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Film Le temps des égarés

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LE TEMPS DES ÉGARÉS

Le temps des égarés

De Virginie Sauveur

Avec Claudia Tagbo, Biyouna, Jean-Pierre Lorit

Date de sortie mai 2018 (Arte)

Drame français

Salon-de-Provence le 9 février à  17h00 au Cinéma Les Arcades (Place Gambettta – Tarif 5 €)

Une ancienne réfugiée, devenue traductrice de l’OFPRA, extorque sans scrupules les demandeurs d’asile pour inventer les récits de leurs vies. Film proposé par la CIMADE. Débat avec la scénariste, Gaëlle Bellan, et Marie Hélène Desfours, avocate spécialisée en droits des étrangers.

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SYNOPSIS ET DÉTAILS

Ancienne réfugiée, Sira est traductrice pour l’OFRPA, l’organisme chargé de l’attribution du droit d’Asile en France. Sans aucun scrupule vis-à-vis des demandeurs, elle leur vend au prix fort des odyssées mensongères mais susceptibles de convaincre les autorités. Un enchaînement de rencontres qui vont avoir raison de son cynisme.

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http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=258776.html

 

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Le temps des égarés

Sur Arte

“Le Temps des égarés”, un conte ultra-contemporain sur les réfugiés

Dans une fiction sur Arte, la réalisatrice Virginie Sauveur raconte avec humanité les épreuves qui attendent les migrants à leur arrivée en France. Et fustige ceux qui en profitent : en traductrice corrompue, la comique Claudia Tagbo se révèle impériale.

Ils sont un essaim, collés les uns aux autres dans la pénombre inconfortable d’un container. Ils sont une enfilade de silhouettes floues, courant à contre-jour vers l’eldorado qu’ils se sont imaginé. Un homme sort du lot qui s’éloigne et s’arrête. Dans son sac en plastique, le strict nécessaire : un bout de savon, une brosse à dents et un texte de Cyrano de Bergerac. Il commence une toilette de chat dans la mer, relève la tête, fixe la caméra. Maintenant, semble-t-il nous dire, regardez-moi dans les yeux et écoutez mon histoire.

Récits d’exilés à vendre

Ainsi commence Le Temps des égarés, sorte d’épopée contemporaine dans laquelle des héros venus de l’autre côté de la Méditerranée réussissent les exploits successifs de débarquer en France, de tracer leur chemin jusqu’à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) et, le cas échéant, de convaincre ceux qui les écoutent qu’ils méritent le droit d’asile. C’est à ce dernier stade de leur parcours que, dans ce téléfilm réalisé par Virginie Sauveur (Virage Nord), tout se joue.

Aider les réfugiés à dire l’indicible

« Quand j’ai découvert que le récit délivré à l’Ofpra, à l’écrit et à l’oral, primait sur les éventuelles pièces matérielles[souvent manquantes ou sujettes à caution, ndlr], j’ai immédiatement pensé à ceux qui, traumatisés ou craignant encore des représailles, n’étaient pas capables de raconter leur histoire », explique la scénariste Gaëlle Bellan. Dans la réalité, il arrive que des escrocs profitent des détresses pour faire commerce de leurs récits, qui fonctionnent tant que leur répétition ne saute pas aux oreilles des agents qui les collectent.

Dans la fiction, une traductrice (Claudia Tagbo) sature de billets de banque son existence vide de sens en vendant aux réfugiés les mots qui leur serviront de sésame. Gare à celui qui pense pouvoir s’en passer : rien n’est moins contestable que la chronique d’une destinée…

La réalité rejoint la fiction

Née il y a une dizaine d’années, l’idée de cette fiction mettant en scène des réfugiés (un terme que Gaëlle ­Bellan préfère à celui de « migrants ») trouve son aboutissement au moment où la loi asile-immigration, fraîchement votée, durcit les conditions d’entrée en France. « Lors d’une première projection du film, en janvier, un spectateur a fait remarquer que la présence d’une petite fille dans un centre de rétention n’était pas réaliste, poursuit la scénariste. L’un des personnages précise d’ailleurs que celle-ci est arrivée là “par erreur”. Or, désormais, ce cas de figure est parfaitement possible. » Désireuse de proposer « un film documenté mais pas documentaire », elle a rencontré des anciens agents de protection de l’Ofpra, et assisté à des audiences de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) pour rendre chaque situation incontestable.

Loin pourtant d’asséner un propos, Le Temps des égarés ressemble plutôt à un conte, dissimulant derrière ses protagonistes mille pistes de réflexion. De la traductrice impénétrable à l’humaniste égoïste, tous ont de bonnes raisons d’agir comme ils le font ; tant pis s’ils se montrent cruels quand on attend de la bienveillance, ou vénaux quand on les espère moraux… Surtout, ils ne sont plus la masse indistincte qu’évoquent les journaux ou les textes de loi, mais des individus dotés de visages et confrontés à des dilemmes, qui suscitent réflexion et empathie.

A contre-emploi, l’humoriste Claudia Tagbo se révèle impériale dans un rôle marmoréen — une nouvelle fois, la réalisatrice Virginie Sauveur démontre qu’elle n’a pas sa pareille pour révéler les comédiens. C’est sans doute grâce à cette intégrité face au « sujet » et à ceux qui l’incarnent, mais aussi à la poésie dont il fait preuve parfois, que ce téléfilm délicat a reçu trois prix au dernier festival de Luchon (dont celui de la meilleure fiction) et le prix du public au Fipa.

Télérama du 25 mai 2018

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« Le temps des égarés »de Virginie Sauveur

 

Diffusé sur ARTE le vendredi 25 mai 2018, Le temps des égarés de Virginie Sauveur est un téléfilm sociétal fort et original sur le sujet polémique de l’accueil des migrants et réfugiés. L’avis et la critique de Bulles de Culture sur cette unitaire fiction coup de cœur, portée par une excellente Claudia Tagbo, ainsi que notre interview de l’équipe.

Synopsis :

Sira Diabate (Claudia Tagbo) travaille pour l’OFPRA, l’organisme chargé de lattribution du droit dasile en France. Elle-même issue de limmigration mais sans aucun scrupule vis-à-vis des migrants, elle leur vend au prix fort des odyssées mensongères, mais susceptibles de convaincre les autorités. Solitaire, elle amasse compulsivement de l’argent pour combler le vide de son existence. Un enchaînement de rencontres va avoir raison de son cynisme. Pendant ce temps-là, Abdul Yassin (Amer Alwan), réfugié irakien rescapé de Daech, débarque en France où il va devoir apprendre à survivre.

Le temps des égarés : le sujet sensible de l’accueil des migrants

L’arrivée d’un groupe d’immigrés clandestins dans un container qu’on imagine décharger d’un cargo ouvre le téléfilm Le temps des égarés. Abdul Yassin en fait partie. Puis direction l’OFPRA (Office Français de la Protection des Réfugiés et des Apatrides) où entre en scène Sira Diabate, une interprète qui y travaille. Enfin une petite fille, sauvée d’une excision par son père en fuite, fait son apparition… L’unitaire fiction Le temps des égarés « est un projet que je porte depuis 2009, nous a confié Gaëlle Bellan (Engrenages), la coscénariste au départ du projet. A l’origine, ce qui m’a interpellé, c’est une conversation avec une amie qui travaillait autour de l’univers de l’OFPRA et qui m’a expliqué comment fonctionnait l’obtention du droit d’asile. Elle m’a dit que tout reposait sur le récit du requérant et que c’était la qualité du récit qui permettait de donner ou non le statut. Évidemment, comme je suis une scénariste et que le récit est au cœur de mes préoccupations quotidiennes, j’ai trouvé que c’était incroyable qu’il y ait un enjeu de vie et de mort autour du récit. Donc à l’origine, il ne s’agissait pas de parler des mouvements migratoires et du statut de réfugié en lui-même. C’est venu après ».

Et c’est l’approche originale et inédite du téléfilm Le temps des égarés qui en fait toute la force. Surtout que de nous jours, l’accueil des migrants et réfugiés est un sujet hautement sensible. A tel point que la production s’est heurtée à de nombreuses difficultés lors du tournage. Ainsi, malgré le soutien de la région Ile-de-France, de nombreuses villes ont refusé d’être associés à ce projet. Que ce soit pour le tournage dans la cité tranquille où vit Sira, ou pour l’ouverture du film où Abdul et un groupe de migrants arrivent en bateau — face au refus des ports de Calais, Dunkerque ou Marseille, la scène a finalement été tournée avec un container sur un parking privé. Même fin de non-recevoir pour la séquence de l’hôtel de marchand de sommeil où séjourne Abdul qui aurait dû se dérouler en fait dans un « camp » de migrants reconstitué sous le métro de Paris. C’est dire l’importance de traiter aujourd’hui un tel sujet, même en fiction.

Des êtres confrontés à un système défaillant

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Dans l’unitaire fiction Le temps des égarés, la coscénariste et réalisatrice Virginie Sauveur (Virage NordQuelques jours entre nous) filme donc à hauteur d’homme plusieurs personnages confrontés à un système d’accueil de migrants et de réfugiés totalement défaillant. Il y a tout d’abord ceux qui le représentent et que le téléfilm, loin d’être à charge, n’oublie pas de souligner l’humanité mais aussi l’extrême désemparement face à des situations qui les dépassent complètement. C’est ainsi le cas d’Audrey, interprétée par la comédienne Géraldine Martineau (Le NouveauPetit Paysan), qui « est extrêmement désagréable mais on sent aussi que c’est une personne qui est tous les jours confrontés à la détresse, à des gens qui supplient, demandent… qui a une responsabilité inhumaine sur ses épaules, nous a expliqué la coscénariste et réalisatrice Virginie Sauveur. Cette personne est en charge de récupérer la parole mais en plus de décider aussi si oui ou non son interlocuteur peut rester ou pas en France ».

Il y a ensuite ceux qui arrivent avec plein d’illusions et qui vont se heurter à la dure réalité. C’est le cas d’Abdul Yassin, un professeur de français irakien d’une cinquantaine d’années qui a fui son pays pour trouver refuge en France. Interprété par l’acteur et réalisateur irakien Amer Alwan (Zaman, l’homme des roseaux), cet homme qui idéalise tant la France va se heurter à la dure réalité de l’accueil des immigrés dans le pays supposé des droits de l’Homme. « Le personnage d’Abdul a quelque chose en lui qui se brise. Il avait une image en lui un peu romanesque de la France, des droits de l’Homme, de la culture, nous a ainsi expliqué Virginie Sauveur.C’est vrai qu’il se drape un peu dans sa souffrance mais à un moment donné, il va accepter. Lui aussi, il fait un chemin. Il ne fait pas simplement le chemin d’Irak à Paris mais aussi dans sa tête. Malgré son âge, il grandit. Car il avait appris la France dans les livres, par un prisme littéraire, pas du tout par la réalité« .

Il y a enfin ceux qui acceptent le « game », comme le dit si bien son interprète Claudia Tagbo, métamorphosée dans le rôle de ce fascinant personnage qu’est Sira Diabate. Avec un jeu sobre et tout de colère rentrée, la comédienne, plus connue du grand public pour ses talents d’humoriste comme dans la série OCS Holly Weed, interprète avec brio cette interprète misanthrope et solitaire. Contrairement à Abdul, celle-ci ne se fait plus d’illusions depuis longtemps et monnaie chèrement sa capacité à parler six langues — l’actrice a d’ailleurs dû apprendre phonétiquement le kurde, le tamoul et le bambara pour le rôle — pour raconter les histoires les plus à même de faire obtenir l’asile à des immigrés méritant ou non ce statut.

Heureusement, pour contrebalancer ces trois regards pessimistes sur la situation actuelle, l’auteure-réalisatrice Virginie Sauveur et la coscénariste Gaëlle Bellan ont introduit également deux autres personnages plus porteurs d’optimisme. Il y a tout d’abord Assa, une enfant interprétée par la jeune comédienne Hadja Traore (9 ans) que Sira va accueillir chez elle et qui va apporter poésie — très belle scène notamment de conte en ombres chinoises raconté par Sira — et espoir dans le téléfilm. « Ce qui était intéressant, c’est cette petite fille qui rappelle aussi à Sira ce à quoi elle a réussi à échapper, nous a confirmé Virginie Sauveur. Il y a aussi une transmission de la parole et de la force. Quand la petite fille est confrontée à Abdul, celui-ci lui enseigne quelque chose de plus doux, altruiste et positif. Puis un autre personnage va lui dire totalement l’inverse : il ne faut rien laisser passer, rien accepter. Et du coup, cette petite fille prend de tout et ramène la parole d’Abdul à Sira et inversement. C’est une sorte de témoin-humain ». Il y a ensuite le personnage de la jeune avocate incarnée par Alice Belaïdi(WorkingirlsLe Bureau des Légendes) qui laisse espérer que l’éloquence sera enfin au service des causes justes.

Un téléfilm fort et singulier sur un sujet contemporain

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A l’image du personnage de Jean-Paul Miller, l’ami journaliste d’Abdul joué par Jean-Pierre Lorit (Ceux de 14Sam), « on a envie d’aider tout le monde mais après concrètement, c’est plus compliqué, nous a glissé l’auteure-réalisatrice Virginie Sauveur. Et le téléfilm raconte ça aussi : concrètement, qu’est-ce qu’on fait nous aussi ? Pas grand chose finalement. Après il y a les lois qui nous empêchent d’aider… »

Coup de cœur de Bulles de Culture, le téléfilm Le temps des égarés offre donc un regard fort, singulier et actuel sur un sujet d’actualité qui nous concerne tous grâce à une réalisation juste et humaine ainsi que grâce à un casting où la comédienne Claudia Tagbo, telle une guerrière, crève l’écran. Et Virginie Sauveur de conclure : « J’aimerais qu’on est un regard plus doux sur les migrants (…) et les accueillir de manière plus digne ».

Source Programme TV  de Bulles de Culture

 

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Ce mercredi était l’ultime jour du tournage du film « Le temps des égarés », une fiction de 90mn produite par Delante Productions avec Arte. Le tournage a débuté le 22 août dernier en région parisienne et les dernières scènes tournées à Provence Studio et sur une friche industrielle de Port-de-Bouc – on y voit des migrants s’échapper d’un container et se sauver dans le paysage industriel – correspondent au début du film, écrit et réalisé par Virginie Sauveur (à qui l’on doit « Virage Nord »).

Le synopsis : Sira (interprétée par Claudia Tagbo) est traductrice pour l’Ofpra, l’organisme chargé de l’attribution du droit d’asile en France. Sans aucun scrupule vis-à-vis des demandeurs, elle leur vend au prix fort des odyssées mensongères mais susceptibles de convaincre les autorités. Un enchaînement de rencontres va avoir raison de son cynisme.

Le film est ancré dans la réalité d’aujourd’hui. On retrouve dans le casting Biyouna, Jean-Pierre Lorit, Hadja Traore avec la participation d’Alice Belaïdi. Amer Alwan est aussi de la partie en tant qu’acteur, lui qui est aussi réalisateur. En vidéo.

 

https://www.maritima.info/depeches/culture/martigues/49821/encore-un-film-a-provence-studio.html

 

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Claudia Tagbo : « Et si  »le Temps des égarés » permettait aux spectateurs d’ouvrir les yeux sur les migrants ? »

Claudia Tagbo (Séverine Brigeot/Arte France)

Dans « le Temps des égarés », prix de la meilleure fiction unitaire au Festival de Luchon, Claudia Tagbo joue une interprète de l’Ofpra sans scrupules qui abuse de la faiblesse des migrants

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Viols, menace islamiste ou d’excision… Sira (Claudia Tagbo), interprète à l’Ofpra (Office français de Protection des Réfugiés et Apatrides), l’organisme chargé de l’attribution du droit d’asile en France, ficelle contre 500 euros l’odyssée inventée de toutes pièces de migrants qui jouent leur sort devant les fonctionnaires chargés de les écouter. Gaëlle Bellan, scénariste du “Temps des égarés” explique :

En enquêtant pendant près de huit ans sur le sujet, c’est leur récit, enjeu de vie ou de mort, qui m’a d’abord fascinée. Mais je me suis aussi rendu compte que la crise migratoire suscitait des métiers clandestins et pas très “réglos” comme celui de Sira. Ils “fonctionnent” un temps jusqu’à ce que l’Ofpra identifie les points de convergence des témoignages. »

Sira, elle-même exilée, misanthrope et pragmatique, « presque robotique « , selon l’actrice, s’est figée dans une colère et un cynisme doucement fissurés par l’irruption d’Assa (Hadja Traore), une gamine menacée d’expulsion. Tout au long de cette fiction chorale, où chacun – ami d’exilé d’abord accueillant puis démissionnaire, membre de l’Ofpra au bord du point de rupture, mais aussi assistantes sociales dévouées – fait ce qu’il peut, Assa trace les abscisses et les ordonnées de l’intrigue. Et noue le lien entre les personnages : Abdul (Amer Alwan), professeur irakien persécuté par Daech, lecteur de « Cyrano de Bergerac » et débarqué en container, qui a de la France une image romantique et subit à son arrivée ce que Virginie Sauveur, la réalisatrice, appelle un « choc thermique », Louise (Alice Belaïdi), avocate talentueuse appelée à découvrir sa vraie voie, et bien évidemment Sira.

