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Le grand débat national : les cinq « garants »

LES « GARANTS » DU DEBAT NATIONAL

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Qui sont les cinq « garants » du débat national ?

 

Le « collège des garants et observateurs » du « grand débat national » est composé de cinq membres : Jean-Paul Bailly et Isabelle Falque-Pierrotin (désignés par le gouvernement), Guy Canivet (choisi par le président de l’Assemblée nationale), Pascal Perrineau (par le président du Sénat) et Nadia Bellaoui (par le président du Conseil économique, social et environnemental).

Le premier ministre les a réunis pour la première fois vendredi 18 janvier 2019 à l’hôtel de Matignon.

Un collège de cinq personnalités chargées de « garantir l’indépendance » du « grand débat national » a été désigné jeudi 17 janvier par Matignon, le Sénat, l’Assemblée nationale et le Conseil économique, social et environnemental (CESE). /

 

Jean-Paul Bailly, spécialiste du dialogue social

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La nomination le 17 décembre de Jean-Paul Bailly par le premier ministre comme « garant » de l’indépendance du grand débat national  n’est pas une surprise. Ce polytechnicien et diplômé du Massachusetts Institute of Technology (MIT), né à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) et âgé de 72 ans, faisait partie depuis plusieurs jours des pressentis pour cette mission.

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement fait appel à cet ancien joueur de rugby qui a signé en 2016 un livre dont le titre fait écho à l’actualité : Réformez! Par le dialogue et la confiance(1) avec une préface… d’Emmanuel Macron. En 2013, Jean-Paul Bailly avait été ainsi chargé d’une mission sur le travail le dimanche. En 2016, c’est Air France-KLM qui lui demandait de consulter syndicats et direction dans le but d’établir un constat partagé de la situation de la compagnie aérienne.

Réputé pour être un spécialiste de l’apaisement des questions sociales au sein des entreprises, ce père de deux enfants a fait toute sa carrière dans la sphère publique et même dans deux entreprises. D’abord à la RATP, qu’il a intégrée en 1970 et dont il a monté les échelons avant d’en devenir le PDG de 1994 à 2002. Il y mettra notamment en place un accord « d’alarme sociale » après les grandes grèves de 1995.

À La Poste ensuite, qu’il a dirigée de 2002 à 2013 et dont il a mené sans doute la plus grande transformation, à commencer par son passage en société anonyme à capitaux publics, dans un contexte de déclin du volume des courriers. Les dernières années, les relations s’étaient d’ailleurs tendues avec les syndicats lors de la réorganisation de l’entreprise et avec les suppressions d’emplois. Jean-Paul Bailly avait aussi lancé « un grand dialogue » social au sein de La Poste après plusieurs suicides de salariés.

 

Isabelle Falque-Pierrotin, spécialiste de la protection des données numériques

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Choisie par Matignon, Isabelle Falque-Pierrotin, conseillère d’État âgée de 58 ans et diplômée de l’École nationale d’administration (ENA), dirige depuis 2011 la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL). Elle achève en février son deuxième mandat à la tête de cette autorité administrative indépendante, chargée de « protéger les données personnelles, accompagner l’innovation, préserver les libertés individuelles », notamment au regard du respect de la vie privée. Elle était pressentie ces dernières semaines pour être nommée à la présidence du Conseil supérieur de l’audiovisuel, le mandat d’Olivier Schrameck s’achevant le 23 janvier.

Isabelle Falque-Pierrotin a fait toute sa carrière dans le numérique et l’Internet, y compris dans des instances internationales, à une époque où ces enjeux n’étaient pas aussi présents dans le débat public. Interviewée à l’occasion des 40 ans de la CNIL, elle rappelle que la commission a été créée en 1978 pour « protéger le citoyen contre les fichiers publics », avant de devenir « un régulateur économique de la donnée » et de « participer à des combats majeurs », comme le droit à l’oubli ou le contrôle des fichiers de renseignement (elle avait notamment émis des critiques sur la dernière loi adoptée en 2015).

Isabelle Falque-Pierrotin a notamment œuvré à l’élaboration puis à l’application du règlement général sur la protection des données (RGPD), qui renforce la protection des données des habitants de l’Union européenne. Depuis son application, en mai dernier, la CNIL a reçu 6 000 plaintes de particuliers concernant la collecte et l’utilisation de leurs données.

► Guy Canivet, un « grand serviteur de l’Etat »

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Âgé de 75 ans, l’ancien magistrat a été désigné par Richard Ferrand (LREM), le président de l’Assemblée nationale. Il fut membre du Conseil constitutionnel entre 2007 et 2016, déjà nommé par le président de l’Assemblée nationale, Jean-Louis Debré (UMP).

Diplômé d’études supérieures spécialisées de droit privé et de sciences criminelles puis de l’École nationale de la magistrature, sa carrière l’a porté au sommet de la hiérarchie judiciaire en tant que premier président de la Cour de cassation de 1999 à 2007.

Dans son communiqué, Richard Ferrand a expliqué son choix en la qualifiant de « grand serviteur de l’intérêt général, dont les qualités connues de tous lui permettront de veiller au bon déroulement du « grand débat national », à son indépendance, son impartialité et sa transparence ». Guy Canivet a effectué des missions de réflexion pour des ministres de la justice de gauche (Elizabeth Guigou en 1999-2000) comme de droite (Pascal Clément en 2006-2007).

 

► Pascal Perrineau, un analyste politique reconnu

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Âgé de 68 ans, le politologue a été désigné comme « observateur » par Gérard Larcher (LR), le président du Sénat. Pascal Perrineau appartient d’ailleurs au conseil d’administration de Public Sénat. Professeur des universités et directeur du Centre de recherches politiques de Sciences-Po Paris entre 1991 et décembre 2013, il est réputé pour savoir avec pédagogie exposer dans les médias ses analyses sur les élections ou l’évolution des forces et des clivages politiques. Il a récemment coordonné l’ouvrage Le Vote disruptif: Les élections présidentielle et législatives de 2017 (Presses de Sciences-Po).

Engagé au Parti socialiste dans sa jeunesse, Pascal Perrineau appartient aujourd’hui aux conseils scientifiques de la Fondation Jean Jaurès, d’inspiration sociale-démocrate de gauche, et de la Fondation pour l’innovation politique, de droite libérale. Inventeur après l’élection présidentielle de 1995 du concept de « gaucho-lepénisme », il travaille notamment sur les nationalismes et les populismes en Europe.

 

Nadia Belloui, un pilier de la vie associative

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Désignée par Patrick Bernasconi, le président du Conseil économique, social et environnemental (Cese), Nadia Belloui, 43 ans, peut compter sur une très riche expérience associative pour mener à bien sa mission.

Née à Marrakech d’un père marocain et d’une mère alsacienne, arrivée en France, à Strasbourg, à l’âge de 16 ans, elle a fait ses premières armes sur les campus universitaires en créant avec plusieurs camarades Animafac, un réseau national d’associations étudiantes dont elle a été longtemps la secrétaire générale. « Lorsque j’étais étudiante en droit public, on parlait de la jeunesse comme d’une  » génération bof « , un peu apathique et consumériste. En fait, son engagement n’était pas visible, car il était éclaté dans des organisations sans lien les unes avec les autres », confiait-elle il y a quelques années à La Croix.

Son engagement au service de l’intérêt général l’a aussi conduite, dès 2000, vers la Ligue de l’enseignement, dont elle est aujourd’hui secrétaire générale. Parmi ses objectifs : développer la citoyenneté des plus jeunes, notamment dans les quartiers populaires.

Parallèlement, Nadia Bellaoui a présidé Le Mouvement associatif, qui représente 60 000 associations et qui, en 2014, a organisé la conférence de consensus « 14 millions de bénévoles, à quoi ça sert ? ». Un rendez-vous qui déjà, vante un communiqué publié par la Ligue de l’enseignement, faisait de la place à la participation des citoyens.

 

https://www.la-croix.com/France/Politique/Qui-sont-les-cinq-garants-du-debat-national-2019-01-18-1200996387

 

 

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Le grand débat national : tous les détails pour y participer

Le grand débat national : c’est quoi ? Comment y participer ?

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Promis par Emmanuel Macron pour répondre à la crise des gilets jaunes, le grand débat national est organisé du 15 janvier au 15 mars 2019 partout en France. À travers des débats locaux ou des consultations citoyennes, tous les Français sont invités à échanger sur quatre grands sujets prédéfinis.

