EGLISE CATHOLIQUE, EUCHARISTIE, MESSE, SACREMENTS

Comprendre l’Eucharistie

Pour mieux comprendre et mieux vivre l’Eucharistie

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« Comprendre l’Eucharistie »: retrouver le goût du sacrement

Bernard Sesboüé

Paris, Salvator, 2020. 186 pages.

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Présentation de l’éditeur

Tout le mystère chrétien est présent dans l’Eucharistie. Mais comment comprendre cette institution en profondeur, sans verser dans un ritualisme formel ? On a souvent dit que le christianisme s’appuyait  d’abord sur un événement fondateur, celui de Jésus de Nazareth, mort et ressuscité. Or, la célébration de l’Eucharistie représente précisément le moment et le lieu où l’événement pascal de Jésus se fait institution, tout en demeurant l’événement personnel de Jésus. Comme lavait souligné naguère le père de Lubac : « Si l’Église fait l’Eucharistie, l’Eucharistie fait l’Église. » Chaque célébration eucharistique a pour but de faire de l’assemblée présente le Corps de l’Église, qui est le Corps du Christ. Il s’agit donc ici d’expliquer ce qui est en jeu dans ce sacrement, afin d’aider les chrétiens qui ne sont pas théologiens de métier à mieux la comprendre, et surtout à mieux en vivre.

Théologien, jésuite, le père Bernard Sesboüé a publié de nombreux ouvrages dont, chez Salvator, L’homme, merveille de Dieu (2015), Jésus, voici l’Homme (2016) et L’Eglise et la liberté (2019).

 

Critique de La Croix (mars 2020)

Théologie. Le théologien Bernard Sesboüé propose une fine relecture de l’histoire et du sens de ce sacrement.

Les sociologues le répètent, enquête après enquête, la crise du christianisme se caractérise en France par une désaffection profonde et désormais installée pour la messe. Mais comment avoir goût pour ce que l’on peine à comprendre, voire ce que l’on ne comprend plus du tout ? C’est avec ce paysage en toile de fond que Bernard Sesboüé, jésuite, théologien aguerri, a rassemblé dans cet essai une présentation du mystère de l’eucharistie en ce qu’il a d’essentiel.

Sans méconnaître le détail des rites auxquels il accorde une juste importance, Bernard Sesboüé ne verse pas dans un ritualisme formel, qui risque toujours d’enfermer dans l’accessoire. Au contraire, il replace l’eucharistie à sa juste place, majeure, celle de nouer le destin de l’homme à celui de Dieu et de construire l’Église. « Si l’Église fait l’Eucharistie, l’Eucharistie fait l’Église », a écrit le père Henri de Lubac. Il insistait sur le fait que chaque célébration eucharistique a pour but de faire de l’assemblée présente le corps de l’Église qui constitue aussi le corps glorieux du Christ.

Déjouer les fausses interprétations

« Sacrement du sacrifice unique de Jésus », « sommet des sacrements », « mémorial » : ces synonymes de l’Eucharistie sont tour à tour présentés par Bernard Sesboüé, qui s’emploie à déjouer les fausses interprétations. Comme, par exemple, l’affirmation que l’Eucharistie serait une « répétition » de la croix. « L’Eucharistie n’est en rien la “répétition” de la croix, dont le “une fois pour toutes” ne peut être répété (…) L’Eucharistie par contre est bien la “répétition” de la Cène », précise-t-il.

Tout au long de l’ouvrage, l’auteur nous fait bénéficier de sa grande connaissance des Écritures, de la tradition, mais aussi de l’histoire des Églises chrétiennes et du dialogue œcuménique, dont les avancées ont été l’occasion d’approfondir le sens de ce sacrement. C’est certainement dans le chapitre consacré à la délicate question de la « présence réelle » que s’expriment le mieux sa finesse et son discernement théologiques.

Contre les lectures matérialistes

Bernard Sesboüé commence par souligner l’importance des paroles de Jésus « Ceci est mon corps ; ceci est la coupe de mon sang », attestées dans les quatre versions de l’institution de l’Eucharistie présentes dans le Nouveau Testament. « L’Eucharistie n’est donc plus une nourriture simplement humaine, elle est confectionnée par la toute-puissance de la parole de Dieu et elle comporte donc un élément proprement divin », souligne le théologien.

Les Pères de l’Église ne s’étaient guère posé de questions sur le « comment » de cette présence, mais nous avons hérité du Moyen Âge tout un langage philosophique, celui de la substance, qui nous est devenu obscur. Avec pédagogie, Bernard Sesboüé en redonne le sens. Contre les lectures matérialiste ou physiciste, il rappelle que chez saint Thomas d’Aquin « la substance n’est pas le substrat, mais la raison d’être d’une chose et son sens »« La substance, en tant que telle, n’est pas visible pour l’œil corporel, ni n’est sujet pour aucun sens (…) En conséquence, à parler de façon propre, le corps du Christ n’est perceptible que par le seul intellect, dit œil spirituel », écrit Thomas d’Aquin.

Présence réelle mais non physique

Si la présence du Christ est réelle – et non symbolique –, elle n’est ni géographique, ni physique, ni locale. « Autrement dit, le corps du Christ n’est pas présent dans le tabernacle de la même manière que le ciboire y est présent », insiste Bernard Sesboüé. Il signale tout autant la force de cette présence spirituelle, invitant à la considérer comme « une présence infiniment plus intime que la présence courante qui passe par nos corps non glorifiés ».

Par-delà ces précisions importantes, Bernard Sesboüé veut tourner nos regards vers l’essentiel : « La visée de l’Eucharistie n’est pas le changement du pain et du vin (…) mais l’accès de toute l’assemblée au statut de corps du Christ par le don de l’Esprit », résume-t-il. Cet aspect a été quelque peu oublié pendant le second millénaire. Retrouver cette visée de communion serait aujourd’hui salutaire.

 

Un autre regard sur l’eucharistie

Maurice Zundel

Paris, Jubilé, 2006. 230 pages. 2006

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Extrait de l’avant-propos de Bernard de Boissière :

Il est très important de se demander, avant d’abor­der la lecture de ce livre, comme pour celle des précédents, si l’on est vraiment capable d’être fidèle à leur esprit. Ce n’est pas évident. Le danger réel serait d’en rester aux idées, si belles soient-elles. Et il ne s’agit pas là d’un enseignement, mais d’une véritable rencontre avec Dieu, à travers le témoignage vibrant d’un saint dont c’était la vie tout entière, en découverte permanente.
Or, c’est grâce aux nombreux enregistrements d’auditeurs enthousiastes, présents aux multiples conférences et homélies de l’abbé Zundel, que purent être édités après sa mort un certain nombre de très beaux livres. Mais de quel droit les publier ?
Il est en effet manifeste que de son vivant l’abbé Zundel n’aurait jamais envisagé, ni encouragé leur publication. Il était incapable de se comporter en pro­fesseur cherchant à vous apprendre quelque chose préalablement construit. Sa prédication était essentiel­lement celle d’un témoignage actuellement et toujours vécu, sans cesse renouvelé et improvisé, extrêmement centré et cependant toujours neuf et varié. Sa parole, comme sortie d’un puits très profond, s’adressait directement et personnellement à son auditoire, à tous et à chacun.
La salle, ou l’église, était parcourue par une flamme contagieuse dans un silence où chacun se sentait concerné, même ceux qui ne comprenaient pas toujours les idées, mais qui venaient néanmoins pour voir, entendre et être saisis.
On comprend alors qu’une communication aussi personnelle, ardente, improvisée et purement prospective ne puisse souffrir de retour en arrière. L’abbé Zundel en fit effectivement la très douloureuse expérience quand Mgr Macchi, secrétaire de Paul VI, lui demanda de publier la retraite qu’il venait de prêcher au Vatican en février 1972, d’où vingt-deux conférences entièrement improvisées, et par ailleurs magnifiques, après un temps de préparation extrêmement court. Une retranscription de leur enregistrement lui fut alors remise en vue d’un livre. L’abbé Zundel était déjà âgé et fatigué. Cette nouvelle tâche consistant à transformer, sur des recommandations extérieures, un style très direct, spontané, personnel et passionné en une prose inévitablement banalisée, l’épuisa et hâta sa mort en août 1975, comme put le constater son médecin. Le livre ne parut finalement qu’en 1976, intitulé Quel Homme et quel Dieu (aux éditions Saint-Augustin), mais fait pâle figure auprès de la réalité enregistrée, qu’accompagnaient à la fin les merveilleux remerciements de Paul VI. On comprendra alors mieux pourquoi, au début de tous les livres posthumes, le lecteur aura été averti comme maintenant que le texte enregistré n’aura pratiquement pas été modifié, malgré certaines lourdeurs ou répétitions.

Présentation de l’éditeur

Offrir à notre regard une présentation de l’Eucharistie sous un autre éclairage, tel est le but de cette anthologie zundélienne. Beaucoup peut-être, mais sans oser l’avouer, voient dans l’Eucharistie, dans le dogme de la Présence réelle tel qu’il est souvent présenté, une pure absurdité : le Bon Dieu dans une miette de pain, cela n’a pas sens !
M. Zundel nous a parlé de cet enseignant qui lui disait : «Je n’examine jamais ma foi parce que je serais prêt d’en douter, alors je crois en bloc et je ne discute plus !» J’ajoute : «Croire en bloc et ne pas discuter, cela ne veut rien dire ! En quoi peut-il être fécond pour l’esprit et glorieux pour le Seigneur que de dire : je n’y comprends rien, mais je crois. Cela ne sert absolument à rien.»
Le comble est atteint quand on en arrive à penser que l’acte de foi est d’autant méritoire que son objet défie de façon plus flagrante le simple bon sens. Plus on pénètre dans la foi chrétienne, plus on s’aperçoit qu’elle est éminemment raisonnable. À condition qu’on veuille bien dépasser les apparences et s’efforcer sans cesse de lire la foi à l’intérieur d’elle-même, c’est à cette lecture éminemment «intelligente» (intus légère) du mystère de l’Eucharistie qu’invite ce livre.

Paul Debains, après trente années de missions en Afrique, exerce son ministère en France. Il est membre de l’association des Amis de Maurice Zundel. Il a déjà réuni et présenté des -ex-es inédits de M Zundel dans Un autre regard sur l’homme. Le problème que nous sommes et Pour toi qui suis-je ? (Sarment – Éditions du Jubilé)

Maurice Zundel (1897-1975), prêtre suisse, mena une vie de prédicateur itinérant – en France et à l’étranger-, pratiquement inconnu de son vivant. Sa vision de l’homme, «libre de soi et de tout, (pouvant) se jeter dans les bras de Dieu qui est liberté», rencontre aujourd’hui l’attente d’un très large public.

 

L’Eucharistie à l’école des Saints (Français) Relié – 1 avril 2000

Nicolas Buttet

Paris, Editions de l’Emmanuel, 2000. 382 pages.

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Description du produit

Avec cet ouvrage, Nicolas Buttet nous offre une véritable somme sur l’Eucharistie. Il nous invite à nous mettre à l’école des saints et de quelques grands témoins. Avec simplicité et profondeur, il les interroge sur leur compréhension du mystère central de la Messe. Réflexions et témoignages se succèdent venant éclairer les principaux aspects théologiques, liturgiques et spirituels de l’Eucharistie,  » source et sommet  » de toute vie chrétienne. Auprès d’un grand nombre, une telle approche fortifiera la foi et stimulera l’amour pour le Christ réellement présent sous les espèces du pain et du vin consacrés. Par toutes les informations qu’il rassemble, l’ouvrage devrait rendre de précieux services aux catéchistes et prédicateurs chargés de préparer jeunes et adultes à la communion eucharistique. Comme l’annonce le préfacier, le Père Nottebaert, o.m.i., on ne trouvera pas d’abord ici une savante étude sur le Saint Sacrement, mais un livre de vie que tout chrétien pourra fréquenter comme un ami

 

L’Eucharistie au cœur des Ecritures

Edouard Cothenet

Paris, Salvator, 2016. 224 pages

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 Il faut sûrement être un peu familier des questions théologiques et de la lecture de la Bible pour tirer tout le sel de ce remarquable ouvrage du P. Cothenet.  Mais il propose une nourriture très solide à tous ceux qui cherchent à faire de leur vie quotidienne une vie « eucharistique », une authentique vie spirituelle à la suite du Christ et en lui. Il abonde en références bibliques et patristiques propres à la réflexion et à la méditation, et des commentaires lumineux enrichissent, élargissent, voire convertissent notre compréhension parfois trop étroite de l’eucharistie. Notamment sur deux points.

L’eucharistie pas seulement mémorial du passage du Fils vers le Père pour nous entraîner à sa suite, elle est aussi le sacrement de la  récapitulation, de la Nouvelle Alliance : Dieu, par le sang de la Croix, a voulu réunir en Christ l’univers entier, ce qui est aux cieux et ce qui est sur la terre (Ep 1, 10). L’eucharistie ne nourrit pas seulement une voie de salut personnel et communautaire, c’est l’univers entier qui est sauvé, réconcilié dans la mort et la résurrection du Christ. (p. 28).