Une nature électrique issue du stand-up

Cette Sira impassible au point que Claudia Tagbo devait se détendre les maxillaires entre chaque prise, la comédienne l’a aussitôt adoptée« Quand j’ai lu le scénario avec Arte marqué dessus, et ça comptait , dit-elle, je me suis écriée “waouh”, avant de songer : “Pourvu que Sira n’existe pas. ” On vient en France parce qu’on a faim dans tous les sensdu terme. On a donné tout ce qu’on avait à des passeurs pour payer le voyage. On a risqué sa vie. Et le premier contact avec le sol français serait quelqu’un d’“officiel” qui monnaye ses services et vous extorque ce qu’il vous reste, vous épuise, vous écrase… Impensable. J’espère que, d’une manière générale, “le Temps des égarés” permettra aux spectateurs d’ouvrir les yeux ou, du moins, de soulever une paupière. Aujourd’hui, les Etats entassent les réfugiés derrière des grillages. Ils tentent d’organiser la misère. C’est d’une violence absolue. Si personne n’a la solution, l’empathie est à la portée de tous. La France, mon cher pays, est une terre d’accueil, peut-être pouvons-nous essayer de nous montrer à la hauteur des valeurs que le monde nous prête. »

Pour incarner Sira, cette nature électrique issue du stand-up et du Jamel Comedy Club à l’abattage considérable (qui ne l’a vue sur scène imiter Beyoncé, le sprinter américain Maurice Greene ou un vendeur de la Fnac tire-au-flanc a raté quelque chose) n’a pas cherché à se documenter :

A quoi bon ? On pourrait réaliser un film avec l’histoire de chaque migrant échoué en bas de chez nous. »

Elle s’est donc contentée du scénario, de la confiance qui la liait à Virginie Sauveur, et d’apprendre phonétiquement le kurde, le tamoul et le bambara (la langue du Mali). « Dans le script , se souvient la réalisatrice, une didascalie précisait : “Sira traverse un couloir avec quelque chose de guerrier et de frontal. ” Claudia m’est apparue comme une évidence totale. »

Les mots sont plus forts que les maux

Née à Abidjan – elle y regarde en boucle à la télé le feuilleton « Sandokan » et la série des « Sissi », qui lui a donné envie de devenir actrice -, Claudia Tagbo suit son père à Chanac, en Lozère, où, « s’il vous arrive de croiser un voisin, vous faites un vœu. Le paternel aimait ce pays et voulait donner une chance à ses enfants. En Côte d’Ivoire, nous n’allions plus à l’école à cause d’une grève longue de six mois. Mais je possédais la langue française, ce cadeau. » A 12 ans, elle découvre le froid, les cols roulés, les collants qui grattent, les épinards et l’existence de fromages plus goûteux que La Vache qui rit. A l’heure où des actrices comme Aïssa Maïga ou Sonia Rolland dénoncent dans un livre, « Noire n’est pas mon métier » (Seuil, 2018), le racisme latent au sein du cinéma français, Claudia Tagbo assure avoir réglé le problème depuis très longtemps. « J’ai subi des préjugés, connu les castings où je n’étais pas prise. On peut y arriver lumineuse en ayant appris son texte sur le bout des doigts, si le directeur de casting est mal luné, il vous dira non sans vous expliquer pourquoi. Mon père ne nous a jamais menti. Lorsque j’objectais : “Je suis noire”, il me rétorquait : “Et alors, tu l’es ou pas ? Il faut y croire, ne pas baisser les bras. ” Et puis, moi, je suis noire et ronde. Inutile de dire que je partais avec deux sacs de sable autour des chevilles dans les starting-blocks », s‘esclaffe-t-elle.

Aujourd’hui, son engagement passe par Léopold Sédar Senghor dont elle cite un poème dans « Lucky », son deuxième one-woman-show -« Cet homme avait oublié qu’il était noir, il était juste humain » -, mais aussi par le souvenir des attentats de Paris qui ont servi de genèse au même spectacle. « Dès le lendemain, je suis allée voir Patrick Timsit puis Elie Semoun sur scène, c’était la première fois qu’on fermait les grilles d’un théâtre derrière moi, mais je me disais : “Bouge, c’est ton lieu d’expression. ” Pour moi, les mots sont plus forts que les maux. »

Les mots, justement, tiennent une grande place dans ce « Temps des égarés » aux allures de conte où la vérité n’est pas forcément gage de passeport pour l’avenir. Où Sira lance des phrases que Claudia Tagbo a eu du mal à prononcer comme : « Dans la vie, il ne faut compter sur personne. » Où on peut avouer un traumatisme passé grâce à des ombres chinoises, avec une poésie qui rappelle celle de Michel Ocelot, le créateur de « Kirikou et la sorcière ». « Le Temps des égarés » n’a pas été simple à tourner. « La ville où nous avions domicilié Sira ne souhaitait pas forcément voir son nom accolé à une fiction sur cette question-là , explique Virginie Sauveur. Nous voulions aussi filmer un camp de migrants, que nous imaginions sous un métro aérien, mais il a fallu changer le décor et opter pour un squat. Nous n’avons, enfin, pas obtenu les autorisations pour faire des plans d’un homme sur un ferry, les ports nous ayant tous signifié leur refus. » 

La fin de ce film exempt de sentimentalisme et soucieux de donner une voix à ceux qui n’en ont pas s’en est trouvée modifiée.

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Publié dans le Nouvel observateur du 25 mai 23018

 

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ANGOLA (Afrique ; Guerre civile), Another day of life, DROITS DE L'HOMME, Film Another day of life, FILMS, JOURNALISME, RENCONTRES CINEMATOGRAPHIQUES DES DROITS DE L'HOMME, SECOURS CATHOLQIUE

Film Another day of life

 

7b1455d5b731308d690d44241812f320-e1528907814240-908x445Film Another day of life

Raul de la Fuente

Damian Nenow

Janvier 2019.

Film espagnol, allemand, belge, polonais hongrois.

Rester pour témoigner, à quel prix ?

Animation de Raul de la Fuente et Demain Nenow – 86 min – 2019

Cinéma Mazarin AIX-EN-PCE ● 8 février ● 20h30

Aventure humaine d’un journaliste, engouffré dans l’entité monstrueuse de la guerre civile angolaise. Film proposé par Amnesty International. Débat avec Isabelle Staes, ex-reporter de guerre et directrice de France 3 – Provence et Bruno Canivenc, Amnesty International. Animé par Jean-Claude Escaffit, journaliste.

 

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Varsovie, 1975. Ryszard Kapuscinski (43 ans) est un brillant journaliste, chevronné et idéaliste. C’est un fervent défenseur des causes perdues et des révolutions. À l’agence de presse polonaise, il convainc ses supérieurs de l’envoyer en Angola. Le pays bascule dans une guerre civile sanglante à l’aube de son indépendance. Kapuscinski s’embarque alors dans un voyage suicidaire au cœur du conflit. Il assiste une fois de plus à la dure réalité de la guerre et se découvre un sentiment d’impuissance. L’Angola le changera à jamais : parti journaliste de Pologne, il en revient écrivain.

 http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=230942.html

 

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Angola, 1975. Une guerre civile sanglante éclate à la veille de l’indépendance du pays. Le reporter polonais Ryszard Kapuściński, idéaliste et fervent défenseur des causes perdues et des révolutions, se rend au cœur du conflit et prend conscience du pouvoir et de l’ambiguïté de son rôle de journaliste.

Dans les mois qui ont précédé́ la déclaration d’indépendance (11 novembre 1975), différentes factions du mouvement angolais de libération étaient engagées dans un combat prolongé qui déciderait de celle qui aurait le pouvoir dans la république en devenir. Après des négociations, Kapuściński décide de se rendre sur la ligne de front, risquant sa vie pour être le premier journaliste au monde à rendre compte quotidiennement du déroulement du conflit, travaillant sous pression, dans la terreur et la solitude. Se déplacer dans la zone de conflit ressemble à la roulette russe : prononcer un mot de travers à un point de contrôle et c’est la fin. Mais le conflit angolais ne fut pas simplement pour Kapuściński une guerre de plus à couvrir car il a très vite pris visage humain : le visage de la farouche combattante Carlotta et celui du Comandante Farrusco, deux rencontres qu’il fait pendant ses voyages sur la ligne de front. Dans cette histoire, la politique internationale et les batailles par procuration dans lesquelles l’Angola ne pèse pas lourd, sont inextricablement liées aux destins et aux histoires des gens ordinaires, devenus des héros sur les lignes de front des guérillas.
Mélange d’animation et de prises de vues réelles, Another Day of Life entremêle récit de l’intime et Histoire. Adapté du livre éponyme de Ryszard Kapuściński, célèbre journaliste porté aux nues par Gabriel García Márquez et par Salman Rushdie, le film retrace son expérience cauchemardesque de la guerre civile angolaise en 1975.

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Biographie des réalisateurs(rices)

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Raul de la Fuente

Né en 1974 à Pampelune, en Espagne, Raúl de la Fuente réalise en 2013 Minerita, Goya du meilleur court métrage documentaire en 2014, recommandé par le Ministère de la Culture espagnol dans la lutte pour l’égalité des genres, et “short-listé” dans la course aux Oscar en 2015. Il est à l’origine du projet de long métrage Another day of life qu’il a produit au sein de la société Kanaki Films qu’il a fondée et qu’il dirige.

Damian Nenow

Né en 1983 à Bydgoszcz, en Pologne, Damian Nenow est diplômé de la Lodz Film School. Son film d’étudiant The Aim (2005) a été primé sur sa qualité artistique lors du Festival international du film d’animation « ReAnimacja » de Lodz. Les suivants, The Great Escape (2006), City of Ruins (2010) et Paths of Hate (film de fins d’études 2011) sont sélectionnés dans de nombreux festivals. Il travaille chez Platige Image Film Studio en tant que réalisateur, auteur, monteur dans la technique 3D.

 

https://www.cinema-histoire-pessac.com/festival/films/another-day-life

 

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Ryszard Kapuscinski, reporter polonais, se retrouve en 1975, en pleine guerre civile en Angola. Tentant de rejoindre un front plus que jamais mouvant, il se retrouve pris entre les différentes factions, découvre l’étendue des massacres de civils, ainsi que le rôle des différents alliés…

 

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Un percutant documentaire animé, sur le rôle ambiguë des journalistes en temps de guerre

Centré sur un reporter polonais décédé en 2007 (Ryszard Kapuscinski), « Another day of life » mêle animation à base de motion capture et documentaire (des interviews de certains des protagonistes du conflit encore vivants, quelques images ou photos d’archives de ceux qui ne sont plus…). Poignant, ce long métrage, présenté en séance spéciale au Festival de Cannes et en séance événement au Festival d’Annecy 2018, constitue un témoignage indispensable sur la guerre civile en Angola et la manière dont les journalistes de guerre peuvent parfois participer à l’écriture l’histoire avec un grand H.

Ici, la technique utilisée permet à la fois une immersion totale du spectateur aux côtés des reporters, à l’image de la première fusillade en plein désert, impressionnante de virtuosité, qui positionne le regard au raz du sol à la manière d’un observateur pris lui même entre les tirs. Efficace, l’animation permet aussi de rendre plus supportable les massacres ignobles de colonnes d’exilés, et de fournir au passage quelques visions cauchemardesques distancées d’une terre soumise à des bombardements, se disloquant sous les pieds des hommes. Alors que l’ensemble du métrage beigne dans des couleurs ternies, comme plombées par le soleil et la chaleur ambiante, ces passages prennent tout à coup des teintes rougeâtres, dépeignant ainsi l’enfer qui entoure les protagonistes.

Au delà d’une tentative de description de la fascination exercée par l’Afrique sur les occidentaux (l’ambiance des « musseques », bidonvilles de Luanda, la capitale…) et de la nécessité pour les journalistes d’être au plus près des combats, la force de ce travail documentaire est de retracer la progressive dimension internationale du conflit, impliquant CIA (USA), combattants Cubains et potentiellement armée d’Afrique du Sud. Mettant au centre du récit la notion de « confusion », aux multiples sens, le film retrace quelques trois semaines ayant mené à une coûteuse indépendance, engendrant ensuite 17 ans de guerre civile. Un récit bouleversant sous forme de multiples rencontres et de puissantes visions d’une terre éventrée, porteur à la fois d’une troublant et lucide discours sur « la naissance du tiers monde » et d’un point de vue sur le rôle et l’implication des journalistes. Indispensable.

 

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Un témoignage historique, saisissant et sans concession, qui use d’une animation soignée pour affirmer les affres d’une guerre terrible en Angola.

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L’argument : Varsovie, 1975. Ryszard Kapuscinski (43 ans) est un brillant journaliste, chevronné et idéaliste, fervent défenseur des causes perdues et des révolutions. À l’agence de presse polonaise, il convainc ses supérieurs de l’envoyer en Angola. Le pays bascule dans une guerre civile sanglante à l’aube de son indépendance. Kapuscinski s’embarque alors dans un voyage suicidaire au cœur du conflit. Il assiste une fois de plus à la dure réalité de la guerre et se découvre un sentiment d’impuissance. L’Angola le changera à jamais : parti journaliste de Pologne, il en revient écrivain.

Notre avis Depuis quelques années, le cinéma d’animation, quand il n’est pas réservé à un public enfantin ou adolescent, cultive une nouvelle forme d’expression qui alterne des images réelles, filmées à la façon d’un documentaire, et animées qui montrent une représentation fictionnelle de la guerre. On pense notamment au succès fondateur de Valse avec Bachir, ou aux récents Chris the Swiss qui retraçait la recherche d’un cousin tué pendant le conflit serbo-croate et Samouni Road, récit du massacre d’une famille rurale sur la bande de Gaza. Dans le tout animé, on pense forcément également à Persépolis, au succès tonitruant, que l’on avait découvert à Cannes.
Les deux réalisateurs d’Another day of life adoptent la même démarche sous un angle géopolitique différent dans la mesure où ils tentent de reconstituer l’entrée en guerre de l’Angola, sous couvert des rivalités entre le bloc soviétique et les Etats-Unis. Le récit d’un journaliste polonais, Ryszard Kapuscinski, parti en Angola pour chroniquer un nouveau massacre africain, sert de fil conducteur à cette tragédie annoncée dont naturellement les victimes principales seront les populations les plus pauvres.

 Le personnage principal de cette histoire s’engage dans une quête journalistique des plus dangereuses, dans le but de mettre à jour l’instrumentalisation de Cuba et des Etats-Unis sur les groupes politiques qui se battent pour obtenir le pouvoir local en Angola. Le film est particulièrement bien documenté et a le mérite de révéler au grand public une page de l’histoire africaine souvent méconnue. On découvre avec effroi les tentatives d’annexion du territoire angolais par l’Afrique du Sud, et surtout la violence quasi animale qui s’abat sur les populations.
Au-delà du témoignage historique sur une guerre qui ne s’est jamais vraiment achevée, sur un territoire regorgeant de diamants, le film déploie une réflexion profonde sur l’éthique du journalisme. Un reporter doit-il tout dire de ce qu’il constate sur le terrain, au risque d’accentuer un bouleversement mondial ? Ou doit-il travestir la réalité, quitte à conforter l’ignorance de l’Occident sur les enjeux géopolitiques véritables ? Telle sont les grandes interrogations des réalisateurs qui n’envisagent pas de laisser le spectateur dans son confort.

 L’animation, très colorée, rend compte d’un soin singulier pour donner chair à la réalité monstrueuse du conflit. Elle aide à supporter l’horreur graphique et l’atmosphère de chaos total qui règne. Le spectateur est emporté dans cette course haletante et spectaculaire, avec le sentiment que la mort peut survenir à tout moment. Elle est jalonnée par des personnages forts, comme une jeune révolutionnaire, très belle, qui sauve le protagoniste central de la mort ; son pouvoir de séduction fascine. Il faut avoir le cœur accroché car ces personnages sont en permanence sur le fil du rasoir, risquant à chaque instant d’être criblés de balles, venues de nulle part.

 Dans son urgence, Another Day of Life constitue un long-métrage nécessaire pour appréhender les origines d’un conflit perpétué pendant près de trente ans et dont on continue à ressentir les remous à notre époque contemporaine. A l’heure où le nombre de demandeurs d’asile africains explose en Europe, ce pamphlet est à envisager dans son évocation des douleurs des victimes de guerre dans des termes humains qui porte à la réflexion. Après tout, les véritables responsables ne sont-ils pas les puissants de notre monde ?

 

https://www.avoir-alire.com/another-day-of-life-la-critique-du-film

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Angola : Vingt-cinq ans de guerre civile

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Fin du XVe siècle

Début de la présence portugaise en Angola.

1961

Déclenchement de la lutte armée contre le colonialisme portugais.

1974

« Révolution des œillets » à Lisbonne. Le Portugal renonce à son empire colonial.

13 janvier 1975

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L’accord signé sous le patronage de Lisbonne entre les trois mouvements de libération que sont le Front national de libération de l’Angola (FLNA) et l’Union nationale Pour l’indépendance totale de l’Angola (Unita), Soutenus par l’Afrique du Sud et les Etats-Unis, et le Mouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA), aidé par l’URSS, n’a Pas de suite. Début de la guerre civile.

Automne 1975

L’Afrique du Sud envahit le sud de l’Angola pour soutenir l’offensive de Unita contre le MPLA, lui-même appuyé par Un corps expéditionnaire cubain. Le 11 novembre, le MPLA proclame, à Luanda, l’indépendance de l’Angola.

Juillet 1985

Le Congrès américain abroge amendement Clark, qui interdisait, depuis 1976, toute aide militaire à l’Unita.

