CROIRE AU DIEU QUI VIENT, DE LA CROYANCE A LA FOI CRITIQUE, JOSEPH MOINGT (1915-....), LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, THEOLOGIEN

Croire au Dieu qui vient de Joseph Moingt

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Croire au Dieu qui vient : De la croyance à la foi critique 

Joseph Moingt

Paris Gallimard, 2014. 624 pages.

 

Présentation de l’éditeur

La foi chrétienne a pour singularité, origine et histoire de croire en un Dieu qui a parlé aux hommes depuis toujours et qui est venu habiter parmi eux voici deux mille ans, incarné en Jésus de Nazareth, mort sur une croix et rappelé par Dieu à la vie pour conduire l’humanité à sa destinée éternelle. Mais cette révélation, reçue de la faiblesse et de la folie de la croix, dit saint Paul, est difficile à croire, et elle tombe de si haut et vient de si loin qu’elle paraît en voie de s’effacer de la culture occidentale qu’elle a si longtemps inspirée et régentée. Ce livre revisite la tradition qui a répandu cette foi et éprouve si elle est encore capable de donner à croire que Dieu vient aux hommes du futur de notre destin. Le nom de Dieu apparaît en toutes langues avec les premières traces de la rationalité humaine ; le dieu des Hébreux surgit lui-même du panthéon du Proche-Orient ancien avant d’être promu Dieu unique par les prophètes d’Israël ; Jésus, se disant envoyé par lui, qu’il appelle Père, le fait reconnaître Père commun de tous les hommes qui veut les réconcilier avec lui et entre eux pour en faire ses fils. Recueillant son enseignement, la tradition chrétienne proclame que Jésus est le Fils éternel de Dieu, né homme de la Vierge Marie pour régénérer l’humanité dans l’Esprit de Dieu et la conduire par l’Église à la vie éternelle. Mais la science moderne des textes bibliques et évangéliques a creusé un fossé entre ce qu’on peut connaître avec certitude de l’histoire de Jésus et l’interprétation qui en est faite par le dogme de l’Église, dogme que l’évolution des esprits rend peu crédible à nos contemporains. Aussi, les théologiens, qui entendent respecter la vérité historique des textes et les rendre intelligibles à notre temps, se sentent obligés de repenser cette tradition en son entier sous l’éclairage d’une foi critique. Telle est l’ambition de ce livre : entreprendre une démarche de véracité et de liberté dans la recherche du sens de la foi. Il s’attachera dans ce but à déchiffrer le mystère qui tend à s’exprimer sous le mythe de la préexistence du Christ, idée qui est à la base de l’articulation dans le dogme des concepts de trinité, incarnation et rédemption : il s’agit en fait de la révélation de l’humanité de Dieu, comprise comme l’amour par lequel il entre en communication avec les hommes pour les libérer de leur finitude, du repli égoïste et mortifère de chacun sur soi qui les empêche de parvenir à l’unité entre eux et avec l’univers. Un second livre, en préparation, envisagera de dire, dans un langage dépouillé de technicité, en quoi consistent la vie et la mission de l’Église, vie de communion fraternelle dans l’Esprit du Christ, mission de «salut» ou d’humanisation du monde.

 

Biographie de l’auteur

Joseph Moingt, né en 1915, est un jésuite français, théologien spécialisé en christologie. Dès 1956, il enseigne à la faculté jésuite de Fourvière à Lyon, à partir de 1968 à l’Institut catholique de Paris. Parallèlement, il dirige jusqu’en 1997 la revue Recherches de science religieuse. Il enseigne au Centre Sèvres depuis 1974. Il a beaucoup publié en revue ainsi que chez d’autres éditeurs comme le Cerf, Desclée de Brouwer, Bayard et Flammarion.

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Une recension sans concession publié par France-Catholique

 

Joseph Moingt, « ex »-jésuite de 99 ans.

L’actualité m’a donné un coup au cœur que je ne pensais pas pouvoir ressentir avec une telle violence. Je vais, pour moi-même car j’aurais honte de m’y refuser, devoir écrire dans ce mien Journal un de mes plus longs textes afin d’éliminer de mes pensées ce qui a été injecté dans mes neurones.

Cette riposte nécessaire va concerner le livre d’un prêtre, un jésuite auteur d’une nouvelle hérésie (selon mon jugement), d’une sorte même d’apostasie, à ce que je crois. Son ouvrage remet en cause le cœur même de la foi que nous confessons depuis vingt siècles ! Il s’agit d’une attaque dont tous les chrétiens sont les victimes potentielles ! D’une prétendue nouvelle « intelligence » des Écritures qui effacerait tout ce qui a précédé ce gentilhomme.

Sur mon écran, je vois la photographie de ce prêtre, et je regarde son sourire entendu, qui rend son visage empreint d’une sorte de fierté qui exprimerait en quelque sorte un « c’est ainsi et pas autrement » – ce qui en soi n’est pas inimaginable ni interdit – mais que j’éprouve une difficulté extrême à accepter vu le sujet de son ouvrage : rien de moins, et sans jeu de mot quoique l’auteur de ce livre se nomme Joseph Moingt, rien de moins donc que ce que je ressens comme un assassinat de la foi enseignée depuis les apôtres jusqu’à ce jour, jusqu’à François notre pape.

