CONCILE VATICAN I (1869-1870), CONCILES, DOCUMENTS PONTIFICAUX, DOGME DE L'INFAILLIBILITE PONTIFICALE, EGLISE CATHOLIQUE, INFAILLABILITE PONTIFICALE, PAPAUTE, PIE IX (pape ; 1792-1878), PREMIER CONCILE OECUMENIQUE DU VATICAN

Concile Vatican I (1869-1870)

Premier concile œcuménique du Vatican

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Le premier concile œcuménique du Vatican, ou simplement appelé Vatican I, est le XXe concile œcuménique de l’Église catholique. Il se tient du  8 décembre 1869 au 20 octobre 1870. Convoqué par Pie IX, il définit notamment l’infaillibilité pontificale. Il est interrompu quand les troupes italiennes envahissent Rome. Suspendu sine die, il n’est jamais repris.

 

Contexte

Contexte historique

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Ce concile s’inscrit dans un contexte géo-politique très troublé, marqué sur le plan italien par le Risorgimento – l’unification italienne et la fin des ‘États pontificaux’ – et leur corollaire que l’on appellera la question romaine, et sur le plan international par la guerre franco-prussienne de 1870.

Le concile, dont l’œcuménicité n’est pas reconnue par les Églises orientales, s’ouvre alors que, depuis 1861, le pape a perdu son pouvoir temporel sur les États pontificaux, à l’exception de la ville de Rome, et que Rome est elle-même sous la protection des troupes françaises de Napoléon III.

Contexte ecclésiastique

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Pie IX évoque en privé, pour la première fois, la tenue d’un nouveau concile œcuménique le 6 décembre 1864, lors d’une session de la Sacrée congrégation des rites. Le précédent concile, celui de Trente, s’était clos trois siècles auparavant. Au cours de l’année 1865, le pape mène des consultations auprès de l’épiscopat de rite latin sur des questions de discipline.

Le 28 juin 1867, à l’occasion de la fête des saints Pierre et Paul, il annonce son intention de convoquer un concile. Il remet aux évêques présents un questionnaire sur l’état de l’Église.

Le 28 juin 1868, la bulle d’indiction Æterni Patris convoque les évêques catholiques pour un concile devant se tenir à Rome dès le 8 décembre 1869. La bulle trace le programme de la future assemblée : défense de la foi contre les erreurs du temps, précédemment condamnées par le Syllabus ; mise à jour des canons du concile de Trente. Une invitation est envoyée à l’ensemble de l’épiscopat catholique et même à des dignitaires orthodoxes.

 

Le premier concile œcuménique du Vatican, convoqué par Pie IX.

Le concile est ouvert le 8 décembre 1869. Sur les mille évêques invités, les trois quarts sont présents. Tout de suite une majorité infaillibiliste et une minorité s’opposent, comportant toutes deux d’importants prélats. La majorité comprend notamment le cardinal Bilio, et divers évêques dont Mgr Dechamp (Malines), Mgr Manning (Westminter), Mgr Pie (Poitiers) et la plupart des évêques italiens, très nombreux (35 % des participants).

La minorité comprend notamment les cardinaux Rauscher (Vienne), Mathieu (Besançon), Schwarzenberg (Prague) et divers évêques dont Mgr Simor (primat de Hongrie), Mgr Ketteler (Mayence), Mgr. Dupaloup (Orléans), Mgr Darboy (Paris),   Mgr Place (Marseille) et beaucoup d’autres évêques allemands et françaisLes Églises orientales catholiques sont réticentes. L’ensemble des évêques melkites, conduit par leur patriarche Grégoire II Joseph, et plusieurs évêques orientaux chaldéens (dont Joseph VI Audo) font également partie de la minorité.

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Suspension des travaux

Après plusieurs sessions, des travaux difficiles et des débats complexes, seules deux constitutions dogmatiques ont finalement pu être votées et ratifiées quand, le 20 septembre 1870, les troupes italiennes pénètrent dans Rome.

Le 9 octobre, ce qui reste des États pontificaux est intégré au nouveau Royaume d’Italie par plébiscite (référendum). Le concile est matériellement empêché de poursuivre ses travaux. Aussi, le 20 octobre, Pie IX le suspend-t-il sine die.

Les deux constitutions dogmatiques

La première constitution dogmatique du Concile Vatican I, Dei Filius, sur les rapports entre foi et raison (dont le texte fut préparé par le théologien Jean-Baptiste Franzelin), est votée à l’unanimité par les Pères conciliaires et ratifiée aussitôt par le pape le 24 avril 1870.

La deuxième constitution dogmatique, Pastor Æternus, qui devait être un traité complet sur l’Église du Christ, reste inachevée. Seule la dernière partie sur le rôle de la papauté dans l’Eglise et son dernier chapitre sur l’infaillibilité pontificale sont votés et promulgués, en juillet 1870, par le pape Pie IX. L’absence d’un texte complet a donné une place et importance disproportionnée à la question de l’infaillibilité pontificale.

L’infaillibilité pontificale

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Une partie de la presse romaine et parisienne, inspirée par l’ultramontanisme, avait développé l’idée que le but principal du concile serait de définir le dogme de l’infaillibilité pontificale.

Le même Pie IX, avait publié en 1864 le Syllabus, texte dans lequel il condamnait, parmi d’autres ‘idées modernes’, la « liberté de conscience ». Pie IX revendiquait aussi dans le Syllabus la suprématie du fait religieux sur l’ordre temporel.

Dix ans auparavant, le 8 décembre 1854, Pie IX avait défini ex cathedra le dogme de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, après avoir consulté l’ensemble de l’épiscopat catholique mais sans en référer à un concile comme il est de coutume lorsqu’il s’agit de questions touchant la foi catholique.

En janvier 1870, une pétition lancée par quelques évêques demande qu’on mette à l’ordre du jour du concile la question de l’infaillibilité pontificale : elle recueille la signature de plus de 400 des quelque 700 évêques présents. Peu après, 136 évêques signent une pétition en sens contraire. Les évêques et les cardinaux de la minorité étaient soutenus par plusieurs personnalités connues en Europe, comme l’évêque d’Orléans, Mgr Dupanloup, l’historien allemand Ignaz von Döllinger, l’évêque de Mayence, Wilhelm Emmanuel von Ketteler. Entre les deux partis les débats furent tumultueux. On évoqua en particulier quelques cas supposés d’erreurs doctrinales commises par des papes : Honorius Ier, condamné par le troisième concile de Constantinople (680-681), Libère, Vigile, Jean XXII. Les débats historiques font alors appel à d’autres travaux érudits, tels ceux de du théologien Alphonse de Liguori, ou ceux, plus contemporains de Rohrbacher (1789-1856) dans sa monumentale histoire de l’Église, ou encore ceux de Dom Guéranger (1805-1875), le restaurateur de l’Abbaye bénédictine de Solesmes, pour contrer les accusations portées contre certains papes évoqués ci-dessus.

Après de longs débats, le 13 juillet 1870, c’est encore un quart de l’assemblée qui exprime son désaccord. Les tractations reprennent, des précisions sont apportées, mais sans rallier pourtant l’ensemble de la minorité : 55 évêques de la minorité décident alors de s’abstenir et de quitter Rome plutôt que de voter non. Le 18 juillet 1870, le concile, par les voix de 533 des 535 Pères présents, affirme la primauté universelle du pape comme de droit divin et définit que l’infaillibilité pontificale est une vérité de foi divinement révélée.

Cette infaillibilité pontificale est strictement et précisément délimitée : elle concerne le cas où le pape, en vertu de sa charge et en matière de foi ou de morale, prononce solennellement et ex cathedra qu’« une doctrine doit être tenue par toute l’Église »5. Les deux Pères qui avaient voté non et ceux qui s’étaient abstenus se rallient alors, après la ratification par le pape du vote du concile.

Réception du concile

Le monde catholique accepta dans son ensemble les décisions conciliaires, à l’exception de quelques-uns dont l’historien et théologien Ignaz von Döllinger, éminente personnalité du monde intellectuel catholique. Il n’empêche qu’un groupe d’irréductibles se sépara de l’Église catholique romaine à cette occasion. C’est la naissance de l’Église des ‘Vieux catholiques’.

 

Bibliographie

Cl. Bressolette, « Vatican I », in Dictionnaire critique de théologie, Jean-Yves Lacoste (dir), 1998, PUF, pp. 1200-1202 ;

  1. Congar, L’Église. De saint Augustin à l’époque moderne.Paris, Cerf, 1997, notamment pp. 440-450 ;

David Douyère, Communiquer la doctrine catholique : Textes et conversations durant le concile Vatican II d’après le journal d’Yves Congar, Genève, Labor et Fides, 2018, 258 p.  ;

Ch. Theobald, « La constitution dogmatique Dei Filius du concile de Vatican I » in Histoire des dogmes, T. 4, B. Sesboüé (dir), Cerf, 1996, pp. 259-313 ;

Ch. Theobald, « Première constitution dogmatique sur l’Église du Christ : Pastor Aeternus du concile de Vatican I » in Histoire des dogmes, T. 4, B. Sesboüé (dir), Cerf, 1996, pp. 315-344 ;

  1. Schatz, La primauté du pape. Son histoire, des origines à nos jours, Cerf, 1992, notamment les pp. 225-242 ;
  2. Thils, Primauté et infaillibilité du Pontife romain à Vatican I et autres études d’ecclésiologie, Presses de l’Université de Louvain, Louvain, 1989 ;
  3. Gadille, « Vatican I, concile incomplet ? », Le Deuxième concile du Vatican, Actes du colloque de l’École française de Rome, Rome, 1989, 33–45 ;
  4. Thils, La Primauté pontificale. La doctrine de Vatican I, les voies d’une révision, Duculot, Gembloux, 1972 ;
  5. Conzemius, « Pourquoi l’autorité pontificale a-t-elle été définie précisément en 1870 ? », Concilium, n° 64, 1971 ;
  6. Gadille, Albert du Boys. Ses « Souvenirs du Concile du Vatican », Nauwelaerts, Louvain, 1969 ;
  7. Thils, L’Infaillibilité pontificale, Gembloux, 1969 ;
  8. Aubert, « La Composition des commissions préparatoires du IerConcile du Vatican », in Reformata reformanda, t. II, Münster, 1965 ;
  9. Aubert, Vatican I, L’Orante, Paris, 1964 (avec bibliographie) ;
  10. Rondet, Vatican I, le concile de Pie IX. La préparation, les méthodes de travail, les schémas restés en suspens, Lethielleux, Paris, 1961 ;
  11. Aubert, Le problème de l’acte de foi, Louvain, 1952 ;
  12. Cecconi, Histoire du concile du Vatican, Librairie Victor Lecoffre, 1888.

Bernard Lecomte : Les derniers secrets du Vatican (Perrin, 2012) – Chapitre 2 : « Infaillible, le pape ? » (p. 28-49)

DOCUMENTS PONTIFICAUX, DOGME DE L'IMMACULEE CONCEPTION, EGLISE CATHOLIQUE, IMMACULEE CONCEPTION, INEFFABILIS DEUS, PIE IX (pape ; 1792-1878), VIERGE MARIE

Dogme de l’Immaculée Conception (8 décembre 1854)

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CONSTITUTION APOSTOLIQUE

« Ineffabilis Deus »

du Bienheureux Pape Pie IX pour la définition et la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception

le 8 décembre 1854

 

  1. Exposé du sentiment de l’Eglise : Marie fut toujours sans aucune tache.

Dieu ineffable, dont les voies sont miséricorde et vérité, dont la volonté est toute‑puissante, dont la sagesse atteint d’une extrémité jusqu’à l’autre avec une force souveraine et dispose tout avec une merveilleuse douceur, avait prévu de toute éternité la déplorable ruine en laquelle la transgression d’Adam devait entraîner tout le genre humain ; et dans les profonds secrets d’un dessein caché à tous les siècles, il avait résolu d’accomplir, dans un mystère encore plus profond, par l’incarnation du Verbe, le premier ouvrage de sa bonté, afin que l’homme, qui avait été poussé au péché par la malice et la ruse du démon, ne pérît pas, contrairement au dessein miséricordieux de son Créateur, et que la chute de notre nature, dans le premier Adam, fût réparée avec avantage dans le second. Il destina donc, dès le commencement et avant tous les siècles, à son Fils unique, la Mère de laquelle, s’étant incarné, il naîtrait, dans la bienheureuse plénitude des temps ; il la choisit, il lui marqua sa place dans l’ordre de ses desseins ; il l’aima par‑dessus toutes les créatures, d’un tel amour de prédilection, qu’il mit en elle, d’une manière singulière, toutes ses plus grandes complaisances. C’est pourquoi, puisant dans les trésors de sa divinité, il la combla, bien plus que tous les esprits angéliques, bien plus que tous les saints, de l’abondance de toutes les grâces célestes[1], et l’enrichit avec une profusion merveilleuse, afin qu’elle fût toujours sans aucune tache, entièrement exempte de l’esclavage du péché, toute belle, toute parfaite et dans une telle plénitude d’innocence et de sainteté qu’on ne peut, au‑dessous de Dieu, en concevoir une plus grande, et que nulle autre pensée que celle de Dieu même ne peut en mesurer la grandeur.

 

  1. Raison suprême de ce privilège : la maternité divine.

Et certes, il convenait bien qu’il en fût ainsi, il convenait qu’elle resplendît toujours de l’éclat de la sainteté la plus parfaite, qu’elle fût entièrement préservée, même de la tache du péché originel, et qu’elle remportât ainsi le plus complet triomphe sur l’ancien serpent, cette Mère si vénérable, elle à qui Dieu le Père avait résolu de donner son Fils unique, Celui qu’il engendre de son propre sein, qui lui est égal en toutes choses et qu’il aime comme lui‑même, et de le lui donner de telle manière qu’il fût naturellement un même unique et commun Fils de Dieu et de la Vierge ; elle que le Fils de Dieu lui‑même avait choisie pour en faire substantiellement sa Mère ; elle enfin, dans le sein de laquelle le Saint‑Esprit avait voulu que, par son opération divine, fût conçu et naquît Celui dont il procède lui-même.

  1. Son degré de certitude : c’est une vérité révélée.

Cette innocence originelle de l’auguste Vierge, si parfaitement en rapport avec son admirable sainteté et avec sa dignité suréminente de Mère de Dieu, l’Eglise catholique qui, toujours enseignée par l’Esprit‑Saint, est la colonne et le fondement de la vérité, l’a toujours possédée comme une doctrine reçue de Dieu même et renfermée dans le dépôt de la révélation céleste. Aussi, par l’exposition de toutes les preuves qui la démontrent, comme par les faits les plus illustres, elle n’a jamais cessé de la développer, de la proposer, de la favoriser chaque jour davantage. C’est cette doctrine, déjà si florissante dès les temps les plus anciens, et si profondément enracinée dans l’esprit des fidèles, et propagée d’une manière si merveilleuse dans tout le monde catholique par les soins et le zèle des saints évêques, sur laquelle l’Eglise elle‑même a manifesté son sentiment d’une manière si significative, lorsqu’elle n’a point hésité à proposer au culte et à la vénération publique des fidèles la Conception de la Vierge[2]. Par ce fait éclatant, elle montrait bien que la Conception de la Vierge devait être honorée comme une Conception admirable, singulièrement privilégiée, différente de celle des autres hommes, tout à fait à part et tout à fait sainte puisque l’Eglise ne célèbre de fêtes qu’en l’honneur de ce qui est saint. C’est pour la même raison, qu’empruntant les termes mêmes dans lesquels les divines Ecritures parlent de la Sagesse incréée et représentent son origine éternelle, elle a continué de les employer dans les offices ecclésiastiques et dans la liturgie sacrée, et de les appliquer aux commencements mêmes de la Vierge ; commencements mystérieux, que Dieu avait prévus et arrêtés dans un seul et même décret, avec l’Incarnation de la Sagesse divine.

Démonstration de la révélation de 1’Immaculée Conception

Ie partie : l’enseignement ordinaire de l’Eglise.

 

Mais encore que toutes ces choses connues, pratiquées en tous lieux par les fidèles, témoignent assez quel zèle l’Eglise romaine, qui est la Mère et la Maîtresse de toutes les Eglises, a montré pour cette doctrine de l’Immaculée Conception de la Vierge ; toutefois, il est digne et très convenable de rappeler en détail les grands actes de cette Eglise, à cause de la prééminence et de l’autorité souveraine dont elle jouit justement, et parce qu’elle est le centre de la vérité et de l’unité catholique, et celle en qui seule a été garanti inviolable le dépôt de la religion, et celle dont il faut que toutes les autres Eglises reçoivent la tradition de la foi.

Or, cette sainte Eglise romaine n’a rien eu de plus à cœur que de professer, de soutenir, de propager et de défendre, par tous les moyens les plus persuasifs, le culte et la doctrine de l’Immaculée Conception : c’est ce que prouvent et attestent de la manière la plus évidente et la plus claire tant d’actes importants des Pontifes romains, Nos prédécesseurs, auxquels, dans la personne du Prince des apôtres, Notre‑Seigneur Jésus‑Christ lui‑même a divinement confié la charge et la puissance suprême de paître les agneaux et les brebis, de confirmer leurs frères, de régir et de gouverner l’Eglise universelle.

 

  1. Son enseignement sur le culte.

 

Nos prédécesseurs, en effet, se sont fait une gloire d’instituer de leur autorité apostolique la fête de la Conception dans l’Eglise romaine, et d’en relever l’importance et la dignité par un office propre et par une messe propre où la prérogative de la Vierge et son exemption de la tache héréditaire étaient affirmées avec une clarté manifeste. Quant au culte déjà institué, ils faisaient tous leurs efforts pour le répandre et le propager, soit en accordant des indulgences, soit en concédant aux villes, aux provinces, aux royaumes, la faculté de se choisir pour protectrice la Mère de Dieu, sous le titre de l’Immaculée Conception ; soit en approuvant les Confréries, les Congrégations et les Instituts religieux établis en l’honneur de l’Immaculée Conception ; soit en décernant des louanges à la piété de ceux qui auraient élevé, sous le titre de l’Immaculée Conception, des monastères, des hospices, des autels, des temples, ou qui s’engageraient par le lien sacré du serment à soutenir avec énergie la doctrine de la Conception Immaculée de la Mère de Dieu. En outre, ils ont, avec la plus grande joie, ordonné que la fête de la Conception serait célébrée dans toute l’Eglise avec la même solennité que la fête de la Nativité ; de plus, que cette même fête de la Conception serait faite par l’Eglise universelle, avec une octave, et religieusement observée par tous les fidèles comme une fête de précepte, et que chaque année une chapelle pontificale serait tenue, dans notre basilique patriarcale libérienne, le jour consacré à la Conception de la Vierge.

Enfin, désirant fortifier chaque jour davantage cette doctrine de l’Immaculée Conception de la Mère de Dieu dans l’esprit des fidèles, et exciter leur piété et leur zèle pour le culte et la vénération de la Vierge conçue sans la tache originelle, ils ont accordé, avec empressement et avec joie, la faculté de proclamer la Conception Immaculée de la Vierge dans les litanies dites de Lorette, et dans la Préface même de la messe, afin que la règle de la prière servit ainsi à établir la règle de la croyance. Nous‑même, suivant les traces de Nos glorieux prédécesseurs, non seulement Nous avons approuvé et reçu ce qu’ils avaient établi avec tant de piété et de sagesse, mais, Nous rappelant l’institution de Sixte IV[3], Nous avons confirmé par Notre autorité l’office propre de l’Immaculée Conception, et Nous en avons, avec une grande joie, accordé l’usage à toute l’Eglise[4].

 

  1. Son enseignement sur la doctrine.

 

  1. a) L’enseignement lui-même.

Mais comme les choses du culte sont étroitement liées avec son objet, et que l’un ne peut avoir de consistance et de durée si l’autre est vague et mal défini, pour cette raison, les Pontifes romains Nos Prédécesseurs, en même temps qu’ils faisaient tous leurs efforts pour accroître le culte de la Conception, se sont attachés, avec le plus grand soin, à en faire connaître l’objet et à en bien inculquer et préciser la doctrine. Ils ont, en effet, enseigné clairement et manifestement que c’était la Conception de la Vierge dont on célébrait la fête, et ils ont proscrit comme fausse et tout à fait éloignée de la pensée de l’Eglise, l’opinion de ceux qui croyaient et qui affirmaient que ce n’était pas la Conception, mais la Sanctification de la Sainte Vierge que l’Eglise honorait[5]. Ils n’ont pas cru devoir garder plus de ménagements avec ceux qui, pour ébranler la doctrine de l’Immaculée Conception de la Vierge, imaginaient une distinction entre le premier et le second instant de la Conception, prétendaient qu’à la vérité c’était bien la Conception qu’on célébrait, mais pas le premier moment de la Conception[6]. Nos Prédécesseurs, en effet, ont cru qu’il était de leur devoir de soutenir et défendre de toutes leurs forces, tant la fête de la Conception de la Vierge bienheureuse, que le premier instant de sa Conception comme étant le véritable objet de ce culte. De là ces paroles d’une autorité tout à fait décisive, par lesquelles Alexandre VII[7], l’un de Nos Prédécesseurs, a déclaré la véritable pensée de l’Eglise : « C’est assurément, dit‑il, une ancienne croyance que celle des pieux fidèles qui pensent que l’âme de la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, dans le premier instant où elle a été créée et unie à son corps, a été, par un privilège et une grâce spéciale de Dieu, préservée et mise à l’abri de la tache du péché originel, et qui, dans ce sentiment, honorent et célèbrent solennellement la fête de sa Conception. »

 

  1. b) Sa défense contre les adversaires.

Mais surtout Nos Prédécesseurs ont toujours, et par un dessein suivi, travaillé avec zèle et de toutes leurs forces à soutenir, à défendre et à maintenir la doctrine de l’Immaculée Conception de la Mère de Dieu. En effet, non seulement ils n’ont jamais souffert que cette doctrine fût l’objet d’un blâme ou d’une censure quelconque ; mais ils sont allés beaucoup plus loin. Par des déclarations positives et réitérées, ils ont enseigné que la doctrine par laquelle nous professons la Conception Immaculée de la Vierge était tout à fait d’accord avec le culte de l’Eglise, et qu’on la considérait à bon droit comme telle ; que c’était l’ancienne doctrine, presque universelle et si considérable, que l’Eglise romaine s’était chargée elle‑même de la favoriser et de la défendre ; enfin, qu’elle était tout à fait digne d’avoir place dans la liturgie sacrée et dans les prières les plus solennelles. Non contents de cela, afin que la doctrine de la Conception Immaculée de la Vierge demeurât à l’abri de toute atteinte, ils ont sévèrement interdit de soutenir publiquement ou en particulier l’opinion contraire à cette doctrine, et ils ont voulu que, frappée pour ainsi dire de tant de coups, elle succombât pour ne plus se relever. Enfin, pour que ces déclarations répétées et positives ne fussent pas vaines, ils y ont ajouté une sanction.

 

  1. c) Quelques témoignages : Alexandre VII

C’est ce qu’on peut voir dans ces paroles de Notre prédécesseur Alexandre VII:

« Nous, dit ce Pontife, considérant que la Sainte Eglise romaine célèbre solennellement la fête de la Conception de Marie sans tache et toujours Vierge, et qu’elle a depuis longtemps établi un office propre et spécial pour cette fête, selon la pieuse, dévote et louable disposition de Sixte IV[8], Notre Prédécesseur, voulant à Notre tour, à l’exemple des Pontifes romains, Nos Prédécesseurs, favoriser cette pieuse et louable dévotion, ainsi que la fête et le culte qui en est l’expression, lequel culte n’a jamais changé dans l’Eglise romaine depuis qu’il a été institué ; et voulant aussi protéger cette pieuse dévotion, qui consiste à honorer par un culte public la Bienheureuse Vierge, comme ayant été, par la grâce prévenante du Saint‑Esprit, préservée du péché originel ; désirant enfin conserver dans le troupeau de Jésus‑Christ l’unité d’esprit dans le lien de la paix, apaiser les dissensions et ôter toute cause de scandale : sur les instances et les prières des susdits évêques et des chapitres de leurs églises, du roi Philippe[9] et de ses royaumes, Nous renouvelons les Constitutions et Décrets que les Pontifes romains, Nos Prédécesseurs, et spécialement Sixte IV[10], Paul V[11] et Grégoire XV[12], ont publiés en faveur du sentiment qui affirme que l’âme de la Bienheureuse Vierge Marie, dans sa création et au moment de son union avec le corps, a été dotée de la grâce du Saint­-Esprit et préservée du péché originel, et aussi en faveur de la Conception de la même Vierge Mère de Dieu, lesquels sont établis et pratiqués, comme il est dit plus haut, en conformité de ce pieux sentiment ; et Nous commandons que l’on garde les dites Constitutions sous les mêmes censures et peines qui y sont portées. »

De plus, tous et chacun de ceux qui continueront à interpréter les dites Constitutions ou Décrets de manière à rendre illusoire la faveur qu’ils accordent au susdit sentiment, ainsi qu’à la fête et au culte établis en conséquence, ou qui oseront renouveler les disputes sur ce sentiment, cette fête et ce culte, de quelque manière que ce soit, directement ou indirectement, et aussi sous quelque prétexte que ce puisse être, même sous celui d’examiner s’il peut y avoir lieu à une définition sur ce sujet, ou sous le prétexte de faire des gloses ou des interprétations sur la Sainte Ecriture, les saints Pères ou les Docteurs ; ou qui oseront enfin, sous quelque autre prétexte et à quelque occasion que ce soit, de vive voix ou par écrit, parler, prêcher, disserter, disputer, soit en affirmant et décidant quelque chose à l’encontre, soit en élevant des objections et les laissant sans réponse, soit en employant enfin quelque autre forme ou moyen de discussion que Nous ne pouvons pas ici prévoir ; outre les peines et les censures contenues dans les Constitutions de Sixte IV et auxquelles Nous voulons les soumettre et les soumettons en effet par ces présentes ; Nous voulons de plus que par le fait même, et sans autre déclaration, ils soient privés de la faculté de prêcher, faire des leçons publiques, enseigner et interpréter et de toutes voies active et passive dans quelque élection que ce soit, et en outre que toujours par le seul fait, et sans autre déclaration préalable, ils soient frappés d’une perpétuelle inhabilité à prêcher, faire des leçons publiques, enseigner et interpréter, desquelles peines Nous Nous réservons à Nous seul, et aux Pontifes romains Nos Successeurs, le droit d’absoudre et de dispenser, sans préjudice des autres peines qui pourraient Nous paraître, à Nous et aux Pontifes romains, Nos Successeurs, devoir leur être infligées, et auxquelles ils seront soumis, comme Nous les y soumettons par la présente Constitution, renouvelant les Constitutions et Décrets de Paul V et de Grégoire XV, rappelés plus haut. »

Quant aux livres dans lesquels le susdit sentiment ou la légitimité de la fête et du culte établis en conséquence sont révoqués en doute, et dans lesquels est écrit ou se lit quelque chose à l’encontre, comme il a été dit plus haut, ou qui contiennent des dires, discours, traités et disputes contre les sentiments, fêtes et cultes susdits, soit que ces livres aient été publiés après le décret précité de Paul V ou qu’ils voient le jour à l’avenir de quelque manière que ce soit, Nous les défendons sous les peines et les censures contenues dans l’Index des livres prohibés, voulant et ordonnant que, par le seul fait et sans autre déclaration, ils soient tenus pour expressément défendus. »

 

Ordres religieux, Universités, évêques…

 

Au reste, tout le monde sait avec quel zèle cette doctrine de l’Immaculée Conception de la Vierge, Mère de Dieu, a été enseignée, soutenue, défendue par les Ordres religieux les plus recommandables, par les Facultés de théologie les plus célèbres[13]  et par les docteurs les plus versés dans la science des choses divines. Tout le monde sait également combien les évêques ont montré de sollicitude pour soutenir hautement et publiquement, même dans les assemblées ecclésiastiques, que la Très Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, en prévision des mérites de Jésus-Christ, Notre‑Seigneur et Rédempteur, n’avait jamais été soumise au péché originel ; mais qu’elle avait été entièrement préservée de la tache d’origine, et par conséquent rachetée d’une manière plus sublime.

