CINEMA, DOCUMENTAIRES, DROITS DE L'HOMME, FILMS, J'AI MARCHE JUSQ'A VOUS, MIGRANTS, RENCONTRES CINEMATOGRAPHIQUES DES DROITS DE L'HOMME

Documentaire : J’ai marché jusqu’à vous

J’ai marché jusqu‘à vous – RÉCITS D’UNE JEUNESSE EXILÉE À MARSEILLE

Documentaire de Rachid Oujdi 52 min – 2016

AIX-EN-PCE ● 22 janvier ● 18h00

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Récit d’une jeunesse exilée à Marseille : ces enfants sans visa, au terme d’un éprouvante périple, débarque à Marseille qui ne  veut pas d’eux.

Film proposé par le collectif avec la participation de Sciences Po Aix. Débat avec le réalisateur Rachid Oujdi, Giovanni Privitera, enseignant à Sciences Po et Jeanne Hutin, association étudiante C.A.S.A. et animé par Roxane Nadim, enseignante et responsable des affaires culturelles à Sciences Po.

Sciences Po Aix / Amphithéâtre René Cassin (25, rue de Saporta, Aix-en-Provence (participation libre).

 

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Documentaire (France). Produit en 2016. Distribué par Comic Strip Production.

Synopsis

Ils ont moins de 18 ans, on les appelle les « Mineurs Isolés Etrangers ». Venus seuls, principalement d’Afrique et du Moyen Orient, ces voyageurs sans visas débarquent à Marseille, au terme d’un long périple. En attendant leur majorité, ils sont censés se trouver sous la protection de l’Aide Sociale à l’Enfance. Mais avant cette « mise à l’abri » rarement immédiate, ces jeunes subissent la rue, les réseaux malveillants et la suspicion des institutions. Prix du public, Festival Amnesty International.

 

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Ils sont invisibles parce que la ville préfère fermer les yeux. Autour de la gare Saint-Charles de Marseille, pourtant, la caméra de Rachid Oujdi a su débusquer les nouveaux enfants des rues. Ceux qui n’ont même pas un sac de couchage, parce qu’ils débarquent ici sans bagage, hagards après avoir traversé deux, trois ou six pays. On les appelle les « MIE ». Ces « mineurs isolés étrangers » seraient 8 000 en France. Le réalisateur de ce Récit d’une jeunesse exilée a suivi un petit groupe, les a vus se présenter au Service d’accueil et d’accompagnement des mineurs étrangers non accompagnés et en repartir souvent sans solution.

Sans fioritures ni sanglots, celui qui avait déjà raconté les chibanis, ces travailleurs immigrés maghrébins retraités (Perdus entre deux rives, les chibanis oubliés, 2014), comme des hommes entre deux mondes, raconte ces gamins en souffrance. Tous ressentent combien il est dur d’arriver en France seuls, en 2017, quand on a 13 ou 15 ans ; combien la rue est dangereuse pour eux, proies si faciles des réseaux.

Révolte citoyenne

Ils s’appellent Omar, ou Roméo, viennent d’Afghanistan ou d’Afrique et se retrouvent dehors dans ce pays qu’ils croyaient accueillant. Les images sont belles comme est belle l’éternelle Marseille, mais, pour eux, elles sont dures, comme sont durs l’exclusion, la faim, le froid, le manque de sommeil. S’ils redeviennent parfois des enfants l’espace d’un instant, souriant aux chanceux qui ont trouvé place dans la grande roue du Vieux-Port, ou se réjouissent de ceux qui sont au chaud dans le monde de la consommation de l’autre côté des vitrines, leur enfance est une longue blessure que Rachid Oujdi effleure, donnant à réfléchir sur ce que signifie aujourd’hui avoir signé la Convention des droits de l’enfant.

Engagé, ce documentaire inclut aussi la révolte citoyenne de ceux qui se heurtent au mur de l’administration. Le médecin, l’éducateur… tous arrivent à la même conclusion : seule une mobilisation citoyenne pourra permettre d’héberger les quelques dizaines d’enfants que l’administration n’a pas prévu de mettre à l’abri. Pourquoi celle-ci pousse-t-elle à « agir aux marges », s’interroge l’un d’eux ? S’il n’apporte pas de réponse, le beau travail de Rachid Oujdi a le mérite de poser la question.

 

Le Monde 11 juillet 2017

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 « J’ai marché vers vous » un documentaire tourné à Marseille , qui fait oeuvre de sensibilisation. N.V.

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« J’ai marché jusqu’à vous », ce documentaire de Rachid Oujdi, livre au coeur du débat, ses récits d’une jeunesse exilée. Cette rencontre a questionné une société en rupture d’humanité.

« Tout mineur doit être protégé quel que soit son sexe, sa religion, ses origines, sa nationalité », stipule la Convention internationale des Droits de l’Enfant du 20 novembre 1989. La réalité est en France bien loin d’adhérer à ce droit fondamental. Caméra au poing, Rachid Oujdi s’est penché à Marseille sur le quotidien de jeunes contraints à l’exil, qui sur le sol des « droits de l’homme », ne sont pas arrivés au bout de leur peine sans fin. La Ligue des Droits de l’Homme, Amnesty international, l’Assemblée citoyenne du Bassin Manosquin, avec le soutien des réseaux Éducation Sans Frontières et Hospitalité Solidaire, ont proposé un débat sur la situation de ces mineurs étrangers isolés. Mardi dernier, salle comble pour des échanges inspirés de ce documentaire poignant, « J’ai marché jusqu’à vous – Récits d’une jeunesse exilée » .

