ACTEUR FRANÇAIS, CINEASTE FRANÇAIS, CINEMA, MICHEL PICCOLI (1925-2020), THEATRE, THEATRE FRANÇAIS

Michel Piccoli (1925-2020)

Michel Piccoli

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Michel Piccoli est un acteur français, né le 27 décembre 1925 à Paris et décédé le 12 mai 2020 à Saint-Philibert-sur-Risle (Eure). Il fut acteur, prodctuer, réalisateur et scénariste.

 

Biographie

Enfance et formation

Fils d’Henri Piccoli, violoniste, de lointaine origine tessinoise et de Marcelle Expert-Bezançon (1892-1990), une pianiste française, Michel Piccoli a suivi une formation de comédien d’abord auprès de Andrée Bauer-Théraud, puis au cours Simon.

 

Carrière

Après une apparition en tant que figurant dans Sortilèges de Christian Jaque en 1945,  Michel Piccoli débute au cinéma dans Le Point du jour de Louis Daquin. Cependant, c’est surtout au théâtre qu’il s’illustre dans le début de sa carrière, avec les compagnies Renaud-Barrault et Grenier-Hussot ainsi qu’au Théâtre de Babylone (géré par une coopérative ouvrière et qui met en scène les pièces d’avant-garde de Ionesco ou Beckett). Bien que remarqué dans le film French Cancan en 1954, il poursuit sur les planches et travaille avec les metteurs en scène Jacques AudibertiJean VilarJean-Marie SerreauPeter BrookLuc BondyPatrice Chéreau ou encore André Engel.

Durant la même période, il se fait connaître dans des téléfilms populaires tels que Sylvie et le fantômeTu ne m’échapperas jamais ou encore L’Affaire Lacenaire de Jean Prat.

Devenu athée après un deuil familial, il rencontre en 1956 Luis Buñuel, réalisateur connu pour son anticléricalisme, et prend ironiquement le rôle d’un prêtre dans La Mort en ce jardin..

Les années 60 marquent le début de sa consécration, remarqué dans Le Doulos de Jean-Pierre Melville, il est révélé au grand public avec Le Mépris de Jean-Luc Godard aux côtés de Brigitte Bardot,.

Dès lors, il tourne avec beaucoup des plus grands cinéastes français (Jean RenoirRené ClairRené ClémentAlain Resnais, Agnès Varda, Jacques DemyAlain CavalierMichel Deville, Claude Sautet, Claude ChabrolLouis MalleJacques Doillon, Jacques Rivette, Léos CaraxBertrand Blier), européens (Luis BuñuelCosta-GavrasMarco FerreriAlfred HitchcockJerzy SkolimowskiMarco BellocchioEttore Scola, Manoel de Oliveira, Otar Iosseliani, Theo AngelopoulosNanni Moretti) et internationaux (Youssef ChahineRaoul Ruiz, Hiner Saleem).

Il devient l’un des acteurs fétiches de Marco Ferreri, avec sept films, de Dillinger est mort à Y’a bon les blancs en passant par Touche pas à la femme blanche ! — avec pour point d’orgue La Grande Bouffe —, de Luis Buñuel avec six films : Le Journal d’une femme de chambre (1964), Belle de jour (1967), La Voie lactée (1969), Le Charme discret de la bourgeoisie (1972), Le Fantôme de la liberté (1974) et Cet obscur objet du désir (1977) ainsi que de Claude Sautet, avec Les Choses de la vieMax et les FerrailleursMado et Vincent, François, Paul… et les autres. Il joue également dans le singulier Themroc.

Il débute la décennie 1980 par le prix d’interprétation au festival de Cannes en 1980, avec Le Saut dans le vide de Marco Bellocchio, et celui du festival de Berlin en 1982, avec Une étrange affaire de Pierre Granier-Deferre. Il travaille avec le jeune cinéma français, comme Jacques Doillon (La Fille prodigue en 1985), Leos Carax (Mauvais sang en 1986), n’hésitant pas à casser son image bienveillante avec des rôles provocateurs ou antipathiques, avant de s’essayer lui-même à la réalisation.

Il tourne également plusieurs films avec Manoel de Oliveira, de Party (1996) à Belle toujours (2006) en passant par Je rentre à la maison (2001)..

Habitué du festival de Cannes, il fait partie du jury de la compétition officielle du 60e festival en 2007 sous la présidence de Stephen Frears

Amateur de littérature, il a également enregistré la lecture des Fleurs du mal de Charles Baudelaire et de Gargantua de François Rabelais.  

En 2011, il joue dans Habemus Papam de Nanni Moretti, présenté en compétition à Cannes

 

Engagement politique

Engagé politiquement à gauche, membre du Mouvement de la Paix (communiste), il s’est souvent illustré par ses prises de position contre le Front national, et s’est mobilisé pour Amnesty International.

Après avoir soutenu François Mitterrand en 1974 puis en 1981, il reste fidèle au camp socialiste. En mars 2007, il signe avec cent cinquante intellectuels un texte appelant à voter pour Ségolène Royal, contre une droite d’arrogance, pour une gauche d’espérance9.

En mai 2009, il cosigne, avec Juliette Gréco, Maxime Le Forestier et Pierre Arditi, une lettre ouverte à l’intention de Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste, appelant les parlementaires socialistes à adopter la loi Création et Internet.

 

Mort

Michel Piccoli est mort le 12 mai 2020 à la suite d’un accident vasculaire cérébral dans son manoir à Saint-Philbert-sur-Risle dans l’Eure comme sa famille l’a annoncé six jours plus tard dans un communiqué transmis à l’Agence France-Presse..

 

Vie privée

En 1954, Michel Piccoli se marie avec l’actrice Éléonore Hirt avec qui il a une fille, Anne-Cordélia Piccoli ; en 1966, il épouse la chanteuse Juliette Gréco, puis en 1978 la scénariste Ludivine Clerc, avec qui il adopte deux enfants d’origine polonaise, Inord et Missia.

 

Théâtre

Comédien

1945 : L’Invasion de Léonid Léonov, théâtre des Carrefours

1946 : Les Pères ennemis de Charles Vildrac, mise en scène Georges Vitaly, théâtre Édouard VII

1948 : Le Matériel humain

1949 : La Perle du colorado de Michel de Ré, mise en scène de l’auteur, théâtre du Vieux-Colombier

1949 : Les Gaietés de l’escadron de Georges Courteline, mise en scène Jean-Pierre Grenier, théâtre de la Renaissance

1950 : L’Affaire Fualdès de Denis Marion, mise en scène Georges Douking, théâtre du Vieux-Colombier

1952 : La Jarre de Luigi Pirandello, mise en scène Jacques Mauclair, théâtre de Babylone

1952 : Spartacus de Max Aldebert, mise en scène Jean-Marie Serreau, théâtre de Babylone

1952 : Méfie-toi, Giacomino de Luigi Pirandello, mise en scène Jean-Marie Serreau, théâtre de Babylone

1952 : La Maison brûlée d’August Strindberg, mise en scène Frank Sundström, théâtre de Babylone

1952 : Velca de Tullio Pinelli, mise en scène José Quaglio, théâtre de Babylone

1953 : Les Aveux les plus doux de Georges Arnaud, mise en scène Michel de Ré, théâtre du Quartier latin

1953 : Les Naturels du bordelais de Jacques Audiberti, mise en scène Georges Vitaly, théâtre La Bruyère

1953 : L’Énigme de la chauve-souris de Mary Roberts Rinehart, mise en scène Georges Vitaly, théâtre du Grand-Guignol

1954 : Penthésilée d’Heinrich von Kleist, mise en scène Claude Régy, théâtre Hébertot

1954 : La Soirée des proverbes de Georges Schehadé, mise en scène Jean-Louis Barrault, théâtre Marigny

1955 : Clotilde du Nord de Louis Calaferte, mise en scène Michel de Ré, Comédie de Paris

1955 : Gaspar Diaz de Dominique Vincent, mise en scène Claude Régy, théâtre Hébertot

1955 : Protée de Paul Claudel, mise en scène Raymond Gérôme, Comédie de Paris

1955 : Entre chien et loup de Gabriel Arout d’après Légitime défense de Primo Levi, théâtre en Rond

1956 : La Reine et les Insurgés d’Ugo Betti, mise en scène Michel Vitold, théâtre de la Renaissance

1957 : Regrets éternels de Constance Coline, mise en scène Raymond Gérôme, théâtre de l’Œuvre

1957 : Phèdre de Racine, mise en scène Jean Vilar, TNP Festival de Strasbourg

1958 : La tour d’ivoire de Robert Ardrey, mise en scène Jean Mercure, théâtre des Bouffes-Parisiens

1958 : Romancero de Jacques Deval, mise en scène Jacques Deval, Comédie des Champs-Élysées