22 décembre 1988

L’Angola et Cuba signent à New York un accord qui prévoit un retrait échelonné et complet des troupes cubaines.

31 mai 1991

  1. septembre 1992
  2. Jonas Savimbi (Unita) et le Résident angolais Jose Eduardo Dos Santos signent à Bicesse un accord de paix qui met fin à la guerre civile et prévoit la tenue d’élections libres en septembre 1992. Les Nations unies Soient des observateurs.

29-30 septembre 1992

Elections législatives et Résidentielle. Victoire du MPLA contestée par M. Savimbi, qui relance la guerre civile.

15 septembre 1993

La résolution 864 du Conseil de sécurité de l’ONU condamne l’Unita, qu’elle rend responsable de la reprise des combats.

20 novembre 1994

Signature à Lusaka d’un nouvel accord de paix entre le gouvernement angolais et l’Unita, en l’absence de M. Savimbi.

Août 1996

  1. Savimbi refuse «catégoriquement » l’un des deux postes de vice-président proposé par le gouvernement de Luanda.

11 avril 1997

Reportée à deux reprises depuis décembre 1996, la formation du gouvernement d’unité et de réconciliation nationale (GURN) devient enfin effective.

30 octobre 1997

Le Conseil de sécurité de l’ONU vote à l’unanimité des sanctions contre l’Unita, qui refuse de démobiliser ses unités.

Décembre 1998

Reprise de la guerre entre le pouvoir angolais et l’Unita.

20 mars 1999

Le gouvernement angolais s’oppose fermement au maintien de la mission d’observation des Nations unies (Monua).

26 mai 1999

Un porte-parole de l’ONU indique que les 300 000 personnes déplacées depuis la reprise des combats au mois de novembre portaient le total des déplacés à 1,6 million.

27 août 1999

Des centaines de personnes ont été tuées lors de combats non loin d’Uige, dans le nord de l’ancienne colonie portugaise, et quelque cinq mille déplacées.

5 octobre 1999

Le groupe sud-africain De Beers, premier producteur et négociant mondial de diamants, décrète un embargo total sur les achats de diamants d’Angola. Le Conseil supérieur du diamant d’Anvers (Belgique) a également assuré respecter cet embargo.

 

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https://www.monde-diplomatique.fr/mav/49/A/55567

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Dans le cadre des Rencontres cinématographiques  des Droits de l’Homme

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ACAT, ACTION DES CHRETIENS CONTRE LA TORTURE, APRES L'OMBRE, CINEMA FRNÇAIS, DROITS DE L'HOMME, FILM APRES L'OMBRE, RENCONTRES CINEMATOGRAPHIQUES DES DROITS DE L'HOMME, SECOURS CATHOLQIUE

Film Après l’ombre

APRÈS L’OMBRE

De Stéphane Mercurio

Documentaire français (2017)

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Le théâtre au service de la réinsertion

Un voyage au cœur d’une réalisation théâtrale avec des anciens détenus. Une parole qui transperce les murs de la prison.

Film proposé par l’ACAT (Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture avec débat avec Eric Jayat, ancien détenu, acteur du film et Agnès Bussat, service prison Secours Catholique et animé par Anne Le Cor, ACAT (Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture).

Film à Aubagne (Cours Maréchal Foch) au Cinéma Le Pagnol (tarif cinéma).

 

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SYNOPSIS ET DÉTAILS

Une longue peine, comment ça se raconte ?
C’est étrange ce mot qui signifie punition et chagrin en même temps.
Ainsi s’exprime Didier Ruiz lorsqu’il entreprend la mise en scène de son dernier spectacle monté avec d’anciens détenus de longue peine. Dans le temps suspendu des répétitions on voit se transformer tous ces hommes – le metteur en scène y compris.
Le film raconte la prison, la façon dont elle grave dans les chairs des marques indélébiles et invisibles.
Il saisit le travail rigoureux d’un metteur en scène avec ces comédiens « extraordinaires ».
Et surtout il raconte un voyage, celui qui va permettre à cette parole inconcevable de jaillir de l’ombre pour traverser les murs.

Un univers familier

Ce n’est pas la première fois que la réalisatrice Stéphane Mercurio pose sa caméra dans le monde carcéral. En 2008, elle signe A côté qui s’intéresse aux familles de prisonniers qui viennent au parloir et plus particulièrement aux femmes de prisonniers. Quatre ans plus tard, elle réalise A l’ombre de la république, qui lui a permis de pénétrer au coeur de l’enfermement, dans les quartiers disciplinaires, les cours de prison, les cellules, … Elle y rencontre des prisonniers purgeant de longues peines. Marquée par cette expérience, elle décide de s’intéresser à « l’après prison ». Grâce à Bernard Bolze, cofondateur de l’OIP (Observatoire International des Prisons), elle entre en contact avec le metteur en scène de théâtre Didier Ruiz qui allait commencer à collaborer avec d’anciens détenus sur une pièce intitulée Une longue peine.

Les prisonniers

Aucun casting n’a été effectué pour choisir les prisonniers, comme le précise la réalisatrice : « Didier [Ruiz] a pris les gens avec lesquels, il était possible de travailler : ceux qui avaient reçu du juge l’autorisation de changer de région – puisque certains étaient encore sous contrôle judiciaire, ceux qui en avaient envie, ceux qui étaient disponibles pour participer à cette aventure et que leur travail n’empêcherait pas de faire la tournée. » 

La thématique

Au-delà d’être un film sur la prison, Après l’ombre aborde également le collectif, la confiance mais aussi la libération de la parole, un sujet cher à la réalisatrice : « Prendre cette parole a eu très certainement pour certains d’entre eux un rôle important dans la confiance en soi, l’estime de soi tellement mise à mal par l’incarcération. »

Une caméra invisible

Les prisonniers, qui n’avaient jamais joué la comédie, se sont retrouvés à participer à une pièce de théâtre dans laquelle ils racontent leur propre histoire. Le défi était double pour eux car ils étaient suivis par l’équipe du film. Pourtant, la caméra a vite su se faire oublier, comme le précise la réalisatrice : « Ils étaient si absorbés par leur travail. Ils savaient qu’on était là bien sûr, mais ils nous oubliaient. »

Occulter les crimes

La réalisatrice a fait le choix de ne pas dévoiler les raisons exactes de l’incarcération des prisonniers afin de ne pas polluer la réflexion sur la prison : « Le motif de la condamnation risque de dévorer toute la pensée autour de la prison : on le juge grave, ou pas si grave que cela. Chacun a son échelle de valeur mais la question n’est pas là. Il faut se demander : doit-on être traité de la sorte en prison ? Les durées des peines sont-elles justifiées ? Que fabrique la prison ? De toute manière, ces hommes ont été condamnés, ils ont purgé leur peine. »

Un débat primordial

La réalisatrice estime que « La réflexion politique sur la prison est très pauvre, désespérante. Les politiques répondent aux peurs par toujours plus d’emprisonnement. Les chiffres explosent, les durées des peines ont doublé. Le nombre de détenus aussi et on voit que la prison devient impossible aussi pour le personnel pénitentiaire. (…) Il est admis que la prison ne permet pas de se réinsérer. Les études sur cela sont innombrables. Je crois que la prison fabrique la violence de demain. »

La prison en quelques chiffres

En France, aucune mesure n’instaure un minimum légal d’activités proposées aux prisonniers. 80 811 personnes sont détenues dont un surnombre de 10 549 prisonniers. 115 suicides ont été recensés en 2015 et 80% des prisonniers présentent des pathologies psychiatriques.

 

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http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=261325.html

 

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Quatre anciens détenus répètent une pièce de théâtre qui retrace leur histoire… Un documentaire émouvant sur les vertus de la parole et de l’art.

Quatre hommes et une femme. Eux ont été condamnés à de lourdes peines, qu’ils ont, pour la plupart, accomplies jusqu’au bout : quatorze ans pour l’un, trente-cinq pour l’autre. On ne saura rien des délits qu’ils ont commis : Après l’ombre n’est pas un film qui rejuge ni recondamne. A leurs côtés, une femme. Elle, qui a longtemps partagé la vie d’un détenu, rappelle les héroïnes anonymes de Stéphane Mercurio dans A côté (2008), attendant, au parloir, de rendre visite à leur fils, leur époux, leur père emprisonné. Ici, la réalisatrice n’est qu’un regard qui s’accorde le mieux possible à celui du metteur en scène de théâtre Didier Ruiz, en train de répéter Une longue peine, un spectacle où ces cinq témoins se racontent… Ce qu’elle surprend, c’est ce qui se passe en coulisses : la réserve soudaine d’un des participants à vouloir monter sur scène. Les incessants va-et-vient, durant les pauses, d’un autre, comme s’il était encore en cellule. La panique d’un troisième à l’idée d’être touché, le temps d’une danse, tant il redoute le moindre contact physique. « Ça va où les larmes quand on ne pleure plus ? » se demande soudain Annette…

Et puis il y a André, qui raconte comment il avait pris l’habitude, durant son incarcération, de se couper les veines, pour se retrouver à l’infirmerie et changer d’air… Et Eric, qui, un jour, par désespoir, s’est détruit les dents « avec une fourchette et un couteau à bout rond ». Il évoque presque paisiblement les heures où il a creusé, cassé, extrait… Le film ne milite que pour la dignité que l’on doit à tout être, même coupable, qui se retrouve en prison. Il est simple, sobre et beau.

Synopsis

Une longue peine, comment ça se raconte ? C’est étrange ce mot qui signifie punition et chagrin en même temps. Ainsi s’exprime Didier Ruiz lorsqu’il entreprend la mise en scène de son dernier spectacle monté avec d’anciens détenus de longue peine. Dans le temps suspendu des répétitions on voit se transformer tous ces hommes – le metteur en scène y compris. Le film raconte la prison, la façon dont elle grave dans les chairs des marques indélébiles et invisibles. Il saisit le travail rigoureux d’un metteur en scène avec ces comédiens « extraordinaires ». Et surtout il raconte un voyage, celui qui va permettre à cette parole inconcevable de jaillir de l’ombre pour traverser les murs.

 

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https://www.telerama.fr/cinema/films/apres-lombre,n5394940.php

 

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Un bouleversant documentaire sur le traumatisme carcéral, autant qu’un dispositif subtil sur les rapports entre l’art dramatique et le réel.

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L’argument : Une longue peine, comment ça se raconte ? C’est étrange ce mot qui signifie punition et chagrin en même temps. Ainsi s’exprime Didier Ruiz lorsqu’il entreprend la mise en scène de son dernier spectacle monté avec d’anciens détenus de longue peine. Dans le temps suspendu des répétitions on voit se transformer tous ces hommes – le metteur en scène y compris. Le film raconte la prison, la façon dont elle grave dans les chairs des marques indélébiles et invisibles. Il saisit le travail rigoureux d’un metteur en scène avec ces comédiens « extraordinaires ». Et surtout il raconte un voyage, celui qui va permettre à cette parole inconcevable de jaillir de l’ombre pour traverser les murs.

Notre avis : Après l’ombre est le troisième documentaire que la réalisatrice Stéphane Mercurio consacre à l’univers carcéral. Cette fois, il ne s’agit pas de filmer la prison (A l’ombre de la République) ou un lieu d’accueil de familles de prisonniers (A côté) mais de cerner la difficile réinsertion de détenus ayant purgé une longue peine. Le trauma qui pollue la liberté retrouvée d’André, Eric, Alain et Louis, a en quelque sorte été exorcisé par l’expérience théâtrale que leur a fait partager le metteur en scène Didier Ruiz, fondateur de La compagnie des hommes. Le projet a été de leur donner la parole afin qu’ils élaborent un spectacle où ils racontent plusieurs passages éprouvants de leur incarcération. S’est jointe au groupe Annette, épouse de prisonnier, pour qui l’expérience s’avère être aussi une catharsis. La réalisatrice filme ainsi l’élaboration du processus de création de la pièce, et les répétitions de ces comédiens « non professionnels » jouant leurs propres rôles dans une alternance de monologues.

Le film de Stéphane Mercurio n’est pas seulement un outil de réflexion passionnant sur les failles et les absurdités du système pénitentiaire qui, tel qu’il est assuré en France et dans multiples pays, engendre un cercle vicieux de frustrations et de violences et n’aide en rien à réintégrer l’individu déviant et délinquant. Et la parole protagonistes qui témoignent est éloquente sur le sujet : c’est un prisonnier étiqueté dangereux que l’on conduit sur la tombe de son fils avec des menottes, et tenu en laisse ; c’est cet autre qui se mutile en s’arrachant les dents avec un tournevis, suite à des caries non soignées ; c’est Annette apportant un tupperware de salade au saumon fumé au parloir de Louis le soir de Noël, mais contrainte d’en verser le contenu dans un sachet en plastique, transformant son repas de fête en nourriture pour chien ; c’est cet autre expliquant comment il a introduit des amantes au parloir, les faisant passer pour des cousines. Les dialogues ne sont ni larmoyants ou revanchards, et vont révéler qu’au-delà de leur passé et de leur douleur en commun, tous se seront transformés par cette parole libérée.

Après l’ombre n’est donc pas seulement un documentaire bienveillant sur une réinsertion retrouvée, mais aussi un film subtil sur les rapports entre le théâtre et le vécu, La compagnie des hommes procurant à ces hommes et cette femme une recomposition psychologique et sociale bien plus efficace que maintes analyses, en plus de leur faire côtoyer un univers qu’ils ne connaissaient pas. Mais la mise en abyme est à un double niveau, le 7e art venant s’immiscer à travers la caméra de la réalisatrice, discrète mais présente : « Je ne devais pas me mettre à la place du spectateur de théâtre, ni à celle de Didier. Il fallait que je me décale pour éviter la redite de ce quelque chose qui est bien plus fort que sur scène, en direct », a déclaré la réalisatrice. Sa proposition de cinéma est des plus palpitantes.

 

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https://www.avoir-alire.com/apres-l-ombre-la-critique-du-film

 

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« Après l’ombre » : retour sur la vie en détention

La réalisatrice Stéphane Mercurio a recueilli les témoignages d’anciens prisonniers qui racontent une vie brutale et déshumanisante.

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L’avis du « Monde » – à voir

Après avoir consacré son premier long-métrage (A côté, 2007) aux témoignages de compagnes de détenus qui attendaient l’heure du parloir, Stéphane Mercurio poursuit sa réflexion sur le système pénitentiaire français raconté par ceux qui le subissent. Dans Après l’ombre, la documentariste suit le metteur en scène Didier Ruiz alors en pleine répétition de sa pièce où d’anciens détenus de longue peine et la compagne d’un ancien prisonnier reviennent sur leur quotidien en prison ou auprès d’un détenu.

A travers leurs témoignages, c’est l’histoire d’un système pénitencier brutal et déshumanisant qui se raconte et qui affecte chaque strate de l’intimité : la vie de famille, la sexualité, la santé physique et mentale. Sans jamais tomber dans le misérabilisme, Après l’ombre, et avec lui, la pièce de Didier Ruiz, est là comme un écrin venant recueillir les souvenirs de ces hommes meurtris mais toujours infiniment dignes.

Une évidente portée politique

Emouvant, le film n’en est pas moins aussi un document précieux sur les conditions de détention des prisonniers de longue peine. On apprend ainsi comment un détenu se débrouillait pour pouvoir mener un semblant de vie sexuelle en passant par les petites annonces d’un journal, ou comment beaucoup d’entre eux se sont vus refuser une permission pour assister aux obsèques de leurs proches.

Lors d’une séquence où les anciens détenus travaillent avec une chorégraphe, l’un d’eux s’arrête et avoue ne pas pouvoir supporter d’être touché depuis trente ans, trop habitué à l’être « pour et par la violence ». D’un dispositif simple et ténu, Stéphane Mercurio tire un film juste et d’une évidente portée politique.

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www.docks66.com/distribution/apres-lombre

https://www.lemonde.fr/cinema/article/2018/03/28/apres-l-ombre-retour-sur-la-vie-en-detention_5277343_3476.html

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Dans le cadre des Rencontres cinématographiques des Droits de l’Homme

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DOCUMENTAIRES, DROITS DE L'HOMME, FILM MAYOTTE, LA DECHIRURE, FILMS, MAYOTTE : LA DECHIRURE, RENCONTRES CINEMATOGRAPHIQUES DES DROITS DE L'HOMME, SECOURS CATHOLQIUE

Film documentaire : Mayotte, la déchirure

Mayotte : la déchirure

Documentaire de Stéphane Cazères (France – 2018 – 52′)

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Film proposé par la Clinique doctorale de droit international des droits de l’homme (Aix-Marseille Université). Débat avec le réalisateur Stéphane Cazère et Elodie Berenguer, psychiatre et animé par Bruno Canivenc, Amnesty International.

 

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Quotidiennnent des personnes disparaissent en mer pour rejoindre « l’île paradisiaque » de Mayotte, le département le plus pauvre de France.

21 762 personnes, soit près de 14% des habitants de Mayotte ont été expulsées de l’île en 2011. Des centaines d’hommes et de femmes ont péri en mer la même année en tentant d’y revenir. Et autant d’enfants sont restés seuls, livrés à eux-mêmes. Dans ce lointain département français, ils sont aujourd’hui des milliers à grandir sans leurs parents, victimes d’une véritable guerre contre les sans-papiers. Une jeunesse sans repère, une poudrière comme le dit une militante de La Cimade. Face à ces drames humains, trop nombreux, trop douloureux, ils sont une poignée de militants à essayer de défendre les droits et les principes d’une République qui semble avoir oublié ce territoire. Rapidement épuisés et découragés par la violence de cette lutte impossible, ils doivent encore faire face aux intimidations de l’administration qui tente, par tous moyens de les museler.
Reportage à Mayotte, entre colères et découragements.