Le grand débat national, une réponse à la colère des gilets jaunes

« Un débat sans précédent au niveau national » pour aborder « toutes les questions essentielles » : c’est au cours de son allocution télévisée du 10 décembre 2018 qu’Emmanuel Macron a mis sur les rails son projet de « grande concertation nationale ». Objectif affiché par le chef de l’État : « Prendre le pouls vivant de notre pays »

Ce rendez-vous permettra « à chaque Français de faire part de son témoignage, d’exprimer ses attentes et ses propositions de solutions », avait ensuite fait valoir le gouvernement dans le compte rendu du Conseil des ministres du 12 décembre 2018.

En fait, l’exécutif mise sur ce grand débat public pour apporter une réponse « plus profonde et plus structurelle » à la crise des gilets jaunes, qui dénoncent unanimement un manque d’écoute du pouvoir.

Le mouvement, lancé au départ pour protester contre la hausse des prix des carburants, agrège, depuis, une multitude de revendications. Si certains gilets jaunes justifient leur grogne en mettant l’accent sur la baisse de leur pouvoir d’achat ou leurs fins de mois difficiles, d’autres demandent pêle-mêle le retour de l’impôt de solidarité sur la fortune (l’ISF, supprimé en 2017), la revalorisation du salaire minimum de croissance (Smic) ou encore l’instauration du Référendum d’initiative citoyenne (Ric).

Autant de thèmes qui devraient être au menu des débats locaux organisés dans le cadre de la grande consultation nationale promise par Emmanuel Macron. Sauf que l’exécutif s’est montré très clair : pas question de remettre en cause les réformes mises en place depuis le début du quinquennat. Certains sujets ont même été purement et simplement exclus des discussions (interruption volontaire de grossesse, peine de mort, mariage pour tous…).

Calendrier : les dates du grand débat national

Le gouvernement indiquait jusque-là sur son portail Internet que le grand débat public se tiendrait de la mi-janvier à la mi-mars 2019. Le 14 janvier, le premier ministre Édouard Philippe a confirmé la date du lancement du processus : le 15 janvier. Cela coïncide aussi avec le coup d’envoi du tour de France des maires d’Emmanuel Macron.

Décembre 2018 : annonce du grand débat national

Lors de son allocution radiotélévisée, le 10 décembre 2018, le chef de l’Etat a annoncé le lancement d’« un débat sans précédent » pour répondre à la colère des gilets jaunes. Le président de la République espérait lancer cette concertation dès le 15 décembre. Seulement la Commission nationale du débat public (CNDP), initialement chargée d’« accompagner » et de « conseiller » le gouvernement dans sa démarche, a estimé à l’époque manquer de temps pour mener ses travaux liminaires.

Au terme d’une réunion organisée le 18 décembre 2018 avec le gouvernement pour tracer les grandes lignes de ce débat public, Emmanuel Macron a finalement indiqué que la « grande concertation nationale » se déroulerait en deux phases.

– De mi-décembre 2018 à mi-janvier 2019 : au cours de cette étape, tous les maires étaient invités à échanger avec leurs administrés via l’action « Mairie ouverte ». Des cahiers de doléances ont été installés dans certaines mairies pour permettre aux édiles de répertorier les revendications de leurs citoyens. L’Association des maires ruraux de France (AMRF) a remis l’intégralité du contenu des propositions le 14 janvier au président de la République, au premier ministre, au président du Sénat et à celui du Conseil économique, social et environnementale (Cese).

Le gouvernement avait demandé à une vingtaine de préfets d’éplucher les premières remontées, histoire de cerner les sujets les plus récurrents.

– Du 15 janvier au 15 mars 2019 : tous les Français sont conviés à prendre part à la consultation autour de quatre thèmes majeurs (transition écologique, fiscalité, services publics, démocratie-citoyenneté).

15 janvier 2019 : démarrage des consultations

Comme annoncé à l’issue du séminaire gouvernemental de rentrée, le 9 janvier 2018, les débats se dérouleront sous des formes variées. Outre des débats dans les mairies, sur les marchés ou sur les lieux de travail, le premier ministre avait évoqué des « réunions d’initiative locale », des « stands mobiles » ou encore des « conférences citoyennes régionales ». Des annonces confirmées par Matignon le 14 janvier 2019.

Emmanuel Macron a précisé les contours exacts de la « grande concertation de terrain » dans une « lettre aux Français » dévoilée par l’Élysée le 13 janvier 2019. La missive a été relayée par la presse et les réseaux sociaux. Tout au long de cette seconde séquence, le chef de l’État a prévu d’aller à la rencontre des maires dans toute la France.

Le site internet du grand débat national (granddebat.fr) a été mis en ligne le 15 janvier. Il comporte notamment quatre fiches thématiques sur les thèmes de la consultation. Il permettra de recueillir les contributions des Français à partir du 21 janvier.

15 mars 2019 : fin programmée du grand débat national

L’Élysée ayant indiqué, à l’issue de sa réunion préparatoire du 18 décembre 2018, que la deuxième phase du grand débat durerait « deux mois pleins », la concertation doit finalement s’achever le 15 mars, et non au 1er mars comme cela avait initialement été annoncé. Une date confirmée par le premier ministre Édouard Philippe à la veille du lancement du grand débat.

Grand débat public : les modalités d’organisation

Alors qu’un certain flou a longtemps entouré les circonstances de l’organisation du grand débat national, le premier ministre Édouard Philippe en a dévoilé toutes les modalités le 14 janvier 2019, après d’ultimes réunions à Matignon avec les partenaires sociaux et les élus.

La Commission nationale du débat public (CNDP) aux manettes du débat ?

La Commission nationale du débat public (CNDP) pilotera-t-elle la grande concertation nationale destinée à sortir de la crise des gilets jaunes ? Non. Après le retrait de autorité administrative indépendante, Matignon a fait savoir dans un communiqué, le 14 janvier 2019, que deux ministres ont été désignés pour cette mission. Le ministre des Collectivités territoriales Sébastien Lecornu et la secrétaire d’État à la Transition écologique Emmanuelle Wargon. « Ils se chargeront de faire vivre le débat, en suivre l’évolution et d’organiser la mobilisation de tous pour faire de ce grand débat un succès démocratique », précise le texte.

Par ailleurs, une « mission grand débat national » est créé par un décret publié le 15 janvier 2019. «Placée sous l’autorité du Premier ministre, cette mission interministérielle organisera la logistique du grand débat et se mettra à la disposition de tous ceux qui souhaitent participer à son organisation », indique le communiqué..

Après une polémique suscitée par son salaire à la tête de la CNDP, Chantal Jouanno avait annoncé, le 8 janvier 2019, son désistement du pilotage du grand débat, tout en restant présidente de la Commission. Dans un entretien au Figaro, le 11 janvier, l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy et ex-sénatrice centriste de Paris précisait que « la commission a constaté que sa contribution s’arrêtera au lancement du grand débat national, c’est-à-dire le 15 janvier ».

 

Un collège indépendant de cinq « garants » chargé de superviser les concertations

Conformément à l’annonce de l’éxécutif, un collège de cinq personnalités a été désigné pour veiller au bon déroulement du grand débat national censé répondre à la crise des gilets jaunes. Deux de ces « garants » ont été désignés par le gouvernement. Il s’agit de Jean-Paul Bailly, l’ancien patron de la RATP, et d’Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil).

Les trois autres ont été respectivement nommés par le président de l’Assemblée nationale, le président du Sénat et celui du Conseil économique, social environnemental (Cese). Richard Ferrand a ainsi choisi l’ancien membre du Conseil constitutionnel Guy Canivet. Gérard Larcher a porté son dévolu sur le politologue Pascal Perrineau. Quant à Patrick Bernasconi, il a désigné Nadia Bellaoui, secrétaire générale de la Ligue de l’enseignement, pour être son « garant ».

Outre ces cinq « garants », deux membres du gouvernement, le ministre des Collectivités territoriales Sébastien Lecornu et la secrétaire d’État à la Transition écologique Emmanuelle Wargon, sont chargés de « faire vivre le débat et d’en suivre l’évolution ».

Le gouvernement a aussi proposé « à toutes les formations politiques représentées à l’Assemblée nationale ou au Sénat » de participer à un « comité de suivi, chargé de veiller au plein respect du principe de pluralisme ».

