ECRIVAIN CHRETIEN, ECRIVAIN FRANÇAIS, LE SANG DU PAUVRE, LEON BLOY, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

Le Sang du Pauvre de Léon Bloy

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Léon Bloy

Le Sang du pauvre

Stock, Delamain et Boutelleau, 1932

 

Mon discours, dont vous vous croyez peut-être les juges, vous jugera au dernier jour.

Bossuet. Oraison funèbre de la Princesse Palatine.

Le Sang du Pauvre, c’est l’argent. On en vit et on en meurt depuis les siècles. Il résume expressivement toute souffrance. Il est la Gloire, il est la Puissance. Il est la Justice et l’Injustice. Il est la Torture et la Volupté. Il est exécrable et adorable, symbole flagrant et ruisselant du Christ Sauveur, in quo omnia constant.

Le sang du riche est un pus fétide extravasé par les ulcères de Caïn. Le riche est un mauvais pauvre, un guenilleux très puant dont les étoiles ont peur.

La Révélation nous enseigne que Dieu seul est pauvre et que son Fils Unique est l’unique mendiant. « Solus tantummodo Christus est qui in omnium pauperum universitate mendicet », disait Salvien. Son Sang est celui du Pauvre par qui les hommes sont « achetés à grand prix ». Son Sang précieux, infiniment rouge et pur, qui peut tout payer !

Il fallait donc bien que l’argent le représentât : l’argent qu’on donne, qu’on prête, qu’on vend, qu’on gagne ou qu’on vole ; l’argent qui tue et qui vivifie comme la Parole, l’argent qu’on adore, l’eucharistique argent qu’on boit et qu’on mange. Viatique de la curiosité vagabonde et viatique de la mort. Tous les aspects de l’argent sont les aspects du Fils de Dieu suant le Sang par qui tout est assumé.

Faire un livre pour ne dire que cela est une entreprise qui pourra paraître déraisonnable, C’est offrir sa face à tous les bourreaux chrétiens qui déclarent heureux les riches que Jésus a détestés et maudits. Cependant il y a peut-être encore des cœurs vivants dans cet immense fumier des cœurs et c’est pour ceux-là que je veux écrire.

Hier c’était le cataclysme sicilien, prélude ou prodrome de beaucoup d’autres, dernier avis préalable à l’accomplissement des menaces de la Salette. On dit que Messine était une ville superbe, peu éloignée de la Pentapole. Deux cent mille êtres humains y sont morts d’un frisson de la terre. Quelqu’un a-t-il pensé que cent mille tout au plus ont dû être tués sur le coup ? Soit cent mille agonies réparties sur quinze ou vingt jours.

Amoureux de la justice, je veux croire que les riches ont été favorisés de ce privilège, après tant d’autres privilèges, et que cette occasion ne leur a pas été refusée de méditer, dans le vestibule de l’enfer, sur les délices et la solidité des richesses. On a parlé d’une survivante, immobilisée sous les décombres, de qui la main avait été dévorée par son chat enseveli avec elle. Était-ce la « droite » ou la « gauche », cette main faite pour donner, comme toutes les mains ? Oublieuse des affamés, elle avait peut-être servi à nourrir cette seule bête qui lui continuait ainsi sa confiance.

Leçons terribles, si l’on veut, rudimentaires pourtant, mais combien perdues ! Il en faudra de plus terribles et on les sent venir… Le Christianisme est en vain, la Parole de Dieu est En vain, Donc, voici le « Bras pesant » qui fut annoncé, le Bras visible et indiscutable !

Ah ! il en est temps ! Le droit à la richesse, négation effective de l’Évangile, dérision anthrophagique du Rédempteur, est inscrit dans tous les codes. Impossible d’arracher ce ténia sans déchirer les entrailles, et l’opération est urgente. Dieu y pourvoira. — Tu n’as pas le droit de jouir quand ton frère souffre ! hurle, chaque jour, de plus en plus haut, la multitude infinie des désespérés.

Le présent livre sera l’écho de cette clameur.

 

Paris-Montmartre, 23 Janvier 1909.

Fiançailles de la Sainte Vierge.

 

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Le Sang du Pauvre de Léon Bloy

Crédits photographiques : Micah Albert (Redux Images).

Le Sang du Pauvre

«Le Sang du Pauvre est peut-être ce que j’ai fait de plus important. En tout cas, c’est un livre d’une exceptionnelle générosité, en ce temps de bassesse et de lâcheté à tous les étages. C’est aussi le livre d’un écrivain désormais incontestable. Dans la pénurie effrayante et tout à fait inouïe de l’intellectualité contemporaine, alors que l’Académie en enfance est réduite à inaugurer des cabotins, une attention singulière commence à se fixer sur moi. Il se dit déjà, même chez mes ennemis qui en écument, que je suis le seul. Il n’est donc pas déraisonnable ni téméraire d’espérer le retentissement d’un tel livre signé de mon nom et lancé par un éditeur puissant… Nulle personnalité choquante. Je parle au-dessus de l’actualité. C’est un Miserere chrétien où j’ai voulu ramasser la douleur universelle.»
Léon Bloy, Le Vieux de la montagne 1907-1910Journal de Léon Bloy, t. 3, Mercure de France, 1963, pp. 89-90, l’auteur souligne).

Le Sang du Pauvre est l’un des plus beaux et l’un des plus véhéments textes de Léon Bloy qui écrit à son sujet, le 5 février 1909 : «Ce livre que je porte depuis des années, sort de moi, comme un flot de mon propre sang, si on me perçait le cœur. C’est nouveau, inouï dans toute ma vie d’écrivains. Les deux ou trois auditeurs choisis qui en connaissent les premiers chapitres, s’étonnent, persuadés que j’accomplis l’œuvre qui me dépasse» (in Le Vieux de la montagne 1907-1910op. cit., pp. 88-9). Ce livre, avec Le Salut par les Juifs aurait été apprécié, dit-on, par Franz Kafka lui-même peut-être parce que, justement, Léon Bloy y manifestait plus que dans tout autre livre sa hauteur de vue et son invincible solitude, alors que le cochon Zola bâfrait avec les échotiers et, selon Bloy, devenait, de livre en livre, millionnaire : «Il y a plus : le Juif Franz Kafka s’est réclamé de Bloy. Il aimait le Salut par les Juifs et le Sang du Pauvre. Il a dit à son ami Janouch : «Bloy sait vitupérer de façon tout à fait extraordinaire… Bloy est animé d’un feu qui rappelle l’ardeur des prophètes. Que dis-je ! Il vitupère mieux qu’eux : et cela s’explique : son feu se nourrit de tout le fumier de notre temps» (cité par Georges Cattaui, in Léon Bloy, Lettre-Préface de J. Maritain et Avant-propos de Pierre Emmanuel, Éditions Universitaires, coll. Classiques du XXe siècle, 1954, p. 94).

C’est en 1909 que paraît, chez l’éditeur Juvent, Le Sang du Pauvre (1), dont le thème est le même que celui du Salut par les Juifs. Léon Bloy, pour sa propre stupéfaction (cf. son Journalop. cit., à la date du 17 avril 1909) a écrit très rapidement ce livre, de janvier à mars de cette même année et car  cette rapidité nous prouve  incontestablement  qu’il sait de quoi il parle lorsqu’il évoque deux sujets qui n’en forme qu’un : le Pauvre et l’Argent puisque, comme l’écrivain l’affirme dès les toutes premières lignes du premier chapitre, «Le Sang du Pauvre, c’est l’argent. On en vit et on en meurt depuis les siècles. Il résume expressivement toute souffrance» (p. 87). C’est avec son sang que le Christ a racheté les pauvres mais aussi les riches, une horreur eschatologique que Léon Bloy ne manque jamais de souligner. Si le sang du Christ coule, littéralement, sur le monde entier depuis des siècles, «Il fallait donc bien que l’argent le représentât : l’argent qu’on donne, qu’on prête, qu’on vend, qu’on gagne ou qu’on vole; l’argent qui tue et qui vivifie comme la Parole, l’argent qu’on adore, l’eucharistique argent qu’on boit et qu’on mange. Viatique de la curiosité vagabonde et viatique de la mort. Tous les aspects de l’argent sont les aspects du Fils de Dieu suant le Sang par qui tout est assumé» (Ibid., l’auteur souligne).
Ceci établi, Léon Bloy va se contenter de dérouler le fil de plusieurs métaphores. L’une d’entre elles, la plus frappante sans doute, est celle de la dévoration : le Riche consomme le pauvre, ou, en d’autres termes, il le mange : «Le Sang et la Chair du Pauvre sont le seuls aliments qui puissent nourrir, la substance du riche étant un poison et une pourriture» (p. 94). Innombrables sont les rappels de cette évidence, qu’il s’agisse des propriétaires qui doivent manger (cf. p. 112), d’un «modeste collier de perles de soixante mille francs» qui représente «l’addition du déjeuner de soixante requins» mais aussi «la mort affreuse de soixante créatures à la ressemblance de Dieu que nourrissait à peine leur épouvantable métier» (p. 115), l’égoïsme des riches étant celui de «cannibales» (p. 124), les gérants ne pouvant être qualifiés que de «carnassiers» (p. 125).
Il est arrivé à Léon Bloy d’apprécier certains des romans d’anticipation d’H. G. Wells comme La Machine à explorer le Temps ou bien L’Île du Docteur Moreau et la métaphore filée de la dévoration réelle, pas seulement symbolique, des pauvres par les riches, nous fait irrésistiblement songer au monde décrit par Harry Harrison dans le classique Make room ! Make room ! improprement traduit par Soleil vert, titre français du roman mais aussi de l’adaptation cinématographique qui en a été tirée, par Richard Fleischer, livre et film qui trouvent leur prolongement dans l’étrange roman d’O. Sarban (pseudonyme de John W. Hall) intitulé Le Son du cor, dans lequel l’auteur décrit une dystopie où les Nazis, victorieux du monde libre, organisent, pour se divertir, des chasses à l’homme dans d’immenses propriétés hantées par des êtres tout droit sortis des éprouvettes du Docteur Moreau.
Si la chair des pauvres est dévorée par les riches, leurs propres enfants étant «fortifiés avec du jus de viande de pauvre et [leur] cuisine [étant] pourvue de pauvre concentré» (p. 94), c’est aussi leur sang, le Sang du Christ, qui est bu par les riches qui se pourlèchent «en songeant à l’agonie des locataires malheureux qui s’exterminent pour son estomac de vautour femelle et pour son boyau culier» (p. 111), alors qu’ils ne leur manquent, pour devenir des vampires, «vraiment que du sang à boire, du sang humain de première marque» (ibid.), le sang des pauvres étant aussi celui des ouvriers crevant à la tâche, qui «s’ajoute au torrent de sang préalablement répandu pour la conquête monstrueuse de ce pays» (p. 113), peu importe lequel finalement, puisque l’universelle rapine se déchaîne dans toutes les colonies, comme l’indique le très beau chapitre intitulé Jésus-Christ aux colonies (2), soit l’histoire de la conquête des Amériques qui peut se résumer à «une longue rigole de sang noire qui coule derrière» les conquérants auxquels «les belles-mamans, éblouies, leur mijoteront des vierges» (p. 120), retour des pays chauds.
La richesse s’exprime par la dévoration mais aussi la succion. Le riche vampirise.
La Pauvreté, elle, ne saurait être confondue avec la Misère, comme l’écrivain le rappelle en quelques lignes magnifiques, qui auraient pu être écrites par son ami, Ernest Hello : «La Pauvreté groupe les hommes, la Misère les isole, parce que la pauvreté est de Jésus, la misère du Saint-Esprit. La Pauvreté est le Relatif, – privation du superflu. La Misère est l’Absolu, – privation du nécessaire. La Pauvreté est crucifiée, la Misère est la Croix elle-même. Jésus portant la Croix, c’est la Pauvreté portant la Misère. Jésus en croix, c’est la Pauvreté saignant sur la Misère» (p. 92).
Cette distinction n’intéressera finalement que peu de monde que car en fait, qu’il s’agisse de pauvreté ou de misère, les prélats, le clergé contemporains et l’ensemble des catholiques français (et belges, ajoute Bloy, perfidement) ne semblent, aux yeux de l’écrivain, pas dignes d’étreindre ces deux mots, parce qu’ils les confondent, probablement, comme ils confondent d’ailleurs tous les mots qu’ils emploient les uns à la place des autres : «Prêtres élégants, éloignez [des riches] le lit d’amour de Jésus-Christ, la croix misérable, infiniment douloureuse, plantée au milieu d’un charnier de criminels, parmi les ordures et les puanteurs, la vraie Croix simplement hideuse, bonnement infâme, atroce, ignominieuse, parricide, matricide, infanticide; la croix du renoncement absolu, de l’abandon et du reniement à jamais de tous ceux, quels qu’ils soient, qui n’en veulent pas; la croix du jeûne exténuant, de l’immolation des sens, du deuil de tout ce qui peut consoler; la croix du feu, de l’huile bouillante, du plomb fondu, de la lapidation, de la noyade, de l’écorchement, de l’écartellement (sic), de l’intercision, de la dévoration par les animaux féroces, de toutes les tortures imaginées par les bâtards des démons… La Croix noire et basse, au centre d’un désert de peur aussi vaste que le monde; non plus lumineuse comme dans les images des enfants, mais accablée sous un ciel sombre que n’éclaire pas même la foudre, l’effrayante croix de la Déréliction du Fils de Dieu, la Croix de Misère !» (pp. 92-3).

La préoccupation première de Bloy est, comme pour tout écrivain qui se respecte, de faire œuvre de langue. Si tout est inversé depuis la Chute, si nous voyons le monde, selon le mot énigmatique de l’apôtre, comme au travers d’un miroir et en énigme, l’écrivain véritable est celui qui va tenter de redresser les mots gauchis, et d’abord celui de pauvreté, galvaudé par ce siècle de sueur (cf. le chapitre 16 intitulé Le système de la sueur) : «L’homme est si près de Dieu que le mot pauvre est une expression de tendresse. Lorsque le cœur crève de compassion ou de tendresse, lorsqu’on ne peut plus retenir ses larmes, c’est le mot qui vient sur les lèvres» (p. 102, l’auteur souligne).
Notons que c’est la ressemblance même entre l’homme et Dieu qui fait du langage, aussi imparfait soit-il (3), Léon Bloy le sait mieux que nul autre qui a toujours tenté d’exprimer ce qui dépasse la parole, un instrument de salut qu’il ne faut jamais dédaigner : «Catastrophe de la Parole tombée dans la boue» (p. 135), qu’il faut donc laver et utiliser, à l’instar du poète juif Morris (Moïse-Jacob) Rosenfeld sur lequel Léon Bloy écrit des phrases magnifiques, pour chanter humblement et sincèrement la misère des hommes, et ainsi l’élever jusqu’à Dieu. L’écriture est intercession ou elle n’est rien : «[…] les poètes font ce qu’ils veulent. Ce jargon cosmopolite formé des guenilles de toutes les langues, il en a fait une musique de harpe lamentatrice» (p. 138).
Écrire, c’est donc redonner, du moins pour un artiste de race qui, toujours, aimera la douleur et la pauvreté (4), leur sens aux mots de la tribu, qu’un usage bourgeois a falsifiés, démonétisés, selon la règle très stricte de l’inversion parodique, de la dérision : «La dérision du Désir des pauvres est l’iniquité impardonnable, puisqu’elle est l’attentat contre la suprême étincelle du flambeau qui fume encore et qu’il est tant recommandé de ne pas éteindre» (p. 102).
En fin de compte, nous pourrions avancer l’hypothèse selon laquelle le lent travail de l’écriture redonnant aux mots galvaudés leur sens véritable n’est que la métaphore d’un autre retour à l’ordre ô combien vital aux yeux du catholique intransigeant qu’est Léon Bloy, qui mieux que nul autre a compris la mission (du moins à ses yeux) du peuple juif (5) : «Lorsqu’ils se convertiront, ainsi qu’il est annoncé, leur puissance commerciale se convertira de même. Au lieu de vendre cher ce qui leur aura peu coûté, ils donneront à pleines mains ce qui leur aura tout coûté. Leurs trente deniers, trempés du Sang du Sauveur, deviendront comme trente siècles d’humilité et d’espérance, et ce sera inimaginablement beau» (p. 136).
Ne nous attardons point sur cette dimension que nous avons explorée dans notre note sur Le Salut par les Juifs, et remarquons plutôt que c’est à propos de ce même livre, qui lui fut si cher, que Léon Bloy utilise, pour décrire son travail exégétique, la métaphore de l’artisan humble qui façonne les mots à l’exemple d’un sculpteur : «Celui de tous mes livres que j’estime le plus et qui m’a le plus coûté. J’ai voulu être le statuaire de la Parole» (6).
Au fond, comme les tragédies de Shakespeare, les meilleurs livres de Léon Bloy, qui sont souvent les plus ramassés et énigmatiques comme Le Sang du Pauvre, miment l’unique mouvement qu’il importe d’instaurer, au sein même de l’écriture : le constat de l’inversion du monde, sa déchéance depuis la Chute, la prostitution des mots qui en découle, puis l’effort pour tenter de rédimer ce qui gît dans les ordures du lieu commun. Ainsi, au moment où les Juifs reconnaîtront le Christ, l’ordre naturel sera de nouveau réinstauré, et les pauvres logiquement placés à la place éminente dont ils n’auraient jamais dû être chassés si les mots avaient conservé leur sens : «Celui qui parle ainsi [il s’agit du poète Rosenfeld] est, aux yeux du monde, un peu moins qu’un ver. Mais il a raison infiniment et Dieu lui-même n’a pas pu mieux dire. Les Juifs sont les aînés de tous et, quand les choses seront à leur place, leurs maîtres les plus fiers s’estimeront honorés de lécher leurs pieds de vagabonds. Car tout leur est promis et, en attendant, ils font pénitence pour la terre» (p. 140). Léon Bloy : nous pourrions, de même, caractériser son œuvre en affirmant qu’elle a fait ou tenté de faire pénitence pour la terre entière.
Il n’est ainsi point étonnant qu’une fois de plus, l’écrivain lie intimement les Juifs et les Pauvres, les uns et les autres ne constituant à ses yeux qu’une seule réalité, bien évidemment invisible (7) pour les bourgeois et les catholiques de son temps, qu’il faudrait sans doute regrouper au sein d’une même appellation péjorative, celle de cochons.
Mais les Juifs refuseront sans doute, c’est là je crois la grande, l’unique peur de Bloy, de reconnaître le Christ pour leur unique Messie, ce refus étant peut-être lié à la permanence, puis à l’accroissement inéluctable, des pauvres parmi nous. Ainsi, le dernier pauvre sera très probablement un Juif, même si Léon Bloy ne pose pas cette affirmation aussi clairement que je le fais : «On a demandé souvent ce que pourrait bien être l’Iota du Sermon sur la Montagne, lequel iota doit subsister et s’accomplir avant que passent le ciel et la terre. Un enfant répondrait à cette question. C’est précisément le Règne du Pauvre, le royaume des pauvres volontaires, par choix et par amour. Tout le reste est vanité, mensonge, idolâtrie et turpitude» (p. 149, l’auteur souligne).
Et c’est ainsi, à sa façon trouble, tortue, que Léon affirme, ne peut qu’affirmer le fait que sa mission d’écrivain est par avance vouée à l’échec et, qu’après lui, d’autres horribles travailleurs ne devront pas craindre d’intercéder, au moyen de leur art, auprès de Celui qu’il importe seul d’invoquer.

