CAREME, CENDRES, EGLISE CATHOLIQUE, MERCREDI DES CENDES, MERCREDI DES CENDRES, L'ENTREE EN CARÊME

Mercredi des Cendres, l’entrée en Carême

Mercredi des Cendres, entrée en Carême

ob_2f2bb2_cendres

 

Le mercredi des Cendres marque l’entrée en Carême. Les cendres sont en principe les cendres des rameaux de l’année précédente qui ont été brûlés.

« Demandons au seigneur de bénir ces cendres dont nos fronts vont être marqués en signe de pénitence ». Au cours de la célébration, après l’écoute de la Parole, le prêtre invite les fidèles à la prière et bénit les cendres faites, en principe, des rameaux bénis au dimanche des Rameaux de l’année précédente.

Un temps de conversion

Puis chacun reçoit sur la tête un peu de cendres tandis que le célébrant lui dit : « Convertissez-vous et croyez à l’évangile » (Marc 1, 15) ou « souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière » (Genèse 3, 19).

Même si les cendres sont imposées sur le front ou la tête qui est le siège de l’intelligence et de la pensée, c’est aussi le cœur qui est visé. Les paroles que le célébrant prononce, invitent le croyant à se rappeler sa fragilité, à s’interroger sur sa destinée, à se convertir, c’est-à-dire à remettre sa vie en conformité avec l’Evangile. C’est tout l’enjeu du Carême.

C’est ce que nous rappelle la première lecture du mercredi des Cendres (Joël 2, 13) : « Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment. ».

Pour sa part saint Paul, invite le croyant, « au nom du Christ, […], à se laisser réconcilier avec Dieu, à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de Dieu ».

Un temps de pénitence

Le psaume 50 exprime la démarche pénitentielle qui va marquer tout le Carême.

Tout d’abord, il révèle l’attitude de Dieu : « ton amour », « ta grande miséricorde »… puis l’attitude de l’homme : « je connais mon péché », « ma faute », « mon offense ».

On peut noter ensuite les demandes exprimées par la prière du pécheur : « efface mon péché », « lave-moi », « purifie-moi », « crée en moi », « renouvelle et raffermis », « ne me chasse pas », « ne reprends pas », « rends-moi », « ouvre mes lèvres ».

Enfin, le pardon et la miséricorde de Dieu ouvrent un avenir : « ma bouche publiera ta louange ». Il s’agit bien de « vivre de la vie nouvelle à l’image de ton Fils ressuscité » (extrait d’une prière avant le rite de l’imposition des Cendres.

 

Pourquoi les cendres ?

Se couvrir de cendres ou s’asseoir sur la cendre en signe de pénitence est une pratique souvent rapportée dans l’Ancien Testament. A la suite de la prédication de Jonas, le roi de Ninive « s’assoit sur la cendre » (Jonas 3, 6). En 2 Samuel 13, 19, Tamar « prend de la cendre et s’en couvre la tête ». Le rite peut être un rite de pénitence mais aussi un rite de souffrance devant ce que l’on a vécu.

 

https://liturgie.catholique.fr/accueil/annee-liturgique/du-careme-au-temps-pascal/le-careme/3655-mercredi-des-cendres-careme/

ABUS SEXUELS, ARCHE (L') DE JEAN VANIER, EGLISE CATHOLIQUE, JEAN VANIER (1928-...), JEAN VANIER (1928-2019), LE MYSTERE D'INIQUITE AUJOURD'HUI.... COMME HIER !, MEDITATIONS, SCANDALES DANS L'EGLISE

Le mystère d’iniquité aujourd’hui… comme hier !

Le mystère d’iniquité aujourd’hui… comme hier

ND-l-autel-devaste

         Les révélations sur la part d’ombre que cachait la figure lumineuse de Jean Vanier choquent parce qu’elles fissurent l’image de celui que tout un chacun prenait pour un saint dans ses actes et dans ses paroles. Mais tout ceci nous en dit beaucoup du mystère de chaque être humain tout comme elle nous dit beaucoup sur notre besoin d’avoir des êtres à admirer, à idolâtrer même ; ce besoin d’avoir des héros entraîne aussi sans que l’on en prenne conscience chez l’être ainsi mis en avant une obligation de correspondre à ce que les autres attendent et également un isolement dans une sorte de tour d’ivoire qui enferme. Et chaque fois que le masque tombe c’est un sentiment de trahison que nous éprouvons : celui qui était tant loué devient l’objet d’une mise au ban de la société. L’histoire est pourtant riche de ses exemples : combien ont été l’objet d’un culte de leur vivant puis de condamnation lorsque leurs faiblesses ont été révélées. Toute société fonctionne ainsi et il n’est donc pas étonnant que l’église elle-même en soit affectée.

jean-vanier-fondateur-de-l-arche_5068668_676x338p

         A travers les dernières révélations concernant le fondateur de l’Arche on peut se rappeler les mots de saint Paul parlant du « mystère de l’iniquité » (2 Th 2, 7) – inscrit dans le cœur de l’homme depuis le péché du premier homme –  tant il est vrai que depuis quelques temps il semble que se déchaîne une cascade de scandales qui entachent  le message que l’Eglise veut porter au monde sans oublier les persécutions dont sont l’objet les chrétiens dans le monde.

         A propos des scandales qui affectent l’Eglise on pourrait être tenté par une certaine forme de désespérance mais ce serait oublier d’une part que ceux-ci ne sont pas une exception dans toute l’histoire de l’église et d’autre part ce que nous disent les textes bibliques et les paroles même de Jésus au soir de son arrestation quand le « Mal » entre dans le cœur de Judas. Ce que l’on apprend depuis hier, à l’approche de ce temps de Carême, n’est qu’un appel de plus à une conversion radicale ; c’est aussi un avertissement quant à notre comportement vis-à-vis de certaines personnes que l’on a tendance à aduler au-delà du raisonnable de leur vivant. Il faut se garder de tomber dans l’idolâtrie envers tel ou tel : certes leurs actions sont louables, leurs œuvres ne sont à condamner dans la mesure où elles font le bien autour d’elles et sont sources d’exemples mais il ne faut oublier non plus que ce sont que des êtres humains. Ceux que l’on admire de leur vivant, que l’on canonise au moment de leur mort ne sont que des êtres humains qui ont eux aussi leur part d’ombre.

         Que les hommes d’église, que les fondateurs d’ordre ou d’œuvres diverses soient dans une certaine mesure des exemples c’est fort bien (parce que tout le monde a besoin d’êtres exceptionnels à admirer et à célébrer, de héros à aduler ou encore à idolâtrer quelque soit les périodes de l’histoire des hommes) si l’on n’oublie pas qu’ils ne sont que des messagers, qu’ils ne sont que les serviteurs d’un Autre, qu’ils ne sont, comme tout être humain, des « vases fragiles » dépositaires d’un message à transmettre qui vient de Quelqu’un : ce quelqu’un n’est autre que Dieu lui-même.