C’est donc aujourd’hui, entre 8 et 9 heures, que j’ai entendu parler à la radio de cet ouvrage paru très récemment chez Gallimard un livre portant le titre suivant, si je m’en souviens bien : « Croire au Dieu qui vient : De la croyance à la foi critique ». Foi critique ? Non, foi désossée, purement intellectuelle, foi que même Calvin aurait rejetée comme insultant le Christ : que cette interprétation plaise ou non.

N’ayant entendu que la première partie du titre, j’avais d’abord cru qu’il s’accordait à la fête de Noël, mais bien vite mon attention s’est muée en effarement, au fur et à mesure que je prenais conscience de l’ampleur du désastre : chercher sur l’Araignée l’information dont j’avais besoin, notamment en allant directement sur le site de cet auteur ou sur ceux des journaux qui en ont rendu compte, m’a aidé à mieux appréhender l’étendue des saccages commis.

Effarement ou plutôt consternation : je déteste que des prêtres, présentés comme des monstres d’intelligence, ce qui n’est pas l’essentiel, également hommes de foi, ce qui devrait compter par-dessus tout, se lancent aussi dangereusement dans l’élaboration de théories et de thèses aussi aventurées : reconnues aisément même par moi comme invérifiables et mettant à mal nos évangiles. Je m’étonne encore qu’un prêtre, dont on sait d’expérience qu’il est en première ligne dans le combat spirituel, puisse s’exposer aussi directement aux souffles de l’Ennemi.

La déesse Raison a été par lui invoquée ; il semblerait que chez Monsieur Moingt elle soit davantage crédible, ou recevable, que la Parole du Christ, qui est Parole du Père ; que le témoignage des apôtres, qui ont accepté, comme l’écrit saint Paul, de souffrir et de mourir pour que cette foi reçue soit à jamais soutenue ! Comment ce jésuite a-t-il pu se croire ainsi « capable » d’une telle ambition, explorer selon ses seules normes les vérités de la foi chrétienne afin d’en vérifier le bien fondé, explorer son « intelligibilité », décider de sa crédibilité ? Il parle de sa « quête existentielle » : ne voulait-il pas creuser jusqu’à l’os la moindre des définitions dogmatiques pour arriver au bout du compte à « une foi totalement nue, dépourvue de toute béquille, libérée des mythes » dont il dit que l’Église en a fait ses dogmes ! Formulation suffocante dont l’origine, pour moi, se découvre comme une tentation impossible à renverser : et qui l’a conduit à l’extrême d’une certaine imposture.

Il n’est pas le premier, au cours des siècles, à avoir cherché cette « foi nue » qui n’a aucun sens – le Verbe s’est incarné et il n’a en rien rejeté ce qui vient de notre « chair » assumée, hormis le péché. Il n’a jamais enseigné une foi purement intellectuelle, ce que, malgré de possibles dénégations, Joseph Moingt n’a su éviter. Ses déclarations médiatisées en sont comme le sceau.

Sur RCF, un commentaire très clair, une conclusion musclée. Fut d’abord expliqué le ressort principal du bouquin en question : de 600 pages tout de même, en attente d’un complément tout aussi volumineux ! Dans un certain sens, c’est une bénédiction que de tels propos calamiteux aient besoin d’autant de pages pour être présentés… Qui ira jusqu’au bout ? J’espère pour Gallimard un échec cuisant, une perte sèche… Mais dans un autre sens, c’est une catastrophe, car rares en effet seront ceux qui voudront éplucher l’ouvrage, sauf les convaincus de l’exactitude de la théorie des mythes, des impossibilité, des faits réputés invraisemblables etc… si bien que la plupart des gens entendront que les dogmes chrétiens ont été passés à la moulinette d’un curé intelligent et que l’Église catholique en a été renversée.

Souvent, il suffit de très peu, un éloge tendancieux, une approbation de surface, pour que les positions personnelles d’un tel ex-père jésuite – ne pas confondre avec « expert » –, fassent admettre aux chrétiens qu’ils sont perdus.

Point capital : Jésus ne serait pas ressuscité, du moins selon ce qu’il est possible de « penser » des faibles capacités conceptuelles des pauvres nullités que furent (sans doute ou non) les apôtres. Il est supposé qu’ils ne comprenaient pas que Celui qu’ils reçurent à leur table après sa mort n’avait été présent, non pas à leurs côtés, mais seulement qu’« en leur esprit » … abusés en somme par leur ignorance de tout ce que les sciences d’aujourd’hui ont pu nous apprendre, à nous privilégiés, que l’on veut ainsi convertir à une sorte d’ultra rationalisme.

