CONCILE VATICAN I (1869-1870), EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, LE CONCILE VATICAN I ET PIE IX, PAPAUTE, PIE IX (pape ; 1792-1878), VATICAN

Le Concile Vatican I et le Pape Pie IX

Le Concile Vatican I et le Pape Pie IX

illustration-representant-le-premier-concile-oecumenique-du-vatican-le-pape-pie-ix-1792-a-1878-assis-sur-un-trone-au-centre-avec-divers-membres-du-clerge-derriere-lui-de-gauche-a-droite-en-date-du-19e-si

Premier concile œcuménique du Vatican

800px-Vatican-assemblee-1870-119120_2 (1)

Le premier concile œcuménique du Vatican, ou simplement appelé Vatican I, est le XXe concile œcuménique de l’Église catholique. Il se tient du 8 décembre 1869 au 20 octobre 1870. Convoqué par Pie IX, il définit notamment l’infaillibilité pontificale. Il est interrompu quand les troupes italiennes envahissent Rome. Suspendu sine die, il n’est jamais repris.

Contexte

 Contexte historique

Pope_Pius_IX

Ce concile s’inscrit dans un contexte géo-politique très troublé, marqué sur le plan italien par le Risorgimento – l’unification italienne et la fin des ‘États pontificaux’ – et leur corollaire que l’on appellera la question romaine, et sur le plan international par la guerre franco-prussienne de 1870.

Le concile, dont l’œcuménicité n’est pas reconnue par les Églises orientales, s’ouvre alors que, depuis 1861, le pape a perdu son pouvoir temporel sur les États pontificaux, à l’exception de la ville de Rome, et que Rome est elle-même sous la protection des troupes françaises de Napoléon III.

 

Contexte ecclésiastique

190px-Eclesiásticos_de_varios_países_reunidos_en_Roma_con_Motivo_del_Concilio

Pie IX évoque en privé, pour la première fois, la tenue d’un nouveau concile œcuménique le 6 décembre 1864, lors d’une session de la Sacrée congrégation des rites. Le précédent concile, celui de Trente, s’était clos trois siècles auparavant. Au cours de l’année 1865, le pape mène des consultations auprès de l’épiscopat de rite latin sur des questions de discipline.

Le 28 juin 1867, à l’occasion de la fête des saints Pierre et Paul, il annonce son intention de convoquer un concile. Il remet aux évêques présents un questionnaire sur l’état de l’Église.

Le 28 juin 1868, la bulle d’indiction Æterni Patris convoque les évêques catholiques pour un concile devant se tenir à Rome dès le 8 décembre 1869. La bulle trace le programme de la future assemblée : défense de la foi contre les erreurs du temps, précédemment condamnées par le Syllabus ; mise à jour des canons du concile de Trente. Une invitation est envoyée à l’ensemble de l’épiscopat catholique et même à des dignitaires orthodoxes.

400px-Engraving_of_First_Vatican_Council

Le concile est ouvert le 8 décembre 1869. Sur les mille évêques invités, les trois quarts sont présents. Tout de suite une majorité infaillibiliste et une minorité s’opposent, comportant toutes deux d’importants prélats. La majorité comprend notamment le cardinal Bilio, et divers évêques dont Mgr Dechamp (Malines), Mgr Manning  (Westminster), Mgr Pie (Poitiers) et la plupart des évêques italiens, très nombreux (35 % des participants).

La minorité comprend notamment les cardinaux Rauscher (Vienne), Mathieu (Besançon), Schwarzenberg (Prague) et divers évêques dont Mgr Simor (primat de Hongrie, Mge Ketteler (Mayence), Mgr Dupanloup (Orléans), Mgr Darboy (Paris), Mgr Place (Marseille) et beaucoup d’autres évêques allemands et français. Les Églises orientales catholiques sont réticentes. L’ensemble des évêques   melkites, conduit par leur patriarche Grégoire II Joseph, et plusieurs évêques orientaux chaldéens (dont Joseph VI Audo) font également partie de la minorité.

 

Suspension des travaux

Après plusieurs sessions, des travaux difficiles et des débats complexes, seules deux constitutions dogmatiques ont finalement pu être votées et ratifiées quand, le 20 septembre 1870, les troupes italiennes pénètrent dans Rome.

Le 9 octobre, ce qui reste des États pontificaux est intégré au nouveau Royaume d’Italie par plébiscite (référendum). Le concile est matériellement empêché de poursuivre ses travaux. Aussi, le 20 octobre, Pie IX le suspend-t-il sine die.

 

Les deux constitutions dogmatiques

La première constitution dogmatique du Concile Vatican I, Dei Filius, sur les rapports entre foi et raison (dont le texte fut préparé par le théologien Jean-Baptiste Franzelin), est votée à l’unanimité par les Pères conciliaires et ratifiée aussitôt par le pape le 24 avril 1870.

La deuxième constitution dogmatique, Pastor Æternus, qui devait être un traité complet sur l’Église du Christ, reste inachevée. Seule la dernière partie sur le rôle de la papauté dans l’Eglise et son dernier chapitre sur l’infaillibilité pontificale sont votés et promulgués, en juillet 1870, par le pape Pie IX. L’absence d’un texte complet a donné une place et importance disproportionnée à la question de l’infaillibilité pontificale.

 L’infaillibilité pontificale

Infaillibilité (1)

Une partie de la presse romaine et parisienne, inspirée par l’ultramontanisme, avait développé l’idée que le but principal du concile serait de définir le dogme de l’infaillibilité pontificale.

Le même Pie IX, avait publié en 1864 le Syllabus, texte dans lequel il condamnait, parmi d’autres ‘idées modernes’, la « liberté de conscience ». Pie IX revendiquait aussi dans le Syllabus la suprématie du fait religieux sur l’ordre temporel.

Dix ans auparavant, le 8 décembre 1854, Pie IX avait défini ex cathedra le dogme de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, après avoir consulté l’ensemble de l’épiscopat catholique mais sans en référer à un concile comme il est de coutume lorsqu’il s’agit de questions touchant la foi catholique.

En janvier 1870, une pétition lancée par quelques évêques demande qu’on mette à l’ordre du jour du concile la question de l’infaillibilité pontificale : elle recueille la signature de plus de 400 des quelque 700 évêques présents. Peu après, 136 évêques signent une pétition en sens contraire. Les évêques et les cardinaux de la minorité étaient soutenus par plusieurs personnalités connues en Europe, comme l’évêque d’Orléans, Mgr Dupanloup, l’historien allemand Ignaz von Döllinger, l’évêque de Mayence, Wilhelm Emmanuel von Ketteler. Entre les deux partis les débats furent tumultueux. On évoqua en particulier quelques cas supposés d’erreurs doctrinales commises par des papes : Honorius Ier, condamné par le troisième concile de Constantinople (680-681), Libère, Vigile, Jean XXII. Les débats historiques font alors appel à d’autres travaux érudits, tels ceux de du théologien Alphonse de Liguori, ou ceux, plus contemporains de Rohrbacher (1789-1856) dans sa monumentale histoire de l’Église, ou encore ceux de Dom Guéranger (1805-1875), le restaurateur de l’Abbaye bénédictine de Solesmes, pour contrer les accusations portées contre certains papes évoqués ci-dessus.

Après de longs débats, le 13 juillet 1870, c’est encore un quart de l’assemblée qui exprime son désaccord. Les tractations reprennent, des précisions sont apportées, mais sans rallier pourtant l’ensemble de la minorité : 55 évêques de la minorité décident alors de s’abstenir et de quitter Rome plutôt que de voter non. Le 18 juillet 1870, le concile, par les voix de 533 des 535 Pères présents, affirme la primauté universelle du pape comme de droit divin et définit que l’infaillibilité pontificale est une vérité de foi divinement révélée.

Cette infaillibilité pontificale est strictement et précisément délimitée : elle concerne le cas où le pape, en vertu de sa charge et en matière de foi ou de morale, prononce solennellement et ex cathedra qu’« une doctrine doit être tenue par toute l’Église ». Les deux Pères qui avaient voté non et ceux qui s’étaient abstenus se rallient alors, après la ratification par le pape du vote du concile.

 

Réception du concile

Le monde catholique accepta dans son ensemble les décisions conciliaires, à l’exception de quelques-uns dont l’historien et théologien Ignaz von Döllinger, éminente personnalité du monde intellectuel catholique. Il n’empêche qu’un groupe d’irréductibles se sépara de l’Église catholique romaine à cette occasion. C’est la naissance de l’Église des ‘Vieux catholiques’.

 

 

Bibliographie

Texte de Dei Filius [archive]

Texte de Pastor Aeternus [archive]

Cl. Bressolette, « Vatican I », in Dictionnaire critique de théologie, Jean-Yves Lacoste (dir), 1998, PUF, pp. 1200-1202 ;

  1. Congar, L’Église. De saint Augustin à l’époque moderne, Paris, Cerf, 1997, notamment pp. 440-450 ;

David Douyère, Communiquer la doctrine catholique : Textes et conversations durant le concile Vatican II d’après le journal d’Yves Congar, Genève, Labor et Fides, 2018, 258 p. 

Ch. Theobald, « La constitution dogmatique Dei Filius du concile de Vatican I » in Histoire des dogmes, T. 4, B. Sesboüé (dir), Cerf, 1996, pp. 259-313 ;

Ch. Theobald, « Première constitution dogmatique sur l’Église du Christ : Pastor Aeternus du concile de Vatican I » in Histoire des dogmes, T. 4, B. Sesboüé (dir), Cerf, 1996, pp. 315-344 ;

  1. Schatz, La primauté du pape. Son histoire, des origines à nos jours, Cerf, 1992, notamment les pp. 225-242 ;
  2. Thils, Primauté et infaillibilité du Pontife romain à Vatican I et autres études d’ecclésiologie, Presses de l’Université de Louvain, Louvain, 1989 ;
  3. Gadille, « Vatican I, concile incomplet ? », Le Deuxième concile du Vatican, Actes du colloque de l’École française de Rome, Rome, 1989, 33–45 ;
  4. Thils, La Primauté pontificale. La doctrine de Vatican I, les voies d’une révision, Duculot, Gembloux, 1972 ;
  5. Conzemius, « Pourquoi l’autorité pontificale a-t-elle été définie précisément en 1870 ? », Concilium, n° 64, 1971 ;
  6. Gadille, Albert du Boys. Ses « Souvenirs du Concile du Vatican », Nauwelaerts, Louvain, 1969 ;
  7. Thils, L’Infaillibilité pontificale, Gembloux, 1969 ;
  8. Aubert, « La Composition des commissions préparatoires du IerConcile du Vatican », in Reformata reformanda, t. II, Münster, 1965 ;
  9. Aubert, Vatican I, L’Orante, Paris, 1964 (avec bibliographie) ;
  10. Rondet, Vatican I, le concile de Pie IX. La préparation, les méthodes de travail, les schémas restés en suspens, Lethielleux, Paris, 1961 ;
  11. Aubert, Le problème de l’acte de foi, Louvain, 1952 ;
  12. Cecconi, Histoire du concile du Vatican, Librairie Victor Lecoffre, 1887.

