APERUIT ILLIS, DOCUMENTS PONTIFICAUX, FRANÇOIS (pape), LE DIMANCHE DE LA PAROLE DE DIEU, MOTU PROPRIO APERUIT ILLIS

Motu Proprio Aperuit illis

François Motu Proprio

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LETTRE APOSTOLIQUE EN FORME DE «MOTU PROPRIO»

DU SOUVERAIN PONTIFE FRANÇOIS

APERUIT ILLIS

PAR LAQUELLE EST INSTITUÉ LE DIMANCHE DE LA PAROLE DE DIEU

 

  1. « Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures » (Lc24, 45). Voilà l’un des derniers gestes accomplis par le Seigneur ressuscité, avant son Ascension. Il apparaît aux disciples alors qu’ils sont rassemblés dans un même lieu, il rompt avec eux le pain et ouvre leur esprit à l’intelligence des Saintes Écritures. À ces hommes effrayés et déçus, il révèle le sens du mystère pascal : c’est-à-dire que, selon le projet éternel du Père, Jésus devait souffrir et ressusciter des morts pour offrir la conversion et le pardon des péchés (cf. Lc24, 26.46-47) et promet l’Esprit Saint qui leur donnera la force d’être témoins de ce Mystère de salut (cf. Lc 24, 49).

La relation entre le Ressuscité, la communauté des croyants et l’Écriture Sainte est extrêmement vitale pour notre identité. Si le Seigneur ne nous y introduit pas, il est impossible de comprendre en profondeur l’Écriture Sainte. Pourtant le contraire est tout aussi vrai : sans l’Écriture Sainte, les événements de la mission de Jésus et de son Église dans le monde restent indéchiffrables. De manière juste, Saint Jérôme pouvait écrire : « Ignorer les Écritures c’est ignorer le Christ » (In Is., prologue : PL 24, 17)

 

  1. En conclusion du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde, j’avais demandé que l’on pense à « un dimanche entièrement consacré à la Parole de Dieu, pour comprendre l’inépuisable richesse qui provient de ce dialogue constant de Dieu avec son peuple » (Misericordia et misera, n. 7). Consacrer de façon particulière un dimanche de l’Année liturgique à la Parole de Dieu permet, par-dessus tout, de faire revivre à l’Église le geste du Ressuscité qui ouvre également pour nous le trésor de sa Parole afin que nous puissions être dans le monde des annonciateurs de cette richesse inépuisable. À cet égard, les enseignements de Saint Éphrem me viennent à l’esprit : « Qui donc est capable de comprendre toute la richesse d’une seule de tes paroles, Seigneur ? Ce que nous en comprenons est bien moindre que ce que nous en laissons, comme des gens assoiffés qui boivent à une source. Les perspectives de ta parole sont nombreuses, comme sont nombreuses les orientations de ceux qui l’étudient. Le Seigneur a coloré sa parole de multiples beautés, pour que chacun de ceux qui la scrutent puisse contempler ce qu’il aime. Et dans sa parole il a caché tous les trésors, pour que chacun de nous trouve une richesse dans ce qu’il médite » (Commentaires sur le Diatessaron, 1, 18).

Par cette Lettre, j’entends donc répondre à de nombreuses demandes qui me sont parvenues de la part du peuple de Dieu, afin que, dans toute l’Église, on puisse célébrer en unité d’intentions le Dimanche de la Parole de Dieu. Il est désormais devenu une pratique courante de vivre des moments où la communauté chrétienne se concentre sur la grande valeur qu’occupe la Parole de Dieu dans son quotidien. Dans les diverses Églises locales, de nombreuses initiatives rendent les Saintes Écritures plus accessibles aux croyants, ce qui les rend reconnaissants pour un tel don, engagés à le vivre quotidiennement et responsables de le témoigner avec cohérence.

Le Concile œcuménique Vatican II a donné une grande impulsion à la redécouverte de la Parole de Dieu par la Constitution dogmatique Dei Verbum. De ces pages, qui méritent toujours d’être méditées et vécues, émerge clairement la nature de l’Écriture Sainte, transmise de génération en génération (chap. II), son inspiration divine (chap. III) qui embrasse Ancien et Nouveau Testament (Chap. IV et V) et son importance pour la vie de l’Église (chap. VI). Pour accroître cet enseignement, Benoît XVI convoqua en 2008 une Assemblée du Synode des Évêques sur le thème « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église », à la suite de laquelle il publia l’Exhortation Apostolique Verbum Domini, qui constitue un enseignement incontournable pour nos communautés[1]. Dans ce document, le caractère performatif de la Parole de Dieu est particulièrement approfondi surtout, lorsque dans l’action liturgique, émerge son caractère proprement sacramentel[2].

Il est donc bon que ne manque jamais dans la vie de notre peuple ce rapport décisif avec la Parole vivante que le Seigneur ne se lasse jamais d’adresser à son Épouse, afin qu’elle puisse croître dans l’amour et dans le témoignage de foi.

 

  1. J’établis donc que le IIIeDimanche du Temps Ordinaire soit consacré à la célébration, à la réflexion et à la proclamation de la Parole de Dieu. Ce dimanche de la Parole de Dieu viendra ainsi se situer à un moment opportun de cette période de l’année, où nous sommes invités à renforcer les liens avec la communauté juive et à prier pour l’unité des chrétiens. Il ne s’agit pas d’une simple coïncidence temporelle : célébrer le Dimanche de la Parole de Dieuexprime une valeur œcuménique, parce que l’Écriture Sainte indique à ceux qui se mettent à l’écoute le chemin à suivre pour parvenir à une unité authentique et solide.

Les communautés trouveront le moyen de vivre ce dimanche comme un jour solennel. Il sera important, en tout cas que, dans la célébration eucharistique, l’on puisse introduire le texte sacré, de manière à rendre évidente à l’assemblée la valeur normative que possède la Parole de Dieu. En ce dimanche, de façon particulière, il sera utile de souligner sa proclamation et d’adapter l’homélie pour mettre en évidence le service rendu à la Parole du Seigneur. Les Évêques pourront, en ce dimanche, célébrer le rite du lectorat ou confier un ministère similaire, pour rappeler l’importance de la proclamation de la Parole de Dieu dans la liturgie. Il est fondamental, en effet, de faire tous les efforts nécessaires pour former certains fidèles à être de véritables annonciateurs de la Parole avec une préparation adéquate, comme cela se produit de manière désormais habituelle pour les acolytes ou les ministres extraordinaires de la communion. De la même manière, les prêtres en paroisse pourront trouver la forme la plus adéquate pour la remise de la Bible, ou de l’un de ses livres, à toute l’assemblée, afin de faire ressortir l’importance d’en continuer la lecture dans sa vie quotidienne, de l’approfondir et de prier avec la Sainte Écriture, se référant de manière particulière à la Lectio Divina.

 

  1. Le retour du peuple d’Israël dans sa patrie, après l’exil babylonien, fut marqué de façon significative par la lecture du livre de la Loi. La Bible nous offre une description émouvante de ce moment dans le livre de Néhémie. Le peuple est rassemblé à Jérusalem sur la place de la Porte des Eaux à l’écoute de la Loi. Dispersé par la déportation, il se retrouve maintenant rassemblé autour de l’Écriture Sainte comme s’il était « un seul homme » (Ne8, 1). À la lecture du livre sacré, le peuple « écoutait » (Ne8, 3), sachant qu’il retrouvait dans cette parole le sens des événements vécus. La réaction à la proclamation de ces paroles fut l’émotion et les pleurs : « Esdras lisait un passage dans le livre de la loi de Dieu, puis les lévites traduisaient, donnaient le sens, et l’on pouvait comprendre. Néhémie le gouverneur, Esdras qui était prêtre et scribe, et les lévites qui donnaient les explications, dirent à tout le peuple : « Ce jour est consacré au Seigneur votre Dieu ! Ne prenez pas le deuil, ne pleurez pas ! » Car ils pleuraient tous en entendant les paroles de la Loi. […] Ne vous affligez pas : la joie du Seigneur est votre rempart ! » (Ne 8, 8-10).

Ces mots contiennent un grand enseignement. La Bible ne peut pas être seulement le patrimoine de quelques-uns et encore moins une collection de livres pour quelques privilégiés. Elle appartient, avant tout, au peuple convoqué pour l’écouter et se reconnaître dans cette Parole. Souvent, il y a des tendances qui tentent de monopoliser le texte sacré en le reléguant à certains cercles ou groupes choisis. Il ne peut en être ainsi. La Bible est le livre du peuple du Seigneur qui, dans son écoute, passe de la dispersion et de la division à l’unité. La Parole de Dieu unit les croyants et les rend un seul peuple.

 

  1. Dans cette unité générée par l’écoute, les pasteurs ont en premier lieu la grande responsabilité d’expliquer et de permettre à tous de comprendre l’Écriture Sainte. Puisqu’elle est le livre du peuple, ceux qui ont la vocation d’être ministres de la Parole doivent ressentir avec force l’exigence de la rendre accessible à leur communauté.

L’homélie, en particulier, revêt une fonction tout à fait particulière, car elle possède « un caractère presque sacramentel » (Evangelii Gaudium, n. 142). Faire entrer en profondeur dans la Parole de Dieu, dans un langage simple et adapté celui qui écoute, permet au prêtre de faire découvrir également la « beauté des images que le Seigneur utilisait pour stimuler la pratique du bien » (Ibid.). C’est une opportunité pastorale à ne pas manquer !

Pour beaucoup de nos fidèles, en effet, c’est l’unique occasion qu’ils possèdent pour saisir la beauté de la Parole de Dieu et de la voir se référer à leur vie quotidienne. Il faut donc consacrer le temps nécessaire à la préparation de l’homélie. On ne peut improviser le commentaire aux lectures sacrées. Pour nous, comme prédicateurs, il est plutôt demandé de ne pas s’étendre au-delà de la mesure avec des homélies ou des arguments étrangers. Quand on s’arrête pour méditer et prier sur le texte sacré, on est capable de parler avec son cœur pour atteindre le cœur des personnes qui écoutent, pour exprimer l’essentiel qui est reçu et qui produit du fruit. Ne nous lassons jamais de consacrer du temps et de prier avec l’Écriture Sainte, pour qu’elle soit accueillie « pour ce qu’elle est réellement, non pas une parole d’hommes, mais la parole de Dieu » (1Th 2, 13).

Il est également souhaitable que les catéchistes, par le ministère dont ils sont revêtus, aident à faire grandir dans la foi, ressentant l’urgence de se renouveler à travers la familiarité et l’étude des Saintes Écritures, leur permettant de favoriser un vrai dialogue entre ceux qui les écoutent et la Parole de Dieu.

 

  1. Avant de se manifester aux disciples enfermés au cénacle et de les ouvrir à l’intelligence de l’Écriture (cf. Lc24, 44-45), le Ressuscité apparaît à deux d’entre eux sur le chemin qui mène de Jérusalem à Emmaüs (cf. 24, 13-35). Le récit de l’évangéliste Luc note que c’est le jour de la Résurrection, c’est-à-dire le dimanche. Ces deux disciples discutent sur les derniers événements de la passion et de la mort de Jésus. Leur chemin est marqué par la tristesse et la désillusion de la fin tragique de Jésus. Ils avaient espéré en Lui le voyant comme le Messie libérateur, mais ils se trouvent devant le scandale du Crucifié. Discrètement, le Ressuscité s’approche et marche avec les disciples, mais ceux-ci ne le reconnaissent pas (cf. v. 16). Au long du chemin, le Seigneur les interroge, se rendant compte qu’ils n’ont pas compris le sens de sa passion et de sa mort ; il les appelle « esprits sans intelligence et lents à croire » (v. 25) « et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait » (v. 27) Le Christ est le premier exégète ! Non seulement les Écritures anciennes ont anticipé ce qu’Il aurait réalisé, mais Lui-même a voulu être fidèle à cette Parole pour rendre évidente l’unique histoire du salut qui trouve dans le Christ son accomplissement.

 

  1. La Bible, par conséquent, en tant qu’Écriture Sainte, parle du Christ et l’annonce comme celui qui doit traverser les souffrances pour entrer dans la gloire (cf. v. 26). Ce n’est pas une seule partie, mais toutes les Écritures qui parlent de Lui. Sa mort et sa résurrection sont indéchiffrables sans elles. C’est pourquoi l’une des confessions de foi les plus anciennes souligne que « le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures, et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures, il est apparu à Pierre » (1Co15, 3-5). Puisque les Écritures parlent du Christ, elles permettent de croire que sa mort et sa résurrection n’appartiennent pas à la mythologie, mais à l’histoire et se trouvent au centre de la foi de ses disciples.

Le lien entre l’Écriture Sainte et la foi des croyants est profond. Puisque la foi provient de l’écoute et que l’écoute est centrée sur la parole du Christ (cf. Rm 10, 17), l’invitation qui en découle est l’urgence et l’importance que les croyants doivent réserver à l’écoute de la Parole du Seigneur, tant dans l’action liturgique que dans la prière et la réflexion personnelle.

 

  1. Le « voyage » du Ressuscité avec les disciples d’Emmaüs se termine par le repas. Le mystérieux Voyageur accepte l’insistante demande que lui adressent les deux compagnons : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse » (Lc24, 29). S’assoyant à table avec eux, Jésus prend le pain, récite la bénédiction, le rompt et le leur donne. Alors, leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent. (cf. v. 31)

Nous comprenons de cette scène, combien est inséparable le rapport entre l’Écriture Sainte et l’Eucharistie. Le Concile Vatican II enseigne : « L’Église a toujours vénéré les divines Écritures comme elle le fait aussi pour le Corps même du Seigneur, elle qui ne cesse pas, surtout dans la sainte liturgie, de prendre le pain de vie de la table de la Parole de Dieu et de celle du Corps du Christ, pour l’offrir aux fidèles » (Dei Verbum, n. 21).

La fréquentation constante de l’Écriture Sainte et la célébration de l’Eucharistie rendent possible la reconnaissance entre personnes qui s’appartiennent. En tant que chrétiens, nous sommes un seul peuple qui marche dans l’histoire, fort de la présence du Seigneur parmi nous qui nous parle et nous nourrit. Ce jour consacré à la Bible veut être non pas « une seule fois par an », mais un événement pour toute l’année, parce que nous avons un besoin urgent de devenir familiers et intimes de l’Écriture Sainte et du Ressuscité, qui ne cesse de rompre la Parole et le Pain dans la communauté des croyants. C’est pourquoi nous avons besoin d’entrer constamment en confiance avec l’Écriture Sainte, sinon le cœur restera froid et les yeux resteront fermés, frappés comme par d’innombrables formes de cécité.

Écriture et Sacrements sont donc inséparables. Lorsque les sacrements sont introduits et illuminés par la Parole, ils se manifestent plus clairement comme le but d’un chemin où le Christ lui-même ouvre l’esprit et le cœur pour reconnaître son action salvifique. Il est nécessaire, dans ce contexte, de ne pas oublier l’enseignement qui vient du livre de l’Apocalypse. Il est dit ici que le Seigneur est à la porte et qu’Il frappe. Si quelqu’un entend sa voix et lui ouvre, Il entre pour dîner avec lui (cf. 3, 20). Le Christ Jésus, à travers l’Écriture Sainte, frappe à notre porte; si nous écoutons et ouvrons la porte de notre esprit et celle de notre cœur, alors Il entrera dans notre vie et demeurera avec nous.

 

  1. Dans la deuxième lettre à Timothée, qui constitue en quelque sorte son testament spirituel, saint Paul recommande à son fidèle collaborateur de fréquenter constamment l’Écriture Sainte. L’Apôtre est convaincu que « toute l’Écriture est inspirée par Dieu ; elle est utile pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans la justice » (cf. 3, 16). Cette recommandation de Paul à Timothée constitue une base sur laquelle la Constitution conciliaire Dei Verbum aborde le grand thème de l’inspiration de l’Écriture Sainte, une base dont émergent en particulier la finalité salvifique, la dimension spirituelleet le principe de l’incarnation pour l’Écriture Sainte.

Rappelant tout d’abord la recommandation de Paul à Timothée, Dei Verbum souligne que « les livres de l’Écriture enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consigner dans les Lettres sacrées pour notre salut » (n. 11). Puisque celles-ci enseignent en vue du salut pour la foi dans le Christ (2 Tm 3, 15), les vérités qu’elles contiennent servent à notre salut. La Bible n’est pas une collection de livres d’histoires ni de chroniques, mais elle est entièrement tournée vers le salut intégral de la personne. L’indéniable enracinement historique des livres contenus dans le texte sacré ne doit pas faire oublier cette finalité primordiale : notre salut. Tout est orienté vers cette finalité inscrite dans la nature même de la Bible, qui est composée comme histoire du salut dans laquelle Dieu parle et agit pour aller à la rencontre de tous les hommes, pour les sauver du mal et de la mort.

Pour atteindre ce but salvifique, l’Écriture Sainte, sous l’action de l’Esprit Saint, transforme en Parole de Dieu la parole des hommes écrite de manière humaine (cf. Dei Verbum, n. 12). Le rôle de l’Esprit Saint dans la Sainte Écriture est fondamental. Sans son action, le risque d’être enfermé dans le texte serait toujours un danger, rendant facile l’interprétation fondamentaliste, d’où nous devons rester à l’écart afin de ne pas trahir le caractère inspiré, dynamique et spirituel que possède le texte sacré. Comme le rappelle l’Apôtre, « la lettre tue, mais l’Esprit donne la vie » (2 Co 3, 6). Le Saint-Esprit transforme donc la Sainte Écriture en une Parole vivante de Dieu, vécue et transmise dans la foi de son peuple saint.

 

  1. L’action de l’Esprit Saint ne concerne pas seulement la formation de l’Écriture Sainte, mais agit aussi chez ceux qui se mettent à l’écoute de la Parole de Dieu. Elle est importante l’affirmation des Pères conciliaires selon laquelle l’Écriture Sainte doit être « lue et interprétée à la lumière du même Esprit par lequel elle a été écrite » (Dei Verbum, n. 12). Avec Jésus Christ, la révélation de Dieu atteint son accomplissement et sa plénitude ; pourtant, l’Esprit Saint continue son action. En effet, il serait réducteur de limiter l’action de l’Esprit Saint uniquement à la nature divinement inspirée de l’Écriture Sainte et à ses différents auteurs. Il est donc nécessaire d’avoir confiance en l’action de l’Esprit Saint qui continue à réaliser sa forme particulière d’inspiration lorsque l’Église enseigne l’Écriture Sainte, lorsque le Magistère l’interprète authentiquement (cf. ibid., 10) et quand chaque croyant en fait sa norme spirituelle. Dans ce sens, nous pouvons comprendre les paroles de Jésus quand, aux disciples qui lui confirment avoir saisi le sens de ses paraboles, Il dit : « C’est pourquoi tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien » (Mt13, 52).

 

  1. Dei Verbum précise enfin que « les paroles de Dieu, passant par les langues humaines, sont devenues semblables au langage des hommes, de même que jadis le Verbe du Père éternel, ayant assumé l’infirmité de notre chair, est devenu semblable aux hommes » (n. 13). C’est comme dire que l’Incarnation du Verbe de Dieu donne forme et sens à la relation entre la Parole de Dieu et le langage humain, avec ses conditions historiques et culturelles. C’est dans cet événement que prend forme la Tradition, qui elle aussi est Parole de Dieu (cf. Ibid., n. 9). On court souvent le risque de séparer entre elles l’Écriture Sainte et la Tradition, sans comprendre qu’ensemble elles sont l’unique source de la Révélation. Le caractère écrit de la première ne diminue en rien le fait qu’elle soit pleinement parole vivante ; de même que la Tradition vivante de l’Église, qui la transmet sans cesse au cours des siècles de génération en génération, possède ce livre sacré comme la « règle suprême de la foi » (Ibid., n. 21). D’ailleurs, avant de devenir un texte écrit, l’Écriture Sainte a été transmise oralement et maintenue vivante par la foi d’un peuple qui la reconnaissait comme son histoire et son principe d’identité parmi tant d’autres peuples. La foi biblique se fonde donc sur la Parole vivante et non pas sur un livre.

 

  1. Lorsque l’Écriture Sainte est lue dans le même esprit que celui avec lequel elle a été écrite, elle demeure toujours nouvelle. L’Ancien Testament n’est jamais vieux une fois qu’on le fait entrer dans le Nouveau, car tout est transformé par l’unique Esprit qui l’inspire. Tout le texte sacré possède une fonction prophétique : il ne concerne pas l’avenir, mais l’aujourd’hui de celui qui se nourrit de cette Parole. Jésus lui-même l’affirme clairement au début de son ministère : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » (Lc4, 21). Celui qui se nourrit chaque jour de la Parole de Dieu se fait, comme Jésus, contemporain des personnes qu’il rencontre ; il n’est pas tenté de tomber dans des nostalgies stériles du passé ni dans des utopies désincarnées vers l’avenir.

L’Écriture Sainte accomplit son action prophétique avant tout à l’égard de celui qui l’écoute. Elle provoque douceur et amertume. Rappelons-nous les paroles du prophète Ézéchiel lorsque le Seigneur l’invite à manger le rouleau du livre, il confie : « dans ma bouche il fut doux comme du miel » (cf. 3, 3). Même l’évangéliste Jean sur l’île de Patmos revit la même expérience qu’Ézéchiel de manger le livre, mais il ajoute quelque chose de plus spécifique : « Dans ma bouche il était doux comme le miel, mais, quand je l’eus mangé, il remplit mes entrailles d’amertume » (Ap 10, 10).

L’effet de douceur de la Parole de Dieu nous pousse à la partager avec ceux que nous rencontrons au quotidien pour leur exprimer la certitude de l’espérance qu’elle contient (cf. 1 P 3, 15-16). L’amertume, à son contraire, est souvent offerte lorsqu’on saisit à quel point il nous est difficile de vivre la parole de manière cohérente, ou se voit même refusée d’être touchée du doigt parce qu’elle n’est pas retenue valable pour donner un sens à la vie. Il est donc nécessaire de ne jamais s’accoutumer à la Parole de Dieu, mais de se nourrir de celle-ci pour découvrir et vivre en profondeur notre relation avec Dieu et avec nos frères.

 

  1. Une autre provocation qui provient de l’Écriture Sainte est celle qui concerne la charité. Constamment la Parole de Dieu rappelle l’amour miséricordieux du Père qui demande à ses enfants de vivre dans la charité. La vie de Jésus est l’expression pleine et parfaite de cet amour divin qui ne retient rien pour lui-même, mais qui s’offre à tous sans réserve. Dans la parabole du pauvre Lazare, nous trouvons une indication précieuse. Lorsque Lazare et le riche meurent, celui-ci, voyant le pauvre dans le sein d’Abraham, demande qu’il soit envoyé à ses frères pour les avertir de vivre l’amour du prochain, pour éviter qu’eux aussi subissent ses propres tourments. La réponse d’Abraham est cinglante : « Ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent » (Lc16, 29). Écouter les Saintes Écritures pour pratiquer la miséricorde : c’est un grand défi pour notre vie. La Parole de Dieu est en mesure d’ouvrir nos yeux pour nous permettre de sortir de l’individualisme qui conduit à l’asphyxie et à la stérilité tout en ouvrant grand la voie du partage et de la solidarité.
  2. L’un des épisodes les plus significatifs du rapport entre Jésus et les disciples est le récit de la Transfiguration. Jésus monte sur la montagne pour prier avec Pierre, Jacques et Jean. Les évangélistes se rappellent que, tandis que le visage et les vêtements de Jésus resplendissaient, deux hommes conversaient avec Lui : Moïse et Élie, qui incarnent respectivement la Loi et les Prophètes, c’est-à-dire les Saintes Écritures. La réaction de Pierre, à cette vue, est remplie d’un joyeux émerveillement : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie » (Lc9, 33). A ce moment-là, une nuée les couvrit de son ombre et les disciples furent saisis de peur.

