AUGUSTIN (saint ; 354-430), AUGUSTIN D'Ippone, EGLISE CATHOLIQUE, SAINTETE, SAINTS

Saint Augustin (354-430)

saint Augustin

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Docteur de l’Église latine (Tagaste, aujourd’hui Souk Ahras, 354-Hippone 430).

Introduction

Saint Augustin, à la fois philosophe, théologien, pasteur et, pourrait-on dire, poète, est placé à l’un des « seuils » les plus étonnants de l’histoire des hommes. Derrière lui : la Rome antique, le monde ancien, païen encore sous le manteau chrétien. En 380, alors qu’Augustin a vingt-six ans, Théodose, que Gratien vient d’associer à l’Empire, édicte, à Thessalonique, que tous les peuples à lui soumis doivent « se rallier à la foi transmise aux Romains par l’apôtre Pierre ». Mais, la même année, Théodose doit abandonner la Pannonie aux Ostrogoths et établir les Wisigoths au sud du Danube ; en 392, Eugène usurpe le pouvoir impérial, mais c’est avec l’appui des soldats germains. En 397, les Wisigoths sont dans l’Illyricum, ces mêmes Wisigoths qui, en 410, s’emparent de Rome, alors que les Vandales passent en Espagne et de là en Afrique. Augustin mourant les entendra battre les murs assiégés de sa ville épiscopale.

La vie d’Augustin s’écoule ainsi au rythme des catastrophes, mais l’espérance chrétienne, unie à une vue très haute de l’histoire, lui permet de voir grandir, au-delà de l’immédiat désespéré, un monde nouveau voué à une vocation surnaturelle. La conscience, chez Augustin, du drame présent et de l’exaltation future de l’humanité se retrouve dans l’admirable Cité de Dieu, qui demeure, selon l’expression d’Henri Marrou, « le traité fondamental de la théologie chrétienne de l’Histoire ».

Augustin

Le temps du désordre

C’est dans une petite ville de Numidie que naît Augustin, le 13 novembre 354. Ce Romain d’Afrique appartient à l’une de ces familles provinciales qui, en 212, ont obtenu le droit de cité à la suite d’un édit libérateur de Caracalla. Romain, Augustin le sera tout entier par sa formation et sa tournure d’esprit ; l’Afrique, ce sera surtout la vénérable Église d’Afrique, portion la plus vivante de l’Église romaine. Son père, Patricius, est un petit fonctionnaire de la classe des curiales qui fait d’énormes sacrifices pour assurer à son fils une position sociale supérieure à la sienne. La formation intellectuelle d’Augustin- à Madaure puis à Carthage- est essentiellement latine ; sous la plume du docteur de l’Église, plus tard, les références aux meilleurs écrivains latins seront spontanées et continuelles.

Par ailleurs, si le jeune Augustin assimile parfaitement les méthodes et le processus de la rhétorique, il fréquente, un peu en autodidacte, mais avec passion, les philosophes latins, et aussi les grecs, dans le texte latin il est vrai ; car Augustin n’a pas été un helléniste, et c’est probablement le défaut d’assimilation directe de la culture et de la patrologie grecques qui a fait une partie de l’originalité de la pensée augustinienne.

Le père d’Augustin est païen ; sa mère, Monique, est chrétienne. Inscrit parmi les catéchumènes dès le début de son existence, il ne reçoit pas le baptême : il en est très souvent ainsi dans la primitive Église. On songe à le baptiser quand, vers sa douzième année, une maladie grave met ses jours en péril ; puis on n’en parle plus. Lui-même ne se presse pas ; mal surveillé par ses parents, livré à lui-même sous l’ardent ciel d’Afrique, Augustin semble avoir été emporté très jeune par l’ardeur des passions ; les aventures sensuelles ont certainement été nombreuses dans sa vie, à Carthage notamment, où ce bel étudiant aura un fils, Adéodat (né en 372), d’une jeune maîtresse à qui il restera lié durant quatorze ans.

Cependant, les liens charnels laissent intacte chez Augustin la quête de la vérité. Il est vrai qu’une formation religieuse insuffisante et les orages de la vie sentimentale brouilleront longtemps les pistes de cet itinéraire. C’est la méditation ardente de l’Hortensius de Cicéron qui entretient en lui un désir que, d’abord, la lecture de la Bible n’assouvit pas ; l’Écriture sainte semble à Augustin ne pouvoir satisfaire que les esprits simples et bornés. Hanté, comme beaucoup, par le problème du mal, il est gagné par le manichéisme, qui lui apparaît comme une forme supérieure du christianisme.

Ses études terminées, le jeune rhétoricien ouvre à Tagaste, à l’automne de 373, une école de grammaire. La vie dans sa ville natale lui est tout de suite intolérable : son père est mort chrétien ; sa mère le poursuit de ses objurgations à briser avec le désordre et le manichéisme ; un ami cher lui est enlevé par la mort. Dès 374, Augustin s’installe à Carthage et y enseigne la rhétorique : il y reste neuf ans, déçu semble-t-il par son enseignement et se détachant lentement de la doctrine manichéenne.

Vers la conversion

Des relations lui permettent d’établir sa chaire d’éloquence à Rome (383), puis à Milan (384), où le suit sa mère, et où il devient orateur officiel. C’est à Milan que la grâce l’attend ; mais il faudra deux ans de lutte pour qu’elle puisse s’engouffrer dans cette âme inquiète. Des conversations qu’il a eues, à la veille de son départ pour l’Italie, avec le grand homme des manichéens, Fauste de Milève, l’ont un peu plus éloigné de la doctrine de Manès. La lecture, à Milan, de Platon et surtout de Plotin et de Porphyre le projette au cœur de la philosophie néoplatonicienne, dont le christianisme milanais est imprégné ; c’est à la fois, dans l’âme d’Augustin, un émerveillement et un déblaiement auxquels concourt la prédication de l’évêque de Milan, Ambroise. Le monde spirituel, le monde des mystères s’ouvre aux yeux d’Augustin.

Tandis que l’Évangile lui révèle les deux grandes vérités inconnues des platoniciens- le Christ sauveur et la grâce qui donne la victoire-, les prières de Monique et des entretiens avec le futur successeur d’Ambroise, Simplicianus, qui lui raconte la conversion d’un célèbre rhéteur néoplatonicien, préparent la voie à la grâce. Celle-ci terrasse Augustin, en août 386, dans le jardin de sa maison de Milan, où il médite près de son ami Alypius. Une voix d’enfant lui dit : « Tolle ! lege ! » Il ouvre alors le livre des Épîtres de saint Paul qui, depuis quelque temps, lui sont devenues familières, et il tombe sur le chapitre XIII de l’Épître aux Romains : « Ayons, comme il sied en plein jour, une conduite décente ; ni ripailles, ni ivresse, ni débauche, ni luxure… Revêtez au contraire le Seigneur Jésus-Christ… ».

Quelques semaines plus tard, Augustin, renonçant à sa chaire, se retire, avec sa mère et quelques amis, dans la propriété d’un collègue, à Cassiciacum près de Milan. Il y vit dans une retraite préparatoire au baptême. Il est baptisé durant la vigile pascale (24-25 avril) de l’année 387, en même temps que son fils Adéodat et qu’Alypius.

À Cassiciacum, Augustin écrit ses Dialogues (Contra academicosDe beata vita …), échos de délicieux entretiens entre amis, auxquels Monique participe. En même temps se fortifie, chez Augustin et ceux qu’on peut déjà appeler ses disciples, le désir de se retirer du monde. À l’automne 387, Augustin est sur le point de s’embarquer à Ostie quand Monique meurt. Cet événement retient le néophyte plusieurs mois à Rome : il y emploie son éloquence à réfuter le manichéisme. En septembre 388, il part pour l’Afrique et, après un bref séjour à Carthage, se rend dans sa ville natale.

La conversion d’Augustin va naturellement s’épanouir et porter fruit dans le renoncement total aux biens terrestres, dans la pratique des conseils évangéliques, bref dans ce qu’on est convenu d’appeler la vie religieuse.

Augustin vend tout ce qu’il possède et en donne le prix aux pauvres ; ensuite, il se retire dans sa propriété de Tagaste, déjà aliénée, pour y vivre en commun dans la pauvreté, la prière et la méditation. De cette époque (388-391) datent plusieurs entretiens (De magistroDe vera religione …) inclus dans le Liber LXXXIII quaestionum. En 389, le fils d’Augustin, Adéodat, meurt.

 

À Hippone : le prêtre, l’évêque

Ayant été obligé de se rendre à Hippone, Augustin est reconnu par les fidèles alors qu’il prie à l’église : ils demandent à l’évêque Valère qu’il l’élève au sacerdoce ; malgré ses larmes, Augustin est ordonné prêtre. À ses yeux, le sacerdoce n’est qu’un moyen nouveau de mener la vie religieuse avec plus de ferveur. Son évêque, Valère, lui permet de s’installer dans les dépendances de l’église, où des disciples se groupent autour de lui.

La personnalité d’Augustin devait nécessairement rayonner hors de son « monastère ». Alors que, traditionnellement, la prédication, en Afrique, était réservée à l’évêque, Augustin se la voit confier, ce qui lui attire des jalousies ; en 393, au cours d’un concile réunissant à Hippone les évêques de Numidie, il prend la parole (discours De fide et symbolo). En même temps, Augustin lutte contre certains abus (banquets dans les chapelles des martyrs) et contre les manichéens, tel Fortunat, l’un de leurs docteurs.

En 395, le vieil évêque d’Hippone fait d’Augustin son coadjuteur et lui donne la consécration épiscopale. Un an plus tard, Valère étant mort, Augustin le remplace sur un siège qu’il allait occuper durant trente-quatre ans.

L’évêque Augustin reste, dans sa vie privée, un religieux ; son palais se transforme en monastère, où vivent, avec lui, des clercs qui s’engagent à mener une existence de pauvreté et à observer la règle commune fondée sur le dépouillement : ces hommes, que l’on peut déjà appeler des augustins, seront presque tous des fondateurs de monastères et des évêques qui enrichiront spirituellement l’Afrique du Nord. Augustin donne lui-même l’exemple de l’austérité : sa charité le pousse à vendre les vases sacrés pour racheter les captifs.

Ce religieux est avant tout un pasteur. En dépit d’une existence surchargée et d’une santé délicate, il est un infatigable prédicateur et catéchiste. Au xviie s., les mauristes établiront le texte de près de 400 sermons authentiques d’Augustin ; l’époque contemporaine révélera bien d’autres œuvres pastorales de l’évêque d’Hippone. Son action verbale se double d’un apostolat épistolaire qui le met en contact avec ce que le monde romain et chrétien comptait de plus insigne : de Paulin de Nola à saint Jérôme en passant par les papes et les empereurs.

Juge et administrateur, voyageur et négociateur à une époque où s’opère déjà, lentement, la métamorphose de l’Empire romain unitaire en société semi-féodale, Augustin le contemplatif prend encore le temps d’éclairer les âmes égarées ou hésitantes dans une œuvre écrite dont Possidius se demandait s’il serait jamais possible de la lire tout entière. Manichéens, donatistes, pélagiens sont au premier rang des adversaires qu’il combat, mais ses écrits ne sont pas seulement polémiques, leur connaissance est indispensable à quiconque veut faire le point de la théologie, de l’exégèse, de la pastorale au ve s., particulièrement dans cette vivante Afrique chrétienne dont tant de conciles furent animés par l’évêque d’Hippone.

 

Le docteur de l’Église

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Des docteurs et des chefs manichéens qui subissent les coups de la dogmatique et de l’apologétique augustinienne, il faut citer : Félix, « élu » manichéen, qu’Augustin confond en conférence publique ; Faustus, Secundinus et, après 415, toute une série d’astrologues et de priscillianistes fatalistes.

Contre les donatistes, la lutte est plus dure, parce que se situant sur un terrain plus spécifiquement africain. En 312, les évêques de Numidie ont déposé illégalement l’évêque de Carthage, Cécilien, sous prétexte qu’il a été consacré par un traditor (un évêque renégat). À l’évêque intrus, Majorin, succède Donat.

Au regard du pontife romain, il s’agit d’un véritable schisme, et terriblement dangereux pour l’unité chrétienne, puisqu’en 330 un synode du parti donatiste rassemble 270 évêques. Comme les anciens « rebaptisants », les donatistes font dépendre la validité des sacrements de la foi et même de la pureté morale du ministre ; comme les novatiens, ils excluent de l’Église les pécheurs. Vient renforcer cette hérésie un mouvement nationaliste africain dont les tenants s’appuient sur le pauvre peuple berbère des campagnes non romanisées, à qui on oppose l’exemple du luxe des « occupants » romains.

En 391, alors qu’Augustin vient de s’installer à Hippone, une guerre impitoyable oppose en Afrique deux groupes d’évêques donatistes. Augustin, en vue de rétablir l’unité en Afrique, obtient du synode d’Hippone de 393 que les mesures ecclésiastiques prises contre les donatistes soient adoucies ; même esprit de conciliation au 5e concile de Carthage (401), dont les Pères demandent au pape Anastase d’autoriser les enfants donatistes à la cléricature.

L’évêque d’Hippone, dans ces années, publie, à l’usage des schismatiques, son curieux Psaume alphabétique, rédigé en latin populaire et en vers rythmés.

Il semble que les chefs donatistes aient répondu à cette attitude apaisante d’une manière injurieuse. Pressé par deux évêques africains- dont Evodius, ami d’Augustin-, l’empereur Honorius ordonne d’enlever leurs églises aux donatistes : ils résistent, mais un certain nombre se convertissent. Tout en approuvant la rigueur des lois, Augustin invite constamment ses adversaires au colloque. Enfin, un édit impérial du 14 octobre 410 ordonne une conférence entre évêques catholiques et donatistes. Cette réunion a lieu à Carthage, du 1er au 8 juin 411 : 286 évêques catholiques et 279 évêques donatistes y participent. Augustin domine le débat et, après avoir prouvé l’inanité des positions donatistes du point de vue historique et scripturaire, triomphe.

La législation antidonatiste n’en reste pas moins en vigueur : Augustin y oppose son esprit de modération. Cependant, le donatisme décroît peu à peu : l’invasion des Vandales lui portera le dernier coup.

Mais déjà la lutte contre les pélagiens sollicite le zèle d’Augustin. Influencé par un disciple de Théodore de Mopsueste, le moine breton Pélage, installé à Rome vers 400, attaque le dogme de la grâce ; après 410, fuyant Alaric, il débarque en Afrique avec son disciple Celestius. Pélage quitte bientôt la région ; Celestius s’installe à Carthage où, en 412, un concile condamne six de ses propositions. Ayant refusé de se rétracter, Celestius est excommunié.

Augustin réfute les doctrines pélagiennes, mais sans nommer Pélage, qu’il veut ménager. Cependant, ayant appris qu’un concile réuni à Diospolis (Lydda) en 415 a admis Pélage dans la communion catholique, Augustin fait adresser au pape Innocent Ier une longue lettre synodale qui demande une condamnation de la doctrine pélagienne. Pélage, ascète universellement respecté et entouré d’habiles dialecticiens, est un moraliste surtout soucieux de progrès spirituel, ce qui l’a amené à exalter le libre arbitre de l’homme et à minimiser fortement le rôle de l’intervention de Dieu, de la prédestination, de la grâce dans l’économie du salut. À quoi Augustin, inlassablement, opposera l’enseignement de saint Paul et la tradition de l’enseignement ecclésiastique sur la misère de l’homme abandonné à ses seules forces.

Innocent Ier loue les évêques africains antipélagiens ; mais Pélage adresse au successeur d’Innocent, Zosime (417-418), un libellus fidei qui trompe le pape : celui-ci reproche aux Pères d’Afrique leur précipitation, et exige qu’on envoie à Rome les accusateurs de Pélage.

Les évêques d’Afrique, réunis en concile en 417 et 418, supplient Zosime de maintenir la décision d’Innocent et rédigent, en neuf canons, une condamnation du pélagianisme, à laquelle le pape finit par acquiescer, et qu’il appuie dans une lettre circulaire. Durant cette période difficile, le rôle d’Augustin est déterminant : les principaux documents africains sont rédigés ou inspirés par lui.

La Tractoria du pape porte un rude coup au pélagianisme, qui résiste cependant longtemps encore. En Apulie, l’évêque Julien refuse avec 17 évêques de signer l’acte pontifical. Ils sont déposés et bannis ; Julien n’en continue pas moins à attaquer Augustin, qui publie contre lui divers traités antipélagiens. Dans le même temps, l’évêque d’Hippone obtient la rétractation d’un moine pélagien de Gaule, Leporius.

Cependant, les formules d’Augustin- rendues plus lapidaires par la polémique- troublent des catholiques qui trouvent que le grand docteur africain minimise par trop la liberté humaine au profit de la grâce. Dans le midi de la Gaule notamment, plusieurs prêtres et moines- dont le célèbre Cassien, abbé de Saint-Victor de Marseille-, ne pouvant admettre la gratuité absolue de la prédestination, cherchent une voie moyenne entre Augustin et Pélage : selon eux, la bonne volonté de l’homme précède et donc demande la grâce, que Dieu accorde en récompense. Augustin lutte contre ce semi-pélagianisme en montrant comment les désirs de salut sont eux-mêmes dus à la grâce de Dieu, qui reste maître de la prédestination de l’homme.

Cette longue lutte contre Pélage et ceux qui s’inspirèrent de sa doctrine a eu une influence capitale sur la mise au point de la théologie augustinienne du péché originel et de la grâce, ainsi que de la morale augustinienne de la concupiscence. L’augustinisme du xviie s. retiendra trop souvent, de l’enseignement antipélagien de saint Augustin, la dure image de la prédestination, alors que l’enseignement de l’évêque d’Hippone est environné d’une zone suffisante d’indétermination pour que sa doctrine nous paraisse, en fait, beaucoup plus humaine.

 

Un rayonnement universel

Selon la belle expression d’Henri Marrou : « philosophe de l’essence » contre les manichéens, « docteur de l’Église » contre les donatistes, « champion de la grâce » contre les pélagiens, saint Augustin fut aussi le « théologien de l’histoire » contre les païens. Sa Cité de Dieu préfigure et alimentera tout un courant chrétien de l’histoire, dont Bossuet, dans son Discours sur l’histoire universelle, est l’un des plus illustres représentants.

Comme Valère l’avait fait à son profit en 395, Augustin, vieilli et voulant éviter à Hippone les troubles d’une élection après sa mort, fait acclamer comme son auxiliaire et futur successeur le diacre Heraclius (426). Mais les dernières années du vieil évêque sont troublées par la querelle entre l’impératrice Placidie et le comte Boniface, et surtout par la dévastation de l’Afrique par les Vandales. Dès le début du siège- qui devait durer dix-huit mois- Augustin s’éteint, le 28 août 430. Son corps est déposé dans la basilique Saint-Étienne ; chassés par les Vandales, Fulgence et d’autres évêques d’Afrique l’emportent avec eux en Sardaigne (486). Cette dernière île ayant été occupée par les Sarrasins, les reliques de saint Augustin sont rachetées par les Lombards, qui les font déposer en l’église Saint-Pierre de Pavie. On les y aurait retrouvées en 1695. Sur les ruines d’Hippone a été élevée, de 1881 à 1900, une basilique en l’honneur de saint Augustin.

L’œuvre de saint Augustin

L’œuvre de saint Augustin est profondément enracinée dans l’Écriture sainte : on y a relevé 13 276 citations de l’Ancien Testament et 29 540 du Nouveau. Encore ne s’agit-il que des rappels formels du texte sacré : il serait impossible de comptabiliser les réminiscences bibliques plus ou moins conscientes de l’auteur. D’autre part, la pensée d’Augustin est essentiellement paulinienne.