Ils ont entre 13 et 18 ans. Depuis le Moyen-Orient ou l’Afrique, ils ont marché jusqu’à nous pour venir se heurter à un double paradoxe politico-institutionnel. Les conditions de la protection ne sont pas à la mesure de la nécessité et de l’application du droit. Ces jeunes à la rue des semaines durant, voire des mois, quand il en sortent, ne rentrent dans aucun cadre juridique. En tant que mineurs ils ne peuvent pas prétendre au statut de réfugié. Des milliers de kilomètres leur ont ouvert ce seul horizon : survivre dans ce no man’s land identitaire. Le carcan du processus d’intégration, les lourdeurs administratives anéantissent tout espoir pour ceux qui approchent l’âge de la majorité. A quoi , à qui, à combien peut répondre le 115 ?

Lorsque l’institution doute de l’âge annoncé, les adolescents sont livrés à des tests infâmes, examens osseux ou des parties génitales.

Sur le terrain les professionnels sont eux-mêmes dans l’impasse du chaînon manquant. La loi interdit l’hébergement d’un mineur par des personnes de la société civile. L’institution dans l’illégalité est ainsi à même de poursuivre un citoyen accueillant. C’est l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance) qui a pour mission la protection de l’enfance, soumise à une gestion politique très disparate d’un département à l’autre.

Des filets d’humanité contournent la règle, entrent en désobéissance civile. Quarante collectifs solidaires s’organisent en Région Paca. Des citoyens s’impliquent aussi à titre individuel

Le film de Rachid Oujdi n’est pas une oeuvre militante, c’est une démarche engagée qui questionne notre humanité : « qu’en avons-nous fait au plus profond de nous ? » La distance choisie par le cinéaste pose un regard de subjectivité assumé. De la tendresse, de la subtilité sans tomber dans le pathos ou le voyeurisme. L’obscure réalité ainsi mise en lumière positionne le spectateur face à lui-même.

Le documentaire se termine sur une note claire. Mais depuis son tournage , il y a un an, le réalisateur décrit une situation qui à Marseille s’est assombrie plus encore, qui a gravement empiré.

« J’ai marché jusqu’à vous », le film fait oeuvre de sensibilisation, circule dans les collèges et les lycées, relayé par des enseignants du RESF. Visible en replay sur la chaîne LCP.

Journal La Marseillaise 9 janvier 2019.

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Récits d’une jeunesse exilée. J’ai marché jusqu’à vous

Ils viennent d’Afghanistan, de Turquie, d’Algérie, du Mali, du Nigeria… Ils ont entre 13 et 17 ans et sont arrivés en France. Pris en charge par les éducateurs de l’Addap-Saamena, un service spécialisé dans l’accompagnement des mineurs isolés, Muhammad, Ibrahim, Omo ou encore Sega regagnent un peu de lien social et bénéficient d’une aide administrative et médicale. Difficile en revanche pour eux de trouver un hébergement… Devant la caméra de Rachid Oujdi, ils racontent leur histoire, celle qui les a amenés à quitter clandestinement leur pays d’origine pour se retrouver, livrés à eux-mêmes, à Marseille. Ibrahim, 16 ans, a fui la Turquie. « Je suis venu en France parce qu’on y respecte les droits de l’homme », confie le jeune homme. Omo, quant à elle, a entrepris le voyage après avoir perdu ses parents dans un bombardement : « Je suis venue car je n’avais nulle part où aller. » Guerre, pauvreté, absence de perspectives, père violent… Les raisons avancées sont nombreuses et témoignent d’une grande détresse. Des récits forts et poignants, qui font de ce reportage en immersion un document indispensable pour mieux comprendre la réalité de ces jeunes migrants.

http://www.lavie.fr/culture/television/recits-d-une-jeunesse-exilee-j-ai-marche-jusqu-a-vous-11-04-2018-89449_31.php

 

 

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« J’ai marché jusqu’à vous » HK (Kaddour Hadadi) – Clip de Rachid …

 

Paroles

Les coups de sang, les coups du sort
Les coups de points, les coups encore
J’en ai reçu jusqu’à mon tour
J’en ai reçu jusqu’à ce jour
J’ai quitté mon petit village
En portant pour seul bagage
Des restes de rêves d’enfants
Des gentils qui gagnent à la fin

J’ai marché jusqu’à vous
J’ai eu peur je l’avoue
À chaque pause chaque trêve
Mille fois j’ai fait ce rêve
Je lisais mon nom sur vos lèvres
J’ai marché jusqu’à vous
Je suis là voyez vous
Mille fois j’ai fait le voeu
je vous en fait l’aveu
De me voir un jour dans vos yeux

Les petits chemins retiré
Les routes fleuves et les forêts
Les vastes plaine et les plateaux
Les grandes villes comme en photo
J’ai marché tant que j’ai pu
Tant de fois je me suis perdu
Les trains les camions les bateaux
Les coups de blues, les coups de couteaux

J’ai marché jusqu’à vous
J’ai eu peur je l’avoue
À chaque pause chaque trêve
Mille fois j’ai fait ce rêve
Je lisais mon nom sur vos lèvres
J’ai marché jusqu’à vous
Je suis là voyez vous
Mille fois j’ai fait le voeu
je vous en fait l’aveu
De me voir un jour dans vos yeux

 

Combien de pays traversé?
Combien de frontières dépassées?
Et me voilà m’en voulez vous?
Je n’avais pas pris rendez-vous
De mon histoire vous savez tout
Arrivé seul et sans dessous
Mais surtout arrivé en vie
Comprenez pourquoi je souris

J’ai marché jusqu’à vous
J’y ai cru je l’avoue
À chaque pause chaque trêve
Mille fois j’ai fait ce rêve
Je lisais mon nom sur vos levres
J’ai marché jusqu’à vous
Je suis là voyez vous
Mille fois j’ai fait le voeu
je vous en fait l’aveu
De me voir un jour dans vos yeux

J’ai marché jusqu’à vous
J’ai eu peur je l’avoue
Mille fois j’ai fait ce rêve
Mille fois j’ai fait ce rêve
Je lisais mon nom sur vos levres
J’ai marché jusqu’à vous
J’ai marché jusqu’à vous
J’ai marché jusqu’à vous…

Paroles de Kaddour Hadadi

Album : L’Empire de papier (2017)

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BIENVENUS !, CINEMA, DROITS DE L'HOMME, FILM BIENVENUS !, RACISME, RENCONTRES CINEMATOGRAPHIQUES DES DROITS DE L'HOMME, SECOURS CATHOLQIUE

Film Bienvenus !

