ANTISEMITISME, CONCILE VATICAN II, EGLISE CATHOLIQUE, ISRAËL, JUDAÏSME, NOSTRA AETATE (OCTOBRE 1965), VATICAN II (concile ; 1963-1965)

Religion juive dans Nostra Aetate

Ce que dit  Nostra Aetate sur la religion juive

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La religion juive

Scrutant le mystère de l’Église, le saint Concile rappelle le lien qui relie spirituellement le peuple du Nouveau Testament à la lignée d’Abraham.

L’Église du Christ, en effet, reconnaît que les prémices de sa foi et de son élection se trouvent, selon le mystère divin du salut, chez les patriarches, Moïse et les prophètes. Elle confesse que tous les fidèles du Christ, fils d’Abraham selon la foi sont inclus dans la vocation de ce patriarche, et que le salut de l’Église est mystérieusement préfiguré dans la sortie du peuple élu hors de la terre de servitude. C’est pourquoi l’Église ne peut oublier qu’elle a reçu la révélation de l’Ancien Testament par ce peuple avec lequel Dieu, dans sa miséricorde indicible, a daigné conclure l’antique Alliance, et qu’elle se nourrit de la racine de l’olivier franc sur lequel ont été greffés les rameaux de l’olivier sauvage que sont les Gentils L’Église croit, en effet, que le Christ, notre paix, a réconcilié les Juifs et les Gentils par sa croix et en lui-même, des deux, a fait un seul.

L’Église a toujours devant les yeux les paroles de l’apôtre Paul sur ceux de sa race « à qui appartiennent l’adoption filiale, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses et les patriarches, et de qui est né, selon la chair, le Christ » (Rm 9, 4-5), le Fils de la Vierge Marie. Elle rappelle aussi que les Apôtres, fondements et colonnes de l’Église, sont nés du peuple juif, ainsi qu’un grand nombre des premiers disciples qui annoncèrent au monde l’Évangile du Christ.

Selon le témoignage de l’Écriture Sainte, Jérusalem n’a pas reconnu le temps où elle fut visitée; les Juifs, en grande partie, n’acceptèrent pas l’Évangile, et même nombreux furent ceux qui s’opposèrent à sa diffusion Néanmoins, selon l’Apôtre, les Juifs restent encore, à cause de leurs pères, très chers à Dieu, dont les dons et l’appel sont sans repentance. Avec les prophètes et le même Apôtre, l’Église attend le jour, connu de Dieu seul, où tous les peuples invoqueront le Seigneur d’une seule voix et « le serviront sous un même joug » (So 3, 9).

Du fait d’un si grand patrimoine spirituel, commun aux chrétiens et aux Juifs, le saint Concile veut encourager et recommander la connaissance et l’estime mutuelles, qui naîtront surtout d’études bibliques et théologiques, ainsi que d’un dialogue fraternel. Encore que des autorités juives, avec leurs partisans, aient poussé à la mort du Christ ce qui a été commis durant sa Passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. S’il est vrai que l’Église est le nouveau Peuple de Dieu, les Juifs ne doivent pas, pour autant, être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits, comme si cela découlait de la Sainte Écriture. Que tous donc aient soin, dans la catéchèse et la prédication de la Parole de Dieu, de n’enseigner quoi que ce soit qui ne soit conforme à la vérité de l’Évangile et à l’esprit du Christ.

En outre, l’Église, qui réprouve toutes les persécutions contre tous les hommes, quels qu’ils soient, ne pouvant oublier le patrimoine qu’elle a en commun avec les Juifs, et poussée, non pas par des motifs politiques, mais par la charité religieuse de l’Évangile, déplore les haines, les persécutions et les manifestations d’antisémitisme, qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les Juifs.

D’ailleurs, comme l’Église l’a toujours tenu et comme elle le tient encore, le Christ, en vertu de son immense amour, s’est soumis volontairement à la Passion et à la mort à cause des péchés de tous les hommes et pour que tous les hommes obtiennent le salut. Le devoir de l’Église, dans sa prédication, est donc d’annoncer la croix du Christ comme signe de l’amour universel de Dieu et comme source de toute grâce.

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COMMENT NOTRE MONDE A CESSE D'ETRE CHRETIEN, CONCILE VATICAN II, EGLISE CATHOLIQUE, GUILLAUME CUCHET

Comment notre monde a cessé d’être chrétien

Comment notre monde a cessé d’être chrétien : anatomie d’un effondrement

Guillaume Cuchet

Paris, Le Seuil, 2018. 288 pages.

