CULTE DE SAINTEMARIE-MADELEINE EN FRANCE, DEVOTIONS, DEVOTIONS POPULAIRES, MARIE-MADELEINE (sainte ; personnage biblique), RELIGION POPULAIRE

Le culte de sainte Marie-Madeleine en France

Le culte de sainte Marie-Madeleine en France

Petite chronologie d’un culte populaire.

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Les écrits du pape saint Grégoire (+ 604) ont fait connaître et aimer Marie-Madeleine en Occident. Dans la suite, tout le Moyen-Âge l’a vénérée. Sa venue à la Sainte-Baume en Provence se rattache à une tradition antique. Il n’en est cependant pas résulté un culte liturgique dont des vestiges seraient arrivés jusqu’à nous.

Un peu d’Histoire…

Lorsque la liturgie romano-franque se constitua aux VIIIe et IXe siècles, elle emprunta bien de ses oraisons au sacramentaire vieux-gélasien – un recueil datant de la fin du 8e siècle qui n’était en aucune façon un livre liturgique utilisé ; on recopia largement les oraisons de ce sacramentaire.

Dans l’élaboration de cette nouvelle liturgie, on se référa également parfois à un autre ouvrage, le martyrologe hiéronymien, bien que lui non plus ne renvoyât à aucune liturgie effective : c’était un simple catalogue mis au point à Auxerre, à la fin du 6e siècle et où étaient recensés tous les saints de la chrétienté connus de lui ; ce document fournit un cadre hélas souvent extravagant pour les fêtes que l’on voulait célébrer.

Enfin, les divers sacramentaires gélasiens du 8e siècle, dont l’archétype avait été rédigé à l’extrême fin du VIIIe siècle, fera le lien entre le vieux-gélasien et ce qui sera bientôt le type général des sacramentaires qui s’imposera en Occident. Autrement dit, les oraisons prises au vieux-gélasien n’entrèrent pas directement dans la nouvelle liturgie, mais elles le firent à travers le témoignage des sacramentaires gélasiens du 8e siècle.

 

À l’origine, une simple mention dans un texte ancien

L’hagiographie connaît une famille de quatre saints : les époux Marius, Marthe et leurs enfants Audifax et Abacuc. Or, au 20 janvier, les gélasiens du VIIIe siècle1 – qui habituellement recopient le vieux-gélasien – ont innové, en supprimant la mention de Marius [et non pas Marie], Marthe, Audifax et Abacuc auprès de saint Sébastien. C’est que leur archétype a pris prétexte de cette mention pour créer, à l’aide de pièces tirées du commun des saints, un formulaire d’oraisons de Marie et Marthe qu’il plaça au 19 janvier, en conformité à la notice du Hiéronymien pour ce jour.

 

janvier Hiéronymien
recensions I et II
formulaires du sanctoral
du vieux-gélasien
(après 750)
formulaires du sanctoral
des gélasiens du VIIIe s.(fin du VIIIe siècle)
19 …Hierosolima Marthae et Mariae sororum Lazari… Marie et Marthe
20 I. Romae passio sancti Sebastiani Fabiani episcopi. via Cornelia miliario
ab urbe XII Mari et AmbacuII. Romae in cimiterio Fabiani episcopi et Sebastiani.
in cimiterio Mariae [sic] et Marthae Audefax et Abacuc
saints Sébastien,
Marie [sic], Marthe, Audifax et Abacuc
(seul Sébastien est mentionné dans les oraisons)saint Fabien
saint Fabien

saint Sébastien

 

Aucune raison de pratique liturgique ne justifiait cette modification, qui provient uniquement d’une liberté que prit le compilateur du premier des gélasiens du VIIIe siècle, et qui avait pour excuse le manque de cohérence des notices du martyrologe. Cette modification aurait même été impossible si le vieux-gélasien avait été lié à un usage liturgique effectif.

La mention des saintes Marie et Marthe faite par le Hiéronymien au 19 janvier ne signifie nullement un usage liturgique à l’endroit où a été rédigé ce martyrologe – à savoir Auxerre à la fin du VIe siècle –, puisque le martyrologe n’a rien à voir avec un « ordo » au sens de norme de la pratique liturgique d’un diocèse ou d’un monastère, la mention fait seulement référence à Jérusalem comme lieu d’origine (d’un éventuel culte) des deux saintes. Cependant, cette mention servira deux siècles plus tard à la création, par l’archétype des gélasiens du VIIIe siècle, d’une fête appelée à devenir liturgique, la toute première fête en Occident de sainte Madeleine.