Cela conduit à interroger les textes de l’Ancien Testament qui annoncent et construisent cette perspective, et plus particulièrement une notion difficile à évoquer aujourd’hui, celle de sacrifice, où Dieu se rend présent aux hommes. Mais avec Jésus-Christ, et déjà avec les prophètes et les psaumes,  le sacrifice, loin d’être l’expression d’une perte violente et de la colère divine contre celui qui porte le péché du monde, est « la non-résistance à l’oppresseur  (comme le serviteur souffrant) et la confiance totale au Père, qui font passer du péché à la justice, lors de la résurrection » à laquelle nous participons par le baptême.

Dès lors, faire mémoire de la mort et de la résurrection du Christ pour entrer dans son exode vers le Père revient à s’unir à l’intercession du Christ pour tous ses frères les hommes (p .173). Et participer pleinement à l’eucharistie, c’est offrir le seul sacrifice qui plaise à Dieu : vivre pour la justice à l’image et à la suite de Jésus, dans l’espérance du retour de Celui qu’on aime sans le voir encore. (p. 184).

Bien d’autres choses seraient à souligner dans ce livre qui nous éloigne de deux compréhensions trop étroites de l’eucharistie : celle d’un sacrifice où la  justice de Dieu ne s’obtiendrait qu’en se faisant violence, celle  d’un don de la présence d’un Dieu intime et personnel,  fait  à notre mesure, où la transformation du monde serait oubliée

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Dimanche des Rameaux dimanche 5 avril 2020 : lectures et commentaires

Dimanche des Rameaux : Dimanche 5 avril 2020

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Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

 

PREMIERE LECTURE – livre du prophète Isaïe 50, 4-7

4 Le SEIGNEUR mon Dieu m’a donné le langage des disciples,
pour que je puisse, d’une parole,
soutenir celui qui est épuisé.
Chaque matin, il éveille,
il éveille mon oreille
pour qu’en disciple, j’écoute.
5 Le SEIGNEUR mon Dieu m’a ouvert l’oreille,
et moi, je ne me suis pas révolté,
je ne me suis pas dérobé.
6 J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient,
et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe.
Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats.
7 Le SEIGNEUR mon Dieu vient à mon secours ;
c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages,
c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre :
je sais que je ne serai pas confondu.

ISRAEL, SERVITEUR DE DIEU
Isaïe ne pensait certainement pas à Jésus-Christ quand il a écrit ce texte, probablement au sixième siècle av.J.C., pendant l’Exil à Babylone. Je m’explique : Parce que son peuple est en Exil, dans des conditions très dures et qu’il pourrait bien se laisser aller au découragement, Isaïe lui rappelle qu’il est toujours le serviteur de Dieu. Et que Dieu compte sur lui, son serviteur (son peuple) pour faire aboutir son projet de salut pour l’humanité. Car le peuple d’Israël est bien ce Serviteur de Dieu nourri chaque matin par la Parole, mais aussi persécuté en raison de sa foi justement et résistant malgré tout à toutes les épreuves.
Dans ce texte, Isaïe nous décrit bien la relation extraordinaire qui unit le Serviteur (Israël) à son Dieu. Sa principale caractéristique, c’est l’écoute de la Parole de Dieu, « l’oreille ouverte » comme dit Isaïe.
« Ecouter », c’est un mot qui a un sens bien particulier dans la Bible : cela veut dire faire confiance ; on a pris l’habitude d’opposer ces deux attitudes types entre lesquelles nos vies oscillent sans cesse : confiance à l’égard de Dieu, abandon serein à sa volonté parce qu’on sait d’expérience que sa volonté n’est que bonne… ou bien méfiance, soupçon porté sur les intentions de Dieu… et révolte devant les épreuves, révolte qui peut nous amener à croire qu’il nous a abandonnés ou pire qu’il pourrait trouver une satisfaction dans nos souffrances.
Les prophètes, les uns après les autres, redisent « Ecoute, Israël » ou bien « Aujourd’hui écouterez-vous la Parole de Dieu…? » Et, dans leur bouche, la recommandation « Ecoutez » veut toujours dire « faites confiance à Dieu quoi qu’il arrive » ; et Saint Paul dira pourquoi : parce que « Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment (c’est-à-dire qui lui font confiance). » (Rm 8,28). De tout mal, de toute difficulté, de toute épreuve, il fait surgir du bien ; à toute haine, il oppose un amour plus fort encore ; dans toute persécution, il donne la force du pardon ; de toute mort il fait surgir la vie, la Résurrection.
C’est bien l’histoire d’une confiance réciproque. Dieu fait confiance à son Serviteur, il lui confie une mission ; en retour le Serviteur accepte la mission avec confiance. Et c’est cette confiance même qui lui donne la force nécessaire pour tenir bon jusque dans les oppositions qu’il rencontrera inévitablement. Ici la mission est celle de témoin : « Pour que je sache à mon tourpuisse réconforter celui qui n’en peut plussoutenir celui qui est épuisé », dit le Serviteur. En confiant cette mission, le Seigneur donne la force nécessaire : Il « donne » le langage nécessaire : « Le SEIGNEUR mon Dieu m’a donné le langage des disciples »… Et, mieux, il nourrit lui-même cette confiance qui est la source de toutes les audaces au service des autres : « Le SEIGNEUR mon Dieu m’a ouvert l’oreille », ce qui veut dire que l’écoute (au sens biblique, la confiance) elle-même est don de Dieu. Tout est cadeau : la mission et aussi la force et aussi la confiance qui rend inébranlable. C’est justement la caractéristique du croyant de tout reconnaître comme don de Dieu.

TENIR BON DANS L’EPREUVE
Et celui qui vit dans ce don permanent de la force de Dieu peut tout affronter : « Je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé… » La fidélité à la mission confiée implique inévitablement la persécution : les vrais prophètes, c’est-à-dire ceux qui parlent réellement au nom de Dieu sont rarement appréciés de leur vivant. Concrètement, Isaïe dit à ses contemporains : tenez bon, le Seigneur ne vous a pas abandonnés, au contraire, vous êtes en mission pour lui. Alors ne vous étonnez pas d’être maltraités.
Pourquoi ? Parce que le Serviteur qui « écoute » réellement la Parole de Dieu, c’est-à-dire qui la met en pratique, devient vite extrêmement dérangeant. Sa propre conversion appelle les autres à la conversion. Certains entendent l’appel à leur tour… d’autres le rejettent, et, au nom de leurs bonnes raisons, persécutent le Serviteur. Et chaque matin, le Serviteur doit se ressourcer auprès de Celui qui lui permet de tout affronter. Et là, Isaïe emploie une expression un peu curieuse en français mais habituelle en hébreu : « J’ai rendu ma face dure comme pierre » : elle exprime la résolution et le courage ; en français, on dit quelquefois « avoir le visage défait », et bien ici le Serviteur affirme « vous ne me verrez pas le visage défait, rien ne m’écrasera, je tiendrai bon quoi qu’il arrive » ; ce n’est pas de l’orgueil ou de la prétention, c’est la confiance pure : parce qu’il sait bien d’où lui vient sa force.
Je disais en commençant que le prophète Isaïe parlait pour son peuple persécuté, humilié, dans son Exil à Babylone ; mais, bien sûr, quand on relit la Passion du Christ, cela saute aux yeux : le Christ répond exactement à ce portrait du serviteur de Dieu. Ecoute de la Parole, confiance inaltérable et donc certitude de la victoire, au sein même de la persécution, tout cela caractérisait Jésus au moment précis où les acclamations de la foule des Rameaux signaient et précipitaient sa perte.

 

PSAUME – 21 (22), 2, 8-9,17-20,22b-24

2 Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
8 Tous ceux qui me voient me bafouent,
ils ricanent et hochent la tête :
9 « Il comptait sur le SEIGNEUR : qu’il le délivre !
Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami ! »

17 Oui, des chiens me cernent,
une bande de vauriens m’entoure ;
ils me percent les mains et les pieds,
18 je peux compter tous mes os.

19 Ils partagent entre eux mes habits
et tirent au sort mon vêtement.
20 Mais toi, SEIGNEUR, ne sois pas loin :
ô ma force, viens vite à mon aide !

22 Tu m’as répondu !
23 Et je proclame ton nom devant mes frères,
je te loue en pleine assemblée.
24 Vous qui le craignez, louez le SEIGNEUR.

DU CRI DE DETRESSE A L’ACTION DE GRACE
Ce psaume 21/22 nous réserve quelques surprises : il commence par cette fameuse phrase « Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » qui a fait couler beaucoup d’encre et même de notes de musique ! L’ennui, c’est que nous la sortons de son contexte, et que du coup, nous sommes souvent tentés de la comprendre de travers : pour la comprendre, il faut relire ce psaume en entier. Il est assez long, trente-deux versets dont nous lisons rarement la fin : or que dit-elle ? C’est une action de grâce : « Tu m’as répondu ! Et je proclame ton nom devant mes frères, je te loue en pleine assemblée. » Celui qui criait « Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » dans le premier verset, rend grâce quelques versets plus bas pour le salut accordé. Non seulement, il n’est pas mort, mais il remercie Dieu justement de ne pas l’avoir abandonné.
Ensuite, à première vue, on croirait vraiment que le psaume 21/22 a été écrit pour Jésus-Christ : « Ils me percent les mains et les pieds ; je peux compter tous mes os ». Il s’agit bien du supplice d’un crucifié ; et cela sous les yeux cruels et peut-être même voyeurs des bourreaux et de la foule : « Oui, des chiens me cernent, une bande de vauriens m’entoure »… « Ces gens me voient, ils me regardent. Ils partagent entre eux mes habits, et tirent au sort mon vêtement ».
Mais, en réalité, ce psaume n’a pas été écrit pour Jésus-Christ : il a été composé au retour de l’Exil à Babylone : ce retour est comparé à la résurrection d’un condamné à mort ; car l’Exil était bien la condamnation à mort de ce peuple ; encore un peu, et il aurait été rayé de la carte !
Et donc, dans ce psaume 21/22, Israël est comparé à un condamné qui a bien failli mourir sur la croix (n’oublions pas que la croix était un supplice très courant à l’époque du retour de l’Exil), c’est pour cela qu’on prend l’exemple d’une crucifixion) : le condamné a subi les outrages, l’humiliation, les clous, l’abandon aux mains des bourreaux… et puis, miraculeusement, il en a réchappé, il n’est pas mort. Traduisez : Israël est rentré d’Exil. Et, désormais, il se laisse aller à sa joie et il la dit à tous, il la crie encore plus fort qu’il n’a crié sa détresse. Le récit de la crucifixion n’est donc pas au centre du psaume, il est là pour mettre en valeur l’action de grâce de celui (Israël) qui vient d’échapper à l’horreur.
Du sein de sa détresse, Israël n’a jamais cessé d’appeler au secours et il n’a pas douté un seul instant que Dieu l’écoutait. Son grand cri que nous connaissons bien : « Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » est bien un cri de détresse devant le silence de Dieu, mais ce n’est ni un cri de désespoir, ni encore moins un cri de doute. Bien au contraire ! C’est la prière de quelqu’un qui souffre, qui ose crier sa souffrance. Au passage, nous voilà éclairés sur notre propre prière quand nous sommes dans la souffrance quelle qu’elle soit : nous avons le droit de crier, la Bible nous y invite.
Ce psaume est donc en fait le chant du retour de l’Exil : Israël rend grâce. Il se souvient de la douleur passée, de l’angoisse, du silence apparent de Dieu ; il se sentait abandonné aux mains de ses ennemis … Mais il continuait à prier. Israël continuait à se rappeler l’Alliance, et tous les bienfaits de Dieu.

