ECRIVAIN CHRETIEN, ECRIVAIN FRANÇAIS, LE SANG DU PAUVRE, LEON BLOY, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

Le Sang du Pauvre de Léon Bloy

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Léon Bloy

Le Sang du pauvre

Stock, Delamain et Boutelleau, 1932

 

Mon discours, dont vous vous croyez peut-être les juges, vous jugera au dernier jour.

Bossuet. Oraison funèbre de la Princesse Palatine.

Le Sang du Pauvre, c’est l’argent. On en vit et on en meurt depuis les siècles. Il résume expressivement toute souffrance. Il est la Gloire, il est la Puissance. Il est la Justice et l’Injustice. Il est la Torture et la Volupté. Il est exécrable et adorable, symbole flagrant et ruisselant du Christ Sauveur, in quo omnia constant.

Le sang du riche est un pus fétide extravasé par les ulcères de Caïn. Le riche est un mauvais pauvre, un guenilleux très puant dont les étoiles ont peur.

La Révélation nous enseigne que Dieu seul est pauvre et que son Fils Unique est l’unique mendiant. « Solus tantummodo Christus est qui in omnium pauperum universitate mendicet », disait Salvien. Son Sang est celui du Pauvre par qui les hommes sont « achetés à grand prix ». Son Sang précieux, infiniment rouge et pur, qui peut tout payer !

Il fallait donc bien que l’argent le représentât : l’argent qu’on donne, qu’on prête, qu’on vend, qu’on gagne ou qu’on vole ; l’argent qui tue et qui vivifie comme la Parole, l’argent qu’on adore, l’eucharistique argent qu’on boit et qu’on mange. Viatique de la curiosité vagabonde et viatique de la mort. Tous les aspects de l’argent sont les aspects du Fils de Dieu suant le Sang par qui tout est assumé.

Faire un livre pour ne dire que cela est une entreprise qui pourra paraître déraisonnable, C’est offrir sa face à tous les bourreaux chrétiens qui déclarent heureux les riches que Jésus a détestés et maudits. Cependant il y a peut-être encore des cœurs vivants dans cet immense fumier des cœurs et c’est pour ceux-là que je veux écrire.

Hier c’était le cataclysme sicilien, prélude ou prodrome de beaucoup d’autres, dernier avis préalable à l’accomplissement des menaces de la Salette. On dit que Messine était une ville superbe, peu éloignée de la Pentapole. Deux cent mille êtres humains y sont morts d’un frisson de la terre. Quelqu’un a-t-il pensé que cent mille tout au plus ont dû être tués sur le coup ? Soit cent mille agonies réparties sur quinze ou vingt jours.

Amoureux de la justice, je veux croire que les riches ont été favorisés de ce privilège, après tant d’autres privilèges, et que cette occasion ne leur a pas été refusée de méditer, dans le vestibule de l’enfer, sur les délices et la solidité des richesses. On a parlé d’une survivante, immobilisée sous les décombres, de qui la main avait été dévorée par son chat enseveli avec elle. Était-ce la « droite » ou la « gauche », cette main faite pour donner, comme toutes les mains ? Oublieuse des affamés, elle avait peut-être servi à nourrir cette seule bête qui lui continuait ainsi sa confiance.

Leçons terribles, si l’on veut, rudimentaires pourtant, mais combien perdues ! Il en faudra de plus terribles et on les sent venir… Le Christianisme est en vain, la Parole de Dieu est En vain, Donc, voici le « Bras pesant » qui fut annoncé, le Bras visible et indiscutable !

Ah ! il en est temps ! Le droit à la richesse, négation effective de l’Évangile, dérision anthrophagique du Rédempteur, est inscrit dans tous les codes. Impossible d’arracher ce ténia sans déchirer les entrailles, et l’opération est urgente. Dieu y pourvoira. — Tu n’as pas le droit de jouir quand ton frère souffre ! hurle, chaque jour, de plus en plus haut, la multitude infinie des désespérés.

Le présent livre sera l’écho de cette clameur.

 

Paris-Montmartre, 23 Janvier 1909.

Fiançailles de la Sainte Vierge.

 

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Le Sang du Pauvre de Léon Bloy

Crédits photographiques : Micah Albert (Redux Images).

Le Sang du Pauvre

«Le Sang du Pauvre est peut-être ce que j’ai fait de plus important. En tout cas, c’est un livre d’une exceptionnelle générosité, en ce temps de bassesse et de lâcheté à tous les étages. C’est aussi le livre d’un écrivain désormais incontestable. Dans la pénurie effrayante et tout à fait inouïe de l’intellectualité contemporaine, alors que l’Académie en enfance est réduite à inaugurer des cabotins, une attention singulière commence à se fixer sur moi. Il se dit déjà, même chez mes ennemis qui en écument, que je suis le seul. Il n’est donc pas déraisonnable ni téméraire d’espérer le retentissement d’un tel livre signé de mon nom et lancé par un éditeur puissant… Nulle personnalité choquante. Je parle au-dessus de l’actualité. C’est un Miserere chrétien où j’ai voulu ramasser la douleur universelle.»
Léon Bloy, Le Vieux de la montagne 1907-1910Journal de Léon Bloy, t. 3, Mercure de France, 1963, pp. 89-90, l’auteur souligne).

Le Sang du Pauvre est l’un des plus beaux et l’un des plus véhéments textes de Léon Bloy qui écrit à son sujet, le 5 février 1909 : «Ce livre que je porte depuis des années, sort de moi, comme un flot de mon propre sang, si on me perçait le cœur. C’est nouveau, inouï dans toute ma vie d’écrivains. Les deux ou trois auditeurs choisis qui en connaissent les premiers chapitres, s’étonnent, persuadés que j’accomplis l’œuvre qui me dépasse» (in Le Vieux de la montagne 1907-1910op. cit., pp. 88-9). Ce livre, avec Le Salut par les Juifs aurait été apprécié, dit-on, par Franz Kafka lui-même peut-être parce que, justement, Léon Bloy y manifestait plus que dans tout autre livre sa hauteur de vue et son invincible solitude, alors que le cochon Zola bâfrait avec les échotiers et, selon Bloy, devenait, de livre en livre, millionnaire : «Il y a plus : le Juif Franz Kafka s’est réclamé de Bloy. Il aimait le Salut par les Juifs et le Sang du Pauvre. Il a dit à son ami Janouch : «Bloy sait vitupérer de façon tout à fait extraordinaire… Bloy est animé d’un feu qui rappelle l’ardeur des prophètes. Que dis-je ! Il vitupère mieux qu’eux : et cela s’explique : son feu se nourrit de tout le fumier de notre temps» (cité par Georges Cattaui, in Léon Bloy, Lettre-Préface de J. Maritain et Avant-propos de Pierre Emmanuel, Éditions Universitaires, coll. Classiques du XXe siècle, 1954, p. 94).

C’est en 1909 que paraît, chez l’éditeur Juvent, Le Sang du Pauvre (1), dont le thème est le même que celui du Salut par les Juifs. Léon Bloy, pour sa propre stupéfaction (cf. son Journalop. cit., à la date du 17 avril 1909) a écrit très rapidement ce livre, de janvier à mars de cette même année et car  cette rapidité nous prouve  incontestablement  qu’il sait de quoi il parle lorsqu’il évoque deux sujets qui n’en forme qu’un : le Pauvre et l’Argent puisque, comme l’écrivain l’affirme dès les toutes premières lignes du premier chapitre, «Le Sang du Pauvre, c’est l’argent. On en vit et on en meurt depuis les siècles. Il résume expressivement toute souffrance» (p. 87). C’est avec son sang que le Christ a racheté les pauvres mais aussi les riches, une horreur eschatologique que Léon Bloy ne manque jamais de souligner. Si le sang du Christ coule, littéralement, sur le monde entier depuis des siècles, «Il fallait donc bien que l’argent le représentât : l’argent qu’on donne, qu’on prête, qu’on vend, qu’on gagne ou qu’on vole; l’argent qui tue et qui vivifie comme la Parole, l’argent qu’on adore, l’eucharistique argent qu’on boit et qu’on mange. Viatique de la curiosité vagabonde et viatique de la mort. Tous les aspects de l’argent sont les aspects du Fils de Dieu suant le Sang par qui tout est assumé» (Ibid., l’auteur souligne).
Ceci établi, Léon Bloy va se contenter de dérouler le fil de plusieurs métaphores. L’une d’entre elles, la plus frappante sans doute, est celle de la dévoration : le Riche consomme le pauvre, ou, en d’autres termes, il le mange : «Le Sang et la Chair du Pauvre sont le seuls aliments qui puissent nourrir, la substance du riche étant un poison et une pourriture» (p. 94). Innombrables sont les rappels de cette évidence, qu’il s’agisse des propriétaires qui doivent manger (cf. p. 112), d’un «modeste collier de perles de soixante mille francs» qui représente «l’addition du déjeuner de soixante requins» mais aussi «la mort affreuse de soixante créatures à la ressemblance de Dieu que nourrissait à peine leur épouvantable métier» (p. 115), l’égoïsme des riches étant celui de «cannibales» (p. 124), les gérants ne pouvant être qualifiés que de «carnassiers» (p. 125).
Il est arrivé à Léon Bloy d’apprécier certains des romans d’anticipation d’H. G. Wells comme La Machine à explorer le Temps ou bien L’Île du Docteur Moreau et la métaphore filée de la dévoration réelle, pas seulement symbolique, des pauvres par les riches, nous fait irrésistiblement songer au monde décrit par Harry Harrison dans le classique Make room ! Make room ! improprement traduit par Soleil vert, titre français du roman mais aussi de l’adaptation cinématographique qui en a été tirée, par Richard Fleischer, livre et film qui trouvent leur prolongement dans l’étrange roman d’O. Sarban (pseudonyme de John W. Hall) intitulé Le Son du cor, dans lequel l’auteur décrit une dystopie où les Nazis, victorieux du monde libre, organisent, pour se divertir, des chasses à l’homme dans d’immenses propriétés hantées par des êtres tout droit sortis des éprouvettes du Docteur Moreau.
Si la chair des pauvres est dévorée par les riches, leurs propres enfants étant «fortifiés avec du jus de viande de pauvre et [leur] cuisine [étant] pourvue de pauvre concentré» (p. 94), c’est aussi leur sang, le Sang du Christ, qui est bu par les riches qui se pourlèchent «en songeant à l’agonie des locataires malheureux qui s’exterminent pour son estomac de vautour femelle et pour son boyau culier» (p. 111), alors qu’ils ne leur manquent, pour devenir des vampires, «vraiment que du sang à boire, du sang humain de première marque» (ibid.), le sang des pauvres étant aussi celui des ouvriers crevant à la tâche, qui «s’ajoute au torrent de sang préalablement répandu pour la conquête monstrueuse de ce pays» (p. 113), peu importe lequel finalement, puisque l’universelle rapine se déchaîne dans toutes les colonies, comme l’indique le très beau chapitre intitulé Jésus-Christ aux colonies (2), soit l’histoire de la conquête des Amériques qui peut se résumer à «une longue rigole de sang noire qui coule derrière» les conquérants auxquels «les belles-mamans, éblouies, leur mijoteront des vierges» (p. 120), retour des pays chauds.
La richesse s’exprime par la dévoration mais aussi la succion. Le riche vampirise.
La Pauvreté, elle, ne saurait être confondue avec la Misère, comme l’écrivain le rappelle en quelques lignes magnifiques, qui auraient pu être écrites par son ami, Ernest Hello : «La Pauvreté groupe les hommes, la Misère les isole, parce que la pauvreté est de Jésus, la misère du Saint-Esprit. La Pauvreté est le Relatif, – privation du superflu. La Misère est l’Absolu, – privation du nécessaire. La Pauvreté est crucifiée, la Misère est la Croix elle-même. Jésus portant la Croix, c’est la Pauvreté portant la Misère. Jésus en croix, c’est la Pauvreté saignant sur la Misère» (p. 92).
Cette distinction n’intéressera finalement que peu de monde que car en fait, qu’il s’agisse de pauvreté ou de misère, les prélats, le clergé contemporains et l’ensemble des catholiques français (et belges, ajoute Bloy, perfidement) ne semblent, aux yeux de l’écrivain, pas dignes d’étreindre ces deux mots, parce qu’ils les confondent, probablement, comme ils confondent d’ailleurs tous les mots qu’ils emploient les uns à la place des autres : «Prêtres élégants, éloignez [des riches] le lit d’amour de Jésus-Christ, la croix misérable, infiniment douloureuse, plantée au milieu d’un charnier de criminels, parmi les ordures et les puanteurs, la vraie Croix simplement hideuse, bonnement infâme, atroce, ignominieuse, parricide, matricide, infanticide; la croix du renoncement absolu, de l’abandon et du reniement à jamais de tous ceux, quels qu’ils soient, qui n’en veulent pas; la croix du jeûne exténuant, de l’immolation des sens, du deuil de tout ce qui peut consoler; la croix du feu, de l’huile bouillante, du plomb fondu, de la lapidation, de la noyade, de l’écorchement, de l’écartellement (sic), de l’intercision, de la dévoration par les animaux féroces, de toutes les tortures imaginées par les bâtards des démons… La Croix noire et basse, au centre d’un désert de peur aussi vaste que le monde; non plus lumineuse comme dans les images des enfants, mais accablée sous un ciel sombre que n’éclaire pas même la foudre, l’effrayante croix de la Déréliction du Fils de Dieu, la Croix de Misère !» (pp. 92-3).