 

Catholicisme français, la rupture de Vatican II

Guillaume Cuchet montre que la mise en œuvre du Concile a été l’élément déclencheur du décrochage du catholicisme en France, une évolution qui aurait de toute façon eu lieu.

 Comment le catholicisme français est-il devenu si rapidement une religion minoritaire, avec une chute de la pratique dominicale de près d’un tiers entre 1955 et 1975 ? La question n’est pas nouvelle. Depuis plus de trente ans, deux types de réponses sont avancés : pour les uns, plutôt à droite de l’Église, c’est la faute à Mai 68 ; pour d’autres, c’est à cause de l’encyclique Humanae vitae, qui, en interdisant la contraception, aurait découragé une génération de croyants.

C’est en historien que Guillaume Cuchet cherche à répondre à cette même question, en exploitant les fameuses enquêtes du chanoine Boulard. Grâce à l’appui de l’épiscopat de l’époque, ce prêtre audacieux, féru de sociologie, a réalisé une photographie de la pratique du catholicisme dans tous les diocèses de la France des années 1955-1965. Et s’il a lui-même perçu le décrochage du catholicisme en France, il n’en a pas mesuré l’ampleur, notamment en ce qui concerne la chute massive de la pratique des plus jeunes, entre 12 et 24 ans.

 

Vatican II provoque la rupture

En exploitant ces données, et en les confrontant à d’autres enquêtes faites dans les années 1970, Guillaume Cuchet peut affirmer que cette rupture a eu lieu exactement juste après Vatican II en 1965. Donc avant 1968.

La question est de savoir ce qui, dans le Concile, a pu provoquer la rupture. « A priori, le Concile lui-même n’y est pas pour beaucoup, quoi qu’en ait dit la polémique intégriste ou traditionaliste », écrit Guillaume Cuchet. En revanche, l’historien met en cause une pastorale post-conciliaire, en France, souvent « élitiste », peu adaptée à une pratique plus culturelle.

Les prêtres de l’époque ont sans doute un peu vite considéré que le cadre qui permettait de tenir cette pratique (obligation dominicale, piété populaire, communion solennelle…) n’était que sociologique, et n’avait, au fond, pas de valeur.

 

L’analyse n’est toutefois pas un réquisitoire contre Vatican II

Tout un discours pastoral, qui n’est en rien écrit dans les documents conciliaires, va mettre en place une nouvelle hiérarchie des obligations du fidèle, où l’assiduité à la messe n’a plus la même importance que l’engagement dans la vie sociale ou associative, le respect aussi de la liberté de conscience.

Cette « sortie collective de la pratique obligatoire sous peine de péché mortel », ainsi que la désigne Guillaume Cuchet, eut un effet désastreux sur la fréquentation des églises, effet d’autant plus important que ce mouvement s’inscrit dans une mutation plus générale des formes de l’autorité, que ce soit dans le domaine familial ou scolaire. Pour appuyer son propos, Guillaume Cuchet analyse le sacrement de la confession, qui baisse de manière spectaculaire autour de 1965, et l’évolution de la prédication autour des fins dernières et du Salut.

Pour autant, ce livre n’est pas un réquisitoire contre Vatican II. Au contraire, refusant d’en faire un tabou, il permet de replacer cet événement dans un contexte plus général d’une histoire longue, commencée avec la Révolution française, et que toute l’évolution de notre société, à partir de 1968, a amplifié et démultiplié.

 

La crise était inévitable

Comme le remarque l’historien, la crise était inévitable. Le Concile n’a pas provoqué la rupture, qui aurait de toute façon eu lieu, mais il l’a déclenchée, en lui donnant une intensité particulière. Ce n’est pas tant l’évolution que la manière dont elle a été accompagnée pastoralement qui est ici en cause.

Et sans doute la quasi-disparition du catholicisme populaire dans notre pays peut-elle aujourd’hui en partie s’expliquer par cette mise en œuvre d’une pastorale réservée à une élite ultra-formée, ultra-consciente, laissant sur le côté des pratiquants moins investis, qui tenaient à la religion à travers un cadre dressé par des sacrements plus accessibles. Des pratiquants dont on n’aurait pas suffisamment pris en compte les besoins.

Voilà un travail qu’il aurait été difficile de mener plus tôt en raison de « la sanctuarisation du concile Vatican II », par crainte de donner des arguments aux intégristes. Il marquera sans aucun doute l’historiographie du catholicisme dans notre pays et devrait susciter des discussions passionnées.