Film Bienvenus !

Rune Denstad Langlo

Avec Andres Baasmo Christiansen, Olivier Mukuta, Slimane Dazi plus

Comédie dramatique norvégienne/suédoise de decembre 2016 (1h30)

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Film  proposé par le Secours Catholique-Caritas France

Débat avec Jordi Llambrich, prêtre accueillant des migrants à Marseille et Jacqueline Moulin, d’Amnesty International.

 

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SYNOPSIS ET DÉTAILS

Quand on est propriétaire d’un hôtel quasiment en faillite dans les montagnes norvégiennes, est-ce que la solution ne serait pas de le transformer en centre d’accueil des refugiés pour profiter de subventions bien opportunes ? 
C’est le bon plan de Primus, hôtelier peu aimable et pas vraiment ouvert aux autres cultures… Mais voilà, la bonne idée de Primus ne s’avère pas si simple. 
Accueillir 50 personnes d’origine diverses, quand il faut compter en plus avec une femme déprimée, une ado rebelle, et des préjugés racistes, ça promet bien des déconvenues mais aussi, des heureuses surprises ! 

BIENVENUS : Un projet de longue date

Rune Desnstad Lango eu l’idée de ce film il y a une dizaine d’années. Le metteur en scène explique : « Après une vingtaine d’ébauches et deux ans d’efforts, le plus souvent en solitaire, j’ai fini scénario et dialogues, et le tournage a pu se faire en Suède, dans une zone frontalière du comté de Jämtland, et également en Norvège dans la région de Trondheim. Au fil des jours, le film a pris forme et le thème du film est devenu de plus en plus d’actualité, notamment lors du flux migratoire de l’été dernier. »

Personnage principal

Le personnage de Primus, le propriétaire d’un hôtel dans les montagnes norvégiennes qu’il veut sauver de la faillite en le transformant en centre d’accueil pour réfugiés, est campé par Anders Baasmo Christiansen. Le rôle a été écrit spécialement pour ce dernier qui avait déjà joué sous la direction de Rune Desnstad Langlo dans  Nord et Chasting the Wind

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Un sujet d’actualité

Rue Denstad Langlo a voulu, avec Bienvenus !, traiter d’un sujet grave avec tendresse et chaleur humaine. « On a parfois tendance à oublier, quand on parle des réfugiés, que l’on a affaire à des êtres humains à part entière. Ils ont parfois eu une histoire très douloureuse, certes, mais cela ne justifie pas qu’on fasse d’eux exclusivement des victimes, car ils sont souvent dotés de fortes personnalités, c’était le cas de Lars, mon arrière-grand-père, qui a migré aux Etats-Unis à l’âge de dix-neuf ans. Il ne faut pas oublier qu’il y a 150 ans environ, poussés par la misère, plus de 800 000 Norvégiens, un tiers de la population de l’époque, ont fait le choix de l’émigration, comme d’autres le font de nos jours », confie le cinéaste.

Engagé

Bienvenus ! a été un succès inattendu en Norvège. Slimane Dazi rapproche le film de Rune Denstad Langlo de La Vie est belle réalisé et interprété par Roberto Benigni : « Heureusement que des fictions sur des sujets graves existent, c’est une bonne façon d’envisager des solutions. On a besoin de rire d’événements dramatiques pour briser les craintes et les tabous. Le cinéma autorise une légèreté de ton qui permet d’interpeller sur des questions lourdes.« 

Melting pot

Plusieurs personnes ayant participé à ce film norvégien parlent le français. C’est le cas d’Olivier Mukuta qui interprète Abedi le Congolais, l’actrice libanaise Elisa Sayegh , le directeur de la photographie  Philip Øgaard ou encore Slimane Dazi qui avait campé le charismatique caïd de Marseille Brahim Lattrache dans Un prophète. Rune Denstad Langlo se rappelle : 

« Alors je me suis parfois senti un peu isolé, à me demander ce qui se tramait derrière mon dos. Mais j’ai très vite compris que je n’étais pas obligé de tout contrôler, qu’il suffisait parfois de laisser faire quand il y avait un peu de tension dans l’air. »

Par ailleurs, la majorité des personnes que l’on voit dans Bienvenus ! sont des réfugiés jouant leur propre rôle.

 

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CINEMA, DROITS DE L'HOMME, FILM FORTUNA, FILMS, FORTUNA, RENCONTRES CINEMATOGRAPHIQUES DES DROITS DE L'HOMME

Le film Fortuna

FILM FORTUNA

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Fortuna
de Germinal Roaux
Film suisse, noir et blanc, 1 h 46

 

Cinéma des Droits de l’Homme : « Fortuna »

LE 19 JANVIER 2019

Cinéma Les Arcades, Place Gambetta, Salon-de-Provence

Le Secours Catholique – Caritas France,et un collectif d‘ONG (Amnesty International, ACAT, CCFD-TS, la Cimade et la LD) vous invitent aux rencontres cinématographiques des droits de l’Homme :

Fortuna – L’ACCUEIL… JUSQU’OÙ ?