Bernard Lecomte : Les derniers secrets du Vatican (Perrin, 2012) – Chapitre 2 : « Infaillible, le pape ? » (p. 28-49)

 

 

Le Pape Pie IX (1792-1878)

Popepiusix (1)

Giovanni Maria Mastai Ferretti, né à Senigallia (Italie), le 13 mai 1792 et mort au Vatican le 7 février 1878, est le 255e pape de l’Église catholique, élu le 16 juin 1846 sous le nom de Pie IX (en latin Pius IX). Son pontificat de 31 ans est le plus long de l’histoire de la papauté après, selon la tradition, celui de Pierre.

Aux prises avec la vague révolutionnaire qui bouleverse la politique européenne, Pie IX est partagé entre le statut de pasteur universel et celui de pape-roi d’un État indépendant. Résolument conservateur, il est l’auteur du Syllabus et de l’encyclique Quanta cura, qui condamnent toute forme de modernisme dans l’Église. Pie IX proclame le dogme de l’Immaculée Conception. Il convoque le premier concile œcuménique du Vatican qui définit notamment l’infaillibilité pontificale, ce qui élargit encore la fracture entre l’Église catholique et les confessions chrétiennes qui en sont séparées. Le concile, ayant accompli son but principal, est suspendu sine die quand les troupes piémontaises envahissent Rome. Pie IX, dernier souverain des États pontificaux, se déclare alors « prisonnier du Vatican », situation qui va, dès lors, provoquer la Question romaine, qui ne trouvera sa solution qu’en 1929, avec la signature du traité du Latran entre l’État du Vatican, qui devient alors de droit international, et l’État italien.

Son procès en béatification est ouvert en 1907 par le pape Pie X, ce qui ne va pas sans provoquer des controverses, la Question romaine étant encore, à cette époque, d’une brûlante actualité. Sous les papes Benoît XV et Pie XI le procès suit très prudemment son cours. Le pape Pie XII le fait activer en 1954 ; il aboutit enfin sous Jean Paul II, qui le proclame solennellement bienheureux en 2000.

 

Prélat

Giovanni Maria Mastai Ferretti est le fils du comte Girolamo Mastai Ferretti et de la comtesse, née Caterina Solazzi, qui ont eu huit autres enfants. Après avoir fréquenté le collège piariste de Volterra, il étudie la théologie et la philosophie à Rome. Il est ensuite refusé chez les gardes nobles à cause de sa santé (il est sujet à des crises d’épilepsie) et il poursuit ses études au séminaire romain.

Ordonné prêtre en 1819, il est nommé directeur spirituel d’un célèbre orphelinat romain. En 1823, Pie VII l’envoie au Chili en tant qu’auditeur de Mgr Muzi, délégué apostolique. En 1825, à son retour, il est nommé par Léon XII chanoine de Sainte-Marie de Via Lata et directeur de l’hôpital San Michele. En 1827, il est fait archevêque de Spolète. En 1832, il est transféré au diocèse d’Imola en prenant le titre personnel d’archevêque.

Le pape Grégoire XVI le crée cardinal in pectore lors du consistoire du 23 décembre 1939. Sa création est publiée le 14 décembre 1840. Il reçoit le chapeau de cardinal-prêtre du titre des Santi Marcellino e Pietro.

 

Pontificat220px-Fratelli_D'Alessandri_-_Pio_IX,_ca._1865

Le 16 juin 1846 s’ouvre le conclave suivant la mort de Grégoire XVI. Le cardinal Luigi Lambruschini, secrétaire d’État de Grégoire XVI, est le favori des conservateurs tandis que le cardinal Mastai Ferretti est le favori des libéraux.

Le cardinal Lambruschini obtient la majorité des voix dès les premiers tours, mais ne parvient pas à recueillir les deux tiers des voix requis pour être élu pape.

Le cardinal von Gaisruck, archevêque de Milan, arrive trop tard pour remettre l’exclusive prononcée par l’empereur d’Autriche Ferdinand Ier, suivant la politique de Metternich, contre le cardinal Mastai Ferretti ; celui-ci, ayant recueilli les deux tiers des voix, accepte la tiare et prend alors le nom de « Pie IX », en hommage à Pie VII.

 

Des débuts libéraux

Pie IX bénéficie à la suite de son élection d’une grande popularité au sein de la population italienne : durant son épiscopat en Romagne, il n’a pu ignorer le besoin de réformes dont souffrait l’État pontifical et que le soulèvement de Rimini, en 1845, avait démontré. Les premières années de son pontificat sont marquées par des mesures libérales qui s’opposent aux méthodes de Grégoire XVI et de son secrétaire d’État, le cardinal Lambruschini. Il choisit pour secrétaire d’État le cardinal Gizzi.

 

Les premières mesures

le 16 juillet 1846, il décrète une amnistie générale pour les détenus politiques et fait préparer une constitution qui est concédée le 14 mars 1848 : le Statut fondamental pour le gouvernement temporel des États de l’Église, qui institue deux Chambres et le Sacré Collège des cardinaux présidé par le pape. C’est l’époque des réformes politiques ;

Il crée le Conseil d’État ;

Il institue la liberté de la presse ;

Il établit une commission laïque chargée de la censure ;

En 1847, il établit ainsi une Consulta, un conseil consultatif composé de laïcs dont le rôle est de lui transmettre les désirs de la population ; et, auprès de lui, un conseil de cabinet puis une garde civique. Il crée également un certain nombre de commissions auxquelles participent des laïcs, afin de réviser les lois ;

En 1867, il a béatifié toutes les victimes du Grand martyre de Nagasaki.

Cette période est également celle de l’entrée dans la modernité pour les États pontificaux : à la différence de Grégoire XVI, qui les considérait comme « les chemins du diable » Pie IX fait construire dans les États pontificaux des réseaux ferrés et télégraphiques ; il restaure l’éclairage public. Il est le premier pape à être photographié.

En 1847, il s’oppose à l’Autriche qui avait fait occuper la ville de Ferrare alors qu’elle n’avait le droit que d’avoir une garnison dans la citadelle. Pie IX devient l’espoir des patriotes italiens, sa popularité est alors immense.

 

Leur accueil en Europe

220px-A._Lamma_-Pio_IX_benedice_i_combattenti_per_l'indipendenza_italiana_-litogr_-ca.1850

Ce mouvement réformiste qu’il contribue à amorcer par ses choix personnels lui attire bientôt la sympathie des patriotes dans l’ensemble des États italiens (Toscane, Deux-Siciles, Piémont, Parme…) :  certains d’entre eux n’hésitent pas à souhaiter la réalisation d’une fédération italienne, dont il prendrait la présidence.

Victor Hugo prononce à la Chambre des pairs le 13 janvier 1848 un éloge vibrant de Pie IX : « Cet homme qui tient dans ses mains les clefs de la pensée de tant d’hommes, il pouvait fermer les intelligences; il les a ouvertes. Il a posé l’idée d’émancipation et de liberté sur le plus haut sommet où l’homme puisse poser une lumière. […] ces principes de droit, d’égalité, de devoir réciproque qui il y a cinquante ans étaient un moment apparus au monde, toujours grands sans doute, mais farouches, formidables et terribles sous le bonnet rouge, |…] il vient de les montrer à l’univers rayonnants de mansuétude, doux et vénérables sous la tiare. […] Pie IX enseigne la route bonne et sûre aux rois, aux peuples, aux hommes d’État, aux philosophes, à tous ». Ce discours est cependant mal accueilli dans une chambre conservatrice inquiète de la remontée en puissance des idées républicaines.

Pie IX est à ce moment « le pape des droits de l’homme ». Les événements vont en faire un bien différent « pape du Syllabus ».

 

Un tournant conservateur

 L’année 1848

800px-Visite_de_Maximilien_et_Charlotte_au_pape_Pie_IX_le_19_avril_1864 (1)

En 1848, le « printemps des peuples » embrase l’Europe du congrès de Vienne. Charles-Albert, roi du Piémont, déclare la guerre à l’Autriche. Lvolontaires pontificaux (Legione dei Volontari Pontifici) formée d’hommes e 24 mars, Pie IX autorise le départ de Rome pour Ferrare, d’un corps expéditionnaire de 7 500 hommes commandé par le général Durando, suivi deux jours après par un corps de volontaires, la légion des provenant du centre de l’Italie confiée au général Andrea Ferrari.

Pie IX par l’allocution du consistoire du 29 avril 1848, condamne la guerre contre l’Autriche : « à nos soldats envoyés aux frontières pontificales, nous recommandons seulement de défendre l’intégrité et la sécurité des États pontificaux. Mais si certains souhaitaient que nous, ensemble à d’autres peuples et princes d’Italie, prenions part à la guerre contre les Autrichiens … ce n’est pas dans nos intentions et nos recommandations », il conclut en invitant les Italiens « à rester attaché fermement à leurs principes dont ils avaient expérimenté la bienveillance et qu’il ne s’en détache pas ». En fait, le pape se trouve dans l’embarras de combattre une grande puissance catholique : « nous avons su que certains ennemis de la religion catholique ont profité de l’occasion pour enflammer les âmes des Allemands afin de les détacher du Saint-Siège … Les peuples allemands ne devraient pas nourrir un sentiment de dédain à notre égard parce qu’il nous a été impossible de freiner nos sujets qui applaudirent les événements anti-autrichiens en Italie septentrionale … d’autres souverains européens, qui disposent d’armées plus puissantes que la nôtre, n’ont pu freiner l’agitation de leur peuple ». Cela met en évidence la contradiction et les incompatibilités de la position du pape comme chef de l’Église universelle et en même temps chef d’un État italien ; entre le pouvoir spirituel et temporel. Il refuse donc de soutenir le mouvement d’unification pour ne pas froisser l’Autriche catholique. À la suite de cette déclaration, le roi Ferdinand II des Deux-Siciles, proche parent de l’empereur d’Autriche et opposé à toute idée libérale, retire aussitôt ses troupes qui forment le plus gros contingent de l’armée Italienne. Pour les patriotes et les libéraux, la guerre est perdue d’avance. La popularité du pape s’effondre alors parmi les patriotes italiens.