Notes
(1) Le Sang du pauvreŒuvres de Léon Bloy, t. 9 (Mercure de France, 1983). Les pages entre parenthèses renvoient, sauf exception, à notre édition.
(2) La condamnation de la colonisation par Léon Bloy est sans la moindre équivoque : «[…] on peut dire avec certitude et sans documents, que la condition des autochtones incivilisés, dans tous les pays conquis, est le dernier degré de la misère humaine pouvant être vue sur terre. C’est l’image stricte de l’Enfer, autant qu’il est possible d’imaginer cet Empire du Désespoir» (p. 120). Et, afin d’accentuer la culpabilité des catholiques tripatouilleurs d’affaires et toujours prêts à ruser par les bons offices des préceptes jésuitiques qui, dans ce livre comme dans les autres, constituent la première cible sur laquelle Léon Bloy ne se lasse jamais de tirer : «Tout chrétien partant pour les colonies emporte nécessairement avec lui l’empreinte chrétienne. Qu’il le veuille ou non, qu’il le sache ou qu’il l’ignore, il a sur lui le Christ Rédempteur, le Christ qui saigne pour les misérables, le Christ Jésus qui meurt, qui descend aux enfers, qui ressuscite et qui juge vivants et morts» (ibid.).
(3) «Le mal de ce monde est d’origine angélique et ne peut être exprimé dans une langue humaine. La Désobéissance d’abord, le Fratricide ensuite. Voilà toute l’Histoire» (p. 147).
(4) «Instinctivement, sans qu’il ait besoin de le savoir, [l’artiste] tend vers la Douleur, la Pauvreté, le Dépouillement complet, parce qu’il n’y a pas d’autres gouffres et que son attraction est au fond des gouffres» (p. 135). Léon Bloy, quelle qu’ait été son expérience, ô combien douloureuse, de la pauvreté, n’en idéalise volontairement pas moins cette situation qu’il n’a pas voulue mais subie : «L’argent est pour la Gloire de Dieu, sachez-le bien, et la Gloire de Dieu est au sein des pauvres. Tout autre usage qu’on en peut faire est une prostitution et une idolâtrie. Mais, avant tout, c’est un vol. Il n’y a qu’un moyen de ne pas détrousser les autres, c’est de se dépouiller soi-même» (p. 129).
(5) Une fois de plus, la conversion finale au christianisme des Juifs donne à Bloy l’occasion de vitupérer contre les catholiques de son temps : «L’abjection juive peut invoquer la foudre, l’abjection commerciale des chrétiens ne peut attirer que des giboulées de crachats et de déjections» (p. 136).
(6) Il s’agit d’une dédicace à un ami sculpteur, consignée le 30 octobre 1909, cf. em>Le Vieux de la montagne 1907-1910, op. cit., p. 118.
(7) C’est ce même thème de l’invisibilité de l’action divine dans notre monde qui a permis à Léon Bloy de justifier la thèse selon laquelle certains grands hommes, relativement à leur rôle dans l’Histoire, ont pu représenter le bras de Dieu : «Il y a des hommes, innocents ou criminels, en qui Dieu semble avoir tout mis, parce qu’ils prolongent son Bras et Napoléon est un de ces hommes» (p. 90). Notons que c’est dès 1909 que Léon Bloy va commencer à rédiger son ouvrage sur l’Empereur, comme il l’écrit le 17 avril 1909 : «Maintenant, je vais me jeter à Napoléon. 1809, hélas ! fut le commencement de son déclin. Cent ans après, je tâcherai de le remettre à cheval, ce plus grand des hommes qui m’attend peut-être», in Journalop. cit., p. 117.

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ECRIVAIN CHRETIEN, FABRICE HADJADJ (1971-....), PHILOSOPHE CHRETIEN, PHILOSOPHIE

Fabrice Hadjadj

Fabrice Hadjadj (1971.—-)

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Œuvres principales

Réussir sa mort : Anti-méthode pour vivre (2005)

La Foi des Démons ou l’athéisme dépassé (2009)

 Fabrice Hadjadj, né le 15 septembre 1971 à Nanterre (Hauts-de-Seine), est un écrivain et philosophe français, directeur de l’Institut Philanthropos. Ses principaux livres sont consacrés à la critique de la technologie et à la chair.

 

Biographie

Fabrice Hadjadj est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et agrégé de philosophie.

Il est né dans une famille de tradition juive de parents alors militants maoïstes à l’université Paris-Nanterre. Il se déclare athée et anarchiste jusqu’en 1998, date à laquelle il se convertit au christianisme.

Il est père de huit enfants: Esther (2003), Judith (2004), Marthe (2006), Elisabeth (2008), Jacob (2010), Joseph (2012), Pierre (2016), Moise (2018).

En 1995, il fait paraître son premier ouvrage : Objet perduUn collectif d’inspiration nihiliste qu’il dirige en collaboration avec Claude Alexandre et John Gelder et auquel collabore notamment Michel Houellebecq.

En 1998, il se marie à l’actrice Siffreine Michel.

Il consacre la plupart de ses essais à la question du salut, de la technique et du corps, s’inspirant notamment d’Aristote, de Thomas d’Aquin, de Heidegger, d’Emmanuel Lévinas et de Günther Anders.

En 2012, après avoir vécu plusieurs années à proximité de Brignoles, dans le Var, où il enseigne la philosophie en lycée, il s’installe à Fribourg en Suisse où il dirige l’Institut Philanthropos.

Il se présente comme « juif de nom arabe et de confession catholique ».

Œuvre

Fabrice Hadjadj a publié plus d’une quinzaine de livres, qui recoupent trois différents genres littéraires :

le théâtre : À quoi sert de gagner le monde (2002), Massacre des Innocents (2006), Pasiphaé (2009) ;

l’essai : Et les violents s’en emparent (1999), La Terre chemin du ciel (2002), Réussir sa mort (2005), La profondeur des sexes (2008), La foi des démons ou l’athéisme dépassé (2009), Le Paradis à la porte (2011) ;

le livre d’art : Passion Résurrection avec Arcabas (2004), L’Agneau mystique : le retable des frères Van Eyck (2008), Jugement dernier, le retable de Beaune de Rogier van der Weyden (2010).

Depuis 2015, il est conseiller de rédaction de la revue d’écologie intégrale Limite. Comme les autres contributeurs, lecteurs de Karl Marx, de Jacques Ellul et d’Ivan Illich, il collabore à sa mesure au développement d’une pensée critique du capitalisme industriel, de l’idéologie de la croissance et de la consommation.

 

Écrits

Fabrice Hadjadj, converti au catholicisme, est professeur de philosophie, dramaturge et essayiste.

Croyez en moi, le Ressuscité

« La foi en un certain charpentier galiléen nommé Jésus, mort et ressuscité à Jérusalem « sous Ponce Pilate » – c’est-à-dire dans une petite province de l’Empire gouverné par un fonctionnaire de l’administration romaine –, fut très efficace pour me remettre les pieds sur terre. Cette foi est trop circonstanciée pour être de nature à nous laisser planer parmi les abstractions des « science » ou des « spiritualités ». Le fait de la résurrection, surtout, est un principe de réalité assez sévère.
Ceux qui y ont cru étaient des pêcheurs sachant réparer leurs mailles, des maçons capables de bâtir des cathédrales, des moines habiles à défricher et labourer des champs, autant dire des gens extrêmement pratiques et concrets. Croire au Ressuscité, c’était pour eux aussi solide que planter du blé ou construire une basilique romane. Et plus solide encore, puisqu’ils s’appuyaient sur cette foi pour élever la voûte comme l’épi.
Les Évangiles de Pâques vont tous en ce sens. Ils prennent nos chimères à rebrousse-poil. Immanquablement, si nous devions nous imaginer un homme entré dans la gloire divine, nous nous le représenterions réalisent des choses extraordinaires – brillant mieux qu’une vedette à la cérémonie des Oscars. Or, il faut se rendre à l’évidence, Jésus ressuscité ne fait rien de tout cela. Après tout, il y a mieux que de faire des choses extraordinaires : c’est d’illuminer l’ordinaire de l’intérieur. »

— Fabrice Hadjadj. Résurrection, mode d’emploi, Magnificat, 2016, p. 11-13.

 

Distinctions

2006 : Grand prix catholique de littérature pour Réussir sa mort : anti-méthode pour vivre.

2009 : prix du Cercle Montherlant – Académie des Beaux-Arts pour L’Agneau mystique, le retable des frères Van Eyck.

2010 : prix de littérature religieuse pour La Foi des démons.

2013 : prix spiritualités d’aujourd’hui pour Comment parler de Dieu aujourd’hui.

Le 6 février 2014, il est nommé membre du Conseil pontifical pour les laïcs.

Collaboration

Il collabore régulièrement au magazine d’art contemporain Artpress, au Figaro littéraire, à La Vie, au magazine de littérature Transfuge, à la revue d’écologie Limite ou au journal La Décroissance.

Publications

Tetsuo-Marcel Kato, Traité de Bouddhisme zen à l’usage du bourgeois d’Occident, Parc, coll. « Collection grise 10 x 15 », 1998, 80 p.

Essai. Ouvrage de Hadjadj écrit sous pseudonyme.

Fabrice Hadjadj, Et les violents s’en emparent, Saint-Victor-de-Morestel, Les Provinciales, 10 juin 1999, 200 p.

Essai

Fabrice Hadjadj, La Terre chemin du ciel, Paris / Saint-Victor-de-Morestel, Cerf / Les Provinciales, coll. « Les Provinciales », 23 octobre 2002, 96 p.

Essai

Fabrice Hadjadj, À quoi sert de gagner le monde : Une vie de saint François Xavier, Saint-Victor-de-Morestel, Les Provinciales, 2002, 120 p.

Pièce de théâtre. Réédition : Les Provinciales, 31 janvier 2004

Fabrice Hadjadj et Gérard Breuil, La Salle capitulaire, Saint-Victor-de-Morestel, Les Provinciales, 2003, 64 p.

Pièce de théâtre

Arcabas et Fabrice Hadjadj (préf. Paul Poupard), Passion Résurrection, Paris, Cerf / CFRT, coll. « Images & Beaux livres », avril 2004 (réimpr. 2007), 128 p.

Texte de Hadjadj : « Gabbatha »

Fabrice Hadjadj, Réussir sa mort : Anti-méthode pour vivre, Paris, Presses de la Renaissance, 20 octobre 2005, 408 p., 150 x 225 mm

Essai. Grand Prix catholique de littérature 2006. Réédition : Seuil, coll. « Points », 11 février 2010

Fabrice Hadjadj, Massacre des innocents : Scènes de ménage et de tragédie, Saint-Victor-de-Morestel, Les Provinciales, 2006, 204 p.

Pièce de théâtre

Philippe Barbarin et Fabrice Hadjadj, Jardins intérieurs, regards croisés sur l’art et la foi, Parole et Silence, 2007, 189 p.

Fabrice Hadjadj, La Profondeur des sexes : Pour une mystique de la chair, Paris, Seuil, coll. « Les dieux et les hommes », 21 février 2008

Essai. Réédition : Seuil, coll. « Points / Essais », 3 février 2011

Fabrice Hadjadj, L’Agneau mystique : Le retable des frères Van Eyck, Paris, L’Œuvre, 14 novembre 2008, 80 p., 300 x 300 mm

Essai/commentaire sur le retable L’Agneau mystique des frères Hubert et Jan van Eyck. Prix du Cercle Montherlant – Académie des Beaux-Arts )

Fabrice Hadjadj, Pasiphaé : ou comment l’on devient la mère du Minotaure, Paris, Desclée de Brouwer, coll. « Littérature ouverte », 26 février 2009, 149 p

Pièce de théâtre

Fabrice Hadjadj, La Foi des démons ou l’athéisme dépassé, Paris, Salvator, coll. « Forum », 25 mars 2009, 298 p., 14 x 22 cm

Essai. Prix de littérature religieuse 2010. Réédition : Albin Michel, coll. « Espaces libres », 6 avril 2011

Fabrice Hadjadj et Fabrice Midal, Qu’est-ce que la vérité ?, Paris, Salvator, coll. « Controverses », 22 septembre 2010, 112 p., 13 x 20 cm

Entretien/dialogue

Fabrice Hadjadj, Jugement dernier : Le retable de Beaune, Paris, L’Œuvre, 9 ou 17 novembre 2010, 80 p., 300 x 300 mm

Essai/commentaire sur le retable du Jugement dernier de Rogier van der Weyden

Fabrice Hadjadj, Le Paradis à la porte : Essai sur une joie qui dérange, Paris, Seuil, coll. « Les dieux et les hommes », 3 mars 2011

Essai

Fabrice Hadjadj, Job ou la torture par les amis, Paris, Salvator, mars 2011, 60 p., 13 x 20 cm

Pièce de théâtre

Fabrice Hadjadj, Comment parler de Dieu aujourd’hui : Anti-manuel d’évangélisation, Paris, Salvator, coll. « Forum », 13 septembre 2012

Essai

Fabrice Hadjadj, Rien à faire : Solo pour un clown, Magnanville, Le Passeur, 29 août 2013, 78 p.

Récit

Fabrice Hadjadj, Puisque tout est en voie de destruction : Réflexions sur la fin de la culture et de la modernité, Le Passeur, 10 avril 2014, 192 p.

Récit

Fabrice Hadjadj, Qu’est-ce qu’une famille ?, Salvator, 25 septembre 2014, 253 p.

Essai

Fabrice Hadjadj, L’aubaine d’être né en ce temps, Éditions de l’Emmanuel, 3 octobre 2015, 64 p.

Essai

Fabrice Hadjadj, Résurrection, mode d’emploi, Magnificat, 19 février 2016, 192 p.

Essai

Natacha Polony, Fabrice Hadjadj et Paul Préaux, Chrétiens français ou français chrétiens, Salvator, 2017, 128 p.

Fabrice Hadjadj, Dernières nouvelles de l’homme (et de la femme aussi), Tallandier, 2017, 340 p.

Fabrice Hadjadj, A moi la gloire, Salvator, 2019, 157 p.

A PHILEMON : REFLEXIONS SUR LA LIBERTE CHRERIENNE, ADRIEN CANDIARD, CHJRISTIANISME, ECRIVAIN CHRETIEN, EGLISE CATHOLIQUE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, LIVRES DE SPIRITUALITE, Non classé

A Philémon : réflexions sur la liberté chrétienne

 

A Philémon. Réflexions sur la liberté chrétienne

Adien Candiard

Paris, Le Cerf 2019. 144 pages.

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Qu’est-ce qu’un chrétien est obligé de faire ? Qu’est-ce qui lui est interdit ? Et qu’est-ce que cela signifie pour ceux qui ne croient pas ? La morale a aujourd’hui mauvaise presse, mais ce questionnement est plus présent que jamais. Les prêtres le savent bien, à qui on ne cesse de poser ce genre de questions. Ceux qui les posent ne sont pas des névrosés, mais des personnes estimables – croyants ou non croyants – qui s’efforcent de bien vivre, de bien faire, et qui pour cela se débattent de leur mieux avec le grand bazar contradictoire de leurs désirs, de leurs convictions, de leurs attachements, de leurs devoirs, de leurs envies, de leurs fatigues, s’efforçant de faire rentrer le réel compliqué dans des catégories simples : le permis, le défendu, l’obligatoire.

Dans un des livres les plus courts de la Bible, la lettre qu’il écrit à son ami Philémon à propos de la liberté d’un esclave, l’apôtre saint Paul ouvre pourtant un tout autre chemin : celui d’une authentique et exigeante liberté, sous la conduite de l’Esprit Saint.

C’est ce chemin magnifique que ce livre redécouvre.

Dominicain vivant au couvent du Caire, Adrien Candiard est notamment l’auteur de Veilleur, où en est la nuit ?Comprendre l’islam, ou plutôt : pourquoi on n’y comprend rien, et Quand tu étais sous le figuier… Il est l’une des voix majeures de la spiritualité d’aujourd’hui.

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Contre le cléricalisme, le frère Adrien Candiard plaide pour la conscience

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Une méditation sur la place irremplaçable de la conscience dans la foi chrétienne, y compris dans sa dimension morale.

Dans sa Lettre au peuple de Dieu, le pape François dénonce vigoureusement le cléricalisme, à la source selon lui des « abus sexuels, abus de pouvoir et de conscience ». Pour le vaincre, une« transformation ecclésiale et sociale » est nécessaire, pour laquelle il ne ménage pas ses efforts. Mais il ne s’en tient pas là. « Sois le changement que tu veux pour le monde », disait Gandhi. « Réveillons notre conscience », lance le pape dans sa lettre.

Cette révolution à laquelle appelle ce pape jésuite trouve un pertinent appui dans le petit livre que publie le frère Adrien Candiard : À Philémon. Réflexions sur la liberté chrétienne (Cerf, 2019). Que va donc rechercher le jeune dominicain dans cette épître de Paul, la plus courte et sans doute la moins connue, adressée à son ami Philémon, et relative à l’esclave de ce dernier, Onésime ? Une phrase surtout : « Je n’ai rien voulu faire sans ton accord, pour que tu accomplisses ce bien non pas sous la contrainte mais librement ».

Forcer une conscience

« On l’a connu plus direct, et même plus sanguin », convient Adrien Candiard. « Mais il y a une chose que Paul ne peut pas faire (tout apôtre et converti et fondateur de communautés chrétiennes, etc., etc. qu’il est, pourrait-on ajouter): forcer une conscience ».

Paul est bien conscient de ce qu’il demande à son ami Philémon : non seulement affranchir Onésime, qui – après s’être enfui de chez lui – est venu visiter Paul en prison et lui a finalement demandé le baptême, et même l’accueillir en « frère bien aimé »… Ce n’est pas rien. Et pourtant l’apôtre refuse de prendre la décision à la place de l’intéressé. « Il se souvient sans doute trop bien de quel pharisaïsme scrupuleux il a été libéré sur le chemin de Damas, et c’est ce qui motive son refus brutal de toutes les formes d’asservissement à la Loi sous lesquels nous aimons nous réfugier », avance l’auteur.