 

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L’Île de Mayotte

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Qui a découvert Mayotte ? D’après les écrits connus, les premiers arrivés seraient originaires d’Asie du Sud-Est, de grands voyageurs assoiffés de nouvelles conquêtes dans l’océan Indien. On date leur arrivée aux Comores au Ve siècle ap. J.-C. Quatre cents ans plus tard, ce sont les Bantous qui débarquent depuis le continent africain. Les deux peuples se métissent rapidement.

Des commerçants arabes vont ensuite peupler l’île, d’autres viendront d’Indeou encore du golfe Persique (les Arabo-Shiraziens). C’est le début de l’ère Swahili, de l’islamisation (XIIe siècle), des sultans, puis la naissance des Comores : les îles de la Lune (composées de Mayotte, la Grande Comore, Anjouan et Mohéli).

Au XVIe siècle, les Malgaches débarquent aux Comores. Des conflits se créent. À partir de 1750, Madagascar vient semer la terreur sur l’archipel. Mayotte n’est pas épargnée. Les envahisseurs s’emparent d’esclaves pour le compte de la France et occupent une partie de l’île. La colonisation sauvera les Mahorais des Malgaches… pour les remettre aux mains des Anglais, puis des Français.

Le 25 août 1841, Mayotte devient une colonie française. L’esclavage est aboli quelques années plus tard (1846), mais perdurera officieusement (il faut de la main-d’œuvre pour entretenir les plans de canne à sucre). Au début du XXe siècle, la France met aussi la main sur Madagascar, à laquelle seront rattachées les Comores.

En 1946, les Comores, lasses d’être une « dépendance » de la grande île, obtiennent leur statut de Territoire d’Outre-Mer. Dzaoudzi, à Mayotte, devient la chef-lieu des Comores. S’ensuivra une vie politique très agitée, coup d’État sur coup d’État… Au fil des années, Mayotte se démarque de ses sœurs, désireuses de plus d’autonomie.

En 1975, les Comores proclament leur indépendance. Mayotte choisit de rester française (à la suite de deux référendums – 99 % de Mahorais favorables à la deuxième consultation). Dès lors, les relations avec le reste de l’archipel se tendent. L’écart se creuse. Mayotte la Française se développe, tandis que l’économie comorienne reste minée par l’instabilité politique.

Aujourd’hui, l’île française est devenue terre d’asile pour des Comoriens en proie à la pauvreté. L’Union des Comores revendique toujours Mayotte parmi les siens.

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https://www.routard.com/guide/mayotte/2510/histoire.htm

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L’immigration, un facteur important de la démographie à Mayotte

L’immigration à Mayotte est un problème majeur de l’île, secouée par une grève générale depuis trois semaines. La majorité des Mahorais sont étrangers ou enfants d’étrangers, et l’immigration clandestine y est très importante.

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Le Monde (8 mai 2018)

L’île de Mayotte est secouée depuis le 20 février par une « grève générale » contre l’insécurité et pour l’amélioration des conditions de vie. La ministre des outre-mer, Annick Girardin, est arrivée lundi 12 mars sur place pour tenter de trouver une issue à ce mouvement de contestation, en grande partie nourri par les tensions autour de la forte immigration clandestine.

13 000 à 23 000 migrants éloignés de Mayotte chaque année

L’afflux de migrants que subit Mayotte provient en particulier de l’archipel des Comores, dont les îles Anjouan, Mohéli et Grande Comore sont respectivement situées à 70, 130 et 190 kilomètres.Radars, patrouilles aériennes et maritimes et centres de rétention ont été installés à Mayotte par la métropole pour tenter d’endiguer l’immigration clandestine sur l’île.

Les migrants refoulés en 2014 représentaient 10 % de la population

Près de 20 000 migrants en ont été refoulés en 2017. C’est l’équivalent de près de 10 % de la population totale de l’île, qui s’élève aujourd’hui à 256 500 individus. Chaque année, depuis 2006, entre 13 000 et 23 000 migrants, majoritairement comoriens, ont été éloignés du territoire mahorais.

L’Insee estime que de nombreux migrants ne sont pourtant pas comptabilisés. Sur une année moyenne, il y a plus d’éloignements à Mayotte que dans tous les autres départements d’outre-mer réunis.

La moitié des migrants à Mayotte sont en situation irrégulière, en particulier les Comoriens, dont 51 % à 53 % résident sur l’île sans titre de séjour, selon une étude de l’Insee. Le taux d’irrégularité administrative diminue fortement avec l’âge, passant de 74 % chez les moins de 25 ans à 30 % pour les 45 ans et plus.

On estime que 70 % des bébés nés dans la maternité de Mamoudzou, le chef-lieu de Mayotte, naissent de migrantes en situation irrégulière. Celles-ci donnent naissance à Mayotte dans l’espoir que leur enfant devienne français. Si un enfant né de parents étrangers en France vit plus de cinq ans sur le territoire, il obtient en effet la citoyenneté française à ses 18 ans.

Plus de la moitié de la population directement issue de l’immigration

Mayotte est le département français où la part d’étrangers dans la population est la plus importante. Seuls 45,1 % des Mahorais sont nés à Mayotte. Environ 30 % des personnes résidant à Mayotte sont nées à Anjouan, l’île comorienne la plus proche, et 12,4 % sont nées dans les autres îles des Comores.

Parmi les natifs de Mayotte, 21 % sont nés d’une mère ayant immigré, selon l’Insee. Ce phénomène est particulièrement marqué chez les jeunes : 48,3 % des Mahorais entre 18 et 24 ans sont nés d’une mère étrangère. Au moins 58,5 % des Mahorais sont donc immigrés de première ou de seconde génération, et 52,6 % sont d’origine comorienne.

L’immigration de jeunes et de femmes enceintes à Mayotte contribue à la jeunesse de la population. L’âge médian sur l’île est de 18 ans pour les hommes et de 16 ans pour les femmes (ce qui signifie qu’il y a autant de personnes de moins de 18 et 16 ans que de personnes plus âgées). Autre illustration de la proportion importante de jeunes : 46 % de la population a moins de 14 ans, et 30 % a moins de 10 ans. Cela fait de Mayotte le département le plus jeune de France, peuplé en grande partie de mineurs étrangers, nés à Mayotte, qui pourront accéder à la nationalité française à leur majorité.

Depuis le début des années 2000, le solde migratoire de Mayotte est pourtant négatif en raison d’un grand nombre de départs de jeunes Mahorais, principalement pour la France métropolitaine. Entre 2007 et 2012, on estime à 18 000 le nombre total de départs. En 2012, 26 % des Mahorais résidaient hors de Mayotte, et 56,7 % avaient vécu en France métropolitaine ou à La Réunion pendant une partie de leur vie. Seuls 15 % des natifs de Mayotte résident de façon permanente sur l’île.

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L’Archipel des  Comores

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L’archipel des Comores : un croisement de civilisations

Les différentes îles de l’archipel des Comores ont connu une histoire très voisine intimement liée à leur situation, dans le canal du Mozambique, lieu de passage et de transit maritime. Cette histoire est marquée par de multiples influences : A un premier peuplement bantou, originaire de la côte orientale de l’Afrique, se sont notamment mêlés des Perses qui apportèrent l’islam au XIVème siècle.

Proximité géographique et lien historique fort avec Madagascar

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Dès le XVIème siècle, des Malgaches envahissent les îles, pillent les villages et raflent des esclaves. Ils s’installent plus fermement à Mayotte, l’île la plus proche de Madagascar. Bien qu’elle soit devenue française, Mayotte est, depuis des années, le trait d’union entre Madagascar et les Comores : un tiers des Mahorais (habitants de Mayotte) parle malgache.

Les Comores sont considérées comme la septième province de Madagascar tant ces deux pays sont proches culturellement et socialement.
De 1908 à 1946, les Comores étaient administrativement rattachées à Madagascar. Ce lien officiel facilita l’obtention des visas pour les Comoriens qui sont venus s’installer principalement à Diego-Suarez (au nord), à Tananarive (au centre) et surtout à Mahajunga (au nord ouest) afin de travailler. Il n’y a pas de données chiffrées exactes sur la présence comorienne à Madagascar, mais on l’estime à 120 000 dont 4000 étudiants.
Le taux de pénétration entre les deux communautés est très fort, que ce soit aux Comores avec les Malgaches ou à Madagascar avec les Comoriens, certaines familles sont mixtes depuis plusieurs générations.
Les violents événements de 1976 [1], où 2000 Comoriens ont été tués à Mahajunga et plus de 16 000 ont du être rapatriés en urgence, n’ont pas affecté les relations entre les Comores et Madagascar et notamment l’immigration clandestine comorienne à destination de Madagascar.

La colonisation française

1841 : Le sultan d’Anjouan, Adrian Souli, d’origine malgache, cède Mayotte à la France. Sur cette île, puis sur les autres îles de l’archipel, se développe une économie de plantations coloniales, notamment sucrières. Les colons accaparent les terres et font travailler les Comoriens dans les plantations. L’esclavage est aboli en 1846.

1886 : Les Comores sous protectorat français

1892 : Instauration par la France de la colonie de « Mayotte et dépendances » formée de la Grande Comore, Anjouan et Mayotte qui seront rattachées à la colonie française de Madagascar en 1912.

1942 : Comme Madagascar, les Comores passent sous administration anglaise jusqu’en 1946.

1946 : L’archipel des Comores devient un territoire d’outre-mer (TOM), avec une semi-autonomie administrative.

Le statut administratif de l’archipel fait débat

Tensions et débats dans l’archipel entre ceux qui veulent conserver le statut de TOM et ceux, surtout à Mayotte, qui souhaitent devenir un département d’outre–mer (DOM).

1958 : Référendum : les Comores refusent l’indépendance et la départementalisation. Les îles gardent le statut de TOM.

1961 : Loi du 22 décembre sur le régime d’autonomie de gestion. Les Comores sont dotées d’une Chambre de députés et un gouvernement autonome.

1962 : L’assemblée chargée de l’administration du Territoire transfert le chef-lieu de la ville de Dzaoudzi (Mayotte) à Moroni (Grande Comore) provoquant la colère des Mahorais.

Indépendance des Comores et fracture territoriale

1974 : La France consulte les habitants des 4 îles comoriennes sur l’avenir du territoire. 95% de l’ensemble des Comoriens choisissent l’indépendance. Mayotte se prononce à 65% pour son maintien dans la République française.

1975 :
6 juillet  : Proclamation de la République Fédérale islamique des Comores.
La France décide d’accorder à Mayotte le statut particulier de « collectivité territoriale française ».
13 octobre : Les Comores sont admises à l’Organisation des Nations Unies, la France n’a pas participé au vote d’admission.
2 novembre : Les Nations Unies condamnent la France pour non respect de l’unité et de l’intégrité territoriale de l’archipel des Comores. L’Etat comorien revendique la souveraineté de l’île de Mayotte.
novembre : Le retrait de tous les fonctionnaires français des Comores désorganise le pays.
Un coup d’Etat organisé par Ali Soilih renverse Ahmed Abdallah, chef du gouvernement depuis 1972, et porte le prince Jaffar au pouvoir.

1976 : Ali Soilih prend la tête du pays.

1978 : Retour au pouvoir d’Ahmed Abdallah à la faveur d’un coup d’Etat, aidé de mercenaires commandés par le Français Bob Denard. Instauration d’une République fédérale islamique.

1989 : Assassinat d’Ahmed Abdallah.

1995 : La France abolit la libre circulation entre Mayotte et les autres îles. Les Comoriens sont soumis au régime des visas (visa Balladur) pour se rendre sur Mayotte.

Des tensions internes

Depuis son indépendance, le pays a connu six régimes politiques différents. Il a vécu de nombreux coups d’Etat, plusieurs crises indépendantistes et de fortes tensions entre les îles.

2002 : La République islamique des Comores devient l‘Union des Comores (ou Comores) qui adopte une constitution accordant une grande autonomie à chaque île et instituant une présidence tournante entre les îles du pays.

2010 : Ikililou Dhoinine, originaire de Mohéli, est élu à la présidence du pays. Il succède au président Sambie, originaire d’Anjouan. En 2016 il est prévu qu’un Grand Comorien devienne président.

2011 : Mayotte devient le 101e département français par referendum (consultation des Mahorais le 31 mars 2011).
La circulation entre les Comores et Mayotte, soumise aux contrôles de la France, est devenue plus compliquée. Le visa Balladur est toujours en vigueur, les autorisations de séjour sont très difficiles à obtenir.

19 avril 2013 : tentative de coup d’Etat contre le président Dhoinine.

Juin 2013 : signature de la « Déclaration de Paris », entre les présidents de la République française et celui des Comores, sur l’amitié et la coopération entre la France et les Comores.
Malgré les tensions historiques entre les deux pays, ils s’engagent à « refonder les relations bilatérales, à créer des conditions d’un développement plus harmonieux et à mettre fin aux noyés en mer, en particulier entre les îles d’Anjouan et de Mayotte ».

29 octobre 2014 : journée « île morte » sur la Grande Comore pour dénoncer la pénurie persistante d’eau et d’électricité, à l’appel de plusieurs associations de la société civile et du patronat.

2015
février : les autorités élues des îles autonomes et le pouvoir fédéral entament un dialogue qui favorise un climat politique serein et apaisé pour la tenue des élections législatives, municipales et des conseils des îles.
7 mars : la Cour constitutionnelle annonce que le parti du président Ikililou Dhoinine a remporté d’une courte tête les législatives de février d’une courte tête, devant le parti populiste de l’ancien chef d’Etat Ahmed Abdallah Sambi.

2016
10 avril  : Election présidentielle
15 avril  : La Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) déclare Azali Assoumani vainqueur de la présidentielle avec 40,98 % des suffrages.
30 avril : la Cour constitutionnelle ordonne la réorganisation de l’élection présidentielle dans 13 bureaux en raison d’« irrégularités » constatées lors du scrutin du 10 avril.
15 mai : la Cour constitutionnelle déclare Azali Assoumani président de l’Union des Comores. Investiture le 26 mai.

12 septembre 2017 : tenue du 5e Haut conseil paritaire coprésidé par M. Le Drian, Ministre des Affaires étrangères de la France et son homologue M. Mohamed Souef. Les autorités françaises annoncent leur volonté, tout en exerçant les contrôles normaux, de rendre gratuit le visa entre les Comores et Mayotte.

Notes

[1] En décembre 2016 à Majunga (ville au Nord-Ouest de Madagascar), une violente dispute entre des Comoriens et des Betsirebaka (Malgaches originaires du Sud-Ouest de l’île) dégénère en émeute anti-comorienne.

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https://www.ritimo.org/Chronologie-sur-les-Comores

  

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L’immigration clandestine à Mayotte

Article dans Outre-Terre 2012/3-4 (n° 3-34 (pp. 635-649)

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CIRCULER ENTRE MAYOTTE ET LES AUTRES ÎLES DES COMORES : UNE TRADITION HISTORIQUE

 1Le 25 avril 1841, le sultan de Mayotte, d’origine malgache, signait le traité de cession de Mayotte à la France. Dans un premier temps, les trois autres îles n’intéresseront pas la puissance coloniale. Contrairement à Mayotte, elles sont peuplées et administrées. C’est seulement en avril 1886 que la France décide d’étendre son influence exclusive sur MohéliAnjouan et la Grande Comore « en vue de tenir éloigné de ce nouvel établissement toute puissance maritime rivale »[2] [2] La Grande-Bretagne. La mise en place d’un protectorat n’empêche pas les populations de circuler d’une île à l’autre. Ce mouvement avait d’ailleurs été initialement encouragé par la France, toujours en quête de main-d’œuvre pour les plantations de canne à sucre de Mayotte. Ainsi, les travailleurs engagés, venus de Madagascar, du Mozambique, de Tanzanie et du Kenya, employés à Mayotte, transitent-ils généralement à partir de 1847 jusqu’en 1880 par les trois autres îles des Comores.

2Wa maoré (le peuple de Mayotte) est donc dès cette époque composite. C’est une mosaïque de cultures et de langues, d’hommes et de femmes venus chercher une vie meilleure.

3La loi du 9 mai 1946 érige l’archipel des Comores en un « territoire jouissant de l’autonomie administrative ». Le Conseil général est installé à Moroni en mars 1947.

 4En mai 1958, le président comorien Saïd Mohamed Cheikh prend la décision de faire transférer sur la Grande Comore les services administratifs qui étaient jusque-là à Mayotte. Au début des années 1960, la capitale n’est plus Dzaoudzi mais Moroni. Le contentieux et les antagonismes s’installent. La déception et les frustrations des Mahorais s’expriment dès lors au grand jour[3] [3] C’est à cette période que remondte un fort ressentiment nourri… . Les femmes s’organisent en un mouvement : « Les chatouilleuses ». Elles sont les premières sorodas (soldats) qui vont s’opposer aux « serrez-la main » favorables à l’administration comorienne. Le Mouvement populaire mahorais (MPP) qui est fondé en 1967 évoque déjà la départementalisation de Mayotte.

