qui est-ce qui ne pleurera. et ne gémira pas? Quel est celui qui ne prendra pas des habits de deuil et ne restera pas muet d’effroi? Voici- en effet que Pierre, le fondement des Eglises, la gloire des saints apôtres, s’est retiré de nous et nous a laissés orphelins; Paul aussi, cet ami des gentils, le consolateur des pauvres, nous l’ait défaut, et il a disparu pour. toujours celui qui fut le père des pères, le docteur des docteurs, le pasteur des pasteurs. Cet abîme de sagesse, cette trompette retentissante, ce prédicateur infatigable de la vérité, en (205) un mot, c’est de Paul le plus illustre des apôtres que je parlé. Cet ange de la terre, cet homme du ciel, cette image de la divinité, cet esprit divin nous a délaissés tous, nous dis-je, misérables et indignes, qu milieu de ce monde qui ne mérite que mépris et qui est rempli de malice. Il est avec Dieu son maître et son ami hélas! mon frère Timothée, le chéri de mon cœur , où est ton père, ton maître et ton ami ? Il ne t’adressera donc plus de salut? Voilà que tu es devenu orphelin, et que tu es resté set-il; il ne t’écrira plus, de sa très sainte main, ces douces paroles: «Très cher fils; viens, mon frère Timothée. » Que s’est-il passé ici de triste, d’affreux, de pernicieux pour que nous soyons devenus orphelins? Tu ne recevras plus de ses lettres où tu pouvais lire ces paroles : « Paul, petit serviteur de J.-C. » Il n’écrira plus désormais de toi aux cités « Recevez mon fils chéri: » Ferme; mon frère, les livres des prophètes; mets-y un sceau, parce que nous n’avons plus personne pour nous en expliquer les paraboles, les comparaisons et le texte. Le prophète David pleurait son fils en s’écriant : «Malheur à moi, mon fils; malheur à moi! » Et moi je  m’écrie: Malheur à moi, mon maître, oui, malheur à moi ! Depuis lors a cessé tout à fait cette affluence de tes disciples qui venaient à Rome et qui, demandaient à nous voir. Personne ne dira plus : Allons trouver, nos docteurs, et interrogeons-les sur la direction à imprimer aux Eglises qui nous sont confiées, et ils nous expliqueront les paroles de Notre-Seigneur J.-C. et celles des prophètes. Malheur, malheur à ces enfants, mon. frère, parce qu’ils sont privés de leurs pères spirituels, parce (206) que le troupeau est abandonné! Malheur à nous aussi, frère, parce que nous sommes privés de nos maîtres spirituels qui possédaient l’intelligence. et la science de l’ancienne et de la nouvelle loi fondues dans leurs épîtres ! Où sont les courses de Paul et les vestiges de ses saints pieds ? où est cette bouche éloquente, cette langue qui donnait des avis si prudents ; cet esprit toujours en paix avec son Dieu ? Qui est-ce qui ne pleurera pas et ne fera. pas retentir l’air de cris ? Car ceux qui ont mérité de recevoir de Dieu gloire et Honneur sont traînés à la mort comme des malfaiteurs. Malheur à moi qui ai vu à cette heure ce corps saint tout couvert d’un sang innocent ! Ah ! quel malheur pour moi ! mon père, mon maître et mon docteur, vous ne méritiez pas de mourir ainsi. Et maintenant donc, où irai-je vous chercher, vous la gloire des chrétiens, l’honneur des fidèles ? quia fait taire votre voix, vous qui faisiez entendre dans les églises des paroles qui avaient la douceur de la flûte, et la sonorité d’un instrument à dix cordes ? Voilà que vous êtes auprès du Seigneur votre Dieu que vous avez désiré de posséder et après lequel vous avez soupiré de tout votre cœur . Jérusalem et Rome, vous vous êtes associées et unies pour faire le mal, Jérusalem a crucifié Notre-Seigneur J.-C., et Rome a tué ses apôtres. Cependant Jérusalem a obéi à celui qu’elle avait crucifié, comme Rome; a établi une solennité pour glorifier celui qu’elle a tué. Et maintenant, mon frère Timothée, ceux que vous; aimiez et que vous regrettiez de tout cœur , je parlé du roi Saul, et de Jonathas, ils n’ont été séparés ni dans la vie, ni dans la mort, et

moi je ne fus séparé de mon seigneur et maître que quand des hommes aussi méchants qu’injustes nous ont séparés. Or, l’heure de cette séparation n’aura qu’un temps :son urne connaît ses amis, sans que ceux-ci lui parlent, et bien qu’ils soient loin d’elle ; mais au jour de la résurrection, ce serait un bien grand dommage d’en être séparé. » Saint Jean Chrysostome, dans son livre de l’Eloge de saint Paul, ne tarit pas quand il parle de ce glorieux apôtre. Voici ses paroles : « Celui-là ne s’est pas trompé qui a appelé l’âme de saint Paul un champ magnifique de vertus et un paradis spirituel. Où trouver une langue digue de le louer, lui dont l’âme possède à elle seule tous les biens qui se peuvent rencontrer dans tous les hommes, et qui réunit non seulement chacune des vertus humaines, mais, ce qui vaut mieux encore, les vertus angéliques ? Loin de nous arrêter, cette considération nous encouragea parler. C’est faire le plus grand éloge d’un héros que d’avouer que sa vertu et sa grandeur sont au-dessus de tout ce qu’on en peut dire. Il est glorieux pour un vainqueur d’être ainsi vaincu. Par quoi donc pouvons-nous mieux commencer ce discours qu’en disant qu’il a possédé tous les biens ? »

On loue Abel d’un sacrifice qu’il a offert à Dieu mais si nous montrons toutes les victimes de Paul, il l’emportera de toute la hauteur qui sépare le ciel de la terre; puisque, chaque jour il s’immolait lui-même par un double sacrifice, celui de la mortification du coeur et celui du corps. Ce n’étaient ni des brebis, ni des boeufs qu’il offrait, c’était lui-même qui s’immolait doublement. Ce n’est pas encore assez au gré (208) de ses désirs; il voulut offrir l’univers en holocauste, la terre, la mer, les Grecs, les barbares, tous les pays éclairés par le soleil,, qu’il parcourt avec la rapidité du vol, où il trouve des hommes, ou, pour mieux dire, des démons, qu’il élève à la dignité des anges. Oit rencontrer une hostie comparable à celle que Paul a immolée avec le glaive de l’Esprit-Saint, et qu’il a offerte sur un autel placé au-dessus du ciel ? Abel a péri sous les coups d’un frère, Paul a été tué par ceux qu’il souhaitait arracher, à d’innombrables maux. Voulez-vous que je vous compte tous les genres de morts de Paul, autant vaut compter les jours qu’il a vécu? Noé se sauva dans l’arche lui et ses enfants : saint Paul construisit une arche pour sauver d’un déluge bien autrement affreux, non pas en assemblant des pièces de bois ; mais en composant ses épîtres, il a délivré le monde en danger au milieu des flots. Or, cette arche n’est pas portée sur des vagues qui battent un seul rivage, elle va sur tout le globe. Ses tablettes ne sont enduites ni de poix ni de bitume, elles sont imprégnées du parfum du. Saint-Esprit : Il les écrit et par elles, de ceux qui étaient, pour ainsi dire, plus insensés que les êtres sans raison, il en fait les imitateurs des anges. Il l’emporte encore sur l’arche qui reçut le corbeau et ne rendit que le corbeau, qui avait renfermé le loup sans lui faire perdre son naturel farouche : tandis que Paul prend les vautours et les milans pour en faire des colombes, pour inoculer la mansuétude de l’esprit dans des coeurs féroces. On admire Abraham qui, par l’ordre de Dieu, abandonna sa patrie et ses parents ; mais comment l’égaler à Paul. Il n’a pas seulement (209) quitté son pays, ses parents, c’est le monde lui-même; c’est plus encore; c’est le ciel, le ciel es cieux; il méprise tout cela afin de servir J.-C., ne se réservant à la place, qu’une seule chose, la charité de Jésus. « Ni les choses présentes, dit-il, ni celles qui sont à venir, ni tout ce qu’il y a de plus haut ou de plus profond, nulle créature enfin ne me pourra jamais séparer de l’amour de Dieu qui est fondé en J.-C. N.-S. » Abraham s’expose au danger pour délivrer de ses ennemis le fils de son frère, mais Paul, afin d’arracher l’univers à la puissance des démons, a affronté des périls sans nombre et a mérité aux autres une pleine sécurité par la mort qu’il souffrait tous les jours. Abraham encore a voulu immoler son fils. Paul s’est immolé lui-même des milliers de fois. Il s’en trouve qui admirent la patience d’Isaac laissant combler le puits creusé par ses mains; mais ce n’étaient pas des puits que Paul laissait couvrir de pierres, c’était son corps à lui, et ceux qui l’écrasaient, il cherchait à les élever jusqu’au ciel. Et plus cette fontaine était comblée, plus haut elle jaillissait, plus elle débordait, au point de donner naissance à plusieurs fleuves. L’écriture parle avec admiration de la longanimité et de la patience de Jacob; eh bien ! trouvez une âme à la trempe de diamant qui atteigne à la patience de Paul. Ce n’est pas pendant. sept ans, mais toute sa vie qu’il s’enchaîne à l’esclavage pour l’épouse de J.-C. Ce n’est pas seulement la chaleur du jour ni le froid des nuits. Ce sont mille épreuves qui l’assaillent. Tantôt battu de verges, tantôt accablé et broyé sous une grêle de pierres, toujours il se relève pour arracher les brebis de la gueule des (210) démons. Joseph est illustre par sa pureté; mais j’aurais à craindre de tomber ici dans le ridicule en voulant louer saint Paul, lui qui se crucifiait lui-même, voyait toute la beauté du corps humain et tout ce qui paraît brillant du même oeil que nous regardons de la fumée et de la cendre, semblable à un mort qui reste immobile à côté d’un cadavre. Tout le monde est effrayé de la conduite de Job. C’était en effet un merveilleux athlète. Mais Paul n’eut pas à soutenir des combats de quelques mois, son agonie dure des années. Sans être réduit à racler ses plaies avec des morceaux de vase, il sort éclatant de la gueule du lion qui, dans la personne de Néron, s’est jeté sur lui coup sur coup : et après des combats et des épreuves innombrables, il avait l’éclat de la pierre la mieux polie. Ce n’était pas de trois ou quatre amis, mais de tous les infidèles, de ses frères même, qu’il eut à endurer les opprobres ; il fut conspué et maudit de tous: Il exerçait cependant largement l’hospitalité; il était plein de sollicitude à l’égard des pauvres; mais l’intérêt qu’il portait aux infirmes, il l’étendait aux âmes souffrantes. La maison de Job était ouverte à tout venant; l’âme de Paul renfermait le monde. Job possédait d’immenses troupeaux de boeufs et de brebis, il était libéral envers les indigents : Paul ne possède rien que son corps et il se partage en faveur des pauvres. « Ces mains, dit-il; ont pourvu à  m’es besoins propres, comme aux besoins de ceux, qui étaient avec moi. » Job rongé par les vers souffrait d’atroces douleurs; Irais comptez les coups reçus par Paul, calculez à quelles angoisses l’ont réduit la faim; les chaînes et (211) les périls qu’il a subis de la part de ses familiers, comme des étrangers, de l’univers entier, en un mot voyez la sollicitude qui le dévore pour toutes les Églises, le feu qui le brûle quand il sait quelqu’un scandalisé, et vous comprendrez que son âme était plus dure que la pierre, plus forte. que le fer et que le diamant.

Ce que Job souffrait dans ses membres, Paul le souffrit en son âme. Les chutes de chacun de ses frères lui causaient des chagrins plus vifs que toutes les douleurs; aussi coulait-il de ses yeux, le jour comme la nuit, des fontaines de larmes. C’étaient les étreintes d’une femme en travail: «Vies petits enfants, s’écriait-il, je sens de nouveau pour vous les douleurs de l’enfantement. » Moïse, pour le salut des Juifs, s’offrit à être effacé du livre de vie : Moïse donc s’offrit à mourir avec les autres, mais Paul voulait mourir pour les autres, non pas avec ceux qui devaient périr, mais pour obtenir le salut d’autrui, il engageait son salut éternel. Moïse résistait à Pharaon ; Paul luttait tous les jours avec le démon; le premier combattait pour une nation, le second pour l’univers, non pas jusqu’à la sueur de son front, mais jusqu’à donner son sang. Jean se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage, Paul au milieu du tourbillon du monde comme le précurseur au milieu du désert, n’avait pas même de sauterelles ni de miel. Il se contentait de mets moins recherchés encore. Sa nourriture était le feu de la prédication. Toutefois devant. Néron, Jean fit preuve d’un grand courage, mais ce ne fut pas un, ni deux, ni trois, mais des tyrans sans (212) nombre, aussi haut placés et plus cruels encore que Paul eut à reprendre.