 

Concile de Trente.

 

A tout cela, il faut ajouter une chose qui est assurément d’un grand poids et de la plus haute autorité, c’est que le Concile de Trente lui-même, en publiant son décret dogmatique sur le péché originel, dans lequel, d’après les témoignages des Saintes Ecritures, des saints Pères et des Conciles les plus autorisés, il est établi et défini que tous les hommes naissent atteints du péché originel, le saint Concile déclare pourtant d’une manière solennelle que, malgré l’étendue d’une définition si générale, il n’avait pas l’intention de comprendre dans ce décret la Bienheureuse et Immaculée Vierge Marie, Mère de Dieu. Par cette déclaration, les Pères du Concile de Trente ont fait suffisamment entendre, eu égard aux circonstances et aux temps, que la Bienheureuse Vierge avait été exempte de la tache originelle, et ils ont très clairement démontré qu’on ne pouvait alléguer avec raison, ni dans les divines Ecritures, ni dans la Tradition, ni dans l’autorité des Pères, rien qui fût, de quelque manière que ce soit, en contradiction avec cette grande prérogative de la Vierge[14].

 

2e partie ‑ la tradition des Anciens et des Pères.

(Remarque préliminaire : l’Eglise et la Tradition.)

 

C’est qu’en effet cette doctrine de l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge a toujours existé dans l’Eglise ; l’Eglise, par la très grave autorité de son sentiment, par son enseignement, par son zèle, sa science et son admirable sagesse, l’a de plus en plus mise en lumière, déclarée, confirmée et propagée d’une manière merveilleuse chez tous les peuples et chez toutes les nations du monde catholique ; mais, de tout temps, elle l’a possédée comme une doctrine reçue des Anciens et des Pères, et revêtue des caractères d’une doctrine révélée. Les plus illustres monuments de l’Eglise d’Orient et de l’Eglise d’Occident, les plus vénérables par leur antiquité, en sont le témoignage irrécusable. Toujours attentive à garder et à défendre les dogmes dont elle a reçu le dépôt, l’Eglise de Jésus‑Christ n’y change jamais rien, n’en retranche jamais rien, n’y ajoute jamais rien; mais portant un regard fidèle, discret et sage sur les enseignements anciens, elle recueille tout ce que l’antiquité y a mis, tout ce que la foi des Pères y a semé. Elle s’applique à le polir, à en perfectionner la formule de manière que ces anciens dogmes de la céleste doctrine reçoivent l’évidence, la lumière, la distinction, tout en gardant leur plénitude, leur intégrité, leur caractère propre, en un mot, de façon qu’ils se développent sans changer de nature, et qu’ils demeurent toujours dans la même vérité, dans le même sens, dans la même pensée[15].

 

  1. L’interprétation du protévangile.

 

Or, les Pères et les écrivains ecclésiastiques, nourris des paroles célestes, n’ont rien eu plus à cœur, dans les livres qu’ils ont écrits pour expliquer l’Ecriture, pour défendre les dogmes et instruire les fidèles, que de louer et d’exalter à l’envi, de mille manières et dans les termes les plus magnifiques, la parfaite sainteté de Marie, son excellente dignité, sa préservation de toute tache du péché et sa glorieuse victoire sur le cruel ennemi du genre humain. C’est ce qu’ils ont fait en expliquant les paroles par lesquelles Dieu, annonçant dès les premiers jours du monde les remèdes préparés par sa miséricorde pour la régéné­ration et le salut des hommes, confondit l’audace du serpent trompeur, et releva d’une façon si consolante l’espérance de notre race. Ils ont enseigné que par ce divin oracle : « Je mettrai l’inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et la sienne.» (Gen. III, 15.) Dieu avait clairement et ouvertement montré à l’avance le miséricordieux Rédempteur du genre humain, son Fils unique, Jésus­-Christ, désigné sa bienheureuse Mère, la Vierge Marie, et nettement exprimé l’inimitié de l’un et de l’autre contre le démon. En sorte que, comme le Christ, médiateur entre Dieu et les hommes, détruisit, en prenant la nature humaine, l’arrêt de condamnation qui était contre nous et l’attacha triomphalement à la croix ; ainsi la Très Sainte Vierge, unie étroitement, unie inséparablernent avec lui, fut, par lui et avec lui, l’éternelle ennemie du serpent venimeux, le vainquit, le terrassa sous son pied virginal et sans tache, et lui brisa la tête[16].

 

  1. L’application des figures bibliques.

 

Cette éclatante et incomparable victoire de la Vierge, cette innocence, cette pureté, cette sainteté par excellence, cette exemption de tout péché, cette grandeur et cette ineffable abondance de toutes les grâces, de toutes les vertus, de tous les privilèges dont elle fut comblée, les mêmes Pères les ont vus, soit dans cette arche de Noé qui seule, divinement édifiée, a complètement échappé au commun naufrage du monde entier (Gn VI-IX) ; soit dans l’échelle que contempla Jacob, dans cette échelle qui s’éleva de la terre jusqu’au ciel, dont les anges de Dieu montaient et descendaient les degrés, et sur le sommet de laquelle s’appuyait Dieu lui‑même (Gn XXVIII, 12) ; soit dans ce buisson ardent que Moïse vit brûler dans un lieu saint, et qui, loin d’être consumé par les flammes pétillantes, loin d’en éprouver même la moindre altération, n’en était que plus vert et plus florissant (Exode III, 2) ; soit dans cette tour inexpugnable à l’ennemi et de laquelle pendent mille boucliers et toute l’armure des forts (Cant. IV, 4) ; soit dans ce jardin fermé qui ne saurait être profané et qui ne craint ni les souillures, ni les embûches (Cant. IV, 12) ; soit dans cette cité de Dieu tout étincelante de clartés et dont les fondements sont assis sur les montagnes saintes (Ps 86,1); soit dans cet auguste temple de Dieu tout rayonnant des splendeurs divines et tout plein de la gloire du Seigneur (Is.VI, 1-4); soit enfin dans une foule d’autres figures de ce genre qui, suivant les Pères, ont été les emblèmes éclatants de la haute dignité de la Mère de Dieu, de sa perpétuelle innocence, et de cette sainteté qui n’a jamais souffert la plus légère atteinte.

 

  1. L’application des paroles symboliques.

 

Pour décrire ce même assemblage de tous les dons célestes et cette originelle intégrité de la Vierge, de laquelle est né Jésus, les mêmes Pères, empruntant les paroles des prophètes, ont célébré cette auguste Vierge, comme la colombe pure, comme la sainte Jérusalem, comme le trône élevé de Dieu, l’arche de la sanctification et la demeure que s’est bâtie l’éternelle Sagesse ; comme la Reine qui, comblée des plus riches trésors et appuyée sur son bien-aimé, est sortie de la bouche du Très‑Haut, parfaite, éclatante de beauté, entièrement agréable à Dieu, sans aucune tache, sans aucune flétrissure.

 

  1. L’interprétation de la salutation De l’archange Gabriel et d’Elisabeth.

 

Ce n’est pas tout, les mêmes Pères, les mêmes écrivains ecclésiastiques ont médité profondément les paroles que l’ange Gabriel adressa à la Vierge Bienheureuse lorsque, lui annonçant qu’elle aurait l’honneur insigne d’être la Mère de Dieu, il la nomma « Pleine de grâces » (Lc I, 28), et considérant ces paroles prononcées au nom de Dieu même et par son ordre, ils ont enseigné que par cette solennelle salutation, salutation singulière et inouïe jusque‑là, la Mère de Dieu nous était montrée comme le siège de toutes les grâces divines, comme ornée de toutes les faveurs de l’Esprit divin, bien plus, comme un trésor presque infini de ces mêmes faveurs, comme un abîme de grâce et un abîme sans fond, de telle sorte qu’elle n’avait jamais été soumise à la malédiction, mais avait partagé avec son Fils la perpétuelle bénédiction qu’elle avait méritée d’entendre de la bouche d’Elisabeth, inspirée par l’Esprit-Saint‑ : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni. » (Lc I, 42) [17]

 

  1. L’antithèse de la première et de la seconde l’Ève.

 

De là ces pensées, exprimées aussi unanimement qu’éloquemment par les mêmes Pères, que la très glorieuse Vierge, Celle en qui le Tout‑Puissant a fait de grandes choses, a été comblée d’une telle effusion de tous les dons célestes, d’une telle plénitude de grâces, d’un tel éclat de sainteté, qu’elle a été comme le miracle ineffable de Dieu, ou plutôt le chef‑d’œuvre de tous les miracles ; qu’elle a été la digne Mère de Dieu, qu’elle s’est approchée de Dieu même autant qu’il est permis à la nature créée, et qu’ainsi elle est au‑dessus de toutes les louanges, aussi bien de celles des anges, que de celles des hommes. C’est aussi pour cela, qu’afin d’établir l’innocence et la justice originelle de la Mère de Dieu, non seulement ils l’ont très souvent comparée avec Eve encore vierge, encore innocente, encore exempte de corruption, avant qu’elle eût été trompée par le piège mortel de l’astucieux serpent, mais, avec une admirable variété de pensées et de paroles, ils la lui ont même unanimement préférée. Eve, en effet, pour avoir misérablement obéi au serpent, perdit l’innocence originelle et devint son esclave ; mais la Vierge Bienheureuse, croissant toujours dans la grâce originelle, ne prêta jamais l’oreille au serpent, et ébranla profondément sa puissance et sa force par la vertu qu’elle avait reçue de Dieu.

 

  1. Les images ou les métaphores.

 

Aussi n’ont‑ils jamais cessé d’appeler la Mère de Dieu, ou bien un lys parmi les épines, ou bien une terre absolument intacte, une terre vierge, dont aucune tache n’a même effleuré la surface, une terre toujours bénie, libre de toute contagion du péché, et dont a été formé le nouvel Adam ; ou bien un irréprochable, un éclatant, un délicieux paradis d’innocence et d’immortalité, planté par Dieu lui‑même, et inaccessible à tous les pièges du serpent venimeux ; ou bien un bois incorruptible que le péché, ce ver rongeur, n’a jamais atteint ; ou bien une fontaine toujours limpide et scellée par la vertu du Saint‑Esprit; ou bien un temple divin, un trésor d’immortalité ; ou bien la seule et unique fille non de la mort, mais de la vie, une production non de colère, mais de grâce, une plante toujours verte qui, par une providence spéciale de Dieu, et contre les lois communes, est sortie florissante d’une racine flétrie et corrompue.

 

  1. Les affirmations propres et expresses.

 

Tout cela est plus clair que le jour ; cependant, comme si ce n’était point assez, les Pères ont, en propres termes et d’une manière expresse, déclaré que, lorsqu’il s’agit de péché, il ne doit pas en aucune façon être question de la Sainte Vierge Marie parce qu’elle a reçu plus de grâce, afin qu’en elle le péché fût absolument vaincu et de toutes parts[18]. Ils ont encore professé que la Très glorieuse Vierge avait été la réparatrice de ses ancêtres et qu’elle avait vivifié sa postérité ; que le Très-Haut l’avait choisie et se l’était réservée dès le commencement des siècles ; que Dieu l’avait prédite et annoncée quand il dit au serpent : « Il mettrai l’inimitié entre toi et la femme » (Gn III, 15), et que, sans aucun doute, elle a écrasé la tête venimeuse de ce même serpent ; et pour cette raison, ils ont affirmé que la même Vierge Bienheureuse avait été, par la grâce, exempte de toute tache du péché, libre de toute contagion et du corps, et de l’âme, et de l’intelligence ; qu’elle avait toujours conversé avec Dieu ; qu’unie avec Lui par une alliance éternelle, elle n’avait jamais été dans les ténèbres, mais toujours dans la lumière, et par conséquent qu’elle avait été une demeure tout à fait digne du Christ, non à cause de la beauté de son corps, mais à cause de sa grâce originelle.

 

  1. Les expressions d’universelle et suréminente sainteté.

 

Viennent enfin les plus nobles et les plus belles expressions par lesquelles, en parlant de la Vierge, ils ont attesté que, dans sa Conception, la nature avait fait place à la grâce et s’était arrêtée tremblante devant elle, n’osant aller plus loin. Il fallait, disent-ils, avant que la Vierge Mère de Dieu fût conçue par Anne, sa mère, que la grâce eût fait son œuvre et donné son fruit ; il fallait que Celle qui devait concevoir le premier-né de toute créature fût elle-même conçue première-née. Ils ont attesté que la chair reçue d’Adam par la Vierge n’avait pas contracté les souillures d’Adam, et que pour cette raison la Vierge Bienheureuse était un tabernacle créé par Dieu lui-même, formé par le Saint-Esprit, d’un travail aussi beau que la pourpre, et sur lequel ce nouveau Béséléel (Exode XXXI, 2) s’était plu à répandre l’or et les plus riches broderies ; qu’elle devait être célébrée comme Celle qui avait été la première œuvre propre de Dieu, comme Celle qui avait échappé aux traits de feu du malin ennemi, et qui, belle par nature, ignorant absolument toute souillure, avait paru dans le monde, par sa Conception Immaculée, comme l’éclatante aurore qui jette de tous côtés ses rayons. Il ne convenait pas, en effet, que ce vase d’élection subît le commun outrage, puisqu’il était si différent des autres, et n’avait avec eux de commun que la nature, non la faute ; bien plus, comme le Fils unique a dans le ciel un Père, que les séraphins proclament trois fois saint, il convenait absolument qu’il eût sur la terre une Mère en qui l’éclat de sa sainteté n’eût jamais été flétri. Et cette doctrine a tellement rempli l’esprit et le cœur des Anciens et des Pères que, par un langage étonnant et singulier, qui a prévalu parmi eux, ils ont très souvent appelé la Mère de Dieu Immaculée et parfaitement immaculée, innocente et très innocente, irréprochable et absolument irréprochable, sainte et tout à fait étrangère à toute souillure de péché, toute pure et toute chaste, le modèle et pour ainsi dire la forme même de la pureté et de l’innocence, plus belle et plus gracieuse que la beauté et la grâce même, plus sainte que la sainteté, seule sainte et très pure d’âme et de corps, telle enfin qu’elle a surpassé toute intégrité, toute virginité, et que seule devenue tout entière le domicile et le sanctuaire de toutes les grâces de l’Esprit-Saint, elle est, à l’exception de Dieu seul, supérieure à tous les êtres, plus belle, plus noble, plus sainte, par sa grâce native, que les chérubins eux-mêmes, que les séraphins et toute l’armée des anges,[19]  si excellente, en un mot, que pour la louer, les louanges du ciel et celles de la terre sont également impuissantes. Personne, au reste, n’ignore que tout ce langage a passé, comme de lui-même, dans les monuments de la liturgie sacrée et dans les offices de l’Eglise, qu’on l’y rencontre à chaque pas et qu’il y domine ; puisque la Mère de Dieu y est invoquée et louée, comme une colombe unique de pureté et de beauté ; comme une rose toujours belle, toujours fleurie, absolument pure, toujours immaculée et toujours sainte, toujours heureuse, et qu’elle y est célébrée comme l’innocence qui n’a jamais été blessée ; enfin, comme une autre Eve, qui a enfanté l’Emmanuel.

La définition dogmatique de 1’Immaculée Conception

 

  1. pétitions anciennes et nouvelles.

 

Faut-il s’étonner, après cela, si une doctrine, qui, au jugement des Pères, est consignée dans les Saintes Ecritures, qu’ils ont eux-mêmes transmise et attestée tant de fois et d’une manière si imposante, que tant d’illustres monuments d’une antiquité vénérable contiennent d’une manière expresse, que l’Eglise a proposée et confirmée par la très grave autorité de son jugement ; en un mot, si la doctrine de l’Immaculée Conception de la Vierge, Mère de Dieu, a été l’objet d’une telle piété, d’une telle vénération, d’un tel amour ; si les pasteurs de l’Eglise elle-même et les peuples fidèles se sont fait une telle gloire de la professer chaque jour davantage, en sorte que leur plus douce consolation, leur joie la plus chère a été d’honorer, de vénérer, d’invoquer et de proclamer partout, avec la plus tendre ferveur, la Vierge, Mère de Dieu, conçue sans la tache originelle ? Aussi, depuis les temps anciens, les évêques, les ecclésiastiques, les Ordres réguliers et même les empereurs et les rois ont instamment prié le Siège apostolique de définir comme un dogme de la foi catholique l’Immaculée Conception de la Très Sainte Mère de Dieu[20]. De nos jours même, ces demandes ont été réitérées, et surtout elles ont été présentées à Notre Prédécesseur Grégoire XVI, d’heureuse mémoire[21], et à Nous-même, tant par les évêques, par le clergé séculier et par le clergé régulier, que par les princes souverains et les peuples fidèles[22].

 

  1. La préparation immédiate.

  2. a) L’initiative du Pape.

 

Prenant donc en sérieuse considération, dans une joie profonde de Notre cœur, tous ces faits, dont nous avons une pleine connaissance ; à peine élevé sur la Chaire de Saint Pierre, malgré Notre indignité, par un secret dessein de la divine Providence, avons-Nous pris en main le gouvernail de toute l’Eglise, que Notre plus ardent désir a été, suivant la vénération, la piété et l’amour dont Nous sommes animé depuis Nos plus tendres années envers la Très Sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie, d’achever tout ce qui pouvait être encore dans les vœux de l’Eglise, afin d’accroître l’honneur de la Bienheureuse Vierge et de répandre un nouvel éclat sur ses prérogatives.

 

  1. b) La Congrégation cardinalice et la consulte des théologiens.

 

Mais voulant y apporter toute la maturité possible, Nous avons institué une Congrégation particulière, formée de cardinaux de la Sainte Eglise romaine, Nos Vénérables Frères, illustres par leur piété, leur sagesse et leur science des choses divines[23], et Nous avons choisi, tant dans le clergé séculier que dans le clergé régulier, des hommes spécialement versés dans les sciences théologiques, afin qu’ils examinassent avec le plus grand soin tout ce qui regarde l’Immaculée Conception de la Vierge et Nous fissent connaître leur propre sentiment[24].

 

  1. c) Le Concile « par écrit ».

 

En outre, bien que les demandes par lesquelles on Nous sollicitait de définir enfin l’Immaculée Conception Nous eussent instruit du sentiment d’un très grand nombre d’évêques, Nous avons adressé une Encyclique, datée de Gaète, 2 février 1849[25], à tous nos Vénérables Frères les évêques, de tout l’univers catholique, afin qu’après avoir adressé à Dieu leurs prières, ils nous fissent connaître par écrit quelle était la dévotion et la piété de leurs fidèles envers la Conception Immaculée de la Mère de Dieu, et surtout ce qu’eux-mêmes pensaient et désiraient touchant la définition projetée afin que Nous puissions rendre Notre jugement suprême le plus solennellement possible.

Certes, Notre Cœur n’a pas reçu une médiocre consolation lorsque les réponses de Nos Vénérables Frères Nous sont parvenues ; car non seulement dans ces réponses, toutes pleines d’une joie, d’une allégresse et d’un zèle admirables, ils Nous confirmaient leur propre sentiment et leur dévotion particulière, ainsi que celle de leur clergé et de leur peuple fidèle envers la Conception Immaculée de la Bienheureuse Vierge, mais ils Nous demandaient, comme d’un vœu unanime, de définir par Notre jugement et autorité suprême l’Immaculée Conception de la Vierge[26]. Notre joie n’a pas été moins grande lorsque Nos Vénérables Frères les cardinaux de la Sainte Eglise romaine, membres de la Congrégation particulière dont Nous avons parlé plus haut, et les théologiens consulteurs choisis par Nous, Nous ont demandé avec le même empressement et le même zèle, après un mûr examen, cette définition de la Conception Immaculée de la Mère de Dieu[27].

 

  1. d) Le Consistoire.

 

Après ces choses, suivant donc les traces illustres de Nos Prédécesseurs, et désirant procéder régulièrement et selon les formes, Nous avons convoqué et tenu un Consistoire, dans lequel, après avoir adressé une allocution à Nos Vénérables Frères les cardinaux de la Sainte Eglise romaine, Nous les avons entendus avec la plus grande consolation Nous demander de vouloir bien prononcer la définition dogmatique de l’Immaculée Conception de la Vierge Mère de Dieu[28].

 

  1. e) La décision.

C’est pourquoi, plein de confiance, et persuadé dans le Seigneur que le temps opportun est venu de définir l’Immaculée Conception de la Très Sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie, que les paroles divines, la vénérable tradition, le sentiment constant de l’Eglise, l’unanime accord des évêques catholiques et des fidèles, les actes mémorables de Nos Prédécesseurs, ainsi que leurs Constitutions, ont mise dans une admirable lumière et si formellement déclarée ; après avoir mûrement pesé toutes choses, après avoir répandu devant Dieu d’assidues et de ferventes prières, Nous avons pensé qu’il ne fallait pas tarder davantage à sanctionner et définir par Notre jugement suprême l’Immaculée Conception de la Vierge, à satisfaire ainsi les si pieux désirs du monde catholique et Notre propre piété envers la Très Sainte Vierge, et en même temps à honorer de plus en plus en elle son Fils unique Notre-Seigneur Jésus-Christ, puisque tout l’honneur et toute la gloire que l’on rend à la Mère rejaillit sur le Fils.

 

  1. La définition dogmatique.

 

En conséquence, après avoir offert sans relâche, dans l’humilité et le jeûne, Nos propres prières et les prières publiques de l’Eglise à Dieu le Père par son Fils, afin qu’il daignât, par la vertu de l’Esprit-Saint, diriger et confirmer Notre esprit ; après avoir imploré le secours de toute la cour céleste et invoqué avec gémissements l’Esprit consolateur, et ainsi, par sa divine inspiration, pour l’honneur de la Sainte et Indivisible Trinité, pour la gloire et l’ornement de la Vierge Mère de Dieu, pour l’exaltation de la foi catholique et l’accroissement de la religion chrétienne ; par l’autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des Bienheureux apôtres Pierre et Paul et la Nôtre,

Nous déclarons, Nous prononçons et définissons que la doctrine qui enseigne que la Bienheureuse Vierge Marie, dans le premier instant de sa Conception, a été, par une grâce et un privilège spécial du Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute tache du péché originel, est révélée de Dieu, et par conséquent qu’elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles[29].

C’est pourquoi, si quelques-uns avaient la présomption, ce qu’à Dieu ne plaise, de penser contrairement à Notre définition, qu’ils apprennent et qu’ils sachent que condamnés par leur propre jugement ils ont fait naufrage dans la foi et cessé d’être dans l’unité de l’Eglise ; et que, de plus, ils encourent par le fait même les peines de droit, s’ils osent exprimer ce qu’ils pensent de vive voix ou par écrit, ou de toute autre manière extérieure que ce soit.

 

  1. Résultats espérés

 

  1. a) Pour l’Eglise.

 

En vérité, Notre bouche est pleine de joie et Notre langue est dans l’allégresse ; et Nous rendons et rendrons toujours les plus humbles et les plus profondes actions de grâces à Notre-Seigneur de ce que, par une faveur singulière, il Nous a accordé, sans mérite de Notre part, d’offrir et de décerner cet honneur, cette gloire et cette louange à sa Très Sainte Mère. Nous avons la plus ferme espérance et la confiance la plus assurée que la Vierge Bienheureuse qui, toute belle et tout immaculée, a écrasé la tête venimeuse du cruel serpent et apporté le salut du monde ; qui est la louange des prophètes et des apôtres, l’honneur des martyrs, la joie et la couronne de tous les saints, le refuge le plus assuré de tous ceux qui sont en péril, le secours le plus fidèle, la médiatrice la plus puissante de l’univers entier auprès de son Fils unique pour la réconciliation ; la gloire la plus belle, l’ornement le plus éclatant, le plus solide appui de la sainte Eglise ; qui a toujours détruit toutes les hérésies, arraché les peuples et les nations fidèles à toutes les plus grandes calamités, et Nous-même délivré de tant de périls menaçants, voudra bien faire en sorte, par sa protection toute-puissante, que la Sainte Mère l’Eglise catholique, toutes les difficultés étant écartées, toutes les erreurs vaincues, soit de jour en jour plus forte, plus florissante chez toutes les nations et dans tous les lieux ; qu’elle règne d’une mer à l’autre et depuis les rives du fleuve jusqu’aux extrémités du monde ; qu’elle jouisse d’une paix entière, d’une parfaite tranquillité et liberté ; que les coupables obtiennent leur pardon les malades leur guérison, les faibles de cœur la force les affligés la consolation, ceux qui sont en danger le secours ; que tous ceux qui sont dans l’erreur, délivrés des ténèbres qui couvrent leur esprit, rentrent dans le chemin de la vérité et de la justice, et qu’il n’y ait plus qu’un seul bercail et qu’un seul pasteur.

 

  1. b) Pour la dévotion à Marie Immaculée.

 

Que les enfants de l’Eglise catholique, Nos Fils bien-aimés, entendent nos paroles, et qu’animés chaque jour d’une piété, d’une vénération, d’un amour plus ardents, ils continuent d’honorer, d’invoquer, de prier la Bienheureuse Mère de Dieu, la Vierge Marie, conçue sans la tache originelle ; et que, dans tous leurs périls, dans leurs angoisses, dans leurs nécessités, dans leurs doutes et dans leurs craintes, ils se réfugient avec une entière confiance auprès de cette très douce Mère de miséricorde et de grâce. Car il ne faut jamais craindre, il ne faut jamais désespérer, sous la conduite, sous les auspices, sous le patronage, sous la protection de Celle qui a pour nous un cœur de Mère, et qui, traitant elle-même l’affaire de notre salut, étend sa sollicitude sur tout le genre humain ; qui, établie par le Seigneur Reine du ciel et de la terre, et élevée au-dessus de tous les chœurs des anges et de tous les rangs des  saints, se tient à la droite de son Fils unique, Notre-Seigneur Jésus-Christ, intercède efficacement par toute la puissance des prières maternelles, et trouve ce qu’elle cherche, et son intercession ne peut être sans effet.