Fiction dramatique de Germinal Roaux 106 min – 2018

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SYNOPSIS ET DÉTAILS

Fortuna, jeune Ethiopienne de 14 ans, est accueillie avec d’autres réfugiés par une communauté de religieux catholiques dans un monastère des Alpes suisses. Elle y rencontre Kabir, un jeune Africain dont elle tombe amoureuse. C’est l’hiver et à mesure que la neige recouvre les sommets, le monastère devient leur refuge mais aussi le théâtre d’événements qui viennent ébranler la vie paisible des chanoines.  Ceux-ci vont-ils renoncer à leur tradition d’hospitalité ? Parviendront-ils à guider Fortuna vers sa nouvelle vie ?

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 Genèse de « Fortuna »

Les projets de cinéma de Germinal-Roux démarrent toujours avec une rencontre dans la vraie vie. Pour Left-Foot-Right-Foot,  son précédent film, il s’agissait de la découverte de ces jeunes filles qui se prostituent occasionnellement pour s’acheter des fringues de luxe. Pour Fortuna, les choses ont commencé avec la compagne comédienne du metteur en scène, Claudia Gallo, qui a été engagée à Lausanne par le CREAL (Centre de ressources pour élèves allophones) afin d’encadrer des enfants roms qui traînent dans la rue. Il se rappelle : 

« De fil en aiguille, on lui a demandé de s’occuper de mineurs non accompagnés, que j’ai rencontrés à mon tour et dont les histoires m’ont bouleversé, notamment le récit d’une jeune adolescente tombée enceinte pendant son exil, qui préfigure celui de Fortuna. La situation de ces jeunes exilés était si déchirante, leurs récits si forts et courageux qu’il me fallait parler d’eux, faire quelque chose. Nous sommes tous désarmés devant ce qui se passe en Europe, en Méditerranée avec les traversées cauchemardesques auxquelles on assiste sur nos écrans et par nos radios, sans pouvoir aider. C’est terrible de se sentir impuissant devant tant de souffrance. Toutes ces réflexions nées de mes rencontres avec ces jeunes m’ont appelé à écrire l’histoire de Fortuna. Durant les premiers mois d’écriture, j’ai fait des recherches sur l’accueil des réfugiés en Suisse et c’est là que j’ai découvert que, pour pallier le manque de place dans les centres de requérants, des frères du monastère d’Einsiedeln en avaient accueilli chez eux. Du coup, cela a résonné en moi et m’a donné envie de situer le film à l’hospice du Simplon, j’aimais ce lieu que je connaissais pour y avoir déjà fait des photos. Ma rencontre avec les chanoines du Simplon a été déterminante dans l’écriture du projet Fortuna. Mois après mois mes carnets de notes se sont remplis comme un herbier, une collection d’idées et de mise en relation qui ont fini par aboutir à un projet de long métrage. »

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Le casting a été un long travail, qui a d’abord commencé en Suisse. Germinal-Roaux avait au départ envie d’impliquer des mineurs non accompagnés dans ce projet, avant de rapidement se rendre compte que, pour des raisons émotionnelles évidentes, ce ne serait pas possible. Le réalisateur explique : « Le premier casting helvétique ne m’a pas révélé LA perle. Je voulais en effet une jeune fille qui venait juste d’arriver en Europe, encore marquée dans sa voix et dans son corps par ses origines africaines. Les jeunes filles que l’on rencontrait ici s’étaient rapidement adaptées à notre mode de vie occidental et avaient souvent perdu tout de leurs racines. Par la suite, avec l’aide d’une directrice de casting nous avons fait des recherches à Paris, puis en Afrique de l’Ouest, également restées vaines. Sur les recommandations de Ama Ampadu, une amie productrice, j’ai proposé à Ruth Waldburger d’aller faire le casting à Addis-Abeba où, durant une dizaine de jours, nous avons testé une centaine de garçons et de filles devant la caméra, et c’est là que je suis tombé sur Kidist, LA Fortuna que je cherchais, une orpheline qui parlait un peu d’anglais et avait tenu un petit rôle dans le film éthiopien Lamb de Yared Zeleke, primé à Cannes en 2015. Kidist Siyum Beza m’a tout de suite impressionné par sa présence, et la force qui émanait de sa fragilité tenant notamment à sa foi profonde. Elle rayonne : on la sent du côté de la vie malgré sa tristesse. Quant au garçon, Assefa Zerihun Gudeta, qui n’était pas prévu au casting, je l’ai rencontré parmi les nombreux curieux qui nous tournaient autour. Il avait fait un peu de théâtre, et sa présence incroyable m’a tout de suite saisi. »

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Le choix Bruno Ganz

Germinal-Roaux avait pensé à Bruno Ganz en cours d’écriture du scénario de Fortuna, car il lui fallait un acteur de sa stature capable de porter le rôle du chanoine « supérieur ». Depuis Les Ailes du désir de Wim Wenders, qui lui a donné envie de faire du cinéma, le cinéaste admire Bruno Ganz pour son mélange de solidité et de douceur. Germinal Roaux se souvient :

« J’en ai donc parlé à Ruth Waldburger, nous lui avons envoyé le scénario, qui l’a beaucoup intéressé, et notre première rencontre a été marquée par une belle discussion. Il posait beaucoup de questions, sensibilisé aussi par le fait qu’Angela Merkel venait d’accueillir environ un million de réfugiés. Or, travailler avec lui m’impressionnait beaucoup, et je ne savais pas trop comment allait se faire la greffe entre cet immense comédien et une débutante. Avec la jeune Kidist, je ne voulais surtout pas risquer d’abîmer ce qu’elle pouvait amener d’elle-même à son personnage de Fortuna et pour cette raison j’ai décidé de ne jamais lui donner le scénario. Nous avons travaillé en partie sur l’improvisation ou plus exactement sur l’adaptation du dialogue au langage propre des deux acteurs éthiopiens, avec l’aide précieuse d’une interprète amharique. De son côté, Bruno Ganz exigeait la stricte interprétation d’un texte dont il garantissait de ne pas toucher une virgule. Deux façons bien différentes d’appréhender le travail et de construire les personnages du film. »