Mais alors, comment se fait-il que tant d’entre nous aujourd’hui – « jeune catholique pratiquant qui se demande comment bien vivre son désir d’aimer; quadragénaire New Age rencontrée en auto-stop s’interrogeant sur la suite de sa carrière; jeune retraité s’essayant depuis peu à l’art d’être grand-père; mère de famille jonglant de son mieux entre la famille et son travail » – en venions à demander à un jeune prêtre, dominicain ou pas, comment nous devons vivre ? Aurions-nous collectivement oublié ce trésor de la foi chrétienne qui fait de la sainteté non pas « l’accomplissement de telle ou telle consigne impérative, (ou) l’ascension héroïque et épuisante vers des sommets de perfection qui le défient, mais l’alliance, l’amitié avec le Christ, la vie avec Dieu » ?

Nous donner envie d’accomplir ce qui est bon

« Voilà pourquoi il n’y a pas, dans la foi chrétienne, de vie morale sans vie spirituelle », insiste Adrien Candiard un peu plus loin. « Parce que c’est l’amitié avec le Christ, c’est la présence de Dieu en nous – que nous appelons l’Esprit Saint – qui peut à la fois nous éclairer sur ce qui est bon, nous donner envie de l’accomplir et nous libérer patiemment de tout ce qui nous retient. »

Cette approche vaut même en matière de sexualité, domaine dans lequel l’Église a pris l’habitude de manier l’interdit, ou au moins la mise en garde, parfois culpabilisante.

Pour l’auteur, c’est là faire fausse route. Car « l’inhibition n’est pas la vertu mais sa caricature, peut-être son cadavre ». Faire du plaisir un bien désirable « mais interdit » risque surtout d’enfermer le fidèle « dans une nasse de culpabilité morbide ».

« Je ne suis pas sûr que ce soit un objectif souhaitable, ni une manière saine et chrétienne d’envisager la sexualité », écrit-il dans des pages qui résonnent fortement avec le sommet qui a lieu ces jours-ci à Rome sur la lutte contre les abus sexuels. « Le bien est-il si peu attirant qu’il nous faille jouer sur la peur du mal? »

Invité par la présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France à parler devant leurs 400 supérieurs majeurs réunis à Lourdes en novembre, le frère Adrien Candiard les avait déjà invités à méditer sur cette épître à Philémon et ses implications dans leurs pratiques pastorales ou d’accompagnement spirituel, dans leur manière d’approcher « le sanctuaire inviolable et sacré de la conscience humaine ».

Cette fois, il interpelle tout un chacun, parfois trop heureux « qu’une parole d’autorité (nous) tombe du ciel, non pour (nous) aider à éclairer laborieusement (notre) conscience, mais pour la remplacer ». L’exact opposé de ce que demande le pape François.

https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/France/Contre-clericalisme-frere-Adrien-Candiard-plaide-conscience-2019-02-21-1201004165

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Épître à Philémon

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L’Épître à Philémon est un livre canonique du Nouveau Testament dont l’auteur est l’apôtre Paul de Tarse (« Saint Paul »). C’est une brève lettre personnelle de Paul adressée à Philémon, un chrétien de Colosse et l’un de ses disciples.

 

Le document

L’apôtre Paul écrit cette lettre ‘de sa propre main’ (Phm. v19) pendant son premier emprisonnement à Rome. Elle est envoyée à son disciple Philémon, chrétien de Colosse. Très brève elle n’est pas divisée en chapitres et est considérée comme la plus personnelle de Paul. Bien que ‘personnelle’, la lettre n’en est pas strictement privée pour autant car Paul y salue la communauté chrétienne : « l’église qui s’assemble dans ta maison » (Phm. v2)

 Origine et datation

Les mentions répétées de la captivité de Paul de Tarse peuvent laisser penser que la lettre a été composée à Rome, Césarée ou Ephèse, , cette dernière étant la meilleure candidate dans la mesure où elle répond le mieux à l’épisode du refuge d’Onésime chez Paul tandis que la tradition manuscrite inclinerait davantage vers Rome. La date de rédaction de la lettre est vraisemblablement à situer lors du séjour de Paul en Asie Mineure entre 51 et 55.

 Contenu

Paul a un problème à régler avec Philémon. Onésime, esclave de  Philémon, à la suite d’une ‘indélicatesse’ (« s’il t’a fait quelque tort… » : Phm. v18) a pris la fuite. Rencontrant Paul il s’est attaché à lui, s’est converti et en a reçu le baptême. Il est même devenu un collaborateur. Paul sait cependant que la loi romaine l’oblige à rendre l’esclave fugitif à son maître. Ce qu’il fait.

Paul renvoie donc Onésime à Colosse en compagnie de Tychique (Col 4,9. Il est porteur de cette lettre où la personnalité de Paul apparaît sous un jour très humain. Il ne force rien, n’ordonne rien, mais invite Philémon à recevoir son ancien esclave comme un frère bien-aimé (« Il l’est tellement pour moi. Reçois-le comme si c’était moi » : Phm v16). Si tort lui a été fait, que cela soit mis sur le compte de Paul (« C’est moi qui paierai… » : Phm v19). Paul se fait presque suppliant : « je sais que tu feras encore plus que je ne dis… » Phm v21).

Paul conclut la lettre par l’annonce de sa visite et les salutations d’usage aux proches de Philémon et autres membres de l’église (communauté chrétienne) de Colosse.

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Maurice Blondel, le philosophe aixois

Maurice Blondel (1861-1949)

 

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Maurice Blondel, né le 2 novembre 1861 à Dijon et décédé le 4 juin 1949 à Aix-en-Provence, est un philosophe français.

 

Plaque en l’honneur du philosophe aixois dans l’église Saint-Jean de Malte (Aix-en-Provence) qui fut sa paroisse

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  Biographie

Blondel appartenait à une très ancienne famille de Bourgogne. Il vécut son enfance à Dijon  dans « une demeure historique entourée d’ombre, de paix et de tendresse.» Sa famille passait les vacances d’été à Saint-Seine-sur-Vingeanne et c’est dans cette propriété qu’il rédigea L’Action, sa thèse de 1893. Il fut admis à l’Ecole normale supérieure à Paris en 1881. Le sujet et le titre de sa thèse : L’Action :  Essai d’une critique de la vie et d’une science de la pratique étonna. Il fut reçu en 1893. Mais il fut considéré comme étant plus théologien que philosophe et l’accès à l’université lui fut barré un certain temps. D’autre part le Vatican interdit la vente de son ouvrage. En 1893, Blondel, catholique convaincu et pratiquant, fait de sa Foi le principe de son existence. Il hésite encore entre un apostolat à mener comme prêtre ou comme laïc. Finalement il opte pour une vocation universitaire, la forme à laquelle il se sent appelé « auprès des milieux intellectuels les plus éloignés du catholicisme » ce milieu universitaire alors « imprégné de mentalité rationaliste… ».

Un temps écarté de l’université, il y est finalement admis. Il est Maître de Conférences à Lille, puis à Aix-en-Provence (en 1895). Il publie la Lettre sur l’apologétique (en 1896). Il est Professeur à Aix en 1897. Il perd son épouse (en 1919). En 1927, il est obligé de quitter l’enseignement pour raison de santé. De 1934 à 1937 Blondel – il a alors 73 ans – il refond en quelque sorte son œuvre et resitue L’Action dans celle-ci. Il écrit et publie La Pensée en 1934, L’Être et les êtres en 1935, L’Action (sa nouvelle version) en 1936 et les deux premiers volumes de La Philosophie et l’esprit chrétien en 1944 et 1949.

  L’Action

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Les premières pages de L’Action, première thèse en français du philosophe sont célèbres : « Oui ou non, la vie humaine a-t-elle un sens, et l’homme a-t-il une destinée? J’agis, mais sans même savoir ce qu’est l’action, sans avoir souhaité de vivre, sans connaître au juste ni qui je suis ni si je suis. Cette apparence d’être qui s’agite en moi, ces actions légères et fugitives d’une ombre, j’entends dire qu’elles portent en elle une responsabilité éternellement lourde, et que, même au prix du sang, je ne puis acheter le néant parce que pour moi il n’est plus : je serais donc condamné à la vie, condamné à la mort, condamné à l’éternité! Comment et de quel droit, si je ne l’ai su ni voulu ?» Selon Jean Lacroix, Blondel a résumé sa philosophie dans Études philosophiques dans cette comparaison qu’il résume. « Au Panthéon d’Agrippa, à Rome,  l’immense coupole n’a pas de clé de voûte, mais une ouverture centrale par où descend toute la lumière dont s’éclaire l’édifice. Ainsi la construction de notre âme, comme une œuvre inachevée, s’appuie, non à un plein, mais à un vide, vide nécessaire pour que passe l’illumination divine, sans laquelle nos yeux seraient complètement aveugles et nous ne pourrions accomplir aucune tâche. Si l’homme a une destinée véritable, qui donne un sens à la vie, il n’est pas possible que la philosophie s’en désintéresse; si cette destinée, comme l’affirme le christianisme, est surnaturelle, il n’est pas davantage possible que la philosophie l’atteigne par ses seules forces – sans quoi le surnaturel ne serait plus proprement surnaturel. De cette opposition suit le statut de la philosophie : contrainte de poser un problème qu’elle ne saurait entièrement résoudre, elle ne peut que rester inachevée tout en rendant compte de son inachèvement même. Pas de philosophie sans système; plus de philosophie si le système se ferme sur soi. En ce sens on pourrait dire que l’idée de système ouvert définit le blondélisme. Cette philosophie de l’insuffisance aboutit à une véritable insuffisance de la philosophie.»

 

  Qu’est-ce que l’ action ?

L’action est une donnée primordiale, antérieure à la conscience et à la liberté dans laquelle l’homme est, dira Blondel, « embarqué », embarqué dans son drame. Il se sent le maillion d’une chaîne d’actes qui ont commencé avant lui et sans lui, mais qui se poursuivent en lui. L’homme peut s’entendre dire que ses actes portent en eux une responsabilité indéfinie et que même le suicide ne peut pas supprimer le fait qu’il a été dans l’action. La suite du passage cité au paragraphe précédent donne une idée de ce que veut Blondel : « J’en aurai le cœur net. S’il y a quelque chose à voir, j’ai besoin de le voir. J’apprendrai peut-être si, oui ou non, ce fantôme que je suis à moi-même, avec cet univers que je porte dans mon regard, avec la science et sa magie, avec l’étrange rêve de la conscience a quelque solidité. Je découvrirai sans doute ce qui se cache dans mes actes, en ce dernier fond où, sans moi, malgré moi, je subis l’être et je m’y attache. Je saurai si, du présent et de l’avenir, j’ai une connaissance et une volonté suffisante pour n’y jamais sentir de tyrannie, quels qu’ils soient.» Ce « dernier fond où, sans moi, malgré moi, je subis l’être et je m’y attache » signifie selon Charles Moeller que « plus profondément que l’intelligence et la volonté, en mes profondeurs, je subis l’être, c’est-à-dire que je ne suis pas maître de ce fait que j’existe; je m’attache à l’être c’est-à-dire que, que je le veuille ou non, je ne puis pas ne pas agir sans cesse, préférer l’existence à la non existence, l’être au non être, l’affirmation ontologique à sa négation.»

La suite du texte indique dans quel sens la solution sera cherchée : « Le problème est inévitable; l’homme le résout inévitablement; et cette solution, juste ou fausse, mais volontaire en même temps que nécessaire, chacun la porte dans ses actions. Voilà pourquoi il faut étudier l’action ; la signification même du mot et la richesse de son contenu se déploieront peu à peu. Il est bon de proposer à l’homme toutes les exigences de la vie, toute la plénitide cachée de ses œuvres, pour raffermir en lui, avec la force d’affirmer et de croire, le courage d’agir.» Il y a cependant plus dans notre action que nous ne le pensons et une pauvreté de nos actions réelles en face d’une plénitude dont nous n’avons pas conscience, qui gît au fond de la volonté voulante.

  Volonté voulante et volonté voulue

La volonté voulante c’est précisément « ce dernier fond où, sans moi, malgré moi, je subis l’être et je m’y attache » , quelque chose qui est au-delà de la distinction entre intelligence et volonté. Jean Lacroix écrit de Blondel et de son concept de base : « l ‘ action, c’est-à-dire toute activité humaine, qu’elle soit métaphysique, morale esthétique, scientifique ou pratique.» Mais comme volonté voulante, soit « cet être qui est au-delà de la distinction entre intelligence et volonté (…) l’être profond est volonté voulante parce qu’il est prégnant des valeurs  de vérité et d’amour qui se diversifieront plus tard au niveau des facultés conscientes.» Moeller poursuit : « L’intelligence va proposer à la volonté voulante (qui du reste « propulse » cette intelligence même dans la quête des motifs d’action), une série de projets d’activités dont la volonté voulue va s’emparer pour les mettre à exécution. Ces projets ne peuvent être que partiels, limités dans le temps et l’espace. Aucun, pris en lui-même, ne peut épuiser d’un coup l’ampleur de la volonté voulante qui sous-tend, anime les démarches de la volonté voulue. Prenant conscience de cela, l’être humain va rechercher, d’étapes en étapes, une activité qui réalise cette égalité, cette réconciliation entre « ce qu’il veut » et ce « qu’il fait ».» Le « ce qu’il fait » c’est la volonté voulue et le « ce qu’il veut », c’est la volonté voulante.

  
Deux problèmes préalables : dilettantisme et nihilisme

Les partisans du dilettantisme prétendent que le problème moral n’existe pas  : « Rien ne vaut rien et cependant tout arrive mais cela est indifférent ».  Il n’y aurait qu’à « jouer pour mieux et plus impunément jouir, en goûtant et en essayant de tout pour tout percer à jour, en déchargeant ainsi l’action humaine de toute obligation ou responsabilité effective, par la double évasion de l’ironie et de la volupté …» Il y a dans le dilettantisme une sorte d’indifférence absolue comme le dit Zarathoustra,  on veut ne rien vouloir mais dans la mesure où cette volonté de ne rien vouloir revêt malgré tout une effectivité, on se rend compte qu’elle est une volonté de soi, un égotisme comme le fait entendre Charles Moeller qui fait de cette attitude le propre de la pensée de Gidecontre lequel il objecte à partir de Blondel qu’elle exclut l’engagement sans réserve, l’amour profond les attitudes que, précisément, le dilettante, prétendant pourtant vouloir tout expérimenter ne veut pas connaître. Ou alors le dilettantisme est un nihilisme. il est la volonté de ne rien être. Mais le suicidé est animé d’un espoir secret au nom duquel il condamne le monde et désire s’anéantir. Bondel écrit : « En croyant aspirer au néant, c’est à la fois le phénomène dans l’être, et l’être dans le phénomène qu’on poursuit : voyez comme au délire des sens la passion mêle un étrange mysticisme et semble absorber dans un instant de volupté (morte en même temps que née) l’éternité de l’être et l’y faire mourir avec elle ; mais voyez aussi comme à l’abnégation mortifiante le quiétisme  ajoute un désir d’indifférence, un besoin de sentir l’immolation, une joie d’abdication et toute la sensualité raffinée d’un faux ascétisme qui manifeste un sens propre, un subtil et ambitieux égoïsme, une « luxure spirituelle » : mensonge de part et d’autre, puisque la volonté finit toujours par vouloir ce qu’elle a voulu exclure, et puisqu’elle s’inflige déjà, puisqu’elle semble se préparer ainsi le supplice de la discorde intestine, où armée contre elle-même elle se déchirera de toute sa puissance. Et ce qui n’a point de cohérence ni de consistance intelligible ne subsiste qu’en prenant corps dans des actions qui, elles, réalisent en des vies désordonnées et en des œuvres intimement discordantes ces sophismes intéressés de la pensée et de la volonté défaillantes.»

  Des ondes concentriques : de l’individu à Dieu atteint dans la superstition comme peur de la mort en passant par le couple, la famille...

Une série d’ondes concentriques de plus en plus larges, comme autour de la chute d’une pierre dans l’eau profonde, vont se déployer autour du choc initial provoqué par les « actions » (en quelque sorte sous-jacentes), de la volonté voulante et vont embrasser successivement l’individu, la société familiale, la patrie, la société politique, le monde, les forces qui dépassent le monde. Plus les ondes s’élargissent et plus l’écart entre les deux bras de la volonté voulante et de la volonté voulue est incapable de se refermer sur une réalité qui égalise l’impulsion de la volonté voulante et les réalisations effectives de la volonté voulue. Il n’y a pas de raison de s’arrêter dans la quête de cet embrassement qui devrait refermer sur elle-même l’action humaine.