Chers apôtres qui ont donné leur vie, non pour une illusion, mais pour une certitude ! Qui ont entendu et compris peu à peu, tout au long de l’éducation reçue de leur Maître qu’Il était bien Le Fils de Dieu, le Sauveur des hommes. Ressuscité, Il ne l’aurait été « qu’en eux », invisiblement, en leurs seules pensées ? Quel bluf, et quelle horreur de se permettre une aussi consternante lâcheté conceptuelle : qui va jusqu’à dire que le cadavre de Jésus aurait été, purement et simplement, « peut-être jeté dans une fosse commune » ! Abject ! J’assume l’adjetif. Saint Jean raconte les étapes de l’ensevelissement, et l’on voit très bien Joseph d’Arimathie faire toutes les démarches nécessaires afin que justement on ne jette pas son cadavre dans la fosse prévue pour les crucifiés, tout près du sommet du Golgotha. L’indécence est ici tellement énorme qu’on se demande comment il a pu en arriver là ! Comment a-t-il pu oser !

Voilà ce qu’il en est d’aimer en aveugle… L’orgueil se loge où il veut mais il se débusque aussi aisément qu’un lapin de garenne.

Puis-je ajouter que la foi en la résurrection de Jésus ne s’explique, pour cet auteur, que par « la crédulité » des apôtres ? Ce simple fait me paraît une sorte de monstruosité. Je ne puis situer d’où elle provient.

Interrogé sur les événements fondateurs que furent les écrits des apparitions du Christ après sa résurrection, le contempteur de la vérité des témoignages apostoliques n’hésite pas à les qualifier d’« inventions » ! Ce mot remplace une idée qu’il n’a pas osé formuler : et qui serait celle d’une supercherie. Chez de tels saints, allés jusqu’au martyre ? Quelle justification donne-t-il à « l’invention » ? A ce qu’il pré,d e somme pour un mensonge ? est ici pris également pour une invention ? Celle-ci, qui vaut son pesant de plomb : « C’est invraisemblable, donc c’est une fiction. Les apôtres ont seulement ressenti en eux-mêmes que Jésus était ressuscité… » Je vais oser un jugement subjectif : ce que je viens de citer me paraît une sottise énorme et invraisemblable… Mais pout moi, je ne vois en ces spéculations que pur scandale, pure ignominie, pure délation, sans me résoudre à oublier qu’il s’agit d’un prêtre ! J’ai du mal, beaucoup de mal, à penser qu’un prêtre a pu se livrer à cette tâche infondée avec autant de persévérance et de fixité mentale aun point de se livrer à une véritable destruction.

Un journaliste le questionne, dubitatif ; il lui est répond : « Vous avez besoin de preuves pour croire ? Moi pas ! Il faut renoncer aux preuves. » Ce serait admirable s’il n’avait pas commencé par réduire à quasi rien la foi dont il est pour lui question. Et si je me trompe à son sujet, c’est qu’il aura passé son temps à s’exprimer mal et à nous tromper. Cependant, le fait objectif est cette foi nue qui cesse en réalité d’être la foi.

Pauvre jésuite, pauvre égaré au cœur de ces sciences qui, sur ce sujet divin, n’ont strictement rien à dire, rien à prétendre, rien à expliquer. Possible que sa seule excuse soit son âge. Exemple du drame que serait l’allongement du temps de vie prôné par les gens de Google ! Dommage que les lecteurs de chez Gallimard ne savent plus rien de la foi chrétienne, ils aurait compris en quelques pages l’inanité de ces travaux, opinon d’un lecteur qui pendant plusieurs années fut notamment lecteur de manuscrits chez Jean Paulhan.
Que cet ex-père de la maison de saint Ignace de Loyola (pour moi, impossible de le nommer « Père Joseph Moingt ») aille donc à Turin et médite, ‘quarante jours’ durant, devant le Saint-Linceul du Ressuscité. Je serais tenté de lui conseiller mon propre livre sur le sujet, « Le Linceul de Jésus de Nazareth, cinquième évangile » : à lui seul il réfute tout ce qu’il dit, prétend, car ce longe donn, notamment, à contempler ce qui présente à notre intelligence un ‘indice’, lui aussi ‘pensable’, de cette résurrection par lui donnée comme « invraisemblable » ; vaut mieux qu’il aille entre les mains de mon lecteur !

*

Le pire de son détournement découle de ce que cet « être humain », qui restera prêtre à jamais et trouvera, je l’espère, le temps de revenir sur ses allégations fantaisistes – ne serait-ce que pour reprendre, dans la clarté, sa place au sein de l’Église, n’a probablement pas assez réfléchi au mystère central de l’Incarnation du Verbe : comment faire passer par les filtres des technologies les plus raffinées Dieu lui-même ? Ce qui signifierait qu’il n’a que fort mal compris le désir du Père, l’obéissance du Fils, le savoir-faire de l’Esprit-Saint. Rien compris en outre au « mystère » de la maternité de Marie. Et, bien entendu, à celui de notre Église, de son « corps » qui est celui même du Christ, de sa « vocation ». De plus, il rend cette « survenue de Dieu » en notre nature totalement inutile : de fait, il tue l’Institution en même temps qu’il nous rejette aux temps d’avant le Salut. Au temps où les Justes attendaient avec une espérance à toute épreuve, patiente au delà du concevable, la visite que leur rendrait le Sauveur pour qu’enfin ils puissent entrer dans le Royaume d’éternité.