1959 : Connaissez-vous la Voie lactée ? d’après Karl Wittlinger, mise en scène Michel de Ré, théâtre des Mathurins

1961 : Le 10e Homme de Paddy Chayefsky, mise en scène Raymond Gérôme, théâtre du Gymnase

1962 : Les cailloux de Félicien Marceau, mise en scène André Barsacq, théâtre de l’Atelier

1962 : La nuit a sa clarté de Christopher Fry, mise en scène Jean-Louis Barrault, Odéon-Théâtre de France

1963 : Le vicaire de Rolf Hochhuth, mise en scène François Darbon, théâtre de l’Athénée

1965 : Dom Juan ou le Festin de Pierre, mise en scène Marcel Bluwal, téléfilm, 1965

1969 : Le Misanthrope de Molière, mise en scène Marcel Bluwal, théâtre de la Ville

1971 : Allo ! C’est toi Pierrot ? de Pierre Louki, mise en scène Roland Monod, théâtre Hébertot

1973 : Themroc de Claude Faraldo

1978 : Le Sucre réalisé par Jacques Rouffio, adaptation du livre éponyme de Georges Conchon. Michel Piccoli : Grezillo

1981 : La cerisaie d’Anton Tchekhov, mise en scène Peter Brook, théâtre des Bouffes du Nord ; reprise en 1983

1983 : Combat de nègre et de chiens de Bernard-Marie Koltès, mise en scène Patrice Chéreau, théâtre Nanterre-Amandiers, TNP Villeurbanne

1984 : Terre étrangère d’Arthur Schnitzler, mise en scène Luc Bondy, théâtre Nanterre-Amandiers (prix du Meilleur acteur du Syndicat de la critique dramatique)

1985 : Phèdre de Racine

1985 : La Fausse Suivante de Marivaux, mise en scène Patrice Chéreau, théâtre Nanterre-Amandiers, TNP Villeurbanne

1988 : Le Conte d’hiver de William Shakespeare, mise en scène Luc Bondy, théâtre Nanterre-Amandiers, Cour d’honneur du Palais des papes Festival d’Avignon, TNP Villeurbanne

1988 : Le retour au désert de Bernard-Marie Koltès, mise en scène Patrice Chéreau, Festival d’automne à Paris théâtre Renaud-Barrault

1993 : John Gabriel Borkman de Henrik Ibsen, mise en scène Luc Bondy, théâtre Vidy-Lausanne, Odéon-Théâtre de l’Europe

1995 : pour Pierre Boulez de Pierre Boulez, compositeur Arnold Schoenberg, Festival d’Avignon, lecteur

1996 : Poèmes et Proses de René Char, lecture au Festival d’Avignon avec Dominique Blanc

1997 : La maladie de la mort de Marguerite Duras, mise en scène Bob Wilson, MC93 Bobigny

1998 : À propos des géants de la montagne de Luigi Pirandello, mise en scène Klaus Michael Gruber, CNSM Paris

2001 : La Jalousie de Sacha Guitry, mise en scène Bernard Murat, théâtre Édouard VII

2003-2004 : Ta main dans la mienne de Carol Rocamora, mise en scène Peter Brook, théâtre des Bouffes du Nord puis Comédie des Champs-Élysées

2006-2007 : Le Roi Lear de William Shakespeare, mise en scène André Engel, Odéon-Théâtre de l’Europe Ateliers Berthier

2008-2009 : Minetti de Thomas Bernhard, mise en scène André Engel, théâtre Vidy-Lausanne puis Théâtre national de la Colline, Comédie de Reims, TNP Villeurbanne, MC2, Théâtre du Nord, Théâtre national de Toulouse Midi-Pyrénées

 

Metteur en scène

1988 : Une vie de théâtre de David Mamet, adaptation Pierre Laville, théâtre des Mathurins

 

Discographie

1970 : Les choses de la vie – La chanson d’Hélène en duo avec Romy Schneider

1976 : L’art d’aimer

1983 : Narrateur dans l’enregistrement d’Œdipus rex d’Igor Stravinsky, avec Jessye Norman, Thomas Moser, Siegmund Nimsgern et l’Orchestre symphonique de la Radiodiffusion bavaroise sous la direction de Colin Davis (Orfeo)

2002 : Reprise du Déserteur sur Autour de Serge Reggiani, album hommage à Serge Reggiani

 

Publications

Dialogues égoïstes, écrit avec la collaboration d’Alain Lacombe, Olivier Orban éditeur, 1976

J’ai vécu dans mes rêves, écrit avec la collaboration de Gilles Jacob, Éditions Grasset, 2015

Distinctions

Récompenses

Festival international du film fantastique d’Avoriaz 1973 : Prix d’interprétation masculine pour Themroc

Festival de Cannes 1980 : Prix d’interprétation masculine pour Le Saut dans le vide

Berlinale 1982 : Ours d’argent du meilleur acteur pour Une étrange affaire

Prix du Syndicat de la critique 1984 : Meilleur comédien pour Terre étrangère

Prix Europe pour le théâtre 2001

Festival international du film de Locarno 2007 : Léopard de la meilleure interprétation masculine pour Les Toits de Paris

David di Donatello 2012 : David di Donatello du meilleur acteur pour Habemus papam

Nominations

César du cinéma 1982 : César du meilleur acteur pour Une étrange affaire

César du cinéma 1985 : César du meilleur acteur pour La Diagonale du fou

César du cinéma 1991 : César du meilleur acteur pour Milou en mai

César du cinéma 1992 : César du meilleur acteur pour La Belle Noiseuse

Molières 2006 : Molière du comédien pour Le Roi Lear

Molières 2007 : Molière du comédien pour Le Roi Lear

ACTEUR AMERICAIN, CINEMA, CINEMA AMERICAIN, KIRK DOUGLAS (1916-2020)

Kirk Douglas (1916-2020)

Kirk Douglas

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Kirk Douglas, né Issur Danielovitch Demsky le 9 décembre 1916 à Amsterdam dans l’État de New York aux États-Uniset mort le 5 février 2020 à Beverly Hillsen Californie aux États-Unis, est un acteur, producteur, réalisateur et écrivain américain.

Il est le père de l’acteur et producteur Michael Douglas.

Figure majeure du cinéma américain, Kirk Douglas est un des acteurs les plus populaires au monde dans les années 1950 et 1960. Nombre de ses films deviennent des classiques, et il excelle dans tous les genres : la comédie (Au fil de l’épée en 1959), l’aventure (Vingt Mille Lieues sous les mers en 1954, Les Vikings en 1958), le western (Règlement de comptes à O.K. Corral en 1957), le péplum (Spartacus en 1960), les films de guerre (Les Sentiers de la gloire en 1957, Sept jours en mai en 1964, Les Héros de Télémark en 1965) et le drame (La Vie passionnée de Vincent van Gogh en 1956, Seuls sont les indomptés en 1962). Sur le plan physique, l’acteur est notamment reconnaissable à sa fossette très visible au menton.

Douglas tourne avec de nombreux réalisateurs réputés comme Brian De Palma, Stanley Kubrick, Vincente Minnelli, John Huston, Howard Hawks, Otto Preminger, Joseph L. Mankiewicz, Elia Kazan, Billy Wilder et King Vidor.

Plusieurs films dans lesquels il joue abordent des thèmes sensibles, comme celui des cours martiales lors de la Première Guerre mondiale avec Les Sentiers de la gloire, qui est interdit à sa sortie dans beaucoup de pays européens. Dans le genre du western avec La Captive aux yeux clairs (1952), La Rivière de nos amours (1955) et Le Dernier Train de Gun Hill (1959), il tourne des films qui réhabilitent la figure de l’Amérindien et dénoncent le racisme. Connu pour son engagement démocrate, il est un producteur courageux à une époque où le cinéma américain est en proie au maccarthysme, notamment en engageant Dalton Trumbo, le scénariste figurant sur la « liste noire d’Hollywood ».

Ambitieux, séducteur, mégalomane il est l’un des acteurs américains qui ont le plus marqué la mémoire du public. Sa grande popularité ne s’est jamais démentie et il fait partie des dernières légendes vivantes de l’Âge d’or de Hollywood avec Olivia de Havilland. En 1999, l’American Film Institute le class 17e plus grande star masculine du cinéma américain de tous les temps.

Retiré du cinéma en 2008, il s’occupe de sa fondation pour les enfants défavorisés, la « Anne & Kirk Douglas Playground Award » et poursuit son travail d’écriture, après avoir publié ses mémoires de 1988 à 2006.

