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Gloria Mundi, film de Robert Guédiguian

Gloria Mundi***

de Robert Guédiguian

Film français, 1h47

 

 « Gloria Mundi »,

le présent désenchanté de Robert Guédiguian

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Dans un Marseille gris et froid, le réalisateur raconte une famille recomposée aux prises avec la violence sociale du monde d’aujourd’hui. Une tragédie sombre et puissante qui a valu à Ariane Ascaride le prix d’interprétation à Venise.

Les réjouissances autour de la naissance de Gloria laissent poindre les difficultés et la rancœur.

 

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Ce n’est pas un hasard si, à quelques semaines d’intervalle, Ken Loach et Robert Guédiguian nous livrent le même diagnostic sur l’état du monde. À savoir le constat amer du triomphe de l’ultralibéralisme avec la réussite individuelle pour seul horizon, et la destruction des dernières solidarités, y compris au sein de l’ultime refuge que constitue la cellule familiale. Dans un style très différent, Sorry We Missed You, de Ken Loach, réquisitoire implacable contre l’ubérisation de la société, et ce Gloria Mundi, qui confronte une famille modeste et recomposée avec la dure réalité sociale du monde d’aujourd’hui, se ressemblent.

Pour le cinéaste marseillais, il y a les comédies destinées à nous montrer le monde tel qu’il pourrait être, et les tragédies qui le montrent tel qu’il est. Son 21e film, sans doute l’un des plus sombres et des plus puissants, se classe résolument dans la deuxième catégorie. Mais, au constat quasi clinique dressé par le Britannique, Robert Guédiguian préfère les sentiments et la dramaturgie. Celle qui donne à cette chronique sociale et familiale des allures de drame shakespearien et fait de sa morale un refus de la fatalité.

Une économie de la survie

Au commencement, d’ailleurs, est la vie. Le film s’ouvre sur une naissance, celle de Gloria, fille de Mathilda (Anaïs Demoustier) et de Nicolas (Robinson Stévenin). Elle réunit toute la famille à la maternité en ce jour heureux où les compliments sont d’usage. Au même moment, Daniel (Gérard Meylan), le père de Mathilda, sort d’un long séjour en prison. Son ex-femme Sylvie (Ariane Ascaride), qui s’épuise dans une société de nettoyage industriel, et Richard (Jean-Pierre Darroussin), son second mari conducteur de bus, l’invitent à revenir à Marseille et à faire connaissance avec sa petite-fille.

Mais derrière les réjouissances pointent déjà les difficultés et les rancœurs. Les jeunes parents tirent le diable par la queue. Elle, est à l’essai comme vendeuse dans un magasin de vêtements et ne supporte pas l’autorité tatillonne de sa patronne. Lui s’est mis à son compte comme chauffeur Uber dans l’espoir de s’enrichir, mais n’a fait qu’endetter le couple. «Nous sommes des moins que rien», clame Mathilda qui jalouse sa demi-sœur, Aurore (Lola Naymark) et son compagnon Bruno (Grégoire Leprince-Ringuet).

Eux se sont enrichis en rachetant pour une bouchée de pain les objets du quotidien que de plus pauvres qu’eux bradent pour boucler les fins de mois difficiles. Dans cette économie de la survie, ils sont ceux qui s’en sont sortis et ne cessent de se contempler dans le miroir de leur propre réussite. Jusqu’à ce que l’engrenage fatal de la pauvreté et de la violence vienne tout remettre en cause.

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Le portrait sombre d’une jeunesse perdue

Dans un Marseille très éloigné de la carte postale, où les quartiers du port ont été livrés aux promoteurs immobiliers, où les solidarités syndicales ont laissé la place à la loi du plus fort, Robert Guédiguian dresse le portrait sombre d’une jeunesse perdue, reflet du monde impitoyable dans lequel elle vit.

Celui où «les dominés soutiennent le discours des dominants» et où «la nécessité du partage a cédé la place à ce fléau mortel quest la volonté de chacun de posséder ce que les autres possèdent», explique le réalisateur en colère. À cette génération, il oppose celle des parents (la sienne), personnages bienveillants et remplis de sagesse mais qui assistent impuissants à la défaite de tous leurs idéaux.

Dans le rôle de Sylvie, toujours digne malgré un travail éreintant, qui refuse de faire grève parce qu’elle n’a pas le choix, Ariane Ascaride, prix d’interprétation à Venise, est magnifique de retenue et d’humanité blessée. À ses côtés, le personnage poétique de Gérard Meylan, en ex-taulard réfugié dans l’écriture de haïkus, apporte la seule lumière de ce film noir et fera en sorte, par son geste sacrificiel, de briser la spirale de pauvreté et de violence dans laquelle est enfermée la famille. À la tête de sa troupe habituelle de comédiens talentueux, Robert Guédiguian, en militant jamais résigné, force parfois le trait. Mais n’est-ce pas là toute l’essence de la tragédie ?

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Repères

Ariane Ascaride, fidèle interprète

10 octobre 1954 : Naissance à Marseille.

1975 : Entre au Conservatoire national d’art dramatique et épouse Robert Guédiguian.

1977 : Premier rôle au cinéma dans La Communion solennelle de René Féret.

1980 : Joue dans Dernier été, le premier film de son mari. Elle sera son interprète dans tous ses films sauf un, Le Promeneur du Champ-de-mars, consacré aux derniers jours de François Mitterrand. Elle se partage depuis entre le théâtre et le cinéma.

1998 : César de la meilleure actrice pour Marius et Jeannette.

2019 : Coupe Volpi de la meilleure actrice à la Mostra de Venise pour Gloria Mundi.

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https://www.la-croix.com/Culture/Cinema/Gloria-Mundi-present-desenchante-Robert-Guediguian-2019-11-26-1201062820

 

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J’accuse, film de Roman Polanski

J’accuse de Roman Polanski

L’Affaire Dreyfus vue par celui qui l’a lancée

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Avec « J’accuse », en salles le 13 novembre 2019, Roman Polanski signe un excellent film historique sur la plus célèbre affaire judiciaire de l’histoire de France, l’Affaire Dreyfus.

Il a pris le parti non de la raconter mais de la montrer à travers le regard de celui sans qui elle n’aurait pas existé, le colonel Picquart, un officier déluré et antisémite qui a placé sa conscience au-dessus de sa carrière et de ses  préjugés (Jean Dujardin, excellent dans ce rôle).

Ce point de vue, c’était déjà celui de Robert Harris, auteur du roman qui a inspiré le film, D. (2013), avec qui Polanski a co-écrit le scénario.