La préoccupation première de Bloy est, comme pour tout écrivain qui se respecte, de faire œuvre de langue. Si tout est inversé depuis la Chute, si nous voyons le monde, selon le mot énigmatique de l’apôtre, comme au travers d’un miroir et en énigme, l’écrivain véritable est celui qui va tenter de redresser les mots gauchis, et d’abord celui de pauvreté, galvaudé par ce siècle de sueur (cf. le chapitre 16 intitulé Le système de la sueur) : «L’homme est si près de Dieu que le mot pauvre est une expression de tendresse. Lorsque le cœur crève de compassion ou de tendresse, lorsqu’on ne peut plus retenir ses larmes, c’est le mot qui vient sur les lèvres» (p. 102, l’auteur souligne).
Notons que c’est la ressemblance même entre l’homme et Dieu qui fait du langage, aussi imparfait soit-il (3), Léon Bloy le sait mieux que nul autre qui a toujours tenté d’exprimer ce qui dépasse la parole, un instrument de salut qu’il ne faut jamais dédaigner : «Catastrophe de la Parole tombée dans la boue» (p. 135), qu’il faut donc laver et utiliser, à l’instar du poète juif Morris (Moïse-Jacob) Rosenfeld sur lequel Léon Bloy écrit des phrases magnifiques, pour chanter humblement et sincèrement la misère des hommes, et ainsi l’élever jusqu’à Dieu. L’écriture est intercession ou elle n’est rien : «[…] les poètes font ce qu’ils veulent. Ce jargon cosmopolite formé des guenilles de toutes les langues, il en a fait une musique de harpe lamentatrice» (p. 138).
Écrire, c’est donc redonner, du moins pour un artiste de race qui, toujours, aimera la douleur et la pauvreté (4), leur sens aux mots de la tribu, qu’un usage bourgeois a falsifiés, démonétisés, selon la règle très stricte de l’inversion parodique, de la dérision : «La dérision du Désir des pauvres est l’iniquité impardonnable, puisqu’elle est l’attentat contre la suprême étincelle du flambeau qui fume encore et qu’il est tant recommandé de ne pas éteindre» (p. 102).
En fin de compte, nous pourrions avancer l’hypothèse selon laquelle le lent travail de l’écriture redonnant aux mots galvaudés leur sens véritable n’est que la métaphore d’un autre retour à l’ordre ô combien vital aux yeux du catholique intransigeant qu’est Léon Bloy, qui mieux que nul autre a compris la mission (du moins à ses yeux) du peuple juif (5) : «Lorsqu’ils se convertiront, ainsi qu’il est annoncé, leur puissance commerciale se convertira de même. Au lieu de vendre cher ce qui leur aura peu coûté, ils donneront à pleines mains ce qui leur aura tout coûté. Leurs trente deniers, trempés du Sang du Sauveur, deviendront comme trente siècles d’humilité et d’espérance, et ce sera inimaginablement beau» (p. 136).
Ne nous attardons point sur cette dimension que nous avons explorée dans notre note sur Le Salut par les Juifs, et remarquons plutôt que c’est à propos de ce même livre, qui lui fut si cher, que Léon Bloy utilise, pour décrire son travail exégétique, la métaphore de l’artisan humble qui façonne les mots à l’exemple d’un sculpteur : «Celui de tous mes livres que j’estime le plus et qui m’a le plus coûté. J’ai voulu être le statuaire de la Parole» (6).
Au fond, comme les tragédies de Shakespeare, les meilleurs livres de Léon Bloy, qui sont souvent les plus ramassés et énigmatiques comme Le Sang du Pauvre, miment l’unique mouvement qu’il importe d’instaurer, au sein même de l’écriture : le constat de l’inversion du monde, sa déchéance depuis la Chute, la prostitution des mots qui en découle, puis l’effort pour tenter de rédimer ce qui gît dans les ordures du lieu commun. Ainsi, au moment où les Juifs reconnaîtront le Christ, l’ordre naturel sera de nouveau réinstauré, et les pauvres logiquement placés à la place éminente dont ils n’auraient jamais dû être chassés si les mots avaient conservé leur sens : «Celui qui parle ainsi [il s’agit du poète Rosenfeld] est, aux yeux du monde, un peu moins qu’un ver. Mais il a raison infiniment et Dieu lui-même n’a pas pu mieux dire. Les Juifs sont les aînés de tous et, quand les choses seront à leur place, leurs maîtres les plus fiers s’estimeront honorés de lécher leurs pieds de vagabonds. Car tout leur est promis et, en attendant, ils font pénitence pour la terre» (p. 140). Léon Bloy : nous pourrions, de même, caractériser son œuvre en affirmant qu’elle a fait ou tenté de faire pénitence pour la terre entière.
Il n’est ainsi point étonnant qu’une fois de plus, l’écrivain lie intimement les Juifs et les Pauvres, les uns et les autres ne constituant à ses yeux qu’une seule réalité, bien évidemment invisible (7) pour les bourgeois et les catholiques de son temps, qu’il faudrait sans doute regrouper au sein d’une même appellation péjorative, celle de cochons.
Mais les Juifs refuseront sans doute, c’est là je crois la grande, l’unique peur de Bloy, de reconnaître le Christ pour leur unique Messie, ce refus étant peut-être lié à la permanence, puis à l’accroissement inéluctable, des pauvres parmi nous. Ainsi, le dernier pauvre sera très probablement un Juif, même si Léon Bloy ne pose pas cette affirmation aussi clairement que je le fais : «On a demandé souvent ce que pourrait bien être l’Iota du Sermon sur la Montagne, lequel iota doit subsister et s’accomplir avant que passent le ciel et la terre. Un enfant répondrait à cette question. C’est précisément le Règne du Pauvre, le royaume des pauvres volontaires, par choix et par amour. Tout le reste est vanité, mensonge, idolâtrie et turpitude» (p. 149, l’auteur souligne).
Et c’est ainsi, à sa façon trouble, tortue, que Léon affirme, ne peut qu’affirmer le fait que sa mission d’écrivain est par avance vouée à l’échec et, qu’après lui, d’autres horribles travailleurs ne devront pas craindre d’intercéder, au moyen de leur art, auprès de Celui qu’il importe seul d’invoquer.

Notes
(1) Le Sang du pauvreŒuvres de Léon Bloy, t. 9 (Mercure de France, 1983). Les pages entre parenthèses renvoient, sauf exception, à notre édition.
(2) La condamnation de la colonisation par Léon Bloy est sans la moindre équivoque : «[…] on peut dire avec certitude et sans documents, que la condition des autochtones incivilisés, dans tous les pays conquis, est le dernier degré de la misère humaine pouvant être vue sur terre. C’est l’image stricte de l’Enfer, autant qu’il est possible d’imaginer cet Empire du Désespoir» (p. 120). Et, afin d’accentuer la culpabilité des catholiques tripatouilleurs d’affaires et toujours prêts à ruser par les bons offices des préceptes jésuitiques qui, dans ce livre comme dans les autres, constituent la première cible sur laquelle Léon Bloy ne se lasse jamais de tirer : «Tout chrétien partant pour les colonies emporte nécessairement avec lui l’empreinte chrétienne. Qu’il le veuille ou non, qu’il le sache ou qu’il l’ignore, il a sur lui le Christ Rédempteur, le Christ qui saigne pour les misérables, le Christ Jésus qui meurt, qui descend aux enfers, qui ressuscite et qui juge vivants et morts» (ibid.).
(3) «Le mal de ce monde est d’origine angélique et ne peut être exprimé dans une langue humaine. La Désobéissance d’abord, le Fratricide ensuite. Voilà toute l’Histoire» (p. 147).
(4) «Instinctivement, sans qu’il ait besoin de le savoir, [l’artiste] tend vers la Douleur, la Pauvreté, le Dépouillement complet, parce qu’il n’y a pas d’autres gouffres et que son attraction est au fond des gouffres» (p. 135). Léon Bloy, quelle qu’ait été son expérience, ô combien douloureuse, de la pauvreté, n’en idéalise volontairement pas moins cette situation qu’il n’a pas voulue mais subie : «L’argent est pour la Gloire de Dieu, sachez-le bien, et la Gloire de Dieu est au sein des pauvres. Tout autre usage qu’on en peut faire est une prostitution et une idolâtrie. Mais, avant tout, c’est un vol. Il n’y a qu’un moyen de ne pas détrousser les autres, c’est de se dépouiller soi-même» (p. 129).
(5) Une fois de plus, la conversion finale au christianisme des Juifs donne à Bloy l’occasion de vitupérer contre les catholiques de son temps : «L’abjection juive peut invoquer la foudre, l’abjection commerciale des chrétiens ne peut attirer que des giboulées de crachats et de déjections» (p. 136).
(6) Il s’agit d’une dédicace à un ami sculpteur, consignée le 30 octobre 1909, cf. em>Le Vieux de la montagne 1907-1910, op. cit., p. 118.
(7) C’est ce même thème de l’invisibilité de l’action divine dans notre monde qui a permis à Léon Bloy de justifier la thèse selon laquelle certains grands hommes, relativement à leur rôle dans l’Histoire, ont pu représenter le bras de Dieu : «Il y a des hommes, innocents ou criminels, en qui Dieu semble avoir tout mis, parce qu’ils prolongent son Bras et Napoléon est un de ces hommes» (p. 90). Notons que c’est dès 1909 que Léon Bloy va commencer à rédiger son ouvrage sur l’Empereur, comme il l’écrit le 17 avril 1909 : «Maintenant, je vais me jeter à Napoléon. 1809, hélas ! fut le commencement de son déclin. Cent ans après, je tâcherai de le remettre à cheval, ce plus grand des hommes qui m’attend peut-être», in Journalop. cit., p. 117.

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ECRIVAIN FRANÇAIS, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, MARCEL PROUST (1871-1922)

Comprendre l’oeuvre de Marcel Proust

Deux livres pour comprendre l’œuvre de Marcel Proust

Un recueil de nouvelles inédites de Marcel Proust et un livre de Jean-Yves Tadié apportent un éclairage au reste de son œuvre.

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Illustrations extraites de l’album à la recherche du temps perdu, 7e tome.STÉPHANE HUET/DELCOURT

 

  • Le mystérieux correspondant et autres nouvelles inédites, de Marcel Proust, Textes transcrits, annotés et présentés par Luc Fraisse, Éditions de Fallois, 174 p., 18,50 €
  • Marcel Proust – Croquis d’une épopée, de Jean-Yves Tadié, Gallimard, 372 p., 22 €

En 1919, le Goncourt était attribué à Marcel Proust pour son second roman À l’ombre des jeunes filles en fleur. Dans la multitude des livres publiés à l’occasion de cet anniversaire, deux ouvrages nous conduisent au plus près de ce que l’on tente indéfiniment de cerner : le cœur de La Recherche et son mystère.

Le premier rassemble des nouvelles inédites (à l’exception d’une) de Proust, contemporaines des Plaisirs et les Jours (1890), qu’il avait écartées de la publication. Comme Jean Santeuil et Contre Sainte-Beuve, ces nouvelles ont été retrouvées par Bernard de Fallois qui, le premier, à l’aube des années cinquante, refusant la légende d’un Proust uniquement mondain avant La Recherche, a ouvert les «corridors secrets» menant à son immense construction.

Les interrogations et hésitations de Françoise

Ces nouvelles que Proust voulait sans doute garder secrètes sont également centrées sur un secret : l’homosexualité. Impossible aveu d’un personnage à un autre, mais aussi d’un personnage à lui-même, et du narrateur au lecteur. Dans la nouvelle éponyme, construite sous la forme d’une énigme, l’héroïne, Françoise, se désole de voir Christiane, son amie, dépérir d’une maladie de langueur et reçoit en même temps des lettres passionnées d’un mystérieux correspondant lui disant qu’il se meurt d’amour pour elle.

Nourrie d’attente et de curiosité, la narration l’est aussi des interrogations et hésitations de Françoise, entre le prêtre qui la menace de la damnation éternelle si elle accepte – pour le sauver – l’amour du correspondant et le médecin qui prédit que Christiane va mourir, à moins de se marier ou de prendre un amant.

Le souvenir d’un visage

Aucun des trois n’a éclairci l’énigme, qui n’en est pas une. Et dans ces nouvelles on trouve, mêlées à ce que les personnages et l’auteur veulent cacher, des esquisses du «carnet de croquis», du «grimoire compliqué et fleuri» que le narrateur a dessinés à son insu et qu’il déchiffre en lui à la fin du Temps retrouvé.

Tout en retrouvant les situations, les figures de la nouvelle classique – le hasard d’une rencontre, une visite à une vieille amie, le secret caché dans une boîte – le lecteur voit apparaître en filigrane des images, des situations obsessionnelles qui deviendront plus tard récurrentes – l’angoisse à l’entrée d’un salon où personne ne connaît l’être aimé, le garçonnet qui pleure les jours de pluie parce qu’il ne peut retrouver aux Champs-Élysées la petite fille qui un jour le battra, la fascination pour le souvenir d’un visage dont les traits restent flous dans la mémoire…

Charlus, le double du narrateur

Dans C’est ainsi qu’il avait aimé, le retour sur la souffrance amoureuse, les progrès de l’oubli, le temps destructeur sont emportés dans le mouvement, le rythme de la phrase qui préfigure la fin d’Un amour de Swann. Dans ces nouvelles, Dieu est souvent présent : l’héroïne de Pauline de S., proche de la mort, ne veut pas s’y préparer, le narrateur anonyme d’Après la 8Symphonie de Beethoven, voulant atteindre « ces réalités invisibles qui sont le rêve de notre vie», déclare : « Il y a pourtant un royaume de ce monde où Dieu a voulu que la Grâce pût tenir les promesses qu’elle nous faisait…» Un peu effacée dans la Recherche, cette présence n’a pas disparu.

Le personnage le plus fascinant de l’œuvre, c’est Charlus, double du narrateur qui compare sa foi à celle des hommes du Moyen Âge. Athée, Proust ? Plutôt agnostique. Éprouvant la nostalgie de la foi.

L’histoire d’une vocation

Dans une lettre à une voisine (1) à propos d’un ami commun proche de la mort qui trouve des consolations dans la foi, il écrit : « Une chose que je vous dis en confidence car c’est un sujet délicat mais qui me rend très heureux parce que je crois que cela peut être pour lui une grande consolation: je veux dire un éveil de vie profondément religieuse, une foi ardente et profonde.»

 Cette phrase, Jean-Yves Tadié, le plus grand des proustiens vivants, l’a retenue. Après avoir exploré dans de très nombreux ouvrages l’univers du romancier, Tadié en regroupe dans Croquis d’une épopée des thèmes, des figures, des épisodes, à travers des constellations de signes et des « détails révélateurs ».

Et dans Jean Santeuil, dont il regrette que les proustiens le lisent peu et qui pour lui est une « autoanalyse » du jeune Proust, il repère les germes, les textes qui ont nourri sa technique narrative – Georges Eliot, Balzac, Flaubert – les processus de création romanesque et l’intuition de ce qui sera le thème essentiel de La Recherche: l’histoire d’une vocation.

(1) Lettres à sa voisine (Gallimard, dans La Croix du 17 octobre 2013)

https://www.la-croix.com/Culture/Livres-et-idees/Deux-livres-comprendre-loeuvre-Marcel-Proust-2019-11-06-1201058862

 

Marcel Proust (1871-1922)

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Valentin Louis Georges Eugène Marcel Proust est un auteur français qui a marqué le XXe siècle et la littérature mondiale par son œuvre éblouissante.

Issu d’un milieu bourgeois, cultivé et marqué par un entourage féminin, le jeune Marcel est de santé fragile ; il aura toute sa vie de graves difficultés respiratoires causées par l’asthme.

Il fait d’abord des études de droit, puis de lettres, pour finir par intégrer le milieu artistique et mondain de Paris, ce qui lui vaut une réputation de dilettante mondain.
Il commence une carrière de journaliste-chroniqueur, travaillant aussi à un roman qui semble ne jamais pouvoir s’achever (« Jean Santeuil »).
En 1900, il voyage à Venise et à Padoue pour découvrir les œuvres d’art en suivant les pas de John Ruskin sur lequel il publie des articles et dont il traduit sans succès certains ouvrages.

La mort de sa mère déstabilise encore sa personnalité sensible et inquiète. Son activité littéraire devient plus intense, et c’est en 1907 que Marcel Proust commence l’écriture de son grand œuvre « À la recherche du temps perdu« , dans la solitude de sa chambre aseptisée. Il écrit l’un des romans occidentaux les plus achevés, dont les sept tomes sont publiés entre 1913 et 1927, c’est-à-dire en partie après sa mort.

Il s’insurge contre la méthode critique de Sainte-Beuve, alors très en vogue, selon laquelle l’œuvre d’un écrivain serait avant tout le reflet de sa vie et ne pourrait s’expliquer que par elle.
Tandis que la première partie, « Du côté de chez Swann« , passe inaperçue, « A l’ombre des jeunes filles en fleurs« , le deuxième volet de la « Recherche » reçoit en 1919 le prix Goncourt.

Dans l’ensemble de son œuvre, Proust questionne les rapports entre temps, mémoire et écriture. Connu pour la longueur de ses phrases parsemées de relatives au rythme dit « asthmatique », Marcel Proust reste une référence et un monument incontestable de la littérature française. Dans la « Recherche du Temps Perdu« , il réalisa une réflexion sur le sens de l’art et de la littérature, sur l’existence même du temps, sur sa relativité et sur l’incapacité à le saisir au présent.

Ses amis et relations utilisaient, pour qualifier sa manière d’écrire, le verbe « proustifier » .
Il meurt, épuisé, emporté par une bronchite mal soignée.

 

 

ECRIVAIN FRANÇAIS, EMMANUEL ROBLES (1914-1995), LA CROISERE, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

La croisère, Emmanuel Roblès

La croisère

Emmanuel Roblès

Paris, Le Seuil, 1968. 159 pages.

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Résumé :

Si Georges Maurer participe à cette longue croisière en Méditer-ranée à bord d’un yacht de luxe, c’est occasionnellement (il se trouvait sans travail) et en qualité de guide-interprète pour une agence de voyages.

Avec certains passagers, tout de suite ses rapports s’altèrent, mais en définitive ce qui compte à ses yeux, ce sont les liens qui l’unissent à ses camarades de l’équipage. Or, la force et la profondeur de ces liens se vérifieront à l’heure où, en pleine mer, une circonstance exceptionnelle créera un dramatique conflit entre les uns et les autres.

Ainsi, aux deux rendez-vous qui, pour Georges, étaient possibles à la prochaine escale de Palerme, soit avec Madeleine soit avec Marie-Louise, l’une des passagères, un troisième se substituera, que personne n’avait prévu. Mais ce troisième rendez-vous justifiera pour Georges son aspiration constante à demeurer, selon le vœu de Miguel de Unamuno : « rien qu’un homme mais tout un homme ».

Cette belle histoire de mer, ce carrefour de passions triomphantes, Emmanuel Roblès les montre avec une vérité qui n’exclut pas un appel au fantastique. Ainsi, La Croisière vient se placer tout naturellement dans la lignée des romans les plus romanesques d’aujourd’hui.