Il me reste à comparer Paul avec les anges; sa part n’est pas moins brillante, puisqu’il n’eut souci que d’obéir à Dieu. Quand David s’écriait transporté d’admiration : « Bénissez le Seigneur, vous tous qui êtes ses anges, qui êtes puissants et remplis de force pour faire ce qu’il vous: dit, pour obéir à sa voix et à ses ordres. Mon Dieu, dit-il ailleurs, vous rendez vos anges légers comme le vent et vos ministres actifs comme des flammes ardentes. » Mais nous pouvons trouver ces qualités dans Paul. Semblable à la flamme et au vent il a parcouru l’univers, et, dans sa course, il l’a purifié. Toutefois il n’était pas encore participant de la béatitude céleste; et c’est là le prodige qu’il ait tant fait n’étant encore revêtu que d’une chair mortelle. Quel sujet de condamnation pour nous de n’avoir point à coeur d’imiter la moindre des qualités qui se trouvent réunies dans un seul homme! Sans avoir reçu ni une autre nature ni une autre âme que nous, sans avoir habité un autre monde, mais placé sur la même terre et dans les mêmes régions, élevé sous l’empire des mêmes lois et des mêmes usages, il a surpassé tous les hommes de son siècle et ceux du siècle à venir. Ce que je trouve d’admirable en lui, c’est que non seulement dans l’ardeur de son zèle, il ne sentait pas les peines qu’il essuyait pour 1a vertu, mais qu’il embrassa ce noble parti sans attendre aucune récompense. L’attrait d’une rétribution ne nous engage point à entrer dans la lice où saint Paul courait avec empressement, sans qu’aucun prix vînt animer son courage et (213) son amour ; et il acquérait chaque jour plus de force, i1 montrait une ardeur toujours nouvelle au milieu des périls. Menacé de la mort, il invitait les peuples à partager la joie dont il était pénétré : « Réjouissez-vous, leur disait-il, et félicitez-moi. » Il courait au-devant des affronts et des outrages que lui attirait la prédication, beaucoup plus que nous ne cherchons la gloire et les honneurs ; il désirait la mort beaucoup plus que nous n’aimons la vie ; il chérissait beaucoup plus la pauvreté que nous n’ambitionnons les richesses ; il embrassait les travaux et les peines avec beaucoup plus d’ardeur que nous ne désirons les voluptés et le repos après les fatigues; il s’affligeait plus volontiers que les autres ne se réjouissent; il priait pour ses ennemis avec plus de zèle que les autres ne s’emportent contre eux en imprécations. La seule chose devant laquelle il reculait avec; horreur, c’était d’offenser Dieu ; mais ce qu’il désirait surtout, c’était de lui plaire. Aucun des biens présents, je dis même aucun des biens futurs, ne lui semblait désirable ; car ne me parlez pas de villes, de nations, d’armées, de provinces, de richesses, de puissante ; tout cela n’était à ses yeux que des toiles d’araignée; mais considérez le bonheur qui nous est promis dans le ciel, et alors vous verrez tout l’excès de son amour pour Jésus. La dignité des anges et des archanges, toute la splendeur céleste n’étaient rien pour lui en comparaison de la douceur de cet amour ; l’amour de Jésus était pour lui plus que tout le reste. Avec cet amour, il se regardait comme le plus heureux de tous les êtres ; il n’aurait pas voulu, sans cet amour, habiter au milieu des Thrônes et des Dominations, (214) il aurait mieux aimé, avec la charité de Jésus, être le dernier de la nature, se voir condamné aux plus grandes peines, que, sans elle, en être le premier et obtenir les plus magnifiques récompenses. Être privé de cette charité était pour lui le seul supplice, 1e seul tourment, le seul enfer, le comble de tous les maux ; posséder cette même charité était pour lui la seule jouissance ; c’était la vie, le monde, les anges, les choses présentes et futures, c’était le royaume, c’étaient les promesses, c’était le comble de tous lesbiens; tous les objets visibles, il les méprisait comme une herbe desséchée. Les tyrans, les peuples furieux; ne lui paraissaient que des insectes importuns ; la mort, les supplices, tous les tourments imaginables, ne lui semblaient que des jeux d’enfants, à moins qu’il ne fallût les souffrir pour l’amour de J.-C., car alors il les embrassait avec joie, et il se glorifiait de ses chaînes plus que Néron du diadème qui décorait son front. Sa prison, c’était pour lui le ciel même ; les coups de fouet et les blessures lui semblaient préférables a la couronne de l’athlète vainqueur. Il ne chérissait pas moins la récompense que le travail qu’il regardait comme une récompense; aussi l’appelait-il, une grâce; puisque ce qui cause en nous de la tristesse lui procurait: une satisfaction abondante. Il gémissait sous le poids d’une peine continuelle, et il disait : « Qui est scandalisé, sans que je brille ? » A moins qu’on ne dise que cette peine était assaisonnée d’un certain plaisir. Ainsi, blessée du coup qui a tué son fils, une mère éprouve quelque consolation à se trouver seule avec sa douleur, tandis que son coeur est plus oppressé lorsqu’elle ne peut donner un libre (215) cours à ses larmes. De même saint Paul recevait un soulagement de pleurer nuit et jour; car jamais personne ne déplora ses propres maux aussi vivement que cet apôtre déplorait les maux d’autrui. Quelle était, croyez-vous, sa douleur en voyant que c’en était fait des Juifs, lui qui demandait d’être déchu de la gloire céleste, pourvu qu’ils fussent sauvés ? A quoi donc pourrait-on le comparer ? à quelle nature de fer ? à quelle nature de diamant ? de quoi dirons-nous qu’était composée son âme? de diamant ou d’or? elle était plus ferme que le plus dur diamant, plus précieuse que l’or et que les pierreries. du plus grand prix. A quoi donc pourra-t-on comparer cette âme ? à rien de ce qui existe. Il y aurait peut-être une comparaison possible, si, par une heureuse alliance, on donnait à l’or la force du diamant ou au diamant l’éclat de l’or. Mais pourquoi le comparer à l’or et au diamant? mettez le inonde entier dans la balance, et vous verrez que l’âme de Paul l’emportera. Le monde et tout ce qu’il y a dans le monde ne valent pas Paul. Mais si le monde ne le vaut pas, qu’est-ce qui le vaudra? peut-être le ciel. Mais le ciel lui-même n’est rien en comparaison de Paul ; car s’il a préféré lui-même l’amour de Dieu au ciel et à tout ce qu’il renferme, comment le Seigneur, dont la bonté surpasse autant celle de Paul que la bonté même surpasse la malice, ne le préférerait-il pas à tous les cieux ? Dieu, oui, Dieu nous aime bien plus que nous ne l’aimons, et son amour surpasse le nôtre plus qu’il n’est possible de l’exprimer. Il l’a ravi dans le paradis, jusqu’au troisième ciel: Et cette faveur lui était due, puisqu’il marchait sur la terre comme s’il (216) eût conversé avec les anges, puisque, enchaîné à un corps mortel, il imitait leur pureté ; puisque, sujet à mille besoins et à mille faiblesses, il s’efforçait de ne passe montrer inférieur aux puissances célestes. Il a parcouru toute la terre comme s’il eût eu des ailes; il était au-dessus des travaux et des périls, comme si déjà il eût pris possession du ciel; il était éveillé et attentif comme s’il n’eût point eu de corps ; et méprisait les choses de la terre comme s’il eût habité au milieu des puissances incorporelles. Des nations diverses ont été souvent confiées au soin des anges; mais aucun d’eux n’a dirigé la nation remise à sa garde comme Paul a dirigé toute la terre. Comme nu père qui voyant son enfant égaré par la frénésie serait d’autant plus touché de son état, et verserait d’autant plus de larmes que, dans les violences de ses transports, il lui épargnerait moins les outrages et les coups ; ainsi le grand apôtre prodiguait à ceux qui le maltraitaient tous les soins d’une piété ardente. Souvent il gémissait sur le sort de ceux qui l’avaient battu de verges cinq fois, qui étaient altérés de son sang, il s’affligeait et priait pour eux en disant : « Il est vrai, mes frères, que je sens dans mon cœur  une grande affection pour le salut d’Israël et que je le demande à Dieu par mes prières. » En voyant leur réprobation, il était pénétré d’une douleur excessive. Et comme le fer jeté dans le feu devient feu tout entier,, de même Paul, enflammé du feu de la charité, était devenu tout charité. Comme s’il eût été le père commun de toute la terre, il imita, ou plutôt il surpassa tous les pères, quels qu’ils fussent, pour les soins temporels et spirituels: Car c’était chacun (217) des hommes qu’il souhaitait présenter à Dieu, comme si lui seul eût engendré le monde entier; de telle sorte qu’il avait hâte d’en introduire tous les habitants dans le royaume de Dieu, se donnant corps et âme pour eux qu’il chérissait. Cet homme ignoble, cet artisan qui préparait des peaux acquit un tel courage qu’en trente ans à peine, il soumit au joug de la vérité les Romains et les Perses, les Parthes avec les Mèdes, les Indiens et les Scythes, les Ethiopiens et les Sarmates, les Sarrasins, enfin toutes les races humaines, et semblable à du feu jeté dans la paille et le foin, il dévorait toutes les œuvres  des démons. Au son de sa voix, tout disparaissait comme dans le plus violent incendie, tout cédait, et culte des idoles, et menaces des tyrans, et embûches des faux frères. Comme au premier rayon du soleil les ténèbres fuient, les adultères et les voleurs disparaissent, les homicides se cachent dans les antres, le grand jour brille, tout est éclairé de l’éclat de sa présence, de même et mieux encore, partout où Paul sème la bonne nouvelle, l’erreur était chassée, la vérité. renaissait, les adultères et autres abominations disparaissaient, ainsi que la paillé jetée au feu. Brillante comme la flamme, la vérité s’élevait resplendissante jusqu’à la hauteur des cieux, soulevée, pour ainsi dire, par ceux qui semblaient l’étouffer ; les périls et les violences ne savent en arrêter la marche. Telle est l’erreur qui, si elle ne rencontre pas d’obstacles, s’use ou disparaît insensiblement, telle au contraire est la vérité, qui, sous les attaques de nombreux adversaires, renaît et s’étend. Or, puisque Dieu nous a tellement ennoblis que par nos efforts nous pouvons (218) parvenir à devenir semblables à lui, afin de nous ôter le prétexte que pourrait suggérer notre faiblesse, nous avons en commun avec lui le corps, l’âme, les aliments, le même créateur, et de plus son Dieu c’est notre Dieu. Voulez-vous connaître les dons que le Seigneur lui a départis ? Ses vêtements étaient la terreur des démons. Un prodige plus merveilleux encore, c’est que quand, il bravait les périls, on ne pouvait le taxer de témérité; ni lui reprocher de la timidité lorsqu’ils surgissaient. C’était pour avoir le temps d’instruire qu’il aimait la vie présente, tandis qu’elle ne restait qu’un sujet de mépris dès lors que par la sagesse qui l’éclairait, il entrevoyait combien le monde est vil. Enfin voyez-vous Paul s’échapper au péril? gardez-vous de l’en admirer mains que quand il a le plaisir de s’y exposer. Cette conduite annonce autant de fermeté d’une part, que de sagesse de l’autre. L’entendez-vous parler de lui avec quelque satisfaction? vous pouvez l’admirer autant que lorsque vous le voyez se mépriser. Ici c’est de la grandeur d’âme, là de l’humilité. C’était un plus grand mérite à lui de parler de soi que de taire ses louanges; car s’il ne les avait dites, il eût été plus coupable que ceux qui se vantent à tout propos; en effet s’il n’eût pas été glorifié, il eût entraîné dans la ruine ceux qui lui avaient été confiés, tandis qu’en s’humiliant, il les élevait. Paul a mérité plus en se  glorifiant qu’un autre qui aurait caché ce qui le distingue : celui-ci, par l’humilité qui lui fait cacher ses mérites, gagne moins que celui-là en les manifestant. C’est un grand défaut de se vanter, c’est le fait d’un extravagant de vouloir accaparer les louanges dès lors (219) qu’il n’y a aucune nécessité. Il est évident que Dieu n’est pas là et que c’est folie ; quand bien même on l’aurait gagnée à la sueur de son front, on perd sa récompense. S’élever au-dessus des autres dans ses propos, se vanter avec ostentation n’appartient qu’à un arrogant ; mais rapporter ce qui est d’essentielle nécessité, c’est le propre d’un homme qui aime le bien, qui cherche à se rendre utile. Telle fut la conduite de Paul, qui, pris pour un fourbe, se crut obligé de donner des preuves manifestes de sa dignité; toutefois, il s’abstient de dévoiler bien des choses et de celles qui étaient de nature à l’honorer le plus. «J’en viendrai maintenant, dit-il, aux visions et aux révélations du Seigneur », et il ajoute : « Mais je me retiens. » Pas un prophète, pas un apôtre n’eut aussi souvent que Paul des entretiens avec Dieu, et c’est ce qui le fait s’humilier davantage. Il parut redouter les coups afin de vous apprendre qu’il y avait en lui deux éléments sa volonté ne l’élevait pas seulement au-dessus du commun des hommes; mais elle en faisait un ange. Redouter les coups n’est pas un crime, c’est de commettre une indignité par la peur qu’ils inspirent. Dès lors qu’en les craignant,, il sort victorieux de la lutte, il est bien autrement admirable que celui que la peur n’atteint pas ; comme ce n’est as une faute de se plaindre mais de dire ou de faire par faiblesse ce qui déplaît à Dieu. Nous voyons par là ce que fut Paul; avec les infirmités de la nature, il s’éleva au-dessus de la nature, et s’il redouta la mort, il ne refusa pas de la subir. Être l’esclave des infirmités : c’est un crime, mais ce n’est pas d’être revêtu d’une nature qui y est (220) sujette ; de telle sorte que c’est un titre de gloire pour lui d’avoir, par force de volonté, surmonté la faiblesse de la nature ; ainsi il se laissa enlever Paul surnommé Marc. Ce fut ce qui l’anima dans tout le cours de sa prédication, car ce ministère ne s’exerce pas avec mollesse et irrésolution, mais bien avec une force et un courage constamment égaux qui s’engage dans cette fonction sublime doit être disposé à s’offrir mille fois à la mort et aux dangers. S’il n’est pas animé par cette pensée, son exemple perdra un bien grand nombre de fidèles ; mieux vaudrait qu’il s’abstînt et qu’il s’occupât uniquement de soi-même. Un pilote, un gladiateur, un homme qui combat les bêtes féroces, personne enfin n’est obligé d’avoir le coeur disposé au danger et à la mort, comme celui qui s’est chargé d’annoncer la parole de Dieu; car celui-ci a à courir de bien plus grands périls, et il doit combattre des adversaires plus violents et d’une toute autre condition ; c’est avoir: le ciel pour récompense ou l’enfer pour son supplice.’ Si entre quelqu’un d’eux, il surgit une contestation, ne regardez pas cela comme un crime, il n’y a faute que quand la querelle est sans prétexte et sans juste motif. Il faut y voir l’action de la Providence qui veut, réveiller de l’engourdissement et de l’inertie les âmes endormies et découragées. Comme l’épée a son tranchant, l’âme aussi a reçu le tranchant de la colère dont elle doit user au besoin. La douceur est bonne en tout temps; cependant il faut l’employer selon les circonstances, autrement elle devient un défaut. Aussi Paul l’a mise en pratique et dans sa colère il valait mieux que ceux dont le langage (221) ne respirait pas la modestie. Le merveilleux en lui était que, chargé, de chaînes, couvert de coups et de blessures, il fut plus brillant que ceux qui sont ornés de l’éclat de là pourpre et du diadème. Alors qu’il était traîné chargé de chaînes à travers des mers immenses, sa joie était aussi vive que si on l’eût mené prendre possession d’un grand royaume. A peine est-il entré dans Rome qu’il cherche à en sortir pour parcourir l’Espagne. Il ne prend pas même un jour de repos; le feu est moins actif que son zèle à évangéliser; les périls, il les brave, les moqueries, il ne sait en rougir.

Ce qui met le comble à mon admiration, c’est qu’avec une pareille audace, quand il était constamment armé pour le combat, lorsqu’il ne respirait qu’une ardeur toute guerrière, il restait calme et prêt à tout. Il vient de sévir, ou plutôt sa colère vient d’éclater quand on lui commande d’aller à Tharse ; et il y va. On lui dit qu’il faut descendre par la muraille dans une corbeille, il se laisse faire. Et pourquoi? pour évangéliser encore et traîner à sa suite vers J. C. une multitude de croyants. Il ne redoutait qu’un malheur, c’était de quitter la terre et de ne pas avoir sauvé le plus grand nombre. Quand des soldats voient leur général couvert de blessures, ruisselant de sang, sans que toutefois il cesse de tenir tête a l’ennemi, mais que toujours il brandit sa lance, jonche le sol des cadavres qui sont tombés sous ses coups, et qu’il ne compte pour rien sa propre douleur, un pareil. sang-froid les électrise. Il en advint ainsi à Paul. Quand on le voyait chargé de chaînes et prêchant néanmoins dans sa prison, quand on le voyait blessé et convertissant ceux (222) qui le frappaient, il y avait certes de quoi puiser une grande confiance. Il veut le faire entendre alors qu’il dit que plusieurs de ses frères en Notre-Seigneur, se rassurant par cet heureux succès de ses liens, ont conçu une hardiesse nouvelle pour annoncer la parole de Dieu sans aucune crainte. Il en concevait lui-même une joie plus ferme, et son courage contre ses adversaires s’en augmentait d’autant. Comme du feu tombant sur une grande sorte de matières se nourrit et s’étend, de même le langage de Paul attire tous ceux qui l’écoutent. Ses adversaires deviennent la pâture de ce feu, puisque, par eux, la flamme de l’Evangile augmentait de plus en plus (saint Jean Chrysostome).

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La Légende dorée de Jacques de Vorogine,  nouvellement traduite en français avec introduction, notes et recherches sur les sources par l’Abbé J.-M. Roze, chanoine honoraire de la Cathédrale d’Amiens. Paris, Edouard Rouveyre éditeur, 1902.

© Numérisation Abbaye Saint Benoît de Port-Valais en la fête de la chaire de Saint Pierre 22 février 2004

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CHRISTIANISME, CHRISTIANISME (30-600), PAPAUTE, PIERRE (saint ; apôtre), SAINTETE, SAINTS

Saint Pierre apôtre dans la Légende dorée

SAINT PIERRE, APÔTRE **

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Pierre eut trois noms : il s’appela 1° Simon Barjona. Simon veut dire obéissant, ou se livrant à la tristesse. Barjona, fils de colombe, en syrien bar veut dire fils, et en hébreu; Jona signifie (173) colombe. En effet, il fut obéissant; quand J.-C. l’appela, il obéit, au premier mot d’ordre du Seigneur: il se livra à la tristesse. quand il renia J.-C. « Il sortit dehors et pleura amèrement. » Il fut fils de colombe parce qu’il servit Dieu avec simplicité d’intention. 2° Il fut appelé Céphas, qui signifie chef ou pierre, ou blâmant de bouche: chef, en raison qu’il eut 1a primauté dans la prélature; pierre, en raison de la fermeté dont il fit preuve dans sa passion; blâmant de bouche, en raison de la constance de sa prédication. 3° Il fut appelé Pierre, qui veut dire connaissant, déchaussant, déliant: parce qu’il connut la divinité de J.-C. quand il dit: « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant » ; il se dépouilla de toute affection pour les siens, comme de toute oeuvre morte et terrestre, lorsqu’il dit: « Voilà que nous avons tout quitté pour vous suivre » ; il nous délia des chaînes du péché par les clefs qu’il reçut du Seigneur. Il eut aussi trois surnoms : 1° on l’appela Simon Johanna, qui veut dire beauté du Seigneur; 2° Simon, fils de Jean, qui veut dire à qui il a été donné ; 3° Simon Barjouay qui veut dire fils de colombe. Par ces différents surnoms on doit: entendre qu’il posséda la beauté de moeurs, les dons des vertus, l’abondance des larmes, car la colombe gémit au lieu de chanter. Quant au nom de Pierre, ce fut J.-C. qui permit qu’on le lui donnât puisqu’il dit (Jean, I) : « Vous vous appellerez Céphas, qui veut dire Pierre. » 2° Ce fut encore J.-C. qui le lui donna après le lui avoir promis, selon qu’il est dit dans saint Marc (III) : « Et il donna. à Simon le nom de Pierre. » 3° Ce fut J.-C. qui le lui confirma, puisqu’il dit dans saint Mathieu (XVI) « Et moi je vous dis que vous êtes Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église.» Son martyre fut écrit par saint Marcel, par saint Lin, pape, par Hégésippe et par le pape Léon.

** La plupart des faits qui: ont rapport à saint Pierre et que signalent les livres saints sont consignés ici. Le reste est tiré d’un livre connu sous le nom d’Itinéraire de saint Clément, regardé comme apocryphe, mais cité par un grand nombre d’auteurs des premiers siècles.

 

Saint Pierre, fut celui de tous les apôtres qui eut la plus grande ferveur : car il voulut connaître celui qui trahissait le Seigneur, en sorte que s’il l’eût connu, dit saint Augustin, il l’eût déchiré avec les dents : et c’est pour cela que le Seigneur ne voulait pas révéler le nom de ce traître. Saint Chrysostome dit aussi que (174) si J.-C. avait prononcé son nom, Pierre aussitôt se serait levé et l’aurait massacré sur l’heure. 11 marcha sur la mer pour aller au-devant du Seigneur ; il fut choisi pour être le témoin de la Transfiguration de son maure et pour assister à la résurrection de la fille de Jaïre; il trouva, dans la bouche du poisson, la pièce d’argent de quatre dragmes pour le tribut ; il reçut du Seigneur les clefs du royaume des cieux; il eut la commission de faire paître les brebis ; au jour de la Pentecôte, par sa prédication, il convertit trois mille hommes ; il prédit la mort d’Ananie et de Saphire : il guérit Enée de sa paralysie; il baptisa Corneille; il ressuscita Tabithe; il rendit la santé aux infirmes par l’ombre de son corps ; mis en prison par Hérode, il fut délivré par un ange. Pour sa nourriture et son vêtement, il nous témoigne lui-même quels ils furent, au livre de saint Clément : « Je ne me nourris, dit-il, que de pain avec des olives et rarement avec des légumes ; quant à mon vêtement, vous le voyez, c’est une tunique et un manteau, et avec cela je ne demande rien autre chose. » On rapporte aussi qu’il portait toujours dans son sein un suaire pour essuyer les larmes qu’il versait fréquemment ; car quand la douce allocution du Seigneur et la présence de Dieu lui venaient à la mémoire, il ne pouvait retenir ses pleurs, tant était grande la tendresse de son amour. Mais quand il se rappelait la faute qu’il commit en reniant J.-C., il répandait des torrents de larmes : il en contracta tellement l’habitude de pleurer, que sa figure paraissait toute brûlée, selon I’expression de saint Clément. Le même saint rapporte qu’en entendant le chant du coq, (175) saint Pierre avait coutume de se lever pour faire oraison et de pleurer abondamment. Saint Clément dit encore, comme on le trouve dans l’Histoire ecclésiastique*, que lorsqu’on menait au martyre la femme de saint Pierre, celui-ci tressaillit d’une extraordinaire joie, et l’appelant par son propre nom, il lui cria : « O ma femme, souvenez-vous du Seigneur. » Une fois, saint Pierre avait envoyé deux de ses disciples prêcher; après avoir cheminé pendant vingt jours, l’un d’eux mourut, et l’autre revint trouver saint Pierre, et lui raconter l’accident qui était arrivé (on dit que ce fut saint Martial, ou selon quelques autres, saint Materné. On lit ailleurs que le premier fut saint Front, et que son compagnon, celui qui était mort, c’est-à-dire le second, fut le prêtre Georges). Alors saint Pierre lui donna soli bâton avec ordre d’aller retrouver son compagnon et de poser ce bâton sur le cadavre. Quand il l’eut fait, ce mort de quarante jours se leva tout vivant **.

En ce temps-la, il se trouvait à Jérusalem un magicien, nommé Simon, qui se disait être la première vérité; il avançait que ceux qui croyaient en lui devenaient immortels ; enfin il prétendait que rien ne lui était impossible. On lit aussi, dans le livre de saint Clément; que Simon avait dit: « Je serai adoré comme un Dieu ; on me rendra publiquement les honneurs divins; et tout ce que j’aurai voulu faire, je le pourrai. Un jour que ma mère Rachel  m’ordonnait d’aller dans les

* Eusèbe, lib. III, c. XXX ; — Clément d’Alexand., l. VII. Ses paroles à sa femme qu’on menait au martyre.

** Harigarus, c. VI ; — Orton de Friocesque, Chronique, III., XV; – Pierre de Cluny, Contre les Petrobrusiens.

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champs pour faire la moisson, je vis une faux parterre à laquelle je commandai de faucher d’elle-même : et elle faucha dix fois plus que les autres moissonneurs. » Il ajouta, d’après saint Jérôme: « Je suis la parole de Dieu; je suis beau, je suis le paraclet, je suis tout-puissant, je suis le. tout de Dieu. » Il faisait aussi mouvoir des serpents d’airain ; rire des statues de bronze ou de pierre, et chanter des chiens: Simon donc, comme le dit saint Lin, voulant discuter avec saint Pierre et montrer qu’il. était Dieu, saint Pierre vint le jour indiqué, au lieu de la conférence, et dit aux assistants : « La paix soit avec vous, mes frères, qui aimez la vérité. » Simon lui dit : « Nous n’avons pas besoin de la paix, nous : car si la paix et la concorde existent ici, nous ne pourrons parvenir à trouver la vérité : ce sont les larrons qui ont la paix entre eux ; n’invoque donc pas la paix, mais la lutte : entre deux champions il y aura paix, quand l’un aura été supérieur à l’autre. » Et Pierre répondit : « Qu’as-tu à craindre d’entendre parler de paix ? C’est du péché que naît la guerre, et là où n’existe pas le péché, règne la paix. On trouve la vérité dans les discussions et la justice dans les oeuvres. » Et Simon reprit : « Ce que tu avances n’a pas de valeur, mais je te montrerai la puissance de ma divinité afin que tu  m’adores aussitôt. Je suis la première vertu et je puis voler parles airs, créer de nouveaux arbres, changer les pierres en pain, rester dans le feu sans en être endommagé et tout ce que je veux, je le puis faire. » Saint Pierre donc discutait contre lui et découvrait tous ses maléfices. Alors Simon, voyant qu’il ne pouvait résister au saint apôtre, jeta (177) dans la mer tous ses livres de magie, de crainte d’être dénoncé comme magicien ; et alla à Rome afin de s’y faire passer pour Dieu. Aussitôt que saint Pierre eut découvert cela, il le suivit et partit pour Rome.

La quatrième année de l’empire de Claude, saint Pierre arriva à Rome, où il resta vingt-cinq ans. Et il ordonna évêques Lin et Clet, pour être ses coadjuteurs, l’un, comme le rapporte Jean Beleth *, dans l’intérieur de la ville, l’autre dans la partie qui était hors des murs. En se livrant avec grand zèle à la prédication, il convertissait beaucoup de monde à la foi, et guérissait la plupart des infirmes. Et comme dans ses discours il louait et recommandait toujours de préférence la chasteté, il convertit les quatre concubines d’Agrippa qui se refusèrent à retourner davantage au près de ce gouverneur. Alors celui-ci entra en fureur et il cherchait l’occasion de nuire à l’Apôtre. Ensuite le Seigneur apparut à saint Pierre et lui dit: « Simon et Néron forment des projets contre ta personne; mais ne crains rien, car je suis avec toi pour te délivrer, et je te donnerai la consolation d’avoir auprès de toi mon serviteur Paul qui demain entrera dans Rome. Or, saint Pierre, sachant, comme le dit saint Lin, que dans peu de temps il devait quitter sa tente, dans l’assemblée des frères, il prit la main de saint Clément, l’ordonna évêque et le força à siéger en sa place dans sa chaire. Après cela Paul arriva à Rome, ainsi que le Seigneur l’avait prédit, et commença à prêcher J.-C. avec saint Pierre. Or, Néron avait un tel attachement

* Cap. CXXXVIII.