La Transfiguration rappelle la fête des tentes, quand Esdras et Néhémie lisaient le texte sacré au peuple, après le retour de l’exil. Dans un même temps, elle anticipe la gloire de Jésus en préparation au scandale de la passion, gloire divine qui est également évoquée par la nuée qui enveloppe les disciples, symbole de la présence du Seigneur. Cette Transfiguration est semblable à celle de l’Écriture Sainte qui se transcende lorsqu’elle nourrit la vie des croyants. Comme le rappelle Verbum Domini : « Dans la saisie de l’articulation entre les différents sens de l’Écriture, il devient alors décisif de comprendre le passage de la lettre à l’esprit. Il ne s’agit pas d’un passage automatique et spontané ; il faut plutôt un dépassement de la lettre » (n. 38).

 

  1. Sur le chemin d’accueil de la Parole de Dieu nous accompagne la Mère du Seigneur, reconnue comme bienheureuse parce qu’elle a cru en l’accomplissement de ce que le Seigneur lui avait dit (cf. Lc1, 45). La béatitude de Marie précède toutes les béatitudes prononcées par Jésus pour les pauvres, les affligés, les humbles, les pacificateurs et ceux qui sont persécutés, car c’est la condition nécessaire pour toute autre béatitude. Aucun pauvre n’est bienheureux parce qu’il est pauvre ; Il le devient, comme Marie, s’il croit en l’accomplissement de la Parole de Dieu. C’est ce que rappelle un grand disciple et maître des Saintes Écritures, saint Augustin : « Quelqu’un au milieu de la foule, particulièrement pris par l’enthousiasme, s’écria : Bienheureux le sein qui t’a porté. Et lui de répondre : Bienheureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent. C’est comme dire : ma mère, que tu appelles bienheureuse, est bienheureuse précisément parce qu’elle garde la Parole de Dieu, non pas parce que le Verbe est devenu chair en elle et a vécu parmi nous, mais parce qu’elle garde la parole même de Dieu par qui elle a été créée, et qu’en elle Il s’est fait chair » (Comm. l’év. de Jn., 10, 3).

Que le Dimanche de la Parole de Dieu puisse faire grandir dans le peuple de Seigneur la religiosité et l’assiduité familière avec les Saintes Écritures, comme l’auteur sacré enseignait déjà dans les temps anciens « Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique » (Dt 30, 14).

 

Donné à Rome, près de saint Jean du Latran, le 30 septembre 2019

En la mémoire liturgique de saint Jérôme, en ce début du 1600e anniversaire de sa mort.

 

[1] Cf. AAS 102 (2010), 692-787.

[2] « La sacramentalité de la Parole se comprend alors par analogie à la présence réelle du Christ sous les espèces du pain et du vin consacrés. En nous approchant de l’autel et en prenant part au banquet eucharistique, nous communions réellement au corps et au sang du Christ. La proclamation de la Parole de Dieu dans la célébration implique la reconnaissance que le Christ lui-même est présent et s’adresse à nous pour être écouté », Verbum Domini, 56.

© Copyright – Libreria Editrice Vaticana

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Le Pape institue le Dimanche de la Parole de Dieu

 

Par un motu proprio publié ce 30 septembre, le Saint-Père institue le Dimanche de la Parole de Dieu, qui sera célébré chaque année le 3e dimanche du Temps Ordinaire. D’une manière plus large, ce texte du Pape François, intitulé “Aperuit Illis”, souligne toute la richesse et le caractère vivant du texte sacré. Il encourage les croyants à une plus grande familiarité à son égard, afin de «vivre en profondeur notre relation avec Dieu et avec nos frères».

La publication du motu proprio Aperuit Illis – «Il leur ouvrit»(cf Lc 24, 45) – intervient à une date symbolique: en ce 30 septembre, l’Église universelle fait mémoire de saint Jérôme, qui a consacré la majeure partie de sa vie et de ses forces à l’étude et à la traduction des textes sacrés. Ce docteur de l’Église, l’un des quatre pères de l’Église latine, a élaboré la pièce maîtresse de la Vulgate, traduction latine officiellement reconnue par l’Église catholique. Cette année s’ouvre le 1600e anniversaire de sa mort.

 Pourquoi ce dimanche spécial ?

Le Pape François choisit donc de mettre la Parole de Dieu au centre de ce nouveau texte magistériel, et de lui accorder une place privilégiée un dimanche de l’année: «J’établis que le IIIe Dimanche du Temps Ordinaire soit consacré à la célébration, à la réflexion et à la proclamation de la Parole de Dieu», écrit le Saint-Père.   

La décision de François trouve son origine lors du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde. Le Pape avait alors «demandé que l’on pense à “un dimanche entièrement consacré à la Parole de Dieu, pour comprendre l’inépuisable richesse qui provient de ce dialogue constant de Dieu avec son peuple” (Misericordia et misera, n. 7)».

«Par cette Lettre, j’entends donc répondre à de nombreuses demandes qui me sont parvenues de la part du peuple de Dieu, afin que, dans toute l’Église, on puisse célébrer en unité d’intentions le Dimanche de la Parole de Dieu», poursuit-il. François inscrit aussi sa démarche dans le sillage de grands textes du Magistère, tels que la Constitution dogmatique Dei Verbum et l’Exhortation apostolique de Benoît XVI Verbum Domini.

 Modalités pratiques

Concrètement, le Pape suggère de «vivre ce dimanche comme un jour solennel». Il s’agira d’ «introduire le texte sacré de manière à rendre évidente à l’assemblée la valeur normative que possède la Parole de Dieu». Il sera donc utile «de souligner sa proclamation et d’adapter l’homélie pour mettre en évidence le service rendu à la Parole du Seigneur». François précise que «les Évêques pourront, en ce dimanche, célébrer le rite du lectorat ou confier un ministère similaire, pour rappeler l’importance de la proclamation de la Parole de Dieu dans la liturgie». Il exhorte ainsi à «faire tous les efforts nécessaires pour former certains fidèles à être de véritables annonciateurs de la Parole avec une préparation adéquate, comme cela se produit de manière désormais habituelle pour les acolytes ou les ministres extraordinaires de la communion».

Le Pape propose aussi que les prêtres remettent «la Bible, ou de l’un de ses livres, à toute l’assemblée, afin de faire ressortir l’importance d’en continuer la lecture dans sa vie quotidienne, de l’approfondir et de prier avec la Sainte Écriture, se référant de manière particulière à la Lectio Divina».

Ce Dimanche de la Parole de Dieu sera célébré vers la fin janvier, à un moment «où nous sommes invités à renforcer les liens avec la communauté juive et à prier pour l’unité des chrétiens». Il a donc «une valeur œcuménique, parce que l’Écriture Sainte indique à ceux qui se mettent à l’écoute le chemin à suivre pour parvenir à une unité authentique et solide», est-il souligné.

 Quel est l’objectif?

Pour François, ce nouveau jour solennel permettra «par-dessus tout de faire revivre à l’Église le geste du Ressuscité qui ouvre également pour nous le trésor de sa Parole afin que nous puissions être dans le monde des annonciateurs de cette richesse inépuisable». Il s’agit donc de le prolonger, au-delà d’une simple date fixée dans le calendrier liturgique. Le Saint-Père insiste aussi sur le fait que «la relation entre le Ressuscité, la communauté des croyants et l’Écriture Sainte est extrêmement vitale pour notre identité». Deux idées fortes qui sont développées dans la suite de ce motu proprio.

 Devenir familier de la Parole pour évangéliser

François insiste sur le fait que «ce jour consacré à la Bible veut être non pas “une seule fois par an”, mais un événement pour toute l’année, parce que nous avons un besoin urgent de devenir familiers et intimes de l’Écriture Sainte et du Ressuscité». Il est donc recommandé «d’entrer constamment en confiance avec l’Écriture Sainte, sinon le cœur restera froid et les yeux resteront fermés». Le Pape souligne «l’urgence et l’importance que les croyants doivent réserver à l’écoute de la Parole du Seigneur, tant dans l’action liturgique que dans la prière et la réflexion personnelle». La fréquentation de l’Eucharistie est aussi indiquée, car «Écritures et Sacrements sont inséparables». La foi y trouve son aliment vital, car «le lien entre l’Écriture Sainte et la foi des croyants est profond», est-il rappelé.

 La Bible n’est pas une «collection de livres pour quelques privilégiés»

La Parole de Dieu rassemble et doit être rendue accessible à tout le peuple de Dieu, explique également François. «La Bible ne peut pas être seulement le patrimoine de quelques-uns et encore moins une collection de livres pour quelques privilégiés». «Souvent, il y a des tendances qui tentent de monopoliser le texte sacré en le reléguant à certains cercles ou groupes choisis. Il ne peut en être ainsi», avertit le Saint-Père. «La Bible est le livre du peuple du Seigneur qui, dans son écoute, passe de la dispersion et de la division à l’unité. La Parole de Dieu unit les croyants et les rend un seul peuple».

 Le rôle des ministres de la Parole

Le Pape rappelle alors la responsabilité des pasteurs dans l’annonce et l’explication de l’Écriture Sainte. Ceux «qui ont la vocation d’être ministres de la Parole doivent ressentir avec force l’exigence de la rendre accessible à leur communauté», estime-t-il, avant de donner quelques indications concernant la préparation d’une homélie, ou encore la mission des catéchistes. Pour les fidèles, l’homélie est souvent «l’unique occasion qu’ils possèdent pour saisir la beauté de la Parole de Dieu et de la voir se référer à leur vie quotidienne», rappelle à cette occasion le Souverain Pontife.

 Écriture Sainte et Tradition sont liées

François met ensuite en valeur la «finalité primordiale» du texte sacré: «notre salut». La Bible possède un «indéniable enracinement historique», mais elle est aussi «entièrement tournée vers le salut intégral de la personne». Et pour «atteindre ce but salvifique», le Saint-Esprit remplit une mission essentielle. Il «transforme la Sainte Écriture en une Parole vivante de Dieu, vécue et transmise dans la foi de son peuple saint». Le Pape invite à «avoir confiance en l’action de l’Esprit Saint qui continue à réaliser sa forme particulière d’inspiration lorsque l’Église enseigne l’Écriture Sainte, lorsque le Magistère l’interprète authentiquement (cf. ibid., 10) et quand chaque croyant en fait sa norme spirituelle».

Une autre idée développée est celle du lien entre l’Écriture Sainte et la Tradition, établi notamment par l’Incarnation du Verbe de Dieu. «On court souvent le risque de séparer entre elles l’Écriture Sainte et la Tradition, sans comprendre qu’ensemble elles sont l’unique source de la Révélation», prévient le Pape, qui souligne que la «foi biblique» se fonde «sur la Parole vivante et non pas sur un livre».

 Ne pas s’habituer à la Parole de Dieu

François conclut sa réflexion en montrant combien la Bible peut et doit nourrir la vie des croyants, jour après jour, jusqu’à transformer leur manière d’être et d’agir, leur permettant par-là de réaliser pleinement leur vocation baptismale. L’Écriture Sainte «demeure toujours nouvelle», et sa fonction prophétique «ne concerne pas l’avenir, mais l’aujourd’hui de celui qui se nourrit de cette Parole». Le Pape demande «de ne jamais s’accoutumer à la Parole de Dieu, mais de se nourrir de celle-ci pour découvrir et vivre en profondeur notre relation avec Dieu et avec nos frères». Une fois qu’elle a rejoint et envahi le cœur du croyant, celui-ci est alors poussé «à la partager avec ceux que nous rencontrons au quotidien pour leur exprimer la certitude de l’espérance qu’elle contient».

 Une source de charité et de sainteté

Son caractère performatif s’exprime aussi par des actes, comme l’a lui-même montré Jésus, la Parole incarnée. «Constamment la Parole de Dieu rappelle l’amour miséricordieux du Père qui demande à ses enfants de vivre dans la charité», peut-on lire. «Écouter les Saintes Écritures pour pratiquer la miséricorde: c’est un grand défi pour notre vie, estime le Saint-Père. La Parole de Dieu est en mesure d’ouvrir nos yeux pour nous permettre de sortir de l’individualisme qui conduit à l’asphyxie et à la stérilité tout en ouvrant grand la voie du partage et de la solidarité».

Le Souverain pontife donne enfin en exemple la Vierge Marie, à qui semble s’adresser, comme l’a écrit saint Augustin, la béatitude suivante: «Bienheureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent»«La béatitude de Marie précède toutes les béatitudes prononcées par Jésus pour les pauvres, les affligés, les humbles, les pacificateurs et ceux qui sont persécutés, car c’est la condition nécessaire pour toute autre béatitude», explique François. L’écoute de la Parole ouvre donc la porte du sentier des Béatitudes, du chemin de la sainteté

https://www.vaticannews.va/fr/taglist.chiesa-e-religioni.Chiesa.fede.html

ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE, DOCUMENTS PONTIFICAUX, DOGME DE L'ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE, DOGME DE L'ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE (1er novembre 1950), EGLISE CATHOLIQUE, VIERGE MARIE

Proclamation du dogme de l’Assomption (1er novembre 1950)

CONSTITUTION APOSTOLIQUE DE PIE XII SUR L ASSOMPTION

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Pie XII 1950 – CONSTITUTION APOSTOLIQUE MUNIFICENTISSIMUS DEUS DÉFINISSANT LE DOGME DE L’ASSOMPTION

 

DISCOURS PRONONCÉ APRÈS LA DÉFINITION DU DOGME DE L’ASSOMPTION DEVANT LA FOULE RÉUNIE SUR LA PLACE SAINT-PIERRE

(ier novembre 1950) 1

Après avoir chanté le Te Deum Laudamus, pour remercier Dieu d’avoir pu proclamer le dogme de Y Assomption de la Sainte Vierge, Pie Xli adressa à la foule de plus de cinq cent mille personnes un discours dont voici le texte :

Vénérables Frères, chers fils et filles réunis devant Nous et vous tous qui Nous écoutez dans cette ville sainte de Rome et dans toutes les régions du monde catholique ‘.

Emu par la proclamation, comme dogme de foi, de l’Assomption, corps et âme, de la Bienheureuse Vierge Marie au ciel ; exultant devant la joie qui inonde le coeur de tous les croyants, dont les voeux fervents sont exaucés, Nous Nous sentons irrésistiblement poussé à chanter avec vous un hymne de reconnaissance à l’aimable Providence de Dieu, qui a voulu réserver à vous la joie de ce jour et à Nous la consolation de ceindre le front de la Mère de Jésus et notre Mère, Marie, de l’éclatant diadème qui en couronne les privilèges uniques.

Au milieu des épreuves, cet acte est un rayon de soleil :

Par un mystérieux dessein de Dieu sur les hommes de la génération présente, si tourmentée et souffrante, égarée et déçue,

D’après le texte italien des A. A. S., XXXXII, 1050 p. 779.

2 Ce discours étant radiodiffusé, plus de cent millions d’auditeurs purent l’entendre ainsi que, d’ailleurs, toutes les cérémonies de la proclamation.

mais aussi salutairement inquiète dans la recherche d’un grand bien perdu, un coin de ciel s’ouvre, lumineux, rayonnant d’innocence, d’espérance, de vie bienheureuse, où siège, Reine et Mère, à côte du Soleil de justice, Marie.

Le peuple chrétien est intimement associé à cette proclamation :

Ardemment désiré depuis longtemps, ce jour est finalement Nôtre; et il est finalement vôtre. Notre voix était la voix des siècles, — et Nous dirions même la voix de l’éternité — lorsque, avec l’assistance de l’Esprit-Saint, elle a solennellement défini l’insigne privilège de notre Mère céleste. Et c’est le cri des siècles qui éclate aujourd’hui avec le vôtre, dans la vaste enceinte de ce lieu vénérable, déjà consacré par les gloires chrétiennes, havre spirituel de toutes les nations, et devenu maintenant autel et temple pour votre surabondante piété.

Comme secouées par les battements de vos coeurs et par les mouvements fervents de vos lèvres, voici que vibrent les pierres même de cette basilique patriarcale ; et avec elles, exultent avec de mystérieux frémissements, les innombrables temples antiques élevés partout en l’honneur de l’Assomption de Marie, monuments d’une foi unique et assises terrestres du trône céleste de gloire de la Reine de l’Univers.

Ce ier novembre est un jour de grâces :

En ce jour d’allégresse, du ciel entr’ouvert, avec le courant d’exultation des esprits célestes, qui s’accorde avec celle de toute l’Eglise militante, il doit descendre sur les âmes un torrent de grâces et d’enseignements qui susciteront un large renouveau de sainteté.

Aussi, vers une aussi sublime créature, levons-Nous les yeux avec confiance de cette terre, à l’heure actuelle, parmi notre génération, et à tous, Nous crions : Haut les coeurs !

Ceux qui peinent seront soulagés par la bénie Vierge Marie :

A tant d’âmes inquiètes et angoissées, triste partage d’un âge troublé et agité, âmes opprimées, mais non résignées, qui ne croient plus à la bonté de la vie, mais, comme contraintes, en acceptent seulement le moment présent, l’enfant humble et ignorée de Nazareth, maintenant glorieuse dans le ciel, ouvrira des horizons plus hauts et les encouragera à contempler à quel destin et à quelles oeuvres sublimes fut élevée Celle qui, choisie par Dieu pour être la Mère du Verbe incarné, accueillit docilement la parole du Seigneur.

Et vous, plus particulièrement proches de Notre coeur, inquiétude douloureuse de Nos jours et de Nos nuits, souci angoissé de chacune de Nos heures, vous, pauvres, malades, exilés, prisonniers, persécutés, bras sans travail et corps sans abri, affligés de tous genres et de tous pays ; vous à qui le séjour sur terre semble ne procurer que des larmes et des privations, quels que soient les efforts qui se font et qui doivent se faire pour vous venir en aide, levez votre regard vers Celle qui, avant vous, a parcouru les chemins de la pauvreté, du mépris, de l’exil, de la douleur, qui a eu l’âme transpercée par un glaive au pied de la Croix, et dont le regard plonge maintenant fixement dans l’éternelle lumière.

Que la Vierge obtienne que la charité règne sur le monde :

A ce monde sans paix, martyrisé par les défiances réciproques, par les divisions, par les contrastes, par les haines, parce que la foi est affaiblie en lui et presque éteint le sens de l’amour et de la fraternité dans le Christ, alors que Nous demandons avec une ardeur suppliante à la Vierge montée au ciel de ramener l’ardeur de l’amour et de la vie dans les coeurs humains, Nous ne Nous lassons pas de rappeler que rien ne doit prévaloir sur le fait et sur la conscience que nous sommes tous les enfants d’une même Mère, Marie, qui vit dans les cieux, lien d’union pour le Corps mystique du Christ, nouvelle Eve et nouvelle mère des vivants, qui veut conduire tous les hommes à la vérité et à la grâce de son divin Fils.

Et maintenant, prions pieusement à genoux :

De vibrantes acclamations saluèrent à plusieurs reprises ce discours. Après quoi Pie XII récita la prière qu’il a lui-même composée pour la circonstance .

PRIÈRE A LA SAINTE VIERGE HONORÉE DANS SON ASSOMPTION

(Ier novembre 1950)

Après avoir adressé la parole à la foule assemblée sur la Place Saint-Pierre, à la suite de la définition du Dogme de l’Assomption, le Saint-Père, à genoux, récita la prière suivante qu’il a composée lui-même :

1. O Vierge Immaculée, Mère de Dieu et Mère des hommes, nous croyons avec toute la ferveur de notre foi en votre Assomption triomphale, corps et âme, au ciel, où vous êtes acclamée Reine par tous les choeurs des anges et par toutes les phalanges des saints, et nous nous unissons à eux, pour louer et bénir le Seigneur, qui vous a exaltée sur toutes les autres créatures, et pour vous offrir l’élan de notre dévotion et de notre amour.

2. Nous savons que votre regard, qui maternellement enveloppait l’humble et souffrante humanité de Jésus sur la terre, se rassasie au ciel, en voyant l’humanité glorieuse de la sagesse incréée, et que la joie de votre âme à contempler face à face l’adorable Trinité fait tressaillir votre coeur de béatifiante tendresse. Et nous, pauvres pécheurs, nous dont le corps alourdit le vol de l’âme, nous vous supplions de purifier nos sens, pour que nous apprenions, dès ici-bas, à goûter Dieu et Dieu seul, dans la beauté des créatures.

3. Nous avons confiance que votre regard miséricordieux s’abaisse sur nos misères et sur nos angoisses, sur nos luttes et sur nos faiblesses : que vos lèvres sourient à nos joies et à nos victoires ; que vous entendez la voix de Jésus vous dire de chacun de nous, comme jadis de son disciple bien-aimé : « Voilà votre fils. »

Et nous, qui vous invoquons comme notre Mère, nous vous prenons, comme saint Jean, pour être notre guide, notre force et notre consolation, en cette vie mortelle.

4. Nous avons la vivifiante certitude que vos yeux, qui ont versé des larmes sur cette terre baignée du sang de Jésus, se tournent encore vers ce pauvre monde en proie aux guerres, aux persécutions, à l’oppression des justes et des faibles. Et nous, dans les ténèbres de cette vallée de larmes, nous attendons de votre céleste lumière et de votre maternelle compassion le soulagement des peines de nos coeurs, des épreuves de l’Eglise et de nos patries.

5. Nous croyons enfin que dans la gloire, où vous régnez, « vêtue de soleil et couronnée d’étoiles », vous êtes, après Jésus, la joie et l’allégresse de tous les anges et de tous les saints. Et nous, de cette terre où nous passons en pèlerins, réconfortés par la foi en la future résurrection, nous regardons vers Vous, notre vie, notre douceur, notre espérance ; attirez-nous par la suavité de votre voix, pour nous montrer, un jour, après notre exil, Jésus, le fruit béni de votre sein, ô clémente, ô miséricordieuse, ô douce Vierge Marie.

Après avoir récité cette prière, et donné au monde la bénédiction apostolique, avec indulgence plênière, le Souverain Pontife pénétra dans la Basilique Saint-Pierre pour y chanter l’office de None, suivi de la Messe Papale dont le texte nouveau, en l’honneur de VAssomption, était chanté pour la première fois 2.

Messe dont l’Introït commence par ces mots : Signum magnum apparuit in caelo..

DISCOURS AUX ÉVÊQUES VENUS A ROME POUR LA DÉFINITION DU DOGME DE L’ASSOMPTION

(2 novembre 1950) 1

Le lendemain de la définition du dogme de l’Assomption, le Souverain Pontife reçut en audience les membres du Sacré-Collège et les Evêques qui étaient venus à Rome pour assister à cette cérémonie ; le Pape y prononça le discours que voici :

C’est avec une émotion telle que Nous en avons rarement éprouvé au cours des années de Notre pontificat que Nous vous saluons, Vénérables Frères, Notre bonheur et la couronne de Notre joie. Le motif de cette consolation vous est évident. Un dessein du Dieu éternel, dont la nature est la bonté, Nous a choisi, bien qu’indigne, Nous qui, depuis Notre jeune âge, honorons d’un culte très ardent la Sainte Mère de Dieu, pour sceller par un décret de Notre magistère suprême et déclarer par une proclamation exempte d’erreur que l’Assomption au ciel, en corps et en âme, de la Vierge immaculée, Mère de Dieu, est une vérité de foi divinement révélée.