Aurait-il alors mieux entendu le mystère de l’engendrement de ce Verbe, dit Fils Unique du Père, qui fut conçut en Marie « grâce » à l’intervention en elle de la puissance recréatrice de Dieu ?

Me semblait terminé le temps des chrétiens se prenant pour plus avisés que le Christ : je vois que j’étais en pleine erreur.

Il allait de soi que je devais donner quelques exemples : le premier fut celui de la résurrection. Je prends, pour compléter, l’attaque frontale à laquelle se livre Joseph Moingt contre la notion de « péché originel ». Que dit-il qui soit suffisant pour en rejeter jusqu’à la « notion » ? « Ce n’est plus audible aujourd’hui. » Ah ? Non audible ? Pour qui serait-ce inaudible ? Les intellos de Paris ? Les bobos ?

Qui est audible sinon le Christ ? Ni lui ni moi. Qui est Parole du Père ? Celui qui nous a aimé jusqu’à la mort. Faut-il aller si loin pour atteindre la foi nue ? Et quelle est cette foi ? Qu’elle est sa réalité, sa justification ? Je n’ai pas eu un seule instant le souci ou la curiosité d’aller la découvrir : ce que j’ai découvert tout au long de cette journée m’a suffi pour ne vouloir jamais fréquenter cette prose pour moi blasphématoire.

Propos facile donc, quelconque, que pourrait avancer un militant deux fois centenaire de l’Hôtel des Fossiles Rationalistes… Contrairement à ce qui est prétendu avec une assurance personnalisée des plus redondante, aussi redoutable, dont il a été dit qu’il ne cherchait que « son Graal personnel », ce qui le disqualifie pour s’exprimer sur ces sujets, il faut revenir à cette « notion » qu’il a osé éliminer d’un coup de baguette de mauvais bois. Son système de déduction touche à l’absurde et n’aboutit à rien de sérieux : on ne peut penser qu’à une certaine ignorance ou un certain aveuglement. Pas de raisons valables pour aboutir à sa conclusion, sorte d’impression personnelle que ce péché tel que l’enseigne l’Église ne signifie rien d’intelligible, d’assuré, en rien susceptible d’être réellement fondé sur les sciences objectives avec lesquelles cette « notion » n’a aucun lien : il se pare d’une confiance d’aveugle en cette Science, en la discipline historique, comme si tout ce qui touche à l’Être et à l’Amour d’infini les concernait au premier chef ! Les Sciences ne nous permettent que de saisir ce qui touche à la seule « matière », énergie comprise, telle qu’elle se découvre dans le cheminement du temps. L’Esprit n’est qu’une « terra incognita » en laquelle il serait vain, ou absurde pour elles de chercher à les pénétrer. Comme si et en outre, puisque l’Histoire est convoquée au festin de Joseph Moingt, les connaissances historiques contemporaines, additionnées à celles des sciences, suffisaient pour comprendre pleinement, « jusqu’à l’os », une vie et une action telles celles de Jésus le Christ !

Je suis certain que Jean-Christian Petitfils serait stupéfié ou ahuri par l’affirmation d’une telle théorie.

Personnellement, je pense autant que je crois que cette « notion » est capitale, en ce sens qu’il ne peut s’agir que d’un événement d’une extrême importance, à « l’origine » justement, cette « origine » que je tentais il y a peu de mieux me reformuler cette vertigineuse conception, ici même, de mieux creuser ce qui en avait été déjà étudié, afin de mieux exprimer qu’elle ne pouvait en aucun cas appartenir au « temps des commencements et des fins » : nécessaire de saisir que sa « mise en lumière » fit apercevoir qu’elle n’avait pu se dérouler qu’avant l’explosion initiale dite « bigbang » ; intuition qui fut pensée très peu de temps après les débuts de l’Église, sans pouvoir être rendue plausible du fait justement de l’absence de connaissances scientifiques, exprimée pourtant d’une façon convaincante même si incomplète à cause des mêmes ignorances, par Duns Scott au XIIIe siècle, puis abordée par Benoît XVI. Et ce qu’il y a d’admirable c’est justement que l’on découvre aujourd’hui à quel point la foi chrétienne colle au réel tel que le décrivent les sciences. À quel point la découverte de cette explosion initiale, que rien avant elle ne pouvait laisser prévoir – ce qui régnait était le néant, le rien absolu – dont poutant est sorti notre univers, correspond à ce que l’on peut, dans la foi, penser appartenir à l’ensemble de ce que fut et reste la Création.

À ce propos, un livre d’une tout autre portée est à conseiller en ce qui concerne la réflexion sur la Création et le péché d’origine : celui du père Frédéric Marlière, la « Trilogie de la Gratuité divine », aux éditions Desclée de Brouwer-Anne Sigier !