 

Biographie

Jeunesse et débuts au cinéma

Issur Danielovitch est le quatrième enfant d’une famille qui en compte sept (il a six sœurs). Il est le fils de Bryna (« Bertha », née Sanglel) et de Herschel (« Harry ») Danielovitch (« Demsky »). Ses parents étaient des immigrants juifs de Tchavoussy, en actuelle Biélorussie, ayant fui le pays pour échapper à la pauvreté et à l’antisémitisme d’État de l’Empire russe. Son oncle paternel, qui avait émigré auparavant, avait utilisé le patronyme de « Demsky », que la famille Danielovitch adoptera aux États-Unis. En plus de leur nom de famille, ses parents changèrent leurs prénoms en Harry et Bertha. Issur adopte quant à lui le surnom d’« Izzy » : né sous le nom d’Issur Danielovitch, il grandit donc sous celui de Izzy Demsky.

Le père est chiffonnier et la famille vit modestement au 46 Eagle Street à Amsterdam, dans l’État de New York. C’est après avoir récité un poème à l’école et reçu des applaudissements que le jeune Issur décide de devenir acteur. Une ambition non partagée par sa famille. À l’Université St. Lawrence, il est victime d’ostracisme en raison de ses origines sociales, mais le jeune homme trouve une façon d’imposer le respect : la lutte.

En juin 1939, il décide de partir à New York pour se former au métier de comédien. Au théâtre Tamarak, un ami lui suggère de changer son nom. On lui propose Kirk et un nom commençant par un D, Douglas. Il entre ensuite à l’académie américaine d’art dramatique et suit les cours de Charles Jehlinger . Il y rencontre aussi Diana Dill, sa future première femme, et la jeune Betty Bacall, future Lauren Bacall. Après quelques rôles mineurs dans les pièces Spring Again (novembre 1941) et Les Trois Sœurs (décembre 1942), il s’engage dans la marine. Peu avant de s’enrôler, il effectue une démarche de changement de nom : Kirk Douglas, qui était initialement un nom de scène, devient alors son nom d’état civil.

Pendant la guerre, il se marie à Diana. Réformé à la suite d’une dysenterie chronique au printemps 1943, il retourne à New York puis de mars 1943 à juin 1945 il remplace sur scène Richard Widmark dans Kiss and Tell et en avril 1946 il joue dans Woman bites dog. Lauren Bacall, en intervenant auprès de Hal B. Wallis, lui permet d’obtenir le troisième rôle dans L’Emprise du crime où il joue le mari de Barbara Stanwyck. Il donne la réplique à Robert Mitchum dans La Griffe du passé et rencontre Burt Lancaster dans L’Homme aux abois. Alors qu’il est père de deux enfants et qu’il se sépare de sa femme, il prend le choix audacieux de tourner Le Champion (alors qu’on lui proposait une superproduction produite par la MGM). Sorti en juillet 1949, le film est un succès inespéré.

La gloire internationale

Kirk Douglas signe alors un contrat avec la Warner et enchaîne plusieurs films (La Femme aux chimèresLe Gouffre aux chimères…) qui lui permettent de rencontrer et de séduire un grand nombre de stars féminines, dont Rita Hayworth ou Gene Tierney. Las de l’emprise du studio, il décide de ne pas renouveler son contrat après le film La Vallée des géants. Libre, il tourne un western de Howard Hawks, La Captive aux yeux clairs, puis Les Ensorcelés de Vincente Minnelli, film pour lequel il manque de remporter l’Oscar du meilleur acteur.

Pour les beaux yeux de l’actrice italienne Pier Angeli, il accepte un contrat de trois films qui l’amène en Europe. Le JongleurUn acte d’amour et enfin Ulysse des jeunes producteurs Dino De Laurentiis et Carlo Ponti. À cette époque il rencontre Anne Buydens, une assistante dont il tombe amoureux et qu’il épouse le 29 mai 1954, la même année que la superproduction Disney Vingt mille lieues sous les mers. Après L’Homme qui n’a pas d’étoile, l’acteur à succès devient producteur et crée la Bryna, du nom de sa mère, et produit La Rivière de nos amours, un succès.

En 1955 il achète les droits du roman Lust for life et confie la réalisation à Vincente Minnelli. La Vie passionnée de Vincent van Gogh entraîne Kirk Douglas aux limites de la schizophrénie, l’acteur ayant du mal à entrer sans conséquences dans l’âme tourmentée du peintre. Là encore, il est nommé pour l’Oscar du meilleur acteur sans toutefois l’obtenir. Il tourne alors avec son ami Burt Lancaster un western de légende, Règlement de comptes à O.K. Corral. Sa composition du personnage de Doc Holliday reste dans toutes les mémoires. La même année, il s’investit dans la production et l’écriture d’un autre film de légende, Les Sentiers de la gloire qui permet à Stanley Kubrick de faire ses preuves. Le film ne rapporta pas beaucoup d’argent puisqu’interdit dans un grand nombre de pays européens. Avec la Bryna, il produit Les Vikings, fresque épique qui l’emmène tourner un peu partout dans le monde (dont en France). Le film avec Tony Curtis et Janet Leigh est un gros succès. L’année suivante, après le film Au fil de l’épée, sa mère meurt le jour de son anniversaire.

Vexé de ne pas avoir été choisi pour interpréter Ben-Hur, il choisit de faire son propre film épique en adaptant au cinéma l’histoire de Spartacus, l’esclave qui fit trembler Rome. Une préparation longue et compliquée, un tournage long et difficile (le réalisateur Anthony Mann est remplacé par Stanley Kubrick), mais un immense succès et un rôle qui place définitivement Kirk Douglas au panthéon des stars de Hollywood. En 1962, toujours sur un scénario de Dalton Trumbo, il interprète un cow-boy perdu dans le monde moderne dans Seuls sont les indomptés, son film préféré de toute sa carrière cinématographique. Il triomphe aussi au théâtre dans la pièce Vol au-dessus d’un nid de coucou, qu’il comptait jouer au cinéma. Après quelques échecs commerciaux, dont un ambitieux, Le Dernier de la liste, il revient aux films engagés avec Sept jours en mai. Dans Les Héros de Télémark il est un scientifique qui tente de stopper la progression industrielle allemande pendant la guerre. Sur la même période, il enchaîne avec Première Victoire et L’Ombre d’un géant. Après un petit rôle dans Paris brûle-t-il ? de René Clément, il retrouve John Wayne pour un western à succès La Caravane de feu.

En 1969, il tourne L’Arrangement sous la direction de Elia Kazan puis sous celle de Joseph L. Mankiewicz pour un western original et déroutant, Le Reptile aux côtés de Henry Fonda. Après une autre adaptation d’un roman de Jules Verne (assez sombre), Le Phare du bout du monde, Kirk Douglas décide de passer à la réalisation.

Déclin progressif et retrait du cinéma

En 1973, Kirk Douglas réalise Scalawag, adapté de L’Île au trésor sur un sujet qu’il pense rentable avec un budget correct. Le tournage est catastrophique, comme en témoigne le journal de bord. Le film est un échec total. Deux ans plus tard, il réitère l’opération avec La Brigade du Texas (1975), western qui ne trouve pas son public. Ce dernier film l’incite à abandonner la réalisation.

Ne voulant plus tourner que des films qui l’intéressent, il produit Holocauste 2000 (1977), et Saturn 3 (1980), ce dernier étant nommé aux Razzie Awards. En 1978, Furie lui permet de se frotter au Nouvel Hollywood avec Brian De Palma, et Nimitz, retour vers l’enfer (1980) de retrouver le film de guerre, mâtiné cette fois de science-fiction.

En 1986, il retrouve son ami Burt Lancaster pour Coup double. Victime d’un grave accident d’hélicoptère en Californie duquel il réchappe miraculeusement, il réduit son activité cinématographique, freinée par une attaque cérébrale en 1996.

En 1999, Diamonds est l’occasion pour l’acteur de retrouver Lauren Bacall et de recevoir au festival de Deauville un hommage pour l’ensemble de sa carrière. Une attaque cardiaque en 2001 lui enlève tout espoir de retourner au cinéma ; il accepte de tourner dans Une si belle famille aux côtés de son ex-femme Diana, de leur fils Michael et leur petit-fils Cameron. Trois générations de Douglas sont réunies pour un film sorti de façon discrète et qui ne connaîtra pas un grand succès.

Depuis le milieu des années 1990, Kirk Douglas est fréquemment honoré dans le monde entier pour l’ensemble de sa carrière. Écrivain, il avait publié plusieurs ouvrages et se consacrait à sa fondation en faveur des enfants défavorisés. Il fête ses 100 ans le 9 décembre 2016 au Beverly Hills Hotel, entouré de sa famille et de deux amis de longue date, l’acteur Don Rickles et le réalisateur Steven Spielberg.

Mort

Kirk Douglas meurt dans la nuit du 5 février 2020 à l’âge de 103 ans à sa résidence de Beverly Hills.