 Une plongée réussie dans une affaire judiciaire complexe

Le film s’ouvre sur la dégradation du capitaine Alfred Dreyfus dans la cour de l’École militaire, à Paris, le 5 janvier 1895. Officier juif déclaré coupable de haute trahison par un tribunal de guerre, il aurait fourni des éléments confidentiels à l’ennemi allemand. Louis Garrel, bien grimé, fait un Dreyfus très convaincant. Ses insignes et épaulettes lui sont violemment arrachées, son épée cassée en deux et sa casquette et ses médailles sont jetés à terre et piétinées. C’est le summum de la disgrâce.

Derrière les grilles, une foule haineuse vocifère insultes et propos antisémites. Dreyfus clame son innocence.

Roman Polanski (86 ans) s’est inspiré pour ce film du roman D., de Robert Harris, lequel a été associé à l’écriture du scénario.  Il met en avant le point de vue d’un personnage central de l’Affaire, le lieutenant-colonel Georges Picquart.

Jean Dujardin, fidèle à lui-même, entre sans grande difficulté dans la peau du personnage. On assiste à l’ascension de ce lieutenant-colonel brillant, qui atterrit à la direction du service de renseignements.  Il prend son rôle très à cœur et exerce ses missions dans le respect des valeurs militaires.

La « preuve » accablant Dreyfus est un bordereau découvert le 26 septembre 1894 et adressé au major allemand Schwartzkoppen, dans lequel les officiers du renseignement et même le célébrissime expert de la police judiciaire Adolphe Bertillon (Matthieu Amalric) ont cru reconnaître l’écriture du capitaine…

Un jour de mars 1896, alors qu’il consulte les documents fournis par Madame Bastian, femme de ménage-espionne qui transmet le contenu des corbeilles en papier de l’ambassade allemande à l’armée française, Picquart fait une découverte qui change le cours de sa vie, et de l’Histoire.

Il tombe sur « le petit bleu », un mot d’un officier français d’origine hongroise, le commandant Esterhazy, adressé à Schwartzkoppen. Tiens donc, l’écriture du mot ressemble étrangement à celle du bordereau. Dès lors, Picquart se met en quête de vérité et se rend compte que le dossier à charge est très, très mince…

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C’est un homme à la personnalité ambigüe. Célibataire libertin comme beaucoup de ses homologues, qui entretient une liaison avec une femme mariée, Pauline Monnier (Emmanuelle Seigner), il place la justice et l’honneur militaire au-dessus de tout. Il partage aussi un antisémitisme de salon très courant en son temps, allant jusqu’à déclarer sans sourciller à Dreyfus qu’il n’aime pas les juifs mais n’accepte pas pour autant qu’un innocent soit condamné !

Mais la hiérarchie militaire et le ministre ne veulent rien entendre. Dans une période de grande tension internationale, il n’est pas question selon eux de laisser planer le doute sur l’infaillibilité de l’armée et de ses tribunaux !

Le colonel Picquart s’oppose aussi à son subordonné, le commandant Henry (Grégory Gadebois). Un militaire obsédé par le respect des ordres et de la hiérarchie qui en vient à produire en octobre 1896 un bordereau qui accable Dreyfus.

Picquart est finalement affecté loin de Paris, jusque dans les confins de la Tunisie. Mais comme Dreyfus sur l’île du Diable, il a le « tort » de survivre à l’épreuve et revient à Paris pour reprendre son enquête. Il rencontre les principaux dreyfusards, Matthieu Dreyfus, frère du condamné, Georges Clemenceau , patron de L’Aurore, et Émile Zola.

Esterhazy, de son côté, demande à être jugé. Contre toute attente, le 11 janvier 1898, il est acquitté et c’est Picquart qui est condamné et exclu des cadres de l’armée ! Mais l’Affaire est lancée et ne s’arrêtera plus.

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Du « faux » au célèbre « J’Accuse »

Le 13 janvier 1898, alors que Picquart part en fourgon pour un an d’incarcération, L’Aurore publie à la Une le célèbre « J’Accuse »..

Peu de temps après, le 30 août 1898, Henry avoue être à l’origine du faux. Il est incarcéré à son tour… et se suicide au grand soulagement de sa hiérarchie.

Un procès en révision s’ouvre enfin à Rennes le 9 septembre 1899. À la stupéfaction générale, Dreyfus est à nouveau condamné mais « seulement » à dix ans de réclusion ! Dix jours plus tard, le président Loubet le gracie. Las et usé, Dreyfus accepte la grâce et renonce à faire appel de son jugement à la grande déception de ses partisans et de Picquart en particulier…

En à peine 2h12, Polanski parvient à reconstituer l’atmosphère de l’époque, avec ses préjugés et ses enjeux. Les femmes y tiennent une place très réduite malgré l’excellente prestation d’Emmanuelle Seigner dans le rôle de l’amante.

Et même si l’on connaît la fin de l’histoire, le spectateur est tenu en haleine par un suspens bien mené autour des débats intérieurs qui agitent le héros et des pressions qui pèsent sur lui… Hier comme aujourd’hui, il n’est pas aisé d’affronter sa hiérarchie et l’opinion publique au nom de l’idée que l’on se fait de la justice et de la vérité !

L’épilogue nous montre Picquart en 1906, de retour dans les cadres de l’armée avec le grade de général et nommé ministre de la Guerre par le nouveau Président du Conseil, un certain Clemenceau. Il reçoit Dreyfus qui a été enfin réhabilité. Lui aussi est de retour dans les cadres de l’armée mais seulement en qualité de commandant,  son ancienneté n’ayant pas été prise en considération.

Picquart  lui refuse le grade de lieutenant-colonel pour ne pas réveiller de polémique. La réalité reprend le dessus. Lui et Dreyfus ne se verront plus jamais. Une fin douce-amère qui montre les limites de la justice d’un point de vue tant politique que moral et psychologique.

 

Le cinéma, ça reste du cinéma…

On peut regretter le titre du film, allusion à l’article de Zola, car, à l’exception de Picquart, les autres dreyfusards (Mathieu Dreyfus, Bernard Lazare, Émile Zola, Auguste Scheurer-Kestner…) n’apparaissent qu’en filigrane ou pas du tout. On peut regretter plus sûrement l’héroïsation du personnage central. La réalité est beaucoup plus nuancée ainsi que le rappelle l’historien Philippe Oriol (Le Faux ami du capitaine Dreyfus, Grasset, 2019).