« C’est un exercice inédit qui doit permettre aux Français de dire ce qu’ils souhaitent. Il faut que ce soit bien organisé, avec des principes de transparence et d’impartialité », a insisté le premier ministre Édouard Philippe peu après la diffusion du communiqué.

Un kit de méthodologie pour la tenue des débats

Tous ceux qui souhaitent organiser des réunions locales à l’échelle du quartier, de la commune, de la région ou d’une association (les citoyens, les associations, les collectifs, les élus, les entreprises ou encore les syndicats) peuvent s’inscrire sur le portail granddebat.fr, qui a ouvert le 15 janvier.

Les organisateurs des débats locaux et les participants peuvent y trouver des kits méthodologiques pour la tenue des réunions. Ces kits (il en est prévu un par intercommunalité, soit 1.264 au total), présentés le 14 janvier 2019 aux associations d’élus, doivent venir « en appui pour aider les animateurs des débats », selon les termes d’une lettre adressée aux préfets par le ministère de l’Intérieur.

Parmi les informations qui doivent figurent dans ces kits : l’obligation d’indiquer le lieu, la date, l’heure et le nombre de participants sept jours avant la tenue d’une réunion. Chaque réunion sera confiée à un animateur supposé neutre.

 

Grand débat national, comment y participer ?

Débats dans les mairies, réunions d’initiatives locales, conférences citoyennes… Le gouvernement a dévoilé les nombreuses formes que prendra la concertation publique jusqu’au 15 mars 2019.

Via des cahiers de doléances dans des mairies

Ouvert à tous, le grand débat national a été précédé d’initiatives locales au mois de décembre 2018, essentiellement au niveau des mairies des petites villes et des villages. Jusqu’au 11 janvier, dans certaines communes, les citoyens français qui le désiraient ont pu faire remonter leurs doléances au niveau local.

Une vingtaine de préfets mandatés ont été chargés de récolter et d’éplucher les premières remontées. Le 14 janvier, l’Association des maires ruraux de France (AMRF) a transmis l’intégralité des doléances et propositions « sans tri, ni hiérarchisation ».

Via des stands, dans les gares et les marchés

Des réunions locales se tiennent depuis le 15 janvier dans divers lieux, tels que dans les mairies, sur les marchés, dans les gares ou sur les lieux de travail. Un ou plusieurs thèmes (parmi les quatre sélectionnés par le gouvernement) devront être choisis lors de ces rendez-vous. La liste des débats organisés dans chaque région sera consultable en ligne sur le internet du grand débat.

Les remontées d’information se feront également par le biais de « stands mobiles » mis à la disposition de ceux qui veulent participer à l’organisation.

Les personnes qui ne peuvent se rendre à l’une de ces réunions mises en place ont la possibilité d’envoyer leurs contributions par courrier (Mission Grand Débat – 244, bd Saint-Germain, 75007 Paris) ou directement sur le site http://www.granddebat.fr.

Pour toute information, un numéro vert est disponible pour la France métropolitaine : il s’agit du 0 800 97 11 11. Pour l’Outre-Mer ou les Français résidant à l’étranger, il faut composer le 0033 1 82 71 03 39.

Via des conférences de citoyens nommés par tirage au sort

Le 14 janvier 2019, le premier ministre a confirmé que de Conférences citoyennes régionales seront organisées à partir du 1er mars pour élaborer des pistes concrètes à partir des contributions qui auront été déposées sur le site granddebat.fr ou envoyées par courrier postal à compter du 21 janvier. Édouard Philippe a indiqué qu’elles réuniront « des Français tirés au sort dans chaque région à des représentants de diverses parties prenantes ».

D’après nos recherches, ni les modalités du tirage au sort, ni les personnes éligibles (personnes inscrites sur les listes électorales ou pas ?) n’ont été rendus publics à ce jour.

Via des débats en ligne sur une plateforme numérique dédiée

Enfin, des débats auront également lieu sur Internet. Dans ce cadre, une plateforme numérique dédiée permettra aux Français de s’exprimer entre le 21 janvier et le 15 mars en déposant des contributions. Cet outil est accessible à l’adresse http://www.granddebat.fr.

Grand débat national : quatre thèmes majeurs retenus

Pour éviter que les débats ne tournent au défouloir, le gouvernement a retenu quatre sujets principaux.

Logement, transport, énergie

Ce thème recouvre celui de la transition énergétique, autour de trois questions :

– Comment isoler son logement ?
– Comment se déplacer ?
– Comment se chauffer ?

Fiscalité et dépenses publiques

La consultation autour du sujet de l’impôt et des dépenses publiques tourne autour de quatre interrogations :

– Quels sont les bons prélèvements ?
– Quel est le bon niveau de dépense ?
– Qu’est-ce qu’une fiscalité efficace et compétitive aujourd’hui ?
– Comment la rendre plus simple, plus lisible ?

Démocratie, citoyenneté, immigration

Le sujet résumé sous l’intitulé « Démocratie, citoyenneté, immigration » tourne autour de quatre grandes questions posées aux Français :

– Comment mieux associer les citoyens à la prise de décision ?
– Comment mieux représenter les sensibilités ?
– Comment répondre aux questions des Français sur l’immigration ?
– Comment mieux vivre ensemble et mener une politique d’intégration plus efficace et plus juste ?

À noter : l’immigration, présenté dans un premier temps par Emmanuel Macron comme un cinquième thème à part entière du grand débat, a finalement été intégré à la problématique sur le débat démocratique.

 

Organisation de l’État et des services publics

« Dans un monde qui change, dans une France où les mouvements de populations n’ont jamais été aussi massifs depuis 20 ou 30 ans, il est nécessaire de rendre les administrations et les services publics plus accessibles, plus efficaces et plus transparents », peut-on lire sur le portail Internet du gouvernement. Trois interrogations sont soulevées :

– Comment organiser la présence de l’État et des services publics sur le territoire national ?
– Comment prendre en compte la révolution numérique dans cette organisation ?
– Comment lutter contre le réflexe de la concentration ?).

IVG, peine de mort, mariage pour tous… Les sujets exclus du débat

Pourra-t-on vraiment parler de tout lors de la grande concertation nationale ? « Le grand débat ce n’est pas le grand déballage », a prévenu le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, à l’issue du conseil des ministres, le 9 janvier 2019. Il a précisé que les thèmes de l’interruption volontaire de grossesse (IVG), de la peine de mort et du mariage pour tous n’étaient « pas sur la table » du grand débat, arguant qu’il n’était « pas question » de revenir sur ces « avancées conquises de haute lutte ».

Avant de renoncer à piloter le débat, Chantal Jouanno avait pourtant affirmé le 7 janvier 2019 qu’aucun thème ne serait « interdit ». Y compris l’abrogation de la loi Taubira sur le mariage pour tous, arrivée en tête d’une consultation en ligne réalisée par le Conseil économique, social et environnemental (Cese) pour laquelle se sont mobilisés des militants anti-mariage pour tous.

Dans sa missive, Emmanuel Macron affirme que le grand débat national n’est « ni une élection, ni un référendum » et appelle « le plus grand nombre » à y participer. Il y annonce qu’il « rendra compte directement » de cette consultation, dans le mois qui suivra sa fin, prévue le 15 mars.

Lettre aux Français Emmanuel Macron publié par tsmf.infomedia

Emmanuel Macron à la rencontre des maires de France

Dans la foulée de l’envoi de sa « lettre aux Français », et toujours dans le cadre du grand débat national lancé pour répondre au mouvement des gilets jaunes, Emmanuel Macron a entamé mi-janvier un tour de France auprès des maires.

« J’irai rencontrer les maires, région par région », pour bâtir le socle d’un « nouveau contrat pour la nation », avait-il promis lors de son allocution du 10 décembre 2018.

C’est dans la ville normande de Grand Bourgtheroulde, près de Rouen (Eure), que le président de la République a effectué son premier déplacement, le 15 janvier 2019. Il s’est ensuite rendu le 18 janvier à Souillac (Lot) pour un deuxième débat avec des maires.

Aucun programme officiel n’a été communiqué concernant les dates et les lieux des futures visites d’Emmanuel Macron. Invité sur RTL le 18 janvier, Sébastien Lecornu, ministre chargé des Collectivités territoriales et co-animateur du grand débat, a simplement annoncé qu’une « nouvelle rencontre avec les élus » était programmée pour la semaine du 21 janvier, ajoutant que « ce sera le président de la République qui annoncera l’endroit ».