Vie privée

Kirk Douglas s’est marié deux fois : la première fois avec Diana Dill (née le 22 janvier 1923, divorcée en 1951 et morte le 3 juillet 2015) avec qui il a eu deux fils, l’acteur Michael Douglas et Joel Douglas ; la seconde fois en 1954 avec la Belge francophone Anne Buydens — née Hannelore Marx le 23 avril 1919 — avec qui il a eu également deux fils, le producteur Peter Vincent Douglas, né le 23 novembre 1955, et l’acteur Eric Douglas, né le 21 juin 1958 et mort le 6 juillet 2004 d’une overdose.

Il a sept petits-enfants (trois enfants de Michael Douglas, dont l’aîné Cameron Douglas est également acteur, et quatre enfants de Peter Douglas). Il a une arrière-petite-fille (un enfant de Cameron Douglas, son petit-fils).

Kirk Douglas parlait français, une langue qu’il avait apprise en 1953 pour les besoins de la version française du film Un acte d’amour. Après son mariage avec Anne Buydens, il a continué à pratiquer le français, jusqu’à le parler très couramment. Toutefois, il a été doublé à cause de son accent.

Filmographie

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Années 1940

1946 : L’Emprise du crime de Lewis Milestone

1947 : La Griffe du passé ou Pendez-moi haut et court (Out of the Past) de Jacques Tourneur

1947 : Le deuil sied à Électre de Dudley Nichols

1948 : L’Homme aux abois de Byron Haskin

1948 : La Ville empoisonnée de John M. Stahl

1949 : My Dear Secretary de Charles Martin

1949 : Chaînes conjugales de Joseph L. Mankiewicz

1949 : Le Champion de Mark Robson

Années 1950

1950 : La Femme aux chimères de Michael Curtiz

1950 : La Ménagerie de verre d’Irving Rapper

1951 : Une corde pour te pendre de Raoul Walsh

1951 : Le Gouffre aux chimères de Billy Wilder

1951 : Histoire de détective de William Wyler

1952 : La Vallée des géants de Felix E. Feist

1952 : La Captive aux yeux clairs de Howard Hawks

1952 : Les Ensorcelés de Vincente Minnelli

1953 : Histoire de trois amours (film à sketches, épisode « Equilibrium ») réalisé par Gottfried Reinhardt

1953 : Le Jongleur d’Edward Dmytryk

1953 : Un acte d’amour d’Anatole Litvak

1954 : Vingt Mille Lieues sous les mers de Richard Fleischer

1954 : Ulysse de Mario Camerini

1955 : Le Cercle infernal de Henry Hathaway

1955 : L’Homme qui n’a pas d’étoile de King Vidor

1955 : La Rivière de nos amours de André de Toth

1956 : La Vie passionnée de Vincent van Gogh de Vincente Minnelli et George Cukor

1957 : Affaire ultra-secrète de H. C. Potter

1957 : Règlements de comptes à OK Corral de John Sturges

1957 : Les Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick

1958 : Les Vikings de Richard Fleischer

1959 : Le Dernier Train de Gun Hill de John Sturges : Matt Morgan

1959 : Au fil de l’épée de Guy Hamilton

1959 : Premier Khrushchev in the USA (documentaire)

Années 1960

1960 : Liaisons secrètes de Richard Quine

1960 : Spartacus (aussi producteur exécutif) de Stanley Kubrick

1961 : Ville sans pitié de Gottfried Reinhardt

1961 : El Perdido de Robert Aldrich

1962 : Seuls sont les indomptés de David Miller

1962 : Quinze jours ailleurs de Vincente Minnelli

1963 : Un homme doit mourir de George Seaton

1963 : Le Dernier de la liste de John Huston

1963 : Trois filles à marier de Michael Gordon

1964 : Sept jours en mai de John Frankenheimer

1965 : Les Héros de Télémark d’Anthony Mann

1965 : Première Victoire d’Otto Preminger

1966 : L’Ombre d’un géant de Melville Shavelson

1966 : Paris brûle-t-il ? de René Clément

1967 : La Route de l’Ouest d’Andrew V. McLaglen

1967 : La Caravane de feu de Burt Kennedy

1968 : Rowan & Martin at the Movies (court métrage)

1968 : Once Upon a Wheel (documentaire)

1968 : Un détective à la dynamite de David Lowell Rich

1968 : Les Frères siciliens (aussi producteur), de Martin Ritt

1969 : L’Arrangement d’Elia Kazan

Années 1970

1970 : Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz

1971 : Les Doigts croisés de Dick Clement

1971 : Le Phare du bout du monde (aussi producteur) de Kevin Billington

1971 : Dialogue de feu de Lamont Johnson

1972 : Un homme à respecter de Michele Lupo

1973 : Scalawag (réalisé par lui-même)

1975 : Une fois ne suffit pas de Guy Green

1975 : La Brigade du Texas (aussi réalisateur et producteur)

1976 : Les Hommes d’argent (Arthur Hailey’s MoneyChangers) (mini-série)

1977 : Holocauste 2000 d’Alberto De Martino

1978 : Furie de Brian De Palma

1979 : Cactus Jack de Hal Needham

Années 1980

1980 : Saturn 3 de Stanley Donen

1980 : Home Movies de Brian De Palma

1980 : Nimitz, retour vers l’enfer de Don Taylor

1982 : L’Homme de la rivière d’argent de George Miller

1983 : Un flic aux trousses de Jeff Kanew

1984 : Le Duel des héros (Draw !), téléfilm de Steven Hillard Stern

1985 : Meurtre au crépuscule de Michael Tuchner (téléfilm)

1986 : Coup double de Jeff Kanew

1987 : Queenie, la force d’un destin de Larry Peerce (téléfilm)

1988 : Procès de singe (Inherit the Wind), téléfilm de David Greene

Années 1990 et 2000

1991 : L’embrouille est dans le sac de John Landis

1991 : Veraz de Xavier Castano

1994 : A Century of Cinema de Caroline Thomas (documentaire)

1994 : Greedy de Jonathan Lynn

1999 : Diamonds de John Mallory Asher

2003 : Une si belle famille de Fred Schepisi

2004 : Illusion de Michael A. Goorjian

2008 : Meurtres à l’Empire State Building (téléfilm)

Engagement politique

L’image de Kirk Douglas est indéniablement liée à la politique, puisqu’il fut un producteur audacieux et très souvent engagé. Démocrate affirmé, il a voyagé dans le monde entier pour le compte des gouvernements successifs sous l’impulsion du président Kennedy. Bien que démocrate, il fut reçu par l’ancien acteur Ronald Reagan à la Maison-Blanche et fut proche de sa femme, Nancy.

Au cinéma, dans le western, il prend la défense des Indiens : La Captive aux yeux clairs d’Howard Hawks en 1952, La Rivière de nos amours d’André de Toth en 1955 et Le Dernier Train de Gun Hill de John Sturges en 1959. Évoquant la Première Guerre mondiale, il fustige l’imbécilité meurtrière des militaires avec Les Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick en 1958. Il produit aussi un thriller politique avec Sept jours en mai en 1964. Le film raconte le coup d’État d’un général d’extrême droite qui tente de renverser le gouvernement démocrate américain, désireux de signer un traité de paix avec l’URSS.

Sa collaboration avec le scénariste Dalton Trumbo (victime de la liste noire et que défend Kirk Douglas pour qu’il soit signé au générique de Spartacus, dans le contexte du maccarthysme) s’étend sur trois films : Spartacus (1960), El Perdido (The Last Sunset) en 1961 et Seuls sont les indomptés (1962). Ce dernier film est le préféré de Kirk Douglas.

En septembre 2016, alors qu’il s’apprête à fêter ses 100 ans, l’ancien acteur publie une tribune intitulée « La route à suivre », dans laquelle il évoque son passé pour souligner les similitudes entre la Grande Dépression, la montée du nazisme et « la stratégie de la peur » mise en œuvre par le candidat Donald Trump, et cherche à alerter l’opinion sur les dangers d’une répétition d’un désastre historique.

Kirk Douglas l’écrivain

Outre quelques romans de fiction (The GiftLast tango in BrooklynDance with the Devil), Kirk Douglas publie la première partie de son autobiographie, Le Fils du chiffonnier, en 1988.

Douglas se décrit étouffé par une multitude de grandes sœurs et en quête pathétique de reconnaissance vis-à-vis d’un père indifférent. Le ton est souvent critique et caustique envers lui-même. Il y raconte de nombreux tournages, des anecdotes sur les vedettes américaines, ses joies et ses colères. Son cœur abrite toujours Issur Danielovitch Demsky, le fils du chiffonnier. C’est ce que ce livre démontre. Derrière la vedette du cinéma américain se cache le petit garçon peureux. L’ouvrage est un succès mondial lors de sa sortie.

La deuxième partie, Climbing The Mountain: My Search For Meaning, parue en 2000, est un texte sur la découverte par l’acteur de sa propre judéité.