         Comme nous le rappelle l’apôtre Paul : Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé, mais c’est Dieu qui faisait croître. Ainsi, ce n’est pas celui qui plante qui importe, ni celui qui arrose, mais Dieu, qui fait croître. Celui qui plante et celui qui arrose ne sont qu’un, mais chacun recevra son propre salaire selon son propre travail. Car nous sommes des collaborateurs de Dieu. Vous êtes le champ de Dieu, la construction de Dieu. Selon la grâce de Dieu qui m’a été accordée, comme un sage maître d’œuvre, j’ai posé les fondations, et quelqu’un d’autre construit dessus. Mais que chacun prenne garde à la façon dont il construit. Personne, en effet, ne peut poser d’autre fondation que celle qui est en place, à savoir Jésus–Christ. (1 Cor 3, 5-11)


Ces scandales ne doivent en aucun cas cependant nous plonger dans le désespoir ou la désespérance : « Garde courage, moi j’ai vaincu le mal » (Jn 16, 33). Nous le savons après le temps de la Passion, derrière et au-delà de la Croix et du tombeau il y a et il y aura toujours la lumière de Pâques.

 

Croix

 

L Espérance Ch.Peguy

 

La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’Espérance

La foi, ça ne m’étonne pas, ça n’est pas étonnant. J’éclate tellement dans ma création.

La charité, dit Dieu, ça ne m’étonne pas, ça n’est pas étonnant… Ces pauvres créatures sont si malheureuses qu’à moins d’avoir un coeur de pierre, comment n’auraient- elles point charité les unes envers les autres ..

Mais l’Espérance, dit Dieu, voilà ce qui m’étonne….Moi-même…. ça , c’est étonnant….

Que ces pauvres enfants voient comme tout ça se passe, et qu’ils croient que demain ça ira mieux. Qu’ils voient comme ça se passe aujourd’hui et qu’ils croient que ça ira mieux demain matin ….ça c’est étonnant, et c’est bien la plus grande merveille de notre grâce.

 Et j’en suis étonné moi-même !

 Quelle ne faut-ill pas que soit ma grâce et la force de ma grâce pour que cette petite espérance, vacillante au souffle du péché, tremblante à tous les vents, anxieuse au moindre souffle, soit aussi invariable, se tienne aussi fidèle, aussi droite, aussi pure et invincible, et immortelle,

et impossible à éteindre que cette petite flamme du sanctuaire qui brûle éternellement dans la lampe fidèle…

3057be0f476cb9323cbd593dbf1fa033

©Claude-Marie T.

23 février 2020

ANNE PHILIBERT, DES PRETRES ET DES SCANDALES DANS L'EGLISE DE FRNCE DU CONCILE DE TRENTE A VATICAN II, EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, PRETRE, PRETRES

Des prêtres et des scandales dans l’Eglise de France : du Concile de Trente à Vatican II

Des prêtres et des scandales : dans l’Eglise de France du Concile de Trente au lendemain de Vatican II

Anne Philibert

Paris, Le Cerf, 2019. 461 pages.

41G8AXi3RpL._SX195_

 

Présentation de l’éditeur

Qu’en a-t-il été des crimes et délits des curés en France au XIXe et au XXe siècle ? À l’heure où l’Église est dans la tourmente de la pédophilie, un regard historique salutaire.

Au milieu d’une actualité saturée par des scandales qui ont ébranlés l’Église, voici la grande étude historique qui fait enfin le point sur la question. Qu’en a-t-il été des crimes et des délits des membres du clergé, particulièrement en France au XIXe et au XXe siècle ? Comment la hiérarchie a-t-elle traité ces transgressions du point de vue de la doctrine, de la morale, de la justice ? Et quel impact ont-elles eu dans l’opinion ? Enfin, en quoi l’évidence du mal heurte-t-elle le sens du sacré en son tréfonds ?
Cette plongée sans concession dans les archives secrètes et inédites de la face noire du sacerdoce se veut d’abord une contribution salutaire à l’appel à la consécration qu’il implique.
Un livre courageux.

 Biographie de l’auteur

Ancienne élève de l’École normale supérieure et de l’ENA, Anne Philibert est docteur en histoire. Elle est l’auteur de Henri Lacordaire aux Éditions du Cerf

  

 ^^^^^^^^^^^^^^^^

L’Église face au scandale dans l’histoire

 Les scandales d’aujourd’hui sont-ils les mêmes que ceux d’hier ? L’historienne Anne Philibert retrace la manière dont le catholicisme a regardé le scandale à travers les époques, entre le XVIe et le XXe siècle.

 Si l’Église catholique fait aujourd’hui face à un grand scandale autour des prêtres pédophiles, cette institution a, par le passé, connu de nombreuses périodes « scandaleuses »… Et a su les dépasser. « On pourrait faire une liste de différents prêtres qui, au long des siècles, ont été perçus comme scandaleux pour leur époque, mais cette “litanie” de faits divers ne me semble pas permettre de comprendre le rapport de l’Eglise à la notion de “scandale” », explique l’historienne Anne Philibert. Dans son ouvrage Des prêtres et des scandales, la biographe du père Henri Dominique Lacordaire a préféré tenter d’analyser « le propos de l’Église sur elle-même, sa perception de sa mission, la relation que ses ministres doivent avoir avec les gens et sa définition même du scandale ».

 Scandale : une parole ou acte répréhensible qui sont pour le prochain une occasion de péché ou de dommage spirituel.
– dictionnaire Larousse

 Si le dictionnaire Larousse explique que le scandale est un « effet fâcheux, [une] indignation produit dans l’opinion publique par un fait, un acte estimé contraire à la morale, aux usages », une « grave affaire malhonnête, honteuse qui a un grand retentissement dans le public », une « querelle bruyante », un « fait qui heurte la conscience, le bon sens, la morale, suscite l’émotion, la révolte », il finit par en rappeler le caractère religieux : le scandale est aussi « une parole ou acte répréhensible qui sont pour le prochain une occasion de péché ou de dommage spirituel ». Car, rappelle Anne Philibert, dans la communauté chrétienne primitive, « scandaliser, c’est “entraîner quelqu’un au péché”. Le sens de choc, de provocation au péché, d’occasion de péché s’est imposé petit à petit. Est scandale ce qui provoque l’indignation, la révolte, parce que le scandale est cause de préjudice moral ou spirituel ». Elle précise alors qu’une distinction née entre deux formes de scandale : « Le scandale actif, qui consiste à provoquer le scandale, et le scandale passif, qui consiste à en être victime. (…) Dans la tradition de l’Église catholique, le scandale est grave à cause de son lien avec le péché. Ce lien n’est pas toujours direct : c’est une occasion. Cela veut dire qu’il y a des gens qui, à cause de l’occasion que crée le scandale, trébucheront et d’autres qui ne trébucheront pas. Cette manière de voir explique que, dans la tradition catholique, le scandale est d’autant plus grave qu’il touche plus de témoins. »