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pour Simon qu’il le pensait certainement être le gardien de sa vie, son salut, et celui de toute la ville. Un jour donc, devant Néron (c’est ce qu’en dit saint Léon, pape), sa figure changeait subitement, et il paraissait tantôt plus vieux et tantôt plus jeune. Néron, qui Noyait cela, le regardait comme étant vraiment le fils de Dieu. C’est pourquoi Simon le magicien dit à Néron, toujours d’après saint Léon : « Afin que tu saches, illustre empereur, que je suis le fils de Dieu, fais-moi décapiter et trois jours après je ressusciterai. » Néron ordonna donc au bourreau qu’il eût à décapiter Simon. Or, le bourreau, en croyant couper la tête à Simon, coupa celle d’un bélier: grâce à la magie,Simon échappa sain et entier, et ramassant les membres du bélier il les cacha ; puis il se cacha pendant trois jours : or, le sang du bélier resta coagulé dans la même place. Et le troisième jour Simon se montra à Néron et lui dit

« Fais essuyer mon sang qui a été répandu ; car me voici ressuscité trois jours après que j’ai été décollé, comme je l’avais promis. » En 1e voyant Néron fut stupéfait et le regarda comme le vrai fils de Dieu. Un jour encore qu’il était dans une chambre avec Néron, le démon qui avait pris sa forme parlait au peuple dehors : enfin les Romains l’avaient en si grande vénération qu’ils lui élevèrent une statue sur laquelle ils mirent cette inscription : Simoni Deo sancto *, A Simon le Dieu saint.

Saint Pierre et saint Paul, au témoignage de saint Léon, allèrent chez Néron et dévoilèrent tous les

* Voyez Eusèbe, lib. II, c. XIII, et Tillemont, t. II, p. 482.

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maléfices de Simon, et saint Pierre ajouta due, de même, qu’il y a en J.-C. deux substances, savoir : celle de Dieu et celle de l’homme, de même en ce magicien, se trouvaient deux substances, celle de l’homme et celle du diable.

Or, Simon dit, d’après le récit de Marcel et de saint Léon * : « Je ne souffrirai pas plus longtemps cet ennemi ; je commanderai à mes anges de me venger de cet homme. » Pierre lui répondit, : « Tes anges, je ne les crains point, mais ce sont eux qui me craignent. » Néron ajouta : « Tu ne crains pas Simon qui prouve sa divinité par ses oeuvres? » Pierre lui répondit : « Si la divinité existe en lui, qu’il nie dise en ce moment ce que je pense ou ce que je fais : je vais d’avance te dire tout bas à l’oreille quelle est ma pensée pour qu’il n’ait pas l’audace de mentir. » « Approche-toi, reprit Néron, et dis-moi ce que tu penses. » Or, Pierre s’approchas et dit à Néron tout bas : « Ordonne qu’on  m’apporte un pain d’orge et qu’on me le donne en cachette. » Or, quand on le lui eut apporté, Pierre le bénit et le mit dans sa manche, et dit ensuite : « Que Simon, qui s’est fait Dieu, dise ce que. j’ai pensé, ce que j’ai dit, ou .ce qui s’est fait. » Simon, répondit : « Que Pierre dise plutôt ce que je pensé moi-même. » Et Pierre dit : « Ce que pense Simon, je prouverai que je le sais, pourvu que je fasse ce à quoi il a pensé. » Alors Simon en colère s’écria : « Qu’il vienne de grands chiens et qu’ils te dévorent. » Tout à coup apparurent de très grands chiens qui se jetèrent sur

* Sigebert de Gemblours, Trithème, Conrad Gessner.

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saint Pierre : mais celui-ci leur présenta le pain bénit, et à l’instant, il les mit en fuite. Alors saint Pierre dit à Néron : « Tu le vois, je t’ai montré que je savais ce que Simon méditait contre moi, et ce ne fut point par des paroles, mais par des actes : Car celui qui avait promis qu’il viendrait des anges contre moi, a fait venir des chiens, afin de faire voir que les anges de Dieu, ne sont autres que des chiens. » Simon dit alors : « Écoutez, Pierre et Paul ; si je ne puis vous rien faire ici, nous irons où il faut que je vous juge; mais pour le moment, je veux bien vous épargner. »

Alors, selon que le rapportent Hégésippe et saint Lin, Simon, enflé d’orgueil, osa se vanter de pouvoir ressusciter des morts; et il arriva qu’un jeune homme mourut. On appela donc Pierre et Simon et de l’avis de Simon on convint unanimement que celui-là serait tué. qui ne pourrait ressusciter le mort. Or, pendant que Simon faisait ses enchantements sur le cadavre, il sembla aux assistants que la tête du défunt s’agitait. Alors tous se mirent à crier en voulant lapider saint Pierre. Le saint apôtre put à peine obtenir le silence qu’il réclama : « Si le mort est vivant, dit-il, qu’il se lève, qu’il se promène, qu’il parle : s’il en est autrement, sachez que l’action d’agiter là tête du cadavre est de la fantasmagorie. Qu’on éloigne Simon du lit afin que les ruses du diable soient pleinement mises à nu. » On éloigné donc Simon du lit, et l’enfant resta immobile. Alors saint Pierre, se tenant éloigné, fit une prière, puis élevant la voix : « Jeune homme, s’écria-t-il, au nom de Jésus de Nazareth qui a été crucifié, lève-toi et marche. » Et à l’instant il se leva en (181) vie et marcha. Comme le peuple voulait lapider Simon saint Pierre dit : « Il est bien assez puni de se reconnaître vaincu dans ses artifices; or, notre maître nous a enseigné à rendre le bien pour le mal. » Alors Simon dit : « Sachez, vous, Pierre et Paul, que vous n’obtiendrez rien de ce que vous désirez ; car je ne daignerai pas vous faire gagner la couronne du martyre. » Saint Pierre reprit : « Qu’il nous arrive ce que nous désirons : mais à toi il ne peut arriver rien de bon, car chacune de tes paroles est un mensonge. » Saint Marcel dit qu’alors Simon alla à la maison de son disciple Marcel, et qu’il y lia à la porte un chien énorme en disant : « Je verrai à présent si Pierre, qui vient d’ordinaire chez toi, pourra entrer. » Peu d’instants après saint Pierre arriva, et eu faisant le signe de la croix, il délia le chien. Or, ce chien se mit à caresser tout le monde, et ne poursuivait que Simon : il le saisit, le renversa par terre, et il voulait l’étrangler, quand saint Pierre accourut et cria au chien de ne point lui faire de mal; or, cette bête, sans toucher son corps, lui arracha tellement ses habits qu’elle le laissa nu sur la terre. Alors le peuple et surtout les enfants coururent après le chien en poursuivant Simon jusqu’à ce qu’ils l’eussent chassé bien loin de la ville, comme ils eussent fait d’un loup. Simon ne pouvant supporter la honte de cet affront resta un an sans reparaître. Marcel, en voyant ces miracles, s’attacha désormais à saint Pierre. Dans la suite, Simon revint et rentra de nouveau dans les bonnes grâces de Néron. Simon donc, d’après saint Léon, convoqua le peuple, et déclara qu’il avait été outrageusement traité par les Galiléens, et pour ce (182)  motif, il dit vouloir quitter cette ville qu’il avait coutume de protéger; qu’il fixerait un jour où il monterait au ciel, car il ne daignait plus rester davantage sur la terre. Au jour fixé, il monta donc sur une tour élevée, ou bien, d’après saint Lin, il monta au Capitole et, couvert de laurier, il se jeta en l’air et se mit à voler. Or, saint Paul dit à saint Pierre : « C’est à moi de prier et à vous de commander. » Néron dit alors: « Cet homme est sincère, et vous n’êtes que des séducteurs. »Or, saint Pierre dit à saint Paul : « Paul, levez la tête et voyez. » Et quand Paul eut levé la tête et qu’il eut vu Simon dans les airs, il dit à Pierre : « Pierre, que tardez-vous? achevez ce que vous avez commencé déjà le Seigneur nous appelle. » Alors saint Pierre dit « Je vous adjure, Anges de Satan, qui le soutenez dans les airs, par N.-S. J.-C., ne le portez plus davantage, mais laissez-le tomber. » A l’instant il fut lâché, tomba, se brisa la cervelle, et expira *. Néron, à cette nouvelle, fut très fâché d’avoir perdu, quant à lui, un pareil homme et il dit aux apôtres : « Vous vous êtes rendus suspects envers moi ; aussi vous punirai-je d’une manière exemplaire. » Il les remit donc entre les mains d’un personnage très illustre, appelé Paulin, qui les fit enfermer dans la prison Mamertine sous la garde de Processus et de Martinien, soldats que saint Pierre convertit à la foi : ils ouvrirent la prison et laissèrent aller les apôtres en liberté. C’est pour cela que,

* Ce fait de la chute et de la mort de Simon le magicien est constaté par les Constitutions apostoliques d’Arnobe, par saint Cyrille de Jérusalem, saint Ambroise, saint Augustin, Isidore de Peluse, Théodorat, Maxime de Turin, etc.

après le martyre des apôtres, Paulin manda Processus et Martinien, et quand il eut découvert qu’ils étaient chrétiens, on leur trancha la tête par ordre de Néron. Or, les frères pressaient Pierre de s’en aller, et il ne le fit qu’après avoir été vaincu par leurs instances. Saint Léon et saint Lin assurent qu’arrivé à la porte où est aujourd’hui Sainte-Marie ad passus *, Pierre vit J.-C. venant à sa rencontre, et il lui dit : « Seigneur, où allez-vous? » J.-C. répondit : « Je viens à Rome pour y être crucifié encore une fois. » « Vous seriez crucifié encore une fois, répartit saint Pierre. » « Oui, lui répondit le Seigneur. » Alors Pierre lui dit : « Seigneur, je retournerai donc, pour être crucifié avec vous. » Et après ces paroles, le Seigneur monta au ciel à la vue de Pierre qui pleurait. Quand il comprit que c’était de son martyre à lui-même que le Sauveur avait voulu parler, il revint, et raconta aux frères ce qui venait d’arriver. Alors il fut pris par les officiers de Néron et mené au préfet Agrippa. Saint Lin dit que sa figure devint comme un soleil. Agrippa lui dit : « Es-tu donc celui qui se glorifie dans les assemblées ou ne se trouvent que la populace et de pauvres femmes que tu éloignes du lit de leurs maris? » L’apôtre le reprit en disant qu’il ne se glorifiait que dans la croix du Seigneur. Alors Pierre, en qualité d’étranger, fut condamné à

*  Origène sur saint Jean, saint Ambroise, sermon 68, saint Grégoire le Grand, sur le Psaume ci.

Cette église existe encore sur la voie Appienne et est connue sous le nom Domine quo vadis.

Hetychius, De excidio Hierosol.; saint Athanase, De fuga sua ; Innocent III, Pierre de Blois.

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être crucifié, mais Paul, en sa qualité de citoyen romain, fut condamné à avoir la tête tranchée.

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A l’occasion de cette sentence, Denys en son épître à Timothée parle ainsi de la mort de saint Paul : « O mon frère Timothée, si,tu avais assisté aux derniers moments de ces martyrs, tu aurais défailli de tristesse et de douleur.0ui est-ce qui n’aurait pas pleuré quand fut rendue la sentence qui condamnait Pierre à être crucifié et Paul à être décapité ? Tu aurais alors vu la foule des gentils et des Juifs les frapper et leur cracher au visage. » Or, arrivé l’instant où ils devaient consommer leur affreux martyre, on les sépara l’un de l’autre et on lia ces colonnes du monde, non sans que les frères fissent entendre des gémissements et des sanglots. Alors Paul dit à Pierre: « La paix soit avec vous, fondement des églises, pasteur des brebis et des agneaux de J.-C. » Pierre dit à Paul : « Allez en paix, prédicateur des bonnes moeurs, médiateur et guide du salut des justes. » Or, quand on les eut éloignés l’un de l’autre, je suivis mon maître; car on ne les tua point dans le même quartier (saint Denys). Quand saint Pierre fut arrivé à la croix, saint Léon et Marcel rapportent qu’il dit : « Puisque mon maître est descendu du ciel en terre, il fut élevé debout sur la croix; pour moi qu’il daigne appeler de la terre au ciel, ma croix doit montrer ma tête sur la terre et diriger mes pieds vers le ciel. Donc, parce que je ne suis pas digne d’être sur la croix de la même manière que mon Seigneur, retournez ma croix et crucifiez-moi la tête en bas. » Alors on retourna la croix et on l’attacha les pieds en haut et les mains en bas. Mais, en (185) ce moment, le peuple rempli de fureur voulait tuer Néron et le gouverneur, ensuite délivrer l’apôtre qui les priait de ne point empêcher qu’on le martyrisât. Mais le Seigneur, ainsi que le disent Hégésippe et Lin, leur ouvrit les yeux, et comme ils pleuraient, ils virent des anges avec des couronnes composées de fleurs de roses et de lys, et Pierre au milieu d’eux sur la croix recevant un livre que lui présentait J.-C., et dans lequel il lisait les paroles qu’il proférait. Alors saint, Pierre, au témoignage du même Hégésippe, se mit à dire sur la croix : « C’est vous, Seigneur, que j’ai souhaité d’imiter; mais je n’ai pas eu la présomption d’être crucifié droit : c’est vous qui êtes toujours droit, élevé et haut ; nous sommes les enfants du premier homme qui a enfoncé sa tête dans la terre, et dont la chute indique la manière avec laquelle l’homme vient au monde ; nous naissons en effet de telle sorte que nous paraissons être répandus sur la terre. Notre condition a été renversée, et ce que le monde croit être à droite est certainement à gauche. Vous, Seigneur, vous me tenez lieu de tout; tout ce que vous êtes, vous l’êtes,pour moi, et il n’y a rien autre que vous seul. Je vous rends grâce de toute mon âme par laquelle je vis, par laquelle j’ai l’intelligence et par laquelle je parle. » On connaît par là deux autres motifs pour lesquels il ne voulut pas être crucifié droit. Et saint Pierre voyant que les fidèles avaient été témoins de sa gloire, rendit grâces à Dieu, lui recommanda les chrétiens et rendit l’esprit. Alors Marcel et Apulée qui étaient frères, disciples de saint Pierre, le descendirent de la croix et l’ensevelirent en l’embaumant avec divers (186) aromates: Isidore dans son livre de la Naissance et de la Mort des Saints s’exprime ainsi : « Pierre après avoir fondé l’église d’Antioche, vint à Rome, sous l’empereur Claude, pour confondre Simon ; il prêcha l’Evangile pendant vingt-cinq ans en cette ville dont il occupa le siège pontifical ; et la trente-sixième année après la Passion du Seigneur,- il fut crucifié par Néron, la tête en bas, ainsi qu’il l’avait voulu. Or, ce jour-là même, saint Pierre et saint Paul apparurent à Denys, selon qu’il le rapporte en ces termes dans la lettre citée plus haut: « Ecoute le miracle, Timothée, mon frère, vois le prodige, arrivé au jour de leur supplice: car j’étais présent au moment de leur séparation. Après leur mort, je les ai vus, se tenant par la main l’un et l’autre, entrer par les portes de la ville, revêtus d’habits de lumière, ornés clé couronnes de clarté et de splendeur. »

Néron ne demeura pas impuni pour ce crime et bien d’autres encore qu’il commit; car il se tua de sa propre main. Nous allons rapporter ici en peu de mots quelques-uns de ses forfaits. On lit dans une histoire apocryphe, toutefois, que Sénèque, son précepteur, espérait recevoir de lui une récompense digne de son labeur ; et Néron lui donna à choisir la branche de l’arbre sur laquelle il préférait être pendu, en lui disant que c’était là la récompense qu’il en devait recevoir. Or, comme Sénèque lui demandait à quel titre il avait mérité ce genre de supplice, Néron fit vibrer plusieurs fois la pointe d’une épée au-dessus de Sénèque qui baissait la tête pour échapper aux coups dont il était menacé ; car il ne voyait point sans effroi le moment où il allait recevoir la mort. Et (187) Néron lui dit : « Maître, pourquoi baisses-tu la tête sous l’épée dont je te menace ? » Sénèque lui répondit: « Je suis nomme, et voilà pourquoi je redouté la mort, d’autant que je meurs malgré moi. » Néron lui dit: « Je te crains encore comme je le faisais alors que j’étais enfant : c’est pourquoi tant que tu vivras je ne pourrai vivre tranquille. » Et Sénèque lui dit « S’il est nécessaire que je meure, accordez-moi au moins de choisir le genre de mort que j’aurais voulu. » « Choisis vite, répondit Néron, et ne tarde pas à mourir. » Alors Sénèque fit préparer un bain où il se fit ouvrir les veines de chaque bras et il finit ainsi sa vie épuisé de sang. Son nom de Sénèque fut pour lui comme un présage, se necans, qui se tue soi-même : car ce fut lui qui en quelque sorte se donna la mort, bien qu’il y eût été forcé. On lit que ce même Sénèque eut deux frères : le premier fut Julien Gallio, orateur illustre qui se tua de sa propre main; le second fut Méla, père du poète Lucain ; lequel Lucain mourut après avoir eu les veines ouvertes par l’ordre de Néron, d’après ce qu’on lit. On voit, dans la même histoire apocryphe, que Néron, poussé par un transport infâme; fit tuer sa mère et la fit partager en deux pour voir comment il était entretenu dans son sein. Les médecins lui adressaient des remontrances par rapport au meurtre de sa mère et lui disaient : «Les lois s’opposent et l’équité défend qu’un fils tue sa mère : elle l’a enfanté avec douleur et elle t’a élevé avec tant de labeur et de sollicitude. » Néron leur dit : « Faites-moi concevoir un enfant et accoucher ensuite, afin que je puisse savoir quelle a été la douleur de ma mère. » Il avait (188) encore conçu cette volonté d’accoucher parce que, en passant dans la ville, il avait entendu les cris d’une femme en couches. Les médecins lui répondirent « Cela n’est pas possible ; c’est contre les lois de la nature; il n’y a pas moyen de faire ce qui n’est pas d’accord avec la raison. » Néron leur dit donc: « Si vous ne me faites pas concevoir et enfanter, je vous ferai mourir tous d’une manière cruelle. » Alors les médecins, dans des potions qu’ils lui administrèrent, lui firent avaler une grenouille sans qu’il s’en aperçût, et, par artifice, ils la firent croître dans son ventre : bientôt son ventre, qui ne pouvait souffrir cet état contre nature, se gonfla, de sorte que Héron se croyait gros d’un enfant ; et les médecins lui faisaient observer un régime qu’ils savaient être propre à nourrir la grenouille, sous prétexte qu’il devait en user ainsi en raison de la conception. Enfin tourmenté par une douleur intolérable, il dit aux médecins : « Hâtez le moment des couches, car c’est à peine si la langueur où me met l’accouchement futur me donne le pouvoir de respirer. » Alors ils lui firent prendre une potion pour le faire vomir et il rendit une grenouille affreuse à voir, imprégnée d’humeurs et couverte de sang. Et Néron, regardant son fruit, en eut horreur lui-même et admira une pareille monstruosité : mais les médecins lui dirent qu’il n’avait produit un foetus aussi difforme que parce qu’il n’avait pas voulu attendre le temps nécessaire. Et il dit : « Ai-je été comme cela en sortant des flancs de ma mère ? » « Oui, lui répondirent-ils. » Il recommanda donc de nourrir son foetus et qu’on l’enfermât dans une pièce (189) voûtée pour l’y soigner. Mais ces choses-là ne se lisent pas dans les chroniques; car elles sont apocryphes. Ensuite s’étant émerveillé de la grandeur de l’incendie de Troie, il fit brûler Rome pendant sept jours et sept nuits, spectacle qu’il regardait d’une tour fort élevée, et tout joyeux de la beauté de cette flamme, il chantait avec emphase les vers de l’Iliade. On voit encore dans les chroniques qu’il pêchait avec des filets d’or, qu’il s’adonnait à l’étude de la musique, de manière à l’emporter sur les harpistes et les comédiens : il se maria avec un homme, et cet homme le prit pour femme, ainsi que le dit Orose *. Mais les Romains, ne pouvant plus supporter davantage sa folie, se soulevèrent contre lui et le chassèrent hors de la ville. Lorsqu’il vit qu’il nie pouvait échapper, il affila un bâton avec les dents et il se perça par le milieu du corps : et c’est ainsi qu’il termina sa vie. On lit cependant ailleurs qu’il fut dévoré par les loups. A leur retour, les Romains trouvèrent la grenouille cachée sous la voûte ; ils la poussèrent hors de la ville et la brûlèrent : et cette partie de la ville oit avait été cachée la grenouille reçut, au dire de quelques personnes, le none de Latran (Lateus rana) (raine latente) **.