LE PSAUME 21 COMME UN EX-VOTO
Au fond, ce psaume est l’équivalent de nos ex-voto : au milieu d’un grand danger, on a prié et on a fait un voeu ; du genre « si j’en réchappe, j’offrirai un ex-voto à tel ou tel saint » ; (le mot « ex-voto » veut dire justement « à la suite d’un voeu ») ; une fois délivré, on tient sa promesse. C’est parfois sous forme d’un tableau qui rappelle le drame et la prière des proches.
Notre psaume 21/22 ressemble exactement à cela : il décrit bien l’horreur de l’Exil, la détresse du peuple d’Israël et de Jérusalem assiégée par Nabuchodonosor, le sentiment d’impuissance devant l’épreuve ; et ici l’épreuve, c’est la haine des hommes ; il dit la prière de supplication : « Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » qu’on peut traduire « Pourquoi, en vue de quoi, m’as-tu abandonné à la haine de mes ennemis ? » Et Dieu sait si le peuple d’Israël a affronté de nombreuses fois la haine des hommes. Mais ce psaume dit encore plus, tout comme nos ex-voto, l’action de grâce de celui qui reconnaît devoir à Dieu seul son salut. « Tu m’as répondu ! Et je proclame ton nom devant mes frères… Je te loue en pleine assemblée. Vous qui le craignez, louez le SEIGNEUR ! » Et les derniers versets du psaume ne sont qu’un cri de reconnaissance ; malheureusement, nous ne les chanterons pas pendant la messe de ce dimanche des Rameaux … (peut-être parce que nous sommes censés les connaître par coeur ?) : « Les pauvres mangeront, ils seront rassasiés ; ils loueront le SEIGNEUR, ceux qui le cherchent. A vous toujours, la vie et la joie ! La terre se souviendra et reviendra vers le SEIGNEUR, chaque famille de nations se prosternera devant lui… Moi, je vis pour lui, ma descendance le servira. On annoncera le Seigneur aux générations à venir. On proclamera sa justice au peuple qui va naître : Voilà son oeuvre ! »

 

DEUXIEME LECTURE – lettre de saint Paul aux Philippiens 2,6-11

6 Le Christ Jésus,
ayant la condition de Dieu,
ne retint pas jalousement
le rang qui l’égalait à Dieu.

7 Mais il s’est anéanti,
prenant la condition de serviteur,
devenant semblable aux hommes.

8 Reconnu homme à son aspect,
il s’est abaissé,
devenant obéissant jusqu’à la mort
et la mort de la croix.

9 C’est pourquoi Dieu l’a exalté.
Il l’a doté du Nom
qui est au-dessus de tout nom,

10 afin qu’au nom de Jésus
tout genou fléchisse
au ciel, sur terre et aux enfers,

11 Et que toute langue proclame :
« Jésus-Christ est Seigneur »
à la gloire de Dieu le Père.

JESUS, SERVITEUR DE DIEU
Pendant l’Exil à Babylone, au sixième siècle avant Jésus-Christ, le prophète Isaïe, de la part de Dieu bien sûr, avait assigné une mission et un titre à ses contemporains ; le titre était celui de Serviteur de Dieu. Il s’agissait, au cœur même des épreuves de l’Exil, de rester fidèles à la foi de leurs pères et d’en témoigner au milieu des païens de Babylone, fut-ce au prix des humiliations et de la persécution. Dieu seul pouvait leur donner la force d’accomplir cette mission.
Lorsque les premiers Chrétiens ont été affrontés au scandale de la croix, ils ont médité le mystère du destin de Jésus, et n’ont pas trouvé de meilleure explication que celle-là : « Jésus s’est anéanti, prenant la condition de serviteur ». Lui aussi a bravé l’opposition, les humiliations, la persécution. Lui aussi a cherché sa force auprès de son Père parce qu’il n’a jamais cessé de lui faire confiance.
Mais il était Dieu, me direz-vous. Pourquoi n’a-t-il pas recherché la gloire et les honneurs qui reviennent à Dieu ? Mais, justement, parce qu’il est Dieu, il veut sauver les hommes. Il agit donc en homme et seulement en homme pour montrer le chemin aux hommes. Paul dit : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. » C’est justement parce qu’il est de condition divine, qu’il ne revendique rien. Il sait, lui, ce qu’est l’amour gratuit… il sait bien que ce n’est pas bon de revendiquer, il ne juge
pas bon de « revendiquer » le droit d’être traité à l’égal de Dieu… Et pourtant c’est bien cela que Dieu veut nous donner ! Donner comme un cadeau. Et c’est effectivement cela qui lui a été donné en définitive.
J’ai bien dit comme un cadeau et non pas comme une récompense. Car il me semble que l’un des pièges de ce texte est la tentation que nous avons de le lire en termes de récompense ; comme si le schéma était : Jésus s’est admirablement comporté et donc il a reçu une récompense admirable ! Si j’ose parler de tentation, c’est que toute présentation du plan de Dieu en termes de calcul, de récompense, de mérite, ce que j’appelle des termes arithmétiques est contraire à la « grâce » de Dieu… La grâce, comme son nom l’indique, est gratuite ! Et, curieusement, nous avons beaucoup de mal à raisonner en termes de gratuité ; nous sommes toujours tentés de parler de mérites ; mais si Dieu attendait que nous ayons des mérites, c’est là que nous pourrions être inquiets… La merveille de l’amour de Dieu c’est qu’il n’attend pas nos mérites pour nous combler ; c’est en tout cas ce que les hommes de la Bible ont découvert grâce à la Révélation. On s’expose à des contresens si on oublie que tout est don gratuit de Dieu.

LE PROJET DE DIEU EST GRATUIT
Pour Paul, c’est une évidence que le don de Dieu est gratuit. Essayons de résumer la pensée de Paul : le projet de Dieu (son « dessein bienveillant ») c’est de nous faire entrer dans son intimité, son bonheur, son amour parfait. Ce projet est absolument gratuit, puisque c’est un projet d’amour. Ce don de Dieu, cette entrée dans sa vie divine, il nous suffit de l’accueillir avec émerveillement, tout simplement ; pas question de le mériter, c’est « cadeau » si j’ose dire. Avec Dieu, tout est cadeau. Mais nous nous excluons nous-mêmes de ce don gratuit si nous adoptons une attitude de revendication ; si nous nous conduisons à l’image de la femme du jardin d’Eden : elle prend le fruit défendu, elle s’en empare, comme un enfant « chipe » sur un étalage… Jésus-Christ, au contraire, n’a été que accueil (ce que Saint Paul appelle « obéissance »), et parce qu’il n’a été que accueil du don de Dieu et non revendication, il a été comblé. Et il nous montre le chemin, nous n’avons qu’à suivre, c’est-à-dire l’imiter.
Il reçoit le Nom qui est au-dessus de tout nom : c’est bien le Nom de Dieu justement ! Dire de Jésus qu’il est Seigneur, c’est dire qu’il est Dieu : dans l’Ancien Testament, le titre de « Seigneur » était réservé à Dieu. La génuflexion aussi, d’ailleurs : « afin qu’au Nom de Jésus, tout genou fléchisse »… C’est une allusion à une phrase du prophète Isaïe: « Devant moi tout genou fléchira et toute langue prêtera serment, dit Dieu » (Is 45,23).
Jésus a vécu sa vie d’homme dans l’humilité et la confiance, même quand le pire est arrivé, c’est-à-dire la haine des hommes et la mort. J’ai dit « confiance » ; Paul, lui, parle « d’obéissance ». « Obéir », « ob-audire » en latin, c’est littéralement « mettre son oreille (audire) « devant » (ob) la parole : c’est l’attitude du dialogue parfait, sans ombre ; c’est la totale confiance ; si on met son oreille devant la parole, c’est parce qu’on sait que cette parole n’est qu’amour, on peut l’écouter sans crainte.
L’hymne se termine par « toute langue proclame Jésus-Christ est Seigneur pour la gloire de Dieu le Père » : la gloire, c’est la manifestation, la révélation de l’amour infini ; autrement dit, en voyant le Christ porter l’amour à son paroxysme, et accepter de mourir pour nous révéler jusqu’où va l’amour de Dieu, nous pouvons dire comme le centurion « Oui, vraiment, celui-là est le Fils de Dieu »… puisque Dieu, c’est l’amour.

 

EVANGILE

Commentaire de la Passion de Notre Seigneur Jésus Christ selon Saint Matthieu
Chaque année, pour le dimanche des Rameaux, nous lisons le récit de la Passion dans l’un des trois Evangiles synoptiques ; cette année, c’est donc dans l’Evangile de Matthieu. En fait, dans les quelques minutes de cette émission, je ne peux pas lire le récit de la Passion lui-même, mais je vous propose de nous arrêter aux épisodes qui sont propres à Matthieu ; bien sûr, dans les grandes lignes, les quatre récits de la Passion sont très semblables ; mais si on regarde d’un peu plus près, on s’aperçoit que chacun des Evangélistes a ses accents propres.

PASSAGES PROPRES À MATTHIEU
Voici donc quelques épisodes et quelques phrases que Matthieu est seul à rapporter.
Tout d’abord, on se souvient que c’est à prix d’argent que Judas a livré Jésus aux grands prêtres juifs. Matthieu est le seul à dire la somme exacte, trente pièces d’argent : ce détail n’est pas anodin, car c’était le prix fixé par la Loi pour l’achat d’un esclave. Cela veut dire le mépris que les hommes ont manifesté envers le Seigneur de l’univers.
Plus tard, le même Judas fut pris de remords : « Alors, en voyant que Jésus était condamné, Judas, qui l’avait livré, fut pris de remords ; il rendit les trente pièces d’argent aux grands prêtres et aux anciens. Il leur dit : « J’ai péché en livrant à la mort un innocent. » Ils répliquèrent : « Que nous importe ? Cela te regarde ! » Jetant alors les pièces d’argent dans le Temple, il se retira et alla se pendre. Les grands prêtres ramassèrent l’argent et dirent : « Il n’est pas permis de le verser dans le trésor, puisque c’est le prix du sang. » Après avoir tenu conseil, ils achetèrent avec cette somme le champ du potier pour y enterrer les étrangers. Voilà pourquoi ce champ est appelé jusqu’à ce jour le Champ-du-Sang. Alors fut accomplie la parole prononcée par le prophète Jérémie : Ils ramassèrent les trente pièces d’argent, le prix de celui qui fut mis à prix, le prix fixé par les fils d’Israël, et ils les donnèrent pour le champ du potier, comme le Seigneur me l’avait ordonné. »
Au cours de la comparution de Jésus chez Pilate, Matthieu est le seul à rapporter l’intervention de la femme de Pilate : Tandis qu’il (Pilate) siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire : « Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste, car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui. » Et il est clair que le procès de Jésus mettait Pilate mal à l’aise. Un peu plus tard, Matthieu encore, raconte l’épisode du lavement des mains : Pilate, voyant que ses efforts ne servaient à rien, sinon à augmenter le tumulte, prit de l’eau et se lava les mains devant la foule, en disant : « Je suis innocent du sang de cet homme : cela vous regarde ! » Tout le peuple répondit : « Son sang, qu’il soit sur nous et sur nos enfants ! » Alors, il leur relâcha Barabbas ; quant à Jésus, il le fit flageller, et il le livra pour qu’il soit crucifié.
Au moment de la mort de Jésus, les trois évangélistes synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) racontent que le rideau du temple s’est déchiré du haut en bas, mais Matthieu, seul, ajoute : la terre trembla et les rochers se fendirent. Les tombeaux s’ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent, et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la Ville sainte, et se montrèrent à un grand nombre de gens.
Enfin, Matthieu a noté le soin tout spécial que les autorités ont apporté à la garde du tombeau de Jésus : ils sont allés trouver Pilate pour obtenir l’autorisation de surveiller le sépulcre dans la crainte que les disciples ne viennent subtiliser le corps de Jésus pour faire croire qu’il était ressuscité. Et c’est exactement la légende qu’ils ont fait courir après la résurrection.

LA VRAIE GRANDEUR DE JESUS RECONNUE PAR DES PAIENS
Ce qui est notable ici, en définitive, c’est l’aveuglement des autorités religieuses, qui les pousse à l’acharnement contre Jésus.
Et c’est le terrible paradoxe de ce drame : à savoir que, en dehors de sa famille, et de ses quelques disciples, ceux qui auraient dû être les plus proches de Jésus, les Juifs en général, l’ont méconnu, méprisé, humilié. Et que, en revanche, ce sont les autres, les païens, qui, sans le savoir, lui ont donné ses véritables titres de noblesse. Car l’une des caractéristiques de ce texte est bien l’abondance des titres donnés à Jésus dans le récit de la Passion, qui représente quelques heures, ses dernières heures de vie terrestre. Cet homme anéanti, blessé dans son corps et dans sa dignité, honni, accusé de blasphème, ce qui est le pire des péchés pour ses compatriotes… est en même temps honoré bien involontairement par des étrangers qui lui décernent les plus hauts titres de la religion juive. A commencer par le titre de « Juste » que lui a donné la femme de Pilate. Et, quant à celui-ci, il a fait afficher sur la croix le fameux écriteau qui désigne Jésus comme « le roi des Juifs ».
Enfin, le titre de Fils de Dieu lui est d’abord décerné par pure dérision, pour l’humilier : d’abord par les passants qui font cruellement remarquer à l’agonisant le contraste entre la grandeur du titre et son impuissance définitive ; puis ce sont les chefs des prêtres, les scribes et les anciens qui le défient : si réellement il était le Fils de Dieu, il n’en serait pas là. Mais ce même titre va lui être finalement décerné par le centurion romain : et alors il résonne comme une véritable profession de foi : « Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu ».
Or cette phrase préfigure déjà la conversion des païens, ce qui revient à dire que la mort du Christ n’est pas un échec, elle est une victoire. Le projet de salut de l’humanité tout entière est en train de se réaliser.
Alors on comprend pourquoi Matthieu accentue le contraste entre la faiblesse du condamné et la grandeur que certains païens lui reconnaissent quand même : c’est pour nous faire comprendre ce qui est à première vue impensable : à savoir que c’est dans sa faiblesse même que Jésus manifeste sa vraie grandeur, qui est celle de Dieu, c’est-à-dire de l’amour infini.

COMMUNION, EGLISE CATHOLIQUE, EUCHARISTIE, MESSE

La communion spirituelle

Qu’est-ce qu’une « communion spirituelle » ?