Tout en étant désireux d’affirmer l’indépendance de la papauté, Pie IX doit accorder une constitution aux États pontificaux. Le 15 novembre 1848, le chef du gouvernement du Saint-Siège, Pellegrino Rossi est assassiné et les insurgés proclament la République romaine.

 

La fin des États pontificaux

Le_Lieure,_Henri_(1831-1914),_Pio_IX,_1860s (1)

Le 24 novembre 1848, Pie IX quitte de nuit le Quirinal dans la voiture à cheval du duc d’Harcourt, après l’attaque du palais par les partisans de Giuseppe Mazzini (Mgr Palma trouve la mort à cette occasion). Pie IX se réfugie dans la forteresse de Gaète, dans le royaume des Deux-Siciles. Il lance un appel aux puissances européennes pour retrouver son trône. Rome devient une république. L’Autriche, le roi Ferdinand II des Deux-Siciles et la France apportent leur soutien au pape. C’est cependant la France qui est la plus active, elle envoie un corps expéditionnaire commandé par le général Oudinot, qui s’empare de Rome le 30 juin 1849 et en chasse définitivement les révolutionnaires en juillet.

De retour à Rome le 12 avril 1850, Pie IX mène une politique de répression contre les idées républicaines. Un nouveau secrétaire d’État, le cardinal Giacomo Antonelli, est nommé, qui renoue avec la politique conservatrice de Grégoire XVI.

Rome reste l’objectif principal de la politique de Giuseppe Mazzini et de Giuseppe Garibaldi, qui organise diverses opérations militaires sans succès.

Pour s’opposer aux risques d’une annexion par le royaume de Sardaigne qui a fait main basse sur les principautés du Nord de l’Italie et la moitié des États pontificaux, les troupes françaises restent stationnées dans les États du pape et les zouaves pontificaux sont créés en 1860 avec la bénédiction du pape et du prélat franco-belge Mgr Xavier de Mérode. Ces derniers sont placés sous le commandement du général de Lamoricière, ancien de la colonisation d’Algérie et ancien ministre de la IIe République. Jusqu’en 1870, le recrutement se fait auprès des volontaires de France, des Pays-Bas, de Belgique, d’Italie, du Québec.

La guerre franco-prussienne de 1870 entraîne le retrait des militaires français affectés à la protection du pape. En revanche, les volontaires français (officiers ou hommes de troupe) engagés dans le corps des Zouaves pontificaux restent sur place, commandés par le colonel de Charette. En septembre 1870, la défaite de la France contre la Prusse, alliée de l’Italie, provoque l’invasion de ce qui reste des États pontificaux par une armée italienne de 70 000 hommes sous le commandement du général Raffaele Cadorna. En face, les effectifs pontificaux ne dépassent pas 13 000 hommes dont 3 000 zouaves. Le général Hermann Kanzler, le commandant de l’armée pontificale, concentre ses efforts sur la défense de Rome. Le 20 septembre, l’artillerie italienne bombarde les fortifications romaines. Le pape demande à Kanzler de cesser le feu dès les premiers coups de canon au grand dépit des zouaves souhaitant se battre. Onze zouaves seulement sont tués lors des combats.

L’armement obsolète des armées pontificales, malgré la victoire de Mentana contre Garibaldi en 1867 (où pour la première fois le fusil Chassepot est utilisé), permettent aux troupes italiennes de s’emparer sans difficulté de Rome le 20 septembre 1870. Le pape ordonne aux zouaves de n’opposer qu’une résistance symbolique. Le lendemain, le régiment des zouaves est licencié et les Français sont rapatriés à Toulon.

 

La question romaine

La prise de Rome, le 20 septembre 1870, constitue un aboutissement à l’unification de la péninsule en faisant de la cité du pape la nouvelle capitale du royaume d’Italie.

Une loi des Garanties, votée le 15 mai 1871, accorde au Saint-Siège un revenu annuel, l’extraterritorialité de quelques palais et les droits de souveraineté sur sa cité du Vatican, mais le pape Pie IX se considère désormais comme prisonnier à l’intérieur du palais du Vatican. Dans l’Église, l’émotion est grande. En France, la politique italienne de Napoléon III suscite l’indignation des catholiques pour qui le pouvoir temporel du pape garantissait son indépendance spirituelle. Pie IX apparaît alors comme « le pape-martyr ». Cependant le prestige moral de la papauté et l’autorité spirituelle qui en découle en sortent renforcés.

 

La défense de l’Église catholique

En dehors du problème du territoire de Saint-Pierre, Pie IX entend lutter contre les politiques anti-catholiques.

Il dénonce ainsi le Kulturkampf allemand dans la ligne de Bismarck ainsi que les violences exercées par les Suisses contre le clergé catholique : une encyclique de 1873 condamne les violences suisses. En 1874, le gouvernement autrichien rompt son concordat.

Cette époque est aussi celle d’une expansion de l’Église dans le monde. Pie IX crée de nombreux diocèses aux États-Unis, rétablit malgré l’opposition des protestants la hiérarchie en Angleterre (1850), en Hollande (1853), en Écosse. Il refonde le patriarcat latin de Jérusalem. De nombreux autres concordats sont également signés par le Saint-Siège avec des États européens catholiques comme l’Espagne en 1851 et le Portugal en 1857, ou d’Amérique du Sud comme le Costa Rica et le Guatemala en 1852, le Nicaragua en 1961,  le Venezuela et l’Équateur en 1862.

 

Pie IX et les Juifs

 La réforme du statut de protection

À l’accession de Pie IX au trône de Pierre en 1846, les Juifs des États pontificaux étaient soumis à un statut particulier dit de protection, la plupart étant les descendants des Sépharades  expulsés d’Espagne ou rejetés par l’Empire ottoman ayant trouvé refuge auprès du pape. Ils étaient tenus de vivre dans des quartiers distincts (ghettos), ne pouvaient témoigner contre des chrétiens, avaient parfois l’obligation de suivre des sermons catholiques et étaient soumis à des taxes particulières, comme dans nombre de pays de l’époque (Autriche, Russie, Danemark, etc.). Le culte juif était le seul toléré en dehors du culte catholique dans les États pontificaux, à l’exclusion des hérésies protestantes.

Au début de son pontificat, Pie IX amorce des réformes en direction de la modernisation du statut des juifs et ouvre le ghetto de Rome parfois contre la volonté de certains rabbins. Il sera supprimé quelques années plus tard. Ces efforts ont néanmoins une portée limitée et sont interrompus avec l’éclatement de l’affaire Mortara. Pie IX conserve la position traditionnelle de l’Église catholique, stigmatisant l’« aveuglement du peuple élu ».

 L’affaire Mortara

Le 23 juin 1858 à Bologne, la gendarmerie pontificale perquisitionne la demeure d’un couple de Juifs, Salomone et Marianna Padovani Mortara, et fait enlever un de leurs huit enfants, Edgardo, âgé alors de six ans – celui-ci ayant été précédemment baptisé d’urgence par la servante de la famille, Anna Morisi, qui l’avait cru en danger de mort au cours d’une grave maladie alors qu’il était nourrisson. L’enfant est conduit à Rome et confié à la Maison des catéchumènes  pour Juifs convertis puis dans un couvent pour être élevé dans la religion catholique sous le nom de Pio.

Le baptême, administré en cas d’urgence, est valide au regard du Droit canonique. En effet, dans ce cas, toute personne, même non ecclésiastique, et même non chrétienne peut administrer validement le baptême, si elle fait selon les intentions de l’Église. Cette situation pose un problème délicat, et Pie IX doit arbitrer. L’enfant, baptisé, fait désormais partie de l’Église catholique, dans laquelle il a vocation dès lors à être élevé. D’autre part, se pose la question de savoir si l’on pouvait le baptiser sans le consentement de ses parents, non chrétiens. Pie IX, contraint par une situation de fait accompli irréversible et par ses propres obligations pontificales, tranche dans le sens de ce qu’il estime être les intérêts spirituels supérieurs du jeune Edgardo. La famille Mortara supplie, proteste et exige que son enfant lui soit rendu au nom – au moins – de ces mêmes intérêts.

Quoique non unique dans son genre, l’affaire connaît un retentissement international inédit et la conduite de l’Église fortement critiquée, même par Napoléon III, alors même que la France assurait alors une protection militaire auprès des États pontificaux. Pour contrer les gouvernements catholiques étrangers qui exigent la restitution de l’enfant à sa famille, celui-ci est placé discrètement dans une institution religieuse et sa mère ne pourra le voir que des années plus tard.

Une fois devenu majeur, Edgardo-Pio déclare son intention de rester catholique et même sa vocation religieuse. Il entre alors dans la Congrégation des Augustins, en France. Il est ordonné prêtre quelques années plus tard et devient « missionnaire pontifical » sillonnant Europe. Jusqu’à sa mort en 1940, il défend tenacement la position de l’Église catholique, témoigne en faveur du pape Pie IX lors des différents phases de l’instruction du procès en béatification du défunt pape qui avait tranché en faveur de la validité de son baptême et n’a de cesse de vouloir convertir les membres de sa famille qu’il peut à nouveau rencontrer.

 

Une doctrine conservatrice

220px-Le_Pape_Pie_IX_à_Rome

Contrairement à ce qui avait été envisagé en début de pontificat, Pie IX développe après la révolution de 1848 une doctrine particulièrement conservatrice, voire sur certains points réactionnaire

Le pontificat de Pie IX correspond à une réaction de rejet à l’égard de l’évolution libérale des sociétés européennes et plus largement des idées nées de la Révolution qu’il décide de combattre après 1848. L’industrialisation qui s’accélère au cours du siècle voit se développer en Europe occidentale une classe ouvrière déracinée : né en dehors de toute influence religieuse, le prolétariat est tenté par le socialisme. La politique de Pie IX comme chef d’État et son enseignement comme pape sont empreints d’une grande hostilité à l’égard des idées modernes (libéralisme, matérialisme, socialisme, rationalisme et de ceux qui les diffusent, en particulier les francs-maçons, regardés comme responsables de l’évolution libérale et laïque des États européens.

 

La condamnation de Renan

L’exégèse historico-critique de la Bible que développe Ernest Renan à la suite des théologiens allemands étant incompatible avec la foi catholique. Pie IX condamna avec une extrême violence les travaux de cet écrivain sur l’Histoire des origines du christianisme, en particulier sa Vie de Jésus (1863), qui crée un scandale retentissant.

Le rationalisme et les idéologies scientiste et positiviste sont condamnées à partir de 1864.