Cette œuvre immense est très variée. Que ce soit en des notes rapides ou dans des dissertations de plusieurs milliers de pages, Augustin adapte sa pensée aux sujets les plus divers, aux interlocuteurs les plus dissemblables : rhéteurs raffinés, philosophes subtils ou humbles paysans des faubourgs d’Hippone. Ce spéculatif est d’une sensibilité extrême. Sa langue n’est pas décadente : elle est classique et pourtant vivante. Le latin d’Augustin sera, pour l’Église d’Occident, un instrument d’une grande efficacité.

 

L’augustinisme

 La doctrine de saint Augustin

On cherchait en vain, dans l’œuvre de saint Augustin, une synthèse doctrinale rigoureuse. Cela tient au fait que l’effort du docteur d’Hippone est animé moins par la curiosité du vrai que par l’appétit de Dieu, bien suprême ; posséder est pour lui plus important que voir. Augustin a toujours reproché aux platoniciens leur orgueil. Pour lui, la Trinité n’est plus la Triade platonicienne avec ses hypostases satisfaisantes pour l’esprit ; c’est la patrie entrevue, où l’Esprit n’est plus seulement Vérité mais Charité, et vers laquelle conduit le Verbe incarné.

Chez Augustin, la recherche spéculative est toujours intégrée dans une recherche humaine ; la science est toujours soumise à la sagesse ; bref, Augustin est moins un théologien et un philosophe qu’un spirituel.

Et, cependant, on a pu dire très justement que c’est par Augustin que le platonisme est entré dans la théologie chrétienne, comme ce sera par saint Thomas d’Aquin qu’y entrera l’aristotélisme. Converti, n’ayant gardé que de médiocres souvenirs du paganisme et du manichéisme, l’évêque d’Hippone n’a vu, en dehors de la foi et de l’épanouissement dans les vertus théologales, que misère et désespoir. Pour lui, l’humilité est une disposition essentielle sur la voie du salut ; cette humilité s’en remet tout naturellement à la grâce du Christ pour triompher du péché toujours menaçant. D’où la lutte menée par Augustin contre le pélagianisme, forme de stoïcisme chrétien qui réduisait la grâce à n’être qu’une force humaine et le christianisme à n’être qu’une morale, alors que, pour Augustin, c’était essentiellement un mystère. Cette lutte contre les pélagiens l’amena parfois à donner à la doctrine de la prédestination une forme abrupte qui pouvait faire croire que celui qu’on a appelé le « docteur de la charité » mettait parfois en cause la bonté de Dieu.

 

L’augustinisme dans l’histoire

Jusqu’à l’avènement du thomisme, saint Augustin fut le grand maître de la pensée chrétienne en Occident. Cependant, les controverses nées durant l’existence du grand docteur africain ne s’apaisèrent pas aussitôt après sa mort. Si son autorité était généralement reconnue dès la fin du ve s., les semi-pélagiens, particulièrement nombreux dans les milieux monastiques de Lérins et de Marseille, prolongèrent durant près d’un siècle la querelle sur la grâce. Finalement, la condamnation du semi-pélagianisme et du prédestinationisme au concile d’Orange de 529 fit triompher ce qu’on a appelé un « augustinisme modéré ».

Chez tous les Pères et les écrivains ecclésiastiques du haut Moyen Âge, de saint Grégoire le Grand à Alcuin en passant par saint Isidore et Bède le Vénérable, et même saint Bernard, l’influence augustinienne a été prépondérante. L’augustinisme était alors caractérisé essentiellement, selon le Père Mandonnet, par l’absence d’une distinction formelle entre les domaines de la philosophie et de la théologie, par la prééminence de la notion de bien sur celle du vrai, de la volonté sur l’intelligence. Par ailleurs se fortifia un augustinisme politique- inspiré notamment par la Cité de Dieu-, tendance à absorber le droit naturel de l’État dans le droit surnaturel de l’Église ; c’est dans cette perspective que prend tout son sens l’onction royale ou impériale imposée par les papes ; l’action conjuguée du thomisme et du droit romain rénové rétablit par la suite des distinctions dont l’Église constantinienne et augustinienne avait perdu la notion.Le thomisme, pour s’imposer, au xiiie s., eut à triompher, surtout, de l’augustinisme ; quand le franciscain John Peckham reprochait aux scolastiques (1285) leur rationalisme, leur aristotélisme excessif, leur dédain des Pères, c’est en référence à saint Augustin, qu’il regrettait de voir oublié.

En fait l’augustinisme théologique et philosophique fut peu à peu absorbé par le thomisme, qui compléta et nuança la doctrine du docteur africain ; les religieux de Saint-Augustin eux-mêmes se mirent à l’école de saint Thomas. Désormais, comme le dit le Père Rotureau, « toute tentative de fidélité à saint Augustin dirigée contre saint Thomas aboutira à une perversion de l’augustinisme ». Ce sera, au xvie s., le prédestinationisme rigide des protestants ; encore que la Renaissance, la Réforme et la Contre-Réforme aient puissamment aidé à dépoussiérer l’œuvre de saint Augustin et- par opposition à une scolastique sclérosée- à revivifier d’augustinisme la spiritualité et la mystique modernes.

L’influence de saint Augustin fut énorme sur le xviie s., français surtout. Ce qu’on appelle l’école française de spiritualité– pour qui Jésus-Christ est le foyer animateur de toute vie spirituelle- s’est développé dans l’ombre d’Augustin. L’augustinisme a plus d’un point commun avec le cartésianisme ; à propos de la philosophie de Malebranche, on a pu parler d’un véritable « augustinisme cartésien » se développant au sein de l’Oratoire. C’est le xviie s. aussi qui vit se renouveler, avec le baïanisme et le jansénisme, les vieilles querelles du prédestinationisme, et s’affronter les deux interprétations, radicale ou mitigée, des théories antipélagiennes sur la grâce. Évidemment, le xviiie s. prit, dans ce domaine aussi, le contre-pied du xviie s. Inversement, la spiritualité du xixe s., plus haute, plus humaine que celle des siècles précédents, s’alimenta à l’augustinisme le plus substantiel. Et puis il y eut des philosophes chrétiens- Alphonse Gratry, Léon Ollé-Laprune, Maurice Blondel…- dont la parenté d’esprit témoigne de l’influence restée grande de l’éminent docteur africain.

Les familles religieuses qui se réclament de la « règle » de saint Augustin

Augustin, qui avait vu se développer à Milan des formes de monachisme, introduisit la vie monastique dans l’Afrique romaine. L’exemple qu’il donna lui-même à Tagaste et à Hippone fut imité en de nombreux diocèses africains. Parallèlement, son influence contribua à augmenter le nombre de jeunes filles et de veuves vouées au Seigneur. C’est pour elles qu’il écrivit, en 423, la Lettre qu’on a assez improprement appelée règle de saint Augustin. Car l’évêque d’Hippone n’eut jamais l’intention de légiférer en la matière, encore moins de fonder un ordre ; il a simplement tracé une ligne de conduite générale, discrète et libérale, pouvant être suivie aussi bien par des hommes que par des femmes, et dont l’essentiel consiste dans un idéal de désappropriation. On ne peut même pas affirmer que les « monastères » africains se soient tous inspirés de la fameuse Lettre. Il n’en reste pas moins que l’autorité d’Augustin a été prépondérante sur l’orientation du monachisme africain et occidental.

La règle de saint Augustin, c’est-à-dire sa Lettre enrichie de textes augustiniens et d’autres dont il est difficile d’établir la genèse et de suivre l’histoire, fut utilisée par de nombreux auteurs de règles anciennes (de Saint-Victor, d’Arrouaise). C’est à partir du xie s. que cette règle connut une fortune nouvelle. On trouva alors qu’elle s’adaptait très bien à une forme spécifique de la vie religieuse des temps féodaux : les chanoines réguliers.Parmi les communautés de chanoines subsistant actuellement, on doit citer : les chanoines réguliers de Saint-Augustin, les chanoines réguliers du Latran, les chanoines hospitaliers du Grand-Saint-Bernard, les Prémontrés. C’est à saint Augustin que saint Dominique demanda d’abord l’inspiration de sa règle, quitte à y ajouter des constitutions complémentaires importantes.

À peu près en même temps que les chanoines réguliers se multiplièrent les ermites, qui s’inspirèrent aussi de la règle augustinienne. En 1254, le pape Alexandre IV les regroupa en un seul ordre dit « ermites de Saint-Augustin », ou simplement Augustins, qui comptèrent jusqu’à 2 000 couvents au xive s. et connurent diverses réformes, notamment celle des récollets (xvie s.). En 1567, le pape Pie V les mit au nombre des ordres mendiants, à la suite des carmes : c’est à cet ordre qu’appartint Luther. Actuellement, les Augustins comptent environ 6 000 religieux répartis en trois branches : ermites de Saint-Augustin, récollets de Saint-Augustin, ermites déchaussés.

Depuis la fin du xiiie s., un grand nombre de familles religieuses ayant eu à choisir entre les quatre grandes règles approuvées ont adopté la règlede saint Augustin. Les plus importantes sont : les Trinitaires, les Mercédaires, les Servites, les Camilliens, les Hiéronymites. Parmi les congrégations récentes, il faut citer les Assomptionnistes ou Augustins de l’Assomption.

La plupart des ordres et des congrégations d’hommes se réclamant de saint Augustin ont ou ont eu leur équivalent féminin. Il existe encore plusieurs communautés de chanoinesses de Saint-Augustin, dont beaucoup ont été regroupées en une fédération (dite « de Malestroit »). Quant à l’appellation d’Augustines, elle est généralement réservée aux religieuses hospitalières, desservant les hôtels-Dieu ; il existe de nombreuses communautés diocésaines d’Augustines (une vingtaine en France).

https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/saint_Augustin/106707

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CONCILE DE TRENTE (1545-1563), EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, REFORME CATHOLIQUE

Le Concile de Trente et la Réforme catholique

Réforme catholique du XVIè siècle

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À partir du milieu du XVIè siècle, la Réforme catholique, ou Contre-Réforme, est l’ensemble des actions menées au sein de l’Eglise catholique pour lui permettre d’enrayer l’extension de la Réforme protestante.. Ces actions visent à réaffirmer et à préciser la doctrine catholique, à réorganiser le clergé.

Les principales mesures sont la mise en place de jésuites, chargés d’une action missionnaire, la création de la congregation fr l’Index – — s’occupant de censurer toute la production écrite —  et les mesures de mise à jour de la doctrine et d’organisation du clergé décidées par le concile de Trente.

 

Le renouveau des ordres religieux

Des ordres religieux nouveaux apparaissent au début du XVIè siècle.. Il s’agit de former des religieux qui iront en mission dans les villes et les campagnes pour ramener à la foi catholique les croyants qui s’en étaient détournés. Les franciscains, réorganisés en 1526 sous l’appellation de capuchins,  poursuivent leur action missionnaire. En 1524 apparaissent les théatins, , chargés de réformer les mœurs du clergé. En 1535, les ursulines se consacrent à l’enseignement des jeunes filles. En 1548, ce sont les oratoriens l qui se spécialisent dans l’enseignement des jeunes gens.

Mais ce sont surtout les jésuites qui vont être le fer de lance de la reconquête catholique. Organisés dès 1534, par l’Espagnol Igance de Loyola, ils se regroupent dans la Compagnie de Jésus qui obtient en 1540, l’approbation de ses statuts par le pape Paul III. Organisés militairement, soumis à une formation et à une discipline très strictes, les jésuites qui ont fait le vœux d’obéissance absolue au pape, ouvrent des collèges pour former les jeunes gens de la bourgeoisie, et sont envoyés en mission dans les pays passés au protestantisme ou dans les pays d’outremer, comme la Chine, le Japon ou les colonies françaises ou espagnoles d’Amérique afin d’y convertir les Amérindiens.

 

L’Inquisition et l’Index

Pour lutter contre les Protestants la papauté essaie, là où elle a de l’influence, d’interdire la liberté de conscience et de pensée. Elle remet en action l’Inquisition romaine. En 1542, la pape Paul III crée le Saint Office dont il confie la direction au cardinal Caraffa, qui deviendra en 1555, le pape Paul IV. Cette congrégation romaine est alors formée de six cardinaux qui reçoivent l’autorité d’enquêter et de juger les hérétiques dans tous les pays catholiques d’Europe. Leur jugements rendus ils remettent les condamnés aux autorités civiles qui font exécuter les sentences. L’action du Saint Office, soutenue par les souverains, est très efficace en Italie, en Espagne, au Portugal et dans les colonies de ces deux derniers pays. Le protestantisme ne parvient pas à s’y installer.

En 1571, le pape pie V  crée la congrégation de l’Index. Cette commission de religieux est chargée de lire tout ce qui s’imprime afin de détecter les ouvrages non conformes à la doctrine de l’Église catholique. Cette commission établit une liste de ces ouvrages et en interdit la lecture aux fidèles. Elle tente par ailleurs de faire retirer de la circulation ces ouvrages en faisant des pressions sur les autorités royales des différents pays catholiques.

 

L’œuvre du concile de Trente

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Peinture représentant le Concile

Alors que depuis plus d’un siècle la papauté, contestant la suprématie des conciles oecuméniques, et plus occupée de politique italienne, a refusé les réformes, en 1547, le pape Paul III pour enrayer l’expansion du Protestantisme convoque un concile à Trente, dans le Tyrol. Le concile de Trente va durer jusqu’en 1563, mais avec de très longues interruptions. Il va préciser la doctrine catholique face aux idées des protestants. Les sources du Salut restent la Foi, les oeuvres, mais aussi la Tradition   dans l’interprétation de la Bible. Le culte des saints et celui des images est maintenu. Il en est de même pour les sept sacrements.  L’obéissance spirituelle au pape est exigée des catholiques.

Le clergé est réformé. Désormais le célibat des prêtres est exigé, la résidence des cures dans leurs paroisses et des évêques dans leurs dioceses devient la règle. Le cumul des benefices ecclésiastiques   est interdit. Les prêtres seront désormais formés dans des écoles spéciales appelées seminaires. Le latin est la langue de prière et du culte catholiques.

 

Résultats de la Réforme catholique

La Réforme catholique favorise l’apparition d’ecclésiastiques très engagés dans la vie spirituelle comme Jean de la Croix, Thérèse d’Avila, Charles Borromée dont l’Église catholique fera des saints. L’action des jésuites permet la reconquête religieuse du sud de l’Allemagne, de renforcer le catholicisme dans les Pays-Bas du sud (Belgique actuelle), en Pologne. Aidés par l’Inquisition ils évangélisent les populations indigènes des colonies françaises, espagnoles, portugaises d’Amérique. Leurs missionnaires pénètrent en Chine et au Japon. En Europe ils ouvrent des collèges où ils accueillent les jeunes gens qui seront les futurs dirigeants. Dans le domaine architectural, de la peinture et de la musique la Contre-Réforme a eu une immense influence grâce aux développement de cérémonies luxueuses chargées de convaincre les fidèles de la puissance du catholicisme. Cependant, elle échoue en Allemagne du nord, en Scandinavie, en Angleterre et en Ecosse qui resteront protestantes. En France, il lui faudra attendre la fin des guerres des religion.

 

 

 

 

 

ART BAROQUE, ART RELIGIEUX, EGLISE - CHAPELLE, EGLISE CATHOLIQUE, LES RETABLES, RETABLE

Les retables

Retable

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Retable de la cathédrale Sainte-Marie de Tolède.

Le retable (du latin retro tabula altaris : en arrière d’autel) est une construction verticale qui porte des décors sculptés et/ou peints en arrière de la table d’autel d’un édifice religieux (église, chapelle). L’étymologie du mot français est la même que le catalan retaule ou l’espagnol retablo, alors que les termes italiens sont pala d’altare, et dossale, plus génériques.

Orné de représentations historiées ou figurées, le retable peut être en différents matériaux (métal, ivoire, bois, émail, pierre) et ses décors sont souvent dorés. Il a l’avantage sur l’antependium de l’autel d’être largement visible. Il est fréquent qu’un retable se compose de plusieurs volets, deux pour un diptyque, trois pour un triptyque voire davantage pour un polyptyque.

Le retablier est un sculpteur ou un architecte qui réalise des retables. Il s’associe les compétences de nombreux artisans-artistes (sculpteurs, peintres, doreur, polychromeur, huchier) pour les réaliser.

 

Historique

Revers en grisailles des volets du triptyque du buisson ardent fermé, cathédrale Saint-Sauveur d’Aix-en-Provence.

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La table d’autel est le symbole du Christ, et dans la liturgie chrétienne primitive il est interdit d’y poser quoi que ce soit. Puis vers la fin du ixe siècle, d’abord en France semble-t-il, est pris l’habitude de disposer de nombreux autels latéraux et d’y placer les reliques des saints, bientôt suivies par d’autres objets liturgiques. Cette pratique est confirmée par l’Admonitio synodalis, texte pontifical qui préconise de ne garder sur l’autel que les urnes des saints (capsae), l’évangéliaire et la pyxide. À l’origine, le retable est ainsi un simple rebord situé à l’arrière de l’autel où sont posés ces objets

À la fin du xie siècle, le retable devient un véritable écran de pierre ou de bois sculpté, cette paroi surélevée et historiée n’étant plus seulement placée derrière les autels latéraux. Avec la réforme grégorienne et la nouvelle pratique du mystère de l’eucharistie, le maître-autel est en effet placé au fond de l’abside et le prêtre célèbre face à lui, dos aux fidèles. Peu à peu, les parois représentant les fêtes liturgiques que l’on place derrière se transforment en grands retables mobiles (posés lors de certaines cérémonies) ou fixes (pour les autels adossés à un mur). À partir du xive siècle, le développement de la peinture sur panneau propose diverses formules d’agencement, triptyques ou polyptyques, accompagnés ou non d’une prédelle et d’un couronnement. Ces tableaux d’autel servent à honorer essentiellement la vierge Marie, mais aussi les deux ordres principaux, franciscains et dominicains. L’un des premiers retables qui comporte cette structure classique (couronnement, prédelle et tableau principal) est le Maestà peint par Duccio di Buoninsegn pour la cathédrale de Sienne au début du xive siècle.

Le revers des volets est alors fréquemment peint en grisaille, couleur apparentée aux périodes liturgiques de pénitence pendant lesquelles les retables restent fermés. Ce n’est que pendant certaines époques de l’année liturgique – les cycles des grandes fêtes religieuses et les jours de fête du patron d’une église ou de celui d’une guilde ou corporation qui possède un autel – que les retables restent ouverts ; l’éclat de l’or et de la polychromie contribuent à accentuer la signification de la commémoration ou de la fête liturgique.

Simple et peu élevé jusqu’au début du xve siècle, le retable prend progressivement des dimensions considérables et devient le plus souvent fixe. L’âge d’or du retable est la Contre-Réforme : le tabernacle contenant les hosties consacrées est placé au milieu du maître-autel à la fin du xvie siècle et le retable baroque qui peut se déployer jusqu’à la voûte supplante l’autel. Servant à mettre en valeur le Saint-Sacrement et le tabernacle, le retable témoigne alors de la théâtralisation du culte et du goût pour l’ostentation, le décor exubérant. Se met en place à cette époque la typologie qui s’est maintenue jusqu’au xixe siècle : retables proprement architecturaux, retables-lambris, retables-tabernacles.