Picquart, quand il a découvert la vérité sur le procès Dreyfus, a songé d’abord à sauver sa carrière et pendant près de deux ans a louvoyé en retenant les informations qu’il détenait. C’est seulement quand il a compris que l’armée le briserait malgré tout qu’il s’est engagé à corps perdu du côté des dreyfusards jusqu’à devenir pour l’opinion publique le vrai héros de l’Affaire !

Après l’amnistie du capitaine Dreyfus, dans le désir de soigner sa popularité, Picquart a suggéré à Dreyfus d’aller de suite en cassation et demander un nouveau procès devant le Conseil de Guerre. Mais Dreyfus et ses proches s’y sont refusés avec raison, préférant attendre que des faits nouveaux et sérieux leur garantissent une cassation du jugement de Rennes, ce qui fut fait le 12 juillet 1906.

Une scission durable et violente s’est alors installée dans le camp dreyfusard, attisée par Picquart qui ne s’est pas privé d’en informer la presse antidreyfusarde… Concluons avec l’écrivain Octave Mirbeau, que cite Philippe Oriol : « Je dirai du colonel Picquart que c’est un homme. Dans les temps de déchéance et d’avilissement que nous traversons, être un homme, cela me paraît quelque chose de plus émouvant et de plus rare que d’être un héros. L’humanité meurt d’avoir des héros, elle se vivifie d’avoir des hommes » (1899).

Publié ou mis à jour le : 2019-11-13 14:27:54

 

 

 

CINEMA, FRANCO ZEFFERELLI (1923-2019), REALISATEUR ITALIEN, THEÂTRE ITALIEN

Franco Zeffirelli (1923-2019).

Franco Zeffirelli

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Franco Zeffirelli (prononcé  né le 12 février 1923 à Florence, mort le 15 juin 2019 à Rome, est un réalisateur, scénariste et producteur italien. Il serait issu de la famille de Léonard de Vinci.

 

Biographie

Enfant abandonné et confié à l’orphelinat des Innocenti, il arrive le jour des Z. Sa mère, amoureuse de Mozart, décide alors de l’inscrire sous le patronyme Zeffiretti, mais une erreur de la secrétaire, le transforme en Zeffirelli. Très tôt, il a la chance d’être pris en main par une vieille Anglaise de la communauté installée à Florence qui lui enseigne sa langue et lui fait découvrir Shakespeare, le choc de sa vie.

Florentin dans l’âme, Franco Zeffirelli commence sa carrière artistique comme assistant de Luchino Visconti avec qui il entretiendra toujours des rapports orageux et passionnels. Il le suit d’abord au théâtre, puis au cinéma pour les films La Terre tremble (La Terra trema) et Senso . Visconti est incontestablement celui qui lui ouvre le chemin. Leurs rapports se dégradent malheureusement et plus tard Visconti supporte mal que Zeffirelli puisse voler de ses propres ailes et surtout lui « vole » Maria Callas.

Vers la fin des années 1950, Zeffirelli amorce une carrière de metteur en scène d’opéras qui s’échelonne sur plusieurs décennies et le conduit à travailler régulièrement pour La Scala de Milan et le Metropolitan Opera de New York. Il dirige notamment Maria Callas dans La Traviata à Dallas en 1959, Tosca à Londres et Paris en 1964 et Norma à Paris en 1964 et 1965. En 1966, à New York, il inaugure la salle d’opéra du Lincoln Center en dirigeant la création de l’opéra Anthony and Cleopatra de Samuel Barber dont il écrit également le libretto. La réaction critique est unanimement négative.

En 1967, il réalise une adaptation cinématographique de la pièce de Shakespeare La Mégère apprivoisée mettant en vedette Elizabeth Taylor et Richard Burton. Le film connaît un succès appréciable, ce qui l’encourage à adapter Roméo et Juliette l’année suivante, avec Leonard Whiting et Olivia Hussey, deux jeunes inconnus dans les rôles titres, lui est un acteur britannique, né le 30 juin 1950 à Londres ;  elle une actrice argentine, née le 17 avril 1951 à Buenos Aires. Pour la première fois, un metteur en scène prenait des acteurs ayant l’âge réel des rôles. La musique de Nino Rota contribue à faire de ce film un chef-d’œuvre absolu. C’est le plus gros succès de la carrière de Zeffirelli. Roméo et Juliette reçoit quatre nominations aux Oscars, et en remporte deux (meilleure photographie et meilleurs costumes).

Pendant les années 1970 il dirige deux films d’inspiration religieuse : François et le Chemin du soleil (sur la vie de saint François d’Assise) avec Graham Faulkner et la mini-série Jésus de Nazareth dans laquelle l’acteur anglais Robert Powell interprète le rôle-titre au sein d’une distribution particulièrement imposante (Laurence OlivierRod SteigerChristopher Plummer entre autres). Ce film centré sur la vie de Jésus, réalisé à la demande du pape Paul VI, connaît un succès considérable (27 millions de spectateurs en Italie; 2,5 milliards dans le monde). Quand le cinéaste Martin Scorsese traitera le même sujet dans La Dernière Tentation du Christ, Zeffirelli prendra position sur le mode polémique contre le film de son confrère américain, le qualifiant de « pur produit de la chienlit culturelle juive de Los Angeles qui guette la moindre occasion de s’attaquer au monde chrétien3 ».

À la fin des années 1970 il se rend aux États-Unis où il réalise Le Champion et Un amour infini, deux mélodrames froidement reçus par la critique. Pendant les années 1980, il dirige des opéras filmés comme La Traviata en 19824 et Othello en 1986. Il revient à Shakespeare en 1990 avec une version de Hamlet mettant en vedette Mel Gibson dans le rôle-titre et Helena Bonham Carter en Ophélie. Il tourne en fin de carrière Un thé avec Mussolini, film largement autobiographique sur son enfance à Florence ; une nouvelle version cinématographique de Jane Eyre, d’après le roman de Charlotte Brontë, avec Charlotte Gainsbourg dans le rôle-titre, et enfin le film biographique Callas Forever avec Fanny Ardant.

Contrairement à Luchino Visconti, son premier mentor, connu pour sa proximité avec le Parti communiste italien, Franco Zeffirelli est nettement engagé à droite ; il a été élu en 1994 sénateur sous l’étiquette Forza Italia, puis réélu en 1996.

En 1996, il fait son coming out comme homosexuel, mais demeure par la suite très discret sur sa vie privée.