Source : Le Livre de Poche, LGF

Analyse du roman

Il y a dans cette histoire romanesque quelques éléments autobiographiques concernant l’auteur : « La guerre a perturbé mes études et mes projets » écrit Georges Maurer le héros de ce roman , pour Roblès, la guerre coupe court à ses études (licence d’espagnol) , Georges trouve un travail d’interprète comme le fut Roblès dans l’armée, pendant la Seconde guerre mondiale, … Des allusions aussi à l’Algérie, à Oran, sa ville natale, à une épidémie meurtrière qui sévit sur un paquebot, anecdote relatée par le commandant du bateau, Manuel, le père d’Emmanuel, mourut du typhus avant sa naissance, son épouse, Paulette fut, atteinte par cette même infection, en 1941, ces tristes souvenirs seront confiés à Camus qui s’en servit, très vraisemblablement pour enrichir La Peste, et puis ces rats qui pullulent à la fin du récit…
Georges Maurer sans travail , accepte la proposition d’une agence de voyage pour servir d’interprète à bord d’un yacht de luxe le Saint-Florent dans lequel ont embarqué deux riches couples , Marie-Louise et Michel Jonnard et Gerda et Erich Hartman (un couple allemand et un couple français que les affaires rapprochent au lendemain de la Guerre 39-45), une croisière en Méditerranée qui tient à la fois de voyage d’affaire et d’agrément de Cannes à Palerme en passant par  Monaco, San Remo, Gênes, Rome…
Au fur et à mesure des jours, le climat se tend… Le bateau doit accoster à Palerme, mais une tragédie survient en toute fin du voyage pour clore un récit qui est lent à se mettre en en place et le drame  qui se dévoile en fin du roman bouleverse la  vie de chacun des personnages et révéler leur vrai visage et les valeurs qui les animent.

C’est un ouvrage en forme d’appel pour réconcilier l’homme et ses semblables. La Croisère  illustre cette préoccupation de l’auteur où le personnage principal, dans une situation intensément dramatique parce qu’il la vit dans sa propre chair pour l’avoir épargnée à des camarades déshérités, pris d’hallucination et de délire lance «des paroles chargées d’un invincible espoir, d’une conviction passionnée!… «Dieu que j’ai soif!» dans une ivresse de fraternité, une ardeur de vivre, radieuse, flamboyante comme un soleil!»
Ces propos rappellent ceux déjà rencontrés dans d’autres romans d’Emmanuel Roblès : Les Hauteurs de la Ville, Cela s’appelle l’aurore, Monserrat.. Et c’est ce qu’on retrouve avec plus de clarté et moins d’artificialisme romanesque chez Georges Maurer.
«La Croisière», c’est donc l’histoire précisément d’un destin, celui de Georges Maurer qui se définit comme ceci dans une lettre à son ami Serge personnage déjà présent dans un autre roman «Le Vésuve» : «J’ai déjà abandonné plusieurs places. J’ai passé beaucoup de temps à cultiver en moi l’individu jusqu’à ce point extrême de ma jeunesse où la guerre m’a pris pendant trois ans. Je suis non à la recherche d’une autre guerre, mais d’une chaleur qui me manque… Comme toi je suis sorti de la guerre pour retourner à un monde où l’argent domine… Sache que j’ai rencontré une jeune personne du nom de Madeleine… Nous avons fait ensemble plusieurs sorties et juste avant de partir j’ai découvert que près d’elle tout semblait simple et beau comme une feuille d’arbre ou comme une plume d’oiseau». Voici un thème que Roblès aurait pu continuer avec cette poésie de tendresse et de vérité que nous avons aimée, par exemple, dans «La Vérité est morte» et dans «Montserrat». Ici, dans «La Croisière», il y a un humanisme viril à la limite des séquelles de la guerre contre les nazis.
Dans une série de P.S. de la même lettre, Georges Maurer se précise: «Tu crois que je souffre plus que bien d’autres de voir tourner le monde sans qu’il soit possible enfin de l’arrêter. Ce n’est pas ça, vieux. Je crois que je ne souffre même pas de mon incapacité à comprendre pourquoi il tourne. Je souffre en vérité de ne pas savoir du tout ce que j’y fais, moi. Georges Maurer, ancien étudiant, ancien manœuvre  d’usine, ancien pompiste, ancien veilleur de nuit, ancien secrétaire d’un agent théâtral merveilleusement filou et déjà ancien guide-interprète avant même d’avoir commencé, tant j’ai peu de vocation depuis la guerre pour garder prise sur l’avenir.» Dans le dernier P.S., il souligne: «Nous avons tué Dieu et nous voilà tous orphelins.»

ECRIVAIN FRANÇAIS, GEORGES DUBY (1919-1996), HISTORIEN FRANÇAIS, LIVRES

L’historien Georges Duby (1919-1996)

Georges Duby

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Georges Duby (né le 7 octobre 1919 à Paris et mort le 3 décembre 1996 au Tholonet) est un historien français. Spécialiste du Moyen Âge, il est professeur au Collège de France de 1970 à 1991.

 

Biographie

 Famille et études

Georges Michel Claude André Duby est issu d’une famille d’artisans parisiens. Son père était teinturier et travaillait notamment pour le cinéma.

Il fait ses études secondaires à Mâcon et est lauréat du Concours général de dessin. Il fait ensuite des études supérieures d’histoire et de géographie à la faculté de lettres de Lyon et est reçu 9e (sur 12) à l’agrégation d’histoire et géographie en 1942.

 Carrière universitaire

Il commence sa carrière dans l’enseignement secondaire, puis est nommé assistant à la Faculté de lettres de l’université de Lyon à la Libération, enseigne quelque temps à Besançon, puis obtient la chaire d’histoire du Moyen Âge à la Faculté de lettres d’Aix-en-Provence en 1951. Il se fixe alors dans cette région.

Le samedi 21 juin 1952, Georges Duby soutient à la Sorbonne sa thèse de doctorat ès lettres, réalisée sous la direction de Charles-Edmond Perrin et intitulée La Société aux xie et xiie siècles dans la région mâconnaise (thèse qui sera ensuite publiée en 1953) ; sa thèse complémentaire étudie Les pancartes de l’abbaye cistercienne de la Ferté-sur-Grosne, 1113-1178. Outre Perrin, le jury est composé de Robert Fawtier et Pierre Petot, respectivement professeur d’histoire médiévale à la Sorbonne et professeur d’histoire du droit à la Faculté de droit de Paris. Dans sa thèse, Duby utilise la masse considérable des documents de l’abbaye de Cluny pour expliquer « à fond » un espace particulier, le Mâconnais, reprenant l’exemple des monographies régionales produites alors par l’école géographique française

En 1970, il est élu à la chaire d’histoire des sociétés médiévales du Collège de France, qu’il occupe jusqu’en 1991.

Les archives (manuscrits et tapuscrits) qu’il a constituées au cours de sa carrière sont réunies dans le « fonds Duby » déposé pour l’essentiel par sa veuve Andrée Duby depuis 20035 à l’Institut mémoires de l’édition contemporaine. Madame Andrée Duby est décédée le 19 août 2016 à l’âge de 96 ans.

 

Distinctions et hommages

Les honneurs officiels récompensent son enseignement et ses nombreuses publications, dont le rayonnement dépasse très largement le cercle des spécialistes.

En 1974, il est élu membre ordinaire de l’Académie des inscriptions et belles-lettres. Le 18 juin 1987, il est élu à l’Académie française, où il succède à Marcel Arland au 26è  fauteuil. Il est reçu sous la Coupole en 1988 par Alain Peyrefitte. La cérémonie est filmée intégralement par la télévision française et diffusée par la chaîne FR3.  Il fut également membre étranger de la British Academy, de la Royal Historical Society, de la Medieval Academy of America, de la Société américaine de philosophie, de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, de l’Accademia nazionale dei Lincei, de l’Académie royale espagnole, de l’Académie hongroise des sciences et de l’Academia Europaea.

En 1973, il est récompensé par le Prix des Ambassadeurs pour son livre Le dimanche de Bouvines. En 1977, il est aussi lauréat du Grand prix Gobert de l’Académie française pour son livre Le temps des cathédrales.

Apport à l’histoire du Moyen Âge

Georges Duby a su dès le début de sa carrière renouveler la perception du Moyen Âge en adoptant des points de vue originaux. Sa rencontre avec la géographie est importante dans sa formation d’historien. Elle est alors, à la fin des années 1940, selon ses mots, une discipline où l’on est « le plus attentif à ce qui se produisait de plus neuf parmi les sciences de l’homme ». Cette filiation (André Allix, Roger Dion) l’amène à étudier l’histoire médiévale, mais, plus encore, à prendre en compte les paysages et les sociétés rurales de cette époque.

Plus particulièrement spécialiste des Xè, XIè, XIIè et XIIIè siècles en Europe occidentales, Duby contribue tout au long de ses ouvrages à renouveler les méthodes et les objets de la discipline historique. Auteur de vastes études (Guerriers et Paysans en 1973, L’Europe au Moyen Âge en 1979), il pousse encore plus loin ses recherches sur la société médiévale en reprenant la célèbre trifonctionnalité de Georges Dumézil (Les Trois Ordres ou l’Imaginaire du féodalisme en 1978), tout en renouvelant l’archétype de l’événement historique dans un livre aujourd’hui célèbre par le paradoxe apparent qu’il affirme dans son titre : Le Dimanche de Bouvines, sur la Bataille de Bouvines, publié en 1973, est une célébration de l’événement, certes, mais surtout une analyse magistrale de son environnement et de ses conséquences.

Grand admirateur de Fernand Braudel, il appartient cependant à la troisième génération d’historiens de l’école des Annales, fondée en 1929 par Marc Bloch et par Lucien Febvre, notamment par ses apports à l’histoire des mentalités, constitutive de cette troisième génération.

Outre son intérêt non démenti pour la géographie relevé plus haut, Georges Duby s’illustre également par sa maîtrise de la langue française et par des apparitions à la télévision, dans le cadre d’émissions de vulgarisation inspirées par ses écrits, comme Le Temps des cathédrales (1976), ou dans le cadre de débats. Il a été président de la chaîne de télévision Arte France depuis sa création en 1986 jusqu’en 1989.

Georges Duby a beaucoup apporté au renouvellement de la compréhension de l’Histoire grâce au concept de représentation mentale. Avec d’autres penseurs, comme Marc Augé en anthropologie, il a reconnu et explicité la fonction de la représentation dans la constitution des ordres et des rapports sociaux, l’orientation des comportements collectifs et la transformation du monde social. À propos de l’imaginaire de la féodalité, Georges Duby parle de la représentation comme « membrure », « structure latente », « image simple » de l’organisation sociale assurant le passage vers différents systèmes symboliques.

 

Œuvres (sélection)

Note : une liste exhaustive des œuvres de Duby est disponible sur le site de l’Académie française

 Ouvrages universitaires

La Société aux xie et xiie siècles dans la région mâconnaise, Paris, Éditions de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, 1953. Thèse de doctorat d’État.

L’Économie rurale et la vie des campagnes dans l’Occident médiéval, Paris, Aubier, 1962, 2 volumes.

Hommes et structures du Moyen Âge, Paris, Mouton, 1973; rééd. en deux volumes : Seigneurs et Paysans et La Société chevaleresque, Paris, Flammarion, 1988.

Guerriers et Paysans, viiexiie siècles : premier essor de l’économie européenne, Paris, Gallimard, 1973.

Les Trois Ordres ou L’Imaginaire du féodalisme, Paris, Gallimard, 1978

Le Chevalier, la Femme et le Prêtre : le mariage dans la France féodale, Paris, Hachette, 1981

Guillaume le Maréchal ou Le meilleur chevalier du monde, Paris, Fayard, 1984 Biographie de Guillaume le Maréchal, qui s’élève dans la hiérarchie féodale par ses dons jusqu’à devenir l’un des hommes les plus puissants du royaume d’Angleterre.

Mâle Moyen Âge : de l’amour et autres essais, Paris, Flammarion, 1988, réédition de 2010,

Dames du xiie siècle, Paris, Gallimard, 1995-1996, 3 volumes:

  1. Héloïse, Aliénor, Iseut et quelques autres
  2. Le souvenir des aïeules

III. Ève et les prêtres

Les Femmes et le pouvoir au xiie siècle, conférence donnée au Collège de France le 17 février 1994, CD audio, Houilles, Le Livre qui parle, 2009.

 

Ouvrages grand public

L’An mil, Paris, col. « Archives », Julliard, 1967 (rééd. Gallimard, 1980

Le Dimanche de Bouvines (27 juillet 1214), Gallimard « Trente journées qui ont fait la France », Paris, Gallimard, 1973 Duby y montre qu’un historien des Annales peut aussi, à l’occasion, traiter d’un événement : la bataille de Bouvines.

Avec Andrée Duby, Les procès de Jeanne d’Arc, Paris, Gallimard, 1973.

L’Europe au Moyen Âge (art roman, art gothique), Paris, Arts et Métiers Graphiques, 1981.

Histoire de l’art

Adolescence de la chrétienté occidentaleL’Europe des cathédrales et Fondement d’un nouvel humanisme, Genève, Skira, 1966-1967, 3 volumes ; repris en un volume sous le titre Le Temps des cathédrales : l’art et la société (980–1420), Paris, Gallimard, 1976 (Grand Prix Gobert de l’Académie française 1977) (

Saint Bernard : l’art cistercien, Paris, Arts et Métiers Graphiques, 1976.

 

Compilations

Féodalité, Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 1996

L’Art et la société. Moyen Âge – XX siècle, Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 2002

Œuvres, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2019

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 Participation à des ouvrages collectifs

(dir.) Atlas historique, Paris, Larousse, 1978. Nombreuses rééditions revues et augmentées.

Avec Robert Mandrou, Histoire de la civilisation française, Paris, A. Colin, 1958, 2 volumes.

(dir.) Histoire de la France, Des origines à nos jours, Paris, Larousse, 1970-1971, 3 volumes; rééd., Paris, Larousse, 2007, coll. « Bibliothèque historique »,

(codir. avec Armand Wallon) Histoire de la France rurale, Paris, Le Seuil, 1976, 4 volumes.

(dir.) Histoire de la France urbaine, Paris, Le Seuil, 1980-1985, 5 volumes

(codir. avec Philippe Ariès) Histoire de la vie privée, Paris, Le Seuil, 1985-1987, 5 volumes

(codir. avec Michelle Perrot) Histoire des femmes en Occident, Paris, Plon, 1990-1992, 5 volumes.

 Divers

Avec Guy Lardreau, Dialogues, Paris, Flammarion, 1980 (rééd. Les petits Platons, 2013

L’Histoire continue, Paris, Odile Jacob, 1991,

Mes ego-histoires (livre édité à titre posthume par Patrick Boucheron et Jacques Dalarun), Paris, Gallimard, 2015.

 

Bibliographie

Maurice Agulhon, « Duby Georges (1919-1996) » sur Encyclopædia Universalis.

Patrick Boucheron, « La lettre et la voix : aperçus sur le destin littéraire des cours de Georges Duby au Collège de France, à travers le témoignage des manuscrits conservés à l’IMEC », Le Moyen Âge, De Boeck, t. CXV,‎ 2009, p. 487-528 ).

Patrick Boucheron (dir.) et Jacques Dalarun (dir.), Georges Duby, portrait de l’historien en ses archives : colloque de la Fondation des Treilles, Paris, Gallimard, 2015, 472 p.

François Bougard, « Genèse et réception du Mâconnais de Georges Duby », Bulletin du Centre d’études médiévales d’Auxerre, no hors-série no 1 « Georges Duby »,‎ 2008

Laurent Feller, « Georges Duby et les Études d’histoire rurale », Bulletin du Centre d’études médiévales d’Auxerre, no hors-série no 1 « Georges Duby »,‎ 2008

Jean-Claude Helas, « Le vocabulaire de Georges Duby dans L’économie rurale et la vie des campagnes dans l’Occident médiéval », dans Benoît Cursente et Mireille Mousnier (dir.), Les Territoires du médiéviste, Presses universitaires de Rennes, 2005 p. 45-70.

Jacques Le Goff, « Georges Duby (1919-1996) », Cahiers de civilisation médiévale, no 158,‎ 1997 (40e année), p. 199-209 (

Florian Mazel, « Pouvoir aristocratique et Église aux xe-xie siècles : retour sur la « révolution féodale » dans l’œuvre de Georges Duby », Bulletin du Centre d’études médiévales d’Auxerre, no hors-série no 1 « Georges Duby »,‎ 2008

(en) Leah Shopkow, « Georges Duby (1919-1996) », dans Philip Daileader et Philip Whalen (dir.), French Historians, 1900-2000 : New Historical Writing in Twentieth-Century France, Chichester / Malden (Massachusetts), Wiley-Blackwell, 2010, XXX-610 p. ,  p. 180-201.