Au xviiie et xixe siècles, beaucoup de retables disparaissent, faute de restauration, certains de leurs éléments étant réemployés. Les retables forment aujourd’hui souvent des ensembles hétérogènes, conséquence de leur histoire mouvementée : il n’est pas rare qu’ils soient déplacés ou que les statues originales aient disparu et soient remplacées par d’autres.

 

Composition d’un retable

Retable à tourelles du maître-autel de l’église Saint-Germain de Pleyben : la prédelle est constituée de deux gradins, le centre de la huche est occupé par un tabernacle polygonal à trois étages, les ailes comportent le médaillon de la Vierge et du Christ et la corniche est couronnée de deblustrases, clochetons, lanternons et frontosnns. 

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Le retable simple est composé de trois parties principales : la caisse ou huche qui détermine la forme de l’ensemble, les volets peints qui s’y adaptent, et la prédelle peinte ou sculptée, parfois munie de volets peints sur laquelle il repose. Les piliers de bois qui entourent ou séparent les panneaux sont appelés pilastres, ceux qui enserrent le retable sont les contreforts. Le retable est structuré en compartiments horizontaux (les registres) et verticaux (les travées). La plupart des retables s’inscrivent dans une tendance au compartimentage de la huche, le plus souvent tripartite (triptyque) L’encadrement architectural est souvent réalisé avec des colonnes ou des volutes et un entablement à l’antique (entablement droit ou cintré, parfois pourvu de décrochements, de ruptures de ligne, de ressauts). Le retable architecturé comporte un ou plusieurs corps (avec généralement un corps central unique ou tripartite).

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Retable tripartite avec superciel surmonté d’une petite galerie ajourée.

La retable est souvent percé de niches abritant des bustes ou statues de saints. La plus importante est la niche d’exposition du tabernacle central. Le retable peut être paré d’un superciel, encorbellement qui protège la peinture et la sculpture de la poussière et d’éventuelles chutes de gravats. Les panneaux et piliers sont souvent ornés de guirlandes ou chutes de feuillage ou de fruits, d’arabesques, de volutes, de rinceaux, d’anges thuriféraires. Sa partie supérieure est surmontée le plus souvent par un entablement et un couronnement orné d’éléments décoratifs (fronton, console, tourelle, lanternon, clocheton, gâble, pinacle, pyramidionpot à feugloire)

 

Caisse ou huche

Depuis le xive siècle, l’intérieur de la huche et de la face correspondante des volets est partagé en compartiments verticaux comportant des reliefs sculptés qui sont couronnés par des décors architectoniques finement taillés. Le revers des volets ou portes est pourvu de panneaux peints. Jugeant que la manipulation des volets était trop lourde, leurs sculptures intérieures furent de plus en plus souvent remplacées par des peintures.

Les retables de commande de la fin de l’époque gothique sont pourvus d’une double paire de portes ; l’intérieur de la première est occupé par des reliefs sculptés tandis que l’extérieur forme, avec l’intérieur des secondes portes, un polyptyque peint que l’on peut également fermer.

La caisse d’un retable est toujours de forme rectangulaire. Depuis la fin du xiiie siècle, la travée centrale est surélevée. L’encadrement profilé de la huche évolue cependant vers l’accolade. Le contour des volets fermés épouse étroitement celui de la partie antérieure de la caisse.

La caisse peut être équipée d’éléments de protection : portes parfois confondues avec les volets fermants, courtines, gardes-poussières (moulures en plus forte saillie).

 Volets

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Retable d’Issenheim à quatre volets à double face, susceptible de deux ouvertures.

Les volets sont les panneaux latéraux du polyptyque reliés au panneau central ou aux autres volets. Ces volets peuvent être fixes (volets non fermants) ou mobiles (volets fermants articulés par des charnières) . Dans ce dernier cas, ils sont obligatoirement deux fois moins larges que la huche de manière à se refermer sur elle. Les volets ferment le retable en fonction du calendrier liturgique et offrent à la vue leur revers11.

Lorsque disparaissent les retables à volets, au XVIe siècle, le terme de pala, au féminin, sert à désigner le tableau à panneau unique, et qui peut ou non présenter plusieurs compositions dont une majeure.

 

Prédelle

La prédelle est la partie inférieure du retable, développée horizontalement, qui sert de support aux panneaux principaux. Cette frise qui constitue une sorte de gradin intermédiaire posé sur la table d’autel, est peinte ou sculptée. Elle peut être composée d’une seule planche en longueur, ou de plusieurs panneaux (le plus souvent trois) correspondant au découpage de la composition ou du récit iconographique qui illustre sous forme narrative ou allégorique des épisodes bibliques. La prédelle servait parfois de socle au retable, ce qui permettait de fermer ses volets sans ôter les objets posés sur l’autel. Ce gradin isole également les panneaux principaux supérieurs des risques présentés par les flammes des cierges sur la table d’autel.

Description de retables

Retable en forme de triptyque. La caisse est ornée d’un tableau peint, les volets latéraux bordés de rinceaux abritent des statues de saints dans des niches à coquilles.

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Retable avec la caisse centrale à décor sculpté et deux volets à décor peint. La huche est divisée en trois champs par des colonnettes à pinacles, reliées par des gâbles à rinceaux ajourés

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Retable architecturé constitué de deux corps latéraux à double étage et d’un corps central en bois composé du tabernacle, de volets flanqués d’ailerons en volute et couronné d’un dais d’exposition. 

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Fabrication

Au xve siècle l’exécution d’un retable était une entreprise qui engageait diverses personnes. En premier lieu, le huchier qui confectionne la caisse et l’ébéniste qui réalise la menuiserie décorative ; ensuite, l’imagier taille les reliefs d’après un modèle livré par un peintre ; suivent le polychromeur et le doreur qui étoffe le tout ; ils sont payés davantage que le sculpteur ou le peintre parce qu’ils travaillent la coûteuse feuille d’or ; finalement le peintre livre les panneaux peints des volets.

Au début du xviie siècle, naît un nouvel élément de décor intérieur d’église : le retable de tuffeau et de marbre qui fera la renommée des architectes lavallois dans tout l’ouest de la France.

 

Retables célèbres

Retables exposés à la Galerie nationale hongroise (Budapest).

Gand : retable de l’Agneau Mystique des frères Van Eyck.

Bretagne (Ergué-Gabéric, 29) : Chapelle Notre-Dame de Kerdévot, retable anversois.

Colmar : musée Unterlinden (ancien couvent des Dominicains ), Retable d’Issenheim de Matthias Grünewald et Nicolas de Haguenau.

Vérone : basilique San Zeno Retable de San Zeno Maestà della Vergine d’Andrea Mantegna, placé sur le maître-autel.

Cracovie : basilique Sainte-Marie de Cracovie, retable de Veit Stoss.

Beaune : Hospices de Beaunepolyptyque du Jugement Dernier du peintre flamand Rogier van der Weyden.

Dortmund : « Le miracle doré de Dortmund » (1521) retable anversois de Jan Gilliz Wrage, peintures Adriaen van Overbeck.

Liège : Collégiale Saint-Denis de Liège, retable de la Passion et de la Vie de saint Denis de Paris.

Retables en France

Classés par département.

Aube

Retable de Pont-sur-Seine, bordé de colonnes torses garnies de pampres, le soubassement de l’autel contenant un reliquaire.

Retable de la chapelle de l’Assomption de l’église de Pont-sur-Seine

Bouches du Rhône

Retable du maître-autel – la lignée de Saint-Anne ou passage de l’Ancien au Nouveau Testament (1523) – église Notre-Dame de Nazareth (Saint-Nicolas) à Marignane – Louise de Savoie donateur

Retable du buisson ardent, Cathédrale Saint-Sauveur d’Aix-en-Provence

Côtes d’Armor

Retable latéral de l’église Notre-Dame de Bulat à Bulat-Pestivien

Retable du maître-autel et retable du rosaire de l’église paroissiale de Cavan (XVII°)

Trois retables de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre et retable du maître-autel de l’église Saint Magloire à Châtelaudren (XVII° & XVIII°)

Retables de la Basilique Saint Sauveur à Dinan (xviiie et xixe)

Deux retables de l’église de La Ferrière (xviie)

Retable de l’église de Gommenec’h

Retable du maître-autel et retable sud du Saint-Esprit et des fidèles trépassés de l’église Saint Jean, retable du maître-autel et retable sud de l’église Saint Martin à Lamballe (xviie et xviiie)

Retable du maître-autel et deux retables latéraux de l’église de Laniscat (école lavalloise – XVII°)

Retable du maître-autel et deux retables latéraux de l’église Saint-Loup de Lanloup

Retable du rosaire et un autre retable latéral de l’église Saint-jean du Baly (xviiie) et retables de l’église de Brélévenez de Lannion (école lavalloise – xviie)

Retable de la chapelle Notre-Dame du Guiaudet de Lanrivain

Retable du maître-autel et retable latéral de l’église paroissiale de Lantic (xviie et xviiie)

Retable du maître-autel de l’église Saint-Nicolas de Loudéac (xviiie)

Retable de l’église de Louannec (XVII°)

Retable du maître-autel, retable-lambris latéral à Saint Anne et retable latéral de Saint Mathurin de l’église Saint-Mathurin de Moncontour-de-Bretagne

Retable du maître-autel et deux retables latéraux de l’église paroissiale de La Motte (XVIII°)

Retable du maître-autel et deux retables latéraux de la chapelle Saint-Suzanne de Mûr-de-Bretagne

Retable à pavillons du maître-autel de l’église Saint Jacques et Saint Guirec et retable de la chapelle Notre Dame de la Clarté de Perros-Guirec

Retable du maître-autel et deux retables latéraux de la chapelle du Saint Esprit de Plédéliac (XVIII°)

Retable de la chapelle Saint Lubin de Plémet (XVIII°)

Retable du rosaire de l’église paroissiale de Ploubezre (XVII°)

Retable du maître-autel et deux retables latéraux de l’église paroissiale de Plouër-sur-Rance

Retable de la chapelle de Kermaria an Iskuit de Plouha

Retable de la chapelle Notre Dame du Yaudet de Ploulec’h (XVII°)

Retable du maître-autel de l’église Saint Sylvestre de Plouzélambre

Retable du maître-autel et deux retables latéraux de l’église de Prat (XVIII°)

Retable du maître-autel et deux retables latéraux de l’église Saint Catherine de La Roche-Derrien (XVII°)

Retables de la Collégiale Notre Dame du Roncier de Rostrenen (XVIII°)

Retable du maître-autel et deux retables latéraux de l’église Notre-Dame de Runan (XVIII°)

Retable de la chapelle de l’Annonciation de la Cathédrale Saint Étienne de Saint-Brieuc (XVIII°)

Retable du maître-autel et deux retables latéraux de l’église paroissiale de Saint-Caradec(XVIII°)

Retable du maître-autel de l’église de Saint-Gilles-les-Bois

Retable du maître-autel et trois retables latéraux de l’église de Saint-Juvat

Retable de l’église de Saint-Maden

Retable du maître-autel et deux retables latéraux de l’église de Saint-Martin-des-Prés (XVII°)

Retable-lambris de l’église Saint Méloir de Saint-Méloir-des-Bois (XVIII°)

Retable du maître-autel de la chapelle Saint Anne du Port de Saint-Quay-Portrieux (XVIII°)

Retable du maître-autel et deux retables latéraux de l’église paroissiale de Saint-Samson-sur-Rance

Retable du maître-autel et deux retables latéraux dont un du rosaire de l’église paroissiale de Squiffiec

Retable du maître-autel et deux retables latéraux de l’église de Tréveneuc

Deux retables latéraux de l’église paroissiale et retable de la chapelle de Bonne Nouvelle d’Uzel (XVIII°)

Finistère

Ille et Vilaine

Le retable du maître-autel de l’église Saint-Pierre de Piré-sur-Seiche, représentatif de l’école lavalloise.

L’Ille-et-Vilaine conserve de nombreux retables de l’école lavalloise, essentiellement situés dans la zone toilière couvrant la région vitréenne et le sud du pays fougerais. D’autres styles de retables sont également présents (Louis XIIILouis XVLouis XVI, baroque).

Retable du maître-autel de l’église Saint-Martin d’Acigné

Retable du maître-autel et retable latéral de l’église paroissiale d’Amanlis

Retable-tabernacle au-dessus du maître-autel de l’église Saint-André à Antrain œuvre de Le Bezot menuisier d’Antrain en 1753 (xviiie)

Retable du maître-autel et deux petits retables de l’entrée du cœur (1704) de l’église Notre-dame d’Arbrissel (XVII°), œuvre de l’angevin Barauderie

Retable du maître-autel et deux retables latéraux de l’église Saint-Pierre d’Availles-sur-Seiche, œuvres de Tugal Caris

Retable du maître-autel de l’église Saint-Marse (ou Mars) de Bais (1678)

Retable du maître-autel (xviie) de l’église Saint-Médard de Billé, œuvre de Jean Martinet et deux retables latéraux (1764 et 1766) œuvres de Thory, menuisier de Fougères.

Retable du maître-autel œuvre du lavallois Jean-François Huguet établi à Rennes en 1686 et deux retables latéraux de l’église de Boistrudan

Retable du maître-autel et deux retables latéraux en marbre, tuffeau et bois de l’église Notre-Dame de Brie, œuvres de Pierre Corbineauen 1638 et Gilles Corbineau son fils en 1653

Retable de la collégiale Sainte-Madeleine de Champeaux (XVII°)et son baldaquin du (XVI°)

Retable du maître-autel, œuvre de Jean et Michel Langlois et deux retables des croisillons Nord (1647), et Sud (1658), œuvre des angevins Jean Simonneau et Pierre Robin de l’église de Coësmes

Retable du maître-autel d’influence lavalloise et retable du rosaire de l’église Saint-Mélaine de Cornillé (XVII°)

Retable du maître-autel, œuvre de pierre Corbineau en 1937 et deux retables latéraux (1682) de l’église de Domalain

Retable du maître-autel, œuvre de jean Langlois en 1657 et deux petits retables latéraux, œuvres de François Langlois en 1699 de l’église Saint-Pierre de Dompierre-du-Chemin

Retable du maître-autel, œuvre de Michel Langlois et deux petits retables latéraux, celui de gauche étant une œuvre de Pierre Corbineau entre 1637 et 1640 de l’église de Drouges

Ensemble de Retable et boiseries parmi les plus beaux de Bretagne, œuvres du sculpteur de Fougères La Fontaine et Antoine Violard retable du maître-autelet œuvres de La Fontaine et thory et deux petits retables latéraux, œuvre du lavallois Thomas Thory entre 1760 et 1762. Retables de pierre de la chapelle Notre-Dame et de la chapelle de la confrérie des tanneurs de l’église Saint-Sulpice de Fougères (xviiie)

Retable du maître-autel et 4 retables latéraux de l’église Saint-Sulpice de Gennes-sur-Seiche, œuvres de François II Houdault en 1676

Retable du maître-autel de l’église Saint-Martin de Javené

Retable latéraux de l’église Saint-lézin de La Chapelle-Janson (xviiie)

Retable du maître-autel , œuvre de François II Houdault en 1667 et deux retables latéraux 1771-1775 de l’église de La Gouesnière

retables lavallois, œuvre de François Langlois (1686-87) de l’église Saint-Jean-Baptiste de La Selle-en-Luitré

Retable du maître-autel et deux retables latéraux de l’église des Iffs (xviiie)

Retable tabernacle, doré en 1699-1700 par le sculpteur Pierre Aubrée et deux retables latéraux œuvre de Jean et Michel Langlois pour le retable nord en 1653 et François Langlois en 1671 pour le retable de Notre-Dame-de-Pitié de l’église Saint-jean-Baptiste de Louvigné-de-Bais. Retable monumental de la chapelle de Saint-Job de Louvigné-de-Bais en 1671

Retable du maître-autel (xviie) et deux retables latéraux dont un du Rosaire de l’église de Mont-Dol

Ensemble de retables de style Louis XVI de l’église Montgermont

Retable du maître-autel et deux retables latéraux de l’église Saint-Martin de Moulins, œuvres de Jean et Michel Langlois

Retable du maître-autel et deux retables latéraux de style Louis XIII de l’église Saint-Martin de Moutiers

Retable du maître-autel de l’église Saint-Martin de Noyal-sur-Seiche, œuvre lavalloise qui paraît être de François Langlois

Retable du maître-autel et deux retables latéraux de l’ancienne église abbatiale de Paimpont (XVII°)

Retable du maître-autel, œuvre de Pierre Corbineau et du sculpteur du Mans Pierre Biardeau en 1632 et deux retables latéraux de Saint-Jean et du Rosaire en 1637 par Pierre Corbineau de l’église Saint-Pierre de Piré-sur-Seiche. Retable de la chapelle du cimetière de Piré-sur-Seiche œuvre probable de François II Houdault en 1684

Retable du maître-autel et deux retables identiques du chœur (1642) et deux autres retables dont un du Rosaire (1652) de l’église Saint-Crépin et Saint-Crépinien de Rannée

Grand retable de pierre et marbre de l’ancienne abbatiale Saint-Sauveur de Redon (1634-1636) œuvre lavalloise de Tugal Caris, l’une des plus belles de Bretagne et deux retables latéraux de Tugal Caris vraisemblablement

Retable du maître-autel œuvre du frère Charles Turnel 1653-1658 et deux retables latéraux œuvre de François II Houdault 1672-1674 de l’église Toussaints de Rennes,

Retable flamand (xve) de la cathédrale Saint-Pierre de Rennes

Retable du maître-autel et deux retables latéraux de l’église de Saint-Léger-des-Prés

Retable du maître-autel (1642) de style baroque campagnard de l’église de Saint-Melaine

Retable du maître-autel (1674) œuvre de René Soudier et deux retables latéraux (XVII°) de l’église de Saint-Pern

Retable-tabernacle de style Louis XV de l’église de Saint-Sauveur-des-Landes

Retable du maître-autel (1664) œuvre des Angevins Jean Simonneau et Pierre Robin et deux retables latéraux de l’église de Sainte-Colombe

Grand retable en pierre blanche et marbre (1652) œuvre de Pierre Corbineau et deux retables latéraux (XVII°) de l’église de Torcé

Retable-tabernacle de l’église Saint-Martin de Tremblay (xviiie)

Retable du maître-autel œuvre du lavallois François II Houdault et deux retables latéraux (xviie) de l’église paroissiale de Vergéal

Grand retable du chevet et deux autres retables dont un du Rosaire de l’église Saint-Pierre de Visseiche

Cinq retable latéraux (xviie) de l’ancienne collégiale Notre-Dame de Vitréœuvres lavalloises

Retable-lambris de la chapelle du Château des Rochers habité un temps par la Marquise de Sévigné.

(XVIII°)

Jura

Retable de Baume-les-Messieurs

Retable de Baume-les-Messieurs de l’église abbatiale, œuvre anversoise du xvie siècle

Retable de l’église de Champagnole par Pierre-Étienne Monnot, xviie siècle .