Du temps du pape saint Corneille, des chrétiens

* Hist., lib. III, cap. VII.

** Sulpice Sévère, Hist., liv. II, n° 40, Dialogue II; — Saint Augustin, Cité de Dieu, liv. XX, chap. IX, rapportent des traditions étranges sur cet odieux personnage. Consultez une dissertation du chanoine d’Amiens de L’Estocq, sur l’auteur du livre intitulé : De morte persecutorum.

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grecs volèrent les corps des apôtres et les emportèrent; mais les démons, qui habitaient dans les idoles, forcés par une vertu divine, criaient : «Romains, au secours, on emporte vos dieux. » Les fidèles comprirent qu’il s’agissait des apôtres, et les gentils de leurs, dieux. Alors fidèles et infidèles, tout le monde se réunit pour poursuivre les Grecs. Ceux-ci effrayés jetèrent les corps des apôtres dans un puits auprès des catacombes ; mais dans la suite les fidèles les en ôtèrent. Saint Grégoire raconte dans son Registre (liv. IV, ép. XXX,) qu’alors il se fit un si affreux tonnerre et des éclairs en telle quantité que tout le monde prit la fuite de frayeur, et qu’on les laissa dans les catacombes. Mais comme on ne savait pas distinguer les ossements de saint Pierre de ceux de saint Paul, les fidèles, après avoir eu recours aux prières et aux jeûnes, reçurent cette réponse du ciel : « Les os les plus grands sont ceux du prédicateur, les plus petits ceux du pêcheur. » Ils séparèrent ainsi les os les uns des autres et les placèrent dans les églises qui avaient été élevées à chacun d’eux. D’autres cependant disent que saint Silvestre, pape, voulant consacrer les églises, pesa avec un grand respect les os grands et petits dans une balance et qu’il en mit la moitié dans une église et la moitié dans l’autre. Saint Grégoire rapporte dans son Dialogue *, qu’il y avait, dans l’église où le corps de saint Pierre repose, un saint homme d’une grande humilité, nommé Agontus : et il se trouvait, dans cette même église, une jeune fille paralytique qui y habitait; mais réduite à ramper sur

* Liv. III, c. XXIV et XXV.

191

les mains, elle était obligée de se traîner, les reins et les pieds par terre: et depuis longtemps elle demandait la santé à saint Pierre; il lui apparut dans une vision et lui dit : « Va trouver Agontius, le custode, et il te guérira lui-même. » Cette jeune fille se mit donc à se traîner çà et là de tous côtés dans l’église, et à chercher qui était cet Agontius : mais celui-ci se trouva tout à coup au-devant d’elle : « Notre pasteur et nourricier, lui dit-elle, le bienheureux Pierre, apôtre,  m’a envoyé vers vous, pour que vous me délivriez de mon infirmité. » Il lui répondit : « Si tu as été envoyée par lui, lève-toi. » Et lui prenant la main, il la fit lever et elle fut guérie sans qu’il lui restât la moindre trace de sa maladie. Au même livre, saint Grégoire dit encore que Galla, jeune personne des plus nobles de Rome, fille du consul et patrice Symmaque, se trouva veuve après un an de mariage. Son âge, et sa fortune demandaient qu’elle convolât à de secondes noces ; mais elle préféra s’unir à Dieu par une alliance spirituelle, dont les commencements se passent dans la tristesse mais par laquelle on parvient an ciel, plutôt chie de se soumettre à des noces charnelles qui commencent toujours par la joie pour finir dans la tristesse. Or, comme elle était d’une constitution toute de feu, les médecins prétendirent que si elle n’avait plus de commerce avec un homme, cette ardeur intense lui ferait pousser de la barbe contre l’ordinaire de la nature. Ce qui arriva en effet peu de temps après. Mais Galla ne tint aucun compte de cette difformité extérieure, puisqu’elle aimait la beauté intérieure : et elle n’appréhenda point , malgré cette laideur, de n’être point (192) aimée de l’époux céleste. Elle quitta donc ses habits du monde, et se consacra dans le monastère élevé auprès de l’église de saint Pierre, où elle servit Dieu avec simplicité et passa de longues années dans l’exercice, de la prière et de l’aumône. Elle fut enfin attaquée d’un cancer au sein. Comme deux flambeaux étaient toujours allumés devant son lit, parce que, amie de la: lumière, elle avait en horreur les ténèbres spirituelles comme les corporelles, elle vit le bienheureux Pierre,. apôtre, au milieu de ces deux flambeaux, debout devant son lit. Son amour lui fit concevoir de l’audace et elle dit : « Qu’y a-t-il, mon maître ? Est-ce que mes péchés me sont remis? » Saint Pierre inclina la tête avec la plus grande bonté, et lui répondit : « Oui, ils sont remis, viens. » Et elle dit : « Que sueur Benoîte vienne avec moi, je vous en prie. » Et il dit : « Non, mais qu’une telle vienne avec toi. » Ce qu’elle fit connaître à l’abbesse qui mourut avec elle trois jours après. — Saint Grégoire raconte encore dans le même ouvrage, qu’un prêtre d’une grande sainteté réduit à l’extrémité, se mit à crier avec grande liesse : « Bien, mes seigneurs viennent ; bien, mes seigneurs viennent; comment avez-vous daigné venir vers un si chétif serviteur? Je viens; je viens, je vous remercie, je vous remercie. » Et comme ceux qui étaient là lui demandaient à qui il parlait de la sorte, il répondit avec admiration : « Est-ce que vous ne voyez pas que les saints apôtres Pierre et Paul sont venus ici ensemble ? » Et comme il répétait une seconde fois les paroles rapportées plus haut, sa sainte âme fut délivrée de son corps. — Il y a doute, chez quelques auteurs, (193) si ce fut le même jour que saint Pierre et saint Paul souffrirent. Quelques-uns ont avancé que ce fut le même jour, mais un an après. Or, saint Jérôme et presque tous les saints qui traitent cette question s’accordent à dire que ce fut le même jour et la même année, comme cela reste évident d’après la lettre de saint Denys, et le récit de saint Léon (d’autres disent saint Maxime), dans un sermon où il s’exprime comme il suit : « Ce n’est pas sans raison qu’en un même jour et dans le même lieu, ils reçurent leur sentence du même tyran. Ils souffrirent le même jour afin d’aller ensemble à J.-C. ; ce fut au même endroit, afin que Rome les possédât tous les deux; sous le même persécuteur, afin qu’une égale cruauté les atteignît ensemble.

Ce jour fut choisi pour célébrer leur mérite; le lieu pour qu’ils y fussent entourés de gloire ; le même persécuteur fait ressortir leur courage. » Bien  qu’ils aient souffert le même jour et à la même heure, ce ne fut pourtant pas au même endroit, mais dans des quartiers différents : et ce que dit saint Léon qu’ils souffrirent au même endroit, doit s’entendre qu’ils souffrirent tous les deux à Rome. C’est à ce sujet qu’un poète composa ces vers:

Ense coronatur Paulus, cruce Petrus, eodem

Sub duce, luce, loco, dux Nero, Roma locus *.

* Traduction de Jean Batallier:

Pol fut couronné d’une épée;

Pierre eut la croix renversée.

Néron fut duc, si comme l’on nomme

Le lieu fut la cité de Romme.

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Un autre dit encore :

Ense sacrat Paulum, par lux, dux, urbs, cruce Petrum* .

Quoiqu’ils aient souffert le même jour, cependant saint Grégoire ordonna qu’aujourd’hui on célébrerait, quant à l’office, la solennité de saint Pierre, et que le lendemain, on ferait la fête de la Commémoration de saint Paul ; en voici les motifs : en ce jour fut dédiée l’église de saint Pierre; il est plus grand en dignité; il est le premier qui fut converti; enfin il eut la primauté à Rome.

* Paul est sacré par le glaive, Pierre par la croix : à tous deux, la même gloire, le même bourreau, et Rome pour théâtre.

 
VITAL                 CHAIRE DE SAINT PIERRE, APOTRE

chaire

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Il y a trois sortes de chaires: savoir, la royale (II, Rois, XXIII) : « David s’assit dans la chaire, etc. ; la sacerdotale (I, Rois, 1) : « Héli était assis sur son siège, etc. » ; la magistrale (saint Matth., XXIII) : « Ils sont assis sur la chaire de Moïse, etc. » Or, saint Pierre s’assit sur la chaire royale, parce qu’il fut le premier de tous les rois : sur la sacerdotale, parce qu’il fut le pasteur de tous les clercs; sur la magistrale, parce qu’il fut le docteur de tous les chrétiens.

L’Eglise fait la fête de la chaire de saint Pierre parce que l’on rapporte que saint Pierre fut élevé à Antioche sur le siège cathédrale. On peut attribuer l’institution de cette solennité à quatre motifs. Le premier c’est que saint Pierre, prêchant à Antioche, Théophile, gouverneur de la ville, lui dit : « Pierre, pour quelle raison bouleverses-tu mon peuple ? » Or, comme Pierre lui prêchait la foi de J.-C., le gouverneur le fit enchaîner avec ordre de le laisser sans boire ni manger. Mais comme Pierre allait presque défaillir, il reprit un peu de force, et, levant les yeux au ciel, il dit : « Jésus-Christ, secours des malheureux, venez à mon aide; je vais succomber dans ces tribulations. » Le Seigneur lui répondit : « Pierre, tu crois que je t’abandonne ; tu fais injure à ma bonté, si tu ne crains pas de parler ainsi contre moi. Celui qui subviendra à ta misère est proche. » Or, saint Paul, apprenant que saint Pierre était en prison, vint trouver Théophile et s’annonça

 

* Le plus ancien martyrologe, connu sous le nom de Libère,

à lui comme un ouvrier très habile en toutes sortes de travaux et d’art ; il dit qu’il savait sculpter le bois et, les tables, peindre les tentes et que son industrie s’exerçait sur beaucoup d’autres objets encore. Alors Théophile le pria instamment de se fixer à sa cour. Quelques jours se passèrent, et Paul entra en cachette dans la prison de, saint Pierre. En le voyant presque mort et tout défait, il se mit à pleurer très amèrement, et pendant qu’il fondait en larmes et au milieu de ses embrassements il s’écria : « O Pierre, mon frère, ma gloire, ma joie, la moitié de mon âme, me voici, j’entre, reprenez des forces.» Alors Pierre, ouvrant les veux et le reconnaissant, se mit à pleurer, mais il ne put lui parler, et Paul, s’approchant, parvint à peine à lui ouvrir la bouche; et en lui faisant avaler quelque nourriture il le ranima un peu. La nourriture ayant rendu de la force à saint Pierre, celui-ci se jeta dans les bras de saint Paul, l’embrassa et ils pleurèrent beaucoup tous les deux. Paul étant sorti avec précaution vint dire à Théophile : « O bon Théophile, vous jouissez d’une grande gloire ; votre courtoisie est celle d’un ami honorable. Un petit mal déshonore grand bien rappelez-vous la manière dont vous avez traité un adorateur de Dieu, qui s’appelle Pierre; comme s’il avait grande importance. Il- est couvert de haillons, défiguré, il est consumé de maigreur, tout est vil chez lui : ses discours seuls le font valoir : et vous tenez pour bien séant de le mettre en prison? Si plutôt il jouissait de son ancienne liberté, il pourrait vous rendre de meilleurs services, car selon qu’on le dit de cet homme, il guérit les infirmes, il ressuscite (308) les morts. » Théophile lui dit : « Ce sont des fables. que tu me dis là, Paul; car s’il pouvait ressusciter des morts, il se délivrerait lui-même de sa prison. » Paul? répondit: « De même que son Christ est ressuscité d’entre les morts; d’après ce qu’on dit, lui quine voulut pas descendre de la croix, on dit encore qu’à son exemple, Pierre ne se délivre pas et ne craint nullement de souffrir pour le Christ. » Théophile répondit : « Alors dis-lui qu’il ressuscite mon fils qui est mort depuis quatorze ans déjà et je le rendrai libre et sauf: » Paule entra, donc dans la prison de saint Pierre et lui dit comment il avait promis la. résurrection du fils du prince. Pierre lui dit  : « C’est énorme, Paul, ce que tu as promis; mais avec la puissance de Dieu elle est très facile. » Or, Pierre ayant été tiré du cachot, fit ouvrir le tombeau, pria pour le mort qui ressuscita à l’instant * : (Il ne parait cependant pas vraisemblable. en tout point que, ou bien saint Paul aurait avancé qu’il savait travailler de toute sorte de métiers par lui-même, ou que la sentence de ce jeune homme aurait . été tenue-en suspens pendant quatorze ans.) Alors Théophile et le peuple entier d’Antioche et d’autres encore en grand nombre crurent au Seigneur et bâtirent une, grande église; au milieu de laquelle ils placèrent une chaire élevée pour saint Pierre afin qu’il plat être vus et écouté de tous. Il y siégea sept ans, puis il vint à Rome où il siégea vingt-cinq ans sur la chaire romaine. L’Eglise célèbre la mémoire de ce premier honneur, parce que, à dater de cette époque, les prélats

* Guillaume Durand, liv. VII, c. VIII.

de l’Eglise commencèrent à être; exaltés en puissance, en nom et en lieu. Alors fut accomplie cette parole du Psaume CVI : « Qu’on l’exalte dans l’assemblée du peuple. » Il faut observer qu’il y a trois églises où saint Pierre fut exalté : dans l’église militante, dans l’église méchante et dans l’église triomphante. De là trois fêtes que l’Eglise célèbre en son nom. Il a été exalté dans l’église militante, en la présidant, et en la dirigeant avec, honneur par son esprit, sa foi et ses mœurs. C’est l’objet de la fête de ce jour qui est appelée Chaire, parce qu’il reçut le pontificat de l’Eglise d’Antioche, et qu’il la gouverna glorieusement l’espace de sept ans. Secondement il fut exalté dans l’église des méchants, en la détruisant et en la convertissant à la foi. Et c’est l’objet de la seconde fête qui est celle de saint Pierre aux liens: Ce fut en effet en cette occasion qu’il détruisit l’église des méchants, et qu’il en convertit beaucoup à la foi. Troisièmement, il fut exalté dans l’Eglise triomphante, en entrant dans le ciel avec bonheur, et c’est l’objet de la troisième fête de saint Pierre qui est celle de son martyre, parce qu’alors il, entra en l’Eglise triomphante.

On peut remarquer qu’il y a plusieurs autres raisons pour lesquelles l’Eglise célèbre trois fêtes en l’honneur de saint Pierre; pour son privilège, pour sa charge, pour ses bienfaits, pour la dette dont nous lui sommes redevables et pour l’exemple. 1° Pour son privilège. Il en est trois que saint Pierre reçut à l’exclusion des autres apôtres, et c’est pour ces trois privilèges que l’église l’honore trois fois chaque année. Il fut le plus digne en autorité, parce qu’il a été le prince des apôtres (310) et qu’il a reçu les clefs du royaume des cieux : il fut plus fervent dans son amour; en effet il aima J.-C. d’un amour plus grand que les autres, comme cela est manifeste d’après différents passages de l’Évangile. Sa puissance fut plus efficace, car on lit dans les Actes des Apôtres que sous l’ombre de Pierre étaient, guéris les infirmes. 2° Pour sa charge, car il remplit lés fonctions de la prélature: sur l’Église universelle; et de même que Pierre fut le prince et le prélat de toute l’Église répandue dans les trois parties du monde, qui sont l’Asie, l’Afrique et l’Europe, de même l’Église célèbre sa fête trois fois par an. 3° Pour ses bienfaits, car. saint Pierre, qui a reçu le pouvoir de lier et d’absoudre, nous délivre de trois sortes de péchés, qui sont les péchés de pensée, de parole et d’action, ou bien des péchés que nous avons commis contre Dieu, contre: le prochain et contre nous-mêmes. Ou ce bienfait peut être le triple, bienfait que le pécheur obtient en l’Église: par la puissance des clefs : le premier, c’est la déclaration de l’absolution de la faute; le second, c’est la commutation de la peine éternelle en une peine temporelle; le troisième, c’est la rémission d’une partie de la peine temporelle. Et c’est pour ce triple bienfait. que saint Pierre doit être honoré par trois fois. 4° Pour la dette dont nous lui sommes redevables, car il nous soutient et nous a soutenus de trois manières, par sa. parole; par son exemple, et par des secours temporels, ou bien tsar le suffrage de ses prières ; c’est pour cela que nous sommes obligés à l’honorer par trois fois. 5° Pour l’exemple; afin, qu’aucun pécheur ne désespère, quand bien même il eût renié Dieu trois fois, (311) comme saint Pierre, si toutefois, il veut le confesser comme lui de coeur, de bouche et d’action.

Le second motif pour lequel cette fête a été instituée est pris de l’itinéraire de saint Clément. Lorsque saint Pierre, qui prêchait la parole de Dieu, était près d’Antioche, tous les habitants de cette ville allèrent nu-pieds au-devant de lui, revêtus de cilices, la tête couverte de cendres; en faisant pénitence de ce qu’ils avaient partagé les sentiments de Simon le magicien contre lui. Mais Pierre, envoyant leur repentir, rendit grâces à Dieu : alors ils lui présentèrent tous ceux qui étaient tourmentés par les souffrances, et les possédés dû démon. Pierre les ayant fait placer devant lui et ayant invoqué sur’ eux le nom du Seigneur, une immense lumière apparut en ce lieu, et tous furent, incontinent guéris. Alors ils accoururent embrasser les traces des pieds de saint Pierre. Dans l’intervalle de sept jours, plus de dix mille hommes reçurent le baptême, en sorte que Théophile, gouverneur de la ville, fit consacrer sa maison comme basilique, et y fit placer une chaire élevée afin que saint Pierre fût vu et entendu de tous. Et ceci ne détruit pas ce qui a été avancé plus haut.: Il peut en effet se faire que saint Pierre, par le moyen de saint Paul, ait été reçu magnifiquement par Théophile et par tout le peuple; mais . qu’après le départ de saint Pierre, Simon le magicien ait perverti le peuple, l’ait excité contré saint Pierre, et que, dans la suite, il ait fait pénitence et reçu une seconde fois l’apôtre avec de grands honneurs. Cette fête de la mise en chaire de saint Pierre est ordinairement appelée la fête du banquet de saint Pierre et (312) c’est le troisième motif de son institution. Maître Jean Beleth dit * que c’était une ancienne coutume des gentils; de faire chaque. année, au mois de février, à jour fixe, des offrandes de viandes sur les tombeaux de leurs parents : ces viandes étaient, consommées la nuit par les démons; mais les païens pensaient qu’elles étaient saccagées par les âmes errantes autour des tombeaux, auxquelles ils donnaient le nom d’ombres. Les anciens en effet avaient l’habitude de dire, ainsi que le rapporte le même auteur,  que dans les corps humains ce sont des âmes, dans les enfers ce sont des mânes : mais ils donnaient aux âmes le nom d’esprits quand elles montaient au ciel et celui d’ombres quand la sépulture était récente ou quand elles erraient autour des tombeaux. Or, cette coutume touchant ces banquets fut abolie difficilement chez les chrétiens : les saints Pères, frappés de cet abus et décidés à l’abolir, tout à fait, établirent la fête de l’intronisation de saint Pierre, aussi bien de celle  qui eut lieu à Rome que de celle qui se fit à Antioche; ils la placèrent à pareil, jour que se tenaient ces banquets, en sorte que quelques-uns lui donnent encore le nom de fête du banquet de saint Pierre **.