Sans ce dogme qu’est depuis toujours le péché dit originel, on ne peut rien comprendre à l’Être humain, et je suis très loin d’être le seul à penser ainsi : Chesterton déjà l’écrivait… Bernanos de même. Et si l’Église catholique l’enseigne, c’est bien parce qu’elle sait, avec une conviction à la fois sage, documentée et raisonnable, qu’il ne peut en être autrement.

J’espère qu’une catéchèse globale sur ce sujet sera formulée au plus tôt, ne serait-ce que pour faire mieux comprendre cette réalité de toujours. Nier ce péché-là revient en effet à nier la nécessité du Salut conquis par le Christ de sa naissance humaine à sa mort sur la Croix : ce serait une insulte adressée à Celui qui est venu, sorti de l’éternité pour, en notre temps, nous tirer de l’abîme des Ténèbres ; ce serait alors le triomphe du gnosticisme le plus dur, de l’orgueil le plus fou. L’homme n’est rien sans Dieu, ce qui ne l’empêche guère de s’imaginer son égal.

Sans cette « notion », on ne peut rien entendre de ce qui se passe, notamment dans le domaine des sciences. (Il faut faire retrouver aux chrétiens le vrai sens du mot « dogme » : pour moi, étincelle de lumière en mesure d’ouvrir l’esprit et d’ainsi mieux approfondir les « mystères » de la foi.)

Le fait par exemple qu’une découverte importante puisse être utilisée autant pour le bien des hommes que pour leur malheur suffit à illustrer l’existence de ce péché universel : dont la pensée fut d’abord celle du Prince des Ténèbres, l’Ennemi pour toujours du Père, ange qui fut si grand, si beau, et qui finira comme un glaçon au creux de l’univers quand celui-ci ne sera plus qu’un désert de mort, toute l’énergie de son royaume ayant été, au fil des temps, totalement épuisée.

Je reviens à notre auteur, pour qui l’Église catholique « n’a pas le souci de la vérité des textes » et c’est pourquoi « les gens se sont détachés d’elle ». Admirable capacité de fausser un jugement, une réflexion profonde : la vérité des textes, il serait le seul à l’avoir tirée de la tourbe ? Quant aux raisons des « détachements » invoqués, n’ont-ils pas été provoqués par de tous autres comportements ? Il ne peut que les connaître parfaitement, l’histoire en a été suffisamment explorée en ses causes : dont une en particulier que j’ajouterai volontiers : la teneur en soufre d’écrits frères des siens !

Je comprends qu’il avoue, avec une nuance de tristesse, la grande incapacité de ses proches à le comprendre. Il se plaint : « Oui je donne prise à tous les reproches possibles. Beaucoup de mes frères jésuites ne sont pas d’accord avec moi. Mais l’important est que je sois vrai avec moi-même » : le mieux serait qu’il soit vrai devant Dieu. J’espèce qu’en réalité il s’agit de « tous » ses confrères jésuites ! Ces « soldats du Pape » ne peuvent pas dire lui obéir en même temps qu’ils le bafoueraient en détruisant ce qui fait, ce qui est la vie même de l’Église catholique. Il précise, avec un culot qui me confond : « Ne peut donc être tenu pour matière de foi que ce qui est plausible du point de vue historique et qui se communique à l’esprit de façon rationnelle et intériorisée »… Si l’on s’en tenait à la seule donnée psychologique de cette rationalité rêvée, le Christ revenant parmi nous trouverait disparue la foi, comme Il l’avait supposé avant de quitter ce monde. Il ne resterait rien depuis lurette des dogmes catholiques. Par contre, que Joseph Moingt étudie mieux ce que sont les grands axes des découvertes scientifiques, mais ils ne pourra que vérifier à quel point les dogmes qu’il rejette, une fois bien compris, ne sont en rien déphasés par rapport à tout l’ensemble des connaissances : leur grand mérite toutefois est d’aller beaucoup plus loin, beaucoup plus haut, vers l’éternité…

Justement, et pour donner un autre exemple de la teneur du livre, soit le but que s’est fixé Joseph Moingt, je cite l’une de ses perles rares : « … que la foi chrétienne devienne, dans les temps qui sont les nôtres, pensable et vivable au sein de l’Église, crédible et attractive pour le monde environnant ». Je lui conseille de lire un travail effectué par un certain Brunor et qui a été publié en cinq bandes dessinées sous le titre global des : « Indices pensables ».

« Sa démarche fait cependant penser au plan du métro que l’on trouvait jadis sur le quai de Châtelet, à Paris : à force d’être effleuré des milliers de fois, le nom de la station avait disparu sous l’index des voyageurs », écrit excellemment le journaliste de La Vie, tandis que celui de Radio Chrétienne Francophone (RCF) osât une expression dont le mot exact a échappé à ma mémoire, hélas car très fort, mais qui signifiait aussi bien imposture, fraude, abus de confiance, prétention, etc..