 

Théâtre

1963 : Roméo et Juliette au Théâtre Sarah Bernard à Paris, dans le cadre du Théâtre des Nations (Roméo: Gianfranco Giannini ; la nourrice : Ave Ninchi)

1964 : Qui a peur de Virginia Woolf ? d’Edward AlbeeThéâtre de la Renaissance

1976 : Lorenzaccio d’Alfred de MussetComédie-Française

1978 : Carmen, téléfilm de Brian Large captant une représentation scénique de la mise en scène de Zeffirelli

 

Filmographie

Comme acteur

1947 : L’Onerevole Angelina: Filippo Carrone

Comme réalisateur

1958 : Camping

1966 : Per Firenze, film-documentaire sur les inondations de Florence avec la voix de Richard Burton,

1967 : La Mégère apprivoisée (The Taming of the Shrew) – également scénariste et producteur

1968 : Roméo et Juliette (Romeo and Juliet) – également scénariste

1972 : François et le Chemin du soleil (Fratello sole, sorella luna) – également scénariste

1977 : Jésus de Nazareth (mini-série télévisée) – également scénariste

1979 : Le Champion (The Champ)

1981 : Un amour infini (Endless Love)

1982 : La Bohème

1982 : Pagliacci

1983 : La Traviata – également scénariste

1986 : Othello – également scénariste

1988 : Toscanini (Il giovane Toscanini)

1989 : 12 registi per 12 città

1990 : Hamlet – également scénariste

1992 : Don Carlo (TV)

1993 : Mémoire d’un sourire (Storia di una capinera)

1996 : Jane Eyre – également scénariste

1999 : Un thé avec Mussolini (Tea with Mussolini)

2002 : Callas Forever

2009 : Omaggio a Roma (documentaire)

CINEMA, FESTIVAL DE CANNES, FILMS, Non classé

Festval de Cannes 2019 : palmares et Palme d’or

Le réalisateur Bong Joon-ho a reçu, samedi 25 mai, la Palme d’Or à Cannes pour son film « Parasite ».

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Pour une fois, la critique et le jury se sont accordés sur la Palme d’or. Dans une sélection considérée comme très relevée dans laquelle concourraient plusieurs cinéastes chevronnés déjà récompensés à Cannes, ils ont distingué le Coréen Bong Joon-ho qui, avec Parasite, avait impressionné les festivaliers par l’ampleur de sa mise en scène et de son sujet : une violente critique sociale de son pays.

Le choix du jury est audacieux tant, de Pedro Almodovar à Terrence Malick en passant par Ken Loach, nombreux étaient cette année les prétendants à une légitime Palme d’or. Il est le reflet d’un palmarès exigeant qui a préféré faire le pari de cinéastes en devenir et du renouvellement formel mis au service d’œuvres aux fortes résonances politiques et sociales.

Un des représentants les plus talentueux de la nouvelle vague coréenne

Dans cette perspective, Parasite a fait, chose rare, l’unanimité d’un jury composé en majorité de réalisateurs et présidé par le Mexicain Alejandro Gonzalez Inarritu« Nous avons tous été fascinés par ce film, et cette fascination a continué à croître au fil des jours », a expliqué ce dernier à l’issue de la cérémonie.

Cette œuvre puissante et originale allie une grande maîtrise formelle à une dénonciation sans concessions des inégalités sociales dans un pays livré aux puissances de l’argent et à l’influence américaine. Cette récompense fait de Bong Joon-ho le premier Sud-Coréen à recevoir une Palme d’or et corrige au passage l’injustice faite l’année dernière à son compatriote Lee Chang-dong, dont le très beau Burning, sur un sujet très similaire, était reparti bredouille malgré un accueil enthousiaste.

Le cinéaste de 49 ans ne vient pas de nulle part puisqu’il est l’un des représentants les plus talentueux de la nouvelle vague coréenne et Parasite est son septième long métrage. Découvert avec Mémories of murder en 2003, sorte de thriller rural se situant à l’époque de la dictature militaire, il fait partie de cette génération de réalisateurs asiatiques qui ont brillamment revisité les codes du film de genre pour dépeindre les maux de leur pays. The Host en 2006 puis Mother en 2009 confirment son talent et lui apportent le succès public. Après un détour par des coproductions internationales avec Snowpiercer (Le transperceneige) et Okja, déjà sélectionné à Cannes il y a deux ans, Bong Joon-ho est revenu dans son pays pour réaliser ce drame familial intimiste auquel il apporte une maîtrise formelle stupéfiante.

Des choix « purement cinématographiques »

Parasite met en scène deux familles. D’une part, les Park dignes représentants de cette nouvelle élite coréenne enrichie par le boom économique des années 2010, qui a élu domicile dans une vaste maison d’architecte des beaux quartiers de Séoul ; d’autre part, les Kim, dont les membres, tous au chômage, s’entassent dans un sous-sol malodorant de la ville. Ces derniers vont petit à petit s’introduire dans le quotidien des premiers en se faisant tout à tour embaucher à leur service, la maison partagée entre la surface et le sous-sol servant de métaphore à l’infranchissable frontière entre les classes sociales.

Ce qui commence comme une comédie sociale légère et gentiment corrosive bascule, au gré d’un récit haletant aux développements inattendus, dans l’angoisse et le drame pour délivrer une vision profondément pessimiste de la société coréenne.

À l’instar de Parasite, le palmarès de cette 72e édition du Festival de Cannes a fait le choix de primer des films qui traitent avec force de problèmes sociaux ou politiques actuels.

Le Grand prix est allé à Atlantique, premier film de la Franco-Sénégalaise Mati Diop évoquant les migrations ; le prix du jury a été attribué à égalité aux Misérables du Français Ladj Ly, sur les violences policières en banlieue, et à Bacurau, fable politique des Brésiliens Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles ; enfin le prix de la mise en scène revient aux frères Dardenne pour Le jeune Ahmed, récit de la radicalisation d’un adolescent.

« Nos choix ne sont pas liés à une volonté politique, ils sont purement cinématographiques », a insisté le président du jury. Si les Français tirent leur épingle du jeu avec un prix du scénario pour Céline Sciamma et son Portrait de la jeune fille en feu, les Américains repartent bredouilles. Ignoré par le palmarès officiel, le très beau film de Terrence Malick, La vie cachée s’est vu remettre le prix du jury œcuménique.