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Lorsque l’on ne peut communier, pour différentes raisons, et qu’on ne peut recevoir ni le Corps, ni le Sang du Christ, on peut néanmoins faire une « communion spirituelle » ou « communion de désir ». De quoi s’agit-il ?

 

La grâce, c’est-à-dire la vie de Dieu, nous est ­communiquée habituellement par les sacrements. Il s’agit d’un « contact direct » avec Jésus, comme lorsque le Christ touchait les yeux de l’aveugle. En effet, ce sont les mains de Jésus qui continuent à nous toucher par les sacrements, tout spécialement lorsque nous recevons le corps du Christ. Cette communion sacramentelle trouve sa per­fection dans la communion spirituelle, qui est une union spirituelle toujours plus intense au Christ par la foi et la charité.

La communion sacramentelle accompagnée de la communion spirituelle constituent ensemble la perfection de la communion eucharistique.

Il se peut qu’une personne en état de péché grave communie sacramentellement ; elle ne recevra cependant pas le fruit spirituel de cette communion puisque, selon saint Paul, elle communie « indignement » (1 Co 11, 29). À l’inverse, une personne pourrait ne pas communier sacramentellement et recevoir le fruit de la communion eucharistique par son désir ardent d’accueillir le corps du Christ. La grâce qui nous vient du Christ en passant par son Corps mystique qu’est l’Église nous est alors communiquée « à distance », comme pour les dix lépreux guéris sur le chemin du retour (cf. Lc 17, 12).

Dans ce cas, on distingue deux situations. Première situation, la communion spirituelle au sens classique, c’est-à-dire celle qui accroît l’amour, et que l’on peut appeler la « communion de désir ». Cette communion exige les mêmes conditions personnelles que celles requises pour la réception de la communion sacramentelle. Tel est le cas d’une personne désireuse de recevoir le corps du Christ mais qui est empêchée de participer à la messe. C’est aussi ce que l’on peut vivre au cours de l’adoration eucharistique. Jean-Paul II affirme en effet que l’adoration eucharistique est aussi une communion de désir.

La communion spirituelle nécessite trois actes : 1/ la foi en la présence réelle de Jésus au Saint-Sacrement ; 2/ l’acte de désir par lequel on s’approche de l’autel en esprit comme si on recevait l’hostie des mains du prêtre ; 3/ enfin, l’action de grâce vécue de la même manière que si l’on avait communié sacramentellement.

La seconde situation sera celle d’une personne qui, en raison d’un péché grave ou d’une situation de vie particulière, ne peut pas accéder à la communion sacramentelle. Dans ce cas, elle peut vivre une communion spirituelle comme une tension vers le pardon du péché et vers la conversion de vie. On appelle alors cette communion spirituelle au sens large le « désir de la communion »

 

(1) Cf. Frère Benoît-Dominique de La Soujeole, o.p., « Communion sacramentelle et communion spirituelle », in Nova et Vetera (février 2011), p. 147 ss.

 

Y a-t-il des actes spéciaux qu’il est nécessaire de produire ? La plupart des auteurs recommandent de faire les mêmes actes que ceux qui sont indiqués avant et après la Communion, que l’on peut résumer ainsi :
1/- Acte de contrition (ou le « Confiteor », le « Domine non sum dignus », … )
2/- Acte de foi vive, qui nous représente Jésus-Christ victime immolée pour nous.
3/- Acte de désir, désir ardent de nous unir à Jésus dans le Sacrement si c’était possible.
4/- Acte de demande, qui nous fait implorer les Grâces qui sont promises à ceux qui se nourrissent de l’Eucharistie (par exemple le pardon pour nos fautes vénielles).
5/- Acte d’action de grâces. Saint Léonard n’hésite pas à nous engager a adorer notre Sauveur au dedans de nous, comme si nous avions communié réellement, à Le remercier etc …

Cependant, comme pour l’oraison, il ne faut pas qu’une méthode devienne un carcan qui charge l’âme, plutôt qu’elle la dilate. S’il est permis, à la suite de Saint Alphonse de Liguori, de citer des révélations privées, voici un conseil de Notre-Seigneur à Sœur Marie Lataste (en 1843) :

« Ma fille, la préparation pour la Communion Spirituelle n’est pas bien difficile ; il n’est pas nécessaire que vous fassiez tous les actes de la Communion Sacramentelle ; recueillez-vous un instant, présentez-vous en esprit devant mon Tabernacle, et dites-moi : « Seigneur Jésus, descendez dans mon cœur ! » Cela suffit. Mais vous devez, dans chaque Communion Spirituelle, vous proposer un but, par exemple d’obtenir une grâce ou une vertu en particulier ; vous pouvez aussi communier spirituellement dans l’intention que je vous ai suggérée pour vos Communions Sacramentelles, qui est d’obtenir de Dieu, mon Père, par mes mérites et la Communion que vous faites, les Grâces nécessaires pour connaître et accomplir parfaitement Sa sainte Volonté. Quand vous n’auriez jamais que cette intention, Elle me serait toujours agréable ».

Pour terminer, retenons cette instante recommandation de Sainte Thérèse d’Avila : « Si, dans le principe, vous ne vous trouvez pas bien de cette pratique, sachez que le démon en peut être la cause ; voyant quel grand dommage il en reçoit, pour vous en détourner, il vous fera éprouver je ne sais quel trouble et quelle angoisse de cœur et il cherchera à vous persuader que vous trouvez plus de dévotion en d’autres exercices de piété. Malgré ses insinuations, tenez ferme, n’abandonnez pas une si salutaire pratique, et prouvez ainsi à Notre-Seigneur que vous L’aimez véritablement ».

Ainsi soit-il.

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CAREME, CENDRES, EGLISE CATHOLIQUE, MERCREDI DES CENDES, MERCREDI DES CENDRES, L'ENTREE EN CARÊME

Mercredi des Cendres, l’entrée en Carême

Mercredi des Cendres, entrée en Carême

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Le mercredi des Cendres marque l’entrée en Carême. Les cendres sont en principe les cendres des rameaux de l’année précédente qui ont été brûlés.

« Demandons au seigneur de bénir ces cendres dont nos fronts vont être marqués en signe de pénitence ». Au cours de la célébration, après l’écoute de la Parole, le prêtre invite les fidèles à la prière et bénit les cendres faites, en principe, des rameaux bénis au dimanche des Rameaux de l’année précédente.

Un temps de conversion

Puis chacun reçoit sur la tête un peu de cendres tandis que le célébrant lui dit : « Convertissez-vous et croyez à l’évangile » (Marc 1, 15) ou « souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière » (Genèse 3, 19).

Même si les cendres sont imposées sur le front ou la tête qui est le siège de l’intelligence et de la pensée, c’est aussi le cœur qui est visé. Les paroles que le célébrant prononce, invitent le croyant à se rappeler sa fragilité, à s’interroger sur sa destinée, à se convertir, c’est-à-dire à remettre sa vie en conformité avec l’Evangile. C’est tout l’enjeu du Carême.

C’est ce que nous rappelle la première lecture du mercredi des Cendres (Joël 2, 13) : « Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment. ».

Pour sa part saint Paul, invite le croyant, « au nom du Christ, […], à se laisser réconcilier avec Dieu, à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de Dieu ».

Un temps de pénitence

Le psaume 50 exprime la démarche pénitentielle qui va marquer tout le Carême.

Tout d’abord, il révèle l’attitude de Dieu : « ton amour », « ta grande miséricorde »… puis l’attitude de l’homme : « je connais mon péché », « ma faute », « mon offense ».

On peut noter ensuite les demandes exprimées par la prière du pécheur : « efface mon péché », « lave-moi », « purifie-moi », « crée en moi », « renouvelle et raffermis », « ne me chasse pas », « ne reprends pas », « rends-moi », « ouvre mes lèvres ».

Enfin, le pardon et la miséricorde de Dieu ouvrent un avenir : « ma bouche publiera ta louange ». Il s’agit bien de « vivre de la vie nouvelle à l’image de ton Fils ressuscité » (extrait d’une prière avant le rite de l’imposition des Cendres.

 

Pourquoi les cendres ?

Se couvrir de cendres ou s’asseoir sur la cendre en signe de pénitence est une pratique souvent rapportée dans l’Ancien Testament. A la suite de la prédication de Jonas, le roi de Ninive « s’assoit sur la cendre » (Jonas 3, 6). En 2 Samuel 13, 19, Tamar « prend de la cendre et s’en couvre la tête ». Le rite peut être un rite de pénitence mais aussi un rite de souffrance devant ce que l’on a vécu.

 

https://liturgie.catholique.fr/accueil/annee-liturgique/du-careme-au-temps-pascal/le-careme/3655-mercredi-des-cendres-careme/

ABUS SEXUELS, ARCHE (L') DE JEAN VANIER, EGLISE CATHOLIQUE, JEAN VANIER (1928-...), JEAN VANIER (1928-2019), LE MYSTERE D'INIQUITE AUJOURD'HUI.... COMME HIER !, MEDITATIONS, SCANDALES DANS L'EGLISE

Le mystère d’iniquité aujourd’hui… comme hier !

Le mystère d’iniquité aujourd’hui… comme hier

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         Les révélations sur la part d’ombre que cachait la figure lumineuse de Jean Vanier choquent parce qu’elles fissurent l’image de celui que tout un chacun prenait pour un saint dans ses actes et dans ses paroles. Mais tout ceci nous en dit beaucoup du mystère de chaque être humain tout comme elle nous dit beaucoup sur notre besoin d’avoir des êtres à admirer, à idolâtrer même ; ce besoin d’avoir des héros entraîne aussi sans que l’on en prenne conscience chez l’être ainsi mis en avant une obligation de correspondre à ce que les autres attendent et également un isolement dans une sorte de tour d’ivoire qui enferme. Et chaque fois que le masque tombe c’est un sentiment de trahison que nous éprouvons : celui qui était tant loué devient l’objet d’une mise au ban de la société. L’histoire est pourtant riche de ses exemples : combien ont été l’objet d’un culte de leur vivant puis de condamnation lorsque leurs faiblesses ont été révélées. Toute société fonctionne ainsi et il n’est donc pas étonnant que l’église elle-même en soit affectée.

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         A travers les dernières révélations concernant le fondateur de l’Arche on peut se rappeler les mots de saint Paul parlant du « mystère de l’iniquité » (2 Th 2, 7) – inscrit dans le cœur de l’homme depuis le péché du premier homme –  tant il est vrai que depuis quelques temps il semble que se déchaîne une cascade de scandales qui entachent  le message que l’Eglise veut porter au monde sans oublier les persécutions dont sont l’objet les chrétiens dans le monde.

         A propos des scandales qui affectent l’Eglise on pourrait être tenté par une certaine forme de désespérance mais ce serait oublier d’une part que ceux-ci ne sont pas une exception dans toute l’histoire de l’église et d’autre part ce que nous disent les textes bibliques et les paroles même de Jésus au soir de son arrestation quand le « Mal » entre dans le cœur de Judas. Ce que l’on apprend depuis hier, à l’approche de ce temps de Carême, n’est qu’un appel de plus à une conversion radicale ; c’est aussi un avertissement quant à notre comportement vis-à-vis de certaines personnes que l’on a tendance à aduler au-delà du raisonnable de leur vivant. Il faut se garder de tomber dans l’idolâtrie envers tel ou tel : certes leurs actions sont louables, leurs œuvres ne sont à condamner dans la mesure où elles font le bien autour d’elles et sont sources d’exemples mais il ne faut oublier non plus que ce sont que des êtres humains. Ceux que l’on admire de leur vivant, que l’on canonise au moment de leur mort ne sont que des êtres humains qui ont eux aussi leur part d’ombre.

         Que les hommes d’église, que les fondateurs d’ordre ou d’œuvres diverses soient dans une certaine mesure des exemples c’est fort bien (parce que tout le monde a besoin d’êtres exceptionnels à admirer et à célébrer, de héros à aduler ou encore à idolâtrer quelque soit les périodes de l’histoire des hommes) si l’on n’oublie pas qu’ils ne sont que des messagers, qu’ils ne sont que les serviteurs d’un Autre, qu’ils ne sont, comme tout être humain, des « vases fragiles » dépositaires d’un message à transmettre qui vient de Quelqu’un : ce quelqu’un n’est autre que Dieu lui-même.

         Comme nous le rappelle l’apôtre Paul : Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé, mais c’est Dieu qui faisait croître. Ainsi, ce n’est pas celui qui plante qui importe, ni celui qui arrose, mais Dieu, qui fait croître. Celui qui plante et celui qui arrose ne sont qu’un, mais chacun recevra son propre salaire selon son propre travail. Car nous sommes des collaborateurs de Dieu. Vous êtes le champ de Dieu, la construction de Dieu. Selon la grâce de Dieu qui m’a été accordée, comme un sage maître d’œuvre, j’ai posé les fondations, et quelqu’un d’autre construit dessus. Mais que chacun prenne garde à la façon dont il construit. Personne, en effet, ne peut poser d’autre fondation que celle qui est en place, à savoir Jésus–Christ. (1 Cor 3, 5-11)


Ces scandales ne doivent en aucun cas cependant nous plonger dans le désespoir ou la désespérance : « Garde courage, moi j’ai vaincu le mal » (Jn 16, 33). Nous le savons après le temps de la Passion, derrière et au-delà de la Croix et du tombeau il y a et il y aura toujours la lumière de Pâques.