J’avance dans ma conclusion. Et je prends connaissance d’un article qui commence par présenter l’auteur : « Dans quelques jours, il fêtera sa… 100e année. Mais Joseph Moingt se porte comme un charme et son activité intellectuelle reste au beau fixe. Il l’est pas près de s’arrêter de penser. » Au moins une remarque positive !

Je m’arrête toutefois sur l’expression « n’est pas près de s’arrêter de penser ». Qu’est-ce donc que « penser » ? Une opération de l’esprit qui se complète par le verbe « mépenser », ou « penser mal », « penser de travers  » ; etc.. Ce que Joseph Moingt dit à propos de son travail sur la foi des chrétiens est assez étrange : il n’entend pas éclairer les uns ou les autres sur cette foi, puisqu’il la détruit. ll entend seulement vérifier, à des fins qui lui sont propres, ces « vérités » auxquelles il a (peut-être ou non ?) crues autrefois afin de savoir si elles sont ou non restées crédibles en les confrontant aux résultats obtenus par les sciences : le problème est que les sciences et les dogmes, sans se quereller, n’appartiennent pas aux mêmes registres. Il convient particulièrement à ce que ces chevauchements soient évités, les confrontations refusées dont les niveaux ne peuvent être situés au même plan.

De qui tient-t-il l’autorité, qu’il s’attribue et qui lui permet de garder souverainement ce qui est crédible et de rejeter, non moins souverainement, le non-crédible ? De lui seul puisque la fin recherchée est de conclure, avec le seul couteau des sciences et de l’histoire tels qu’il les analyse, donc selon ses seules connaissances, s’il peut « penser » acceptable ou non ce qui est de foi [1] pour les fidèles du Christ, tout en essayant de donner une tournure impérative à ses conclusions.

Eh bien, il fait ce qu’il veut et je ne veux dire de ce qu’il fait que ce qui ne devra que correspondre à ce qu’en dira l’Église catholique : elle au moins sait « penser » en usant de toutes les sources, qu’elles soient d’origine scientifique, historique, mystique, théologique et, d’abord, de Révélation.

[1] Mais la pensée chez un chrétien n’est pas extérieure à la foi, elle lui est tout aussi consubstantielle qu’elle pourrait l’être dans les neurones d’un physicien… Peut-être avec une nécessité plus impérative…

 

https://www.france-catholique.fr/Joseph-Moingt-ex-jesuite-de-99-ans.html

 

 

CROIRE AU DIEU QUI VIENT, DE LA CROYANCE A LA FOI CRITIQUE, EGLISE, ESPRIT ET MONDE, JOSEPH MOINGT (1915-....), LIVRES, LIVRES - RECENSION, THEOLOGIEN

Croire au Dieu qui vient de Joseph Moingt

 

Croire au Dieu qui vient

Joseph Moingt
Croire au Dieu qui vient 
I. De la croyance à la foi critique. 
Essai, NRF-Gallimard, 2014, 612 pages, 29 €.

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Publié dans la prestigieuse NRF-Gallimard, éditeur inhabituel pour la théologie, cet essai assume sa visée apologétique au regard des exigences de la raison contemporaine sans pour autant taire la voix propre de Joseph Moingt, riche de plus de soixante ans de recherche, d’écriture et d’enseignement. Comme l’évoquent le titre, et l’ampleur, de ce nouveau volume, l’auteur repart sur des chemins déjà parcourus, tant par ses méthodes que dans ses thèmes, mais avec une nouvelle problématique qui explore la manière dont le salut est la motivation de la croyance en Dieu, salut offert à tous les hommes depuis les origines. Une première partie « De la croyance à la révélation du salut » est donc consacrée à l’attente d’un salut aux origines de l’histoire humaine, dans lesquelles J. Moingt entre, pour la première fois dans son œuvre, en débat avec historiens et anthropologues de l’antiquité et de la philosophie grecques. Un second chapitre, tirant parti de travaux d’exégèse biblique récents, se concentre ensuite sur la révélation du salut en Jésus, que poursuit la seconde partie du livre, « De la révélation du Christ à la foi des chrétiens aujourd’hui ». Le lecteur y retrouve la démarche qui fut celle de Dieu qui vient à l’homme appliquant aux énoncés de la foi une lecture doctrinale et critique dans l’espoir d’élaborer un nouveau langage « dont les chrétiens ont besoin aujourd’hui pour préserver leur foi dans la culture de notre temps et pour la lui présenter de manière intelligible ». La tonalité de l’essai retentit particulièrement dans cette quête assumée en première personne où le « souci de véracité de ma foi » se confronte à « un égal souci de véracité de ma pensée », sans que ne soit jamais perdu de vue de servir l’intelligence des croyants en Église. Exposant patiemment sa démarche et ses choix, justifiant longuement sa méthode et ses détours, et exprimant amèrement sa déception face au statut des fidèles dans l’Église, l’étude se donne la tâche délicate de réunir en un livre une apologétique et un exposé critique de la foi dans le dialogue entre théologiens, toujours précis et technique. Le lecteur sera sans doute porté, après cette traversée exigeante, à discuter avec Joseph Moingt un grand nombre de thèses qui nourriraient débats théologiques, exégétiques et philosophiques ; mais il pourra aussi entendre l’appel de l’auteur à inventer un langage nouveau pour dire la foi d’une manière aujourd’hui intelligible.