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Palmarès du 72e Festival de Cannes

Palme d’or : Parasite de Bong Joon-ho

Grand prix du jury : Atlantique de Mati Diop

Prix du jury : ex aequo Les Misérables de Ladj Ly et Bacurau de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles

Prix d’interprétation féminine : Emily Beecham dans Little Joe de Jessica Hausner

Prix d’interprétation masculine : Antonio Banderas dans Douleur et Gloire de Pedro Almodovar

Prix de la mise en scène : Jean-Pierre et Luc Dardenne pour Le Jeune Ahmed

Prix du scénario : Céline Sciamma pour Portrait de la jeune fille en feu

Mention spéciale : It must be heaven d’Elia Suleiman

Caméra d’or : Nuestras Madres de César Diaz (Semaine de la critique)

Prix Un certain regard : La vie invisible d’Euridice Gusmao de Karim Aïnouz ; mention spéciale pour Jeanne de Bruno Dumont

Prix du jury œcuménique : La vie cachée de Terrence Malick

Œil d’or, qui récompense depuis 2015 un documentaire à Cannes, toutes sections confondues : ex aequo Pour Sama de Waad al-Kateab et La cordillère des songes de Patricio Guzman

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BONG JOON HO, CINEMA, CINEMA SUS-COREEN, FESTIVAL DE CANNES, FILM PARASITE, FILMS, PARASITE

Film Parasite de Bong Joon-ho

Parasite 
de Bong Joon-ho
Corée du Sud, 2 h 12
En salles le 5 juin

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SYNOPSIS 

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Le film est présenté en compétition au Festival de Cannes 2019.

Toute la famille de Ki-taek est au chômage, et s’intéresse fortement au train de vie de la richissime famille Park. Un jour, leur fils réussit à se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais chez les Park. C’est le début d’un engrenage incontrôlable, dont personne ne sortira véritablement indemne..

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Cannes 2019 : « Parasite », dans les sous-sols de Séoul

Critique 

Sous les apparences d’une comédie sociale corrosive, le nouveau film du Coréen Bong Joon-ho, Parasite, présenté mardi 21 mai en compétition au Festival de Cannes, porte un regard d’un extrême pessimisme sur l’état de son pays et épate par l’ampleur de sa mise en scène.

 

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Parasite oppose deux mondes, celui des Kim, famille pauvre qui s’entasse dans un entresol malodorant, et celui de la famille Park, caricature de la nouvelle élite coréenne.

Chacun dans un style très différent dresse le même constat, celui de deux Corées irréconciliables, dont la partition géographique, se double au Sud d’une partition entre classes sociales. Deux mondes, les riches et les pauvres, et une frontière au moins aussi infranchissable que le 38e parallèle.

Deux mondes opposés

Celle de Parasite est incarnée métaphoriquement par ce qui se joue entre le sous-sol et la surface d’une vaste maison d’architecte, d’inspiration américaine, construite dans les beaux quartiers de Séoul. C’est là que réside la famille Park, caricature de la nouvelle élite coréenne qui a fait fortune dans les nouvelles technologies, imite le style de vie occidental et parsème ses phrases de locutions anglo-saxonnes.

Sa pelouse bien taillée, son immense baie vitrée laissant entrer la caresse du soleil, sa réserve pleine de victuailles font fantasmer les Kim, famille pauvre qui s’entasse dans un entresol malodorant et vivote de petits boulots sans espoir de voir son sort s’améliorer.

Une comédie sociale qui bascule soudainement dans l’horreur

Quand leur fils Ki-woo est embauché par les Park au moyen d’un faux diplôme pour donner des cours d’anglais à leur fille, cette joyeuse bande de petits arnaqueurs va concevoir un plan pour investir littéralement les lieux et profiter un peu de l’aisance de leur propriétaire.

La sœur, le père et la mère se font tour à tour engager pour pourvoir aux différentes tâches nécessaires au standing des Park (professeur de dessin, chauffeur, gouvernante), sans que ces derniers ne soupçonnent qu’ils ont affaire à la même famille, si ce n’est cette étrange odeur qui flotte désormais dans la maison.

Mais un événement inattendu va bouleverser cette arnaque patiemment échafaudée. Le piège va se refermer sur les Kim, les ramenant à leur point de départ : les entrailles de Séoul auxquelles leur condition semble irrémédiablement les condamner.

Un insondable pessimisme

Dans une embardée scénaristique dont le cinéma coréen a le secret, ce qui avait commencé comme une comédie sociale légère et gentiment corrosive, opposant la chaleur et l’exubérance de la famille Kim à l’univers glacé et factice dans lequel évoluent les Park, bascule subitement dans l’horreur au moment où des pluies torrentielles font déborder tous les égouts de la ville.

Bong Joon-ho, grand maître du cinéma de genre (Memories of MurderThe HostMother), possède, grâce à une mise en scène élégante et savamment maîtrisée, cet art d’instiller peu à peu l’angoisse et le malaise dans un récit aux développements inattendus pour délivrer un message d’un insondable pessimisme : la seule façon d’échapper à sa condition, dans un pays livré aux puissances de l’argent, est de faire fortune à son tour.

Source : La Croix du 22 mai 2019.

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Les plus belles années d’une vie de Claude Lelouch

Les plus belles années d’une vie

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Date de sortie 22 mai 2019 (1h 30min)

De Claude Lelouch

Avec Jean-Louis Trintignant, Anouk Aimée, Marianne Denicourt plus

Genres Comédie dramatique, Romance

Nationalité Français

 

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SYNOPSIS ET DÉTAILS

Le film présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2019

Ils se sont connus voilà bien longtemps. Un homme et une femme, dont l’histoire d’amour fulgurante, inattendue, saisie dans une parenthèse devenue mythique, aura révolutionné notre façon de voir l’amour.
Aujourd’hui, l’ancien pilote de course se perd un peu sur les chemins de sa mémoire. Pour l’aider, son fils va retrouver celle que son père n’a pas su garder mais qu’il évoque sans cesse. Anne va revoir Jean-Louis et reprendre leur histoire où ils l’avaient laissée

 

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Cannes 2019: Les Plus Belles Années d’une vie, un hymne à l’amour

Critique 

Cinquante ans après Un homme et une femme, Palme d’or 1966 et deux Oscars, le cinéaste reprend les mêmes acteurs pour tourner un film sur leurs retrouvailles.

Loin d’être une œuvre funèbre, cet hymne à la vie et à l’amour, émouvant et gai, est irradié par la malice de Jean-Louis Trintignant et la beauté lumineuse d’Anouk Aimée.