Source : Wilipédia

ECRIVAIN FRANÇAIS, EMMANUEL ROBLES (1914-1995), LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS, SUR LES HAUTEURS DE LA VILLE

Sur les hauteurs de la ville : un roman d’Emmanuel Roblès

Sur les hauteurs de la ville

Emmanuel Roblès

Paris, Le Livre de Poche 1960.

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Résumé

L’histoire débute par l’arrestation, pour acte de résistance, de Smaïl un jeune algérien pour dénoncer l’envoi en Allemagne de travailleurs au nom de l’opération Todt (organisation chargée de recruteur de jeunes français pour travailler au service de l’Allemagne pendant la Guerre de 1939-1945). Humilié par un certain Almaro, le colon français qui collabore avec les Allemands, le  jeune homme n’aura de cesse de se venger

 

Le sentiment d’humiliation et de désespoir qu’il ressent face à cette arrestation va faire naître en lui de la haine. La vengeance devient alors son leitmotiv, voire une raison d’être contre laquelle même l’amour ne peut rien.

A travers ce roman et son protagoniste, Emmanuel Roblès met en exergue le désarroi qui tourmente les jeunes Algériens dans les années 1946, le début de cette résistance contre le colonialisme…

 

 

Ce qu’en disait l’auteur lui-même en préfaçant son livre :

 

 » À l’époque où il fut écrit, c’est-à-dire dans les années 1946-47, ce récit avait le dessein de témoigner sur un aspect du désarroi qui tourmentait alors de jeunes Algériens. Il voulait également illistrer certaines aspirations, nées avec plus ou moins d’élan et de clarté, au feu des évènements qui transformaient le monde. Comment, en particulier, ne pas reconnaître que pour beaucoup de ces jeunes hommes, l’exemple de la Résistance française a été décisif ?

En mai 1945, je me trouvais du côté de Stuggart lorsque me parvinrent les premières rumeurs de la révolte algérienne dans le Constantinois. Un immense incendie s’éteignait à peine en Europe. Un autre s’allumait dans mon propre pays de l’autre côté de la mer. S’il n »était pas de même proportion, ses flammes en avaient déjà le même rougeoiement de malheur.

A mon retour en Algérie, l’année suivant, ce que j’ai constaté là-bas m’a fait vivre dans la certitude que le brasier noyé un peu plus tôt dans le sang de milliers de victimes reprendrait plus dévorant. On tue les hommes, on ne tue pas l’idée pour laquelle ils acceptent de mourir, chacun de nous le sait

Aux jeunes Algériens, l’avenir n’offrait aucun espoir. L’esprit comme les structures mêmes du régime colonial, les destinaient à buter contre un mur, sans la moindre possibilité de percée, d’ouverture sur un monde plis équitable. Une découverte de ce genre conduit déjà, presque à coup sûr, à la violence. Mais elle s’est complétée, pour les meilleurs, d’une conscience précise des forces qui, au mépris de toute justice, maintenaient ce mur.

Six ans à peine après la publication des Hauteurs de la ville, l’Algérie prenait son visage de guerre. Par milliers, des Smaïl, décidés à conquérir leur dignité, ont surgi du fond de leur nuit, la torche au poing.

À leur cri ont répondu, dans l’autre camp, des Montserrat qui, pour avoir douté de la légitimité du combat dans lequel la France les engageait, expient dans les prisons de Casabianda ou de Constantine.

Qu’on me croie, je ne cite pas mes personnages par complaisance tant je suis convaincu que tout écrivain, pour peu qu’il nourrisse sa création de vérité humaine, sait qu’il rencontrera tôt ou tard, à certains tournants de la vie, ses propres créatures, celles de « chair et d’os » dont se préoccupait Unamuo et qui « pèsent sur la terre ».

Mais si j’ai réunit ici, Smaïl et Monserrat, c’est qu’ils sont à mes yeux, sortis tout  brûlants d’un unique foyer : celui où la conscience de l’homme forge sa résistance à la plus grande défaite qui la menace qui est sa négation même.

 

Emmanuel Roblès ‘juillet 1960

CELA S'APPELLE L'AURORE, ECRIVAIN FRANÇAIS, EMMANUEL ROBLES (1914-1995), LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

Cela s’appelle l’aurore : un roman d’Emmanuel Roblès

Cela s’appelle l’aurore

 Emmanuel Roblès 

Paris, Cercle du bibliophile de Paris, 1964. 256 pages.

 

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Description du produit

Emmanuel Roblès Cela sappelle l’aurore Le Club du Bibliophile 1964–Luigi Valorio n’est pas le premier à se prendre au piège d’un joli minois masquant un coeur sec d’enfant gâtée ni à s’attacher à une autre répondant mieux à ses aspirations quand il s’aperçoit de son erreur. Il ne serait pas le premier à vivre entre deux femmes, mais le pourra-t-il ? Cette question l’obsède en relisant les lettres où sa jeune épouse Angola annonce son retour. Angola ne s’est jamais plu à Salina, en Sardaigne, où son mari est médecin. Elle ne rêve que de mener à Naples auprès de son père son existence mondaine de jeune fille – au point qu’elle a dépéri et que ‘Luigi l’a envoyée se soigner dans les Alpe s. Clara est alors entrée dans sa vie. S’en séparer ? Impensable. Et pourtant… Hantée par ce dilemme, presque en état second, il court d’un malade à l’autre. Sinon, il aurait ôté son arme à Sandro Galli qui menace de tuer son patron Gorzone si sa femme Magda meurt – ou mieux plaidé sa cause auprès de ce Gorzone, qui sait ? Magda meurt, Sandro tue Gorzone et se réfugie chez Luigi juste avant l’arrivée d’Angola. Les risques encourus sont énormes, mais c’est dans l’épreuve que se jugent les caractères ? et chacun aura donné sa mesure quand s’achève le beau roman d’Emmanuel Roblès.

 

Impressions de lecture

Luigi Valerio est médecin dans une petite ville perdue de Sardaigne et il soigne presque gratuitement ses clients qui sont tous d’un milieu pauvre comme Sandro ou Pietro. Mais s’il est apprécié de ses patients il est malheureux en ménage : quelques années auparavant, il a épousé Angela, fille d’un riche Napolitain, qui se révèle plutôt comme une femme enfant et qui s’ennuie terriblement dans cette île où elle ne trouve aucun divertissement ; alors tant son mari l’envoie en cure dans les Alpes. En son absence, il s’est épris de Clara, la jolie veuve habitant la maison voisine. Dans les bras de Clara, il découvre l’amour, un amour qui le réconforte au milieu des tracas que lui causent ses patients et qui se révèle bien plus que la tendre affection qu’il éprouve pour sa jeune épouse. Mais il doit faire face au retour de cette dernière qui se fait de plus en plus proche. Alors comment concilier le fait de devoir vivre entre deux femmes : sa femme et sa maitresse. C’est l’un des thèmes de ce roman qui ressemnble – mais qu’en apparence – à tant de roman d’amour.

Mais il y a bien plus et c’est ce qui fait tout l’intérêt de ce livre. Médecin, Valerio soigne Magda, la femme de son ami Sandro : il tente de la sauver mais il n’y parviendra pas. Magda meurt  et fou de douleur et de chagrin son mari abat le fort peu sympathique  Gorzone qui, dans sa grande jalousie (parce qu’il n’a pas pu obtenir la jolie et jeune Magda), n’a cessé de maltraiter le couple. Pour Valerio, lorsque Sandro vient se réfugier chez lui après le meurtre, la solution est vite trouver : il cachera Sandro car, depuis qu’il connait Clara, il sait jusqu’où peut aller l’amour et un amour peut pousser quelqu’un.
Que va-t-il advenir de tous ces secrets : la liaison avec Clara, Sandro caché dans l’ancienne chambre de bonne…? Qui sait quoi de tous ces secrets : la bonne ? l’inspecteur de police ? Les habitants du village ? Les découvrira-t-on?  Comment cela va-t-il finir pour tous les protagonistes du roman ?
Ainsi, Luigi Valerio se montre certes un homme infidèle envers sa femme, mais il y a sa soif d’absolu, sa volonté de vivre suivant ses valeurs et c’est tout cela qui le rend sympathique et que l’on arrive pas à lui en vouloir de tromper sa femme, de cacher un criminel dans sa maison sa volonté de vivre selon ses valeurs, suscite la sympathie et l’admiration. Il en est de même pour Sandro ou Pietro, deux hommes perdus
C’est le drame qui se joue dans ce livre qui rend cet ouvrage poignant et qui fait que l’on prend fait et cause pour les personnages. Même si l’histoire ne finit pas comme l’on souhaiterait malgré le triomphe de l’amour on se laisse emporter par ce petit livre haut en couleur.

®Claude-Marie T.

 

 

L’auteur : Emmanuel Roblès:

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Emmanuel Roblès est un écrivain français né à Oran (Algérie) en 1914 et décédé à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) en février 1995..

D’une famille ouvrière, il est reçu à l’Ecole Normale d’Alger.

Il obtient de faire son service militaire à Blida, puis à Alger où il se lie aux jeunes écrivains groupés autour du libraire-éditeur Edmond Charlot qui vient de publier « L’Envers et l’Endroit » d’Albert Camus.

Il s’inscrit à la Faculté des Lettres pour préparer une licence d’espagnol tout en collaborant à « l’Alger républicain » dont Albert Camus est rédacteur en chef et qui publiera « la Vallée du paradis« . Ce roman d’Emmanuel Robles (le second après l’Action) parut en feuilleton sous le pseudonyme d’Emmanuel Chênes.

La guerre oblige Emmanuel Robles à cesser ses études et il devient interprète auxiliaire de l’armée, puis officier-interprète jusqu’à ce que le général Bouscat, commandant l’air en Afrique du nord, le nomme correspondant de guerre en 1943. Cette période est pour lui très mouvementée et lui vaut, en particulier, les émotions fortes de plusieurs accidents d’avion.

Après la guerre il s’efforce de vivre de sa plume à Paris et collabore à divers quotidiens et hebdomadaires: Le Populaire, Gavroche, Combat, Aviation Française, etc. Repris pas la nostalgie d’Alger, il y retourne en 1947 et fonde une revue littéraire « Forge ».

Durant cette année 1947, et sous le coup de l’émotion soulevée par les évènements de mai 1945 en Algérie, il écrit « Les Hauteurs de la ville« , roman qui obtient le Prix Fémina l’année suivante. Il écrit également sa première pièce « Montserrat« .

Parallèlement à sa création littéraire, Robles voyage beaucoup. De son séjour au Mexique en 1954, il a rapporté le thème de son roman « Les Couteaux » et de son voyage au Japon en 1957, celui de son récit « L’homme d’Avril« .

Il se tournera ensuite vers le cinéma: il collaborera avec Luis Buñuel pour Cela s’appelle l’Aurore et Lucchino Visconti pour l’adaptation de l’Etranger de Camus ainsi que pour des dialogues et des adaptations télévisées.

Source : Wikipédia

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BORIS VIAN (1920-1959), ECRIVAIN FRANÇAIS, LITTERATURE FRANÇAISE

Boris Vian (1920-1959)

 

Boris Vian (1920-1959)

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Ingénieur, jour de jazz, écrivain, auteur de romans cultes tel que L’Écume des jours, éditeur, Boris Vian a participé à la légende de Saint-Germain-des-Près.

 

BREVE BIOGRAPGHIE DE BORIS VIAN

 Ingénieur et musicien de jazz, il fréquente les cafés de Saint-Germain-des-Prés. Le scandale provoqué par son pastiche des romans noirs américains, J’irai cracher sur vos tombes, sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, l’un des best-sellers de l’année 1947, occultera ses autres textes publiés sous son vrai nom et auxquels il accordait plus de valeur littéraire. Celui qui avait toujours dit qu’il n’aurait jamais quarante ans meurt à 39 ans pendant la projection du film J’irai cracher sur vos tombes au cinéma Marbeuf.

Bien que plébiscité par ses amis Raymond Queneau et Jean-Paul Sartre – le Jean-Sol Partre du roman –, qui en avait publié des extraits dans le numéro d’octobre 1946 des Temps modernesL’Écume des jours n’aura aucun succès du vivant de son auteur. Depuis, ce roman devenu culte a été lu par des millions d’adolescents dans le monde entier.

 

1920 – Naissance le 10 mars à Ville-d’Avray. Il est le second fils (Lélio est né en 1918) de Paul Vian, rentier, et d’Yvonne Ravenez. Famille aisée. Deux autres enfants, Alain en 1921 et Ninon en 1924.

1927 – Études primaires au lycée de Sèvre.

1929 – Ruine de la famille consécutive à la crise boursière. Ils sont obligés de louer leur maison à la famille Menuhin et s’installent dans une plus petite sur le domaine.

1932 – Santé fragile, premières manifestations de rhumatisme cardiaque. Entre au lycée Hoche de Versailles. Élève brillant malgré des absences liées à la maladie.

1933 – Paul Vian se reconvertit dans la vente de produits pharmaceutiques en banlieue parisienne.

1935 – Fièvre typhoïde. Il obtient néanmoins sa première partie du baccalauréat (latin-grec).

1936 – Lycée Condorcet à Paris.

1937 – Seconde partie du baccalauréat (philosophie et mathématiques). Opte pour des classes préparatoires en mathématiques. Se passionne pour le jazz et joue de la trompette. Adhère au Hot Club de France dont le président d’honneur est Louis Armstrong.

1939 – Réussit le concours d’entrée à l’École Centrale des arts et manufactures. Sa maladie lui évite d’être mobilisé

1940 – Études à Angoulême où s’est repliée l’École Centrale. Fermeture de l’école, la famille se retrouve à Capbreton dans les Landes. Rencontre Michelle Léglise et Jacques Loustalot, dit « Le Major ».

1941 – Mariage le 3 juillet de Boris Vian avec Michelle Léglise. Il commence à écrire Cent sonnets.

1942 – Naissance de leur fils Patrick le 12 avril. Rencontre Claude Abadie, polytechnicien et banquier et rejoint son orchestre de jazz amateur où jouent également ses frères Lélio et Alain. Diplômé de l’École Centrale. Entre en août à l’Association française de normalisation (Afnor) en qualité d’ingénieur affecté à la normalisation de la verrerie. Écrit Conte de fées à l’usage des moyennes personnes (publié en 1943) et Trouble dans les Andains (publié post-mortem en 1966).

1943 – Il écrit Vercoquin et le plancton.

1944 – En mai début de la rédaction du cycle de poésie Un seul Major, un Sol majeur. Son père est assassiné en novembre dans la maison de Ville d’Avray. Le crime ne sera jamais élucidé. Publie ses premiers textes dans le magazine Jazz Hot.

1945 – Collaboration à la revue Les amis des arts. Signature de son premier contrat chez Gallimard. Apparition dans le film de Jean de Marguenat, Madame et son flirt. L’orchestre Abadie triomphe au tournoi de jazz amateur de Bruxelles.

1946 – Démission de l’AFNOR pour l’Office du papier. Écrit L’écume des jours. La collaboration à Jazz Hot devient régulière. Fréquente Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir par l’intermédiaire de Raymond Queneau. Vian publie ses « Chroniques du menteur » dans la revue Les temps modernes, ainsi qu’une nouvelle, « Les fourmis » (fin de la collaboration à la revue en 1947 qu’il juge trop politique). En juin, candidat malheureux au Prix de la Pléiade, décerné sur manuscrit pour L’Écume des jours. Se consacre alors un temps à la peinture et expose ses toiles. Écrit en deux semaines, durant ses vacances d’août, sous le pseudonyme de Vernon Sullivan J’irai cracher sur vos tombes, roman qu’il prétend avoir traduit de l’américain. De septembre à novembre écrit L’Automne à Pékin.

1947 – Publication de son premier roman, Vercoquin et le Plancton, chez Gallimard, dans la collection La Plume au vent dirigée par Raymond Queneau. Scandale autour de  J’irai cracher sur vos tombes : représenté par Daniel Parker, le Cartel d’action sociale et morale dépose une plainte. Inauguration en avril du Tabou, un club qui sera emblématique de l’histoire de Saint-Germain-des-Prés. Parution le même mois de L’écume des jours. Écriture de sa première pièce de théâtre, L’Équarrissage pour tous, tout en concevant la version anglaise « originale » de J’irai cracher sur vos tombes pour tenter de calmer la polémique. Licencié, le 26 juin, de l’Office du papier. Il réalise alors ses premières traductions (Le Grand horlogerde Kenneth Fearing) et fonde avec Michel Arnaud et Raymond Queneau, la société de production de films Arquevit. Les éditions du Scorpion publient L’Automne à Pékin. Une loi d’amnistie, votée le 16 août, arrête les poursuites contre J’irai cracher sur vos tombes.