Le quatrième motif de l’institution de cette fête se tire de la révérence que l’on doit à la couronne cléricale : car d’après une tradition, c’est là l’origine de la tonsure. En effet quand saint Pierre prêcha à Antioche,

* Chapitre: LXXXIII.

** Saint Augustin, au livre VI de ses Confessions, parle de cet usage qui subsistait encore en 570, dans les Gaules, d’après un concile de Tours.

on lui rasa le haut de la tête, en haine du nom chrétien : et ce qui avait été pour saint Pierre un signe de mépris par rapport à J.-C. devint dans la suite une marque d’honneur pour tout le clergé. Mais il faut faire attention à trois particularités par rapport à la couronne des clercs : la tête rasée, les cheveux coupés à la tête, et le cercle qui la forme. La tête est rasée dans sa partie supérieure pour trois raisons. Saint Denys; dans sa Hiérarchie ecclésiastique, en assigne deux que voici : « Couper les cheveux, signifie une vie paré et sans forme : car trois choses résultent des cheveux coupés ou de la tête rasée, qui sont : conservation de propreté, changement de forme, et dénudation. Il y a conservation de propreté puisque les cheveux font amasser des ordures dans la tête ; changement de forme, puisque les cheveux sont pour l’ornement de da tête ; la tonsure signifie donc une vie pure et sans forme. Or, cela veut dire que les clercs doivent avoir la pureté de cœur  à l’intérieur, et une manière d’être sans forme, c’est-à-dire sans recherche, à l’extérieur. La dénudation indique qu’entre eux et Dieu, il ne doit se trouver rien, mais qu’ils doivent être unis immédiatement à Dieu et contempler la gloire du Seigneur sans avoir de voile qui leur couvre le visage. On coupe les cheveux de la tête pour donner à comprendre par là que les clercs doivent retrancher de leur esprit toutes pensées superflues, avoir toujours l’ouïe prête et disposée à la parole de Dieu, et se détacher absolument des choses temporelles, excepté dans ce qui est de nécessité. La tonsure a la figure d’un cercle pour bien des raisons : 1° parce que cette (314) figure n’a ni commencement ni fin; ce qui indique que les clercs sont les ministres d’un Dieu qui n’a aussi ni commencement ni fin; 2° parce que cette figure, qui n’a aucun angle, signifie qu’ils ne doivent point avoir d’ordures en leur vie; car, ainsi que dit saint Bernard, ou il y a angle, il y a ordures ; et ils doivent conserver la vérité dans, la doctrine; car, selon saint Jérôme, la vérité n’aime pas les angles; 3° parce que cette figure est la plus belle de toutes ; ce qui a porte Dieu. à faire les créatures célestes avec cette figure, pour signifier que les clercs doivent avoir la beauté de l’intérieur dans le cœur  et celle de l’extérieur dans la manière de vivre ; 4° parce que cette figure est de toutes la plus simple : d’après saint Augustin, aucune figure n’est obtenue avec une seule ligne, il n’y a que le cercle seulement qui n’en renferme qu’une; on voit par là que les clercs doivent posséder la simplicité des colombes, selon cette parole de l’Evangile : « Soyez simples comme des colombes. »

 La Légende dorée de Jacques de Vorogine,  nouvellement traduite en français avec introduction, notes et recherches sur les sources par l’Abbé J.-M. Roze, chanoine honoraire de la Cathédrale d’Amiens. Paris, Edouard Rouveyre éditeur, 1902.

© Numérisation Abbaye Saint Benoît de Port-Valais en la fête de la chaire de Saint Pierre 22 février 2004

CHRISTIANISME, CHRISTIANISME (30-600), CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), CONCILE DE NICEE, HERESIES CHRETIENNES, HISTOIRE DU CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600)

Les hérésies des premiers siècles de l’ère chrétienne

Hérésies des trois premiers siècles

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  1. Utilité des hérésies. Elles fournissent à l’église l’occasion de définir plus clairement certains points du dogme et affermissent la foi dans les armes, car à mesure que la doctrine religieuse et attaquée, les fidèles l’étudiaient avec plus de soin.

De même que les persécutions affermies à la fois dans la divinité du christianisme, la réfutation des hérésies mit en pleine lumière la vérité et la grandeur de sa doctrine.

 

  1. Les judaïsants étaient des juifs convertis qui n’admettaient pas l’abrogation de la loi mosaïque. Leur hérésie amena l’église naissante à s’affirmer catholique, c’est-à-dire universelle, ouverte à tous.

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  1. Les gnostiques(du grec gnôsis, sciences) prétendaient posséder une science extraordinairede la nature et des attributs de Dieu.

Ils inventaient des systèmes variés, selon l’origine de leurs docteurs, pour les substituer aux enseignements de la foi sur la création de toute chose par Dieu, sur le péché originel causes initiales de tout mal dans le monde, sur l’Incarnation et la Rédemption par lesquelles Dieu a « tout restauré dans le Christ ».

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Le gnosticisme date des temps apostoliques ; il atteignit son apogée aux IIème et IIIème siècles, puis disparut vers la fin du IVème.

Par leurs erreurs, les gnostiques provoquèrent le développement de la morale catholique, également éloigné du rigorisme des uns et du relâchement des autres.

 

  1. Les manichéens, disciples du Persan Mani ou Manès, distinguèrent de principes éternels, la bon, auteur du bien : Dieu ; d’autres mauvais, auteur du mal : Satan. Les manichéens se sont maintenus jusqu’au Moyen Âge.

Manicheans

  1. Montanistes. Vers le milieu du IIème siècle un illuminé, le Phrygien Montan, fonda une secte de faux mystiques. Il se proclamait le Saint-Esprit incarné, pratiquait l’extase et tendait à substituer l’inspiration prophétique est individuel à la hiérarchie.
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Les montanistes prêchaient une morale rigoriste qui séduisit Tertullien. Elle imposait des jeûnes stricts et proscrivait les secondes noces.

 

  1. Erreur sur la Trinité. Le dogme catholique de la Trinité des personnes et de l’unité de nature en Dieu provoqua de vives controverses.

Vers la fin du IIème siècle, des élitistes regardaient Jésus-Christ comme fils adoptif de Dieu et niaient sa divinité.

Par réaction, d’autres hérétiques supprimaient toute distinction personnelle entre le Père et le Fils.

Pour combattre ces derniers, on n’en vint à distinguer le Fils du Père, au point de le déclarer inférieur et subordonné au père. On tomba ainsi dans une nouvelle erreur qui, en se développant, aboutit à l’arianisme.

 

Source : Histoire de l’Église, éd. Clovis

 

 Christianisme nicéen et christianisme arien

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Les débuts du christianisme furent agités par de vives discussions dogmatiques, surtout dans les champs christologique*  et trinitaire** (comment comprendre les paroles du Christ qui se dit fils de Dieu et fils d’une femme, et qui annonce la venue de l’Esprit divin ? Est-il avant tout Dieu, avant tout homme, homme et Dieu à part égale ? Quels sont les rapports qui existent entre lui, le Père et l’Esprit ?)

Les réflexions, les débats, les recherches ont parfois débouché sur ce que l’on appelle des hérésies (du grec hairésis, « choix, opinion, inclination »). Mais il faut savoir que ces dernières n’ont commencé être considérées comme telles qu’après de longs débats, souvent pacifiques ; que certains évêques, dont nul n’aurait contesté la légitimité ont professé telle ou telle d’entre elles ; et que ces courants, dont certains auraient pu devenir majoritaires, n’ont finalement été rejetés comme hérétiques qu’à l’occasion de conciles, à la majorité des votants.

Ce fut le cas de l’interprétation professée vers 320 à Alexandrie par le prêtre Arius, selon laquelle des trois personnes de la Trinité divine, seul le père est éternel, inengendré, tout-puissant, et possède la transcendance absolue. Le Christ, sa première créature, ne participe pas de la même identité ni de la même éternité divine, il n’a qu’une divinité déléguée. Cette doctrine fut condamnée en 325 par le concile de Nicée qui fixa, presque une fois pour toutes, l’acte de foi du chrétien (dit symbole de Nicée) : « Jésus-Christ, fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles, vrai Dieu du vrai Dieu, engendré et non créé, consubstantiel au Père. » Les débats ne furent pas clos pour autant, notamment sur la validité du concept de consubstantialité. Certains empereurs, comme Constance II et Valens, tendirent à une forme nuancée de l’arianisme, que condamna définitivement le concile convoqué en 381 à Constantinople par l’empereur Théodose. Mais entre-temps, la doctrine avait été transmise aux barbares Goths par Ulfila, l’un des leurs, initiée lors d’un séjour dans l’Empire romain d’Orient et qui, revenu chez les siens avec le titre d’évêque vers 350 leur avaient prêché l’Évangile traduit en langue gothique.

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Sans doute cette traduction et la pratique de la liturgie célébrée dans leur langue explique-t-elle le succès de l’arianisme chez les Goths, qui en firent un marqueur de leur identité et qu’ils transmirent, au rythme de leur migration vers l’ouest (jusqu’en Aquitaine pour les Wisigoths, en Italie pour les Ostrogoths), aux autres peuples barbares avec lesquels ils entrèrent en relations diplomatiques ou matrimoniales : Vandales, Suèves, Burgondes et même Francs.

Ce sont sans doute des émissaires goths, probablement ostrogoths, qui instillèrent l’arianisme à la cour de Clovis Ier, et obtinrent la conversion de Lantechilde, l’une des sœurs du roi franc. Toutefois, Grégoire de Tours raconte que celle-ci se convertit à la vraie foi sitôt après le baptême de son frère et qu’elle fut à cette occasion ointe du saint chrême. Il n’était pas nécessaire en effet qu’elle fut baptisée de nouveau puisque, comme tout arien, elle avait déjà subi le rituel de la purification. En revanche, il était essentiel que par l’onction, elle exprima son adhésion au Credo nycéen et au principe de l’égalité du Père, du Fils et de l’Esprit.

 

*relatif à la nature du Christ

**relatif aux liens existants entre les trois personnes de la Trinité

 

Source : Religions & Histoire N° 41

 

La vie des premiers chrétiens

 

TEXTES sur la vie des premiers Chrétiens

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Les Actes des Apôtres continuent l’Évangile de Luc. Ils racontent la naissance de l’Église chrétienne.
Les Epîtres sont des lettres écrites par Paul et d’autres auteurs (peut être les apôtres eux mêmes) à des églises ou à des hommes afin d’éclairer ou de conforter leur foi.

« Paul, appelé par la volonté de Dieu à être apôtre de Jésus-Christ, (…) à l’église de Dieu qui est à Corinthe. »

« Que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu, notre Père, et du Seigneur Jésus Christ !(…) »

« Je vous exhorte, frères, à n’avoir point de divisions parmi nous. »

Paul, Première Epître aux Corinthiens, 1.1/3/10, d’après la Bible de Jérusalem. Le Cerf, 1973.

« Applique toi à rester irréprochable. Que ton ambition soit de pouvoir te présenter à Dieu homme digne d’approbation. »

« C’est pourquoi fuis les passions de la jeunesse, détourne toi des désirs et des convoitises auxquels sacrifient les autres jeunes. Que ton but soit de mener une vie intègre, remplie de foi, d’amour et de paix. Recherche l’harmonie et la concorde avec tous ceux qui invoquent le Seigneur d’un c ur pur. »

Paul, Deuxième Epître à Timothée, 2.15/22

La vie en commun

« Tous ceux qui croyaient étaient ensemble et avaient toutes choses en commun ; ils vendaient leurs propriétés et leur biens, et ils en partageaient le prix entre tous, selon les besoins de chacun. Chaque jour, tous ensemble, ils allaient assidûment au Temple ; ils rompaient le pain à domicile, prenant leur nourriture dans l’allégresse. »

Actes des Apôtres, 2.44-46

Le retour du Christ

« Le Fils de l’Homme doit venir dans la gloire de son Père, avec ses anges (…)

« Il s’assiéra sur son glorieux trône. Toutes les nations seront rassemblées devant lui. Il séparera les gens les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis d’avec les boucs. Il mettra les brebis à sa droite (…) »

« [et] leur dira : « Venez, vous qui êtes bénis de mon Père; prenez possession du royaume (…) ». »

Évangile selon Matthieu, 16.27/25.31-33/34

Le sens du baptême (en grec, plongeon)

« Nous tous qui avons été baptisés dans le Christ Jésus, c’est en sa mort que nous avons été baptisés. Nous avons été ensevelis avec lui par le baptême, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions aussi d’une vie nouvelle. »

Paul, Epître aux Romains, 6.1-3

Paul à Athènes

« [Paul] discutait donc à la synagogue avec les Juifs et ceux qui adoraient Dieu et sur l’agora, chaque jour, avec les passants. (…) »

« [Il dit :] « Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qui s’y trouve, lui qui est le Seigneur du ciel et de la terre, n’habite pas dans les sanctuaires faits à la main. (…) »

« Voici donc que, fermant les yeux sur les temps de l’ignorance, Dieu annonce maintenant aux hommes d’avoir tous et partout à se repentir, parce qu’il a fixé un jour où il va juger le monde avec justice par un homme qu’il a établi et accrédité auprès de tous en le ressuscitant d’entre les morts. » En entendant parler de résurrection des morts, les uns se moquaient, les autres dirent : « Nous t’entendrons là dessus une autre fois ! » (…)  »

« Mais quelques hommes se joignirent à lui et embrassèrent la fol. »

Actes des Apôtres, 17.17/24/30-32/34

L’hostilité des païens

« Un certain Démétrius, qui était orfèvre et fabriquait des temples d’Artémis en argent, procurait ainsi à ses artisans beaucoup de travail. Il les réunit (…) et leur dit :  » Mes amis, vous savez que nous devons notre bien être à ce travail. Or, vous le voyez et vous l’entendez dire, non seulement à Éphèse mais dans presque toute l’Asie, ce Paul a, par sa persuasion, perverti une foule considérable en affirmant que ce ne sont pas des dieux ceux qui sont fabriqués de main d’homme. Cela risque non seulement de déconsidérer notre profession, mais aussi de faire compter pour rien le temple de la grande déesse Artémis, et enfin de dépouiller de sa grandeur cette Déesse vénérée par toute l’Asie et le monde entier.  »  »

Actes des Apôtres, 19.24-27

Hérésies

Cette correspondance entre l’apôtre Paul et les Corinthiens semble dater de la première moitié du IIe siècle après J.-C. et fut incorporée dans les « Actes de Paul « , (chapitre X, 2), rédigés vers 150 après J.-C. (texte apocryphe, car il donnait une trop grande place aux femmes qui pouvaient enseigner et baptiser).

cité in BOVON François, GEOLTRAIN Pierre (dir.), « Ecrits apocryphes chrétiens « , vol. I, Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 1997, pp. 1162-1163 (trad. Willy Rordorf)

« Lettre des Corinthiens
« Etienne et les presbytres [prêtres] qui sont avec lui, Daphnos, Euboulos, Théophile et Xénon, à Paul le frère, salut dans le Seigneur ! Deux hommes sont arrivés à Corinthe, un certain Simon et Cléobios, qui bouleversent la foi de certains par des discours pernicieux ; ces discours, toi, juge-les. Car, de toi, nous n’avons jamais entendu de discours semblables, ni des autres apôtres ; mais ce que nous avons reçu aussi bien de toi et de ceux-là, nous le gardons. Le Seigneur a eu pitié de nous , puisque tu es en vie pour que nous t’entendions encore : ou bien, viens en personne car nous croyons, comme cela a été révélé à Théonoé, que le Seigneur t’a préservé de la main de l’impie , ou bien réponds-nous par écrit ! Voici en effet ce qu’ils disent ou enseignent : « Il ne faut pas, disent-ils, recourir aux prophètes » ; « Dieu n’est pas le Tout-Puissant » ; « il n’existe pas de résurrection de la chair » ; « le modelage des humains n’est pas l’oeuvre de Dieu » ; « il ne faut pas croire que le Seigneur est venu dans la chair, ni qu’il a été engendré de Marie » ; « le monde n’est pas l’ouvrage de Dieu, mais des anges ». C’est pourquoi, frère, fais toute diligence pour venir ici jusqu’à nous afin que l’Eglise des Corinthiens demeure exempte de scandale et que la folie de ces gens soit manifestée.
Porte-toi bien dans le Seigneur ! »

L’Hérésie qui apparaît ici est de type dualiste, opposant le dieu de l’Ancien Testament (texte rejeté) qui a crée un monde terrestre imparfait avec un Tout-Puissant céleste et maître d’un monde parfait. Dans cette hérésie, Jésus est purement divin et ne s’est pas incarné réellement.

Saint Cyprien de Carthage, évêque catholique au IIIe siècle, martyr en 258 après J.-C, tonne contre les hérétiques.

« 2. (…) Or, comment peut-on dire qu’on croit en Jésus-Christ quand on n’accomplit pas ses commandements ? Peut-on recevoir la récompense de la foi quand on n’a pas foi aux préceptes ? Non ; on ne peut qu’errer, tourbillonner sous le souffle de l’erreur, comme la poussière que le vent emporte, et on doit désespérer d’arriver au salut [entrer au paradis] puisqu’on n’en suit pas le chemin.

  1. Evitez donc tous les pièges, mes frères bien-aimés [ses fidèles], non-seulement ceux qui se montrent aux yeux ; mais encore ceux, qui cachent dans les ténèbres leur astuce et leur malice. Quoi de plus astucieux, quoi de plus subtil que notre ennemi [le Diable] ? Jésus, en s’incarnant [devenant homme], triomphe de ses artifices et de sa puissance ; alors, en effet, la lumière se montre aux nations pour les sauver ; les sourds entendent la voix de la grâce ; les aveugles ouvrent les yeux pour voir le Dieu véritable ; les infirmes reviennent pour toujours à la santé ; les boiteux courent à l’Eglise ; les muets, sentant leur langue se délier, font entendre l’accent de la prière. Mais l’ennemi ne s’avoue pas vaincu. Voyant les idoles abandonnées et ses temples désertés par la foule devenue croyante, il imagine un nouveau piège afin de tromper les imprudents par l’apparence même du nom chrétien. Il invente les hérésies et les schismes pour troubler la foi, corrompre la vérité, scinder l’unité. Il séduit ceux qu’il ne peut retenir dans la voie des anciennes erreurs, et il les trompe en leur montrant de nouveaux chemins. Il ravit les fidèles à l’Eglise, et tout en les persuadant qu’ils évitent la nuit du siècle [le monde terrestre actuel] et qu’ils approchent de la lumière, il les plonge, sans qu’ils s’en aperçoivent, dans de nouvelles ténèbres. Ainsi, déserteurs de l’Évangile et de la loi de Jésus-Christ, ils s’obstinent à se dire chrétiens ; ils marchent dans les ténèbres, et ils croient jouir de la lumière. L’ennemi les flatte, il les trompe, cet ennemi qui, selon l’apôtre, se transfigure [se cache sous une autre apparence] en ange de lumière, qui transforme ses ministres [prêtres] eux-mêmes en prédicateurs de la vérité, donnant la nuit au lieu du jour, la mort au lieu du salut, le désespoir à la place de l’espérance, la perfidie sous le voile de la foi, l’antéchrist [faux messie] sous le nom adorable du Christ. C’est ainsi qu’au moyen d’une vraisemblance menteuse, ils privent les âmes de la vérité. »

Saint Cyprien, « De l’unité de l’église catholique », (extrait des chapitres 2-3)

Portrait de l’évêque idéal

« Si quelqu’un aspire à l’épiscopat, c’est une belle tâche qu’il désire. L’épiscopat doit être inattaquable, n’avoir été marié qu’une fois, être sobre, modéré, digne, hospitalier, capable d’enseigner, ni buveur, ni batailleur, mais indulgent, ennemi de la polémiques, détaché de l’argent, sachant bien gouverner sa maison et tenir ses enfants dans la soumission en toute dignité, car si quelqu’un ne sait pas gouverner sa maison, comment pourra t il prendre soin de l’Église de Dieu ? »

Paul, Première Epître à Timothée, 3.1-5
cité par Meslin-Palanque, Le Christianisme antique , A. Colin, 1970

Une réunion dominicale

« On lit, autant que le temps le permet, les mémoires des apôtres et les écrits des prophètes. Puis le lecteur s’arrête et le président prend la parole pour nous exhorter à imiter les beaux exemples qui viennent d’être cités. Ensuite tous se lèvent et l’on fait des prières. Enfin, (…) la prière terminée, on apporte du pain et de l’eau. Le président prie et rend grâces aussi longtemps qu’il peut ; le peuple répond par l’acclamation Amen. On distribue à chacun sa part des éléments eucharisties et l’on envoie la leur aux absents par le ministères des diacres. »

Justin (environ 100-165 ap. J.-C.), Première apologie, 67

Le dimanche des chrétiens (idem ci-dessus)

« Au jour qu’on appelle le jour du soleil, tous, qu’ils demeurent en ville ou à la campagne, se réunissent en un même lieu. On lit les Mémoires des Apôtres ou les ouvrages des prophètes, pendant tout le temps disponible. Puis quand le lecteur a fini, le président prend la parole pour nous adresser des avertissements et nous exhorter à imiter ces beaux enseignements.(…) Ensuite nous prions et, lorsque la prière est terminée, on apporte du pain et du vin mêlé d’eau ; le président prononce à haute voix les prières et les actions de grâces (…) et le peuple répond en proclamant Amen ; puis on fait à chacun la distribution et le partage de la nourriture eucharistique, et l’on envoie une part aux absents. (…) C’est le jour du soleil que nous nous réunissons, parce que ce jour est le premier, celui où Dieu créa le monde en transformant les ténèbres et la matière, et celui où Jésus Christ, notre Sauveur, est ressuscité des morts. »

Justin (milieu du IIe siècle ap. J.-C.), Première apologie, 67.
traduction d’A. Wartelle, Etudes augustiniennes, 1987

 

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Persécutions sous l’Empire romain : les martyrs de Lyon

Martyrs de Lyon : 177 après Jésus-Christ,

Joël Schmidt

Paris, Editions Salvator, 2019.