 

Croix

 

L Espérance Ch.Peguy

 

La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’Espérance

La foi, ça ne m’étonne pas, ça n’est pas étonnant. J’éclate tellement dans ma création.

La charité, dit Dieu, ça ne m’étonne pas, ça n’est pas étonnant… Ces pauvres créatures sont si malheureuses qu’à moins d’avoir un coeur de pierre, comment n’auraient- elles point charité les unes envers les autres ..

Mais l’Espérance, dit Dieu, voilà ce qui m’étonne….Moi-même…. ça , c’est étonnant….

Que ces pauvres enfants voient comme tout ça se passe, et qu’ils croient que demain ça ira mieux. Qu’ils voient comme ça se passe aujourd’hui et qu’ils croient que ça ira mieux demain matin ….ça c’est étonnant, et c’est bien la plus grande merveille de notre grâce.

 Et j’en suis étonné moi-même !

 Quelle ne faut-ill pas que soit ma grâce et la force de ma grâce pour que cette petite espérance, vacillante au souffle du péché, tremblante à tous les vents, anxieuse au moindre souffle, soit aussi invariable, se tienne aussi fidèle, aussi droite, aussi pure et invincible, et immortelle,

et impossible à éteindre que cette petite flamme du sanctuaire qui brûle éternellement dans la lampe fidèle…

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©Claude-Marie T.

23 février 2020

ANNE PHILIBERT, DES PRETRES ET DES SCANDALES DANS L'EGLISE DE FRNCE DU CONCILE DE TRENTE A VATICAN II, EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, PRETRE, PRETRES

Des prêtres et des scandales dans l’Eglise de France : du Concile de Trente à Vatican II

Des prêtres et des scandales : dans l’Eglise de France du Concile de Trente au lendemain de Vatican II

Anne Philibert

Paris, Le Cerf, 2019. 461 pages.

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Présentation de l’éditeur

Qu’en a-t-il été des crimes et délits des curés en France au XIXe et au XXe siècle ? À l’heure où l’Église est dans la tourmente de la pédophilie, un regard historique salutaire.

Au milieu d’une actualité saturée par des scandales qui ont ébranlés l’Église, voici la grande étude historique qui fait enfin le point sur la question. Qu’en a-t-il été des crimes et des délits des membres du clergé, particulièrement en France au XIXe et au XXe siècle ? Comment la hiérarchie a-t-elle traité ces transgressions du point de vue de la doctrine, de la morale, de la justice ? Et quel impact ont-elles eu dans l’opinion ? Enfin, en quoi l’évidence du mal heurte-t-elle le sens du sacré en son tréfonds ?
Cette plongée sans concession dans les archives secrètes et inédites de la face noire du sacerdoce se veut d’abord une contribution salutaire à l’appel à la consécration qu’il implique.
Un livre courageux.

 Biographie de l’auteur

Ancienne élève de l’École normale supérieure et de l’ENA, Anne Philibert est docteur en histoire. Elle est l’auteur de Henri Lacordaire aux Éditions du Cerf

  

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L’Église face au scandale dans l’histoire

 Les scandales d’aujourd’hui sont-ils les mêmes que ceux d’hier ? L’historienne Anne Philibert retrace la manière dont le catholicisme a regardé le scandale à travers les époques, entre le XVIe et le XXe siècle.

 Si l’Église catholique fait aujourd’hui face à un grand scandale autour des prêtres pédophiles, cette institution a, par le passé, connu de nombreuses périodes « scandaleuses »… Et a su les dépasser. « On pourrait faire une liste de différents prêtres qui, au long des siècles, ont été perçus comme scandaleux pour leur époque, mais cette “litanie” de faits divers ne me semble pas permettre de comprendre le rapport de l’Eglise à la notion de “scandale” », explique l’historienne Anne Philibert. Dans son ouvrage Des prêtres et des scandales, la biographe du père Henri Dominique Lacordaire a préféré tenter d’analyser « le propos de l’Église sur elle-même, sa perception de sa mission, la relation que ses ministres doivent avoir avec les gens et sa définition même du scandale ».

 Scandale : une parole ou acte répréhensible qui sont pour le prochain une occasion de péché ou de dommage spirituel.
– dictionnaire Larousse

 Si le dictionnaire Larousse explique que le scandale est un « effet fâcheux, [une] indignation produit dans l’opinion publique par un fait, un acte estimé contraire à la morale, aux usages », une « grave affaire malhonnête, honteuse qui a un grand retentissement dans le public », une « querelle bruyante », un « fait qui heurte la conscience, le bon sens, la morale, suscite l’émotion, la révolte », il finit par en rappeler le caractère religieux : le scandale est aussi « une parole ou acte répréhensible qui sont pour le prochain une occasion de péché ou de dommage spirituel ». Car, rappelle Anne Philibert, dans la communauté chrétienne primitive, « scandaliser, c’est “entraîner quelqu’un au péché”. Le sens de choc, de provocation au péché, d’occasion de péché s’est imposé petit à petit. Est scandale ce qui provoque l’indignation, la révolte, parce que le scandale est cause de préjudice moral ou spirituel ». Elle précise alors qu’une distinction née entre deux formes de scandale : « Le scandale actif, qui consiste à provoquer le scandale, et le scandale passif, qui consiste à en être victime. (…) Dans la tradition de l’Église catholique, le scandale est grave à cause de son lien avec le péché. Ce lien n’est pas toujours direct : c’est une occasion. Cela veut dire qu’il y a des gens qui, à cause de l’occasion que crée le scandale, trébucheront et d’autres qui ne trébucheront pas. Cette manière de voir explique que, dans la tradition catholique, le scandale est d’autant plus grave qu’il touche plus de témoins. »

 Étudiant la période entre le concile de Trente et les lendemains du Vatican II, Anne Philibert observe que la nature du scandale change en fonction des périodes, mais surtout selon le point de vue de celui qui le dénonce. « Le grand souci du concile de Trente, convoqué en 1542, c’est la dignité du prêtre. Au XVIe siècle, les prêtres incultes, paillard, ivrognes représentent le plus grand scandale aux yeux des évêques. La formation est alors très inégale et non obligatoire, il n’existe pas encore de séminaire, raconte-t-elle. Chez les fidèles par contre, sur toutes les époques étudiées, ce sont les prêtres gloutons ou égoïstes qui choquent : la charité de l’Église étant le seul secours pour beaucoup d’entre eux, les prêtres avares sont scandaleux, même au sens spirituel, et les théologiens du XVIIIe et XIXe siècle disent même d’eux qu’ils sont “des prêtres athées”. » Bien sûr, il y a des tentations permanentes toute époque confondue : « les femmes, le vin, faire bombance », souligne l’historienne, mais « le scandale causé par des prêtres est d’abord constitué par des actes qui sont perçus comme des manquement aux vertus ». Avec des évolutions : « Les paysans bourguignons ne s’émouvait qu’un prêtre concubin élève ses enfants au presbytère au XVIe siècle. Au fil des décennies, cela a choqué de plus en plus et un double contrôle s’est instauré : le prêtre devient de plus en plus surveillé par ses ouailles, mais celui-ci devient aussi plus attentif à la moralité et aux moeurs des paroissiens. »

 Le scandale causé par des prêtres est d’abord constitué par des manquement aux vertus.
– Anne Philibert, historienne

 La France est ensuite un terreau particulier pour les « scandales intellectuels », selon Anne Philibert : « À côté des histoires relatives à la conduite des prêtres, il apparaît que les scandales causés par les questions politiques au sens large ont tenu une place importante dans l’Église de France. Le Français a un amour des idées. Les scandales liés aux idées religieuses ou politico-religieuses ont eu beaucoup d’écho : le jansénisme, puis la Révolution française jusqu’à l’adhésion à la République qui n’allait pas de soi. » Ainsi certains de ceux qui questionnent l’exégèse à une époque se sont retrouvés à l’index… pour finir réhabilités par la suite. Car l’historienne note qu’un même fait scandaleux peut évoluer et perdre son caractère sulfureux au cours du temps. « Il y a une historicité du scandale au sein même de l’Histoire de l’Église, comme le montre le rapport au peuple juif dans la liturgie catholique », explique Anne Philibert. Il fut une époque où il était scandaleux de s’agenouiller le Vendredi saint lors de la prière pour « les juifs perfides »… et quelques décennies plus tard, il est devenu scandaleux de réciter cette même prière.

 Et les abus sexuels sur mineurs ? Anne Philibert insiste d’abord sur la difficulté à enquêter sur le sujet : « Des archivistes diocésains m’ont confié qu’au début du siècle, les dossiers des prêtres condamnés ou accusés publiquement de pédophilie étaient souvent mis à part, qu’ils étaient plus sujets à des pertes ou des destructions. Je me suis aussi heurtée par endroit à la méfiance des évêchés, nécessaires pour avoir accès aux premières sources d’une historienne, les archives. » Prenant acte d’un document du Saint-Office posant dès 1922 des règles à l’encontre des prêtres agressant des enfants, Anne Philibert se penche donc sur une trentaine d’exemples de prêtres accusés ou condamnés dans les années 1920-1930. « Ce qui est certain, c’est que le problème existait déjà à l’époque, souligne-t-elle. Ensuite, les recommandations de Rome étaient : sanctions et secret. Mais en regardant les données que l’on a, on a l’impression que les sanctions – contrairement au secret – n’ont pas été appliquées avec la sévérité nécessaire par les évêques : sur les cas étudiés, presque tous les prêtres présents à l’audience et condamnés ont été mutés et ont souvent continué à avoir un ministère actif. »

 Je ne connais pas de plus grand scandale que l’impunité d’un prêtre scandaleux.
– Mgr d’Orléans de la Motte, évêque d’Amiens sous Louis XV

 Si la logique du secret reprend cette vision catholique du scandale public – considéré « plus grave que le scandale secret, en vie spirituelle par ce spectacle affligeant », « ce cadre mental peut expliquer la pratique répandue consistant à étouffer autant que possible le scandale », note Anne Philibert. L’historienne, refusant les généralités, n’oublie pas de préciser de notables exceptions à cette « culture du silence » dans l’Église au long des siècles, « comme Mgr d’Orléans de la Motte, évêque d’Amiens sous Louis XV, qui déclarait : “Je ne connais pas de plus grand scandale que l’impunité d’un prêtre scandaleux.” »vertu de l’idée que chacun des témoins est susceptible d’être affecté dans sa vie spirituelle »

 

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CONCILE VATICAN I (1869-1870), EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, LE CONCILE VATICAN I ET PIE IX, PAPAUTE, PIE IX (pape ; 1792-1878), VATICAN

Le Concile Vatican I et le Pape Pie IX

Le Concile Vatican I et le Pape Pie IX

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Premier concile œcuménique du Vatican

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Le premier concile œcuménique du Vatican, ou simplement appelé Vatican I, est le XXe concile œcuménique de l’Église catholique. Il se tient du 8 décembre 1869 au 20 octobre 1870. Convoqué par Pie IX, il définit notamment l’infaillibilité pontificale. Il est interrompu quand les troupes italiennes envahissent Rome. Suspendu sine die, il n’est jamais repris.

Contexte

 Contexte historique

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Ce concile s’inscrit dans un contexte géo-politique très troublé, marqué sur le plan italien par le Risorgimento – l’unification italienne et la fin des ‘États pontificaux’ – et leur corollaire que l’on appellera la question romaine, et sur le plan international par la guerre franco-prussienne de 1870.

Le concile, dont l’œcuménicité n’est pas reconnue par les Églises orientales, s’ouvre alors que, depuis 1861, le pape a perdu son pouvoir temporel sur les États pontificaux, à l’exception de la ville de Rome, et que Rome est elle-même sous la protection des troupes françaises de Napoléon III.

 

Contexte ecclésiastique

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Pie IX évoque en privé, pour la première fois, la tenue d’un nouveau concile œcuménique le 6 décembre 1864, lors d’une session de la Sacrée congrégation des rites. Le précédent concile, celui de Trente, s’était clos trois siècles auparavant. Au cours de l’année 1865, le pape mène des consultations auprès de l’épiscopat de rite latin sur des questions de discipline.

Le 28 juin 1867, à l’occasion de la fête des saints Pierre et Paul, il annonce son intention de convoquer un concile. Il remet aux évêques présents un questionnaire sur l’état de l’Église.

Le 28 juin 1868, la bulle d’indiction Æterni Patris convoque les évêques catholiques pour un concile devant se tenir à Rome dès le 8 décembre 1869. La bulle trace le programme de la future assemblée : défense de la foi contre les erreurs du temps, précédemment condamnées par le Syllabus ; mise à jour des canons du concile de Trente. Une invitation est envoyée à l’ensemble de l’épiscopat catholique et même à des dignitaires orthodoxes.