Une expérience unique

Le tournage de Fortuna a duré 37 jours, entre avril et mai 2016. Une expérience unique pour Germinal Roaux, qui a culminé au cours d’un souper commun, le soir du tournage de la descente de police à l’hospice du Simplon, réunissant les acteurs et les figurants amateurs d’origines variées, l’équipe technique et les chanoines, plus tous ceux qui ont aidé le metteur en scène et son équipe d’une façon ou d’une autre (soit 80 personnes environ). « Dans l’ensemble, le tournage du film, qui aurait pu tourner à la catastrophe du fait de la rigueur des conditions, coincés que nous étions à plus de 2000 mètres d’altitude et par un froid glacial, a vraiment été une réussite et une aventure collective marquante pour tous », se rappelle le metteur en scène.

En noir et blanc

Germinal Roaux explique au sujet du choix du noir et blanc : « Du point de vue artistique, Ruth Waldburger m’a laissé une très grande liberté. Quant au noir et blanc, c’est ma langue, et ça l’est de plus en plus. Cela me semble le médium idéal pour raconter les histoires telles que je les conçois. On pourrait en parler longuement, même du point de vue philosophique, avec le jeu de l’ombre et de la lumière, et je crois que le spectateur est engagé de façon très différente devant un film en noir et blanc. Le cinéma peut nous ramener à une expérience du temps présent et c’est cela que je recherche. Mon souci est de rendre le spectateur actif, de lui donner un rôle, de l’inviter à réfléchir sur des questions essentielles de notre condition humaine. La vraie difficulté de l’écriture cinématographique c’est de réussir à écrire l’histoire non pas de l’extérieur comme si on l’observait, mais de l’intérieur comme si on la vivait et permettre à chaque spectateur de voir son propre film en lien avec son propre vécu. Un film devrait pouvoir s’écrire dans le regard de celui qui le regarde. »

 

 « Fortuna », les chemins escarpés de l’accueil

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Une Éthiopienne de 14 ans est accueillie avec d’autres réfugiés dans un monastère des Alpes suisses et bouscule la tranquillité de la communauté religieuse. Cette méditation poétique et lumineuse interroge sur l’ouverture à l’autre.

Dans l’immensité des Alpes suisses, seuls quelques arbres se détachent. Et Fortuna, emmitouflée dans sa peau de mouton et ses grandes écharpes. Échouée par hasard à l’hospice du Simplon situé à 2 000 m d’altitude entre l’Italie et la Suisse, cette Éthiopienne de 14 ans n’a pour seul confident qu’un âne et pour unique terreur ces immenses vagues de la Méditerranée qui hantent ses nuits et la séparent pour toujours de sa famille restée au pays.

En attendant que d’autres décident pour elle de son destin, elle s’est refermée sur sa solitude et son incapacité à communiquer. Elle n’est pas commode, Fortuna, et s’entête à refuser la famille d’accueil qu’on lui a trouvée. L’arrivée de Kabir, Éthiopien comme elle, lui apporte un bref réconfort. Mais ses choix, qui ne correspondent pas toujours à ceux qu’on attend d’elle, vont brusquement bousculer les certitudes de la communauté religieuse qui l’accueille.

Splendide noir et blanc

Construit comme une méditation poétique, dans un splendide noir et blanc qui en décuple l’intensité, ce second long métrage du photographe et cinéaste suisse Germinal Roaux est l’inverse d’un film à thèse sur la crise des migrants et la situation des mineurs isolés.

S’il puise sa source dans ses nombreuses rencontres avec de jeunes exilés et dans une recherche documentaire approfondie, il nous emmène immédiatement ailleurs. Dans un face-à-face silencieux avec Fortuna, visage donné au destin de tous ces enfants, symboliquement isolée au milieu d’un décor vertigineux, mais aussi avec nos propres interrogations sur la délicate question de l’accueil qui traverse nos sociétés européennes.

Dans une scène charnière, séparant le film en deux parties, les chanoines se réunissent autour du prieur, incarné par Bruno Ganz, pour débattre d’une situation à laquelle leurs vœux ne les avaient pas préparés. À ceux qui s’interrogent sur les limites de leur tradition d’hospitalité lorsque celle-ci vient menacer ce qui leur est le plus cher, le silence et la solitude, le supérieur leur rappelle la vocation inconditionnelle de l’accueil. « Une foi sans œuvre est morte », rappelle-t-il.

 

Fortuna, magnifiquement interprétée par Kidist Siyum Beza

La certitude de faire le bien pour l’autre est également au sein du dilemme qui oppose le chanoine à l’éducateur chargé de trouver un avenir à la jeune fille. Mais c’est bien Fortuna, et sa magnifique interprète Kidist Siyum Beza, qui est au cœur de ce film avec sa simplicité, son air buté, ses peurs d’enfants et son mal de vivre, en permanence ballottée entre les désirs des uns et des autres.

Le langage esthétique particulier du réalisateur, dont on sent la patte du photographe avec ses cadres léchés, ses images de mer déchaînée, symbole des drames se déroulant en Méditerranée, et ses longues plages de silence peuvent dérouter.

Une façon « de rendre le spectateur actif, de l’inviter à entrer dans le film et à se poser des questions », explique-t-il. Un style qui n’est pas sans rappeler celui du Wim Wenders des Ailes du désir (1987),dont il revendique l’influence et avec lequel il partage son acteur fétiche, Bruno Ganz.