 L’auteur

Guillaume Cuchet est professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris-Est Créteil. Il a notamment publié Penser le christianisme au XIXe siècle. Alphonse Gratry (1805-1872) (Presses universitaires de Rennes, 2017).

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La Croix, février 2018

CONCILE VATICAN II, HISTOIRE DE L'EGLISE, HISTOIRE DU XXè SIECLE

L’EGLISE RECONNAIT LA LIBERTE DE CONSCIENCE

L’Église catholique fête 50 ans de liberté religieuse

« Dignitatis humanae » en six mots

Ce texte reconnaît la place de la conscience individuelle dans l’appropriation de la vérité enseignée par l’Église.

QUE DIT LA DÉCLARATION « DIGNITATIS HUMANAE »?

« La vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même, qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance ». Approuvée le 7 décembre 1965, la veille de la clôture du Concile Vatican II, par 2 308 voix contre 70, la déclaration Dignitatis humanae proclame solennellement que« la personne humaine a droit à la liberté religieuse. »L’homme doit être « exempt de toute contrainte », de telle sorte que, « en matière religieuse », il ne soit pas « forcé d’agir contre sa conscience ni empêché d’agir (…) selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d’autres ».

C’est « en vertu de leur dignité », « parce qu’ils sont des personnes, c’est-à-dire doués de raison et de volonté libre », que les hommes doivent disposer de « la liberté psychologique » et de « l’exemption de toute contrainte » en matière religieuse (n° 2). Une liberté qui s’applique même à l’intérieur de la communauté ecclésiale, comme en témoigne cette formule (n°3): « La vérité doit être cherchée selon la manière propre à la personne humaine et à sa nature sociale. »

COMMENT L’ÉGLISE EN EST-ELLE ARRIVÉE LÀ?

Lorsque s’ouvre le concile Vatican II, une cinquantaine de pays font déjà référence à la liberté de religion dans leur Constitution. En 1948, l’Assemblée générale des Nations unies l’a également mentionnée dans sa Déclaration universelle des droits de l’homme.

« Pourtant, cette décision était loin d’être évidente au vu de l’enseignement des papes », relève le jésuite Dominique Gonnet (1). Dans son Syllabus de 1864 – Recueil renfermant les principales erreurs de notre temps – Pie IX n’avait-il pas classé comme telle l’opinion selon laquelle « il n’est plus utile que la religion catholique soit considérée comme l’unique religion de l’État »?

La déclaration Dignitatis humanae elle-même le reconnaît : « La Révélation n’affirme pas explicitement le droit » à la liberté religieuse. Ce qui n’empêche pas les pères conciliaires de trouver des correspondances entre leur argumentation – dignité de tout homme, distinction entre l’ordre du religieux et celui du politique – et l’Évangile, dont ils citent des passages.

« Loin du ’sola scriptura’, le Concile entre dans un rapport plus dialectique avec l’Écriture, en recherchant plutôt une convergence avec elle », note le P. Luc Forestier, oratorien. Directeur de l’Institut d’études religieuses à l’Institut catholique de Paris, ce spécialiste de la liberté religieuse constate d’ailleurs de profondes résonances entre cette déclaration et des Constitutions du concile comme Dei Verbum, mais aussi Gaudium et Spes. À ses yeux, cette affirmation, par l’Église, de la liberté religieuse pour tout homme est l’une de ces « aide(s) que l’Église reçoit du monde d’aujourd’hui mentionnée au paragraphe 44 ».

Au passage, la déclaration Dignitatis humanae reconnaît d’ailleurs qu’il y a « eu parfois dans la vie du peuple de Dieu (…) des manières d’agir moins conformes » ou « même contraires à l’esprit évangélique »…

– QUELS ENSEIGNEMENTS POUR AUJOURD’HUI ?

Finalement, alors qu’elles étaient censées avoir moins d’« autorité » que les constitutions et les décrets conciliaires, les deux déclarations (Dignitatis humanae, sur la liberté religieuse, etNostra aetate, sur les relations de l’Église avec les religions non-chrétiennes) ont eu « des effets considérables pour la réception de Vatican II », estime Luc Forestier, qui y voit même « des clés pour comprendre les autres textes ».

Avec cette déclaration, l’Église catholique ne revendique plus une position dominante vis-à-vis de l’État, ni son intervention pour protéger ses intérêts. Cette avancée déterminante dans la manière de situer l’Église dans la société, et donc dans la communauté internationale, aura permis, quelques semaines plus tôt, le 4 octobre 1965, au pape Paul VI de prononcer un discours à l’ONU… Elle permettra quelques années plus tard au Saint-Siège d’être associé à la rédaction des accords d’Helsinki signés en 1975.