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Martyrs de Lyon : comment Marc Aurèle, empereur réputé philosophe, a pu couvrir de telles atrocités ?

Sainte Blandine (IIe siècle) a été condamnée à mort sous le règne de l’empereur Marc Aurèle. Mais cette mise à mort ne s’est pas déroulée comme prévu, le grill ne l’a pas brûlée, le lion n’a l’a pas mangée. Et c’est entre les cornes d’un taureau qu’elle a trouvé la mort.

Dans un essai sur les Martyrs de Lyon, l’historien Joël Schmidt nous emmène en l’an 177 après Jésus-Christ pour s’interroger sur ce qui a pu conduire Marc Aurèle, un empereur philosophe, humain, aimable qui séduit les historiens de tous les âges, sinon ordonner, du moins couvrir, ces atrocités ?

Ce beau livre n’apprendra pas grand-chose aux chrétiens de Lyon : les martyrs qui ont fondé l’Église primatiale des Gaules, si lointains dans le temps (177 après J.-C.), leur restent très proches dans le cœur, avec Pothin et Blandine en tête de leur saint cortège. La lettre qui raconte leur persécution, écrite par les chrétiens de Vienne et de Lyon à leurs frères d’Asie et conservée au livre V de l’Histoire ecclésiastique d’Eusèbe de Césarée (IVe siècle), est souvent rééditée, enrichie de commentaires toujours plus poussés.

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« Le philosophe et l’empereur n’étaient pas le même homme »

Mais, comme dit La Plaisante sagesse lyonnaise, « tout le monde ne peuvent pas être de Lyon, il en faut ben d’un peu partout. » À tous ceux-là le livre de Joël Schmidt sera de grand profit. Il replace cet épisode dans une vision très large, encadrée par le règne de Marc Aurèle et l’épiscopat du successeur de Pothin, Irénée. La problématique s’impose : comment un empereur philosophe, humain, aimable, qui séduit les historiens de tous les âges, a-t-il pu, sinon ordonner, du moins couvrir, ces atrocités ? La réponse de Joël Schmidt est convaincante : le philosophe et l’empereur n’étaient pas le même homme. Le philosophe s’effaçait devant les devoirs de l’empereur. L’empire était menacé par les premières invasions barbares. Cela se réglait par les armes. Mais il l’était aussi, à ses yeux, par une secte étrange qui refusait de sacrifier aux dieux romains. Maintenir la cohésion exigeait une fermeté sans faille. La prestigieuse colonie lyonnaise, siège du culte fédéral des Trois Gaules, était l’occasion d’un exemple pour tout l’empire. La férocité propre à la foule a fait le reste.

Sujet d’ampleur, on le voit. Joël Schmidt le conclut avec une page saisissante du grand historien Camille Jullian. « L’histoire du monde n’offre peut-être pas d’épisode plus émouvant que cette rencontre dans l’amphithéâtre du Confluent entre la souffrance de l’esclave Blandine et la puissance de l’empereur Marc Aurèle. » Affrontement entre la foi d’une esclave et la volonté d’un maître souverain. Et pourtant, écrit Jullian, ce souverain philosophe était fait pour comprendre la vérité de cette souffrance et la beauté de cette foi. « Blandine et Marc Aurèle auraient pu, s’ils avaient connu leurs sentiments, se regarder comme des frères dans la douleur et la piété. Avec les deux livres qui reflètent leurs croyances, les Évangiles et les Pensées, les hommes bâtiront un jour l’édifice de la morale humaine. »

 

Marc Aurèle (empereur de 161 à 180)
(Marcus Annius Verus puis Marcus Aurelius Antoninus)

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Comme Trajan et Hadrien, ses prédécesseurs, Marc Aurèle était issu d’une famille italienne installée en Espagne. Il était vaguement apparenté à Hadrien, et, d’autre part, l’empereur Antonin le Pieux avait épousé sa tante… 

Dans sa jeunesse, Marc Aurèle, qui ne s’appelait encore que Marcus Annius Verus (« Annius » du nom de son grand-père qui l’avait recueilli à la mort de son père), se lia d’amitié avec le richissime lettré athénien Hérode Atticus. Il fréquenta également les cours du célèbre rhéteur africain Fronton, qui devint lui aussi son ami. Enfin et surtout, le jeune Marc embrassa la doctrine stoïcienne d’Épictète.

L’empereur Hadrien, qui était donc un peu son parent et un peu son pays, remarqua et se prit d’affection pour ce grand beau jeune Verus, qu’il affubla du surnom révélateur de « Verissimus » (le plus véridique, le plus sincère).

Ceci explique sans doute pourquoi Hadrien à la fin de sa vie, en adoptant Antonin, ordonna à celui-ci d’adopter à son tour Marc Aurèle et le petit Lucius, orphelin d’Aelius César, premier successeur désigné d’Hadrien et trop prématurément disparu.
Il était aussi convenu que le petit Lucius (il n’avait que huit ans) épouserait Faustine, la fille d’Antonin, tandis que Marc, lui, convolerait avec la sœur de Lucius, une nommée Fabia Ceiona.

Mais Antonin, sur ce point, ne respecta pas la volonté d’Hadrien
Les âges s’accordant mieux, il donna sa fille Faustine à Marc… Mais, paraît-il, Faustine le trompa à plusieurs reprises. Au point que certains des amis de Marc, au nom du principe voulant que « la femme de César ne soit pas objet de suspicion ni de scandale », lui conseillèrent un jour de se séparer de sa si peu fidèle épouse. Mais Marc s’y refusa toujours car, objectait-il, en quittant l’ardente Faustine, il faudrait lui rendre sa dot, c’est-à-dire l’Empire !

Marc Aurèle était donc un homme de parole et de fidélité, même si celle-ci était fort mal placée. Il le prouva en respectant littéralement le règlement successoral d’Hadrien, déjà mis à mal par le pieux Antonin.
En effet, quand, à la mort d’Antonin, il accéda enfin au trône en 161 (Marc avait 40 ans) et alors qu’il aurait tout aussi bien pu régner seul, il partagea le pouvoir avec Lucius Verus, son frère d’adoption. Le fait que ce Lucius fut un être veule, un débauché, un luxurieux, un paresseux et un ivrogne, n’influença en rien la décision de Marc Aurèle.

Comble d’ironie pour un homme en qui la postérité reconnaîtra l’un des plus fins explorateurs de l’âme humaine : sa femme le trompait abominablement, son associé était un répugnant personnage, et, pour comble de malheur, son fils légitime (?) Commode fut un des pires monstres de l’Histoire romaine. Cruel destin posthume !

Autre ironie du sort : la situation de l’Empire contraignit cet empereur-philosophe à passer le plus clair de son temps à guerroyer, casque en tête et épée à la main.

Au début de son règne, il put encore laisser à de brillants généraux, tels Avidius Cassius et Statius Priscus, le soin de repousser puis de vaincre les Parthes du roi Vologèse qui avaient, une fois de plus, envahi les provinces orientales de l’Empire. Pour la bonne forme, il avait également envoyé en Syrie son lamentable frère et associé Lucius Verus afin qu’il y représentât l’autorité impériale. Mais ce débauché notoire, loin de se ruer à l’assaut des places fortes ennemies, se contenta d’écumer les tavernes, d’envahir les bordels et de saccager les maisons de passe d’Antioche.
Malgré cela (ou peut-être grâce à l’éviction de l’incapable « César » Lucius), les armes romaines furent partout victorieuses. Ctésiphon, la capitale ennemie, fut détruite, l’Arménie et la Mésopotamie furent annexées et une paix très avantageuse fut signée… Et Lucius, comme s’il était l’unique artisan de ces succès, s’en revint triompher à Rome, ramenant dans ses bagages une épidémie de peste qui allait infester tout l’Empire de nombreuses années !

L’Orient pacifié, il fallut intervenir au Nord ! Un premier rush de tribus germaniques, aussi sauvages que nombreuses, menaçait d’engloutir les provinces romaines.
En 167, les Marcomans passent le Danube, envahissent la Norique (Autriche). L’année suivante, ils sont rejoints par des Quades et des Sarmates. De concert, ils dévastent la Pannonie (Sud de la Hongrie) et atteignent le Nord de l’Italie. Il faut près de cinq ans à Marc Aurèle pour repousser ces hordes au-delà du Danube (173).

Entre-temps (171-172), il avait fallu repousser dans leurs déserts des Maures qui, venant du Maroc, avaient envahi l’Espagne et la Lusitanie (Portugal). La jacquerie des « Boucoiloi », pasteurs-brigands d’Égypte avait également été réprimée par les généraux de Marc.

Puis, de 174 à 175, il faut remettre cela et repousser, une nouvelle fois, les Sarmates (Iazyges) au-delà du Danube.

En 175, c’est la guerre civile qui menace quand le général Avidius Cassius, le brillant vainqueur de la guerre des Parthes, et à qui Marc Aurèle avait très imprudemment confié le gouvernement de tout l’Orient romain, est proclamé empereur par ses troupes. Heureusement, l’usurpation est étouffée dans l’œuf : les versatiles légionnaires assassinent leur commandant en chef avant qu’il n’ait matérialisé ses ambitions.

En 176, un court répit permet à Marc Aurèle de célébrer son triomphe à Rome, accompagné de son fils Commode, déjà nommé « César » en 166 (il sera associé au pouvoir comme « Auguste » l’année suivante).
Encore un an plus tard (177), nouvel assaut des Quades, Marcomans et Hermundures ; c’est la deuxième « Guerre germanique ». Les opérations s’achevaient enfin quand (17 mars 181) l’empereur mourut de la peste à Vindobona (Vienne – Autriche), laissant le trône à Commode, son dégénéré de fils.

Dans sa jeunesse, nous le savons, Marc Aurèle fréquenta les cercles philosophiques stoïciens. Dans le recueil des « Pensées pour moi-même« , que Marc Aurèle composera plus tard, l’empereur se présente d’ailleurs un homme tout pétri de cette austère doctrine philosophique, mais bienveillant, clément, et très soucieux du bien public. Pourtant l’Église catholique le présente comme un horrible persécuteur !

À l’évidence, si un brave homme comme ce Marc Aurèle, l’un des meilleurs souverains de Rome, se vit contraint de châtier des Chrétiens, c’est qu’il entendait réprimer « autre chose » que de simples innovations religieuses !

En fait, ce que les historiens catholiques reprochent principalement à Marc Aurèle, c’est l’exécution à Rome du philosophe chrétien Justin vers 166 ainsi que le supplice des « Martyrs de Lyon » en 177.

Sans entrer dans tous  détails, il est bon d de signaler que le fameux Justin avait publié de nombreux libelles contre les hérétiques gnostiques qu’il accusait des crimes les plus abominables. Inceste, anthropophagie, liturgies sanglantes, tout y passait. Or, les sévères lois de Marc Aurèle condamnaient les calomniateurs à la peine de mort …

Quant aux Martyrs de Lyon, c’est un peu plus compliqué.
Rappelons d’abord brièvement les faits : en 177, alors que l’Empire est menacé par une nouvelle invasion germanique, de nombreux Chrétiens de la ville de Lyon sont dénoncés, arrêtés, jugés et exécutés dans l’amphithéâtre. Les principales victimes sont l’évêque Pothin et Blandine, une jeune esclave.

Toujours sans entrer dans les détails, il faut faire remarquer ceci :

les martyrs chrétiens de Lyon étaient tous originaires d’Asie Mineure et tous avaient sans doute été contaminés par l’hérésie montaniste, une doctrine prophétique, violente, apocalyptique. Il s’agissait donc de Chrétiens exaltés.
Au moment où les Barbares étaient aux portes de la Gaule, gageons que leur défaitisme affiché ne devait être bien perçu ni par le reste de la population lyonnaise ni par les autorités romaines « sur pied de guerre ».

Montan n’ayant commencé sa prédication que vers 172, le « Montanisme », doctrine chrétienne hétérodoxe à laquelle avaient probablement souscrit les martyrs de Lyon, était une hérésie toute récente. Or, en 170, l’empereur Marc Aurèle avait promulgué un décret qui prescrivait que les adeptes des nouvelles sectes (sans doute précisément ces doctrines politico-religieuses défaitistes et dangereusement subversives) étaient passibles de la peine de mort. Dans ce cas, le gouverneur de Lyon n’aurait fait qu’appliquer la loi.

En 177, au moment où les martyrs de Lyon auraient été horriblement exécutés dans l’amphithéâtre, saint Irénée, le successeur de cet évêque saint Pothin, lui aussi victime de la persécution, se trouvait à Rome. Irénée était, dit-on, venu dans la capitale de l’empire pour demander l’arbitrage du pape au sujet, justement, de l’hérésie montaniste qui déchirait la communauté chrétienne lyonnaise.
Or, dans toutes ses œuvres, saint Irénée de Lyon, par ailleurs auteur fort prolixe, ne dit mot de la fin tragique de son prédécesseur et de ses ouailles. Le récit de la passion des martyrs de Lyon ne nous est connu que par l’Histoire Ecclésiastique d’Eusèbe de Césarée rédigée au IVe siècle seulement, un siècle et demi après les faits ! Même si l’évêque de Césarée cite une lettre contemporaine soi-disant authentique, il s’agit là d’une source de deuxième main (au moins), tardive et partiale.

Enfin, de nombreux chrétiens de Lyon furent, paraît-il dénoncés par leurs esclaves qui les accusaient des pires turpitudes (inceste, cannibalisme, crimes rituels, bref toutes les joyeusetés que les Chrétiens eux-mêmes prêtaient aux autres sectes qu’ils taxaient d’hérésie…).
Il est à signaler qu’aucun tribunal romain n’aurait jamais eu l’inconscience d’accorder le moindre crédit au témoignage d’un esclave contre son maître – sauf peut-être si la raison d’état l’imposait. Car à cette époque, toute l’économie, voire toute la civilisation, était basée sur le travail servile. Cependant, si cette fable est néanmoins véridique, alors les Chrétiens de Lyon ne furent pas poursuivis et condamnés en raison de leurs convictions religieuses, mais plutôt pour des crimes bien matériels. Les chefs d’accusation étaient certes absurdes, mais n’avaient rien à voir avec la religion !

 

 

LES PERSECUTIONS

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  1. Causes et caractères des persécutions.

 

L’empire romain s’était montré très tolérant pour les cultes des nations vaincues. Agrippa avait d’ailleurs élevé à Rome un temple à tous les dieux (Panthéon).

Bien que très exclusif et ennemi des religions païennes, le judaïsme resta toléré parce qu’il n’était pas conquérant.

D’abord confondu avec lui par les autorités civiles, le christianisme jouit de la même tolérance. Il était persécuté seulement par les Juifs. Mais bientôt, on remarqua qu’il visait à la conversion du peuple et à la destruction de l’idolâtrie. Aussitôt la persécution commença.

Le christianisme fut donc interdit : 1° parce qu’il s’opposait au culte de Rome et des empereurs qui se faisaient adorer comme des dieux (crime de lèse-majesté) ; 2° parce que le refus des chrétiens de prendre part aux cérémonies du culte des idoles était considéré comme une preuve d’athéisme et de sacrilège ; 3° parce qu’on attribuait à la magie les miracles accomplis par les chrétiens.

À ces causes publiquement déclarées, s’en ajoutaient deux autres moins avouables : 1° la vertu, recherchée par les chrétiens, constituait pour la corruption païenne un reproche permanent qui excitait entre eux les jalousies et les haines ; 2° la persécution devint souvent pour les empereurs ou les gouverneurs de provinces, un moyen de procurer des ressources, car on confisquait tous les biens des chrétiens mis à mort.

Enfin une effroyable campagne de calomnies commença de bonne heure contre la religion du Christ. On lui attribua les rites les plus odieux, tels que l’adoration d’une tête d’âne, l’anthropophagie, etc. ; on lui imputa toutes les calamités publiques. L’opinion populaire se déchaîna contre elle, souvent avec fureur, et agit sur les autorités. Les lettrés la combattirent par jalousie : ils voyaient dans les chrétiens des rivaux qui prétendaient posséder seul la vraie sagesse et la vraie religion.

À ces causes explicites ou cachées, s’ajouta, dès le début, celle qu’on prit pour base juridique des persécutions durant les deux premiers siècles : d’être une secte malfaisante, prohibée par les lois de l’Empire en qualité d’ennemie du genre humain.

 

  1. Caractères généraux des persécutions.

 

Il y eu dix persécutions générales, séparées par des périodes de tranquillité relative. Ces épreuves sanglantes durèrent deux siècles et demi (64-311)  et firent périr des millions de chrétiens.

Quelques fois les condamnés étaient conduits en foule au supplice ; le plus souvent, dans le but de désorganiser l’Église, on choisissait les victimes parmi les chefs de la religion : papes, évêques, prêtres ou fidèles influents et riches ; on leur infligeait les plus affreux tourments afin de terroriser les autres chrétiens.

Un long emprisonnement précédait souvent l’exécution de la sentence ; mais les cachots se transformaient en oratoires ; les martyrs s’y préparaient à la mort par la prière et par la réception du pain eucharistique qu’on réussissait parfois à leur apporter.

Après la prison venait l’interrogatoire. Il n’y avait ni témoin ni défenseur. Pour recouvrer la liberté, il aurait suffi aux chrétiens d’apostasier. Sur leur refus d’adorer les dieux de l’Empire, on les condamnait à la déportation, aux travaux forcés dans les mines, ou à la mort par divers supplices.

Tout ce que la cruauté la plus ingénieuse put inventer a été employé pour triompher de la constance des martyrs.

On les a crucifiés, déchirés avec des crocs ou des fouets, mutilés, brûlés vifs, exposés aux bêtes… Les Actes des martyrs* mentionnent plus d’une centaine de supplices différents.

Malgré ces épouvantables tourments, les martyrs persévéraient, inébranlables dans leur foi. Dieu répandait sur leur visage et dans leur cœur une telle sérénité que les fidèles en étaient encouragés, et parmi les païens qui assistaient à ces supplices, nombre d’entre eux se convertissaient. Ainsi se vérifiait le mot deTertullien : «Le sang des martyrs est une semence de chrétiens»

 

  1. Les persécutions au Ier siècle.

 

  1. Leurs caractères.

 

Il y eu deux persécutions générales au premier siècle : la première sous Néron, la seconde sous Domitien. Ces empereurs persécutèrent par accès de violence et non par système comme dans les siècles suivants.