La volonté voulante doit donc s’incarner dans le monde, dans des actions concrètes, même si le risque existe que cette activité l’englue dans la matière : cette sortie de soi est pour l’intention du vouloir, « l’indispensable moyen de se préciser, de s’enrichir, de se soumettre à la norme salutaire dont elle tirera le sens et la réalisation du vouloir profond et de la fin secrètement poursuivie.» Il s’agit de se conquérir d’abord comme individu. Et ce premier rassemblement essentiel autour d’un noyau personnel creuse immédiatement un vide : « à peine espérions-nous refermer sur eux-mêmes les deux bras de la volonté voulante et de la volonté voulue, autour d’une personnalité harmonieusement équilibrée et close sur elle-même que, par l’élan même qui créait la personne, se produit un choc qui détermine une nouvelle onde, concentrique à la précédente. La personne meurt si elle ne s’ouvre pas sur le monde extérieur…»

Ensuite, une nouvelle onde se crée qui pousse la volonté voulue à s’ouvrir aux personnes et en particulier dans l’amour humain. En apparence, ce pourrait être définitif, mais la volonté voulante veut à nouveau plus. Elle ne veut pas que les amants soient seuls au monde et dans leur union même il y a l’appel d’un autre être à l’existence : « lorsque par un mystérieux échange, deux êtres ne forment plus qu’un même être plus parfait (…) c’est quand ils sont un qu’ils deviennent trois (…) L’élan même de la passion brise le cercle magique où elle espérait peut-être s’enfermer pour jamais (…) Un tiers paraît, comme pour suppléer à l’infructueux essai de l’unité (…) il est né de l’amour (…) il le scelle dans une tombe – le berceau – qui ne rend plus ce qu’il a pris aux parents. Ils sont plusieurs, c’est la richesse. Ils sont plusieurs, c’est la pauvreté; ils ne sont plus uns. Une aube étrangère s’est levée : il faut qu’en grandissant la famille s’ouvre et se disperse, que l’affection commune se multiplie en se divisant.» La famille est alors un nouveau « cercle magique » mais l’élan social ne peut se réaliser que dans une patrie et si l’on reste à la patrie, cet élan lui-même risque de se dessécher s’il ne s’ouvre au culte de l’humanité qui implique toujours au niveau de la volonté voulante un idéal moral universaliste. L’homme atteint alors les limites de la finitude et débouche sur les forces qui dépassent le Monde. C’est alors que la fonction fabulatrice (au sens que Bergson donne à cette expression, selon Moeller), invente des mythes pour rassurer l’homme qui prend conscience de l’abîme que la mort représente pour lui. Mais alors, dit Moeller, « l’homme se tourne vers Dieu non parce qu’il croit en lui mais parce qu’il a peur. Il essaye, par ses actions morales et rituelles, de mettre définitivement de son côté les forces irrationnelles. Cette manière d’agir cache l’instinct de puissance (…) l’acte superstitieux prétend indûment arrêter l’élan de la volonté voulante; celle-ci porte plus loin. La volonté profonde de l’homme est obligée, ici encore, d’abdiquer devant ce qui est contenu dans son désir, mais le dépasse dans ses moyens de réalisation

  De la religion comme peur à la rencontre authentique de Dieu

D’étapes en étapes, la volonté voulue s’avère tendre à l’infini. Et elle ne peut s’arrêter sous peine de contradiction. C’est l’infini par « en-haut ». Mais il y a plus essentiel peut-être. C’est que la volonté voulante qui m’entraîne sans cesse en avant, je la découvre comme n’étant pas mienne car cette volonté voulante en moi, je ne l’ai pas voulue. Je n’ai pas demandé à être ni à agir encore plus ni non plus d’être emporté dans ce dynamisme qui me pousse sans cesse en avant : « L’action qui par « en haut »  tend vers un infini de puissance, s’ouvre également, par le bas, dans le tréfond de mon être, sur quelque chose ou quelqu’un qui m’a engagé avant que je puisse accepter ou refuser. Mon action s’ouvre par en bas, sur une transcendance.» Ma volonté voulue doit en quelque sorte capituler devant des forces qui la dépassent. Et d’autre part, je prends conscience que je suis le sujet d’une volonté voulante qui est antérieure à ma liberté et qui me dépasse car elle ne m’appartient pas.

Charles Moeller estime que Blondel a mis en évidence « l’indestructibilité de l’action volontaire…» Il pose la question de cette façon pour situer la problématique à laquelle s’ouvre la pensée de Blondel en ce moment de sa progression : « Je ne m’appartiens pas. On m’a embarqué. Qui?’ Pourquoi? L’action qui « par en haut » tend vers un infini de puissance s’ouvre également, par le bas, dans le tréfond de mon être, sur quelque chose ou quelqu’un qui m’a engagé avant que je puisse accepter ou refuser. Mon action s’ouvre, par en bas sur une transcendance (…) Non seulement il y a en chacun de mes actes particuliers plus, et infiniment plus que ce je vise sur le moment, – c’est même ce « plus » qui explique que j’agisse – mais ce « plus » est à son tour, enraciné, en avant de moi-même, plus haut que moi-même, en un Être transcendant qui m’a embarqué dans l’agir concret (…) Dieu apparaît ainsi comme présent dans tout le déterminisme de l’action. Le choc initial qui délenche la série des ondes concentriques, est donné par Celui qui est « plus intime à moi-même que moi-même; la force de propulsion qui lance en avant mon action voulue est secrètement sous-tendue par cet élan initial qui est celui d’une autre volonté que la mienne. Que je le veuille ou non, je ne puis pas ne pas voir cette vérité. Je ne puis pas voir que je dois agir, que j’agis toujours, que je cherche en tout l’infini; et en même temps, au sein de ce dynamisme qui est mon « moi » le plus essentiel, je découvre que je ne puis atteindre cet infini que je veux; je sais que je n’ai jamais, à aucun instant, été capable de « vouloir vouloir  » cet infini. Ma volonté voulante ne m’appartient pas. Je ne puis me passer de Dieu si je veux aboutir dans mon action à ce que je veux vraiment, et, en même temps, je ne puis m’emparer de ce Dieu, car il dépasse mes forces et transcende cette volonté voulante par laquelle je ne puis pas ne pas Le chercher»..»

  La volonté vraie

René Virgoulay a écrit dans L’Action de Maurice Blondel, 1893, : relecture pour un centenaire : « La volonté vraie, c’est la volonté voulante en tant que ratifiable ou ratifiée par la volonté voulue, c’est la volonté voulue en accord avec la volonté voulante. De même si la « vraie volonté de l’homme, c’est le vouloir divin  », cela signifie que la volonté de l’homme n’est jamais aussi vraie que lorsqu’il veut ce que Dieu veut. La volonté vraie n’est pas la volonté divine en tant qu’elle priverait l’homme de son propre vouloir, mais la volonté humaine en tant qu’elle s’accomplit par consentement à la volonté divine. Le vouloir humain n’est jamais aussi authentique que lorsqu’il est reconnu comme un don.» Et Virgoulaiy cite Blondel : « Avouer sa foncière passivité, c’est, pour l’homme, la perfection de l’activité. A qui reconnaît que Dieu fait tout, Dieu donne d’avoir tout fait.» Jean Lacroix conclut son exposé sur L’Action de Blondel dans le Dictionnaire des philosophes par ces mots : « De moi-même à moi-même il y a une distance infinie. En découvrant dans notre agir un inachèvement de droit, Blondel met à jour en nous une « place préparée », une « fissure ouverte ». On ne peut s’égaler à soi-même qu’en sortant de soi. Tout effort tend à montrer qu’il y a dès l’origine une immanence de transcendance en nous. Dérouler le déterminisme intégral de l’action, c’est creuser le vide que le surnaturel viendra combler.»

Henri Bouillard d a écrit que la méthode de L’Action consiste à suspendre toutes les certitudes, celles de la foi pour commencer ou même l’idée que la vie humaine a un sens : « Considérant le fait inéluctable de l’action, parcourant toute la série des attitudes possibles à l’homme dans le champ de son activité il [Blondel] relève partout une inadéquation toujours croissante entre ce que l’on croit vouloir et ce qu’on veut profondément, entre la volonté voulue et la volonté voulante. Il montre ainsi que les pensées et les actes de chacun composent dans leur ensemble comme un drame, et que ce drame amène chacun à une option inévitable entre les sollicitations du Dieu caché et celles de l’égoïsme toujours évident. Cette logique de l’action où s’enveloppent réciproquement l’existence rationnelle et le mouvement de la liberté, conduit l’homme jusqu’au point où le christianisme peut prendre sens à ses yeux. Elle ne lui impose pas la foi puisque celle-ci est un don de Dieu. Mais elle dessine en lui son lieu d’accueil et le cadre de son intelligibilité. Elle lui permet de saisir en quoi le christianisme concerne tout homme.»

 

  La Pensée

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Pour Blondel, il y a deux types de pensée, liées l’une à l’autre : la pensée noétique et la pensée pneumatique. Le seconde fut d’ailleurs largement sponsorisée par Michelin par la suite.

 

  La pensée noétique

«J’emploie», écrit Blondel « le terme noétique pour désigner ce qui, dans le monde sous-jacent à la pensée consciente ou réfléchie, est irréductible à la notion commune de matérialité, au pur physique, si tant est qu’on puisse parler de cette pureté abstraite. Ce mot noétique provoquera peut-être surprise et résistance, en raison de l’idée que son étymologie même évoque, car il paraît désigner ce qui est de l’ordre supérieur à la simple conscience ou à la connaissance discursive ; dès lors, il semble étrange de l’employer pour ce qui paraît inférieur. Ce qui pourtant justifie cet emploi, en apparence prématuré, d’un mot dont on commence à abuser mais qu’il importe de garder en le précisant, c’est que l’objet réel que ce terme désigne a, en effet, un rôle permanent et très défini. Infus et agissant au plus bas, le noétique est ce qui soutient secrètement toute l’ascension, rend compte de la valeur réelle de la connaissance, prépare la pensée concrète et contemplative et permet à l’esprit de communier avec la nature et l’ordre transcendant dont il est le liant. Qu’on ne se méprenne pas sur cette présence du noétique : ce n’est pas seulement une action extérieure, desursum ; ce n’est pas non plus un produit d’une fermentation obscure et toute immanente, constatée isolément et une fois pour toutes comme un fait brut. C’est une incarnation ébauchée du νοῦς, du λογος, d’où le nom de noétique donné à cet ingrédient réel.» On peut parler du noétique comme de la « pensée infuse et agissante dans le monde matériel », d’une « incarnation ébauchée du νοῦς », du « principe d’objectivité intelligible.» Le noétique n’est assimilable ni à la matière, ni à l’abstraction, il est un élément concret, le « principe ontologique de l’ordre universel.» Unité globale et solidaire du monde, il est au principe de la possibilité de comprendre les choses et le monde, il ne peut se définir indépendamment de ce à quoi il renvoie, soit le pneumatique.

La pensée noétique est analytique, elle cherche à dégager des éléments simples et des relations définies, elle n’est que dans l’homogène. Elle tend à l’abstrait, au général, la notion, la loi. Elle est rétrospective, elle a affaire au révolu au réifié avec une propension à la suffisance. La connaissance notionnelle, qui participe de la pensée noétique, «  a pour œuvre propre la fabrication des concepts, tels que les utilisent la science positive et la philosophie de type classique : représentations abstraites et générales où le réel se trouve réduit à l’essentiel, ou du moins à ce qu’il réussit à la pensée de considérer comme tel ». Elle ne donne pas lieu à une connaissance directe totale.

  La pensée peneumatique
« Je pneumatiquee désigne par pneumatique », écrit Blondel, « (en me servant d’un vieux mot qui a été usité dans les écoles où prévalait le sens de la vie intérieure et de sa mystérieuse respiration) ce qui, en un être singulier, en un point spécifié et réagissant de façon qualitative, aspire le milieu universel, puis l’assimile et l’expire ensuite : secret échange qui introduit perpétuellement dans le monde du nouveau, qui, dans le noétique en quelque sorte étalé et totalisé, constitue partout des intériorités, des singuliers, des formes caractérisées, des « indiscernables » du dehors, et des diversifications indéfiniment renouvelées du dedans.» Pour A. de Jaer et A.Chapelle, « De même que le noétique confère à l’univers son unicité et à chaque personne d’être réelle parce que dans l’univers, ainsi le pneumatique donne à chaque personne d’être elle-même en actuant la réalité unique de l’univers.»

La pensée pneumatique est synthétique, elle se meut dans le divers, le multiple et les voit comme concourant à l’harmonie. Elle est prospective, regarde vers l’avenir, ce qui est à naître, à faire, elle est liée à un appel, c’est la connaissance réelle. « La connaissance réelle est celle qui, grâce à une certaine connaturalité initiale mais bien plus encore grâce à une vivante initiation progressive, nous permet de communiquer, de communier du dedans avec les êtres ou les choses, et par suite d’en juger avec rectitude antérieurement ou par delà tout système élaboré de concepts. A des titres divers en relèvent : le bon sens, le tact, les clairvoyances propres de la pratique et de l’amour, des anticipations et les vues synthétiques du génie, la sagesse et la contemplation.»

  L’union: distinction/des deux pensées. L’image de la luciole

« Entre ces deux formes de connaissance, il n’y a pas pour nous à opter : elles sont nécessaires l’une et l’autre, l’une à l’autre. Grâce à leur union seule, l’intelligence peut être à la fois clairvoyante et possédante et, sans rien concéder au goût dangereux de l’irrationnel, rester fidèle à son étymologie, commune d’ailleurs avec celle du mot intuition : non seulement ce qui sert d’agent de liaison, inter legit [lie les choses entre elles], mais ce qui voit et lit au cœur, intus legit [lit à l’intérieur des choses]. Grâce à leur union seule, peuvent se concilier en nous l’universalité d’un horizon coextensif à tout l’être et le point de vue singulier d’une conscience personnelle : la communion et l’individuation. Si elles parvenaient à se joindre et à s’unir comme elles le souhaitent normalement, le problème du connaître serait susceptible pour nous de solutions définitives et adéquates. Mais, nous le verrons, elles ne se rejoignent pas. Et par le trou, par la fissure qui subsiste entre elles, se laisse entrevoir une réalité supérieure à la pensée consciente de l’homme comme à tout le domaine qu’elle explore.» Blondel s’est exprimé comme suit à popos de la nécessité des deux pensées, opposant le terme latin ratio pour désigner la connaissance rationnelle et le terme latin intellectus pour désigner ce que Newman appelle aussi la connaissance réelle : « Comment concilier et hiérarchiser cette ratio et cet intellectus dont on nous dit que la première doit conduire au second en le contrôlant, et que cependant l’intelligence qui est virtuellement en nous demeure provisoirement prisonnière d’entraves qui empêchent son véritable exercice ? (…) Durant les lourdes nuits de juillet, dans la campagne embaumée de Grasse ou de Vence, la luciole de Provence  poursuit silencieusement son étrange vol d’ombre et d’éclat intermittents. Tour à tour, elle s’allume et elle s’éteint. Tantôt elle éclaire d’un trait rapide son itinéraire capricieux en attirant le regard qui ne voit plus que ténèbres en dehors de son sillage de lumière. Tantôt elle disparaît, laissant revoir l’obscure clarté de la nuit pendant que nous nous demandons où surgira de nouveau la froide lueur qui va vers un but incertain. Ainsi nos pensées alternent et composent leur rythme vital ; et leur clarté partielle, avec ses étroites limites et ses intermittences, permet, par les éclipses mêmes, d’entrevoir l’immensité encore nocturne de la route à parcourir.» En fait, les deux pensées ne se rejoindront pas et du fait de la fissure qui subsiste entre elles, laissent supposer une réalité supérieure à la pensée consciente de l’homme.

 

  Du déchirement des deux pensées à l’unité de l’Esprit à l’œuvre en nous

Il y a un hiatus dans la pensée entre les deux manifestations de la pensée (noétique et pneumatique), par exemple dans la perception sensible selon que nous la considérions du point de vue des qualités éprouvées au fond de la conscience (pneumatique) ou des vibrations révélées par la physique (noétique). Ou dans la conscience du sujet, selon que nous nous placions du point de vue du moi profond (pneumatique) ou du jeu des réactions en superficie (noétique). IL faut donc poser que notre pensée profite d’une force qui échappe à sa connaissance explicite et à son empire, sans le concours de laquelle rien n’irait plus.

 

  L’Être et les êtres (Ontologie concrète et réalisme spirituel)

La question qui se pose dans cette deuxième partie de la trilogie (avant la « deuxième » Action c’est le problème de la compatibilité des êtres contingents et de l’Être nécessaire. D’où une enquête que mène Blondel auprès de la matière, des organismes vivants et mourants, des personnes, des sociétés, de l’univers entier… Jean Lacroix écrit que tous ces êtres ne peuvent exister qu’en se suspendant « à l’être qui existe par soi ». Mais, « aussi ces êtres relatifs et contingents ont une certaine réalité et consistance. La preuve, c’est qu’il est bien possible de douter d’in objet, mais non de tous les objets : on ne nie la partie qu’en affirmant l’ensemble ou, comme le dira la phénoménologie contemporaine le doute particulier opère toujours sur horizon du monde.» Blondel écrit en conséquence : « Nos premières enquêtes et nos critiques préliminaires nous ont amenés à cette double conclusion provisoire : rien de ce que l’usage courant nomme des êtres ne répond pleinement à ce que la réflexion découvre d’essentiel dans notre notion spontanée de l’être ; et cependant nous ne pouvons annihiler toutes ces réalités qui, sans être absolument consistantes, se soutiennent les unes les autres, au point que nous ne songeons jamais à les détruire toutes ensemble dans notre pensée.»

 

  La Philosophie et l’esprit chrétien (l’idée d’une philosophie chrétienne)

 

  L’intervention de Blondel dans la crise moderniste

C’est après avoir longuement correspondu avec Alfred Loisy que Blondel, pressé aussi par ses amis se résolut à intervenir dans la crise moderniste en publiant le long article Histoire et dogme. Les lacunes philosophiques de l’exégèse moderne, Paris, 1904. Cet article a été reproduit dans Les premiers écrits de Maurice Blondel, PUF, Paris, 1956, pp. 149-228. La critique de Blondel vise tant ceux que l’on appellera plus tard les intégristes que les modernistes. Blondel appelle les premiers les extrincésistes et les seconds les historicistes. En opposant constamment dogme et histoire tout en cherchant une conciliation neuve.

  Critique de l’apologétique courante, l’ « extrincésisme » ou la « théologite »

Pour Blondel, « Si les faits chrétiens (histoire) et les croyances chrétiennes (dogme) coïncidaient à la lumière d’une expérience ou d’une évidence complète; si, du moins, l’on n’avait qu’à croire ce que d’autres ont vu et constaté, il n’y aurait aucune place pour notre difficulté.» Geneviève Mosseray commente ce point comme suit : « Le tort d’une apologétique, courante à l’époque, était de déclarer que la Bible était garantie en bloc par l’autorité divine et que dès lors l’enseignement chrétien découlait de manière directe des textes sacrés. Blondel appelle « extrincécisme » cette première attitude qui fait refluer, sans intermédiaire, le dogme sur l’histoire. C’était l’attitude de certains théologiens rigides pour qui l’argument d’autorité dispensait de toute recherche scientifique (Dans une lettre à un ami, Blondel désigne plaisamment cette attitude du nom de « théologite »). Mais c’était aussi l’attitude de nombreuses personnes bien disposées, marquées par leur éducation chrétienne.»

Devant cette crise Blondel signale le raidissement de certains qu’on appellera plus tard intégrisme, un mot forgé dans le contexte antimoderniste selon G. Mosseray. Mais Blondel prend aussi la mesure de la crise de l’Eglise et met en cause aussi bien ceux qui sont troublés par « la cécité de ceux qui ferment les yeux sur les faits » (soit les partisans de la « criticité ») que ceux (les partisans de la « théologie »), qui sont ébranlés par «les affirmations troublantes de ceux qui cherchent trop la lumière en eux.» Cette seconde attitude est ce que Blondel appelle l’« historicisme ».