1948 – Parution du deuxième Sullivan, Les morts ont tous la même peau, aux éditions du Scorpion. Décès accidentel, le 7 janvier, de Jacques Loustalot, dit le Major. France-Dimanche publie les épisodes du troisième Vernon Sullivan, Et on tuera tous les affreux. Naissance le 16 avril de sa fille Carole. Le 22 avril, création au Théâtre Verlaine, de J’irai cracher sur vos tombes. Le 4 juin, au pavillon de Marsan, Vian prononce sa première conférence intitulée « Approche discrète de l’objet » qui sera publiée dans le n° 12 des Cahiers de ‘Pataphysique. Vian change de cave pour le Club Saint-Germain. Les éditions du Scorpion publient Et on tuera tous les affreux, les Deux Menteurs publient Barnum ‘5 Digest, dix poèmes illustrés par Jean Bouillet. Le Cartel d’action sociale et morale dépose d’une seconde plainte visant les éditions de J’irai cracher sur vos tombes parues après la loi d’amnistie et contre Les morts ont tous la même peau. Boris Vian est entendu en novembre par le juge d’instruction : il reconnaît être l’auteur des deux pastiches poursuivis. Après différents reports, le procès aura lieu à huis clos le 29 avril 1950. Il avouera entretemps être l’auteur de ces livres.

1949 – Présentation en mai au Club Saint-Germain, de Cantilènes en gelée, publié chez Rougerie éditeur. Sortie en juillet des Fourmis par les éditions du Scorpion. Un arrêté ministériel interdisant la vente de J’irai cracher sur vos tombes. En septembre, membre du jury, au Festival international du film amateur de Cannes. Henri Salvador crée la chanson C’est le be-bop.

1950 – Première, le 11 avril, de L’équarrissage pour tous au Théâtre des Noctambules. Le 13 mai Vian est condamné à une amende de 100 000 francs pour « outrage aux mœurs par la voie du livre ». Il rencontre le 8 juin, lors d’un cocktail chez Gallimard, Ursula Kübler, danseuse des Ballets Roland Petit. Parution aux éditions du Scorpion du quatrième et dernier Sullivan, Elles se rendent pas compte. Publication aux éditions Toutain de L’Herbe rouge, de L’équarrissage pour tous et du Dernier des métiers. En fin d’année, il écrit sa première comédie musicale : Giuliano.

1951 – Vian quitte sa femme Michelle pour vivre peu après avec Ursula. Il traduit L’Histoire d’un soldat (les Mémoires du général Bradley), et entame la rédaction du Goûter des généraux, du Traité de civisme et de Tête de méduse, son premier vaudeville. En collaboration avec Michel Pilotin, il lance en octobre dans Les temps modernes l’un des premiers manifestes en faveur de la science-fiction. Premières chroniques de jazz dans Arts. Création avec Michel Pilotin, Pierre Kast et Raymond Queneau du Club des Savanturiers.

1952 – Collabore à Constellation. En avril, création de Cinémassacre et les Cinquante ans du septième art à La Rose rouge sur un scénario et des dialogues de Vian. Admis le 8 juin au Collège de ‘Pataphysique. Divorce prononcé à ses torts. En septembre, au Théâtre Babylone, Mademoiselle Julie, une pièce d’August Strindberg, traduite par ses soins. Participe, en octobre, à la mise en scène de la revue Paris varie ou Fluctuat nec mergitur au night-club des Champs-Élysées.

1953 – Boris et Ursula s’installent au 6 bis, cité Véron. Publication, le 15 janvier, de L’Arrache-cœur, aux éditions Vrille. Collaboration à la revue de Jacques Laurent, La Parisienne. Devient membre, le 11 mai, du corps des Satrapes du Collège de ‘Pataphysique. Création en août du Chevalier de neige au Festival d’art dramatique de Caen.

1954 – Mariage le 8 février de Boris Vlan et d’Ursula Kübler. Écrit Le déserteur le 29 avril. Traduit L’Homme au bras d’or de Nelson Algren qui sera publié en feuilletons dans Les Temps modernes. Mise en scène à Nantes de sa pièce écrite vingt ans plus tôt, Série blême.

1955 – En janvier, premiers tours de chant au Théâtre des Trois Baudets puis à La Fontaine des Quatre Saisons. En mars, à la Rose rouge, Dernière heure, spectacle de science-fiction. Il enregistre au studio Apollo ses Chansons possibles et impossibles puis part en tournée agitée en province. Réalise chez Philips un catalogue de jazz. Écrit avec Michel Legrand, Alain Goraguer et Henri Salvador les premiers airs de rock français. En novembre, au cabaret L’Amiral, première revue nue de science-fiction, Ça c’est un monde.

1956 – Embauché au département variétés de la société Philips. Graves soucis de santé : œdèmes pulmonaires. Joue le rôle d’un cardinal dans Notre-Dame de Paris de Jean Delannoy.

1957 – Nommé le 1er janvier directeur artistique adjoint de la société Philips. En janvier, le Chevalier de neige, à Nancy, dans une version opéra. Écrit à Saint-Tropez Les Bâtisseurs d’empire. Commentaires et rôle dans La Joconde, film d’Henri Gruel. Tourne dans Un amour de poche de Pierre Kast. Nouvelle alerte cardiaque et œdème pulmonaire. Sortie chez Gallimard de sa traduction de Van Vogt, Les Joueurs du À. Écrit un opéra, Arne Saknussem ou Une regrettable histoire, sur une musique de Georges Delerue.

1958 – Directeur artistique chez Fontana, filiale de Philips. Publie en octobre, aux éditions du Livre contemporain, En avant la zizique… et par ici les gros sous. Création en octobre à l’Opéra de Berlin de Fiesta : musique de Darius Milhaud, livret de Vian. Collabore au Canard enchaîné.

1959 – Quitte Fontana en janvier. Problèmes autour de l’adaptation cinématographique de J’irai cracher sur vos tombes. Parution en février des Bâtisseurs d’empire dans les Cahiers du Collège de ‘Pataphysique. Joue le rôle de Preval dans Les liaisons dangereuses de Roger Vadim. En avril, directeur artistique des disques Barclay. En mai, diffusion d’une émission sur la ‘pataphysique à la radio. Fête ‘pataphysique, le 11 juin, sur la terrasse de la cité Véron. Le 23 juin, mort de Boris Vian, à 10 h 10, au cinéma Marbeuf, lors de la projection privée de J’irai cracher sur vos tombes.

 

Source L’internaute

 

 

CHRONOLOGIE DES ŒUVRES DE BORIS VIAN

 

Cette liste rassemble année par année, et dans la même année, tous les genres d’œuvres littéraires, musicales, critiques, journalistiques, radiophoniques, théâtrales ou cinématographiques produites par Boris Vian. Elle est tout naturellement incomplète puisqu’on continue à découvrir des choses ignorées. Elle est en grande partie issue de la liste établie par Noël Arnaud dans la dernière édition de Les Vies parallèles de Boris Vian. p. 483 à 509

 

1940

Cent sonnets, recueil de poèmes dont l’écriture se poursuit jusqu’en 1944

Livre d’or de Doublezon (alias Boris Vian), ouvrage de pseudo bibliophilie rédigé par Vian et Alfredo Jabès, juif d’origine italienne qui va expliquer à Boris la situation de juifs face aux nazis2. En justification du livre, on lit : « il a été tiré de cet ouvrage 10 000 exemplaires sur vergé Lafumellé et 30 exemplaires sur baudruche Olla, ainsi que 1 exemplaire numéroté de zéro à 1, non mis dans le commerce

 

1941 scénarios

Les scénarios de films de Boris n’ont jamais trouvé preneur du vivant de l’auteur. En revanche en 2013, ils ont été adaptés en courts métrages par des inconditionnels de Vian dont Philippe Torreton qui tient le rôle de Jean-Sol Partre dans L’Ecume des jours (2013)de Michek Gondry. Les scénarios ont été également publiés en ouvrage de librairie dès 1989 aux éditions Christian Bourgois, puis en collection 10/18 en 1992, puis dans la collection Le Livre de poche en 1998.

En 1941, Boris Vian en a écrit cinq :

Rencontres,

Le Devin,

La photo envoyée,

La Semeuse d’amour,

La Confession du méchant Monsieur X. (également intitulé Un Homme comme les autres).

D’autres scénarios (scenarii…) vont venir alimenter la collection au cours des années. On en retrouve presque chaque année.

1942 début de roman et scénarios

L’écriture de Trouble dans les andains commence pendant l’hiver 1942-1943, rendu selon la date manuscrite en mai 1943. Il a été édité après la mort de Boris par Les Éditions de la Jeune Parque en juin 1966, réédité en 10/18 en 1970, aux éditions André Sauret en 1981, et dans Le Livre de poche en 1997.

Les écrits de Boris, cette année-là, sont surtout des scénarios : Trop sérieux s’abstenirLe Vélo-taxiNotre terre ici-bas. Il produit aussi un conte : Conte de fées à l’usage des moyennes personnes, illustré de ses croquis et de dessins de Alfredo Jabès alias Bimbo. Le conte publié dans Obliques en 1976   a été édité en 1997 chez Jean-Jacques Pauvert.

 

1943 Manifeste du CO-CU

Sur lequel on n’a aucune information, excepté celle donnée par la conférence de Albert Labbouz qui révèle dans la liste des pseudonymes de Boris Vian, que le texte était signé du pseudonyme « Aimé Damour, Nous avons été trompés ! le Manifeste du Cocu (Comité d’organisation des consommateurs et usagers). »

 

1944 poèmes, scenario, injures

poèmes

Un seul major, un sol majeur, recueil de poèmes écrits en l’honneur de son ami très cher Jacques Loustalot, surnommé « le Major », qui se tuera le 6 janvier 1948 en passant par une fenêtre lors d’une surprise-partie. On ne sait pas s’il agit d’un accident ou d’un suicide. Deux de ces poèmes figurent dans Vercoquin et le Plancton, le plus ancien date de 1944, le plus récent de 1945. Tous les textes sont signés Bison Ravi « par le chantre spécial du major . »

Le premier texte de Boris Vian publié dans la presse est un poème paru en 1944 dans Jazz Hot (bulletin), intitulé Référendum en forme de ballade signé Bison Ravi. Il est paru avec Cent sonnets dans Le Livre de poche.

scénario

Histoire naturelle ou le marché noir ce scenario suit le même cheminement de publication que les précédents et se retrouve en 1998 dans la collection Le Livre de poche. Il s’agit encore d’une publication posthume

injures

Projet de norme française : gammes d’injures normalisées pour français moyen publié dans le dossier 16 du collège de Pataphysique en 1961, dans le livre de poche en 1981, et dont la FSU (Fédérations syndicale unitaire) fournit un fac-similé présenté ainsi « Du 17 avril 1943, jusqu’à sa démission le 15 février 1946, l’AFNOR a employé un certain Boris Vian. Il a proposé, en mars 1944, un projet de norme française « d’injures normalisées pour français moyen » dont nous fournissons le fac-similé au verso. Cette norme n’a jamais été adoptée 8. » Il donne la méthodologie, mais pas une liste d’injures. Il s’agit en fait d’une mystification et d’une classification publiée dans Les Vies parallèles de Boris Vian, faite selon les modèles en usage à L’AFNOR9.

 

1945 nouvelles, articles de presse

 

Martin m’a téléphoné à cinq heures, nouvelle écrite le 25 octobre 1945, publiée en 1970 et 1973 avec douze autres nouvelles dans le recueil Le Loup-garou aux éditions Christian Bourgois. Dernière édition Bourgois : 1993, repris dans le Livre de Poche sous le titre Le Loup-garou et autres nouvelles.

Sous le pseudonyme de Hugo Hachebuisson, adaptation du nom d’un personnage de Groucho-Marx le docteur Hugo Z Hackenbush vu dans le film Un jour aux courses, 1937,  il signe deux articles de presse. L’un dans le no 4 du bimensuel Les amis des Arts du 12 mars 1945 est intitulé Les Pères de Ubu-roi. C’était une réponse à Charles Chassé. Chassé prétendait dans son livre Sous le masque d’Alfred Jarry, les sources d’Ubu-Roi(1922) que Alfred Jarry, – dont Boris était un inconditionnel -, n’était pas le véritable inventeur d’Ubu roi. Le texte est reproduit dans Le Livre de poche dans un recueil de nouvelles La Belle époque, avec un autre article écrit cette même année : L’Étagère à livre, publié dans le même bimensuel no 5 du 1er avril.

1946 Le jazz, Bison Ravi et Vernon Sullivan

Cette année là commence sous le signe du jazz avec de nombreux articles publiés dans Jazz Hot dont il devient un collaborateur régulier à partir du no 5 de mars. Dans le numéro 11 de décembre il publie un entretien un peu fou avec Frank Ténot. Ses textes sont réunis dans l’ouvrage Écrits sur le jazz préfacé par Claude Rameil. Dans le no 8 de juillet-août, Boris fait un savoureux portrait d’Alix Combelle : « Il voulut d’abord être ingénieur. Mais, avec un père chef d’orchestre, allez donc rester insensible à la séduisante perfidie des anches vibrantes et ds accords septièmes diminués ou non. » Claude Rameil souligne qu’il est nécessaire de rappeler que la collaboration de Boris Vian à Jazz Hot fut toujours entièrement bénévole, qu’elle s’est poursuivi de mars 1946 à juillet 1958 sous plusieurs formes : articles, revue de presse, critique de disques, traductions

Le 25 décembre, Don Redman se produit à la salle Pleyel. Boris publie Opéra, le 25 décembre 1946 :

« Don Redman est un peu devin, voire météorologue, et son cœur généreux lui a dicté sa conduite : ils sont venus nous réchauffer. Ils n’y ont pas manqué, je pense en particulier à Peanuts Holland et à ce blues si joyeusement poignant qu’il chantait en première partie. »

« (…) Je n’ai pas parlé assez de Don Redman lui-même, du tout minuscule Don Redman, mais Don Redman n’a joué ni chanté assez non plus; et pourtant il a une voix sarcastique et il touche l’alto comme Don Redman lui-même »

Boris publie aussi des articles sur le jazz dans Combat, notamment dès septembre 1946 un article intitulé : « Le français Charles Delaunay est célèbre dans le monde entier pour avoir fait l’inventaire de tous les disques de jazz enregistrés à ce jour»

J’irai cracher sur vos tombes qui a été terminé la première quinzaine d’août 1946, paraît aux Éditions du Scorpion le 20 novembre avec des illustrations de Jean Boullet. Boris n’attendait pas la gloire de son roman le plus connu. En discutant avec un homme de lettres – un éditeur ou quelque autre de la catégorie de ceux qui observent ou publient les œuvres d’écrivains – celui-ci lui demanda, « Pour un tel résultat, il faut un best-seller. Comment faire ? » Boris lui dit simplement, « Un best-seller, on le fabrique. » Avec, entre autres circonstances favorables à la vente, l’affaire d’un meurtrier qui laissa à côté de sa victime le roman, ouvert à un passage des plus sinistres, le succès du roman fut assuré et, une des meilleures ventes de la maison d’édition, tandis que Boris avait démontré sa connaissance des rouages commerciaux de la littérature.

En février 1947, il écrit :

« Je vais être sincère, une fois n’est pas coutume. Voilà : Je serai content quand on dira, Au téléphone- s’il y en a-t-encore, Quand on dira, V comme Vian, J’ai de la veine que mon nom ne commence pas par un Q, Parce que Q comme Vian, ça me vexerait. »

Ce court poème donnera son titre à l’ouvrage de Marc Lapprand V comme Vian (2006).

De nombreux textes ont été remaniés et rédigés cette année là, ils seront mis en vente parfois plusieurs années après. C’est le cas de Vercoquin et le plancton écrit entre 1943 et 1944, remanié en 1945, et qui paraît en octobre 1946. L’ouvrage n’est mis en vente qu’en janvier 1947. Le titre initial était : « Vercoquin et le plancton, grand roman poliçon en quatre parties réunies formant au total un seul roman, par Bison Ravi, chantre especial du major » avec l’épitaphe : « Elle avait des goûts d’riche, Colombe… Paix à ses cendres. Vive le major. Ainsi soit Thill (Marcel) ».