 5Le 2 octobre 1974, le MPP demande le droit à l’autodétermination de Mayotte. Le 12 novembre, le Parlement français adopte définitivement le projet de loi prévoyant l’organisation d’une consultation des populations des Comores. Le référendum sur l’indépendance est organisé le 22 décembre suivant. 63,8% des Mahorais se prononcent pour le maintien dans la République. Une écrasante majorité de la population de la Grande Comore, Mohéli et Anjouan, 94,56%, n’entendent cependant pas rester dans l’ensemble français. La France argue pour se maintenir à Mayotte d’un décompte île par île et ne tient pas compte des règles fixées par l’ONU concernant l’intangibilité des frontières. Mais l’ancienne puissance coloniale, préservant ses intérêts dans la zone, est devenue à son corps défendant l’arbitre des différends entre Mayotte et les trois autres îles de Comores.

 6Le 6 juillet 1975, le président du Conseil de gouvernement Ahmed Abdallah, furieux de cet état de fait, proclame unilatéralement l’indépendance de l’ensemble des Comores. Mayotte se démarque immédiatement et entend « être placée sous la protection de la France ». Le 17 décembre 1975, le Parlement français vote l’indépendance d’Anjouan, de Mohéli et de la Grande Comore, qui devient effective à partir du 1er janvier 1976. Les Mahorais consultés le 8 février 1976 et 99,4% des votants se prononcent contre l’indépendance. Après un second référendum en avril 1976, la question du statut reste délibérément en suspens.

 7Le 24 décembre 1976, la loi érige finalement Mayotte en « Collectivité territoriale transitoire ». Le développement économique doit être mis en œuvre et détermine désormais l’évolution statutaire. Les contrats de plan État-Mayotte (1987-1991, 1994-1998) permettent un réel rattrapage socio-économique. Pendant ce temps, la situation dans les trois autres îles des Comores se dégrade sensiblement. En 1989, le président Ahmed Abdallah est assassiné. En 1997 l’île d’Anjouan, vouée à la misère, tente de faire sécession pour redevenir française. Les relations entre Mayotte et les autres îles des Comores se tendent. L’ONU dénonce pour sa part les ingérences réitérées de la France aux Comores. Le 18 janvier 1995, consécutivement à des manifestations et à la demande des autorités mahoraises qui constatent un afflux continu de migrants comoriens, sera instauré le « visa Balladur »[4] [4] Pour entrer à Mayotte et y séjourner moins de trois mois, si…. Les déplacements entre les îles sont de plus en plus réglementés et donc difficiles. La France fige de fait, par intérêt et nécessité, les déplacements de populations qui possèdent un même fonds culturel, religieux et linguistique, alors que ceux-ci ont depuis toujours été régis par les usages, les relations familiales et interpersonnelles.

 8En toute logique, la plaque tournante de l’immigration se situe à Anjouan, puisque cette île, la plus proche de Mayotte, n’est située qu’à 70 kilomètres[5] [5] On l’aperçoit d’ailleurs par beau temps depuis Sada. . Les candidats au départ[6] [6] Ces candidats ne viennent pas seulement des Comores mais aussi..  qui peuvent circuler librement entre les différentes îles de la République comorienne viennent s’y regrouper et contactent des filières de passeurs[7] [7] L’une d’entre elles qui comprenait six membres a été démentelé. Le prix du passage est établi selon le nombre de passagers prévus dans chaque embarcation : kwassa-kwassa. Il varie de 250 euros pour une quarantaine de personnes à 1 000 euros s’il n’y en a que trois ou quatre à bord. Les côtes d’Anjouan sont officiellement surveillées, mais la police corrompue ferme opportunément les yeux.

 

9L’arrivée à Mayotte est pleine d’aléas liés aux conditions climatiques, à l’état de la mer, à la surveillance exercée. Les débarquements doivent s’opérer dans la plus grande discrétion. Ils ont de plus en plus tendance à se faire de nuit, sur les nombreux îlots qui parsèment le lagon. Les clandestins s’y cachent quelques heures ou quelques jours attendant à nouveau d’hypothétiques « sauveurs » intéressés qui exigent à leur tour l’équivalent ou presque du prix de la traversée Anjouan-Mayotte pour les transporter sur la terre ferme ! Enfin arrivés, les clandestins essaient de joindre par téléphone portable des membres de leur famille déjà installés à Mayotte. Des taxis eux aussi clandestins les prennent en charge contre rétribution pour les acheminer le plus généralement sur Mamoudzou où ils peuvent rejoindre des membres de leur famille. Les jeunes femmes clandestines qui n’ont pas de parents susceptibles de les accueillir à Mayotte sont particulièrement vulnérables. Elles peuvent en effet être accueillies par de futurs violeurs. Rares sont celles qui ont osé porter plainte. Les passeurs repartent vers Anjouan, emportant souvent du matériel volé, un fret qui échappe aux douanes comoriennes.

  

RECONDUITES À LA FRONTIÈRE

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10La surveillance exercée par la police des airs et des frontières est devenue, au fil des années, de plus en plus efficace. Les reconduites à la frontière n’ont cessé d’augmenter : 6 000 en 2005, 13 253 en 2006, 16 040 en 2008, 26 405 en 2010, 24 278 en 2011. Dans le même temps, les drames humains se sont multipliés[8] [8]Le 7 juin 2009, un kwassa se retourne : 2 morts, 34 disparus… . Les passeurs prennent de plus en plus de risques pour échapper à la surveillance aérienne par hélicoptère ou aux radars qui ont été progressivement installés[9] [9] En août 2011, un quatrième radar qui couvre le sud de Mayotte . À leur arrivée dans le lagon, les kwassa-kwassas sont souvent interceptés par la gendarmerie maritime[10] [10] D’autres migrands clandestins sont interpellés ultérieurement… . Les occupants sont conduits au tri sanitaire où ils sont examinés par un personnel de santé pour être ou bien soignés, ou bien envoyés au Centre de rétention administrative (CRA)

 11Le CRA est installé depuis 1996 à Pamandzi sur Petite Terre. IL s’agit d’un espace clos formé essentiellement de bungalows qui couvrent 200 m2. Sa capacité théorique est de 60 places[11] [11] Le CRA a été surchargé par raport à cette capacité durant les… . En 2011, le budget de fonctionnement et d’investissement du CRA s’élevait à 3 millions d’euros. La charge que constituent les reconduites aux frontières dépasse quant à elle les 50 millions d’euros[12] [12] Les personnes interceptées sont reconduites par bateau et . En 2009, le taux d’occupation était de 145% et le rapport d’information sénatoriale rendu public 18 juillet 2012 y qualifie les conditions de vie de « dégradantes ». Dès 2007 un nouveau centre avait été prévu, mais la situation perdurera. Un choix définitif sera adopté à la mi-juin 2012. L’installation d’une structure de plus de 130 places sur Petite Terre est prévue pour juillet 2015.

  

POPULATION CACHÉE ET TRAVAIL DISSIMULÉ

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12Il faut le constater, Mayotte apparaît de plus en plus comme une oasis de prospérité dans un océan de misère. La France a octroyé aux Mahorais des avantages qui attisent une légitime convoitise[13] [13] Allocations familiales, RSA… En 2010, le PIB par habitant atteignait 6 575 euros. Il est huit fois supérieur à celui des Comores qui s’établit à moins de 800 euros[14] [14] Le salaire de base, lorsqu’on travaille, ne dépassant guère . De plus, Mayotte offre la possibilité d’être éduqué[15] [15] Aux Comores où l’école officielles reste défaillante, les .., de se soigner[16] [16] La simple occupation d’un lit d’hôpital, aux Comores, coûte aux  . Envoyer un seul de ses membres à Mayotte, c’est espérer une vie meilleure pour toute une famille.

 13La population clandestine est par définition difficile à évaluer. Le nombre de clandestins est aujourd’hui estimé entre 40 000 et 50 000 personnes[17] [17] Pour un total de 250 000 habitants. Le prochain recensement…. Il semble que la fourchette haute puisse être retenue. Les clandestins construisent, sans reconnaissance officielle, le département. Hommes et femmes sont employés mais naturellement pas déclarés dans le bâtiment, l’agriculture, la pêche mais aussi les garages, la restauration… Ce sont bien des habitants de Mayotte qui les « embauchent ». Le bâtiment, principal pourvoyeur de cette main-d’œuvre est en plein boom. Pour déjouer la surveillance éventuelle par l’inspection du travail qui se met peu à peu en place, de nombreux chantiers œuvrent parfois la nuit, le week-end et les jours fériés. D’aucuns, personnels de maison, ne quittent guère le lieu où ils sont employés. Ces clandestins perçoivent mensuellement des « salaires » compris entre 100 et 500 euros. D’autres sont, pour leur propre compte, marchands à la sauvette, vendent des articles de bazar, cultivent sur des terrains loués des fruits et des légumes, fabriquent du charbon de bois. Les hauts de l’île, inhabités, permettant cette dernière activité[18] [18] Activité très néfaste à l’environnement, déjouée ces derniers…  On peut parler d’un esclavage moderne. Sans conteste, l’économie parallèle soutient ou mine selon les cas l’économie réelle et enrichit quelques-uns. Les clandestins sont pour la plupart installés dans des logements informels à la périphérie des villages[19] [19] Les bidonvilles s’étendent à la vue de tous sur les hauts de la  ou bien la proie de marchands de sommeil sans scrupules. L’absence d’hygiène, la difficulté à se soigner, la méconnaissance et la peur conduisent à une recrudescence des maladies « de la misère. »

 

LA DRAMATIQUE SITUATION DES MINEURS ISOLÉS

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14Lorsque les clandestins sont interpellés, ils ne réclament pas toujours leurs enfants. Les mères préfèrent la plupart du temps les laisser seuls à Mayotte où ils pourront, croient-elles, avoir un avenir meilleur[20] [20] 60 % décident de repartir sans leurs enfants…. Elles espèrent surtout revenir le plus rapidement possible et éviter ainsi d’imposer à leur progéniture une nouvelle traversée et un autre séjour au CRA[21] [21] En 2011, ce sont 5000 enfants qui sont passés par le centre de …  Mais leur retour n’est pas toujours possible. Ainsi des mineurs étrangers se retrouvent-ils isolés ou tout simplement abandonnés. N’importe quel quidam peut remarquer à Mamoudzou et ailleurs des groupes d’enfants en guenilles, non scolarisés, fouillant les poubelles, mendiant à l’occasion ou se livrant à une petite délinquance de survie. Pour tenter d’appréhender cette situation préoccupante, un Observatoire des mineurs isolés (OMI) a été mis en place en novembre 2010. Il s’est entre autre donné pour mission « de recueillir et d’analyser les données quantitatives et qualitatives relatives à ce phénomène et également d’être lieu d’étude des situations particulières et force de propositions »[22] [22] Le sociologue David Guyot a pu recenser 2 922 enfants mineurs… Pour autant, les moyens manquent pour venir en aide à ces enfants en situation d’extrême dénuement. Le problème devient d’autant plus inextricable que certains mineurs sont des enfants non reconnus de père mahorais et de mère comorienne[23] [23] Une enquête de l’insee EN 2004 montrait que la moitié des….

 15La population de Mayotte et les autorités françaises elles-mêmes sont divisées sur la conduite à tenir par rapport au « visa Balladur ». Le rapport sénatorial d’information en date du 18 juillet 2012 le remet en cause[24] [24] Comme de nombreuses associations, Les Indignés de Mayotte, La . Le 9 août, les élus du Conseil général sont pris à partie par un collectif d’associations mahoraises qui exigent son maintien. Le 16, après un débat houleux les élus votent à la majorité, moins deux voix, une motion allant dans ce sens. Le 1er septembre, les femmes défilent à Mamoudzou pour réaffirmer leur volonté de voir « le visa Balladur » prorogé. Mais le « visa Balladur » ne résoudra pas tous les problèmes. Loin s’en faut. D’un côté, les trafics constatés à Mayotte perdurent ce qui va, tout comme le maintien du statu quo en matière de reconduites à la frontière à l’encontre des déclarations de bonnes intentions[25] [25] Le seul fait d’avoir choisi la France par un vote, sans que … . D’un autre côté, la pression migratoire a pris des proportions telles que la société mahoraise, si elle était abandonnée au laxisme, ne pourrait qu’être encore plus ébranlée dans ses fondements et sa cohérence[26] [26] Les services publics : hôpitaux, établissements scolaires.. . Que faire dans ces conditions ?

 16Le respect du droit du travail, la nécessaire coopération régionale[27] [27] Le Budget de la France pour la coopération avec l’Union des… , la prise en compte « des enfants des rues » doivent être vite reconsidérés pour empêcher les inquiétantes dérives constatées dans le 101edépartement français. L’évolution des mentalités, l’éducation joueront leur rôle à moyen terme, mais à court terme c’est la mise en place de garde-fous et de contrôles qui se révèle indispensable.

 17Plus généralement se trouve posé ici, avec acuité, le problème des relations ambiguës entre pays du Tiers-Monde et pays riches. La France a-t-elle pris dans cet espace la mesure des considérables efforts à consentir en cette période de restriction budgétaire ?

 

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Notes

[2]

La Grande-Bretagne

[3]

C’est à cette période que remonte un fort ressentiment nourri par l’ostracisme et la xénophobie.

[4]

Pour entrer à Mayotte et y séjourner moins de trois mois, si l’on n’est pas ressortissant de l’Union européenne ou d’un État ayant signé les accords de Schengen, il est indispensable de faire une demande à l’ambassade de France et de s’acquitter de 9 euros. Il faut en outre présenter un justificatif d’hébergement, certifier que son hôte vous prendra à sa charge, prouver par des bulletins de salaire que l’on est muni d’un billet de retour… Dans le cas d’un séjour excédant les trois mois, il faudra qui plus est détenir un titre de séjour et débourser 99 euros. Autant de conditions que les migrants comoriens sont dans l’incapacité de remplir.

[5]

On l’aperçoit d’ailleurs par beau temps depuis Sada.

[6]

Ces candidats ne viennent pas seulement des Comores mais aussi du Rwanda, du Burundi, du Congo, de Somalie, de Madagascar… Mayotte n’est pas régie par le droit commun en matière de droit des étrangers.

[7]

L’une d’entre elles qui comprenait dix membres a été démantelée en janvier 2011 et jugée en novembre de la même année. Deux autres responsables de filières ont été interpellés la même année. Des dizaines de passeurs, souvent mineurs, sont arrêtés chaque année

[8]

Le 7 juin 2009, un kwassa se retourne : 2 morts, 34 disparus. Le 23 novembre 2009, ce sont 21 personnes qui périssent. En mars 2010, cinq bébés et quatre femmes se noient lors d’un naufrage sur un récif dans le sud de l’île. En octobre 2010, deux femmes et un nourrisson décèdent entre Mayotte et Anjouan. Le 21 mai, 20 personnes sur 39 trouvent la mort. Les 23 et 24 juin 2012, quatorze kwassa sont interceptés en arrivant à Mayotte : 250 personnes sont conduites au centre de rétention… Depuis 1995, 7 000 à 10 000 personnes seraient mortes en mer en tentant la traversée.

[9]

En août 2011, un quatrième radar qui couvre le sud de Mayotte a été mis en place.

[10]

D’autres migrants clandestins sont interpellés ultérieurement lors de contrôles inopinés effectués sur les grands axes de circulation ou à domicile par les forces de sécurité.

[11]

Le CRA a été surchargé par rapport là cette capacité durant les deux tiers de l’année 2012. Le centre administratif de rétention est géré par 45 fonctionnaires.

[12]

Les personnes interceptées sont reconduites par bateau et depuis peu également par avion.

[13]

Allocations familiales, RSA…

[14]

Le salaire de base, lorsqu’on a du travail, ne dépassant guère les 60 euros.

[15]

Aux Comores où l’école officielle reste défaillante, les parents sont contraints d’envoyer leurs enfants pour leur assurer une éducation digne de ce qualificatif dans des écoles privées qui coûtent l’équivalent de 25 euros par mois.

[16]

La simple occupation d’un lit d’hôpital, aux Comores, coûte aux familles 10 euros par jour. Les soins et les opérations chirurgicales sont payants. Une simple urgence médicale peut être fatale.

[17]

Pour un total de 250 000 habitants. Le prochain recensement devait avoir lieu du 21 août au 17 septembre 2012. Mayotte a d’ores et déjà une des densités de population les plus élevées de l’océan Indien : 511 h/km2.

[18]

Activité très néfaste à l’environnement, déjouée ces derniers temps par l’observation aérienne.

[19]

Les bidonvilles s’étendent à la vue de tous sur les hauts de la zone industrielle de Kawéni. Ils existent aussi à Trévani (surnommé par dérision Dubaï), commune de Koungou et ailleurs.

[20]

60% décident de repartir sans leurs enfants.

[21]

En 2011, ce sont 5 000 enfants qui sont passés par le centre de rétention.

[22]

Le sociologue David Guyot a pu recenser 2 922 enfants mineurs isolés, 1 666 mineurs avec adulte apparenté, 584 sans adulte non apparenté, 555 sans adulte. On peut raisonnablement estimer que les chiffres sont supérieurs, beaucoup d’enfants restant en fait invisibles.

[23]

Une enquête de l’INSEE en 2004 montrait que la moitié des enfants nés à l’hôpital de Mamoudzou étaient de mère étrangère et de père français.

[24]

Comme de nombreuses associations : Les indignés de Mayotte, La Cimade, SOS démocratie… l’affirment : « le visa Balladur » a normalisé l’exception et conduit à des situations inhumaines

[25]

Le seul fait d’avoir choisi la France par un vote, sans que d’autres mérites particuliers interviennent, peut-il justifier une telle différence de traitement des populations comoriennes en déshérence à Mayotte ?