 Étudiant la période entre le concile de Trente et les lendemains du Vatican II, Anne Philibert observe que la nature du scandale change en fonction des périodes, mais surtout selon le point de vue de celui qui le dénonce. « Le grand souci du concile de Trente, convoqué en 1542, c’est la dignité du prêtre. Au XVIe siècle, les prêtres incultes, paillard, ivrognes représentent le plus grand scandale aux yeux des évêques. La formation est alors très inégale et non obligatoire, il n’existe pas encore de séminaire, raconte-t-elle. Chez les fidèles par contre, sur toutes les époques étudiées, ce sont les prêtres gloutons ou égoïstes qui choquent : la charité de l’Église étant le seul secours pour beaucoup d’entre eux, les prêtres avares sont scandaleux, même au sens spirituel, et les théologiens du XVIIIe et XIXe siècle disent même d’eux qu’ils sont “des prêtres athées”. » Bien sûr, il y a des tentations permanentes toute époque confondue : « les femmes, le vin, faire bombance », souligne l’historienne, mais « le scandale causé par des prêtres est d’abord constitué par des actes qui sont perçus comme des manquement aux vertus ». Avec des évolutions : « Les paysans bourguignons ne s’émouvait qu’un prêtre concubin élève ses enfants au presbytère au XVIe siècle. Au fil des décennies, cela a choqué de plus en plus et un double contrôle s’est instauré : le prêtre devient de plus en plus surveillé par ses ouailles, mais celui-ci devient aussi plus attentif à la moralité et aux moeurs des paroissiens. »

 Le scandale causé par des prêtres est d’abord constitué par des manquement aux vertus.
– Anne Philibert, historienne

 La France est ensuite un terreau particulier pour les « scandales intellectuels », selon Anne Philibert : « À côté des histoires relatives à la conduite des prêtres, il apparaît que les scandales causés par les questions politiques au sens large ont tenu une place importante dans l’Église de France. Le Français a un amour des idées. Les scandales liés aux idées religieuses ou politico-religieuses ont eu beaucoup d’écho : le jansénisme, puis la Révolution française jusqu’à l’adhésion à la République qui n’allait pas de soi. » Ainsi certains de ceux qui questionnent l’exégèse à une époque se sont retrouvés à l’index… pour finir réhabilités par la suite. Car l’historienne note qu’un même fait scandaleux peut évoluer et perdre son caractère sulfureux au cours du temps. « Il y a une historicité du scandale au sein même de l’Histoire de l’Église, comme le montre le rapport au peuple juif dans la liturgie catholique », explique Anne Philibert. Il fut une époque où il était scandaleux de s’agenouiller le Vendredi saint lors de la prière pour « les juifs perfides »… et quelques décennies plus tard, il est devenu scandaleux de réciter cette même prière.

 Et les abus sexuels sur mineurs ? Anne Philibert insiste d’abord sur la difficulté à enquêter sur le sujet : « Des archivistes diocésains m’ont confié qu’au début du siècle, les dossiers des prêtres condamnés ou accusés publiquement de pédophilie étaient souvent mis à part, qu’ils étaient plus sujets à des pertes ou des destructions. Je me suis aussi heurtée par endroit à la méfiance des évêchés, nécessaires pour avoir accès aux premières sources d’une historienne, les archives. » Prenant acte d’un document du Saint-Office posant dès 1922 des règles à l’encontre des prêtres agressant des enfants, Anne Philibert se penche donc sur une trentaine d’exemples de prêtres accusés ou condamnés dans les années 1920-1930. « Ce qui est certain, c’est que le problème existait déjà à l’époque, souligne-t-elle. Ensuite, les recommandations de Rome étaient : sanctions et secret. Mais en regardant les données que l’on a, on a l’impression que les sanctions – contrairement au secret – n’ont pas été appliquées avec la sévérité nécessaire par les évêques : sur les cas étudiés, presque tous les prêtres présents à l’audience et condamnés ont été mutés et ont souvent continué à avoir un ministère actif. »

 Je ne connais pas de plus grand scandale que l’impunité d’un prêtre scandaleux.
– Mgr d’Orléans de la Motte, évêque d’Amiens sous Louis XV

 Si la logique du secret reprend cette vision catholique du scandale public – considéré « plus grave que le scandale secret, en vie spirituelle par ce spectacle affligeant », « ce cadre mental peut expliquer la pratique répandue consistant à étouffer autant que possible le scandale », note Anne Philibert. L’historienne, refusant les généralités, n’oublie pas de préciser de notables exceptions à cette « culture du silence » dans l’Église au long des siècles, « comme Mgr d’Orléans de la Motte, évêque d’Amiens sous Louis XV, qui déclarait : “Je ne connais pas de plus grand scandale que l’impunité d’un prêtre scandaleux.” »vertu de l’idée que chacun des témoins est susceptible d’être affecté dans sa vie spirituelle »

 

http://www.lavie.fr/debats/histoire/l-eglise-face-au-scandale-dans-l-histoire-18-01-2019-95838_685.php

CONCILE VATICAN I (1869-1870), EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, LE CONCILE VATICAN I ET PIE IX, PAPAUTE, PIE IX (pape ; 1792-1878), VATICAN

Le Concile Vatican I et le Pape Pie IX

Le Concile Vatican I et le Pape Pie IX

illustration-representant-le-premier-concile-oecumenique-du-vatican-le-pape-pie-ix-1792-a-1878-assis-sur-un-trone-au-centre-avec-divers-membres-du-clerge-derriere-lui-de-gauche-a-droite-en-date-du-19e-si

Premier concile œcuménique du Vatican

800px-Vatican-assemblee-1870-119120_2 (1)

Le premier concile œcuménique du Vatican, ou simplement appelé Vatican I, est le XXe concile œcuménique de l’Église catholique. Il se tient du 8 décembre 1869 au 20 octobre 1870. Convoqué par Pie IX, il définit notamment l’infaillibilité pontificale. Il est interrompu quand les troupes italiennes envahissent Rome. Suspendu sine die, il n’est jamais repris.

Contexte

 Contexte historique

Pope_Pius_IX

Ce concile s’inscrit dans un contexte géo-politique très troublé, marqué sur le plan italien par le Risorgimento – l’unification italienne et la fin des ‘États pontificaux’ – et leur corollaire que l’on appellera la question romaine, et sur le plan international par la guerre franco-prussienne de 1870.

Le concile, dont l’œcuménicité n’est pas reconnue par les Églises orientales, s’ouvre alors que, depuis 1861, le pape a perdu son pouvoir temporel sur les États pontificaux, à l’exception de la ville de Rome, et que Rome est elle-même sous la protection des troupes françaises de Napoléon III.

 

Contexte ecclésiastique

190px-Eclesiásticos_de_varios_países_reunidos_en_Roma_con_Motivo_del_Concilio

Pie IX évoque en privé, pour la première fois, la tenue d’un nouveau concile œcuménique le 6 décembre 1864, lors d’une session de la Sacrée congrégation des rites. Le précédent concile, celui de Trente, s’était clos trois siècles auparavant. Au cours de l’année 1865, le pape mène des consultations auprès de l’épiscopat de rite latin sur des questions de discipline.