 

https://www.la-croix.com/Culture/Cinema/Fortuna-chemins-escarpes-laccueil-2018-09-18-1200969678

 

Jeune Éthiopienne accueillie dans un monastère des Alpes suisses, théâtre d’évènements qui viennent ébranler la vie communautaire. Film proposé par le Secours Catholique – Caritas France. Débat avec Jean-Yves Constantin, prêtre-ouvrier agricole, pastorale des migrants et Bernadette Rousset, écoutante AGAPA. Animé par Jean Claude Escaffit, journaliste.

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AMANDA, CINEMA, CINEMA FRNÇAIS, FILMS, MIKHAÊL HERS

Amanda : film de Mikhaël Hers

“Amanda”, le film de la maturité de Mikhaël Hers

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Sa sœur tuée dans un attentat, David devient subitement le tuteur de sa nièce. Un mélodrame magnifique sur l’apprivoisement de deux êtres.

Pendant les vingt premières minutes, il règne une légèreté suspecte pour qui connaît le cinéma profondément désenchanté de Mikhaël Hers. David jongle avec nonchalance entre deux jobs alimentaires : la gestion d’appartements meublés pour touristes et l’élagage des arbres du 20e arrondissement de Paris. Il va aussi chercher, au pas de course car toujours en retard, sa nièce Amanda à la sortie de l’école, pour aider sa sœur, Sandrine, prof d’anglais au lycée Arago et jeune mère célibataire. Les trois membres de la famille Sorel paraissent heureux et unis malgré un quotidien pas toujours simple mais ­régulièrement égayé par les paris-brest de la boulangerie et les chansons ­d’Elvis Presley. C’est le début de l’été. La saison des pique-niques. Ce soir-là, David est retenu à la gare de Lyon pour accueillir des locataires. Sandrine et Léna, une voisine avec qui il commence à flirter, sont déjà parties au bois de Vincennes. Quand David les ­rejoint d’un coup de vélo, sa vie, et le film, bascule : des terroristes islamistes ont fait un carnage sur la pelouse.

En injectant, pour la première fois, du réel dans son univers ouaté et jusqu’ici volontairement déconnecté de la laideur de l’actualité, Mikhaël Hers opère une forme de changement dans la continuité. A sa façon : par petites touches, toujours avec une infinie délicatesse. Le thème du deuil parcourait déjà ses deux films précédents, qu’il s’agisse de la perte, métaphorique, des souvenirs de jeunesse d’une bande de copains au seuil de l’âge adulte dans Memory Lane (2010) ou des conséquences de la disparition brutale d’une jeune trentenaire terrassée par la maladie au début de Ce sentiment de l’été (2015). Après deux films transpercés par la mélancolie, le cinéaste du temps perdu assume un mélodrame pur et dur sur la délicate gestion du chagrin.

Dans Amanda, film de la maturité, il aborde frontalement des effusions qu’il avait l’habitude de laisser hors champ ou d’éviter pudiquement au moyen d’ellipses. La scène, tant redoutée, d’annonce de la mort de Sandrine à sa fille, sur le banc d’un square désert, est bouleversante de simplicité. Mikhaël Hers n’hésite pas non plus à filmer, brièvement mais sans ambages, les victimes ensanglantées de la fusillade.

L’attentat du bois de Vincennes, fictif mais, hélas, très plausible, est aussi l’occasion pour le réalisateur, passionné de pop et grand arpenteur de salles de concert depuis la fin des années 1980, de rendre un hommage discret aux victimes de la tuerie du ­Bataclan et, plus généralement, à la jeunesse parisienne décimée le 13 novembre 2015. Une jeunesse qui le fascine et qu’il n’a de cesse, depuis ses premiers courts métrages (Primrose Hill, Montparnasse), de mettre en scène pour en percer les mystères.

Point de bascule du récit, l’attaque terroriste reste circonscrite à deux ou trois très courtes scènes avant d’être évacuée pour laisser au film le temps de développer son vrai sujet : la paternité accidentelle. Orphelin de père et brouillé avec une mère qui a aban­donné le foyer sans donner signe de vie pendant dix ans, David, « adolescent » de 24 ans (Vincent Lacoste, très convaincant dans son premier grand rôle dramatique), se retrouve du jour au lendemain à devoir gérer son propre deuil et la vie d’une enfant de 7 ans. Epaulé par une tante bienveillante (Marianne Basler, véritable baume de réconfort), David a bien du mal à s’improviser papa et à reconstruire en même temps la fragile relation avec Léna, son amoureuse, rescapée mais traumatisée.

 

Fidèle à son habitude de laisser ses personnages dénouer leur douleur et leurs conflits à l’air libre et en mouvement, Mikhaël Hers envoie David et Amanda arpenter l’Est parisien, de la place Voltaire au Parc Floral, en passant par les quais de Seine. Succession de scènes de la vie quotidienne d’une douce banalité où, pour réapprendre à s’aimer, les paroles échangées comptent moins que les sensations revenues. Jusqu’à cette déterminante excursion londonienne au stade de Wimbledon pour assister à la symbolique « remontada » d’un joueur de tennis à la peine. A chaque point gagnant, des larmes de joie sur les joues d’Amanda et sur les nôtres. Dans les yeux embrumés de la blonde orpheline, on peut enfin lire le mot qui lui faisait défaut. Revivre.

 

https://www.telerama.fr/cinema/amanda,-le-film-de-la-maturite-de-mikhael-hers,n5901881.php

CATALINA MESA, CINEMA, FILMS, JERICO, LE VOL INFINI DES JOURS

Film Jérico, le vol infini des jours

 

Jericó, le vol infini des jours

de Catalina Mesa

Film franco-colombien, 1 h 18

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Ce documentaire plein d’une grâce pimpante dresse le portrait de femmes imprégnées de religiosité et habitées par la joie, même si la vie ne les a pas toujours épargnées.