Tel est le motif de Notre consolation et de Notre joie, de même qu’hier Notre joie fut grande de vous voir si nombreux autour de Nous dans l’exercice des prérogatives de Notre ministère, confirmant par votre présence les suffrages quasi unanimes que vous aviez émis, témoins également de la foi de vos fidèles en ce grand mystère qui regarde et la Mère de Dieu et nous-mêmes.

t A. A. S., XXXXII, 1950, p. 784-

La présence de tant d’evêques réunis est un fait extraordinaire et significatif dans l’histoire de l’Eglise :

C’est une heure solennelle que Nous avons conscience de passer avec vous. Jamais assurément, dans les fastes de l’Eglise, excepté au moment du Concile oecuménique du Vatican, un plus grand nombre d’évêques n’entoura le Successeur du Prince des Apôtres2. Les progrès de la technique et le perfectionnement des moyens de transport ont rendu possible cet heureux rassemblement, non sans un grand profit pour l’unité de l’Eglise. Aussi rendons-Nous grâce à la Providence divine de ce que ces avantages matériels ont été procurés au moment où, sous l’impulsion de la grâce, se fait sentir, aussi bien chez les pasteurs que chez les fidèles qui leur sont confiés, une volonté d’unité, plus efficace que jamais peut-être dans l’histoire.

Le fait que de régions éloignées et même des extrémités du monde, vous soyez réunis ici, est un nouveau et très éloquent témoignage sur la nature de l’Eglise qui embrasse dans son sein toutes les nations.

Cette audience est la plus solennelle et la plus importante de l’Année Sainte :

Aux spectacles que cette Année Sainte a ménagés comme aucune des précédentes, votre nombreuse assemblée met comme un couronnement en montrant de façon lumineuse comment les catholiques de toute race et de toute langue s’unissent dans la charité.

Toutefois, les evêques des pays soumis au joug soviétique sont absents. Ils n’ont pas reçu de leurs gouvernements respectifs les autorisations nécessaires. Bien plus, un certain nombre d’entre eux sont en prison :

Cependant, l’âme remplie d’une vive douleur, Nous ne pouvons taire ce qui n’est pas imputable à la faute de l’Eglise, mais à la violence extérieure. Il manque, hélas ! parmi vous et parmi les groupes de pèlerins, ceux à qui a été refusée la liberté de se joindre pacifiquement à leurs frères pour confesser une même

2 Au Concile du Vatican en 1870, 600 evêques furent présents. En ces fêtes du premier novembre, il y eut 39 cardinaux, 7 patriarches, 193 archevêques et 369 evêques réunis à Rome.

foi dans cette ville de Rome que l’univers chrétien considère comme sa mère aimée et aimante et comme sa capitale. O fils très regrettés, lamentablement privés des droits sacrés de la liberté, vous n’êtes pas sortis de Notre coeur ; bien plus, s’il convenait que Notre amour pour les brebis du Christ comportât des degrés, vous auriez la première place dans Notre bienveillance. Chaque jour, Nous prions instamment pour vous et pour les nations auxquelles vous appartenez.

Il est ridicule d’accuser l’Eglise de faire de la politique, encore bien plus d’être un agent qui pousse à la guerre. Aussi, le Saint-Père repousse les calomnies communistes qui disent que l’Eglise catholique est l’alliée du capitalisme américain :

Nous savons distinguer le vrai du faux, Nous savons distinguer les peuples des idéologies qu’on leur impose, bien qu’elles entraînent la ruine temporelle et éternelle. Si Nous avons rejeté et condamné certaines idéologies, Nous ne l’avons pas fait contre certaines nations ou contre aucun Etat en tant que tel, mais Nous avons protesté contre des opinions erronées qui s’efforcent de détruire la notion même de Dieu et la foi chrétienne et usent dans ce but infâme du pouvoir des partis politiques. Nous n’avons rien dit ni rien fait, sinon ce que la conscience de Notre devoir, qui est pour Nous un ordre, a demandé de Nous.

Une fois de plus, le Pape stigmatise les idéologies et les régimes antireligieux. En ce faisant, l’Eglise demeure strictement attachée à ses fonctions spirituelles qui lui sont propres :

Est-il donc besoin, dans ce discours que Nous vous adressons, de repousser l’accusation que certains — vous devinez tous à qui Nous faisons allusion — portent contre le Pontife Romain, de vouloir la guerre, de s’employer à fomenter et à provoquer la guerre, et de se mettre en cela au service d’un Etat considérable et puissant. Si ces dernières années, la guerre mondiale à peine achevée, les nations n’ont cessé d’être agitées et troublées, comme par un tremblement de terre, par la crainte d’un nouveau conflit armé, la faute n’en est nullement à rejeter sur l’Eglise et sur son Chef suprême, qui furent les défenseurs et soutiens de la paix. Les jugements que Nous avons cru devoir porter sur la paix et la guerre, Nous les avons portés ouvertement et librement — pour ne pas parler de Nos autres documents —

Dans ce message, le Pape disait : « Jamais depuis la cessation des hostilités, les esprits ne se sont sentis comme aujourd’hui accablés par le cauchemar d’une nouvelle guerre et par le désir ardent de la paix » (cf. Documents Pontificaux 1948, p. 440).

4 Luc, 1, 37.

Le 19 décembre 1941, un induit accordait des élargissements à la loi du jeûne et de l’abstinence (A. A. S., 33, 1941, p. 516). Durant la guerre, les evêques avaient la

dans Notre message radiophonique adressé au monde entier la veille de Noël 1948. Alors, en vérité, Nous ne pensions pas que dans un si bref délai, les événements confirmeraient Nos paroles3.

Le Pape invite à prier pour que la paix soit accordée au monde :

Nous sommes loin cependant d’abandonner tout espoir de voir la paix sauvegardée sans le risque d’une nouvelle guerre. Que Dieu, à qui rien n’est impossible 4, écarte les sinistres maux qu’on prévoit. Que Marie, la Mère très bonne de la grâce, la Mère de la Miséricorde, implore Dieu pour la conservation de la paix. Ce sera la première et très instante prière que Nous adresserons à la Reine des cieux après Nous être réjoui vivement d’avoir ajouté à ses louanges et à son honneur. Et vous, vénérables Frères, exhortez le clergé et les fidèles confiés à votre vigilance à s’efforcer incessamment et de toutes leurs forces de favoriser la vraie paix par leur charité, leurs prières et le don d’eux-mêmes.

Et Pie XII rappelle les devoirs de pénitence qui incombent à tout chrétien :

Saisissant donc les armes spirituelles, qu’ils engagent sous le signe de la Croix un saint combat. Nous voulons profiter de l’occasion qui Nous est actuellement offerte pour vous dire publiquement à vous, vénérables Frères, et à tous ceux qui portent le nom de catholiques, ce à quoi Nous réfléchissons depuis longtemps déjà. Vous savez que la loi ecclésiastique de l’abstinence et du jeûne a été très allégée en ces dernières années, sous la pression des circonstances dans lesquelles se trouvaient un très grand nombre de catholiques, ceux surtout qui habitent les grandes villes et qui travaillent dans les usines : pour eux, l’observation de l’ancienne loi était dure et presque impossible. C’est pourquoi le changement dont Nous venons de parler a été apporté provisoirement5.

Les chrétiens de notre temps dégénéreraient de la vertu de leurs ancêtres si, à un moment où sévissent plusieurs de ces démons qui, selon les paroles du Divin Maître, ne peuvent être chassés que par le jeûne et par la prière6 et où l’immolation spirituelle de soi est absolument nécessaire pour dominer et repousser tant de maux de l’ordre social et moral, ils ne compensaient par des oeuvres de pénitence volontaire convenant à notre époque l’affaiblissement de la vénérable loi ancienne. Cela se fait déjà assurément.

Le Pape loue tous ceux qui ont exercé la charité, pour soulager les souffrances de la guerre :

En ce qui concerne les oeuvres de charité, accomplies après la dernière guerre mondiale, et au temps même de la guerre, c’est une grande consolation pour Notre coeur de reconnaître que la libéralité des catholiques a été telle qu’elle ne craint la comparaison avec aucune autre sorte de libéralité accomplie aux âges précédents. En ce qui Nous concerne, profitant également de cette occasion, Nous adressons Nos remerciements aux Evêques du monde entier, à ceux en premier lieu qui exercent leur ministère- dans les régions riches et aux fidèles qui leur sont confiés, pour Nous avoir abondamment fourni les secours grâce auxquels Nous avons pu subvenir à l’indigence de tant de malheureux.

De même, les chrétiens ont gardé l’esprit de pénitence au cours de leurs épreuves :

Outre la munificence que Nous avons rappelée, les faits nous montrent que le goût de la pénitence reste encore vif dans l’Eglise ; il se manifeste clairement lorsqu’on supporte d’un coeur tranquille et fort l’épreuve ou la misère, permises ou envoyées par Dieu, ou bien lorsqu’on renonce spontanément au plaisir immodéré.

faculté de dispenser leurs fidèles de l’obligation du jeûne et de l’abstinence sauf le Mercredi des Cendres et le Vendredi-Saint. Un décret de la Sacrée Congrégation du Concile au 28 janvier 194g — constatant qu’il y a une amélioration de la situation économique et en vue de 1 Année Sainte — décida que l’abstinence doit être rétablie tous les vendredis de l’année ; Ie jeûne et l’abstinence le Mercredi des Cendres, le Vendredi-Saint, aux vigiles de l’Assomption et de Noël (cf. Documents Pontificaux 1949, p. 35). » Matth., 17, 20.

II faut dénoncer toutefois ceux qui s’adonnent sans mesure aux plaisirs :

Nous ne pouvons faire allusion au plaisir sans déplorer l’accroissement intolérable des dépenses de luxe qui contrastent durement avec la misère d’un grand nombre. Sans aucun doute, le luxe et la soif des plaisirs sont la suite d’une conception de la vie viciée par le matérialisme et ils engendrent des moeurs correspondantes. Peut-il en être autrement ? En effet, quand l’homme perd le sens de sa dignité, quand, dans sa conduite, il rejette la mesure et l’équilibre et méprise les valeurs spirituelles, surnaturelles et éternelles, au lieu de reconnaître en elles la vraie source du bonheur, l’avarice et le désir effréné des biens de la terre débordent ; au lieu du respect dû à Dieu et à sa Majesté, c’est le culte de la technique et de la force brutale. Nous ne retirons pas ni ne désavouons les éloges que Nous avons faits plus haut. Mais on ne peut ignorer et nier ce flot de plaisirs et de luxe qui roule comme un torrent, qui ne passera point sans atteindre aussi les catholiques et même pénétrera sérieusement ici et là leur milieu. L’Eglise, Mère bienveillante et indulgente, ne contraint la liberté que là où le réclament la simplicité de la vie chrétienne, l’observation de la morale et le devoir de subvenir à l’indigence d’autrui. La joie n’est-elle pas comme un caractère et un ornement des nations catholiques ? Toutefois, la recherche des plaisirs de la vie ne doit pas outrepasser la mesure de l’honnête.

Les chrétiens doivent obéir à la loi de la pénitence :

Nous exhortons donc vivement tous les fidèles à s’enrôler sous le signe du renoncement chrétien et du don de soi, qui va au-delà de ce qui est prescrit et fait mener le combat généreusement, à chacun selon ses forces, selon l’appel de la grâce et sa propre condition. Il y a donc plusieurs buts à atteindre. Chacun doit d’abord par la pénitence expier ses tautes, purifier son âme des souillures du péché, s’affermir et se sanctifier. Il faut ensuite être un exemple et un stimulant pour ses frères dans la foi et pour ceux du dehors ; ce qu’on retranchera à la vanité, on le donnera à la charité, on le donnera miséricordieusement à l’Eglise et aux pauvres. Les fidèles de la primitive Eglise se conduisaient ainsi ; par le jeûne et l’abstinence, ils accroissaient les ressources de leur charité. L’imitation de leur exemple est digne de louange et convient à notre situation et à notre époque, non seulement dans telle ou telle région qui se fait remarquer par sa libéralité et secourt l’Eglise, mais à toutes les régions de la terre sans exception.

Vénérables Frères, Nous avons vivement à coeur que Notre conseil se réalise pleinement. A nos oreilles comme aux oreilles des premiers chrétiens, résonne l’exhortation de l’Apôtre Paul : « J’accomplis en ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ, pour son corps qui est l’Eglise ‘. » Nous avons tous à nous évertuer « dans la patience, les travaux, les jeûnes, dans une charité vraie 8 » selon le mot du même Apôtre, àconstruire le règne de Dieu. N’est-ce pas expressément pour les prêtres que retentit cette parole menaçante : « Je châtie mon corps et je le réduis en servitude, de peur qu’ayant prêché aux autres, je ne sois moi-même réprouvé   »

Après avoir prié la Sainte Vierge afin que Dieu accorde la paix au monde, il faut lui demander que par la pratique de la pénitence, les chrétiens lavent le monde du péché :

Tel est le deuxième motif qui Nous fait demander l’aide puissante de la Mère de Dieu. Que Marie élevée au Ciel, Elle dont l’âme et le corps ignorent absolument toute faute, nous obtienne de Son divin Fils l’accomplissement de notre espoir.

Le désordre social que le monde connaît est en grande partie la conséquence du fait que le mariage chrétien est méprisé en plusieurs régions :

Si nous considérons avec plus de soin le monde où nous vivons, de très graves problèmes, ceux notamment qui concernent le mariage et la famille, réclament plus instamment notre attention et notre zèle. Nous ne croyons point Nous tromper en estimant que le désordre qui trouble d’une manière générale et profonde l’institution de la famille, mine comme une maladie la société d’aujourd’hui et s’aggrave malgré les écrits si nombreux qui traitent de ces questions, théoriquement ou pratiquement ; il ne peut en être autrement tant que ceux qui

‘ Col., 1, 24.

II. Cor., 6, 4-6.

« I. Cor., 9, 27.

veulent guérir cette plaie séparent le mariage de la loi divine telle que la nature de l’homme la révèle de toute part et que la doctrine de l’Eglise la promulgue.

Une vaste offensive d’immoralité balaye le monde :

Le langage n’arrive pas à décrire le torrent fangeux des livres, brochures, essais, journaux de tout genre qui, par leurs propos et leurs images sans sérieux ni pudeur, corrompent le bon sens populaire et la vraie notion d’humanité.

Souvent, ces campagnes immorales se font sous le couvert d’une fausse science :

Certes, Nous n’ignorons pas et ne méprisons pas les progrès dont se glorifient la médecine, la psychologie et la science sociale. C’est Notre vif désir que le soin des âmes, les consultations matrimoniales et les institutions familiales en profitent. Mais Nous réprouvons et Nous condamnons le fait qu’au-delà des recherches honnêtes et sérieuses, se développe une misérable littérature qui, sous le couvert d’une science fausse et trompeuse, pousse les ignorants à éprouver les plaisirs malsains et à couvrir, sous le fard d’une science fausse, les poussées ténébreuses de leur nature corrompue.

Il est faux de prétendre que la science a tous les droits :

Il ne convient pas que les chercheurs et les praticiens d’un art exposent sans prudence à leurs clients, au détriment de l’âme et du corps, ce qui est pour eux-mêmes science utile. Il ne faut pas laisser s’accréditer l’opinion erronée, si répandue au temps de « l’illuminisme » qu’il suffit de savoir pour être vertueux 10. Cette opinion, toujours dangereuse, est ici mortelle.

Le mariage ne peut être subordonné à la science, il ne peut l’être également aux données sociales et économiques :

Tout aussi nuisibles sont les idées que l’on répand et propage dans le peuple pour créer une opinion artificielle, laquelle,

10 L’« illuminisme » se développa principalement au XVIIIe siècle. Ce système professait la croyance que la science suffisait désormais à tout expliquer et à procurer le bonheur aux hommes.

par contrainte morale, et plus souvent économique, réglera les relations entre les sexes, suggérera la façon de contracter le mariage et de constituer la famille. L’ordre moral n’est-il pas renversé quand l’homme, image de Dieu, se laisse conduire en sa vie la plus intime, par des gens qui ne poursuivent bassement que leurs intérêts ?

// convient de former une opinion publique qui ait des idées saines sur le mariage :

Une opinion saine et pure sur le mariage est sans doute une force qui peut appuyer les principes et les règles de la vie ; aussi est-elle nécessaire. Mais si on la proclame saine et si elle est telle, elle n’est pas seulement une prescription imposée de l’extérieur ; elle est avant tout une doctrine qui jaillit de la nature humaine prise en son entier et qui lie l’homme à Dieu et à la loi de Dieu.

Le mariage doit être considéré comme une institution sacrée :

Le point principal de Nos réflexions est l’union étroite du mariage et de la famille avec la loi de Dieu. Seule la reconnaissance du lien sacré du mariage donne, dans les difficultés de la vie, la garantie indispensable de la protection qu’il faut contre la légèreté humaine, l’Inconstance, l’esprit de changement. Même dans l’adversité, cet engagement sacré fait sentir sa force bienfaisante, sauvegarde le caractère de la société domestique et maintient dans la vérité et la fidélité le lien qui unit les époux.

17 esf faux de rejeter la loi divine qui dicte aux hommes les règles à suivre :

A ce sujet, bien des catholiques même ont des idées fausses et confuses. Une fausse philosophie enseigne, en effet, qu’il faut absolument rejeter une norme donnée du dehors, à savoir la loi, comme étant étrangère à la vraie nature de l’homme et dissolvant les forces de la vie intacte et féconde. Il est donc clair que cette philosophie ruine la morale conjugale telle qu’elle règne là où la doctrine de l’Eglise est observée.

Au contraire, il faut proclamer que le salut des hommes et des sociétés, réside dans l’observance de la loi divine :

C’est pourquoi il n’y a rien de plus important que de faire connaître à temps et le plus largement possible ce point de

doctrine, à savoir que l’homme, né pour atteindre le bonheur temporel et éternel, ne peut atteindre ni l’un ni l’autre qu’en accomplissant les devoirs auxquels il est tenu et en obéissant à la loi de Dieu.

Aucun motif ne peut être invoqué pour désobéir aux lois sur les-dles Dieu même a basé la vie familiale.

Si on écarte cette dépendance, il y a des choses que l’on ne peut ni comprendre ni assurer : le droit pour chaque personne d’être protégée et de se perfectionner, la liberté de cette même personne, la conscience d’avoir à rendre compte de nos actes. Si quelqu’un en appelle au don de la liberté que Dieu lui a concédé pour se déclarer dispensé d’observer l’ordre divin, il prononce des paroles qui se contredisent. On ne peut jamais s’engager sur cette voie parce qu’elle est criminelle et ruineuse, même lorsqu’on veut venir au secours des hommes dans les dures crises de la vie conjugale. Il est donc pernicieux, tant pour l’Eglise que pour la société civile, que les pasteurs d’âmes, dans leur enseignement, et dans la vie courante, se taisent habituellement et délibérément lorsque, dans le mariage, sont violées les lois de Dieu qui sont toujours en vigueur, quelles que soient les circonstances. On cherche des excuses principalement dans les privations et dans la pauvreté qui rendent ordinairement dur l’état familial. Notre coeur de Père regrette et déplore tout cela, mais il n’est pas permis de s’écarter de l’ordre ferme et stable établi par Dieu. Que nulle part et jamais il ne faiblisse ; mais il faut, dans une nécessité urgente, que l’ordre social soit amélioré. Si tout chrétien, par justice et par charité, doit concourir à cet heureux changement, cela importe d’autant plus qu’il s’agit de porter secours à une immense multitude d’hommes, qui ne peuvent mener une vie conjugale juste, honnête et heureuse, qu’en triomphant de très rudes difficultés.

Il y a une fausse conception de la sécurité sociale :

Il y a une parole que l’on répète actuellement beaucoup : « sécurité sociale ». Si cela veut dire sécurité grâce à la société, Nous craignons beaucoup, Vénérables Frères, que le mariage et la famille n’en souffrent. Comment donc ? Nous craignons non seulement que la société civile entreprenne une chose qui, de soi, est étrangère à son office, mais encore que le sens de la vie chrétienne et la bonne ordonnance de cette vie n’en soient affaiblis, et même ne disparaissent. Sous cette appellation, on entend déjà prononcer des formules malthusiennes, sous cette appellation, on cherche à violer entre autres les droits de la personne humaine ou du moins leur usage, même le droit au mariage et à la procréation.

Le Pape énonce les notions acceptables concernant la sécurité sociale :

Pour les chrétiens et en général, pour ceux qui croient en Dieu, la sécurité sociale ne peut être que la sécurité dans la société et avec la société, dans laquelle la vie surnaturelle de l’homme, la fondation et le progrès naturels du foyer et de la famille sont comme le fondement sur lequel repose la société elle-même avant d’exercer régulièrement et sûrement ses fonctions.

La famille étant l’assise solide sur laquelle on peut bâtir la société, il faut prier la Vierge afin que les hommes reviennent à l’institution familiale telle qu’elle a été voulue par Dieu :

Dans les années désastreuses qui viennent de s’écouler, la famille, bien qu’affaiblie de multiples manières, a montré clairement quelle était sa force de résistance. En effet, appuyée sur sa force naturelle, elle triomphe facilement de toutes les autres institutions humaines. C’est pourquoi, si l’on s’efforce activement d’aider la société humaine, il ne faut rien négliger pour que la famille soit préservée, soutenue et soit capable de pourvoir à sa propre défense. Telle est la troisième chose qu’avec d’instantes prières, Nous demandons à la Vierge de l’Assomption. Comme le mariage et la famille se trouvent dans des conditions si défavorables que l’espoir de leur triomphe est incertain, que Marie veuille par une supplication toute puissante implorer Dieu, Notre Créateur et Rédempteur, pour que les hommes reviennent au respect de la haute idée du mariage, qu’il a Lui-même voulu et établi, pour que les fils, de l’Eglise contractent toujours le mariage par le moyen du sacrement et uniquement entre eux, et par la chasteté de leur union, soient comme l’image de l’admirable lien qui unit le Christ et l’Eglise.

Là où règne la loi chrétienne du mariage, là aussi fleurit la virginité. Il faut donc promouvoir à la fois les principes sacrés qui fondent la famille et les avantages de la vie religieuse dans la chasteté totale au service de Dieu : ..)!;;

Là où les unions pures sont florissantes et ornées des vertus chrétiennes, fleurit également et dans la même mesure, la virginité nourrie de l’amour du Christ. Exhortez votre clergé, Nous vous en prions, à faire le plus grand cas de cette forme de vie supérieure qui égale les hommes aux anges, à la cultiver religieusement et à inviter aussi les autres à suivre un si noble chemin, spécialement le sexe féminin dont la coopération dans l’apostolat ne peut fléchir sans que l’Eglise en souffre grandement.

Telles sont les trois prières que l’Eglise fait en ce jour à la Bénie Vierge Marie :

Telles sont les trois prières ardentes que Nous adressons à Dieu après avoir invoqué le patronage efficace de la très bienveillante Vierge Marie, et Nous sommes certains, Vénérables Frères, d’avoir votre plein accord.

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En plus, le Pape rappelle aux evêques la nécessité :

— de maintenir l’intégrité de la Foi et, en particulier, veiller à observer ce qui est proclamé dans l’Encyclique Humani Generis 11 ;

— de promouvoir la sanctification du clergé telle qu’elle est précisée par l’Exhortation : Menti Nostrae 12. , j

A ce que Nous avons dit, il n’est point nécessaire que Nous ajoutions deux points qui Nous tiennent extrêmement à coeur, l’un concernant la conservation de l’intégrité de la doctrine catholique, l’autre le zèle pour la formation et la sanctification du clergé. Nous avons, en effet, traité longuement de ces sujets dans l’Encyclique Humani Generis et dans l’Exhortation Menti Nostrae.

Le Saint-Père félicite les evêques d’être si étroitement unis au Siège de Rome :

Cependant, c’est Notre ardent désir en cette réunion, si imposante et vraiment unique, de dire combien Notre coeur est

11 Encyclique Humani Generis, 12 août 1950, p. 295.

12 Exhortation Menti nostree, 15 septembre 1950, p. 394.

ému de reconnaissance en voyant les évêques du monde entier s’acquitter de leur office de telle manière, que s’attachant fidèlement au successeur de saint Pierre, ils font preuve d’une conscience admirable, d’une vigilance active de la religion et d’une énergique volonté d’action.