Cette affirmation du Concile d’une liberté religieuse « pour toutes les religions » résonne de manière très forte aujourd’hui, dans un monde marqué par les discriminations et les persécutions religieuses de toutes sortes, comme un appel lancé aux catholiques à agir et à s’engager. Y compris en France. « Dans un contexte de raidissement autour de la laïcité, nous devrions, nous catholiques, être les fers de lance pour permettre à tous les croyants de pratiquer leur culte, avance le P. Forestier. Y compris pour les musulmans, et même si nous ne sommes pas d’accord avec eux ».

« Dignitatis humanae » en six mots

Pour mieux comprendre « Dignitatis humanae », la déclaration du concile Vatican II sur la liberté religieuse, votée en 1965 sous la présidence de Paul VI, petit lexique en forme de décryptage

VÉRITÉ

Dignitatishumanae formule pour la première fois un compromis entre la nécessaire protection de la vérité – « cette unique vraie religion, nous croyons qu’elle subsiste dans l’Église catholique et apostolique » (préambule) – et la liberté de conscience. L’objectif est clair : tous les hommes sont « par leur nature même et par obligation morale » tenus de« chercher la vérité », et, « dès qu’ils la connaissent », de« régler toute leur vie selon ses exigences ». Mais « la vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance »(§1). 

Autrement dit, et comme le résume Rik Torfs, « la vérité existe donc, et il faut y adhérer, mais aucune contrainte ne peut être exercée ». Ou si contrainte il y a – l’homme « doit » chercher – elle ne se situe qu’au plan moral et non juridique. « L’enseignement ou l’éducation », mais aussi « l’échange et le dialogue » sont quelques-uns des moyens proposés par l’Église pour y accéder (n° 3).

DIGNITÉ

« La dignité de la personne humaine est, en notre temps, l’objet d’une conscience toujours plus vive ; toujours plus nombreux sont ceux qui revendiquent pour l’homme la possibilité d’agir en vertu de ses propres options et en toute libre responsabilité. » C’est par ces mots – qui lui donnent son nom – que s’ouvre la déclaration Dignitatis humanae. Cette dignité de la personne humaine, rappelle la seconde partie du texte sur la Révélation, découle de sa création par Dieu (n° 9). Elle implique, pour l’homme, la possibilité de « se conduire selon son propre jugement et jouir de sa liberté ». Autrement dit, « en vertu de leur dignité », les hommes sont « doués de raison et de volonté libre et, par suite, pourvus d’une responsabilité personnelle » (n° 2).

LIBERTÉ

« Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être exempts de toute contrainte de la part tant des individus que des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu’en matière religieuse nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience ni empêché d’agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d’autres » (n° 2). « La réponse de foi donnée par l’homme à Dieu doit être libre » (n° 10). 

La définition que donne Dignitatis humanae de la liberté religieuse est donc « essentiellement de nature négative : il s’agit de l’immunité de toute contrainte », relève le canoniste Rik Torfs, professeur à Louvain ( Revue de droit canonique, Tome 52, Strasbourg 2002). Elle est à la fois individuelle et collective (liberté des « familles » et des « communautés religieuses »).

La question, dont ont âprement débattu les évêques au concile, était de savoir si cette liberté était un simple droit « positif » que les gouvernements doivent accorder aux citoyens, ou bien un droit propre de la personne humaine, fondé sur sa dignité. Cette seconde conception a prévalu :« Ce n’est donc pas sur une disposition subjective de la personne, mais sur sa nature même, qu’est fondé le droit à la liberté religieuse » (§2). 

Par conséquent, les athées n’en sont pas exclus. Au passage, Dignitatis humanae reconnaît également la liberté du fidèle « de chercher la vérité en matière religieuse », soit sa liberté à l’intérieur de l’Église. 

CONSCIENCE/LOI DIVINE

La liberté proclamée par Dignitatis humanae est double : liberté de ne pas agir contre sa conscience, et liberté de pouvoir agir selon sa conscience (n° 2). Mais qu’est-ce que la conscience ? C’est le lieu où s’exprime la loi divine, répondent deux textes fondamentaux du concile Vatican II. « C’est par sa conscience que l’homme perçoit et reconnaît les injonctions de la loi divine, c’est elle qu’il est tenu de suivre fidèlement en toutes ses activités, pour parvenir à sa fin qui est Dieu », souligne d’abord Dignitatis humanae (n° 3). 