 

Grand débat national en ligne : le site Internet officiel

Le site du grand débat lancé par Emmanuel Macron a été mis en ligne le 15 janvier 2019, à l’adresse www.granddebat.fr. Cette plateforme numérique permettra de recueillir les contributions des Français à partir du 21 janvier.

Cet outil, qui s’ouvre en page d’accueil sur la « lettre aux Français » du président de la République, propose quatre fiches thématiques sur les grands sujets de la consultation : transition écologique, fiscalité et dépenses publiques, démocratie et citoyenneté, organisation des services publics. Chaque fiche propose aux internautes de répondre à des questionnaires portant sur ces quatre thématiques.

La plateforme permet également l’indiquer l’organisation d’un débat local et de voir où sont organisés ces débats sur l’ensemble du territoire.

Précision apportée par le site : la synthèse des contributions est prévue pour le mois d’avril.

Grand débat national : quelles suites ?

Le grand débat national n’a qu’une vocation : recenser les opinions des Français. À l’issue de la deuxième phase, qui s’achèvera mi-mars, toutes les doléances seront remontées à l’exécutif.

La concertation publique débouchera « fin mars – mi-avril » sur des « décisions très concrètes, en fonction des consensus identifiés », a d’ores et déjà expliqué le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux.

Le calendrier parlementaire bousculé pour tenir compte du grand débat

La grande consultation nationale lancée pour apporter des solutions à la grogne des gilets jaunes va en tout cas ébranler le rythme des réformes. Et donc le calendrier parlementaire. Interrompu en juillet 2018 en pleine affaire Benalla, le projet de loi constitutionnelle devait revenir devant les députés en janvier. Il est finalement ajourné. Et pour cause, cette thématique institutionnelle est l’un des quatre grands thèmes de réflexion fixés par le gouvernement dans le cadre du débat public. « Il n’y aurait pas de sens à discuter au Parlement de cette réforme avant que les Français se soient exprimés », a admis Édouard Philippe.

Deux textes sur lesquels les sénateurs devaient plancher les premiers ont aussi été renvoyés à plus tard : la Loi d’orientation des mobilités (LOM), qui n’arrivera pas pas avant fin mars prochain devant la haute chambre, selon son rapporteur ; et la loi introduisant de nouvelles règles d’organisation territoriale. Ces deux seront nourris par les éléments venus du grand débat.

Le chantier de la refonte des impôts locaux risque aussi de tarder à arriver devant les sénateurs. D’abord, la réflexion autour de la fiscalité est l’un des grands enjeux du débat national. Ensuite, la suppression de la taxe d’habitation pour les 20% les plus aisés a fait naître dernièrement la cacophonie au sein du gouvernement.

 

https://www.toutsurmesfinances.com/vie-pratique/a/le-grand-debat-national-mode-d-emploi

 

 

 

 

CRISE ECONOMIQUE, GILETS JAUNES, LA VIE (journal hebdomadaire), MEDEF, MOUVEMENT DES ENTREPRISES DE FRANCE, SECOURS CATHOLQIUE

Débat Secours catholique/Medef : à propos du mouvement des « Gilets jaunes »

GILETS JAUNES

Secours catholique / Medef : notre grand débat

Publié le 15/01/2019 à 18h14 – Modifié le 16/01/2019 à 15h15Interview Jean-Pierre Denis, Laurent Grzybowski et Pascale Tournier

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Titre de l’article : Que peuvent apporter les chrétiens à la crise actuelle ? Tour d’horizon, avec le Medef, le Secours catholique et les croyants de tous bords.

  

 « La France n’est pas un pays comme les autres. » Tels sont les premiers mots d’Emmanuel Macron dans la lettre envoyée aux Français. Si le chef de l’État ne fait pas l’unanimité avec l’organisation du débat national, on peut lui accorder une chose : à l’image du pays, du rapport qu’il entretient avec la politique et de l’effervescence actuelle, l’exercice est totalement inédit. Dans sa forme, son fond, et même son résultat. Il est prévu jusqu’à la mi-mars, et personne n’est en mesure de prédire ce qu’il en sortira. Quel sera le niveau de participation ?
Les « gilets jaunes » entreront-ils dans la danse ? Comment s’opérera la restitution ? Quels changements surviendront ? Dans quel état se trouvera la société, à l’issue de ces deux mois ? Preuve du niveau d’incertitude, le Président est le premier à avoir adopté la forme interrogative pour poser les contours du débat axé autour de quatre thématiques : fiscalité et dépenses publiques, organisation de l’État et des services publics, transition écologique, démocratie et citoyenneté. À l’exception de la suppression de l’ISF, sur laquelle l’exécutif affirme, pour l’heure, ne pas vouloir revenir, tout est ouvert, même les thèmes de l’immigration et de la laïcité.

À cette discussion de grande envergure, La Vie a décidé de prendre sa part en organisant une rencontre entre la présidente du Secours catholique, Véronique Fayet, et le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux. Le face-à-face a eu lieu dans le bureau du patron des patrons, avec vue imprenable sur la tour Eiffel. « Gilets jaunes », finance, inégalités, etc. Pendant plus d’une heure, chacun a exprimé son point de vue et ses solutions, avec son langage, sa vision et ses convictions. Si Véronique Fayet a plaidé avec force pour un capitalisme à « visage humain », prenant comme modèle l’économie sociale et solidaire, Geoffroy Roux de Bézieux n’avait qu’un seul credo : l’efficacité économique, au nom de l’éthique de responsabilité. Si la première a tendu des perches à son interlocuteur, les divergences ont été plus nombreuses que les points de convergence. Ce qui n’a pas empêché l’entrepreneur d’inviter son hôte à la prochaine université d’été du Medef.

  

Question de la Vie« Nous sommes prêts à participer à l’effort de guerre », avez-vous déclaré en parlant de la crise actuelle. Sommes-nous vraiment en guerre ?

 

Geoffroy Roux de Bézieux. Les entreprises sont prêtes à participer à l’effort de la nation pour essayer de sortir de la crise, même si, sur les ronds-points et les défilés, elles n’étaient pas mises en cause. À aucun moment, on n’a vu des pancartes « Pendons les patrons ». Pour autant, parce que nous faisons partie de la communauté nationale, nous devons nous aussi faire un effort. D’où la prime exceptionnelle, la prime de mobilité et toutes les propositions que nous porterons, notamment durant le grand débat.

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Véronique Fayet. Cette crise vient rappeler que nous devons être en guerre contre la pauvreté, le chômage, le mal-vivre. Quand on est dans une situation de guerre, il faut une mobilisation générale. Nous ne vaincrons la pauvreté et le chômage que tous ensemble. Ce n’est pas les uns contre les autres, les patrons contre les syndicats, les associations contre l’État, les riches contre les pauvres. C’est ensemble !

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Question de La Vie : Cette protestation est-elle celle des classes moyennes ?

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G.R.B. « Les gilets jaunes, c’est une manifestation française de ce qui se passe dans l’ensemble des pays occidentaux : le refus de la mondialisation et de ses conséquences par une partie des citoyens. […] Partout c’est le même syndrome : les classes moyennes se sentent perdantes du système. Elles ont compris que l’économie se transforme à toute vitesse, que leurs métiers risquent de disparaître. Certains se disent : Je ne vais pas y arriver, la seule façon de me défendre, c’est de refuser ».

V.F. « Au début, je me suis dit : c’est le cri des pauvres. Des pauvres qui ne peuvent plus crier, car ils n’ont plus la force. Puis j’ai entendu cette crise comme un cri des ‘presque pauvres’, qui correspond aux 10% des gens qui viennent nous voir. Ils sont au-dessus du seuil de la pauvreté, mais n’y arrivent pas à la fin du mois…. »

 

LA VIE. Les institutions que vous représenter n’ont-elles pas fait fausse route ? D’un côté, le Medef a vanté le discours de la mondialisation. De l’autre, le monde associatif s’est intéressé au plus pauvres et pas aux classes moyennes qui se sentent dupées.

V.F. Elle rappelle quelques chiffres : accueil de 1,5 M de personnes chaque année ; 90% sous le seuil de pauvreté (beaucoup sans emploi depuis longtemps et 1% en formation professionnelle. Elle rappelle l’expérience comme Territoires Zéro pour les chômeurs de longue durée.