Etant donné cette union compacte de l’Episcopat : l’Eglise n’a rien à craindre des assauts livrés par ses ennemis :

Que s’élèvent donc les vagues écumantes et continuellement renouvelées de la tempête qui, soit de l’intérieur, soit de l’extérieur, sévit contre l’Eglise, leurs efforts se briseront contre cette inébranlable volonté d’unité dont Nous avons parlé et que le divin Rédempteur, dans sa dernière prière sacerdotale13, a recommandée, pour ne pas parler de la promesse du Christ dans laquelle il a affirmé lui-même que les portes de l’Enfer ne prévaudraient pas contre l’Eglise 14.

L’âme remplie de consolation et d’une sainte joie, à vous tous, Vénérables Frères, qui êtes ici maintenant, et à tous vos collègues répandus dans l’univers, ainsi qu’aux prêtres et aux fidèles confiés à vos soins, de tout coeur et volontiers, Nous accordons la Bénédiction apostolique.

13 Jean, 17, 13-21.

14 Matth., 16, 18.

Au cours de l’audience générale du samedi 4 novembre, 25.000 professeurs et élèves de l’enseignement moyen italien étaient présents. Ceux-ci offrirent au Saint-Père une « cathedra », symbole du magistère enseignant et des milliers d’exemplaires de l’Evangile destinés à être distribués dans les pays de mission.

S’adressant à cette foule, le Pape dit :

Emu plus que Nous ne pourrions le dire, chers fils et filles, qui représentez ici l’Ecole Secondaire, professeurs et élèves. Nous accueillons avec joie vos personnes et les dons que vous venez Nous offrir. Ces dons, sans parler de leur valeur artistique, sont comme la traduction à la fois matérielle et spirituelle des pensées que Nous avons développées devant vous, à l’occasion de votre Congrès de l’année dernière 2 : la Cathedra, don des professeurs ; le « livret missionnaire », don des élèves. C’est vraiment la réponse filiale à Nos paternelles exhortations, et comme leur écho prolongé transmis aux générations futures.

Une cathedra ! Une chaire de Maître : Cathedra docentis ! Le Magistère, comme Nous disions alors, n’est-il pas la première charge de Notre Siège apostolique ? Vous nous offrez une chaire, en en soulignant la signification symbolique avec les figures, — personnages historiques et allégoriques —, qu’y a sculptées le ciseau de l’artiste s. Sur cette chaire pontificale, sur

D’après le texte italien de VOsservatore Romano des 6 et 7 novembre 1950.

Le 6 septembre 1949, Pie XII prononçait un discours à l’adresse des membres de l’Union catholique italienne des Professeurs de l’enseignement secondaire (cf. Documents Pontificaux 1949, p. 358).

Cette cathedra est une oeuvre d’art due au sculpteur Venturino et représentant en figurines l’histoire de l’enseignement catholique depuis la venue du Christ jusqu’à nos jours

Pie XII 1950 – CONSTITUTION APOSTOLIQUE MUNIFICENTISSIMUS DEUS DÉFINISSANT LE DOGME DE L’ASSOMPTION

Pie XII 1950 – DISCOURS AUX ÉVÊQUES VENUS A ROME POUR LA DÉFINITION DU DOGME DE L’ASSOMPTION

 

 

 

 

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DOCUMENTS PONTIFICAUX, EGLISE CATHOLIQUE, FETE LITURGIQUE, LUNDI DE PENTECÔTE, MARIE, MERE DE L'EGLISE, PAPE FRANÇOIS, PENTECÔTE, VIERGE MARIE

Marie, Mère de l’Eglise : lundi de Pentecôte

Mémoire de Marie, Mère de l’Eglise,

le lundi de Pentecôte

 

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Conformément à la volonté du Pape, la mémoire de Marie Mère de l’Église est désormais obligatoire pour toute l’Église de rite romain, le lundi après la Pentecôte.

La Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements a publié le samedi 3 mars 2018 un décret en ce sens, signé le 11 février 2018, date du cent-soixantième anniversaire de la première apparition de la Vierge à Lourdes.

Décret sur la célébration de la bienheureuse ViergeMarie Mère de l’Eglise dans le Calendrier Romain Général

La joyeuse vénération dédiée à la Mère de Dieu dans l’Eglise contemporaine, à la lumière de la réflexion sur le mystère du Christ et sur sa propre nature, ne pouvait pas oublier cette figure de Femme (cf. Gal 4, 4), la Vierge Marie, qui est à la fois Mère du Christ et Mère de l’Eglise.

Ceci était déjà en quelque sorte présent dans la pensée de l’Eglise à partir des paroles prémonitoires de saint Augustin et de saint Léon le Grand. Le premier, en effet, dit que Marie est la mère des membres du Christ, parce qu’elle a coopéré par sa charité à la renaissance des fidèles dans l’Eglise; puis l’autre, quand il dit que la naissance de la Tête est aussi la naissance du Corps, indique que Marie est en même temps mère du Christ, Fils de Dieu, et mère des membres de son Corps mystique, c’est-à-dire de l’Eglise. Ces considérations dérivent de la maternité de Marie et de son intime union à l’œuvre du Rédempteur, qui a culminé à l’heure de la croix.

La Mère en effet, qui était près de la croix (Jn 19, 25), accepta il testament d’amour de son Fils et accueillit tous les hommes, personnifiés par le disciple bien-aimé, comme les enfants qui doivent renaître à la vie divine, devenant ainsi la tendre mère de l’Eglise que le Christ a générée sur la croix, quand il rendait l’Esprit. A son tour, dans le disciple bien-aimé, le Christ choisit tous les disciples comme vicaires de son amour envers la Mère, la leur confiant afin qu’ils l’accueillent avec affection filiale.

Guide prévoyante de l’Eglise naissante, Marie a donc commencé sa propre mission maternelle déjà au cénacle, priant avec les Apôtres dans l’attente de la venue de l’Esprit Saint (cf. Ac 1,14). Dans ce sentiment, au cours des siècles, la piété chrétienne a honoré Marie avec les titres, en quelque sorte équivalents, de Mère des disciples, des fidèles, des croyants, de tous ceux qui renaissent dans le Christ, et aussi de “Mère de l’Eglise”, comme il apparaît dans les textes d’auteurs spirituels ainsi que dans le Magistère de Benoît XIV et de Léon XIII.

De ce qui précède on voit clairement le fondement sur lequel le bienheureux pape Paul VI, en concluant, le 21 novembre 1964, la troisième session du Concile Vatican II, a déclaré la bienheureuse Vierge Marie “Mère de l’Eglise, c’est-à-dire Mère de tout le peuple chrétien, aussi bien des fidèles que des Pasteurs, qui l’appellent Mère très aimable”, et a établi que “le peuple chrétien tout entier honore toujours et de plus en plus la Mère de Dieu par ce nom très doux”.

Le Siège apostolique a ainsi proposé, à l’occasion de l’Année Sainte de la Réconciliation (1975), une messe votive en l’honneur de la bienheureuse Marie Mère de l’Eglise, insérée par la suite dans le Missel Romain; il a aussi accordé la faculté d’ajouter l’invocation de ce titre dans les Litanies Laurétanes (1980) et il a publié d’autres formules dans le recueil des messes de la bienheureuse Vierge Marie (1986). Pour certaines nations, diocèses et familles religieuses qui en ont fait la demande, il a concédé d’ajouter cette célébration dans leur Calendrier particulier.

Le Souverain Pontife François, considérant avec attention comment la promotion de cette dévotion peut favoriser, chez les Pasteurs, les religieux et les fidèles, la croissance du sens maternel de l’Eglise et de la vraie piété mariale, a décidé que la mémoire de la bienheureuse Vierge Marie, Mère de l’Eglise, soit inscrite dans le Calendrier Romain le lundi de la Pentecôte, et célébrée chaque année.

Cette célébration nous aidera à nous rappeler que la vie chrétienne, pour croître, doit être ancrée au mystère de la Croix, à l’oblation du Christ dans le banquet eucharistique et à la Vierge offrante, Mère du Rédempteur et de tous les rachetés.

Une telle mémoire devra donc apparaître dans tous les Calendriers et les Livres liturgiques pour la célébration de la Messe et de la Liturgie des Heures; les textes liturgiques nécessaires à ces célébrations sont joints à ce décret et leurs traductions, approuvées par les Conférences Episcopales, seront publiées après la confirmation de ce Dicastère.

Là où la célébration de la bienheureuse Vierge Marie, Mère de l’Eglise, est déjà célébrée, selon les normes du droit particulier approuvé, à un jour différent avec un degré liturgique supérieur, même dans le futur, peut être célébrée de la même manière.

Nonobstant toutes choses contraires.

Du siège de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, le 11 février 2018, en la mémoire de la bienheureuse Vierge Marie de Lourdes.

Robert Cardinal Sarah
Préfet

+ Arthur Roche
Archevêque Secrétaire

 

LECTURES DE LA MESSE

 

PREMIÈRE LECTURE

« Dieu nous réconforte ; ainsi, nous pouvons réconforter tous ceux qui sont dans la détresse »

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (1, 1-7)

Paul, apôtre du Christ Jésus
par la volonté de Dieu,
et Timothée notre frère,
à l’Église de Dieu qui est à Corinthe
ainsi qu’à tous les fidèles
qui sont par toute la Grèce.
À vous, la grâce et la paix
de la part de Dieu notre Père
et du Seigneur Jésus Christ.

Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ,
le Père plein de tendresse,
le Dieu de qui vient tout réconfort.
Dans toutes nos détresses, il nous réconforte ;
ainsi, nous pouvons réconforter
tous ceux qui sont dans la détresse,
grâce au réconfort que nous recevons nous-mêmes de Dieu.
En effet, de même que nous avons largement part aux souffrances du Christ,
de même, par le Christ, nous sommes largement réconfortés.
Quand nous sommes dans la détresse,
c’est pour que vous obteniez le réconfort et le salut ;
quand nous sommes réconfortés,
c’est encore pour que vous obteniez le réconfort,
et cela vous permet de supporter avec persévérance
les mêmes souffrances que nous.
En ce qui vous concerne, nous avons de solides raisons d’espérer,
car, nous le savons,
de même que vous avez part aux souffrances,
de même vous obtiendrez le réconfort.

 

PSAUME

(33 (34), 2-3, 4-5, 6-7, 8-9)

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Magnifiez avec moi le Seigneur,
exaltons tous ensemble son nom.
Je cherche le Seigneur, il me répond :
de toutes mes frayeurs, il me délivre.

Qui regarde vers lui resplendira,
sans ombre ni trouble au visage.
Un pauvre crie ; le Seigneur entend :
il le sauve de toutes ses angoisses.

L’ange du Seigneur campe alentour
pour libérer ceux qui le craignent.
Goûtez et voyez : le Seigneur est bon !
Heureux qui trouve en lui son refuge !

 

ÉVANGILE

« Heureux les pauvres de cœur »

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (5, 1-12)

En ce temps-là,
voyant les foules, Jésus gravit la montagne.
Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui.
Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait.
Il disait :
« Heureux les pauvres de cœur,
car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux ceux qui pleurent,
car ils seront consolés.
Heureux les doux,
car ils recevront la terre en héritage.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice,
car ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux,
car ils obtiendront miséricorde.
Heureux les cœurs purs,
car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix,
car ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice,
car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux êtes-vous si l’on vous insulte,
si l’on vous persécute
et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous,
à cause de moi.
Réjouissez- vous, soyez dans l’allégresse,
car votre récompense est grande dans les cieux !
C’est ainsi qu’on a persécuté
les prophètes qui vous ont précédés. »

 

 

 « Ô Marie, aide notre foi ! »

Dans son encyclique Lumen Fidei parue en juin 2013, le pape François a écrit une prière à Marie, Mère de l’Eglise et Mère de notre foi

 

Prière à Marie, Mère de l’Église et Mère de notre foi*

 

Ô Mère, aide notre foi !

Ouvre notre écoute à la Parole, pour que nous reconnaissions la voix de Dieu et son appel.

Éveille en nous le désir de suivre ses pas, en sortant de notre terre et en accueillant sa promesse.

Aide-nous à nous laisser toucher par son amour, pour que nous puissions le toucher par la foi.

Aide-nous à nous confier pleinement à Lui, à croire en son amour, surtout dans les moments de tribulations et de croix, quand notre foi est appelée à mûrir.

Sème dans notre foi la joie du Ressuscité.

Rappelle-nous que celui qui croit n’est jamais seul.

Enseigne-nous à regarder avec les yeux de Jésus, pour qu’il soit lumière sur notre chemin. Et que cette lumière de la foi grandisse toujours en nous jusqu’à ce qu’arrive ce jour sans couchant, qui est le Christ lui-même, ton Fils, notre Seigneur !

 

*Prière à Marie extraite de l’encyclique Lumen Fidei (29 juin 2013)

 

 

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE Place Saint-Pierre Mercredi 23 octobre 2013

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

En poursuivant les catéchèses sur l’Église, je voudrais aujourd’hui tourner mon regard vers Marie comme image et modèle de l’Église. Je le fais en reprenant une expression du Concile Vatican ii. La constitution Lumen gentium  dit : « De l’Église, comme l’enseignait déjà saint Ambroise, la Mère de Dieu est le modèle dans l’ordre de la foi, de la charité et de la parfaite union au Christ » (n. 63).

 

  1. Partons du premier aspect. Marie comme modèle de foi. De quelle manière Marie représente-t-elle un modèle pour la foi de l’Église ? Pensons à qui était la Vierge Marie : une jeune fille juive, qui attendait de tout son cœur la rédemption de son peuple. Mais dans ce cœur de jeune fille d’Israël, il y avait un secret qu’elle-même ne connaissait pas encore : dans le dessein d’amour de Dieu, elle était destinée à devenir la Mère du Rédempteur. Dans l’Annonciation, le Messager de Dieu l’appelle « pleine de grâce » et lui révèle ce projet. Marie répond « oui » et à partir de ce moment-là, la foi de Marie reçoit une lumière nouvelle : elle se concentre sur Jésus, le Fils de Dieu né de sa chair et dans lequel s’accomplissent les promesses de toute l’histoire du salut. La foi de Marie est l’accomplissement de la foi d’Israël, en elle est vraiment concentré tout le chemin, toute la route de ce peuple qui attendait la rédemption, et en ce sens elle est le modèle de la foi de l’Église, qui a comme centre le Christ, incarnation de l’amour infini de Dieu.

Comment Marie a-t-elle vécu cette foi ? Elle l’a vécue dans la simplicité des mille occupations et préoccupations quotidiennes de toute maman, comment s’occuper de la nourriture, des vêtements, du soin de la maison… C’est précisément cette existence normale de la Vierge qui fut le terrain où se développa une relation singulière et un dialogue profond entre elle et Dieu, entre elle et son Fils. Le « oui » de Marie, déjà parfait au commencement, a grandi jusqu’à l’heure de la Croix. Là, sa maternité s’est élargie pour embrasser chacun de nous, notre vie, pour nous conduire à son Fils. Marie a vécu toujours plongée dans le mystère du Dieu fait homme, comme sa première et parfaite disciple, en méditant toute chose dans son cœur à la lumière du Saint-Esprit, pour comprendre et mettre en pratique toute la volonté de Dieu.

Nous pouvons nous poser une question : nous laissons-nous éclairer par la foi de Marie, qui est notre Mère ? Ou bien pensons-nous qu’elle est lointaine, trop différente de nous ? Dans les moments de difficulté, d’épreuve, d’obscurité, tournons notre regard vers elle comme vers un modèle de confiance en Dieu, qui veut toujours et uniquement notre bien ? Pensons à cela, peut-être cela nous fera-t-il du bien de retrouver Marie comme modèle et figure de l’Église dans cette foi qu’elle avait !

 

  1. Venons au deuxième aspect : Marie modèle de charité. De quelle manière Marie est-elle pour l’Église un exemple vivant d’amour ? Pensons à sa disponibilité à l’égard de sa parente Élisabeth. En lui rendant visite, la Vierge Marie lui a aussi apporté une aide matérielle, mais pas seulement, elle lui a apporté Jésus, qui vivait déjà dans son sein. Apporter Jésus dans cette maison voulait dire apporter la joie, la pleine joie. Élisabeth et Zacharie étaient heureux pour la grossesse qui semblait impossible à leur âge, mais c’est la jeune Marie qui leur apporte la pleine joie, celle qui vient de Jésus et de l’Esprit Saint et s’exprime dans la charité gratuite, dans le partage, dans l’aide mutuelle, dans la compréhension réciproque.

La Vierge veut nous apporter à nous aussi, à nous tous, le grand don qu’est Jésus ; et avec Lui, elle nous apporte son amour, sa paix, sa joie. Ainsi, l’Église est comme Marie : l’Église n’est pas un magasin, ce n’est pas une agence humanitaire, l’Église n’est pas une ong, l’Église est envoyée pour apporter à tous le Christ et son Évangile ; elle ne s’apporte pas elle-même — qu’elle soit petite, qu’elle soit grande, qu’elle soit forte, qu’elle soit faible, l’Église apporte Jésus et doit être comme Marie quand elle est allée rendre visite à Élisabeth. Que lui apportait Marie ? Jésus. L’Église apporte Jésus : tel est le centre de l’Église, apporter Jésus ! Si, par hypothèse, il arrivait une fois que l’Église n’apporte pas Jésus, ce serait une Église morte ! L’Église doit apporter la charité de Jésus, l’amour de Jésus, la charité de Jésus.

Nous avons parlé de Marie, de Jésus. Et nous ? Nous qui sommes l’Église ? Quel est l’amour que nous portons aux autres ? C’est l’amour de Jésus, qui partage, qui pardonne, qui accompagne, ou bien est-ce un amour dilué, comme lorsqu’on allonge du vin qui semble devenir de l’eau ? Est-ce un amour fort, ou faible au point de suivre les sympathies, qui recherche une contre-partie, un amour intéressé ? Une autre question : Jésus aime-t-il l’amour intéressé ? Non, il ne l’aime pas, car l’amour doit être gratuit, comme le sien. Comment sont les rapports dans nos paroisses, dans nos communautés ? Nous traitons-nous en frères et sœurs ? Nous jugeons-nous, parlons-nous mal les uns des autres, nous occupons-nous chacun de notre « petit jardin », ou bien avons-nous soin l’un de l’autre ? Ce sont des questions de charité !

 

  1. Et abordons brièvement un autre aspect : Marie modèle d’union avec le Christ. La vie de la Sainte Vierge a été la vie d’une femme de son peuple : Marie priait, travaillait, allait à la synagogue… Mais chaque action était toujours accomplie en union parfaite avec Jésus. Cette union atteint son sommet sur le Calvaire : là, Marie s’unit à son Fils dans le martyre du cœur et dans l’offrande de la vie au Père pour le salut de l’humanité. La Vierge a fait sienne la douleur de son Fils et a accepté avec Lui la volonté du Père, dans cette obéissance qui porte du fruit, qui donne la véritable victoire sur le mal et sur la mort.

Cette réalité que Marie nous enseigne est très belle : être toujours unis à Jésus. Nous pouvons nous demander : nous rappelons-nous de Jésus seulement quand quelque chose ne va pas et que nous avons besoin, où avons-nous une relation constante, une amitié profonde, même quand il s’agit de le suivre sur le chemin de la croix ?

Demandons au Seigneur qu’il nous donne sa grâce, sa force, afin que dans notre vie et dans la vie de chaque communauté ecclésiale se reflète le modèle de Marie, Mère de l’Église. Ainsi soit-il !

 

 

DOCUMENTS PONTIFICAUX, EGLISE CATHOLIQUE, GAUDETE ET EXSULTATE, GNOSTICISME, PAPE FRANÇOIS, Pape François, SAINTETE

Gaudete et Exsultate : l’appel à la sainteté

Gaudete et Exsultate : sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel

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– Deux ennemis subtils de la Sainteté

 

 

  1. Dans ce cadre, je voudrais attirer l’attention sur deux falsifications de la sainteté qui pourraient nous faire dévier du chemin : le gnosticisme et le pélagianisme. Ce sont deux hérésies apparues au cours des premiers siècles du christianisme mais qui sont encore d’une préoccupante actualité. Même aujourd’hui les cœurs de nombreux chrétiens, peut-être sans qu’ils s’en rendent compte, se laissent séduire par ces propositions trompeuses. En elles s’exprime un immanentisme anthropocentrique déguisé en vérité catholique.[1] Voyons ces deux formes de sécurité, doctrinale ou disciplinaire, qui donnent lieu à « un élitisme narcissique et autoritaire, où, au lieu d’évangéliser, on analyse et classifie les autres, et, au lieu de faciliter l’accès à la grâce, les énergies s’usent dans le contrôle. Dans les deux cas, ni Jésus-Christ ni les autres n’intéressent vraiment ».[2]

 

Le gnosticisme actuel

  1. Le gnosticisme suppose « une foi renfermée dans le subjectivisme, où seule compte une expérience déterminée ou une série de raisonnements et de connaissances que l’on considère comme pouvant réconforter et éclairer, mais où le sujet reste en définitive fermé dans l’immanence de sa propre raison ou de ses sentiments ».[3]

 

Un esprit sans Dieu et sans chair

 

  1. Grâce à Dieu, tout au long de l’histoire de l’Église, il a toujours été très clair que la perfection des personnes se mesure par leur degré de charité et non par la quantité des données et des connaissances qu’elles accumulent. Les ‘‘gnostiques’’ font une confusion sur ce point et jugent les autres par leur capacité à comprendre la profondeur de certaines doctrines. Ils conçoivent un esprit sans incarnation, incapable de toucher la chair souffrante du Christ dans les autres, corseté dans une encyclopédie d’abstractions. En désincarnant le mystère, ils préfèrent finalement « un Dieu sans Christ, un Christ sans Église, une Église sans peuple »[4].

 

  1. En définitive, il s’agit d’une superficialité vaniteuse : beaucoup de mouvement à la surface de l’esprit, mais la profondeur de la pensée ne se meut ni ne s’émeut. Cette superficialité arrive cependant à subjuguer certains par une fascination trompeuse, car l’équilibre gnostique réside dans la forme et semble aseptisé ; et il peut prendre l’aspect d’une certaine harmonie ou d’un ordre qui englobent tout.

 

  1. Mais attention ! Je ne fais pas référence aux rationalistes ennemis de la foi chrétienne. Cela peut se produire dans l’Église, tant chez les laïcs des paroisses que chez ceux qui enseignent la philosophie ou la théologie dans les centres de formation. Car c’est aussi le propre des gnostiques de croire que, par leurs explications, ils peuvent rendre parfaitement compréhensibles toute la foi et tout l’Evangile. Ils absolutisent leurs propres théories et obligent les autres à se soumettre aux raisonnements qu’ils utilisent. Une chose est un sain et humble usage de la raison pour réfléchir sur l’enseignement théologique et moral de l’Evangile ; une autre est de prétendre réduire l’enseignement de Jésus à une logique froide et dure qui cherche à tout dominer.[5]

 

 

Une doctrine sans mystère

 

  1. Le gnosticisme est l’une des pires idéologies puisqu’en même temps qu’il exalte indûment la connaissance ou une expérience déterminée, il considère que sa propre vision de la réalité représente la perfection. Ainsi, peut-être sans s’en rendre compte, cette idéologie se nourrit-elle elle-même et sombre-t-elle d’autant plus dans la cécité. Elle devient parfois particulièrement trompeuse quand elle se déguise en spiritualité désincarnée. Car le gnosticisme « de par sa nature même veut apprivoiser le mystère »,[6] tant le mystère de Dieu et de sa grâce que le mystère  de la vie des autres.