La constitution Gaudium et spes est plus précise encore : « Au fond de sa conscience, l’homme découvre la présence d’une loi qu’il ne s’est pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d’obéir. Cette voix, qui ne cesse de le presser d’aimer et d’accomplir le bien et d’éviter le mal, au moment opportun résonne dans l’intimité de son cœur : “Fais ceci, évite cela”. » (n° 16). 

Le Catéchisme de l’Église catholique rappelle donc l’obligation qu’ont les fidèles de « former» leur conscience : au moyen de la Parole de Dieu, des « dons de l’Esprit Saint », ou encore du« témoignage ou des conseils d’autrui ».

ORDRE PUBLIC

L’ordre public est la seule limite reconnue par Dignitatis humanae à la liberté religieuse. Dans son paragraphe 7, intitulé « Limites de la liberté religieuse », elle reconnaît à la société civile « le droit de se protéger contre les abus qui pourraient naître sous prétexte de liberté religieuse » et donc « au pouvoir civil (…) d’assurer cette protection ». 

Encore faut-il que soient « justes » les « exigences de l’ordre public (n° 2, 3 et 4) ! Le pouvoir civil ne doit donc pas agir « arbitrairement et en favorisant injustement l’une des parties, mais selon des normes juridiques conformes à l’ordre moral objectif, qui sont requises par l’efficace sauvegarde des droits de tous les citoyens et l’harmonisation pacifique de ces droits, et par un souci adéquat de cette authentique paix publique qui consiste dans une vie vécue en commun sur la base d’une vraie justice, ainsi que par la protection due à la moralité publique ».

Le principe, conclut donc Dignitatis humanae, est celui « de la pleine liberté dans la société », la restriction devant rester l’exception (n° 7).

BIEN COMMUN

C’est au nom du « bien commun » que l’Église catholique défend – entre autres – le droit à la liberté religieuse. Ce bien commun de la société que Dignitatis humanae définit (n° 6) comme « l’ensemble des conditions de vie sociale permettant à l’homme de parvenir plus pleinement et plus aisément à sa propre perfection ». 

Une définition très proche de celle posée par Gaudium et spes (n° 26), à ce détail près que cette dernière inclut la possibilité pour des « groupes » d’atteindre leur perfection. Le bien commun étant de la responsabilité de tous les membres d’une société, « le soin de veiller au droit à la liberté religieuse incombe tant aux citoyens qu’aux groupes sociaux, aux pouvoirs civils, à l’Église et aux autres communautés religieuses, de la manière propre à chacun, en fonction de ses devoirs envers le bien commun ».amities4

CONCILE VATICAN II, OEUCUMENISME

NOSTRA AETATE : COMMENTAIRES

« Nostra Aetate » a 50 ans

Le 28 octobre 1965, le Concile Vatican II publiait « Nostra Aetate », déclaration sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes. Mgr Dubost, évêque d’Evry-Corbeil-Essonnes, Président du Conseil pour les relations interreligieuses, et Mgr Jordy, évêque de Saint-Claude, Président du Conseil pour l’Unité des Chrétiens et pour les relations avec le judaïsme, saluent l’apport de ce texte et soulignent les défis en cours.

De quoi avez-vous peur ?
Il y a exactement cinquante ans, le 28 octobre 1965, le Concile publiait une déclaration sur les relations de l’Eglise avec les religions non chrétiennes.
Un texte court. Un texte qui fut difficile à élaborer.
Un texte qui représentait une évolution, laquelle peut sembler, encore aujourd’hui, une révolution.

Que dit ce texte ?
Il affirme avec force que tous les peuples « forment une véritable communauté », qu’ils ont tous Dieu comme origine et une seule fin dernière.
Il affirme que Dieu aime tous les hommes et toutes les femmes.
Il affirme encore que ce qui est cherché dans les religions, ce sont les réponses aux mêmes questions : « Quels sont le sens et le but de la vie ? », « Pourquoi la souffrance ? », etc…
Il affirme surtout que l’Eglise « ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans les religions »… et souhaite que, par le dialogue, les chrétiens fassent progresser les valeurs spirituelles qu’elles renferment.
Bref, le texte dit : n’ayez pas peur des autres ! Rencontrez-les !
Des chrétiens craintifs estiment que ce texte est naïf.
Et pour cela, au lieu de discerner ce qui est trace de Dieu et bon chez les autres, veulent absolument trouver ce que leur doctrine a de mauvais.
Ils révèlent, par- là, leur propre peur.