  Critique de l’ « historicisme » ou de la « criticité »

Cette attitude, « au lieu de faire refluer le dogme sur l’histoire (…) cherche à monter comment l’histoire et l’histoire seule, peut rendre compte de tout le développement du christianisme.», les deux attitudes partageant la présupposé selon Geneviève Mosseray d’un passage direct de l’idée au fait ou l’inverse. Pourtant, si c’est Loisy qui est visé par Blondel, Blondel lui-même ne contestait pas l’autonomie de l’histoire dans son ordre ni d’ailleurs la volonté d’inscrire l’histoire de l’Église dans les lois humaines de la société, cette action divine (à supposer qu’elle existe), ne faisant pas « nombre avec les faits qui gardent leur intelligibilité propre.» Cependant, Blondel fut déçu par la volonté de Loisy de s’en tenir aux faits sans s’intéresser à d’autres problèmes comme celui de l’âme de Jésus. Il s’explique comme suit : « L’histoire réelle est faite de vies humaines; et la vie humaine, c’est la métaphysique en acte. Prétendre constituer la science historique en dehors de toute préoccupation idéale, supposer même que la partie inférieure ou la cuisine de l’histoire peut être, au sens étroit du mot, une constatation positive, c’est, sous prétexte d’une neutralité impossible, se laisser dominer par des partis pris – des partis pris comme tout le monde en a forcément, dès lors qu’on n’a pas acquis une conscience réfléchie de ses propres attitudes d’esprit ni soumis à une critique méthodique les postulats sur lesquels on fonde ses recherches.»

Or le positivisme de l’époque empêchait de voir la pertinence de ce point de vue, selon Geneviève Mosseray, et interdisait aussi selon elle toute étude de la conscience que Jésus pouvait avoir de son action. On connaît l’affirmation centrale de Loisy  : « Le Christ a annoncé le Royaume, mais c’est l’Église qui est venue » . Mais la question de savoir si le Christ a fondé l’Église ou s’il est seulement « l’initiateur occasionnel d’un mouvement humanitaire.», est une question que peut certes poser l’historien mais qu’il ne peut pas trancher définitivement.

  La solution blondélienne: la tradition créatrice ou vivante

Certes, poursuit Geneviève Mosseray, le christianisme se présente comme un fait, mais il y a différents sens à ce terme : succession chronologiquesuccession logique et continuité organique. Pour passer de la succession chronologique aux autres significations, « l’historien doit chaque fois faire intervenir une idée directrice qui lui permet d’organiser ses observations et de leur donner un sens.» Il faut trouver un intermédiaire entre le dogme et l’histoire et c’est la tradition qui n’est pas une attitude tournée vers le passé uniquement mais aussi vers l’avenir, qui n’est pas la simple transmission orale à côté des textes de l’écriture, mais « l’action même des croyants qui vivent du message évangélique.» « L’Église » poursuit Geneviève Mosseray, « par sa tradition vivante s’assure la permanence de l’esprit de son fondateur, dans le dynamisme de son propre mouvement spirituel à travers l’histoire.» Pour Blondel, cette tradition est « puissance conservatrice mais en même temps conquérante » qui a « sans cesse à nous apprendre du nouveau parce qu’elle fait passer quelque chose de l’implicite vécu à l’explicite connu » et sert « à nous faire atteindre, sans passer par les textes, le Christ réel qu’aucun portrait littéraire ne saurait épuiser ni suppléer .»

Voici donc selon G.Mosseray les trois thèmes que Blondel développe dans Histoire et dogme : « critique de l’extrincésisme qui cherche à confirmer directement le dogme par l’histoire; critique de l’historicisme qui rente de réduire le christianisme à son devenir observable; nécessité de recourir à la tradition vécue pour comprendre le passage des faits aux idées.» Geneviève Mosseray pense que ces trois thèmes du développement qu’elle vient d’expliciter s’applique parfaitement à un roman qu’elle qualifie de blondélien.

  Le roman blondélien de Joseph Malègue illustre la démarche du philosophe

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En 1933, paraissait le roman de Joseph Malège intitulé Augustin ou le Maître est là. Maurice Blondel a eu l’occasion d’entretenir à propos de ce livre une abondante correspondance avec son auteur que Geneviève Mosseray a eu l’occasion de dépouiller aux Archives Blondel de Louvain-la-neuve. Elle pense que les trois thèmes blondéliens développés dans le paragraphe précédent se retrouvent dans une sorte de synopsis que le héros central du livre (qui a perdu la foi avec la crise moderniste) donne de son propre itinéraire – avec une amère ironie ! mais c’est bien la synthèse du roman – alors qu’il se sait condamné par la tuberculose vers la fin du livre :

« Premier tableau : la critique positive détruit le Christianisme du jeune héros. […] Deuxième tableau : la critique de la critique positive détruit la critique positive. […] Acte trois: l’apparition de l’Ange. L’Ange reconquiert le jeune héros.»

  Premier Tableau du roman : la perte de la foi

Augustin a d’abord fait partie de ceux – comme bien des chrétiens de base de cette époque de l’Eglise – qui font simplement confiance aux écritures et aux faits qu’elles rapportent par référence à l’autorité divine (la théologite au sens de Blondel). À la suite des «affirmations troublantes de ceux qui cherchent trop la lumière en eux.», c’est-à-dire ces mêmes faits, (la criticite dans le vocabulaire moqueur de Blondel), il perd la foi – PREMIER TABLEAU du roman.

  Deuxième tableau du roman : la critique de la critique

Sans la recouvrer, il se rend compte cependant des a priori de la critique historique positiviste et rédige d’ailleurs à cette fin un article pour les proceedings d’Harvard intitulé Paralogismes de la critique biblique où le héros de Malègue a l’instar de Blondel, pense, selon G. Mosseray, que l’histoire n’atteint pas le fond de la réalité mais « n’est jamais qu’une reconstruction faite sur la base d’hypothèses sans cesse à réviser. On retrouve ici l’affirmation blondélienne selon laquelle les faits observables ne s’organisent pas sans idées directrices.» – DEUXIÈME TABLEAU du roman.

  Acte trois : la venue de l’ Ange et de la tradition au sens de Blondel

Après cette critique de la critique, Augustin cherche dans son œuvre  de philosophe, notamment dans sa thèse sur Aristote, l’idée de finalité qui « vient corriger le mécanisme par un dynamisme spirituel.» Lors de l’examen que présente chez lui Anne de Préfailles, jeune femme dont il tombera éperdument amoureux et dont l’élévation spirituelle est constante, il lui cite de mémoire un texte d’Emile Boutroux: « Lorsque l’être a atteint toute la perfection dont sa nature est capable, cette nature ne lui suffit plus. Il a acquis l’idée claire du principe supérieur dont cette nature l’inspirait sans le savoir. C’est ce nouveau principe qu’il a désormais l’ambition de développer.» Pour Geneviève Mosseray, cette idée exprimée à travers la philosophie de Boutroux, est une allusion également aux trois ordres de Pascal  (les corps, l’esprit, la charité). Mais aussi une allusion aux étapes, hétérogènes et solidaires (les cercles concentriques pareils à ceux que crée une pierre immergée à la surface de l’eau), que chez Blondel l’action doit franchir « pour rester fidèle à son élan.»

Pourtant Augustin ne se convertit pas encore. Dans une lettre à Malègue, Blondel écrit : « la perte de sa foi n’est-elle pas due à une imprudence, à une présomption, à une erreur de méthode, analogues à celles que dans mes articles Histoire et dogme sur les lacunes d’exégètes comme Loisy, j’avais essayé de définir et de proscrire ?» Malègue lui répond que cette remarque était judicieuse et que la faute d’Augustin avait été de travailler seul, ce qui fait qu’il ne pouvait revenir « qu’avec quelqu’un…», soit avec un Ange : G. Mosseray montre que l’ Ange, ce n’est pas seulement son ami de l’École Normale, Largilier, mais d’une certaine façon ce que Blondel appelle « la tradition, soit l’expérience de la foi vécue chez bien d’autres croyants rencontrés par Augustin Méridier.

Certes parmi ces croyants, le plus voyant dans l’intrigue romanesque, c’est un ami et compagnon d’Augustin du temps de sa jeunesse studieuse à l’École Normale supérieure, Largilier (qui, lui-même, assistant aux douloureux débats intérieurs d’Augustin lui avait rappelé un mot connu selon lequel Dieu n’abandonne pas ceux qui le cherchent, il enverrait plutôt un Ange). Mais, pense, G. Mosseray, « Largilier n’est en définitive que le représentant d’une foule de témoins qui n’ont cessé d’entourer le héros au cours de sa vie. Si l’on veut trouver dans le roman l’équivalent de la « tradition » avancée par Blondel, c’est aussi dans la description des personnages secondaires qu’il faut la chercher», en particulier Anne de Préfailles, la mère et la sœur du héros en lesquelles Augustin expérimentent sa « vieille idée  » selon laquelle « Quelques âmes ne perdent jamais le sentiment de la paternité de Dieu […] Sa vieille idée que le seul terrain d’exploration directe du phénomène religieux est l’âme des saints lui parut insuffisante. Les âmes plus modestes comptaient aussi, les classes moyennes de la sainteté.

Ce retour à la foi c’est le TROISIÈME TABLEAU du roman ou l’ ACTE TROIS pour reprendre les mots d’Augustin se décrivant ironiquement.

 

  Œuvres

L’Action – Essai d’une critique de la vie et d’une science de la pratique, 1893, P.U.F, 1950.

Lettre sur les exigences de la pensée contemporaine en matière d’apologétique et sur la méthode philosophique dans l’étude du problème religieux, Annales de Philosophie Chrétienne, janv.-juillet 1896.

Histoire et dogme, les lacunes philosophiques de l’exégèse moderne, Impr. Librairie de Montligeon, 1904. Dans cette série de trois articles publiés en janvier-février 1904 dans la revue La Quinzaine, Blondel répond à quelques problèmes soulevés par L’Evangile et l’Église d’Alfred Loisy, , ouvrage paru l’année précédente. Il y renvoie dos à dos l' »extrinsécisme » (Utilisation de la Bible comme si les faits bibliques étaient extrinsèques à leur signification; attitude fréquente chez les théologiens catholiques de l’époque) et l' »historicisme » (Majoration de l’importance de la science historique dans la foi chrétienne).

L’itinéraire philosophique de Maurice Blondel (Propos recueillis par F.Lefèvre), Spes, Paris, 1928.

Le problème de la philosophie catholique, Paris, Bloud & Gay, 1932

La Pensée Tome 1 – La genèse de la pensée et les paliers de son ascension spontanée, Félix Alcan, PUF, 1934. 

La Pensée Tome 2 – les responsabilités de la pensée et la possibilité de son achèvement, Félis Alcan, PUF, 1934. 

L’Être et les êtres – Essai d’ontologie concrète et intégrale, 1935, P.U.F, 1963.

L’Action. vol. I: Le problème des causes secondes et le pur agir, Paris, Alcan, 1936. Nouvelle édition P.U.F., Paris, 1949

L’Action. vol. II: L’Action humaine et les conditions de son aboutissement, Paris, Alcan, 1937. Nouvelle édition Paris : P.U.F., 1963. Ce volume est une version revue et corrigée de l’Action de 1893

Lutte pour la civilisation et philosophie de la paix, Paris, Flammarion, 1939. Nouvelle édition 1947

La philosophie et l’Esprit chrétien, 2 vol, Paris, P.U.F., 1944/46. Nouvelle édition du vol. I, 1950

Exigences philosophiques du christianisme, Paris, P.U.F., 1950

Lettres philosophiques, Paris, Aubier, 1961

Carnets intimes, Tome 1 (1893-1894), Cerf Paris, 1961 et Tome 2 (1894-1949), même édition, Paris, 1966.

Notes d’Esthétique (1878-1900), établies, présentées et annotées par Sante Babolin, Rome, P.U.G., 1973, 349 p.

Les Œuvres complètes de Maurice Blondel sont en cours de publication chez P.U.F. :

Volume 1: 1893: Les deux thèses. Texte établi et présenté par Claude Troisfontaines. – 1995.

Volume 2: 1888-1913: La philosophie de l’action et la crise moderniste. Texte établi et présenté par Claude Troisfontaines. – 1997.

  Bibliographie

Frédéric Lefèvre.  L’itinéraire philosophique de Maurice Blondel, Éditions Spes, 1929.

Maurice Blondel, Auguste Valensin. , Correspondance, Montaigne, Paris, 1957.

Pierre De Cointet, Maurice Blondel, Un Réalisme Spirituel, collection Humanités, éd. Parole Et Silence, 2001.

Emmanuel Gabellieri et Pierre de Cointet, Maurice Blondel et la philosophie française, colloque tenu à Lyon, 24-26 janvier 2005, Parole et silence, Paris, 2007,

René Virgoulay,

Philosophie et théologie chez Maurice Blondel, Paris, Éditions du Cerf, Philosophie et Théologie, 2002, 214 p.

Blondel et le modernisme, La philosophie de l’action et les sciences religieuses (1896-1913), Cerf, 1980.

L’Action de Maurice Blondel, 1893, relecture pour un centenaire, Éditions Beauchesne, 1992

Le Christ De Maurice Blondel, collection : Jésus et Jésus-Christ, éd. Desclée-Mame, 2003.

Philippe CapellePhilosophie et Apologétique – Maurice Blondel Cent Ans Après, Cerf, 1999.

Jean Leclercq, Maurice Blondel lecteur de Bernard de Clairvaux, Editeur : Lessius, Collection : donner raison, 2001

Paul Archambault, Vers un réalisme intégral, L’œuvre philosophique de Maurice Blondel, éd. Librairie Bloud & Gay, 1928

Marie-Jeanne Coutagne :

Maurice Blondel et la quête du sens, Collection : Bibliothèque des Archives de Philosophie, Editions Beauchesne, 1998,

Maurice Blondel, dignité du politique et philosophie de l’action, Editeur, Parole Et Silence, 2006.

L’action, une dialectique du salut, colloque du centenaire, Aix-en-Provence, mars 1993, Editions Beauchesne, 1994,

Xavier Tilliette Philosophies eucharistiques de Descartes à Blondel, Éd. Du Cerf, 2006.

Jean-Hugues Soret, Philosophies de l’Action catholique : Blondel-Maritain, éd. Du Cerf.

  1. Tonquedec, Deux études sur « la pensée » de M. Blondel, Editions Beauchesne, 1934.

Marc Leclerc, Blondel, entre l’Action et la Trilogie, Actes Du Colloque International sur les écrits intermédiaires De Maurice Blondel, tenu à l’Université Grégorienne, à Rome du 16 Au 18 novembre 2000, Collection Donner Raison, Editions Lessius, 2003.

Alain Létourneau, L’herméneutique de Maurice Blondel, son émergence pendant la crise moderniste, Les Editions Fides, 1998,

Lecture blondélienne de Kant dans les principaux écrits de 1893 à 1930, vers un dépassement de l’idéalisme transcendental dans le réalisme intégral de Diogène Bidéri, éd. Pontificia Università Gregoriana, 1999,
La maison où habitait Maurice Blondel, rue Roux-Alphéran

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L’Eglise Saint-Jean-de-Malte à Aix-en-Provence (la paroisse de Maurice Blondel)

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Source : Wikipédia

 

ECRIVAIN CHRETIEN, ECRIVAIN FRANÇAIS, JEAN-PIERRE DE CAUSSADE (1675-1751), LITTERATURE CHRETIENNE, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, LIVRES DE SPIRITUALITE

L’Abandon à la divine providence : traité de spiritualité attribué à Jean-Pierre de Caussade

L’abandon à la divine providence

Autrefois attribué à Jean-Pierre de Caussade

Ed. et introd. D. Salin.

Paris, Desclée de Brouwer, coll. « Christus », 2005,202 pages

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Présentation de l’éditeur

Depuis un siècle et demi, ce petit traité est un des best-sellers de la littérature spirituelle.  » C’est un des livres dont je vis le plus « , disait Charles de Foucauld. Le théologien Urs von Balthasar voyait en lui un résumé de la mystique européenne,  » depuis les Rhénans jusqu’aux Français en passant par jean de la Croix, dans une unité d’une simplicité confondante « . Il est l’équivalent moderne de ce que fut, et demeure, l’Imitation de Jésus-Christ. La collection  » Christus  » en donne une édition entièrement nouvelle. L’introduction fait le point sur l’histoire mouvementée de ce texte, à la lumière des études récentes. Composé dans la première moitié du XVIIIe siècle, il ne peut plus être attribué au jésuite Jean-Pierre de Caussade, mais à une plume anonyme, disciple de Madame Guyon. L’introduction présente également la grande caractéristique de cette spiritualité de l’abandon dans  » le moment présent « , lorsque s’obscurcit le ciel de la foi. La lecture du texte est facilitée par une ponctuation moderne, qui en souligne la vigueur. Il s’agit aussi d’une édition critique : la leçon du manuscrit est indiquée en note lorsque le texte est corrigé.

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C’est en réalité une femme qui l’a écrit

 

  • «L’abandon à la Providence divine» a été pendant des années attribué au jésuite Jean-Pierre de Caussade. ·

2 mai 2012 L’Observatore Romano

Amantine Lucie Aurore Dupin publie ses romans, mais, pour qu’ils soient acceptés, elle les signe George Sand; Mary Ann Evans devient George Eliot. Currer Bell, Ellis Bell et Acton Bell ne sont autres que les pseudonymes masculins de Charlotte, Emily et Anna Brontë, obligées de les utiliser pour publier leurs romans. Ce n’est qu’après la mort de Maria Alphonsina Ghattas que l’on découvrit qu’elle était la véritable fondatrice, à Bethléem en 1880, de la Congrégation du Rosaire, dont l’aumônier de la communauté avait toujours été  considéré comme le fondateur. Et cela a été le cas pour de nombreux autres instituts religieux féminins.

Récemment, l’historien français Jacques Gagey a révélé que cela s’est produit également pour l’un des plus célèbres livres de spiritualité  catholique, L’abandon à la Providence divine, l’œuvre spirituelle la plus importante du XVIIIè siècle français, rédigée vers 1740 et publiée en 1861. Urs von Balthasar la considérait  «le livre charnière qui recueillait l’épopée mystique tout entière», un classique de la spiritualité et un livre à l’aspect unique qui accompagne constamment de nombreuses personnes spirituelles. Ces pages si célèbres et sans cesse rééditées ne sont donc pas l’œuvre du jésuite Jean-Pierre de Caussade, mais d’une femme. Gagey sait que, à cette époque, l’attribution de l’auteur n’avait pas d’importance. Mais faire aujourd’hui la lumière est un devoir de vérité historique, surtout lorsque tous pensent que l’auteur est un homme, et que cela rend plus difficile de découvrir qu’il s’agit en revanche d’une femme.

Il s’agit d’une autobiographie spirituelle, inscrite dans la culture spirituelle du siècle comme un texte cohérent, l’œuvre d’une seule main: «Seuls ceux qui ne connaissent pas suffisamment la littérature mystique peuvent mettre en doute que l’auteur est une femme». Egalement parce cet auteur parle souvent au féminin : «C’est à vous à tout régler: la sainteté, la perfection, le salut, la direction, la mortification, c’est votre affaire; la mienne est d’être contente de vous et de ne m’approprier aucune action ni passion, mais laisser tout à votre bon plaisir». L’auteure est une femme originaire de Lorraine, dirigée par le père de Caussade dont on ignore encore le nom, mais assurément d’une condition sociale élevée et proche de la Visitation de Nancy.