Bienveillante avec ces femmes, Catalina Mesa a su recueillir leurs confidences drôles, tendres et bouleversantes.

Au départ, il y a une petite ville colombienne perchée dans les montagnes au plus près du ciel, des maisons aux façades colorées et le souvenir ému d’une tante chez qui on pouvait entrer avec des problèmes et ressortir en riant. Cette parente adorée disparue, la jeune cinéaste Catalina Mesa a voulu retrouver en d’autres femmes de sa génération un certain esprit du temps et des lieux qu’elle incarnait. Elle dresse le portrait de huit habitantes de Jericó, autant de pièces d’une lumineuse mosaïque à la grâce inouïe.

D’abord il y a l’imposante Chila, ogresse chaleureuse qui vit parmi une impressionnante collection de chapelets. Comme celle des autres femmes de la ville, sa foi tient du lien direct avec Dieu et ses saints à qui elle annonce avec emphase mais non sans humour en entrant à l’église : « Voilà Chila! » Surplombée d’un Christ aux bras grands ouverts, Jericó a une fierté : en 2013, mère Laura, née là en 1874, est devenue la première femme canonisée de Colombie.

 

« Vive la jeunesse ! »

Dans sa petite maison, Fabiola époussette une à une ses statuettes de saints. « La poussière les rend sourds », se désole-t-elle. Elle pleure sur une photo de sainte Laura qui a tant souffert, mais du chagrin passe vite à un ton plus rude : « Ne nous abandonne pas, guéris-nous. Remue-toi un peu, coquine! Tu as entendu, grassouillette? » L’œil vif, Elvira estime que, même à 80 ans, tant qu’on a la santé, on peut s’écrier : « Vive la jeunesse! »

Mais à 102 ans, elle juge prudent de préparer assidûment son passage de vie à trépas : « Je me suis engagée à réciter trois rosaires chaque jour, mais à condition que ce soit la Sainte Vierge en personne qui me reçoive à l’heure de ma mort. » Peu présents, les hommes sont partout dans les paroles de ces femmes. En apercevant un beau brun, Chila soupire : « Ah si j’avais quarante ans de moins et un cœur vagabond! » Luz évoque son fiancé dont la famille la jugeait « trop noire, trop basanée. »

À chacune ses drames, sa façon d’aller de l’avant

Lorsqu’ils ont rompu, il est devenu prêtre et elle a voulu devenir religieuse. À chacune ses drames et sa façon d’aller malgré tout de l’avant. Un fils de Celina a été enlevé par des hommes armés. Pendant un an, son mari l’a cherché partout en vain, mais vingt ans après, elle n’a pas perdu espoir. Vaillamment elle sourit en pensant à la réussite de ses autres enfants. Une femme a fait une force de la disparition de son mari, la laissant seule avec neuf enfants de 10 ans à 3 mois : elle a créé chez elle la première école maternelle de Jerico.

« Proroca », une vague destructrice

Dans une ville inondée de lumière, Catalina Mesa filme avec la même beauté des façades qui rappellent les œuvres de Rothko et de Mondrian, des intérieurs, cossus ou modestes, révélant la personnalité de leur habitante et les gestes de la vie quotidienne. Bienveillante avec ces femmes, elle a su recueillir leurs confidences drôles, tendres et bouleversantes.

Lorsqu’elles disparaîtront à leur tour, Jericó ne perdra pas son âme : de nouvelles générations prendront la relève, à l’image de la petite Laura dont le cerf-volant s’envole dans le ciel de la ville.

 

https://www.la-croix.com/Culture/Cinema/Jerico-vol-infini-jours-autre-visage-Colombie-2018-06-19-1200948512

CINEMA, FILM MARIE-MADELEINE, MARIE MADELEINE

Le film Marie-Madeleine

Le film Marie Madeleine

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Il est difficile de donner un avis favorable sur ce film tant il est décevant ! On veut bien croire que le film soit centré sur le personnage de Marie de Magdala et que le réalisateur se soit inspiré des Evangiles apocryphes de Marie et de Philippe, comme on veut bien croire que le film cherche à donner une autre image de Marie-Madeleine la « prostituée » pour lui redonner son titre d' »Apôtre des Apôtres », mais où est le Jésus de l’Evangile ?

Marie Madeleine ressemble davantage à une jeune fille qui veut échapper à un mariage arrangé par sa famille qu’à une disciple telle que l’on pourrait s’y attendre. Elle ressemble à une amoureuse qui boit les paroles de Jésus et qui le suit sans trop savoir ce qu’elle recherche vraiment. Quelle est sa quête ? Que recherche-t-elle vraiment ?

Ce Jésus de Nazareth ne nous dit rien du Jésus des Evangiles. Si quelques scènes font allusion aux Evangiles, son enseignement (assez vague d’ailleurs !) n’a pas l’autorité ni la force  de celui des Evangiles. Ce Jésus ressemble plus à un prédicateur comme il devait y avoir à cette époque qu’à celui qui se disait « Fils de Dieu » ! Aujourd’hui il ressemblerait à un de ces gourous que l’on suit faute de mieux !

Les disciples semblent faire de belles randonnées dans la campagne de Judée ! Leur seule préoccupation est de se demander comment soulever le peuple contre l’occupant romain. Jamais on les voit poser une question à Jésus sur son message, sa mission, son identité. D’ailleurs Jésus ne leur donne que très d’enseignement ; les rares enseignements sont réservées à Marie mais malheureusement si loin des paroles de Jésus sur le Royaume, sur la relation que Jésus avait avec son Père. 