Le texte du Concile est plein d’assurance : pour un chrétien, rencontrer l’autre, c’est vouloir s’enraciner dans le Christ, « voie, vérité et vie », prêter son cœur et ses mains à Celui qui s’est incarné pour rencontrer tous les hommes.
Encore faut-il avoir confiance dans l’Esprit pour inspirer les attitudes et les paroles justes !
Ce fut longtemps difficile pour les chrétiens de regarder les juifs avec ce regard clair du Christ, né de la fille de Sion. Le Concile a donné un véritable élan à la découverte et à l’amitié avec les juifs, nos frères aînés dans la foi ; c’est encore difficile, pour des raisons historiques, avec les musulmans envers lesquels le Concile engage à la « compréhension mutuelle ».

Saint Jean-Paul II, méditant l’Evangile, a voulu une grande réunion de prière à Assise en 1986. Cette rencontre interreligieuse doit éclairer encore notre lecture de Nostra aetate : sans peur, nous pouvons faire confiance au meilleur de l’autre pour construire aujourd’hui la paix du monde.

Mgr Michel Dubost, évêque d’Evry-Corbeil-Essonnes, Président du Conseil pour les relations interreligieuses

Nostra Aetate, un événement essentiel de Vatican II

La déclaration Nostra Aetate a été un événement essentiel du concile Vatican II, le signe manifeste d’un changement de regard à l’égard des autres religions. Ce changement de regard a pris un relief particulier en ce qui concerne le judaïsme dans la mesure où, entre le christianisme et le judaïsme, il y a un rapport unique, un rapport intrinsèque en raison du patrimoine commun qu’est la Parole de Dieu, ce que nous appelons, nous chrétiens, le Premier ou l’Ancien Testament, ainsi que des valeurs éthiques communes qui s’enracinent dans cette Parole.
Ce changement de regard s’enracine aussi dans un autre rapport bien plus douloureux, celui de l’histoire des relations entre chrétiens et juifs à travers les siècles. Nous sommes passés depuis Vatican II et Nostra Aetate de « l’enseignement du mépris » comme l’évoquait Jules Isaac à un dialogue persévérant et irréversible.

Ces étapes sont souvent liées à l’engagement très fort des Papes après le Concile. On peut évoquer ici Jean-Paul II à la synagogue de Mayence, parlant du Judaïsme comme de «la première alliance jamais révoqué» ou Benoît XVI rappelant que l’antisémitisme est, pour un catholique, un péché. On peut aussi rappeler des moments symboliquement forts comme la visite de Jean-Paul II à la synagogue de Rome ou sa prière devant le mur du Temple à Jérusalem. On peut enfin évoquer le signe fort de l’épiscopat français lors de la déclaration de repentance à Drancy en septembre 1997.

Les défis sont nombreux. Beaucoup ignorent encore les racines juives du christianisme, racines qui sont à rappeler sans cesse pour que les baptisés comprennent mieux leur propre mystère. Il faut aussi aider les jeunes chrétiens face à la montée d’un nouvel antisémitisme. Les générations qui avaient vécues la guerre savaient le drame de la Shoah. L’information doit se faire désormais auprès des nouvelles générations pour lesquelles ces évènements appartiennent à une histoire qui n’est plus la leur mais qu’ils doivent intégrer pour bâtir l’histoire de notre société demain.

Mgr Vincent Jordy, évêque de Saint-Claude, Président du Conseil pour l’Unité des Chrétiens et pour les relations avec le judaïsme

Source : Site de l’Eglise catholique

CONCILE VATICAN II, NOSTRA AETATE (OCTOBRE 1965), OEUCUMENISME

NOSTRA AETATE (28 octobre 1965)