 

La condamnation du modernisme

L’encyclique Quanta cura, le 8 décembre 1864, condamne violemment les « hérésies et erreurs qui souillent l’Église et la Cité », comme le socialisme et le communisme, mais également le « délire » (selon l’expression de Grégoire XVI) de la liberté de conscience et de culte et autres « opinions déréglées » et « machinations criminelles d’hommes iniques » parmi lesquelles la séparation du temporel et du spirituel et l’école laïque. Il précise que « là où la religion a été mise à l’écart de la société civile (…) la pure notion même de justice et du droit humain s’obscurcit et se perd, et la force matérielle prend la place de la véritable justice ». Il attaque également implicitement une certaine conception de la liberté de la presse, lorsque « les ennemis acharnés de notre religion, au moyen de livres empoisonnés, de brochures et de journaux répandus par toute la terre, trompent les peuples, mentent perfidement, et diffusent toutes sortes d’autres doctrines impies ». Pie IX souligne que « non contents de mettre la religion à l’écart de la société, ils veulent même l’écarter de la vie privée des familles. En effet enseignant et professant l’erreur très funeste du communisme et du socialisme, ils affirment que la société domestique ou la famille emprunte au seul droit civil toute sa raison d’être. »

 

Le catholicisme social

Hostile au capitalisme libéral, le pape soutient les premières initiatives du catholicisme social qui se développe contre le libéralisme industriel, inspiré par les initiatives de l’évêque de Mayence Wilhelm Emmanuel Freiherr von Ketteler, insistant notamment sur l’obligation d’un salaire décent pour les familles, de l’interdiction du travail des mineurs et l’obligation du repos dominical.

 

La condamnation du rationalisme et de la liberté de pensée

Dans le Syllabus, Pie IX condamne explicitement le rationalisme, la liberté d’opinion, la liberté de culte et la séparation de l’Église et de l’État.

En 1864, Pie IX explique le rôle qu’il entend assigner à l’école : « Les écoles populaires sont principalement établies en vue de donner au peuple un enseignement religieux, de le porter à la piété et à une discipline morale ».

Pie IX aurait déclaré que la théorie darwinienne était « le doigt du démon ».

 

La condamnation de la franc-maçonnerie

Avec l’exhortation apostolique Multiplices inter, publiée par le pontife le 25 septembre 1865, il condamne la participation des catholiques aux loges maçonniques.

 L’esclavage

Malgré le ralliement de Grégoire XVI à l’abolitionnisme en 1839, une instruction du Saint-Office, pendant le pontificat de Pie IX, déclare en 1866 : « L’esclavage, en lui-même, n’est dans sa nature essentielle pas du tout contraire au droit naturel et divin, et il peut y avoir plusieurs raisons justes d’esclavage. » Cette déclaration est une réponse à propos de la coutume de l’esclavage dans certaines parties de l’Afrique.

 

Les proclamations dogmatiques

 Le dogme de l’Immaculée Conception et les apparitions de Lourdes

Bernadette_Soubirous_en_1861_photo_Bernadou_2

Le 8 décembre 1854, Pie IX proclame, dans sa bulle Ineffabilis Deus, le dogme de l’Immaculée Conception. Il définit solennellement, en vertu de sa suprême autorité apostolique, que la bienheureuse Vierge Marie a été exempte du péché originel. L’Immaculée Conception ne doit pas être confondue, comme cela est souvent le cas, avec la conception virginale de Jésus, dans le Mystère de l’Incarnation.

Trois ans plus tard, entre le 11 février et le 16 juillet 1858, une jeune Lourdaise illettrée Bernadette Soubirous affirmera avoir vu « une belle dame », dans la petite grotte de Massabielle à Lourdes, qui lui dit (aquerò c’est-à-dire cela dira la jeune fille) en occitan gascon :  « Que sòi era Immaculada concepcion ». Les apparitions seront reconnues par l’Église en 1862 et Lourdes devient rapidement un des pèlerinages les plus importants du monde catholique tandis que Bernadette entre chez les Sœurs de la Charité de Nevers.

 

La fête du Sacré-Cœur

C’est en 1856 que la fête du Sacré-Cœur est étendue à toute l’Église catholique et inscrite dans le calendrier liturgique universel.

 Le concile Vatican I : proclamation du dogme de l’infaillibilité pontificale

800px-Vatican-assemblee-1870-119120_2 (2)

En 1867, Pie IX convoque le concile Vatican I, qui s’ouvre le 8 décembre 1869. Malgré les résistances d’une minorité les Pères conciliaires votent, le 18 juillet 1870, la constitution apostolique Pastor æternus qui définit l’infaillibilité du Pontife romain (le pape), lorsque celui-ci se prononce, solennellement et ex cathedra, en vertu de sa charge apostolique, sur un point de doctrine concernant la foi ou les mœurs. Les travaux du concile, son principal objectif atteint, sera suspendu sine die par Pie IX au moment de la guerre d 1870 entre la France et la Prusse. L’infaillibilité pontificale en soi est souvent confondue avec sa proclamation dogmatique intervenue finalement en 1870. En effet, le fait que le pape de Rome, en tant que successeur de l’apôtre Pierre, est infaillible en matière de foi ou de jugement sur les mœurs, cela a toujours fait partie de la foi de l’Église depuis les temps apostoliques. La proclamation dogmatique de 1870 est seulement venue confirmer de jure (juridiquement) ce que les fidèles de l’Église avaient toujours cru de facto depuis l’origine de celle-ci.
En 1875, Pie IX invite également tous les fidèles à consacrer leur vie au Sacré-Cœur, le cœur charnel de Jésus symbole de l’amour de Dieu pour les hommes. Paris construit déjà à cette époque sa basilique du Sacré-Cœur édifice expiatoire pour les crimes qu’a commis la Commune.

Une question essentielle fait rapidement surface. À savoir si, et en quoi le pontife était infaillible quand il publia l’encyclique du Syllabus.

Certains comme le journaliste français Louis Veuillot, acceptaient et soutenaient l’infaillibilité non seulement en matière de dogme mais également pour chaque parole prononcée par le pontife. D’un autre côté, d’autres comme Mgr Dupanloup, concevaient qu’il pouvait être vrai que l’infaillibilité soit principalement dévolue au pape, qu’il était très complexe de la définir exactement et surtout qu’il n’était pas sage de vouloir le faire.

C’est ainsi que le concile Vatican se trouva partagé en deux groupes principaux : une majorité qui désirait établir une définition de l’infaillibilité du pape et une minorité qui s’opposait à toute définition. C’est finalement la majorité, soutenue par le pape, qui l’emporta. Cependant la minorité dirigée par Mgr Dupanloup ne manqua pas d’influence dans la rédaction de cette définition puisque telle que rédigée, elle limitait étroitement la nature de l’infaillibilité (ex cathedra comme sus-cité).

Mode de vie personnel

Pie IX commençait sa journée à six heures du matin par une heure d’oraison, puis célébrait la messe à sept heures dans sa chapelle privée, suivie d’une autre messe à laquelle il assistait en action de grâces. Après le petit déjeuner, commençaient alors les audiences. Il recevait aussi bien de hauts personnages que de simples fidèles, les foules de visiteurs étant beaucoup moins nombreuses qu’à l’époque actuelle. Le jeudi était réservé aux pétitions des Romains et tous les quatorze du mois, le pape recevait en audience publique ceux qui le désiraient.

Pie IX prenait son déjeuner à deux heures de l’après-midi de façon frugale et toujours terminé par un fruit, selon l’habitude maternelle. Il faisait en suite une promenade dans les jardins du Vatican, ou ceux du Quirinal s’il s’y trouvait, ou, avant la prise de Rome, faisait une courte promenade en attelage dans les rues avoisinantes. Il rentrait ensuite au palais du Quirinal (aujourd’hui résidence du président de la République italienne) pour travailler à son bureau. Après le dîner, il avait souvent un entretien avec son confesseur et se rendait devant le tabernacle de sa chapelle privée pour une longue méditation à genoux. Il aimait particulièrement la prière de la Couronne des Douze Étoiles composée par saint Joseph Calasanz, évoquant la Vierge Marie indemne du péché originel, habitude qu’il avait depuis le temps de ses études chez les pères piaristes.

Sa mort

800px-Pius_IX_-_funeral (1)

Pie IX est mort au Vatican, le 7 février 1878, à l’âge de 85 ans d’une crise d’épilepsie. Au cours du transfert de sa dépouille vers la basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs, des laïcs extrémistes s’affrontent aux fidèles et veulent jeter son cercueil dans le Tibre en criant « Al fiume il Papa porco… ! » (« Au fleuve le Pape porc !… »). Ce climat passionnel s’atténue au cours des années suivantes.

Le pape aurait pu être inhumé dans les grottes vaticanes, sous la basilique Saint-Pierre. Mais ce fut sa volonté expresse de l’être en la basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs, dans le territoire de son diocèse romain. Sa dépouille mortelle fut gardée un court délai au cimetière de Campo Verano, voisin de la basilique, le temps que l’on y aménage son tombeau. Celui-ci se trouve désormais dans la chapelle située en contre-bas du chœur de la basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs, dans un cercueil de verre, revêtu du complet habit papal de chœur (soutane blanche, rochet blanc, mozette pourpre bordée d’hermine, étole papale et camauro Le 6 avril 2000, sur ordre du pape Jean-Paul II, il fut procédé par une équipe scientifique et ecclésiastique à l’ouverture du cercueil du pape Pie IX et à l’examen de sa dépouille mortelle dans le cadre de son procès en béatification.

Tomb_of_Pope_Pius_IX (1)

Pie IX eut le plus long pontificat de l’histoire de la papauté (soit plus de 31 ans, de 1846 à 1878), avant Jean-Paul II (1978-2005) et Léon XIII (1878-1903). Il est béatifié en même temps que le pape Jean XXIII le 3 septembre 2000 par Jean-Paul II, non sans que cette béatification ait entraîné des polémiques

 

Bibliographie

Ferdinand Denis, « Voyage de D. Giovanni Mastal dans l’Amérique du Sud (1823-1824) », in Le Tour du monde : nouveau journal des voyages, publié sous la direction de M. Édouard Charton et illustré par nos plus célèbres artistes, Librairie Hachette, 1er semestre 1860, pp. 226-240

Yves Chiron, Pie IX, pape moderne, Bitche, Clovis, 1995 (réédition en 2006) 

Id.Pie IX et la franc-maçonnerie, Niherne, éd. BCM, 2000 .

Id.Pie IX face à la modernité, Bitche, éditions Clovis, 2016.

Paul Christophe, Roland Minnerath, Le Syllabus de Pie IX, Paris, Cerf, 2000 

Gérard Da Silva, L’Affaire Mortara et l’antisémitisme chrétien, Paris, Éditions Syllepse, 2008 

Yves-Marie Hilaire (dir.), « Pie IX, le dernier souverain des États de l’Église » in Histoire de la papauté : 2000 ans de mission et de tribulations, Points/Histoire, 2003 

David Kertzer (traduit par Nathalie Zimmermann), Pie IX et l’enfant juif : l’enlèvement d’Edgardo Mortara, Paris, Perrin, 2001).