Maine et Loire

une école de retable angevin a pris le relais de l’école des retables lavallois à la fin du xviie siècle. Le conseil général en a publié un inventaire en 2005. Sont cités:

Angers, chapelle de la barre (1659) Pierre Biardeau

Angers, chapelle du couvent des ursulines (1651) dans le style de Pierre Corbineau de l’école de Retable lavallois

Antoigné, église Saint Martin (1757) seul le doreur est connu François Corbelet

Bessé, église Saint-Gervais-Saint-Protais

Bocé, église Saint-Martin-de-Vertou (1668)

La Chapelle-Rousselin, église Saint-Jacques (4ème quart xviiie siècle Denis Gledu

La Chapelle-sur-Oudon, église Saint-Martin (1768-1781) Sébastien-Johann Leysner

Le Coudray-Macouard, église Saint-Aubin

Fontevraud, initialement dans l’abbaye actuellement dans l’église Saint-Michel (1621) Gervais Delabarre

Fougeré, église Saint-Étienne (1642)

Jarzé, chapelle Montplacé

Pontigné, église Saint-Denis (1708)

Pouancé, église Saint-Aubin (1ère moitié xviiie siècle)

Saint-Philbert-en-Mauges, église Saint-Philbert

Saumur, église Notre-Dame-des-Ardilliers (1665-1673) Pierre Biardeau puis Antoine Charpentier

Sorges, église Saint-Maurice 3ème quart xviiie siècle

Thorigné-d’Anjou, église Saint-Martin (1769)

Vern-d’Anjou, chapelle privée (1770)

Mayenne

Quatre retables renaissances (xve siècle) sont répertoriés en Mayenne, le plus ancien en calcaire peint (1401) représentant une scène de crucifixion dans l’église Notre-Dame de Saulges, une autre crucifixion monolithe peinte à l’église de Saint-Berthevin-la-Tannière et deux retables à dais, un sculpté dans le tuffeau à l’église Saint-Sixte de La Chapelle-Rainsouin, un en bois peint exposé au musée du château de Mayenne.

Retables renaissances

Retable de la crucifixion (1401) Saulges.

Retable à dais en bois Mayenne (musée).

Retable de la basilique Notre-Dame d’Avesnières à Laval.

La Mayenne a connu une production intense de retables baroques au xviie siècle, à l’époque de l’école lavalloise. Beaucoup de ces retables sont encore visibles dans les églises du département, mais l’œuvre des artisans lavallois est aussi visible dans des régions voisines, notamment la Bretagne. L’école lavalloise a périclité à la fin du xviie siècle, cédant la place aux artistes angevins. Elle a néanmoins connu un bref renouveau au milieu du xixe siècle; 219 ensembles figurent dans la base palissy

Les plus importants sont :

Trois retables dans l’église paroissiale d’Ampoigné.

Huit retables dans l’église paroissiale d’Argentré.

Trois retables dans l’église de Beaumont-Pied-de-Bœuf.

Deux retables à Bonchamp-lès-Laval.

Trois retables à Brécé.

Cinq retables à Brée.

Deux retables à Châtres-la-Forêt.

Trois retables à La Chapelle-Rainsouin.

Les retables de l’église des Cordeliers de Laval.

Les retables de la cathédrale de la Sainte-Trinité de Laval.

Trois retables à Livet.

Trois retables à Montourtier.

Deux retables à Saint-Christophe-du-Luat.

Deux retables à Soulgé-sur-Ouette.

Meurthe-et-Moselle

Retable de Philippe de Gueldre

Retable de Philippe de Gueldre (école flamande – XVI°) Église Saint-Laurent de Pont-à-Mousson

Retable de la chapelle Saint-Fiacre de Rigny-Saint-Martin, conservé en l’Église des Cordeliers de Nancy (XVI°)

Meuse

Retable du Calvaire à Marville (XVI°)

Retable de la chapelle Saint-Hilaire à Marville (XV° & XVII°)

Retable de la nativité de Milly-sur-Bradon (XVII°)

Retable de Mognéville (gothique lorrain – XVI°)

Retable de Mont-devant-Sassey (XIII°)

Retable de la Cène à Sepvigny (XVI°)

Moselle

Retable de la crucifixion à Vry (XIV°)

Nord

Arques-la-Bataille, église Notre-Dame-de-l’Assomption

Arnèke, église Saint-Martin

Bambecque, église Saint-Omer

Bollezeele, église Saint-Wandrille

Borre, église Saint-Jean-Baptiste.

CasselCollégiale Notre-Dame de la Crypte

Crochte, église Saint-Georges

HazebrouckÉglise Saint-Éloi d’Hazebrouck

Hazebrouck, Collège Saint-Jacques

Herzeele, église Notre-Dame-de-l’Assomption

Hondschoote, église Saint-Vaast

Houtkerque, église Saint-Antoine

Killem, église Saint-Michel

Pitgam, église Saint-Folquin

Quaëdypre, église Saint-Omer

Rexpoëde, église Saint-Omer

Rubrouck, église Saint-Sylvestre

Steenbecque, église Saint-Pierre

Terdeghem, église Saint-Martin

Volckerinckhove, église Saint-Folquin

Warhem, église Notre-Dame-de-l’Assomption

Wemaers-Cappel, église Saint-Martin

West-Cappel, église Saint-Martin

Wormhout, église saint Martin

Haut-Rhin

Retable d’Issenheim, au musée Unterlinden à Colmar

Vosges

Retable de l’adoration des mages à Autreville (Vosges) (XVIII°)

Retable de la chapelle du Calvaire à Rambervillers (XVII°)

Retable des douze apôtres de l’église de Parey à Saint-Ouen-lès-Parey (XV°)

Retables de Flandres, du Brabant et du Hainaut

Au cours de la seconde moitié du xve siècle, le retable évolue vers une forme de décor d’autel de plus en plus demandée et commanditée, ce qui incite la collaboration entre maîtres de centre de production différents. La difficulté d’attribuer un retable à un auteur spécifique explique le regroupement des œuvres sur la base de critères stylistiques (ateliers malinois, bruxellois, anversois) Le Hainaut développera des retables en pierre comme on peut en découvrir à Nivelles, Mons.

La ville Anversoise développera des retables presque standardisés de par ses facilités d’exportation. A Malines ils seront inspirés par la thématique de la vierge Marie.

Bruxelles aura cette singularité des retables uniques et si particuliers comme le retable de Saluce que l’on peut découvrir à la maison du Roi et qui démontre le savoir faire de la sculpture brabançonne. Les retables brabançons, qu’ils soient Anversois, Malinois ou Bruxellois se retrouvent dans bon nombre d’églises du Royaume de Belgique ( Ham sur Heure en possède un remarquable).

Retable de l’Agneau mystique par van Eyck

Retable flamand du Brabant (xvie)

Retable flamand du début du xvie siècle(église Saint-Germain-l’Auxerrois de Paris)

 

Bibliographie

Jacques Salbert, Ateliers de retabliers Lavallois aux xviie et xviiie siècles : Études historiques et artistiquesPresses universitaires de Rennes, 1976

Yannick Pelletier, Les retables bretons, Rennes, ed. Ouest-France, 1984, 184 p. 

EGLISE CATHOLIQUE, PAPAUTE, PIE X (saint ; 1835-1914), SAINTETE, SAINTS

Saint Pie X (1835-1914)

Le Pape Pie X

Paus-pus-x

Pie X né Giuseppe Melchiorre Sarto à Riese en Vénétie (alors dans le royaume de Lombardie-Vénétie, maintenant Riese Pie X, dans la province de Trévisse, en Italie, le 2 juin 1835, mort le 20 août 1914 à Rome,  il fut le 257e pape de l’Église catholique du 4 août 1903 à sa mort. Il a été béatifié le 3 juin 1951, puis canonisé le 29 mai 1954 : il est donc saint Pie X pour les catholiques.

Sa fête liturgique est alors fixée au 3 septembre, puis au 21 août, dans le nouveau calendrier.

 

Itinéraire pastoral

Il est né dans une famille très modeste : son père Giovanni Battista Sarto (1792-1852) est facteur rural et appariteur de Riese. Sa mère Margherita Sanson (1813-1894) est couturière

Deuxième d’une famille de dix enfants, le petit Giuseppe avait la vocation d’être prêtre depuis son enfance. Cependant la situation économique de sa famille ne permettait pas de concrétiser ses espérances. C’est le curé de sa paroisse qui trouva le soutien financier grâce auquel Giuseppe put entrer au grand séminaire de Padoue, à l’âge de 19 ans, en novembre 1854. Il y suivit une formation qui dura quatre ans. La dernière année, le jeune Giuseppe fut nommé « directeur du chant des clercs » de l’école de chant grégorien, créée par l’évêque de Padoue Grégoire Barbarigo († 1697).

Une fois ses études terminées avec d’excellentes notes, Giuseppe Sarto est ordonné prêtre le 27 février 1858. Dans le même temps, se répand la nouvelle qu’une jeune française, dénommée Bernadette Soubirous, aurait bénéficié d’apparitions de la Vierge Marie.

Giuseppe Sarto est nommé vicaire de la paroisse de Tombolo. Il crée une petite école de chant grégorien pour que les paroissiens puissent participer au chant de la messe.

L’année suivante, répondant aux provocations du gouvernement Sarde, l’empereur François-Joseph Ier d’Autriche déclare la guerre au Royaume de Sardaigne. Allié à l’empereur des Français Napoléon III, le roi Victor-Emmanuel II de Sardaigne défait les troupes Autrichiennes. L’Autriche cède la riche province de Lombardie et sa capitale Milan mais la Vénétie reste Autrichienne. Ayant annexé la quasi-totalité de la botte Italienne – sauf le Latium et Rome, seuls vestiges des États Pontificaux protégés par l’armée Française – le roi Victor-Emmanuel II de Sardaigne se proclame roi d’Italie et transfère sa capitale à Florence. En 1866, l’Autriche est vaincue par la Prusse qui l’écarte de la sphère politique Allemande. Pour prix de sa neutralité, la France reçoit la Vénétie qu’elle rétrocède immédiatement à son allié Italien. L’abbé Sarto n’est plus sujet du très catholique empereur d’Autriche mais du libéral roi d’Italie.

L’abbé Sarto est nommé archiprêtre de Salzano en 1867, puis chanoine de la cathédale de Trévisse en 1875. Parallèlement, il devient directeur spirituel du séminaire diocésain.

En 1870, profitant de la chute de l’Empire Français, le roi d’Italie annexe la Latium et transfère sa capitale à Rome. Le pape Pie IX, se considérant prisonnier, s’enferme dans ses palais du Vatican. Il meurt en 1878. Le conclave élit l’archevêque de Pérouse qui prend le nom de Léon XIII et prône une politique de réconciliation et d’ouverture.

En 1882, lors du congrès européen d’Arezzo pour la musique sacrée, en tant que chancelier de l’évêché et directeur spirituel du grand séminaire, le chanoine Sarto soutient les moines de l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes en faveur de la restauration du chant grégorien, alors que le pape Léon XIII défend plutôt le chant néo-médicéen issu de celui qui a été publié à Rome de 1614 à 1615.

En 1884, il est consacré évêque de Mantoue.

Il effectue deux visites pastorales et organise un synode diocésain avant d’être nommé contre son gré Patriarche de Venise en 1893. Il reçoit la barrette de cardinal-prêtre (pour la paroisse de San Bernardo alle Terme) lors d’un consistoire secret en juin 1893. Le gouvernement italien refuse d’abord son exequatur au motif que sa nomination a été le fait du gouvernement austro-hongrois. Mgr Sarto devra attendre 18 mois avant d’être reçu — triomphalement — dans son nouveau diocèse.

À Venise, il publie le 1er mai 1895 une Lettre pastorale sur le chant d’Église en présentant des principes généraux pour l’organisation et la réalisation de la prière commune, chantée et liturgique.

 

Élection

Le cardinal Sarto, futur Pie X.

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Léon XIII meurt en 1903. Son successeur le plus probable est le secrétaire d’État, le cardinal Mariano Rampolla del Tindaro, qui totalise 29 voix lors du premier scrutin, Mgr Sarto 5. Mais chaque vote voit progresser le score de ce dernier tandis que celui de Rampolla tend à se tasser. La révélation au conclave de l’exclusive lancée par l’Autriche-Hongrie à l’encontre de Mgr Rampolla scandalise l’ensemble du Sacré-Collège tandis que Mgr Sarto, en larmes, refuse absolument la perspective d’être élu pontife. Cependant, ayant cédé aux instances du cardinal-doyen Luigi Oreglia di Santo Stefano, et de l’archevêque de Milan, Mgr Ferrari, il accepte de se soumettre au vœu de ses confrères si tel est leur désir. Le 4 août, Mgr Sarto est élu pape en dépassant très largement les deux tiers des suffrages nécessaires (50 sur 62).

Il choisit de prendre le nom de Pie X en souvenir des papes du xixe siècle qui « [avaient] courageusement lutté contre les sectes et les erreurs pullulantes ». Il est intronisé le 9 août. Un de ses premiers actes est d’interdire l’exclusive, pratique qui avait empêché Mgr Rampolla d’être élu.

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Pontificat

Le nouveau pape a pour particularité de n’avoir aucune expérience diplomatique, ni véritable formation universitaire. Toutefois, il assimile extrêmement vite et a le don de la synthèse ; il compense également ces handicaps en s’entourant de gens compétents comme le cardinal Rafael Merry del Val, Espagnol de 38 ans, polyglotte et directeur de l’Académie des nobles ecclésiastiques, dont Pie X fait son secrétaire d’État.

Issu d’un milieu populaire et voulant continuer de vivre dans la plus grande simplicité, Pie X fait aménager au Vatican un appartement d’une particulière austérité. Il tient à préserver sa vie privée et à ne réduire en rien ses temps de prière.

 Conservateur et réformateur

Le nouveau pape s’écarte de la conception conciliatrice de son prédécesseur, et affiche tout de suite une politique conservatrice. En matière administrative, il se montre pourtant réformateur : il confie à Mgr Gasparri une refonte du droit canonique, qui aboutit à la promulgation du Code de droit canonique de 1917.

Il publie le Catéchisme de la Doctrine chrétienne (qui est appelé aujourd’hui Catéchisme de Pie X), ainsi que les Premiers éléments de la Doctrine chrétienne (ou Petit catéchisme de S. Pie X). Ce catéchisme a fait l’objet d’un éloge pontifical public de Benoît XVI lors de l’Audience générale du 18 août 2010 :

« Depuis les années où il était curé, il avait rédigé lui-même un catéchisme et au cours de son épiscopat à Mantoue, il avait travaillé afin que l’on parvienne à un catéchisme unique, sinon universel, tout au moins italien. En authentique pasteur, il a compris que la situation de l’époque, notamment en raison du phénomène de l’émigration, rend nécessaire un catéchisme auquel chaque fidèle puisse se référer indépendamment du lieu et des circonstances de vie. En tant que souverain pontife, il prépare un texte de doctrine chrétienne pour le diocèse de Rome, diffusé par la suite dans toute l’Italie et dans le monde. Ce catéchisme « de Pie x », a été pour de nombreuses personnes un guide sûr pour apprendre les vérités de la foi en raison de son langage simple, clair et précis et de sa présentation concrète. »

— Benoît XVI, 18 août 2010.

Sur le plan financier, il réunit les revenus du denier de Saint-Pierre et ceux du patrimoine du Vatican puis fait acheter de nouveaux bâtiments. Il réforme l’organisation de la curie romaine par la constitution Sapienti consilio du 29 juin 1908, supprimant des dicastères devenus inutiles et en concentrant les prérogatives des différents organes.

Avec le décret « Quam Singulari » du 8 août 1910, Pie X demande que les enfants fassent leur première communion dès l’âge de 7 ans, ce qui aboutit en pratique à une inversion de l’ordre traditionnel des sacrements, en plaçant la communion avant la confirmationRite de passage important du début de l’adolescence, l’ancienne première communion qui se célébrait vers douze ans est alors maintenue en France en se transformant en cérémonie de profession de foi ou « communion solennelle ».

 

Antimodernisme

Le modernisme est à l’époque une tendance théologique considérée par les courants intransigeants, dominant les autorités catholiques d’alors, comme déviante et menant à l’hérésie. S’appuyant sur une nouvelle lecture de la Bible, les modernistes acceptent l’idée d’une évolution dynamique de la doctrine de l’Église par opposition à un ensemble de dogmes fixes.

Dans la constitution apostolique Lamentabili sane exitu (1907)), Pie X condamne formellement 65 propositions dites « modernistes », rappelées dans l’encyclique Pascendi. Celle-ci rejette notamment les thèses d’Alfred Loisy qui est excommunié.

Le résumé de la position antimoderniste est donné dans le motu proprio Sacrorum antistitum de 1910, encore appelé serment antimoderniste que chaque prêtre est tenu de prononcer jusqu’à sa suppression en 1967 et en 1914 sont publiées 24 thèses soutenant le thomisme. Quarante ecclésiastiques refusent de prêter serment.

Parallèlement, Pie X encourage personnellement la constitution du réseau dit La Sapinière créé par Mgr Umberto Benigni et destiné à lutter contre les catholiques soupçonnés de modernisme, dans une organisation que l’historien Yves-Marie Hilaire décrit comme un système de « combisme ecclésiastique »8.

Portrait officiel du pape Pie X, le 14 septembre 1903, après son élection.

 

La « question française »

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Il fait face à la loi française de séparation de l’Église et de l’État, votée par le parlement le 9 décembre 1905, et qui s’inscrit dans le prolongement de la politique anticléricale menée par le précédent gouvernement d’Émile Combes, qui a ordonné la dissolution des congrégations religieuses et l’expulsion des religieux réguliers : enseignants, personnel des hospices, etc. (pendant de longues années, les religieux congréganistes désireux d’enseigner devront porter la soutane du clergé séculier).

Pie X se montre moins conciliant et plus dogmatique que son prédécesseur, Léon XIII.

Bien que la majorité des évêques français conseille de se plier à la loi, Pie X interdit toute collaboration par l’encyclique Vehementer nos (11 février 1906), l’allocution consistoriale Gravissimum (21 février), et l’encyclique Gravissimo officii munere (10 août), que Mgr Louis Duchesne baptise malicieusement « Digitus in oculo » (« doigt dans l’œil »). Le pape affirme alors que la « loi […], en brisant violemment les liens séculaires par lesquels [la] nation [française] était unie au siège apostolique, crée à l’Église catholique, en France, une situation indigne d’elle et lamentable à jamais ».

Cette opposition du pape à la loi française a pour conséquence de compromettre la création des associations cultuelles, prévues par la loi, et de faire transférer les biens immobiliers de l’Église au profit de l’État. Ce n’est qu’en 1923 que la situation est débloquée par la création des associations diocésaines.

En 1911, le concordat portugais prend pareillement fin.

 

Dernières années

Dans l’encyclique Lacrimabili Statu du 7 juin 1912, Pie X s’élève contre le sort réservé aux Indiens d’Amérique du Sud et appelle les archevêques et évêques à agir en leur faveur, dénonçant les massacres, l’esclavage et les autres traitements indignes auxquels étaient soumises les populations indigènes, y compris par des catholiques, comme l’avait déjà dénoncé son prédécesseur Benoît XIV en 1741 mais sans grand effet.

Pie X est bouleversé lorsque éclate la Première Guerre mondiale, mais la question se pose de savoir s’il a tenté de la prévenir et si son entourage l’y encourageait. Même si, selon une anecdote encore acceptée par Y.-M. Hilaire mais mise en doute par plusieurs historiens, y compris des catholiques, le pape refuse sa bénédiction aux armées austro-hongroises, disant « Je ne bénis que la paix », Rafael Merry del Val, toujours secrétaire d’État, ne tente rien, dans le même temps, pour dissuader l’Autriche-Hongrie d’entrer en guerre contre la Serbie. En tout état de cause, l’influence papale reste faible face à la montée des passions nationalistes et l’attitude du Saint-Siège semble incohérente.

La guerre éclate et s’étend à toute l’Europe dans les premiers jours d’Août 1914. Pie X, âgé de 79 ans, est affecté par une bronchite et, tourmenté par les hostilités qu’il semble avoir pressenties meurt le 20 août 1914 (à 79 ans), causant une grande émotion chez les fidèles angoissés, auprès desquels il est populaire.