NOSTRA AETATE

1. Préambule
À notre époque où le genre humain devient de jour en jour plus étroitement uni et où les relations entre les divers peuples se multiplient, l’Église examine plus attentivement quelles sont ses relations avec les religions non chrétiennes. Dans sa tâche de promouvoir l’unité et la charité entre les hommes, et aussi entre les peuples, elle examine ici d’abord ce que les hommes ont en commun et qui les pousse à vivre ensemble leur destinée.
Tous les peuples forment, en effet, une seule communauté ; ils ont une seule origine, puisque Dieu a fait habiter tout le genre humain sur toute la face de la terre [1] ; ils ont aussi une seule fin dernière, Dieu, dont la providence, les témoignages de bonté et les desseins de salut s’étendent à tous [2], jusqu’à ce que les élus soient réunis dans la Cité sainte, que la gloire de Dieu illuminera et où tous les peuples marcheront à sa lumière [3].
Les hommes attendent des diverses religions la réponse aux énigmes cachées de la condition humaine, qui, hier comme aujourd’hui, agitent profondément le cœur humain : Qu’est-ce que l’homme ? Quel est le sens et le but de la vie ? Qu’est-ce que le bien et qu’est-ce que le péché ? Quels sont l’origine et le but de la souffrance ? Quelle est la voie pour parvenir au vrai bonheur ? Qu’est-ce que la mort, le jugement et la rétribution après la mort ? Qu’est-ce enfin que le mystère dernier et ineffable qui embrasse notre existence, d’où nous tirons notre origine et vers lequel nous tendons ?
2. Les diverses religions non chrétiennes
Depuis les temps les plus reculés jusqu’à aujourd’hui, on trouve dans les différents peuples une certaine perception de cette force cachée qui est présente au cours des choses et aux événements de la vie humaine, parfois même une reconnaissance de la Divinité suprême, ou même d’un Père. Cette perception et cette reconnaissance pénètrent leur vie d’un profond sens religieux. Quant aux religions liées au progrès de la culture, elles s’efforcent de répondre aux mêmes questions par des notions plus affinées et par un langage plus élaboré. Ainsi, dans l’hindouisme, les hommes scrutent le mystère divin et l’expriment par la fécondité inépuisable des mythes et par les efforts pénétrants de la philosophie ; ils cherchent la libération des angoisses de notre condition, soit par les formes de la vie ascétique, soit par la méditation profonde, soit par le refuge en Dieu avec amour et confiance. Dans le bouddhisme, selon ses formes variées, l’insuffisance radicale de ce monde changeant est reconnue et on enseigne une voie par laquelle les hommes, avec un cœur dévot et confiant, pourront acquérir l’état de libération parfaite, soit atteindre l’illumination suprême par leurs propres efforts ou par un secours venu d’en haut. De même aussi, les autres religions qu’on trouve de par le monde s’efforcent d’aller, de façons diverses, au-devant de l’inquiétude du cœur humain en proposant des voies, c’est-à-dire des doctrines, des règles de vie et des rites sacrés.
L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent sous bien des rapports de ce qu’elle-même tient et propose, cependant reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. Toutefois, elle annonce, et elle est tenue d’annoncer sans cesse, le Christ qui est « la voie, la vérité et la vie » (Jean 14, 6), dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s’est réconcilié toutes choses [4]. Elle exhorte donc ses fils pour que, avec prudence et charité, par le dialogue et par la collaboration avec les adeptes d’autres religions, et tout en témoignant de la foi et de la vie chrétiennes, ils reconnaissent, préservent et fassent progresser les valeurs spirituelles, morales et socio-culturelles qui se trouvent en eux.
3. La religion musulmane
L’Église regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre [5], qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s’ils sont cachés, comme s’est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers. Bien qu’ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète ; ils honorent sa Mère virginale, Marie, et parfois même l’invoquent avec piété. De plus, ils attendent le jour du jugement, où Dieu rétribuera tous les hommes après les avoir ressuscités. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne.
Même si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le saint Concile les exhorte tous à oublier le passé et à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté.
4. La religion juive
Scrutant le mystère de l’Église, le saint Concile rappelle le lien qui relie spirituellement le peuple du Nouveau Testament à la lignée d’Abraham.