« Pie IX », dans Philippe Levillain (dir.), Dictionnaire historique de la papauté, Paris, Fayard, 1994 

 

 

CONCILE VATICAN I (1869-1870), EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, INFAILLABILITE PONTIFICALE, JOHN O'MALLEY (1927-....), PIE IX (pape ; 1792-1878)

Le Concile Vatican I par John O’Malley

Le Concile Vatican I : Le pape est-il infaillible ? : La construction de l’Eglise ultramontaine (1869-1870)

John O’Malley

Namur,  Lessius,  2019. 262 pages.

Design-sans-titre-27

 

Présentation de l’éditeur

Le but principal du concile Vatican I consista à définir le dogme de l’infaillibilité pontificale.
L’auteur nous fait pénétrer dans les débats du concile avec son humour habituel et comme si ces débats, plus actuels que l’on ne pense, se déroulaient sous nos yeux.

Avec ce volume, John O’Malley clôt sa trilogie sur les trois derniers conciles : L’événement Vatican II (2011) et Le Concile de Trente : ce qui s’est vraiment passé (2013). Le but principal du concile consista à définir le dogme de l’infaillibilité pontificale. Le pape de l’époque, Pie IX, avait publié en 1864 le Syllabus, texte officiel dans lequel il condamnait entre autres les idées modernes et la  » liberté de conscience « . Pie IX revendiquait aussi dans le Syllabus la suprématie du fait religieux sur l’ordre temporel. Dix ans auparavant, le 8 décembre 1854, Pie IX avait défini ex cathedra le dogme de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, sans réunir un concile comme il est d’ordinaire pour les questions concernant les dogmes.
Au bout de débats parfois houleux, le 18 juillet 1870, le concile, à une écrasante majorité, affirme la primauté universelle du pape comme de droit divin et définit que l’infaillibilité pontificale est une vérité de foi divinement révélée. Cette infaillibilité est strictement et précisément délimitée : elle concerne le cas où le pape, en vertu de sa charge et en matière de foi ou de morale, prononce solennellement et ex cathedra qu' » une doctrine doit être tenue par toute l’Église « . Le monde catholique suivit dans son ensemble.
La singularité du regard de John O’Malley consiste à nous faire participer à tous les débats, tractations, conciliabules, non seulement théologiques mais politiques. Il met en particulier en valeur les débats qui eurent lieu en France entre partisans d’une Église gallicane et ceux d’une Église totalement soumise à Rome ( » ultramontaine « ). L’auteur nous fait pénétrer dans ces débats avec son humour habituel et comme si ces débats, plus actuels que l’on ne pense, se déroulaient sous nos yeux.

Biographie de l’auteur

John O’Malley, jésuite nord-américain, est professeur à l’université de Georgtown (Washington). Il est spécialisé dans l’histoire de l’Église. Lessius a publié de lui avec succès L’événement Vatican II (2011) et Le Concile de Trente : ce qui s’est vraiment passé (2013).

^^^^^^^^^^^^^^^^^^

Analyse

Pour le dernier volet d’un triptyque sur les derniers conciles (Concile de Trente, Vatican I et Vatican II), l’auteur reste fidèle à sa méthode : à sa savoir qu’avant d’entrer dans le Concile proprement dit il en expose tout d’abord le contexte et les enjeux.

Ainsi si il est bien question du Concile Vatican I qui doit débattre de l’infaillibilité pontificale, John O’ Malley démontre en remontant loin en arrière que le combat se joue entre deux façons de se situé par rapport à la papauté : il s’agit du gallicanisme qui défend les intérets et les prérogatives de l’Eglise de France face à une vision « ultramontaine » de la papauté c’est-à-dire soumise à Rome et donc au Pape. Après la Révolution, par journaux interposés l’on verra les deux camps s’affronter violemment (en France sous la plume de Louis Veuillot sans le journal L’Univers, dans la Civita Cattolica, journal jésuite italien). Dans ce contexte de politique intérieure il faut ajouter les tensions de politique extérieure : le réveil des nationalités dans chaque empire (Allemagne, Autriche, Italie) et les menaces qui en découlent. Il ne faut pas oublier non plus un changement de mentalité : c’est à cette époque que l’on vit surgir une nouvelle manière de faire de l’exégèse : c’est ce que l’on appelle l’exégèse historico-critique dont le chantre sera en France Ernest Renan avec sa Vie de Jésus.

C’est donc dans ce climat que le Pape Pie IX réunit le 8 décembre 1869 un Concile Œcuménique pour débattre des problèmes de l’Eglise catholique dans un monde en pleine mutation. Bien vite l’on va assister à un affrontement entre une majorité d’évêques ultramontains (avec comme chef de file Mgr Manning, archevêque de Westminster) et une minorité gallicane (où se remarquent surtout Mgr Dupanloup, évêque d’Orléans, et Mgr Darboy, archevêque de Paris, pour la France). Finalement la majorité ultramontaine va l’emporter et le dogme de l’infaillibilité pontificale sera voté à une large majorité.

Ce dogme sera bien admis dans l’ensemble du monde catholique. Mais une partie des catholiques provoqueront un chisme en ne reconnaissant le nouveau dogme : ils constitueront ce que l’on appelle l’Eglise des « Vieux catholiques ». Il est d’ailleurs dommage que l’auteur ne mentionne pas les conséquences d’un Concile qui a marqué l’Eglise catholique jusque dans la première moitié du XXè siècle.

Ce Concile fut interrompu en 1870 à cause de la Guerre de 1870 entre la France et la Prusse et du fait également de l’unification italienne privant le Vatican de ses Etats pontificaux. De ce fait le Concile ne reprit jamais, mais jamais clôturé il le fut seulement quand Jean XXIII convoqua le Concile Vatican II en 1962.

©Claude-Marie T.

 

^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^

Rencesion de la revue Etudes (Janvier 2020)

Dernier volet d’un triptyque sur les trois derniers conciles (Trente, Vatican I et Vatican II), cet ouvrage n’est pas un traité de théologie visant à justifier par les Écritures la primauté juridictionnelle de l’évêque de Rome et le dogme de l’infaillibilité pontificale en matière de foi. C’est une étude de la lutte séculaire qui a longtemps opposé le cléricalisme catholique et la modernité. Le rationalisme individualiste formulé au XVIIsiècle, inscrit dans les théories du contrat social et dans l’affirmation des droits humains au siècle suivant, a nourri les mouvements politiques qui ont, au XIXsiècle, contesté le pouvoir centralisé de l’Église romaine. En réaction au gallicanisme, agité comme un chiffon rouge, les mouvements de pensée ultramontains ont défendu la nécessité philosophique et politique de la monarchie pontificale. Joseph de Maistre en France, Edmund Burke en Irlande, Henry Edward Manning en Angleterre ont, chacun à sa façon, traduit en termes politiques la théologie de Robert Bellarmin touchant l’unité juridictionnelle et l’uniformité doctrinale dans l’Église. L’auteur souligne aussi le rôle qu’ont joué la presse de l’époque et les manœuvres des opposants, au demeurant fortement minoritaires et mal organisés, ce qui nous vaut quelques récits croustillants. En contrepoint, on pourra relire du même auteur L’événement Vatican II (Lessius, 2011), ou même Mon journal du Concile d’Yves Congar (Cerf, 2002) : le dernier concile eut une histoire tout aussi mouvementée que le précédent, mais aboutit à une ecclésiologie moins autocratique.

 

Numéro Etudes, janvier 2020.

https://www.revue-etudes.com/article/le-concile-vatican-i-par-john-o-malley-22368

^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^

Recension parue dans le Journal La Croix

En 2011, juste avant le début des célébrations du cinquantenaire du concile de Vatican II, paraissait la traduction en langue française  de L’événement Vatican II (Lessius), ouvrage  qui reste encore aujourd’hui un des meilleurs sortis sur le sujet. Son auteur était  le jésuite américain O’Malley, né en 1927, ancien professeur de théologie et d’histoire ecclésiastique à l’université de Georgetown. Suivit deux ans après un autre volume sur le concile de Trente, toujours très intéressant. Il y avait donc une certaine logique à ce qu’il publiât un troisième, cette fois sur le court concile de Vatican I, interrompu, on le sait, par les évènements politiques de l’époque, quand, le 2 septembre 1870, Rome fut prise par les troupes du Royaume d’Italie.

 

Dissensions

Au moment où s’ouvre le concile, les  évêques français (88 sur 700 prélats présents), qui représentent le deuxième contingent, après bien sûr les Italiens, sont assez divisés sur la question de l’infaillibilité pontificale, certains étant très favorables, comme Mgr Pie, évêque de Poitiers, d’autres opposés, à des degrés divers, comme Mgr Dupanloup, évêque d’Orléans, ou Mgr Darbois, archevêque de Paris. Ce qui est surtout détaillé dans cet ouvrage qui se lit comme un roman d’aventures, c’est la manière dont les infaillibilistes, le pape à leur tête, avancent leurs pions, de manière autant méthodique qu’intransigeante.

On doit reconnaître que le jésuite ne donne pas le beau rôle à Pie IX lui-même, qui semble dans cette affaire ne pas jouer le jeu de la communion dont il est pourtant normalement le garant. En effet, le pape n’a pas vraiment cherché le moindre compromis avec la minorité qui, se sentant prise au piège, a préféré partir et, ainsi, la veille du vote, une soixantaine d’évêques quittèrent Rome pour ne pas avoir à voter ! Ainsi, le 18 juillet 1870, fut adopté le fameux paragraphe où il est dit ceci : « Le pontife romain, lorsqu’il parle ex cathedra, c’est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu’une doctrine, en matière de foi ou de morale, doit être admise par toute l’Église, jouit par l’assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue l’Église, lorsqu’elle définit la doctrine sur la foi ou la morale. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables de par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l’Église ». Peu après, les troupes italiennes entrèrent dans Rome, ce qui mit un point final au concile et quand, début 1959, Jean XXIII annonça un concile, il l’appela très vite Vatican II, pour bien montrer que ce n’était pas la continuation de Vatican I…

Foi et raison

Il est vrai que ce dernier est surtout connu pour son vote sur l’infaillibilité du pape.  Pressentant, à juste titre, que le temps était compté, la majorité conciliaire, avec le soutien du pape, avait fait en sorte que ce point-là soit étudié et voté avant même tout ce qui avait été préparé et la  constitution Pastor aeternus, un texte bien construit sur l’Église en quinze chapitres, n’a donc jamais été votée par les pères conciliaires, sauf son onzième chapitre, intitulé « La primauté du pontife romain », qui comprenait à l’origine trois paragraphes, auxquels fut rajouté un quatrième justement intitulé « L’infaillibilité du pontife romain »…

Pour autant, et cela se sait moins, le concile avait pourtant bien voté une autre constitution, entièrement cette fois-ci, Dei Filius, promulguée par le pape le 24 avril 1870, qui étudiait les rapports entre foi et raison. « Les quatre chapitres traitaient tous des différents aspects d’une même question : est-ce que Dieu peut être connu, et comment ? », dit de manière synthétique John O’Malley.