 

La modification apportée par les gélasiens du 8e siècle est en effet l’origine lointaine du culte liturgique effectif de Marie-Madeleine dans les pays latins2. La mention de la fête fut transférée peu à peu au 22 juillet3, selon la date fournie par le martyrologe de Bède qui vers 720 – pour la première fois en Occident – a donné sainte Marie-Madeleine (seule) au 22 juillet comme le faisait la tradition orientale4. En Occident où Marie de Béthanie est identifiée à Marie-Madeleine, ce transfert était naturel, puisque la dévotion allait surtout à Marie (Madeleine) plus qu’à sa sœur Marthe. La notice du martyrologe de Bède, pas plus que celle du Hiéronymien, n’était en rien la marque d’une célébration liturgique effective à l’endroit même de sa rédaction.

Dans la nouvelle liturgie romano-franque qui se développa alors (IXe siècle), la fête de Madeleine demeura localisée. Le culte de la sainte possède très peu de témoins dans les manuscrits liturgiques anciens, non seulement au IXe siècle, mais encore au 10e siècle ; à partir du XIe  siècle, le nombre des témoins ne cessera d’augmenter, et cela pendant tout le Moyen Âge. En tout cas, le point de départ du culte effectif se situe à la fin du VIIIe siècle, à Flavigny, lorsque l’auteur de l’archétype des sacramentaires du VIIIe siècle fabriqua un formulaire pour les saintes Marie et Marthe au 19 janvier.

 

 

Bibliographie

Gélasiens du VIIIe siècle : La liste des principaux sacramentaires gélasiens du VIIIe siècle publiés se trouve dans Liber sacramentorum engolismensis, éd. Patrick Saint-Roch, coll. Corpus Christianorum, Series latina CLIX C, Brépols, Turnhout, 1987, p. XXVI. Ce sont les sacramentaires d’Angoulême (ci-dessus), de Gellone (ci-dessous), d’Autun et de Saint-Gall, mais aussi celui de Rheinau : Sacramentarium rhenaugiense, éd. Anton Hänggi et Alfons Schönherr, coll. Spicilegium Friburgense, 15, 1970, Universitätsverlag Freibourg Schweiz.

Dom Jacques-Marie Guilmard, « Origine de l’office grégorien », dans Ecclesia orans 23 (2006), 72-73.

Dom Jacques-Marie Guilmard, « À l’origine du chant grégorien de la Messe et du sacramentaire gélasien. B. Étude du sacramentaire gélasien », dans Revue bénédictine 125 (2015/2), 409-442.

hiéronymien : Père Hippolyte Delehaye, s.j. et dom Henri Quentin, o.s.b., Commentarius perpetuus in Martyrologium hieronymianum, dans Acta sanctorum novembris, ii, pars posterior, Bruxelles, 1931.

Vieux-gélasien : Vatican, Bibliotheca Apostolica, Reginensis 316, et Paris, BNF lat. 7193. Liber sacramentorum romanae aecclesiae ordinis anni circuli, éd. dom Leo Cunibert Mohlberg, coll. Rerum ecclesiasticarum documenta, Series maior, Fontes IV, Herder, Rome, 1960.

Notes

1 Liber sacramentorum gellonensis, éd. dom André Dumas et dom Jean Deshusses, coll. Corpus Christianorum, Series latina CLIX, Brépols, Turnhout, 1981, p. 19 ss.

Mgr Victor Saxer, Le culte de Marie Madeleine en occident des origines à la fin du moyen âge, Cahiers d’archéologie et d’histoire, 3, Auxerre/Paris, 1959, p. 31 ss.

3 On peut le constater dans trois sacramentaires tourangeaux du 9e siècle. Voir Abbé Victor Leroquais, Les sacramentaires et les missels manuscrits des bibliothèques publiques de France, 1, Paris, 1924, 45-55.

4 Dom Henri Quentin, Les martyrologes historiques du moyen âge, Paris, 1908, p. 53 ;  Dom Jacques Dubois et Geneviève Renaud, Édition pratique des martyrologes de Bède, de l’Anonyme lyonnais et de Florus, CNRS, Paris, 1976, p. 132.