 

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C’était un pari fou, une gageure unique dans l’histoire du cinéma. Reprendre et prolonger Un homme et une femme, cinquante ans après, avec les mêmes acteurs. Pour ce film mythique, qui remporta la Palme d’or en 1966 et deux Oscars, le jeune cinéaste de 28 ans avait tout misé. Un demi-siècle plus tard, encore abasourdi par l’ovation à Cannes, puis emporté par le triomphe mondial de cette belle histoire d’amour qui le lança dans la carrière, il ose rejouer aux dés ce qui assura sa gloire.

En 1986, il avait déjà essayé avec Un homme et une femme, vingt ans déjà, mais le résultat était décevant. En 2019, il dispose de ses quatre acteurs de l’époque : Anouk Aimée, Jean-Louis Trintignant, et les deux enfants de 1966, Souad Amidou et Antoine Sire. Les voilà de nouveau réunis.

Ainsi roule Claude Lelouch, à l’image de son court-métrage C’était un rendez-vous, sa folle traversée de Paris, à six heures du matin, en 1976, au volant d’un bolide, grillant dix-huit feux rouges – « Le film dont je suis le plus fier et celui dont j’ai le plus honte », avoue-t-il –, qu’il insère dans Les Plus Belles Années d’une vie. Il fonce, pied au plancher. Advienne que pourra. Et il s’en sort toujours.

Jean-Louis et Anne

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Ancien coureur automobile, Jean-Louis Duroc végète, affaibli, perdant la boule, dans une maison de retraite cossue, le Domaine de l’orgueil. Son seul souvenir durable et constant demeure celui d’une femme qu’il a aimée, quittée, sans l’avoir revue. Il pense qu’elle était la femme de sa vie et le répète souvent à son fils, Antoine, qui se met en quête de cette Anne rêvée.

Ancienne scripte, elle tient une boutique d’antiquités en Normandie. Touchée, poussée par sa fille et sa petite-fille, elle accepte d’aller voir ce vieil homme, toujours présent dans son cœur. Depuis leur rencontre dans le pensionnat où ils rendaient visite à leurs enfants, un dimanche d’escapade sur la plage, et une nuit inoubliable à Deauville.

Jean-Louis la prend pour une nouvelle pensionnaire. Il est troublé de retrouver chez cette inconnue le même geste que celui de cette femme, Anne, sa façon de relever ses cheveux, son sourire, son regard qu’il n’a pas oublié. Il se souvient, par instants, de son numéro de téléphone, Montmartre 1540, par lequel lui était parvenu, au soir de l’arrivée du rallye de Monte-Carlo, le fameux télégramme : « Je vous aime. »

Le miracle de Cannes

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Autant le dire sans barguigner. Claude Lelouch a réussi son pari. Loin d’un remake crépusculaire, sombre, lugubre, sur la vieillesse et la maladie, il offre une œuvre lumineuse, un hymne à la vie, émouvant et gai, plein de fantaisie et d’émotion, irradié par la malice, l’humour distancié de Jean-Louis Trintignant et la beauté lumineuse d’Anouk Aimée. Leur interprétation, par touches, fait oublier la faiblesse des dialogues, la légèreté artificielle de certaines situations.

Le premier gros plan sur Jean-Louis Trintignant a valeur d’épreuve et de manifeste. Claude Lelouch le fixe très, très longuement. Et sur ce visage d’homme vieux et diminué passe une gamme de sensations et de sentiments qu’interprète l’acteur, a minima, sans effet, qui ouvre le bal d’une composition stupéfiante.

L’acteur utilise les trous de mémoire de son personnage comme un chat s’amuse avec une balle. Face à lui, Anouk Aimée resplendit d’attentions, de délicatesse, de tendres prévenances qui conduisent au pardon. Elle reforme le couple qui les hante l’un et l’autre. Une douce complicité les réunit. Ensemble, à jamais.

Claude Lelouch, roi du recyclage et de l’auto-citation, intègre, par moments, des scènes d’Un homme et une femme. Effet garanti. La magie de ce film opère toujours. Son noir et blanc, la voix et la jeunesse des deux acteurs, leur sensualité, l’élan irrésistible de leur étreinte sur le quai de Saint-Lazare quand tout paraissait perdu entre eux.

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. Le « miracle » de Cannes, de nouveau, cinquante ans après…

« Son cinéma est de plus en plus serein »

Jean-Ollé Laprune

Historien du cinéma, coauteur du livre Claude Lelouch, mode d’emploi

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« Dans le grand œuvre de Claude Lelouch, ses 49 films, bientôt 50 à la fin de l’année, ce retour à Un homme et une femme vient compléter un dispositif très cohérent. Ses films se prolongent et se répondent, avec des personnages et des situations que l’on retrouve. Comme l’apologie de la brève rencontre, le constat du bonheur qui ne dure pas, les ruptures. Mais aussi l’éloge de la durée dans le temps qui irrigue Les Plus Belles Années d’une vie. Son cinéma est de plus en plus serein. »

 

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https://www.la-croix.com/Culture/Cinema/Cannes-2019-Belles-Annees-dune-vie-sont-tant-aimes-2019-05-21-1201023413

AGNES VERDA (1928-2019), CINEASTE FRANÇAIS, CINEMA, CINEMA FRANÇAIS

Agnès Verda (1928-2019)

Paris le 3 novembre 2017, Agnès Varda dans son Jardin de la rue Daguerre, Paris 14.

Agnès Verda (1928-2019)

Agnès Varda dans son jardin de la rue Daguerre, à Paris, en 2017. EDOUARD CAUPEIL POUR « LE MONDE »

Agnès Verda, réalisatrice pionnière de la Nouvelle Vague, est morte

Photographe à ses débuts, plasticienne sur le tard, la cinéaste auteure, entre autres, de « Cléo de 5 à 7 » et du « Bonheur », est morte à l’âge de 90 ans.

Une image revient, qui caractérisait si bien Agnès Varda, morte dans la nuit de jeudi à vendredi 29 mars à l’âge de 90 ans. C’était en mai 2012, à Cannes, quelques jours avant ses 84 ans. Dans la voiture qui la conduisait à son hôtel, la cinéaste se repassait le film. L’un de ses chefs-d’œuvre, Cléo de 5 à 7 (1962), venait d’être présenté en version restaurée au Palais des festivals. Le public avait adoré, mais elle n’en démordait pas. La scène du café, avec ses plans sur le visage blanc comme neige de Cléo (interprétée par Corinne Marchand), n’était-elle pas trop longue ? Ferait-elle le même montage aujourd’hui ?