Le lecteur reste ici un peu sur sa faim et regrette que ce dernier expédie en seulement deux pages son commentaire de ces quatre chapitres car, tout de même, Dei Filius faisait preuve, déjà, d’une réflexion certaine sur la question qui marquait l’époque depuis les Lumières, à savoir celle justement du rapport entre la raison et la foi, et sera une étape vers le grand texte Dei Verbum, votée presque un siècle plus tard, sans parler de l’encyclique, certes à l’autorité doctrinale moindre, promulguée par Jean-Paul II en 1998 et dont le titre est précisément Fides et ratio

Sur un point précis, on sait que Dei Verbum dit très clairement que l’Écriture et la Tradition « jailliss(ent) d’une même source divine », alors que la formulation de Dei Filius était plus vague, disant seulement que la « révélation surnaturelle est contenue (…) dans les livres écrits et les traditions non écrites », ce qui pouvait conforter les tenants des deux sources… Dommage que O’Malley, dans son trop court commentaire, n’ait pas même un seul mot sur cette question !

Enfin, dernier petit reproche : alors que notre auteur s’est si longuement étendu en début d’ouvrage sur les préliminaires du concile, on peut regretter qu’il s’arrête assez brusquement, sans seulement une ligne sur les conséquences du vote de l’infaillibilité, en particulier sur les remous que cela a pu occasionner parmi quelques-uns qui restèrent opposés au nouveau dogme, surtout dans la sphère germanophone, comme Ignaz von Dölinger (1799-1890), dont il est largement question dans ce livre, et d’autres qui formeront l’Église (schismatique) vieille-catholique (ou Union d’Utrecht)…

 

https://livre-religion.blogs.la-croix.com/histoire-les-enjeux-theologiques-et-politiques-du-concile-vatican-i/2019/11/14/

CONCILE VATICAN I (1869-1870), EGLISE CATHOLIQUE, JOHN HENRY NEWMAN (1801-1890), LETTRE AU DUC DE NORFOLK, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

Lettre au duc de Norfolk par John Henry Newman

 

Lettre au duc de Norfolk 

John Henry Newman

Paris, Ad Solem, 2017. 400 pages

31j0hQdc92L._SX290_BO1,204,203,200_

Présentation de l’éditeur

En 1870, le concile Vatican I définissait le dogme de l’infaillibilité pontificale. Cette définition prit place après plusieurs années de luttes et de débats théologiques dans l’Eglise. Pour les adversaires de cette définition, c’était l’Eglise qui était infaillible; pour les partisans, c’était le Pape; le concile arriva à une formule équilibrée, mais qui, à l’intérieur de l’Eglise, fût interprétée diversement, tantôt d’une manière maximaliste : tout ce que dit le Pape est infaillible, tantôt de manière réductrice. Hors de l’Eglise, l’infaillibilité fût perçue par les pays de confession protestante comme une agression politique pure et simple. Gladstone, le Premier ministre britannique, publia plusieurs pamphlets contre le nouveau dogme: d’un point de vue politique, les catholiques étaient selon lui tenus en conscience d’obéir au Pape avant d’obéir à la Couronne (protestante) d’Angleterre. Ils étaient désormais des traîtres potentiels à la nation. On fit appel à Newman pour lui répondre aux noms des catholiques anglais. Avant le concile, Newman avait estimé que la définition de l’infaillibilité était inopportune. Quand celle-ci fut proclamée, et qu’il constata que ses termes étaient mesurés, il s’employa à la défendre loyalement. La lettre au Duc de Norfolk est un chef d’œuvre  de finesse humaine et de rigueur théologique. Elle nous montre aujourd’hui, après Vatican II, quelle attitude doit-elle celle d’un catholique après un concile. Entre les deux tendances qui divisent toujours l’Eglise aujourd’hui: ultra doctrinaires d’un côté et catholiques libéraux de l’autre, elle dessine la voie d’une foi raisonnée et d’une fidélité au magistère éprouvée.

 

Biographie de l’auteur

Traduit de l’anglais par le P. Bernard Dupuy, op. Préface de Mgr Charles Morerod, évêque de Lausanne, Fribourg et Genève, directeur émérite de la Commission théologique international et ancien recteur de l’université de l’Angelicum à Rome.

^^^^^^^^^^^^^^^^

Quand John Henry Newman donna au Premier ministre britannique une leçon sur la conscience

“La conscience a des droits parce qu’elle a des devoirs. »

Dans une culture moderne qui part à la dérive, il est bon de se voir rappeler le Vrai, le Bien et le Beau. Dans une ère de contrevérité, savoir ce qui est vrai, aide à accomplir ce qui est juste.

Le Premier ministre W.E. Gladstone (1809-1898), avait lancé une remarque acerbe contre les catholiques de l’Empire britannique. Craignant que prêter allégeance à l’Église de Rome ne puisse entraîner un risque de traîtrise, il déclarait : « Personne ne peut se convertir sans renoncer à sa liberté morale et mentale ».

Ce n’était pas la première fois que cela se produisait, et ce n’allait pas être la dernière. Le prêtre catholique anglais John Henry Newman a donc été contraint de répondre. Dans sa Lettre au Duc de Norfolk en 1875, il fait la leçon au Premier ministre sur la vraie « liberté morale et mentale » des fidèles catholiques. La lettre est en fait un brillant traité sur la conscience catholique.

Devenu Créateur, [Dieu], a mis une parcelle de Lui-même dans toutes ses créatures douées de raison. La Loi divine est l’autorité souveraine, irréversible, absolue devant les hommes et les anges.

La conscience est un messager de [Dieu], qui nous parle derrière un voile et nous enseigne. Et même si l’Église devait disparaître, ce principe sacerdotal continuerait à s’appliquer.

Ces mots ne sont aujourd’hui que verbiage pour le monde de la philosophie. Il y a toujours eu une conspiration contre les droits de la conscience, tels que je les ai décrits. Les écrivains publics ont endoctriné les esprits de nombreux lecteurs avec les théories subversives de leurs revendications. L’intellect intervient pour saper les fondations d’un pouvoir que l’épée n’a pu détruire. La conscience existe chez l’homme primitif et son dictat n’est qu’imagination ; la notion de culpabilité que ce dictat fait respecter, est simplement… irrationnelle

Dans l’esprit populaire, « la conscience » n’a pas le sens véridique, catholique du mot.

Quand les hommes parlent des droits de la conscience, ils parlent du droit de réfléchir, d’agir, sans penser à Dieu. Ils ne prétendent nullement agir selon une règle morale, mais demandent que chacun soit son propre maître en tout et professe ce qui lui plaît, sans demander d’autorisation. La conscience a des droits parce qu’elle a des devoirs ; mais actuellement, la conscience est le droit et la liberté de se passer de la conscience, de se vanter d’être au-dessus des religions. La conscience est un moniteur sévère ; remplacée aujourd’hui par une contrefaçon, qui n’existait pas auparavant : le droit de la volonté individuelle…

Les catholiques ne sont pas liés par la personnalité du Pape mais par son enseignement formel. Il incarne la morale et la conscience, sa raison d’être…

Mais, quand je parle de conscience, je parle de vraie conscience. S’opposant à l’Autorité suprême, elle doit être davantage que la contrefaçon misérable qui porte ce nom… Si cette règle était respectée, les heurts entre l’autorité du Pape et l’autorité de la conscience seraient (…) très rares.

Si je dois porter un toast à la religion — je lèverai mon verre à la conscience d’abord et au Pape ensuite.

Newman a brillamment réfuté l’attaque du Premier ministre, et appelé les catholiques à rejeter la « conscience » contrefaite tout en saluant, par la grâce de Dieu et la sagesse de l’église, la formation appropriée de la conscience.

« La conscience a des droits parce qu’elle a des devoirs. » Le Cardinal Newman le savait. Et nous ?

https://fr.aleteia.org/2016/05/11/quand-john-henry-newman-donna-au-premier-ministre-britannique-une-lecon-sur-la-conscience/

^^^^^^^^^^^^^^^^^^

La voie de la conscience chez Newman

Un génie religieux

Il y a quinze ans, le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, considérait Newman comme l’un des plus grands personnalistes du christianisme. Le cardinal théologien voyait dans son œuvre une envergure d’attention et d’examen du sujet humain qui n’avait pas été aussi présente dans l’histoire de la pensée chrétienne depuis le temps d’Augustin d’Hippone.

Il y a deux ans, le 19 septembre 2010, le même Ratzinger, désormais le pape Benoît XVI, a voulu officier personnellement lors de la béatification de John Henry Newman. Le désir du pape de présider une célébration dont lui-même avait voulu qu’elle soit déléguée à la hiérarchie des églises locales, non seulement montre l’affection personnelle que le pape nourrit envers la figure de Newman, mais elle met en évidence l’importance et l’actualité de cette figure pour toute l’Eglise.

John Henry Newman a apporté une contribution précieuse et prophétique à la foi chrétienne et à la théologie dans divers milieux. Ce n’est pas un hasard si en 1975, le pape Paul VI a défini la seconde moitié du XXème siècle et en particulier la période du concile Vatican II comme « l’heure de Newman ». Le génie religieux de Newman a élargi les perspectives et offert ses intuitions perspicaces et éclairantes à de nombreux milieux d’une grande actualité spirituelle, théologique et sociale. Que l’on pense simplement à sa théologie du laïcat, à la théorie du développement des dogmes, à la théologie de l’imagination religieuse et à la vision élargie de l’intellect (implicit reason – explicit reason).

Il est difficile de couvrir en quelques paragraphes le vaste et magnifique spectre de ce que Newman a donné à la raison théologique et au chemin de l’homme vers Dieu. Mon intention est d’inviter le lecteur à connaître Newman à partir d’un aspect fascinant de sa vision : celui du chemin de l’homme vers Dieu à partir de sa conscience, ce que Ratzinger a défini comme « la voie de la conscience » (Gewissensweg) de Newman.