 

La canonisation

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Le pape Pie X (carte stéréoscopique).

Après sa mort, la dévotion envers Pie X ne cesse pas. Sa cause est ouverte dès le 24 février 1923 et on érige à Saint-Pierre de Rome un monument en sa mémoire pour le vingtième anniversaire de son accession au pontificat. Devant l’afflux des pèlerins venus prier sur sa tombe dans la crypte de la basilique Saint-Pierre, on fait sceller une croix de métal sur le sol de la basilique, afin que les pèlerins puissent s’agenouiller juste au-dessus de son tombeau. Des messes y sont dites jusqu’à l’avant-guerre.

Le 19 août 1939, Pie XII prononce un discours à sa mémoire et le 12 février 1943, en pleine guerre, « l’héroïcité de ses vertus » est proclamée. Peu après il est déclaré « serviteur de Dieu ».

C’est alors que la Sacrée Congrégation des rites ouvre le procès de béatification examinant en particulier deux miracles. En premier lieu, celui intervenu auprès de Marie-Françoise Deperras, religieuse qui, d’après les Acta Apostolicæ Sedis, était atteinte d’un cancer des os dont elle aurait été guérie en décembre 1928 et en second lieu celui d’une Sœur Benedetta de Maria, de Boves (Italie), qui aurait été guérie d’un cancer de l’abdomen en 1938.

Ces deux miracles sont officiellement approuvés par Pie XII, le 11 février 1951, et aboutissent à la lettre de béatification de  Pie X le 4 mars suivant. La cérémonie en elle-même a lieu le 3 juin 1951 en la basilique Saint-Pierre en présence de 23 cardinaux, de centaines d’archevêques et d’évêques et d’une foule de 100 000 pèlerins. Pie XII parle alors de Pie X comme du « pape de l’Eucharistie », pour avoir permis l’accès de la communion aux jeunes enfants et autorisé la communion eucharistique quotidienne.

Le 17 février 1952 son corps est transféré de la crypte à son emplacement actuel sous l’autel de la chapelle de la Présentation, à l’intérieur de la basilique, dans un sarcophage de bronze ajouré par un vitrage.

Le 29 mai 1954, deux miracles sont reconnus par l’Église catholique, en premier lieu celui qui aurait permis la guérison d’un avocat italien — Francesco Belsami — d’un abcès pulmonaire, et l’autre celui qui aurait permis la guérison d’une religieuse — Sœur Maria-Ludovica Scorcia — affectée d’un virus du système nerveux. La messe de canonisation célébrée par Pie XII est suivie par une foule de 800 000 fidèles.

Pie X est le premier pape depuis le xvie siècle à être canonisé, le dernier ayant été en 1712 Pie V qui avait régné de 1566 à 1572.

La fête de Saint-Pie X est célébrée le 21 août dans le nouveau calendrier liturgique. Il est fêté le 3 septembre dans l’ancien calendrier. Dans les paroisses de la FSSPX (Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X), sa fête est une fête de 1re classe.

La basilique souterraine, plus récente et plus vaste des basiliques de Lourdes, est placée sous son patronage. Une relique de Saint Pie X est exposée à la chapelle ‘Pax Christi’.

 

Dans le domaine de la liturgie

Avec sa profonde connaissance du chant grégorien et de sa restauration, Pie X achève la plus importante centralisation de la liturgie de l’Église romaine depuis l’époque de Charlemagne, par la publication des livres en latin pour l’Église universelle, à la place des liturgies locales. Désormais, l’Église catholique va célébrer ses offices de la même manière, jusqu’au IIe concile du Vatican.

Aussitôt élu, Pie X expédie son motu proprio « Inter pastoralis officii sollicitudes » le 22 novembre 1903, fête de Sainte-Cécile, patronne de la musique. Dans ce motu proprio, il précise ses instructions concernant la musique sacrée de l’Église romaine.

Le 25 avril 1904, le pape annonce la création d’une édition officielle du chant pour l’Église universelle, à la base du chant grégorien scientifiquement restauré. Pour la publication de cette Édition Vaticane, il crée une commission pontificale composée des musicologues de toute l’Europe, présidée par Dom Joseph Pothier, abbé bénédictin de Saint-Wandrille. Comme la commission à Rome ne peut pas accéder directement aux matériaux, un grand nombre de photographies des manuscrits anciens auprès de l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes, Pie X doit renoncer à ce projet, mais demande à Dom Pothier de publier les livres de chant sans délai, d’après les éditions bénédictines de Solesmes.

La première publication est achevée en 1908, il s’agit de la nouvelle édition vaticane du graduel :

Graduale sacrosanctæ romanæ ecclesiæ de tempore et de sanctis SS. D. N. Pii X. pontificis maximi jussu restitutum et editum, Typis Vaticanis, Rome 1908 fac-similé [archive]

L’antiphonaire, quant à lui, paraît en 1912 :

Antiphonale sacrosanctæ romanæ ecclesiæ pro diurnis horis SS. D. N. Pii X. pontificis maximi jussu restitutum et editum, Typis polyglottis vaticanis, Rome 1912 fac-similé [archive]

Le pape Pie X est également le fondateur de l’Institut pontifical de musique sacrée à Rome, en 1910. La fondation de cet établissement avait été proposée par Dom Angelo de Santi, le théologien et musicologue de Léon XIII et vieil ami de Pie X, qui est donc nommé le premier directeur de l’institut.

 

Constitution apostolique

Le pape Pie X bénéficie d’une image de simplicité et d’homme vigoureux. Il gouverne l’Église d’une main ferme à une époque où elle doit faire face à un laïcisme virulent et à une mise en question des connaissances bibliques et théologiques. Il invite les chrétiens à participer activement à la liturgie, souhaitant ainsi les ramener aux sources de la foi.

Constitution apostolique « Divino Afflatu » (1911).

« Les psaumes recueillis dans la Bible ont été composés sous l’inspiration divine. Certes, dès les débuts de l’Église, ils ont merveilleusement contribué à nourrir la piété des fidèles, qui offraient à Dieu, en toute circonstance, un sacrifice de louange, c’est-à-dire l’acte de foi qui sortait de leurs lèvres en l’honneur de son nom. Mais il est certain aussi que, selon un usage déjà reçu sous la Loi ancienne, ils ont tenu une place éminente dans la liturgie proprement dite et dans l’Office divin[…] »

 

Pie X dans la littérature

En 1913, Guillaume Apollinaire, exprimant la lassitude de l’Antiquité gréco-romaine et lui opposant le christianisme, qui « seul en Europe n’est pas antique », écrit dans son poème Zone un éloge paradoxal du pape qui avait condamné le modernisme :

« L’Européen le plus moderne c’est vous pape Pie X. »

 

Bibliographie

Georges Buraud, Pie X – le pape de l’unité, Desclée de Brouwer, 1951.

Yves-Marie Hilaire (dir.), Histoire de la papauté. 2 000 ans de missions et de tribulations, Tallandier, 1993.

Philippe Levillain (dir.), Dictionnaire historique de la papauté, article « Pie X », Fayard, 1994.

Mgr Yves MarchassonLes Papes du xxe siècle, Desclée, 1990.

Yves ChironSaint Pie X, Courrier de Rome, 1er avril 1999 370 pages.

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R.P. TH.- Dom.- C. Gonthier, Pie X et le modernisme, Editions Saint-Sébastien, 2016, 38 p. 

AIX-EN-PROVENCE (BOUCHES-DU-RHÔNE), CONCORDAT DE 1801, EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE FRANCE, HISTOIRE DE L'EGLISE, NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821), PIE VII (pape ; 1742-1823), UN PAPE A AIX-EN-PROVENCE

Un Pape à Aix !

UN PAPE A AIX-EN-PROVENCE

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 Il s’agit du pape Pie VII, à l’occasion de l’un de ses nombreux démêlés avec Napoléon Bonaparte.

Arrestation du Pape Pie VII par le général Miollis (frère de Mgr Miollis, évêque de Digne, tous les deux orignaires d’Aix en Provence.

 

Les choses ne s’étaient pas nécessairement mal passées au début, même si le conclave avait dû se tenir à Venise en 1800 pour éviter la pression des troupes françaises qui occupaient Rome ; après la victoire de Marengo, la France a rendu au pape les Etats pontificaux et celui-ci a pu regagner Rome. La France reconnait le catholicisme comme « religion de la majorité des Français » et un Concordat, qui doit beaucoup à l’Aixois Portalis, est signé entre Bonaparte, premier consul, et le pape, en 1801, rétablissant la liberté religieuse. Tout cela n’alla pas sans difficultés, mais Pie VII finit par accepter, espérant arranger ensuite les sujets de discorde, de venir sacrer Napoléon empereur (2 décembre 1804).

Mais, par la suite, les relations vont vite se détériorer, les sujets de conflits entre l’Empire et l’Eglise étant de plus en plus nombreux. Les Etats pontificaux sont annexés à l’Empire et le pape excommunie Napoléon. En 1809, l’armée française kidnappe le pape et il sera prisonnier en divers lieu, dont Grenoble (c’est à cette occasion qu’il passera une première fois par Aix), jusqu’en 1812, avant d’être enfermé à Fontainebleau jusqu’en janvier1814. A cette date, Napoléon, en difficulté à l’extérieur, rend au pape ses Etats pontificaux, et celui-ci retraverse la France en sens inverse, passant à nouveau par Aix.

A l’aller donc, Pie VII, prisonnier de l’armée française, arriva à Aix le 4 août 1809 et repartit le lendemain. Roux-Alphéran, dans son ouvrage de 1848 « Les rues d’Aix », raconte en détail cette histoire dans son chapitre consacré au Cours (qui ne s’appelait pas encore Mirabeau). Pourquoi le Cours ? Parce que le pape était logé sur le Cours, tout à fait en bas, côté vieille ville, à l’hôtel des princes. C’était l’hôtellerie la plus fréquentée d’Aix depuis sa construction en 1785, à la place d’une maison particulière. La plupart des hauts personnages passés par Aix ont logé là.

Roux-Alphéran cite les ambassadeurs indiens allant voir Louis XVI en 1788, mais aussi Napoléon Bonaparte, qui y a séjourné plusieurs fois, y compris au retour de la campagne d’Egypte en 1799. La ville était illuminée et Roux-Alphéran se souvient avec émotion de sa rencontre avec le jeune général. Il raconte aussi une anecdote : une femme, connue pour ses excès révolutionnaires, voulut lui offrir une couronne de laurier, en lui donnant « l’accolade fraternelle » ; Bonaparte s’en sortit en la tenant avec dignité à distance et appela un jeune domestique, lui demandant de descendre les feuilles de lauriers…à la cuisine de l’hôtel. Il partit au milieu du repas du lendemain, pressé de rentrer à Paris : quelques semaines plus tard, le 18 brumaire, il renversait le Directoire et s’emparait du gouvernement. Bien d’autres personnalités

logeront plus tard dans cet hôtel comme la reine d’Espagne Marie-Christine en 1840, ainsi que don Carlos en 1845.

Et Pie VII ? Les conditions n’étaient pas les mêmes, puisqu’il était là en prisonnier ! D’ailleurs, lorsque Roux-Alphéran publie son ouvrage, en 1848 on sent encore un certain embarras : comment exprimer sa compassion pour le pape et l’Eglise, sans critiquer Napoléon…Il contourne la difficulté en citant le texte du rapport envoyé le 5 août 1809 par le maire d’Aix, M. de Saint-Vincens, au préfet du département : « Je m’empresse de vous faire savoir l’arrivée du Pape à Aix, hier soir à neuf heures, et son départ pour Nice aujourd’hui à huit heures du matin ». « Je vis le Pape peu après » (après avoir vu l’officier chargé de conduire le pape). « Après m’être fait instruire du cérémonial, je fis une génuflexion et je lui baissai la main »

« Après un quart d’heure d’audience, je rentrai dans la chambre du colonel. Il fait l’éloge du caractère du Pape et de sa bonne humeur. Il est toujours disposé à aller, à s’arrêter, à manger comme on veut ». Un prisonnier modèle donc, mais un prisonnier quand même. « Le Pape a à sa suite le prélat Doria, deux autres prêtres, un médecin, un chirurgien et quelques valets. Sa suite occupe deux carrosses ». Le lendemain matin, « plusieurs dames et quelques hommes ont assisté à sa messe. D’autres l’ont vu après la messe. Quelques prêtres ont été admis » (…) « Avant de partir, il s’est montré au balcon de l’auberge ; il a donné sa bénédiction au peuple assemblé au Cours en assez grand nombre. Il voyage vêtu d’une soutane blanche, d’un rochet, d’un camail rouge et d’une étole. Il a une calotte blanche et des souliers d’étoffe rouge sur lesquels est brodée une croix ».

Cet aller là est donc bien particulier, d’autant plus qu’on ne découvre à chaque fois l’étape suivante qu’au prochain arrêt (qui sera Nice en l’occurrence, avant d’aller vers Grenoble). Le retour, bien plus tard, en 1814, sera très différent. Désormais libre, depuis le début de l’année, en route pour Rome, il passera à nouveau par Aix le 7 février 1814, sans entrer dans la ville. Mais le climat avait bien changé ; les persécutions anti-religieuses de la Révolution étaient loin, et les Aixois ont tout fait pour essayer « de voir le pape ».

« Il arriva vers une heure au haut de la montée d’Avignon, près les plâtrières et traversa la foule pendant une demi-lieue, c’est-à-dire jusqu’au Pont des Trois-Sautets, donnant sa bénédiction de tous les côtés. Les vivats, les cris de joie, ne cessèrent de l’accompagner et son passage à Aix fût, cette fois, un véritable triomphe. Il changea de chevaux sous le rempart d’Orbitelle et un grand nombre de fidèles l’accompagnèrent jusqu’à Tourves, où il fut coucher, notamment M. L’abbé de Mazenod, supérieur-fondateur des missionnaires de Provence, aujourd’hui évêque de Marseille ».

Quelques précisions, pour ceux qui sont perdus dans ce trajet: le quartier des plâtrières se situe à Celony, donc en haut de la montée d’Avignon (même si le chemin des Plâtrières est lui extrêmement étendu) ; ensuite il s’agissait de ne pas entrer dans la ville (encore entourée de remparts), et donc de rejoindre depuis la montée d’Avignon une des portes du quartier Mazarin (pour changer les chevaux) la porte de l’Orbitelle, qui était juste à l’entrée de l’actuelle rue du 4 septembre, du côté de l’actuel boulevard du Roi René. De là, le pape a pris le chemin de l’Italie et les adieux à la population qui suivait se sont fait au Pont des Trois-Sautets, sur l’Arc, lieu que Cézanne appréciera plus tard. Quant à l’abbé de Mazenod, il allait devenir (en 1816) le fondateur des missionnaires de Provence, que l’on appelle aujourd’hui les Oblats de Marie-Immaculée, (La chapelle des Oblats se trouve place Forbin, en haut du Cours Mirabeau) et il

deviendra effectivement évêque de Marseille en 1837 et l’était donc encore quand Roux-Alphéran a publié son livre.

Roux-Alphéran ajoute que Pie VII n’était pas le premier pape à être passé par Aix. Le précédent était Grégoire XI, « lorsqu’il partit d’Avignon, en 1376, pour aller rétablir à Rome le siège pontifical. Selon l’auteur d’une relation manuscrite de son voyage, ce Pape arriva à Aix le 17 septembre et y séjourna deux jours. Tous les ordres de la ville allèrent à sa rencontre, le clergé ayant à sa tête son vénérable archevêque Gérard de Posilhac. Les rues où passa le Saint-Père furent tapissées avec des tentures de soie et il fut loger au Palais ». Le Palais en question est évidemment le Palais comtal, qui sera détruit, menaçant ruine, un peu avant la Révolution, et qui se situait en gros à l’emplacement de l’actuel Palais de Justice.

Il y a donc eu plus de 4 siècles entre les deux dernières visites, celles de Grégoire XI et de Pie VII. Celle de Pie VII remonte à un peu plus de deux siècles. Faudra-t-il attendre deux autres siècles pour revoir un pape à Aix ?

 

http://ilcourtmirabeau.fr/le-pape-a-aix/

 

Le pape Pie VII, prisonnier de l’empereur Napoléon

 

PIE VII REFUSANT DE SIGNER LE CONCORDAT, 25 JANVIER 1813.

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© Photo RMN-Grand Palais – G. Blot

LE PAPE PIE VII, PRISONNIER DE L’EMPEREUR NAPOLÉON

Auteur : Alain GALOIN

En acceptant de ratifier, le 15 août 1801, le Concordat conclu entre Rome et le gouvernement français, le pape Pie VII s’engage dans la voie d’une relative normalisation des relations entre le Saint-Siège et la République française. Néanmoins, la promulgation des soixante-dix-sept Articles organiques, le 18 avril 1802, tend à faire de l’Église de France une Église nationale, aussi peu dépendante de Rome que possible, et asservie au pouvoir civil. Ces articles stipulent notamment que « les papes ne peuvent déposer les souverains ni délier leurs sujets de leur obligation de fidélité, que les décisions des conciles œcuméniques priment sur les décisions pontificales, que le Pape doit respecter les pratiques nationales, qu’il ne dispose enfin d’aucune infaillibilité. » Ainsi le gallicanisme est-il en partie restauré mais le Saint-Père ne peut accepter la subordination de l’Église de France à l’État.

C’est pour tenter d’obtenir l’abrogation des Articles organiques que le pape accepte de venir sacrer Napoléon Bonaparte empereur des Français à Notre-Dame le 2 décembre 1804, mais il rentre à Rome sans avoir obtenu gain de cause. Par la suite, les relations entre Pie VII et Napoléon Ier ne vont cesser de se dégrader. L’Empereur veut inclure les États pontificaux dans son système continental dirigé contre l’Angleterre : « Votre Sainteté est souveraine de Rome, mais j’en suis l’Empereur; tous mes ennemis doivent être les Siens », écrit-il au pape le 13 février 1806. Mais le souverain pontife refuse d’adhérer au blocus continental, considérant que sa charge de pasteur universel lui impose la neutralité. La répression impériale ne se fait pas attendre et va crescendo : les États de l’Église sont bientôt réduits au patrimoine de Saint-Pierre (1806-1808) ; Rome est occupée militairement (2 février 1808) ; les États pontificaux sont annexés à l’Empire (17 mai 1809) ; le pape est enlevé par le général Radet dans la nuit du 5 au 6 juillet 1809. Pie VII est d’abord détenu à Savone (1809-1812), puis à Fontainebleau (1812-1814). Napoléon envisage alors de fixer le siège de la papauté en France, à Avignon ou à Paris.

ANALYSE DES IMAGES

Les deux œuvres proposées appartiennent manifestement au registre de la propagande catholique. Elles mettent en relief l’inflexibilité de Pie VII face aux exigences de l’empereur Napoléon Ier et le triomphe final du souverain pontife.

La première image est une gravure allemande qui représente Pie VII prisonnier de Napoléon au château de Fontainebleau et refusant de signer le Concordat, dit de Fontainebleau, le 25 janvier 1813. Le pape est assis sous un dais, le bras gauche appuyé sur une table qui supporte un Christ en croix, une image religieuse, une écritoire et le texte du Concordat. Devant lui, l’Empereur est debout, en uniforme, coiffé du célèbre bicorne. Il tend le bras gauche vers le Saint-Père, dans une attitude extrêmement impérieuse et autoritaire. Entre les deux souverains, un prélat – peut-être le cardinal Pacca – sert d’intermédiaire. Dans le couloir donnant sur les appartements du pape, un grenadier monte la garde. La vérité historique n’est pas totalement respectée puisque, après plusieurs jours de résistance, Pie VII a précisément accepté de signer le Concordat ce 25 janvier 1813.