« Nous accueillons de plus en plus de travailleurs pauvres, proches des classes moyennes. […]. Nous faisons tout pour ne pas opposer les pauvres et rester universels. »

G.R.B. « Les mutations sont inhérentes au capitalisme … ; il détruit pour créer ». Puis il cite les mutations qui se sont faites dans l’industrie « Désormais, le changement, parfois difficile à vivre, se passe à l’échelle du globe. Le discours que nous tenons n’est pas ‘Tant pis pour vous’, mais comment faire, dans ce monde où tout va si vite pour faire évoluer les compétences, mais aussi les esprits ; personne n’a envie de chnger de métier ou de lieu d’habitation sans arrêt. La métropolisation de l’économie amplifie les difficultés : 85% des emplois sont créés dans les 14 plus grandes métropoles »

 

LA VIE. Les inégalités ne sont-elles pas plus profondes ? Mme Christine Lagarde, la directrice générale du FMI, appelle à les enrayer, craignant « l’avènement d’un âge de la colère »

G.R.B « A l’échelle du globe, les inégalités de revenus ont d »cru en 200 ans. Certes, sur les 10-15 dernières années, en particulier aux Etats-Unis, ces inégalités ont crû. Mais pas chez nous. La France est le pays qui redistribue le plus au monde ».

 

LA VIE. Pourtant les études le disent, le système redistributif fonctionne moins bien qu’avant. La CSG est proportionnelle et les taxes indirectes ont augmenté

 

G.R.B. « Le coefficient d’inégalité a diminué. La part des revenus des 10% les plus riches a baissé par rapport aux 10% les moins riches »

V.F. « Et que dites-vous des 10% les plus riches qui dans notre pays, possèdent 48% du patrimoine ? »

G.R.B. «  Il y a la réalité et sa perception. […]. Je rappelle que les 20% les plus riches gagnent huit fois plus que les 20% les plus pauvres avant prélèvement et quatre fois plus après. Mais le sentiment d’inégalité est le plus élevé… »

 

LA VIE. Pour l’économiste Gaël Giraud, le rapport entre les plus hauts et les plus bas salaires ne devrait pas dépasser les 12. C’est la « théorie du facteur 12 »

G.R.B. « Cette théorie me semble un peu factice. Je ne sais pas comment on peut déterminer un tel niveau. […]. Comment définir le bon niveau ? C’est une question de contexte, mais aussi de tradition et de culture ».

[sites à consulter pour expliquer la « théorie du facteur 12  » :

file:///C:/Users/tricoire/Downloads/131113_limiter_les_ecarts_de_remuneration-un_enjeu_defficacite_economique_et_de_justice_ecologique_et_sociale.pdf

http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/deux-economistes-catholiques-invoquent-le-facteur-12-pour-taxer-les-plus-riches-24-04-2012-2478_118.php)

Le Facteur 12. Pourquoi il faut plafonner les revenus, Gaël Giraud et Cécile Renouard, (Carnets Nord, 2012, 18 euros.)]

LA VIE. Il n’y a vraiment pas de valeur absolue pour vous ? N’est-ce pas une conception de l’éthique purement utilitariste et relativiste ?

G.R.B. « Encore une fois, si vous accepter de vous confronter à la communauté à laquelle vous appartenez et si la majorité accepte que vous soyez payé 20 ou 30 fois plus parce que ce vous avez fait pour l’entreprise le mérite, où est le problème ?

 

LA VIE. Le président Macron a parlé dans ses vœux de la fin du « capitalisme ultralibéral et financier »

V.F. « Nous faisons, de fzit fausse route avec une économie financiarisée jusqu’à la perversion. Le ¨Pape François a des mots sévères à ce propos. Pendant mes études, on me parlait du modèle rhénan, un capitalisme à visage humain, comme le dit l’enseignement de l’Eglise ». Une entreprise est une communauté de personnes. Certains investissent dans le travail, d’autres dans le capital, mais les rémunérations du travail et du capital doivent être raisonnables, si possible transparentes, à l’image du monde de ‘l’entreprise libérée’ qui se développe. C’est une économie vertueuse. Mais la finance a perdu la boule. On finance du financier. C’est ce qui amené le Secours catholique a publier le rapport ‘La Finance aux citoyens’, pour parvenir à réguler la finance mondiale. »

G.R.G. « Gardons-nous de tomber dans le syndrome ‘Amélie Poulain », dire que c’était mieux avant ». […]. Plus que la financiarisation de l’économie, il existe un sujet avec les entreprises cotées.  Sous la pression des résultats trimestriels, elles privilégient des mesures à court terme, alors que le capitalisme entreprenarial ou familial assure une vision de l’investissement plus longue. Quant aux actionnaires, quel est le bon niveau de rémunération ? Là encore, je ne sais pas. Les dividendes ont retrouvé le niveau record de 2007 en valeur absolue. On crie au scandale, mais, pendant 10 ans, les salaires ont augmenté et pas les dividendes. C’est comme si pendant neuf ans, un propriétaire de studio avait eu des impayés de loyer.

  1. V.F. « A Paris, le capital immobilier ne cesse de prendre de la valeur

G.R.B. « … mais ce n’est pas le cas des entreprises. Les  actions connaissent des chutes brutales. Vous parler de l’humain et de la morale. Mais on peut aussi prendre les choses sous l’angle de l’efficacité et voir ce qui va créer de la richesse à partager. »

 

LA VIE. La morale est un gros mot pour vous ?

 

G.R.B. « Il faut voir ce qui est efficace sur le long terme. Et l’efficacité sur le long terme intègre de facto une forme de morale et de consensus.

  1. V.F. L’enjeu d’une entreprise est de créer de la richesse et du bien commun, du bien-être pour tous les individus et pour la société, de favoriser la consommation de biens essentiels et de défendre l’environnement. Mais quand les écarts de salaires sont délirants, on n’est plus dans le bien commun ni dans une communauté de projet. Dans le secteur de l’entreprise sociale et solidaire que nous côtoyons et qui se porte bien, l’écart est de 1 à 10. Les décisions sur les rémunérations ou le choix de développement sont collégiales. Ces modèles, porteurs de bien commun, peuvent nous aider à retrouver une société apaisée et fraternelle. Les gens vont sur les ronds-points parce que là, au moins, ils vont retrouver la fraternité qui n’existe plus dans l’entreprise, retrouver aussi le goût de l’action et de la réflexion collective, ressentir de la considération.

G.R.B. « Les entreprises sont aussi des lieux de convivialité. Les gens sont heureux de se retrouver et de participer  à un projet commun. La solitude vient surtout des médias sociaux, de l’individualisme ambiant. Quant au qualificatif « délirantes » pour les rémunérations, disons plutôt « inacceptables par le corps social ». Il faudra quand même  que l’on m’explique un jour pourquoi c’est toujours sur les patrons que l’on cogne et jamais sur les joueurs de foot ».

 

LA VIE. L’économie solidaire et sociale offre-t-elle selon vous une voie d’avenir ?

G.B.R. « L’économie sociale et solidaire (ESS) est un modèle différend d’autres modèles capitalistes. Mais tous peuvent cohabiter et se développer. L’avenir ne peut se limiter au profit trimestriel et au cours termisme, c’est certain. Mais ce profit est indispensable, parce qu’il s’agit de la survie de l’entreprise et de sa capacité à investir, à créer de l’emploi. La vraie caractéristique du capitalisme de puis 30 ans est que ce que l’on pensait immuable ne l’est pas. »

V.F. « L’ESS  a beaucoup à nous apprendre. C’est un modèle alternatif qui expérimente une gouvernance partagée sous forme coopérative, par exemple, des échelles de salaires réduites, la participation de bénévoles qui introduisent la notion de gratuité au cœur de l’économie. Un modèle qui permet surtout de prouver que nul n’est inemployable et que chacun a des talents utiles pour le bien commun. C’est inspirant pour les entreprises, non ? »

 

LA VIE. De fait, pensez-vous que le modèle ESS pourrait inspirer les entreprises classiques ? Et comment ?