À partir de 1946, Boris a tenu dans Jazz Hot créé en 1935 par Charles Delaunay, une « revue de la presse » à titre bénévole, jusqu’en mars 1959, année de sa mort . Il s’était inscrit très dès (1937) au Hot Club de France dont Jazz Hot est la revue. Il en a donné à de nombreuses revues Ses articles ont été rassemblés en deux volumes par Claude Rameil : Écrits sur le Jazz, paru en 1999 aux éditions Christian BourgoisLe Livre de poche, réédité en 2006 dans une version complétée et augmentée avec Autres écrits sur le jazz, déjà paru chez Christian Bourgois, 1994.

Parfois les textes ne seront pas publiés du tout du vivant de l’auteur. C’est le cas de Préface aux Lurettes fourrées recueil de nouvelles qui a été ensuite repris dans L’Arrache-cœurL’Herbe rouge et Les Lurettes fourrées (Jean-Jacques Pauvert). Mais aussi de Éléments d’une biographie de Boris Vian avantageusement connu sous le nom de Bison Ravi, non publié par Gallimard et paru en 1964 en plaquette accompagnant le coffret de disque Boris Vian intégrale, ainsi qu’un Prière d’insérer, non retenu chez Gallimard. Dans les Chroniques du menteur , la chronique Impression d’Amérique écrite en juin subit le même sort et paraît en 1984 chez Christian Bourgois, de même que : Les Remparts du Sud(nouvelle), Liberté, parodie du poème de Paul Éluard qui paraitra dans les Écrits pornographiques en 1980. La nouvelle Les Fourmis, dédicacée à Sidney Bechet en juin 1946 va rejoindre le recueil intitulé : Les Fourmis

Autres nouvelles publiées dans la presse et réunies dans le recueil Le Ratichon baigneur

Cinéclub et fanatisme devenu Divertissement culturels janvier 1946

Cinéma et amateurs ou Un métier de chien, janvier 1946

Le Premier rôle ou Une grande vedette, mars 1946

Le Ratichon baigneur, juillet 1946

 

1947 Vernon Sullivan, Boris Vian, le cinéma, le jazz

Après la tempête Vernon Sullivan, voici venir Boris Vian, poète, écrivain, auteur de L’Écume des jours, rédigé de mars à mai 1946, mis en vente en avril 1947, réédité une seule fois par Gallimard cette même année, puis par Jean-Jacques Pauvert en 1963, suivi de cinq éditions chez divers éditeurs pour paraître à partir de 1974 chez Christian Bourgois, édition suivie de dix éditions chez divers éditeurs dont Christian Bourgois en 1991. Le texte aboutit finalement au Livre de poche en 1997. Cette même année 1947, Boris Vian publie L’Automne à Pékin aux Éditions du Scorpion, livre réédité trois fois aux Éditions de Minuit puis dans sept rééditions chez divers éditeurs pour aboutir en 1991 dans La Pochothèque. En 1955, Alain Robbe-Grillet va lui proposer de rééditer l’Automne à Pékin aux Éditions de Minuit, mais Boris se méfie. « Depuis le temps que le sort s’acharne sur lui, il est las, fatigué de la connerie ambiante, de ce succès qui lui échappe depuis toujours », dit Robbe-Grillet.

Cependant l’américain Vernon Sullivan écrit cette année-là Les Morts ont tous la même peau « traduit » par Boris Vian avec une nouvelle : Les chiens, le désir, la mort, et suivi d’une postface de Boris Vian. Mis en vente en 1948, réédité aux éditions Bourgois en 1973, il aboutit en 1997 au Livre de poche-Hachette

L’écrivain « américain » se fait aussi traducteur sous son nom réel. Il traduit Le Grand Horloger (The Big Clock) de Kenneth Fearing, produit un avant-propos à une traduction de Michelle Vian du livre Le Travail, titre original : Let us now praise famous men traduit ensuite par Louons maintenant les grands hommes, cet avant-propos, refusé du vivant de l’auteur, aura une publication posthume dans Chroniques du menteur.

Boris Vian reprend aussi sa plume de scénariste. Il écrit en collaboration avec Michel Arnaud et Raymond Queneau   Zoneilles pour les Films Arquevit, publié par le collège de ’Pataphysique après la mort de l’auteur sous plusieurs formes dont celle-ci :

« Collège de ’Pataphysique, Grande Collection Inquisitive, n° 3, 89 E. P. [1962]. In-4 br., non paginé [30 p.]. Édition originale. Tirage limité à 777 ex. numérotés. Un des 144 ex. sur pur chiffon (n° 25). Ex-libris de Noël Arnaud. Exemplaire très frais. »

ou celle-ci

« Collège de ‘Pataphysique – Les Films Arquevit (pour ARnaud – QUeneau -VIan et le T pour la petite touche d’érotisme ! (1962), in-4 (27,3 x 21,2 cm) de 16 feuillets sous couv. à rabats. Édition originale tirée à 777 ex., un des 609 sur vélin acoustique (vergé ivoire). En raison de la faible épaisseur de l’ouvrage il est facilement pliable, notre ex. en porte une légère trace sur le coin gauche, hormis cette nécessaire précision, bel exemplaire au papier exempt de toute salissure ou rousseur  »

Le scénario est repris en 1961 dans Rue des ravissantes avec d’autres scénarios.

Les scénarios écrits en 1947 comprennent

Un mekton ravissant, publié aux Cahiers de l’Oronte (1965)

La Pissotière, publié dans le recueil Cinéma/Science fiction25

Festival de Cannes : quatre scénarios sur le Festival international du film. Publiés dans le recueil Cinéma/Science fiction, les films à naître de ces scénarios : « a) ne devaient pas être de plats documentaires, b)devaient comporter une trame suffisante, c) ne devaient pas embêter les gens, d) devaient donner une impression de richesse et d’aisance»

Isidore Lapalette trouve un client, publié dans le recueil Cinéma/Science fiction

Les Œufs du curé, publié dans le recueil Cinéma/Science fiction

Le Jazz est encore le centre d’intérêt principal de l’auteur qui publie régulièrement des chroniques que l’on trouve regroupées dans Autres écrits sur le jazz et qui comprend notamment un texte du romancier Robert Wilder, un article de Boris sur Les Amateurs II et l’orchestre de Claude Abadie, sur l’orchestre de Claude Luter et sur lui-même (il fait son propre éloge). Une nouvelle paraît dans Jazz 47 Méfie-toi de l’orchestre, elle sera reprise dans Le Ratichon baigneur. Ses chroniques de Jazz paraissent dans le journal Combat en octobre-novembre tandis qu’un article repris dans Dossier de l’affaire j’irai cracher sur vos tombes paraît dans Point de Vue. Boris annonce : « Je ne suis pas un assassin ».

Il est présent dans Jazz Hot au moment du différend entre Charles Delaunay et Hugues Panassié. Boris se rallie à Charles Delaunay, partisan du jazz progressiste. L’ensemble des écrits de Vian dans Jazz hot sur le jazz a été réuni par la Cohérie Boris Vian et publié dans Le Livre de poche en 2006 avec une préface et une introduction de Claude Rameil. L’essentiel des articles consiste en des présentations de musiciens de jazz Parmi ceux-là : Les concerts Ellington,  Billie HolidayBuck Clayton.

1948 Monstres, théâtre, nouvelles, poèmes, j’irai cracher (suite), critiques, chroniques

Et on tuera tous les affreux paraît en version « expurgée » dans France Dimanche du 1er février 1948, avant d’être publié dans son intégralité aux Éditions du Scorpion le 20 juin 1948, signé Vernon Sullivan traduit par Boris Vian. Il connaitra plusieurs éditions chez divers éditeurs notamment celle de 1965 chez Éric Losfeld illustré par Alain Tercinet qui a également illustré Les Fourmis en 1965 aux éditions Le Terrain vague . Le texte et les illustrations sont republiés en 1997 chez Jean-Jacques Pauvert.

I shall spit on your graves de Vernon Sullivan paraît en anglais, (Boris Vian s’est auto-traduit) publié chez Vendôme Press . Vernon Sullivan a même ajouté une introduction signée Boris Vian dans laquelle il prétend avoir rencontré le véritable Vernon Sullivan et reçu son manuscrit de ses mains. L’adaptation de J’irai cracher sur vos tombes en pièce de théâtre est écrite cette même année, elle sera publiée dans le Dossier de l’affaire j’irai cracher sur vos tombes par Noël Arnaud chez Christian Bourgois en 1974. Le traducteur Vian poursuit son œuvre avec sa femme Michelle pour La Dame du lac de (Série noire no 8), et seul pour Le Grand sommeil, Série noire no 13, de Raymond Chandler, vendu en livre de poche Folio depuis 1998. Il traduit aussi Là-bas près de la rivière de Richard Wright publié dans la collection l’Âge nouveau, repris par Marcel Duhamel dans le livre de poche 1950.

En 1948 Boris présente pour la première fois au Théâtre Verlaine l’adaptation de son roman J’irai cracher sur vos tombes qui sera littéralement massacrée par la critique mais qui bénéficie du battage provoqué par l’interdiction du roman. La pièce est expurgée de toute pornographie apparente.

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Toujours traducteur, Boris Vian rédige des poèmes intitulés Barnum’s Digest, théoriquement écrits par un poète américain, traduits par Vian. La plaquette comporte 10 monstres(illustrations) fabriqués par Jean Boullet, elle est publiée par les éditions Aux Deux menteurs, 68 avenue d’Italie, Paris avec cet achevé d’imprimer cité par Noël Arnaud : « Cette plaquinette illustrée de 10 monstres tous fabriqués par Jean Boullet a été tiraillée à deux cents cinquante exemplaires numismatés de un à deux cent cinquante. » Réédités dans Cantilènes en gelée en 1970 dans la collection 10/18, ils sont disponibles dans Le Livre de poche depuis 1997. Des extraits de Cantilènes en gelée ont été choisis par des lecteurs sur le site Booknode. Les poèmes du Barnum’s Digest sont tous dédicacés à Martine Barnum Carol et ceux de Cantilènes en gelée ont une dédicace par poème. L’ensemble est rassemblé par la Cohérie Boris Vian, préfacé par Noël Arnaud, augmenté de poèmes inédits et publié par la Librairie générale française en 1972 devenue Le Livre de poche .

L’Équarrissage pour tous est initialement une pièce en 3 actes. L’auteur envisageait d’en faire un roman dans ses premières notes jetées le 10 février 1947 Boris Vian opte finalement pour une pièce de théâtre en un seul acte et 57 scènes qu’il écrit en deux mois. Le texte de la pièce qui paraît en « version digérée dans les Cahiers de la Pléiade », c’est-à-dire toujours en un seul acte, mais raccourci à 25 pages selon la demande de Jean Paulhan, dans le numéro daté du printemps 1948. Vian y est en compagnie de Georges BernanosPierre BoutangJean Paulhan. Gilbert Pestureau considère la pièce comme une farce iconoclaste« C’était une grande audace cependant de mettre en 1947 tous les guerriers dans le même sac grotesque, la même fosse à équarrir si nauséabonde »

Adam, Ève et le serpent, texte commencé en février 1948, remanié en 1951, devient une pièce de théâtre dont deux versions sur trois sont publiées dans Petits spectacles chez Christian Bourgois en 1977, repris dans Le Livre de poche 1998. Le recueil réunit un ensemble de sketches et de petites pièces, dont beaucoup ont été interprétés par Yves Robert à La Rose rouge, notamment Cinémassacre en 1952, avec le personnage sombre : Alfred Hitchpoule et un sketch qui annonce Le Goûter des généraux, joué en 1955 et qui deviendra en 1965 La Guerre en 1965

Cette année-là Boris est aussi journaliste sous plusieurs formes. À la radio il se lance dans une série d’émissions radiophoniques en anglais sur le jazz dont les textes sont réunis et publiés par Gilbert Pestureau sous le titre Jazz in Paris (Jean-Jacques Pauvert 1997). À partir de janvier 1948, ses chroniques sur le Jazz paraissent dans Jazz Hot régulièrement jusqu’en décembre. En compagnie de Marc Doelnitz, il crée une revue radiophonique Christophe Colomb 48 ou Un américain à Paris sur laquelle on a peu d’informations. Il se rend à l’AFN (American Forces Network, la station de radio des forces armées américaines basées en Allemagne dont il fait le compte rendu dans Combat le 5 novembre et le 19 novembre 1948 : « Les studios sont rudimentaires, insonorisés avec du drap d’uniforme de la Luftwaffe, ça, c’est enfin un usag rationnel du drap d’uniforme, mais bien équipés »

Aux arts décoratifs il donne une conférence : Approche discrète de l’objet reproduite en 1960 dans le Dossier 12 du collège de ‘Pataphysique, rédige un article sur L’utilité d’une critique littéraire, ainsi une Chronique du menteur engagé reprise dans Chroniques du menteur aux éditions Julliard en 1966.

Les nouvelles de 1948 sont relativement moins nombreuses : Les Pas vernis reprise dans Le Loup-garou (Vian)Les Pompiers, reprise dans L’Herbe rougeLa Route déserte reprise dans Les Fourmis (Vian) avec quatre dessins de Boullet pour Barnum’s Digest.

La conférence : Utilité d’une littérature pornographique donnée le 14 juin 1948 au Club Saint-Germain a été publiée avec d’autres textes en 1980 dans : Écrits pornographiques

 

1949, Cantilènes en gelées, nouvelles, jazz toujours, activités diverses

Le morceau de bravoure de l’année 1949 est peut-être la publication de Cantilènes en gelée, recueil de poèmes édité en ouvrage de bibliophilie, dont le lancement à Paris fut hautement germanopratin et dont l’édition originale reste introuvable.  Réédité avec Barnum’s Digest et des poèmes inédits en collection 10/18 en 1972, les textes ont paru depuis chez divers éditeurs dont le Livre de poche en 1997. Il existe aussi une édition autographique avec les dessins de Chistiane Alanore chez Roger Borderie en 1978. L’autre recueil important est Les Fourmis, plus connu que le précédent, édité plusieurs fois depuis les éditions du Scorpion en 1949, réédité chez Jean-Jacques Pauvert en 1997.

D’autres nouvelles de 1949 ont été reprises dans divers recueils :

Dans Le Loup Garou : Marseille commençait à s’éveillerLe Penseur Un cœur d’orL’Amour est aveugle,

Dans Le Ratichon baigneur : La Valse MaternitéDivertissements culturels (juin 1949), Une grande vedette (août 1949), Les Filles d’avrilUn métier de chien (écrite en 1946, publiée en octobre 1949), L’Assassin.

D’autres nouvelles ont été extraites des Fourmis pour être publiées dans Paris-Tabou : L’Écrevissel’Oie bleue, ou bien seront publiées à titre posthume : Le Rappel successivement repris dans L’Arrache-cœurL’Herbe rougeLes Lurettes fourrées.

Le traducteur (le vrai cette fois) produit avec Michelle Vian Les Femmes s’en balancent (livre) de Peter Cheyney qui donnera lieu en 1954 à un film où ni le roman, ni l’auteur ni le traducteur sont inscrits au générique.

Le jazz occupe une grande part du temps de Boris Vian. Il écrit toujours une chronique pour le journal Combat, devient rédacteur en chef d’une revue de jazz : Jazz News dont il est aussi le principal rédacteur transformant la revue en un journal presque personnel.  La couverture des deux premiers numéros de la revue portent le sous-titre Blue Star Revue, Vian y collabore à partir du no 3, avec une annonce en gros caractères : « AVIS. Dès notre prochain numéro, Boris Vian sera le rédacteur en chef de Jazz News. Qu’on se le dise!.. », avec un rappel sur la page 21 du même numéro. Le journal a été entièrement aménagé pour lui

Dans la Gazette du Jazz, il signe deux articles sous le pseudonyme de Xavier Clarke (juin et juillet), et dans Jazz Hot, outre ses comptes-rendus habituels, il signe des critiques de disques sous divers pseudonymes (Otto Link, Michel Delaroche )

Dans l’hebdomadaire de Jean Guignebert Radio 49 – Radio 50 Boris livre des articles à partir du 13 mai 1949 jusqu’au 28 janvier 1950. Son premier article porte le titre : Ne crachez pas sur la musique noire

 

1950, l’Herbe rouge, l’Équarrissage, théâtre, cinéma, nouvelles, le dernier Sullivan et jazz toujours

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Le roman L’Herbe rouge daté de Frankfurt a/M, août 1948, puis Saint-Tropez septembre 1949, paraît aux éditions Toutain en juin 1950. Réédité dans un ouvrage qui comprend aussi L’Arrache-cœurLes Lurettes fourrées chez Jean-Jacques Pauvert en 1962, il connaît plusieurs éditions dont une est illustrée par Lars Bo en 1978, édition de bibliophilie par les Centraux bibliophiles. L’œuvre est actuellement en Pochothèque depuis 1991. C’est avec ce volume en main que Boris Vian se présente chez le diplomate Dick Eldridge qui loge sa future femme Ursula Kübler rue Poncelet. Cet ouvrage est encore un échec commercial cuisant. Les Éditions de Minuit voudront pourtant lui donner une deuxième chance en 1957, mais les difficultés financières de la maison de Jérôme Lindon empêcheront la réalisation de ce projet.