 

  1. Lorsque quelqu’un a réponse à toutes les questions, cela montre qu’il n’est pas sur un chemin sain, et il est possible qu’il soit un faux prophète utilisant la religion à son propre bénéfice, au service de ses élucubrations psychologiques et mentales. Dieu nous dépasse infiniment, il est toujours une surprise et ce n’est pas nous qui décidons dans quelle circonstance historique le rencontrer, puisqu’il ne dépend pas de nous de déterminer le temps, le lieu et la modalité de la rencontre. Celui qui veut que tout soit clair et certain prétend dominer la transcendance de Dieu.

 

  1. On ne peut pas non plus prétendre définir là où Dieu ne se trouve pas, car il est présent mystérieusement dans la vie de toute personne, il est dans la vie de chacun comme il veut, et nous ne pouvons pas le nier par nos supposées certitudes. Même quand l’existence d’une personne a été un désastre, même quand nous la voyons détruite par les vices et les addictions, Dieu est dans sa vie. Si nous nous laissons guider par l’Esprit plus que par nos raisonnements, nous pouvons et nous devons chercher le Seigneur dans toute vie humaine. Cela fait partie du mystère que les mentalités gnostiques finissent par rejeter, parce qu’elles ne peuvent pas le contrôler.

 

 

Les limites de la raison

 

  1. Nous ne parvenons à comprendre que très pauvrement la vérité que nous recevons du Seigneur. Plus difficilement encore nous parvenons à l’exprimer. Nous ne pouvons donc pas prétendre que notre manière de la comprendre nous autorise à exercer une supervision stricte sur la vie des autres. Je voudrais rappeler que dans l’Église cohabitent à bon droit diverses manières d’interpréter de nombreux aspects de la doctrine et de la vie chrétienne qui, dans leur variété, « aident à mieux expliquer le très riche trésor de la Parole ». En réalité « à ceux qui rêvent d’une doctrine monolithique défendue par tous sans nuances, cela peut sembler une dispersion imparfaite ».[7] Précisément, certains courants gnostiques ont déprécié la simplicité si concrète de l’Evangile et ont cherché à remplacer le Dieu trinitaire et incarné par une Unité supérieure où disparaissait la riche multiplicité de notre histoire.

 

  1. En réalité, la doctrine, ou mieux, notre compréhension et expression de celle-ci, « n’est pas un système clos, privé de dynamiques capables d’engendrer des questions, des doutes, des interrogations », et « les questions de notre peuple, ses angoisses, ses combats, ses rêves, ses luttes, ses préoccupations, possèdent une valeur herméneutique que nous ne pouvons ignorer si nous voulons prendre au sérieux le principe de l’Incarnation. Ses questions nous aident à nous interroger, ses interrogations nous interrogent ».[8]

 

  1. Il se produit fréquemment une dangereuse confusion : croire que parce que nous savons quelque chose ou que nous pouvons l’expliquer selon une certaine logique, nous sommes déjà saints, parfaits, meilleurs que la « masse ignorante ». Saint Jean-Paul II mettait en garde ceux qui dans l’Église ont la chance d’une formation plus poussée contre la tentation de nourrir « un certain sentiment de supériorité par rapport aux autres fidèles ».[9] Mais en réalité, ce que nous croyons savoir devrait être toujours un motif pour mieux répondre à l’amour de Dieu, car « on apprend pour vivre : théologie et sainteté sont un binôme inséparable ».[10]

 

  1. Quand saint François d’Assise a vu que certains de ses disciples enseignaient la doctrine, il a voulu éviter la tentation du gnosticisme. Il a donc écrit ceci à saint Antoine de Padoue : « Il me plaît que tu lises la théologie sacrée aux frères, pourvu que, dans l’étude de celle-ci, tu n’éteignes pas l’esprit de sainte oraison et de dévotion ».[11] Il percevait la tentation de transformer l’expérience chrétienne en un ensemble d’élucubrations mentales qui finissent par éloigner de la fraîcheur de l’Evangile. Saint Bonaventure, d’autre part, faisait remarquer que la vraie sagesse chrétienne ne doit pas être séparée de la miséricorde  envers le prochain : « La plus grande sagesse qui puisse exister consiste à diffuser fructueusement ce qu’on a à offrir, ce qui a été précisément donné pour être offert […]
    C’est pourquoi tout comme la miséricorde est amie de la sagesse, l’avarice est son ennemi ».[12] « Il y a une activité qui, en s’unissant à la contemplation ne l’entrave pas, mais la favorise ainsi que les œuvres de miséricorde et de piété ».[13]

 

 

Le pélagianisme actuel

 

  1. Le gnosticisme a donné lieu à une autre vieille hérésie qui est également présente aujourd’hui. A mesure que passait le temps, beaucoup ont commencé à reconnaître que ce n’est pas la connaissance qui nous rend meilleurs ni saints, mais la vie que nous menons. Le problème, c’est que cela a dégénéré subtilement, de sorte que l’erreur même des gnostiques s’est simplement transformée mais n’a pas été surmontée.

 

  1. Car le pouvoir que les gnostiques attribuaient à l’intelligence, certains commencèrent à l’attribuer à la volonté humaine, à l’effort personnel. C’est ainsi que sont apparus les pélagiens et les semi-pélagiens.
    Ce n’était plus l’intelligence qui occupait la place du mystère et de la grâce, mais la volonté. On oubliait qu’« il n’est pas question de l’homme qui veut ou qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde » (Rm 9, 16) et que « lui nous a aimés le premier» (1Jn 4, 19).

 

 

Une volonté sans humilité

 

  1. Ceux qui épousent cette mentalité pélagienne ou semi-pélagienne, bien qu’ils parlent de la grâce de Dieu dans des discours édulcorés, « en définitive font confiance uniquement à leurs propres forces et se sentent supérieurs aux autres parce qu’ils observent des normes déterminées ou parce qu’ils sont inébranlablement fidèles à un certain style catholique ».[14] Quand certains d’entre eux s’adressent aux faibles en leur disant que tout est possible avec la grâce de Dieu, au fond ils font d’habitude passer l’idée que tout est possible par la volonté humaine, comme si celle-ci était quelque chose de pur, de parfait, de tout-puissant, auquel s’ajoute la grâce. On cherche à ignorer que ‘‘tous ne peuvent pas tout’’,[15] et qu’en cette vie les fragilités humaines ne sont pas complètement et définitivement guéries par la grâce.[16] De toute manière, comme l’enseignait saint Augustin, Dieu t’invite à faire ce que tu peux et à demander ce que tu ne peux pas ;[17] ou bien à dire humblement au Seigneur : « Donne ce que tu commandes et commande ce que tu veux ».[18]

 

  1. Au fond, l’absence de la reconnaissance sincère, douloureuse et priante de nos limites est ce qui empêche la grâce de mieux agir en nous, puisqu’on ne lui laisse pas de place pour réaliser ce bien possible qui s’insère dans un cheminement sincère et réel de croissance.[19] La grâce, justement parce qu’elle suppose notre nature, ne fait pas de nous, d’un coup, des surhommes. Le prétendre serait placer trop de confiance en nous-mêmes. Dans ce cas, derrière l’orthodoxie, nos attitudes pourraient ne pas correspondre à ce que nous affirmons sur la nécessité de la grâce, et dans les faits nous finissons par compter peu sur elle. Car si nous ne percevons pas notre réalité concrète et limitée, nous ne pourrons pas voir non plus les pas réels et possibles que le Seigneur nous demande à chaque instant, après nous avoir rendus capables et nous avoir conquis par ses dons. La grâce agit historiquement et, d’ordinaire, elle nous prend et nous transforme de manière progressive.[20] C’est pourquoi si nous rejetons ce caractère historique et progressif, nous pouvons, de fait, arriver à la nier et à la bloquer, bien que nous l’exaltions par nos paroles.

 

  1. Quand Dieu s’adresse à Abraham, il lui dit : « Je suis Dieu tout-puissant. Marche en ma présence et sois parfait » (Gn 17, 1). Pour que nous soyons parfaits comme il le désire, nous devons vivre humblement en sa présence, enveloppés de sa gloire ; il nous faut marcher en union avec lui en reconnaissant son amour constant dans nos vies.
    Il ne faut plus avoir peur de cette présence qui ne peut que nous faire du bien. Il est le Père qui nous a donné la vie et qui nous aime tant. Une fois que nous l’acceptons et que nous cessons de penser notre vie sans lui, l’angoisse de la solitude disparaît (cf. Ps 139, 7). Et si nous n’éloignons plus Dieu de nous et que nous vivons en sa présence, nous pourrons lui permettre d’examiner nos cœurs pour qu’il voie s’ils sont sur le bon chemin (cf. Ps 139, 23-24). Ainsi, nous connaîtrons la volonté du Seigneur, ce qui lui plaît et ce qui est parfait (cf. Rm 12, 1-2) et nous le laisserons nous modeler comme un potier (cf. Is 29, 16). Nous avons souvent dit que Dieu habite en nous, mais il est mieux de dire que nous habitons en lui, qu’il nous permet de vivre dans sa lumière et dans son amour. Il est notre temple : « La chose que je cherche, c’est d’habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie » (cf. Ps 27, 4). « Mieux vaut un jour dans tes parvis que mille à ma guise » (Ps 84, 11). C’est en lui que nous sommes sanctifiés.

 

 

Un enseignement de l’Église souvent oublié

 

  1. L’Église catholique a maintes fois enseigné que nous ne sommes pas justifiés par nos œuvres ni par nos efforts mais par la grâce du Seigneur qui prend l’initiative. Les Pères de l’Église, même avant saint Augustin, exprimaient clairement cette conviction primordiale. Saint Jean Chrysostome disait que Dieu verse en nous la source même de tous les dons avant même que nous n’entrions dans le combat[21] Saint Basile le Grand faisait remarquer que le fidèle se glorifie seulement en Dieu, car il sait qu’il « est dépourvu de vraie justice et ne [trouve] sa justice que dans la foi au Christ ».[22]

 

  1. Le deuxième Synode d’Orange a enseigné avec grande autorité que nul homme peut exiger, mériter ou acheter le don de la grâce divine et que toute coopération avec elle est d’abord un don de la grâce elle-même : « Même notre volonté de purification est un effet de l’infusion et de l’opération du Saint Esprit en nous ».[23] Plus tard, même quand le Concile de Trente souligne l’importance de notre coopération pour la croissance spirituelle, il réaffirme cet enseignement dogmatique : on dit que nous sommes « justifiés gratuitement parce que rien de ce qui précède la justification, que ce soit la foi ou les œuvres, ne mérite cette grâce de la justification. En effet, si c’est une grâce, elle ne vient pas des œuvres ; autrement, la grâce n’est plus la grâce (Rm 11, 6)».[24]

 

  1. Le Catéchisme de l’Église catholique aussi nous rappelle que le don de la grâce « surpasse les capacités de l’intelligence et les forces de la volonté humaine »,[25] et qu’« à l’égard de Dieu, il n’y a pas, au sens d’un droit strict, de mérite de la part de l’homme. Entre Lui et nous l’inégalité est sans mesure ».[26] Son amitié nous dépasse infiniment, nous ne pouvons pas l’acheter par nos œuvres et elle ne peut être qu’un don de son initiative d’amour.
    Cela nous invite à vivre dans une joyeuse gratitude pour ce don que nous ne mériterons jamais, puisque « quand [quelqu’un] possède déjà la grâce, il ne peut mériter cette grâce déjà reçue ».[27] Les saints évitent de mettre leur confiance dans leurs propres actions : « Au soir de cette vie, je paraîtrai devant vous les mains vides, car je ne vous demande pas, Seigneur, de compter mes œuvres. Toutes nos justices ont des taches à vos yeux ».[28]

 

  1. C’est l’une des grandes convictions définitivement acquises par l’Église, et cela est si clairement exprimé dans la Parole de Dieu que c’est hors de toute discussion. Tout comme le commandement suprême de l’amour, cette vérité devrait marquer notre style de vie, parce qu’elle s’abreuve au cœur de l’Evangile et elle demande non seulement à être accueillie par notre esprit, mais aussi à être transformée en une joie contagieuse. Cependant nous ne pourrons pas célébrer avec gratitude le don gratuit de l’amitié avec le Seigneur si nous ne reconnaissons pas que même notre existence terrestre et nos capacités naturelles sont un don. Il nous faut « accepter joyeusement que notre être soit un don, et accepter même notre liberté comme une grâce.
    C’est ce qui est difficile aujourd’hui dans un monde qui croit avoir quelque chose par lui-même, fruit de sa propre originalité ou de sa liberté ».[29]

 

  1. C’est seulement à partir du don de Dieu, librement accueilli et humblement reçu, que nous pouvons coopérer par nos efforts à nous laisser transformer de plus en plus.[30] Il faut d’abord appartenir à Dieu. Il s’agit de nous offrir à celui qui nous devance, de lui remettre nos capacités, notre engagement, notre lutte contre le mal et notre créativité, pour que son don gratuit grandisse et se développe en nous : « Je vous exhorte, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu » (Rm 12, 1). D’autre part, l’Église a toujours enseigné que seule la charité rend possible la croissance dans la vie de la grâce car « si je n’ai pas la charité, je ne suis rien » (1Co 13, 2).

 

 

Les nouveaux pélagiens

 

  1. Il y a encore des chrétiens qui s’emploient à suivre un autre chemin : celui de la justification par leurs propres forces, celui de l’adoration de la volonté humaine et de ses propres capacités, ce qui se traduit par une autosatisfaction égocentrique et élitiste dépourvue de l’amour vrai. Cela se manifeste par de nombreuses attitudes apparemment différentes : l’obsession pour la loi, la fascination de pouvoir montrer des conquêtes sociales et politiques, l’ostentation dans le soin de la liturgie, de la doctrine et du prestige de l’Église, la vaine gloire liée à la gestion d’affaires pratiques, l’enthousiasme pour les dynamiques d’autonomie et de réalisation autoréférentielle. Certains chrétiens consacrent leurs énergies et leur temps à cela, au lieu de se laisser porter par l’Esprit sur le chemin de l’amour, de brûler du désir de communiquer la beauté et la joie de l’Evangile, et de chercher ceux qui sont perdus parmi ces immenses multitudes assoiffées du Christ.[31]

 

  1. Souvent, contre l’impulsion de l’Esprit, la vie de l’Église se transforme en pièce de musée ou devient la propriété d’un petit nombre. Cela se produit quand certains groupes chrétiens accordent une importance excessive à l’accomplissement de normes, de coutumes ou de styles déterminés.
    De cette manière, on a l’habitude de réduire et de mettre l’Evangile dans un carcan en lui retirant sa simplicité captivante et sa saveur. C’est peut-être une forme subtile de pélagianisme, parce que cela semble soumettre la vie de la grâce à quelques structures humaines. Cela touche des groupes, des mouvements et des communautés, et c’est ce qui explique que, très souvent, ils commencent par une vie intense dans l’Esprit mais finissent fossilisés…ou corrompus.

 

  1. Sans nous en rendre compte, en pensant que tout dépend de l’effort humain canalisé par des normes et des structures ecclésiales, nous compliquons l’Evangile et nous devenons esclaves d’un schéma qui laisse peu de place pour que la grâce agisse. Saint Thomas d’Aquin nous rappelait que les préceptes ajoutés à l’Evangile par l’Église doivent s’exiger avec modération « de peur que la vie des fidèles en devienne pénible » et qu’ainsi notre religion ne se transforme en « un fardeau asservissant ».[32]

 

 

Le résumé de la Loi

 

  1. Pour éviter cela, il est bon de rappeler fréquemment qu’il y a une hiérarchie des vertus qui nous invite à rechercher l’essentiel. Le primat revient aux vertus théologales qui ont Dieu pour objet et cause. Et au centre se trouve la charité. Saint Paul affirme que ce qui compte vraiment, c’est la « la foi opérant par la charité » (Ga 5, 6). Nous sommes appelés à préserver plus soigneusement la charité: « Celui qui aime autrui a de ce fait accompli la loi […]. La charité est donc la loi dans sa plénitude » (Rm 13, 8.10). « Car une seule formule contient toute la Loi en sa plénitude : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même” » (Ga 5, 14).

 

  1. En d’autres termes : dans l’épaisse forêt de préceptes et de prescriptions, Jésus ouvre une brèche qui permet de distinguer deux visages : celui du Père et celui du frère. Il ne nous offre pas deux formules ou deux préceptes de plus. Il nous offre deux visages, ou mieux, un seul, celui de Dieu qui se reflète dans beaucoup d’autres. Car en chaque frère, spécialement le plus petit, fragile, sans défense et en celui qui est dans le besoin, se trouve présente l’image même de Dieu. En effet, avec cette humanité vulnérable considérée comme déchet, à la fin des temps, le Seigneur façonnera sa dernière œuvre d’art. Car « qu’est-ce qui reste, qu’est-ce qui a de la valeur dans la vie, quelles richesses ne s’évanouissent pas ? Sûrement deux : le Seigneur et le prochain. Ces deux richesses ne s’évanouissent pas ».[33]
  2. Que le Seigneur délivre l’Église des nouvelles formes de gnosticisme et de pélagianisme qui l’affublent et l’entravent sur le chemin de la sainteté ! Ces déviations s’expriment de diverses manières, selon le tempérament et des caractéristiques propres à chacun. C’est pourquoi j’exhorte chacun à se demander et à discerner devant Dieu de quelle manière elles peuvent être en train de se manifester dans sa vie.

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[1] Cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Lett. Placuit Deo sur certains aspects du salut chrétien (22 février 2018), n. 4 : L’Osservatore Romano (2 mars 2018), pp.4-5 : « L’individualisme néo-pélagien et le mépris néo-gnostique du corps défigurent la confession de foi au Christ, Sauveur unique et universel ». Dans ce document, se trouvent les bases doctrinales pour la compréhension du salut chrétien en référence aux dérives néo-gnostiques et néo-pélagiennes actuelles.

[2] Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 94 : AAS 105 (2013), p. 1060.

[3] Ibid : AAS 105 (2013), p. 1059.

[4] Homélie lors de la Messe à la Résidence Sainte-Marthe (11 novembre 2016) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française (1er décembre 2016), p. 8.

[5] 37 Comme l’enseigne saint Bonaventure, on doit « laisser en arrière toutes les opérations de l’intelligence, puis transporter et transformer en Dieu le foyer de toutes nos affections […] Il faut accorder peu à la recherche et beaucoup à l’onction ; peu à la langue et le plus possible à la joie intérieure ; peu aux discours et aux livres, et tout au don de Dieu, c’est-à-dire au saint Esprit ; peu ou rien à la créature et tout à l’Être créateur : Père, Fils et saint Esprit » (Itinerarium mentis in Deum, VII, 4-5 [Texte latin de Quaracchi traduit par H. Dumery], Paris 2001, pp. 103.105).

[6] Lettre au Grand Chancelier de l’Université Pontificale Catholique d’Argentine pour le centenaire de la Faculté de théologie (3 mars 2015) : L’Osservatore Romano (9-10 mars 2015), p. 6

[7] Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013),n. 40 : AAS 105 (2013), p. 1037.

[8] Vidéo-message au congrès international de théologie de l’Université Pontificale Catholique d’Argentine (1-3 septembre 2015) : AAS 107 (2015), p. 980.

[9] Exhort. ap. post-synodale Vita consecrata (25 mars 1996), n. 38 : AAS 88 (1996), p. 412.

[10] Lettre au Grand Chancelier de l’Université Pontificale Catholique d’Argentine pour le centenaire de la Faculté de théologie (3 mars 2015) : L’Osservatore Romano (9-10 mars 2015), p. 6.

[11] Lettre à Frère Antoine, 2 (Ecrits, vies, témoignages, Ed. du 8ème centenaire vol. 1, Paris 2010, p. 383).

[12]  Les sept dons de l’Esprit Saint, 9, 15.

[13] Id, Commentaire sur le Livre IV des Sentences 37, 1, 3, ad 6.

[14]  46 Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 94 : AAS 105 (2013), p. 1059.

[15] Cf. Bonaventure de Bagnoregio, De sex alis Seraphim 3, 8 : « Non omnes omnia possunt ». Il faut le comprendre dans la ligne du Catéchisme de l’Église catholique, n. 1735.

[16]  Cf. Thomas d’Aquin, Somme Théologique I-II, q. 109, a. 9, ad 1. « La grâce est de quelque manière imparfaite en ce qu’elle ne guérit pas totalement l’homme ».

[17] Cf. La nature et la grâce XLIII, 50 : PL 44, p. 271.

[18] Confessions X, XXIX, 40 (Paris 1962, Livres VIII-XIII, p. 213).

[19] Cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n.44 : AAS 105 (2013), p. 1038.

[20] Dans la compréhension de la foi chrétienne, la grâce est prévenante, concomitante et subséquente à tout notre agir. (Cf. Conc. oecum. de Trente, Sess. VI, Decr. de iustificatione, ch. 5, in DH, n. 1525)

[21] Cf. Homélie sur la Lettre aux Romains IX, 11 : PG 60, p. 470

[22] Homélie sur l’humilité : PG 31, p. 530

[23] Canon 4, DH 374 (H. Denziger, Symboles et définitions de la foi catholique, Paris 2010, p. 137).

[24] Ses. 6ème, Decretum de iustificatione, chap. 8, DH 1532 (H. Denziger, Symboles et définitions de la foi catholique, Paris 2010, p. 422)

[25] N. 1998

[26] Ibid., n. 2007

[27] Thomas d’Aquin, Somme Théologique I-II, q. 114, art. 5

[28] Thérèse de Lisieux, ‘‘Acte d’offrande à l’Amour miséricordieux’’(Prières, 6), (Œuvres complètes, Paris 1996, p. 963)

[29] Liucio Gera, Sobre el misterio del pobre, dans P. Grelot- L. Gera-A. Dumas, El Pobre, Buenos Aires 1962, p. 103.

[30] 62 C’est, en définitive, la doctrine catholique du “mérite” postérieur à la justification. Il s’agit de la coopération du justifié à l’accroissement de la vie de la grâce (cf. Catéchisme de l’Église Catholique, n. 2010). Mais cette coopération ne fait en aucune manière que la justification elle-même et l’amitié de Dieu deviennent l’objet d’un mérite humain

[31] Cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n.95 : AAS 105 (2013), p. 1060

[32] Somme Théologique I-II, q. 107, art. 4.

[33] Homélie de la Sainte Messe à l’occasion du Jubilé des personnes socialement exclues (13 novembre 2016) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française (17 novembre 2016), p. 7.

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Message du Pape François pour le Carême 2019

  «La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu» (Rm 8,19)

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Message du Pape François pour le Carême 2019. 

Chers frères et sœurs,

 

Chaque année, Dieu, avec le secours de notre Mère l’Eglise, «accorde aux chrétiens de se préparer aux fêtes pascales dans la joie d’un cœur purifié» (Préface de Carême 1) pour qu’ils puissent puiser aux mystères de la rédemption, la plénitude offerte par la vie nouvelle dans le Christ. Ainsi nous pourrons cheminer de Pâques en Pâques jusqu’à la plénitude du salut que nous avons déjà reçue grâce au mystère pascal du Christ: «Car nous avons été sauvés, mais c’est en espérance» (Rm 8,24). Ce mystère de salut, déjà à l’œuvre en nous en cette vie terrestre, se présente comme un processus dynamique qui embrasse également l’Histoire et la création tout entière. Saint Paul le dit : «La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu» (Rm8,19). C’est dans cette perspective que je souhaiterais offrir quelques points de réflexion pour accompagner notre chemin de conversion pendant le prochain carême.

 

 

  1. La rédemption de la Création

 La célébration du Triduum pascal de la passion, mort et résurrection du Christ, sommet de l’année liturgique, nous appelle, chaque fois, à nous engager sur un chemin de préparation, conscients que notre conformation au Christ (cf. Rm 8,29) est un don inestimable de la miséricorde de Dieu.