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https://fr.aleteia.org/2016/07/21/les-moines-racontent-la-fabuleuse-histoire-de-sainte-marie-madeleine-en-france/

CULTE DU SACRE-COEUR DE JESUS, DEVOTIONS, EGLISE CATHOLIQUE, SACRE-COEUR DE JESUS

Le culte du Sacré-Coeur de Jésus

 

Sacré-Cœur

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Sacré-Cœur de Jésus, peinture de l’école portugaise, xixe siècle.

Le Sacré-Cœur est une dévotion au cœur de Jésus-Christ, en tant que symbole de l’amour divin par lequel Dieu a pris la nature humaine et a donné sa vie pour les hommes. Cette dévotion est particulièrement présente au sein de l’Église catholique mais aussi, quoiqu’à moindre échelle, dans l’Église anglicane et dans certaines Églises luthériennes. Elle met l’accent sur les concepts d’amour et d’adoration voués au Christ. La solennité du Sacré-Cœur a été instituée par le pape Clément XIII en 1765 et étendue à toute l’Église catholique par le pape Pie IX en 1856.

L’extension de cette dévotion dans l’Église catholique à partir du xviie siècle vient des révélations d’une visitandine de Paray-le-MonialMarguerite-Marie Alacoque, qui a affirmé l’avoir reçue du Christ lui-même lors de différentes apparitions entre 1673 et 16752. Plus tard, à partir du xixe siècle, elle provient des révélations d’une autre religieuse catholique, la mère supérieure du couvent de la congrégation du Bon Pasteur de PortoMarie du Divin Cœur Droste zu Vischering, qui a demandé au pape Léon XIII qu’il consacre le monde entier au Sacré-Cœur de Jésus.

La tradition catholique associe le Sacré-Cœur aux actes de réparation dédiés au Christ. Dans son encyclique Miserentissimus RedemptorPie XI a indiqué : « L’esprit d’expiation ou de réparation a toujours tenu le premier et principal rôle dans le culte rendu au Sacré-Cœur de Jésus. » La dévotion au Sacré-Cœur est parfois pratiquée au sein des Églises orthodoxes, où elle reste un point de controverse, étant perçue comme un exemple de latinisation liturgique.

Le Sacré-Cœur est souvent représenté, dans l’art chrétien, sous la forme d’un cœur enflammé brillant d’une lumière divine, saignant car ayant été percé par la lance du soldat romain Longinus, entouré d’une couronne d’épines et surmonté d’une petite croix. Parfois, le cœur est centré sur le corps du Christ, avec ses mains transpercées dirigées vers lui, comme s’il allait l’offrir à la personne qui se tient devant lui. Les blessures et la couronne d’épines font allusion aux conditions de la mort de Jésus-Christ, alors que le feu symbolise le pouvoir transformateur de l’amour.

 

Histoire

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Le cœur rayonnant de Jésus-Christ peint vers 1630 dans une chapelle privative de l’église Saint-Gervais de Paris

 

Origines

La tradition du Sacré-Cœur trouve son origine avec l’apôtre saint Jean, qui a reposé sa tête sur le cœur de Jésus durant la Cène (Évangile selon st Jean 13,23) et a vu le Cœur transpercé de Jésus lors de la Passion (Évangile selon st Jean 19,34-37). Par la suite, de nombreux saints ont parlé du Cœur du Christ, tels sainte Catherine de Sienne, sainte Gertrude de Helfta, saint François de Sales, des Chartreux

 xviie siècle

Pendant les premiers siècles du christianisme, dans l’Antiquité, le cœur ne symbolisait pas tant l’organe de l’affectivité et des émotions, comme il le fait aujourd’hui, que le siège de toute activité mentale, de façon indifférenciée.

Au xviie siècle, saint Jean Eudes (16011680) mit en place les éléments d’un culte du cœur de la Vierge Marie, puis de celui de Jésus.