En formulant l’argument de la conscience, Newman cherche une preuve qui touche la réalité de l’homme dans ce qu’il est. Les arguments classiques disent peu de choses des attributs moraux de Dieu et se concentrent davantage sur les attributs métaphysiques ; ceux-ci n’aident pas beaucoup l’homme dans sa recherche d’une rencontre qui le réconcilie avec lui-même, avec l’existence et avec Dieu. Une argumentation sur l’existence de Dieu basée seulement sur l’ontologie institue une religion basée sur la philosophie – et pour être précis, sur une certaine philosophie partiale et incomplète qui réduit l’homme à sa tête et la capacité de raisonner au syllogisme – et non sur une expérience religieuse ou spirituelle.

Il est important de préciser que Newman ne nie pas totalement la validité des arguments extérieurs sur l’existence de Dieu, mais ceux-ci, s’ils étaient considérés comme exclusifs, ne pourraient pas constituer un fondement pour l’expérience religieuse, au contraire ils prêteraient le flanc à de nombreuses critiques et deviendraient souvent des contre-preuves. Il soutient que les arguments pourraient au mieux porter à un « assentiment de notion » (« notional assent ») et à une affirmation abstraite de l’existence de Dieu. La conscience, au contraire, nous confronte directement à Dieu comme une réalité qui préexiste à notre existence et à laquelle cette dernière est relative. Pour Newman, le regard sur le monde sans l’écoute de la voix qui parle dans la conscience a, pour l’homme, deux issues extrêmes : l’athéisme ou le panthéisme. Le monde semble plutôt être le témoin de l’absence de Dieu. Le monde ne donne pas la réponse-Dieu, mais il est souvent le lieu du silence de Dieu, de l’éclipse de Dieu (la Gottesfinsternis dont parle Martin Buber).

De la même manière que les cieux proclament la gloire de Dieu et que le ciel étoilé suscite un étonnement presque religieux, les désastres naturels engendrent beaucoup de doutes et de perplexité sur l’existence de Dieu, sur sa puissance et son autorité dans le monde. Newman serait tout à fait d’accord avec M. Buckley qui affirme « C’est la conscience humaine, et non pas la nature, qui peut donner des réponses aux questions que pose la nature ».

Les arguments extérieurs sont donc pleins d’apories et de cette ambiguïté faite de contrastes violents qui caractérisent le monde et l’histoire. L’argument idéal des grades de perfections, selon Newman, ne tient pas face à l’état réel du monde qui ressemble davantage à la vague des lamentations et des malheurs des prophètes.

La conscience, elle, marque le point de rencontre entre la religion naturelle et la religion révélée. La conscience est une fissure dans l’immanence qui s’ouvre à la transcendance ; c’est une niche de révélation. Elle est « un messager de celui qui, dans la nature ou par grâce, nous parle de derrière un voile ».

Au-delà du moi, une seule autre réalité est certaine : celle de Dieu, dont la voix résonne dans le témoignage de la conscience. La conscience qui invite l’homme à éviter le mal et à faire le bien fait référence à quelque chose qui dépasse la personne et implique l’existence de quelqu’un devant qui l’homme est responsable. Newman met cet argument de la conscience dans la bouche de Calixte qui, avant même de découvrir la foi chrétienne, entend l’interpellation et l’écho de Dieu dans sa conscience.

« J’entends ce Dieu au fond de mon cœur. Je m’entends en sa présence. Il me dit : Fais ceci, ne fais pas cela. Vous pouvez me dire que cette prescription est seulement une loi de ma nature, au même titre que lorsque je me réjouis ou que je suis triste. Je ne parviens pas à le comprendre. Non, c’est l’écho d’une personne qui me parle. Rien ne me convaincra à la fin qu’elle ne provient pas d’une personne extérieure à moi-même. Elle porte en elle la preuve de son origine divine. Ma nature éprouve à son endroit un sentiment semblable à ce que je peux ressentir pour une personne. Quand je lui obéis, je me sens satisfait ; quand je lui désobéis, je me sens affligé, – exactement comme ce que je ressens lorsque je fais plaisir ou que j’offense un ami cher… l’écho implique une voix ; la voix renvoie à une personne qui parle. Cette personne qui parle, je l’aime et je la crains ».

Ce passage très dense réassume tout le parcours de l’affirmation, à partir de la conscience de soi et du sens moral, du Dieu personnel et non simplement d’une loi ou de « something », en sorte que nous pouvons synthétiser ainsi toute la phénoménologie réaliste de Newman : cogito ergo sum e coscientiam habeo, ergo Deus est.

https://fr.zenit.org/articles/la-voie-de-la-conscience-chez-newman/

 

^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^

Biographie succincte du cardinal Newman

web-blessed-john-henry-newman-everett-pubic-domain-via-wikimedia-commons.jpg
.
John Henry Newman (1801-1890) a exercé son ministère comme diacre puis comme prêtre dans l’Eglise anglicane d’Angleterre, à Oxford, de 1824 à octobre 1845. Avant comme après sa conversion il est très présent auprès des étudiants et des universitaires (il fut recteur de l’Université catholique d’Irlande). Comme vicaire puis comme curé, il rejoint les paroissiens ordinaires. Après sa conversion, il s’installe à Birmingham.
Comme universitaire et chercheur il fut amené à étudier les différents courants théologiques ainsi que les conflits dans les Eglises. Par-dessus tout, il accordait la primauté à l’Ecriture et une grande place aux Pères de l’Eglise. Il reconnaitra plus tard que c’est par la lecture de leurs écrits qu’il s’est davantage tourné vers le catholicisme. Des controverses l’ont amené à davantage étudier des questions comme la mission de l’Eglise, articulant les trois fonctions prophétique, sacerdotale et royale, regrettant par exemple que Rome privilégie la fonction hiérarchique (royale) au dépens des autres, sacerdotale (culte et prière) et prophétique, celle-ci lui semblant première (enseignement) pour comprendre la mission de l’Eglise.

Il est vrai qu’au XIXème siècle l’Eglise catholique a surtout valorisé la dimension d’autorité (royale et institutionnelle) ainsi que la centralisation du Vatican (le concile Vatican I représente probablement l’apogée de ce courant). Chacune des trois fonctions peut être déformée : la fonction sacerdotale (entre superstition et formalisme ritualiste), la fonction royale (entre autoritarisme et faiblesse), la fonction prophétique (risque de tout conceptualiser).

Pourquoi Newman finit-il par quitter l’Eglise d’Angleterre pour devenir catholique romain ? C’est l’aboutissement d’un parcours et de décisions en matière de foi. Au fil du temps des changements se produisent, mais c’est l’homme tout entier qui fait sa conversion. Sans doute était-il aussi très sensible à “une voie médiane”, éloignée des absolus tels qu’il les ressentait pour les Eglises protestantes, comme pour les exagérations post-tridentines. Il lui semblait nécessaire qu’il y ait une “autorité” pour préserver le “dépôt de la foi”, afin qu’elle demeure insérée dans les changements et le mouvement de l’histoire. Ceci suppose une conception dynamique et non statique de la foi chrétienne. Pour lui, les dogmes doivent être moyens d’expression de la foi et non enfermement dans un dogmatisme stérile. : “ici-bas, vivre, c’est changer, et être parfait, c’est avoir changé souvent”, précisant de l’Eglise qu’elle “change toujours pour demeurer la même”. C’est la condition indispensable à son développement.

Newman aura sûrement influencé l’église anglicane dans les domaines comme l’autorité, l’eucharistie, la communion universelle, l’importance de l’Office divin.
Ce serait une erreur de considérer la conversion de Newman comme un “changement de camp”. On ne peut comprendre sa conversion que dans la perspective d’une continuité profonde de son existence croyante. S’il a beaucoup souffert de la séparation d’avec ses amis anglicans, il a autant souffert de subir la suspicion l’incompréhension côté catholique. La présence de Newman dans l’Eglise catholique n’était pas sans problèmes pour les autorités catholiques. Ce furent de nombreuses années sombres.

Dans la phase préparatoire de Vatican I de 1870, il fut invité comme expert théologien (peritus) par plusieurs évêques, ce qu’il refusera. Il doutait de l’utilité de vouloir définir l’infaillibilité pontificale et fut pris à partie, par la suite, dans la tourmente interprétative par les maximalistes catholiques, voulant amplifier les conséquences de la définition. En 1879, le pape Léon XIII le crée cardinal, une sorte de consécration après tant d’années de suspicions contre son œuvre. Les papes Paul VI et Jean-Paul II ont reconnu l’influence positive de Newman, Paul VI parlant du caractère prophétique de sa pensée religieuse. Sans doute le cardinal Newman avait-il perçu les questions qui se poseraient inévitablement à l’Eglise confrontée à a culture moderne, à la critique historique, à l’incroyance. Ses réponses furent inspiratrices pour le renouveau de la théologie catholique (l’œcuménisme, le rôle des laïcs dans l’Eglise, les rapports avec les religions non chrétiennes). Newman est reconnu comme théologien de la conscience, ce “lieu secret où se fait entendre en l’homme l’écho de la voix de Dieu”. Jean-Paul II dira de sa doctrine sur la conscience qu’elle est subtile et complète. On ne peut entendre ces qualificatifs que comme un éloge. Cette réflexion théologique sur la conscience est-elle partagée par tous les catholiques ?

Le pape Benoît XVI se rendra au Royaume-Uni du 16 au 19 septembre 2010. Il rencontrera la reine Elisabeth II, qui est également chef de l’Eglise anglicane, et les évêques catholiques d’Angleterre, du Pays de Galles et d’Ecosse. Il présidera à cette occasion la cérémonie de béatification du cardinal John Henry Newman.

Petite bibliographie :

Croire aujourd’hui (n° 268 de juin 2010) article sur le cardinal Newman.

Petite vie de John Henry Newman,  Beaumont, Keith, (Desclée de Brouwer 2010)

Prier 15 jours avec le cardinal Newman » (Nouvelle Cité 2005)

John Henry Newman, Chadwick, Owen, (prêtre anglican)

John Henry Newman. Un homme de Dieu, Jean Honoré

Par l’amour de l’invisible  article de Olivier de Berranger (ad solem)(articles sur Newman et de Lubac )

Article publié par Emile Hennart – Maison d’Evangile • Publié Mercredi 04 août 2010 • 9648 visites

 

CONCILE VATICAN I (1869-1870), CONCILES, DOCUMENTS PONTIFICAUX, DOGME DE L'INFAILLIBILITE PONTIFICALE, EGLISE CATHOLIQUE, INFAILLABILITE PONTIFICALE, PAPAUTE, PIE IX (pape ; 1792-1878), PREMIER CONCILE OECUMENIQUE DU VATICAN

Concile Vatican I (1869-1870)

Premier concile œcuménique du Vatican

Vatican-assemblee-1870-119120_2

Le premier concile œcuménique du Vatican, ou simplement appelé Vatican I, est le XXe concile œcuménique de l’Église catholique. Il se tient du  8 décembre 1869 au 20 octobre 1870. Convoqué par Pie IX, il définit notamment l’infaillibilité pontificale. Il est interrompu quand les troupes italiennes envahissent Rome. Suspendu sine die, il n’est jamais repris.