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Le concile est ouvert le 8 décembre 1869. Sur les mille évêques invités, les trois quarts sont présents. Tout de suite une majorité infaillibiliste et une minorité s’opposent, comportant toutes deux d’importants prélats. La majorité comprend notamment le cardinal Bilio, et divers évêques dont Mgr Dechamp (Malines), Mgr Manning  (Westminster), Mgr Pie (Poitiers) et la plupart des évêques italiens, très nombreux (35 % des participants).

La minorité comprend notamment les cardinaux Rauscher (Vienne), Mathieu (Besançon), Schwarzenberg (Prague) et divers évêques dont Mgr Simor (primat de Hongrie, Mge Ketteler (Mayence), Mgr Dupanloup (Orléans), Mgr Darboy (Paris), Mgr Place (Marseille) et beaucoup d’autres évêques allemands et français. Les Églises orientales catholiques sont réticentes. L’ensemble des évêques   melkites, conduit par leur patriarche Grégoire II Joseph, et plusieurs évêques orientaux chaldéens (dont Joseph VI Audo) font également partie de la minorité.

 

Suspension des travaux

Après plusieurs sessions, des travaux difficiles et des débats complexes, seules deux constitutions dogmatiques ont finalement pu être votées et ratifiées quand, le 20 septembre 1870, les troupes italiennes pénètrent dans Rome.

Le 9 octobre, ce qui reste des États pontificaux est intégré au nouveau Royaume d’Italie par plébiscite (référendum). Le concile est matériellement empêché de poursuivre ses travaux. Aussi, le 20 octobre, Pie IX le suspend-t-il sine die.

 

Les deux constitutions dogmatiques

La première constitution dogmatique du Concile Vatican I, Dei Filius, sur les rapports entre foi et raison (dont le texte fut préparé par le théologien Jean-Baptiste Franzelin), est votée à l’unanimité par les Pères conciliaires et ratifiée aussitôt par le pape le 24 avril 1870.

La deuxième constitution dogmatique, Pastor Æternus, qui devait être un traité complet sur l’Église du Christ, reste inachevée. Seule la dernière partie sur le rôle de la papauté dans l’Eglise et son dernier chapitre sur l’infaillibilité pontificale sont votés et promulgués, en juillet 1870, par le pape Pie IX. L’absence d’un texte complet a donné une place et importance disproportionnée à la question de l’infaillibilité pontificale.

 L’infaillibilité pontificale

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Une partie de la presse romaine et parisienne, inspirée par l’ultramontanisme, avait développé l’idée que le but principal du concile serait de définir le dogme de l’infaillibilité pontificale.

Le même Pie IX, avait publié en 1864 le Syllabus, texte dans lequel il condamnait, parmi d’autres ‘idées modernes’, la « liberté de conscience ». Pie IX revendiquait aussi dans le Syllabus la suprématie du fait religieux sur l’ordre temporel.

Dix ans auparavant, le 8 décembre 1854, Pie IX avait défini ex cathedra le dogme de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, après avoir consulté l’ensemble de l’épiscopat catholique mais sans en référer à un concile comme il est de coutume lorsqu’il s’agit de questions touchant la foi catholique.

En janvier 1870, une pétition lancée par quelques évêques demande qu’on mette à l’ordre du jour du concile la question de l’infaillibilité pontificale : elle recueille la signature de plus de 400 des quelque 700 évêques présents. Peu après, 136 évêques signent une pétition en sens contraire. Les évêques et les cardinaux de la minorité étaient soutenus par plusieurs personnalités connues en Europe, comme l’évêque d’Orléans, Mgr Dupanloup, l’historien allemand Ignaz von Döllinger, l’évêque de Mayence, Wilhelm Emmanuel von Ketteler. Entre les deux partis les débats furent tumultueux. On évoqua en particulier quelques cas supposés d’erreurs doctrinales commises par des papes : Honorius Ier, condamné par le troisième concile de Constantinople (680-681), Libère, Vigile, Jean XXII. Les débats historiques font alors appel à d’autres travaux érudits, tels ceux de du théologien Alphonse de Liguori, ou ceux, plus contemporains de Rohrbacher (1789-1856) dans sa monumentale histoire de l’Église, ou encore ceux de Dom Guéranger (1805-1875), le restaurateur de l’Abbaye bénédictine de Solesmes, pour contrer les accusations portées contre certains papes évoqués ci-dessus.

Après de longs débats, le 13 juillet 1870, c’est encore un quart de l’assemblée qui exprime son désaccord. Les tractations reprennent, des précisions sont apportées, mais sans rallier pourtant l’ensemble de la minorité : 55 évêques de la minorité décident alors de s’abstenir et de quitter Rome plutôt que de voter non. Le 18 juillet 1870, le concile, par les voix de 533 des 535 Pères présents, affirme la primauté universelle du pape comme de droit divin et définit que l’infaillibilité pontificale est une vérité de foi divinement révélée.

Cette infaillibilité pontificale est strictement et précisément délimitée : elle concerne le cas où le pape, en vertu de sa charge et en matière de foi ou de morale, prononce solennellement et ex cathedra qu’« une doctrine doit être tenue par toute l’Église ». Les deux Pères qui avaient voté non et ceux qui s’étaient abstenus se rallient alors, après la ratification par le pape du vote du concile.

 

Réception du concile

Le monde catholique accepta dans son ensemble les décisions conciliaires, à l’exception de quelques-uns dont l’historien et théologien Ignaz von Döllinger, éminente personnalité du monde intellectuel catholique. Il n’empêche qu’un groupe d’irréductibles se sépara de l’Église catholique romaine à cette occasion. C’est la naissance de l’Église des ‘Vieux catholiques’.

 

 

Bibliographie

Texte de Dei Filius [archive]

Texte de Pastor Aeternus [archive]

Cl. Bressolette, « Vatican I », in Dictionnaire critique de théologie, Jean-Yves Lacoste (dir), 1998, PUF, pp. 1200-1202 ;

  1. Congar, L’Église. De saint Augustin à l’époque moderne, Paris, Cerf, 1997, notamment pp. 440-450 ;

David Douyère, Communiquer la doctrine catholique : Textes et conversations durant le concile Vatican II d’après le journal d’Yves Congar, Genève, Labor et Fides, 2018, 258 p. 

Ch. Theobald, « La constitution dogmatique Dei Filius du concile de Vatican I » in Histoire des dogmes, T. 4, B. Sesboüé (dir), Cerf, 1996, pp. 259-313 ;

Ch. Theobald, « Première constitution dogmatique sur l’Église du Christ : Pastor Aeternus du concile de Vatican I » in Histoire des dogmes, T. 4, B. Sesboüé (dir), Cerf, 1996, pp. 315-344 ;

  1. Schatz, La primauté du pape. Son histoire, des origines à nos jours, Cerf, 1992, notamment les pp. 225-242 ;
  2. Thils, Primauté et infaillibilité du Pontife romain à Vatican I et autres études d’ecclésiologie, Presses de l’Université de Louvain, Louvain, 1989 ;
  3. Gadille, « Vatican I, concile incomplet ? », Le Deuxième concile du Vatican, Actes du colloque de l’École française de Rome, Rome, 1989, 33–45 ;
  4. Thils, La Primauté pontificale. La doctrine de Vatican I, les voies d’une révision, Duculot, Gembloux, 1972 ;
  5. Conzemius, « Pourquoi l’autorité pontificale a-t-elle été définie précisément en 1870 ? », Concilium, n° 64, 1971 ;
  6. Gadille, Albert du Boys. Ses « Souvenirs du Concile du Vatican », Nauwelaerts, Louvain, 1969 ;
  7. Thils, L’Infaillibilité pontificale, Gembloux, 1969 ;
  8. Aubert, « La Composition des commissions préparatoires du IerConcile du Vatican », in Reformata reformanda, t. II, Münster, 1965 ;
  9. Aubert, Vatican I, L’Orante, Paris, 1964 (avec bibliographie) ;
  10. Rondet, Vatican I, le concile de Pie IX. La préparation, les méthodes de travail, les schémas restés en suspens, Lethielleux, Paris, 1961 ;
  11. Aubert, Le problème de l’acte de foi, Louvain, 1952 ;
  12. Cecconi, Histoire du concile du Vatican, Librairie Victor Lecoffre, 1887.

Bernard Lecomte : Les derniers secrets du Vatican (Perrin, 2012) – Chapitre 2 : « Infaillible, le pape ? » (p. 28-49)

 

 

Le Pape Pie IX (1792-1878)

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Giovanni Maria Mastai Ferretti, né à Senigallia (Italie), le 13 mai 1792 et mort au Vatican le 7 février 1878, est le 255e pape de l’Église catholique, élu le 16 juin 1846 sous le nom de Pie IX (en latin Pius IX). Son pontificat de 31 ans est le plus long de l’histoire de la papauté après, selon la tradition, celui de Pierre.

Aux prises avec la vague révolutionnaire qui bouleverse la politique européenne, Pie IX est partagé entre le statut de pasteur universel et celui de pape-roi d’un État indépendant. Résolument conservateur, il est l’auteur du Syllabus et de l’encyclique Quanta cura, qui condamnent toute forme de modernisme dans l’Église. Pie IX proclame le dogme de l’Immaculée Conception. Il convoque le premier concile œcuménique du Vatican qui définit notamment l’infaillibilité pontificale, ce qui élargit encore la fracture entre l’Église catholique et les confessions chrétiennes qui en sont séparées. Le concile, ayant accompli son but principal, est suspendu sine die quand les troupes piémontaises envahissent Rome. Pie IX, dernier souverain des États pontificaux, se déclare alors « prisonnier du Vatican », situation qui va, dès lors, provoquer la Question romaine, qui ne trouvera sa solution qu’en 1929, avec la signature du traité du Latran entre l’État du Vatican, qui devient alors de droit international, et l’État italien.

Son procès en béatification est ouvert en 1907 par le pape Pie X, ce qui ne va pas sans provoquer des controverses, la Question romaine étant encore, à cette époque, d’une brûlante actualité. Sous les papes Benoît XV et Pie XI le procès suit très prudemment son cours. Le pape Pie XII le fait activer en 1954 ; il aboutit enfin sous Jean Paul II, qui le proclame solennellement bienheureux en 2000.

 

Prélat

Giovanni Maria Mastai Ferretti est le fils du comte Girolamo Mastai Ferretti et de la comtesse, née Caterina Solazzi, qui ont eu huit autres enfants. Après avoir fréquenté le collège piariste de Volterra, il étudie la théologie et la philosophie à Rome. Il est ensuite refusé chez les gardes nobles à cause de sa santé (il est sujet à des crises d’épilepsie) et il poursuit ses études au séminaire romain.

Ordonné prêtre en 1819, il est nommé directeur spirituel d’un célèbre orphelinat romain. En 1823, Pie VII l’envoie au Chili en tant qu’auditeur de Mgr Muzi, délégué apostolique. En 1825, à son retour, il est nommé par Léon XII chanoine de Sainte-Marie de Via Lata et directeur de l’hôpital San Michele. En 1827, il est fait archevêque de Spolète. En 1832, il est transféré au diocèse d’Imola en prenant le titre personnel d’archevêque.

Le pape Grégoire XVI le crée cardinal in pectore lors du consistoire du 23 décembre 1939. Sa création est publiée le 14 décembre 1840. Il reçoit le chapeau de cardinal-prêtre du titre des Santi Marcellino e Pietro.

 

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Le 16 juin 1846 s’ouvre le conclave suivant la mort de Grégoire XVI. Le cardinal Luigi Lambruschini, secrétaire d’État de Grégoire XVI, est le favori des conservateurs tandis que le cardinal Mastai Ferretti est le favori des libéraux.

Le cardinal Lambruschini obtient la majorité des voix dès les premiers tours, mais ne parvient pas à recueillir les deux tiers des voix requis pour être élu pape.

Le cardinal von Gaisruck, archevêque de Milan, arrive trop tard pour remettre l’exclusive prononcée par l’empereur d’Autriche Ferdinand Ier, suivant la politique de Metternich, contre le cardinal Mastai Ferretti ; celui-ci, ayant recueilli les deux tiers des voix, accepte la tiare et prend alors le nom de « Pie IX », en hommage à Pie VII.

 

Des débuts libéraux

Pie IX bénéficie à la suite de son élection d’une grande popularité au sein de la population italienne : durant son épiscopat en Romagne, il n’a pu ignorer le besoin de réformes dont souffrait l’État pontifical et que le soulèvement de Rimini, en 1845, avait démontré. Les premières années de son pontificat sont marquées par des mesures libérales qui s’opposent aux méthodes de Grégoire XVI et de son secrétaire d’État, le cardinal Lambruschini. Il choisit pour secrétaire d’État le cardinal Gizzi.