 

  1. Promulgation.

 

Enfin, pour que cette définition dogmatique par Nous prononcée touchant l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, soit portée à la connaissance de l’Eglise universelle, Nous avons voulu la consigner dans nos présentes Lettres apostoliques, en perpétuelle mémoire de la chose, ordonnant que les copies manuscrites qui seront faites desdites Lettres, ou même les exemplaires qui en seront imprimés, contresignés par un notaire public, et munis du sceau d’une personne constituée en dignité ecclésiastique, fassent foi auprès de tous, de la même manière absolument que le feraient les présentes Lettres elles-mêmes, si elles étaient exhibées ou produites.

Qu’il ne soit donc permis à qui que ce soit de contredire, par une audacieuse témérité, ce texte écrit de Notre déclaration, décision et définition ou bien d’y porter atteinte et de s’y opposer. Que si quelqu’un avait la hardiesse de l’entreprendre, qu’il sache qu’il encourrait le courroux du Dieu Tout-Puissant et de ses apôtres Pierre et Paul.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, l’année mil huit cent cinquante quatrième de l’Incarnation de Notre Seigneur, le sixième jour avant les ides de décembre de l’an 1854, de Notre pontificat le neuvième.

PIE IX, PAPE.

 

N.B. : Les notes doctrinales et historiques par l’abbé Alphonse David sont dans l’édition Bonne Presse de 1953, avec Nihil obstat : Paris 8 octobre 1953 et Imprimatur : Paris 12 octobre 1953, Michel Potevin, v.g.

[1] De ces paroles, nombre de théologiens tirent argument pour affirmer que la grâce, en Marie, dès sa Conception Immaculée (grâce initiale), fut plus grande. non seulement que la grâce de chacun des anges et des saints à son terme (grâce finale), mais encore que cette même grâce finale de tous les anges et de tous les saints pris ensemble. (Voir GARRIGOU-LAGRANGE, O. P. : Mariologie, la Mère du Sauveur et notre vie intérieure, p. 67 et suiv. Edit. de l’Abeille, 1941.)

[2] En Orient, la fête commença d’exister au moins dès la fin du VIIe siècle à la date du 9 décembre, sous les noms de l’Annonce de la Conception de la Mère de Dieu, puis de Conception de la Mère de Dieu, avec pour thème principal dans la liturgie et les homélies Marie conçue immaculée. En Occident, elle apparaît successivement à différentes dates (9 ou 8 décembre ; mai) . en Italie méridionale (IXe s.) ; en Irlande (IXe‘ et Xe s.) ; en Angleterre et en Espagne (XIe s.) ; en Normandie et à Lyon et dans de nombreux diocèses de France et en Allemagne (XIIes.)… Fin du XIVe et début du XVe siècle on peut dire que la fête était presque universellement célébrée. Les Papes d’abord l’autorisèrent, puis y participèrent pendant leur séjour à Avignon (1309-1377) et à leur retour à Rome, et enfin l’adoptèrent (XIVe, s.). Par la Bulle Commissi nobis (6 décembre 1708), le Pape Clément XI l’imposa à toute l’Eglise : « Par l’autorité apostolique et la teneur des présentes, Nous décrétons, ordonnons et mandons que la fête de la Conception de la Bienheureuse Vierge Marie Immaculée soit désormais observée et célébrée en tous lieux, comme les autres fêtes de précepte, par tous les fidèles de l’un et l’autre sexes, et qu’elle soit insérée au nombre des fêtes qu’on est tenu d’observer. »

[3] Du Pape Sixte IV (1471-1484) datent les premiers documents solennels des Papes en faveur de la fête et de la doctrine de l’Immaculée Conception.

Le 29 avril 1476, par sa Constitution Cum praeexcelsa, le Pape Sixte IV approuva et recommanda l’office propre de la Conception composé par le Frère mineur Léonard de Nogarole et le 4 octobre 1480, par le Bref Libenter ad ea un autre office du Franciscain Bernardin de Busti. Enfin, en 1482 et 1483, par la Bulle Grave nimis, Sixte IV portait des censures contre ceux qui accusaient d’hérésie les tenants de la Conception Immaculée et de sa fête.

Après Sixte IV, les Actes pontificaux en faveur de l’Immaculée Conception se multiplient : « A part ceux qui régnèrent très peu de temps, les vingt-cinq Papes qui gouvernèrent l’Eglise pendant cette période d’environ deux siècles (1486-1667) ont presque tous manifesté leur dévotion envers la Vierge Immaculée par des actes en sa faveur ; actes très nombreux, dont on trouve l’énumération détaillée dans une Bulle, Mulierem pulchram, que Benoît XIV avait fait préparer, mais qui ne fut pas publiée. » (X. LE BACHELET, Diction. de théol. cath., t. VII, col. 1164.) Dans ces conditions, on s’explique mal la remarque de G. Herzog : « Quand on parcourt la série des Actes pontificaux relatifs à la Conception de la Vierge, la première impression qu’on éprouve c’est celle de la stupéfaction. Ce qu’un Pape fait, l’autre le défait ; le travail de la veille est détruit le lendemain : on se trouve en présence de la toile de Pénélope. » (Cité par LE BACHELET, art. cit., col. 1188.)

[4] Décret de la Sacrée Congrégation des Rites du 30 septembre 1847.

[5] On voit la différence. Sanctification, c’est-à-dire l’union à Dieu par la grâce, et Conception Immaculée ne sont pas synonymes : saint Jean-Baptiste a été sanctifié avant sa naissance ; il n’est pas immaculé dans la conception. Les deux expressions ne signifieraient la même chose qu’à la condition de spécifier que Marie a été sanctifiée dès le premier instant de sa Conception. Et telle n’était pas l’intention de ceux qui parlaient de la sanctification de Marie, plutôt que de sa Conception Immaculée. Déjà, dès le XIIIe, siècle, ceux qui ne croyaient pas pouvoir souscrire à la Conception Immaculée de Marie, à cause de l’universalité de la Rédemption, avaient réduit la fête de la Conception à l’idée de la sanctification. Selon leur interprétation, on célébrait la sanctification de Marie au jour de sa Conception, dans l’ignorance où l’on était du moment précis de cette sanctification. (Voir : S. THOMAS. Somme Théol., III. q. XXVII, art. 2, 3ème rép.)

[6] Pour sauver le principe de la Rédemption de tous les hommes par le Christ, d’aucuns imaginaient, en effet, un premier instant où Marie avait été conçue avec le péché, et un second instant immédiat où elle avait été sanctifiée. C’est en ce sens, pensaient-ils, qu’on peut prêcher et fêter l’Immaculée Conception : le second instant suivant immédiatement le premier, on ne distinguerait pas dans la pratique. En réalité, c’était nier le privilège de l’Immaculée Conception tel que le conçoit l’Eglise : Marie n’a jamais existé avec le péché.

[7] Constitution Sollicitudo omnium ecclesiarum du 8 décembre 1661. Avec Sixte IV et jusqu’à la définition dogmatique (1854), Alexandre VII est un des trois Papes qui ont le plus fait pour l’Immaculée Conception : Sixte IV a approuvé officiellement la fête (1476) ; Alexandre VII en a déterminé l’objet propre : l’Immaculée Conception (1661) Clément XI a étendu la fête à l’Eglise universelle (1708).

[8] Voir note 3.

[9] En 1659, le roi d’Espagne, Philippe IV, avait envoyé à Rome, Louis Crespi de Borgia, évêque de Plasencia, avec mission de solliciter du Pape une déclaration sur l’objet propre du culte de la Conception de Marie, c’est-à-dire, sur sa Conception même exempte du péché originel, et non sur sa sanctification.

[10] Voir note 3.

[11] Constitution Sanctissimus du 12 septembre 1617. Paul V ordonnait entre autres  » de ne plus se permettre à l’avenir, dans les prédications, les leçons, les conclusions et autres actes de toute nature, d’affirmer publiquement, jusqu’à définition ou dérogation de la part de Sa Sainteté ou du Siège apostolique, que la Bienheureuse Vierge a été conçue dans le péché originel ».

[12] Constitution Sanctissimus du 4 juin 1622. Grégoire XV étendait la défense portée par son prédécesseur Paul V aux sermons et aux écrits privés et donnait l’ordre de fêter la Conception de Marie, comme l’Eglise romaine, c’est‑à‑dire « de ne pas employer d’autre terme que celui de Conception à la messe et dans l’office divin, public ou privé.

[13] Célèbre entre toutes est la décision prise par la Sorbonne le 3 mars 1496. Par cette décision, elle décrétait que tous ceux qui se présentaient aux grades de l’Université devaient s’engager par serment à défendre l’Immaculée Conception de Marie. Ce à quoi elle tint rigoureusement dans la suite.

[14] Les circonstances historiques soulignent la valeur de cette interprétation de la pensée du Concile de Trente (1546). Le texte primitif sur l’universelle transmission du péché originel, sans correctif, aurait pu laisser des doutes sur la Conception Immaculée de Marie. Dans les débats qu’il occasionna, plus des deux tiers des membres de l’Assemblée, à commencer par son premier président, le cardinal del Monte, proposèrent différentes additions pour qu’il apparût bien qu’il n’y incluaient pas la Sainte Vierge. Le correctif adopté ne constitue pas néanmoins une définition par le biais : les Pères du Concile avaient déclaré qu’ils ne voulaient pas aborder ce problème.

[15] Ces lignes indiquent parfaitement le rôle de l’Eglise elle ne crée pas la Tradition, dans laquelle, comme dans l’Ecriture, sont contenues les vérités révélées par Dieu : « Elle n’y change jamais rien, n’en retranche jamais rien, n’y ajoute jamais rien. » Elle en donne le sens authentique dans des formules plus précises : « De manière que ces anciens dogmes de la céleste doctrine reçoivent l’évidence, la lumière, la distinction, tout en gardant leur plénitude, leur intégrité, leur caractère propre. »

[16] On n’en finirait pas de donner les multiples opinions des commentateurs sur le protévangile. Dégageons seulement l’idée générale qui importe ici : « La femme de la Genèse et son lignage désignent, à tout le moins principalement, Marie et son divin Fils, l’inimitié annoncée et voulue efficacement par Dieu se présente comme commune à l’un et à l’autre ; elle sera pour la Mère comme pour le Fils, complète, absolue. C’est là ce qui donne au plan de revanche divin toute sa signification et toute sa portée ; au groupe des vaincus, Adam et Eve, est substitué le groupe des vainqueurs, qui se compose aussi d’un homme et d’une femme. La première, Eve, repentante et relevée, a repris, il est vrai, les hostilités contre le serpent ; mais dans cette femme d’abord vaincue et n’ayant pas retrouvé l’innocence originelle, la revanche ne peut être que partielle et relative ; il n’y aura de revanche totale et absolue, que le jour où l’Eve primitive, celle qui sortit toute pure des mains du Créateur, revivra pour ainsi dire en une autre elle-même et se retrouvera près du nouvel Adam pour la lutte suprême. » (X.-M. LE BACHELET, Dict. de théol. cath., t. VII, col 859.)

A bien noter aussi la rédaction de la Bulle de Pie IX. Le texte « contient deux phrases nettement distinctes : une première, narrative, où l’on attribue aux Pères et aux écrivains ecclésiastiques le susdit enseignement, docuere (ils ont enseigné) ; une seconde déductive, quocirca (c’est pourquoi) où les Pères ne sont plus directement en scène ; ce sont les rédacteurs de la Bulle et Pie IX avec eux, qui, partant des enseignements des Pères comme fournissant le principe, tirent la conséquence et font l’application ». (LE BACHELET, art. cité, col. 860.)

[17] Avec le protévangile, la double salutation de Gabriel et d’Elisabeth est la seconde preuve de la Sainte Ecriture, apportée par les théologiens en faveur de l’Immaculée Conception. Mais, comme la première, elle vaut surtout par la Tradition qui l’a interprétée en ce sens. Autrement dit, cette double salutation ne suffirait-elle pas, à la considérer indépendamment, à prouver le privilège : mais elle le prouve si l’on tient compte de l’interprétation des Pères. Pour eux, Jésus et Marie sont unis dans la même bénédiction divine et la plénitude de grâce ne se trouve pas en Marie seulement au moment où elle devient Mère ; elle existe en elle depuis toujours comme condition préalable à sa maternité divine et à son rôle. Il est remarquable que la Bulle Ineffabilis présente ces deux textes, le protévangile et la salutation, dans la preuve de la Tradition, seule directement invoquée par Pie IX. « Dans la Bulle qui contient la définition du mystère, Pie IX n’insista pas sur les témoignages de l’Ecriture comme s’ils formaient un argument à part ; mais il les lie, si je puis parler ainsi, aux témoignages des Pères qui en ont déterminé le sens. » (MGR MALOU : l’Immaculée Conception, 1857, t. 1, p.246.)

[18] Référence à la parole de saint Augustin, qui après avoir rejeté les assertions de Pélage sur certains personnages qui auraient vécu absolument sans aucun péché, ajoute « exception faite pour la Sainte Vierge, dont je ne veux pas qu’il soit aucunement question quand il s’agit de péchés, et cela pour l’honneur du Seigneur : qu’elle ait, en effet, reçu une grâce surabondante pour remporter une victoire absolue sur le péché, nous le savons de ce qu’elle a mérité de concevoir et d’enfanter Celui qui fut incontestablement sans péché ». (De la nature et de la grâce. C. XXXVI, P. L., t. XLIV, col. 267.) Même si saint Augustin ne parle ici que des péchés personnels, il n’en affirme pas moins que Marie est exempte de tout péché, pour l’honneur du Seigneur et le péché originel en Marie ne porterait pas moins atteinte à l’honneur du Seigneur.

[19] Nombre de ces expressions des paragraphes 6 et 8 ont été reprises par Pie XII dans son Encyclique Fulgens Corona du 8 septembre 1953.

[20] Les demandes des évêques en faveur d’une définition dogmatique remontent au moins au début du XVe siècle, comme on peut le voir Par le Concile de Bâle (1439). Pour ce qui est des chefs d’Etat, dès le début du XVIIe siècle, Philippe II, roi d’Espagne, commence auprès du Saint-Siège des démarches, appuyées ensuite par le roi de Pologne Sigismond III, en vue d’obtenir la définition du privilège. On sait que l’Espagne, civile et religieuse, fut toujours à l’avant-garde pour la promotion du culte de l’Immaculée Conception.

[21] C’est ainsi qu’en 1840, 10 archevêques français, ceux de Cambrai, Albi, Besançon, Bordeaux, Sens, Avignon, Auch, Reims, Bourges et Lyon et 41 de leurs évêques suffragants signèrent et adressèrent au Pape Grégoire XVI une lettre collective en faveur de la définition. De 1843 à 1845, le même Pape reçut des évêques d’autres pays une quarantaine de suppliques semblables. La Manifestation de la Médaille miraculeuse, rue du Bac (1830), et la conversion d’Alphonse Ratisbonne (1842), à Saint-André delle Fratte, n’avaient pas été étrangères à ce déclenchement de nouvelles pétitions. Le Pape Grégoire XVI, malgré sa dévotion à l’Immaculée – il se déclarait prêt à verser son sang jusqu’à la dernière goutte pour attester et sceller ce glorieux privilège – ne jugea pas devoir donner suite à ces demandes, par raison d’opportunité, à cause de la réticence de certains pays Allemagne, Angleterre, Irlande…

[22] Dès le début du pontificat de Pie IX, une centaine de nouvelles suppliques continuèrent de parvenir à Rome, dont 70 de prélats italiens, 11 des Etats pontificaux, et 1 de Ferdinand II, roi des Deux-Siciles.

[23] Cette Congrégation antépréparatoire, composée de 8 cardinaux et 5 consulteurs, fut nommée par Pie IX, pendant son séjour à Gaète, le 6 décembre 1848. Elle se tint à Naples, le 22 décembre, sous la présidence du cardinal Lambruschini. Tous se prononcèrent en faveur de la définition ; mais l’unanimité ne se fit pas sur le mode à choisir de la définir.

[24] Cette consulte de théologiens fut instituée par Pie IX, le 1 juin 1848. Elle se composait de 20 membres : prélats de Congrégations romaines, religieux de divers Ordres, quelques maîtres en renom. Trois seulement furent défavorables à la définition. En 1850 et 1851, successivement 3, puis 6 leur furent adjoints, dont un seul se prononça contre la définition.

[25] Encyclique Ubi Primum que la Congrégation, tenue à Naples, avait suggérée au Pape Pie IX.

[26] Sur les 603 réponses de cette sorte de Concile « par écrit », comme on a nommé ce référendum, 546 évêques, un peu plus des neuf dixièmes, se prononcèrent expressément pour la définition. Les autres s’y opposèrent, surtout pour des questions d’opportunité. Seuls 4 ou 5 évêques se prononcèrent catégoriquement contre toute définition dogmatique.

[27] Voir notes 22 et 23 pour les réponses de la Congrégation cardinalice et celles de la consulte des théologiens.

[28] Pie IX tint ce Consistoire secret le 1 décembre 1854.

[29] Nous soulignons dans la Bulle ce qui est la définition dogmatique proprement dite, qui seule est garantie par l’infaillibilité du Pape et exige notre foi.

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Lettre apotolique Le merveilleux signe de la crèche (Pape François)

LETTRE APOSTOLIQUE

LE MERVEILLEUX  SIGNE DE LA CRÈCHE

DU SOUVERAIN PONTIFE FRANÇOIS
SUR LA SIGNIFICATION ET LA VALEUR DE LA CRÈCHE

 

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  1. Le merveilleux signe de la crèche, si chère au peuple chrétien, suscite toujours stupeur et émerveillement. Représenter l’événement de la naissance de Jésus, équivaut à annoncer le mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu avec simplicité et joie. La crèche, en effet, est comme un Évangile vivant, qui découle des pages de la Sainte Écriture. En contemplant la scène de Noël, nous sommes invités à nous mettre spirituellement en chemin, attirés par l’humilité de Celui qui s’est fait homme pour rencontrer chaque homme. Et, nous découvrons qu’Il nous aime jusqu’au point de s’unir à nous, pour que nous aussi nous puissions nous unir à Lui.

Par cette lettre je voudrais soutenir la belle tradition de nos familles qui, dans les jours qui précèdent Noël, préparent la crèche. Tout comme la coutume de l’installer sur les lieux de travail, dans les écoles, les hôpitaux, les prisons, sur les places publiques… C’est vraiment un exercice d’imagination créative, qui utilise les matériaux les plus variés pour créer de petits chefs-d’œuvre de beauté. On l’apprend dès notre enfance : quand papa et maman, ensemble avec les grands-parents, transmettent cette habitude joyeuse qui possède en soi une riche spiritualité populaire. Je souhaite que cette pratique ne se perde pas ; mais au contraire, j’espère que là où elle est tombée en désuétude, elle puisse être redécouverte et revitalisée.

 

  1. L’origine de la crèche se trouve surtout dans certains détails évangéliques de la naissance de Jésus à Bethléem. L’évangéliste Luc dit simplement que Marie « mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune » (2, 7). Jésus est couché dans une mangeoire, appelée en latin praesepium, d’où la crèche.

En entrant dans ce monde, le Fils de Dieu est déposé à l’endroit où les animaux vont manger. La paille devient le premier berceau pour Celui qui se révèle comme « le pain descendu du ciel » (Jn 6, 41). C’est une symbolique, que déjà saint Augustin, avec d’autres Pères, avait saisie lorsqu’il écrivait : « Allongé dans une mangeoire, il est devenu notre nourriture » (Serm. 189, 4). En réalité, la crèche contient plusieurs mystères de la vie de Jésus de telle sorte qu’elle nous les rend plus proches de notre vie quotidienne.

Mais venons-en à l’origine de la crèche telle que nous la comprenons. Retrouvons-nous en pensée à Greccio, dans la vallée de Rieti, où saint François s’arrêta, revenant probablement de Rome, le 29 novembre 1223, lorsqu’il avait reçu du Pape Honorius III la confirmation de sa Règle. Après son voyage en Terre Sainte, ces grottes lui rappelaient d’une manière particulière le paysage de Bethléem. Et il est possible que le Poverello ait été influencé à Rome, par les mosaïques de la Basilique de Sainte Marie Majeure, représentant la naissance de Jésus, juste à côté de l’endroit où étaient conservés, selon une tradition ancienne, les fragments de la mangeoire.

Les Sources franciscaines racontent en détail ce qui s’est passé à Greccio. Quinze jours avant Noël, François appela un homme du lieu, nommé Jean, et le supplia de l’aider à réaliser un vœu : « Je voudrais représenter l’Enfant né à Bethléem, et voir avec les yeux du corps, les souffrances dans lesquelles il s’est trouvé par manque du nécessaire pour un nouveau-né, lorsqu’il était couché dans un berceau sur la paille entre le bœuf et l’âne »[1]. Dès qu’il l’eut écouté, l’ami fidèle alla immédiatement préparer, à l’endroit indiqué, tout le nécessaire selon la volonté du Saint. Le 25 décembre, de nombreux frères de divers endroits vinrent à Greccio accompagnés d’hommes et de femmes provenant des fermes de la région, apportant fleurs et torches pour illuminer cette sainte nuit. Quand François arriva, il trouva la mangeoire avec la paille, le bœuf et l’âne. Les gens qui étaient accourus manifestèrent une joie indicible jamais éprouvée auparavant devant la scène de Noël. Puis le prêtre, sur la mangeoire, célébra solennellement l’Eucharistie, montrant le lien entre l’Incarnation du Fils de Dieu et l’Eucharistie. À cette occasion, à Greccio, il n’y a pas eu de santons : la crèche a été réalisée et vécue par les personnes présentes[2].

C’est ainsi qu’est née notre tradition : tous autour de la grotte et pleins de joie, sans aucune distance entre l’événement qui se déroule et ceux qui participent au mystère.

Le premier biographe de saint François, Thomas de Celano, rappelle que s’ajouta, cette nuit-là, le don d’une vision merveilleuse à la scène touchante et simple : une des personnes présentes vit, couché dans la mangeoire, l’Enfant Jésus lui-même. De cette crèche de Noël 1223, « chacun s’en retourna chez lui plein d’une joie ineffable »[3].

 

  1. Saint François, par la simplicité de ce signe, a réalisé une grande œuvre d’évangélisation. Son enseignement a pénétré le cœur des chrétiens et reste jusqu’à nos jours une manière authentique de proposer de nouveau la beauté de notre foi avec simplicité. Par ailleurs, l’endroit même où la première crèche a été réalisée exprime et suscite ces sentiments. Greccio est donc devenu un refuge pour l’âme qui se cache sur le rocher pour se laisser envelopper dans le silence.

Pourquoi la crèche suscite-t-elle tant d’émerveillement et nous émeut-elle ? Tout d’abord parce qu’elle manifeste la tendresse de Dieu. Lui, le Créateur de l’univers, s’abaisse à notre petitesse. Le don de la vie, déjà mystérieux à chaque fois pour nous, fascine encore plus quand nous voyons que Celui qui est né de Marie est la source et le soutien de toute vie. En Jésus, le Père nous a donné un frère qui vient nous chercher quand nous sommes désorientés et que nous perdons notre direction ; un ami fidèle qui est toujours près de nous. Il nous a donné son Fils qui nous pardonne et nous relève du péché.

Faire une crèche dans nos maisons nous aide à revivre l’histoire vécue à Bethléem. Bien sûr, les Évangiles restent toujours la source qui nous permet de connaître et de méditer sur cet Événement, cependant la représentation de ce dernier par la crèche nous aide à imaginer les scènes, stimule notre affection et nous invite à nous sentir impliqués dans l’histoire du salut, contemporains de l’événement qui est vivant et actuel dans les contextes historiques et culturels les plus variés.

D’une manière particulière, depuis ses origines franciscaines, la crèche est une invitation à « sentir » et à « toucher » la pauvreté que le Fils de Dieu a choisie pour lui-même dans son incarnation. Elle est donc, implicitement, un appel à le suivre sur le chemin de l’humilité, de la pauvreté, du dépouillement, qui, de la mangeoire de Bethléem conduit à la croix. C’est un appel à le rencontrer et à le servir avec miséricorde dans les frères et sœurs les plus nécessiteux (cf. Mt 25, 31-46).

 

  1. J’aimerais maintenant passer en revue les différents signes de la crèche pour en saisir le sens qu’ils portent en eux. En premier lieu, représentons-nous le contexte du ciel étoilé dans l’obscurité et dans le silence de la nuit. Ce n’est pas seulement par fidélité au récit évangélique que nous faisons ainsi, mais aussi pour la signification qu’il possède. Pensons seulement aux nombreuses fois où la nuit obscurcit notre vie. Eh bien, même dans ces moments-là, Dieu ne nous laisse pas seuls, mais il se rend présent pour répondre aux questions décisives concernant le sens de notre existence : Qui suis-je ? D’où est-ce que je viens ? Pourquoi suis-je né à cette époque ? Pourquoi est-ce que j’aime ? Pourquoi est-ce que je souffre ? Pourquoi vais-je mourir ? Pour répondre à ces questions, Dieu s’est fait homme. Sa proximité apporte la lumière là où il y a les ténèbres et illumine ceux qui traversent l’obscurité profonde de la souffrance (cf. Lc1, 79).

Les paysages qui font partie de la crèche méritent, eux aussi, quelques mots, car ils représentent souvent les ruines d’anciennes maisons et de palais qui, dans certains cas, remplacent la grotte de Bethléem et deviennent la demeure de la Sainte Famille. Ces ruines semblent s’inspirer de la Légende dorée du dominicain Jacopo da Varazze (XIIIème siècle), où nous pouvons lire une croyance païenne selon laquelle le temple de la Paix à Rome se serait effondré quand une Vierge aurait donné naissance. Ces ruines sont avant tout le signe visible de l’humanité déchue, de tout ce qui va en ruine, de ce qui est corrompu et triste. Ce scénario montre que Jésus est la nouveauté au milieu de ce vieux monde, et qu’il est venu guérir et reconstruire pour ramener nos vies et le monde à leur splendeur originelle.

 

  1. Quelle émotion devrions-nous ressentir lorsque nous ajoutons dans la crèche des montagnes, des ruisseaux, des moutons et des bergers ! Nous nous souvenons ainsi, comme les prophètes l’avaient annoncé, que toute la création participe à la fête de la venue du Messie. Les anges et l’étoile de Bethléem sont le signe que nous sommes, nous aussi, appelés à nous mettre en route pour atteindre la grotte et adorer le Seigneur.

« Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaître » (Lc 2, 15) : voilà ce que disent les bergers après l’annonce faite par les anges. C’est un très bel enseignement qui nous est donné dans la simplicité de sa description. Contrairement à tant de personnes occupées à faire mille choses, les bergers deviennent les premiers témoins de l’essentiel, c’est-à-dire du salut qui est donné. Ce sont les plus humbles et les plus pauvres qui savent accueillir l’événement de l’Incarnation. À Dieu qui vient à notre rencontre dans l’Enfant Jésus, les bergers répondent en se mettant en route vers Lui, pour une rencontre d’amour et d’étonnement reconnaissant. C’est précisément cette rencontre entre Dieu et ses enfants, grâce à Jésus, qui donne vie à notre religion, qui constitue sa beauté unique et qui transparaît de manière particulière à la crèche.

  1. Dans nos crèches, nous avons l’habitude de mettre de nombreuses santons symboliques. Tout d’abord, ceux des mendiants et des personnes qui ne connaissent pas d’autre abondance que celle du cœur. Eux aussi sont proches de l’Enfant Jésus à part entière, sans que personne ne puisse les expulser ou les éloigner du berceau improvisé, car ces pauvres qui l’entourent ne détonnent pas au décor. Les pauvres, en effet, sont les privilégiés de ce mystère et, souvent, les plus aptes à reconnaître la présence de Dieu parmi nous.

Les pauvres et les simples dans la crèche rappellent que Dieu se fait homme pour ceux qui ressentent le plus le besoin de son amour et demandent sa proximité. Jésus, « doux et humble de cœur » (Mt 11, 29), est né pauvre, il a mené une vie simple pour nous apprendre à saisir l’essentiel et à en vivre. De la crèche, émerge clairement le message que nous ne pouvons pas nous laisser tromper par la richesse et par tant de propositions éphémères de bonheur. Le palais d’Hérode est en quelque sorte fermé et sourd à l’annonce de la joie. En naissant dans la crèche, Dieu lui-même commence la seule véritable révolution qui donne espoir et dignité aux non désirés, aux marginalisés : la révolution de l’amour, la révolution de la tendresse. De la crèche, Jésus a proclamé, avec une douce puissance, l’appel à partager avec les plus petits ce chemin vers un monde plus humain et plus fraternel, où personne n’est exclu ni marginalisé.

Souvent les enfants – mais aussi les adultes ! – adorent ajouter à la crèche d’autres figurines qui semblent n’avoir aucun rapport avec les récits évangéliques. Cette imagination entend exprimer que, dans ce monde nouveau inauguré par Jésus, il y a de la place pour tout ce qui est humain et pour toute créature. Du berger au forgeron, du boulanger au musicien, de la femme qui porte une cruche d’eau aux enfants qui jouent… : tout cela représente la sainteté au quotidien, la joie d’accomplir les choses de la vie courante d’une manière extraordinaire, lorsque Jésus partage sa vie divine avec nous.

 

  1. Peu à peu, la crèche nous conduit à la grotte, où nous trouvons les santons de Marie et de Joseph. Marie est une mère qui contemple son enfant et le montre à ceux qui viennent le voir. Ce santon nous fait penser au grand mystère qui a impliqué cette jeune fille quand Dieu a frappé à la porte de son cœur immaculé. À l’annonce de l’ange qui lui demandait de devenir la mère de Dieu, Marie répondit avec une obéissance pleine et entière. Ses paroles : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole » (Lc1, 38), sont pour nous tous le témoignage de la façon de s’abandonner dans la foi à la volonté de Dieu. Avec ce « oui » Marie est devenue la mère du Fils de Dieu, sans perdre mais consacrant, grâce à lui, sa virginité. Nous voyons en elle la Mère de Dieu qui ne garde pas son Fils seulement pour elle-même, mais demande à chacun d’obéir à sa parole et de la mettre en pratique (cf. Jn2, 5).

À côté de Marie, dans une attitude de protection de l’Enfant et de sa mère, se trouve saint Joseph. Il est généralement représenté avec un bâton à la main, et parfois même tenant une lampe. Saint Joseph joue un rôle très important dans la vie de Jésus et de Marie. Il est le gardien qui ne se lasse jamais de protéger sa famille. Quand Dieu l’avertira de la menace d’Hérode, il n’hésitera pas à voyager pour émigrer en Égypte (cf. Mt 2, 13-15). Et ce n’est qu’une fois le danger passé, qu’il ramènera la famille à Nazareth, où il sera le premier éducateur de Jésus enfant et adolescent. Joseph portait dans son cœur le grand mystère qui enveloppait Jésus et Marie son épouse, et, en homme juste, il s’est toujours confié à la volonté de Dieu et l’a mise en pratique.

 

  1. Le cœur de la crèche commence à battre quand, à Noël, nous y déposons le santon de l’Enfant Jésus. Dieu se présente ainsi, dans un enfant, pour être accueilli dans nos bras. Dans la faiblesse et la fragilité, se cache son pouvoir qui crée et transforme tout. Cela semble impossible, mais c’est pourtant ainsi : en Jésus, Dieu a été un enfant et c’est dans cette condition qu’il a voulu révéler la grandeur de son amour qui se manifeste dans un sourire et dans l’extension de ses mains tendues vers tous.

La naissance d’un enfant suscite joie et émerveillement, car elle nous place devant le grand mystère de la vie. En voyant briller les yeux des jeunes mariés devant leur enfant nouveau-né, nous comprenons les sentiments de Marie et de Joseph qui, regardant l’Enfant Jésus, ont perçu la présence de Dieu dans leur vie.

« La vie s’est manifestée » (1Jn 1, 2) : c’est ainsi que l’Apôtre Jean résume le mystère de l’Incarnation. La crèche nous fait voir, nous fait toucher cet événement unique et extraordinaire qui a changé le cours de l’histoire et à partir duquel la numérotation des années, avant et après la naissance du Christ, en est également ordonnée.

La manière d’agir de Dieu est presque une question de transmission, car il semble impossible qu’il renonce à sa gloire pour devenir un homme comme nous. Quelle surprise de voir Dieu adopter nos propres comportements : il dort, il tète le lait de sa mère, il pleure et joue comme tous les enfants ! Comme toujours, Dieu déconcerte, il est imprévisible et continuellement hors de nos plans. Ainsi la crèche, tout en nous montrant comment Dieu est entré dans le monde, nous pousse à réfléchir sur notre vie insérée dans celle de Dieu ; elle nous invite à devenir ses disciples si nous voulons atteindre le sens ultime de la vie.

 

  1. Lorsque s’approche la fête de l’Épiphanie, nous ajoutons dans la crèche les trois santons des Rois Mages. Observant l’étoile, ces sages et riches seigneurs de l’Orient, s’étaient mis en route vers Bethléem pour connaître Jésus et lui offrir comme présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Ces dons ont aussi une signification allégorique : l’or veut honorer la royauté de Jésus ; l’encens sa divinité ; la myrrhe sa sainte humanité qui connaîtra la mort et la sépulture.

En regardant la scène de la crèche, nous sommes appelés à réfléchir sur la responsabilité de tout chrétien à être évangélisateur. Chacun de nous devient porteur de la Bonne Nouvelle pour ceux qu’il rencontre, témoignant, par des actions concrètes de miséricorde, de la joie d’avoir rencontré Jésus et son amour.

Les Mages nous enseignent qu’on peut partir de très loin pour rejoindre le Christ. Ce sont des hommes riches, des étrangers sages, assoiffés d’infinis, qui entreprennent un long et dangereux voyage qui les a conduits jusqu’à Bethléem (cf. Mt 2, 1-12). Une grande joie les envahit devant l’Enfant Roi. Ils ne se laissent pas scandaliser par la pauvreté de l’environnement ; ils n’hésitent pas à se mettre à genoux et à l’adorer. Devant lui, ils comprennent que, tout comme Dieu règle avec une souveraine sagesse le mouvement des astres, ainsi guide-t-il le cours de l’histoire, abaissant les puissants et élevant les humbles. Et certainement que, de retour dans leur pays, ils auront partagé cette rencontre surprenante avec le Messie, inaugurant le voyage de l’Évangile parmi les nations.

 

  1. Devant la crèche, notre esprit se rappelle volontiers notre enfance, quand nous attendions avec impatience le moment de pouvoir commencer à la mettre en place. Ces souvenirs nous poussent à prendre de plus en plus conscience du grand don qui nous a été fait par la transmission de la foi ; et en même temps, ils nous font sentir le devoir et la joie de faire participer nos enfants et nos petits-enfants à cette même expérience. La façon d’installer la mangeoire n’est pas importante, elle peut toujours être la même ou être différente chaque année ; ce qui compte c’est que cela soit signifiant pour notre vie. Partout, et sous différentes formes, la crèche parle de l’amour de Dieu, le Dieu qui s’est fait enfant pour nous dire combien il est proche de chaque être humain, quelle que soit sa condition.

Chers frères et sœurs, la crèche fait partie du processus doux et exigeant de la transmission de la foi. Dès l’enfance et ensuite à chaque âge de la vie, elle nous apprend à contempler Jésus, à ressentir l’amour de Dieu pour nous, à vivre et à croire que Dieu est avec nous et que nous sommes avec lui, tous fils et frères grâce à cet Enfant qui est Fils de Dieu et de la Vierge Marie ; et à éprouver en cela le bonheur. À l’école de saint François, ouvrons notre cœur à cette grâce simple et laissons surgir de l’émerveillement une humble prière : notre « merci » à Dieu qui a voulu tout partager avec nous afin de ne jamais nous laisser seuls.

Donné à Greccio, au Sanctuaire de la crèche, le 1er décembre 2019, la septième année de mon Pontificat.

François

 

[1] Thomas de Celano, Vita Prima, n. 84: Sources franciscaines (FF), n. 468.

[2] Cf. ibid., n. 85: FF, n. 469.

[3] Ibid., n. 86: FF, n. 470.

Cette coutume très ancienne de célébrer Noël en installant une crèche – du latin cripia pour « mangeoire » – dans les maisons et les églises provient d’un passé lointain. C’est à saint François d’Assise que l’on doit l’invention de la première crèche vivante de l’histoire chrétienne.

Après son voyage à Bethléem, François a gardé une affection particulière pour Noël, car cette fête représente pour lui le mystère de l’humanité de Jésus venu au monde dans la pauvreté et le dénuement, loin d’un palais de roi. Pour lui, Noël est un « jour d’allégresse et de joie », un jour de compassion aussi, car les pauvres et les affamés doivent être nourris par les plus riches, et les animaux recevoir le double de leur ration.

En Décembre 1223, quelques jours avant Noël, François se retire dans un ermitage à Greccio, à une centaine de kilomètres de Rome, en Italie. En souvenir d’une veillée de Noël passée à Bethléem quelques années auparavant, il a l’idée de mettre en scène la naissance de Jésus.

Il y avait dans cette province un homme appelé Jean, de bonne renommée, de vie meilleure encore, et le bienheureux François l’aimait beaucoup parce que, malgré son haut lignage et ses importantes charges, il n’accordait aucune valeur à la noblesse du sang et désirait acquérir celle de l’âme. Une quinzaine de jours avant Noël, François le fit appeler comme il le faisait souvent. « Si tu veux bien, lui dit-il, célébrons à Greccio la prochaine fête du Seigneur ; pars dès maintenant et occupe-toi des préparatifs que je vais t’indiquer. Je veux évoquer en effet le souvenir de l’Enfant qui naquit à Bethléem et de tous les désagréments qu’il endura dès son enfance; je veux le voir, de mes yeux de chair, tel qu’il était, couché dans une mangeoire et dormant sur le foin, entre un bœuf et un âne. »

Le jour de joie arriva, le temps de l’allégresse commença. Les foules accoururent, et le renouvellement du mystère renouvela leurs motifs de joie. Le saint passa la veillée debout devant la crèche, brisé de compassion, rempli d’une indicible joie. Enfin l’on célébra la messe sur la mangeoire comme autel, et le prêtre qui célébra ressentit une piété jamais éprouvée jusqu’alors. François revêtit la dalmatique, car il était diacre, et chanta l’Evangile d’une voix sonore.

Il prêcha ensuite au peuple et trouva des mots doux comme le miel pour parler de la naissance du pauvre Roi et de la petite ville de Bethléem.

François d’Assise a créé ainsi la première crèche vivante alors que ces scènes étaient déjà jouées depuis plusieurs siècles par des acteurs dans les mystères de la Nativité dans les églises puis sur leurs parvis, tableaux animés à l’origine des crèches spectacles. François d’Assise, après avoir été impressionné par sa visite de la basilique de la Nativité de Bethléem, voulut reproduire la scène de la Nativité lorsque cette basilique n’était plus accessible aux pèlerins à la suite de l’échec de la cinquième croisade. Il utilisa pour ce faire une mangeoire remplie de foin, un âne et un bœuf réels dans une grotte (appelée « Chapelle de la Crèche ») de la région où les frères mineurs avaient établi l’ermitage de Greccio accroché au flanc de la montagne, avec la coopération du seigneur du village Jean Velita de Greccio. L’originalité de François d’Assise est d’avoir célébré une crèche vivante dans un cadre naturel plus évocateur en associant les villageois du Greccio qui ont pu expérimenter la « Nativité » et avoir l’impression d’incarner les personnages des écrits bibliques. Thomas de Celano, premier biographe de François, rapporte que François prêcha, durant la messe de Noël, et que l’un des assistants le vit se pencher vers la crèche et prendre un enfant dans ses bras. Et tous les habitants de la ville vinrent entourer les frères et assister à la Messe de Minuit. Ils étaient si nombreux, avec leurs cierges et leurs lanternes, que le bois était éclairé comme en plein jour. La Messe fut dite au-dessus de la mangeoire qui servait d’autel.

La légende raconte que tout à coup, l’ami de saint François vit un petit enfant étendu dans la mangeoire. Il avait l’air endormi…Et François s’approcha, prit l’enfant tendrement dans ses bras. Puis le petit bébé s’éveilla, sourit à François, caressa ses joues et saisit sa barbe dans ses petites mains !

Et cet ami comprit que Jésus avait semblé endormi dans le cœur des humains et que c’est François qui l’avait réveillé par sa parole et par ses exemples.

François, qui assistait le prêtre à l’autel en qualité de diacre, parla si bien à la foule de la naissance de Jésus et de ce que veut dire Noël que tous furent remplis d’une grande joie.

L’année suivante, les habitants de Greccio avaient raconté avec tant d’admiration les merveilles de cette belle nuit de Noël que, un peu partout, on se mit à reconstituer, dans des grottes ou des étables, la scène touchante de la naissance de Jésus.

À Greccio se trouve encore un ermitage franciscain qui commémore cette première crèche vivante. Plus tard, on place parfois un véritable enfant dans la mangeoire. Petit à petit, selon la tradition franciscaine, la coutume se répand, sous l’influence de Claire d’Assise et des prédicateurs franciscains, surtout dans les oratoires franciscains en Provence et en Italie, sous forme de crèches vivantes mais aussi de crèches fabriquées avec de grandes figurines en bois ou en terre et qui pouvaient être exposées plus longtemps. Ces figurines ont alors comme finalité de matérialiser l’image du Christ et de ses parents auprès de populations analphabètes.

La plus ancienne crèche monumentale et non vivante connue date de 1252 au monastère franciscain de Füssen en Bavière. Il s’agit d’une crèche permanente qui contient des personnages de différentes tailles en bois. Dans la basilique Sainte-Marie-Majeure est conservée la première crèche permanente réalisée en pierre en 1288, à la suite de la commande du Pape Nicolas IV au sculpteur Arnolfo di Cambio d’une représentation de la Nativité. Ces reproductions permanentes de la Nativité se développent particulièrement en Toscane, en Ombrie et surtout en Campanie avec les crèches napolitaines réalisées par des sculpteurs germaniques et qui apparaissent dans les églises au xive siècle puis dans les familles aristocratiques de Naples les siècles suivants.

Aux xve et xvie siècles, les fidèles dans les églises peuvent bercer les « repos de Jésus » en tirant sur le ruban attaché à ces berceaux. Au xve siècle, dans le cadre des progrès de l’horlogerie, apparaissent les crèches mécaniques qui deviennent populaires au xviie siècle dans toute l’Europe, telle le vertep russe.

Les premières crèches ressemblant à celles que nous connaissons (mise en scène occasionnelle et passagère de la Nativité non plus sur des peintures, fresques, mosaïques ou bas-reliefs mais avec des statues « indépendantes ») font leur apparition dans les églises et les couvents au xvie siècle, surtout en Italie, supplantant les formules précédentes. La première crèche miniature documentée historiquement date de 1562 à Prague. Ce sont surtout les Jésuites qui ont diffusé les crèches en modèle réduit (moins chères à confectionner et facilement transportables) dans les églises conventuelles de toute la chrétienté.

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ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE, DOCUMENTS PONTIFICAUX, DOGME DE L'ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE, DOGME DE L'ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE (1er novembre 1950), EGLISE CATHOLIQUE, VIERGE MARIE

Proclamation du dogme de l’Assomption (1er novembre 1950)

CONSTITUTION APOSTOLIQUE DE PIE XII SUR L ASSOMPTION

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Pie XII 1950 – CONSTITUTION APOSTOLIQUE MUNIFICENTISSIMUS DEUS DÉFINISSANT LE DOGME DE L’ASSOMPTION

 

DISCOURS PRONONCÉ APRÈS LA DÉFINITION DU DOGME DE L’ASSOMPTION DEVANT LA FOULE RÉUNIE SUR LA PLACE SAINT-PIERRE

(ier novembre 1950) 1

Après avoir chanté le Te Deum Laudamus, pour remercier Dieu d’avoir pu proclamer le dogme de Y Assomption de la Sainte Vierge, Pie Xli adressa à la foule de plus de cinq cent mille personnes un discours dont voici le texte :

Vénérables Frères, chers fils et filles réunis devant Nous et vous tous qui Nous écoutez dans cette ville sainte de Rome et dans toutes les régions du monde catholique ‘.

Emu par la proclamation, comme dogme de foi, de l’Assomption, corps et âme, de la Bienheureuse Vierge Marie au ciel ; exultant devant la joie qui inonde le coeur de tous les croyants, dont les voeux fervents sont exaucés, Nous Nous sentons irrésistiblement poussé à chanter avec vous un hymne de reconnaissance à l’aimable Providence de Dieu, qui a voulu réserver à vous la joie de ce jour et à Nous la consolation de ceindre le front de la Mère de Jésus et notre Mère, Marie, de l’éclatant diadème qui en couronne les privilèges uniques.

Au milieu des épreuves, cet acte est un rayon de soleil :

Par un mystérieux dessein de Dieu sur les hommes de la génération présente, si tourmentée et souffrante, égarée et déçue,

D’après le texte italien des A. A. S., XXXXII, 1050 p. 779.

2 Ce discours étant radiodiffusé, plus de cent millions d’auditeurs purent l’entendre ainsi que, d’ailleurs, toutes les cérémonies de la proclamation.

mais aussi salutairement inquiète dans la recherche d’un grand bien perdu, un coin de ciel s’ouvre, lumineux, rayonnant d’innocence, d’espérance, de vie bienheureuse, où siège, Reine et Mère, à côte du Soleil de justice, Marie.

Le peuple chrétien est intimement associé à cette proclamation :

Ardemment désiré depuis longtemps, ce jour est finalement Nôtre; et il est finalement vôtre. Notre voix était la voix des siècles, — et Nous dirions même la voix de l’éternité — lorsque, avec l’assistance de l’Esprit-Saint, elle a solennellement défini l’insigne privilège de notre Mère céleste. Et c’est le cri des siècles qui éclate aujourd’hui avec le vôtre, dans la vaste enceinte de ce lieu vénérable, déjà consacré par les gloires chrétiennes, havre spirituel de toutes les nations, et devenu maintenant autel et temple pour votre surabondante piété.

Comme secouées par les battements de vos coeurs et par les mouvements fervents de vos lèvres, voici que vibrent les pierres même de cette basilique patriarcale ; et avec elles, exultent avec de mystérieux frémissements, les innombrables temples antiques élevés partout en l’honneur de l’Assomption de Marie, monuments d’une foi unique et assises terrestres du trône céleste de gloire de la Reine de l’Univers.

Ce ier novembre est un jour de grâces :

En ce jour d’allégresse, du ciel entr’ouvert, avec le courant d’exultation des esprits célestes, qui s’accorde avec celle de toute l’Eglise militante, il doit descendre sur les âmes un torrent de grâces et d’enseignements qui susciteront un large renouveau de sainteté.

Aussi, vers une aussi sublime créature, levons-Nous les yeux avec confiance de cette terre, à l’heure actuelle, parmi notre génération, et à tous, Nous crions : Haut les coeurs !

Ceux qui peinent seront soulagés par la bénie Vierge Marie :

A tant d’âmes inquiètes et angoissées, triste partage d’un âge troublé et agité, âmes opprimées, mais non résignées, qui ne croient plus à la bonté de la vie, mais, comme contraintes, en acceptent seulement le moment présent, l’enfant humble et ignorée de Nazareth, maintenant glorieuse dans le ciel, ouvrira des horizons plus hauts et les encouragera à contempler à quel destin et à quelles oeuvres sublimes fut élevée Celle qui, choisie par Dieu pour être la Mère du Verbe incarné, accueillit docilement la parole du Seigneur.

Et vous, plus particulièrement proches de Notre coeur, inquiétude douloureuse de Nos jours et de Nos nuits, souci angoissé de chacune de Nos heures, vous, pauvres, malades, exilés, prisonniers, persécutés, bras sans travail et corps sans abri, affligés de tous genres et de tous pays ; vous à qui le séjour sur terre semble ne procurer que des larmes et des privations, quels que soient les efforts qui se font et qui doivent se faire pour vous venir en aide, levez votre regard vers Celle qui, avant vous, a parcouru les chemins de la pauvreté, du mépris, de l’exil, de la douleur, qui a eu l’âme transpercée par un glaive au pied de la Croix, et dont le regard plonge maintenant fixement dans l’éternelle lumière.

Que la Vierge obtienne que la charité règne sur le monde :

A ce monde sans paix, martyrisé par les défiances réciproques, par les divisions, par les contrastes, par les haines, parce que la foi est affaiblie en lui et presque éteint le sens de l’amour et de la fraternité dans le Christ, alors que Nous demandons avec une ardeur suppliante à la Vierge montée au ciel de ramener l’ardeur de l’amour et de la vie dans les coeurs humains, Nous ne Nous lassons pas de rappeler que rien ne doit prévaloir sur le fait et sur la conscience que nous sommes tous les enfants d’une même Mère, Marie, qui vit dans les cieux, lien d’union pour le Corps mystique du Christ, nouvelle Eve et nouvelle mère des vivants, qui veut conduire tous les hommes à la vérité et à la grâce de son divin Fils.

Et maintenant, prions pieusement à genoux :

De vibrantes acclamations saluèrent à plusieurs reprises ce discours. Après quoi Pie XII récita la prière qu’il a lui-même composée pour la circonstance .

PRIÈRE A LA SAINTE VIERGE HONORÉE DANS SON ASSOMPTION

(Ier novembre 1950)

Après avoir adressé la parole à la foule assemblée sur la Place Saint-Pierre, à la suite de la définition du Dogme de l’Assomption, le Saint-Père, à genoux, récita la prière suivante qu’il a composée lui-même :

1. O Vierge Immaculée, Mère de Dieu et Mère des hommes, nous croyons avec toute la ferveur de notre foi en votre Assomption triomphale, corps et âme, au ciel, où vous êtes acclamée Reine par tous les choeurs des anges et par toutes les phalanges des saints, et nous nous unissons à eux, pour louer et bénir le Seigneur, qui vous a exaltée sur toutes les autres créatures, et pour vous offrir l’élan de notre dévotion et de notre amour.

2. Nous savons que votre regard, qui maternellement enveloppait l’humble et souffrante humanité de Jésus sur la terre, se rassasie au ciel, en voyant l’humanité glorieuse de la sagesse incréée, et que la joie de votre âme à contempler face à face l’adorable Trinité fait tressaillir votre coeur de béatifiante tendresse. Et nous, pauvres pécheurs, nous dont le corps alourdit le vol de l’âme, nous vous supplions de purifier nos sens, pour que nous apprenions, dès ici-bas, à goûter Dieu et Dieu seul, dans la beauté des créatures.

3. Nous avons confiance que votre regard miséricordieux s’abaisse sur nos misères et sur nos angoisses, sur nos luttes et sur nos faiblesses : que vos lèvres sourient à nos joies et à nos victoires ; que vous entendez la voix de Jésus vous dire de chacun de nous, comme jadis de son disciple bien-aimé : « Voilà votre fils. »

Et nous, qui vous invoquons comme notre Mère, nous vous prenons, comme saint Jean, pour être notre guide, notre force et notre consolation, en cette vie mortelle.

4. Nous avons la vivifiante certitude que vos yeux, qui ont versé des larmes sur cette terre baignée du sang de Jésus, se tournent encore vers ce pauvre monde en proie aux guerres, aux persécutions, à l’oppression des justes et des faibles. Et nous, dans les ténèbres de cette vallée de larmes, nous attendons de votre céleste lumière et de votre maternelle compassion le soulagement des peines de nos coeurs, des épreuves de l’Eglise et de nos patries.

5. Nous croyons enfin que dans la gloire, où vous régnez, « vêtue de soleil et couronnée d’étoiles », vous êtes, après Jésus, la joie et l’allégresse de tous les anges et de tous les saints. Et nous, de cette terre où nous passons en pèlerins, réconfortés par la foi en la future résurrection, nous regardons vers Vous, notre vie, notre douceur, notre espérance ; attirez-nous par la suavité de votre voix, pour nous montrer, un jour, après notre exil, Jésus, le fruit béni de votre sein, ô clémente, ô miséricordieuse, ô douce Vierge Marie.

Après avoir récité cette prière, et donné au monde la bénédiction apostolique, avec indulgence plênière, le Souverain Pontife pénétra dans la Basilique Saint-Pierre pour y chanter l’office de None, suivi de la Messe Papale dont le texte nouveau, en l’honneur de VAssomption, était chanté pour la première fois 2.

Messe dont l’Introït commence par ces mots : Signum magnum apparuit in caelo..