Quelques scènes semblent peu crédibles au regard de ce que l’on peut lire dans les Evangiles :

  • La scène du baptême semble être là uniquement pour nous monter que Marie Madeleine avait un rôle particulier dans ce groupe d’apôtres. Ce baptême ressemble plus à quelque rite initiatique (dont on saisit d’ailleurs mal le but) qu’à un baptême de conversion tel que le pratiquait Jean le Baptiste.
  • la résurrection de Lazare semble davantage à un tour de magie. Dans les Evangiles cette résurrection à le sens que veut livrer Jésus avant la Passion : « Je suis la résurrection et la Vie ! ». Ici  rien de tel !
  • L’enseignement du Notre Père n’émane pas d’une demande des disciples pour savoir comment il faut prier ! On assiste à une scène où tout le monde se donne un geste de paix. Cette prière ici n’est en rien la prière de Jésus envers Dieu son Père. Est-ce vraiment une prière ?
  • L’entrée à Jérusalem est une scène confuse où la foule entraînée par Pierre et les autres ne pense qu’à cette révolte contre les Romains. On n’entend pas les cris d’« Hozanna ! Fils de David ! ». Là comme dans la suite du film Jésus semble subir les évènements : sa montée à Jérusalem ne donne aucun sens à ce qui va suivre (à savoir sa Passion comme sa Résurrection). 
  • La Cène où Jésus prend son dernier repas ressemble à un simple repas avec des amis que l’on va quitter bientôt. Aucune parole de bénédiction sur le pain et vin qui donne sens à ce repas pourtant si essentiel puisque c’est au cours de ce repas que fut instituée l’Eucharistie. On attend en vain ces paroles : « Ceci et mon Corps ! Ceci est mon Sang ! »
  • Jésus meurt sur la croix : on évite certes de longues scènes sanglantes mais on peut se demander pourquoi Jésus meurt. Cette mort ne donne aucun sens à la Passion où Jésus donne sa vie pour le pardon des péchés. Une mort pour qui ? Une mort pourquoi ?
  • Quand Jésus est ressuscité on le voit tranquillement assis et discuter avec Marie-Madeleine. Certes elle l’annonce aux onze mais cela peut-il faire croire en la Résurrection telle qu’elle a été annoncée par Jésus ?. Les apparitions de Jésus rapportées dans les Evangiles sont pour dire que le Christ a vaincu la mort et nous ouvrir un chemin d’espérance après notre mort : ici aucune apparition aux disciples, aucune parole de Jésus !

Qu’advient-il de Jésus ensuite ? Le film ne le dit pas. Marie-Madeleine part seule en quittant le groupe après une dispute entre elle et Pierre sur le rôle de la femme dans l’annonce du message de Jésus. Mais on se demande ce qu’elle pourra bien annoncer comme Bonne Nouvelle du Salut, que pourra telle  dire de ce Jésus ?

En définitive un film dont on aurait pu attendre qu’il dise quelque chose de ce Jésus des Evangiles ! Ce film donnera peut-être envie de mieux connaître Marie-Madeleine à travers les évangiles apocryphes de Marie et de Philippe. Mais donnera-t-il envie de mieux connaître le Jésus des Evangiles, le Jésus des chrétiens ! On peut en douter !

Faut-il vraiment qualifier ce film de religieux ? Est-ce vraiment un film qui donnera au spectateur non croyant d’aller au-delà ?

©Claude-Marie T.

6 avril 2018

CINEMA, EGLISE CATHOLIQUE, FILMS

L’Apparition

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Le film s’ouvre au Moyen-Orient et e clôt aussi au Moyen-Orient et ce n’est sans doute par hasard.

Sur un tel sujet on pouvait craindre beaucoup de choses : caricatures à propos de l’Eglise du phénomène des apparitions, ou de la naïveté de la foule en quête de sensationnel ; on pouvait craindre aussi une volonté de démonstration d’une thèse au profit d’une autre. Or ce e film balaie toutes ces craintes en montrant les personnages dans leur vérité (leurs doutes, leurs fragilités, la foi des uns et l’incroyance de Jacques).

Même si dès le début on comprend qu’il ne s’agit pas d’une réelle apparition (c’est toute la différence avec Lourdes où Bernadette s’efface derrière le message de la Vierge) les personnages sont traités avec beaucoup de respect de la part du réalisateur (Anna, Jacques, ce prêtre un peu paumé et dépassé, les autorités ecclésiastiques, cet ecclésiastique américain aussi perdu lui-même). La foule des pèlerins elle-même n’est pas jugé ; elle est comme tous les acteurs de ce drame en quête de quelque chose, en quête de quelqu’un , un peu comme les foules qui suivaient Jésus sur les routes de Galilée « parce qu’ils étaient comme des brebis sans bergers » Les deux ecclésiastiques sont eux-mêmes perdus : tous les deux se servent d’Anna pour faire passer leur message. Anna se perd aussi et se retrouve aussi peut-être aider paradoxalement par ce journaliste traumatisé par la mort de son ami lors d’un reportage au Moyen-Orient (il faut voir à un moment où Anna cherche le réconfort non auprès de ceux qui auraient dû l’aider mais dans le regard quelle jette sur Jacques). La fin du film laisse tout le monde devant ses interrogations (sauf Anna qui meurt).  Le spectateur est laissé tout comme Jacques devant un porte close  devant un monastère en plein désert dans le Moyen-Orient.  C’est peut-être devant cette porte close que peut jaillir la vérité pour chacun.

 Le jeu des acteurs est très bon car rien n’est surjoué.  Il n’y a rien de trop (malgré peut-être parfois quelques incohérences dans le scénario) ce qui fait que l’on s’attache à cette histoire, à ces personnages avec empathie et que l’on suit leur évolution humaine et même spirituelle avec infiniment de respect. 

Finalement un beau film qui  ne laisse pas indifférent justement parce qu’il ne donne pas de réponses toutes faites mais laisse à chacun le soin de chercher : « La vérité est ailleurs, elle chemine incognito ! »