[26]

Les services publics : hôpitaux, établissements scolaires, poste… sont débordés.

[27]

Le budget de la France pour la coopération avec l’Union des Comores est aujourd’hui de 20 millions d’euros par an. Il apparaît dérisoire si on le compare au coût des reconduites à la frontière qui dépasse les 50 millions d’euros. La venue de Christian Christnacht à Mayotte le 28 août 2012 et sa visite dans les Comores une semaine plus tard, ont eu un double but : intensifier l’indispensable coopération régionale et réexaminer le « visa Balladur. » Le rapport sénatorial propose en effet la mise en place d’un nouveau visa qui permettrait une entrée régulière sur le territoire pour une durée limitée, sans accès au travail. Cet éventuel dispositif est qualifié de « réaliste et rigoureux afin de mieux maîtriser l’immigration ».

  

Mis en ligne sur Cairn.info le 30/01/2013

https://doi.org/10.3917/oute.033.0635

 

https://www.cairn.info/revue-outre-terre1-2012-3-page-635.htm

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Mayotte, ce joyau de l’Océan Indien, n’attire pas que les touristes malheureusement. Depuis quelques années, le nombre de morts s’accumulent dans la mer entre les Comores et Mayotte. Be You s’intéresse de plus près à ce fléau qui ne cesse de prendre de l’ampleur de jour en jour. 

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70 km seulement séparent Anjouan de Mayotte.. Et pourtant les migrants comoriens prennent leur courage à deux mains et affrontent la mer aussi agitée soit-elle, quitte à y laisser leur vie. Rejoindre Mayotte oui, et à n’importe quel prix. Considéré comme un des plus beaux lagons au monde, Mayotte offrent des paysages insulaires à couper le souffle. Parallèlement, Mayotte c’est aussi le plus grand cimetière marin du monde. L’immigration clandestine à Mayotte est devenue monnaie courante. Les Comoriens affluent régulièrement vers le 101e département français, pour fuir les écueils de la vie aux Comores. Une économie à la ramasse dans l’archipel comorien, qui plonge les habitants dans une misère extrême. Une solution envisagée pour certains ? Se rendre à Mayotte avec ou sans sa famille, en kwassa-kwassa (pirogues de fortune, qu’utilisent les passeurs pour faire le trajet Anjouan- Mayotte) et se construire un avenir plus solide. Hommes, Femmes, enfants en bas âge, tous s’entassent dans ces kwassas, sans aucune mesure de sécurité réelle. La traversée coûte entre 300€ et 500€, le prix n’est pas un frein pour les migrants.Un rapport sénatorial de 2012 fait état de 7.000 à 10.000 morts depuis 1995. En 2015, on a comptabilisé 20 000 reconduites à la frontière. Objectif ? Mayotte et s’en sortir.

  

Kwassa-kwassa en direction de Mayotte

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La tension est à son comble à Mayotte. Les Maorais jugent la présence des immigrants clandestins trop présente sur l’île. Le 19 janvier, l’ancien député UMP Mansour Kamardine s’insurge « Mayotte est au bord de la guerre civile ». Il rajoute « la population d’origine mahoraise est aujourd’hui minoritaire ». C’est la ministre des Outre-mer George Pau-Langevin qui lui a répondu indignée. Elle juge la déclaration du député « irresponsable ». À titre indicatif, Mayotte faisait partie de l’archipel des Comores, ancienne colonie française. Pour favoriser l’émancipation des îles, le président Ahmed Abdallah Abdérémane a  déclaré l’ indépendance des Comores en 1975. Mayotte a décidé quant à elle, de rester française. La déchirure entre les Comores et Mayotte est bien réelle. Les conflits et les tensions se ressentent. Et pourtant, les comoriens et les mahorais partagent la même culture, la même langue et  il faut le dire « le même territoire ». L’État comorien ne peut faire face à cette immigration clandestine abondante, faute de moyens. Doit-on fermer les yeux sur l’immigration clandestine à Mayotte et entretenir ce cimetière marin ? L’humanité prime ! Le bonheur pour les comoriens se trouve t-il réellement à Mayotte ?

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http://www.outremersbeyou.com/mayotte-leldorado-des-comoriens/

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ACCAPAREMENT DES TERRES, DOCUMENTAIRES, DROITS DE L'HOMME, FILM LAND GRABBING, FILMS, LAND GRABBING, RENCONTRES CINEMATOGRAPHIQUES DES DROITS DE L'HOMME

Film Land grabbing

Land grabbing

Documentaire de kurt Langhein

 

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Asie, Afrique, Europe : Acheter de la terre, on n’en fabrique plus. Un regard critique sur les investisseurs de l’agrobusiness et leurs conséquences sur les populations locales.

Film propos par le CCFD – Terre Solidaire. Débat animé par le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développelent – Terre Solidaire.

Au Cinéma 3 Casino (11, Cours Forbin) à Gardanne – Tarif du cinéma.

 

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« Achetez de la terre, on n’en fabrique plus ». Cette citation de  Mark Twain est plus que d’actualité. Le monde de l’agriculture est en danger. De plus en plus d’investisseurs recherchent des terres d’exploitation pour l’export, l’exploitation de biocarburants ou tout simplement pour le profit, engendrant une hausse importante des demandes foncières. Land Grabbing nous donne un aperçu sur le monde des investisseurs internationaux de l’agrobusiness et de la politique de l’Union européenne en la matière. L’accaparement des terres n’est pas une réalité uniquement propre à l’Asie et à l’Afrique, la Roumanie, le grenier de l’Europe, est aussi concernée. Le film examine la situation en Europe et dénonce les pratiques des investisseurs occidentaux 

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Documentaire de Kurt Langbein (Autriche – 2015 – 1h34). Projection suivie d’un débat animé par le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement – Terre Solidaire.

« Achetez de la terre, on n’en fabrique plus ». Cette citation de  Mark Twain est plus que d’actualité. Le monde de l’agriculture est en danger. De plus en plus d’investisseurs recherchent des terres d’exploitation pour l’export, l’exploitation de biocarburants ou tout simplement pour le profit, engendrant une hausse importante des demandes foncières. Land Grabbing nous donne un aperçu sur le monde des investisseurs internationaux de l’agrobusiness et de la politique de l’Union européenne en la matière. L’accaparement des terres n’est pas une réalité uniquement propre à l’Asie et à l’Afrique, la Roumanie, le grenier de l’Europe, est aussi concernée. Le film examine la situation en Europe et dénonce les pratiques des investisseurs.

 

https://www.journalventilo.fr/agenda/cinema/93312/land-grabbing

 

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Land grabbing

Aujourd’hui, les terres arables sont devenues rares et précieuses. De plus en plus d’investisseurs cherchent à exploiter des terres pour produire des biocarburants, des céréales à exporter. La terre est devenue un investissement financier à part entière. Ce documentaire, réalisé par Kurt Langbein, illustre l’impact de divers projets d’agrobusiness qui accaparent les terres nourricières des populations locales, aussi bien en Afrique et en Asie qu’en Europe, et notamment en Roumanie.
Le film démontre les incohérences du système alimentaire mondial. Il propose un regard critique sur les pratiques des investisseurs fonciers, les politiques européennes en la matière et leurs répercussions sur les populations locales.
En nous laissant découvrir par nous-mêmes les situations d’accaparement des terres, le cinéaste éveille notre esprit critique et parle aux convaincus comme aux non-convaincus.

 http://www.amis.monde-diplomatique.fr/article5648.html?debut_audio=9

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Les phénomènes de land grabbing

Un rendez-vous historique pour les agricultures africaines ?

  Michel Griffon

Dans Afrique contemporaine 2011/2 (n° 238), pages 29 à 41

1Michel Griffon : Je voudrais d’abord dire quel est le point de départ de ma réflexion sur la « question alimentaire » mondiale en général [1][1]Michel Griffon et Jean-Jacques Gabas souhaitent remercier…. Elle part de l’évolution démographique qui est un indicateur fondamental des besoins alimentaires. L’évolution démographique de la population mondiale et la disponibilité en terre sont très contrastées selon les continents. Concrètement, l’Asie, comme le disait René Dumont – il y a déjà bien longtemps – est surpeuplée. Plutôt que d’employer le terme de « surpeuplée », on pourrait dire qu’elle a une population très élevée qui pose des problèmes de saturation de l’espace productif agricole.

2Cette population plafonnera et commencera peut-être même à décliner en 2050. Mais, pendant les quarante ans qui restent, elle accroîtra ses besoins alimentaires de façon considérable parce que les classes moyennes, qui consomment plus que les classes pauvres, sont en pleine croissance. Ce phénomène ne concerne pas que la Chine mais aussi la plupart des anciens pays émergents (Tigres et Dragons). L’Inde commence aussi à manger de la viande. Si l’on considère les volumes concernés, il ne peut y avoir de résolution de l’équation alimentaire que par l’importation de grains et peut être de viande. Jusqu’à présent, j’ai défendu cette idée car l’Asie a déjà utilisé la plupart de ses réserves foncières et produit avec des rendements déjà élevés.

3Le deuxième grand ensemble géographique potentiellement plus importateur, c’est l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient et l’Asie centrale, ensemble caractérisé par une longue bande d’aridité et de sécheresse. Elle a une évolution démographique maintenant amortie mais qui, faute de ressources notamment en eau et en sol, importe déjà beaucoup d’aliments.

4Ces deux ensembles géographiques représenteront une demande qui ne rencontrera pas une production alimentaire locale suffisante. Mon raisonnement est que le marché international résoudra en grande partie ce problème d’insuffisance de production locale. L’idée est que les grands espaces agricoles disponibles, leur capacité à produire pour l’exportation et leurs avantages comparatifs fourniront la réponse. Cela désigne la capacité d’offre de l’Amérique du Sud – Brésil et Argentine – en raison des réserves de terre existantes, du climat favorable, de la présence de capitaux qui s’investissent dans l’agriculture, d’une technologie à haute productivité qui peut devenir respectueuse de l’environnement avec les techniques de semis direct sous couverture végétale. Il ne faut pas oublier que la déforestation risque d’endommager gravement les écosystèmes à long terme. J’en conclus que le Brésil, en particulier, et l’Argentine, qui sont déjà depuis deux décennies des géants exportateurs, le deviendront davantage.

5Jean-Jacques Gabas : Avez-vous des éléments de réponse à cette demande pressante ?

6M. G. : Il y a des signes qui ne trompent pas. Les grands projets d’investissements privés de communication par voies ferrées entre le Brésil et la côte nord-ouest de l’Amérique latine, pour éviter la saturation du canal de Panama, l’extension du maïs et du soja dans les Cerrados [2][2]Le cerrado est un type particulier de savane que l’on rencontre…, sont des signaux forts.

7Dans ces réflexions, l’Amérique du Nord et les États-Unis apparaissent comme peu compétitifs (sauf pour le blé), mais avec des marges d’amélioration de leur compétitivité encore possible. Mais pas au point de combattre le géant exportateur brésilien. Et – chose très importante – les capacités de production de la Russie et notamment du pourtour de la mer Noire, l’Ukraine, apparaissent comme une autre réponse potentielle aux besoins d’importation de l’Asie, de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. La Russie et la mer Noire ont des avantages comparatifs potentiels importants : des grandes surfaces agricoles planes, des capacités de mécanisation, la possibilité d’utiliser facilement des technologies conventionnelles à un niveau relativement extensif, c’est-à-dire à faible coût, et donc une capacité d’augmentation facile des rendements sur des surfaces immenses, capacité aussi d’accepter du capital étranger. D’énormes potentiels et perspectives en somme.

8Et le dernier élément, si l’on raisonne à quarante ans, c’est le changement climatique : il est potentiellement favorable aux régions septentrionales du monde, c’est-à-dire au Canada, à la Russie, à la Chine du Nord et en Europe du Nord, à la Finlande, à la Suède et à la Norvège, pour une production de céréales. Mais c’est sous réserve de ne pas causer de grands problèmes environnementaux, car la mise en valeur de ces régions requiert une agronomie inédite. Tout va dépendre de la façon dont on utilise ces sols qui sont chargés en carbone. Il ne faut pas déclencher une décarbonisation et un relargage dans l’atmosphère sous forme de gaz à effet de serre. Il y a de l’agronomie tropicale, mais il n’y a pas vraiment d’agronomie péri-arctique.

9Le marché international des grains, c’est-à-dire de la nourriture de base (les céréales et un certain nombre d’oléo-protéagineux) passerait, entre 2000 et 2050, de 10 % de la production mondiale à peut-être 25 % ou 30 %. C’est difficile à évaluer parce qu’il y a beaucoup d’hypothèses sur l’évolution de la consommation de viande et sur l’évolution des capacités financières des classes moyennes, et enfin sur les capacités de réponse de la Chine elle-même. La Chine peut très bien intensifier encore sa production, obtenir de meilleurs rendements, à nouveau « compter sur ses propres forces », pour reprendre les mots de la doctrine maoïste, comme dans le passé grâce, entre autres, à de nouvelles technologies, à une protection de son économie alimentaire et à des investissements.

10J.-J. G. : Comment est né le land grabbing ?

11M. G. : Je n’avais pas du tout, lorsqu’on avait commencé à parler du land grabbing, pensé que cela pouvait être un phénomène massif s’inscrivant comme solution alternative à l’importation à partir du marché international. Je pensais que c’était un phénomène qui resterait marginal et peu significatif, mais à forte charge symbolique. Pourtant, en 1993, au Japon, sortant de l’Institut japonais d’agronomie tropicale, j’ai été abordé par le président d’une grande coopérative japonaise de producteurs de riz qui, sachant que les Français avaient une connaissance particulière de l’Afrique, voulait explorer la manière d’établir un mécanisme de sécurisation des approvisionnements en riz de variété japonaise, riz qui pourrait être produit en Afrique. La discussion m’a éclairé sur un point que j’ai ignoré jusque-là : le Japon vit toujours dans la hantise d’un blocus continental. Comme les surfaces agricoles japonaises sont étroites et que le Japon est obligé d’importer, ce président s’interrogeait sur des investissements à l’étranger sous la forme d’achats de terres. J’aurais dû analyser cela à l’époque comme un signal faible.

12Je reste un instant sur ce point. Le Japon n’aime pas l’essentiel du riz produit sur le marché international. Les Japonais préfèrent des variétés très spécifiques qui correspondent à une cuisine spéciale. D’ailleurs, à l’époque, les variétés de riz étrangères se vendaient mal dans les boutiques japonaises, j’ai pu le constater de visu. Je me disais que ce refus d’importation était un cas spécifique parce que les goûts japonais sont très ancrés dans leur civilisation et qu’ils voulaient faire produire à l’étranger du riz correspondant à leurs préférences. J’avais imaginé qu’ils voulaient mettre en place des mécanismes de contrats.

13Mais j’avais aussi compris – en me souvenant que dans les années 1970 des banques privées avaient été sollicitées, par exemple au Soudan, pour produire sur de très grandes exploitations des oléagineux exportables – que des mécanismes financiers pouvaient mettre en production des zones à faible densité de population pour sortir des produits agricoles nécessaires aux pays qui en avaient besoin. Toutes les idées étaient en place depuis les années 1970 ! Je crois que c’est la crise alimentaire de 2008 qui a révélé que le mouvement d’« accaparement des terres » était devenu un mouvement important. On aurait pu le deviner car, depuis les années 2000 au moins, on sent, en Asie en particulier, et aussi dans les pays du Maghreb et du Moyen-Orient, que se manifeste une inquiétude quant à leur approvisionnement alimentaire à long terme.

14Ce mouvement étant très critiqué, il faudrait explorer toutes les voies par lesquelles peut être garantie la sécurité alimentaire dans les nombreux pays qui manquent de terres. Alors que jusqu’à présent, quand nous parlions de sécurité alimentaire, nous avions en tête la petite agriculture, faiblement dotée en terres et en capitaux et les sans-terres, donc les pauvres de la plupart des pays en développement et particulièrement en Afrique subsaharienne. Ce problème de sécurité alimentaire se révèle maintenant dans des pays très divers. Il faut changer nos manières de voir.

15J.-J. G : Pensez-vous réellement que la Chine peut accroître sa production malgré le peu de terres arables disponibles sur son territoire ?

16M. G. : C’est une question à laquelle il faut apporter des réponses nuancées. La plupart des terres planes sont et seront de plus en plus occupées par un espace urbain et industriel, et par les connexions entre les villes. Cela touchera de façon très significative la production rizicole, légumière et horticole. C’est donc très significatif. En même temps, les zones de terrasses et de pentes risquent d’être moins entretenues que par le passé parce qu’une partie de la paysannerie souhaite s’en aller dans les villes où se créent des emplois. D’une manière très schématique, on peut dire qu’il y a deux mouvements : la libération de terres dans les zones intérieures et la concurrence sur la terre dans les zones très productives des plaines intérieures et littorales. C’est défavorable à la production nationale. Mais on peut très bien imaginer que la Chine veuille, comme on l’a dit plus haut, conserver le plus possible un auto-approvisionnement. Elle serait peut-être conduite à maintenir une partie de la population qui vit dans les zones collinaires et dans les zones de pente, et à améliorer la production afin de continuer à approvisionner les villes. Elle sait très bien contrôler les migrations internes de main-d’œuvre.