 

Contexte

Contexte historique

Pope_Pius_IX

Ce concile s’inscrit dans un contexte géo-politique très troublé, marqué sur le plan italien par le Risorgimento – l’unification italienne et la fin des ‘États pontificaux’ – et leur corollaire que l’on appellera la question romaine, et sur le plan international par la guerre franco-prussienne de 1870.

Le concile, dont l’œcuménicité n’est pas reconnue par les Églises orientales, s’ouvre alors que, depuis 1861, le pape a perdu son pouvoir temporel sur les États pontificaux, à l’exception de la ville de Rome, et que Rome est elle-même sous la protection des troupes françaises de Napoléon III.

Contexte ecclésiastique

Eclesiásticos_de_varios_países_reunidos_en_Roma_con_Motivo_del_Concilio

Pie IX évoque en privé, pour la première fois, la tenue d’un nouveau concile œcuménique le 6 décembre 1864, lors d’une session de la Sacrée congrégation des rites. Le précédent concile, celui de Trente, s’était clos trois siècles auparavant. Au cours de l’année 1865, le pape mène des consultations auprès de l’épiscopat de rite latin sur des questions de discipline.

Le 28 juin 1867, à l’occasion de la fête des saints Pierre et Paul, il annonce son intention de convoquer un concile. Il remet aux évêques présents un questionnaire sur l’état de l’Église.

Le 28 juin 1868, la bulle d’indiction Æterni Patris convoque les évêques catholiques pour un concile devant se tenir à Rome dès le 8 décembre 1869. La bulle trace le programme de la future assemblée : défense de la foi contre les erreurs du temps, précédemment condamnées par le Syllabus ; mise à jour des canons du concile de Trente. Une invitation est envoyée à l’ensemble de l’épiscopat catholique et même à des dignitaires orthodoxes.

 

Le premier concile œcuménique du Vatican, convoqué par Pie IX.

Le concile est ouvert le 8 décembre 1869. Sur les mille évêques invités, les trois quarts sont présents. Tout de suite une majorité infaillibiliste et une minorité s’opposent, comportant toutes deux d’importants prélats. La majorité comprend notamment le cardinal Bilio, et divers évêques dont Mgr Dechamp (Malines), Mgr Manning (Westminter), Mgr Pie (Poitiers) et la plupart des évêques italiens, très nombreux (35 % des participants).

La minorité comprend notamment les cardinaux Rauscher (Vienne), Mathieu (Besançon), Schwarzenberg (Prague) et divers évêques dont Mgr Simor (primat de Hongrie), Mgr Ketteler (Mayence), Mgr. Dupaloup (Orléans), Mgr Darboy (Paris),   Mgr Place (Marseille) et beaucoup d’autres évêques allemands et françaisLes Églises orientales catholiques sont réticentes. L’ensemble des évêques melkites, conduit par leur patriarche Grégoire II Joseph, et plusieurs évêques orientaux chaldéens (dont Joseph VI Audo) font également partie de la minorité.

Engraving_of_First_Vatican_Council.jpg

Suspension des travaux

Après plusieurs sessions, des travaux difficiles et des débats complexes, seules deux constitutions dogmatiques ont finalement pu être votées et ratifiées quand, le 20 septembre 1870, les troupes italiennes pénètrent dans Rome.

Le 9 octobre, ce qui reste des États pontificaux est intégré au nouveau Royaume d’Italie par plébiscite (référendum). Le concile est matériellement empêché de poursuivre ses travaux. Aussi, le 20 octobre, Pie IX le suspend-t-il sine die.

Les deux constitutions dogmatiques

La première constitution dogmatique du Concile Vatican I, Dei Filius, sur les rapports entre foi et raison (dont le texte fut préparé par le théologien Jean-Baptiste Franzelin), est votée à l’unanimité par les Pères conciliaires et ratifiée aussitôt par le pape le 24 avril 1870.

La deuxième constitution dogmatique, Pastor Æternus, qui devait être un traité complet sur l’Église du Christ, reste inachevée. Seule la dernière partie sur le rôle de la papauté dans l’Eglise et son dernier chapitre sur l’infaillibilité pontificale sont votés et promulgués, en juillet 1870, par le pape Pie IX. L’absence d’un texte complet a donné une place et importance disproportionnée à la question de l’infaillibilité pontificale.

L’infaillibilité pontificale

Infaillibilité.jpg

Une partie de la presse romaine et parisienne, inspirée par l’ultramontanisme, avait développé l’idée que le but principal du concile serait de définir le dogme de l’infaillibilité pontificale.

Le même Pie IX, avait publié en 1864 le Syllabus, texte dans lequel il condamnait, parmi d’autres ‘idées modernes’, la « liberté de conscience ». Pie IX revendiquait aussi dans le Syllabus la suprématie du fait religieux sur l’ordre temporel.

Dix ans auparavant, le 8 décembre 1854, Pie IX avait défini ex cathedra le dogme de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, après avoir consulté l’ensemble de l’épiscopat catholique mais sans en référer à un concile comme il est de coutume lorsqu’il s’agit de questions touchant la foi catholique.

En janvier 1870, une pétition lancée par quelques évêques demande qu’on mette à l’ordre du jour du concile la question de l’infaillibilité pontificale : elle recueille la signature de plus de 400 des quelque 700 évêques présents. Peu après, 136 évêques signent une pétition en sens contraire. Les évêques et les cardinaux de la minorité étaient soutenus par plusieurs personnalités connues en Europe, comme l’évêque d’Orléans, Mgr Dupanloup, l’historien allemand Ignaz von Döllinger, l’évêque de Mayence, Wilhelm Emmanuel von Ketteler. Entre les deux partis les débats furent tumultueux. On évoqua en particulier quelques cas supposés d’erreurs doctrinales commises par des papes : Honorius Ier, condamné par le troisième concile de Constantinople (680-681), Libère, Vigile, Jean XXII. Les débats historiques font alors appel à d’autres travaux érudits, tels ceux de du théologien Alphonse de Liguori, ou ceux, plus contemporains de Rohrbacher (1789-1856) dans sa monumentale histoire de l’Église, ou encore ceux de Dom Guéranger (1805-1875), le restaurateur de l’Abbaye bénédictine de Solesmes, pour contrer les accusations portées contre certains papes évoqués ci-dessus.

Après de longs débats, le 13 juillet 1870, c’est encore un quart de l’assemblée qui exprime son désaccord. Les tractations reprennent, des précisions sont apportées, mais sans rallier pourtant l’ensemble de la minorité : 55 évêques de la minorité décident alors de s’abstenir et de quitter Rome plutôt que de voter non. Le 18 juillet 1870, le concile, par les voix de 533 des 535 Pères présents, affirme la primauté universelle du pape comme de droit divin et définit que l’infaillibilité pontificale est une vérité de foi divinement révélée.

Cette infaillibilité pontificale est strictement et précisément délimitée : elle concerne le cas où le pape, en vertu de sa charge et en matière de foi ou de morale, prononce solennellement et ex cathedra qu’« une doctrine doit être tenue par toute l’Église »5. Les deux Pères qui avaient voté non et ceux qui s’étaient abstenus se rallient alors, après la ratification par le pape du vote du concile.

Réception du concile

Le monde catholique accepta dans son ensemble les décisions conciliaires, à l’exception de quelques-uns dont l’historien et théologien Ignaz von Döllinger, éminente personnalité du monde intellectuel catholique. Il n’empêche qu’un groupe d’irréductibles se sépara de l’Église catholique romaine à cette occasion. C’est la naissance de l’Église des ‘Vieux catholiques’.

 

Bibliographie

Cl. Bressolette, « Vatican I », in Dictionnaire critique de théologie, Jean-Yves Lacoste (dir), 1998, PUF, pp. 1200-1202 ;

  1. Congar, L’Église. De saint Augustin à l’époque moderne.Paris, Cerf, 1997, notamment pp. 440-450 ;

David Douyère, Communiquer la doctrine catholique : Textes et conversations durant le concile Vatican II d’après le journal d’Yves Congar, Genève, Labor et Fides, 2018, 258 p.  ;

Ch. Theobald, « La constitution dogmatique Dei Filius du concile de Vatican I » in Histoire des dogmes, T. 4, B. Sesboüé (dir), Cerf, 1996, pp. 259-313 ;

Ch. Theobald, « Première constitution dogmatique sur l’Église du Christ : Pastor Aeternus du concile de Vatican I » in Histoire des dogmes, T. 4, B. Sesboüé (dir), Cerf, 1996, pp. 315-344 ;

  1. Schatz, La primauté du pape. Son histoire, des origines à nos jours, Cerf, 1992, notamment les pp. 225-242 ;
  2. Thils, Primauté et infaillibilité du Pontife romain à Vatican I et autres études d’ecclésiologie, Presses de l’Université de Louvain, Louvain, 1989 ;
  3. Gadille, « Vatican I, concile incomplet ? », Le Deuxième concile du Vatican, Actes du colloque de l’École française de Rome, Rome, 1989, 33–45 ;
  4. Thils, La Primauté pontificale. La doctrine de Vatican I, les voies d’une révision, Duculot, Gembloux, 1972 ;
  5. Conzemius, « Pourquoi l’autorité pontificale a-t-elle été définie précisément en 1870 ? », Concilium, n° 64, 1971 ;
  6. Gadille, Albert du Boys. Ses « Souvenirs du Concile du Vatican », Nauwelaerts, Louvain, 1969 ;
  7. Thils, L’Infaillibilité pontificale, Gembloux, 1969 ;
  8. Aubert, « La Composition des commissions préparatoires du IerConcile du Vatican », in Reformata reformanda, t. II, Münster, 1965 ;
  9. Aubert, Vatican I, L’Orante, Paris, 1964 (avec bibliographie) ;
  10. Rondet, Vatican I, le concile de Pie IX. La préparation, les méthodes de travail, les schémas restés en suspens, Lethielleux, Paris, 1961 ;
  11. Aubert, Le problème de l’acte de foi, Louvain, 1952 ;
  12. Cecconi, Histoire du concile du Vatican, Librairie Victor Lecoffre, 1888.

Bernard Lecomte : Les derniers secrets du Vatican (Perrin, 2012) – Chapitre 2 : « Infaillible, le pape ? » (p. 28-49)