Appelons-la Dame Abandon, en absence d’un nom précis. Tout d’abord confidente, puis protectrice du père de Caussade, elle hérite de la grande tradition mystique mais elle connaît également, et elle fait sienne, la philosophie des Lumières, dans une acception positive. Précisément en assumant la responsabilité d’utiliser courageusement sa propre intelligence et de ne pas déléguer passivement sa vie intérieure à un livre ou à un directeur spirituel, l’auteure révèle son choix de liberté. Non pas en s’attardant sur des théories ou des abstractions, mais en allant directement, comme cela avait déjà été le cas de sainte Thérèse d’Avila, à sa propre expérience concrète.

Lorsqu’une innovation  apparaît dans la spiritualité, voilà alors se présenter des confesseurs ou des directeurs spirituels qui sentent le devoir de s’en approprier, peut-être pour lui faire parcourir  un chemin plus sûr grâce à leur supériorité intellectuelle et théologique. Ils ne considèrent donc la femme que comme la porteuse d’une intuition qui, pour être développée et portée à connaissance, demande l’autorité d’un homme et de ses instruments intellectuels.

A la moitié du XIXè siècle, la visitandine Marie-Cécile Fervel découvrit des fragments de lettres et elle eut la conviction qu’il s’agissait d’une correspondance spirituelle de la supérieure de son monastère, mère de Rottembourg. Elle composa une lettre avec  les différents morceaux, la faisant passer pour une lettre du père de Caussade, et elle fit de même  avec d’autres fragments, trompant ainsi le jésuite Ramière, pour faire en sorte que ces écrits puissent devenir une partie de la préparation spirituelle des monialesRamière, reconnaissant la valeur des textes, leur donna la forme d’un traité  divisé en chapitres, et il y ajouta aussi un titre, L’abandon à la Providence divine, pensé comme le moyen le plus facile de sanctification, œuvre posthume du père de Caussade, jésuite. Les sœurs se concentrèrent sur celui-ci, non pour continuer la tromperie, mais parce qu’il était habituel de présenter un texte de manière à le rendre adapté à un milieu spécifique. Les copistes modifiaient, coupaient et inséraient  en pleine liberté des passages adaptés à la vie du couvent, elles s’échangeaient les lettres et en copiaient  les passages les plus significatifs, laissant de côté le nom de celui qui avait écrit.

L’abandon est une véritable science, qui enseigne la confiance dans la vie et dans l’auteur de la vie. L’intériorité se déploie alors dans le chant de joie de la liberté spirituelle, l’amour pur et l’anéantissement de la propre volonté, car «l’action divine inonde l’univers, pénètre toutes les créatures, les submerge». Dame Abandon ne dit pas des choses nouvelles, ce n’est pas une innovatrice, elle ne se soucie pas des répétitions, mais elle est riche d’annotation psychologiques et, surtout, elle s’inspire d’une expérience vécue. Son principe de devenir spirituel prend le nom d’abandon et est ouvert à l’histoire, aux événements, à l’acceptation de tout ce qui a lieu, et de tout ce que nous devons souffrir. Elle observe que tout se meut selon une orientation providentielle: «Le moment présent est donc comme un désert où l’âme simple ne voit que Dieu seul, dont elle jouit, n’étant occupée que de ce qu’il veut d’elle: tout le reste est laissé, oublié, abandonné à la Providence».

L’auteure affronte le présent sans méthode particulière, mais elle se concentre sur  l’attitude profonde. L’objectif pointe précisément sur l’expérience quotidienne, dans le traumatisme permanent de l’abandon comme suspension de l’amour: dans la douceur transparaît l’audace. L’âme, dans la responsabilité de sa propre liberté, pratique l’intériorité avec la bonne volonté positive et sa conscience s’harmonise. A une époque moderne et avec d’autres connaissances scientifiques, Jung définit ce processus d’intégration de la conscience «le processus d’individuation».

Cristiana Dobner

 

http://www.osservatoreromano.va/fr/news/cest-en-realite-une-femme-qui-la-ecrit

 

L’Abandon à la providence divine d’une dame de Lorraine au 18e siècle, suivi des Lettres spirituelles de Jean-Pierre Caussade à cette dame. Édition critique établie par Jacques Gagey, 2001 

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L’histoire de L’abandon à la Providence divine, composé dans un milieu religieux fortement marqué par cette mystique laïque qu’était Madame Guyon, est extraordinaire Le P. Dominique Salin, jésuite, historien de la spiritualité et collaborateur assidu de Christus, en raconte avec brio, dans son introduction, les multiples péripéties. Comment cet ouvrage du début du XVIIe siècle, écrit juste après la rupture entre Bossuet et Fénelon qui scellera la fin du lien entre mystique et théologie, a-t-il pu connaître un succès jamais démenti depuis sa parution à la fin du XIXe siècle ? D’abord, le style de L’Abandon est résolument moderne et en parfaite adéquation avec son propos : on y voit précisément à l’oeuvre  l’abandon au moment présent constamment renouvelé, presque chaque paragraphe résumant à lui seul tout le livre. Après une première affirmation, l’auteur a coutume de laisser sa phrase s’écouler en de longues périodes, comme s’il l’abandonnait à l’inspiration divine Par instants toutefois, l’insaisissable semble se laisser saisir, et la phrase alors s’écourte, se densifie. 
Surtout, la perception de Dieu, telle que la propose ce petit livre, est très actuelle. L’auteur valorise la prévenance du Père à l’égard de l’homme qui n’a rien à craindre d’un quelconque châtiment divin . mieux vaut suivre l’exemple de la Sainte Famille dépendante du bon plaisir divin Sans doute, cinquante ans auparavant, aurait-on davantage mis en avant l’exemple du Christ. 
Déjà perceptible chez Madame Guyon, l’effacement du Christ comme médiateur, et a fortiori de l’Eglise, est ici extrême, comme chez nombre de nos contemporains. A partir de là, l’auteur n’emploie le terme d’abandon qu’avec circonspection, car lui aussi est devenu suspect. C’est pourquoi il ne l’applique pour l’essentiel qu’à propos de la moins suspecte des créatures : Marie. C’est à travers les mots du Magnificat que Jésus parle avec le plus d’aisance ; c’est par les seuls yeux de Marie que nous voyons Jésus dans la crèche et sur la croix, etc L’expérience intime de l’Esprit Saint, acquise comme à l’aveugle par ces saints cachés que sont, à l’image de Marie, les âmes les plus simples « sanctifie et surnaturalise » les temps que nous vivons. Ainsi, ces âmes complètent l’Ecriture sainte à travers « un livre de vie » où sont inscrits les plus beaux silences de l’humanité, pour peu qu’ils relèvent de l’ordre de Dieu, d’un « déjà là » qui ne souffre plus de « pas encore ». 
On devine aisément pourquoi un Charles de Foucauld et toute une foule de chrétiens anonymes depuis plus d’un siècle ont marqué la lecture de cet ouvrage d’une pierre blanche. Christus est heureuse d’en offrir une nouvelle édition entièrement refondue.

 

CHRISTUS N°210Avril 2006

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Jean-Pierre de Caussade

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Jean-Pierre Caussade, né le 7 mars 1675 à Cahors (France) et mort le 8 décembre 1751 à Toulouse (France) est un prêtre jésuite et maître spirituel.  

 Biographie

Entré dans la Compagnie de Jésus en 1693 et ordonné prêtre en 1704, Caussade fut d’abord enseignant dans différents collèges jésuites avant de consacrer la plus grande partie de son temps à la direction spirituelle. Il fut le recteur du collège de Perpignan (1739) et d’Albi (1743).

C’est comme guide spirituel qu’il trouve sa place dans l’histoire religieuse de la France. Il était directeur des religieuses visitandines et donnait les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola, lorsqu’il était directeur de la maison de retraite de Nancy. Son approche spirituelle, encourageant l’oraison de quiétude et poussant à la passivité dans la vie spirituelle, fit qu’on l’accusa de quiétisme.

Ses écrits authentiques, se ramènent à un certain nombre de Lettres de direction spirituelle et quelques petits textes spirituels. L’Abandon à la Providence divine, le célèbre livre de spiritualité qui a fait connaître le nom de Jean-Pierre de Caussade au public, n’est pas directement de sa plume. Composé dans la première moitié du XVIIIè siècle, possiblement par une femme, il fut lu et copié dans l’entourage de Madame Guyon, et ensuite chez les visitandines. Il ne fut publié qu’en 1860, lorsque le jésuite Henri Ramière en prit connaissance. Ramière fut trompé par des visitandines qui montèrent un stratagème pour le persuader d’attribuer ce livre à Caussade. Les visitandines voulaient mettre Caussade à l’honneur parce qu’il avait laissé un souvenir marquant comme directeur spirituel au couvent des Visitandines de Nancy.

D’autres textes spirituels ont été attribués à Caussade qui ne sont pas de lui ou de façon très lointaine.

 Écrits

Instructions spirituelles en forme de dialogue, Perpignan, 1741

Bossuet, maître d’oraison (édité par Henri Bremond), Paris, 1931

L’Abandon à la providence divine, Paris, Desclée de Brouwer

Traité sur l’oraison du cœur, Paris, 1981

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ECRIVAIN ANGLAIS, ECRIVAIN CHRETIEN, LE MAITRE DE LA TERRE, LITTERATURE CHRETIENNE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROBERT HUGH BENSON (1871-1914)

Le Maître de la terre de Robert Hugh Benson

Le Maître de la terre. La crise des derniers temps

Robert Hugh Benson

Paris, Téqui, rééd. 2000. 422 pages.

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Ce roman vieux d’un siècle en dit beaucoup sur notre époque

Parmi les œuvres originales de la littérature chrétienne du XXe siècle, figure « Le Maître de la Terre ». Ce roman apocalyptique imagine les temps modernes sous le règne d’une religion laïque universelle débarrassée du christianisme. Le pape François en a conseillé la lecture aux journalistes qui l’accompagnaient aux États-Unis pour comprendre ce qu’est la « colonisation idéologique ».

Il y a des hommes visionnaires. L’intelligence de leur époque, de ses courants de pensée et de leurs conséquences à long terme présente indéniablement quelque chose d’impressionnant. L’auteur du Maître de la Terre est anglais, prêtre catholique (1871-1914) venu de l’anglicanisme en 1903 par souci de vérité intellectuelle quant à sa foi chrétienne. Prédicateur et écrivain, l’auteur de ce roman sur la crise des derniers temps est à la fin de sa vie, à la veille de la Grande Guerre, lorsqu’il tente de faire percevoir ce qui va arriver durant le siècle à venir si ce qu’il a compris de la pensée de son époque n’est arrêté par rien ni personne, par aucune force pouvant se mesurer à l’humanitarisme devenue religion universelle.

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Dans le style du roman d’aventure

L’intrigue se passe en Angleterre mais concerne toute l’Europe unifiée et la géopolitique mondiale. Sous le joug d’une pensée relativiste maximale, une nouvelle « religion » s’établit et s’impose, transcendant les frontières européennes : la religion de l’homme qui a pour seule doxa que « l’homme est dieu ». Immanentisme, panthéisme, universalisme et relativisme se mêlent pour guider toute action politique et économique sous l’autorité d’un maître adulé et mystérieux, un certain Felsenburgh. La religion « humanitariste » a ses temples et ses rites dans toute l’Europe. Le monde de l’Orient avec ses autres religions fait peur car on craint avec lui un affrontement mortel alors que le catholicisme, seul encore à croire en un surnaturel révélé, est en pleine décomposition dont on ne voit pas ce qui pourrait l’arrêter.

Dans ce trouble univers, Olivier Brand est un député anglais influent complétement épris par cette pensée mondialiste universelle. Sa femme Mabel n’en est pas moins férue que lui. Le décor de leur vie de couple sert de salon au dialogue sur les grands événements qui se préparent. Parallèlement, les échanges entre deux prêtres d’intelligence remarquable servent aussi la cause de cette mise en scène de l’avènement de l’humanitarisme. Le père Percy Franklin a pour mission d’informer l’archevêque de Westminster et le Saint Siège sur l’évolution des événements. Quant au père Francis, nous le voyons très vite passer à la nouvelle religion d’État pour quitter sa foi chrétienne et l’Église, comme tant d’autres prêtres.

Sur le sol des États pontificaux le Vatican est le seul reste d’un temps désormais révolu au sein de tous les pays européens. La foi chrétienne y demeure vivante comme sa pratique, ainsi qu’un style de vie qui dénote avec l’universalisme qui s’impose à tous au-delà des frontières du petit État des bords du Tibre.

 

Quand la machine se grippe

La machine parfaitement huilée de l’idéologie bien-pensante au goût de messianisme purement terrestre, vient tout de même se gripper au cœur du couple de la bonne société du nouveau monde. La mère d’Olivier, avant de mourir de mort naturelle, demande secrètement les derniers sacrements. Puis, devant la résistance opiniâtre et pleine de ferveur des fidèles restés proches du pape, le grand Maître décide l’anéantissement pur et simple des restes de l’Église catholique. Le pape se réfugie secrètement à Nazareth avec quelques cardinaux pour continuer son ministère à travers le monde par des voies secrètes dignes des liaisons militaires en temps de guerre.

Mabel, l’épouse fidèle du député, ne peut se résoudre à croire que la nouvelle religion dont elle était persuadée qu’elle allait établir un règne de paix et de lumière humano-divine puisse en arriver à une telle barbarie. Passe encore que la belle-mère soit restée accrochée aux superstitions du catholicisme, mais que le grand Maître ordonne la destruction impitoyable de ses pires ennemis, c’est tout l’ensemble de sa « foi » humanitariste qui s’écroule. Elle décide de sa fin en se rendant dans « une maison de l’euthanasie ». Pas si facile que cela d’aborder froidement la mort, en cachette de son mari, et en continuant de se persuader qu’au-delà, c’est le vide.

 

L’Homme de l’impiété

Le Pape quant à lui n’a pas d’autres armes à opposer à l’idéologie régnante sur la vieille Europe et ses prétentions mondialistes que la création d’un ordre religieux sans vœux particuliers : l’Ordre du Christ-Crucifié. Tout baptisé peut s’y engager en faisant simplement le vœu d’accepter le martyre. Les persécutions ouvertes ne manquent pas. Beaucoup versent leur sang. Sa Sainteté le Pape Sylvestre réfugié à Nazareth finira par être découvert par le grand Maître, lequel n’hésite pas à envoyer un commando « d’aériens » pour en finir définitivement avec le catholicisme. Mais ce sera sans compter avec le retour définitif du Christ… On croit lire saint Paul : « Ne laissez personne vous égarer d’aucune manière. Car il faut que vienne d’abord l’apostasie, et que se révèle l’Homme de l’impiété, le fils de perdition, celui qui s’oppose, et qui s’élève contre tout ce que l’on nomme Dieu ou que l’on vénère, et qui va jusqu’à siéger dans le temple de Dieu en se faisant passer lui-même pour Dieu. […] La venue de l’Impie, elle, se fera par la force de Satan avec une grande puissance, des signes et des prodiges trompeurs, avec toute la séduction du mal, pour ceux qui se perdent du fait qu’ils n’ont pas accueilli l’amour de la vérité, ce qui les aurait sauvés »  (2 Th 1-12).

 

L’excellence des martyrs

Les grands enseignements des derniers papes analysant l’époque contemporaine nous conduisent sans conteste à faire des rapprochements avec ce récit imaginaire. Benoît XVI dira que la lecture de ce roman fut pour lui « un fait de grande importance ». Qu’il nous suffise ici de reprendre les quatre fondamentaux donnés pas saint Jean-Paul II dans sa lettre d’entrée dans le IIIe millénaire. Pour être témoin aujourd’hui face à la culture de mort et à son relativisme absolu le pape en appelait à un regard toujours porté sur la personne du Christ, à la vocation de tout baptisé au martyre jointe à une prière continuelle et à une spiritualité de la communion, sans laquelle, ajoutait-il, tout ce que nous ferons ne servira pas à grand-chose. Au cardinal Jean-Marie Lustiger constatant l’apostasie généralisée de l’Europe actuelle, un évêque posa la question de savoir comment nous en sortirons. « Par une catastrophe ou par l’excellence des martyrs » répondit le cardinal.

Le roman de Robert Hugh Benson est une affirmation de foi digne du livre de l’Apocalypse de saint Jean, qui affirme la force du témoignage des martyrs et que c’est Dieu qui trône aux destinées de l’histoire du monde. De façon abrupte, le happy end de l’aventure pose la question de notre foi dans le retour du Christ. Ce roman, dont le pape François a fait l’« une de ses lectures préférées », explique puissamment la logique de ce qu’il appelle « le drame de la colonisation idéologique ». Autant dire que le Maître de la Terre, au regard de l’actualité, nous appelle à l’évangélisation des cultures loin des querelles religieuses stériles ou des luttes de pouvoir.

Source Aleteia

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Robert Hugh Benson

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Robert Hugh Benson, né le 18 novembre 1871 et mort le 19 octobre 1914 (à 42 ans), est un ecclésiastique et homme de lettres britannique. Il est le plus jeune fils d’Edward White Bensonarchevêque de Cantorbéry. Il est le frère cadet d’Arthur Christopher Benson et d’Edward Frederic Benson.

 

Biographie

Après ses études au collège d’Eton puis à Trinity College (Cambridge), Robert Hugh Benson fut ordonné prêtre dans l’Église anglicane par son propre père.

Lors d’un séjour au Proche-Orient, il commença à s’interroger sur les liens entre l’Église anglicane et le catholicisme. Attiré par la High Church, il finit par être admis dans la communauté de la Résurrection en 1901, sans avoir l’intention de se convertir au catholicisme. Puis, à mesure qu’il étudiait les différentes communautés anglicanes, Benson trouva sa place dans l’Église catholique, où il fut admis le 11 septembre 1903.

Ordonné prêtre l’année suivante, il fut envoyé à Cambridge, où il exerça son ministère sacerdotal tout en poursuivant une carrière littéraire.

 

Publications

Ouvrages traduits en français

La Lumière invisible, scènes et récits de la vie mystique, 1909, trad. de Téodor de Wyzewa

Le Maître de la terre, 1910, trad. de Téodor de Wyzewa

La Vocation de Frank Guiseley, 1912, trad. de Téodor de Wyzewa

Les Confessions d’un converti, 1914, trad. de Téodor de Wyzewa

L’Epreuve de Marion Tenterden, 1929, trad. de René Philippon et Maurice-Pierre Boyé

 

Ouvrages en langue anglaise

Science-fiction

The Light Invisible

The Mirror of Shalott

Lord of the World

Dawn of All 

 

Romans historiques

By What Authority?