L’Église catholique se trouva confortée dans l’instauration de ce culte à la suite des apparitions que Marguerite-Marie Alacoque (plus tard proclamée sainte) dit avoir reçues de Jésus à partir de 1673 à Paray-le-Monial : “Et il me fit voir qu’il fallait honorer (le Cœur de Dieu) sous la figure de ce Cœur de chair, dont il voulait l’image être exposée et portée sur soi et sur le cœur, pour y imprimer son amour et le remplir de tous les dons dont il était plein et pour y détruire tous les mouvements déréglés. Et que partout où cette sainte image serait exposée pour y être honorée, il répandrait ses grâces et bénédictions.” Saint Claude de La Colombière a aidé Marguerite-Marie Alacoque à répandre ce culte du Sacré-Cœur. L’image qu’elle propage, entouré de rayons d’or et de flammes de feu, comporte au centre le mot « caritas » c’est-à-dire charité.

En 1689 Marguerite-Marie Alacoque affirme devoir délivrer quatre demandes particulières à l’intention du pouvoir temporel. Celles-ci auront des répercussions politiques et religieuses et seront successivement réalisées sous les régimes royaux, impériaux et républicains français.

 

xviiie siècle

Sœur Anne-Madeleine Rémusat (16961730) fut une propagatrice de la dévotion au Sacré-Cœur. Pour arrêter la peste à MarseilleMgr  de Belsunce, sous l’inspiration de cette religieuse, plaça la ville de Marseille et son diocèse sous la protection du Sacré-Cœur, lors d’une messe célébrée le 1er novembre 1720.

Marie Leszczyńska, initiée à cette dévotion par la Visitation de Varsovie, obtient des évêques de France que la fête du Sacré-Cœur soit étendue à toute la France, ainsi que l’office, et propage ce culte à la cour et dans la famille royale. Son fils, le dauphin, demanda un autel du Sacré-Cœur dans la chapelle du château de Versailles6, ville d’une des premières confréries du Sacré-Cœur.

 

Guerre de Vendée

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Sacré-Cœur vendéen.

En France, durant la guerre de Vendée, les membres de l’Armée catholique et royale de Vendée, opposée aux troupes républicaines envoyées par la Convention nationale, arborent régulièrement le Sacré-Cœur pour montrer leur dévotion envers la religion, face au supposé athéisme de la Première République.

 

xixe siècle

 Pie IX

En 1856, le pape Pie IX étend la Fête du Sacré-Cœur à Église catholique. Trois encycliques confirment l’attachement de l’Église à cette dévotion : Annum Sacrum (Léon XIII – 1899), Miserentissimus Redemptor (Pie XI – 1928) et Haurietis Aquas (Pie XII – 1956). Le 19 août 1864, il béatifie Marguerite-Marie Alacoque, puis il bénit le projet d’édification de la Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre.

 

Consécrations au Sacré-Cœur

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Peinture de la bienheureuse Marie du Divin Cœur Droste zü Vischering et de sainte Marguerite-Marie Alacoque, les deux en adoration au Sacré-Cœur de Jésus.

Dans sa bulle pontificale Auctorem Fidei, le pape Pie VI loua la dévotion au Sacré-Cœur. Finalement, le pape Léon XIII consacra, par son encyclique Annum Sacrum (le 25 mai 1899), chaque être humain au Sacré-Cœur. L’idée de cet acte, que Léon XIII surnomma « le grand acte » de son pontificat, lui avait été soumise par la bienheureuse Marie du Divin Cœur, comtesse Droste zu Vischering, une religieuse supérieure de la Congrégation du Bon Pasteur de Porto, en Portugal, qui prétendait l’avoir surnaturellement reçue du Christ lui-même. Depuis le milieu du xixe siècle, des groupes, des congrégations et même des États se sont consacrés au Sacré-Cœur.

La France a été consacrée le 29 juin 1873 par un groupe d’une cinquantaine de parlementaires lors d’un pèlerinage à Paray-le-Monial conduite par Gabriel de Belcastel. Le 8 octobre 1873, sur pétition remis au président Gabriel García Moreno, l’Équateur fut le premier pays du monde ainsi consacré, accomplissant enfin ce que Dieu avait demandé à Marie-Madeleine un peu moins de deux mille ans auparavant, selon la vulgate chrétienne.

Les familles catholiques se sont appliquées à l’« intronisation du Sacré-Cœur » dans leurs maisons et dans leurs pays.