Le 28 juin 1867, à l’occasion de la fête des saints Pierre et Paul, il annonce son intention de convoquer un concile. Il remet aux évêques présents un questionnaire sur l’état de l’Église.

Le 28 juin 1868, la bulle d’indiction Æterni Patris convoque les évêques catholiques pour un concile devant se tenir à Rome dès le 8 décembre 1869. La bulle trace le programme de la future assemblée : défense de la foi contre les erreurs du temps, précédemment condamnées par le Syllabus ; mise à jour des canons du concile de Trente. Une invitation est envoyée à l’ensemble de l’épiscopat catholique et même à des dignitaires orthodoxes.

400px-Engraving_of_First_Vatican_Council

Le concile est ouvert le 8 décembre 1869. Sur les mille évêques invités, les trois quarts sont présents. Tout de suite une majorité infaillibiliste et une minorité s’opposent, comportant toutes deux d’importants prélats. La majorité comprend notamment le cardinal Bilio, et divers évêques dont Mgr Dechamp (Malines), Mgr Manning  (Westminster), Mgr Pie (Poitiers) et la plupart des évêques italiens, très nombreux (35 % des participants).

La minorité comprend notamment les cardinaux Rauscher (Vienne), Mathieu (Besançon), Schwarzenberg (Prague) et divers évêques dont Mgr Simor (primat de Hongrie, Mge Ketteler (Mayence), Mgr Dupanloup (Orléans), Mgr Darboy (Paris), Mgr Place (Marseille) et beaucoup d’autres évêques allemands et français. Les Églises orientales catholiques sont réticentes. L’ensemble des évêques   melkites, conduit par leur patriarche Grégoire II Joseph, et plusieurs évêques orientaux chaldéens (dont Joseph VI Audo) font également partie de la minorité.

 

Suspension des travaux

Après plusieurs sessions, des travaux difficiles et des débats complexes, seules deux constitutions dogmatiques ont finalement pu être votées et ratifiées quand, le 20 septembre 1870, les troupes italiennes pénètrent dans Rome.

Le 9 octobre, ce qui reste des États pontificaux est intégré au nouveau Royaume d’Italie par plébiscite (référendum). Le concile est matériellement empêché de poursuivre ses travaux. Aussi, le 20 octobre, Pie IX le suspend-t-il sine die.

 

Les deux constitutions dogmatiques

La première constitution dogmatique du Concile Vatican I, Dei Filius, sur les rapports entre foi et raison (dont le texte fut préparé par le théologien Jean-Baptiste Franzelin), est votée à l’unanimité par les Pères conciliaires et ratifiée aussitôt par le pape le 24 avril 1870.

La deuxième constitution dogmatique, Pastor Æternus, qui devait être un traité complet sur l’Église du Christ, reste inachevée. Seule la dernière partie sur le rôle de la papauté dans l’Eglise et son dernier chapitre sur l’infaillibilité pontificale sont votés et promulgués, en juillet 1870, par le pape Pie IX. L’absence d’un texte complet a donné une place et importance disproportionnée à la question de l’infaillibilité pontificale.

 L’infaillibilité pontificale

Infaillibilité (1)

Une partie de la presse romaine et parisienne, inspirée par l’ultramontanisme, avait développé l’idée que le but principal du concile serait de définir le dogme de l’infaillibilité pontificale.

Le même Pie IX, avait publié en 1864 le Syllabus, texte dans lequel il condamnait, parmi d’autres ‘idées modernes’, la « liberté de conscience ». Pie IX revendiquait aussi dans le Syllabus la suprématie du fait religieux sur l’ordre temporel.

Dix ans auparavant, le 8 décembre 1854, Pie IX avait défini ex cathedra le dogme de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, après avoir consulté l’ensemble de l’épiscopat catholique mais sans en référer à un concile comme il est de coutume lorsqu’il s’agit de questions touchant la foi catholique.

En janvier 1870, une pétition lancée par quelques évêques demande qu’on mette à l’ordre du jour du concile la question de l’infaillibilité pontificale : elle recueille la signature de plus de 400 des quelque 700 évêques présents. Peu après, 136 évêques signent une pétition en sens contraire. Les évêques et les cardinaux de la minorité étaient soutenus par plusieurs personnalités connues en Europe, comme l’évêque d’Orléans, Mgr Dupanloup, l’historien allemand Ignaz von Döllinger, l’évêque de Mayence, Wilhelm Emmanuel von Ketteler. Entre les deux partis les débats furent tumultueux. On évoqua en particulier quelques cas supposés d’erreurs doctrinales commises par des papes : Honorius Ier, condamné par le troisième concile de Constantinople (680-681), Libère, Vigile, Jean XXII. Les débats historiques font alors appel à d’autres travaux érudits, tels ceux de du théologien Alphonse de Liguori, ou ceux, plus contemporains de Rohrbacher (1789-1856) dans sa monumentale histoire de l’Église, ou encore ceux de Dom Guéranger (1805-1875), le restaurateur de l’Abbaye bénédictine de Solesmes, pour contrer les accusations portées contre certains papes évoqués ci-dessus.

Après de longs débats, le 13 juillet 1870, c’est encore un quart de l’assemblée qui exprime son désaccord. Les tractations reprennent, des précisions sont apportées, mais sans rallier pourtant l’ensemble de la minorité : 55 évêques de la minorité décident alors de s’abstenir et de quitter Rome plutôt que de voter non. Le 18 juillet 1870, le concile, par les voix de 533 des 535 Pères présents, affirme la primauté universelle du pape comme de droit divin et définit que l’infaillibilité pontificale est une vérité de foi divinement révélée.

Cette infaillibilité pontificale est strictement et précisément délimitée : elle concerne le cas où le pape, en vertu de sa charge et en matière de foi ou de morale, prononce solennellement et ex cathedra qu’« une doctrine doit être tenue par toute l’Église ». Les deux Pères qui avaient voté non et ceux qui s’étaient abstenus se rallient alors, après la ratification par le pape du vote du concile.

 

Réception du concile

Le monde catholique accepta dans son ensemble les décisions conciliaires, à l’exception de quelques-uns dont l’historien et théologien Ignaz von Döllinger, éminente personnalité du monde intellectuel catholique. Il n’empêche qu’un groupe d’irréductibles se sépara de l’Église catholique romaine à cette occasion. C’est la naissance de l’Église des ‘Vieux catholiques’.

 

 

Bibliographie

Texte de Dei Filius [archive]

Texte de Pastor Aeternus [archive]

Cl. Bressolette, « Vatican I », in Dictionnaire critique de théologie, Jean-Yves Lacoste (dir), 1998, PUF, pp. 1200-1202 ;

  1. Congar, L’Église. De saint Augustin à l’époque moderne, Paris, Cerf, 1997, notamment pp. 440-450 ;

David Douyère, Communiquer la doctrine catholique : Textes et conversations durant le concile Vatican II d’après le journal d’Yves Congar, Genève, Labor et Fides, 2018, 258 p. 