L’Équarrissage pour tous, en un acte, est créée le 11 avril 1950 au Théâtre des Noctambules  Le titre de la pièce a comme sous-titre : Vaudeville paramilitaire en un acte long avec une dédicace de Vian sous le pseudonyme de Charlemagne « À mon ennemi intime – Charlemagne. » Elle se trouve en publication posthume suivie d’une saynète Le Dernier des métiers et précédée de Salut à Boris Vian(texte de Jean Cocteau) en avant-propos. Dans une nouvelle édition, où le texte intégral est publié avec Tête de Méduse et Série blême, une introduction par Gilbert Pestureau présente la pièce comme « une farce iconoclaste ». Le metteur en scène André Reybaz apprend, à Boris Vian, au début de l’année, que sa compagnie (La Compagnie du Myrmidon) a réuni les moyens pour monter L’Équarrissage. Mais Elsa Trioletrefuse d’accorder une subvention au titre des arts et lettres. Elle a fait part de son hostilité au double de Vernon Sullivan. Ce n’était donc pas la pièce qui était en cause mais l’auteur « nous ne pouvons pas subventionner l’œuvre d’un étranger . » André Reybaz propose aux acteurs de J’irai cracher sur vos tombes, et à leurs amis, d’interpréter la pièce, mais tous se récusent sous divers prétextes. André Eybaz publiera cet épisode en 1975 dans Tête d’affiche

« Les excommunications, les lâchages, ne semblaient pas atteindre le sang-froid élégant de Boris, même son grand œil clair y gagnait quelque vibration. Mais je croyais déceler, sous son extrême pudeur, un givre sur son cœur . »

Dans la dernière édition 2006 en Livre de Poche, on trouve, un appareil critique de L’Équarrissage, une vingtaine de signatures, parmi lesquelles Boris Vian annonce : « Et voici qu’émerge la gracieuse silhouette de cette chère Madame Triolet le 20 avril 1950 » . Elsa Triolet commence par démolir Vian entièrement. Puis elle reconnaît l’humour de la pièce pour la démolir encore davantage : « Toute la première partie est drôle (…) c’est plein de gags et de mots drôles d’une drôlerie assez particulière et neuve (…) Mais (…) déjà à mi-chemin cela commence à foirer (sic). Cette peinture du monde « en mal », comme disait Paul Éluard, tourne court et cesse de faire rire » Le monarchiste Michel Déon, dans Aspects de la France déclare en contrepied 20 avril 1950 : « Je vois déjà d’ici quelques figures bien chagrines. Que va-t-il se passer si maintenant les hommes de théâtre entreprennent de nous faire rire? (…) Loin de moi de prêter à Boris Vian, l’auteur de la pièce des intentions politiques, religieuses, ou morales. Il se proclame anarchiste avec, au coin des lèvres, un sourire qui nous rassure : il n’y croit pas non plus. (…) Rien n’est certes plus à contre courant de notre temps que la tentative burlesque de Boris Vian. »

Le Dernier des métiers a été créée au théâtre de la Grande Séverine en octobre 1964. Pièce anticléricale, jugée hautement profanatoire par le directeur du théâtre des Noctambules qui l’a refusée parce qu’elle se moque d’un curé de show business, elle est donnée au théâtre l’année où Sœur Sourire devient une vedette internationale avec Dominique, nique, nique qui lui vaut deux Grammy award

Toujours pour le théâtre, Le Marquis de Lejanes, pièce en cinq actes restera sous forme de synopsis, publié chez Christian Bourgois de 1982 à 1987. Ce spectacle était destiné à rallonger la soirée théâtrale car L’Équarrisage pour tous se révélait trop court. Autres morceaux de théâtre : Un radical barbu pièce en un acte, sur laquelle Christelle Gonzalo indique que l’on a très peu de renseignements, Giuliano, comédie musicale, Deux heures de colle suite de sketches, Chroniques scientifiquesElle, Il, l’Autre ballet pour Roland Petit.

Pour le cinéma, plusieurs écrits sont repris dans Cinéma-Science fiction : Les RuesSaint-Cinéma-des-PrésOn en a marre de la vraie pierre, vivre le carton pâtePitié pour John Wayne, dans Rue des ravissantes : Marie-toi, « film musical gai pour orchestre de variété  »

Le Manuel de Saint-Germain-des-Prés écrit en 1950 publié l’année suivante aux éditions du Scorpion ne sera réédité qu’an 1974 aux Éditions du Chêne avec une préface, prépost face, et postface, puis repris en livre de poche en 2001. Selon Noël Arnaud, le manuscrit original du manuel comportait des illustrations qui ont été perdues et jamais retrouvée. L’actuel exemplaire du Manuel ne reflète pas exactement le manuscrit d’origine. Destiné au départ à être un véritable guide, commandé par Henri Pelletier le 3 octobre 1949 pour la collection Les Guides verts (12 rue de la Chaussée d’Antin) il ne sera jamais publié malgré une annonce parue dans L’Équarrissage pour tous

Les nouvelles de 1949-1950 sont reprises dans Le Ratichon baigneur : – Le Motif, ainsi que dans Le Loup garou: – Un Drôle de sport, -le Danger des classiques

Dans Jazz News, il signe entre autres un éloge de Duke Ellington, une méthode de be-bop et un éditorial : Blancs contre noirs : le racisme n’est pas mort

Dans le dernier « Sullivan », Boris Vian ne se donne même plus le rôle de traducteur. Édité le 12 juin 1950, Elles se rendent pas compte clos la série des romans « américains ». Sullivan a gagné beaucoup plus de notoriété et d’argent que Vian entre 1947 et 1950, même si les choses se terminent par une lourde amende de 100 000 fr pour Vian en mai 1950.  Mais Sullivan est beaucoup plus qu’un pseudonyme. C’est, pour l’écrivain, le sceau avec lequel il marque des écrits qu’il a classé par genre. Le choix des pseudonymes n’est pas sans signification.

1950 est aussi l’année où il commence à rédiger un Traité de civisme qu’il va remanier jusqu’à sa mort, changeant les titres, en racontant le contenu à ses amis, mais dont rien n’a été publié de son vivant. La première étude faite par Noël Arnaud avec Ursula Kübler est publiée dans Les vie parallèles de Boris Vian en 1970. Puis, au fur et à mesure que se poursuit la découverte des manuscrits de Vian, Ursula et Arnaud font appel à un jeune universitaire : Guy Laforêt qui classe et commente l’ensemble des inédits de 1974 à 1977 pour en faire sa thèse de doctorat. La thèse est publiée en 1979 chez Christian Bourgois, reprise en livre de poche. Les éléments complétés et remaniés sont publiés de nouveau sous le titre Traité de civisme en livre de poche par Nicole Bertolt

 

1951 Théâtre, nouvelles, traductions et poèmes

L’année commence mal, avec la traduction sur commande de Gallimard du livre d’un militaire américain auto-élogieux Histoire d’un soldat de Omar Bradley. pressé par le besoin d’argent, exaspéré par le sujet, l’écrivain anti-militariste expédie la traduction en trois semaines de calvaire. Le relecteur de Gallimard note que la traduction a été faite sans beaucoup de soins, et sur les quelques exemplaires que Vian dédicace à ses amis, il barre le mot soldat qu’il remplace par connard (Histoire d’un connard).

Le Goûter des généraux, pièce de théâtre en trois actes écrite en 1951, publiée pour la première fois en 1962, créée au théâtre en langue allemande en 1964 au Staatstheater de Brunswick, puis au théâtre de la Gaîté-Montparnasse à Paris le 18 septembre 1965, porte le sous-titre tragédie lyrique et militaire. Cette pièce est en grande partie redevable à cette Histoire du soldat que Boris a tant détesté traduire. On y trouve parmi les militaires le général James Audubon Wilson de la Pétardière Frenouillou, le général Dupont d’Isigny et le général Lenvers de Laveste et Juillet’est le deuxième morceau de bravoure antimilitariste de Boris après L’Équarrissage pour tous.

Une grosse farce, Tête de Méduse, écrite la même année, est jouée pour la première fois à Abidjan (Côte d’Ivoire) le 29 janvier 1974 et à Poitiers le 17 janvier 1975. La pièce paraitra en édition posthume dans Théâtre inédit chez Christian Bourgois, puis en Livre de Poche avec l’Équarrissage pour touset Série Blême autre pièce de théâtre.

Boris Vian écrit aussi un spectacle pour La Rose rouge : Ça vient, Ça vient une anticipation de Boris Dupont sur des thèmes déjà dans l’air qui parait en publication posthume dans Petits spectacles.

Deux traductions lui sont beaucoup plus agréables que Soldier’s story. Dans la collection La Méridienne de Gallimard 1951 : Le Jeune homme à la trompette de Dorothy Baker, et Le Bluffeur de James M. Cain.

Nouvelle parue dans Écrits pornographiques : Les Gousses dans Le Loup garou : Le Voyeur (titre d’origine : Le Bonhomme de neige)

Ses chroniques régulières sur le Jazz sont reprises dans Écrits sur le Jazz et Autres écrits sur le jazz.

« 1951 est une année sombre pour Boris qui vint de quitter sa femme Michelle, qui vit mal de ses traductions, subit les assauts du fisc, vit dans un minuscule logis au dernier étage du 8 boulevard de Clichy  » C’est pendant cette période-là, qui s’étend jusqu’en 1953, qu’il commence à écrire les poèmes qui composeront le recueil Je voudrais pas crever. Si le poème-titre est bien daté de 1952, une grande partie des poèmes commence cette année-là.

Il y avait trois recueils classés par Boris selon un ordre à lui, que Noël Arnaud a rassemblés en un seul auquel il a ajouté divers écrits en prose de la période 1951-1953

 

1952 Tout sauf du roman

Pendant les derniers mois de 1951, Boris s’éparpille, mais ne cesse d’écrire : un journal, des « variations de plume . » Il multiplie les traductions, les piges, les articles sur le jazz. Il traduit notamment ‘Mademoiselle Juliepièce d’August StrindbergLes Vivisculpteurs, une nouvelle de science fiction de Wallace G. West parue dans France Dimanche. Il écrit aussi beaucoup de sketches pour le théâtre et enfin, un petit miracle vient lui remonter le moral : Cinémassacre, un des sketches qui sera repris ensuite dans Petits spectacles chez Christian Bourgois en 1977. est joué à La Rose rouge. C’est la bonne nouvelle de cette année 1952 : Nikos Papatakis, sur une idée de Pierre Kast et de Jean-Pierre Vivet, présente un spectacle à sketches sur le cinéma. Le scénario et les dialogues sont confiés à Boris Vian, Guillaume HanoteauAndré Roussin, Queneau, Desnos. Vian retrouve encore en 2011 un de ces poètes (Desnos), dans un spectacle lu par Jean-Louis Trintignant qui a connu environ trois ans de succès.

« Avec Cinémassacres Boris entre dans le petit cercle des auteurs parodiques, manieurs de vitriol, qui plaisent à Papatakis »

Parmi les très nombreux sketches de Vian, Yves Robert et sa compagnie en ont interprété beaucoup à partir d’avril 1952, date à laquelle a été créé Cinémassacre. Selon une lettre de Boris à Ursula, alors en tournée, le spectacle « était du tonnerre, les gens hurlaiens de joie (…) ». Yves Robert a repris avec Rosy VarteCinémassacre en juillet 1954 aux Trois Baudets

En théâtre et cinéma, Vian a écrit cette année-là :

Il est minuit docteur Popoff, scénario de film

Paris varie (autre titre : Fluctuar nec mergitur)

Cinq bals synopsis d’une comédie musicale

Odon et Dunœd ballet

Une nouvelle : Pénible histoire mais ses écrits sont surtout des articles bénévoles pour Jazz Hot, et des piges rémunérées pour Constellation et les Cahiers du disque.

 

1953, tout avec un roman

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Boris publie aux éditions Pro-Francia-Vrille, dirigées par Évrard Bourlon de Rouvre L’Arrache-cœur, avec un avant propos de Raymond Queneau. L’ouvrage paraît le 15 janvier 1953. Il a été commencé en 1947, revu réécrit, le manuscrit définitif et la copie dactylographiée sont datés de 1951. Il portait le titre Les Fillettes de la reine, tome I, Première manche. Jusqu’aux cages, que Gallimard a refusé en 1951. Édité chez Pro-Francia-Vrille en 1953, réédité par le même avec L’Herbe rouge et Les Lurettes fourrées en 1965, 1978, 1989, puis chez de nombreux éditeurs dont Christian Bourgois, il est dès 1991 dans La Pochothèque86.

Ce roman avait l’estime de son auteur qui l’avait classé sous le signe « R3 » dans son agenda de 1947. Le refus de Gallimard tombe comme un coup de poignard. Dans une lettre à Ursula, Boris annonce ainsi la mauvaise nouvelle : « Tu me demandes pourquoi ils ne prennent pas le livre chez Gallimard ? Queneau l’aurait pris je crois, c’est surtout Lemarchand qui ne veut pas. Je l’ai vu hier, ils sont terribles tous. Il ne veut pas parce qu’il me dit qu’il sait que je peux faire quelque chose de beaucoup mieux(…) Ils veulent me tuer tous (…) C’est drôle, quand j’écris des blagues, ça a l’air sincère, quand j’écris pour de vrai on croit que je blague »

En 1953, Queneau propose de nouveau L’Arrache-cœur en y ajoutant une préface de sa main. Véritable hommage à l’écrivain Boris Vian, cette préface donnera lieu à une très confidentielle parution, puis aux éditions Vrille la même année. Le livre passe inaperçu. Seul François Billetdoux lui consacre un article. L’attitude du monde littéraire, face à ce texte qui a donné tant de mal à son auteur, écœure Boris Vian qui dédicace un exemplaire à sa mère : « Mère Pouche, en vl’là encore un pour allumer l’feu. »

Boris ayant décidé d’abandonner la littérature, il se tourne vers le spectacle musical, puis l’opéra, qui sera, dans ses deux dernières années (entre 1957 et 1959) : « la grande affaire de sa vie. » Il commence avec Le Chevalier de neige. En tout, il va écrire sept opéras, dont deux resteront inachevés.

Le Chevalier de neige a été commandé à Boris et Georges Delerue par Jo Tréhard pour le Festival de dramatique de Caen. Bénéficiant de moyens exceptionnels, les deux auteurs bâtissent un spectacle démesuré qui sera présenté en août 1953 dans le château de Caen, puis en format plus large avec la cantatrice Jane Rhodes au théâtre de Nancy en 1957. Le texte est édité en 1974 chez Christian Bourgois. Boris Vian y découvre le pouvoir visuel de la musique, et dans la deuxième version destinée à l’opéra de Nancy en 1957, il va apporter force modifications au livret initial.

1954 Théâtre cinéma et jazz et les chansons

Toujours convaincu qu’il n’arrivera à rien en littérature, Boris Vian, après l’heureuse expérience du Club des savanturiers se lance, avec le soutien de Pierre Kast qui relit ses textes et les corrige au besoin, dans l’écriture de scénarios. Après Le Cow-boy de Normandie (1953,) Vian écrit Le Baron Annibal , récit d’espionnage, ainsi que Le Pacha (juillet 1954) paru en publication posthume dans Cinéma-Science fiction.