 

G.B.S. « L’ESS ne peut pas être universelle, c’est un modèle parmi d’autres. Le capitalisme est multiforme. Une entreprise est intégrée dans un humus social, avec des élus, des citoyens, des voisins, un territoire, un environnement, etc. Son degré de participation au bien commun dépend un peu du modèle retenu. Entre le modèle ultralibéral et celui de l’économie sociale et solidaire, il existe toute une palette de solutions. »

V.F. Elle cite texte d’Emmanuel Faber, patron de Danone, à propos de son entreprise  : « Si on diminuait de 30% le salaire de 1% des mieux payés, on pourrait doubler la rémunération des 20% les moins bien payés »

G.B.R. « Vous croyez que les cadres concernés resteraient chez Danone ? »

  1. V.F. « Oui, je le crois. Au Secours catholique, nous salarions des personnes très compétentes et parfois très diplômées, qui sont prêtes à travailler avec un salaire plus bas qu’ailleurs. »

G.B.R. « Oui, parce que ce sont des gens formidables et qu’en venant chez vous ils font un choix. […]. Mon éthique personnelle ou la vôtre sont une chose, la réalité en est une autre. D’autant que la France n’est pas un pays isolé. Si on baissait les plus hauts salaires, beaucoup de gens partiraient travailler à l’étranger ».

  1. V. F. « Pour reprendre l’exemple de Danone, cela correspond à un véritable projet d’entreprise, avec l’idée de servir le bien commun en France et dans le monde. Une telle proposition peut être acceptée dans des entreprises ayant un projet fort et dont le but n’est pas que de faire de l’argent. »

G.B.R. « Je suis très heureux qu’il y ait des gens comme vous ou comme Emmanuel Faber qui poussent… »

  1. V.F. « Des Bisounours ?»

G.B.R. « Non ! Je pense simplement qu’il faut faire avec les défauts des hommes et leur avidité naturelle. »

V.F. « On peut les combatte aussi. C’est le thème du discours du pape du 1er janvier. »

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/messages/peace/documents/papa-francesco_20181208_messaggio-52giornatamondiale-pace2019.html

G.R.B. « Il y a deux manières de combattre ces défauts : on peut essayer de monter des projets différents, ce que fait Danone par exemple, et on peut aussi lever des impôts. Puis quand ça ne marche pas, on crée des impôts supplémentaires. Et, à un moment, si l’on s’enferme dans cette spirale, ça devient un système totalitaire et ça s’appelle l’Union soviétique, le Vénézuela ou la Corée du Nord. »

 

LA VIE. Faut-il rétablir l’ISF ?

 

V.F. « Il aurait fallu déjà ne pas le supprimer. La façon dont cela a été fait a été violente. Il y a eu, au même moment, la suppression des emplois aidés, la baisse des subventions aux associations, puis la diminution des 5 € pour les aides au logement. C’était symboliquement ravageur ! Beaucoup de mesures négatives pour les pauvres et les précaires ont été prises dans les premiers mois du quinquennat ainsi que des mesures favorables aux plus riches. Au passage, cela a plombé la Fondation Caritas France, qui a perdu 50% de ses revenus, comme toutes les fondations, et pénalisé de multiples petites associations  qu’elle soutient. C’est très grave. Le président de la République ne l’a pas mesuré. L’ISF, c’est 3 milliards de moins dans les caisses de l’Etat. Cet argent devait être injecté dans l économie et créer des emplois…. Qu’en est-il ? »

G.B.R. « J’entends que tout le monde veut rétablir l’ISF. Mais il ne faut pas oublier que nous sommes le pays qui paye le plus d’impôts au monde avec le Danemark : les recettes fiscales représentent 48% du PIB. Malgrè ça, on estime que les riches ne paient pas assez d’impôts et qu’il est impossible de supprimer l’impôt sur le patrimoine immobilier. D’ailleurs, l’ISF n’existe que dans un seul pays au monde, le nôtre. Comment fait-on pour avoir ce taux de fiscalité le plus élevé du monde et un sentiment d’injustice ? De toute façon, pour l’ISF, la mal est fait : tous les entrepreneurs qui sont partis ne reviendront pas. Au fond, le fait que le niveau d’acceptation des inégalités soit différent de celui de nos voisins nous handicape dans la compétition mondiale »

  1. V.F. « Je voudrais souligner que les 3 milliards d’euros en moins dans les caisses d l’Etat, partis en fumée, auraient pu être investis de manière utile dans la transition énergétique. Il y a urgence : des millions de logements sont de véritables passoires thermiques. En travaillant à leur rénovation, on créerait des emplois, on protégerait l’environnement et on ferait un bien social inestimable en réduisant la précarité énergétique. Ce cercle vertueux porte un nom : le développement durable. Il faudrait que des institutions telles que le Medef et le Secours catholique travaillent main dans la main pour déclarer la rénovation énergétique, grande cause nationale »

 

LA VIE. Cette suppression de l’ISF n’a-t-elle pas été décidée par Emmanuel Macron pour que les entreprises puissent tirer l’économie vers le haut ?

G.G.R. « Oui, c’est la fameuse théorie du ruissellement que M. Mélenchon ne cesse de contester. »

  1. V.F. « Nous aussi, c’est sûr, nous la contestons ! Sérieusement, vous y croyez à cette théorie ?

G.R.B. « Plus il y aura de riches en France, mieux nous nous porteront. L’économie n’est pas une science exacte. Plus il y aura de riches, plus il y aura de recettes fiscales. Les gens qui sont partis pour se mettre à l’abri ne payaient pas que l’ISF. Ils ont arrêté de payer l’ensemble des impôts et des taxes. Ils ont aussi de consommer. Le ruissellement, c’est cela. C’est l’effet induit des dépenses et des investissements des uns et des autres. A moins que vous ne croyez que tout m’argent de l’ISF est simplement thésaurisé et placé dans des fonds spéculatifs »

V.F. « Oui, c’est ce que je crois »

G.R.B. « Mais non ! Les personnes concernés investissent, créent, embauchent.

V.F. « Permettez-moi d’avoir quelques doutes. Moi, je crois beaucoup plus au ruissellement à l’envers. C’est-à-dire que si les 20% les moins payés voyaient leur salaire doublé, ils consommeraient et injecteraient leur agent dans l’économie réelle ».

G.R.B. « Ah oui, vous êtes complètement mélanchoniste ! Soyons sérieux. Si nous doublons le Smic, que se passerait-il ? Comment nos entreprises pourraient-elles s’en sortir avec un taux de marge qui est le plus bas d’Europe.  Expliquez-moi, je serai ravi ! »

V.F. « Tout dépend des charges qui sont liées à ces salaires. Et puis, on peut resserrer l’éventail des salaires.

G.R.B. « Dans ce cas se poserait un autre problème : tous les cadres concernés par une baisse de leur salaire s’en iraient. Malheureusement , le marché est là. Il y a un pays qui vit une expérience dramatique en ce moment c’est le Vénézuela. Ce pays a longtemps été le plus riche de toute l’Amérique du Sud. Il est aujoiurd’hui dans une situation catastrophique.  Je ne nie pas qu’il y ait des excès dans le capitalisme actuel, mais les solutions simples, je n’y crois pas. »

 

LA VIE. L’Encyclique Laudato Si’ du pape François vous inspire-t-elle dans votre action ?

  1. V.F. « Au Secours catholique, l’Evangile est une inspiration quotidienne et nous sommes très attentifs aux écrits et aux discours du pape, qui, comme ses prédécesseurs promeut la doctrine sociale de l’Eglise. Quand il parle du cri des pauvres et de la clameur de la terre, on peut comprendre ce que ça veut dire : qu’il n’y a pas de justice sociale sans justice écologique, et inversement. Laudato Si’, c’est un peu ma bible. J’ai relevé une petite phrase issue du n° 194 que je vous conseille de méditer : Il ne suffit pas de concilier, en juste milieu, la protection de la nature et le profit financier, ou la préservation de l’environnement et le progrès. Sur ces questions, les justes milieux retardent seulement un peu l’effondrement. Je trouve cela extrêmement pertinent. Notre pape n’est pas un homme tiède. Il nous rappelle qu’il y a des choix à faire, des choix radicaux. »

G.R.B. «  Le pape est dans son rôle en tirant l’exigence très loin. De même, les ONG sont dans leur rôle quand elles dénoncent la fraude fiscale ou le double discours de certaines multinationales. C’est un peu l’éthique à conviction contre l’éthique de responsabilité. Nous avons besoin de ces aiguillons, qu’ils soient spirituels ou politiques. Mais moi, je suis en position de responsabilité et je dois concilier une haute exigence morale demandée par un certain nombre de gens, le pape en premier lieu, avec un principe de réalité : les entreprises sont libres et indépendantes, et elles agissent chacune en fonction de leur intérêt propre ».

 

LA VIE. Le fait que vous soyez chrétien est-il, à cet égard, un avantage ou un inconvénient ?