Ch. Theobald, « La constitution dogmatique Dei Filius du concile de Vatican I » in Histoire des dogmes, T. 4, B. Sesboüé (dir), Cerf, 1996, pp. 259-313 ;

Ch. Theobald, « Première constitution dogmatique sur l’Église du Christ : Pastor Aeternus du concile de Vatican I » in Histoire des dogmes, T. 4, B. Sesboüé (dir), Cerf, 1996, pp. 315-344 ;

  1. Schatz, La primauté du pape. Son histoire, des origines à nos jours, Cerf, 1992, notamment les pp. 225-242 ;
  2. Thils, Primauté et infaillibilité du Pontife romain à Vatican I et autres études d’ecclésiologie, Presses de l’Université de Louvain, Louvain, 1989 ;
  3. Gadille, « Vatican I, concile incomplet ? », Le Deuxième concile du Vatican, Actes du colloque de l’École française de Rome, Rome, 1989, 33–45 ;
  4. Thils, La Primauté pontificale. La doctrine de Vatican I, les voies d’une révision, Duculot, Gembloux, 1972 ;
  5. Conzemius, « Pourquoi l’autorité pontificale a-t-elle été définie précisément en 1870 ? », Concilium, n° 64, 1971 ;
  6. Gadille, Albert du Boys. Ses « Souvenirs du Concile du Vatican », Nauwelaerts, Louvain, 1969 ;
  7. Thils, L’Infaillibilité pontificale, Gembloux, 1969 ;
  8. Aubert, « La Composition des commissions préparatoires du IerConcile du Vatican », in Reformata reformanda, t. II, Münster, 1965 ;
  9. Aubert, Vatican I, L’Orante, Paris, 1964 (avec bibliographie) ;
  10. Rondet, Vatican I, le concile de Pie IX. La préparation, les méthodes de travail, les schémas restés en suspens, Lethielleux, Paris, 1961 ;
  11. Aubert, Le problème de l’acte de foi, Louvain, 1952 ;
  12. Cecconi, Histoire du concile du Vatican, Librairie Victor Lecoffre, 1887.

Bernard Lecomte : Les derniers secrets du Vatican (Perrin, 2012) – Chapitre 2 : « Infaillible, le pape ? » (p. 28-49)

 

 

Le Pape Pie IX (1792-1878)

Popepiusix (1)

Giovanni Maria Mastai Ferretti, né à Senigallia (Italie), le 13 mai 1792 et mort au Vatican le 7 février 1878, est le 255e pape de l’Église catholique, élu le 16 juin 1846 sous le nom de Pie IX (en latin Pius IX). Son pontificat de 31 ans est le plus long de l’histoire de la papauté après, selon la tradition, celui de Pierre.

Aux prises avec la vague révolutionnaire qui bouleverse la politique européenne, Pie IX est partagé entre le statut de pasteur universel et celui de pape-roi d’un État indépendant. Résolument conservateur, il est l’auteur du Syllabus et de l’encyclique Quanta cura, qui condamnent toute forme de modernisme dans l’Église. Pie IX proclame le dogme de l’Immaculée Conception. Il convoque le premier concile œcuménique du Vatican qui définit notamment l’infaillibilité pontificale, ce qui élargit encore la fracture entre l’Église catholique et les confessions chrétiennes qui en sont séparées. Le concile, ayant accompli son but principal, est suspendu sine die quand les troupes piémontaises envahissent Rome. Pie IX, dernier souverain des États pontificaux, se déclare alors « prisonnier du Vatican », situation qui va, dès lors, provoquer la Question romaine, qui ne trouvera sa solution qu’en 1929, avec la signature du traité du Latran entre l’État du Vatican, qui devient alors de droit international, et l’État italien.

Son procès en béatification est ouvert en 1907 par le pape Pie X, ce qui ne va pas sans provoquer des controverses, la Question romaine étant encore, à cette époque, d’une brûlante actualité. Sous les papes Benoît XV et Pie XI le procès suit très prudemment son cours. Le pape Pie XII le fait activer en 1954 ; il aboutit enfin sous Jean Paul II, qui le proclame solennellement bienheureux en 2000.

 

Prélat

Giovanni Maria Mastai Ferretti est le fils du comte Girolamo Mastai Ferretti et de la comtesse, née Caterina Solazzi, qui ont eu huit autres enfants. Après avoir fréquenté le collège piariste de Volterra, il étudie la théologie et la philosophie à Rome. Il est ensuite refusé chez les gardes nobles à cause de sa santé (il est sujet à des crises d’épilepsie) et il poursuit ses études au séminaire romain.

Ordonné prêtre en 1819, il est nommé directeur spirituel d’un célèbre orphelinat romain. En 1823, Pie VII l’envoie au Chili en tant qu’auditeur de Mgr Muzi, délégué apostolique. En 1825, à son retour, il est nommé par Léon XII chanoine de Sainte-Marie de Via Lata et directeur de l’hôpital San Michele. En 1827, il est fait archevêque de Spolète. En 1832, il est transféré au diocèse d’Imola en prenant le titre personnel d’archevêque.

Le pape Grégoire XVI le crée cardinal in pectore lors du consistoire du 23 décembre 1939. Sa création est publiée le 14 décembre 1840. Il reçoit le chapeau de cardinal-prêtre du titre des Santi Marcellino e Pietro.

 

Pontificat220px-Fratelli_D'Alessandri_-_Pio_IX,_ca._1865

Le 16 juin 1846 s’ouvre le conclave suivant la mort de Grégoire XVI. Le cardinal Luigi Lambruschini, secrétaire d’État de Grégoire XVI, est le favori des conservateurs tandis que le cardinal Mastai Ferretti est le favori des libéraux.

Le cardinal Lambruschini obtient la majorité des voix dès les premiers tours, mais ne parvient pas à recueillir les deux tiers des voix requis pour être élu pape.

Le cardinal von Gaisruck, archevêque de Milan, arrive trop tard pour remettre l’exclusive prononcée par l’empereur d’Autriche Ferdinand Ier, suivant la politique de Metternich, contre le cardinal Mastai Ferretti ; celui-ci, ayant recueilli les deux tiers des voix, accepte la tiare et prend alors le nom de « Pie IX », en hommage à Pie VII.

 

Des débuts libéraux

Pie IX bénéficie à la suite de son élection d’une grande popularité au sein de la population italienne : durant son épiscopat en Romagne, il n’a pu ignorer le besoin de réformes dont souffrait l’État pontifical et que le soulèvement de Rimini, en 1845, avait démontré. Les premières années de son pontificat sont marquées par des mesures libérales qui s’opposent aux méthodes de Grégoire XVI et de son secrétaire d’État, le cardinal Lambruschini. Il choisit pour secrétaire d’État le cardinal Gizzi.