DISCOURS AUX ÉVÊQUES VENUS A ROME POUR LA DÉFINITION DU DOGME DE L’ASSOMPTION

(2 novembre 1950) 1

Le lendemain de la définition du dogme de l’Assomption, le Souverain Pontife reçut en audience les membres du Sacré-Collège et les Evêques qui étaient venus à Rome pour assister à cette cérémonie ; le Pape y prononça le discours que voici :

C’est avec une émotion telle que Nous en avons rarement éprouvé au cours des années de Notre pontificat que Nous vous saluons, Vénérables Frères, Notre bonheur et la couronne de Notre joie. Le motif de cette consolation vous est évident. Un dessein du Dieu éternel, dont la nature est la bonté, Nous a choisi, bien qu’indigne, Nous qui, depuis Notre jeune âge, honorons d’un culte très ardent la Sainte Mère de Dieu, pour sceller par un décret de Notre magistère suprême et déclarer par une proclamation exempte d’erreur que l’Assomption au ciel, en corps et en âme, de la Vierge immaculée, Mère de Dieu, est une vérité de foi divinement révélée.

Tel est le motif de Notre consolation et de Notre joie, de même qu’hier Notre joie fut grande de vous voir si nombreux autour de Nous dans l’exercice des prérogatives de Notre ministère, confirmant par votre présence les suffrages quasi unanimes que vous aviez émis, témoins également de la foi de vos fidèles en ce grand mystère qui regarde et la Mère de Dieu et nous-mêmes.

t A. A. S., XXXXII, 1950, p. 784-

La présence de tant d’evêques réunis est un fait extraordinaire et significatif dans l’histoire de l’Eglise :

C’est une heure solennelle que Nous avons conscience de passer avec vous. Jamais assurément, dans les fastes de l’Eglise, excepté au moment du Concile oecuménique du Vatican, un plus grand nombre d’évêques n’entoura le Successeur du Prince des Apôtres2. Les progrès de la technique et le perfectionnement des moyens de transport ont rendu possible cet heureux rassemblement, non sans un grand profit pour l’unité de l’Eglise. Aussi rendons-Nous grâce à la Providence divine de ce que ces avantages matériels ont été procurés au moment où, sous l’impulsion de la grâce, se fait sentir, aussi bien chez les pasteurs que chez les fidèles qui leur sont confiés, une volonté d’unité, plus efficace que jamais peut-être dans l’histoire.

Le fait que de régions éloignées et même des extrémités du monde, vous soyez réunis ici, est un nouveau et très éloquent témoignage sur la nature de l’Eglise qui embrasse dans son sein toutes les nations.

Cette audience est la plus solennelle et la plus importante de l’Année Sainte :

Aux spectacles que cette Année Sainte a ménagés comme aucune des précédentes, votre nombreuse assemblée met comme un couronnement en montrant de façon lumineuse comment les catholiques de toute race et de toute langue s’unissent dans la charité.

Toutefois, les evêques des pays soumis au joug soviétique sont absents. Ils n’ont pas reçu de leurs gouvernements respectifs les autorisations nécessaires. Bien plus, un certain nombre d’entre eux sont en prison :

Cependant, l’âme remplie d’une vive douleur, Nous ne pouvons taire ce qui n’est pas imputable à la faute de l’Eglise, mais à la violence extérieure. Il manque, hélas ! parmi vous et parmi les groupes de pèlerins, ceux à qui a été refusée la liberté de se joindre pacifiquement à leurs frères pour confesser une même

2 Au Concile du Vatican en 1870, 600 evêques furent présents. En ces fêtes du premier novembre, il y eut 39 cardinaux, 7 patriarches, 193 archevêques et 369 evêques réunis à Rome.

foi dans cette ville de Rome que l’univers chrétien considère comme sa mère aimée et aimante et comme sa capitale. O fils très regrettés, lamentablement privés des droits sacrés de la liberté, vous n’êtes pas sortis de Notre coeur ; bien plus, s’il convenait que Notre amour pour les brebis du Christ comportât des degrés, vous auriez la première place dans Notre bienveillance. Chaque jour, Nous prions instamment pour vous et pour les nations auxquelles vous appartenez.

Il est ridicule d’accuser l’Eglise de faire de la politique, encore bien plus d’être un agent qui pousse à la guerre. Aussi, le Saint-Père repousse les calomnies communistes qui disent que l’Eglise catholique est l’alliée du capitalisme américain :

Nous savons distinguer le vrai du faux, Nous savons distinguer les peuples des idéologies qu’on leur impose, bien qu’elles entraînent la ruine temporelle et éternelle. Si Nous avons rejeté et condamné certaines idéologies, Nous ne l’avons pas fait contre certaines nations ou contre aucun Etat en tant que tel, mais Nous avons protesté contre des opinions erronées qui s’efforcent de détruire la notion même de Dieu et la foi chrétienne et usent dans ce but infâme du pouvoir des partis politiques. Nous n’avons rien dit ni rien fait, sinon ce que la conscience de Notre devoir, qui est pour Nous un ordre, a demandé de Nous.

Une fois de plus, le Pape stigmatise les idéologies et les régimes antireligieux. En ce faisant, l’Eglise demeure strictement attachée à ses fonctions spirituelles qui lui sont propres :

Est-il donc besoin, dans ce discours que Nous vous adressons, de repousser l’accusation que certains — vous devinez tous à qui Nous faisons allusion — portent contre le Pontife Romain, de vouloir la guerre, de s’employer à fomenter et à provoquer la guerre, et de se mettre en cela au service d’un Etat considérable et puissant. Si ces dernières années, la guerre mondiale à peine achevée, les nations n’ont cessé d’être agitées et troublées, comme par un tremblement de terre, par la crainte d’un nouveau conflit armé, la faute n’en est nullement à rejeter sur l’Eglise et sur son Chef suprême, qui furent les défenseurs et soutiens de la paix. Les jugements que Nous avons cru devoir porter sur la paix et la guerre, Nous les avons portés ouvertement et librement — pour ne pas parler de Nos autres documents —

Dans ce message, le Pape disait : « Jamais depuis la cessation des hostilités, les esprits ne se sont sentis comme aujourd’hui accablés par le cauchemar d’une nouvelle guerre et par le désir ardent de la paix » (cf. Documents Pontificaux 1948, p. 440).

4 Luc, 1, 37.

Le 19 décembre 1941, un induit accordait des élargissements à la loi du jeûne et de l’abstinence (A. A. S., 33, 1941, p. 516). Durant la guerre, les evêques avaient la

dans Notre message radiophonique adressé au monde entier la veille de Noël 1948. Alors, en vérité, Nous ne pensions pas que dans un si bref délai, les événements confirmeraient Nos paroles3.

Le Pape invite à prier pour que la paix soit accordée au monde :

Nous sommes loin cependant d’abandonner tout espoir de voir la paix sauvegardée sans le risque d’une nouvelle guerre. Que Dieu, à qui rien n’est impossible 4, écarte les sinistres maux qu’on prévoit. Que Marie, la Mère très bonne de la grâce, la Mère de la Miséricorde, implore Dieu pour la conservation de la paix. Ce sera la première et très instante prière que Nous adresserons à la Reine des cieux après Nous être réjoui vivement d’avoir ajouté à ses louanges et à son honneur. Et vous, vénérables Frères, exhortez le clergé et les fidèles confiés à votre vigilance à s’efforcer incessamment et de toutes leurs forces de favoriser la vraie paix par leur charité, leurs prières et le don d’eux-mêmes.

Et Pie XII rappelle les devoirs de pénitence qui incombent à tout chrétien :

Saisissant donc les armes spirituelles, qu’ils engagent sous le signe de la Croix un saint combat. Nous voulons profiter de l’occasion qui Nous est actuellement offerte pour vous dire publiquement à vous, vénérables Frères, et à tous ceux qui portent le nom de catholiques, ce à quoi Nous réfléchissons depuis longtemps déjà. Vous savez que la loi ecclésiastique de l’abstinence et du jeûne a été très allégée en ces dernières années, sous la pression des circonstances dans lesquelles se trouvaient un très grand nombre de catholiques, ceux surtout qui habitent les grandes villes et qui travaillent dans les usines : pour eux, l’observation de l’ancienne loi était dure et presque impossible. C’est pourquoi le changement dont Nous venons de parler a été apporté provisoirement5.

Les chrétiens de notre temps dégénéreraient de la vertu de leurs ancêtres si, à un moment où sévissent plusieurs de ces démons qui, selon les paroles du Divin Maître, ne peuvent être chassés que par le jeûne et par la prière6 et où l’immolation spirituelle de soi est absolument nécessaire pour dominer et repousser tant de maux de l’ordre social et moral, ils ne compensaient par des oeuvres de pénitence volontaire convenant à notre époque l’affaiblissement de la vénérable loi ancienne. Cela se fait déjà assurément.

Le Pape loue tous ceux qui ont exercé la charité, pour soulager les souffrances de la guerre :

En ce qui concerne les oeuvres de charité, accomplies après la dernière guerre mondiale, et au temps même de la guerre, c’est une grande consolation pour Notre coeur de reconnaître que la libéralité des catholiques a été telle qu’elle ne craint la comparaison avec aucune autre sorte de libéralité accomplie aux âges précédents. En ce qui Nous concerne, profitant également de cette occasion, Nous adressons Nos remerciements aux Evêques du monde entier, à ceux en premier lieu qui exercent leur ministère- dans les régions riches et aux fidèles qui leur sont confiés, pour Nous avoir abondamment fourni les secours grâce auxquels Nous avons pu subvenir à l’indigence de tant de malheureux.

De même, les chrétiens ont gardé l’esprit de pénitence au cours de leurs épreuves :

Outre la munificence que Nous avons rappelée, les faits nous montrent que le goût de la pénitence reste encore vif dans l’Eglise ; il se manifeste clairement lorsqu’on supporte d’un coeur tranquille et fort l’épreuve ou la misère, permises ou envoyées par Dieu, ou bien lorsqu’on renonce spontanément au plaisir immodéré.

faculté de dispenser leurs fidèles de l’obligation du jeûne et de l’abstinence sauf le Mercredi des Cendres et le Vendredi-Saint. Un décret de la Sacrée Congrégation du Concile au 28 janvier 194g — constatant qu’il y a une amélioration de la situation économique et en vue de 1 Année Sainte — décida que l’abstinence doit être rétablie tous les vendredis de l’année ; Ie jeûne et l’abstinence le Mercredi des Cendres, le Vendredi-Saint, aux vigiles de l’Assomption et de Noël (cf. Documents Pontificaux 1949, p. 35). » Matth., 17, 20.

II faut dénoncer toutefois ceux qui s’adonnent sans mesure aux plaisirs :

Nous ne pouvons faire allusion au plaisir sans déplorer l’accroissement intolérable des dépenses de luxe qui contrastent durement avec la misère d’un grand nombre. Sans aucun doute, le luxe et la soif des plaisirs sont la suite d’une conception de la vie viciée par le matérialisme et ils engendrent des moeurs correspondantes. Peut-il en être autrement ? En effet, quand l’homme perd le sens de sa dignité, quand, dans sa conduite, il rejette la mesure et l’équilibre et méprise les valeurs spirituelles, surnaturelles et éternelles, au lieu de reconnaître en elles la vraie source du bonheur, l’avarice et le désir effréné des biens de la terre débordent ; au lieu du respect dû à Dieu et à sa Majesté, c’est le culte de la technique et de la force brutale. Nous ne retirons pas ni ne désavouons les éloges que Nous avons faits plus haut. Mais on ne peut ignorer et nier ce flot de plaisirs et de luxe qui roule comme un torrent, qui ne passera point sans atteindre aussi les catholiques et même pénétrera sérieusement ici et là leur milieu. L’Eglise, Mère bienveillante et indulgente, ne contraint la liberté que là où le réclament la simplicité de la vie chrétienne, l’observation de la morale et le devoir de subvenir à l’indigence d’autrui. La joie n’est-elle pas comme un caractère et un ornement des nations catholiques ? Toutefois, la recherche des plaisirs de la vie ne doit pas outrepasser la mesure de l’honnête.

Les chrétiens doivent obéir à la loi de la pénitence :

Nous exhortons donc vivement tous les fidèles à s’enrôler sous le signe du renoncement chrétien et du don de soi, qui va au-delà de ce qui est prescrit et fait mener le combat généreusement, à chacun selon ses forces, selon l’appel de la grâce et sa propre condition. Il y a donc plusieurs buts à atteindre. Chacun doit d’abord par la pénitence expier ses tautes, purifier son âme des souillures du péché, s’affermir et se sanctifier. Il faut ensuite être un exemple et un stimulant pour ses frères dans la foi et pour ceux du dehors ; ce qu’on retranchera à la vanité, on le donnera à la charité, on le donnera miséricordieusement à l’Eglise et aux pauvres. Les fidèles de la primitive Eglise se conduisaient ainsi ; par le jeûne et l’abstinence, ils accroissaient les ressources de leur charité. L’imitation de leur exemple est digne de louange et convient à notre situation et à notre époque, non seulement dans telle ou telle région qui se fait remarquer par sa libéralité et secourt l’Eglise, mais à toutes les régions de la terre sans exception.

Vénérables Frères, Nous avons vivement à coeur que Notre conseil se réalise pleinement. A nos oreilles comme aux oreilles des premiers chrétiens, résonne l’exhortation de l’Apôtre Paul : « J’accomplis en ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ, pour son corps qui est l’Eglise ‘. » Nous avons tous à nous évertuer « dans la patience, les travaux, les jeûnes, dans une charité vraie 8 » selon le mot du même Apôtre, àconstruire le règne de Dieu. N’est-ce pas expressément pour les prêtres que retentit cette parole menaçante : « Je châtie mon corps et je le réduis en servitude, de peur qu’ayant prêché aux autres, je ne sois moi-même réprouvé   »

Après avoir prié la Sainte Vierge afin que Dieu accorde la paix au monde, il faut lui demander que par la pratique de la pénitence, les chrétiens lavent le monde du péché :

Tel est le deuxième motif qui Nous fait demander l’aide puissante de la Mère de Dieu. Que Marie élevée au Ciel, Elle dont l’âme et le corps ignorent absolument toute faute, nous obtienne de Son divin Fils l’accomplissement de notre espoir.

Le désordre social que le monde connaît est en grande partie la conséquence du fait que le mariage chrétien est méprisé en plusieurs régions :

Si nous considérons avec plus de soin le monde où nous vivons, de très graves problèmes, ceux notamment qui concernent le mariage et la famille, réclament plus instamment notre attention et notre zèle. Nous ne croyons point Nous tromper en estimant que le désordre qui trouble d’une manière générale et profonde l’institution de la famille, mine comme une maladie la société d’aujourd’hui et s’aggrave malgré les écrits si nombreux qui traitent de ces questions, théoriquement ou pratiquement ; il ne peut en être autrement tant que ceux qui

‘ Col., 1, 24.

II. Cor., 6, 4-6.

« I. Cor., 9, 27.

veulent guérir cette plaie séparent le mariage de la loi divine telle que la nature de l’homme la révèle de toute part et que la doctrine de l’Eglise la promulgue.

Une vaste offensive d’immoralité balaye le monde :

Le langage n’arrive pas à décrire le torrent fangeux des livres, brochures, essais, journaux de tout genre qui, par leurs propos et leurs images sans sérieux ni pudeur, corrompent le bon sens populaire et la vraie notion d’humanité.

Souvent, ces campagnes immorales se font sous le couvert d’une fausse science :

Certes, Nous n’ignorons pas et ne méprisons pas les progrès dont se glorifient la médecine, la psychologie et la science sociale. C’est Notre vif désir que le soin des âmes, les consultations matrimoniales et les institutions familiales en profitent. Mais Nous réprouvons et Nous condamnons le fait qu’au-delà des recherches honnêtes et sérieuses, se développe une misérable littérature qui, sous le couvert d’une science fausse et trompeuse, pousse les ignorants à éprouver les plaisirs malsains et à couvrir, sous le fard d’une science fausse, les poussées ténébreuses de leur nature corrompue.

Il est faux de prétendre que la science a tous les droits :

Il ne convient pas que les chercheurs et les praticiens d’un art exposent sans prudence à leurs clients, au détriment de l’âme et du corps, ce qui est pour eux-mêmes science utile. Il ne faut pas laisser s’accréditer l’opinion erronée, si répandue au temps de « l’illuminisme » qu’il suffit de savoir pour être vertueux 10. Cette opinion, toujours dangereuse, est ici mortelle.

Le mariage ne peut être subordonné à la science, il ne peut l’être également aux données sociales et économiques :

Tout aussi nuisibles sont les idées que l’on répand et propage dans le peuple pour créer une opinion artificielle, laquelle,

10 L’« illuminisme » se développa principalement au XVIIIe siècle. Ce système professait la croyance que la science suffisait désormais à tout expliquer et à procurer le bonheur aux hommes.

par contrainte morale, et plus souvent économique, réglera les relations entre les sexes, suggérera la façon de contracter le mariage et de constituer la famille. L’ordre moral n’est-il pas renversé quand l’homme, image de Dieu, se laisse conduire en sa vie la plus intime, par des gens qui ne poursuivent bassement que leurs intérêts ?

// convient de former une opinion publique qui ait des idées saines sur le mariage :

Une opinion saine et pure sur le mariage est sans doute une force qui peut appuyer les principes et les règles de la vie ; aussi est-elle nécessaire. Mais si on la proclame saine et si elle est telle, elle n’est pas seulement une prescription imposée de l’extérieur ; elle est avant tout une doctrine qui jaillit de la nature humaine prise en son entier et qui lie l’homme à Dieu et à la loi de Dieu.

Le mariage doit être considéré comme une institution sacrée :

Le point principal de Nos réflexions est l’union étroite du mariage et de la famille avec la loi de Dieu. Seule la reconnaissance du lien sacré du mariage donne, dans les difficultés de la vie, la garantie indispensable de la protection qu’il faut contre la légèreté humaine, l’Inconstance, l’esprit de changement. Même dans l’adversité, cet engagement sacré fait sentir sa force bienfaisante, sauvegarde le caractère de la société domestique et maintient dans la vérité et la fidélité le lien qui unit les époux.

17 esf faux de rejeter la loi divine qui dicte aux hommes les règles à suivre :

A ce sujet, bien des catholiques même ont des idées fausses et confuses. Une fausse philosophie enseigne, en effet, qu’il faut absolument rejeter une norme donnée du dehors, à savoir la loi, comme étant étrangère à la vraie nature de l’homme et dissolvant les forces de la vie intacte et féconde. Il est donc clair que cette philosophie ruine la morale conjugale telle qu’elle règne là où la doctrine de l’Eglise est observée.

Au contraire, il faut proclamer que le salut des hommes et des sociétés, réside dans l’observance de la loi divine :

C’est pourquoi il n’y a rien de plus important que de faire connaître à temps et le plus largement possible ce point de

doctrine, à savoir que l’homme, né pour atteindre le bonheur temporel et éternel, ne peut atteindre ni l’un ni l’autre qu’en accomplissant les devoirs auxquels il est tenu et en obéissant à la loi de Dieu.

Aucun motif ne peut être invoqué pour désobéir aux lois sur les-dles Dieu même a basé la vie familiale.

Si on écarte cette dépendance, il y a des choses que l’on ne peut ni comprendre ni assurer : le droit pour chaque personne d’être protégée et de se perfectionner, la liberté de cette même personne, la conscience d’avoir à rendre compte de nos actes. Si quelqu’un en appelle au don de la liberté que Dieu lui a concédé pour se déclarer dispensé d’observer l’ordre divin, il prononce des paroles qui se contredisent. On ne peut jamais s’engager sur cette voie parce qu’elle est criminelle et ruineuse, même lorsqu’on veut venir au secours des hommes dans les dures crises de la vie conjugale. Il est donc pernicieux, tant pour l’Eglise que pour la société civile, que les pasteurs d’âmes, dans leur enseignement, et dans la vie courante, se taisent habituellement et délibérément lorsque, dans le mariage, sont violées les lois de Dieu qui sont toujours en vigueur, quelles que soient les circonstances. On cherche des excuses principalement dans les privations et dans la pauvreté qui rendent ordinairement dur l’état familial. Notre coeur de Père regrette et déplore tout cela, mais il n’est pas permis de s’écarter de l’ordre ferme et stable établi par Dieu. Que nulle part et jamais il ne faiblisse ; mais il faut, dans une nécessité urgente, que l’ordre social soit amélioré. Si tout chrétien, par justice et par charité, doit concourir à cet heureux changement, cela importe d’autant plus qu’il s’agit de porter secours à une immense multitude d’hommes, qui ne peuvent mener une vie conjugale juste, honnête et heureuse, qu’en triomphant de très rudes difficultés.

Il y a une fausse conception de la sécurité sociale :

Il y a une parole que l’on répète actuellement beaucoup : « sécurité sociale ». Si cela veut dire sécurité grâce à la société, Nous craignons beaucoup, Vénérables Frères, que le mariage et la famille n’en souffrent. Comment donc ? Nous craignons non seulement que la société civile entreprenne une chose qui, de soi, est étrangère à son office, mais encore que le sens de la vie chrétienne et la bonne ordonnance de cette vie n’en soient affaiblis, et même ne disparaissent. Sous cette appellation, on entend déjà prononcer des formules malthusiennes, sous cette appellation, on cherche à violer entre autres les droits de la personne humaine ou du moins leur usage, même le droit au mariage et à la procréation.

Le Pape énonce les notions acceptables concernant la sécurité sociale :

Pour les chrétiens et en général, pour ceux qui croient en Dieu, la sécurité sociale ne peut être que la sécurité dans la société et avec la société, dans laquelle la vie surnaturelle de l’homme, la fondation et le progrès naturels du foyer et de la famille sont comme le fondement sur lequel repose la société elle-même avant d’exercer régulièrement et sûrement ses fonctions.

La famille étant l’assise solide sur laquelle on peut bâtir la société, il faut prier la Vierge afin que les hommes reviennent à l’institution familiale telle qu’elle a été voulue par Dieu :

Dans les années désastreuses qui viennent de s’écouler, la famille, bien qu’affaiblie de multiples manières, a montré clairement quelle était sa force de résistance. En effet, appuyée sur sa force naturelle, elle triomphe facilement de toutes les autres institutions humaines. C’est pourquoi, si l’on s’efforce activement d’aider la société humaine, il ne faut rien négliger pour que la famille soit préservée, soutenue et soit capable de pourvoir à sa propre défense. Telle est la troisième chose qu’avec d’instantes prières, Nous demandons à la Vierge de l’Assomption. Comme le mariage et la famille se trouvent dans des conditions si défavorables que l’espoir de leur triomphe est incertain, que Marie veuille par une supplication toute puissante implorer Dieu, Notre Créateur et Rédempteur, pour que les hommes reviennent au respect de la haute idée du mariage, qu’il a Lui-même voulu et établi, pour que les fils, de l’Eglise contractent toujours le mariage par le moyen du sacrement et uniquement entre eux, et par la chasteté de leur union, soient comme l’image de l’admirable lien qui unit le Christ et l’Eglise.

Là où règne la loi chrétienne du mariage, là aussi fleurit la virginité. Il faut donc promouvoir à la fois les principes sacrés qui fondent la famille et les avantages de la vie religieuse dans la chasteté totale au service de Dieu : ..)!;;

Là où les unions pures sont florissantes et ornées des vertus chrétiennes, fleurit également et dans la même mesure, la virginité nourrie de l’amour du Christ. Exhortez votre clergé, Nous vous en prions, à faire le plus grand cas de cette forme de vie supérieure qui égale les hommes aux anges, à la cultiver religieusement et à inviter aussi les autres à suivre un si noble chemin, spécialement le sexe féminin dont la coopération dans l’apostolat ne peut fléchir sans que l’Eglise en souffre grandement.

Telles sont les trois prières que l’Eglise fait en ce jour à la Bénie Vierge Marie :

Telles sont les trois prières ardentes que Nous adressons à Dieu après avoir invoqué le patronage efficace de la très bienveillante Vierge Marie, et Nous sommes certains, Vénérables Frères, d’avoir votre plein accord.

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En plus, le Pape rappelle aux evêques la nécessité :

— de maintenir l’intégrité de la Foi et, en particulier, veiller à observer ce qui est proclamé dans l’Encyclique Humani Generis 11 ;

— de promouvoir la sanctification du clergé telle qu’elle est précisée par l’Exhortation : Menti Nostrae 12. , j

A ce que Nous avons dit, il n’est point nécessaire que Nous ajoutions deux points qui Nous tiennent extrêmement à coeur, l’un concernant la conservation de l’intégrité de la doctrine catholique, l’autre le zèle pour la formation et la sanctification du clergé. Nous avons, en effet, traité longuement de ces sujets dans l’Encyclique Humani Generis et dans l’Exhortation Menti Nostrae.

Le Saint-Père félicite les evêques d’être si étroitement unis au Siège de Rome :

Cependant, c’est Notre ardent désir en cette réunion, si imposante et vraiment unique, de dire combien Notre coeur est

11 Encyclique Humani Generis, 12 août 1950, p. 295.

12 Exhortation Menti nostree, 15 septembre 1950, p. 394.

ému de reconnaissance en voyant les évêques du monde entier s’acquitter de leur office de telle manière, que s’attachant fidèlement au successeur de saint Pierre, ils font preuve d’une conscience admirable, d’une vigilance active de la religion et d’une énergique volonté d’action.

Etant donné cette union compacte de l’Episcopat : l’Eglise n’a rien à craindre des assauts livrés par ses ennemis :

Que s’élèvent donc les vagues écumantes et continuellement renouvelées de la tempête qui, soit de l’intérieur, soit de l’extérieur, sévit contre l’Eglise, leurs efforts se briseront contre cette inébranlable volonté d’unité dont Nous avons parlé et que le divin Rédempteur, dans sa dernière prière sacerdotale13, a recommandée, pour ne pas parler de la promesse du Christ dans laquelle il a affirmé lui-même que les portes de l’Enfer ne prévaudraient pas contre l’Eglise 14.

L’âme remplie de consolation et d’une sainte joie, à vous tous, Vénérables Frères, qui êtes ici maintenant, et à tous vos collègues répandus dans l’univers, ainsi qu’aux prêtres et aux fidèles confiés à vos soins, de tout coeur et volontiers, Nous accordons la Bénédiction apostolique.

13 Jean, 17, 13-21.

14 Matth., 16, 18.

Au cours de l’audience générale du samedi 4 novembre, 25.000 professeurs et élèves de l’enseignement moyen italien étaient présents. Ceux-ci offrirent au Saint-Père une « cathedra », symbole du magistère enseignant et des milliers d’exemplaires de l’Evangile destinés à être distribués dans les pays de mission.

S’adressant à cette foule, le Pape dit :

Emu plus que Nous ne pourrions le dire, chers fils et filles, qui représentez ici l’Ecole Secondaire, professeurs et élèves. Nous accueillons avec joie vos personnes et les dons que vous venez Nous offrir. Ces dons, sans parler de leur valeur artistique, sont comme la traduction à la fois matérielle et spirituelle des pensées que Nous avons développées devant vous, à l’occasion de votre Congrès de l’année dernière 2 : la Cathedra, don des professeurs ; le « livret missionnaire », don des élèves. C’est vraiment la réponse filiale à Nos paternelles exhortations, et comme leur écho prolongé transmis aux générations futures.