Intarissable, en proie aux doutes, telle était la cinéaste qui démarra sa carrière comme photographe et se découvrit plasticienne à 70 ans. Infatigable, elle sillonnait encore les routes en 2016-2017 en compagnie de l’artiste JR, pour cofabriquer un film sans programme établi, au gré des rencontres et au plus près des gens. Visages Villages (2017) fut son avant-dernier dernier long-métrage. Le dernier, Varda par Agnès, présenté à la Berlinale 2019, n’est pas encore sorti.

 Née Arlette Varda le 30 mai 1928 à Ixelles, en Belgique, Agnès Varda fut l’une des pionnières de la Nouvelle Vague, et l’une des rares femmes à figurer sur la carte du jeune cinéma des années 1960 – avec Nelly Kaplan, qui signera plus tard La Fiancée du pirate,en 1969. Agnès Varda fut remarquée dès son premier long-métrage, La Pointe courte (1955). Sept ans plus tard, elle montait les marches du Palais des festivals, à Cannes, pour présenter son deuxième long-métrage, Cléo de 5 à 7.

 La photographe

Jusqu’au bout, sa vie fut le cinéma, et vice versa, avec sa société de production et de distribution installée à domicile (Ciné-Tamaris), rue Daguerre, dans le 14e arrondissement de Paris. Avec le cinéaste Jacques Demy, mort en 1990, dont elle a partagé la vie, l’amour et le cinéma s’entremêlèrent aussi, au point de former la trame de quelques œuvres marquantes – en 1991, Agnès Varda signa Jacquot de Nantes, d’après les souvenirs d’enfance de Jacques Demy. Elle eut avec lui un fils, Mathieu Demy, comédien et réalisateur. Auparavant, la cinéaste avait eu une fille, Rosalie Demy, décoratrice de cinéma – qui porte encore la bague de « Cléo », ornée d’une perle et d’un crapaud –, avec Antoine Bourseiller, comédien et metteur en scène, décédé en mai 2013, qu’elle mit en scène dans Cléo de 5 à 7 et dans L’Opéra-Mouffe (1958).

 Son premier long-métrage, « La Pointe courte » (1955), annonce la Nouvelle Vague cinq ans avant « A bout de souffle » (1960) de Jean-Luc Godard

Sa famille avait fui la Belgique en 1940 et s’était installée à Sète, sur les bords de la Méditerranée, où l’adolescente a grandi puis s’est liée d’amitié avec Jean Vilar et son épouse. A Paris, elle étudia la photographie à l’Ecole des beaux-arts, et l’histoire de l’art à l’école du Louvre. En 1947, Jean Vilar fonda le Festival d’Avignon, et l’année suivante Agnès Varda débarquait avec son appareil photo. En 1951, Jean Vilar lui demanda de devenir la photographe du festival : elle immortalisa Gérard Philipe.

Elle fut aussi la photographe attitrée du Théâtre national populaire (TNP) de Villeurbanne, dirigé par le même Jean Vilar. De cette expérience auprès du metteur en scène, elle disait avoir gardé ce goût pour un art exigeant et accessible : « Atteindre le plus grand nombre en mettant la barre très haut », résumait-elle.

Mission accomplie avec son premier long-métrage, La Pointe courte(1955), où elle filme, à Sète justement, les déboires conjugaux d’un couple de Parisiens (Philippe Noiret et Silvia Monfort). Le film est tourné avec un budget réduit, au sein d’une coopérative. Quatre ans avant Les 400 Coups (1959), de François Truffaut, ou Hiroshima mon amour (1959), d’Alain Resnais, cinq ans avant A bout de souffle(1960), de Jean-Luc Godard, le film d’Agnès Varda annonce la Nouvelle Vague. Un film « libre et pur », saluait ainsi André Bazin, l’un des fondateurs des Cahiers du cinéma, père spirituel de François Truffaut qui mourut un an avant la sortie des 400 Coups.

 « Objectif et subjectif »

« Le jeune cinéma lui doit tout », titrait, en 1960, un article de l’hebdomadaire Arts signé Jean Douchet, cinéaste et critique – il collabora aux Cahiers à partir de 1957. A propos de cette Nouvelle Vague, justement, Agnès Varda expliquait simplement dans un entretien au Monde, en 1962 : « La Pointe Courte représente, dans le temps, la première manifestation d’un phénomène collectif, d’un mouvement, qui aurait existé, de toute façon. » Elle exposait ensuite sa démarche, ou plutôt ses tâtonnements :

 « En 1954, j’étais photographe au TNP et je connaissais peu le cinéma. Il me semblait alors que beaucoup de “révolutions littéraires” n’avaient pas leur équivalent à l’écran. Aussi me suis-je inspirée, pour mes recherches, de Faulkner, de Brecht, essayant de briser la construction du récit, de trouver un ton à la fois objectif et subjectif, de laisser au spectateur sa liberté de jugement et de participation. »

Objectif et subjectif : voilà deux mots qui se confondent dans sa filmographie. Cléo de 5 à 7 est un « documentaire subjectif », insistait-elle. Ce film inusable raconte, en temps réel, quatre-vingt-six minutes de la vie d’une jeune femme, une chanteuse un peu frivole qui attend les résultats d’une analyse médicale. Elle a peur, est-ce le cancer ? Le film ne quitte pas Cléo dans ce compte à rebours qui la voit se révéler en profondeur. Il y a des chapitres qui indiquent l’heure, il y a aussi une date, le 21 juin 1961, qui a « la forme d’un bulletin d’information que diffuse la radio », commentait Agnès Varda.

Avec son côté artisanal, fait main, la patte Varda était née. La cinéaste connut des échecs – le plus retentissant étant son film célébrant les 100 ans du cinéma, Les Cent et une nuits de Simon Cinéma (1995), avec Michel Piccoli – mais elle repartait sur le terrain, guidée par une intuition, ou plutôt une vocation, telle une Jeanne d’Arc à la caméra. Elle avait la coiffure adéquate, une coupe au bol de moine ou de chevalière qui ne l’a jamais quittée.

 Engagée

Féministe, engagée, elle signa en 1971 le « Manifeste des 343 », un appel à la légalisation de l’avortement. En 1976, sa comédie musicale, L’une chante, l’autre pas, racontait l’émancipation des femmes au tournant des années 1960-1970. Comme d’autres, Agnès Varda a fait tomber les cloisons (documentaire, fiction), passant du long au court-métrage sans avoir le sentiment de rétrograder, tel un peintre qui expérimente selon les périodes la grande toile ou le dessin sur carnet – il y eut ainsi des courts contestataires, tel Black Panthers (1968).