17La Chine peut aussi réformer son droit foncier. C’est sans doute la voie qui est prise actuellement : les agriculteurs recevraient le droit de louer ou de vendre leurs droits d’exploitation du sol, la propriété restant entre les mains des collectivités locales. Cela permettrait la constitution de grandes exploitations (la moyenne des exploitations est d’un hectare par famille) et d’accroître la productivité du travail et sans doute les rendements physiques.

18Tout cela revient à poser la question du revenu des agriculteurs, c’est-à-dire de leur consentir des revenus qui seront relativement incitatifs pour rester dans l’agriculture – principalement les jeunes générations – plutôt que tenter d’aller dans les villes. Mais, en même temps, les revenus de la ville ne sont pas des revenus exceptionnels, ce sont parmi les revenus ouvriers les plus bas du monde et assortis des droits sociaux les plus faibles. Mais ils peuvent très bien augmenter sur dix ou vingt ans. Il y a de grandes variables, comme la disponibilité de la main-d’œuvre rurale, la capacité à créer de l’emploi industriel et de service, la préférence pour l’emploi agricole ou urbain, variables qui sont directement liées à l’équilibre de la balance commerciale avec les États-Unis et d’autres grands pays industriels, et à l’importance qu’aura la croissance endogène en Chine. Ayant fait le pari d’une croissance par les exportations, la Chine pourrait avoir intérêt à redistribuer du salaire dans les classes moyennes et pauvres de façon à alimenter une demande intérieure solvable et une croissance endogène. Mais à quel rythme le fera-t-elle ? La régulation de la transition de la main-d’œuvre entre le développement agricole et le développement des autres secteurs sera très liée au choix d’une relance ou non du développement agricole. En attendant, la Chine investit massivement dans les biotechnologies agricoles, ce qui indiquerait qu’elle mise sur un important accroissement de la productivité et une grande modernisation de ce secteur. Les politiques agricoles, les politiques salariales et la redistribution économique en Chine vont donc déterminer la quantité importée ou non importée de grains.

19Il y a aussi la variable qui concerne la mise en valeur des terres du nord, c’est-à-dire les grandes terres, relativement peu peuplées, près des deux Corée. Ce sont des terres sujettes à l’érosion. Un surpâturage et des vents forts peuvent déjà aujourd’hui entraîner une érosion éolienne massive et de longues tempêtes de poussières sur les deux Corée jusqu’au Japon. C’est un phénomène d’érosion quasi « géologique ». Si, profitant du changement climatique, on met ces terres en valeur par le labour, ce sera vraisemblablement une catastrophe. Mais, en même temps, on peut trouver des technologies de préservation des sols qui peuvent produire des céréales dans des conditions de bonne viabilité écologique. Tout cela montre qu’il y a différents avenirs possibles. Il faudrait établir des scénarios et il faudra avoir le temps d’examiner toutes les informations pour consolider ou repousser ces scénarios. Intuitivement, je pense que la Chine, qui se vit comme le centre du monde, et qui voit une partie du reste de la planète comme un espace de ressources pour son propre développement ou des lieux de menace, essaiera le plus possible de préserver sa sécurité alimentaire parce qu’elle déteste la dépendance.

20J.-J. G. : En Afrique, la Chine est le principal investisseur dans les « accaparements de terres ». N’y a-t-il pas une double stratégie chinoise ? Satisfaire les besoins et la sécurité alimentaire localement, mais aussi satisfaire la sécurité en approvisionnement de la Chine sur d’autres produits beaucoup plus stratégiques comme les minerais ou le bois ?

21M. G. : Peut-être, je n’ai jamais pensé à cela, mais c’est vraisemblable. D’abord, la coopération chinoise en Afrique, que cela soit la coopération taïwanaise ou celle de la Chine continentale, est ancienne. J’ai vu et j’ai fait l’évaluation, par exemple, de la coopération chinoise en Casamance en 1974. C’était extraordinairement efficace et très intéressant. On peut supposer que c’est une stratégie à plusieurs facettes. Je crois que le raisonnement de la Chine vis-à-vis de l’Afrique est le suivant : c’est un continent d’où il est possible de retirer des matières premières. Mais aussi : l’Afrique est un continent pauvre ravagé par les guerres. Investir seulement pour pouvoir importer de l’alimentation créerait une hostilité locale. Dès lors, ils s’engagent dans un investissement à très long terme. La Chine est à mon sens un des rares grands pays, avec les États-Unis, qui a une réflexion à très long terme.

22J’avais fait une longue conférence, dans les années 1990, au ministère chinois de l’Agriculture, où je défendais l’idée que la Chine devait importer des aliments en raison de sa contrainte démographique, aussi parce qu’elle ne résisterait pas aux avantages comparatifs latino-américains et que le marché s’imposerait comme une solution plus naturelle, plus simple, que l’hyper-intensification des campagnes chinoises. Il n’y avait pas eu de réaction. Quelques années après, un vice-ministre chinois avait été invité par les agriculteurs français au colloque Unigrains, et cette observation leur avait été redite, notamment par Lester Brown, mais sans doute trop caricaturée et teintée de catastrophisme. Et le vice-ministre chinois répondit qu’ils ne se trouveraient pas dans cette situation de devoir importer massivement. C’était un message très important que l’on peut lire aujourd’hui de deux façons différentes : d’abord, comme une réaction nationaliste, puis comme « Vous ne connaissez pas notre potentiel, et on fera tout notre possible pour éviter les importations ». Cette volonté d’anticiper le long terme est évidente. J’avais rencontré, à la même époque, plusieurs universitaires chinois qui pensaient que la question principale de leur avenir alimentaire était celle de la disponibilité en eau et qui m’avaient montré les schémas prospectifs de transfert de l’eau d’un fleuve à l’autre. L’Inde, d’ailleurs, fait la même chose, elle a les mêmes perspectives. Ces pays pensent à très long terme parce qu’ils ont l’expérience historique de l’extrême pauvreté et de la violence que peut entraîner l’extrême pauvreté. Mais ces investissements internes à long terme n’empêchent pas la Chine d’investir en Afrique et de faire à la fois un calcul équilibrant son intérêt et celui des Africains, avec en plus un comportement hautain en considérant l’Afrique comme une terre d’opportunités.

23J.-J. G. : Comment envisagez-vous ces mouvements d’investissements dans l’agriculture en Afrique ? Est-ce que cela vous semble être des mouvements « souhaitables » ou pensez-vous que cela comporte des risques ?

24M. G. : Ce mouvement de land grabbing, s’il devient très important, peut être interprété comme un mouvement de défiance par rapport à l’extension du marché alimentaire mondial. Je raisonne par l’absurde : s’il y avait une confiance absolue et générale dans le marché mondial, ce que la pensée libérale prend comme certitude, les anticipations que chacun fait sur les besoins d’importations assureraient l’équilibre anticipé de l’offre et de la demande. Il y aurait, pour cette raison, des capitaux qui investiraient en Afrique dans la production alimentaire ; il y aurait peut-être aussi des intentions de passer des contrats de livraison pluriannuels. Chaque pays conserverait ses droits sur son sol et ne penserait pas à les vendre ou les louer. L’équilibre du marché se ferait essentiellement par la mobilité des produits et le marché assurerait la sécurité alimentaire de chaque pays.

25Or, en 2008, que s’est-il passé en Asie ? Certains pays exportateurs de riz, de peur de ne pas en avoir suffisamment pour leur propre population, ont bloqué les exportations. Il en est résulté une spéculation à la hausse du marché du riz. Désormais, tout pays se méfie naturellement du marché mondial, puisque chaque voisin est capable de bloquer ses exportations et d’arrêter la circulation des biens. La confiance est rompue. Il n’est pas possible, en période de crise, de compter sur le marché international pour assurer la sécurité alimentaire. C’est exactement le raisonnement européen. Lorsque la Russie a fermé les vannes du gaz, parce que l’Ukraine ne payait pas le prix convenu, l’Europe de l’Ouest a été privée momentanément de gaz. Là aussi, la confiance a été rompue. Les enjeux stratégiques sont trop importants pour que l’approvisionnement reste fondé sur la confiance.

26On est habitué à ce que le marché fonctionne dans un bain de confiance parce que le marché dans un espace politique donné est arbitré par des règles, des lois et des mécanismes de justice nationaux ou régionaux. Mais le marché international reste encore un lieu où il est presque impossible de se faire entendre par une quelconque justice.

27Ce qui s’est passé en 2008 pourrait être un point de départ pour la méfiance, voire la défiance vis-à-vis des marchés comme solution à la sécurité alimentaire et pour la recherche de nouvelles solutions. Et donc, dans ce nouveau contexte, l’achat de terres constitue une voie opportune. C’est une forme particulière de mobilité du capital. Il y a certainement d’autres voies, par exemple en matière de mécanismes financiers pour acheter des récoltes de manière anticipée, avec des contrats. Certains pays du Maghreb aimeraient conclure des accords à long terme de commerce international sur la base des avantages comparatifs mutuels. Mais les formules contractuelles ont moins le vent en poupe que des formules classiques d’achat peu anticipé et de stockage, mais qui aboutissent à une volatilité des cours. Il est aisé, par exemple, pour des capitaux moyen-orientaux de préempter une récolte sur le pourtour de la mer Noire et en Russie. Mais s’il y a une sécheresse en Russie, comme cela vient de se produire, la vulnérabilité de l’acheteur lui fait perdre du pouvoir de marché. En conclusion, il faudra donc imaginer des solutions qui permettent de limiter les risques d’insécurité alimentaire.

28J.-J. G. : Vous analysez donc ces nouvelles formes d’investissements dans l’agriculture comme des réponses aux défaillances des marchés mondiaux ?

29M. G. : Oui ! Si des produits aussi stratégiques que l’alimentation circulent mal, les acheteurs chercheront à s’approprier l’appareil de production. La gamme des moyens pour s’assurer un approvisionnement sûr se décline simplement : avoir des stocks stratégiques, être propriétaire de la terre et du fructus (récolte), ce qui n’est pas évident dans un pays étranger qui pourrait être en situation de pénurie. La situation pourrait être très différente selon le mode de production. Les capitaux étrangers peuvent exploiter eux-mêmes avec leurs propres techniques. À l’opposé, ils peuvent être simplement acheteurs. Ils peuvent aussi être propriétaires des semences, des engrais et produits de traitement, des matériels et de la récolte, les agriculteurs étant sous contrat de travail, ce qui est un mécanisme proche de celui des systèmes cotonniers biens connus en Afrique francophone. Il peut y avoir aussi des systèmes imitant les filières cotonnières : crédit de campagne, promesse d’achat de la récolte et contrat sur les techniques de production. Cette formule concilie la stabilisation des revenus des producteurs et des garanties d’achat pour le financier. Elle pourrait intéresser les opérateurs internationaux acheteurs de récolte. Il pourrait y avoir également un financement de mesures de politique agricole aidant les entrepreneurs agricoles africains, en contrepartie de quoi le gouvernement ou les entreprises qui achètent les récoltes aux producteurs garantiraient une livraison aux pays demandeurs. Mais on est mal placé, dans la recherche publique, pour savoir quelles sont toutes les possibilités qu’offrent les mécanismes financiers. Je suis persuadé qu’il y a une gamme étendue de solutions.

30Il faudrait évaluer cette gamme de possibilités en fonction d’au moins deux critères : la sécurité d’approvisionnement pour le pays qui veut acheter et la sécurité de revenu pour les producteurs africains qui acceptent de produire un excédent. Il faudrait aussi s’assurer qu’en cas de pénurie locale, la priorité absolue ne sera pas donnée aux exportations. Il y aurait aussi une certaine rationalité car les capitaux qui veulent s’investir en Afrique ont recours aux producteurs africains plutôt qu’à l’exploitation directe de grandes fermes. L’expérience de la mise en valeur directe dans de grandes fermes au Nigeria dans les années 1980 n’a pas été d’un grand succès. On voulait constituer de grandes entreprises comme en Amérique latine. Mais ce modèle pourrait maintenant devenir techniquement efficace en Afrique !

31J.-J. G. : Quelle a été la viabilité de ces grandes fermes ?

32M. G. : Leur viabilité a été très problématique parce qu’elles ont eu beaucoup de difficultés à maîtriser techniquement la production. Par exemple, le labour profond pour lutter contre les mauvaises herbes fait courir un risque de déstructuration des sols. La maîtrise ne pouvait donc être que très progressive. Aujourd’hui, les techniques de non-travail du sol et de couverture systématique limitent ces risques et permettent d’obtenir de bons rendements. La viabilité n’était pas garantie il y a trente ans, elle le serait mieux maintenant.

33J.-J. G. : Comment voyez-vous la condition de viabilité des investissements dans l’agriculture par rapport à ces deux préoccupations ?

34M. G. : Dès l’instant où l’on adopte un raisonnement en termes de viabilité, deux grands domaines de viabilité sont concernés. D’abord, la viabilité écologique : tout dépend des systèmes de production que l’on veut mettre en place. Si un pays qui est acheteur de terres veut installer une grande agriculture moderne, mécanisée, intensive, il va avoir un problème de maîtrise de la technologie et un problème de vérification de la viabilité de l’agro-écosystème, parce qu’en milieu tropical, comme on l’a vu, les sols sont fragiles. Il faut gérer la viabilité des sols, les ressources naturelles renouvelables, l’eau, les maladies, les ravageurs. Ce n’est pas facile d’obtenir une récolte à haut rendement sans dégrader l’environnement. Ensuite, il y a la viabilité économique : tout dépend du modèle de l’exploitation, modèle de grande entreprise en salariat ou modèle contractuel avec de petits agriculteurs. La viabilité économique dans les grandes exploitations est par ailleurs tributaire de la viabilité écologique parce que l’écologie, c’est le capital naturel.

35Le débat sur le land grabbing peut être vertueux si une forte demande des pays importateurs se traduit non pas par l’accaparement de terres, mais par une stimulation de la production chez les petits producteurs africains, ce qui serait un très bon rendez-vous historique pour l’agriculture africaine. En effet, jusqu’à présent le marché qui s’offrait potentiellement aux petits producteurs était le marché des urbains (étroit et peu solvable). Pratiquement toute l’Afrique a raté la connexion historique entre cette demande urbaine et la production d’un excédent agricole commercialisable. Ce ratage est dramatique pour l’avenir de l’Afrique car c’est un des mécanismes essentiels du développement économique et social. S’il y avait accroissement massif de la demande du marché d’exportation, relayé par une politique agricole qui stimulerait la production, c’est-à-dire qui créerait des conditions économiques stables et en même temps de faible risque pour les producteurs agricoles africains, cela pourrait faire enfin entrer l’agriculture africaine dans un régime de production de surplus pour le marché. Mais ce n’est pas simple. Je ne vois pas les Chinois importer du mil, de l’igname et du taro. Il leur faut du blé, du soja, du riz, du maïs. Il faudrait que l’agriculture africaine s’ajuste aux besoins d’exportation. Il faudrait, pour le riz, aménager et développer des surfaces de bas-fonds qui sont bien maîtrisées par les Africains. Il faudrait aussi faire du riz pluvial en grande quantité, ce qui est plus compliqué. L’articulation entre une demande internationale et une offre locale qui suppose la mise en mouvement technologique de l’agriculture africaine serait une belle histoire. Il faudrait que cela soit un objectif politique.

36J.-J. G. : Une des vertus du land grabbing serait de réhabiliter les politiques agricoles, mais la cohérence entre ce mouvement d’accaparement et la réhabilitation des politiques agricoles est-elle immédiate ?

37M. G. : Il est malheureusement prévisible que les opérateurs de marché ne s’ennuieront pas à passer par une voie complexe des politiques agricoles et de stimulation de l’offre locale. Ils préféreront sans doute essayer d’acheter directement du terrain et recruter des ouvriers, ou bien même, pour les Chinois, de venir avec leurs propres ouvriers qui sont plus dociles que les Africains. C’est la voie presque « naturelle » qui pourrait s’imposer.

38J.-J. G. : Est-ce qu’il n’y a pas un risque d’oublier les agricultures familiales ?

39M. G. : Bien sûr, c’est sans doute le risque principal. Or, l’oubli des agricultures familiales serait un drame absolu parce que l’Afrique étant le dernier continent à connaître la transition démographique et à avoir peu d’industrie et de services, dans les décennies qui viennent, l’essentiel de la population naîtra « dans » l’agriculture et restera « dans » l’agriculture. Car personne ne voit encore comment elle pourrait massivement entrer dans l’industrie et les services. S’il n’y a ni possibilités d’accueil de ces nouvelles populations dans l’industrie et les services, ni possibilités d’accueil dans l’agriculture (en leur donnant du sol, en partageant le sol), et si il n’y a pas de possibilités qu’une partie de cette agriculture, la plus large possible, produise un excédent, un surplus commercialisable, l’Afrique subsaharienne est condamnée à rester un continent de pauvreté rurale, d’autosubsistance, n’entrant pas dans une économie de marché, où les villes continueront à être en partie nourries par l’extérieur. Ce qui serait vraiment un scénario dramatique. C’est encore aujourd’hui le scénario tendanciel !

40Je travaillais ces derniers jours sur le même sujet pour l’Amérique latine où la situation est totalement différente. D’abord, ce sont des capitaux locaux, ou même des capitaux étrangers mais qui ont des relais locaux qui produisent pour exporter. La démographie est différente : elle plafonne. Le nombre de pauvres ne devrait pas trop s’accroître, il pourrait se stabiliser. Il y a un secteur résiduel de pauvreté d’une cinquantaine de millions de personnes, dont la moitié en ville et l’autre dans les campagnes et qui restent à intégrer dans l’économie. Le seul moyen de les intégrer, c’est la réforme agraire. Cela serafacilité par le trend de croissance, notamment des exportations agricoles. Mais pour l’Afrique, qui elle aussi pourrait pourtant exporter, il y a un risque réel d’impasse. Entre l’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie, qui a le même problème d’emploi, on comprend qu’existent des voies très différentes de développement de l’agriculture dans chacune de ces économies.