La troisième partie, My Stroke Of Luck, en 2002, raconte l’accident vasculaire cérébral dont il est victime en 1996. Diminué et incapable d’émettre le moindre mot, il raconte la violente dépression qui suivit et la redécouverte de l’amour, de la vie et des siens. Le livre se clôt par un « Manuel de survie ».

En 2006, il publie à quatre-vingt-dix ans le dernier tome de son autobiographie, Let’s face it: Ninety years of Living, Loving, and Learning. Il y parle de l’équilibre et de la quiétude avec laquelle il aborde désormais l’existence et parle pour la première fois de la disparition tragique par overdose de son plus jeune fils, Eric.

En 2012, il publie I Am Spartacus ! : Making a Film, Breaking the Blacklist, récit de l’élaboration puis du tournage du film réalisé par Stanley Kubrick, mais qui est en fait, de bout en bout, le projet de Kirk Douglas. Le livre se situe dans le contexte de la fin du maccarthysme, ce qui en fait aussi un témoignage sur le contexte politique de l’époque. La préface du livre a été écrite par l’acteur George Clooney.

Distinctions

Récompenses et nominations

Oscars

1950 : nomination à l’Oscar du meilleur acteur pour Le Champion.

1953 : nomination à l’Oscar du meilleur acteur pour Les Ensorcelés.

1957 : nomination à l’Oscar du meilleur acteur pour La Vie passionnée de Vincent van Gogh.

1996 : Oscar d’honneur « pour 50 ans de force créative et morale dans la communauté cinématographique ».

Golden Globes

1952 : nomination au Golden Globe du meilleur acteur dans un film dramatique pour Histoire de détective.

1957 : Golden Globe du meilleur acteur dans un film dramatique pour La Vie passionnée de Vincent van Gogh.

1968 : Cecil B. DeMille Award pour l’ensemble de sa carrière.

1986 : nomination au Golden Globe du meilleur acteur dans une mini-série ou un téléfilm pour Amos.

Primetime Emmy Awards

Primetime Emmy Awards 1986 : Nomination à l’Emmy Award du meilleur acteur dans une mini-série ou un téléfilm pour Amos (1985).

Primetime Emmy Awards 1992 : nomination à l’Emmy Award du meilleur acteur dans une série télévisée dramatique pour Les Contes de la crypte (1992).

Primetime Emmy Awards 2000 : nomination à l’Emmy Award du meilleur acteur invité dans une série télévisée dramatique pour Les Anges du bonheur (2000).

Festival international du film de Berlin

Festival international du film de Berlin 1975 : nomination pour l’Ours d’or du meilleur film pour La Brigade du Texas.

Festival international de San Sebastián

1958 : Meilleur acteur pour Les Vikings.

New York Film Critics Circle Award

1956 : Meilleur acteur pour La Vie passionnée de Vincent van Gogh.

Césars du cinéma

1980 : César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière.

Décoration

En 1985, Kirk Douglas est fait chevalier de la Légion d’honneur par Jack Lang, ministre de la Culture

Hommages

Le festival du film américain de Deauville lui rend un hommage en 1978 et 1999.

Il reçoit en 1981 la médaille présidentielle de la Liberté.

Souvent nommé aux Oscars, Kirk Douglas n’a jamais reçu la statuette du meilleur acteur ; en 1996, il est honoré d’un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière.

Toujours en 1996, il reçoit le prix Carl Foreman par la fondation du cinéma américain.

Pour l’ensemble de sa carrière, il est récompensé par le National Board Of Review en 1988 et par l’American Film Institute (AFI) en 1991. La Convention ShoWest lui attribue quant à elle un prix honorifique en 1994. En 1997, c’est au tour du festival de cinéma de Hollywood de le récompenser. En 1999, la Guilde des Acteurs de cinéma le récompense d’un Screen Actors Guild Life Achievement Award.

En 2001, il reçoit le prix Milestone au prix PGA L’Orel d’or ; la même année, il est récompensé par le festival de cinéma de Wine Country et par celui de Berlin.

Bande dessinée

Il a été représenté sous le nom de Spartakis — pastiche de son rôle dans Spartacus — dans l’album La Galère d’Obélix, de la série Astérix.

Voix françaises

En France, Roger Rudel fut la voix régulière de Kirk Douglas pendant plus de 50 ans. Il y eut aussi d’autres comédiens comme Michel Gatineau, Raymond Loyer ou encore Marc Cassot qui ont doublé l’acteur de manière plus occasionnelle.

CINEMA, CINEMA FRNÇAIS, FILM GLORIA MUNDI, FILMS, FILMS FRANÇAIS, GLORIA MUNDI (film français), ROBERT GUEDIGUIAN

Gloria Mundi, film de Robert Guédiguian

Gloria Mundi***

de Robert Guédiguian

Film français, 1h47

 

 « Gloria Mundi »,

le présent désenchanté de Robert Guédiguian

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Dans un Marseille gris et froid, le réalisateur raconte une famille recomposée aux prises avec la violence sociale du monde d’aujourd’hui. Une tragédie sombre et puissante qui a valu à Ariane Ascaride le prix d’interprétation à Venise.

Les réjouissances autour de la naissance de Gloria laissent poindre les difficultés et la rancœur.

 

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Ce n’est pas un hasard si, à quelques semaines d’intervalle, Ken Loach et Robert Guédiguian nous livrent le même diagnostic sur l’état du monde. À savoir le constat amer du triomphe de l’ultralibéralisme avec la réussite individuelle pour seul horizon, et la destruction des dernières solidarités, y compris au sein de l’ultime refuge que constitue la cellule familiale. Dans un style très différent, Sorry We Missed You, de Ken Loach, réquisitoire implacable contre l’ubérisation de la société, et ce Gloria Mundi, qui confronte une famille modeste et recomposée avec la dure réalité sociale du monde d’aujourd’hui, se ressemblent.

Pour le cinéaste marseillais, il y a les comédies destinées à nous montrer le monde tel qu’il pourrait être, et les tragédies qui le montrent tel qu’il est. Son 21e film, sans doute l’un des plus sombres et des plus puissants, se classe résolument dans la deuxième catégorie. Mais, au constat quasi clinique dressé par le Britannique, Robert Guédiguian préfère les sentiments et la dramaturgie. Celle qui donne à cette chronique sociale et familiale des allures de drame shakespearien et fait de sa morale un refus de la fatalité.

Une économie de la survie

Au commencement, d’ailleurs, est la vie. Le film s’ouvre sur une naissance, celle de Gloria, fille de Mathilda (Anaïs Demoustier) et de Nicolas (Robinson Stévenin). Elle réunit toute la famille à la maternité en ce jour heureux où les compliments sont d’usage. Au même moment, Daniel (Gérard Meylan), le père de Mathilda, sort d’un long séjour en prison. Son ex-femme Sylvie (Ariane Ascaride), qui s’épuise dans une société de nettoyage industriel, et Richard (Jean-Pierre Darroussin), son second mari conducteur de bus, l’invitent à revenir à Marseille et à faire connaissance avec sa petite-fille.

Mais derrière les réjouissances pointent déjà les difficultés et les rancœurs. Les jeunes parents tirent le diable par la queue. Elle, est à l’essai comme vendeuse dans un magasin de vêtements et ne supporte pas l’autorité tatillonne de sa patronne. Lui s’est mis à son compte comme chauffeur Uber dans l’espoir de s’enrichir, mais n’a fait qu’endetter le couple. «Nous sommes des moins que rien», clame Mathilda qui jalouse sa demi-sœur, Aurore (Lola Naymark) et son compagnon Bruno (Grégoire Leprince-Ringuet).

Eux se sont enrichis en rachetant pour une bouchée de pain les objets du quotidien que de plus pauvres qu’eux bradent pour boucler les fins de mois difficiles. Dans cette économie de la survie, ils sont ceux qui s’en sont sortis et ne cessent de se contempler dans le miroir de leur propre réussite. Jusqu’à ce que l’engrenage fatal de la pauvreté et de la violence vienne tout remettre en cause.

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Le portrait sombre d’une jeunesse perdue

Dans un Marseille très éloigné de la carte postale, où les quartiers du port ont été livrés aux promoteurs immobiliers, où les solidarités syndicales ont laissé la place à la loi du plus fort, Robert Guédiguian dresse le portrait sombre d’une jeunesse perdue, reflet du monde impitoyable dans lequel elle vit.

Celui où «les dominés soutiennent le discours des dominants» et où «la nécessité du partage a cédé la place à ce fléau mortel quest la volonté de chacun de posséder ce que les autres possèdent», explique le réalisateur en colère. À cette génération, il oppose celle des parents (la sienne), personnages bienveillants et remplis de sagesse mais qui assistent impuissants à la défaite de tous leurs idéaux.