L’Église du Christ, en effet, reconnaît que les prémices de sa foi et de son élection se trouvent, selon le mystère divin du salut, chez les patriarches, Moïse et les prophètes. Elle confesse que tous les fidèles du Christ, fils d’Abraham selon la foi [6], sont inclus dans la vocation de ce patriarche, et que le salut de l’Église est mystérieusement préfiguré dans la sortie du peuple élu hors de la terre de servitude. C’est pourquoi l’Église ne peut oublier qu’elle a reçu la révélation de l’Ancien Testament par ce peuple avec lequel Dieu, dans sa miséricorde indicible, a daigné conclure l’antique Alliance, et qu’elle se nourrit de la racine de l’olivier franc sur lequel ont été greffés les rameaux de l’olivier sauvage que sont les Gentils [7]. L’Église croit, en effet, que le Christ, notre paix, a réconcilié les Juifs et les Gentils par sa croix et en lui-même, des deux, a fait un seul [8].
L’Église a toujours devant les yeux les paroles de l’apôtre Paul sur ceux de sa race « à qui appartiennent l’adoption filiale, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses et les patriarches, et de qui est né, selon la chair, le Christ » (Rm 9, 4-5), le Fils de la Vierge Marie. Elle rappelle aussi que les Apôtres, fondements et colonnes de l’Église, sont nés du peuple juif, ainsi qu’un grand nombre des premiers disciples qui annoncèrent au monde l’Évangile du Christ.
Selon le témoignage de l’Écriture Sainte, Jérusalem n’a pas reconnu le temps où elle fut visitée [9] ; les Juifs, en grande partie, n’acceptèrent pas l’Évangile, et même nombreux furent ceux qui s’opposèrent à sa diffusion [10]. Néanmoins, selon l’Apôtre, les Juifs restent encore, à cause de leurs pères, très chers à Dieu, dont les dons et l’appel sont sans repentance [11]. Avec les prophètes et le même Apôtre, l’Église attend le jour, connu de Dieu seul, où tous les peuples invoqueront le Seigneur d’une seule voix et « le serviront sous un même joug » (So 3, 9) [12].
Du fait d’un si grand patrimoine spirituel, commun aux chrétiens et aux Juifs, le saint Concile veut encourager et recommander la connaissance et l’estime mutuelles, qui naîtront surtout d’études bibliques et théologiques, ainsi que d’un dialogue fraternel. Encore que des autorités juives, avec leurs partisans, aient poussé à la mort du Christ [13], ce qui a été commis durant sa Passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. S’il est vrai que l’Église est le nouveau Peuple de Dieu, les Juifs ne doivent pas, pour autant, être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits, comme si cela découlait de la Sainte Écriture. Que tous donc aient soin, dans la catéchèse et la prédication de la Parole de Dieu, de n’enseigner quoi que ce soit qui ne soit conforme à la vérité de l’Évangile et à l’esprit du Christ.
En outre, l’Église, qui réprouve toutes les persécutions contre tous les hommes, quels qu’ils soient, ne pouvant oublier le patrimoine qu’elle a en commun avec les Juifs, et poussée, non pas par des motifs politiques, mais par la charité religieuse de l’Évangile, déplore les haines, les persécutions et les manifestations d’antisémitisme, qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les Juifs.
D’ailleurs, comme l’Église l’a toujours tenu et comme elle le tient encore, le Christ, en vertu de son immense amour, s’est soumis volontairement à la Passion et à la mort à cause des péchés de tous les hommes et pour que tous les hommes obtiennent le salut. Le devoir de l’Église, dans sa prédication, est donc d’annoncer la croix du Christ comme signe de l’amour universel de Dieu et comme source de toute grâce.
5. La fraternité universelle excluant toute discrimination
Nous ne pouvons invoquer Dieu, Père de tous les hommes, si nous refusons de nous conduire fraternellement envers certains des hommes créés à l’image de Dieu. La relation de l’homme à Dieu le Père et la relation de l’homme à ses frères humains sont tellement liées que l’Écriture dit : « Qui n’aime pas ne connaît pas Dieu » (1 Jean 4, 8). Par- là est sapé le fondement de toute théorie ou de toute pratique qui introduit entre homme et homme, entre peuple et peuple, une discrimination en ce qui concerne la dignité humaine et les droits qui en découlent.
L’Église réprouve donc, en tant que contraire à l’esprit du Christ, toute discrimination ou vexation dont sont victimes des hommes en raison de leur race, de leur couleur, de leur condition ou de leur religion. En conséquence, le saint Concile, suivant les traces des saints Apôtres Pierre et Paul, prie ardemment les fidèles du Christ « d’avoir au milieu des nations une belle conduite » (1 P 2, 12), si c’est possible, et de vivre en paix, pour autant qu’il dépend d’eux, avec tous les hommes [14], de manière à être vraiment les fils du Père qui est dans les cieux [15].
Tout l’ensemble et chacun des points qui ont été édictés dans cette déclaration ont plu aux Pères du Concile. Et Nous, en vertu du pouvoir apostolique que Nous tenons du Christ, en union avec les vénérables Pères, Nous les approuvons, arrêtons et décrétons dans le Saint-Esprit, et Nous ordonnons que ce qui a été ainsi établi en Concile soit promulgué pour la gloire de Dieu.
Rome, à Saint-Pierre le 28 octobre 1965
NOSTRA AETATE