Pour le théâtre, il crée Série blême, une tragédie en trois actes et en alexandrins qui ne sera jouée qu’en 1972 à Nantes et que l’on retrouve dans un recueil de poche comprenant L’Équarrissage pour tous et Tête de Méduse, après avoir été publié dans Théâtre inédit chez Christian Bourgois en 1970, dans Théâtre II en 10/18 et en livre de poche en 1998.

La date de l’écriture de Série blême varie selon les sources. Le recueil en livre de poche préfacé par Gilbert Pestureau, qui comprend un texte de Jean Cocteau Salut à Boris VianL’Équarrissage pour tous et Tête de Méduse la situe en 1952, tandis que Noël Arnaud précise : Série blême est de 1954 en faisant allusion à la collection Série blême que Marcel Duhamel a dirigée en même temps que la Série noire. Toutefois la Série blême eut moins de succès que la série noire et disparu après quelques parutions

Cette année où Boris accumule les échecs et la fatigue. Il ne lui reste que le jazz pour se consoler : Jazz-hot où ses chroniques paraissent chaque mois (reprises dans Écrits sur le jazz et Autres écrits sur le jazz). Une nouvelle : Voyage en auto paraît dans le numéro cinq du journal Voyages, elle est reprise dans La Belle époque en livre de poche en 1998. Boris écrit aussi pour le magazine Arts, des chroniques sur le jazz toujours. On les retrouve désormais dans Autres écrits sur le jazz

L’aventure du Déserteur commence cette année-là. Le 15 février 1954, Boris dépose à la Sacem le texte et la musique d’une chanson contre la guerre, arrangée par le compositeur Harold Berg. Quelques mois avant Ðiện Biên Phủ. Boris pense sans doute à la guerre d’Indochine, mais peut-être aussi à une guerre non précisée, à Albert Camus qui souhaitait : Pas un jeune du contingent pour la guerre . Le 8 mai c’est Marcel Mouloudji qui la chante pour la première fois au théâtre de l’Œuvre.

Cette même année, Boris produit à une allure exceptionnelle un très grand nombre de chansons, avec Jimmy Walter, musicien qui accompagne Renée Lebas dans ses tournées. Les deux compères forme un duo gouailleur et provocateur qui produit notamment le Tango interminable des perceurs de coffre-fort et J’suis snob. Renée Lebas choisit pour elle-même : Moi, mon ParisSans blagueAu revoir mon enfanceNe te retourne pas.

En novembre 1954, Michel de Ré demande à Boris Vian de lui écrire quelques chansons pour le spectacle La Bande à Bonnot , d’Henri-François Rey, mis en scène par Michel de Ré qui doit être monté au minuscule théâtre du quartier latin. Bori se régale de l’univers des « bandits tragiques » et, avec Jimmy Walter il écrit entre autres Les Joyeux bouchers(avec, au refrain : faut que ça saigne…), La Java des chaussettes à clous, et la Complainte de Bonnot. « Les témoins hésitent sur le nombre de représentations de la comédie musicale. Une, deux ou trois. Retirée de l’affiche sans égards (…) Personne n’a entendu les chansons de Boris Vian. » Quinze d’entre elles font partie de la compilation 100 chansons, quatre coffretsdont Françoise Canetti, fille de Jacques Canetti qui avait eu l’initiative de cette réédition, regrette qu’ils ne soient plus proposés à la vente.

1955 Le Chasseur français, Drencula, et autres facéties

Boris sait maintenant qu’il est inconvenant dans le petit monde littéraire. Il ne cherche plus du tout à plaire mais à s’amuser. Dans la veine de Série blême et toujours dans le style de la Série noire, il produit une pièce de théâtre musicale qui, contrairement à ce qu’il annonce, n’est pas une transposition des spectacles de Broadway : Le Chasseur français , partiellement horrifique et angoissante. Elle présente le personnage d’Angélique qui se gave de romans policier « ceux de Gallimard sont les plus dégueulasses » dit-elle, et l’action se déroule dans une bourgade du Far West où tous les habitants sont morts de la dysenterie depuis cinquante ans. Ce lieu est un coupe-gorge. Mis en musique par Stéphane Carègue, l’ensemble a été créé en décembre 1975 par la Compagnie Pierre Peyrou-Arlette Thomas aux anciens abattoirs de la Villette, au Théâtre présent.

Suivront deux petites comédies ballets : Mademoiselle Bonsoir, et La Reine des garces, ainsi que des revues : Ça c’est un monde, créée à l’Amiral et mise en scène par Guy Pierrauld en novembre 1955. Morts en vitrine, commentaire de film va être réalisé en 1957 par Raymond Vogel

Un autre spectacle écrit avec Roger Rafal avec une musique de Jimmy Walter est joué à La Rose rouge le 18 mars 1955 : Dernière heure

La nouvelle Drencula va rejoindre les publications posthumes. On la retrouve dans Écrits pornographiques. Et L’Autostoppeur, scénario de film se retrouve dans le recueil Rue des ravissantes. Boris rédige aussi un Mémoire concernant le calcul numérique de Dieu par des méthodes simples et fausses ce dernier texte sera publié en 1977 par le collège de ‘pataphysique.

Mais Boris a aussi déclenché une grande agressivité du public et des autorités à son égard à cause de sa chanson Le Déserteur. Ce qui le pousse à écrire une lettre à Paul Faber, conseiller municipal, à propos de cette chanson. Lettre dans laquelle il demande à ce conseiller s’il est pour ou contre la guerre . Vian écrit encore beaucoup d’articles sur le jazz, toujours repris dans Écrits sur le jazz et Autres écrits sur le Jazz, et des Chansons pas correctes, comprenant : La Marche du concombrela Messe en Jean Mineur par J.S Bachique (célébrée dans l’intimité en 1957). La Marche du concombre a été enregistrée en 2011 par Jean-Claude Dreyfus.

 

1956 chansons, traductions, autres écrits

Année peu productive car Boris Vian a été atteint d’un œdème au poumon. Parti en convalescence à Saint-Tropez où il était devenu les années précédentes Le Prince de La Ponche et où les parisiens maintenant « se plaignent de l’invasion des parisiens, » Boris ne reconnaît plus le village qu’il aimait, il s’ennuie. Il a le plaisir de voir sa traduction de L’Homme au bras d’or, roman de Nelson Algren paru en feuilleton en 1954-1955 dans Les Temps modernes, passer dans la collection Du monde entier chez Gallimard (le contrat datait de 1950 chez cet éditeur.)

Il écrit l’argument d’un ballet de 17 minutes L’Aboyeur, qui aurait été représenté en 1955 sur une mise en scène de Jean Negroni selon ce site  et qui a été rédigé le 7 juillet 1956 selon Noël Arnaud. Vian commence aussi une revue de science-fiction En avant Mars destinée au théâtre des Trois Baudets dont la première version inclut La Java martienne sur une musique d’Alain Guoraguer, qui date selon les sources de 1952 ou 1955 ou 1957 selon Youtube . C’est probablement cette même année qu’il écrit Chambre de célibataire, vaudeville en un acte jamais édité, sur lequel on a peu d’informations, et dont Julie Caïn précise qu’il aurait pu figurer dans le tome 10 des Œuvres publié chez Fayard. Il est brièvement mentionné par Noël Arnaud avec cette même date sans autres précisions

Une nouvelle reprise dans Cantilènes en geléeCantate des boîtes, le texte de la chanson Le Déserteur publié dans le numéro 5 du Cahier des saisons, reprise ensuite dans Textes et chansons, puis un article : La Vérité sur le cinéma, repris dans Cinéma-science fiction, et L’Almanach du Canard enchaîné, ainsi que de nombreux écrits sur le jazz constituent l’essentiel de la production d’un écrivain « au fond du trou » car la réédition de L’Automne à Pékin est encore un échec. Jérôme Lindon et Alain Robbe-Grillet considèrent que cet échec est dû à l’ensemble de la critique qui refuse de se déjuger dix ans plus tard, alors qu’elle avait enterré l’ouvrage dix ans plus tôt

Pan, pan, pan, poireaux pomm’ de terre, est un texte remanié en chanson publicitaire ; présentée en public fin 1956 par Maurice Chevalier elle est largement diffusée et connaît un fort succès l’année suivante

 

1957 science-fiction, traduction, opéra et ballet

Encore une petite année pour l’écrivain, encore sous le choc de la maladie et qu’une ultime humiliation attend : Jean Paulhan croyant peut-être lui faire plaisir (?), lui écrit le 12 octobre 1957 une lettre enthousiaste dans laquelle il lui fait part d’une chronique élogieuse sur son œuvre, mais qui lui demande aussi (sans lui montrer la chronique) : « …Je voudrais bien lire L’Herbe rouge. Où la trouver?. »

Heureusement le début de l’année a été placé sous le signe de la rigolade. Boris admire A. E. van Vogt, écrivain canadien, et il a proposé aux éditions Gallimard de traduire, dans la collection Le Rayon fantastique les romans du Cycle du Ā, appuyé par Raymond Queneau, qui est aussi un admirateur de van Vogt. Les titres paraissent enfin en 1957 alors que les contrats avaient été signés en 1951 chez Gallimard : Le Monde des ĀLes Joueurs du ĀLa Fin du Ā. L’ensemble des traductions de Vian sont reprises en 1966 au Club du livre d’anticipation sous le titre : Les Joueurs du Ā, et en 1991 aux Éditions Omnibus.

Rue des ravissantes, comédie musicale-ballet écrite en collaboration avec Pierre Kast ne sera jamais jouée du vivant de l’artiste. Elle donne son titre à un recueil de scénarios : Rue des ravissantes (recueil) dont cinq courts métrages tirés du livre de Vian ont été adaptés par Anne-Laure Daffis et Léo Marchand. Ils sont programmés pour l’automne en 2014 sur France 3 et France 2.

Un autre opéra intitulé Une regrettable histoire sur une musique de Georges Delerue, connaît une publication posthume dans le Dossier 12 du collège de ‘pataphysique en 1960. Après une création le 18 septembre 1961 sur France I-Paris inter, le texte vient grossir le recueil Opéras regroupant les livret en Livre de poche sous le titre Le Chevalier de neige et autres opéras. Cette même année, Vian traduit aussi pour les livres-disques Philipps des contes de Grimm et d’Andersen

 

1958 spectacles musiques et chansons

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Cette année-là, Boris continue d’abandonner tout projet de littérature et passe le plus clair de son temps avec l’ami Salvaduche, qui, malgré sa paresse, donne de l’énergie à Boris. Les chansons naissent dans l’heure ou même moins : Faut rigoler a été écrite en une demi-heure . Boris ne cesse de répéter qu’il veut partir de chez Fontana et en effet, il quitte la maison de disques car il a d’autres projets : des chansons qu’il écrit en grand nombre et des scénarios.

De quoi je me mêle scénario, sera repris dans Rue des ravissantesMise à mort et Faites sauter la banque publiés dans Cinéma/Science Fiction.

Les spectacles musicaux vont de l’opéra à la comédie musicale : Fiesta, opéra créé à Berlin en 1958, puis : Lily Strada, opéra en deux actes jamais créé de son vivant, et Faites-moi chanter, comédie musicale reprise en scénario dans Rue des ravissantes.

Et toujours : des articles. Dans Le Canard enchaîné, il défend Georges Brassens, dans la Gazette de Lausanne il publie des textes sur la belle époque de Saint-Germain-des-prés qui seront repris ensuite dans le Manuel de Saint-Germain-des-Prés.

Dans Le Canard enchaîné encore, il publie une chronique sur le disque de Serge Gainsbourg, Du chant à la une ! préfacé par Marcel Aymé, auteur qu’il admirait et qu’il a toujours voulu rencontrer. Mais Marcel Aymé ne voulait voir personne. « Boris a cherché à connaître Marcel Aymé, qu’il aimait beaucoup, mais ça n’a pas marché. Marcel Aymé ne voulait voir personne. Boris avait un petit espoir parce que Delaunay, du Hot Club de France, connaissait le tailleur de Marcel Aymé (…). [Boris] allait chez ce tailleur, du côté de Montmartre. Et il y allait d’autant plus que c’était celui de Marcel Aymé. Je crois qu’il lui a écrit, l’autre ne lui a jamais répondu. »

Il est aussi l’auteur d’un essai décryptant sur un ton mi-pédagogique, mi-pamphlétaire le fonctionnement du monde de la chanson, En avant la zizique… et par ici les gros sous.

 

1959, Boris Vian, dernière année

En janvier, tenu au repos à Goury, dans le Cotentin, Boris a adressé sa lettre de démission à Louis Hazan, directeur commercial de Fontana, mais il continue à faire quelques enregistrements avec Henri Salvador qui vient le rejoindre à Goury. Et il achève la dernière version de la traduction du Client du matin de Brendan Behan, qui Traduit en collaboration avec Jacqueline Sundstrom, publiée chez Gallimard dans la collection Le Manteau d’ArlequinLe Client du matin est jouée au Théâtre de l’Œuvre le 15 avril 1959, avec une mise en scène de Georges Wilson et une musique de Georges Delerue. Dans une lettre à Jacques Bens du 15 juin 1959, Vian dit brièvement ce qu’il en pense :

« Moi je n’ai pas d’opinion sur Le Client de matin. Je trouve juste que c’est chiant. »

Les Bâtisseurs d’empire, pièce écrite en 1957, publiée le 23 février 1959 dans les Cahiers du Collège de ‘Pataphysique, puis repris en volume le 19 pédale 86 (13 mars 1959). Le texte sera repris dans la Collection du Répertoire du TNP, à l’occasion de la création de la pièce le 22 décembre 1959 au Théâtre Récamier par Jean Vilar, musique de Georges Delerue. Texte réédité en 1965 chez Jean-Jacques Pauvert sous le titre Théâtre de Boris Vian.

Avant cette pièce, Boris Vian avait eu l’idée de faire un roman : Les Assiégés. Le Schmürz était une jeune fille qui céda la place dans le projet de pièce de théâtre entamée par Vian le 18 mars 1950, à un arabe. « 4 mecs sur cène et les deux, sitôt qu’ils parlent de quelque chose de sérieux se font cogner sur la gueule. Et un arabe s’y fait cogner tout le temps. »

Ainsi, les « critiques à courte vue » prirent le Schmürz pour un Arabe parce que la guerre d’Algérie battait son plein :

« … et qu’on cassait du bougnoul à tour de bras (…) alors que si le projet de 1950 s’était réalisé en 1950, ils eussent très certainement naturalisé l’Arabe Annamite car à l’époque, c’était du Viet qu’on cassait. »

En 1953 une amnistie avait effacé sa condamnation pour le roman J’irai cracher sur vos tombes. Boris avait demandé et reçu un extrait de son casier judiciaire vierge de toute condamnation, le 13 décembre 1953.

Mais en 1959, il était sous la pression d’une mise en demeure de la société SIPRO qui avait acheté le droits d’adaptation à l’écran du roman, dont l’auteur était chargé d’écrire un scénario qu’il tarde à donner à ses « nouveaux maîtres » au cinéma. Rentré à Paris dans sa Morgan, Vian se fait un plaisir de leur remettre les pages qu’on lui réclame, ce qui aboutit à un script de cent dix-sept pages d’ironie et de bouffonnerie que la Sipro n’apprécie guère. La société lui répond sur papier bleu : « Nous ne comprenons pas très bien ce que vous avez voulu faire (…) Nous sommes obligés de nous mettre en rapport avec un autre adaptateur pour ce travail. Nous faisons toute réserve quant au préjudice que vous nous causez (…) »

Considéré par les producteurs comme un scénario-bidon, le texte est remanié de façon à s’éloigner le plus possible du roman d’origine dont on a « élagué les incongruités faciles. »

Le scénario original de Boris Vian sera publié dans Le Dossier de l’affaire « J’irai cracher sur vos tombes », textes réunis et présentés par Noël ArnaudChristian Bourgois éditeur,

Cette année-là, Boris Vian écrit encore des sketches : Les Voitures et Salvador vend des disques qui seront repris dans Petits spectacles, ainsi qu’un un article sur Ricet Barrier, un sur Serge Gainsbourg et de nombreux article pour Constellation, dont certains paraîtront encore après sa mort jusqu’en août 1959 et juillet 1961. Certains sont signés Boris Vian, d’autres Adolphe Schmürz. Le 11 gidouille 86 (25 juin 1959), deux jours après sa mort, le collège de pataphysique publie sa Lettre à Sa magnificence le Vice-Curateur Baron sur les Truqueurs de la Guerre, reprise dans Cantilènes en gelée et Je voudrais pas crever (recueil)