G.R.B. « Avant d’emmener les autres vers un meilleur capitalisme ou un capitalisme plus humain, il faut d’abord s’astreindre à être soi-même exemplaire. Le pape dépeint un idéal. Quand on reprend ses textes, on voit qu’il est très marqué par l’Amérique latine, où existe une forme de capitalisme très dur et très inégalitaire. [cf. le livre de Elena Lassida : Le goût de l’autre. La crise, une chance pour réinventer le lien, Paris : Albin Michel, 2011. 326 p. : comme elle est uruguayenne elle donne des exemples où se retrouve la pensée du pape qui sans être partisan de la théologie de l libération a développé ce que l’on appelle « la théologie du peuple. Rajout personnel au texte !].C’est le continent qui, avec l’Asie, concentre le plus d’inégalités, à l’instar de ce que nous avons connu en Europe au XIXè siècle. La social-démocratie chez nous est passée par là. C’est pour cela que je suis un peu gêné pour vous répondre. Oui, être chrétien pour moi est un avantage en donnant une orientation à ma vie. Mais entre l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité, je choisis la seconde »

 

LA VIE. Face à la crise, ne faudrait-il pas que les leaders d’opinion chrétiens prennent la parole ?

G.R.B. « Ce serait compliqué. Exprimer des convictions spirituelles sur la place publique est assez contraire à notre histoire récente. Certains commentateurs n’ont pas manqué de rappeler  que nous partageons, avec Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT et ancien de la JOC, la même éducation chrétienne. Je ne suis pas certain que cette comparaison soit des plus pertinentes. »

V.F. « Je pense au contraire que, à la suite du pape, les chrétiens doivent oser dire haut et fort leurs convictions. Nous avons à porter au monde une espérance. Non, la misère n’est pas une fatalité ! Non, les migrants ne sont pas une menace, mais une chance ! Non, la bataille contre le changement climatique n’est pas perdue ! Nous avons à construire des alliances et à œuvrer ensemble à la transformation du monde ; des associations comme la nôtre, le CCFD, les Entrepreneurs et dirigeants chrétiens, le Mouvement chrétien des cadres et dirigeants… Y compris avec certains syndicats réformistes, comme la CFDT. Ces alliances sont fécondes, nécessaires et urgentes, si nous voulons faire advenir un monde plus juste et plus fraternel ».

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Interview Jean-Pierre Denis, Laurent Grzybowski et Pascale Tournier

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http://www.lavie.fr/actualite/societe/secours-catholique-medef-notre-grand-debat-15-01-2019-95715_7.php

 

CRISE ECONOMIQUE, ECONOMIE, ELENA LASIDA, Le goût de l'autre, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

Le goût de l’autre par Elena Lasida

Le goût de l’autre : la crise, une chance pour réinventer le lien

Elena Lasida

Paris, Albin Michel, 2011. 336 pages

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Présentation de l’éditeur

En temps de crise, l’économie est souvent accusée de tous les maux. Mais si au lieu de la diaboliser, nous revisitions son rôle dans la société ? On pense en général qu’elle ne crée que des biens. C’est oublier sa vocation première : créer du lien, comme le montrent les réseaux d’économie solidaire. On pense aussi qu’elle épuise autant les ressources naturelles que les individus et les sociétés. C’est négliger les nouvelles pistes qui sont à notre portée, sources d’une croissance centrée sur le vivre-ensemble.Elena Lasida, qui enseigne l’économie solidaire et le développement durable à l’Institut catholique de Paris, nous présente ici l’économie sous un jour radicalement nouveau. Non pas comme une énième théorie d’inspiration libérale ou sociale, mais comme un véritable projet de vie en commun, à construire à partir des mille initiatives qui naissent aujourd’hui au sein de la société civile. Elle puise dans les récits bibliques des outils et des notions comme la création, l’alliance, la promesse… qui se révèlent étonnamment pertinents pour réinventer nos modèles et en tirer le meilleur. Un meilleur que, chacun, nous pouvons accueillir et faire vivre au jour le jour.

 

Analyse de l’ouvrage

C’est un livre qui traite de l’économie mais sur un registre inattendu : il ne s’agit d’un livre d’économie au sens classique du terme ; en effet ce n’est pas un traité d’économie car on n’y trouvera n’y statistiques, ni leçons  pour améliorer la croissance ou pour mesurer la productivité des pays. C’est un essai où l’économie est vue à hauteur d’homme dans ce qu’elle a de plus valorisant : l’économie pour l’auteur est source de création, de relation. Comme point d’appui pour sa démonstration elle puise dans sa vie personnelle, ou dans les diverses expériences vécues ; elle puise aussi longuement dans les récits bibliques. Ce faisant elle rend ses lettres de noblesse à une activité humaine où il importe de rechercher « moins de biens et plus de liens ». Il s’agit donc de « reconsidérer la richesse » dans sa quête de croissance capitaliste.

L’ouvrage se découpe ainsi en dix chapitres, que l’auteure a choisi de structurer toujours selon le même schéma : un récit d’expérience personnelle qui met en évidence un paradoxe, qu’elle relie alors à une pratique (et/ou théorie économique) ainsi qu’à un récit biblique.

Ainsi le but de l’auteur est une réponse à tous ceux qui envisagent l’économie sous un angle autonomisée  par rapport à la vie socilae et quotidienne des uns et des autres. Au contraire il s’agit d’une « expérience de vie » (chapitre premier). Elena Lacida veut signifier par cette expression que la vie n’est pas contraire à la mort mais sa traversée : tout est marqué par la rencontre de la limite, du manque et de l’étrangeté. Elle rappelle l’étymologie du mot économie : « gestion de la maison » car « chacun habite sa maison d’une manière différente ».

Elle emprunte une distinction que l’on trouve chez Annah Arent :  entre création et fabrication – la première faisant intervenir une nouveauté radicale où elle considère ainsi que l’économie relève de celle-là et s’adresse donc davantage chez l’homme à sa « qualité de créateur » qu’à son « besoin de consommation » : « elle ne vise pas à réduire la finitude humaine, mais à la transformer en expérience de transcendance »

Plus loin dans l’ouvrage, l’auteure fait du reste l’éloge des « objectifs du Millénaire » adoptés en 2000 par les membres de l’Organisation des Nations Unies en dépit de leur approche quantitative du développement. Quoiqu’il en soit, on pourra malgré tout s’accorder avec sa définition peu conventionnelle de l’économie comme « engendrement de la limite », qui renvoie à la nécessaire prise en compte de la finitude des ressources comme des capacités d’absorption de la pollution par l’écosystème. Elle illustre son propos en critiquant les grandes firmes agro-alimentaires commercialisant des produits OGM pour réduire la faim dans le monde   Plus loin dans l’ouvrage, l’auteure fait du reste l’éloge des « objectifs du Millénaire » adoptés en 2000 par les membres de l’Organisation des Nations Unies en dépit de leur approche quantitative du développement. Quoiqu’il en soit, on pourra malgré tout s’accorder avec sa définition peu conventionnelle de l’économie comme « engendrement de la limite », qui renvoie à la nécessaire prise en compte de la finitude des ressources comme des capacités d’absorption de la pollution par l’écosystème.

L’entreprise de l’auteure peut aussi être lue comme une réponse à celles et ceux qui, à l’instar de la politique, envisagent l’économie comme une sphère autonomisée par rapport à l’expérience sociale quotidienne des uns et des autres. Au contraire, explique-t-elle, l’économie est une « expérience de vie » (ainsi qu’elle intitule son premier chapitre). Encore faut-il également bien définir ce que signifie cette dernière. La vie n’est en effet pas le contraire de la mort, mais sa traversée. Elle veut dire par là qu’elle est en effet intrinsèquement marquée par la rencontre de la limite, du manque et de l’étrangeté. L’économie signifie du reste, rappelle-t-elle, étymologiquement « gestion de la “ maison”». Rien de plus ancré dans l’expérience ordinaire a priori, mais « chacun « habite » sa maison d’une manière différente ». Reprenant la distinction d’Hannah Arendt entre création et fabrication – la première faisant intervenir une nouveauté radicale —, elle considère ainsi que l’économie relève de celle-là et s’adresse donc davantage chez l’homme à sa « qualité de créateur » qu’à son « besoin de consommation » : « elle ne vise pas à réduire la finitude humaine, mais à la transformer en expérience de transcendance » (p.35). On pourra cependant objecter que l’argument de la satisfaction des besoins, s’il est souvent instrumentalisé comme faux-nez de la recherche effrénée de profits – ainsi que l’illustre l’argumentaire des grandes firmes commercialisant les semences d’OGM en prétendant résoudre ainsi le problème de la « faim dans le monde »- ne peut-être pour autant évacué d’un revers de main : elle prend alors comme exemple les « objectifs du Millénaire » qui valorise les efforts fait par les producteurs locaux pour résoudre les problèmes liés à une faible production agricole et qui tient compte de l’écosystème.