Dans le rôle de Sylvie, toujours digne malgré un travail éreintant, qui refuse de faire grève parce qu’elle n’a pas le choix, Ariane Ascaride, prix d’interprétation à Venise, est magnifique de retenue et d’humanité blessée. À ses côtés, le personnage poétique de Gérard Meylan, en ex-taulard réfugié dans l’écriture de haïkus, apporte la seule lumière de ce film noir et fera en sorte, par son geste sacrificiel, de briser la spirale de pauvreté et de violence dans laquelle est enfermée la famille. À la tête de sa troupe habituelle de comédiens talentueux, Robert Guédiguian, en militant jamais résigné, force parfois le trait. Mais n’est-ce pas là toute l’essence de la tragédie ?

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Repères

Ariane Ascaride, fidèle interprète

10 octobre 1954 : Naissance à Marseille.

1975 : Entre au Conservatoire national d’art dramatique et épouse Robert Guédiguian.

1977 : Premier rôle au cinéma dans La Communion solennelle de René Féret.

1980 : Joue dans Dernier été, le premier film de son mari. Elle sera son interprète dans tous ses films sauf un, Le Promeneur du Champ-de-mars, consacré aux derniers jours de François Mitterrand. Elle se partage depuis entre le théâtre et le cinéma.

1998 : César de la meilleure actrice pour Marius et Jeannette.

2019 : Coupe Volpi de la meilleure actrice à la Mostra de Venise pour Gloria Mundi.

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https://www.la-croix.com/Culture/Cinema/Gloria-Mundi-present-desenchante-Robert-Guediguian-2019-11-26-1201062820

 

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J’accuse, film de Roman Polanski

J’accuse de Roman Polanski

L’Affaire Dreyfus vue par celui qui l’a lancée

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Avec « J’accuse », en salles le 13 novembre 2019, Roman Polanski signe un excellent film historique sur la plus célèbre affaire judiciaire de l’histoire de France, l’Affaire Dreyfus.

Il a pris le parti non de la raconter mais de la montrer à travers le regard de celui sans qui elle n’aurait pas existé, le colonel Picquart, un officier déluré et antisémite qui a placé sa conscience au-dessus de sa carrière et de ses  préjugés (Jean Dujardin, excellent dans ce rôle).

Ce point de vue, c’était déjà celui de Robert Harris, auteur du roman qui a inspiré le film, D. (2013), avec qui Polanski a co-écrit le scénario.

 Une plongée réussie dans une affaire judiciaire complexe

Le film s’ouvre sur la dégradation du capitaine Alfred Dreyfus dans la cour de l’École militaire, à Paris, le 5 janvier 1895. Officier juif déclaré coupable de haute trahison par un tribunal de guerre, il aurait fourni des éléments confidentiels à l’ennemi allemand. Louis Garrel, bien grimé, fait un Dreyfus très convaincant. Ses insignes et épaulettes lui sont violemment arrachées, son épée cassée en deux et sa casquette et ses médailles sont jetés à terre et piétinées. C’est le summum de la disgrâce.

Derrière les grilles, une foule haineuse vocifère insultes et propos antisémites. Dreyfus clame son innocence.

Roman Polanski (86 ans) s’est inspiré pour ce film du roman D., de Robert Harris, lequel a été associé à l’écriture du scénario.  Il met en avant le point de vue d’un personnage central de l’Affaire, le lieutenant-colonel Georges Picquart.

Jean Dujardin, fidèle à lui-même, entre sans grande difficulté dans la peau du personnage. On assiste à l’ascension de ce lieutenant-colonel brillant, qui atterrit à la direction du service de renseignements.  Il prend son rôle très à cœur et exerce ses missions dans le respect des valeurs militaires.

La « preuve » accablant Dreyfus est un bordereau découvert le 26 septembre 1894 et adressé au major allemand Schwartzkoppen, dans lequel les officiers du renseignement et même le célébrissime expert de la police judiciaire Adolphe Bertillon (Matthieu Amalric) ont cru reconnaître l’écriture du capitaine…

Un jour de mars 1896, alors qu’il consulte les documents fournis par Madame Bastian, femme de ménage-espionne qui transmet le contenu des corbeilles en papier de l’ambassade allemande à l’armée française, Picquart fait une découverte qui change le cours de sa vie, et de l’Histoire.

Il tombe sur « le petit bleu », un mot d’un officier français d’origine hongroise, le commandant Esterhazy, adressé à Schwartzkoppen. Tiens donc, l’écriture du mot ressemble étrangement à celle du bordereau. Dès lors, Picquart se met en quête de vérité et se rend compte que le dossier à charge est très, très mince…

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C’est un homme à la personnalité ambigüe. Célibataire libertin comme beaucoup de ses homologues, qui entretient une liaison avec une femme mariée, Pauline Monnier (Emmanuelle Seigner), il place la justice et l’honneur militaire au-dessus de tout. Il partage aussi un antisémitisme de salon très courant en son temps, allant jusqu’à déclarer sans sourciller à Dreyfus qu’il n’aime pas les juifs mais n’accepte pas pour autant qu’un innocent soit condamné !

Mais la hiérarchie militaire et le ministre ne veulent rien entendre. Dans une période de grande tension internationale, il n’est pas question selon eux de laisser planer le doute sur l’infaillibilité de l’armée et de ses tribunaux !

Le colonel Picquart s’oppose aussi à son subordonné, le commandant Henry (Grégory Gadebois). Un militaire obsédé par le respect des ordres et de la hiérarchie qui en vient à produire en octobre 1896 un bordereau qui accable Dreyfus.

Picquart est finalement affecté loin de Paris, jusque dans les confins de la Tunisie. Mais comme Dreyfus sur l’île du Diable, il a le « tort » de survivre à l’épreuve et revient à Paris pour reprendre son enquête. Il rencontre les principaux dreyfusards, Matthieu Dreyfus, frère du condamné, Georges Clemenceau , patron de L’Aurore, et Émile Zola.

Esterhazy, de son côté, demande à être jugé. Contre toute attente, le 11 janvier 1898, il est acquitté et c’est Picquart qui est condamné et exclu des cadres de l’armée ! Mais l’Affaire est lancée et ne s’arrêtera plus.

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Du « faux » au célèbre « J’Accuse »

Le 13 janvier 1898, alors que Picquart part en fourgon pour un an d’incarcération, L’Aurore publie à la Une le célèbre « J’Accuse »..

Peu de temps après, le 30 août 1898, Henry avoue être à l’origine du faux. Il est incarcéré à son tour… et se suicide au grand soulagement de sa hiérarchie.

Un procès en révision s’ouvre enfin à Rennes le 9 septembre 1899. À la stupéfaction générale, Dreyfus est à nouveau condamné mais « seulement » à dix ans de réclusion ! Dix jours plus tard, le président Loubet le gracie. Las et usé, Dreyfus accepte la grâce et renonce à faire appel de son jugement à la grande déception de ses partisans et de Picquart en particulier…

En à peine 2h12, Polanski parvient à reconstituer l’atmosphère de l’époque, avec ses préjugés et ses enjeux. Les femmes y tiennent une place très réduite malgré l’excellente prestation d’Emmanuelle Seigner dans le rôle de l’amante.

Et même si l’on connaît la fin de l’histoire, le spectateur est tenu en haleine par un suspens bien mené autour des débats intérieurs qui agitent le héros et des pressions qui pèsent sur lui… Hier comme aujourd’hui, il n’est pas aisé d’affronter sa hiérarchie et l’opinion publique au nom de l’idée que l’on se fait de la justice et de la vérité !

L’épilogue nous montre Picquart en 1906, de retour dans les cadres de l’armée avec le grade de général et nommé ministre de la Guerre par le nouveau Président du Conseil, un certain Clemenceau. Il reçoit Dreyfus qui a été enfin réhabilité. Lui aussi est de retour dans les cadres de l’armée mais seulement en qualité de commandant,  son ancienneté n’ayant pas été prise en considération.

Picquart  lui refuse le grade de lieutenant-colonel pour ne pas réveiller de polémique. La réalité reprend le dessus. Lui et Dreyfus ne se verront plus jamais. Une fin douce-amère qui montre les limites de la justice d’un point de vue tant politique que moral et psychologique.

 

Le cinéma, ça reste du cinéma…

On peut regretter le titre du film, allusion à l’article de Zola, car, à l’exception de Picquart, les autres dreyfusards (Mathieu Dreyfus, Bernard Lazare, Émile Zola, Auguste Scheurer-Kestner…) n’apparaissent qu’en filigrane ou pas du tout. On peut regretter plus sûrement l’héroïsation du personnage central. La réalité est beaucoup plus nuancée ainsi que le rappelle l’historien Philippe Oriol (Le Faux ami du capitaine Dreyfus, Grasset, 2019).