 

Les premières mesures

le 16 juillet 1846, il décrète une amnistie générale pour les détenus politiques et fait préparer une constitution qui est concédée le 14 mars 1848 : le Statut fondamental pour le gouvernement temporel des États de l’Église, qui institue deux Chambres et le Sacré Collège des cardinaux présidé par le pape. C’est l’époque des réformes politiques ;

Il crée le Conseil d’État ;

Il institue la liberté de la presse ;

Il établit une commission laïque chargée de la censure ;

En 1847, il établit ainsi une Consulta, un conseil consultatif composé de laïcs dont le rôle est de lui transmettre les désirs de la population ; et, auprès de lui, un conseil de cabinet puis une garde civique. Il crée également un certain nombre de commissions auxquelles participent des laïcs, afin de réviser les lois ;

En 1867, il a béatifié toutes les victimes du Grand martyre de Nagasaki.

Cette période est également celle de l’entrée dans la modernité pour les États pontificaux : à la différence de Grégoire XVI, qui les considérait comme « les chemins du diable » Pie IX fait construire dans les États pontificaux des réseaux ferrés et télégraphiques ; il restaure l’éclairage public. Il est le premier pape à être photographié.

En 1847, il s’oppose à l’Autriche qui avait fait occuper la ville de Ferrare alors qu’elle n’avait le droit que d’avoir une garnison dans la citadelle. Pie IX devient l’espoir des patriotes italiens, sa popularité est alors immense.

 

Leur accueil en Europe

220px-A._Lamma_-Pio_IX_benedice_i_combattenti_per_l'indipendenza_italiana_-litogr_-ca.1850

Ce mouvement réformiste qu’il contribue à amorcer par ses choix personnels lui attire bientôt la sympathie des patriotes dans l’ensemble des États italiens (Toscane, Deux-Siciles, Piémont, Parme…) :  certains d’entre eux n’hésitent pas à souhaiter la réalisation d’une fédération italienne, dont il prendrait la présidence.

Victor Hugo prononce à la Chambre des pairs le 13 janvier 1848 un éloge vibrant de Pie IX : « Cet homme qui tient dans ses mains les clefs de la pensée de tant d’hommes, il pouvait fermer les intelligences; il les a ouvertes. Il a posé l’idée d’émancipation et de liberté sur le plus haut sommet où l’homme puisse poser une lumière. […] ces principes de droit, d’égalité, de devoir réciproque qui il y a cinquante ans étaient un moment apparus au monde, toujours grands sans doute, mais farouches, formidables et terribles sous le bonnet rouge, |…] il vient de les montrer à l’univers rayonnants de mansuétude, doux et vénérables sous la tiare. […] Pie IX enseigne la route bonne et sûre aux rois, aux peuples, aux hommes d’État, aux philosophes, à tous ». Ce discours est cependant mal accueilli dans une chambre conservatrice inquiète de la remontée en puissance des idées républicaines.

Pie IX est à ce moment « le pape des droits de l’homme ». Les événements vont en faire un bien différent « pape du Syllabus ».

 

Un tournant conservateur

 L’année 1848

800px-Visite_de_Maximilien_et_Charlotte_au_pape_Pie_IX_le_19_avril_1864 (1)

En 1848, le « printemps des peuples » embrase l’Europe du congrès de Vienne. Charles-Albert, roi du Piémont, déclare la guerre à l’Autriche. Lvolontaires pontificaux (Legione dei Volontari Pontifici) formée d’hommes e 24 mars, Pie IX autorise le départ de Rome pour Ferrare, d’un corps expéditionnaire de 7 500 hommes commandé par le général Durando, suivi deux jours après par un corps de volontaires, la légion des provenant du centre de l’Italie confiée au général Andrea Ferrari.

Pie IX par l’allocution du consistoire du 29 avril 1848, condamne la guerre contre l’Autriche : « à nos soldats envoyés aux frontières pontificales, nous recommandons seulement de défendre l’intégrité et la sécurité des États pontificaux. Mais si certains souhaitaient que nous, ensemble à d’autres peuples et princes d’Italie, prenions part à la guerre contre les Autrichiens … ce n’est pas dans nos intentions et nos recommandations », il conclut en invitant les Italiens « à rester attaché fermement à leurs principes dont ils avaient expérimenté la bienveillance et qu’il ne s’en détache pas ». En fait, le pape se trouve dans l’embarras de combattre une grande puissance catholique : « nous avons su que certains ennemis de la religion catholique ont profité de l’occasion pour enflammer les âmes des Allemands afin de les détacher du Saint-Siège … Les peuples allemands ne devraient pas nourrir un sentiment de dédain à notre égard parce qu’il nous a été impossible de freiner nos sujets qui applaudirent les événements anti-autrichiens en Italie septentrionale … d’autres souverains européens, qui disposent d’armées plus puissantes que la nôtre, n’ont pu freiner l’agitation de leur peuple ». Cela met en évidence la contradiction et les incompatibilités de la position du pape comme chef de l’Église universelle et en même temps chef d’un État italien ; entre le pouvoir spirituel et temporel. Il refuse donc de soutenir le mouvement d’unification pour ne pas froisser l’Autriche catholique. À la suite de cette déclaration, le roi Ferdinand II des Deux-Siciles, proche parent de l’empereur d’Autriche et opposé à toute idée libérale, retire aussitôt ses troupes qui forment le plus gros contingent de l’armée Italienne. Pour les patriotes et les libéraux, la guerre est perdue d’avance. La popularité du pape s’effondre alors parmi les patriotes italiens.

Tout en étant désireux d’affirmer l’indépendance de la papauté, Pie IX doit accorder une constitution aux États pontificaux. Le 15 novembre 1848, le chef du gouvernement du Saint-Siège, Pellegrino Rossi est assassiné et les insurgés proclament la République romaine.

 

La fin des États pontificaux

Le_Lieure,_Henri_(1831-1914),_Pio_IX,_1860s (1)

Le 24 novembre 1848, Pie IX quitte de nuit le Quirinal dans la voiture à cheval du duc d’Harcourt, après l’attaque du palais par les partisans de Giuseppe Mazzini (Mgr Palma trouve la mort à cette occasion). Pie IX se réfugie dans la forteresse de Gaète, dans le royaume des Deux-Siciles. Il lance un appel aux puissances européennes pour retrouver son trône. Rome devient une république. L’Autriche, le roi Ferdinand II des Deux-Siciles et la France apportent leur soutien au pape. C’est cependant la France qui est la plus active, elle envoie un corps expéditionnaire commandé par le général Oudinot, qui s’empare de Rome le 30 juin 1849 et en chasse définitivement les révolutionnaires en juillet.

De retour à Rome le 12 avril 1850, Pie IX mène une politique de répression contre les idées républicaines. Un nouveau secrétaire d’État, le cardinal Giacomo Antonelli, est nommé, qui renoue avec la politique conservatrice de Grégoire XVI.

Rome reste l’objectif principal de la politique de Giuseppe Mazzini et de Giuseppe Garibaldi, qui organise diverses opérations militaires sans succès.