Come Rack! Come Rope! 

Initiation.

Oddsfish! by Robert Hugh Benson .

The King’s Achievement . (Sir I. Pitman and sons, ltd., 1908)

The History of Richard Raynal, Solitary .

 

Fiction contemporaine

The Sentimentalists

The Conventionalists

The Necromancers . (B. Herder, 1909)

None Other Gods 

The Winnowing

Loneliness

 

Littérature pour la jeunesse

Alphabet of Saints, with Reginald Balfour and Charles Ritchie (Burns, Oates & Washbourne, 1905)

A Child’s Rule of Life, illustrated by Gabriel Pippet

Old Testament Rhymes, illustrated by Gabriel Pippet

Ouvrages religieux

Friendship of Christ

Life in the World unseen

More About Life in the World Unseen

More Light

Facts

Here and Hereafter

Apologétique

Confessions of a Convert

Religion of the Plain Man

Paradoxes of Catholicism.

Papers of a Pariah

Christ in the Church: A Volume of Religious Essays

Non-Catholic Denominations1

Théâtre

Cost of a Crown, a Story of Douay & Durham; a Sacred Drama in Three Acts

A Mystery Play in Honour of the Nativity of Our Lord (Longmans, Green, and Co., 1908)

The Upper Room, a drama of Christ’s passion

The Maid of Orleans, a drama of the life of Joan of Arc

 

Source : Wikipédia

 

ECRIVAIN CHRETIEN, ECRIVAIN FRANÇAIS, LITTERATURE CHRETIENNE, LITTERATURE FRANÇAISE, Non classé

Georges Bernanos (1888-1948)

Georges Bernanos

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Georges Bernanos est un écrivain français, né en février 1888 à Paris et mort en juillet 1948 à Neully-sur-Seine.

Georges Bernanos passe sa jeunesse à Fressin, en Artois, et cette région du Nord constituera le décor de la plupart de ses romans. Il participe à la Première Guerre mondiale et y est plusieurs fois blessé, puis mène une vie matérielle difficile et instable en s’essayant à la littérature. Il obtient le succès avec ses romans Sous le Soleil de Satan, en 1926, et Journal d’un curé de campagne, en 1936.

Dans ses œuvres, Georges Bernanos explore le combat spirituel du Bien et du Mal, en particulier à travers le personnage du prêtre catholique   tendu vers le salut de l’âme de ses paroissiens perdus, ou encore par des personnages au destin tragique comme dans Nouvelle histoire de Mouchette.

Biographie

Georges Bernanos est né au 26 rue Joubert (9è arrondissement de Paris), , bien qu’une plaque commémorative soit placée au no 28. Son père, Émile Bernanos (1854-1927), est un tapissier décorateur d’origine espagnole et lorraine. Sa mère, Clémence Moreau (1855-1930), est issue d’une famille de paysans berrichons originaire de Pellevoisin dans l’Indre.. Il garde de son éducation la la foi catholique et les convictions monarchistes de ses parents. Il passe sa jeunesse à Fressin et fréquente le collège Sainte-Marie d’Aire-sur-la-Lys, également en Artois. Cette région du Nord marque profondément son enfance et son adolescence, et constituera le décor de la plupart de ses romans.

 Premiers engagements et premières œuvres

Catholique fervent, monarchiste passionné, il milite très jeune dans les rangs de l’Action française en participant aux activités des Camelots du roi des  pendant ses études de lettres, puis à la tête du journal L’Avant-garde de Normandie jusqu’à la Grande Guerre. Réformé, il décide tout de même de participer à la guerre en se portant volontaire, d’abord dans l’aviation, en particulier à Issy-les-Moulineaux et sur la future base aérienne 122-Chartres-Champhol, puis dans le 6è régiment de dragons. Il est plusieurs fois blessé Après la guerre, il cesse de militer, rompant avec l’Action française, , avant de s’en rapprocher lors de la condamnation romaine de 1926 et de participer à certaines de ses activités culturelles.

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Ayant épousé en 1917 Jeanne Talbert d’Arc (1893-1960), lointaine descendante d’un frère de Jeanne d’Arc, il mène alors une vie matérielle difficile et instable (il travaille dans une compagnie d’assurances), dans laquelle il entraîne ses six enfants et son épouse à la santé fragile.

Par nécessité ou par goût, il est longtemps un adepte de la moto comme moyen de transport quotidien et cette pratique se retrouvera dans ses œuvres. Ainsi, dans Les Grands Cimetières sous la lune, il évoquera ses chevauchées à travers l’île de Majorque, pendant la guerre d’Espagne: « Comme à l’avant-dernier chapitre du Journal d’un curé de campagne, la haute moto rouge, tout étincelante, ronflait sous moi comme un petit avion ».

Ce n’est qu’après le succès de Sous le soleil de Satan   que Bernanos peut se consacrer entièrement à la littérature. En moins de vingt ans, il écrit l’essentiel d’une œuvre romanesque où s’expriment ses hantises : les péchés de l’humanité, la puissance du mal et le secours de la grâce.

 Sous le soleil de Satan

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Publié en 1926 aux éditions Plon, ce premier roman est à la fois un succès public et critique. André Gide place Bernanos dans la lignée de Barbey d’Aurevilly, mais « en diablement mieux » ! ajoute Malraux.

Sous le Soleil de Satan est, selon Bernanos, un « livre né de la guerre ». Il commence à l’écrire pendant un séjour à Bar-le-Duc, en 1920, époque où pour lui « le visage du monde devenait hideux ». Il confie « être malade » et « douter de vivre longtemps » mais ne pas vouloir « mourir sans témoigner ».

Inspiré du curé d’Ars, le personnage principal du livre, l’abbé Donissan, est un prêtre tourmenté qui doute de lui-même, jusqu’à se croire indigne d’exercer son ministère. Son supérieur et père spirituel, l’abbé Menou-Segrais, voit pourtant en lui un saint en devenir. Et en effet cet « athlète de Dieu » tel que le définit Paul Claudel   possède la faculté de transmettre la grâce divine autour de lui. Plus tard, il recevra même le don de « lire dans les âmes » au cours d’une rencontre nocturne extraordinaire avec Satan lui-même, celui dont la haine s’est « réservé les saints ». Son destin surnaturel va le confronter aussi à Mouchette, une jeune fille qu’il ne parviendra pas à sauver malgré un engagement total de lui-même.

L’adaptation cinématographique du roman vaudra à Maurice Pialat la Palme d’Or au Festival de Cannes 1987.

Sous le soleil de Satan est suivi de L’Imposture en 1927 et de sa suite La Joie, qui reçoit le prix Fémina en 1929.

La Grande Peur des bien-pensants

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Publié en 1931, ce livre polémique, considéré comme le premier pamphlet de Georges Bernanos, avait au départ comme titre Démission de la France. Bernanos commence par une condamnation sévère de la répression de la Commune pour poursuivre sur un violent réquisitoire contre son époque, la Troisième République et ses politiques, la bourgeoisie bien-pensante et surtout les puissances d’argent. Bernanos y rend hommage aussi à Edouard Drumont, avec lequel il partage sa détestation de la bourgeoisie, mais aussi l’association des juifs à la finance, aux banques, au pouvoir de l’argent au détriment du peuple, un thème qui fait florès dans la France de cette époque et qui suscite des propos antisémites de l’écrivain. Bernanos, qui a fait la guerre 1914-1918, fustige aussi un patriotisme perverti qui humilie l’ennemi allemand dans la défaite au lieu de le respecter, en trahissant ainsi l’honneur de ceux qui ont combattu et en hypothéquant l’avenir.

En 1932, sa collaboration au Figaro, racheté par le parfumeur François Coty, entraîne une violente polémique avec l’Action Française et sa rupture publique définitive avec Charles Maurras.

Le 31 juillet 1933, en se rendant d’Avallon en Suisse, où l’un de ses enfants est pensionnaire, il est renversé, à Montbéliard, par la voiture d’un instituteur en retraite qui lui barre le passage : le garde-boue lui entre dans la jambe, là même où il a été blessé en 14-18.

 Journal d’un curé de campagne

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En 1934, Bernanos s’installe aux Baléares, en partie pour des raisons financières. Il y écrit Journal d’un curé de campagne. Publié en 1936, le roman sera couronné par le Grand prix du roman de l’Académie française, puis adapté au cinéma sous le même titre par Robert Bresson (1950).

Ce livre est l’expression d’une très profonde spiritualité. Il témoigne d’un style limpide et épuré. La figure du curé d’Ambricourt rejoint celle de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, portée sur les autels par Pie Xi en 1925. Il est possible qu’elle soit aussi inspirée par un jeune prêtre (l’abbé Camier), mort de tuberculose à vingt-huit ans, que Bernanos a côtoyé dans son enfance. De Thérèse, son personnage suit la petite voie de l’enfance spirituelle. Le « Tout est grâce » final du roman n’est d’ailleurs pas de Bernanos lui-même, mais de la jeune carmélite de Lisieux. Ce roman lumineux, baigné par « l’extraordinaire dans l’ordinaire », est l’un des plus célèbres de son auteur, probablement parce qu’il s’y révèle lui-même, de manière profonde et bouleversante, à travers la présence du curé d’Ambricourt. Il est vrai que Bernanos a la particularité d’être toujours extrêmement proche de ses personnages, tel un accompagnateur témoignant d’une présence extrêmement attentive, et parfois fraternelle.

 Les Grands Cimetières sous la lune.

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C’est également lors de son exil que Bernanos rédige Les Grands Cimetières sous la lune, un violent pamphlet anti-franquiste qui aura en France un grand retentissement lors de sa publication, en 1938.

Bernanos séjourne à Majorque quand la guerre civile éclate. D’abord favorable au camp nationaliste pendant les trois premiers mois qui suivent le soulèvement (son fils Yves s’engage dans la Phalange, avant de déserter au bout de plusieurs semaines pour rejoindre le Maroc), l’écrivain est rapidement horrifié par la répression franquiste et désespéré par la complicité du clergé local. En janvier 1937, il évoque l’arrestation par les franquistes de « pauvres types simplement suspects de peu d’enthousiasme pour le mouvement […] Les autres camions amenaient le bétail. Les malheureux descendaient ayant à leur droite le mur expiatoire criblé de sang, et à leur gauche les cadavres flamboyants. L’ignoble évêque de Majorque laisse faire tout ça. »

Dans Les Grands Cimetières sous la lune, qui paraît d’abord dans une revue dominicaine, il ironise sur le « cardinal Goma » (Isidoro Goma y Tomas, archevêque de Tolède, qui identifiait le combat des franquistes à une véritable croisade catholique, dans une « guerre d’amour ou de haine envers la religion »). Le prélat est dépeint prêt à bénir la légalité, pour peu qu’elle soit devenue militaire, ou vantant l’esprit dans lequel, à ses dires, les républicains envoyés au mur accueillent les secours du « saint ministère ».

Alors qu’il réside encore à Palma de Majorque, il apprend que sa tête est mise à prix par Franco. Son pamphlet offre « un témoignage de combat » qui prend rapidement une actualité extraordinaire pour se révéler une prophétie des grandes catastrophes du siècle. Ce livre qui, comme L’Espoir d’André Malraux est un témoignage important sur la guerre d’Espagne,   lui vaudra l’hostilité d’une grande partie de la droite nationaliste, en particulier de son ancienne famille politique, l’Action française, avec laquelle il avait rompu définitivement en 1932.

 Exil au Brésil

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Bernanos quitte l’Espagne en mars 1937 (se rendant notamment aux conseils de José Bergamin, un ami républicain espagnol, qui le convainc que cette guerre n’est pas sa guerre) et retourne en France. Le 20 juillet 1938, deux mois avant les accords de Munich, la honte que lui inspire la faiblesse des hommes politiques français face à l’Allemagne de Hitler le conduit à s’exiler en Amérique du Sud. Réalisant un rêve d’enfance, il envisage d’abord de se rendre au Paraguay. Il fait escale à Rio de Janeiro, au Brésil, en août 1938. Enthousiasmé par le pays, il décide d’y demeurer et s’installe en août 1940 à Barbacena, dans une petite maison au flanc d’une colline dénommée « Cruz das almas », la « Croix-des-âmes ». Il y reçoit entre autres l’écrivain autrichien Stefan Zweig, peu avant le suicide de ce dernier.

Après la défaite de 1940, il se rallie à l’appel lancé le 18 juin 1940 depuis Londres par Charles de Gaulle et décide de soutenir l’action de la France libre dans de nombreux articles de presse où il emploie son talent de polémiste à l’encontre du régime de Vichy et au service de la Résistance. Il entretient alors une longue correspondance avec Albert Ledoux, le « représentant personnel » du général de Gaulle pour toute l’Amérique du Sud. Il qualifie Pétain de « vieux traître » et sa révolution nationale de « révolution des ratés ».

En 1941, son fils Yves rejoint les Forces françaises libres à Londres. Son autre fils, Michel, jugé trop jeune par le Comité national français de Rio, part l’année suivante ; il participera plus tard au débarquement de Normandie, tout comme son neveu Guy Hattu, second-maître dans les commandos Kieffer, qui prendra part à la prise de l’île hollandaise de Walcheren à la Toussaint 1944.

Avant de rentrer en France en juin 1945, Bernanos déclare aux Brésiliens :

« Le plus grand, le plus profond, le plus douloureux désir de mon cœur en ce qui me regarde c’est de vous revoir tous, de revoir votre pays, de reposer dans cette terre où j’ai tant souffert et tant espéré pour la France, d’y attendre la résurrection, comme j’y ai attendu la victoire. »

 La Libération

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Lors de son retour en France, Georges Bernanos est, en fait, écœuré par l’épuration et l’opportunisme qui prévaut à ses yeux dans le pays. Reprenant la plume, il devient chroniqueur dans La Bataille et dans Combat, et lance un avertissement solennel aux Français : avec l’avènement de l’ère atomique et la crise générale de la civilisation, la France semble avoir perdu sa place en même temps que son rôle vis-à-vis de l’humanisme chrétien. Il voyage en Europe pour y faire une série de conférences dans lesquelles il alerte ses auditeurs, et ses lecteurs, contre les dangers du monde de l’après-Yalta, l’inconséquence de l’homme face aux progrès techniques effrénés qu’il ne pourra maîtriser, et les perversions du capitalisme industriel (voir La Liberté pour quoi faire ? et La France contre les robots, 1947).

Le général de Gaulle, qui l’a invité à revenir en France (« Votre place est parmi nous », lui a-t-il fait savoir dans un câble daté du 16 février 1945), veut lui donner une place au gouvernement. En dépit d’une profonde admiration pour le dirigeant, le romancier décline l’offre. De Gaulle confiera plus tard, à propos de Bernanos : « Celui-là, je ne suis jamais parvenu à l’attacher à mon char. »

Pour la troisième fois, on lui propose alors la Légion d’honneur, qu’il refuse à nouveau. Lorsque l’Académie française lui ouvre ses portes, il répond : « Quand je n’aurai plus qu’une paire de fesses pour penser, j’irai l’asseoir à l’Académie. »

En 1946 paraît « La France contre les robots« , aux éditions de la France libre, un essai dans lequel Bernanos dénonce la « civilisation des machines » et les nouveaux totalitarismes économiques qui commencent à se construire dans l’après-guerre.

 Dialogues des Carmélites

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Bernanos part pour la Tunisie en 1947. Il y rédige, sur l’idée du père Bruckberger, un scénario cinématographique adapté du récit La Dernière à l’échafaud, de Gertrud von Le Fort, lui-même inspiré de l’histoire véridique des carmélites de Compiègne guillotinées à Paris sur la place du Trône le 17 juillet 1794. Bernanos y traite de la grâce, de la peur, du martyre.

Bien plus qu’un scénario, Dialogues des carmélites est considéré comme le « testament spirituel de Bernanos ». Publié de façon posthume en 1949, il est d’abord adapté au théâtre par Jacques Hébertot et créé le 23 mai 1952 au théâtre Hébertot avant de devenir le livret de l’opéra homonyme du compositeur Francis Poulenc, représenté en 1957 à la Scala de Milan.

Le scénario original a par la suite servi de base au film Le Dialogue des Carmélites, réalisé en 1960 par Philippe Agostini et le père Bruckberger, puis en 1984 à un téléfilm de Pierre Cardinal qui fut, entre autres, primé à la Cinémathèque française.

Georges Bernanos meurt d’un cancer du foie, en 1948, à l’hôpital américian de Neully.

Il est enterré au cimetière de Pellevoisin (Indres).

Postérité

Dans l’immédiat après-guerre, Georges Bernanos est devenu une figure tutélaire pour une nouvelle génération d’écrivains. Ceux que Bernard Frank a baptisés les Hussards ont ainsi placé dans leur Panthéon, aux côtés de Stendhal, Joseph Conrad ou Marel Aymé, celui à qui Roger Nimier dédia son livre Le Grand d’Espagne (La Table ronde, 1950), dont le titre est une allusion et un hommage à la position iconoclaste que Bernanos adopta face à la guerre d’Espagne, à rebours de celle de son ancienne famille intellectuelle et politique.

 

Analyse de l’œuvre

 Mouchette

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Bernanos a donné le nom de Mouchette à deux personnages de son œuvre romanesque. La première « Mouchette », qui figure dans Sous le Soleil de Satan (1926), a pour nom Germaine Malhorty. C’est une adolescente de seize ans, vive et orgueilleuse, victime de l’égoïsme des hommes qui la désirent sans parvenir à l’aimer, ce qui attise son mépris d’elle-même et sa révolte envers l’ordre établi. La seconde « Mouchette » n’a pour appellation que ce surnom. Elle a treize ans et apparaît dans Nouvelle histoire de Mouchette (1937).

En ce personnage s’incarnent tous les misérables qui subissent l’acharnement du sort sans jamais parvenir à comprendre le malheur de leur condition. Mouchette n’existe ici que par sa seule et unique sensibilité, aussi aiguë que douloureuse pour elle-même. Le miracle, pour ainsi dire, de cette « Mouchette »-là, c’est la vérité qui en émane. Une vérité d’autant plus étonnante qu’elle est l’œuvre d’un homme qui avait cinquante ans lorsqu’il conçut ce personnage, découvrant les mouvements les plus profonds et les plus inexprimables d’une féminité qui s’éveille et s’affirme.