Si l’homme vit comme fils de Dieu, s’il vit comme une personne sauvée qui se laisse guider par l’Esprit Saint (cf. Rm 8,14) et sait reconnaître et mettre en œuvre la loi de Dieu, en commençant par celle qui est inscrite en son cœur et dans la nature, alors il fait également du bien à la Création, en coopérant à sa rédemption. C’est pourquoi la création, nous dit Saint Paul, a comme un désir ardent que les fils de Dieu se manifestent, à savoir que ceux qui jouissent de la grâce du mystère pascal de Jésus vivent pleinement de ses fruits, lesquels sont destinés à atteindre leur pleine maturation dans la rédemption du corps humain. Quand la charité du Christ transfigure la vie des saints – esprit, âme et corps –, ceux-ci deviennent une louange à Dieu et, par la prière, la contemplation et l’art, ils intègrent aussi toutes les autres créatures, comme le confesse admirablement le «Cantique des créatures» de saint François d’Assise (cf. Enc. Laudato Sì, n. 87). En ce monde, cependant, l’harmonie produite par la rédemption, est encore et toujours menacée par la force négative du péché et de la mort.

  

  1. La force destructrice du péché

En effet, lorsque nous ne vivons pas en tant que fils de Dieu, nous mettons souvent en acte des comportements destructeurs envers le prochain et les autres créatures, mais également envers nous-mêmes, en considérant plus ou moins consciemment que nous pouvons les utiliser selon notre bon plaisir. L’intempérance prend alors le dessus et nous conduit à un style de vie qui viole les limites que notre condition humaine et la nature nous demandent de respecter. Nous suivons alors des désirs incontrôlés que le Livre de la Sagesse attribue aux impies, c’est-à-dire à ceux qui n’ont pas Dieu comme référence dans leur agir, et sont dépourvus d’espérance pour l’avenir (cf. 2,1-11). Si nous ne tendons pas continuellement vers la Pâque, vers l’horizon de la Résurrection, il devient clair que la logique du «tout et tout de suite», du «posséder toujours davantage» finit par s’imposer.

La cause de tous les maux, nous le savons, est le péché qui, depuis son apparition au milieu des hommes, a brisé la communion avec Dieu, avec les autres et avec la création à laquelle nous sommes liés avant tout à travers notre corps. La rupture de cette communion avec Dieu a également détérioré les rapports harmonieux entre les êtres humains et l’environnement où ils sont appelés à vivre, de sorte que le jardin s’est transformé en un désert (cf. Gn 3,17-18). Il s’agit là du péché qui pousse l’homme à se tenir pour le dieu de la création, à s’en considérer le chef absolu et à en user non pas pour la finalité voulue par le Créateur mais pour son propre intérêt, au détriment des créatures et des autres.

Quand on abandonne la loi de Dieu, la loi de l’amour, c’est la loi du plus fort sur le plus faible qui finit par s’imposer. Le péché qui habite dans le cœur de l’homme (cf. Mc 7, 20-23) – et se manifeste sous les traits de l’avidité, du désir véhément pour le bien-être excessif, du désintérêt pour le bien d’autrui, et même souvent pour le bien propre – conduit à l’exploitation de la création, des personnes et de l’environnement, sous la motion de cette cupidité insatiable qui considère tout désir comme un droit, et qui tôt ou tard, finira par détruire même celui qui se laisse dominer par elle.

  

  1. La force de guérison du repentir et du pardon

 C’est pourquoi la création a un urgent besoin que se révèlent les fils de Dieu, ceux qui sont devenus “une nouvelle création” : «Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né» (2 Co 5,17). En effet, grâce à leur manifestation, la création peut elle aussi «vivre» la Pâque: s’ouvrir aux cieux nouveaux et à la terre nouvelle (cf. Ap 21,1). Le chemin vers Pâques nous appelle justement à renouveler notre visage et notre cœur de chrétiens à travers le repentir, la conversion et le pardon afin de pouvoir vivre toute la richesse de la grâce du mystère pascal.

Cette “impatience”, cette attente de la création, s’achèvera lors de la manifestation des fils de Dieu, à savoir quand les chrétiens et tous les hommes entreront de façon décisive dans ce “labeur” qu’est la conversion. Toute la création est appelée, avec nous, à sortir «de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu» (Rm 8,21). Le carême est un signe sacramentel de cette conversion. Elle appelle les chrétiens à incarner de façon plus intense et concrète le mystère pascal dans leur vie personnelle, familiale et sociale en particulier en pratiquant le jeûne, la prière et l’aumône.

Jeûner, c’est-à-dire apprendre à changer d’attitude à l’égard des autres et des créatures: de la tentation de tout “dévorer” pour assouvir notre cupidité, à la capacité de souffrir par amour, laquelle est capable de combler le vide de notre cœur. Prier afin de savoir renoncer à l’idolâtrie et à l’autosuffisance de notre moi, et reconnaître qu’on a besoin du Seigneur et de sa miséricorde. Pratiquer l’aumône pour se libérer de la sottise de vivre en accumulant toute chose pour soi dans l’illusion de s’assurer un avenir qui ne nous appartient pas. Il s’agit ainsi de retrouver la joie du dessein de Dieu sur la création et sur notre cœur, celui de L’aimer, d’aimer nos frères et le monde entier, et de trouver dans cet amour le vrai bonheur.

Chers frères et sœurs, le «carême» du Fils de Dieu a consisté à entrer dans le désert de la création pour qu’il redevienne le jardin de la communion avec Dieu, celui qui existait avant le péché originel (cf. Mc 1,12-13; Is 51,3). Que notre Carême puisse reparcourir le même chemin pour porter aussi l’espérance du Christ à la création, afin qu’«elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, puisse connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu» (cf. Rm 8,21). Ne laissons pas passer en vain ce temps favorable! Demandons à Dieu de nous aider à mettre en œuvre un chemin de vraie conversion. Abandonnons l’égoïsme, le regard centré sur nous-mêmes et tournons-nous vers la Pâque de Jésus: faisons-nous proches de nos frères et sœurs en difficulté en partageant avec eux nos biens spirituels et matériels. Ainsi, en accueillant dans le concret de notre vie la victoire du Christ sur le péché et sur la mort, nous attirerons également sur la création sa force transformante.

  

Du Vatican, le 4 octobre 2018,

Fête de Saint François d’Assise.

FRANÇOIS

DOCUMENTS PONTIFICAUX, FRANÇOIS (pape), JOURNEE MONDIALE DE LA PAIX, LA BONNE POLITIQUE AU SERVICE LA PAIX, NOUVEL AN

La bonne politique au service de la Paix

LA BONNE POLITIQUE EST AU SERVICE DE LA PAIX

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JOURNÉE MONDIALE DE LA PAIX

1er JANVIER 2019

 

Dans son message intitulé “La bonne politique est au service de la paix” le pape François insiste sur le respect des droits de l’homme et de la parole donnée dans les relations internationales.

La bonne politique est au service de la paix

 

  1. ‘‘Paix à cette maison !’’

En envoyant ses disciples en mission, Jésus leur dit : « Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : ‘‘Paix à cette maison’’. S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra vers vous » (Lc 10, 5-6).

Offrir la paix est au cœur de la mission des disciples du Christ. Et cette offre est adressée à tous ceux qui, hommes et femmes, aspirent à la paix au milieu des drames et des violences de l’histoire humaine[1]. La ‘‘maison’’ dont parle Jésus, c’est chaque famille, chaque communauté, chaque pays, chaque continent, dans sa particularité et dans son histoire ; c’est avant tout chaque personne, sans distinctions ni discriminations. C’est aussi notre ‘‘maison commune’’ : la planète où Dieu nous a mis pour y vivre et dont nous sommes appelés à prendre soin avec sollicitude.

C’est donc également mon vœu au début de l’année nouvelle : ‘‘Paix à cette maison !’’.

 

  1. Le défi de la bonne politique

 

La paix est comme l’espérance dont parle le poète Charles Péguy [2]; elle est comme une fleur fragile qui cherche à s’épanouir au milieu des pierres de la violence. Nous le savons : la recherche du pouvoir à tout prix porte à des abus et à des injustices. La politique est un moyen fondamental pour promouvoir la citoyenneté et les projets de l’homme, mais quand elle n’est pas vécue comme un service à la collectivité humaine par ceux qui l’exercent, elle peut devenir un instrument d’oppression, de marginalisation, voire de destruction.

« Si quelqu’un veut être le premier, dit Jésus, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous » (Mc 9, 35). Comme le soulignait saint Paul VI : « Prendre au sérieux la politique à ses divers niveaux – local, régional et mondial –, c’est affirmer le devoir de l’homme, de tout homme, de reconnaître la réalité concrète et la valeur de la liberté de choix qui lui est offerte pour chercher à réaliser ensemble le bien de la cité, de la nation, de l’humanité »[3].

En effet, la fonction et la responsabilité politique constituent un défi permanent pour tous ceux qui reçoivent le mandat de servir leur pays, de protéger les habitants et de travailler pour asseoir les conditions d’un avenir digne et juste. Accomplie dans le respect fondamental de la vie, de la liberté et de la dignité des personnes, la politique peut devenir vraiment une forme éminente de charité.

 

  1. Charité et vertus humaines pour une politique au service des droits humains et de la paix.

 

Le Pape Benoît XVI rappelait que « tout chrétien est appelé à vivre cette charité, selon sa vocation et selon ses possibilités d’influence au service de la pólis. […] L’engagement pour le bien commun, quand la charité l’anime, a une valeur supérieure à celle de l’engagement purement séculier et politique […] Quand elle est inspirée et animée par la charité, l’action de l’homme contribue à l’édification de cette cité de Dieu universelle vers laquelle avance l’histoire de la famille humaine »[4]. C’est un programme dans lequel peuvent se retrouver tous les politiciens, de n’importe quelle appartenance culturelle ou religieuse, qui souhaitent œuvrer ensemble pour le bien de la famille humaine, en pratiquant ces vertus humaines qui sous-tendent le bon agir politique : la justice, l’équité, le respect réciproque, la sincérité, l’honnêteté, la fidélité. 

À ce sujet, méritent d’être rappelées les ‘‘béatitudes du politique’’, proposées par le Cardinal vietnamien François-Xavier Nguyễn Văn Thuận, mort en 2002, qui a été un témoin fidèle de l’Évangile :

Heureux le politicien qui a une haute idée et une profonde conscience de son rôle.

Heureux le politicien dont la personne reflète la crédibilité.

Heureux le politicien qui travaille pour le bien commun et non pour son propre intérêt.

Heureux le politicien qui reste fidèlement cohérent.

Heureux le politicien qui réalise l’unité.

Heureux le politicien qui s’engage dans la réalisation d’un changement radical.

Heureux le politicien qui sait écouter.

Heureux le politicien qui n’a pas peur.[5]

Chaque renouvellement des fonctions électives, chaque échéance électorale, chaque étape de la vie publique constitue une occasion pour retourner à la source et aux repères qui inspirent la justice et le droit. Nous en sommes certains : la bonne politique est au service de la paix ; elle respecte et promeut les droits humains fondamentaux, qui sont aussi des devoirs réciproques, afin qu’entre les générations présentes et celles à venir se tisse un lien de confiance et de reconnaissance.

 

  1. Les vices de la politique

 

À côté des vertus, malheureusement, ne manquent pas non plus dans la politique les vices, dus soit à une inaptitude personnelle soit à des déformations dans l’entourage et dans les institutions. Il est clair pour tous que les vices de la vie politique ôtent de la crédibilité aux systèmes dans lesquels elle s’exerce, ainsi qu’à l’autorité, aux décisions et à l’action des personnes qui s’y consacrent. Ces vices, qui affaiblissent l’idéal d’une authentique démocratie, sont la honte de la vie publique et mettent en danger la paix sociale : la corruption – sous ses multiples formes d’appropriation indue des biens publics ou d’instrumentalisation des personnes –, la négation du droit, le non-respect des règles communautaires, l’enrichissement illégal, la justification du pouvoir par la force ou par le prétexte arbitraire de la ‘‘raison d’État’’, la tendance à s’accrocher au pouvoir, la xénophobie et le racisme, le refus de prendre soin de la Terre, l’exploitation illimitée des ressources naturelles en raison du profit immédiat, le mépris de ceux qui ont été contraints à l’exil.

 

  1. La bonne politique promeut la participation des jeunes et la confiance dans l’autre

 

Quand l’exercice du pouvoir politique vise uniquement à sauvegarder les intérêts de certains individus privilégiés, l’avenir est compromis et les jeunes peuvent être tentés par la méfiance, parce que condamnés à rester en marge de la société, sans possibilité de participer à un projet pour l’avenir. Quand, au contraire, la politique se traduit, concrètement, dans l’encouragement des jeunes talents et des vocations qui demandent à se réaliser, la paix se diffuse dans les consciences et sur les visages. Elle devient une confiance dynamique, qui veut dire ‘‘j’ai confiance en toi et je crois en toi’’, dans la possibilité de travailler ensemble pour le bien commun. La politique est pour la paix si elle se manifeste donc, dans la reconnaissance des charismes et des capacités de chaque personne. « Quoi de plus beau qu’une main tendue ? Elle a été voulue par Dieu pour offrir et recevoir. Dieu n’a pas voulu qu’elle tue (cf. Gn 4, 1sv) ou qu’elle fasse souffrir, mais qu’elle soigne et qu’elle aide à vivre. À côté du cœur et de l’intelligence, la main peut devenir, elle aussi, un instrument du dialogue »[6].

Chacun peut apporter sa pierre à la construction de la maison commune. La vie politique authentique, qui se fonde sur le droit et sur un dialogue loyal entre les personnes, se renouvelle avec la conviction que chaque femme, chaque homme et chaque génération portent en eux une promesse qui peut libérer de nouvelles énergies relationnelles, intellectuelles, culturelles et spirituelles. Une telle confiance n’est jamais facile à vivre, car les relations humaines sont complexes. En particulier, nous vivons ces temps-ci dans un climat de méfiance qui s’enracine dans la peur de l’autre ou de l’étranger, dans l’angoisse de perdre ses propres avantages, et qui se manifeste malheureusement aussi, au niveau politique, par des attitudes de fermeture ou des nationalismes qui remettent en cause cette fraternité dont notre monde globalisé a tant besoin. Aujourd’hui plus que jamais, nos sociétés ont besoin d’‘‘artisans de paix’’ qui puissent être des messagers et des témoins authentiques du Dieu Père, qui veut le bien et le bonheur de la famille humaine.

 

  1. Non à la guerre et à la stratégie de la peur

Cent ans après la fin de la Première Guerre Mondiale, alors que nous nous souvenons des jeunes tombés durant ces combats et des populations civiles lacérées, aujourd’hui plus qu’hier nous connaissons la terrible leçon des guerres fratricides, à savoir que la paix ne peut jamais être réduite au seul équilibre des forces et de la peur. Maintenir l’autre sous la menace veut dire le réduire à l’état d’objet et en nier la dignité. C’est pourquoi nous réaffirmons que l’escalade en termes d’intimidation et la prolifération incontrôlée des armes sont contraires à la morale ainsi qu’à la recherche d’une vraie concorde. La terreur exercée sur les personnes les plus vulnérables contribue à l’exil d’entières populations en quête d’une terre de paix. Les discours politiques qui tendent à accuser les migrants de tous les maux et à priver les pauvres de l’espérance ne sont pas justifiables. Au contraire, il faut réaffirmer que la paix se fonde sur le respect de chaque personne, quelle que soit son histoire, sur le respect du droit et du bien commun, de la création qui nous a été confiée et de la richesse morale transmise par les générations passées.

Notre pensée va aussi, à titre particulier, aux enfants qui vivent dans les zones actuelles de conflit, et à tous ceux qui s’engagent afin que leurs vies et leurs droits soient protégés. Dans le monde, un enfant sur six est touché par la violence de la guerre ou par ses conséquences, quand il n’est pas enrôlé pour devenir lui-même soldat ou otage de groupes armés. Le témoignage de ceux qui œuvrent pour défendre la dignité et le respect des enfants n’en est que plus précieux pour l’avenir de l’humanité.

  1. Un grand projet de paix

Nous célébrons ces jours-ci le soixante-dixième anniversaire de la Déclaration Universelle des droits de l’homme, adoptée au lendemain du deuxième conflit mondial. Souvenons-nous, à ce propos, de l’observation de saint Jean XXIII : « Maintenant, à mesure que l’homme devient conscient de ses droits, germe comme nécessairement en lui la conscience d’obligations correspondantes : ses propres droits, c’est avant tout comme autant d’expressions de sa dignité qu’il devra les faire valoir, et à tous les autres incombera l’obligation de reconnaître ces droits et de les respecter »[7].  

La paix, en effet, est le fruit d’un grand projet politique qui se fonde sur la responsabilité réciproque et sur l’interdépendance des êtres humains. Mais elle est aussi un défi qui demande à être accueilli jour après jour. La paix est une conversion du cœur et de l’âme ; et il est facile de reconnaître trois dimensions indissociables de cette paix intérieure et communautaire :

– la paix avec soi-même, en refusant l’intransigeance, la colère et l’impatience et, comme le conseillait saint François de Sales, en exerçant ‘‘un peu de douceur avec soi-même’’, afin d’offrir ‘‘un peu de douceur aux autres’’ ;

– la paix avec l’autre : le proche, l’ami, l’étranger, le pauvre, le souffrant… ; en osant la rencontre et en écoutant le message qu’elle porte avec elle ;

– la paix avec la création, en redécouvrant la grandeur du don de Dieu et la part de responsabilité qui revient à chacun d’entre nous, en tant qu’habitant du monde, citoyen et acteur de l’avenir.

La politique de la paix, qui connaît bien les fragilités humaines et les assume, peut toujours se ressourcer dans l’esprit du Magnificat que Marie, Mère du Christ Sauveur et Reine de la Paix, chante au nom de tous les hommes : « Sa miséricorde s’étend d’en âge en âge sur ceux qui le craignent. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles […] ; il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais » (Lc 1, 50-55).

 

Du Vatican, le 8 décembre 2018

François

 

[1] Cf. Lc 2, 14 : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’il aime ».

[2] Cf. Le Porche du mystère de la deuxième vertu, Paris 1986.

[3] Lett. ap. Octogesima adveniens (14 mai 1971), n. 46.

[4] Enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 7.

[5] Cf. Discours à l’exposition-colloque ‘‘Civitas’’ de Padoue, ‘’30 giorni’’, n. 5 de 2002.

[6] Benoît XVI, Discours aux Autorités du Bénin, 19 novembre 2011.

[7] Enc. Pacem in terris (11 avril 1963), n. 44.

 

DOCUMENTS PONTIFICAUX, EGLISE CATHOLIQUE, FRANC-MACONNERIE

L’Eglise catholique et la Franc-maçonnerie

 

POURQUOI NE PEUT-ON ÊTRE À LA FOIS CATHOLIQUE ET FRANC-MAÇON ?

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Presque dès l’origine l’Église a multiplié les condamnations de la franc-maçonnerie, dénoncée de manière justifiée et prophétique comme une œuvre des ténèbres. Ses principes sont « inconciliables » avec la foi et ceux qui la rejoignent se mettent « au service d’une stratégie qu’ils ignorent ».

 

La franc-maçonnerie se réclame des confréries des constructeurs de Cathédrales des XII ° et XIII ° siècles, mais sa naissance dans la forme que nous lui connaissons s’est faite bien plus tard, au XVIII ° siècle, en Angleterre, dans le contexte de la fin des guerres de religion.

 

Les origines mythiques

La franc-maçonnerie telle que nous la connaissons aujourd’hui a une longue histoire rattachée d’une certaine manière aux des confréries de constructeurs de Cathédrales qui existaient aux XII ° et XIII ° siècles. Au XVII ° siècle, on ne construisait plus de cathédrales depuis longtemps, mais ces ordres s’étaient, semble-t-il, maintenus en Angleterre où on aime garder les traditions même si elles ne représentent plus grand-chose, mais l’incendie de Londres (2-5 septembre 1666) donna l’occasion à des maçons venus de toute l’Europe de se regrouper pour travailler la reconstruction de la ville et ce fut certainement l’occasion de relancer ces sortes de confréries ou de « clubs » comme aiment en avoir les anglais, quitte à changer au fil du temps leur destination et leur vocation initiale. L’Angleterre était aussi le pays d’Europe qui avait le plus souffert des guerres de religion, qui avaient duré quelque 50 ans, car les rois avaient souvent changé de camp pour finalement s’en tenir à l’Anglicanisme, et la lutte entre chrétiens avait été vive, laissant le pays exsangue, divisé et intolérant sur le plan religieux.

 

La fondation de la franc-maçonnerie au XVIII ° siècle

En 1723, dans ce contexte, le pasteur presbytérien James Anderson publia des constitutions qui sont considérées comme l’acte de naissance de la franc-maçonnerie, après la création d’une première Grande Loge de Londres par Jean Théophile Desaguliers et Anderson, quelques années plus tôt, en 1717. La volonté initiale était de réunir des chrétiens de toutes confessions. Ces constitutions n’avaient plus grand-chose à voir avec le métier de maçon, sinon le symbolisme, mais elles n’étaient pas contre Dieu a priori puisque l’article 1 disait que le maçon n’était ni un athée stupide, ni un libertin irréligieux, mais qu’il croyait « à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord », ce qui fut traduit lors de l’exportation du concept en France par « la religion dont tout chrétien convient ». Rapidement, l’ordre eut un grand succès, toucha à l’économie de l’Angleterre et la forte communauté juive de ce pays ainsi que des non-chrétiens des colonies s’y intégrèrent. En 1738 alors, la Grande Loge publia une deuxième édition des Constitutions qui fit référence à l’Alliance avec Noé, idée prise à la Synagogue, ce qui ouvrait officiellement la porte aux non-chrétiens (l’alliance noachique concerne tous les hommes). Tout cela provoqua des remous, la lutte des « Anciens » contre les « Modernes », puis finalement une réconciliation qui aboutit à la création de la grande loge unie d’Angleterre au début du XIXe siècle.

 

L’Église catholique a condamné de manière presque immédiate toute forme de franc-maçonnerie, soupçonnant une stratégie cachée à laquelle les membres adhèrent en se liant par un pacte inviolable et secret, autour de principes suspectés d’être en opposition avec la foi chrétienne. De Clément XII à Benoît XIV, les reproches portent sur le secret, le serment, la suspicion des états temporels, le soupçon d’hérésies, et l’indifférentisme religieux compte tenu de la variété des participants. Après la Révolution, les accusations pontificales deviennent plus graves, y ajoutant la subversion politique à des erreurs théologiques comme le naturalisme ou encore le syncrétisme, et cela du pape Pie VII à Léon XIII inclus. Ce qui n’a pas empêché un large développement des loges, dans le monde anglo-saxon à majorité protestante, ainsi qu’en Europe, mais aussi dans la France encore catholique où les bulles des papes ont été ignorées jusqu’au Concordat de 1802.