Pour s’opposer aux risques d’une annexion par le royaume de Sardaigne qui a fait main basse sur les principautés du Nord de l’Italie et la moitié des États pontificaux, les troupes françaises restent stationnées dans les États du pape et les zouaves pontificaux sont créés en 1860 avec la bénédiction du pape et du prélat franco-belge Mgr Xavier de Mérode. Ces derniers sont placés sous le commandement du général de Lamoricière, ancien de la colonisation d’Algérie et ancien ministre de la IIe République. Jusqu’en 1870, le recrutement se fait auprès des volontaires de France, des Pays-Bas, de Belgique, d’Italie, du Québec.

La guerre franco-prussienne de 1870 entraîne le retrait des militaires français affectés à la protection du pape. En revanche, les volontaires français (officiers ou hommes de troupe) engagés dans le corps des Zouaves pontificaux restent sur place, commandés par le colonel de Charette. En septembre 1870, la défaite de la France contre la Prusse, alliée de l’Italie, provoque l’invasion de ce qui reste des États pontificaux par une armée italienne de 70 000 hommes sous le commandement du général Raffaele Cadorna. En face, les effectifs pontificaux ne dépassent pas 13 000 hommes dont 3 000 zouaves. Le général Hermann Kanzler, le commandant de l’armée pontificale, concentre ses efforts sur la défense de Rome. Le 20 septembre, l’artillerie italienne bombarde les fortifications romaines. Le pape demande à Kanzler de cesser le feu dès les premiers coups de canon au grand dépit des zouaves souhaitant se battre. Onze zouaves seulement sont tués lors des combats.

L’armement obsolète des armées pontificales, malgré la victoire de Mentana contre Garibaldi en 1867 (où pour la première fois le fusil Chassepot est utilisé), permettent aux troupes italiennes de s’emparer sans difficulté de Rome le 20 septembre 1870. Le pape ordonne aux zouaves de n’opposer qu’une résistance symbolique. Le lendemain, le régiment des zouaves est licencié et les Français sont rapatriés à Toulon.

 

La question romaine

La prise de Rome, le 20 septembre 1870, constitue un aboutissement à l’unification de la péninsule en faisant de la cité du pape la nouvelle capitale du royaume d’Italie.

Une loi des Garanties, votée le 15 mai 1871, accorde au Saint-Siège un revenu annuel, l’extraterritorialité de quelques palais et les droits de souveraineté sur sa cité du Vatican, mais le pape Pie IX se considère désormais comme prisonnier à l’intérieur du palais du Vatican. Dans l’Église, l’émotion est grande. En France, la politique italienne de Napoléon III suscite l’indignation des catholiques pour qui le pouvoir temporel du pape garantissait son indépendance spirituelle. Pie IX apparaît alors comme « le pape-martyr ». Cependant le prestige moral de la papauté et l’autorité spirituelle qui en découle en sortent renforcés.

 

La défense de l’Église catholique

En dehors du problème du territoire de Saint-Pierre, Pie IX entend lutter contre les politiques anti-catholiques.

Il dénonce ainsi le Kulturkampf allemand dans la ligne de Bismarck ainsi que les violences exercées par les Suisses contre le clergé catholique : une encyclique de 1873 condamne les violences suisses. En 1874, le gouvernement autrichien rompt son concordat.

Cette époque est aussi celle d’une expansion de l’Église dans le monde. Pie IX crée de nombreux diocèses aux États-Unis, rétablit malgré l’opposition des protestants la hiérarchie en Angleterre (1850), en Hollande (1853), en Écosse. Il refonde le patriarcat latin de Jérusalem. De nombreux autres concordats sont également signés par le Saint-Siège avec des États européens catholiques comme l’Espagne en 1851 et le Portugal en 1857, ou d’Amérique du Sud comme le Costa Rica et le Guatemala en 1852, le Nicaragua en 1961,  le Venezuela et l’Équateur en 1862.

 

Pie IX et les Juifs

 La réforme du statut de protection

À l’accession de Pie IX au trône de Pierre en 1846, les Juifs des États pontificaux étaient soumis à un statut particulier dit de protection, la plupart étant les descendants des Sépharades  expulsés d’Espagne ou rejetés par l’Empire ottoman ayant trouvé refuge auprès du pape. Ils étaient tenus de vivre dans des quartiers distincts (ghettos), ne pouvaient témoigner contre des chrétiens, avaient parfois l’obligation de suivre des sermons catholiques et étaient soumis à des taxes particulières, comme dans nombre de pays de l’époque (Autriche, Russie, Danemark, etc.). Le culte juif était le seul toléré en dehors du culte catholique dans les États pontificaux, à l’exclusion des hérésies protestantes.

Au début de son pontificat, Pie IX amorce des réformes en direction de la modernisation du statut des juifs et ouvre le ghetto de Rome parfois contre la volonté de certains rabbins. Il sera supprimé quelques années plus tard. Ces efforts ont néanmoins une portée limitée et sont interrompus avec l’éclatement de l’affaire Mortara. Pie IX conserve la position traditionnelle de l’Église catholique, stigmatisant l’« aveuglement du peuple élu ».

 L’affaire Mortara

Le 23 juin 1858 à Bologne, la gendarmerie pontificale perquisitionne la demeure d’un couple de Juifs, Salomone et Marianna Padovani Mortara, et fait enlever un de leurs huit enfants, Edgardo, âgé alors de six ans – celui-ci ayant été précédemment baptisé d’urgence par la servante de la famille, Anna Morisi, qui l’avait cru en danger de mort au cours d’une grave maladie alors qu’il était nourrisson. L’enfant est conduit à Rome et confié à la Maison des catéchumènes  pour Juifs convertis puis dans un couvent pour être élevé dans la religion catholique sous le nom de Pio.

Le baptême, administré en cas d’urgence, est valide au regard du Droit canonique. En effet, dans ce cas, toute personne, même non ecclésiastique, et même non chrétienne peut administrer validement le baptême, si elle fait selon les intentions de l’Église. Cette situation pose un problème délicat, et Pie IX doit arbitrer. L’enfant, baptisé, fait désormais partie de l’Église catholique, dans laquelle il a vocation dès lors à être élevé. D’autre part, se pose la question de savoir si l’on pouvait le baptiser sans le consentement de ses parents, non chrétiens. Pie IX, contraint par une situation de fait accompli irréversible et par ses propres obligations pontificales, tranche dans le sens de ce qu’il estime être les intérêts spirituels supérieurs du jeune Edgardo. La famille Mortara supplie, proteste et exige que son enfant lui soit rendu au nom – au moins – de ces mêmes intérêts.

Quoique non unique dans son genre, l’affaire connaît un retentissement international inédit et la conduite de l’Église fortement critiquée, même par Napoléon III, alors même que la France assurait alors une protection militaire auprès des États pontificaux. Pour contrer les gouvernements catholiques étrangers qui exigent la restitution de l’enfant à sa famille, celui-ci est placé discrètement dans une institution religieuse et sa mère ne pourra le voir que des années plus tard.