Bernanos signe ici un portrait intemporel et poétique de gamine « désespérée ». Seul le regard de l’écrivain, dans sa justesse et son humanité, semble laisser entrouvrir une perspective de salut possible pour la jeune fille. En réalité, « Mouchette » (malgré l’absence de toute référence religieuse directe) rejoint la figure des martyrs de Bernanos, ceux qui, écrira-t-il plus tard dans Dialogues des carmélites, ne peuvent « tomber qu’en Dieu ». En dépit des apparences (celles du réel), on peut considérer que Mouchette suit le même parcours.

Nouvelle histoire de Mouchette a été adaptée au cinéma par Robert Bresson en 1967, sous le titre Mouchette.

 Monde romanesque

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Bernanos situe souvent l’action de ses romans dans les villages de l’Artois de son enfance, en en faisant ressortir les traits sombres. La figure du prêtre catholique s’avère très présente dans son œuvre. Elle en est parfois le personnage central, comme dans Journal d’un curé de campagne. Autour de lui, gravitent les notables locaux (châtelains nobles ou bourgeois), les petits commerçants et les paysans. Bernanos fouille la psychologie de ses personnages et fait ressortir leur âme en tant que siège du combat entre le Bien et le Mal. Il n’hésite pas à faire parfois appel au divin et au surnaturel. Jamais de réelle diabolisation chez lui, mais au contraire, comme chez Mauriac, un souci de comprendre ce qui se passe dans l’âme humaine derrière les apparences.

 Combat des idées

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Georges Bernanos est un auteur paradoxal et anti-conformiste. Pour lui, la France est fondamentalement dépositaire des valeurs humanistes issues du christianisme, dont elle est responsable à la face du monde. Royaliste, il applaudit pourtant « l’esprit de révolte » de 1789 : un « grand élan […] inspiré par une foi religieuse dans l’homme » et développe une pensée qui constitue, selon les mots de Jacques Julliard, « un rempart de la démocratie, même à son corps défendant ». Un moment proche de Maurras, il déclare ne s’être « jamais senti pour autant maurrassien », et dit du nationalisme qu’il « déshonore l’idée de patrie ». Catholique, Bernanos attaque violemment Franco et l’attitude conciliante de l’Église d’Espagne à son égard dans Les Grands Cimetières sous la lune. .

Il ne manquera pas de sujets durant les dix dernières années de sa vie et avouera lui-même que « les romans peuvent mourir à la guerre »  car il lui faut témoigner coûte que coûte. Révolté par les accords de Munich, il fustige ensuite le gouvernement de Vichy qu’il définit comme le promoteur de « la France potagère.  Dans La France contre les robots, il alerte sa patrie, et le monde à travers elle, sur les dangers de l’aliénation par la technique et l’argent : convaincu que le monde moderne est une « conspiration contre toute espèce de vie intérieure », il y dénonce « la dépossession progressive des États au profit des forces anonymes de l’Industrie et de la Banque, cet avènement triomphal de l’argent, qui renverse l’ordre des valeurs humaines et met en péril tout l’essentiel de notre civilisation ».

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Celui dont Antonin Artaud disait qu’il était son « frère en désolation » et qui fut taxé parfois de pessimisme dans l’après-guerre, notamment par Raymond Aron dans ses 18 leçons sur la société industrielle, a été considéré plus récemment et par d’autres comme un visionnaire, associé sur ce plan à l’écrivain Georges Orwell. Jacques Julliard écrit ainsi, en 2008 : « Lorsque Bernanos prédit que la multiplication des machines développera de manière inimaginable l’esprit de cupidité, il tape dans le mille » La dénonciation, dans La France contre les robots, de la « Civilisation des Machines » et de sa « tyrannie abjecte du Nombre » vaut aussi à l’écrivain d’être cité parmi les inspirateurs de la décroissance.

 Style pamphlétaire

Georges Bernanos s’adresse souvent directement, dans une écriture nerveuse, parfois véhémente, à des lecteurs futurs (les fameux « imbéciles » qu’il cherche à sortir de leur léthargie par cette « injure fraternelle »), interpellés parfois comme des contradicteurs, tel le clergé complice de Franco dans Les Grands Cimetières sous la lune. Passionné souvent, excessif voire injuste à ses heures, son style est engagé, incisif et percutant, souvent dicté par la révolte et l’indignation.

Se détachant progressivement des clivages hérités pour affirmer sa liberté de conscience, Bernanos affirme ne pas se reconnaître dans les notions de « droite » et de « gauche » et déclare : « démocrate ni républicain, homme de gauche non plus qu’homme de droite, que voulez-vous que je sois ? Je suis chrétien ». Il revendique la Commune et vitupère la bourgeoisie, mais dénonce le communisme comme un totalitarisme. Il se dit monarchiste, mais se voit rejeté par la droite après Les Grands Cimetières sous la lune et par l’Action française après sa rupture avec Maurras. Il règle ses comptes avec certains mots en vogue chez les politiques, comme « conservatisme » (« Qui dit conservateur dit surtout conservateur de soi-même ») ou « réalisme » (« Le Réalisme est précisément le bon sens des salauds »).

 La question de l’antisémitisme

Même si l’antisémitisme ne constitue pas un thème directeur de la pensée et de l’œuvre de Georges Bernanos (aucun de ses romans n’y fait référence), il y a bien matière à question et la polémique reste encore vive. La personnalité complexe de l’écrivain transparaît dans ce débat avec lui-même et si on relève chez lui des propos antisémites jusqu’au milieu des années 1930, ses écrits contre l’antisémitisme entre 1938 et 1946 révèlent une évolution véritable.

Selon l’historien Michel Winock, l’antisémitisme de Bernanos s’analyse comme « la combinaison de l’antijudaïsme chrétien et du social-antisémitisme » qui associe les juifs à la finance, aux banques et au pouvoir de l’argent. Présent déjà dans certains articles de l’Avant-garde de Normandie, c’est dans La Grande Peur des bien-pensants, publié en 1931 dans une France déchirée à ce sujet, qu’il trouve véritablement son expression. Dans cet ouvrage, Bernanos affiche son admiration pour Edouard Drumont : « Le vieil écrivain de La France juive fut moins obsédé par les juifs que par la puissance de l’Argent, dont le juif était à ses yeux le symbole ou pour ainsi dire l’incarnation ». Il y tient aussi certains propos clairement antisémites : « Devenus maîtres de l’or ils [les juifs] s’assurent bientôt qu’en pleine démocratie égalitaire, ils peuvent être du même coup maîtres de l’opinion, c’est-à-dire des mœurs. »

Quant à qualifier Bernanos de raciste certaines phrases de La Grande Peur des bien-pensants peuvent y inciter. Ainsi, « [les juifs] traînent nonchalamment sur les colonnes de chiffres et les cotes un regard de biche en amour » ou « ces bonshommes étranges qui parlent avec leurs mains comme des singes ». Pour critiquables que soient de tels propos, on n’en retrouve cependant plus de semblables dans la suite de ses écrits. Max Milner, Michel Estève et Michel Winock lui-même considèrent dans leurs ouvrages qu’il s’agit d’emportement polémique, mais qu’il n’y a fondamentalement pas de racisme chez Bernanos.

À partir de 1938, on peut lire chez Bernanos les prémices d’une profonde évolution : « Aucun de ceux qui m’ont fait l’honneur de me lire ne peut me croire associé à la hideuse propagande antisémite qui se déchaîne aujourd’hui dans la presse dite nationale, sur l’ordre de l’étranger ». En 1939, il écrit dans Nous autres Français : « J’aimerais mieux être fouetté par le rabbin d’Alger que faire souffrir une femme ou un enfant juif ». Qu’il s’agisse de son engagement en février 1943 en faveur de Georges Mandel ou de sa rencontre au Brésil avec Stefan Zweig, les actions de l’écrivain témoignent de son changement d’attitude. Mais plus significative encore, peut-être, est la netteté avec laquelle il mesure lui-même le chemin parcouru en reconnaissant que la chrétienté médiévale n’a pas compris l’honneur juif : « Elle fermait obstinément les yeux sur les causes réelles de la survivance du peuple juif à travers l’Histoire, sur la fidélité à lui-même, à sa loi, à ses ancêtres, fidélité qui avait pourtant de quoi émouvoir son âme ».

Pourtant, lorsque Bernanos affirme en 1944 « Antisémite : ce mot me fait de plus en plus horreur. Hitler l’a déshonoré à jamais. Tous les mots, d’ailleurs, qui commencent par “anti” sont malfaisants et stupides», on s’interroge sur le sens de la formule, demeurée célèbre. Alors que Jacques Julliard ironise en se demandant s’il y a jamais eu « un antisémitisme honorable », Adrien Barrot, reprenant une réflexion d’Alain Finkielkraut répond : « C’est vraiment comprendre la formule de Bernanos à l’envers. Celle-ci marque indubitablement une véritable crise et une véritable prise de conscience chez Bernanos et ne mérite pas un tel procès d’intention. »

Elie Wiesel, dans un livre d’entretiens avec Michaël de Saint-Cheron, , salue en Bernanos un écrivain « qui eut le courage de s’opposer au fascisme, de dénoncer l’antisémitisme et de dire justement ce qu’il a dit et écrit de la beauté d’être juif, de l’honneur d’être juif, et du devoir de rester juif ». Il explique : « J’admire beaucoup Bernanos, l’écrivain. […] C’est l’antisémitisme qui m’a gêné au départ chez lui, ainsi que son amitié pour Édouard Drumont bien entendu. Mais un écrivain de « droite » qui a le courage de prendre les positions qu’il a prises pendant la guerre d’Espagne fait preuve d’une attitude prémonitoire. Il était clair que Bernanos allait venir vers nous. Sa découverte de ce que représentent les Juifs témoigne de son ouverture, de sa générosité. »

Malgré tout, le débat demeure entre des historiens comme Alexandre Aldler ou des essayistes comme Bernard Henri-Lévy ou Jean-Paul Enthoven, , qui considèrent que Bernanos n’a jamais vraiment renoncé totalement à son antisémitisme, notamment en ne reniant pas Drumont, et ceux qui insistent au contraire sur l’évolution de sa pensée, comme Elie Wiesel, l’académicien Alain Finkielkraut, le journaliste Philippe Lançon ou l’historien Simon Epstein.

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Œuvre

 Romans

Georges Bernanos, Sous le soleil de Satan. Paris, Plon, , 1926 )

Les Ténèbres (dilogie)

Georges Bernanos, L’imposture, Paris, Plon, 1927, 318  p.

La Joie La Revue universelle, 1928 ; Paris, Plon, 1929.

Un crime. Paris, Plon, 1935.

Journal d’un curé de campagne. La Revue hebdomadaire, 1935, 1936 : Paris, Plon, 1936.

Nouvelle histoire de Mouchette. Paris, Plon, 1937 (rééd. Le Castor Astral, 2010).

Monsieur Ouine. Rio de Janeiro, 1943 ;; Paris, Plon, 1946 (rééd. Le Castor Astral, 2008.).

Un mauvais rêve, édition posthume, Paris, Plon, 1950.

 Nouvelles et premiers écrits

Dialogue d’ombres, Paris, Seuil, 1955, complété en 1991.

 Théâtre

Dialogues des carmélites., Paris, Seuil, 1949.

 Essais et « écrits de combat »

La Grande Peur des bien-pensants, Paris, Grasset, 1931.

Les Grands Cimetières sous la lune. Paris, Plon, 1938 ; rééd. Le Castor Astral, 2008 ; rééd. Points, 2014.

Scandale de la vérité, Gallimrd, Paris, 1939.

Nous autres Français, Gallimard, 1939.

Lettre aux Anglais, Atlântica editora, Rio de Janeiro 1942.

La France contre les robots. Rio de Janeiro, 1944, puis Robert Laffont, 1947 ; rééd. Le Castor Astral, 2009.

Le Chemin de la croix-des-âmes, Rio de Janeiro de 1943 à 1945. 4 volumes, puis Gallimard, 1948 ; rééd. augmentée : Le Rocher, Paris, 1987.

Français, si vous saviez… (Recueil d’articles écrits entre 1945 et 1948). Paris, Gallimard, 1961 ; rééd.: Collection Idées nrf, en 1969.

Les Enfants humiliés, Gallimard, 1949.

La Liberté, pour quoi faire ? (cinq conférences prononcées en 1946 et 1947), Gallimard, 1953.

Le Crépuscule des vieux, Gallimard, NRF, 1956 (recueil de textes qui s’échelonnent de 1909 à 1939: explication de son œuvre de romancier, commentaires de lecture, notes sur la poésie, sur l’histoire contemporaine…).

Le lendemain, c’est vous !, Plon, 1969 (recueil d’articles et de textes extraits de divers journaux et publications, 1940-1947)

Brésil, terre d’amitié, choix de lettres et de textes consacrés au Brésil présentés par Sébastien Lapaque,   coll. « La petite vermillon », La Table Ronde, Paris, 2009.

La révolte de l’esprit, Les Belles Lettres, 2017, 426 p. Livre rassemblant des articles de presse et radiodiffusés de Georges Bernanos.

Bernanos. Scandale de la vérité, recueil d’essais, de pamphlets, d’articles et de témoignages, préface de Romain Debluë, Robert Laffont / Bouquins, 2019, 1376 p.

 Intégrales publiées

Romans suivis de Dialogues des carmélites, coll. La Pléiade, Gallimard, 1961 ; nouv. éd. : Œuvres romanesques complètes, chronologie par Gilles Bernanos, préface par Gilles Philippe, 2 t., 2015.

Essais et écrits de combat, tome 1, coll. La Pléiade, Gallimard, 1971.

Essais et écrits de combat, tome 2, coll. La Pléiade, Gallimard, 1995.

 Correspondance

Combat pour la vérité. Correspondance inédite, tome 1 (1904-1934), Paris, Plon, 1971.

Combat pour la liberté. Correspondance inédite, tome 2 (1934-1948), Paris, Plon, 1971.

Lettres retrouvées. Correspondance inédite, tome III (1904-1948), Paris, Plon, 1983.

 

Bibliographie

 Monographies

Hans Urs von Balthasar. Le Chrétien Bernanos, traduit de l’allemand par Maurice de Gandillac. Paris, Seuil, 1956.

Albert Béguin. Bernanos par lui-même, Paris, Seuil, 1958.

Jean-Loup Bernanos, Georges Bernanos, à la merci des passants, Paris, Plon, 1986 (réimpr. 2015), 505 p.

Jean-Loup Bernanos, Georges Bernanos, Paris, Plon, 1988. Iconographie.

Jean Botherel. Bernanos : Le Mal-pensant, Grasset, 1998, 400 p.  Louis Chaigne. Bernanos, éd. universitaires, 1954 ; rééd. 1970.

Michel Esteve, Georges Bernanos: un triple itineraire., Hachette, 1981.

Jean de Fabrègues. Bernanos tel qu’il etait., Mame, 1965.

Monique Gosselin-Noat, Max Milner, Bernanos et le Monde moderne, Presses universitaires de Lille, 1989 (actes du colloque organisé pour le centenaire de la naissance de Bernanos)

Monique Gosselin-Noat, Bernanos : militant de l’éternel, Paris, Michalon, 2007, 123 p.

Monique Gosselin-Noat, Bernanos, romancier du surnaturel : essai, Paris, Pierre-Guillaume de Roux, 2015, 260 p.

Joseph Jurt, Les Attitudes politiques de Georges Bernanos jusqu’en 1931, Fribourg, éditions Universitaires, 1968, 359 p.

Sébastien Lapaque. Georges Bernanos encore une fois, Lausanne, L’Âge d’homme, Les Provinciales, coll. « Essais », 1998 (réimpr. 2002), 126 p. ,

Sébastien Lapaque, Sous le soleil de l’exil : Georges Bernanos au Brésil, 1938-1945, Paris, Grasset, 2003, 300 p.

Frédéric  Lefèvre. Georges Bernanos., La Tour d’Ivoire, 1926.

Dominique Millet-Gérard. Bernanos : un sacerdoce de l’écriture, Versailles, Via Romana, 2009, 133 p. , .

Max Milner. Georges Bernanos, Paris, Librairie Séguier, 1989 (1re éd. 1967), 389 p. ,

Timour Muhidine (photogr. Philippe Dupuich), Sous le soleil de Bernanos : itinéraire en Artois avec Tahsin Yücel, Paris, Empreinte temps présent, 2010, 135 p.

Thomas Renaud, Georges Bernanos, éditions Pardès, 2018, 128 p.

Tahsin-Yücel. Bernanos et Balzac. éditions Lettres modernes, Minard, 1974.

 Études

Léa Moch, La Sainteté dans les romans de Georges Bernanos, Les Belles Lettres, 1962

Paul Grégor, La Conscience du temps chez Georges Bernanos, Zürich, Juris Druck + Verlag, 1966

Henri Guillemin. Regards sur Bernanos, Paris, Gallimard, 1976.

Yvon Rivard. L’Imaginaire et le Quotidien, essai sur les romans de Bernanos. Bibliothèque des lettres modernes 21, 1978.

Philippe Le Touzé, Le Mystère du réel dans les romans de Georges Bernanos, Nizet, 1979.

Michel Estève, Le Christ, les Symboles christiques et l’Incarnation dans les romans de G. Bernanos, 1982

Leopold Peeters, Une Prose du monde : essai sur le langage de l’adhésion dans l’œuvre de Bernanos. Paris : Lettres modernes : Minard , 1984.

jean-Louis Loubet del Bayle. L’Illusion politique au xxe siècle. Des écrivains témoins au xxe siècle, Paris, Économica, 1999.

Juan Asensio. La Littérature à contre-nuit, Paris, Sulliver, 2007 (contient Monsieur Ouine de Georges Bernanos et Les Ténèbres de Dieu.)

Marie Gil. Les Deux Écritures. Étude sur Bernanos, Paris, éditions du Cerf, 2008.

Odile Felgine, L’Écriture en exil, Dianoïa, PUF, 2014.

Philippe Richard, L’écriture de l’abandon : esthétique carmélitaine de l’œuvre romanesque de Georges Bernanos, Paris, Honoré Champion éditeur, coll. « Poétiques et esthétiques XXe-XXIe siècle » (no 23), 2015, 631 p.

Œuvres collectives

Cahier Bernanos, dirigé par Dominique de Roux, Paris, L’Herne, 1963.

Cahiers de l’Herne :: Bernanos, dirigé par Dominique de Roux, avec des textes de Thomas Molnar, Michel Estève et al., Paris, Pierre Belfond, 1967.

Études bernanosiennes, revue éditée par Minard.

« Une parole prophétique dans le champ littéraire », dans Europe, no 789-790, janvier–février 1995, p. 75-88.

Georges Bernanos témoin, recueil publié sous la dir. de Dominique Millet-Gérard, Via Romana, 2009.

9782204089197