Une cathedra ! Une chaire de Maître : Cathedra docentis ! Le Magistère, comme Nous disions alors, n’est-il pas la première charge de Notre Siège apostolique ? Vous nous offrez une chaire, en en soulignant la signification symbolique avec les figures, — personnages historiques et allégoriques —, qu’y a sculptées le ciseau de l’artiste s. Sur cette chaire pontificale, sur

D’après le texte italien de VOsservatore Romano des 6 et 7 novembre 1950.

Le 6 septembre 1949, Pie XII prononçait un discours à l’adresse des membres de l’Union catholique italienne des Professeurs de l’enseignement secondaire (cf. Documents Pontificaux 1949, p. 358).

Cette cathedra est une oeuvre d’art due au sculpteur Venturino et représentant en figurines l’histoire de l’enseignement catholique depuis la venue du Christ jusqu’à nos jours

Pie XII 1950 – CONSTITUTION APOSTOLIQUE MUNIFICENTISSIMUS DEUS DÉFINISSANT LE DOGME DE L’ASSOMPTION

Pie XII 1950 – DISCOURS AUX ÉVÊQUES VENUS A ROME POUR LA DÉFINITION DU DOGME DE L’ASSOMPTION

 

 

 

 

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APERUIT ILLIS, DOCUMENTS PONTIFICAUX, FRANÇOIS (pape), LE DIMANCHE DE LA PAROLE DE DIEU, MOTU PROPRIO APERUIT ILLIS

Motu Proprio Aperuit illis

François Motu Proprio

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LETTRE APOSTOLIQUE EN FORME DE «MOTU PROPRIO»

DU SOUVERAIN PONTIFE FRANÇOIS

APERUIT ILLIS

PAR LAQUELLE EST INSTITUÉ LE DIMANCHE DE LA PAROLE DE DIEU

 

  1. « Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures » (Lc24, 45). Voilà l’un des derniers gestes accomplis par le Seigneur ressuscité, avant son Ascension. Il apparaît aux disciples alors qu’ils sont rassemblés dans un même lieu, il rompt avec eux le pain et ouvre leur esprit à l’intelligence des Saintes Écritures. À ces hommes effrayés et déçus, il révèle le sens du mystère pascal : c’est-à-dire que, selon le projet éternel du Père, Jésus devait souffrir et ressusciter des morts pour offrir la conversion et le pardon des péchés (cf. Lc24, 26.46-47) et promet l’Esprit Saint qui leur donnera la force d’être témoins de ce Mystère de salut (cf. Lc 24, 49).

La relation entre le Ressuscité, la communauté des croyants et l’Écriture Sainte est extrêmement vitale pour notre identité. Si le Seigneur ne nous y introduit pas, il est impossible de comprendre en profondeur l’Écriture Sainte. Pourtant le contraire est tout aussi vrai : sans l’Écriture Sainte, les événements de la mission de Jésus et de son Église dans le monde restent indéchiffrables. De manière juste, Saint Jérôme pouvait écrire : « Ignorer les Écritures c’est ignorer le Christ » (In Is., prologue : PL 24, 17)

 

  1. En conclusion du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde, j’avais demandé que l’on pense à « un dimanche entièrement consacré à la Parole de Dieu, pour comprendre l’inépuisable richesse qui provient de ce dialogue constant de Dieu avec son peuple » (Misericordia et misera, n. 7). Consacrer de façon particulière un dimanche de l’Année liturgique à la Parole de Dieu permet, par-dessus tout, de faire revivre à l’Église le geste du Ressuscité qui ouvre également pour nous le trésor de sa Parole afin que nous puissions être dans le monde des annonciateurs de cette richesse inépuisable. À cet égard, les enseignements de Saint Éphrem me viennent à l’esprit : « Qui donc est capable de comprendre toute la richesse d’une seule de tes paroles, Seigneur ? Ce que nous en comprenons est bien moindre que ce que nous en laissons, comme des gens assoiffés qui boivent à une source. Les perspectives de ta parole sont nombreuses, comme sont nombreuses les orientations de ceux qui l’étudient. Le Seigneur a coloré sa parole de multiples beautés, pour que chacun de ceux qui la scrutent puisse contempler ce qu’il aime. Et dans sa parole il a caché tous les trésors, pour que chacun de nous trouve une richesse dans ce qu’il médite » (Commentaires sur le Diatessaron, 1, 18).

Par cette Lettre, j’entends donc répondre à de nombreuses demandes qui me sont parvenues de la part du peuple de Dieu, afin que, dans toute l’Église, on puisse célébrer en unité d’intentions le Dimanche de la Parole de Dieu. Il est désormais devenu une pratique courante de vivre des moments où la communauté chrétienne se concentre sur la grande valeur qu’occupe la Parole de Dieu dans son quotidien. Dans les diverses Églises locales, de nombreuses initiatives rendent les Saintes Écritures plus accessibles aux croyants, ce qui les rend reconnaissants pour un tel don, engagés à le vivre quotidiennement et responsables de le témoigner avec cohérence.

Le Concile œcuménique Vatican II a donné une grande impulsion à la redécouverte de la Parole de Dieu par la Constitution dogmatique Dei Verbum. De ces pages, qui méritent toujours d’être méditées et vécues, émerge clairement la nature de l’Écriture Sainte, transmise de génération en génération (chap. II), son inspiration divine (chap. III) qui embrasse Ancien et Nouveau Testament (Chap. IV et V) et son importance pour la vie de l’Église (chap. VI). Pour accroître cet enseignement, Benoît XVI convoqua en 2008 une Assemblée du Synode des Évêques sur le thème « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église », à la suite de laquelle il publia l’Exhortation Apostolique Verbum Domini, qui constitue un enseignement incontournable pour nos communautés[1]. Dans ce document, le caractère performatif de la Parole de Dieu est particulièrement approfondi surtout, lorsque dans l’action liturgique, émerge son caractère proprement sacramentel[2].

Il est donc bon que ne manque jamais dans la vie de notre peuple ce rapport décisif avec la Parole vivante que le Seigneur ne se lasse jamais d’adresser à son Épouse, afin qu’elle puisse croître dans l’amour et dans le témoignage de foi.

 

  1. J’établis donc que le IIIeDimanche du Temps Ordinaire soit consacré à la célébration, à la réflexion et à la proclamation de la Parole de Dieu. Ce dimanche de la Parole de Dieu viendra ainsi se situer à un moment opportun de cette période de l’année, où nous sommes invités à renforcer les liens avec la communauté juive et à prier pour l’unité des chrétiens. Il ne s’agit pas d’une simple coïncidence temporelle : célébrer le Dimanche de la Parole de Dieuexprime une valeur œcuménique, parce que l’Écriture Sainte indique à ceux qui se mettent à l’écoute le chemin à suivre pour parvenir à une unité authentique et solide.

Les communautés trouveront le moyen de vivre ce dimanche comme un jour solennel. Il sera important, en tout cas que, dans la célébration eucharistique, l’on puisse introduire le texte sacré, de manière à rendre évidente à l’assemblée la valeur normative que possède la Parole de Dieu. En ce dimanche, de façon particulière, il sera utile de souligner sa proclamation et d’adapter l’homélie pour mettre en évidence le service rendu à la Parole du Seigneur. Les Évêques pourront, en ce dimanche, célébrer le rite du lectorat ou confier un ministère similaire, pour rappeler l’importance de la proclamation de la Parole de Dieu dans la liturgie. Il est fondamental, en effet, de faire tous les efforts nécessaires pour former certains fidèles à être de véritables annonciateurs de la Parole avec une préparation adéquate, comme cela se produit de manière désormais habituelle pour les acolytes ou les ministres extraordinaires de la communion. De la même manière, les prêtres en paroisse pourront trouver la forme la plus adéquate pour la remise de la Bible, ou de l’un de ses livres, à toute l’assemblée, afin de faire ressortir l’importance d’en continuer la lecture dans sa vie quotidienne, de l’approfondir et de prier avec la Sainte Écriture, se référant de manière particulière à la Lectio Divina.

 

  1. Le retour du peuple d’Israël dans sa patrie, après l’exil babylonien, fut marqué de façon significative par la lecture du livre de la Loi. La Bible nous offre une description émouvante de ce moment dans le livre de Néhémie. Le peuple est rassemblé à Jérusalem sur la place de la Porte des Eaux à l’écoute de la Loi. Dispersé par la déportation, il se retrouve maintenant rassemblé autour de l’Écriture Sainte comme s’il était « un seul homme » (Ne8, 1). À la lecture du livre sacré, le peuple « écoutait » (Ne8, 3), sachant qu’il retrouvait dans cette parole le sens des événements vécus. La réaction à la proclamation de ces paroles fut l’émotion et les pleurs : « Esdras lisait un passage dans le livre de la loi de Dieu, puis les lévites traduisaient, donnaient le sens, et l’on pouvait comprendre. Néhémie le gouverneur, Esdras qui était prêtre et scribe, et les lévites qui donnaient les explications, dirent à tout le peuple : « Ce jour est consacré au Seigneur votre Dieu ! Ne prenez pas le deuil, ne pleurez pas ! » Car ils pleuraient tous en entendant les paroles de la Loi. […] Ne vous affligez pas : la joie du Seigneur est votre rempart ! » (Ne 8, 8-10).

Ces mots contiennent un grand enseignement. La Bible ne peut pas être seulement le patrimoine de quelques-uns et encore moins une collection de livres pour quelques privilégiés. Elle appartient, avant tout, au peuple convoqué pour l’écouter et se reconnaître dans cette Parole. Souvent, il y a des tendances qui tentent de monopoliser le texte sacré en le reléguant à certains cercles ou groupes choisis. Il ne peut en être ainsi. La Bible est le livre du peuple du Seigneur qui, dans son écoute, passe de la dispersion et de la division à l’unité. La Parole de Dieu unit les croyants et les rend un seul peuple.

 

  1. Dans cette unité générée par l’écoute, les pasteurs ont en premier lieu la grande responsabilité d’expliquer et de permettre à tous de comprendre l’Écriture Sainte. Puisqu’elle est le livre du peuple, ceux qui ont la vocation d’être ministres de la Parole doivent ressentir avec force l’exigence de la rendre accessible à leur communauté.

L’homélie, en particulier, revêt une fonction tout à fait particulière, car elle possède « un caractère presque sacramentel » (Evangelii Gaudium, n. 142). Faire entrer en profondeur dans la Parole de Dieu, dans un langage simple et adapté celui qui écoute, permet au prêtre de faire découvrir également la « beauté des images que le Seigneur utilisait pour stimuler la pratique du bien » (Ibid.). C’est une opportunité pastorale à ne pas manquer !

Pour beaucoup de nos fidèles, en effet, c’est l’unique occasion qu’ils possèdent pour saisir la beauté de la Parole de Dieu et de la voir se référer à leur vie quotidienne. Il faut donc consacrer le temps nécessaire à la préparation de l’homélie. On ne peut improviser le commentaire aux lectures sacrées. Pour nous, comme prédicateurs, il est plutôt demandé de ne pas s’étendre au-delà de la mesure avec des homélies ou des arguments étrangers. Quand on s’arrête pour méditer et prier sur le texte sacré, on est capable de parler avec son cœur pour atteindre le cœur des personnes qui écoutent, pour exprimer l’essentiel qui est reçu et qui produit du fruit. Ne nous lassons jamais de consacrer du temps et de prier avec l’Écriture Sainte, pour qu’elle soit accueillie « pour ce qu’elle est réellement, non pas une parole d’hommes, mais la parole de Dieu » (1Th 2, 13).

Il est également souhaitable que les catéchistes, par le ministère dont ils sont revêtus, aident à faire grandir dans la foi, ressentant l’urgence de se renouveler à travers la familiarité et l’étude des Saintes Écritures, leur permettant de favoriser un vrai dialogue entre ceux qui les écoutent et la Parole de Dieu.

 

  1. Avant de se manifester aux disciples enfermés au cénacle et de les ouvrir à l’intelligence de l’Écriture (cf. Lc24, 44-45), le Ressuscité apparaît à deux d’entre eux sur le chemin qui mène de Jérusalem à Emmaüs (cf. 24, 13-35). Le récit de l’évangéliste Luc note que c’est le jour de la Résurrection, c’est-à-dire le dimanche. Ces deux disciples discutent sur les derniers événements de la passion et de la mort de Jésus. Leur chemin est marqué par la tristesse et la désillusion de la fin tragique de Jésus. Ils avaient espéré en Lui le voyant comme le Messie libérateur, mais ils se trouvent devant le scandale du Crucifié. Discrètement, le Ressuscité s’approche et marche avec les disciples, mais ceux-ci ne le reconnaissent pas (cf. v. 16). Au long du chemin, le Seigneur les interroge, se rendant compte qu’ils n’ont pas compris le sens de sa passion et de sa mort ; il les appelle « esprits sans intelligence et lents à croire » (v. 25) « et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait » (v. 27) Le Christ est le premier exégète ! Non seulement les Écritures anciennes ont anticipé ce qu’Il aurait réalisé, mais Lui-même a voulu être fidèle à cette Parole pour rendre évidente l’unique histoire du salut qui trouve dans le Christ son accomplissement.

 

  1. La Bible, par conséquent, en tant qu’Écriture Sainte, parle du Christ et l’annonce comme celui qui doit traverser les souffrances pour entrer dans la gloire (cf. v. 26). Ce n’est pas une seule partie, mais toutes les Écritures qui parlent de Lui. Sa mort et sa résurrection sont indéchiffrables sans elles. C’est pourquoi l’une des confessions de foi les plus anciennes souligne que « le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures, et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures, il est apparu à Pierre » (1Co15, 3-5). Puisque les Écritures parlent du Christ, elles permettent de croire que sa mort et sa résurrection n’appartiennent pas à la mythologie, mais à l’histoire et se trouvent au centre de la foi de ses disciples.

Le lien entre l’Écriture Sainte et la foi des croyants est profond. Puisque la foi provient de l’écoute et que l’écoute est centrée sur la parole du Christ (cf. Rm 10, 17), l’invitation qui en découle est l’urgence et l’importance que les croyants doivent réserver à l’écoute de la Parole du Seigneur, tant dans l’action liturgique que dans la prière et la réflexion personnelle.

 

  1. Le « voyage » du Ressuscité avec les disciples d’Emmaüs se termine par le repas. Le mystérieux Voyageur accepte l’insistante demande que lui adressent les deux compagnons : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse » (Lc24, 29). S’assoyant à table avec eux, Jésus prend le pain, récite la bénédiction, le rompt et le leur donne. Alors, leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent. (cf. v. 31)

Nous comprenons de cette scène, combien est inséparable le rapport entre l’Écriture Sainte et l’Eucharistie. Le Concile Vatican II enseigne : « L’Église a toujours vénéré les divines Écritures comme elle le fait aussi pour le Corps même du Seigneur, elle qui ne cesse pas, surtout dans la sainte liturgie, de prendre le pain de vie de la table de la Parole de Dieu et de celle du Corps du Christ, pour l’offrir aux fidèles » (Dei Verbum, n. 21).

La fréquentation constante de l’Écriture Sainte et la célébration de l’Eucharistie rendent possible la reconnaissance entre personnes qui s’appartiennent. En tant que chrétiens, nous sommes un seul peuple qui marche dans l’histoire, fort de la présence du Seigneur parmi nous qui nous parle et nous nourrit. Ce jour consacré à la Bible veut être non pas « une seule fois par an », mais un événement pour toute l’année, parce que nous avons un besoin urgent de devenir familiers et intimes de l’Écriture Sainte et du Ressuscité, qui ne cesse de rompre la Parole et le Pain dans la communauté des croyants. C’est pourquoi nous avons besoin d’entrer constamment en confiance avec l’Écriture Sainte, sinon le cœur restera froid et les yeux resteront fermés, frappés comme par d’innombrables formes de cécité.

Écriture et Sacrements sont donc inséparables. Lorsque les sacrements sont introduits et illuminés par la Parole, ils se manifestent plus clairement comme le but d’un chemin où le Christ lui-même ouvre l’esprit et le cœur pour reconnaître son action salvifique. Il est nécessaire, dans ce contexte, de ne pas oublier l’enseignement qui vient du livre de l’Apocalypse. Il est dit ici que le Seigneur est à la porte et qu’Il frappe. Si quelqu’un entend sa voix et lui ouvre, Il entre pour dîner avec lui (cf. 3, 20). Le Christ Jésus, à travers l’Écriture Sainte, frappe à notre porte; si nous écoutons et ouvrons la porte de notre esprit et celle de notre cœur, alors Il entrera dans notre vie et demeurera avec nous.

 

  1. Dans la deuxième lettre à Timothée, qui constitue en quelque sorte son testament spirituel, saint Paul recommande à son fidèle collaborateur de fréquenter constamment l’Écriture Sainte. L’Apôtre est convaincu que « toute l’Écriture est inspirée par Dieu ; elle est utile pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans la justice » (cf. 3, 16). Cette recommandation de Paul à Timothée constitue une base sur laquelle la Constitution conciliaire Dei Verbum aborde le grand thème de l’inspiration de l’Écriture Sainte, une base dont émergent en particulier la finalité salvifique, la dimension spirituelleet le principe de l’incarnation pour l’Écriture Sainte.

Rappelant tout d’abord la recommandation de Paul à Timothée, Dei Verbum souligne que « les livres de l’Écriture enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consigner dans les Lettres sacrées pour notre salut » (n. 11). Puisque celles-ci enseignent en vue du salut pour la foi dans le Christ (2 Tm 3, 15), les vérités qu’elles contiennent servent à notre salut. La Bible n’est pas une collection de livres d’histoires ni de chroniques, mais elle est entièrement tournée vers le salut intégral de la personne. L’indéniable enracinement historique des livres contenus dans le texte sacré ne doit pas faire oublier cette finalité primordiale : notre salut. Tout est orienté vers cette finalité inscrite dans la nature même de la Bible, qui est composée comme histoire du salut dans laquelle Dieu parle et agit pour aller à la rencontre de tous les hommes, pour les sauver du mal et de la mort.

Pour atteindre ce but salvifique, l’Écriture Sainte, sous l’action de l’Esprit Saint, transforme en Parole de Dieu la parole des hommes écrite de manière humaine (cf. Dei Verbum, n. 12). Le rôle de l’Esprit Saint dans la Sainte Écriture est fondamental. Sans son action, le risque d’être enfermé dans le texte serait toujours un danger, rendant facile l’interprétation fondamentaliste, d’où nous devons rester à l’écart afin de ne pas trahir le caractère inspiré, dynamique et spirituel que possède le texte sacré. Comme le rappelle l’Apôtre, « la lettre tue, mais l’Esprit donne la vie » (2 Co 3, 6). Le Saint-Esprit transforme donc la Sainte Écriture en une Parole vivante de Dieu, vécue et transmise dans la foi de son peuple saint.

 

  1. L’action de l’Esprit Saint ne concerne pas seulement la formation de l’Écriture Sainte, mais agit aussi chez ceux qui se mettent à l’écoute de la Parole de Dieu. Elle est importante l’affirmation des Pères conciliaires selon laquelle l’Écriture Sainte doit être « lue et interprétée à la lumière du même Esprit par lequel elle a été écrite » (Dei Verbum, n. 12). Avec Jésus Christ, la révélation de Dieu atteint son accomplissement et sa plénitude ; pourtant, l’Esprit Saint continue son action. En effet, il serait réducteur de limiter l’action de l’Esprit Saint uniquement à la nature divinement inspirée de l’Écriture Sainte et à ses différents auteurs. Il est donc nécessaire d’avoir confiance en l’action de l’Esprit Saint qui continue à réaliser sa forme particulière d’inspiration lorsque l’Église enseigne l’Écriture Sainte, lorsque le Magistère l’interprète authentiquement (cf. ibid., 10) et quand chaque croyant en fait sa norme spirituelle. Dans ce sens, nous pouvons comprendre les paroles de Jésus quand, aux disciples qui lui confirment avoir saisi le sens de ses paraboles, Il dit : « C’est pourquoi tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien » (Mt13, 52).

 

  1. Dei Verbum précise enfin que « les paroles de Dieu, passant par les langues humaines, sont devenues semblables au langage des hommes, de même que jadis le Verbe du Père éternel, ayant assumé l’infirmité de notre chair, est devenu semblable aux hommes » (n. 13). C’est comme dire que l’Incarnation du Verbe de Dieu donne forme et sens à la relation entre la Parole de Dieu et le langage humain, avec ses conditions historiques et culturelles. C’est dans cet événement que prend forme la Tradition, qui elle aussi est Parole de Dieu (cf. Ibid., n. 9). On court souvent le risque de séparer entre elles l’Écriture Sainte et la Tradition, sans comprendre qu’ensemble elles sont l’unique source de la Révélation. Le caractère écrit de la première ne diminue en rien le fait qu’elle soit pleinement parole vivante ; de même que la Tradition vivante de l’Église, qui la transmet sans cesse au cours des siècles de génération en génération, possède ce livre sacré comme la « règle suprême de la foi » (Ibid., n. 21). D’ailleurs, avant de devenir un texte écrit, l’Écriture Sainte a été transmise oralement et maintenue vivante par la foi d’un peuple qui la reconnaissait comme son histoire et son principe d’identité parmi tant d’autres peuples. La foi biblique se fonde donc sur la Parole vivante et non pas sur un livre.

 

  1. Lorsque l’Écriture Sainte est lue dans le même esprit que celui avec lequel elle a été écrite, elle demeure toujours nouvelle. L’Ancien Testament n’est jamais vieux une fois qu’on le fait entrer dans le Nouveau, car tout est transformé par l’unique Esprit qui l’inspire. Tout le texte sacré possède une fonction prophétique : il ne concerne pas l’avenir, mais l’aujourd’hui de celui qui se nourrit de cette Parole. Jésus lui-même l’affirme clairement au début de son ministère : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » (Lc4, 21). Celui qui se nourrit chaque jour de la Parole de Dieu se fait, comme Jésus, contemporain des personnes qu’il rencontre ; il n’est pas tenté de tomber dans des nostalgies stériles du passé ni dans des utopies désincarnées vers l’avenir.

L’Écriture Sainte accomplit son action prophétique avant tout à l’égard de celui qui l’écoute. Elle provoque douceur et amertume. Rappelons-nous les paroles du prophète Ézéchiel lorsque le Seigneur l’invite à manger le rouleau du livre, il confie : « dans ma bouche il fut doux comme du miel » (cf. 3, 3). Même l’évangéliste Jean sur l’île de Patmos revit la même expérience qu’Ézéchiel de manger le livre, mais il ajoute quelque chose de plus spécifique : « Dans ma bouche il était doux comme le miel, mais, quand je l’eus mangé, il remplit mes entrailles d’amertume » (Ap 10, 10).

L’effet de douceur de la Parole de Dieu nous pousse à la partager avec ceux que nous rencontrons au quotidien pour leur exprimer la certitude de l’espérance qu’elle contient (cf. 1 P 3, 15-16). L’amertume, à son contraire, est souvent offerte lorsqu’on saisit à quel point il nous est difficile de vivre la parole de manière cohérente, ou se voit même refusée d’être touchée du doigt parce qu’elle n’est pas retenue valable pour donner un sens à la vie. Il est donc nécessaire de ne jamais s’accoutumer à la Parole de Dieu, mais de se nourrir de celle-ci pour découvrir et vivre en profondeur notre relation avec Dieu et avec nos frères.

 

  1. Une autre provocation qui provient de l’Écriture Sainte est celle qui concerne la charité. Constamment la Parole de Dieu rappelle l’amour miséricordieux du Père qui demande à ses enfants de vivre dans la charité. La vie de Jésus est l’expression pleine et parfaite de cet amour divin qui ne retient rien pour lui-même, mais qui s’offre à tous sans réserve. Dans la parabole du pauvre Lazare, nous trouvons une indication précieuse. Lorsque Lazare et le riche meurent, celui-ci, voyant le pauvre dans le sein d’Abraham, demande qu’il soit envoyé à ses frères pour les avertir de vivre l’amour du prochain, pour éviter qu’eux aussi subissent ses propres tourments. La réponse d’Abraham est cinglante : « Ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent » (Lc16, 29). Écouter les Saintes Écritures pour pratiquer la miséricorde : c’est un grand défi pour notre vie. La Parole de Dieu est en mesure d’ouvrir nos yeux pour nous permettre de sortir de l’individualisme qui conduit à l’asphyxie et à la stérilité tout en ouvrant grand la voie du partage et de la solidarité.
  2. L’un des épisodes les plus significatifs du rapport entre Jésus et les disciples est le récit de la Transfiguration. Jésus monte sur la montagne pour prier avec Pierre, Jacques et Jean. Les évangélistes se rappellent que, tandis que le visage et les vêtements de Jésus resplendissaient, deux hommes conversaient avec Lui : Moïse et Élie, qui incarnent respectivement la Loi et les Prophètes, c’est-à-dire les Saintes Écritures. La réaction de Pierre, à cette vue, est remplie d’un joyeux émerveillement : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie » (Lc9, 33). A ce moment-là, une nuée les couvrit de son ombre et les disciples furent saisis de peur.

La Transfiguration rappelle la fête des tentes, quand Esdras et Néhémie lisaient le texte sacré au peuple, après le retour de l’exil. Dans un même temps, elle anticipe la gloire de Jésus en préparation au scandale de la passion, gloire divine qui est également évoquée par la nuée qui enveloppe les disciples, symbole de la présence du Seigneur. Cette Transfiguration est semblable à celle de l’Écriture Sainte qui se transcende lorsqu’elle nourrit la vie des croyants. Comme le rappelle Verbum Domini : « Dans la saisie de l’articulation entre les différents sens de l’Écriture, il devient alors décisif de comprendre le passage de la lettre à l’esprit. Il ne s’agit pas d’un passage automatique et spontané ; il faut plutôt un dépassement de la lettre » (n. 38).

 

  1. Sur le chemin d’accueil de la Parole de Dieu nous accompagne la Mère du Seigneur, reconnue comme bienheureuse parce qu’elle a cru en l’accomplissement de ce que le Seigneur lui avait dit (cf. Lc1, 45). La béatitude de Marie précède toutes les béatitudes prononcées par Jésus pour les pauvres, les affligés, les humbles, les pacificateurs et ceux qui sont persécutés, car c’est la condition nécessaire pour toute autre béatitude. Aucun pauvre n’est bienheureux parce qu’il est pauvre ; Il le devient, comme Marie, s’il croit en l’accomplissement de la Parole de Dieu. C’est ce que rappelle un grand disciple et maître des Saintes Écritures, saint Augustin : « Quelqu’un au milieu de la foule, particulièrement pris par l’enthousiasme, s’écria : Bienheureux le sein qui t’a porté. Et lui de répondre : Bienheureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent. C’est comme dire : ma mère, que tu appelles bienheureuse, est bienheureuse précisément parce qu’elle garde la Parole de Dieu, non pas parce que le Verbe est devenu chair en elle et a vécu parmi nous, mais parce qu’elle garde la parole même de Dieu par qui elle a été créée, et qu’en elle Il s’est fait chair » (Comm. l’év. de Jn., 10, 3).