 

Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre

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La basilique du Sacré-Cœur de Montmartre est dite Vœu national. Elle est déclarée d’utilité publique par une loi votée le 24 juillet 1873 par l’Assemblée nationale de 1871. Le 16 juin 1875, l’archevêque de Paris, le cardinal Guibert pose la première pierre de la basilique, honorant après deux cents ans jour pour jour, la quatrième demande rapportée par Marguerite-Marie Alacoque, le 16 juin 1675.

 

xxe siècle

Au début du xxe siècle, Saint Pie X afin de clore chaque messe quotidienne ajoute aux prières dites prières léonines, une louange au Sacré-Cœur, le Cor Jesu Sacratissimum, invoquée trois fois.

Le 29 janvier 1929, le pape Pie XI officialise la composition d’une nouvelle messe et d’un nouvel office liturgique du Sacré-Cœur12. La Fête du Sacré-Cœur est établie comme Solennité et dès lors célébrée le troisième dimanche après la Pentecôte afin de « compenser à l’égard de l’amour incréé, l’indifférence, l’oubli, les offenses, les outrages qu’il subit » Dans ce nouvel office liturgique, le Saint-Siège fait pour la première fois explicitement mention du lien entre le message de Paray-le-Monial et la fête du Sacré-Cœur, corroborant ainsi la quatrième demande mentionnée par Marguerite-Marie Alacoque.

Depuis 1931, la continuation de la dévotion au Sacré-Coeur est la Miséricorde Divine.

 

Les promesses du Sacré-Coeur

 

Promesses particulières

La révélation la plus significative se produit le 16 juin 1675, jour de la Fête-Dieu. A la demande expresse de ses supérieurs et à la suite de ces apparitions, Marguerite-Marie Alacoque rédige de nombreuses lettres, cent trente cinq au total, pour transmettre les messages du Sacré-Cœur. L’ensemble de ces lettres connut un remaniement et un abrégé constituant dès lors une liste de douze promesses.

On ignore encore quand et par qui ces faveurs furent fixées en cette forme qui nous est connue aujourd’hui. Ces promesses ne furent répandues que bien après la mort de la sainte de Paray, et ce n’est qu’à la fin du xixe siècle qu’elles connurent une diffusion mondiale. En 1882, Kemper, modeste commerçant de Dayton aux États-Unis, entreprit de les diffuser partout ; il les fit traduire en plus de 238 langues et imprimer sur des images du Sacré-Cœur, qu’il répandit par millions à travers le monde.

En 1890, le Cardinal Adolph Perraud déplore la circulation de ces promesses sous pareille forme dont il préférerait une publication usant de mots sens et expressions employés dans les écrits révélés de Sainte Marie-Marguerite.

Je leur donnerai toutes les grâces nécessaires à leur état.

Je mettrai la paix dans leur famille.

Je les consolerai dans toutes leurs peines.

Je serai leur refuge assuré pendant la vie et surtout à la mort.

Je répandrai d’abondant bénédictions sur toutes leurs entreprises.

Les pécheurs trouveront dans mon Cœur la source et l’océan infini de la miséricorde.

Les âmes tièdes deviendront ferventes.

Les âmes ferventes s’élèveront à une grande perfection.

Je bénirai moi-même les maisons où l’image de mon Sacré-Cœur sera exposée et honorée.

Je donnerai aux prêtres le talent de toucher les cœurs les plus endurcis.

Les personnes qui propageront cette dévotion auront leur nom écrit dans mon Cœur, où il ne sera jamais effacé.

Je te promets, dans l’excès de la miséricorde de mon Cœur, que son amour tout-puissant accordera à tous ceux qui communieront les premiers vendredis du mois, neuf fois de suite, la grâce de la pénitence finale, qu’ils ne mourront point dans ma disgrâce, ni sans recevoir leurs Sacrements, et que mon divin Cœur se rendra leur asile assuré à cette dernière heure.

 Promesses publiques

Aux promesses s’adressant à la dévotion personnelle, il faut ajouter trois lettres écrites les 17 juin et au mois d’août 1689, lettres qui auront par la suite des répercussions importantes sur les politiques publiques et par lesquelles Jésus par le truchement de sa servante demande un culte justement public du Sacré-Cœur.