 

Les premières mesures

le 16 juillet 1846, il décrète une amnistie générale pour les détenus politiques et fait préparer une constitution qui est concédée le 14 mars 1848 : le Statut fondamental pour le gouvernement temporel des États de l’Église, qui institue deux Chambres et le Sacré Collège des cardinaux présidé par le pape. C’est l’époque des réformes politiques ;

Il crée le Conseil d’État ;

Il institue la liberté de la presse ;

Il établit une commission laïque chargée de la censure ;

En 1847, il établit ainsi une Consulta, un conseil consultatif composé de laïcs dont le rôle est de lui transmettre les désirs de la population ; et, auprès de lui, un conseil de cabinet puis une garde civique. Il crée également un certain nombre de commissions auxquelles participent des laïcs, afin de réviser les lois ;

En 1867, il a béatifié toutes les victimes du Grand martyre de Nagasaki.

Cette période est également celle de l’entrée dans la modernité pour les États pontificaux : à la différence de Grégoire XVI, qui les considérait comme « les chemins du diable » Pie IX fait construire dans les États pontificaux des réseaux ferrés et télégraphiques ; il restaure l’éclairage public. Il est le premier pape à être photographié.

En 1847, il s’oppose à l’Autriche qui avait fait occuper la ville de Ferrare alors qu’elle n’avait le droit que d’avoir une garnison dans la citadelle. Pie IX devient l’espoir des patriotes italiens, sa popularité est alors immense.

 

Leur accueil en Europe

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Ce mouvement réformiste qu’il contribue à amorcer par ses choix personnels lui attire bientôt la sympathie des patriotes dans l’ensemble des États italiens (Toscane, Deux-Siciles, Piémont, Parme…) :  certains d’entre eux n’hésitent pas à souhaiter la réalisation d’une fédération italienne, dont il prendrait la présidence.

Victor Hugo prononce à la Chambre des pairs le 13 janvier 1848 un éloge vibrant de Pie IX : « Cet homme qui tient dans ses mains les clefs de la pensée de tant d’hommes, il pouvait fermer les intelligences; il les a ouvertes. Il a posé l’idée d’émancipation et de liberté sur le plus haut sommet où l’homme puisse poser une lumière. […] ces principes de droit, d’égalité, de devoir réciproque qui il y a cinquante ans étaient un moment apparus au monde, toujours grands sans doute, mais farouches, formidables et terribles sous le bonnet rouge, |…] il vient de les montrer à l’univers rayonnants de mansuétude, doux et vénérables sous la tiare. […] Pie IX enseigne la route bonne et sûre aux rois, aux peuples, aux hommes d’État, aux philosophes, à tous ». Ce discours est cependant mal accueilli dans une chambre conservatrice inquiète de la remontée en puissance des idées républicaines.

Pie IX est à ce moment « le pape des droits de l’homme ». Les événements vont en faire un bien différent « pape du Syllabus ».

 

Un tournant conservateur

 L’année 1848

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En 1848, le « printemps des peuples » embrase l’Europe du congrès de Vienne. Charles-Albert, roi du Piémont, déclare la guerre à l’Autriche. Lvolontaires pontificaux (Legione dei Volontari Pontifici) formée d’hommes e 24 mars, Pie IX autorise le départ de Rome pour Ferrare, d’un corps expéditionnaire de 7 500 hommes commandé par le général Durando, suivi deux jours après par un corps de volontaires, la légion des provenant du centre de l’Italie confiée au général Andrea Ferrari.

Pie IX par l’allocution du consistoire du 29 avril 1848, condamne la guerre contre l’Autriche : « à nos soldats envoyés aux frontières pontificales, nous recommandons seulement de défendre l’intégrité et la sécurité des États pontificaux. Mais si certains souhaitaient que nous, ensemble à d’autres peuples et princes d’Italie, prenions part à la guerre contre les Autrichiens … ce n’est pas dans nos intentions et nos recommandations », il conclut en invitant les Italiens « à rester attaché fermement à leurs principes dont ils avaient expérimenté la bienveillance et qu’il ne s’en détache pas ». En fait, le pape se trouve dans l’embarras de combattre une grande puissance catholique : « nous avons su que certains ennemis de la religion catholique ont profité de l’occasion pour enflammer les âmes des Allemands afin de les détacher du Saint-Siège … Les peuples allemands ne devraient pas nourrir un sentiment de dédain à notre égard parce qu’il nous a été impossible de freiner nos sujets qui applaudirent les événements anti-autrichiens en Italie septentrionale … d’autres souverains européens, qui disposent d’armées plus puissantes que la nôtre, n’ont pu freiner l’agitation de leur peuple ». Cela met en évidence la contradiction et les incompatibilités de la position du pape comme chef de l’Église universelle et en même temps chef d’un État italien ; entre le pouvoir spirituel et temporel. Il refuse donc de soutenir le mouvement d’unification pour ne pas froisser l’Autriche catholique. À la suite de cette déclaration, le roi Ferdinand II des Deux-Siciles, proche parent de l’empereur d’Autriche et opposé à toute idée libérale, retire aussitôt ses troupes qui forment le plus gros contingent de l’armée Italienne. Pour les patriotes et les libéraux, la guerre est perdue d’avance. La popularité du pape s’effondre alors parmi les patriotes italiens.

Tout en étant désireux d’affirmer l’indépendance de la papauté, Pie IX doit accorder une constitution aux États pontificaux. Le 15 novembre 1848, le chef du gouvernement du Saint-Siège, Pellegrino Rossi est assassiné et les insurgés proclament la République romaine.

 

La fin des États pontificaux

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Le 24 novembre 1848, Pie IX quitte de nuit le Quirinal dans la voiture à cheval du duc d’Harcourt, après l’attaque du palais par les partisans de Giuseppe Mazzini (Mgr Palma trouve la mort à cette occasion). Pie IX se réfugie dans la forteresse de Gaète, dans le royaume des Deux-Siciles. Il lance un appel aux puissances européennes pour retrouver son trône. Rome devient une république. L’Autriche, le roi Ferdinand II des Deux-Siciles et la France apportent leur soutien au pape. C’est cependant la France qui est la plus active, elle envoie un corps expéditionnaire commandé par le général Oudinot, qui s’empare de Rome le 30 juin 1849 et en chasse définitivement les révolutionnaires en juillet.

De retour à Rome le 12 avril 1850, Pie IX mène une politique de répression contre les idées républicaines. Un nouveau secrétaire d’État, le cardinal Giacomo Antonelli, est nommé, qui renoue avec la politique conservatrice de Grégoire XVI.

Rome reste l’objectif principal de la politique de Giuseppe Mazzini et de Giuseppe Garibaldi, qui organise diverses opérations militaires sans succès.

Pour s’opposer aux risques d’une annexion par le royaume de Sardaigne qui a fait main basse sur les principautés du Nord de l’Italie et la moitié des États pontificaux, les troupes françaises restent stationnées dans les États du pape et les zouaves pontificaux sont créés en 1860 avec la bénédiction du pape et du prélat franco-belge Mgr Xavier de Mérode. Ces derniers sont placés sous le commandement du général de Lamoricière, ancien de la colonisation d’Algérie et ancien ministre de la IIe République. Jusqu’en 1870, le recrutement se fait auprès des volontaires de France, des Pays-Bas, de Belgique, d’Italie, du Québec.

La guerre franco-prussienne de 1870 entraîne le retrait des militaires français affectés à la protection du pape. En revanche, les volontaires français (officiers ou hommes de troupe) engagés dans le corps des Zouaves pontificaux restent sur place, commandés par le colonel de Charette. En septembre 1870, la défaite de la France contre la Prusse, alliée de l’Italie, provoque l’invasion de ce qui reste des États pontificaux par une armée italienne de 70 000 hommes sous le commandement du général Raffaele Cadorna. En face, les effectifs pontificaux ne dépassent pas 13 000 hommes dont 3 000 zouaves. Le général Hermann Kanzler, le commandant de l’armée pontificale, concentre ses efforts sur la défense de Rome. Le 20 septembre, l’artillerie italienne bombarde les fortifications romaines. Le pape demande à Kanzler de cesser le feu dès les premiers coups de canon au grand dépit des zouaves souhaitant se battre. Onze zouaves seulement sont tués lors des combats.

L’armement obsolète des armées pontificales, malgré la victoire de Mentana contre Garibaldi en 1867 (où pour la première fois le fusil Chassepot est utilisé), permettent aux troupes italiennes de s’emparer sans difficulté de Rome le 20 septembre 1870. Le pape ordonne aux zouaves de n’opposer qu’une résistance symbolique. Le lendemain, le régiment des zouaves est licencié et les Français sont rapatriés à Toulon.

 

La question romaine

La prise de Rome, le 20 septembre 1870, constitue un aboutissement à l’unification de la péninsule en faisant de la cité du pape la nouvelle capitale du royaume d’Italie.

Une loi des Garanties, votée le 15 mai 1871, accorde au Saint-Siège un revenu annuel, l’extraterritorialité de quelques palais et les droits de souveraineté sur sa cité du Vatican, mais le pape Pie IX se considère désormais comme prisonnier à l’intérieur du palais du Vatican. Dans l’Église, l’émotion est grande. En France, la politique italienne de Napoléon III suscite l’indignation des catholiques pour qui le pouvoir temporel du pape garantissait son indépendance spirituelle. Pie IX apparaît alors comme « le pape-martyr ». Cependant le prestige moral de la papauté et l’autorité spirituelle qui en découle en sortent renforcés.

 

La défense de l’Église catholique

En dehors du problème du territoire de Saint-Pierre, Pie IX entend lutter contre les politiques anti-catholiques.

Il dénonce ainsi le Kulturkampf allemand dans la ligne de Bismarck ainsi que les violences exercées par les Suisses contre le clergé catholique : une encyclique de 1873 condamne les violences suisses. En 1874, le gouvernement autrichien rompt son concordat.

Cette époque est aussi celle d’une expansion de l’Église dans le monde. Pie IX crée de nombreux diocèses aux États-Unis, rétablit malgré l’opposition des protestants la hiérarchie en Angleterre (1850), en Hollande (1853), en Écosse. Il refonde le patriarcat latin de Jérusalem. De nombreux autres concordats sont également signés par le Saint-Siège avec des États européens catholiques comme l’Espagne en 1851 et le Portugal en 1857, ou d’Amérique du Sud comme le Costa Rica et le Guatemala en 1852, le Nicaragua en 1961,  le Venezuela et l’Équateur en 1862.

 

Pie IX et les Juifs

 La réforme du statut de protection

À l’accession de Pie IX au trône de Pierre en 1846, les Juifs des États pontificaux étaient soumis à un statut particulier dit de protection, la plupart étant les descendants des Sépharades  expulsés d’Espagne ou rejetés par l’Empire ottoman ayant trouvé refuge auprès du pape. Ils étaient tenus de vivre dans des quartiers distincts (ghettos), ne pouvaient témoigner contre des chrétiens, avaient parfois l’obligation de suivre des sermons catholiques et étaient soumis à des taxes particulières, comme dans nombre de pays de l’époque (Autriche, Russie, Danemark, etc.). Le culte juif était le seul toléré en dehors du culte catholique dans les États pontificaux, à l’exclusion des hérésies protestantes.

Au début de son pontificat, Pie IX amorce des réformes en direction de la modernisation du statut des juifs et ouvre le ghetto de Rome parfois contre la volonté de certains rabbins. Il sera supprimé quelques années plus tard. Ces efforts ont néanmoins une portée limitée et sont interrompus avec l’éclatement de l’affaire Mortara. Pie IX conserve la position traditionnelle de l’Église catholique, stigmatisant l’« aveuglement du peuple élu ».

 L’affaire Mortara

Le 23 juin 1858 à Bologne, la gendarmerie pontificale perquisitionne la demeure d’un couple de Juifs, Salomone et Marianna Padovani Mortara, et fait enlever un de leurs huit enfants, Edgardo, âgé alors de six ans – celui-ci ayant été précédemment baptisé d’urgence par la servante de la famille, Anna Morisi, qui l’avait cru en danger de mort au cours d’une grave maladie alors qu’il était nourrisson. L’enfant est conduit à Rome et confié à la Maison des catéchumènes  pour Juifs convertis puis dans un couvent pour être élevé dans la religion catholique sous le nom de Pio.

Le baptême, administré en cas d’urgence, est valide au regard du Droit canonique. En effet, dans ce cas, toute personne, même non ecclésiastique, et même non chrétienne peut administrer validement le baptême, si elle fait selon les intentions de l’Église. Cette situation pose un problème délicat, et Pie IX doit arbitrer. L’enfant, baptisé, fait désormais partie de l’Église catholique, dans laquelle il a vocation dès lors à être élevé. D’autre part, se pose la question de savoir si l’on pouvait le baptiser sans le consentement de ses parents, non chrétiens. Pie IX, contraint par une situation de fait accompli irréversible et par ses propres obligations pontificales, tranche dans le sens de ce qu’il estime être les intérêts spirituels supérieurs du jeune Edgardo. La famille Mortara supplie, proteste et exige que son enfant lui soit rendu au nom – au moins – de ces mêmes intérêts.

Quoique non unique dans son genre, l’affaire connaît un retentissement international inédit et la conduite de l’Église fortement critiquée, même par Napoléon III, alors même que la France assurait alors une protection militaire auprès des États pontificaux. Pour contrer les gouvernements catholiques étrangers qui exigent la restitution de l’enfant à sa famille, celui-ci est placé discrètement dans une institution religieuse et sa mère ne pourra le voir que des années plus tard.