Dans un second chapitre elle revient sur la dimension créatrice de l’économie en face des pressions des acteurs patronaux invitant les salariés à accepter u accroissement de leurs salariés : pour l’auteure il s’agit alors de se confronter à une finitude de toiute activité humaine : la vie, l’amour sont précaires, [alors] pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? ». D’une façon étonnante elle s’en prend alors aux partisans de la décroissance « ces mouvements expriment surtout une contestation à l’égard d’un modèle économique et d’un mode de vie centrés sur l’augmentation de la production et de la consommation ». Et elle ajoute : « Plutôt que d’inverser ou de freiner la croissance, ce qui revient à avoir moins du même, je crois que le vrai défi c’est de la définir autrement » car « vouloir se développer et croître » serait inhérent à la nature humaine ; elle rejoint cependant les ^partisans de la décroissance sur un point : « Et pour ce faire, il ne s’agit pas de remplacer les énergies non renouvelables et polluantes par des énergies renouvelables et propres. La question est bien plus fondamentale : elle n’interroge pas seulement le type de ressources utilisées, mais aussi et surtout la finalité et la manière dont on les utilise »

Qu’est-ce qui devait être la finalité e l’activité économique ? Si elle ne doit pas être l’accumulation de biens matériels, elle doit permettre à chacun de mettre en œuvre sa capacité créatrice  et sa volonté de créer et d’entretenir les liens sociaux. Ceci permet aux différents  membres de la société de se rendre compte de leur interdépendance croissante plutôt que de se penser paradoxalement comme toujours plus indépendants les uns des autres (les exemples abondent pour montrer combien celui qui vent et celui qui achète sont liés par une chaîne qui va du producteur au vendeur, puis du vendeur à l’acheteur). En partant de là elle ouvre une longue parenthèse sur la notion de la « sympathie » développée par Adam Smith dans sa Théorie des sentiments moraux (1759), et montre les contradictions auxquelles peuvent se confronter la quête de vertu pour satisfaire sa conscience intérieure (ce que A. Smith appelait the man within) et la recherche d’une approbation publique (the man without), dans une société qui valorise l’accumulation de richesses. Une tension fondamentale, d’autant qu’il s’y rajoute le fait que l’ostentation de la richesse n’attire pas seulement la sympathie, mais aussi l’envie. « Le riche devient à la fois le modèle à imiter et le rival à écarter » (p.89).

 L’auteure développe ensuite le fait que la finalité de l’économie c’est surtout de devoir susciter davantage l’alliance – qui implique l’accueil de l’imprévisible- plutôt que le contrat, qui vise au contraire la maîtrise et la prévoyance par le calcul. Elle observe d’ailleurs, après Olivier Favereau, que cette notion d’alliance a introduit une révolution au sein de la théorie économique en plaçant au cœur de cette dernière non plus l’objet mais la relation. Le propre de l’échange économique n’est plus fondée  sur la méfiance réciproque et la recherche de son intérêt personnel exclusif mais doit au contraire contribuer à bâtir des communautés, des sentiments d’appartenance commune, ce que seule la réciprocité peut permettre, et non le marché ou la redistribution impersonnelle.

L’échange peut ce faisant être créateur de liens et source de reconnaissance réciproque, plutôt que révélateur du seul intérêt de chacun. Cette acception de la solidarité posé comme un fait préalable,  celui de l’interdépendance de tous, invite également à rompre avec l’usage d’assimiler solidarité (ce qui est courant dans bien des cas) à la générosité ou à la seule justice distributive, et ainsi à reconsidérer ce que peuvent signifier en vérité les termes de « pauvreté » et de « pauvres » que nos sociétés ne voient que  comme ceux qui étaient acculés à demander une assistance. « Il s’agit alors de ne plus les envisager comme objets mais comme sujets, non plus comme des personnes en manque qui ont besoin d’assistance, mais comme un acteur social qui doit pouvoir participer à un projet d’ensemble. On cherchera chez lui la capacité propre qu’il pourrait développer en vue d’un projet commun plutôt que le manque à combler ». Il s’agit alors d’une conversion du regard : l’auteure met ainsi sans doute le doigt sur une des tensions majeures qui traversent les organisations de l’action sociale. Mais telle est aussi la voie pour sortir de la valorisation de la richesse matérielle affichée.

L’auteure met ensuite en évidence la dimension de création identitaire que revêt l’économie : au contraire elle doit être envisagée comme un processus continu et ouvert et non comme une essence close sur elle-même (même si cela  n’est cependant pas partagé par tous ceux qui se disent chrétiens…),  ainsi que la dimension de véhicule d’utopie, comme elle l’illustre en décrivant brièvement celles de Saint-Simon, Fourier, Proudhon ou Marx. Elle conclut enfin rapidement, mais d’une manière qui doit interroger nos attitudes et notre manière d’envisager notre monde, sur ce qui constitue pourtant le sous-titre de l’ouvrage, à savoir le fait que la crise financière, économique, sociale et écologique que nous traversons actuellement pourrait constituer un moment favorable (un kairos pour reprendre un terme employé par les philosophes grecs de l’antiquité) pour opérer une conversion, radicale, du regard et des pratiques, rappelant là encore qu’étymologiquement crise signifie « juger », et renvoie notamment au moment où, dans la maladie, le corps « choisit » entre la mort et la guérison, qui signifie aussi altération. Cette remise en cause qui à bien des égards semblerait salutaire ne semble malheureusement être le projet qie l’on entend actuellement. Alors la valorisation du déséquilibre, de l’incertitude et de l’incomplétude  pas par lesquelles l’auteure conclut son propos ne serait-elle pas une autre utopie comme celles qui ont émergées au XIXè siècle ?

Au demeurant cet essai, malgré ses limites, a le mérite de nous ouvrir les yeux sur autre façon d’envisager l’économie, sur une pratique ouverte des relations humaines. Et surtout il offre au lecteur des perspectives neuves – que l’on devrait savoir évidentes – sur le regard que l’on porte sur l’autre : le pauvre ne fait pas que recevoir une aumône, il donne aussi une richesse insoupçonnée. Les diverses expériences vécues par Elena Lacida nous montre qu’un autre monde est possible.

En défitinitive la force de ce livre est peut-être à trouver dans la vie personnelle de l’auteur : parce qu’elle vient d’Amérique latine (Uruguay plus exactement) elle peut nous apporter des expériences que l’on ne trouve pas dans notre monde occidental. Son expérience personnelle où elle a été confrontée à la pauvreté de certaines populations mais qui ont trouvé en eux-mêmes des moyens de subsister, où elle a vécu en émigrée dans divers pays lui permet de tenir un langage qui se tient près de la réalité. Sa foi également donne l’espérance que si l’on se décide à changer le monde pour prendre soin de « notre maison commune » (comme le rappelle le Pape François), alors tout devient encoire possible. 

 

Biographie de l’auteur

Elena Lasida est docteur en économie et théologie. Maître de conférence à la Faculté des sciences sociales et économiques de l’Institut catholique de Paris, elle y est directrice du master « Économie solidaire et logique du marché ». Elle est chargée de mission à Justice et Paix (service de l’Église catholique) où elle suit ce qui touche à l’économie et au développement durable. Elle est membre du Conseil des Semaines sociales de France.

L’économiste et théologienne Elena Lasida s’est vu attribuer le prix des libraires Siloë-Pèlerin 2011 pour son livre Le Goût de l’autre (Éd. Albin Michel). Dans cet ouvrage, elle revisite les relations économiques sous l’angle de la rencontre et de l’échange. Le prix, qui récompense un ouvrage de culture religieuse pour son contenu, lui sera remis le 18 octobre à l’hôtel de Massa, à Paris, siège de la Société des gens de lettres. Née en Uruguay, Elena Lasida enseigne l’économie solidaire et le développement durable à l’Institut catholique de Paris.

©Claude-Marie T.

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