Que le Dimanche de la Parole de Dieu puisse faire grandir dans le peuple de Seigneur la religiosité et l’assiduité familière avec les Saintes Écritures, comme l’auteur sacré enseignait déjà dans les temps anciens « Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique » (Dt 30, 14).

 

Donné à Rome, près de saint Jean du Latran, le 30 septembre 2019

En la mémoire liturgique de saint Jérôme, en ce début du 1600e anniversaire de sa mort.

 

[1] Cf. AAS 102 (2010), 692-787.

[2] « La sacramentalité de la Parole se comprend alors par analogie à la présence réelle du Christ sous les espèces du pain et du vin consacrés. En nous approchant de l’autel et en prenant part au banquet eucharistique, nous communions réellement au corps et au sang du Christ. La proclamation de la Parole de Dieu dans la célébration implique la reconnaissance que le Christ lui-même est présent et s’adresse à nous pour être écouté », Verbum Domini, 56.

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Le Pape institue le Dimanche de la Parole de Dieu

 

Par un motu proprio publié ce 30 septembre, le Saint-Père institue le Dimanche de la Parole de Dieu, qui sera célébré chaque année le 3e dimanche du Temps Ordinaire. D’une manière plus large, ce texte du Pape François, intitulé “Aperuit Illis”, souligne toute la richesse et le caractère vivant du texte sacré. Il encourage les croyants à une plus grande familiarité à son égard, afin de «vivre en profondeur notre relation avec Dieu et avec nos frères».

La publication du motu proprio Aperuit Illis – «Il leur ouvrit»(cf Lc 24, 45) – intervient à une date symbolique: en ce 30 septembre, l’Église universelle fait mémoire de saint Jérôme, qui a consacré la majeure partie de sa vie et de ses forces à l’étude et à la traduction des textes sacrés. Ce docteur de l’Église, l’un des quatre pères de l’Église latine, a élaboré la pièce maîtresse de la Vulgate, traduction latine officiellement reconnue par l’Église catholique. Cette année s’ouvre le 1600e anniversaire de sa mort.

 Pourquoi ce dimanche spécial ?

Le Pape François choisit donc de mettre la Parole de Dieu au centre de ce nouveau texte magistériel, et de lui accorder une place privilégiée un dimanche de l’année: «J’établis que le IIIe Dimanche du Temps Ordinaire soit consacré à la célébration, à la réflexion et à la proclamation de la Parole de Dieu», écrit le Saint-Père.   

La décision de François trouve son origine lors du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde. Le Pape avait alors «demandé que l’on pense à “un dimanche entièrement consacré à la Parole de Dieu, pour comprendre l’inépuisable richesse qui provient de ce dialogue constant de Dieu avec son peuple” (Misericordia et misera, n. 7)».

«Par cette Lettre, j’entends donc répondre à de nombreuses demandes qui me sont parvenues de la part du peuple de Dieu, afin que, dans toute l’Église, on puisse célébrer en unité d’intentions le Dimanche de la Parole de Dieu», poursuit-il. François inscrit aussi sa démarche dans le sillage de grands textes du Magistère, tels que la Constitution dogmatique Dei Verbum et l’Exhortation apostolique de Benoît XVI Verbum Domini.

 Modalités pratiques

Concrètement, le Pape suggère de «vivre ce dimanche comme un jour solennel». Il s’agira d’ «introduire le texte sacré de manière à rendre évidente à l’assemblée la valeur normative que possède la Parole de Dieu». Il sera donc utile «de souligner sa proclamation et d’adapter l’homélie pour mettre en évidence le service rendu à la Parole du Seigneur». François précise que «les Évêques pourront, en ce dimanche, célébrer le rite du lectorat ou confier un ministère similaire, pour rappeler l’importance de la proclamation de la Parole de Dieu dans la liturgie». Il exhorte ainsi à «faire tous les efforts nécessaires pour former certains fidèles à être de véritables annonciateurs de la Parole avec une préparation adéquate, comme cela se produit de manière désormais habituelle pour les acolytes ou les ministres extraordinaires de la communion».

Le Pape propose aussi que les prêtres remettent «la Bible, ou de l’un de ses livres, à toute l’assemblée, afin de faire ressortir l’importance d’en continuer la lecture dans sa vie quotidienne, de l’approfondir et de prier avec la Sainte Écriture, se référant de manière particulière à la Lectio Divina».

Ce Dimanche de la Parole de Dieu sera célébré vers la fin janvier, à un moment «où nous sommes invités à renforcer les liens avec la communauté juive et à prier pour l’unité des chrétiens». Il a donc «une valeur œcuménique, parce que l’Écriture Sainte indique à ceux qui se mettent à l’écoute le chemin à suivre pour parvenir à une unité authentique et solide», est-il souligné.

 Quel est l’objectif?

Pour François, ce nouveau jour solennel permettra «par-dessus tout de faire revivre à l’Église le geste du Ressuscité qui ouvre également pour nous le trésor de sa Parole afin que nous puissions être dans le monde des annonciateurs de cette richesse inépuisable». Il s’agit donc de le prolonger, au-delà d’une simple date fixée dans le calendrier liturgique. Le Saint-Père insiste aussi sur le fait que «la relation entre le Ressuscité, la communauté des croyants et l’Écriture Sainte est extrêmement vitale pour notre identité». Deux idées fortes qui sont développées dans la suite de ce motu proprio.

 Devenir familier de la Parole pour évangéliser

François insiste sur le fait que «ce jour consacré à la Bible veut être non pas “une seule fois par an”, mais un événement pour toute l’année, parce que nous avons un besoin urgent de devenir familiers et intimes de l’Écriture Sainte et du Ressuscité». Il est donc recommandé «d’entrer constamment en confiance avec l’Écriture Sainte, sinon le cœur restera froid et les yeux resteront fermés». Le Pape souligne «l’urgence et l’importance que les croyants doivent réserver à l’écoute de la Parole du Seigneur, tant dans l’action liturgique que dans la prière et la réflexion personnelle». La fréquentation de l’Eucharistie est aussi indiquée, car «Écritures et Sacrements sont inséparables». La foi y trouve son aliment vital, car «le lien entre l’Écriture Sainte et la foi des croyants est profond», est-il rappelé.

 La Bible n’est pas une «collection de livres pour quelques privilégiés»

La Parole de Dieu rassemble et doit être rendue accessible à tout le peuple de Dieu, explique également François. «La Bible ne peut pas être seulement le patrimoine de quelques-uns et encore moins une collection de livres pour quelques privilégiés». «Souvent, il y a des tendances qui tentent de monopoliser le texte sacré en le reléguant à certains cercles ou groupes choisis. Il ne peut en être ainsi», avertit le Saint-Père. «La Bible est le livre du peuple du Seigneur qui, dans son écoute, passe de la dispersion et de la division à l’unité. La Parole de Dieu unit les croyants et les rend un seul peuple».

 Le rôle des ministres de la Parole

Le Pape rappelle alors la responsabilité des pasteurs dans l’annonce et l’explication de l’Écriture Sainte. Ceux «qui ont la vocation d’être ministres de la Parole doivent ressentir avec force l’exigence de la rendre accessible à leur communauté», estime-t-il, avant de donner quelques indications concernant la préparation d’une homélie, ou encore la mission des catéchistes. Pour les fidèles, l’homélie est souvent «l’unique occasion qu’ils possèdent pour saisir la beauté de la Parole de Dieu et de la voir se référer à leur vie quotidienne», rappelle à cette occasion le Souverain Pontife.

 Écriture Sainte et Tradition sont liées

François met ensuite en valeur la «finalité primordiale» du texte sacré: «notre salut». La Bible possède un «indéniable enracinement historique», mais elle est aussi «entièrement tournée vers le salut intégral de la personne». Et pour «atteindre ce but salvifique», le Saint-Esprit remplit une mission essentielle. Il «transforme la Sainte Écriture en une Parole vivante de Dieu, vécue et transmise dans la foi de son peuple saint». Le Pape invite à «avoir confiance en l’action de l’Esprit Saint qui continue à réaliser sa forme particulière d’inspiration lorsque l’Église enseigne l’Écriture Sainte, lorsque le Magistère l’interprète authentiquement (cf. ibid., 10) et quand chaque croyant en fait sa norme spirituelle».

Une autre idée développée est celle du lien entre l’Écriture Sainte et la Tradition, établi notamment par l’Incarnation du Verbe de Dieu. «On court souvent le risque de séparer entre elles l’Écriture Sainte et la Tradition, sans comprendre qu’ensemble elles sont l’unique source de la Révélation», prévient le Pape, qui souligne que la «foi biblique» se fonde «sur la Parole vivante et non pas sur un livre».

 Ne pas s’habituer à la Parole de Dieu

François conclut sa réflexion en montrant combien la Bible peut et doit nourrir la vie des croyants, jour après jour, jusqu’à transformer leur manière d’être et d’agir, leur permettant par-là de réaliser pleinement leur vocation baptismale. L’Écriture Sainte «demeure toujours nouvelle», et sa fonction prophétique «ne concerne pas l’avenir, mais l’aujourd’hui de celui qui se nourrit de cette Parole». Le Pape demande «de ne jamais s’accoutumer à la Parole de Dieu, mais de se nourrir de celle-ci pour découvrir et vivre en profondeur notre relation avec Dieu et avec nos frères». Une fois qu’elle a rejoint et envahi le cœur du croyant, celui-ci est alors poussé «à la partager avec ceux que nous rencontrons au quotidien pour leur exprimer la certitude de l’espérance qu’elle contient».

 Une source de charité et de sainteté

Son caractère performatif s’exprime aussi par des actes, comme l’a lui-même montré Jésus, la Parole incarnée. «Constamment la Parole de Dieu rappelle l’amour miséricordieux du Père qui demande à ses enfants de vivre dans la charité», peut-on lire. «Écouter les Saintes Écritures pour pratiquer la miséricorde: c’est un grand défi pour notre vie, estime le Saint-Père. La Parole de Dieu est en mesure d’ouvrir nos yeux pour nous permettre de sortir de l’individualisme qui conduit à l’asphyxie et à la stérilité tout en ouvrant grand la voie du partage et de la solidarité».

Le Souverain pontife donne enfin en exemple la Vierge Marie, à qui semble s’adresser, comme l’a écrit saint Augustin, la béatitude suivante: «Bienheureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent»«La béatitude de Marie précède toutes les béatitudes prononcées par Jésus pour les pauvres, les affligés, les humbles, les pacificateurs et ceux qui sont persécutés, car c’est la condition nécessaire pour toute autre béatitude», explique François. L’écoute de la Parole ouvre donc la porte du sentier des Béatitudes, du chemin de la sainteté

https://www.vaticannews.va/fr/taglist.chiesa-e-religioni.Chiesa.fede.html

DOCUMENTS PONTIFICAUX, EGLISE CATHOLIQUE, FETE LITURGIQUE, LUNDI DE PENTECÔTE, MARIE, MERE DE L'EGLISE, PAPE FRANÇOIS, PENTECÔTE, VIERGE MARIE

Marie, Mère de l’Eglise : lundi de Pentecôte

Mémoire de Marie, Mère de l’Eglise,

le lundi de Pentecôte

 

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Conformément à la volonté du Pape, la mémoire de Marie Mère de l’Église est désormais obligatoire pour toute l’Église de rite romain, le lundi après la Pentecôte.

La Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements a publié le samedi 3 mars 2018 un décret en ce sens, signé le 11 février 2018, date du cent-soixantième anniversaire de la première apparition de la Vierge à Lourdes.

Décret sur la célébration de la bienheureuse ViergeMarie Mère de l’Eglise dans le Calendrier Romain Général

La joyeuse vénération dédiée à la Mère de Dieu dans l’Eglise contemporaine, à la lumière de la réflexion sur le mystère du Christ et sur sa propre nature, ne pouvait pas oublier cette figure de Femme (cf. Gal 4, 4), la Vierge Marie, qui est à la fois Mère du Christ et Mère de l’Eglise.

Ceci était déjà en quelque sorte présent dans la pensée de l’Eglise à partir des paroles prémonitoires de saint Augustin et de saint Léon le Grand. Le premier, en effet, dit que Marie est la mère des membres du Christ, parce qu’elle a coopéré par sa charité à la renaissance des fidèles dans l’Eglise; puis l’autre, quand il dit que la naissance de la Tête est aussi la naissance du Corps, indique que Marie est en même temps mère du Christ, Fils de Dieu, et mère des membres de son Corps mystique, c’est-à-dire de l’Eglise. Ces considérations dérivent de la maternité de Marie et de son intime union à l’œuvre du Rédempteur, qui a culminé à l’heure de la croix.

La Mère en effet, qui était près de la croix (Jn 19, 25), accepta il testament d’amour de son Fils et accueillit tous les hommes, personnifiés par le disciple bien-aimé, comme les enfants qui doivent renaître à la vie divine, devenant ainsi la tendre mère de l’Eglise que le Christ a générée sur la croix, quand il rendait l’Esprit. A son tour, dans le disciple bien-aimé, le Christ choisit tous les disciples comme vicaires de son amour envers la Mère, la leur confiant afin qu’ils l’accueillent avec affection filiale.

Guide prévoyante de l’Eglise naissante, Marie a donc commencé sa propre mission maternelle déjà au cénacle, priant avec les Apôtres dans l’attente de la venue de l’Esprit Saint (cf. Ac 1,14). Dans ce sentiment, au cours des siècles, la piété chrétienne a honoré Marie avec les titres, en quelque sorte équivalents, de Mère des disciples, des fidèles, des croyants, de tous ceux qui renaissent dans le Christ, et aussi de “Mère de l’Eglise”, comme il apparaît dans les textes d’auteurs spirituels ainsi que dans le Magistère de Benoît XIV et de Léon XIII.

De ce qui précède on voit clairement le fondement sur lequel le bienheureux pape Paul VI, en concluant, le 21 novembre 1964, la troisième session du Concile Vatican II, a déclaré la bienheureuse Vierge Marie “Mère de l’Eglise, c’est-à-dire Mère de tout le peuple chrétien, aussi bien des fidèles que des Pasteurs, qui l’appellent Mère très aimable”, et a établi que “le peuple chrétien tout entier honore toujours et de plus en plus la Mère de Dieu par ce nom très doux”.

Le Siège apostolique a ainsi proposé, à l’occasion de l’Année Sainte de la Réconciliation (1975), une messe votive en l’honneur de la bienheureuse Marie Mère de l’Eglise, insérée par la suite dans le Missel Romain; il a aussi accordé la faculté d’ajouter l’invocation de ce titre dans les Litanies Laurétanes (1980) et il a publié d’autres formules dans le recueil des messes de la bienheureuse Vierge Marie (1986). Pour certaines nations, diocèses et familles religieuses qui en ont fait la demande, il a concédé d’ajouter cette célébration dans leur Calendrier particulier.

Le Souverain Pontife François, considérant avec attention comment la promotion de cette dévotion peut favoriser, chez les Pasteurs, les religieux et les fidèles, la croissance du sens maternel de l’Eglise et de la vraie piété mariale, a décidé que la mémoire de la bienheureuse Vierge Marie, Mère de l’Eglise, soit inscrite dans le Calendrier Romain le lundi de la Pentecôte, et célébrée chaque année.

Cette célébration nous aidera à nous rappeler que la vie chrétienne, pour croître, doit être ancrée au mystère de la Croix, à l’oblation du Christ dans le banquet eucharistique et à la Vierge offrante, Mère du Rédempteur et de tous les rachetés.

Une telle mémoire devra donc apparaître dans tous les Calendriers et les Livres liturgiques pour la célébration de la Messe et de la Liturgie des Heures; les textes liturgiques nécessaires à ces célébrations sont joints à ce décret et leurs traductions, approuvées par les Conférences Episcopales, seront publiées après la confirmation de ce Dicastère.

Là où la célébration de la bienheureuse Vierge Marie, Mère de l’Eglise, est déjà célébrée, selon les normes du droit particulier approuvé, à un jour différent avec un degré liturgique supérieur, même dans le futur, peut être célébrée de la même manière.

Nonobstant toutes choses contraires.

Du siège de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, le 11 février 2018, en la mémoire de la bienheureuse Vierge Marie de Lourdes.

Robert Cardinal Sarah
Préfet

+ Arthur Roche
Archevêque Secrétaire

 

LECTURES DE LA MESSE

 

PREMIÈRE LECTURE

« Dieu nous réconforte ; ainsi, nous pouvons réconforter tous ceux qui sont dans la détresse »

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (1, 1-7)

Paul, apôtre du Christ Jésus
par la volonté de Dieu,
et Timothée notre frère,
à l’Église de Dieu qui est à Corinthe
ainsi qu’à tous les fidèles
qui sont par toute la Grèce.
À vous, la grâce et la paix
de la part de Dieu notre Père
et du Seigneur Jésus Christ.

Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ,
le Père plein de tendresse,
le Dieu de qui vient tout réconfort.
Dans toutes nos détresses, il nous réconforte ;
ainsi, nous pouvons réconforter
tous ceux qui sont dans la détresse,
grâce au réconfort que nous recevons nous-mêmes de Dieu.
En effet, de même que nous avons largement part aux souffrances du Christ,
de même, par le Christ, nous sommes largement réconfortés.
Quand nous sommes dans la détresse,
c’est pour que vous obteniez le réconfort et le salut ;
quand nous sommes réconfortés,
c’est encore pour que vous obteniez le réconfort,
et cela vous permet de supporter avec persévérance
les mêmes souffrances que nous.
En ce qui vous concerne, nous avons de solides raisons d’espérer,
car, nous le savons,
de même que vous avez part aux souffrances,
de même vous obtiendrez le réconfort.

 

PSAUME

(33 (34), 2-3, 4-5, 6-7, 8-9)

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Magnifiez avec moi le Seigneur,
exaltons tous ensemble son nom.
Je cherche le Seigneur, il me répond :
de toutes mes frayeurs, il me délivre.

Qui regarde vers lui resplendira,
sans ombre ni trouble au visage.
Un pauvre crie ; le Seigneur entend :
il le sauve de toutes ses angoisses.

L’ange du Seigneur campe alentour
pour libérer ceux qui le craignent.
Goûtez et voyez : le Seigneur est bon !
Heureux qui trouve en lui son refuge !

 

ÉVANGILE

« Heureux les pauvres de cœur »

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (5, 1-12)

En ce temps-là,
voyant les foules, Jésus gravit la montagne.
Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui.
Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait.
Il disait :
« Heureux les pauvres de cœur,
car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux ceux qui pleurent,
car ils seront consolés.
Heureux les doux,
car ils recevront la terre en héritage.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice,
car ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux,
car ils obtiendront miséricorde.
Heureux les cœurs purs,
car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix,
car ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice,
car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux êtes-vous si l’on vous insulte,
si l’on vous persécute
et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous,
à cause de moi.
Réjouissez- vous, soyez dans l’allégresse,
car votre récompense est grande dans les cieux !
C’est ainsi qu’on a persécuté
les prophètes qui vous ont précédés. »

 

 

 « Ô Marie, aide notre foi ! »

Dans son encyclique Lumen Fidei parue en juin 2013, le pape François a écrit une prière à Marie, Mère de l’Eglise et Mère de notre foi

 

Prière à Marie, Mère de l’Église et Mère de notre foi*

 

Ô Mère, aide notre foi !

Ouvre notre écoute à la Parole, pour que nous reconnaissions la voix de Dieu et son appel.

Éveille en nous le désir de suivre ses pas, en sortant de notre terre et en accueillant sa promesse.

Aide-nous à nous laisser toucher par son amour, pour que nous puissions le toucher par la foi.

Aide-nous à nous confier pleinement à Lui, à croire en son amour, surtout dans les moments de tribulations et de croix, quand notre foi est appelée à mûrir.

Sème dans notre foi la joie du Ressuscité.

Rappelle-nous que celui qui croit n’est jamais seul.

Enseigne-nous à regarder avec les yeux de Jésus, pour qu’il soit lumière sur notre chemin. Et que cette lumière de la foi grandisse toujours en nous jusqu’à ce qu’arrive ce jour sans couchant, qui est le Christ lui-même, ton Fils, notre Seigneur !

 

*Prière à Marie extraite de l’encyclique Lumen Fidei (29 juin 2013)

 

 

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE Place Saint-Pierre Mercredi 23 octobre 2013

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

En poursuivant les catéchèses sur l’Église, je voudrais aujourd’hui tourner mon regard vers Marie comme image et modèle de l’Église. Je le fais en reprenant une expression du Concile Vatican ii. La constitution Lumen gentium  dit : « De l’Église, comme l’enseignait déjà saint Ambroise, la Mère de Dieu est le modèle dans l’ordre de la foi, de la charité et de la parfaite union au Christ » (n. 63).

 

  1. Partons du premier aspect. Marie comme modèle de foi. De quelle manière Marie représente-t-elle un modèle pour la foi de l’Église ? Pensons à qui était la Vierge Marie : une jeune fille juive, qui attendait de tout son cœur la rédemption de son peuple. Mais dans ce cœur de jeune fille d’Israël, il y avait un secret qu’elle-même ne connaissait pas encore : dans le dessein d’amour de Dieu, elle était destinée à devenir la Mère du Rédempteur. Dans l’Annonciation, le Messager de Dieu l’appelle « pleine de grâce » et lui révèle ce projet. Marie répond « oui » et à partir de ce moment-là, la foi de Marie reçoit une lumière nouvelle : elle se concentre sur Jésus, le Fils de Dieu né de sa chair et dans lequel s’accomplissent les promesses de toute l’histoire du salut. La foi de Marie est l’accomplissement de la foi d’Israël, en elle est vraiment concentré tout le chemin, toute la route de ce peuple qui attendait la rédemption, et en ce sens elle est le modèle de la foi de l’Église, qui a comme centre le Christ, incarnation de l’amour infini de Dieu.

Comment Marie a-t-elle vécu cette foi ? Elle l’a vécue dans la simplicité des mille occupations et préoccupations quotidiennes de toute maman, comment s’occuper de la nourriture, des vêtements, du soin de la maison… C’est précisément cette existence normale de la Vierge qui fut le terrain où se développa une relation singulière et un dialogue profond entre elle et Dieu, entre elle et son Fils. Le « oui » de Marie, déjà parfait au commencement, a grandi jusqu’à l’heure de la Croix. Là, sa maternité s’est élargie pour embrasser chacun de nous, notre vie, pour nous conduire à son Fils. Marie a vécu toujours plongée dans le mystère du Dieu fait homme, comme sa première et parfaite disciple, en méditant toute chose dans son cœur à la lumière du Saint-Esprit, pour comprendre et mettre en pratique toute la volonté de Dieu.

Nous pouvons nous poser une question : nous laissons-nous éclairer par la foi de Marie, qui est notre Mère ? Ou bien pensons-nous qu’elle est lointaine, trop différente de nous ? Dans les moments de difficulté, d’épreuve, d’obscurité, tournons notre regard vers elle comme vers un modèle de confiance en Dieu, qui veut toujours et uniquement notre bien ? Pensons à cela, peut-être cela nous fera-t-il du bien de retrouver Marie comme modèle et figure de l’Église dans cette foi qu’elle avait !

 

  1. Venons au deuxième aspect : Marie modèle de charité. De quelle manière Marie est-elle pour l’Église un exemple vivant d’amour ? Pensons à sa disponibilité à l’égard de sa parente Élisabeth. En lui rendant visite, la Vierge Marie lui a aussi apporté une aide matérielle, mais pas seulement, elle lui a apporté Jésus, qui vivait déjà dans son sein. Apporter Jésus dans cette maison voulait dire apporter la joie, la pleine joie. Élisabeth et Zacharie étaient heureux pour la grossesse qui semblait impossible à leur âge, mais c’est la jeune Marie qui leur apporte la pleine joie, celle qui vient de Jésus et de l’Esprit Saint et s’exprime dans la charité gratuite, dans le partage, dans l’aide mutuelle, dans la compréhension réciproque.

La Vierge veut nous apporter à nous aussi, à nous tous, le grand don qu’est Jésus ; et avec Lui, elle nous apporte son amour, sa paix, sa joie. Ainsi, l’Église est comme Marie : l’Église n’est pas un magasin, ce n’est pas une agence humanitaire, l’Église n’est pas une ong, l’Église est envoyée pour apporter à tous le Christ et son Évangile ; elle ne s’apporte pas elle-même — qu’elle soit petite, qu’elle soit grande, qu’elle soit forte, qu’elle soit faible, l’Église apporte Jésus et doit être comme Marie quand elle est allée rendre visite à Élisabeth. Que lui apportait Marie ? Jésus. L’Église apporte Jésus : tel est le centre de l’Église, apporter Jésus ! Si, par hypothèse, il arrivait une fois que l’Église n’apporte pas Jésus, ce serait une Église morte ! L’Église doit apporter la charité de Jésus, l’amour de Jésus, la charité de Jésus.

Nous avons parlé de Marie, de Jésus. Et nous ? Nous qui sommes l’Église ? Quel est l’amour que nous portons aux autres ? C’est l’amour de Jésus, qui partage, qui pardonne, qui accompagne, ou bien est-ce un amour dilué, comme lorsqu’on allonge du vin qui semble devenir de l’eau ? Est-ce un amour fort, ou faible au point de suivre les sympathies, qui recherche une contre-partie, un amour intéressé ? Une autre question : Jésus aime-t-il l’amour intéressé ? Non, il ne l’aime pas, car l’amour doit être gratuit, comme le sien. Comment sont les rapports dans nos paroisses, dans nos communautés ? Nous traitons-nous en frères et sœurs ? Nous jugeons-nous, parlons-nous mal les uns des autres, nous occupons-nous chacun de notre « petit jardin », ou bien avons-nous soin l’un de l’autre ? Ce sont des questions de charité !

 

  1. Et abordons brièvement un autre aspect : Marie modèle d’union avec le Christ. La vie de la Sainte Vierge a été la vie d’une femme de son peuple : Marie priait, travaillait, allait à la synagogue… Mais chaque action était toujours accomplie en union parfaite avec Jésus. Cette union atteint son sommet sur le Calvaire : là, Marie s’unit à son Fils dans le martyre du cœur et dans l’offrande de la vie au Père pour le salut de l’humanité. La Vierge a fait sienne la douleur de son Fils et a accepté avec Lui la volonté du Père, dans cette obéissance qui porte du fruit, qui donne la véritable victoire sur le mal et sur la mort.

Cette réalité que Marie nous enseigne est très belle : être toujours unis à Jésus. Nous pouvons nous demander : nous rappelons-nous de Jésus seulement quand quelque chose ne va pas et que nous avons besoin, où avons-nous une relation constante, une amitié profonde, même quand il s’agit de le suivre sur le chemin de la croix ?