 

Présentation de l’éditeur

La foi chrétienne a pour singularité, origine et histoire de croire en un Dieu qui a parlé aux hommes depuis toujours et qui est venu habiter parmi eux voici deux mille ans, incarné en Jésus de Nazareth, mort sur une croix et rappelé par Dieu à la vie pour conduire l’humanité à sa destinée éternelle. Mais cette révélation, reçue de la faiblesse et de la folie de la croix, dit saint Paul, est difficile à croire, et elle tombe de si haut et vient de si loin qu’elle paraît en voie de s’effacer de la culture occidentale qu’elle a si longtemps inspirée et régentée. Ce livre revisite la tradition qui a répandu cette foi et éprouve si elle est encore capable de donner à croire que Dieu vient aux hommes du futur de notre destin. Le nom de Dieu apparaît en toutes langues avec les premières traces de la rationalité humaine ; le dieu des Hébreux surgit lui-même du panthéon du Proche-Orient ancien avant d’être promu Dieu unique par les prophètes d’Israël ; Jésus, se disant envoyé par lui, qu’il appelle Père, le fait reconnaître Père commun de tous les hommes qui veut les réconcilier avec lui et entre eux pour en faire ses fils. Recueillant son enseignement, la tradition chrétienne proclame que Jésus est le Fils éternel de Dieu, né homme de la Vierge Marie pour régénérer l’humanité dans l’Esprit de Dieu et la conduire par l’Église à la vie éternelle. Mais la science moderne des textes bibliques et évangéliques a creusé un fossé entre ce qu’on peut connaître avec certitude de l’histoire de Jésus et l’interprétation qui en est faite par le dogme de l’Église, dogme que l’évolution des esprits rend peu crédible à nos contemporains. Aussi, les théologiens, qui entendent respecter la vérité historique des textes et les rendre intelligibles à notre temps, se sentent obligés de repenser cette tradition en son entier sous l’éclairage d’une foi critique. Telle est l’ambition de ce livre : entreprendre une démarche de véracité et de liberté dans la recherche du sens de la foi. Il s’attachera dans ce but à déchiffrer le mystère qui tend à s’exprimer sous le mythe de la préexistence du Christ, idée qui est à la base de l’articulation dans le dogme des concepts de trinité, incarnation et rédemption : il s’agit en fait de la révélation de l’humanité de Dieu, comprise comme l’amour par lequel il entre en communication avec les hommes pour les libérer de leur finitude, du repli égoïste et mortifère de chacun sur soi qui les empêche de parvenir à l’unité entre eux et avec l’univers. Un second livre, en préparation, envisagera de dire, dans un langage dépouillé de technicité, en quoi consistent la vie et la mission de l’Église, vie de communion fraternelle dans l’Esprit du Christ, mission de «salut» ou d’humanisation du monde.

Biographie de l’auteur

Joseph Moingt, né en 1915, est un jésuite français, théologien spécialisé en christologie. Dès 1956, il enseigne à la faculté jésuite de Fourvière à Lyon, à partir de 1968 à l’Institut catholique de Paris. Parallèlement, il dirige jusqu’en 1997 la revue Recherches de science religieuse. Il enseigne au Centre Sèvres depuis 1974. Il a beaucoup publié en revue ainsi que chez d’autres éditeurs comme le Cerf, Desclée de Brouwer, Bayard et Flammarion.

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Présentation de l’éditeur

Ce second tome de Croire au Dieu qui vient se propose de vérifier ce qu’il est advenu de la nouveauté évangélique en comparant l’existence des communautés dans les temps apostoliques à ce qu’elle est de nos jours sous le rapport de l’essentiel de la vie chrétienne : entrée dans l’Eglise par la profession de foi baptismale, célébration de la mort de Jésus par le partage du pain eucharistique, vie fraternelle selon les enseignements de l’Evangile, unité de l’Eglise sous la conduite des successeurs des apôtres. Tout cela est maintenu, mais compris et vécu très différemment. Ces changements sont significatifs du tournant vers l’Ancien Testament amorcé par l’Eglise au IIIe siècle pour échapper aux dérives hérétiques. Alors qu’elle vivait du souvenir de Jésus dans l’attente de son retour, la foi est devenue religion, ceinte de rites purificateurs et d’interdits, le sacré a envahi la communion à l’Esprit, la tradition a refoulé le libre essor de la parole, la démarcation du sacerdoce et du laïcat a renforcé la clôture de l’Eglise sur le monde. La nouveauté évangélique n’en continuait pas moins à inspirer le goût de la liberté, mais plus la société se sécularisait et plus le monde se vidait de l’esprit du christianisme, au point que des mots tels Dieu, salut ou péché ont perdu tout sens pour un grand nombre de gens. Ainsi le second parcours de l’ouvrage s’attache-t-il à repenser les visées essentielles de la foi chrétienne, en Dieu, au Christ, au salut, à l’Evangile, celles sur lesquelles tout chrétien est interrogé sous l’horizon de l’incroyance généralisée de notre temps, non pour « convertir » son interlocuteur, ni pour justifier (excuser !) les chrétiens d’être croyants, mais sur la base de la rationalité commune aux hommes d’aujourd’hui, à leurs critères de véracité et de vérité, dans le but de témoigner du sens de l’homme et de l’humain qu’inspire la foi chrétienne, de répondre à leurs interrogations sur l’avenir de l’humanité, et de leur proposer une action commune pour sauver l’homme de la déshumanisation qui le menace.