 

Une condamnation presque immédiate et dure par l’Église catholique

En cette même année 1738, le Pape Clément XII publia le premier document de l’Église catholique sur ce nouveau mouvement et ce fut immédiatement une bulle d’excommunication. Le document du Pape critiquait ceux qui « se lient entre eux par un pacte aussi étroit qu’impénétrable » et s’engagent par serment « à couvrir d’un silence inviolable tout ce qu’ils font dans l’obscurité du secret » ajoutant que « s’ils ne faisaient point de mal, ils ne haïraient pas ainsi la lumière ». Invoquant divers motifs et « d’autres causes justes et raisonnables de Nous connues », « de science certaine et après mûre délibération », le pape « conclu et décrète de condamner et d’interdire » par ce texte « valable à perpétuité » toute forme de franc-maçonnerie. Tout ceci « sous peine d’excommunication de laquelle nul ne peut être absous » par un autre que le Pape lui-même, si ce n’est à l’article de la mort. Benoit XIV confirma en 1751 cette condamnation « à perpétuité », « pour des raisons justes et graves » avec cette précision : « dans ces sortes de sociétés se réunissent des hommes de toute religion et de toute secte, et l’on voit assez quel mal peut en résulter pour la religion catholique ». Ensuite, après la Révolution française de 1789, vont s’ajouter d’autres motifs de condamnation plus graves, de Pie VII (1821) à Léon XIII (1884) qui vont progressivement décrire la Franc-Maçonnerie comme organisation opposée à la foi chrétienne, dont les principes parfaitement inconciliables avec ceux de l’Église catholique liguent contre elle, au moyen d’une stratégie cachée tous ses adhérents. Ces nombreuses condamnations papales, pourtant sans équivoque, n’ont pas empêché les loges de se développer, dans le monde anglo-saxon, à l’époque très majoritairement protestant, mais aussi dans la France restée encore très catholique, où les bulles des papes ont été largement ignorées.

 

En France, les bulles papales concernant la franc-maçonnerie ont été ignorées jusqu’en 1802

Ces prises de position très fermes eurent un effet important partout, mais elles ne furent curieusement pas appliquées en France, où selon la pratique définie dans le Concordat de 1514 avec Léon X, les bulles papales devaient être présentées au Parlement de Paris pour entrer en application dans le Royaume. Or celle-ci ne le fut jamais, le Cardinal Fleury (gouvernant au nom de Louis XV) expliquant que ces sociétés secrètes ne se réunissaient plus en France parce que cela déplaisait au roi, et ce mensonge pas très pieux permit à la franc-maçonnerie de se développer sans tenir compte du Pape.

 

La suspicion des États temporels

Avant la première condamnation pontificale quelques gouvernements s’étaient inquiétés déjà de l’existence de la « société » des francs-maçons. Par exemple, les états généraux de Hollande le 30 novembre 1735, le conseil de Genève en novembre 1737 et le conseil du roi de France en mars 1737 sous l’influence du Cardinal Fleury, premier ministre de Louis XV, interdirent les réunions de francs-maçons. Pour la France il y eut même un arrêt du tribunal du Châtelet le 14 septembre 1737. Les deux motifs concernaient à chaque fois le serment et le secret. Pour la France s’y ajoutait une considération purement politique. Les premières loges apparues en France, étant écossaises, donc Stuartistes, Fleury craignit de mécontenter le roi d’Angleterre régnant alors, un Hanovre, protestant, allié de la France. Mais par la suite, considérant que ses craintes n’étaient pas fondées, il ne présenta jamais la bulle « In eminenti » comme celle qui suivit au Parlement de Paris.

 

À la différence des franc-maçonneries anglo-saxonnes, qui sont restées des clubs un peu élitistes et spiritualistes, les loges se sont impliquées dès le début du XIXe siècle dans la vie politique et publique des pays latins, avec une évolution de plus en plus anticléricale. L’Église a dénoncé l’influence des loges dans la Révolution française de 1789 – même si cela fait débat entre les historiens -, dans la spoliation des États pontificaux, dans les révolutions de 1848, dans les idées socialistes et communistes, ainsi que dans les luttes en vue de la séparation de l’Église et de l’État.

 

La franc-maçonnerie française s’impliquera activement en politique

À la différence des franc-maçonneries anglo-saxonnes, qui resteront des clubs un peu élitistes et spiritualistes, la franc-maçonnerie française va entrer fortement dans le jeu politique, entraînant aussi les loges des pays voisins, de Belgique, Espagne, Italie. Le Grand Orient de France est créé en 1783. À la Révolution, après la terreur, le Directoire le laissa se restaurer et Bonaparte l’utilisa sans hésiter, mais il signa le Concordat de 1802 avec Pie VII sans renouveler la nécessité pour l’application des bulles papales d’être soumises à une autorité française.

 

Après le nouveau Concordat, les catholiques de France doivent quitter les loges

Dès lors, les bulles des Papes s’appliquent en France sous peine d’excommunication latae sentenciae et les catholiques vont de plus en plus se retirer des loges, laissant la place aux athées, juifs, voltairiens et divers anticléricaux. En 1877 le GO en viendra à abandonner l’invocation au Grand Architecte de l’Univers et deviendra encore plus anti-catholiques et anti-chrétiens, généralisant son combat contre l’Église, symbolisé par la persécution de ce franc-maçon notoire du Grand Orient qui était le « petit Père Combes », ainsi appelé parce qu’il avait été auparavant catholique pratiquant, engagé et portant soutane au point d’avoir été appelé l’abbé Combes.

 

Le Pape Léon XIII publiera finalement le 20 avril 1884 l’Encyclique « Humanum Genus », pour reprendre et détailler les condamnations par ses prédécesseurs de cette « œuvre du démon », « au service du royaume de Satan », en reprenant et confirmant la sentence d’excommunication latae sententiae (automatique) et en détaillant longuement ce qui rend ce courant de pensée incompatible avec la foi catholique, notamment le secret, le naturalisme, l’ésotérisme, le syncrétisme et le fait que les membres s’engagent pour de mauvaises raisons à l’aveugle, « au service d’une stratégie qu’il ignorent ».

 Une grande influence sur l’évolution du monde

Après l’Empire, Grégoire XVI et Pie IX vont voir dans la Révolution une œuvre de la franc-maçonnerie, ce que la franc-maçonnerie déniera à l’époque, alors qu’elle le revendique haut et fort aujourd’hui. De même, beaucoup de Carbonari responsables de la spoliation des États pontificaux étaient francs-maçons, et les Papes y verront aussi la main de la franc-maçonnerie, comme dans les révolutions de 1848 aussi guidée par des idées hostiles à l’Église, et de même pour ce qui concerne les « monstrueux » systèmes socialistes et communistes.

 

L’Encyclique de Léon XIII dénonce une « œuvre du démon »

Pie IX multiplie les textes contre la franc-maçonnerie et son successeur le grand pape Léon XIII publiera la plus complète condamnation de la franc-maçonnerie sous la forme d’une Encyclique, Humanum Genus, dans laquelle la franc-maçonnerie est explicitement dénoncée comme une « œuvre du démon », au « service du royaume de Satan » par tous ceux qui « multiplient leurs efforts » pour « agir directement contre Dieu ». Citant ses 7 prédécesseurs qui ont tous « dénoncé le péril », il parle d’un « ennemi capital », de « conspiration occulte », d’une « association criminelle », d’une « secte », d’une « puissance pour le mal », avant de dénoncer longuement les différents maux et problèmes doctrinaux posés en matière de religion, de philosophie et de politique : « dans un plan si insensé et si criminel, il est bien permis de reconnaître la haine implacable dont Satan est animé à l’égard de Jésus Christ et sa passion de vengeance ».

 

La multiplication comme jamais des condamnations par l’Église

Le code de droit Canon de 1912/1915 reprendra ces condamnations et l’excommunication. Et de fait, jamais depuis le XVIe siècle l’Église catholique n’a condamné une autre entité avec la même vigueur que la franc-maçonnerie, dénoncée sans cesse comme une œuvre des ténèbres.

 

Après Vatican II, l’établissement d’un nouveau code de droit Canon qui ne mentionnait pas explicitement la franc-maçonnerie a créé un débat vite refermé par la publication par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi de deux déclarations qui confirment que le jugement négatif de l’Église et les condamnations restent inchangés.

 

La position de l’Église sur la franc-maçonnerie reste « inchangée »

À partir de 1968, j’ai été pendant des années un franc-maçon (Grande Loge) et j’ai suivi de loin dans les années 1970 le travail de refonte du Code de droit canonique et les débats, alimentés notamment par les évêques allemands, qui ont concerné aussi la franc-maçonnerie dans la crise post conciliaire. Le Cardinal Sepper avait du en effet, le 17 février 1981, préciser le sens d’une lettre qu’il avait adressée à quelques conférences épiscopales concernant l’application du canon 2335 de l’ancien Code frappant d’excommunication latae sententiae les catholiques qui avaient donné leur adhésion à des associations maçonniques. Ne répondant que sur des cas particuliers qui lui avaient été soumis par des correspondants anglo-saxons, concernant des maçons non hostiles à l’Église catholique, il avait répondu que l’excommunication ne s’appliquait pas. De là, on avait déduit faussement que l’excommunication était levée pour toutes les obédiences, qui selon les conférences épiscopales locales répondraient à ce critère de non hostilité envers l’Église. D’où la mise au point logique du Cardinal Sepper, car l’ancien code existait encore et devait donc être appliqué. Il ne fallait pas mélanger des cas particuliers, liés à une prudence ou charité pastorales dont le Magistère avait tenu compte avec une loi générale qui n’avait pas été abrogée.

 

Finalement, le Code de droit canonique publié en 1983 punit moins durement, abrogeant « toutes les lois pénales universelles ou particulières portées par le Siège Apostolique à moins qu’elles ne soient reprises dans le présent Code » (Canon 6 n°3). Ainsi la liste des excommunications « latae sententiae » (excommunication automatique) est maintenant bien moins large : elle n’inclut plus les associations « qui conspirent contre l’Église » dont les membres ne sont donc plus excommuniés « latae sententiae » mais seront « punis d’une juste peine » (Canon 1374). Ces changements de termes ont alors donné lieu à des interprétations : le RP Riquet, sj en déduisait que si l’excommunication était levée, l’accès à l’Eucharistie permis. Mais le 26 novembre 1983, la Congrégation pour la Doctrine de la foi présidée par le Cardinal Joseph Ratzinger a finalement publié une déclaration pour indiquer que le jugement négatif de l’Église sur les associations maçonniques demeurait « inchangé ».

 

Des principes « inconciliables » avec la doctrine de l’Église

« Les fidèles qui appartiennent aux associations maçonniques sont en état de péché grave et ne peuvent accéder à la sainte communion », écrit le Cardinal dans cette Déclaration du 26 novembre 1983 parce que les principes maçons ont toujours été considérés comme « inconciliables » avec la doctrine de l’Église. Il rappelle que les autorités ecclésiastiques locales n’ont pas le droit de déroger à ces règles vis-à-vis de toutes les Obédiences maçonniques, et que l’Église « interdit » à ses fidèles d’en faire partie.

 

Enfin, en dehors des questions proprement religieuses dénoncées par le Saint-Siège, le Grand-Orient de France (qui n’est qu’une obédience maçonnique parmi d’autres) prend régulièrement positions sur des questions politiques et morales qui ne peuvent qu’inquiéter, du fait d’un mode d’action opaque peu compatible avec les principes démocratiques.

 

Les autres dangers liés à la réalité maçonnique aujourd’hui

En dehors des questions religieuses dénoncées par le Saint-Siège, il y a aussi des critiques à faire sur le fonctionnement de la franc-maçonnerie dans nos démocraties. La franc-maçonnerie se présente comme « la conscience de la République », mais ce faisant, elle court-circuite la République et fausse les règles de la Démocratie avec des méthodes qui n’ont aucune transparence et qui influent de manière anormale.

 

Affairisme et scandales, car on met le doigt dans l’engrenage pour de mauvaises raisons

Les affaires et scandales qui ont parsemé encore l’histoire récente de la franc-maçonnerie française peuvent renforcer l’idée qu’on y rentre beaucoup plus pour des échanges de carnets d’adresses ou des espérances de passe-droit ou facilitation de carrière, que pour une recherche spirituelle. Le gouvernement du petit père Combe est tombé à cause de l’affaire des fiches (fichage des officiers « calotins » dont l’avancement était stoppé à cause de leurs convictions religieuses), et on peut donc se demander ce qu’il en est aujourd’hui de l’observatoire de la laïcité.

https://questions.aleteia.org/articles/34/pourquoi-ne-peut-on-etre-a-la-fois-catholique-et-franc-macon/

 

Enseignements pontificaux sur la Franc-Maçonnerie

 

Clément XII 24 avril 1738 Constitution In eminenti

« Nous avons appris par la renommée publique qu’il se répand au loin, chaque jour avec de nouveaux progrès, certaines sociétés, assemblées, réunions, agrégations ou convents nommés de francs-maçons ou sous une autre dénomination selon la variété des langues, dans lesquels des hommes de toute religion et de toute secte, affectant une apparence d’honnêteté naturelle, se lient entre eux par un pacte aussi étroit qu’impénétrable, d’après des lois et des statuts qu’ils se sont faits, et s’engagent par un serment prêté sur la Bible, et sous les peines les plus graves, à cacher par un silence inviolable tout ce qu’ils font dans l’obscurité du secret.

Mais comme telle est la nature du crime qu’il se trahit lui-même, jette des cris qui le font découvrir et le dénoncent, les sociétés ou conventicules susdits ont fait naître de si forts soupçons dans les esprits des fidèles, que s’enrôler dans ces sociétés c’est, près des personnes de probité et de prudence, s’entacher de la marque de perversion et de méchanceté ; car s’ils ne faisaient pas le mal, ils ne haïraient pas ainsi la lumière ; et ce soupçon s’est tellement accru que, dans plusieurs Etats, ces dites sociétés ont été depuis longtemps proscrites et bannies comme contraires à la sûreté des royaumes.

C’est pourquoi, Nous, réfléchissant sur les grands maux qui résultent ordinairement de ces sortes de sociétés ou conventicules, non seulement pour la tranquillité des États temporels, mais encore pour le salut des âmes, et que par là elles ne peuvent nullement s’accorder avec les lois civiles et canoniques ; et comme les oracles divins Nous font un devoir de veiller nuit et jour en fidèle et prudent serviteur de la famille du Seigneur ; pour que ce genre d’hommes, tels que des voleurs, n’enfoncent la maison, et tels que des renards, ne travaillent à démolir la vigne, ne pervertissent le cœur des simples, et ne les percent dans le secret de leurs dards envenimés ; pour fermer la voie très large qui de là pourrait s’ouvrir aux iniquités qui se commettraient impunément, et pour d’autres causes justes et raisonnables à Nous connues, de l’avis de plusieurs de nos vénérables frères Cardinaux de la sainte Église romaine, et de notre propre mouvement, de science certaine, d’après mûre délibération et de Notre plein pouvoir apostolique, Nous avons conclu et décrété de condamner et de défendre ces dites sociétés, assemblées, réunions, agrégations ou conventicules appelés de Francs-Maçons, ou connus sous toute autre dénomination, comme Nous les condamnons et les défendons par Notre présente constitution valable à perpétuité. »

In eminenti : texte intégral de la Constitution

Benoit XIV        18 mai 1751    Constitution Providas

« Clément XII, d’heureuse mémoire, Notre prédécesseur, par sa Lettre Apostolique, … adressée à tous les fidèles de Jésus Christ, qui commence par ces mots : In eminenti a condamné et défendu à perpétuité certaines sociétés, assemblées, réunions, conventicules ou agrégations appelées vulgairement de Francs-Maçons ou autrement, répandues alors dans certains pays, et s’établissant de jour en jour avec plus d’étendue… […]

… Pour qu’on ne puisse pas dire que Nous ayons omis imprudemment quelque chose, qui pût facilement ôter toute ressource et fermer la bouche au mensonge et à la calomnie, Nous, de l’avis de plusieurs de Nos Vénérables Frères les Cardinaux de la Sainte Église Romaine, avons décrété de confirmer par les présentes, la susdite constitution de Notre prédécesseur, insérée mot à mot, dans la forme spécifique, qui est la plus ample et la plus efficace de toutes, comme Nous la confirmons, corroborons, renouvelons de science certaine et de la plénitude de Notre autorité apostolique, par la teneur des présentes, en tout et pour tout, comme si elle était publiée de Notre propre mouvement, de Notre propre autorité, en Notre propre nom, pour la première fois ; voulons et statuons qu’elle ait force et efficacité à toujours. »

Providas texte intégral de la Constitution

Clément XIII    1758            A quo die

Clément XIII    1759            Ut primum

Clément XIII    1766            Christianae Republicae salus

Pie VI                 1775            Inscrutabile

« La fourberie de ces hommes pervers est véritablement indigne. Dans leur œuvre corruptrice et néfaste… ils ne sont que des instruments de celui qui eut recours au serpent pour séduire et perdre nos premiers parents. »

Pie VII  13 septembre 1821    Constitution Ecclesiam a Jesu Christo

« Personne n’ignore quel nombre prodigieux d’hommes coupables se sont ligués dans ces temps si difficiles contre le Seigneur et contre le Christ, et ont mis tout en œuvre pour tromper les fidèles par les subtilités d’une fausse et vaine philosophie, et pour les arracher du sein de l’Église, dans la folle espérance de ruiner et de renverser cette même Église. Pour atteindre plus facilement ce but, la plupart d’entre eux ont formé des sociétés occultes, des sectes clandestines, se flattant par ce moyen d’en associer plus librement un plus grand nombre à leurs complots et à leurs desseins pervers.

Il y a longtemps que le Saint-Siège, ayant découvert ces sectes, s’éleva contre elles avec force et courage et mit au grand jour les ténébreux desseins qu’elles formaient contre la religion et contre la société civile. […]

Dans le nombre il faut indiquer ici une société nouvellement formée, qui s’est propagée au loin dans toute l’Italie et dans d’autres contrées, et qui, bien que divisée en plusieurs branches et portant différents noms, suivant les circonstances, est cependant réellement une, tant par la communauté d’opinions et de vues que par sa constitution. Elle est le plus souvent désignée sous le nom de Carbonari… […]

… Tout prouve que les Carbonari ont principalement pour but de propager l’indifférence en matière de religion, le plus dangereux de tous les systèmes ; de donner à chacun la liberté absolue de se faire une religion suivant ses penchants et ses idées ; de profaner et de souiller la Passion du Sauveur par quelques-unes de leurs coupables cérémonies ; de mépriser les sacrements de l’Église (auxquels ils paraissent par un horrible sacrilège en substituer quelques-uns inventés par eux), et même les mystères de la religion catholique ; enfin, de renverser ce Siège Apostolique contre lequel, animés d’une haine toute particulière à cause de la primauté de cette Chaire (S. Aug. Epist. 43), ils trament les complots les plus noirs et les plus détestables. […]

… Nous pensons que, dans une cause si grave, il Nous est impossible de Nous abstenir de réprimer les efforts sacrilèges de cette société. Nous sommes aussi frappé de l’exemple de Nos prédécesseurs, d’heureuse mémoire, Clément XII et Benoît XIV, dont l’un, par sa constitution In eminenti du 28 avril 1738, et l’autre, par sa constitution Providas du 18 mai 1751, condamnèrent et prohibèrent la société De’ Liberi Muratori ou des Francs-Maçons, ou bien les sociétés désignées par d’autres noms, suivant la différence des langues et des pays, sociétés qui ont peut-être été l’origine de celle des Carbonari ou qui certainement lui ont servi de modèle ; et quoique Nous ayons déjà expressément prohibé cette société par deux édits sortis de Notre Secrétairerie d’État, Nous pensons, à l’exemple de Nos prédécesseurs, que des peines sévères doivent être solennellement décrétées contre la société, surtout puisque les Carbonari prétendent qu’ils ne peuvent être compris dans les deux constitutions de Clément XII et de Benoît XIV, ni être soumis aux peines qui y sont portées.

En conséquence, après avoir entendu une congrégation choisie parmi Nos Vénérables Frères les Cardinaux, et sur l’avis de cette congrégation, ainsi que de Notre propre mouvement, et d’après une connaissance certaine des choses et une mûre délibération, et par la plénitude du pouvoir apostolique, Nous arrêtons et décrétons que la susdite société des Carbonari, ou de quelque autre nom qu’elle soit appelée, doit être condamnée et prohibée, ainsi que ses réunions, affiliations et conventicules, et Nous la condamnons et prohibons par Notre présente constitution, qui doit toujours rester en vigueur. »

Ecclesiam a Jesu Christo texte intégral de la Constitution

Léon XII 13 mars 1826 Constitution Quo Graviora

« Clément XII, Notre prédécesseur, ayant vu que la secte dite des francs-maçons, ou appelée d’un autre nom, acquérait chaque jour une nouvelle force, et ayant appris avec certitude, par de nombreuses preuves, que cette secte était non seulement suspecte mais ouvertement ennemie de l’Église catholique, la condamna par une excellente constitution qui commence par ces mots : In eminenti…

Cette Bulle ne parut pas suffisante à Notre prédécesseur d’heureuse mémoire, Benoît XIV, car le bruit s’était répandu que Clément XII étant mort, la peine d’excommunication portée par sa Bulle était sans effet, puisque cette Bulle n’avait pas été expressément confirmée par son successeur. Sans doute il était absurde de prétendre que les Bulles des anciens Pontifes dussent tomber en désuétude si elles n’étaient pas approuvées expressément par leurs successeurs, et il était évident que Benoît XIV avait ratifié la Bulle publiée par Clément XII. Cependant, pour ôter aux sectaires jusqu’au moindre prétexte, Benoît XIV publia une nouvelle Bulle commençant ainsi : Providas, et datée du 18 mars 1751 ; dans cette Bulle, il rapporta et confirma textuellement et de la manière la plus expresse celle de son prédécesseur. […]

On doit encore attribuer à ces associations les affreuses calamités qui désolent de toute part l’Église, et que Nous ne pouvons rappeler sans une profonde douleur : on attaque avec audace ses dogmes et ses préceptes les plus sacrés ; on cherche à avilir son autorité, et la paix dont elle aurait le droit de jouir est non seulement troublée, mais on pourrait dire qu’elle est détruite.

On ne doit pas s’imaginer que Nous attribuions faussement et par calomnie à ces associations secrètes tous les maux et d’autres que Nous ne signalons pas. Les ouvrages que leurs membres ont osé publier sur la religion et sur la chose publique, leur mépris pour l’autorité, leur haine pour la souveraineté, leurs attaques contre la divinité de Jésus-Christ et l’existence même d’un Dieu, le matérialisme qu’ils professent, leurs codes et leurs statuts, qui démontrent leurs projets et leurs vues, prouvent ce que Nous avons rapporté de leurs efforts pour renverser les princes légitimes et pour ébranler les fondements de l’Église ; et ce qui est également certain, c’est que ces différentes associations, quoique portant diverses dénominations, sont alliées entre elles par leurs infâmes projets.

D’après cet exposé, Nous pensons qu’il est de Notre devoir de condamner de nouveau ces associations secrètes, pour qu’aucune d’elles ne puisse prétendre qu’elle n’est pas comprise dans Notre sentence apostolique et se servir de ce prétexte pour induire en erreur des hommes faciles à tromper.