La seconde gravure représente le pape Pie VII entrant triomphalement dans Rome le 24 mai 1814. Debout dans sa calèche, le souverain pontife bénit la foule joyeuse qui se presse autour du cortège papal. Au premier plan, un homme et trois femmes sont agenouillés tandis qu’une quatrième femme tient les rênes de l’attelage tiré par un cinquième personnage. À l’arrière-plan, à gauche, se dresse la basilique Saint-Pierre ; à droite, l’île rocheuse perdue au milieu des flots pourrait tout aussi bien symboliser l’île d’Elbe que Sainte-Hélène, l’œuvre étant postérieure à la chute de l’Empire ; elle évoquerait alors la captivité du monarque déchu, marquant ainsi un fort contraste avec la liberté retrouvée du pape. L’irrespect des proportions élémentaires atteste l’origine populaire de cette image.

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INTERPRÉTATION

Prisonnier de Napoléon, dépossédé de ses États, Pie VII répond à la force par la grève de l’institution canonique des évêques nommés par l’Empereur. Il excommunie les « usurpateurs, fauteurs, conseillants, exécutants » de la violation de la souveraineté temporelle du Saint-Siège. De nombreux évêchés se trouvent de facto sans titulaire légitime, ce qui contraint Napoléon à convoquer à Notre-Dame, en 1811, un concile national présidé par son oncle Fesch, archevêque de Lyon. Ledit concile décide qu’après un refus papal de six mois, un évêque pourra obtenir l’investiture canonique du métropolitain ou de l’évêque le plus ancien de la province, mais les pères conciliaires subordonnent l’application des décrets qu’ils ont votés à l’acceptation du pape qui, bien entendu, n’adhère pas aux décisions du concile national.

Le 25 janvier 1813, après six jours de discussion, l’Empereur réussit à extorquer au souverain pontife un nouveau Concordat qui règle la question de l’investiture canonique mais dès le 28 janvier, Pie VII annule sa signature et se rétracte formellement dans une note en date du 24 mars 1813. Un malaise profond gagne le clergé français et les fidèles. Les guerres et la conscription aggravent la désaffection de l’opinion envers le gouvernement impérial. Les défaites de la fin de l’Empire obligent Napoléon à rendre la liberté à son captif : le pape entre triomphalement dans Rome le 24 mai 1814

Le refus des investitures, l’excommunication consécutive à l’occupation de Rome, ont été des armes spirituelles qui ont assuré la résistance et la victoire de Pie VII. La papauté sort grandie de la lutte qui l’a opposée à l’empereur des Français. Dénué de tout esprit de vengeance, le pape se refusera à exercer des représailles politiques à l’encontre de l’Empereur déchu : il accueillera sa famille à Rome et intercédera auprès de l’Angleterre et des cours d’Europe pour adoucir le régime carcéral du captif de Sainte-Hélène.

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Jacques-Olivier BOUDON, Napoléon et les cultes, Paris, Fayard, 2002.Yves-Marie HILAIRE, Histoire de la Papauté, Paris, Le Seuil, collection « Points Histoire » 2003.Jean LEFLON, L’Eglise concordataire et impériale, Paris, Maison de la Bonne Presse, 1947.Bernardine MELCHIOR-BONNET, Napoléon et le Pape, Paris, Le Livre contemporain, 1958.

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Alain GALOIN, « Le pape Pie VII, prisonnier de l’empereur Napoléon », Histoire par l’image [en ligne], consulté le 14 août 2019. URL : http://www.histoire-image.org/fr/etudes/pape-pie-vii-prisonnier-empereur-napoleon

 

Pie VII
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Pie VII né à Cesena en août 1740 est décédé à Rome en 1823. Il a été le 249e pape de l’Église catholique entre 1800 et 1823. Il a été un adversaire de Napoléon Ier

Avant la papauté

Gregorio Luigi Barnaba Chiaramonti devient moine bénédictin à l’âge de 16 ans et est l’abbé de Saint Calixte à Rome en 1775. Il est ordonné prêtre en 1765. Il devient évêque de Tivoli puis d’Imola   (villes situées dans la région de Rome donc dans les Etats pontificaux   de l’époque). Il est nommé cardinal en 1785 par son compatriote le pape Pie VI.

Il est élu pape le 14 mars 1800, à l’issue d’un long conclave par les cardinaux réunis à Venise (Pie VI, le pape précédent était mort en juillet 1799). Rome était alors aux mains de républicains qui avaient destitué le pape en tant que souverain territorial et qui étaient soutenus par l’armée française.

L’adversaire de Napoléon

Pie VII était réputé pour être un esprit conciliant et plutôt doux. Il accepte de régler le problème religieux existant en France depuis 1791. Le cardinal Ercole Consalvi négocie avec le Premier consul Napoléon Bonaparte le concordat de 1801 qui réintroduit l’autorité pontificale en France et doit mettre fin aux luttes religieuses. Un Concordat est également signé en septembre 1803 avec la République italienne dont Bonaparte est le président.

Pie VII accepte de venir couronner à Paris l’empereur Napoléon Ier, le 2 décembre 1804. Cependant en 1805 il refuse d’annuler le premier mariage de Jérôme Bonaparte, frère de Napoléon que celui-ci voulait marier à une princesse du Wurtemberg. Furieux Napoléon fait occuper une partie des États pontificaux.

En 1806, Pie VII refuse d’appliquer le blocus continental, imaginé par Napoléon pour asphyxier l’économie britannique en la privant de ses débouchés européens. En 1808, Napoléon fait occuper Rome et annexait les États pontificaux qui sont transformés en départements français en 1809. Pour protester, le 10 juin 1809, Pie VII excommunie Napoléon. Celui-ci fait enlever le pape et l’enfermer à Savone. Pie VII riposte en refusant de donner l’institution canonique (les pouvoirs religieux spéciaux) aux évêques nommés par l’empereur en vertu du Concordat (il devra cependant accepter en novembre 1811). En mai 1812 Pie VII est transféré au château de Fontainebleau. Gardé prisonnier il doit signer une modification du Concordat qui augmente la liberté du clergé français vis-à-vis de la papauté.

En grande difficulté militaire face à la sixième coalition formée par la plus grande partie des États européens, Napoléon doit libérer le pape. Pie VII revient à Rome en mai 1814 (Napoléon avait abdiqué début avril 1814).

 

Après l’Empire

Par l’intermédiaire du cardinal Consalvi, la papauté participe au congrès de Vienne qui redessine la carte de l’Europe après la période agitée de la Révolution française et du Premier Empire. Les États pontificaux sont restaurés en Italie (le pape redevient le souverain de la plus grande partie de l’Italie centrale). Par contre Pie VII renonce au Comtat Venaissin et à Avignon qui ont été rattachés à la France en 1791.

Malgré la violente hostilité manifestée à son égard par Napoléon, Pie VII accueille à Rome la mère et l’oncle maternel de Napoléon. Il demanda, sans grand succès, au gouvernement britannique de mieux traiter Napoléon exilé à Sainte-Hélène.

Conscient que les circonstances avaient évolué depuis 1789 et que les gouvernements catholiques européens voulaient plus de pouvoir dans leurs États, le pape accepte de signer des concordats. En 1817, ce sera avec la Bavière et la Sardaigne, puis en 1818, avec Naples et l’empire russe (pour la partie polonaise dont le tsar était devenu le roi). En 1821, ce sera avec la Prusse (surtout pour les territoires rhénans qui sont surtout catholiques).

Dès août 1814, Pie VII autorise le retour des jésuites qui, accusés d’être des agents de la papauté, avaient été expulsés d’une grande partie des États catholiques européens avant la Révolution française.

Cependant il condamne les mouvements libéraux qui agitent l’Italie dans les années 1820, en particulier la charbonnerie.

 

Concordat de 1801

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Allégorie sur le Concordat de 1801. Tableau d’époque

Le Concordat de 1801 est un traité qui règle les rapports de l’État français et de l’ Église catholique après les oppositions religieuses apparues pendant la période révolutionnaire. Napoléon Bonaparte, alors Premier consul de la République, voulait mettre fin aux divisions religieuses de la France qui dataient du vote de la Constitution civile du clergé entre 1790 et 1799. Le pape Pie VII voulait réintroduire l’influence de la papauté dans le catholicisme français.

Avec le Concordat, le catholicisme est reconnu comme la religion de la majorité des Français (mais n’est plus la religion de l’État). Les évêques choisis par le gouvernement français reçoivent leurs pouvoirs religieux (investiture canonique) du pape. La répartition des évêchés est calquée approximativement sur celle des départements existants alors (et qui comprenaient la Belgique et la rive gauche du Rhin). Les évêques et les curés sont payés par l’État. L’Église catholique renonce à récupérer les biens ecclésiastiques vendus pendant la Révolution comme biens nationaux.

Le concordat ne concerne pas le clergé régulier (les moines et moniales) qui avait été interdit en 1790, mais qui se réinstalle en France à cette époque.

Le Concordat de 1801 restera en vigueur jusqu’en 1905, date à laquelle il n’est plus reconnu par la France après le vote de la loi de séparation des Églises et de l’État (sauf en Alsace et en Moselle qui en 1905 étaient rattachées à l’Empire allemand).

La situation religieuse en France en 1801

En France, depuis 1791, les fidèles catholiques sont divisés et le clergé catholique officiel échappe à l’autorité du pape.

En 1789, lors de la Révolution, la confiscation des biens français de l’Église catholique a été décidée par les députés de l’Assemblée constituante afin de procurer des moyens financiers à l’État. Les curés et les évêques sont sans revenus. L’enseignement et les hôpitaux, dont le fonctionnement est en grande partie assuré par les religieux et que l’Etat n’a pas les moyens de prendre en charge, sont désorganisés.

Dans un souci de simplification et d’économie, en 1790, les députés ont voté la constitution civile du clergé, qui réduit le nombre de prêtres chargés d’une paroisse ou d’un diocèse, et qui désormais sont payés par l’État. Ces « fonctionnaires » religieux sont contraints de prêter serment de fidélité à la Constitution.

Le pape qui a été tenu à l’écart de l’élaboration de la réforme, la condamne en 1791. Désormais le clergé et les fidèles catholiques se divisent et se combattent souvent violemment. D’un côté il y a les « constitutionnels » ou « patriotes » qui acceptent la loi française, de l’autre côté il y a les « réfractaires » qui obéissent au pape et entrent dans la clandestinité.

En janvier 1795, les députés de la Convention votent une loi qui interdit les subventions publiques à tous les cultes. L’Église constitutionnelle est alors privée de moyens financiers.

Or la quasi totalité des 28 millions de Français sont de confession catholique. Les protestants sont environ 600 000 et les juifs 40 000 ; les athées sont très peu nombreux.

Bonaparte pense que la religion permet d’assurer l’ordre car le clergé peut encadrer la population, surtout s’il reçoit des directives de la part du gouvernement. Bonaparte décide alors d’entrer en relation avec la papauté pour rétablir le culte catholique unifié en France.

La négociation du Concordat

Dès juin 1800, Bonaparte ouvre des négociations avec la papauté. Le gouvernement français est représenté par l’abbé Bernier, la papauté par le cardinal Giuseppe Spina, puis par le cardinal Ercole Consalvi qui arrive à Paris en novembre 1800.

Le Concordat est signé le 17 juillet 1801 (28 messidor an IX). Joseph Bonaparte représente le gouvernement français, Consalvi représente le pape. Le 15 août 1801, le pape accepte le texte.

Les règlements internes (les Articles organiques) laissés à l’appréciation du gouvernement, sont ensuite rédigés sans l’accord de la papauté (ils limitent fortement l’action de celle-ci). La totalité des textes concernant la religion catholique ainsi que ceux organisant le protestantisme et le judaïsme français, sont votés par le Corps législatif le 8 avril 1802 (18 germinal an X). Ils forment le régime concordataire français.

 

Le contenu du Concordat de 1801

Place du catholicisme en France

L’Église catholique accepte la diversité religieuse des Français. D’après le Concordat, le catholicisme n’est plus la religion de l’État comme c’était le cas avant la Révolution, mais il est la religion de la majorité des Français et en particulier celle des trois consuls qui dirigent la France.

Nomination du clergé séculier

Comme sous l’Ancien Régime, le gouvernement choisit les évêques et ceux-ci nomment les curés (ce qui n’était pas le cas avant la Révolution). Le gouvernement renonce ainsi à l’élection des curés et évêques par les citoyens tel que cela était organisé pendant la Révolution. Le clergé nommé doit jurer fidélité à la Constitution (donc au gouvernement en place), comme pendant la Révolution. Avec ce système le gouvernement s’assure d’un clergé composé d’amis dociles à ses directives.

Le pape retrouve un rôle dans le catholicisme français puisque c’est lui qui accorde les pouvoirs religieux aux évêques (institution canonique), ce qui n’était pas le cas pendant la Révolution (alors les évêques élus recevant ces pouvoirs de l’archevêque dont ils dépendaient et qui était lui-même élu).

Entretien du clergé catholique

Curés et évêques, devenus des fonctionnaires de l’État, reçoivent un traitement (salaire) qui doit leur permettre de vivre décemment selon leur rang. De ce fait l’Église catholique renonce à réclamer les biens qu’elle possédait avant la Révolution (ce qui tranquillise les nombreux acheteurs de ces biens qui avaient été mis en vente pendant la Révolution).

Réorganisation de la carte ecclésiastique de la France

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Carte des diocèses français créés en 1801

Pour éviter une charge financière trop lourde le nombre d’évêques est réduit ainsi que le nombre de curés (généralement un par paroisse rurale (c’est-à-dire commune). Le nombre d’évêchés est réduit à 60.

Afin de réorganiser la carte ecclésiastique de la France, le 15 août 1801, le pape oblige le clergé réfractaire (qui lui était resté fidèle pendant la Révolution et qui était en exil) et le clergé constitutionnel à démissionner (le gouvernement napoléonien abandonne le clergé constitutionnel à son sort). Sur les 81 évêques réfractaires encore en vie en 1801, 38 refusèrent d’adresser leur démission au pape et donnent ainsi naissance à la Petite Église anti-concordataire (qui existe encore dans l’ouest de la France).

 

ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE, EGLISE CATHOLIQUE, EPHREM LE SYRIEN (saint ; 306-373), PRIERE, PRIERES, VIERGE MARIE

Assomption de la Vierge Marie

Prière de Saint Éphrem à la Sainte Vierge

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« Vierge Souveraine, Génitrice de Dieu, Salut de la famille unie des chrétiens, Tu ne cesses de jeter sur nous le regard d’une tendre mère.

Tu nous aimes comme si nous étions tes enfants, toujours disposée à nous chérir, Tu répands sur nous d’ineffables bienfaits :

Tu nous protèges et Tu nous sauves ; veillant sur nous avec sollicitude, Tu nous délivres du danger des tentations, et de la multitude des pécheurs qui nous environnent; pleins de reconnaissance, nous Te remercions, nous célébrons Ta munificence, nous publions Tes bienfaits, nous chantons à haute voix Tes merveilles, nous louons Ta sollicitude, Ta prévoyance, nous élevons dans nos hymnes Ta puissance tutélaire, nous immortalisons Ton inépuisable miséricorde.

Les bienfaits que Tu as répandus sur nous par le passé sont gravés dans notre mémoire, et nous nous souvenons à quels dangers imminents

Tu nous as arrachés; nous T’adressons ce cantique de grâces, comme une dette que nous acquittons, cantique toujours au-dessous de Tes bienfaits : eh ! Quelle voix pourrait les célébrer dignement ? Cependant, nous prenons courage, nous implorons humblement Ta miséricorde, pour que Tu entendes les cris de détresse de tes serviteurs.

Dépose notre demande aux Pieds de ce Dieu que Tu as engendré, pour qu’Il nous sauve de la damnation éternelle, et que nous puissions louer le Nom trois fois saint du Père, du Fils et du saint Esprit; et aujourd’hui et dans l’éternité des siècles.

Tu vois, ô Très Sainte Souveraine Enfantrice de Dieu, Tu vois tous les pièges dont nous enveloppe l’esprit malin, l’esprit impur. Vois toutes les passions criminelles qu’il éveille en nous, et dont il nous enlace comme d’un réseau.

Apparais et ne repousse point notre prière. Pourquoi détourner Ton visage et oublier notre faiblesse ?

Écarte les embûches du démon qui nous tente, sois notre asile dans cette guerre, apaise par Ton intercession bienfaisante la Colère divine que nos égarements ont excitée; ajoute ce nouveau bienfait à tant d’autres, et nous célébrerons dans nos cantiques Ton nom, Celui de ton Fils et notre Dieu qui, de même que son Père, est sans commencement. Souveraine Mère de Dieu qui enfantas le Christ Dieu notre Sauveur, je place toute mon espérance en Toi qui es au-dessus de toutes les puissances du ciel.

Ô Vierge, emblème de la pureté, fortifie-moi de Ta sainte grâce; dans cette vie, sois mon guide, conduis-moi selon la Volonté de ton auguste Fils notre Dieu.

Obtiens-moi la rémission de mes péchés, sois mon refuge, ma protection, ma délivrance, sois la main qui me dirige vers la vie éternelle. Souveraine, Souveraine, ne m’abandonne pas à l’heure suprême, hâte-toi de m’apporter le secours qui m’est nécessaire, arrache-moi de la cruelle tyrannie des esprits de l’enfer. T

u es la très bonne Mère du Christ notre Dieu, tout ce que Tu veux, Tu dois le pouvoir. Toi, seule Souveraine et Génitrice de Dieu, Tu es dans une sphère élevée au-dessus de toute la terre.

Quant à nous, Épouse de Dieu, nous Te bénissons avec foi, nous T’honorons avec amour, nous Te rendons un culte respectueux, nous chantons Tes louanges et nous proclamons Ta béatitude dans le langage de la vénération. Tu es en effet la gloire des gloires, la récompense des récompenses, la puissance des puissances.

Ô Souveraine, mon bonheur après Dieu, rosée divine qui apaises l’ardeur brûlante qui me dévore, source jaillissante du sein de Dieu même, à laquelle se rafraîchit mon cœur embrasé, lumière éclatante de mon âme plongée dans les ténèbres, guide du faible, appui du pauvre, manteau de la nudité, richesse de l’indigent, remède des plaies incurables, Tu taris les pleurs, Tu apaises les soupirs, Tu allèges les infortunes, Tu guéris les douleurs, Tu brises les chaînes; Espérance de mon salut, exauce mes prières; aie pitié de mes gémissements, accueille mes lamentations, aie compassion de moi, laisse-toi fléchir par mes larmes.

Que pour moi tes entrailles soient émues; n’es-Tu pas la Mère d’un Dieu bienfaisant ?

Jette un regard de bonté, accueille favorablement ma prière, réponds à mon désir, étanche ma soif; unis-moi à ma famille, à mes compagnons de service, dans la terre des hommes pacifiques, dans le sanctuaire des justes, dans le chœur des saints, et rends-moi digne, Toi, protection et joie de tous et volupté pure, de participer à Ta félicité, je Te le demande, à la joie inénarrable du Dieu et Roi que Tu as engendré, à ses noces inexplicables aux délices inépuisables, à son Règne éternel et sans fin.