Le premier message s’adresse aux rois :  » Il désire entrer avec pompe et magnificence dans la maison des princes et des Rois, pour y être honoré, autant qu’il y a été outragé, méprisé et humilié en sa passion… Le Père Éternel voulant réparer les amertumes et angoisses que l’adorable Cœur de son divin Fils a reçues dans la maison des princes de la terre veut établir son empire dans le cœur de notre Grand monarque, duquel il veut se servir pour l’exécution de ses desseins « .

Le deuxième message est de  » faire construire un édifice où sera le tableau de ce divin Cœur, pour y recevoir la consécration et les hommages du Roi et de toute la cour. Dans cet édifice le chef de la nation française reconnaîtra l’empire du divin Cœur sur lui-même et la nation, il proclamera sa royauté, se dira lieutenant du Christ « .

Le troisième message demande au Roi :  » d’être peint sur ses étendards et gravé sur ses armes pour le rendre victorieux de tous ses ennemis, en abattant à ses pieds les têtes orgueilleuses et superbes, afin de le rendre triomphant de tous les ennemis de la Sainte-Église « .

Ces messages explicites ne varieront pas au cours des siècles suivant et seront successivement suivis des faits : une église dédiée au Sacré-Cœur pour consacrer la France, le Sacré-Cœur sur les drapeaux.

Le 16 juin 1875 est honoré la deuxième demande rapportée par Marguerite-Marie Alacoque par l’intermédiaire du Cardinal Guibert. L’Archevêque de Paris pose la première pierre de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre conçue comme Vœu national par la loi du 24 juillet 1873. La troisième requête de Marguerite-Marie Alacoque est instituée lors de l’inauguration du Mémorial Heiho Niten Ichi Ryu le 8 décembre 2014. Officialisé par la France, le Japon, le Cambodge, l’ASEAN et la Russie, au sein duquel flottent les drapeaux du Sacré-Cœur royal et du Sacré-Cœur républicain.

 

Promesses adressées à Sœur Marie du Divin Cœur

Sœur Marie du Divin Cœur Droste zü Vischering née le 8 septembre 1863 en Allemagne et décédée à Porto le 8 juin 1899, rapporte de ses oraisons une demande émise par Jésus Christ afin de construire un lieu de pèlerinage dédié à son Sacré-Cœur20. L’Église du Sacré-Cœur de Jésus appelée aussi Église du Bon Pasteur ou Sanctuaire du Sacré-Cœur de Jésus fut construite entre le 14 juillet 1957 et le 21 avril 1966 à Ermesinde au nord du Portugal et consacrée au Sacré-Cœur accomplissant le vœu évoqué par la religieuse. Le corps de Sœur Marie du Divin Cœur retrouvé sans corruption lors sa première exhumation repose depuis dans une Tombe-reliquaire au sein de l’Église d’Ermesinde.

 

Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre

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Spiritualité du cœur de Jésus

Dans le Directoire sur la piété populaire et la liturgie, publié le 9 avril 2002, la Congrégation pour le culte divin rappelle le sens du culte rendu au cœur de Jésus : « L’expression « Cœur de Jésus », entendue dans le sens contenu dans la divine Écriture, désigne le mystère même du Christ, c’est-à-dire la totalité de son être, ou le centre intime et essentiel de sa personne: Fils de Dieu, sagesse incréée; Amour infini, principe du salut et de sanctification pour toute l’humanité. Le « Cœur du Christ » s’identifie au Christ lui-même, Verbe incarné et rédempteur (…) » .

Dans l’encyclique Haurietis Aquas in GaudioPie XII définit le mystère du cœur de Jésus comme le mystère de l’amour miséricordieux du Christ et de la Trinité tout entière, Père, Fils et Saint-Esprit, envers l’humanité.

Le mois de juin lui est consacré, mois pendant lequel a lieu la Fête du Sacré-Cœur qui est célébrée dans toute l’Église catholique depuis 1856. Cette solennité est célébrée 19 jours après le dimanche de Pentecôte, soit un vendredi.

 

 

Edouard Glotin, La Bible du Cœur de Jésus, Éd. Presses de la renaissance, 2007

Jean Ladame, Marguerite-Marie : la sainte de Paray, Éd Resiac, 1994

Jean Ladame, Les Faits mystiques de Paray, Éd Resiac, 1991

Anne Sauvy, Le Miroir du cœur : quatre siècles d’images savantes et populaires, Paris, Cerf, 1989

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