Demandons au Seigneur qu’il nous donne sa grâce, sa force, afin que dans notre vie et dans la vie de chaque communauté ecclésiale se reflète le modèle de Marie, Mère de l’Église. Ainsi soit-il !

 

 

DOCUMENTS PONTIFICAUX, EGLISE CATHOLIQUE, GAUDETE ET EXSULTATE, GNOSTICISME, PAPE FRANÇOIS, Pape François, SAINTETE

Gaudete et Exsultate : l’appel à la sainteté

Gaudete et Exsultate : sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel

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– Deux ennemis subtils de la Sainteté

 

 

  1. Dans ce cadre, je voudrais attirer l’attention sur deux falsifications de la sainteté qui pourraient nous faire dévier du chemin : le gnosticisme et le pélagianisme. Ce sont deux hérésies apparues au cours des premiers siècles du christianisme mais qui sont encore d’une préoccupante actualité. Même aujourd’hui les cœurs de nombreux chrétiens, peut-être sans qu’ils s’en rendent compte, se laissent séduire par ces propositions trompeuses. En elles s’exprime un immanentisme anthropocentrique déguisé en vérité catholique.[1] Voyons ces deux formes de sécurité, doctrinale ou disciplinaire, qui donnent lieu à « un élitisme narcissique et autoritaire, où, au lieu d’évangéliser, on analyse et classifie les autres, et, au lieu de faciliter l’accès à la grâce, les énergies s’usent dans le contrôle. Dans les deux cas, ni Jésus-Christ ni les autres n’intéressent vraiment ».[2]

 

Le gnosticisme actuel

  1. Le gnosticisme suppose « une foi renfermée dans le subjectivisme, où seule compte une expérience déterminée ou une série de raisonnements et de connaissances que l’on considère comme pouvant réconforter et éclairer, mais où le sujet reste en définitive fermé dans l’immanence de sa propre raison ou de ses sentiments ».[3]

 

Un esprit sans Dieu et sans chair

 

  1. Grâce à Dieu, tout au long de l’histoire de l’Église, il a toujours été très clair que la perfection des personnes se mesure par leur degré de charité et non par la quantité des données et des connaissances qu’elles accumulent. Les ‘‘gnostiques’’ font une confusion sur ce point et jugent les autres par leur capacité à comprendre la profondeur de certaines doctrines. Ils conçoivent un esprit sans incarnation, incapable de toucher la chair souffrante du Christ dans les autres, corseté dans une encyclopédie d’abstractions. En désincarnant le mystère, ils préfèrent finalement « un Dieu sans Christ, un Christ sans Église, une Église sans peuple »[4].

 

  1. En définitive, il s’agit d’une superficialité vaniteuse : beaucoup de mouvement à la surface de l’esprit, mais la profondeur de la pensée ne se meut ni ne s’émeut. Cette superficialité arrive cependant à subjuguer certains par une fascination trompeuse, car l’équilibre gnostique réside dans la forme et semble aseptisé ; et il peut prendre l’aspect d’une certaine harmonie ou d’un ordre qui englobent tout.

 

  1. Mais attention ! Je ne fais pas référence aux rationalistes ennemis de la foi chrétienne. Cela peut se produire dans l’Église, tant chez les laïcs des paroisses que chez ceux qui enseignent la philosophie ou la théologie dans les centres de formation. Car c’est aussi le propre des gnostiques de croire que, par leurs explications, ils peuvent rendre parfaitement compréhensibles toute la foi et tout l’Evangile. Ils absolutisent leurs propres théories et obligent les autres à se soumettre aux raisonnements qu’ils utilisent. Une chose est un sain et humble usage de la raison pour réfléchir sur l’enseignement théologique et moral de l’Evangile ; une autre est de prétendre réduire l’enseignement de Jésus à une logique froide et dure qui cherche à tout dominer.[5]

 

 

Une doctrine sans mystère

 

  1. Le gnosticisme est l’une des pires idéologies puisqu’en même temps qu’il exalte indûment la connaissance ou une expérience déterminée, il considère que sa propre vision de la réalité représente la perfection. Ainsi, peut-être sans s’en rendre compte, cette idéologie se nourrit-elle elle-même et sombre-t-elle d’autant plus dans la cécité. Elle devient parfois particulièrement trompeuse quand elle se déguise en spiritualité désincarnée. Car le gnosticisme « de par sa nature même veut apprivoiser le mystère »,[6] tant le mystère de Dieu et de sa grâce que le mystère  de la vie des autres.

 

  1. Lorsque quelqu’un a réponse à toutes les questions, cela montre qu’il n’est pas sur un chemin sain, et il est possible qu’il soit un faux prophète utilisant la religion à son propre bénéfice, au service de ses élucubrations psychologiques et mentales. Dieu nous dépasse infiniment, il est toujours une surprise et ce n’est pas nous qui décidons dans quelle circonstance historique le rencontrer, puisqu’il ne dépend pas de nous de déterminer le temps, le lieu et la modalité de la rencontre. Celui qui veut que tout soit clair et certain prétend dominer la transcendance de Dieu.

 

  1. On ne peut pas non plus prétendre définir là où Dieu ne se trouve pas, car il est présent mystérieusement dans la vie de toute personne, il est dans la vie de chacun comme il veut, et nous ne pouvons pas le nier par nos supposées certitudes. Même quand l’existence d’une personne a été un désastre, même quand nous la voyons détruite par les vices et les addictions, Dieu est dans sa vie. Si nous nous laissons guider par l’Esprit plus que par nos raisonnements, nous pouvons et nous devons chercher le Seigneur dans toute vie humaine. Cela fait partie du mystère que les mentalités gnostiques finissent par rejeter, parce qu’elles ne peuvent pas le contrôler.

 

 

Les limites de la raison

 

  1. Nous ne parvenons à comprendre que très pauvrement la vérité que nous recevons du Seigneur. Plus difficilement encore nous parvenons à l’exprimer. Nous ne pouvons donc pas prétendre que notre manière de la comprendre nous autorise à exercer une supervision stricte sur la vie des autres. Je voudrais rappeler que dans l’Église cohabitent à bon droit diverses manières d’interpréter de nombreux aspects de la doctrine et de la vie chrétienne qui, dans leur variété, « aident à mieux expliquer le très riche trésor de la Parole ». En réalité « à ceux qui rêvent d’une doctrine monolithique défendue par tous sans nuances, cela peut sembler une dispersion imparfaite ».[7] Précisément, certains courants gnostiques ont déprécié la simplicité si concrète de l’Evangile et ont cherché à remplacer le Dieu trinitaire et incarné par une Unité supérieure où disparaissait la riche multiplicité de notre histoire.

 

  1. En réalité, la doctrine, ou mieux, notre compréhension et expression de celle-ci, « n’est pas un système clos, privé de dynamiques capables d’engendrer des questions, des doutes, des interrogations », et « les questions de notre peuple, ses angoisses, ses combats, ses rêves, ses luttes, ses préoccupations, possèdent une valeur herméneutique que nous ne pouvons ignorer si nous voulons prendre au sérieux le principe de l’Incarnation. Ses questions nous aident à nous interroger, ses interrogations nous interrogent ».[8]

 

  1. Il se produit fréquemment une dangereuse confusion : croire que parce que nous savons quelque chose ou que nous pouvons l’expliquer selon une certaine logique, nous sommes déjà saints, parfaits, meilleurs que la « masse ignorante ». Saint Jean-Paul II mettait en garde ceux qui dans l’Église ont la chance d’une formation plus poussée contre la tentation de nourrir « un certain sentiment de supériorité par rapport aux autres fidèles ».[9] Mais en réalité, ce que nous croyons savoir devrait être toujours un motif pour mieux répondre à l’amour de Dieu, car « on apprend pour vivre : théologie et sainteté sont un binôme inséparable ».[10]

 

  1. Quand saint François d’Assise a vu que certains de ses disciples enseignaient la doctrine, il a voulu éviter la tentation du gnosticisme. Il a donc écrit ceci à saint Antoine de Padoue : « Il me plaît que tu lises la théologie sacrée aux frères, pourvu que, dans l’étude de celle-ci, tu n’éteignes pas l’esprit de sainte oraison et de dévotion ».[11] Il percevait la tentation de transformer l’expérience chrétienne en un ensemble d’élucubrations mentales qui finissent par éloigner de la fraîcheur de l’Evangile. Saint Bonaventure, d’autre part, faisait remarquer que la vraie sagesse chrétienne ne doit pas être séparée de la miséricorde  envers le prochain : « La plus grande sagesse qui puisse exister consiste à diffuser fructueusement ce qu’on a à offrir, ce qui a été précisément donné pour être offert […]
    C’est pourquoi tout comme la miséricorde est amie de la sagesse, l’avarice est son ennemi ».[12] « Il y a une activité qui, en s’unissant à la contemplation ne l’entrave pas, mais la favorise ainsi que les œuvres de miséricorde et de piété ».[13]

 

 

Le pélagianisme actuel

 

  1. Le gnosticisme a donné lieu à une autre vieille hérésie qui est également présente aujourd’hui. A mesure que passait le temps, beaucoup ont commencé à reconnaître que ce n’est pas la connaissance qui nous rend meilleurs ni saints, mais la vie que nous menons. Le problème, c’est que cela a dégénéré subtilement, de sorte que l’erreur même des gnostiques s’est simplement transformée mais n’a pas été surmontée.

 

  1. Car le pouvoir que les gnostiques attribuaient à l’intelligence, certains commencèrent à l’attribuer à la volonté humaine, à l’effort personnel. C’est ainsi que sont apparus les pélagiens et les semi-pélagiens.
    Ce n’était plus l’intelligence qui occupait la place du mystère et de la grâce, mais la volonté. On oubliait qu’« il n’est pas question de l’homme qui veut ou qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde » (Rm 9, 16) et que « lui nous a aimés le premier» (1Jn 4, 19).

 

 

Une volonté sans humilité

 

  1. Ceux qui épousent cette mentalité pélagienne ou semi-pélagienne, bien qu’ils parlent de la grâce de Dieu dans des discours édulcorés, « en définitive font confiance uniquement à leurs propres forces et se sentent supérieurs aux autres parce qu’ils observent des normes déterminées ou parce qu’ils sont inébranlablement fidèles à un certain style catholique ».[14] Quand certains d’entre eux s’adressent aux faibles en leur disant que tout est possible avec la grâce de Dieu, au fond ils font d’habitude passer l’idée que tout est possible par la volonté humaine, comme si celle-ci était quelque chose de pur, de parfait, de tout-puissant, auquel s’ajoute la grâce. On cherche à ignorer que ‘‘tous ne peuvent pas tout’’,[15] et qu’en cette vie les fragilités humaines ne sont pas complètement et définitivement guéries par la grâce.[16] De toute manière, comme l’enseignait saint Augustin, Dieu t’invite à faire ce que tu peux et à demander ce que tu ne peux pas ;[17] ou bien à dire humblement au Seigneur : « Donne ce que tu commandes et commande ce que tu veux ».[18]

 

  1. Au fond, l’absence de la reconnaissance sincère, douloureuse et priante de nos limites est ce qui empêche la grâce de mieux agir en nous, puisqu’on ne lui laisse pas de place pour réaliser ce bien possible qui s’insère dans un cheminement sincère et réel de croissance.[19] La grâce, justement parce qu’elle suppose notre nature, ne fait pas de nous, d’un coup, des surhommes. Le prétendre serait placer trop de confiance en nous-mêmes. Dans ce cas, derrière l’orthodoxie, nos attitudes pourraient ne pas correspondre à ce que nous affirmons sur la nécessité de la grâce, et dans les faits nous finissons par compter peu sur elle. Car si nous ne percevons pas notre réalité concrète et limitée, nous ne pourrons pas voir non plus les pas réels et possibles que le Seigneur nous demande à chaque instant, après nous avoir rendus capables et nous avoir conquis par ses dons. La grâce agit historiquement et, d’ordinaire, elle nous prend et nous transforme de manière progressive.[20] C’est pourquoi si nous rejetons ce caractère historique et progressif, nous pouvons, de fait, arriver à la nier et à la bloquer, bien que nous l’exaltions par nos paroles.

 

  1. Quand Dieu s’adresse à Abraham, il lui dit : « Je suis Dieu tout-puissant. Marche en ma présence et sois parfait » (Gn 17, 1). Pour que nous soyons parfaits comme il le désire, nous devons vivre humblement en sa présence, enveloppés de sa gloire ; il nous faut marcher en union avec lui en reconnaissant son amour constant dans nos vies.
    Il ne faut plus avoir peur de cette présence qui ne peut que nous faire du bien. Il est le Père qui nous a donné la vie et qui nous aime tant. Une fois que nous l’acceptons et que nous cessons de penser notre vie sans lui, l’angoisse de la solitude disparaît (cf. Ps 139, 7). Et si nous n’éloignons plus Dieu de nous et que nous vivons en sa présence, nous pourrons lui permettre d’examiner nos cœurs pour qu’il voie s’ils sont sur le bon chemin (cf. Ps 139, 23-24). Ainsi, nous connaîtrons la volonté du Seigneur, ce qui lui plaît et ce qui est parfait (cf. Rm 12, 1-2) et nous le laisserons nous modeler comme un potier (cf. Is 29, 16). Nous avons souvent dit que Dieu habite en nous, mais il est mieux de dire que nous habitons en lui, qu’il nous permet de vivre dans sa lumière et dans son amour. Il est notre temple : « La chose que je cherche, c’est d’habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie » (cf. Ps 27, 4). « Mieux vaut un jour dans tes parvis que mille à ma guise » (Ps 84, 11). C’est en lui que nous sommes sanctifiés.

 

 

Un enseignement de l’Église souvent oublié

 

  1. L’Église catholique a maintes fois enseigné que nous ne sommes pas justifiés par nos œuvres ni par nos efforts mais par la grâce du Seigneur qui prend l’initiative. Les Pères de l’Église, même avant saint Augustin, exprimaient clairement cette conviction primordiale. Saint Jean Chrysostome disait que Dieu verse en nous la source même de tous les dons avant même que nous n’entrions dans le combat[21] Saint Basile le Grand faisait remarquer que le fidèle se glorifie seulement en Dieu, car il sait qu’il « est dépourvu de vraie justice et ne [trouve] sa justice que dans la foi au Christ ».[22]

 

  1. Le deuxième Synode d’Orange a enseigné avec grande autorité que nul homme peut exiger, mériter ou acheter le don de la grâce divine et que toute coopération avec elle est d’abord un don de la grâce elle-même : « Même notre volonté de purification est un effet de l’infusion et de l’opération du Saint Esprit en nous ».[23] Plus tard, même quand le Concile de Trente souligne l’importance de notre coopération pour la croissance spirituelle, il réaffirme cet enseignement dogmatique : on dit que nous sommes « justifiés gratuitement parce que rien de ce qui précède la justification, que ce soit la foi ou les œuvres, ne mérite cette grâce de la justification. En effet, si c’est une grâce, elle ne vient pas des œuvres ; autrement, la grâce n’est plus la grâce (Rm 11, 6)».[24]

 

  1. Le Catéchisme de l’Église catholique aussi nous rappelle que le don de la grâce « surpasse les capacités de l’intelligence et les forces de la volonté humaine »,[25] et qu’« à l’égard de Dieu, il n’y a pas, au sens d’un droit strict, de mérite de la part de l’homme. Entre Lui et nous l’inégalité est sans mesure ».[26] Son amitié nous dépasse infiniment, nous ne pouvons pas l’acheter par nos œuvres et elle ne peut être qu’un don de son initiative d’amour.
    Cela nous invite à vivre dans une joyeuse gratitude pour ce don que nous ne mériterons jamais, puisque « quand [quelqu’un] possède déjà la grâce, il ne peut mériter cette grâce déjà reçue ».[27] Les saints évitent de mettre leur confiance dans leurs propres actions : « Au soir de cette vie, je paraîtrai devant vous les mains vides, car je ne vous demande pas, Seigneur, de compter mes œuvres. Toutes nos justices ont des taches à vos yeux ».[28]

 

  1. C’est l’une des grandes convictions définitivement acquises par l’Église, et cela est si clairement exprimé dans la Parole de Dieu que c’est hors de toute discussion. Tout comme le commandement suprême de l’amour, cette vérité devrait marquer notre style de vie, parce qu’elle s’abreuve au cœur de l’Evangile et elle demande non seulement à être accueillie par notre esprit, mais aussi à être transformée en une joie contagieuse. Cependant nous ne pourrons pas célébrer avec gratitude le don gratuit de l’amitié avec le Seigneur si nous ne reconnaissons pas que même notre existence terrestre et nos capacités naturelles sont un don. Il nous faut « accepter joyeusement que notre être soit un don, et accepter même notre liberté comme une grâce.
    C’est ce qui est difficile aujourd’hui dans un monde qui croit avoir quelque chose par lui-même, fruit de sa propre originalité ou de sa liberté ».[29]

 

  1. C’est seulement à partir du don de Dieu, librement accueilli et humblement reçu, que nous pouvons coopérer par nos efforts à nous laisser transformer de plus en plus.[30] Il faut d’abord appartenir à Dieu. Il s’agit de nous offrir à celui qui nous devance, de lui remettre nos capacités, notre engagement, notre lutte contre le mal et notre créativité, pour que son don gratuit grandisse et se développe en nous : « Je vous exhorte, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu » (Rm 12, 1). D’autre part, l’Église a toujours enseigné que seule la charité rend possible la croissance dans la vie de la grâce car « si je n’ai pas la charité, je ne suis rien » (1Co 13, 2).

 

 

Les nouveaux pélagiens

 

  1. Il y a encore des chrétiens qui s’emploient à suivre un autre chemin : celui de la justification par leurs propres forces, celui de l’adoration de la volonté humaine et de ses propres capacités, ce qui se traduit par une autosatisfaction égocentrique et élitiste dépourvue de l’amour vrai. Cela se manifeste par de nombreuses attitudes apparemment différentes : l’obsession pour la loi, la fascination de pouvoir montrer des conquêtes sociales et politiques, l’ostentation dans le soin de la liturgie, de la doctrine et du prestige de l’Église, la vaine gloire liée à la gestion d’affaires pratiques, l’enthousiasme pour les dynamiques d’autonomie et de réalisation autoréférentielle. Certains chrétiens consacrent leurs énergies et leur temps à cela, au lieu de se laisser porter par l’Esprit sur le chemin de l’amour, de brûler du désir de communiquer la beauté et la joie de l’Evangile, et de chercher ceux qui sont perdus parmi ces immenses multitudes assoiffées du Christ.[31]

 

  1. Souvent, contre l’impulsion de l’Esprit, la vie de l’Église se transforme en pièce de musée ou devient la propriété d’un petit nombre. Cela se produit quand certains groupes chrétiens accordent une importance excessive à l’accomplissement de normes, de coutumes ou de styles déterminés.
    De cette manière, on a l’habitude de réduire et de mettre l’Evangile dans un carcan en lui retirant sa simplicité captivante et sa saveur. C’est peut-être une forme subtile de pélagianisme, parce que cela semble soumettre la vie de la grâce à quelques structures humaines. Cela touche des groupes, des mouvements et des communautés, et c’est ce qui explique que, très souvent, ils commencent par une vie intense dans l’Esprit mais finissent fossilisés…ou corrompus.

 

  1. Sans nous en rendre compte, en pensant que tout dépend de l’effort humain canalisé par des normes et des structures ecclésiales, nous compliquons l’Evangile et nous devenons esclaves d’un schéma qui laisse peu de place pour que la grâce agisse. Saint Thomas d’Aquin nous rappelait que les préceptes ajoutés à l’Evangile par l’Église doivent s’exiger avec modération « de peur que la vie des fidèles en devienne pénible » et qu’ainsi notre religion ne se transforme en « un fardeau asservissant ».[32]

 

 

Le résumé de la Loi

 

  1. Pour éviter cela, il est bon de rappeler fréquemment qu’il y a une hiérarchie des vertus qui nous invite à rechercher l’essentiel. Le primat revient aux vertus théologales qui ont Dieu pour objet et cause. Et au centre se trouve la charité. Saint Paul affirme que ce qui compte vraiment, c’est la « la foi opérant par la charité » (Ga 5, 6). Nous sommes appelés à préserver plus soigneusement la charité: « Celui qui aime autrui a de ce fait accompli la loi […]. La charité est donc la loi dans sa plénitude » (Rm 13, 8.10). « Car une seule formule contient toute la Loi en sa plénitude : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même” » (Ga 5, 14).

 

  1. En d’autres termes : dans l’épaisse forêt de préceptes et de prescriptions, Jésus ouvre une brèche qui permet de distinguer deux visages : celui du Père et celui du frère. Il ne nous offre pas deux formules ou deux préceptes de plus. Il nous offre deux visages, ou mieux, un seul, celui de Dieu qui se reflète dans beaucoup d’autres. Car en chaque frère, spécialement le plus petit, fragile, sans défense et en celui qui est dans le besoin, se trouve présente l’image même de Dieu. En effet, avec cette humanité vulnérable considérée comme déchet, à la fin des temps, le Seigneur façonnera sa dernière œuvre d’art. Car « qu’est-ce qui reste, qu’est-ce qui a de la valeur dans la vie, quelles richesses ne s’évanouissent pas ? Sûrement deux : le Seigneur et le prochain. Ces deux richesses ne s’évanouissent pas ».[33]
  2. Que le Seigneur délivre l’Église des nouvelles formes de gnosticisme et de pélagianisme qui l’affublent et l’entravent sur le chemin de la sainteté ! Ces déviations s’expriment de diverses manières, selon le tempérament et des caractéristiques propres à chacun. C’est pourquoi j’exhorte chacun à se demander et à discerner devant Dieu de quelle manière elles peuvent être en train de se manifester dans sa vie.

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[1] Cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Lett. Placuit Deo sur certains aspects du salut chrétien (22 février 2018), n. 4 : L’Osservatore Romano (2 mars 2018), pp.4-5 : « L’individualisme néo-pélagien et le mépris néo-gnostique du corps défigurent la confession de foi au Christ, Sauveur unique et universel ». Dans ce document, se trouvent les bases doctrinales pour la compréhension du salut chrétien en référence aux dérives néo-gnostiques et néo-pélagiennes actuelles.

[2] Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 94 : AAS 105 (2013), p. 1060.

[3] Ibid : AAS 105 (2013), p. 1059.

[4] Homélie lors de la Messe à la Résidence Sainte-Marthe (11 novembre 2016) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française (1er décembre 2016), p. 8.

[5] 37 Comme l’enseigne saint Bonaventure, on doit « laisser en arrière toutes les opérations de l’intelligence, puis transporter et transformer en Dieu le foyer de toutes nos affections […] Il faut accorder peu à la recherche et beaucoup à l’onction ; peu à la langue et le plus possible à la joie intérieure ; peu aux discours et aux livres, et tout au don de Dieu, c’est-à-dire au saint Esprit ; peu ou rien à la créature et tout à l’Être créateur : Père, Fils et saint Esprit » (Itinerarium mentis in Deum, VII, 4-5 [Texte latin de Quaracchi traduit par H. Dumery], Paris 2001, pp. 103.105).

[6] Lettre au Grand Chancelier de l’Université Pontificale Catholique d’Argentine pour le centenaire de la Faculté de théologie (3 mars 2015) : L’Osservatore Romano (9-10 mars 2015), p. 6

[7] Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013),n. 40 : AAS 105 (2013), p. 1037.

[8] Vidéo-message au congrès international de théologie de l’Université Pontificale Catholique d’Argentine (1-3 septembre 2015) : AAS 107 (2015), p. 980.

[9] Exhort. ap. post-synodale Vita consecrata (25 mars 1996), n. 38 : AAS 88 (1996), p. 412.

[10] Lettre au Grand Chancelier de l’Université Pontificale Catholique d’Argentine pour le centenaire de la Faculté de théologie (3 mars 2015) : L’Osservatore Romano (9-10 mars 2015), p. 6.

[11] Lettre à Frère Antoine, 2 (Ecrits, vies, témoignages, Ed. du 8ème centenaire vol. 1, Paris 2010, p. 383).

[12]  Les sept dons de l’Esprit Saint, 9, 15.

[13] Id, Commentaire sur le Livre IV des Sentences 37, 1, 3, ad 6.

[14]  46 Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 94 : AAS 105 (2013), p. 1059.

[15] Cf. Bonaventure de Bagnoregio, De sex alis Seraphim 3, 8 : « Non omnes omnia possunt ». Il faut le comprendre dans la ligne du Catéchisme de l’Église catholique, n. 1735.

[16]  Cf. Thomas d’Aquin, Somme Théologique I-II, q. 109, a. 9, ad 1. « La grâce est de quelque manière imparfaite en ce qu’elle ne guérit pas totalement l’homme ».

[17] Cf. La nature et la grâce XLIII, 50 : PL 44, p. 271.

[18] Confessions X, XXIX, 40 (Paris 1962, Livres VIII-XIII, p. 213).

[19] Cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n.44 : AAS 105 (2013), p. 1038.

[20] Dans la compréhension de la foi chrétienne, la grâce est prévenante, concomitante et subséquente à tout notre agir. (Cf. Conc. oecum. de Trente, Sess. VI, Decr. de iustificatione, ch. 5, in DH, n. 1525)

[21] Cf. Homélie sur la Lettre aux Romains IX, 11 : PG 60, p. 470

[22] Homélie sur l’humilité : PG 31, p. 530

[23] Canon 4, DH 374 (H. Denziger, Symboles et définitions de la foi catholique, Paris 2010, p. 137).

[24] Ses. 6ème, Decretum de iustificatione, chap. 8, DH 1532 (H. Denziger, Symboles et définitions de la foi catholique, Paris 2010, p. 422)

[25] N. 1998

[26] Ibid., n. 2007

[27] Thomas d’Aquin, Somme Théologique I-II, q. 114, art. 5

[28] Thérèse de Lisieux, ‘‘Acte d’offrande à l’Amour miséricordieux’’(Prières, 6), (Œuvres complètes, Paris 1996, p. 963)

[29] Liucio Gera, Sobre el misterio del pobre, dans P. Grelot- L. Gera-A. Dumas, El Pobre, Buenos Aires 1962, p. 103.

[30] 62 C’est, en définitive, la doctrine catholique du “mérite” postérieur à la justification. Il s’agit de la coopération du justifié à l’accroissement de la vie de la grâce (cf. Catéchisme de l’Église Catholique, n. 2010). Mais cette coopération ne fait en aucune manière que la justification elle-même et l’amitié de Dieu deviennent l’objet d’un mérite humain

[31] Cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n.95 : AAS 105 (2013), p. 1060

[32] Somme Théologique I-II, q. 107, art. 4.

[33] Homélie de la Sainte Messe à l’occasion du Jubilé des personnes socialement exclues (13 novembre 2016) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française (17 novembre 2016), p. 7.