Ainsi, après avoir pris l’avis de Nos Vénérables Frères les Cardinaux de la sainte Église Romaine, de Notre propre mouvement, de Notre science certaine et après de mûres réflexions, Nous défendons pour toujours et sous les peines infligées dans les Bulles de Nos prédécesseurs insérées dans la présente et que Nous confirmons, Nous défendons, disons-Nous, toutes associations secrètes, tant celles qui sont formées maintenant que celles qui, sous quelque nom que ce soit, pourront se former à l’avenir, et celles qui concevraient contre l’Église et toute autorité légitime les projets que Nous venons de signaler. […]

Gardez-vous donc de leurs séductions et des discours flatteurs qu’ils emploieront pour vous faire entrer dans les associations dont ils font partie. Soyez convaincus que personne ne peut être lié à ces sociétés sans se rendre coupable d’un péché grave : fermez l’oreille aux paroles de ceux qui, pour vous attirer dans leurs assemblées, vous affirmeront qu’il ne se commet rien de contraire à la raison et à la religion, et qu’on n’y voit et n’y entend rien que de pur, de droit et d’honnête. D’abord ce serment coupable dont Nous avons parlé, et qu’on prête même dans les grades inférieurs, suffit pour que vous compreniez qu’il est défendu d’entrer dans ces premiers grades et d’y rester ; ensuite, quoique l’on n’ait pas coutume de confier ce qu’il y a de plus compromettant et de plus criminel à ceux qui ne sont pas parvenus à des grades éminents, il est cependant manifeste que la force et l’audace de ces sociétés pernicieuses s’accroissent en raison du nombre et de l’accord de ceux qui en font partie. Ainsi ceux qui n’ont pas passé les rangs inférieurs doivent être considérés comme les complices du même crime, et cette sentence de l’apôtre (Épître aux Romains, ch. 1) tombe sur eux :  » Ceux qui font ces choses sont dignes de mort, et non seulement ceux qui les font, mais même ceux qui s’associent à ceux qui s’en rendent coupables ».« 

Quo Gravioratexte intégral de la Constitution

Pie VIII 24 mai 1829 Encyclique Traditi Humilitati

« Nous confirmons de nouveau et nous ordonnons de maintenir les anathèmes prononcés par nos prédécesseurs, contre ces sortes de sociétés secrètes d’hommes séditieux. »

Grégoire XVI    15 août 1832   Encyclique Mirari Vos

« … Une fois rejetés les liens sacrés de la religion, qui seuls conservent les royaumes et maintiennent la force et la vigueur de l’autorité, on voit l’ordre public disparaître, l’autorité malade, et toute puissance légitime menacée d’une révolution toujours plus prochaine. Abîme de malheurs sans fonds, qu’ont surtout creusé ces sociétés conspiratrices dans lesquelles les hérésies et les sectes ont, pour ainsi dire, vomi comme dans une espèce de sentine, tout ce qu’il y a dans leur sein de licence, de sacrilège et de blasphème.« 

Mirari Vostexte intégral de l’Encyclique

Pie IX 09 novembre 1846 Encyclique Qui Pluribus

Pie IX condamne les erreurs d’Hermès (mort en 1831, il avait essayé de composer le christianisme avec le kantisme) et reprend les condamnations antérieures.

« Personne d’entre Vous n’ignore, Vénérables Frères, dans notre époque déplorable, cette guerre si terrible et si acharnée qu’a machinée contre l’édifice de la foi catholique cette race d’hommes qui, unis entre eux par une criminelle association, ne pouvant supporter la saine doctrine, fermant l’oreille à la vérité, ne craignent pas d’exhumer du sein des ténèbres, où elles étaient ensevelies, les opinions les plus monstrueuses, qu’ils entassent d’abord de toutes leurs forces, qu’ils étalent ensuite et répandent dans tous les esprits à la faveur de la plus funeste publicité. Notre âme est saisie d’horreur, et Notre cœur succombe de douleur, lorsque Nous nous rappelons seulement à la pensée toutes ces monstruosités d’erreurs, toute la variété de ces innombrables moyens de procurer le mal ; toutes ces embûches et ces machinations par lesquelles ces esprits ennemis de la lumière se montrent artistes si habiles à étouffer dans toutes les âmes le saint amour de la piété, de la justice et de l’honnêteté ; comment ils parviennent si promptement à corrompre les mœurs, à confondre ou à effacer les droits divins et humains, à saper les bases de la société civile, à les ébranler, et, s’ils pouvaient arriver jusque là, à les détruire de fond en comble.

Car, Vous le savez bien, Vénérables Frères, ces implacables ennemis du nom chrétien, tristement entraînés par on ne sait quelle fureur d’impiété en délire, ont poussé l’excès de leurs opinions téméraires à ce point d’audace, jusque là inouï, qu’ils n’ouvrent leur bouche que pour vomir contre Dieu des blasphèmes ; qu’ouvertement et par toutes les voix de la publicité, ils ne rougissent pas d’enseigner que les sacrés mystères de notre religion sont des fables et des inventions humaines, que la doctrine de l’église catholique est contraire au bien et aux intérêts de la société. Ils vont plus loin encore : ils ne redoutent pas de nier le Christ et jusqu’à Dieu Lui-même. Pour fasciner encore plus aisément les peuples, pour tromper surtout les esprits imprévoyants et les ignorants, et les entraîner avec eux dans les abîmes de l’erreur, ils osent se vanter d’être les seuls en possession de la connaissance des véritables sources de la prospérité ; ils n’hésitent pas à s’arroger le nom de philosophes, comme si la philosophie, dont l’objet est de rechercher et d’étudier la vérité de l’ordre naturel, devait rejeter avec dédain tout ce que le Dieu suprême et très clément, l’auteur de toute la nature, par un effet spécial de sa bonté et de sa miséricorde, a daigné manifester aux hommes pour leur véritable bonheur et pour leur salut.

C’est pour cela qu’employant une manière de raisonner déplacée et trompeuse, ils ne cessent d’exalter la force et l’excellence de la raison humaine, de vanter sa supériorité sur la foi très sainte en Jésus-Christ, et qu’ils déclarent audacieusement que cette foi est contraire à la raison humaine. Non, rien ne saurait être imaginé ou supposé de plus insensé, de plus impie et de plus contraire à la raison elle-même.

Car, bien que la foi soit au-dessus de la raison, jamais on ne pourra découvrir qu’il y ait opposition et contradiction entre elles deux ; parce que l’une et l’autre émanent de ce Dieu très excellent et très grand, qui est la source de la vérité éternelle. Elles se prêtent bien plutôt un tel secours mutuel que c’est toujours à la droite raison que la vérité de la foi emprunte sa démonstration, sa défense et son soutien les plus sûrs ; que la foi, de son côté, délivre la raison des erreurs qui l’assiègent, qu’elle l’illumine merveilleusement par la connaissance des choses divines, la confirme et la perfectionne dans cette connaissance.

Les ennemis de la révélation divine, Vénérables Frères, n’ont pas recours à des moyens de tromperie moins funestes lorsque, par des louanges extrêmes, ils portent jusqu’aux nues les progrès de l’humanité. Ils voudraient, dans leur audace sacrilège, introduire ce progrès jusque dans l’église catholique : comme si la religion était l’ouvrage non de Dieu, mais des hommes, une espèce d’invention philosophique à laquelle les moyens humains peuvent surajouter un nouveau degré de perfectionnement.

Jamais hommes si déplorablement en délire ne méritèrent mieux le reproche que Tertullien adressait aux philosophes de son temps : « Le christianisme que vous mettez en avant n’est autre que celui des stoïciens, des platoniciens et des dialecticiens ». […]

Mais Vous connaissez encore aussi bien, Vénérables Frères, les autres monstruosités de fraudes et d’erreurs par lesquelles les enfants de ce siècle s’efforcent chaque jour de combattre avec acharnement la religion catholique et la divine autorité de l’Eglise, ses lois non moins vénérables ; comment ils voudraient fouler également aux pieds les droits de la puissance sacrée et de l’autorité civile. C’est à ce but que tendent ces criminels complots, contre cette Eglise romaine, siège du bienheureux Pierre, et dans laquelle Jésus-Christ a placé l’indestructible fondement de toute son Eglise. Là tendent toutes ces sociétés secrètes sorties du fond des ténèbres pour ne faire régner partout, dans l’ordre sacré et profane, que les ravages et la mort ; sociétés clandestines si souvent foudroyées par l’anathème des Pontifes romains nos prédécesseurs dans leurs Lettres apostoliques, lesquelles Nous voulons en ce moment même confirmer et très exactement recommander à l’observation par la plénitude de Notre puissance apostolique.

… Animé d’une juste émulation du zèle et des saints exemples de ses prédécesseurs, Grégoire XVI, de sainte mémoire, et dont Nous avons été constitué le successeur, malgré l’infériorité de Notre mérite, a condamné par ses Lettres apostoliques les mêmes sociétés secrètes que Nous entendons aussi déclarer condamnées et flétries par Nous. »

Qui Pluribus : texte intégral de l’Encyclique

Pie IX 8 décembre 1849 Quibus Quantique

« La Révolution est inspirée par Satan lui-même. Son but est de détruire de fond en comble l’édifice du christianisme et de reconstruire sur ses ruines l’édifice social du paganisme. »

Pie IX 25 septembre 1865      Allocution consistoriale Multiplices inter

« Parmi les nombreuses machinations et les moyens par lesquels les ennemis du nom chrétien ont osé s’attaquer à l’Église de Dieu pour  se faire jour ensuite, pour la ruine commune de la Religion et de la Société  et ont essayé, quoiqu’en vain, de l’abattre et de la détruire, il faut sans doute compter cette société perverse d’hommes, vulgairement appelée « maçonnique », qui, contenue d’abord dans les ténèbres et l’obscurité, a fini par devenir humaine. Dès que Nos prédécesseurs les Pontifes Romains, fidèles à leur office pastoral, eurent découvert ses embûches et ses fraudes, ils ont jugé qu’il n’y avait pas un moment à perdre pour réprimer par leur autorité, frapper de condamnation et exterminer comme d’un glaive cette secte respirant le crime et s’attaquant aux choses saintes comme aux choses publiques.

Dès que Nos prédécesseurs les Pontifes Romains, fidèles à leur office pastoral, eurent découvert ses embûches et ses fraudes, ils ont jugé qu’il n’y avait pas un moment à perdre pour réprimer par leur autorité, frapper de condamnation et exterminer comme d’un glaive cette secte respirant le crime et s’attaquant aux choses saintes comme aux choses publiques. C’est pourquoi Notre prédécesseur Clément XII, par ses Lettres apostoliques, proscrivit et réprouva cette secte, et détourna tous les fidèles non seulement de s’y associer, mais encore de la propager et de l’encourager de quelque manière que ce fût, sous peine d’encourir ipso facto l’excommunication. Benoît XIV confirma par sa constitution cette juste et légitime sentence de condamnation, et il ne manqua pas d’exhorter les souverains catholiques à consacrer toutes leurs forces et toute leur sollicitude à réprimer cette secte profondément perverse et à défendre la société contre le péril commun. […]

… De peur que des hommes imprudents, et surtout la jeunesse, ne se laissent égarer, et pour que Notre silence ne donne lieu à personne de protéger l’erreur, Nous avons résolu, Vénérables Frères, d’élever Notre voix apostolique ; et, confirmant ici, devant vous, les constitutions de Nos prédécesseurs, de Notre autorité apostolique, Nous réprouvons et condamnons cette société maçonnique et les autres du même genre, qui, tout en différant en apparence, se forment tous les jours dans le même but, et conspirent soit ouvertement, soit clandestinement, contre l’Église et les pouvoirs légitimes ; et Nous ordonnons sous les mêmes peines que celles qui sont spécifiées dans les constitutions antérieures de Nos prédécesseurs à tous les chrétiens de toute condition, de tout rang, de toute dignité et de tout pays, de tenir ces mêmes sociétés comme proscrites et réprouvées par Nous. Maintenant il ne Nous reste plus, pour satisfaire aux voeux et à la sollicitude de Notre coeur paternel, qu’à avertir et à exhorter les fidèles qui se seraient associés à des sectes de ce genre, d’avoir à obéir à de plus sages inspirations et à abandonner ces funestes conciliabules, afin qu’ils ne soient pas entraînés dans les abîmes de la ruine éternelle. Quant à tous les autres fidèles, plein de sollicitude pour les âmes, Nous les exhortons fortement à se tenir en garde contre les discours perfides des sectaires qui, sous un extérieur honnête, sont enflammés d’une haine ardente contre la religion du Christ et l’autorité légitime, et qui n’ont qu’une pensée unique comme un but unique, à savoir d’anéantir tous les droits divins et humains. Qu’ils sachent bien que les affiliés de ces sectes sont comme ces loups que le Christ Notre Seigneur a prédit devoir venir, couverts de peaux de brebis, pour dévorer le troupeau !« 

Multiplices intertexte intégral de l’A1locution

Léon XIII 20 avril 1884 Encyclique Humanum Genus

« A notre époque, les fauteurs du mal paraissent s’être coalisés dans un immense effort, sous l’impulsion et avec l’aide d’une société répandue en un grand nombre de lieux et fortement organisée, la société des francs-maçons. Ceux-ci, en effet, ne prennent plus la peine de dissimuler leurs intentions, et ils rivalisent d’audace entre eux contre l’auguste majesté de Dieu. C’est publiquement, à ciel ouvert, qu’ils entreprennent de ruiner la Sainte Eglise, afin d’arriver, si c’était possible, à dépouiller complètement les nations chrétiennes des bienfaits dont elles sont redevables au Sauveur Jésus-Christ.

Gémissant à la vue de ces maux et sous l’impulsion de la charité, Nous Nous sentons souvent porté à crier vers Dieu : « Seigneur, voici que vos ennemis font un grand fracas. Ceux qui vous haïssent ont levé la tête. Ils ont ourdi contre votre peuple des complots pleins de malice, et ils ont résolu de perdre vos saints. Oui, ont-ils dit, venez et chassons-les du sein des nations [Psaumes, 82:24]. »

Cependant, en un si pressant danger, en présence d’une attaque si cruelle et si opiniâtre livrée au christianisme, c’est Notre devoir de signaler le péril, de dénoncer les adversaires, d’opposer toute la résistance possible à leurs projets et à leur industrie, d’abord pour empêcher la perte éternelle des âmes dont le salut Nous a été confié ; puis, afin que le royaume de Jésus-Christ, que Nous sommes chargé de défendre, non seulement demeure debout et dans toute son intégrité, mais fasse par toute la terre de nouveaux progrès, de nouvelles conquêtes.

Dans leurs vigilantes sollicitudes pour le salut du peuple chrétien, Nos prédécesseurs eurent bien vite reconnu cet ennemi capital au moment où, sortant des ténèbres d’une conspiration occulte, il s’élançait à l’assaut en plein jour. Sachant ce qu’il était, ce qu’il voulait, et lisant pour ainsi dire dans l’avenir, ils donnèrent aux princes et aux peuples le signal d’alarme, et les mirent en garde contre les embûches et les artifices préparés pour les surprendre. […]

Le but fondamental et l’esprit de la secte maçonnique avaient été mis en pleine lumière par la manifestation évidente de ses agissements, la connaissance de ses principes, l’exposition de ses règles, de ses rites et de leurs commentaires auxquels, plus d’une fois, s’étaient ajoutés les témoignages de ses propres adeptes. En présence de ces faits, il était tout simple que ce Siège Apostolique dénonçât publiquement la secte des francs-maçons, comme une association criminelle, non moins pernicieuse aux intérêts du christianisme qu’à ceux de la société civile. Il édicta donc contre elle les peines les plus graves dont l’Eglise a coutume de frapper les coupables, et interdit de s’y affilier. »

Humanum Genustexte intégral de l’Encyclique

Pie X 11 février 1906 Vehementer nos

« Vous savez le but que se sont assigné les sectes impies qui courbent vos têtes sous leur joug, car elles l’ont elles-mêmes proclamé avec une cynique audace : « Décatholiciser la France ».

Elles veulent arracher de vos cœurs, jusqu’à la dernière racine, la foi qui a comblé vos pères de gloire, la foi qui a rendu votre patrie prospère et grande parmi les nations, la foi qui vous soutient dans l’épreuve qui maintient la tranquillité et la paix à votre foyer et qui vous ouvre la voie vers l’éternelle félicité.

C’est de toute votre âme, vous le sentez bien, qu’il vous faut défendre cette foi ; mais ne vous y méprenez pas, travail et efforts seraient inutiles si vous tentiez de repousser les assauts qu’on vous livrera sans être fortement unis. Abdiquez donc tous les germes de désunion s’il en existait parmi vous et faites le nécessaire pour que, dans la pensée comme dans l’action, votre union soit aussi ferme qu’elle doit l’être parmi des hommes qui combattent pour la même cause, surtout quand cette cause est de celles au triomphe de qui chacun doit volontiers sacrifier quelque chose de ses propres opinions.

Si vous voulez dans la limite de vos forces, et comme c’est votre devoir impérieux, sauver la religion de vos ancêtres des dangers qu’elle court, il est de toute nécessité que vous déployiez dans une large mesure vaillance et générosité. Cette générosité vous l’aurez, nous en sommes sûr et, en vous montrant ainsi charitables vis-à-vis de ses ministres, vous inclinerez Dieu à se montrer de plus en plus charitable vis-à-vis de vous. Quant à la défense de la religion, si vous voulez l’entreprendre d’une manière digne d’elle, la poursuivre sans écart et avec efficacité, deux choses importent avant tout : vous devez d’abord vous modeler si fidèlement sur les préceptes de la loi chrétienne que vos actes et votre vie tout entière honorent la foi dont vous faites profession ; vous devez ensuite demeurer très étroitement unis avec ceux à qui il appartient en propre de veiller ici-bas sur la religion, avec vos prêtres, avec vos évêques et surtout avec ce siège apostolique, qui est le pivot de la foi catholique et de tout ce qu’on peut faire en son nom. Ainsi armés pour la lutte, marchez sans crainte à la défense de l’Eglise, mais ayez bien soin que votre confiance se fonde tout entière sur le Dieu dont vous soutiendrez la cause et, pour qu’il vous secoure, implorez-le sans vous lasser. »

Vehementer nostexte intégral

Code de Droit Canonique  20 mai 1917  Promulgué par Benoît XV (bulle Providentissima), il entre en vigueur le 19 mai 1918.
Première codification officielle de la législation de l’Église catholique, il ne s’applique qu’à l’Église latine, laissant en vigueur les dispositions concordataires, et se montre en outre très souple envers les coutumes. Contient 2414 canons, répartis en 5 livres (règles générales, personnes, choses, procès, peines).

Le canon 2335 stipule que les catholiques affiliés à la Franc-Maçonnerie ou d’autres associations du même genre intriguant contre l’Eglise ou les pouvoirs civils légitimes, encourent « ipso facto » l’excommunication réservée au siège apostolique.

Congrégation pour la Doctrine de la Foi        17 février 1981 Déclaration

Le 19 juillet 1974, la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi a écrit à quelques Conférences épiscopales une lettre qui leur était uniquement adressée au sujet de l’interprétation du canon 2335 du Code de droit canon qui interdit aux catholiques, sous peine d’excommunication, de s’inscrire à des sectes maçonniques ou à des associations semblables.

Parce que cette lettre, devenue du domaine public, a donné lieu à des interprétations fausses et tendancieuses, cette Congrégation, sans préjuger de la future révision de ce même Droit canon, confirme et déclare ce qui suit :
1) En ce qui concerne la question dont il s’agit, la discipline canonique n’a nullement été changée et elle conserve donc toute sa force ;
2) Par conséquent, ni l’excommunication ni les autres peines prévues n’ont été abrogées ;
3) Ce qui, dans la lettre citée, concerne l’interprétation du canon dont il s’agit doit être compris, comme cela était dans les intentions de la Congrégation, seulement comme un rappel des principes généraux d’interprétation des lois pénales pour la solution des cas particuliers qui peuvent être soumis au jugement des ordinaires d’un lieu. L’intention de la S. Congrégation n’était pas de conférer aux Conférences épiscopales la faculté de prononcer publiquement un jugement de caractère général sur la nature des associations maçonniques, jugement qui impliquerait des dérogations aux normes susdites.
A Rome, au siège de la Congrégation pour la Propagation de la Foi, le 17 février 1981.

Franjo cad. Seper, Préfet
Fr. Jérôme Hamer O.P., Arch. Tit. Lorium, secrétaire.

Nouveau Code de Droit Canonique       23 janvier 1983       Promulgué par Jean-Paul II (Constitution apostolique Sacrae disciplinae legis), il remplace celui de 1917.
La révision, décidée par Jean XXIII (janvier 1959), commençée en 1963, est dirigée par le cardinal Périclès Felici ; 2 livres supplémentaires : le 2° (fidèles) et le 4° (sacrements). Le nombre des canons passe de 2414 à 1752, les 2 derniers livres (procès et peines) étant réduits.

Canon 1374 : « Qui s’inscrit à une association qui conspire contre l’Église sera puni d’une juste peine ; mais celui qui y joue un rôle actif ou qui la dirige sera puni d’interdit. »

Ce nouveau canon ne mentionnant plus expressément la franc-maçonnerie, certains catholiques interprètent que les catholiques qui adhèrent à la franc-maçonnerie ne sont plus automatiquement excommuniés comme autrefois.

Code de Droit Canon 1983 : texte intégral – ou – texte intégral – ou – texte intégral

Congrégation pour la Doctrine de la Foi        26 novembre 1983 Déclaration sur l’incompatibilité entre l’appartenance à l’Eglise et à la Franc-Maçonnerie

On a demandé si le jugement de l’Eglise sur les associations maçonniques était changé, étant donné que dans le nouveau Code de droit canonique il n’en est pas fait mention expresse, comme dans le Code antérieur.

Cette Congrégation est en mesure de répondre qu’une telle circonstance est due au critère adopté dans la rédaction, qui a été suivi aussi pour d’autres associations également passées sous silence parce qu’elles sont inclues dans des catégories plus larges.

Le jugement négatif de l’Eglise sur les associations maçonniques demeure donc inchangé, parce que leurs principes ont toujours été considérés comme inconciliables avec la doctrine de l’Eglise, et l’inscription à ces associations reste interdite par l’Eglise. Les fidèles qui appartiennent aux associations maçonniques sont en état de péché grave et ne peuvent accéder à la sainte communion.

Les autorités ecclésiastiques locales n’ont pas compétence pour se prononcer sur la nature des associations maçonniques par un jugement qui impliquerait une dérogation à ce qui a été affirmé ci dessus, dans la ligne de la déclaration de cette Congrégation du 17 février 1981 (cf. AAS 73, 1981, p. 240-241: DC 1981, n° 1805, p. 349. Voir aussi la déclaration de l’épiscopat allemand du 12 mai 1980, DC 1981, n° 1807, p. 444-448).

Le Souverain Pontife Jean-Paul II, dans l’audience accordée au cardinal préfet soussigné, a approuvé cette déclaration, qui avait été délibérée en réunion ordinaire de la Congrégation, et en a ordonné la publication.

A Rome, au siège de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le 26 novembre 1983.

Joseph, card. Ratzinger, Préfet

Déclaration : texte intégral

 

 

CONGRÉGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI

DÉCLARATION SUR L’INCOMPATIBILITÉ ENTRE L’APPARTENANCE À L’ÉGLISE ET LA FRANC-MAÇONNERIE

On a demandé si le jugement de l’Eglise sur les associations maçonniques était changé, étant donné que dans le nouveau Code de droit canonique il n’en est pas fait mention expresse, comme dans le Code antérieur.

Cette Congrégation est en mesure de répondre qu’une telle circonstance est due au critère adopté dans la rédaction, qui a été suivi aussi pour d’autres associations également passées sous silence parce qu’elles sont inclues dans des catégories plus larges.

Le jugement négatif de l’Eglise sur les associations maçonniques demeure donc inchangé, parce que leurs principes ont toujours été considérés comme inconciliables avec la doctrine de l’Eglise, et l’inscription à ces associations reste interdite par l’Eglise. Les fidèles qui appartiennent aux associations maçonniques sont en état de péché grave et ne peuvent accéder à la sainte communion.

Les autorités ecclésiastiques locales n’ont pas compétence pour se prononcer sur la nature des associations maçonniques par un jugement qui impliquerait une dérogation à ce qui a été affirmé ci dessus, dans la ligne de la déclaration de cette Congrégation du 17 février 1981 (cf. AAS 73, 1981, p. 240-241: DC 1981, n° 1805, p. 349. Voir aussi la déclaration de l’épiscopat allemand du 12 mai 1980, DC 1981, n° 1807, p. 444-448).

Le Souverain Pontife Jean-Paul II, dans l’audience accordée au cardinal préfet soussigné, a approuvé cette déclaration, qui avait été délibérée en réunion ordinaire de la Congrégation, et en a ordonné la publication.

A Rome, au siège de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, le 26 novembre 1983.

Joseph, card. RATZINGER

Préfet

+ Fr. Jérôme Hamer, O.P.