Car tu es ma Souveraine, mon refuge, ma vie, ma protection, mon armure, ma joie, mon espérance, ma force; fais-moi jouir, de concert avec Toi, vers les régions célestes, des Dons indicibles et inconcevables de ton Fils. Tu as, je le sais, une puissance égale à Ta volonté, telle enfin que doit l’avoir la Mère du Très-Haut.

Aussi me suis-je enhardi; fais que je ne sois pas trompé dans mon attente, fais que cette attente soit remplie, ô très pure Souveraine, Épouse de Dieu, Toi qui, contre les lois de la nature, as enfanté le Seigneur attendu de tous, notre Seigneur et vrai Dieu Jésus Christ à qui revient toute gloire, tout honneur et toute vénération, avec son Père sans commencement et son très saint, bon et vivifiant Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles.

Amen. » 

Saint Éphrem le Syrien de Nisibe (306-373), Diacre et Docteur de l’Eglise, Grand Théologien et chantre des Eglises de langue syriaque du IVe siècle.

ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE, DOCUMENTS PONTIFICAUX, DOGME DE L'ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE, DOGME DE L'ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE (1er novembre 1950), EGLISE CATHOLIQUE, VIERGE MARIE

Proclamation du dogme de l’Assomption (1er novembre 1950)

CONSTITUTION APOSTOLIQUE DE PIE XII SUR L ASSOMPTION

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Pie XII 1950 – CONSTITUTION APOSTOLIQUE MUNIFICENTISSIMUS DEUS DÉFINISSANT LE DOGME DE L’ASSOMPTION

 

DISCOURS PRONONCÉ APRÈS LA DÉFINITION DU DOGME DE L’ASSOMPTION DEVANT LA FOULE RÉUNIE SUR LA PLACE SAINT-PIERRE

(ier novembre 1950) 1

Après avoir chanté le Te Deum Laudamus, pour remercier Dieu d’avoir pu proclamer le dogme de Y Assomption de la Sainte Vierge, Pie Xli adressa à la foule de plus de cinq cent mille personnes un discours dont voici le texte :

Vénérables Frères, chers fils et filles réunis devant Nous et vous tous qui Nous écoutez dans cette ville sainte de Rome et dans toutes les régions du monde catholique ‘.

Emu par la proclamation, comme dogme de foi, de l’Assomption, corps et âme, de la Bienheureuse Vierge Marie au ciel ; exultant devant la joie qui inonde le coeur de tous les croyants, dont les voeux fervents sont exaucés, Nous Nous sentons irrésistiblement poussé à chanter avec vous un hymne de reconnaissance à l’aimable Providence de Dieu, qui a voulu réserver à vous la joie de ce jour et à Nous la consolation de ceindre le front de la Mère de Jésus et notre Mère, Marie, de l’éclatant diadème qui en couronne les privilèges uniques.

Au milieu des épreuves, cet acte est un rayon de soleil :

Par un mystérieux dessein de Dieu sur les hommes de la génération présente, si tourmentée et souffrante, égarée et déçue,

D’après le texte italien des A. A. S., XXXXII, 1050 p. 779.

2 Ce discours étant radiodiffusé, plus de cent millions d’auditeurs purent l’entendre ainsi que, d’ailleurs, toutes les cérémonies de la proclamation.

mais aussi salutairement inquiète dans la recherche d’un grand bien perdu, un coin de ciel s’ouvre, lumineux, rayonnant d’innocence, d’espérance, de vie bienheureuse, où siège, Reine et Mère, à côte du Soleil de justice, Marie.

Le peuple chrétien est intimement associé à cette proclamation :

Ardemment désiré depuis longtemps, ce jour est finalement Nôtre; et il est finalement vôtre. Notre voix était la voix des siècles, — et Nous dirions même la voix de l’éternité — lorsque, avec l’assistance de l’Esprit-Saint, elle a solennellement défini l’insigne privilège de notre Mère céleste. Et c’est le cri des siècles qui éclate aujourd’hui avec le vôtre, dans la vaste enceinte de ce lieu vénérable, déjà consacré par les gloires chrétiennes, havre spirituel de toutes les nations, et devenu maintenant autel et temple pour votre surabondante piété.

Comme secouées par les battements de vos coeurs et par les mouvements fervents de vos lèvres, voici que vibrent les pierres même de cette basilique patriarcale ; et avec elles, exultent avec de mystérieux frémissements, les innombrables temples antiques élevés partout en l’honneur de l’Assomption de Marie, monuments d’une foi unique et assises terrestres du trône céleste de gloire de la Reine de l’Univers.

Ce ier novembre est un jour de grâces :

En ce jour d’allégresse, du ciel entr’ouvert, avec le courant d’exultation des esprits célestes, qui s’accorde avec celle de toute l’Eglise militante, il doit descendre sur les âmes un torrent de grâces et d’enseignements qui susciteront un large renouveau de sainteté.

Aussi, vers une aussi sublime créature, levons-Nous les yeux avec confiance de cette terre, à l’heure actuelle, parmi notre génération, et à tous, Nous crions : Haut les coeurs !

Ceux qui peinent seront soulagés par la bénie Vierge Marie :

A tant d’âmes inquiètes et angoissées, triste partage d’un âge troublé et agité, âmes opprimées, mais non résignées, qui ne croient plus à la bonté de la vie, mais, comme contraintes, en acceptent seulement le moment présent, l’enfant humble et ignorée de Nazareth, maintenant glorieuse dans le ciel, ouvrira des horizons plus hauts et les encouragera à contempler à quel destin et à quelles oeuvres sublimes fut élevée Celle qui, choisie par Dieu pour être la Mère du Verbe incarné, accueillit docilement la parole du Seigneur.

Et vous, plus particulièrement proches de Notre coeur, inquiétude douloureuse de Nos jours et de Nos nuits, souci angoissé de chacune de Nos heures, vous, pauvres, malades, exilés, prisonniers, persécutés, bras sans travail et corps sans abri, affligés de tous genres et de tous pays ; vous à qui le séjour sur terre semble ne procurer que des larmes et des privations, quels que soient les efforts qui se font et qui doivent se faire pour vous venir en aide, levez votre regard vers Celle qui, avant vous, a parcouru les chemins de la pauvreté, du mépris, de l’exil, de la douleur, qui a eu l’âme transpercée par un glaive au pied de la Croix, et dont le regard plonge maintenant fixement dans l’éternelle lumière.

Que la Vierge obtienne que la charité règne sur le monde :

A ce monde sans paix, martyrisé par les défiances réciproques, par les divisions, par les contrastes, par les haines, parce que la foi est affaiblie en lui et presque éteint le sens de l’amour et de la fraternité dans le Christ, alors que Nous demandons avec une ardeur suppliante à la Vierge montée au ciel de ramener l’ardeur de l’amour et de la vie dans les coeurs humains, Nous ne Nous lassons pas de rappeler que rien ne doit prévaloir sur le fait et sur la conscience que nous sommes tous les enfants d’une même Mère, Marie, qui vit dans les cieux, lien d’union pour le Corps mystique du Christ, nouvelle Eve et nouvelle mère des vivants, qui veut conduire tous les hommes à la vérité et à la grâce de son divin Fils.

Et maintenant, prions pieusement à genoux :

De vibrantes acclamations saluèrent à plusieurs reprises ce discours. Après quoi Pie XII récita la prière qu’il a lui-même composée pour la circonstance .

PRIÈRE A LA SAINTE VIERGE HONORÉE DANS SON ASSOMPTION

(Ier novembre 1950)

Après avoir adressé la parole à la foule assemblée sur la Place Saint-Pierre, à la suite de la définition du Dogme de l’Assomption, le Saint-Père, à genoux, récita la prière suivante qu’il a composée lui-même :

1. O Vierge Immaculée, Mère de Dieu et Mère des hommes, nous croyons avec toute la ferveur de notre foi en votre Assomption triomphale, corps et âme, au ciel, où vous êtes acclamée Reine par tous les choeurs des anges et par toutes les phalanges des saints, et nous nous unissons à eux, pour louer et bénir le Seigneur, qui vous a exaltée sur toutes les autres créatures, et pour vous offrir l’élan de notre dévotion et de notre amour.

2. Nous savons que votre regard, qui maternellement enveloppait l’humble et souffrante humanité de Jésus sur la terre, se rassasie au ciel, en voyant l’humanité glorieuse de la sagesse incréée, et que la joie de votre âme à contempler face à face l’adorable Trinité fait tressaillir votre coeur de béatifiante tendresse. Et nous, pauvres pécheurs, nous dont le corps alourdit le vol de l’âme, nous vous supplions de purifier nos sens, pour que nous apprenions, dès ici-bas, à goûter Dieu et Dieu seul, dans la beauté des créatures.

3. Nous avons confiance que votre regard miséricordieux s’abaisse sur nos misères et sur nos angoisses, sur nos luttes et sur nos faiblesses : que vos lèvres sourient à nos joies et à nos victoires ; que vous entendez la voix de Jésus vous dire de chacun de nous, comme jadis de son disciple bien-aimé : « Voilà votre fils. »

Et nous, qui vous invoquons comme notre Mère, nous vous prenons, comme saint Jean, pour être notre guide, notre force et notre consolation, en cette vie mortelle.

4. Nous avons la vivifiante certitude que vos yeux, qui ont versé des larmes sur cette terre baignée du sang de Jésus, se tournent encore vers ce pauvre monde en proie aux guerres, aux persécutions, à l’oppression des justes et des faibles. Et nous, dans les ténèbres de cette vallée de larmes, nous attendons de votre céleste lumière et de votre maternelle compassion le soulagement des peines de nos coeurs, des épreuves de l’Eglise et de nos patries.

5. Nous croyons enfin que dans la gloire, où vous régnez, « vêtue de soleil et couronnée d’étoiles », vous êtes, après Jésus, la joie et l’allégresse de tous les anges et de tous les saints. Et nous, de cette terre où nous passons en pèlerins, réconfortés par la foi en la future résurrection, nous regardons vers Vous, notre vie, notre douceur, notre espérance ; attirez-nous par la suavité de votre voix, pour nous montrer, un jour, après notre exil, Jésus, le fruit béni de votre sein, ô clémente, ô miséricordieuse, ô douce Vierge Marie.

Après avoir récité cette prière, et donné au monde la bénédiction apostolique, avec indulgence plênière, le Souverain Pontife pénétra dans la Basilique Saint-Pierre pour y chanter l’office de None, suivi de la Messe Papale dont le texte nouveau, en l’honneur de VAssomption, était chanté pour la première fois 2.

Messe dont l’Introït commence par ces mots : Signum magnum apparuit in caelo..

DISCOURS AUX ÉVÊQUES VENUS A ROME POUR LA DÉFINITION DU DOGME DE L’ASSOMPTION

(2 novembre 1950) 1

Le lendemain de la définition du dogme de l’Assomption, le Souverain Pontife reçut en audience les membres du Sacré-Collège et les Evêques qui étaient venus à Rome pour assister à cette cérémonie ; le Pape y prononça le discours que voici :

C’est avec une émotion telle que Nous en avons rarement éprouvé au cours des années de Notre pontificat que Nous vous saluons, Vénérables Frères, Notre bonheur et la couronne de Notre joie. Le motif de cette consolation vous est évident. Un dessein du Dieu éternel, dont la nature est la bonté, Nous a choisi, bien qu’indigne, Nous qui, depuis Notre jeune âge, honorons d’un culte très ardent la Sainte Mère de Dieu, pour sceller par un décret de Notre magistère suprême et déclarer par une proclamation exempte d’erreur que l’Assomption au ciel, en corps et en âme, de la Vierge immaculée, Mère de Dieu, est une vérité de foi divinement révélée.

Tel est le motif de Notre consolation et de Notre joie, de même qu’hier Notre joie fut grande de vous voir si nombreux autour de Nous dans l’exercice des prérogatives de Notre ministère, confirmant par votre présence les suffrages quasi unanimes que vous aviez émis, témoins également de la foi de vos fidèles en ce grand mystère qui regarde et la Mère de Dieu et nous-mêmes.

t A. A. S., XXXXII, 1950, p. 784-

La présence de tant d’evêques réunis est un fait extraordinaire et significatif dans l’histoire de l’Eglise :

C’est une heure solennelle que Nous avons conscience de passer avec vous. Jamais assurément, dans les fastes de l’Eglise, excepté au moment du Concile oecuménique du Vatican, un plus grand nombre d’évêques n’entoura le Successeur du Prince des Apôtres2. Les progrès de la technique et le perfectionnement des moyens de transport ont rendu possible cet heureux rassemblement, non sans un grand profit pour l’unité de l’Eglise. Aussi rendons-Nous grâce à la Providence divine de ce que ces avantages matériels ont été procurés au moment où, sous l’impulsion de la grâce, se fait sentir, aussi bien chez les pasteurs que chez les fidèles qui leur sont confiés, une volonté d’unité, plus efficace que jamais peut-être dans l’histoire.

Le fait que de régions éloignées et même des extrémités du monde, vous soyez réunis ici, est un nouveau et très éloquent témoignage sur la nature de l’Eglise qui embrasse dans son sein toutes les nations.

Cette audience est la plus solennelle et la plus importante de l’Année Sainte :

Aux spectacles que cette Année Sainte a ménagés comme aucune des précédentes, votre nombreuse assemblée met comme un couronnement en montrant de façon lumineuse comment les catholiques de toute race et de toute langue s’unissent dans la charité.

Toutefois, les evêques des pays soumis au joug soviétique sont absents. Ils n’ont pas reçu de leurs gouvernements respectifs les autorisations nécessaires. Bien plus, un certain nombre d’entre eux sont en prison :

Cependant, l’âme remplie d’une vive douleur, Nous ne pouvons taire ce qui n’est pas imputable à la faute de l’Eglise, mais à la violence extérieure. Il manque, hélas ! parmi vous et parmi les groupes de pèlerins, ceux à qui a été refusée la liberté de se joindre pacifiquement à leurs frères pour confesser une même

2 Au Concile du Vatican en 1870, 600 evêques furent présents. En ces fêtes du premier novembre, il y eut 39 cardinaux, 7 patriarches, 193 archevêques et 369 evêques réunis à Rome.

foi dans cette ville de Rome que l’univers chrétien considère comme sa mère aimée et aimante et comme sa capitale. O fils très regrettés, lamentablement privés des droits sacrés de la liberté, vous n’êtes pas sortis de Notre coeur ; bien plus, s’il convenait que Notre amour pour les brebis du Christ comportât des degrés, vous auriez la première place dans Notre bienveillance. Chaque jour, Nous prions instamment pour vous et pour les nations auxquelles vous appartenez.

Il est ridicule d’accuser l’Eglise de faire de la politique, encore bien plus d’être un agent qui pousse à la guerre. Aussi, le Saint-Père repousse les calomnies communistes qui disent que l’Eglise catholique est l’alliée du capitalisme américain :

Nous savons distinguer le vrai du faux, Nous savons distinguer les peuples des idéologies qu’on leur impose, bien qu’elles entraînent la ruine temporelle et éternelle. Si Nous avons rejeté et condamné certaines idéologies, Nous ne l’avons pas fait contre certaines nations ou contre aucun Etat en tant que tel, mais Nous avons protesté contre des opinions erronées qui s’efforcent de détruire la notion même de Dieu et la foi chrétienne et usent dans ce but infâme du pouvoir des partis politiques. Nous n’avons rien dit ni rien fait, sinon ce que la conscience de Notre devoir, qui est pour Nous un ordre, a demandé de Nous.

Une fois de plus, le Pape stigmatise les idéologies et les régimes antireligieux. En ce faisant, l’Eglise demeure strictement attachée à ses fonctions spirituelles qui lui sont propres :

Est-il donc besoin, dans ce discours que Nous vous adressons, de repousser l’accusation que certains — vous devinez tous à qui Nous faisons allusion — portent contre le Pontife Romain, de vouloir la guerre, de s’employer à fomenter et à provoquer la guerre, et de se mettre en cela au service d’un Etat considérable et puissant. Si ces dernières années, la guerre mondiale à peine achevée, les nations n’ont cessé d’être agitées et troublées, comme par un tremblement de terre, par la crainte d’un nouveau conflit armé, la faute n’en est nullement à rejeter sur l’Eglise et sur son Chef suprême, qui furent les défenseurs et soutiens de la paix. Les jugements que Nous avons cru devoir porter sur la paix et la guerre, Nous les avons portés ouvertement et librement — pour ne pas parler de Nos autres documents —

Dans ce message, le Pape disait : « Jamais depuis la cessation des hostilités, les esprits ne se sont sentis comme aujourd’hui accablés par le cauchemar d’une nouvelle guerre et par le désir ardent de la paix » (cf. Documents Pontificaux 1948, p. 440).

4 Luc, 1, 37.

Le 19 décembre 1941, un induit accordait des élargissements à la loi du jeûne et de l’abstinence (A. A. S., 33, 1941, p. 516). Durant la guerre, les evêques avaient la

dans Notre message radiophonique adressé au monde entier la veille de Noël 1948. Alors, en vérité, Nous ne pensions pas que dans un si bref délai, les événements confirmeraient Nos paroles3.

Le Pape invite à prier pour que la paix soit accordée au monde :

Nous sommes loin cependant d’abandonner tout espoir de voir la paix sauvegardée sans le risque d’une nouvelle guerre. Que Dieu, à qui rien n’est impossible 4, écarte les sinistres maux qu’on prévoit. Que Marie, la Mère très bonne de la grâce, la Mère de la Miséricorde, implore Dieu pour la conservation de la paix. Ce sera la première et très instante prière que Nous adresserons à la Reine des cieux après Nous être réjoui vivement d’avoir ajouté à ses louanges et à son honneur. Et vous, vénérables Frères, exhortez le clergé et les fidèles confiés à votre vigilance à s’efforcer incessamment et de toutes leurs forces de favoriser la vraie paix par leur charité, leurs prières et le don d’eux-mêmes.

Et Pie XII rappelle les devoirs de pénitence qui incombent à tout chrétien :

Saisissant donc les armes spirituelles, qu’ils engagent sous le signe de la Croix un saint combat. Nous voulons profiter de l’occasion qui Nous est actuellement offerte pour vous dire publiquement à vous, vénérables Frères, et à tous ceux qui portent le nom de catholiques, ce à quoi Nous réfléchissons depuis longtemps déjà. Vous savez que la loi ecclésiastique de l’abstinence et du jeûne a été très allégée en ces dernières années, sous la pression des circonstances dans lesquelles se trouvaient un très grand nombre de catholiques, ceux surtout qui habitent les grandes villes et qui travaillent dans les usines : pour eux, l’observation de l’ancienne loi était dure et presque impossible. C’est pourquoi le changement dont Nous venons de parler a été apporté provisoirement5.

Les chrétiens de notre temps dégénéreraient de la vertu de leurs ancêtres si, à un moment où sévissent plusieurs de ces démons qui, selon les paroles du Divin Maître, ne peuvent être chassés que par le jeûne et par la prière6 et où l’immolation spirituelle de soi est absolument nécessaire pour dominer et repousser tant de maux de l’ordre social et moral, ils ne compensaient par des oeuvres de pénitence volontaire convenant à notre époque l’affaiblissement de la vénérable loi ancienne. Cela se fait déjà assurément.

Le Pape loue tous ceux qui ont exercé la charité, pour soulager les souffrances de la guerre :

En ce qui concerne les oeuvres de charité, accomplies après la dernière guerre mondiale, et au temps même de la guerre, c’est une grande consolation pour Notre coeur de reconnaître que la libéralité des catholiques a été telle qu’elle ne craint la comparaison avec aucune autre sorte de libéralité accomplie aux âges précédents. En ce qui Nous concerne, profitant également de cette occasion, Nous adressons Nos remerciements aux Evêques du monde entier, à ceux en premier lieu qui exercent leur ministère- dans les régions riches et aux fidèles qui leur sont confiés, pour Nous avoir abondamment fourni les secours grâce auxquels Nous avons pu subvenir à l’indigence de tant de malheureux.