Une fois devenu majeur, Edgardo-Pio déclare son intention de rester catholique et même sa vocation religieuse. Il entre alors dans la Congrégation des Augustins, en France. Il est ordonné prêtre quelques années plus tard et devient « missionnaire pontifical » sillonnant Europe. Jusqu’à sa mort en 1940, il défend tenacement la position de l’Église catholique, témoigne en faveur du pape Pie IX lors des différents phases de l’instruction du procès en béatification du défunt pape qui avait tranché en faveur de la validité de son baptême et n’a de cesse de vouloir convertir les membres de sa famille qu’il peut à nouveau rencontrer.

 

Une doctrine conservatrice

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Contrairement à ce qui avait été envisagé en début de pontificat, Pie IX développe après la révolution de 1848 une doctrine particulièrement conservatrice, voire sur certains points réactionnaire

Le pontificat de Pie IX correspond à une réaction de rejet à l’égard de l’évolution libérale des sociétés européennes et plus largement des idées nées de la Révolution qu’il décide de combattre après 1848. L’industrialisation qui s’accélère au cours du siècle voit se développer en Europe occidentale une classe ouvrière déracinée : né en dehors de toute influence religieuse, le prolétariat est tenté par le socialisme. La politique de Pie IX comme chef d’État et son enseignement comme pape sont empreints d’une grande hostilité à l’égard des idées modernes (libéralisme, matérialisme, socialisme, rationalisme et de ceux qui les diffusent, en particulier les francs-maçons, regardés comme responsables de l’évolution libérale et laïque des États européens.

 

La condamnation de Renan

L’exégèse historico-critique de la Bible que développe Ernest Renan à la suite des théologiens allemands étant incompatible avec la foi catholique. Pie IX condamna avec une extrême violence les travaux de cet écrivain sur l’Histoire des origines du christianisme, en particulier sa Vie de Jésus (1863), qui crée un scandale retentissant.

Le rationalisme et les idéologies scientiste et positiviste sont condamnées à partir de 1864.

 

La condamnation du modernisme

L’encyclique Quanta cura, le 8 décembre 1864, condamne violemment les « hérésies et erreurs qui souillent l’Église et la Cité », comme le socialisme et le communisme, mais également le « délire » (selon l’expression de Grégoire XVI) de la liberté de conscience et de culte et autres « opinions déréglées » et « machinations criminelles d’hommes iniques » parmi lesquelles la séparation du temporel et du spirituel et l’école laïque. Il précise que « là où la religion a été mise à l’écart de la société civile (…) la pure notion même de justice et du droit humain s’obscurcit et se perd, et la force matérielle prend la place de la véritable justice ». Il attaque également implicitement une certaine conception de la liberté de la presse, lorsque « les ennemis acharnés de notre religion, au moyen de livres empoisonnés, de brochures et de journaux répandus par toute la terre, trompent les peuples, mentent perfidement, et diffusent toutes sortes d’autres doctrines impies ». Pie IX souligne que « non contents de mettre la religion à l’écart de la société, ils veulent même l’écarter de la vie privée des familles. En effet enseignant et professant l’erreur très funeste du communisme et du socialisme, ils affirment que la société domestique ou la famille emprunte au seul droit civil toute sa raison d’être. »

 

Le catholicisme social

Hostile au capitalisme libéral, le pape soutient les premières initiatives du catholicisme social qui se développe contre le libéralisme industriel, inspiré par les initiatives de l’évêque de Mayence Wilhelm Emmanuel Freiherr von Ketteler, insistant notamment sur l’obligation d’un salaire décent pour les familles, de l’interdiction du travail des mineurs et l’obligation du repos dominical.

 

La condamnation du rationalisme et de la liberté de pensée

Dans le Syllabus, Pie IX condamne explicitement le rationalisme, la liberté d’opinion, la liberté de culte et la séparation de l’Église et de l’État.

En 1864, Pie IX explique le rôle qu’il entend assigner à l’école : « Les écoles populaires sont principalement établies en vue de donner au peuple un enseignement religieux, de le porter à la piété et à une discipline morale ».

Pie IX aurait déclaré que la théorie darwinienne était « le doigt du démon ».

 

La condamnation de la franc-maçonnerie

Avec l’exhortation apostolique Multiplices inter, publiée par le pontife le 25 septembre 1865, il condamne la participation des catholiques aux loges maçonniques.

 L’esclavage

Malgré le ralliement de Grégoire XVI à l’abolitionnisme en 1839, une instruction du Saint-Office, pendant le pontificat de Pie IX, déclare en 1866 : « L’esclavage, en lui-même, n’est dans sa nature essentielle pas du tout contraire au droit naturel et divin, et il peut y avoir plusieurs raisons justes d’esclavage. » Cette déclaration est une réponse à propos de la coutume de l’esclavage dans certaines parties de l’Afrique.

 

Les proclamations dogmatiques

 Le dogme de l’Immaculée Conception et les apparitions de Lourdes

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Le 8 décembre 1854, Pie IX proclame, dans sa bulle Ineffabilis Deus, le dogme de l’Immaculée Conception. Il définit solennellement, en vertu de sa suprême autorité apostolique, que la bienheureuse Vierge Marie a été exempte du péché originel. L’Immaculée Conception ne doit pas être confondue, comme cela est souvent le cas, avec la conception virginale de Jésus, dans le Mystère de l’Incarnation.

Trois ans plus tard, entre le 11 février et le 16 juillet 1858, une jeune Lourdaise illettrée Bernadette Soubirous affirmera avoir vu « une belle dame », dans la petite grotte de Massabielle à Lourdes, qui lui dit (aquerò c’est-à-dire cela dira la jeune fille) en occitan gascon :  « Que sòi era Immaculada concepcion ». Les apparitions seront reconnues par l’Église en 1862 et Lourdes devient rapidement un des pèlerinages les plus importants du monde catholique tandis que Bernadette entre chez les Sœurs de la Charité de Nevers.

 

La fête du Sacré-Cœur

C’est en 1856 que la fête du Sacré-Cœur est étendue à toute l’Église catholique et inscrite dans le calendrier liturgique universel.

 Le concile Vatican I : proclamation du dogme de l’infaillibilité pontificale

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En 1867, Pie IX convoque le concile Vatican I, qui s’ouvre le 8 décembre 1869. Malgré les résistances d’une minorité les Pères conciliaires votent, le 18 juillet 1870, la constitution apostolique Pastor æternus qui définit l’infaillibilité du Pontife romain (le pape), lorsque celui-ci se prononce, solennellement et ex cathedra, en vertu de sa charge apostolique, sur un point de doctrine concernant la foi ou les mœurs. Les travaux du concile, son principal objectif atteint, sera suspendu sine die par Pie IX au moment de la guerre d 1870 entre la France et la Prusse. L’infaillibilité pontificale en soi est souvent confondue avec sa proclamation dogmatique intervenue finalement en 1870. En effet, le fait que le pape de Rome, en tant que successeur de l’apôtre Pierre, est infaillible en matière de foi ou de jugement sur les mœurs, cela a toujours fait partie de la foi de l’Église depuis les temps apostoliques. La proclamation dogmatique de 1870 est seulement venue confirmer de jure (juridiquement) ce que les fidèles de l’Église avaient toujours cru de facto depuis l’origine de celle-ci.
En 1875, Pie IX invite également tous les fidèles à consacrer leur vie au Sacré-Cœur, le cœur charnel de Jésus symbole de l’amour de Dieu pour les hommes. Paris construit déjà à cette époque sa basilique du Sacré-Cœur édifice expiatoire pour les crimes qu’a commis la Commune.

Une question essentielle fait rapidement surface. À savoir si, et en quoi le pontife était infaillible quand il publia l’encyclique du Syllabus.

Certains comme le journaliste français Louis Veuillot, acceptaient et soutenaient l’infaillibilité non seulement en matière de dogme mais également pour chaque parole prononcée par le pontife. D’un autre côté, d’autres comme Mgr Dupanloup, concevaient qu’il pouvait être vrai que l’infaillibilité soit principalement dévolue au pape, qu’il était très complexe de la définir exactement et surtout qu’il n’était pas sage de vouloir le faire.

C’est ainsi que le concile Vatican se trouva partagé en deux groupes principaux : une majorité qui désirait établir une définition de l’infaillibilité du pape et une minorité qui s’opposait à toute définition. C’est finalement la majorité, soutenue par le pape, qui l’emporta. Cependant la minorité dirigée par Mgr Dupanloup ne manqua pas d’influence dans la rédaction de cette définition puisque telle que rédigée, elle limitait étroitement la nature de l’infaillibilité (ex cathedra comme sus-cité).

Mode de vie personnel

Pie IX commençait sa journée à six heures du matin par une heure d’oraison, puis célébrait la messe à sept heures dans sa chapelle privée, suivie d’une autre messe à laquelle il assistait en action de grâces. Après le petit déjeuner, commençaient alors les audiences. Il recevait aussi bien de hauts personnages que de simples fidèles, les foules de visiteurs étant beaucoup moins nombreuses qu’à l’époque actuelle. Le jeudi était réservé aux pétitions des Romains et tous les quatorze du mois, le pape recevait en audience publique ceux qui le désiraient.

Pie IX prenait son déjeuner à deux heures de l’après-midi de façon frugale et toujours terminé par un fruit, selon l’habitude maternelle. Il faisait en suite une promenade dans les jardins du Vatican, ou ceux du Quirinal s’il s’y trouvait, ou, avant la prise de Rome, faisait une courte promenade en attelage dans les rues avoisinantes. Il rentrait ensuite au palais du Quirinal (aujourd’hui résidence du président de la République italienne) pour travailler à son bureau. Après le dîner, il avait souvent un entretien avec son confesseur et se rendait devant le tabernacle de sa chapelle privée pour une longue méditation à genoux. Il aimait particulièrement la prière de la Couronne des Douze Étoiles composée par saint Joseph Calasanz, évoquant la Vierge Marie indemne du péché originel, habitude qu’il avait depuis le temps de ses études chez les pères piaristes.

Sa mort

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Pie IX est mort au Vatican, le 7 février 1878, à l’âge de 85 ans d’une crise d’épilepsie. Au cours du transfert de sa dépouille vers la basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs, des laïcs extrémistes s’affrontent aux fidèles et veulent jeter son cercueil dans le Tibre en criant « Al fiume il Papa porco… ! » (« Au fleuve le Pape porc !… »). Ce climat passionnel s’atténue au cours des années suivantes.

Le pape aurait pu être inhumé dans les grottes vaticanes, sous la basilique Saint-Pierre. Mais ce fut sa volonté expresse de l’être en la basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs, dans le territoire de son diocèse romain. Sa dépouille mortelle fut gardée un court délai au cimetière de Campo Verano, voisin de la basilique, le temps que l’on y aménage son tombeau. Celui-ci se trouve désormais dans la chapelle située en contre-bas du chœur de la basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs, dans un cercueil de verre, revêtu du complet habit papal de chœur (soutane blanche, rochet blanc, mozette pourpre bordée d’hermine, étole papale et camauro Le 6 avril 2000, sur ordre du pape Jean-Paul II, il fut procédé par une équipe scientifique et ecclésiastique à l’ouverture du cercueil du pape Pie IX et à l’examen de sa dépouille mortelle dans le cadre de son procès en béatification.

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Pie IX eut le plus long pontificat de l’histoire de la papauté (soit plus de 31 ans, de 1846 à 1878), avant Jean-Paul II (1978-2005) et Léon XIII (1878-1903). Il est béatifié en même temps que le pape Jean XXIII le 3 septembre 2000 par Jean-Paul II, non sans que cette béatification ait entraîné des polémiques

 

Bibliographie

Ferdinand Denis, « Voyage de D. Giovanni Mastal dans l’Amérique du Sud (1823-1824) », in Le Tour du monde : nouveau journal des voyages, publié sous la direction de M. Édouard Charton et illustré par nos plus célèbres artistes, Librairie Hachette, 1er semestre 1860, pp. 226-240

Yves Chiron, Pie IX, pape moderne, Bitche, Clovis, 1995 (réédition en 2006) 

Id.Pie IX et la franc-maçonnerie, Niherne, éd. BCM, 2000 .

Id.Pie IX face à la modernité, Bitche, éditions Clovis, 2016.

Paul Christophe, Roland Minnerath, Le Syllabus de Pie IX, Paris, Cerf, 2000 

Gérard Da Silva, L’Affaire Mortara et l’antisémitisme chrétien, Paris, Éditions Syllepse, 2008 

Yves-Marie Hilaire (dir.), « Pie IX, le dernier souverain des États de l’Église » in Histoire de la papauté : 2000 ans de mission et de tribulations, Points/Histoire, 2003 

David Kertzer (traduit par Nathalie Zimmermann), Pie IX et l’enfant juif : l’enlèvement d’Edgardo Mortara, Paris, Perrin, 2001).

« Pie IX », dans Philippe Levillain (dir.), Dictionnaire historique de la papauté, Paris, Fayard, 1994