 

  1. Première persécution sous Néron (64-68).

 

Ce prince cruel avait fait mettre le feu à Rome pour le plaisir de la voir brûler et pour la rebâtir ensuite à son goût. Craignant l’indignation populaire qui l’accusait de cette catastrophe, il en rejeta le crime sur les chrétiens et leur fit subir les plus cruelles tortures.

Les uns furent couverts de peaux de bêtes et exposés aux chiens pour être déchirés ; d’autres, attachés à des croix, enduits de poix et brûlés comme des torches, pour éclairer les jeux du cirque. Néron lui-même prenait plaisir à conduire son char à la lueur de ces flambeaux humains. « Les souffrances de ces victimes étaient telles, dit Tacite, historien païen, que tout en les jugeant coupable et digne du dernier supplice, le peuple était ému de compassion ». Les deux plus célèbres martyrs de la première persécution sont saint Pierre et saint Paul.

  1. Deuxième persécution, sous Domitien (95-96).

 

Après Néron, les chrétiens jouirent de plus de vingt-cinq années de paix.

C’était l’époque de la révolte des juifs contre Rome, du siège et de la prise de Jérusalem par Titus (69-70). Les prophéties de Jésus concernant la destruction de la cité déicide se réalisaient à la lettre. La ville était rasée, le Temple brûlé et la population égorgée ou réduite en esclavage.

Quant aux chrétiens, se rappelant les conseils de Notre-Seigneur et ses prédictions sur la ruine de Jérusalem, ils échappèrent au massacre en se retirant dans les montagnes au nord de la Palestine.

Domitien devint persécuteur vers la fin de sa vie, en 95, et fit condamner les chrétiens pour athéisme. Comme ils ne participaient pas aux fêtes païennes et que leur Dieu n’était pas reconnu officiellement, les Romains les considéraient comme des athées. Les plus illustres martyrs de cette persécution sont saint Jean l’Évangéliste et un cousin de l’empereur, le consul Flavius Clemens, dont la femme Domitilla, qui subit l’exil, avait fait creuser une catacombe dans ses domaines pour la sépulture de ses frères en Jésus-Christ.

L’empereur Nerva rappela tous les exilés, et rendit la paix à l’Église (96).

 

III. Les persécutions au IIe siècle.

 

  1. Leurs caractères.

 

Il y eu d’excellent empereurs au IIe siècle : Trajan, Adrien, Antonin, Marc-Aurèle, mais ils ne comprirent pas le christianisme et voulurent l’anéantir comme ennemi de l’ordre légal [1]. Ils ne publièrent aucun nouvel édit de persécution ; cependant, pour plaire à la foule païenne acharnée contre les chrétiens, ils remirent en vigueur les décrets sanguinaires de leurs prédécesseurs, en les adoucissant toute fois.

Très perplexe sur la conduite à tenir à l’égard des chrétiens, Pline le Jeune, gouverneur de la Bithynie, écrivit à Trajan pour connaître ses intentions à leur sujet : « Il ne faut pas les rechercher ; si on les dénonce et qui soient convaincus, il faut les punir, de telle sorte cependant que, si quelqu’un nie être chrétien et le prouve par des actes, il obtienne son pardon à cause de son repentir quels que soient les soupçons qui pèsent sur lui dans le passé. Mais en aucun cas il ne faut tenir compte des dénonciations anonymes, car ce serait d’un mauvais exemple, et cela ne convient plus à notre siècle ».

Ce rescrit prouve qu’être chrétien restait un délit, mais n’était plus considéré comme un danger pour le pouvoir. Il rendait un hommage implicite à l’innocence des chrétiens et obligeait les juge à suivre une procédure régulière ; aussi, Pline arrêta-t-il la persécution en Bithynie.

En 124, un rescrit d’Adrien, adressé au proconsul d’Asie, complétait celui de Trajan : il interdisait d’accueillir les accusations tumultueuses de la foule et ordonnait de châtier les accusateurs incapables de prouver leurs dires. De plus, le gouverneur devait lui-même examiner les cas et ne punir que « les infractions aux lois ».

Si l’on avait observé cette législation, la situation des chrétiens aurait été relativement tolérable, mais elle ne le fut pas ; la foule arrachait souvent, à la faiblesse des magistrats, la condamnation de ceux qu’elle détestait.

Les persécutions du IIe siècle sont classées généralement en deux groupes formant la troisième et la quatrième persécution.

 

  1. Troisième persécution sous Trajan, Adrien et Antonin.

1° Par sa lettre à Pline en 112, Trajan (98-117) ralentit un peu, sans l’arrêter complètement, la violence de la persécution.

Les plus illustres martyrs de son règne sont : le pape saint clément, condamné aux mines de la Chersonèse (Crimée), puis précipité dans la mer Noire ; saint Siméon, évêque de Jérusalem, qui mourut sur une croix comme son divin Maître ; saint Ignace [2], évêque d’Antioche, qui, dans une lettre aux Romains, témoignait un ardent désir du martyre.

2° Indifférent aux choses religieuses, Adrien (117-138) n’était cependant pas très hostile aux chrétiens, comme le prouve son rescrit de l’an 124 ; mais après une nouvelle révolte des juifs (132-135), avec lesquels il confondait les chrétiens, il se montra moins favorable à leur égard. Parmi les martyrs de son règne, on peut citer : le pape saint Télesphore ; saint Eustache, son épouse et leurs trois enfants ; sainte Symphorose avec son mari et leurs sept fils.

3° Antonin le Pieux (138-161) interdit tout soulèvement populaire contre les chrétiens, mais on ne lui obéit pas partout. Saint Polycarpe, évêque de Smyrne, dont les païens réclamaient la mort, fut conduit devant le consul qui lui dit : « Maudis le Christ et tu es libre. – Il y a quatre-vingt-six ans que je le sers, répondit le sait vieillard, et il ne m’a jamais fait de mal. Comment pourrai-je blâmer mon roi et mon Sauveur ? ». Condamné à périr sur un bûcher dressé par la foule, on vit les flammes l’environner sans le toucher. Les bourreaux le percèrent alors d’un coup d’épée puis brûlèrent son corps (156). Onze chrétiens périrent avec lui. A la suite de plusieurs condamnations tumultueuses, Antonin défendit de provoquer des émeutes à propos des chrétiens.

 

  1. Quatrième persécution sous Marc-Aurèle (161-180)

 

Dès les premières années du règne de ce prince, la peste et la famine désolèrent l’Empire. Excité par les philosophes païens, le peuple s’en prit aux chrétiens, comme auteurs de tous ces maux, et Marc-Aurèle, philosophe distingué, commanda ou autorisa les poursuites exercées contre eux. Le secours merveilleux obtenu par les prières des soldats de la Légion fulminante [3], ne le rendit pas plus favorable aux chrétiens, car il l’attribua à Jupiter.

Les plus illustres martyrs de cette persécution sont :

1° à Rome sainte Félicité et ses sept fils (162) ; l’apologiste saint Justin, victime de la jalousie des philosophes païens (163) ; sainte Cécile avec son époux Valérien et son beau-frère Tiburce (entre 177 et 180).

2° à Lyon, le vieil évêque saint Pothin, disciple de saint Polycarpe, et la jeune esclave sainte Blandine* qui, mise à la torture pour la forcer d’avouer les crimes secrets que l’opinion publique attribuait aux chrétiens, répondait à chaque demande du juge : « Je suis chrétienne, il ne se fait pas de mal parmi nous ». (177)

3° à Autun, le jeune saint Symphorien que son admirable mère exhortait au martyr en lui disant : « Ne craignez pas une mort qui conduit sûrement à la vie ». (179)

 

[1] Cela explique pourquoi, généralement, les meilleurs empereurs, ceux qui se souciaient davantage de l’autorité de l’Etat, se montrèrent le plus acharnés contre le christianisme, tandis que les empereurs qui ne cherchaient que leurs plaisirs et négligeaient les affaires publiques étaient plus tolérant et moins hostiles aux chrétiens.

[2] On le conduisit à Rome pour être livré aux bêtes de l’amphithéâtre (107). Dans la crainte que les fidèles de cette ville ne missent obstacle à l’éxécution de la sentence portée contre lui, il leur écrivit une lettre admirable, où il leur disait : «Je vous en conjure, laissez moi servir de pâture aux lions et aux ours : c’est un chemin fort court pour arrivé au ciel. Je suis le froment de Dieu, il faut que je sois broyé pour devenir un pain digne d’être offert à Jésus-Christ.» Il fut dévoré par deux lions. Les chrétiens reccueillirent ses ossements et les conservèrent comme de précieuses reliques (mot qui vient du latin reliquae, qui signifie restes).

[3] Légion fulminante  était une légion de l’armée romaine, composée de soldats chrétiens qui, dans l’expédition de l’empereur Marc – Aurèle contre les Sarmates, Quades et Marcomans, sauvèrent toute l’armée prête à périr de soif. Ils obtinrent par leurs prieres une pluie abondante pour l’armée romaine, tandis que l’ennemi essuyait de l’autre côté une grêle furieuse, accompagnée de foudres et d’éclairs épouvantables.

 

 

Hérésies des trois premiers siècles

  1. Utilité des hérésies. Elles fournissent à l’église l’occasion de définir plus clairement certains points du dogme et affermissent la foi dans les armes, car à mesure que la doctrine religieuse et attaquée, les fidèles l’étudiaient avec plus de soin.

De même que les persécutions affermies à la fois dans la divinité du christianisme, la réfutation des hérésies mit en pleine lumière la vérité et la grandeur de sa doctrine.

 

  1. Les judaïsants étaient des juifs convertis qui n’admettaient pas l’abrogation de la loi mosaïque. Leur hérésie amena l’église naissante à s’affirmer catholique, c’est-à-dire universelle, ouverte à tous.

 

  1. Les gnostiques(du grec gnôsis, sciences) prétendaient posséder une science extraordinairede la nature et des attributs de Dieu.

Ils inventaient des systèmes variés, selon l’origine de leurs docteurs, pour les substituer aux enseignements de la foi sur la création de toute chose par Dieu, sur le péché originel causes initiales de tout mal dans le monde, sur l’Incarnation et la Rédemption par lesquelles Dieu a « tout restauré dans le Christ ».

Le gnosticisme date des temps apostoliques ; il atteignit son apogée aux IIème et IIIème siècles, puis disparut vers la fin du IVème.

Par leurs erreurs, les gnostiques provoquèrent le développement de la morale catholique, également éloigné du rigorisme des uns et du relâchement des autres.

 

  1. Les manichéens, disciples du Persan Mani ou Manès, distinguèrent de principes éternels, la bon, auteur du bien : Dieu ; d’autres mauvais, auteur du mal : Satan. Les manichéens se sont maintenus jusqu’au Moyen Âge.
  2. Montanistes. Vers le milieu du IIème siècle un illuminé, le Phrygien Montan, fonda une secte de faux mystiques. Il se proclamait le Saint-Esprit incarné, pratiquait l’extase et tendait à substituer l’inspiration prophétique est individuel à la hiérarchie.

Les montanistes prêchaient une morale rigoriste qui séduisit Tertullien. Elle imposait des jeûnes stricts et proscrivait les secondes noces.

 

  1. Erreur sur la Trinité. Le dogme catholique de la Trinité des personnes et de l’unité de nature en Dieu provoqua de vives controverses.

Vers la fin du IIème siècle, des élitistes regardaient Jésus-Christ comme fils adoptif de Dieu et niaient sa divinité.

Par réaction, d’autres hérétiques supprimaient toute distinction personnelle entre le Père et le Fils.

Pour combattre ces derniers, on n’en vint à distinguer le Fils du Père, au point de le déclarer inférieur et subordonné au père. On tomba ainsi dans une nouvelle erreur qui, en se développant, aboutit à l’arianisme.

 

Source : Histoire de l’Église, éd. Clovis

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Les débuts du christianisme dans le monde romain

 

Christianisme dans le monde romain

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Les questions posées par la christianisation de l’Empire romain

 

L’évolution des religions du IIIè au VIIIè  siècle :

du polythéisme au christianisme

La progression du christianisme dans l’Empire est sujette à de nouveaux débats. En effet, les sources à la disposition des historiens rendent ardue la quantification du développement du christianisme.

 

Pendant longtemps a prévalu l’idée qu’au début du ive siècle, les provinces d’Orient sont majoritairement acquises au christianisme. En Occident, les provinces méditerranéennes sont plus touchées par la nouvelle religion que les autres. Mais partout dans cette partie de l’Empire romain, les campagnes restent profondément polythéistes. Dans cette optique, la conversion de Constantin n’aurait été qu’un couronnement, et non un tournant de l’histoire de l’Empire. Aujourd’hui l’ampleur de la christianisation de l’Empire est remise en question. Robin Lane Fox pense que le paganisme est toujours très bien implanté au début du ive siècle et que le christianisme est encore un phénomène très minoritaire. Selon lui les chrétiens ne représentent en 312, que 4 à 5 % de la population totale de l’Empire. Le débat est d’autant plus délicat que, derrière les chiffres, il y a un enjeu idéologique fort.

Certains points semblent néanmoins établis. L’inégalité de la christianisation selon les régions et le retard de la Gaule en particulier sont admis par tous. À un moindre degré, la situation est la même en Espagne et en Italie, mais avec en plus de fortes différences régionales. On pense qu’à Rome, la ville la plus christianisée d’Italie, peut-être un peu moins de 10 % des habitants sont chrétiens en 312. L’étude des papyrus égyptiens permet le chiffre de 20 % de chrétiens en 312 en Égypte. En Asie Mineure, une proportion d’1/3 de chrétiens est envisageable, 10 à 20 % en Afrique. En 312, les chrétiens ne sont donc qu’une minorité dans l’Empire.

La question du développement du christianisme a longtemps été posée en termes d’affrontement avec la culture antique. Le Bas Empire est, dans cette perspective, vu comme une période de triomphe de la foi nouvelle face aux religions traditionnelles ou aux cultes à mystères. Aujourd’hui, l’examen des sources pousse à modifier ce point de vue. Le christianisme s’est nourri de la culture antique et s’en est servi pour se développer : il n’a donc pas détruit la culture antique. G. Stroumsa explique le passage du paganisme au christianisme dans l’Empire romain par un processus d’intériorisation du culte. Une partie significative des habitants de l’empire ne se reconnaît plus dans les religions ritualistes et cherche une croyance qui soit plus personnelle. L’essor des  religions monothéistes grâce à la généralisation du codex sert d’accélérateur à un nouveau souci de soi présent dans l’ascèse et la lecture, au passage de la religion civique aux religions communautaires et privées. Cette thèse ne fait pas l’unanimité parmi les historiens.

Le christianisme, en devenant la religion de l’Empire romain  au ive siècle, sert à justifier un ordre politique autoritaire qui s’exerce au nom de Dieu. Il permet aussi, aux yeux des empereurs d’assurer la cohésion de l’Empire. Il devient un élément essentiel de la civilisation de l’Antiquité tardive. La conséquence en est l’exclusion de toutes les autres convictions religieuses. Les non-chrétiens sont désormais désolidarisés de l’idéal romain.

Pour l’Église d’Occident, romanité et christianisme sont tellement indissociables que les évêques trouvent normal de défendre l’Empire face aux barbares.

La grande persécution

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Au début du ive siècle, avec la Tétrarchie, la lutte contre la religion des chrétiens, en expansion mais encore très minoritaire, donne lieu à une dernière persécution généralisée. En 303, Dioclétien et ses collègues lancent plusieurs édits contre les chrétiens donnant naissance à la grande persécution, après la quarantaine d’années de tranquillité relative qui suivirent le règne de Gallien (260-268). Les gouverneurs et les magistrats municipaux doivent saisir et faire brûler le mobilier et les livres de culte. Au début de l’année 304, un édit ordonne à tous les citoyens de faire un sacrifice général pour l’Empire, sous peine de mort ou de condamnation aux travaux forcés dans les mines. La persécution est très inégalement appliquée sur l’Empire, assez vite abandonnée en Occident après 305, plus longue et sévère en Orient. En 311 juste avant sa mort, Galère décrète l’arrêt de la persécution, et, selon le polémiste chrétien Lactance, demande aux chrétiens de prier pour son salut et celui de l’Empire. Cet appel est dans le droit fil de la tradition religieuse romaine, et admet l’utilité civique des chrétiens.

Une des conséquences de la grande persécution pour le monde chrétien est le schisme donatiste à partir de 307. Les donatistes refusent la validité des sacrements délivrés par les évêques qui avaient failli lors des persécutions de Dioclétien, position condamnée en 313 au concile de Rome. Le schisme se poursuit en Afrique romaine jusqu’à la fin du siècle.

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Cette dernière persécution marque plus que les autres la tradition chrétienne orientale : l’hagiographie positionne lors de la persécution de Dioclétien et ses successeurs le martyre de saints d’existence légendaire. Une autre trace de l’impact significatif sur la mémoire chrétienne est le choix de l’ère copte ou « ère des Martyrs » qui débute à la date d’avènement de Dioclétien.

 

Les empereurs chrétiens

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Constantin, au départ adepte de Sol invictus (le Soleil Invaincu), se convertit au christianisme, pour certains dès 312 à la suite d’une vision précédant la bataille du pont Milvius (Eusèbe de Césarée), pour d’autres en 326 par remords après l’exécution de son fils et son épouse (Zosisme). Il concilie le christianisme et une divinité d’où émaneraient tous les dieux, La Divinité, identifiée à partir du milieu du iiie siècle au Soleil. Dans la période 312-325, les monnaies représentent le Dieu Soleil, compagnon de l’empereur, ou confondent son image avec la sienne. Peu de monnaies montrent des symboles chrétiens (chrismelabarum) à la fin ce laps de temps. La part de conviction personnelle et de calcul politique dans l’adhésion de Constantin au christianisme reste indécise. En 313, l’édit de Milan proclame la liberté de culte individuel et prévoit de rendre aux chrétiens les biens confisqués pendant la grande persécution de Dioclétien, ce qui vaut à l’empereur le soutien des chrétiens opprimés en orient. L’adoption du christianisme pose le problème des relations entre l’Église et le pouvoir : c’est la naissance du césaropapisme. Sollicité par les évêques africains sur la querelle donastique, Constantin organise en 313 (ou 314) le premier concile pour que les évêques décident entre eux. Il convoque et préside le concile de Nicée en 325 qui reconnaît le Christ comme Dieu et homme à l’unanimité, et excommunie l’évêque Arius. Constantin le fait exiler, puis le rappelle quelques années plus tard. Les ariens adoptent des positions très favorables au pouvoir impérial, lui reconnaissant le droit de trancher les questions religieuses d’autorité. Constantin finit par se rapprocher de cette forme de christianisme et se fait baptiser sur son lit de mort par un prêtre arien. Cette conversion à l’arianisme est contestée par l’Église catholique et par certains historiens. Son fils et successeur Constance II est un arien convaincu. Il n’hésite pas à persécuter les chrétiens nicéens plus que les païens. Malgré ses interventions dans de nombreux conciles, il échoue à faire adopter un credo qui satisfasse les ariens et les chrétiens orthodoxes. À l’exception de Valens, ses successeurs, soucieux de paix civile, observent une stricte neutralité religieuse entre les ariens et les nicéens. La défaite d’Andrinople face aux Wisigoths ariens permet aux catholiques orthodoxes de passer à l’offensive. Ambroise de Milan, voulant défendre le credo de Nicée contre les ariens qualifie l’hérésie de double trahison, envers l’Église et envers l’Empire.