Quatrième de couverture

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Le second tome de Croire au Dieu qui vient se propose de vérifier ce qu’il est advenu de la nouveauté évangélique en comparant l’existence des communautés dans les temps apostoliques à ce qu’elle est de nos jours sous le rapport de l’essentiel de la vie chrétienne : entrée dans l’Église par la profession de foi baptismale, célébration de la mort de Jésus par le partage du pain eucharistique, vie fraternelle selon les enseignements de l’Évangile, unité de l’Église sous la conduite des successeurs des apôtres. Tout cela est maintenu, mais compris et vécu très différemment. Ces changements sont significatifs du tournant vers l’Ancien Testament amorcé par l’Église au IIIᵉ siècle pour échapper aux dérives hérétiques. Alors qu’elle vivait du souvenir de Jésus dans l’attente de son retour, la foi est devenue religion, ceinte de rites purificateurs et d’interdits, le sacré a envahi la communion à l’Esprit, la tradition a refoulé le libre essor de la parole, la démarcation du sacerdoce et du laïcat a renforcé la clôture de l’Église sur le monde. La nouveauté évangélique n’en continuait pas moins à inspirer le goût de la liberté, mais plus la société se sécularisait et plus le monde se vidait de l’esprit du christianisme, au point que des mots tels Dieu, salut ou péché ont perdu tout sens pour un grand nombre de gens. Ainsi le second parcours s’attache-t-il à repenser les visées essentielles de la foi chrétienne, en Dieu, au Christ, au salut, à l’Évangile, celles sur lesquelles tout chrétien est interrogé sous l’horizon de l’incroyance généralisée de notre temps, non pour «convertir» son interlocuteur, ni pour justifier (excuser !) les chrétiens d’être croyants, mais sur la base de la rationalité commune aux hommes d’aujourd’hui, à leurs critères de véracité et de vérité, dans le but de témoigner du sens de l’homme et de l’humain qu’inspire la foi chrétienne, de répondre à leurs interrogations sur l’avenir de l’humanité, et de leur proposer une action commune pour sauver l’homme de la déshumanisation qui le menace. Ce livre est tourné vers le futur que Jésus a ouvert au Dieu de l’homme et à son projet créateur, dégagé des liens et des ombres du passé, et l’Église est invitée à se présenter au monde dans la nouveauté, tissée de folie et de sagesse, préparée par l’Évangile depuis toujours.

 

Au vu de la quatrième de couverture le livre fera sans doute débat comme lces livres publiés en 2014 et 2016 (voir ci-dessous).

Théologien jésuite de réputation mondiale, Joseph Moingt est, à 102 ans, une voix libre et très écoutée du monde catholique. Face au constat d’une Eglise en difficulté, qui doit affronter les scandales à répétition et le recul des vocations, Joseph Moingt se demande comment maintenir vivants son héritage et son message. La solution, selon lui, passe par l’émancipation de la foi et par le maintien du lien entre christianisme et raison. Il développe ses arguments autour de trois grandes questions fondamentales qui structurent son livre : la religion, la révélation et le salut. Un thème très actuel surgit au cœur  de ces réflexions, celui du rapport aux autres. Comment, en tant que croyant, peut-on être habité par la foi en l’Autre, habillé d’une majuscule sacrée, et rejeter les autres, devenus ennemis parce que différents d’origine, de culture ou de religion ? Pour Joseph Moingt, on ne peut dissocier l’identité de l’Autre et celle des autres. Elles sont une seule et même question qui rebondit de majuscule en minuscule, et inversement, puisque l’Esprit de Dieu se découvre dans l’esprit de l’homme, et réciproquement. Dans cet ouvrage exceptionnellement écrit à la première personne, qu’il présente comme son « livre-testament », l’auteur n’hésite pas à interroger sa propre foi. Si Joseph Moingt, dont le nom est inscrit dans la liste des « dossiers sensibles » du Vatican, prend à nouveau le risque de bousculer son Eglise, c’est avant tout pour l’aider et la rendre audible du plus grand nombre. En quoi il se rapproche de son frère jésuite et lecteur attentif, le pape François.

 

Croire au Dieu qui vient

Tome I. De la croyance à la foi critique. 2014

Tome 2. Esprit, Eglise et monde : De la foi critique à la foi qui agit. 2016

Recension de la Revue Etudes (numéro de Janvier 2015)

https://www.revue-etudes.com/article/croire-au-dieu-qui-vient-16634