En 1964, Le Bonheur lui valut le prix Louis-Delluc. C’est le bonheur vu par un homme, marié, qui vit un amour parallèle avec sa maîtresse. Ce film à l’image impressionniste interroge les différentes facettes d’interprétation. Dans ses documentaires, Agnès Varda refuse le rôle de sociologue. Quand bien même le sujet est sérieux, elle y incruste des réflexions sur l’art, y injecte de l’humour. Et détourne les mots, comme dans Daguerréotypes (1975), scènes de la vie quotidienne des petits commerçants de la rue Daguerre, son quartier général. Dans Documenteur, tourné en 1981, une fiction inspirée de sa propre vie, une femme séparée de son amoureux traîne sa tristesse dans un Los Angeles sans soleil. Ce film est un contrepoint sombre au coloré Mur murs (1981), documentaire sur les peintures murales de L.A. Ces deux films dessinent en creux un portrait de la ville tentaculaire de la Côte ouest.

Plus tard, il y eut un autre diptyque, fruit de la rencontre avec Jane Birkin : le portrait-collage Jane B. par Agnès V. et la fiction Kung-fu Master, sortis tous deux en 1988. Les deux films sont traversés par une certaine folie douce, tout à l’opposé de Sans toit ni loi (1985), qui valut à Agnès Vadra la consécration : le Lion d’or à Venise.

 Visionnaire

Sans toit ni loi dissèque le destin d’une jeune fille en rupture, Mona, interprétée par Sandrine Bonnaire. Ce film social, visionnaire sur la France des sans-abri, a la froideur des statistiques. En le revoyant, on se surprend à lui découvrir une autre veine, écologiste celle-là. Macha Méril y joue en effet le rôle d’une platanologue, attentive à la santé précaire de ces arbres du Midi. Son personnage prédit la catastrophe si rien n’est fait dans les trente ans qui viennent. Ce n’était pas une réplique en l’air : aujourd’hui, des platanes malades ont été abattus le long du canal du Midi… Le gâchis révoltait la cinéaste, qui fera de la frugalité et de l’art de la récup’ un autre film culte, Les Glaneurs et la glaneuse, diffusé sur Canal+ le 6 juillet 2000, la veille de sa sortie en salle.

Ce documentaire est le portrait d’une époque lasse (ou incapable) de participer au grand banquet de la consommation. Pour approcher ces personnes qui trouvent à manger dans les poubelles ou dans les cagettes à la fin des marchés, Agnès Varda entamait souvent la conversation sur le thème : « Vous avez raison, il y a trop de gaspillage. » Puis elle filmait les visages au plus près, avec sa petite caméra, mais aussi la « récolte », ces fameuses pommes de terre qui germaient, ou celles en forme de cœur. Les Glaneurs… rencontra un immense succès, critique et public, et fut récompensé dans de nombreux festivals. Au point qu’Agnès Varda réalisa le second volet, Deux ans après, pour suivre le destin des personnages. Dans les Glaneurs, la réalisatrice montrait aussi son propre vieillissement, filmant sa main ridée comme une pomme quand l’autre tenait la caméra. L’art et le cours de la vie, l’objectif et le subjectif étaient encore mêlés.

Ces dernières années, sa coiffure bicolore mettait en scène le temps qui passe : la coupe au bol était blanche aux racines, brune en dessous. Telle une religieuse au chocolat auréolée de chantilly, sortie d’une pâtisserie de la rue Daguerre… Pour fêter ses 80 ans, ses amis et proches débarquèrent avec une armée de 80 balais. La glaneuse avait l’obsession du tri, de l’inventaire de soi. Et du renouvellement.

 La mer et les plages

Les années 2000 la conduisirent en effet vers de nouvelles destinations : les installations artistiques, avec cabanes et grands écrans, déployèrent tout l’univers d’« Agnès ». Désormais le prénom suffit, comme si le personnage était devenu familier. En 2003, la « jeune » plasticienne présente à la Biennale de Venise Patatutopia, inspirée des Glaneurs. En 2004, la galerie parisienne Martine Aboucaya accueille Les Veuves de Noirmoutier – quatorze écrans et autant de témoignages de femmes, « Agnès » compris. En 2006, la Fondation Cartier, à Paris, se jette à l’eau avec L’Ile et elle, etc. Les Plages d’Agnès, autoportrait animé d’une jolie folie douce, obtient le César du meilleur documentaire en 2007. La mer et les plages auront été un cadre fondateur, et enchanteur, dans la vie et l’œuvre d’Agnès Varda, de Sète à Noirmoutier en passant par Venice, à L.A…

A son tour, un autre temple de l’art contemporain invita cette artiste multiforme : à Paris, le Centre Pompidou organisa un « événement Varda » – de novembre 2015 à février 2016 –, soit une exposition de photos inédites que la photographe avait prises longtemps auparavant à Cuba, lors d’un séjour à la Havane en 1962 – en même temps que les photographes Henri Cartier-Bresson et René Burri. C’était trois ans après l’arrivée au pouvoir de Fidel Castro, à une période de tension extrême avec les Etats-Unis. Les photos d’Agnès Varda saisissent ce moment politique, soutenu par un mouvement populaire. Les philosophes Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, le comédien Gérard Philipe ou le cinéaste Chris Marker avaient déjà fait le voyage.

A l’époque, de retour à Paris, Agnès Varda avait filmé ses photos au banc-titre et en avait fait un film de trente minutes – Michel Piccoli en voix off – intitulé Salut les Cubains, un clin d’œil au magazine yé-yé Salut les copains. Les clichés sont désormais entrés dans la collection du Musée national d’art moderne. Un hommage au premier métier de l’artiste, tel un sablier que l’on retourne.

  

Agnès Varda en quelques dates

30 mai 1928 Naissance à Ixelles (Belgique)

1951 Photographe du Festival d’Avignon

1955 « La Pointe courte »

1962 « Cléo de 5 à 7 »

1965 « Le Bonheur », prix Louis-Delluc en 1964

1968 « Black Panthers »

1985 « Sans toit ni loi », Lion d’or à Venise

1991 « Jacquot de Nantes »

2003 Expose à la Biennale de Venise

2007 « Les Plages d’Agnès », César du meilleur documentaire

2016 Expose au Centre Pompidou ses photos de Cuba prises en 1962

2017 Oscar d’honneur et sortie de « Visages Villages » avec JR

29 mars 2019 Mort à l’âge de 90 ans à Paris

 

https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/03/29/la-realisatrice-agnes-varda-pionniere-de-la-nouvelle-vague-est-morte_5443036_3246.html