Picquart, quand il a découvert la vérité sur le procès Dreyfus, a songé d’abord à sauver sa carrière et pendant près de deux ans a louvoyé en retenant les informations qu’il détenait. C’est seulement quand il a compris que l’armée le briserait malgré tout qu’il s’est engagé à corps perdu du côté des dreyfusards jusqu’à devenir pour l’opinion publique le vrai héros de l’Affaire !

Après l’amnistie du capitaine Dreyfus, dans le désir de soigner sa popularité, Picquart a suggéré à Dreyfus d’aller de suite en cassation et demander un nouveau procès devant le Conseil de Guerre. Mais Dreyfus et ses proches s’y sont refusés avec raison, préférant attendre que des faits nouveaux et sérieux leur garantissent une cassation du jugement de Rennes, ce qui fut fait le 12 juillet 1906.

Une scission durable et violente s’est alors installée dans le camp dreyfusard, attisée par Picquart qui ne s’est pas privé d’en informer la presse antidreyfusarde… Concluons avec l’écrivain Octave Mirbeau, que cite Philippe Oriol : « Je dirai du colonel Picquart que c’est un homme. Dans les temps de déchéance et d’avilissement que nous traversons, être un homme, cela me paraît quelque chose de plus émouvant et de plus rare que d’être un héros. L’humanité meurt d’avoir des héros, elle se vivifie d’avoir des hommes » (1899).

Publié ou mis à jour le : 2019-11-13 14:27:54

 

 

 

CINEMA, FRANCO ZEFFERELLI (1923-2019), REALISATEUR ITALIEN, THEÂTRE ITALIEN

Franco Zeffirelli (1923-2019).

Franco Zeffirelli

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Franco Zeffirelli (prononcé  né le 12 février 1923 à Florence, mort le 15 juin 2019 à Rome, est un réalisateur, scénariste et producteur italien. Il serait issu de la famille de Léonard de Vinci.

 

Biographie

Enfant abandonné et confié à l’orphelinat des Innocenti, il arrive le jour des Z. Sa mère, amoureuse de Mozart, décide alors de l’inscrire sous le patronyme Zeffiretti, mais une erreur de la secrétaire, le transforme en Zeffirelli. Très tôt, il a la chance d’être pris en main par une vieille Anglaise de la communauté installée à Florence qui lui enseigne sa langue et lui fait découvrir Shakespeare, le choc de sa vie.

Florentin dans l’âme, Franco Zeffirelli commence sa carrière artistique comme assistant de Luchino Visconti avec qui il entretiendra toujours des rapports orageux et passionnels. Il le suit d’abord au théâtre, puis au cinéma pour les films La Terre tremble (La Terra trema) et Senso . Visconti est incontestablement celui qui lui ouvre le chemin. Leurs rapports se dégradent malheureusement et plus tard Visconti supporte mal que Zeffirelli puisse voler de ses propres ailes et surtout lui « vole » Maria Callas.

Vers la fin des années 1950, Zeffirelli amorce une carrière de metteur en scène d’opéras qui s’échelonne sur plusieurs décennies et le conduit à travailler régulièrement pour La Scala de Milan et le Metropolitan Opera de New York. Il dirige notamment Maria Callas dans La Traviata à Dallas en 1959, Tosca à Londres et Paris en 1964 et Norma à Paris en 1964 et 1965. En 1966, à New York, il inaugure la salle d’opéra du Lincoln Center en dirigeant la création de l’opéra Anthony and Cleopatra de Samuel Barber dont il écrit également le libretto. La réaction critique est unanimement négative.

En 1967, il réalise une adaptation cinématographique de la pièce de Shakespeare La Mégère apprivoisée mettant en vedette Elizabeth Taylor et Richard Burton. Le film connaît un succès appréciable, ce qui l’encourage à adapter Roméo et Juliette l’année suivante, avec Leonard Whiting et Olivia Hussey, deux jeunes inconnus dans les rôles titres, lui est un acteur britannique, né le 30 juin 1950 à Londres ;  elle une actrice argentine, née le 17 avril 1951 à Buenos Aires. Pour la première fois, un metteur en scène prenait des acteurs ayant l’âge réel des rôles. La musique de Nino Rota contribue à faire de ce film un chef-d’œuvre absolu. C’est le plus gros succès de la carrière de Zeffirelli. Roméo et Juliette reçoit quatre nominations aux Oscars, et en remporte deux (meilleure photographie et meilleurs costumes).

Pendant les années 1970 il dirige deux films d’inspiration religieuse : François et le Chemin du soleil (sur la vie de saint François d’Assise) avec Graham Faulkner et la mini-série Jésus de Nazareth dans laquelle l’acteur anglais Robert Powell interprète le rôle-titre au sein d’une distribution particulièrement imposante (Laurence OlivierRod SteigerChristopher Plummer entre autres). Ce film centré sur la vie de Jésus, réalisé à la demande du pape Paul VI, connaît un succès considérable (27 millions de spectateurs en Italie; 2,5 milliards dans le monde). Quand le cinéaste Martin Scorsese traitera le même sujet dans La Dernière Tentation du Christ, Zeffirelli prendra position sur le mode polémique contre le film de son confrère américain, le qualifiant de « pur produit de la chienlit culturelle juive de Los Angeles qui guette la moindre occasion de s’attaquer au monde chrétien3 ».

À la fin des années 1970 il se rend aux États-Unis où il réalise Le Champion et Un amour infini, deux mélodrames froidement reçus par la critique. Pendant les années 1980, il dirige des opéras filmés comme La Traviata en 19824 et Othello en 1986. Il revient à Shakespeare en 1990 avec une version de Hamlet mettant en vedette Mel Gibson dans le rôle-titre et Helena Bonham Carter en Ophélie. Il tourne en fin de carrière Un thé avec Mussolini, film largement autobiographique sur son enfance à Florence ; une nouvelle version cinématographique de Jane Eyre, d’après le roman de Charlotte Brontë, avec Charlotte Gainsbourg dans le rôle-titre, et enfin le film biographique Callas Forever avec Fanny Ardant.

Contrairement à Luchino Visconti, son premier mentor, connu pour sa proximité avec le Parti communiste italien, Franco Zeffirelli est nettement engagé à droite ; il a été élu en 1994 sénateur sous l’étiquette Forza Italia, puis réélu en 1996.

En 1996, il fait son coming out comme homosexuel, mais demeure par la suite très discret sur sa vie privée.

 

Théâtre

1963 : Roméo et Juliette au Théâtre Sarah Bernard à Paris, dans le cadre du Théâtre des Nations (Roméo: Gianfranco Giannini ; la nourrice : Ave Ninchi)

1964 : Qui a peur de Virginia Woolf ? d’Edward AlbeeThéâtre de la Renaissance

1976 : Lorenzaccio d’Alfred de MussetComédie-Française

1978 : Carmen, téléfilm de Brian Large captant une représentation scénique de la mise en scène de Zeffirelli

 

Filmographie

Comme acteur

1947 : L’Onerevole Angelina: Filippo Carrone

Comme réalisateur

1958 : Camping

1966 : Per Firenze, film-documentaire sur les inondations de Florence avec la voix de Richard Burton,

1967 : La Mégère apprivoisée (The Taming of the Shrew) – également scénariste et producteur

1968 : Roméo et Juliette (Romeo and Juliet) – également scénariste

1972 : François et le Chemin du soleil (Fratello sole, sorella luna) – également scénariste

1977 : Jésus de Nazareth (mini-série télévisée) – également scénariste

1979 : Le Champion (The Champ)

1981 : Un amour infini (Endless Love)

1982 : La Bohème

1982 : Pagliacci

1983 : La Traviata – également scénariste

1986 : Othello – également scénariste

1988 : Toscanini (Il giovane Toscanini)

1989 : 12 registi per 12 città

1990 : Hamlet – également scénariste

1992 : Don Carlo (TV)

1993 : Mémoire d’un sourire (Storia di una capinera)

1996 : Jane Eyre – également scénariste

1999 : Un thé avec Mussolini (Tea with Mussolini)

2002 : Callas Forever

2009 : Omaggio a Roma (documentaire)

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Festval de Cannes 2019 : palmares et Palme d’or

Le réalisateur Bong Joon-ho a reçu, samedi 25 mai, la Palme d’Or à Cannes pour son film « Parasite ».

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Pour une fois, la critique et le jury se sont accordés sur la Palme d’or. Dans une sélection considérée comme très relevée dans laquelle concourraient plusieurs cinéastes chevronnés déjà récompensés à Cannes, ils ont distingué le Coréen Bong Joon-ho qui, avec Parasite, avait impressionné les festivaliers par l’ampleur de sa mise en scène et de son sujet : une violente critique sociale de son pays.