De même, les chrétiens ont gardé l’esprit de pénitence au cours de leurs épreuves :

Outre la munificence que Nous avons rappelée, les faits nous montrent que le goût de la pénitence reste encore vif dans l’Eglise ; il se manifeste clairement lorsqu’on supporte d’un coeur tranquille et fort l’épreuve ou la misère, permises ou envoyées par Dieu, ou bien lorsqu’on renonce spontanément au plaisir immodéré.

faculté de dispenser leurs fidèles de l’obligation du jeûne et de l’abstinence sauf le Mercredi des Cendres et le Vendredi-Saint. Un décret de la Sacrée Congrégation du Concile au 28 janvier 194g — constatant qu’il y a une amélioration de la situation économique et en vue de 1 Année Sainte — décida que l’abstinence doit être rétablie tous les vendredis de l’année ; Ie jeûne et l’abstinence le Mercredi des Cendres, le Vendredi-Saint, aux vigiles de l’Assomption et de Noël (cf. Documents Pontificaux 1949, p. 35). » Matth., 17, 20.

II faut dénoncer toutefois ceux qui s’adonnent sans mesure aux plaisirs :

Nous ne pouvons faire allusion au plaisir sans déplorer l’accroissement intolérable des dépenses de luxe qui contrastent durement avec la misère d’un grand nombre. Sans aucun doute, le luxe et la soif des plaisirs sont la suite d’une conception de la vie viciée par le matérialisme et ils engendrent des moeurs correspondantes. Peut-il en être autrement ? En effet, quand l’homme perd le sens de sa dignité, quand, dans sa conduite, il rejette la mesure et l’équilibre et méprise les valeurs spirituelles, surnaturelles et éternelles, au lieu de reconnaître en elles la vraie source du bonheur, l’avarice et le désir effréné des biens de la terre débordent ; au lieu du respect dû à Dieu et à sa Majesté, c’est le culte de la technique et de la force brutale. Nous ne retirons pas ni ne désavouons les éloges que Nous avons faits plus haut. Mais on ne peut ignorer et nier ce flot de plaisirs et de luxe qui roule comme un torrent, qui ne passera point sans atteindre aussi les catholiques et même pénétrera sérieusement ici et là leur milieu. L’Eglise, Mère bienveillante et indulgente, ne contraint la liberté que là où le réclament la simplicité de la vie chrétienne, l’observation de la morale et le devoir de subvenir à l’indigence d’autrui. La joie n’est-elle pas comme un caractère et un ornement des nations catholiques ? Toutefois, la recherche des plaisirs de la vie ne doit pas outrepasser la mesure de l’honnête.

Les chrétiens doivent obéir à la loi de la pénitence :

Nous exhortons donc vivement tous les fidèles à s’enrôler sous le signe du renoncement chrétien et du don de soi, qui va au-delà de ce qui est prescrit et fait mener le combat généreusement, à chacun selon ses forces, selon l’appel de la grâce et sa propre condition. Il y a donc plusieurs buts à atteindre. Chacun doit d’abord par la pénitence expier ses tautes, purifier son âme des souillures du péché, s’affermir et se sanctifier. Il faut ensuite être un exemple et un stimulant pour ses frères dans la foi et pour ceux du dehors ; ce qu’on retranchera à la vanité, on le donnera à la charité, on le donnera miséricordieusement à l’Eglise et aux pauvres. Les fidèles de la primitive Eglise se conduisaient ainsi ; par le jeûne et l’abstinence, ils accroissaient les ressources de leur charité. L’imitation de leur exemple est digne de louange et convient à notre situation et à notre époque, non seulement dans telle ou telle région qui se fait remarquer par sa libéralité et secourt l’Eglise, mais à toutes les régions de la terre sans exception.

Vénérables Frères, Nous avons vivement à coeur que Notre conseil se réalise pleinement. A nos oreilles comme aux oreilles des premiers chrétiens, résonne l’exhortation de l’Apôtre Paul : « J’accomplis en ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ, pour son corps qui est l’Eglise ‘. » Nous avons tous à nous évertuer « dans la patience, les travaux, les jeûnes, dans une charité vraie 8 » selon le mot du même Apôtre, àconstruire le règne de Dieu. N’est-ce pas expressément pour les prêtres que retentit cette parole menaçante : « Je châtie mon corps et je le réduis en servitude, de peur qu’ayant prêché aux autres, je ne sois moi-même réprouvé   »

Après avoir prié la Sainte Vierge afin que Dieu accorde la paix au monde, il faut lui demander que par la pratique de la pénitence, les chrétiens lavent le monde du péché :

Tel est le deuxième motif qui Nous fait demander l’aide puissante de la Mère de Dieu. Que Marie élevée au Ciel, Elle dont l’âme et le corps ignorent absolument toute faute, nous obtienne de Son divin Fils l’accomplissement de notre espoir.

Le désordre social que le monde connaît est en grande partie la conséquence du fait que le mariage chrétien est méprisé en plusieurs régions :

Si nous considérons avec plus de soin le monde où nous vivons, de très graves problèmes, ceux notamment qui concernent le mariage et la famille, réclament plus instamment notre attention et notre zèle. Nous ne croyons point Nous tromper en estimant que le désordre qui trouble d’une manière générale et profonde l’institution de la famille, mine comme une maladie la société d’aujourd’hui et s’aggrave malgré les écrits si nombreux qui traitent de ces questions, théoriquement ou pratiquement ; il ne peut en être autrement tant que ceux qui

‘ Col., 1, 24.

II. Cor., 6, 4-6.

« I. Cor., 9, 27.

veulent guérir cette plaie séparent le mariage de la loi divine telle que la nature de l’homme la révèle de toute part et que la doctrine de l’Eglise la promulgue.

Une vaste offensive d’immoralité balaye le monde :

Le langage n’arrive pas à décrire le torrent fangeux des livres, brochures, essais, journaux de tout genre qui, par leurs propos et leurs images sans sérieux ni pudeur, corrompent le bon sens populaire et la vraie notion d’humanité.

Souvent, ces campagnes immorales se font sous le couvert d’une fausse science :

Certes, Nous n’ignorons pas et ne méprisons pas les progrès dont se glorifient la médecine, la psychologie et la science sociale. C’est Notre vif désir que le soin des âmes, les consultations matrimoniales et les institutions familiales en profitent. Mais Nous réprouvons et Nous condamnons le fait qu’au-delà des recherches honnêtes et sérieuses, se développe une misérable littérature qui, sous le couvert d’une science fausse et trompeuse, pousse les ignorants à éprouver les plaisirs malsains et à couvrir, sous le fard d’une science fausse, les poussées ténébreuses de leur nature corrompue.

Il est faux de prétendre que la science a tous les droits :

Il ne convient pas que les chercheurs et les praticiens d’un art exposent sans prudence à leurs clients, au détriment de l’âme et du corps, ce qui est pour eux-mêmes science utile. Il ne faut pas laisser s’accréditer l’opinion erronée, si répandue au temps de « l’illuminisme » qu’il suffit de savoir pour être vertueux 10. Cette opinion, toujours dangereuse, est ici mortelle.

Le mariage ne peut être subordonné à la science, il ne peut l’être également aux données sociales et économiques :

Tout aussi nuisibles sont les idées que l’on répand et propage dans le peuple pour créer une opinion artificielle, laquelle,

10 L’« illuminisme » se développa principalement au XVIIIe siècle. Ce système professait la croyance que la science suffisait désormais à tout expliquer et à procurer le bonheur aux hommes.

par contrainte morale, et plus souvent économique, réglera les relations entre les sexes, suggérera la façon de contracter le mariage et de constituer la famille. L’ordre moral n’est-il pas renversé quand l’homme, image de Dieu, se laisse conduire en sa vie la plus intime, par des gens qui ne poursuivent bassement que leurs intérêts ?

// convient de former une opinion publique qui ait des idées saines sur le mariage :

Une opinion saine et pure sur le mariage est sans doute une force qui peut appuyer les principes et les règles de la vie ; aussi est-elle nécessaire. Mais si on la proclame saine et si elle est telle, elle n’est pas seulement une prescription imposée de l’extérieur ; elle est avant tout une doctrine qui jaillit de la nature humaine prise en son entier et qui lie l’homme à Dieu et à la loi de Dieu.

Le mariage doit être considéré comme une institution sacrée :

Le point principal de Nos réflexions est l’union étroite du mariage et de la famille avec la loi de Dieu. Seule la reconnaissance du lien sacré du mariage donne, dans les difficultés de la vie, la garantie indispensable de la protection qu’il faut contre la légèreté humaine, l’Inconstance, l’esprit de changement. Même dans l’adversité, cet engagement sacré fait sentir sa force bienfaisante, sauvegarde le caractère de la société domestique et maintient dans la vérité et la fidélité le lien qui unit les époux.

17 esf faux de rejeter la loi divine qui dicte aux hommes les règles à suivre :

A ce sujet, bien des catholiques même ont des idées fausses et confuses. Une fausse philosophie enseigne, en effet, qu’il faut absolument rejeter une norme donnée du dehors, à savoir la loi, comme étant étrangère à la vraie nature de l’homme et dissolvant les forces de la vie intacte et féconde. Il est donc clair que cette philosophie ruine la morale conjugale telle qu’elle règne là où la doctrine de l’Eglise est observée.

Au contraire, il faut proclamer que le salut des hommes et des sociétés, réside dans l’observance de la loi divine :

C’est pourquoi il n’y a rien de plus important que de faire connaître à temps et le plus largement possible ce point de

doctrine, à savoir que l’homme, né pour atteindre le bonheur temporel et éternel, ne peut atteindre ni l’un ni l’autre qu’en accomplissant les devoirs auxquels il est tenu et en obéissant à la loi de Dieu.

Aucun motif ne peut être invoqué pour désobéir aux lois sur les-dles Dieu même a basé la vie familiale.

Si on écarte cette dépendance, il y a des choses que l’on ne peut ni comprendre ni assurer : le droit pour chaque personne d’être protégée et de se perfectionner, la liberté de cette même personne, la conscience d’avoir à rendre compte de nos actes. Si quelqu’un en appelle au don de la liberté que Dieu lui a concédé pour se déclarer dispensé d’observer l’ordre divin, il prononce des paroles qui se contredisent. On ne peut jamais s’engager sur cette voie parce qu’elle est criminelle et ruineuse, même lorsqu’on veut venir au secours des hommes dans les dures crises de la vie conjugale. Il est donc pernicieux, tant pour l’Eglise que pour la société civile, que les pasteurs d’âmes, dans leur enseignement, et dans la vie courante, se taisent habituellement et délibérément lorsque, dans le mariage, sont violées les lois de Dieu qui sont toujours en vigueur, quelles que soient les circonstances. On cherche des excuses principalement dans les privations et dans la pauvreté qui rendent ordinairement dur l’état familial. Notre coeur de Père regrette et déplore tout cela, mais il n’est pas permis de s’écarter de l’ordre ferme et stable établi par Dieu. Que nulle part et jamais il ne faiblisse ; mais il faut, dans une nécessité urgente, que l’ordre social soit amélioré. Si tout chrétien, par justice et par charité, doit concourir à cet heureux changement, cela importe d’autant plus qu’il s’agit de porter secours à une immense multitude d’hommes, qui ne peuvent mener une vie conjugale juste, honnête et heureuse, qu’en triomphant de très rudes difficultés.

Il y a une fausse conception de la sécurité sociale :

Il y a une parole que l’on répète actuellement beaucoup : « sécurité sociale ». Si cela veut dire sécurité grâce à la société, Nous craignons beaucoup, Vénérables Frères, que le mariage et la famille n’en souffrent. Comment donc ? Nous craignons non seulement que la société civile entreprenne une chose qui, de soi, est étrangère à son office, mais encore que le sens de la vie chrétienne et la bonne ordonnance de cette vie n’en soient affaiblis, et même ne disparaissent. Sous cette appellation, on entend déjà prononcer des formules malthusiennes, sous cette appellation, on cherche à violer entre autres les droits de la personne humaine ou du moins leur usage, même le droit au mariage et à la procréation.

Le Pape énonce les notions acceptables concernant la sécurité sociale :

Pour les chrétiens et en général, pour ceux qui croient en Dieu, la sécurité sociale ne peut être que la sécurité dans la société et avec la société, dans laquelle la vie surnaturelle de l’homme, la fondation et le progrès naturels du foyer et de la famille sont comme le fondement sur lequel repose la société elle-même avant d’exercer régulièrement et sûrement ses fonctions.

La famille étant l’assise solide sur laquelle on peut bâtir la société, il faut prier la Vierge afin que les hommes reviennent à l’institution familiale telle qu’elle a été voulue par Dieu :

Dans les années désastreuses qui viennent de s’écouler, la famille, bien qu’affaiblie de multiples manières, a montré clairement quelle était sa force de résistance. En effet, appuyée sur sa force naturelle, elle triomphe facilement de toutes les autres institutions humaines. C’est pourquoi, si l’on s’efforce activement d’aider la société humaine, il ne faut rien négliger pour que la famille soit préservée, soutenue et soit capable de pourvoir à sa propre défense. Telle est la troisième chose qu’avec d’instantes prières, Nous demandons à la Vierge de l’Assomption. Comme le mariage et la famille se trouvent dans des conditions si défavorables que l’espoir de leur triomphe est incertain, que Marie veuille par une supplication toute puissante implorer Dieu, Notre Créateur et Rédempteur, pour que les hommes reviennent au respect de la haute idée du mariage, qu’il a Lui-même voulu et établi, pour que les fils, de l’Eglise contractent toujours le mariage par le moyen du sacrement et uniquement entre eux, et par la chasteté de leur union, soient comme l’image de l’admirable lien qui unit le Christ et l’Eglise.

Là où règne la loi chrétienne du mariage, là aussi fleurit la virginité. Il faut donc promouvoir à la fois les principes sacrés qui fondent la famille et les avantages de la vie religieuse dans la chasteté totale au service de Dieu : ..)!;;

Là où les unions pures sont florissantes et ornées des vertus chrétiennes, fleurit également et dans la même mesure, la virginité nourrie de l’amour du Christ. Exhortez votre clergé, Nous vous en prions, à faire le plus grand cas de cette forme de vie supérieure qui égale les hommes aux anges, à la cultiver religieusement et à inviter aussi les autres à suivre un si noble chemin, spécialement le sexe féminin dont la coopération dans l’apostolat ne peut fléchir sans que l’Eglise en souffre grandement.

Telles sont les trois prières que l’Eglise fait en ce jour à la Bénie Vierge Marie :

Telles sont les trois prières ardentes que Nous adressons à Dieu après avoir invoqué le patronage efficace de la très bienveillante Vierge Marie, et Nous sommes certains, Vénérables Frères, d’avoir votre plein accord.

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En plus, le Pape rappelle aux evêques la nécessité :

— de maintenir l’intégrité de la Foi et, en particulier, veiller à observer ce qui est proclamé dans l’Encyclique Humani Generis 11 ;

— de promouvoir la sanctification du clergé telle qu’elle est précisée par l’Exhortation : Menti Nostrae 12. , j

A ce que Nous avons dit, il n’est point nécessaire que Nous ajoutions deux points qui Nous tiennent extrêmement à coeur, l’un concernant la conservation de l’intégrité de la doctrine catholique, l’autre le zèle pour la formation et la sanctification du clergé. Nous avons, en effet, traité longuement de ces sujets dans l’Encyclique Humani Generis et dans l’Exhortation Menti Nostrae.

Le Saint-Père félicite les evêques d’être si étroitement unis au Siège de Rome :

Cependant, c’est Notre ardent désir en cette réunion, si imposante et vraiment unique, de dire combien Notre coeur est

11 Encyclique Humani Generis, 12 août 1950, p. 295.

12 Exhortation Menti nostree, 15 septembre 1950, p. 394.

ému de reconnaissance en voyant les évêques du monde entier s’acquitter de leur office de telle manière, que s’attachant fidèlement au successeur de saint Pierre, ils font preuve d’une conscience admirable, d’une vigilance active de la religion et d’une énergique volonté d’action.

Etant donné cette union compacte de l’Episcopat : l’Eglise n’a rien à craindre des assauts livrés par ses ennemis :

Que s’élèvent donc les vagues écumantes et continuellement renouvelées de la tempête qui, soit de l’intérieur, soit de l’extérieur, sévit contre l’Eglise, leurs efforts se briseront contre cette inébranlable volonté d’unité dont Nous avons parlé et que le divin Rédempteur, dans sa dernière prière sacerdotale13, a recommandée, pour ne pas parler de la promesse du Christ dans laquelle il a affirmé lui-même que les portes de l’Enfer ne prévaudraient pas contre l’Eglise 14.

L’âme remplie de consolation et d’une sainte joie, à vous tous, Vénérables Frères, qui êtes ici maintenant, et à tous vos collègues répandus dans l’univers, ainsi qu’aux prêtres et aux fidèles confiés à vos soins, de tout coeur et volontiers, Nous accordons la Bénédiction apostolique.

13 Jean, 17, 13-21.

14 Matth., 16, 18.

Au cours de l’audience générale du samedi 4 novembre, 25.000 professeurs et élèves de l’enseignement moyen italien étaient présents. Ceux-ci offrirent au Saint-Père une « cathedra », symbole du magistère enseignant et des milliers d’exemplaires de l’Evangile destinés à être distribués dans les pays de mission.

S’adressant à cette foule, le Pape dit :

Emu plus que Nous ne pourrions le dire, chers fils et filles, qui représentez ici l’Ecole Secondaire, professeurs et élèves. Nous accueillons avec joie vos personnes et les dons que vous venez Nous offrir. Ces dons, sans parler de leur valeur artistique, sont comme la traduction à la fois matérielle et spirituelle des pensées que Nous avons développées devant vous, à l’occasion de votre Congrès de l’année dernière 2 : la Cathedra, don des professeurs ; le « livret missionnaire », don des élèves. C’est vraiment la réponse filiale à Nos paternelles exhortations, et comme leur écho prolongé transmis aux générations futures.

Une cathedra ! Une chaire de Maître : Cathedra docentis ! Le Magistère, comme Nous disions alors, n’est-il pas la première charge de Notre Siège apostolique ? Vous nous offrez une chaire, en en soulignant la signification symbolique avec les figures, — personnages historiques et allégoriques —, qu’y a sculptées le ciseau de l’artiste s. Sur cette chaire pontificale, sur

D’après le texte italien de VOsservatore Romano des 6 et 7 novembre 1950.

Le 6 septembre 1949, Pie XII prononçait un discours à l’adresse des membres de l’Union catholique italienne des Professeurs de l’enseignement secondaire (cf. Documents Pontificaux 1949, p. 358).

Cette cathedra est une oeuvre d’art due au sculpteur Venturino et représentant en figurines l’histoire de l’enseignement catholique depuis la venue du Christ jusqu’à nos jours

Pie XII 1950 – CONSTITUTION APOSTOLIQUE MUNIFICENTISSIMUS DEUS DÉFINISSANT LE DOGME DE L’ASSOMPTION

Pie XII 1950 – DISCOURS AUX ÉVÊQUES VENUS A ROME POUR LA DÉFINITION DU DOGME DE L’ASSOMPTION

 

 

 

 

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