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Gratien finit par s’orienter vers une condamnation de l’arianisme sous l’influence conjuguée de son collègue Théodose et d’Ambroise. L’empereur de la pars orientalis a, en 380, dans l’édit de Thessalonique, fait du Christianisme une religion d’État. Comme son collègue, il promulgue des lois anti-hérétiques. Il convoque un concile à Aquilée, en 381, dirigé par Ambroise. Deux évêques ariens sont excommuniés. À ce moment, l’Église catholique est devenue assez forte pour résister à la cour impériale. Après la mort de Gratien, le parti arien est de nouveau très influent à la cour. À son instigation, est promulguée une loi, le 23 janvier 386, qui prévoit la peine de mort pour toute personne qui s’opposerait à la liberté des consciences et des cultes. Ambroise refuse de concéder une basilique extra muros aux ariens fort du soutien du peuple et des hautes sphères de Milan. La cour impériale est obligée de céder. Grâce à des hommes comme Ambroise, l’Église peut ainsi s’émanciper de la tutelle impériale, surtout en Occident et même revendiquer la primauté du pouvoir spirituel sur le temporel en rappelant à l’empereur ses devoirs de chrétien. Cependant, les chrétiens ont aussi besoin de la force publique pour faire prévaloir leur point de vue. Ainsi porphyre de Gaza obtient de l’impératrice Eudoxie  , qu’elle fasse fermer par son époux Arcadius les temples polythéistes de Gaza.

Les païens, les hérétiques et les Juifs deviennent des citoyens de seconde zone, grevés d’incapacités juridiques et administratives. Dans une loi, Théodose précise : « Nous leur enlevons la faculté même de vivre selon le droit romain. ». Cependant, le Judaïsme est la seule religion non-chrétienne à demeurer licite en 380. Sur le vieux fond de judéophobie gréco-romain se greffe un antijudaïsme  proprement chrétien, accusant les Juifs d’être déicides et d’avoir rejeté le message évangélique. Cela n’empêche pas Théodose de vouloir imposer à l’évêque de Callinicum en Mésopotamie de reconstruire à ses frais, la synagogue que ses fidèles ont détruite, à la grande indignation d’Ambroise de Milan

Christianisation et romanité

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Après la conversion de Constantin, le christianisme progresse rapidement dans l’Empire romain mais toujours de manière inégale suivant les provinces. Il s’agit aussi dans bien des cas d’une christianisation superficielle où se mêlent un grand nombre de pratiques païennes. L’évangélisation des campagnes d’Occident ne progresse que très lentement. En Gaule, l’action de missionnaires déterminés joue un rôle non négligeable dans l’adoption de la religion du Christ. Saint Martin reste la figure de proue de l’évangélisation de la Gaule. En Occident, le latin remplace le grec comme langue liturgique à la même époque, signe de la perte de l’usage du grec dans cette partie de l’Empire. L’Égypte n’est considérée comme chrétienne qu’à la fin du ve siècle.

L’organisation de l’Église

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L’Église s’organise en suivant le modèle administratif de l’Empire. Le diocèse où officie l’évêque, correspond à la cité, sauf en Afrique et en Égypte. Celui-ci est désigné par les membres de la communauté et les évêques voisins. L’aristocratie christianisée occupe souvent les fonctions d’évêque. Du fait de la défaillance des élites municipales, fuyant des responsabilités trop lourdes et trop coûteuses, ils deviennent les premiers personnages de la cité aux ve et vie siècles. En Orient, ils deviennent ainsi des partenaires du pouvoir impérial. Ils reprennent pour l’Église une part de l’évergétisme décurional pour l’aide aux pauvres et aux malades. En cas de besoin, ils s’érigent en défenseur de leur cité menacée face aux barbares. À Rome, ils prennent le pas sur les préfets urbains. En Égypte, par contre, les évêques sont le plus souvent choisis parmi les moines. Certains cumulent le rôle d’évêque et de supérieur du monastère comme Abraham d’Hermonthis, vers l’an 600. De nombreux papes chrétiens coptes viennent du monastère de saint Macaire situé à Wadi El-Natroun. Aujourd’hui, la hiérarchie de l’Église copte se recrute toujours parmi les moines.

À partir du ive siècle, un personnage nouveau se détache de l’évêque, le prêtre. Il obtient peu à peu le droit de baptiser, de prêcher et d’enseigner. Alors que les cités d’Occident se vident de leur population à cause des difficultés de ravitaillement et de l’insécurité, une nouvelle cellule religieuse rurale se développe au vie siècle, la paroisse dans laquelle il officie. La paroisse finit par forcer le maillage administratif de base du Moyen Âge.

Au-dessus des évêques se trouve l’évêque métropolitain qui siège dans le chef-lieu de la province et dont l’autorité s’entend à l’ensemble de celle-ci. À partir du concile de Constantinople de 381, apparaissent des primats qui regroupent sous leur autorité plusieurs provinces ; en Occident, Rome et Carthage ; en Orient Constantinople, Alexandrie et Antioche. Au cours du ive siècle, le siège de Rome commence à établir sa primauté sur l’ensemble de l’Empire. En 370, Valentinien Ier déclare irrévocable les décisions du pape à Rome. Le pape Damase (366-384) est le premier prélat à qualifier son diocèse de siège apostolique car il a été créé par l’apôtre Pierre, considéré comme le chef des apôtres. L’autorité pontificale n’est véritablement devenue souveraine qu’à partir de Léon le Grand vers 450, ce qui n’empêchera pas les empereurs d’Orient d’user de force pour imposer à plusieurs papes leurs vues théologiques. Mais cela ne doit pas faire oublier que durant l’Antiquité tardive, l’Église n’est pas un ensemble homogène. Chaque cité a ses rites, ses saints, sa langue liturgique, reflet de la diversité de l’Empire.

Les empereurs donnent aux membres du clergé de nombreux privilèges. Ils sont dispensés des prestations fiscales imposées aux citoyens. Les évêques se voient reconnus des pouvoirs de juridiction civile. Les personnes poursuivies par le pouvoir bénéficient du droit d’asile, ce qui permet de les soustraire à la justice impériale. Enfin les clercs échappent progressivement aux juridictions ordinaires et se trouvent ainsi placés au-dessus du droit commun. Constantin donne à l’Église une personnalité juridique qui lui permet de recevoir des dons et des legs. Ceci lui permet d’accroître sa puissance matérielle. Au ve siècle, elle possède d’immenses domaines dont certains dépendent des institutions charitables de l’Église. Le développement de ses institutions lui permet d’occuper un vide laissé par les systèmes de redistributions païens, en s’intéressant aux pauvres en tant que tels et non en tant que citoyens ou que clients En Orient comme en Occident, l’Église se retrouve cependant confrontée à un paradoxe ; elle est riche, mais prône la pauvreté comme idéal.

Le monachisme

 

Durant l’Antiquité tardive, le monachisme, né au iiie siècle connaît un premier essor. Les premiers moines apparaissent en Égypte, au sud d’Alexandrie. Le retrait radical du monde que prônent les premiers ermitesAntoine et Pacôme, est une véritable rupture politique et sociale avec l’idéal gréco-romain de la cité. Ceci n’empêche pas l’érémitisme puis le cénobitisme de se développer dans les déserts d’Orient. Pourtant il semble que le vrai fondateur du mode de vie cénobitique soit Pacôme. Au début du ive siècle, il établit une première communauté à Tabennèse, une île sur le Nil à mi-chemin entre Le Caire et Alexandrie. Il fonde huit autres monastères  dans la région au cours de sa vie, totalisant 3 000 moines.

Les clercs occidentaux qui se rendent en Orient propagent à leur retour l’idéal monachiste. Les premiers établissements religieux apparaissent à l’Ouest de l’Empire à partir de la fin du ive siècle : l’abbaye Saint-Martin à MarmoutierHonorat à Lérins et de multiples fondations à partir du vie siècle. À partir des premières expériences s’élaborent de nombreuses règles monastiques. Parmi celles-ci, la règle de saint Benoît est destinée à un grand avenir en Occident.

Avec le soutien de Justinien Ier, le monachisme prend une grande importance en Orient. Refuge moral, son pouvoir d’attraction est tel qu’il détourne de l’impôt et des fonctions publiques une partie des forces de l’Empire, et devient un véritable contre-pouvoir qui se manifestera lors de la crise de l’iconoclasme. En Occident, le monachisme recevra une impulsion décisive sous la dynastie carolingienne. Dans toutes les contrées anciennement romaines, les monastères joueront un rôle précieux de conservateurs de la culture antique.

Mentalités et pratiques religieuses

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C’est pendant l’Antiquité tardive qu’est fixée l’organisation du calendrier chrétien. Constantin choisit de fêter la naissance du Christ, Noël, le 25 décembre, jour de la célébration du dieu Sol invictus, le Soleil Invaincu. On peut y voir là une tentative de syncrétisme religieux. Pâques reste une fête mobile à l’instar de Pessah. Sa date de célébration est différente d’une communauté chrétienne à l’autre. Pendant le jeûne de Carême qui la précède, les catéchumènes, des adultes, se préparent au baptême célébré durant la nuit de Pâques. Constantin interdit aussi un grand nombre d’activités le dimanche, jour consacré au culte chrétien. Le calendrier chrétien avec ses fêtes chrétiennes, le découpage du temps en semaine supplante définitivement le calendrier romain à la fin du ve siècle. Par contre, pendant toute l’Antiquité tardive, le décompte des années se fait à partir d’un critère antique : la fondation de Rome (753 av. J.-C.), les premiers Jeux olympiques (753 av. J.-C.)  ou même l’ère de Dioclétien. Au vie siècle, Denys le Petit élabore un décompte chrétien à partir de l’année de naissance du Christ. Ce nouveau comput n’entre en action qu’au viiie siècle.

Sur le plan des mentalités, le christianisme introduit un grand changement dans la vision du monde divin. Les Romains avaient toujours accepté sans grande résistance les divinités non romaines. Le christianisme, religion monothéiste, s’affirme comme étant la seule vraie foi qui professe le seul vrai Dieu. Les autres divinités et religions sont ramenées au rang d’idoles ou d’erreurs. Cette position a comme corollaire la montée de l’intolérance religieuse chrétienne au ive siècle, qui serait due aux discours apocalyptiques de certaines communautés chrétiennes et à leurs attentes eschatologiques, ainsi qu’au pouvoir politique impérial. L’Église multiplie les adjectifs pour se définir : katholicos, c’est-à-dire universelle, orthodoxos, c’est-à-dire professant la seule vraie foi. De ce fait, l’Église chrétienne est amenée à combattre non seulement les païens, mais aussi les chrétiens professant une foi contraire aux affirmations des conciles, qui sont considérés à partir du ve siècle comme des hérétiques.

Les historiens se posent la question des changements moraux induits par le christianisme. La morale chrétienne de l’Antiquité tardive se concentre avant tout sur la sexualité et la charité et ne remet pas en cause la hiérarchie familiale en place, insistant au contraire sur le nécessaire respect de l’autorité du pater familias. Le discours religieux est donc en général conservateur. Grégoire de Nysse est le seul auteur chrétien à avoir condamné l’esclavage, mais non en raison du triste sort des esclaves. Il est en fait préoccupé par le salut des propriétaires d’esclaves, coupables, selon lui, du péché d’orgueil. Augustin dénonce la torture en raison de son inefficacité et de son inhumanité.

Les débats théologiques

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Les premiers siècles du christianisme sont ceux pendant lesquels s’élabore la doctrine chrétienne. Cette élaboration ne va pas sans divisions et conflits, de sorte qu’on peut parler de « christianismes » dans l’Empire romain et dans ses états-successeurs. Outre les conflits de primauté, les querelles dogmatiques sont nombreuses. Le donatisme africain, l’arianisme, le priscillianisme, le pélégianisme, le nestorianisme, le monophysisme sont autant de doctrines possibles, finalement condamnées comme « hérésies » par les premiers conciles œcuméniques. Mais parfois de justesse : contre l’arianisme, deux conciles sont réunis. En 325 à l’issue du premier concile de Nicée, le Symbole de Nicée, que les latins appellent credo est rédigé. C’est l’invention solennelle de l’orthodoxie46. Plus tard, en 451, le concile de Constantinople   définit Dieu comme un être unique, en trois personnes éternelles : le Père, le Fils et le Saint Esprit : c’est le dogme de la « Trinité ». Jésus-Christ est défini comme : « fils unique de Dieu, engendré du Père, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non créé, de la même substance (homoousios) que le Père » Les ariens pensent, eux, que le Père est antérieur au Fils et au Saint Esprit et qu’il est donc leur créateur. L’arianisme a de nombreux partisans en Orient comme en Occident. Les missionnaires ariens convertissent les Goths et les Vandales, tandis les peuples romanisés et les grecs sont majoritairement nicéens. Clovis, roi des Francs, est, à la fin du ve siècle, le premier roi barbare à embrasser l’orthodoxie nicéenne et à bénéficier ainsi du soutien de l’Église romaine.

Au ve siècle les disputes théologiques portent sur la nature du Christ, humaine et/ou divine. Le nestorianisme, défendu par le patriarche de Constantinople Nestorius, privilégie la nature humaine du Christ. Il est condamné par le concile d’Éphèse de 431 réuni à l’instigation du patriarche d’Alexandrie Cyrille. À Antioche, on insiste sur le fait que Jésus est certes Dieu parfait mais aussi homme parfait. Il est rappelé que son incarnation, qui maintient la dualité des natures, est la condition du salut du genre humain et que c’est parce que le Verbe de Dieu (le Christ) s’est fait homme, que l’on peut dire que Marie est mère de Dieu. Les monophysites, suivant les idées du moine Eutychès, nient la nature humaine du Christ. Eutychès prêche que dans l’union en Jésus-Christ, la nature divine absorbe en quelque sorte la nature humaine. Dioscore d’Alexandrie neveu et successeur de Cyrille le soutient. Les monophysites sont condamnés par le concile de Chalcédoine de 451 réuni à l’initiative du pape Léon le Grand. Celui-ci reprend la thèse défendue par le concile de Nicée d’une double nature du Christ, à la fois tout à fait homme et tout à fait Dieu. Dans le canon du concile, le Christ est reconnu « en deux natures sans confusion, sans mutation, sans division et sans séparation, la différence des natures n’étant nullement supprimée à cause de l’union ». Le pape retrouve la première place dans le débat religieux. Mais le monophysisme est très bien implanté en Égypte, en Syrie et dans une partie de l’Asie Mineure. Il résiste pendant deux siècles en se repliant sur les langues locales, le copte en Égypte et le Syriaque en Syrie.  Justinien échoue lui aussi à mettre fin aux divisions religieuses de l’Orient malgré la réunion du concile des « trois chapitres ». Le rôle des hérésies, n’est pas à minorer. Les querelles religieuses se poursuivent en Orient jusqu’au viie siècle. Le monophysisme des Égyptiens suscite une prise de conscience nationale. La conquête musulmane est acceptée favorablement tant le pays détestait l’emprise impériale, qui superposait un patriarche et des évêques byzantins à la hiérarchie copte.

Paganisme, superstition et syncrétisme dans un Empire chrétien

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Pendant tout le ive siècle, les cultes polythéistes traditionnels continuent à être pratiqués, de même que les cultes à mystère d’origine orientale comme ceux de Mithra, de Cybèle, d’Isis et de Sérapis malgré des restrictions progressives. Les textes chrétiens qui les dénoncent violemment, les dédicaces, les ex-voto, les attestations de travaux dans les temples en sont autant de témoignages7. Chenouté, , mort vers 466 et abbé du monastère Blanc en Haute-Égypte, rapporte dans ses œuvres sa lutte contre les païens, qu’il appelle « les Grecs ». L’historien païen Zosime nous apprend lui aussi que la nouvelle religion n’était pas encore répandue dans tout l’Empire romain, le paganisme s’étant maintenu assez longtemps dans les villages après son extinction dans les villes.

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Constantin n’intervient guère que pour interdire les rites qui relèvent de la superstitio, c’est-à-dire des rites religieux privés, comme les sacrifices nocturnes, les rites d’haruspice privés et autres pratiques identifiées à la sorcellerie et la magie. Il manifeste en général la plus grande tolérance vis-à-vis de toutes les formes de paganisme7. En 356, Constance II interdit tous les sacrifices, de nuit comme de jour, fait fermer des temples isolés et menace de la peine de mort tous ceux qui pratiquent la magie et la divination. L’empereur Julien, acquis au paganisme, promulgue en 361 un édit de tolérance permettant de pratiquer le culte de son choix. Il exige que les chrétiens qui s’étaient emparés des trésors des cultes païens les restituent. Ses successeurs sont tous chrétiens. En 379, Gratien abandonne la charge de Grand Pontife. À partir de 382, à l’instigation d’Ambroise, évêque de Milan, l’autel de la Victoire, son symbole au Sénat, est arraché de la Curie, tandis que les Vestales et tous les sacerdoces perdent leurs immunités. Le 24 février 391, une loi de Théodose interdit à toute personne d’entrer dans un temple, d’adorer les statues des dieux et de célébrer des sacrifices, « sous peine de mort ». En 392, Théodose interdit les Jeux olympiques liés à Zeus et à Héra, mais aussi à cause de la nudité du corps des compétiteurs, le culte du corps et la nudité étant dénigrés par le christianisme. Peu à peu, les temples abandonnés tombent en ruines. En 435, un décret renouvelant l’interdiction des sacrifices dans les temples païens ajoute : « si l’un de ceux-ci subsiste encore ». Le renouvellement du décret prouve que les sacrifices n’ont certainement pas disparu. Ramsay MacMullen pense que les païens restent malgré tout très nombreux. En Égypte, en Anatolie, les paysans s’accrochent à leurs anciennes croyances. Certaines communautés chrétiennes font parfois preuve de fanatisme destructeur vis-à-vis du paganisme. Elles sont désavouées par les grands esprits de leur époque, comme saint Augustin. L’exemple le plus frappant est celui de la philosophe néoplatonicienne Hypatie, mise en pièces dans une église, puis brûlée par une foule de fanatiques menée par le patriarche Cyrille, en 415, à Alexandrie. Des temples sont détruits comme le Sérapéum d’Alexandrie dès 391, le temple de Caelestis, la grande déesse carthaginoise héritière de Tanit en 399. Pourtant l’État ne fait pas œuvre de destruction systématique des temples païens et de leurs objets d’art. Au contraire, des décrets officiels témoignent de la volonté de l’État de conserver ce patrimoine artistique. Plusieurs édits du règne de Justinien enlèvent aux païens le droit d’exercer des fonctions civiles ou militaires et d’enseigner, ce qui a comme conséquence la fermeture de l’école philosophique d’Athènes. Un édit de 529 aggrave encore leur situation en leur imposant la conversion au christianisme.

Par ailleurs, le christianisme lui-même se trouve imprégné des anciens rites païens. Certaines fêtes traditionnelles romaines sont toujours fêtées à la fin du ve siècle, comme la fête des Lupercales consacrée à la fécondité et aux amoureux. Pour l’éradiquer, le pape Gélase Ier décide en 495 de célébrer la fête de Saint Valentin, le 14 février, un jour avant la fête des Lupercales pour célébrer les amoureux. Il s’agit donc bien d’une tentative de christianisation d’un rite païen. Les Africains continuent de célébrer des banquets aux jours anniversaires des morts directement sur les tombes. Au vie siècle, Césaire d’Arles dénonce dans ses sermons à ses fidèles les pratiques païennes qui subsistent dans le peuple. Le port d’amulettes, les cultes aux arbres et aux sources n’ont pas disparu de la Gaule méridionale. Les plaintes des clercs sont nombreuses jusqu’à la fin de l’Antiquité tardive. En Orient, les attendus du concile in Trullo (Constantinople, 691-692) flétrissent des coutumes qui subsistent : célébrations d’anciennes fêtes païennes, chants en l’honneur de Dionysos lors des vendanges, bûchers allumés à la nouvelle lune, etc.

Pour les populations christianisées, l’inefficacité de la médecine antique favorisait les croyances dans les miracles produits par les saints. Les pèlerinages se multiplient dans tout l’Empire romain. Au vie siècle, le tombeau de Martin de Tours draine des foules considérables. Cette foi en une guérison miraculeuse favorise l’adhésion des campagnes au christianisme. Les évêques y voient un moyen d’assurer le rayonnement de leur diocèse. Les guérisons miraculeuses sont utilisées comme un argument pour convaincre les foules de la véracité de la foi nicéenne. Les miracles censés avoir été accomplis par les saints après leur mort sont donc soigneusement répertoriés et diffusés comme un instrument de propagande. Autour du culte des saints, toute une série de croyances proches des superstitions anciennes se développe. Les gens cherchent à se faire enterrer près des saints car ils pensent que leur sainteté se diffuse à travers la terre sous laquelle ils reposent.  Le culte des saints donne naissance aux pèlerinages porteurs de prospérité pour les villes d’accueil.

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