41J.-J. G. : Le scénario tendanciel en Afrique, malgré les investissements agricoles qui se mettent en place, aboutit-il à un avenir pessimiste ?

42M. G. : Oui, je sais qu’il est de mauvais goût d’être pessimiste sur l’Afrique. Il ne faut pas être pessimiste, mais on a le devoir d’être réaliste. On peut se réjouir qu’il y ait une croissance décennale continue mais la croissance future restera entravée tant que le monde agricole ne sera pas intégré à un mécanisme de croissance endogène et de développement intégré, éventuellement tiré par des exportations agricoles vers des pays dont la demande est durable, et relayé par une demande locale. Le land grabbing peut donc, selon la forme qu’il prendra, contribuer à la stagnation ou à la croissance vertueuse de l’Afrique.

Notes

[1]

Michel Griffon et Jean-Jacques Gabas souhaitent remercier Nicolas Courtin, qui a organisé cet entretien.

[2]

Le cerrado est un type particulier de savane que l’on rencontre en Amérique du Sud, notamment au Brésil.

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CINEMA, DOCUMENTAIRES, DROITS DE L'HOMME, FILMS, J'AI MARCHE JUSQ'A VOUS, MIGRANTS, RENCONTRES CINEMATOGRAPHIQUES DES DROITS DE L'HOMME

Documentaire : J’ai marché jusqu’à vous

J’ai marché jusqu‘à vous – RÉCITS D’UNE JEUNESSE EXILÉE À MARSEILLE

Documentaire de Rachid Oujdi 52 min – 2016

AIX-EN-PCE ● 22 janvier ● 18h00

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Récit d’une jeunesse exilée à Marseille : ces enfants sans visa, au terme d’un éprouvante périple, débarque à Marseille qui ne  veut pas d’eux.

Film proposé par le collectif avec la participation de Sciences Po Aix. Débat avec le réalisateur Rachid Oujdi, Giovanni Privitera, enseignant à Sciences Po et Jeanne Hutin, association étudiante C.A.S.A. et animé par Roxane Nadim, enseignante et responsable des affaires culturelles à Sciences Po.

Sciences Po Aix / Amphithéâtre René Cassin (25, rue de Saporta, Aix-en-Provence (participation libre).

 

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Documentaire (France). Produit en 2016. Distribué par Comic Strip Production.

Synopsis

Ils ont moins de 18 ans, on les appelle les « Mineurs Isolés Etrangers ». Venus seuls, principalement d’Afrique et du Moyen Orient, ces voyageurs sans visas débarquent à Marseille, au terme d’un long périple. En attendant leur majorité, ils sont censés se trouver sous la protection de l’Aide Sociale à l’Enfance. Mais avant cette « mise à l’abri » rarement immédiate, ces jeunes subissent la rue, les réseaux malveillants et la suspicion des institutions. Prix du public, Festival Amnesty International.

 

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Ils sont invisibles parce que la ville préfère fermer les yeux. Autour de la gare Saint-Charles de Marseille, pourtant, la caméra de Rachid Oujdi a su débusquer les nouveaux enfants des rues. Ceux qui n’ont même pas un sac de couchage, parce qu’ils débarquent ici sans bagage, hagards après avoir traversé deux, trois ou six pays. On les appelle les « MIE ». Ces « mineurs isolés étrangers » seraient 8 000 en France. Le réalisateur de ce Récit d’une jeunesse exilée a suivi un petit groupe, les a vus se présenter au Service d’accueil et d’accompagnement des mineurs étrangers non accompagnés et en repartir souvent sans solution.

Sans fioritures ni sanglots, celui qui avait déjà raconté les chibanis, ces travailleurs immigrés maghrébins retraités (Perdus entre deux rives, les chibanis oubliés, 2014), comme des hommes entre deux mondes, raconte ces gamins en souffrance. Tous ressentent combien il est dur d’arriver en France seuls, en 2017, quand on a 13 ou 15 ans ; combien la rue est dangereuse pour eux, proies si faciles des réseaux.

Révolte citoyenne

Ils s’appellent Omar, ou Roméo, viennent d’Afghanistan ou d’Afrique et se retrouvent dehors dans ce pays qu’ils croyaient accueillant. Les images sont belles comme est belle l’éternelle Marseille, mais, pour eux, elles sont dures, comme sont durs l’exclusion, la faim, le froid, le manque de sommeil. S’ils redeviennent parfois des enfants l’espace d’un instant, souriant aux chanceux qui ont trouvé place dans la grande roue du Vieux-Port, ou se réjouissent de ceux qui sont au chaud dans le monde de la consommation de l’autre côté des vitrines, leur enfance est une longue blessure que Rachid Oujdi effleure, donnant à réfléchir sur ce que signifie aujourd’hui avoir signé la Convention des droits de l’enfant.

Engagé, ce documentaire inclut aussi la révolte citoyenne de ceux qui se heurtent au mur de l’administration. Le médecin, l’éducateur… tous arrivent à la même conclusion : seule une mobilisation citoyenne pourra permettre d’héberger les quelques dizaines d’enfants que l’administration n’a pas prévu de mettre à l’abri. Pourquoi celle-ci pousse-t-elle à « agir aux marges », s’interroge l’un d’eux ? S’il n’apporte pas de réponse, le beau travail de Rachid Oujdi a le mérite de poser la question.

 

Le Monde 11 juillet 2017

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 « J’ai marché vers vous » un documentaire tourné à Marseille , qui fait oeuvre de sensibilisation. N.V.

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« J’ai marché jusqu’à vous », ce documentaire de Rachid Oujdi, livre au coeur du débat, ses récits d’une jeunesse exilée. Cette rencontre a questionné une société en rupture d’humanité.

« Tout mineur doit être protégé quel que soit son sexe, sa religion, ses origines, sa nationalité », stipule la Convention internationale des Droits de l’Enfant du 20 novembre 1989. La réalité est en France bien loin d’adhérer à ce droit fondamental. Caméra au poing, Rachid Oujdi s’est penché à Marseille sur le quotidien de jeunes contraints à l’exil, qui sur le sol des « droits de l’homme », ne sont pas arrivés au bout de leur peine sans fin. La Ligue des Droits de l’Homme, Amnesty international, l’Assemblée citoyenne du Bassin Manosquin, avec le soutien des réseaux Éducation Sans Frontières et Hospitalité Solidaire, ont proposé un débat sur la situation de ces mineurs étrangers isolés. Mardi dernier, salle comble pour des échanges inspirés de ce documentaire poignant, « J’ai marché jusqu’à vous – Récits d’une jeunesse exilée » .

Ils ont entre 13 et 18 ans. Depuis le Moyen-Orient ou l’Afrique, ils ont marché jusqu’à nous pour venir se heurter à un double paradoxe politico-institutionnel. Les conditions de la protection ne sont pas à la mesure de la nécessité et de l’application du droit. Ces jeunes à la rue des semaines durant, voire des mois, quand il en sortent, ne rentrent dans aucun cadre juridique. En tant que mineurs ils ne peuvent pas prétendre au statut de réfugié. Des milliers de kilomètres leur ont ouvert ce seul horizon : survivre dans ce no man’s land identitaire. Le carcan du processus d’intégration, les lourdeurs administratives anéantissent tout espoir pour ceux qui approchent l’âge de la majorité. A quoi , à qui, à combien peut répondre le 115 ?

Lorsque l’institution doute de l’âge annoncé, les adolescents sont livrés à des tests infâmes, examens osseux ou des parties génitales.

Sur le terrain les professionnels sont eux-mêmes dans l’impasse du chaînon manquant. La loi interdit l’hébergement d’un mineur par des personnes de la société civile. L’institution dans l’illégalité est ainsi à même de poursuivre un citoyen accueillant. C’est l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance) qui a pour mission la protection de l’enfance, soumise à une gestion politique très disparate d’un département à l’autre.

Des filets d’humanité contournent la règle, entrent en désobéissance civile. Quarante collectifs solidaires s’organisent en Région Paca. Des citoyens s’impliquent aussi à titre individuel

Le film de Rachid Oujdi n’est pas une oeuvre militante, c’est une démarche engagée qui questionne notre humanité : « qu’en avons-nous fait au plus profond de nous ? » La distance choisie par le cinéaste pose un regard de subjectivité assumé. De la tendresse, de la subtilité sans tomber dans le pathos ou le voyeurisme. L’obscure réalité ainsi mise en lumière positionne le spectateur face à lui-même.

Le documentaire se termine sur une note claire. Mais depuis son tournage , il y a un an, le réalisateur décrit une situation qui à Marseille s’est assombrie plus encore, qui a gravement empiré.

« J’ai marché jusqu’à vous », le film fait oeuvre de sensibilisation, circule dans les collèges et les lycées, relayé par des enseignants du RESF. Visible en replay sur la chaîne LCP.

Journal La Marseillaise 9 janvier 2019.

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Récits d’une jeunesse exilée. J’ai marché jusqu’à vous

Ils viennent d’Afghanistan, de Turquie, d’Algérie, du Mali, du Nigeria… Ils ont entre 13 et 17 ans et sont arrivés en France. Pris en charge par les éducateurs de l’Addap-Saamena, un service spécialisé dans l’accompagnement des mineurs isolés, Muhammad, Ibrahim, Omo ou encore Sega regagnent un peu de lien social et bénéficient d’une aide administrative et médicale. Difficile en revanche pour eux de trouver un hébergement… Devant la caméra de Rachid Oujdi, ils racontent leur histoire, celle qui les a amenés à quitter clandestinement leur pays d’origine pour se retrouver, livrés à eux-mêmes, à Marseille. Ibrahim, 16 ans, a fui la Turquie. « Je suis venu en France parce qu’on y respecte les droits de l’homme », confie le jeune homme. Omo, quant à elle, a entrepris le voyage après avoir perdu ses parents dans un bombardement : « Je suis venue car je n’avais nulle part où aller. » Guerre, pauvreté, absence de perspectives, père violent… Les raisons avancées sont nombreuses et témoignent d’une grande détresse. Des récits forts et poignants, qui font de ce reportage en immersion un document indispensable pour mieux comprendre la réalité de ces jeunes migrants.

http://www.lavie.fr/culture/television/recits-d-une-jeunesse-exilee-j-ai-marche-jusqu-a-vous-11-04-2018-89449_31.php

 

 

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« J’ai marché jusqu’à vous » HK (Kaddour Hadadi) – Clip de Rachid …

 

Paroles

Les coups de sang, les coups du sort
Les coups de points, les coups encore
J’en ai reçu jusqu’à mon tour
J’en ai reçu jusqu’à ce jour
J’ai quitté mon petit village
En portant pour seul bagage
Des restes de rêves d’enfants
Des gentils qui gagnent à la fin

J’ai marché jusqu’à vous
J’ai eu peur je l’avoue
À chaque pause chaque trêve
Mille fois j’ai fait ce rêve
Je lisais mon nom sur vos lèvres
J’ai marché jusqu’à vous
Je suis là voyez vous
Mille fois j’ai fait le voeu
je vous en fait l’aveu
De me voir un jour dans vos yeux

Les petits chemins retiré
Les routes fleuves et les forêts
Les vastes plaine et les plateaux
Les grandes villes comme en photo
J’ai marché tant que j’ai pu
Tant de fois je me suis perdu
Les trains les camions les bateaux
Les coups de blues, les coups de couteaux

J’ai marché jusqu’à vous
J’ai eu peur je l’avoue
À chaque pause chaque trêve
Mille fois j’ai fait ce rêve
Je lisais mon nom sur vos lèvres
J’ai marché jusqu’à vous
Je suis là voyez vous
Mille fois j’ai fait le voeu
je vous en fait l’aveu
De me voir un jour dans vos yeux

 

Combien de pays traversé?
Combien de frontières dépassées?
Et me voilà m’en voulez vous?
Je n’avais pas pris rendez-vous
De mon histoire vous savez tout
Arrivé seul et sans dessous
Mais surtout arrivé en vie
Comprenez pourquoi je souris

J’ai marché jusqu’à vous
J’y ai cru je l’avoue
À chaque pause chaque trêve
Mille fois j’ai fait ce rêve
Je lisais mon nom sur vos levres
J’ai marché jusqu’à vous
Je suis là voyez vous
Mille fois j’ai fait le voeu
je vous en fait l’aveu
De me voir un jour dans vos yeux

J’ai marché jusqu’à vous
J’ai eu peur je l’avoue
Mille fois j’ai fait ce rêve
Mille fois j’ai fait ce rêve
Je lisais mon nom sur vos levres
J’ai marché jusqu’à vous
J’ai marché jusqu’à vous
J’ai marché jusqu’à vous…

Paroles de Kaddour Hadadi

Album : L’Empire de papier (2017)

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BIENVENUS !, CINEMA, DROITS DE L'HOMME, FILM BIENVENUS !, RACISME, RENCONTRES CINEMATOGRAPHIQUES DES DROITS DE L'HOMME, SECOURS CATHOLQIUE

Film Bienvenus !

Film Bienvenus !

Rune Denstad Langlo

Avec Andres Baasmo Christiansen, Olivier Mukuta, Slimane Dazi plus

Comédie dramatique norvégienne/suédoise de decembre 2016 (1h30)

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Film  proposé par le Secours Catholique-Caritas France

Débat avec Jordi Llambrich, prêtre accueillant des migrants à Marseille et Jacqueline Moulin, d’Amnesty International.

 

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SYNOPSIS ET DÉTAILS

Quand on est propriétaire d’un hôtel quasiment en faillite dans les montagnes norvégiennes, est-ce que la solution ne serait pas de le transformer en centre d’accueil des refugiés pour profiter de subventions bien opportunes ? 
C’est le bon plan de Primus, hôtelier peu aimable et pas vraiment ouvert aux autres cultures… Mais voilà, la bonne idée de Primus ne s’avère pas si simple. 
Accueillir 50 personnes d’origine diverses, quand il faut compter en plus avec une femme déprimée, une ado rebelle, et des préjugés racistes, ça promet bien des déconvenues mais aussi, des heureuses surprises ! 

BIENVENUS : Un projet de longue date

Rune Desnstad Lango eu l’idée de ce film il y a une dizaine d’années. Le metteur en scène explique : « Après une vingtaine d’ébauches et deux ans d’efforts, le plus souvent en solitaire, j’ai fini scénario et dialogues, et le tournage a pu se faire en Suède, dans une zone frontalière du comté de Jämtland, et également en Norvège dans la région de Trondheim. Au fil des jours, le film a pris forme et le thème du film est devenu de plus en plus d’actualité, notamment lors du flux migratoire de l’été dernier. »

Personnage principal

Le personnage de Primus, le propriétaire d’un hôtel dans les montagnes norvégiennes qu’il veut sauver de la faillite en le transformant en centre d’accueil pour réfugiés, est campé par Anders Baasmo Christiansen. Le rôle a été écrit spécialement pour ce dernier qui avait déjà joué sous la direction de Rune Desnstad Langlo dans  Nord et Chasting the Wind

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Un sujet d’actualité

Rue Denstad Langlo a voulu, avec Bienvenus !, traiter d’un sujet grave avec tendresse et chaleur humaine. « On a parfois tendance à oublier, quand on parle des réfugiés, que l’on a affaire à des êtres humains à part entière. Ils ont parfois eu une histoire très douloureuse, certes, mais cela ne justifie pas qu’on fasse d’eux exclusivement des victimes, car ils sont souvent dotés de fortes personnalités, c’était le cas de Lars, mon arrière-grand-père, qui a migré aux Etats-Unis à l’âge de dix-neuf ans. Il ne faut pas oublier qu’il y a 150 ans environ, poussés par la misère, plus de 800 000 Norvégiens, un tiers de la population de l’époque, ont fait le choix de l’émigration, comme d’autres le font de nos jours », confie le cinéaste.

Engagé

Bienvenus ! a été un succès inattendu en Norvège. Slimane Dazi rapproche le film de Rune Denstad Langlo de La Vie est belle réalisé et interprété par Roberto Benigni : « Heureusement que des fictions sur des sujets graves existent, c’est une bonne façon d’envisager des solutions. On a besoin de rire d’événements dramatiques pour briser les craintes et les tabous. Le cinéma autorise une légèreté de ton qui permet d’interpeller sur des questions lourdes.« 

Melting pot

Plusieurs personnes ayant participé à ce film norvégien parlent le français. C’est le cas d’Olivier Mukuta qui interprète Abedi le Congolais, l’actrice libanaise Elisa Sayegh , le directeur de la photographie  Philip Øgaard ou encore Slimane Dazi qui avait campé le charismatique caïd de Marseille Brahim Lattrache dans Un prophète. Rune Denstad Langlo se rappelle : 

« Alors je me suis parfois senti un peu isolé, à me demander ce qui se tramait derrière mon dos. Mais j’ai très vite compris que je n’étais pas obligé de tout contrôler, qu’il suffisait parfois de laisser faire quand il y avait un peu de tension dans l’air. »

Par ailleurs, la majorité des personnes que l’on voit dans Bienvenus ! sont des réfugiés jouant leur propre rôle.

 

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