Le choix du jury est audacieux tant, de Pedro Almodovar à Terrence Malick en passant par Ken Loach, nombreux étaient cette année les prétendants à une légitime Palme d’or. Il est le reflet d’un palmarès exigeant qui a préféré faire le pari de cinéastes en devenir et du renouvellement formel mis au service d’œuvres aux fortes résonances politiques et sociales.

Un des représentants les plus talentueux de la nouvelle vague coréenne

Dans cette perspective, Parasite a fait, chose rare, l’unanimité d’un jury composé en majorité de réalisateurs et présidé par le Mexicain Alejandro Gonzalez Inarritu« Nous avons tous été fascinés par ce film, et cette fascination a continué à croître au fil des jours », a expliqué ce dernier à l’issue de la cérémonie.

Cette œuvre puissante et originale allie une grande maîtrise formelle à une dénonciation sans concessions des inégalités sociales dans un pays livré aux puissances de l’argent et à l’influence américaine. Cette récompense fait de Bong Joon-ho le premier Sud-Coréen à recevoir une Palme d’or et corrige au passage l’injustice faite l’année dernière à son compatriote Lee Chang-dong, dont le très beau Burning, sur un sujet très similaire, était reparti bredouille malgré un accueil enthousiaste.

Le cinéaste de 49 ans ne vient pas de nulle part puisqu’il est l’un des représentants les plus talentueux de la nouvelle vague coréenne et Parasite est son septième long métrage. Découvert avec Mémories of murder en 2003, sorte de thriller rural se situant à l’époque de la dictature militaire, il fait partie de cette génération de réalisateurs asiatiques qui ont brillamment revisité les codes du film de genre pour dépeindre les maux de leur pays. The Host en 2006 puis Mother en 2009 confirment son talent et lui apportent le succès public. Après un détour par des coproductions internationales avec Snowpiercer (Le transperceneige) et Okja, déjà sélectionné à Cannes il y a deux ans, Bong Joon-ho est revenu dans son pays pour réaliser ce drame familial intimiste auquel il apporte une maîtrise formelle stupéfiante.

Des choix « purement cinématographiques »

Parasite met en scène deux familles. D’une part, les Park dignes représentants de cette nouvelle élite coréenne enrichie par le boom économique des années 2010, qui a élu domicile dans une vaste maison d’architecte des beaux quartiers de Séoul ; d’autre part, les Kim, dont les membres, tous au chômage, s’entassent dans un sous-sol malodorant de la ville. Ces derniers vont petit à petit s’introduire dans le quotidien des premiers en se faisant tout à tour embaucher à leur service, la maison partagée entre la surface et le sous-sol servant de métaphore à l’infranchissable frontière entre les classes sociales.

Ce qui commence comme une comédie sociale légère et gentiment corrosive bascule, au gré d’un récit haletant aux développements inattendus, dans l’angoisse et le drame pour délivrer une vision profondément pessimiste de la société coréenne.

À l’instar de Parasite, le palmarès de cette 72e édition du Festival de Cannes a fait le choix de primer des films qui traitent avec force de problèmes sociaux ou politiques actuels.

Le Grand prix est allé à Atlantique, premier film de la Franco-Sénégalaise Mati Diop évoquant les migrations ; le prix du jury a été attribué à égalité aux Misérables du Français Ladj Ly, sur les violences policières en banlieue, et à Bacurau, fable politique des Brésiliens Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles ; enfin le prix de la mise en scène revient aux frères Dardenne pour Le jeune Ahmed, récit de la radicalisation d’un adolescent.

« Nos choix ne sont pas liés à une volonté politique, ils sont purement cinématographiques », a insisté le président du jury. Si les Français tirent leur épingle du jeu avec un prix du scénario pour Céline Sciamma et son Portrait de la jeune fille en feu, les Américains repartent bredouilles. Ignoré par le palmarès officiel, le très beau film de Terrence Malick, La vie cachée s’est vu remettre le prix du jury œcuménique.

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Palmarès du 72e Festival de Cannes

Palme d’or : Parasite de Bong Joon-ho

Grand prix du jury : Atlantique de Mati Diop

Prix du jury : ex aequo Les Misérables de Ladj Ly et Bacurau de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles

Prix d’interprétation féminine : Emily Beecham dans Little Joe de Jessica Hausner

Prix d’interprétation masculine : Antonio Banderas dans Douleur et Gloire de Pedro Almodovar

Prix de la mise en scène : Jean-Pierre et Luc Dardenne pour Le Jeune Ahmed

Prix du scénario : Céline Sciamma pour Portrait de la jeune fille en feu

Mention spéciale : It must be heaven d’Elia Suleiman

Caméra d’or : Nuestras Madres de César Diaz (Semaine de la critique)

Prix Un certain regard : La vie invisible d’Euridice Gusmao de Karim Aïnouz ; mention spéciale pour Jeanne de Bruno Dumont

Prix du jury œcuménique : La vie cachée de Terrence Malick

Œil d’or, qui récompense depuis 2015 un documentaire à Cannes, toutes sections confondues : ex aequo Pour Sama de Waad al-Kateab et La cordillère des songes de Patricio Guzman

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Film Parasite de Bong Joon-ho

Parasite 
de Bong Joon-ho
Corée du Sud, 2 h 12
En salles le 5 juin

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SYNOPSIS 

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Le film est présenté en compétition au Festival de Cannes 2019.

Toute la famille de Ki-taek est au chômage, et s’intéresse fortement au train de vie de la richissime famille Park. Un jour, leur fils réussit à se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais chez les Park. C’est le début d’un engrenage incontrôlable, dont personne ne sortira véritablement indemne..

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Cannes 2019 : « Parasite », dans les sous-sols de Séoul

Critique 

Sous les apparences d’une comédie sociale corrosive, le nouveau film du Coréen Bong Joon-ho, Parasite, présenté mardi 21 mai en compétition au Festival de Cannes, porte un regard d’un extrême pessimisme sur l’état de son pays et épate par l’ampleur de sa mise en scène.

 

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Parasite oppose deux mondes, celui des Kim, famille pauvre qui s’entasse dans un entresol malodorant, et celui de la famille Park, caricature de la nouvelle élite coréenne.

Chacun dans un style très différent dresse le même constat, celui de deux Corées irréconciliables, dont la partition géographique, se double au Sud d’une partition entre classes sociales. Deux mondes, les riches et les pauvres, et une frontière au moins aussi infranchissable que le 38e parallèle.

Deux mondes opposés

Celle de Parasite est incarnée métaphoriquement par ce qui se joue entre le sous-sol et la surface d’une vaste maison d’architecte, d’inspiration américaine, construite dans les beaux quartiers de Séoul. C’est là que réside la famille Park, caricature de la nouvelle élite coréenne qui a fait fortune dans les nouvelles technologies, imite le style de vie occidental et parsème ses phrases de locutions anglo-saxonnes.

Sa pelouse bien taillée, son immense baie vitrée laissant entrer la caresse du soleil, sa réserve pleine de victuailles font fantasmer les Kim, famille pauvre qui s’entasse dans un entresol malodorant et vivote de petits boulots sans espoir de voir son sort s’améliorer.

Une comédie sociale qui bascule soudainement dans l’horreur

Quand leur fils Ki-woo est embauché par les Park au moyen d’un faux diplôme pour donner des cours d’anglais à leur fille, cette joyeuse bande de petits arnaqueurs va concevoir un plan pour investir littéralement les lieux et profiter un peu de l’aisance de leur propriétaire.

La sœur, le père et la mère se font tour à tour engager pour pourvoir aux différentes tâches nécessaires au standing des Park (professeur de dessin, chauffeur, gouvernante), sans que ces derniers ne soupçonnent qu’ils ont affaire à la même famille, si ce n’est cette étrange odeur qui flotte désormais dans la maison.

Mais un événement inattendu va bouleverser cette arnaque patiemment échafaudée. Le piège va se refermer sur les Kim, les ramenant à leur point de départ : les entrailles de Séoul auxquelles leur condition semble irrémédiablement les condamner.

Un insondable pessimisme

Dans une embardée scénaristique dont le cinéma coréen a le secret, ce qui avait commencé comme une comédie sociale légère et gentiment corrosive, opposant la chaleur et l’exubérance de la famille Kim à l’univers glacé et factice dans lequel évoluent les Park, bascule subitement dans l’horreur au moment où des pluies torrentielles font déborder tous les égouts de la ville.

Bong Joon-ho, grand maître du cinéma de genre (Memories of MurderThe HostMother), possède, grâce à une mise en scène élégante et savamment maîtrisée, cet art d’instiller peu à peu l’angoisse et le malaise dans un récit aux développements inattendus pour délivrer un message d’un insondable pessimisme : la seule façon d’échapper à sa condition, dans un pays livré aux puissances de l’argent, est de faire fortune à son tour.

Source : La Croix du 22 mai 2019.