Une fois devenu majeur, Edgardo-Pio déclare son intention de rester catholique et même sa vocation religieuse. Il entre alors dans la Congrégation des Augustins, en France. Il est ordonné prêtre quelques années plus tard et devient « missionnaire pontifical » sillonnant Europe. Jusqu’à sa mort en 1940, il défend tenacement la position de l’Église catholique, témoigne en faveur du pape Pie IX lors des différents phases de l’instruction du procès en béatification du défunt pape qui avait tranché en faveur de la validité de son baptême et n’a de cesse de vouloir convertir les membres de sa famille qu’il peut à nouveau rencontrer.

 

Une doctrine conservatrice

220px-Le_Pape_Pie_IX_à_Rome

Contrairement à ce qui avait été envisagé en début de pontificat, Pie IX développe après la révolution de 1848 une doctrine particulièrement conservatrice, voire sur certains points réactionnaire

Le pontificat de Pie IX correspond à une réaction de rejet à l’égard de l’évolution libérale des sociétés européennes et plus largement des idées nées de la Révolution qu’il décide de combattre après 1848. L’industrialisation qui s’accélère au cours du siècle voit se développer en Europe occidentale une classe ouvrière déracinée : né en dehors de toute influence religieuse, le prolétariat est tenté par le socialisme. La politique de Pie IX comme chef d’État et son enseignement comme pape sont empreints d’une grande hostilité à l’égard des idées modernes (libéralisme, matérialisme, socialisme, rationalisme et de ceux qui les diffusent, en particulier les francs-maçons, regardés comme responsables de l’évolution libérale et laïque des États européens.

 

La condamnation de Renan

L’exégèse historico-critique de la Bible que développe Ernest Renan à la suite des théologiens allemands étant incompatible avec la foi catholique. Pie IX condamna avec une extrême violence les travaux de cet écrivain sur l’Histoire des origines du christianisme, en particulier sa Vie de Jésus (1863), qui crée un scandale retentissant.

Le rationalisme et les idéologies scientiste et positiviste sont condamnées à partir de 1864.

 

La condamnation du modernisme

L’encyclique Quanta cura, le 8 décembre 1864, condamne violemment les « hérésies et erreurs qui souillent l’Église et la Cité », comme le socialisme et le communisme, mais également le « délire » (selon l’expression de Grégoire XVI) de la liberté de conscience et de culte et autres « opinions déréglées » et « machinations criminelles d’hommes iniques » parmi lesquelles la séparation du temporel et du spirituel et l’école laïque. Il précise que « là où la religion a été mise à l’écart de la société civile (…) la pure notion même de justice et du droit humain s’obscurcit et se perd, et la force matérielle prend la place de la véritable justice ». Il attaque également implicitement une certaine conception de la liberté de la presse, lorsque « les ennemis acharnés de notre religion, au moyen de livres empoisonnés, de brochures et de journaux répandus par toute la terre, trompent les peuples, mentent perfidement, et diffusent toutes sortes d’autres doctrines impies ». Pie IX souligne que « non contents de mettre la religion à l’écart de la société, ils veulent même l’écarter de la vie privée des familles. En effet enseignant et professant l’erreur très funeste du communisme et du socialisme, ils affirment que la société domestique ou la famille emprunte au seul droit civil toute sa raison d’être. »

 

Le catholicisme social

Hostile au capitalisme libéral, le pape soutient les premières initiatives du catholicisme social qui se développe contre le libéralisme industriel, inspiré par les initiatives de l’évêque de Mayence Wilhelm Emmanuel Freiherr von Ketteler, insistant notamment sur l’obligation d’un salaire décent pour les familles, de l’interdiction du travail des mineurs et l’obligation du repos dominical.

 

La condamnation du rationalisme et de la liberté de pensée

Dans le Syllabus, Pie IX condamne explicitement le rationalisme, la liberté d’opinion, la liberté de culte et la séparation de l’Église et de l’État.

En 1864, Pie IX explique le rôle qu’il entend assigner à l’école : « Les écoles populaires sont principalement établies en vue de donner au peuple un enseignement religieux, de le porter à la piété et à une discipline morale ».

Pie IX aurait déclaré que la théorie darwinienne était « le doigt du démon ».

 

La condamnation de la franc-maçonnerie

Avec l’exhortation apostolique Multiplices inter, publiée par le pontife le 25 septembre 1865, il condamne la participation des catholiques aux loges maçonniques.

 L’esclavage

Malgré le ralliement de Grégoire XVI à l’abolitionnisme en 1839, une instruction du Saint-Office, pendant le pontificat de Pie IX, déclare en 1866 : « L’esclavage, en lui-même, n’est dans sa nature essentielle pas du tout contraire au droit naturel et divin, et il peut y avoir plusieurs raisons justes d’esclavage. » Cette déclaration est une réponse à propos de la coutume de l’esclavage dans certaines parties de l’Afrique.

 

Les proclamations dogmatiques

 Le dogme de l’Immaculée Conception et les apparitions de Lourdes

Bernadette_Soubirous_en_1861_photo_Bernadou_2

Le 8 décembre 1854, Pie IX proclame, dans sa bulle Ineffabilis Deus, le dogme de l’Immaculée Conception. Il définit solennellement, en vertu de sa suprême autorité apostolique, que la bienheureuse Vierge Marie a été exempte du péché originel. L’Immaculée Conception ne doit pas être confondue, comme cela est souvent le cas, avec la conception virginale de Jésus, dans le Mystère de l’Incarnation.

Trois ans plus tard, entre le 11 février et le 16 juillet 1858, une jeune Lourdaise illettrée Bernadette Soubirous affirmera avoir vu « une belle dame », dans la petite grotte de Massabielle à Lourdes, qui lui dit (aquerò c’est-à-dire cela dira la jeune fille) en occitan gascon :  « Que sòi era Immaculada concepcion ». Les apparitions seront reconnues par l’Église en 1862 et Lourdes devient rapidement un des pèlerinages les plus importants du monde catholique tandis que Bernadette entre chez les Sœurs de la Charité de Nevers.

 

La fête du Sacré-Cœur

C’est en 1856 que la fête du Sacré-Cœur est étendue à toute l’Église catholique et inscrite dans le calendrier liturgique universel.

 Le concile Vatican I : proclamation du dogme de l’infaillibilité pontificale

800px-Vatican-assemblee-1870-119120_2 (2)

En 1867, Pie IX convoque le concile Vatican I, qui s’ouvre le 8 décembre 1869. Malgré les résistances d’une minorité les Pères conciliaires votent, le 18 juillet 1870, la constitution apostolique Pastor æternus qui définit l’infaillibilité du Pontife romain (le pape), lorsque celui-ci se prononce, solennellement et ex cathedra, en vertu de sa charge apostolique, sur un point de doctrine concernant la foi ou les mœurs. Les travaux du concile, son principal objectif atteint, sera suspendu sine die par Pie IX au moment de la guerre d 1870 entre la France et la Prusse. L’infaillibilité pontificale en soi est souvent confondue avec sa proclamation dogmatique intervenue finalement en 1870. En effet, le fait que le pape de Rome, en tant que successeur de l’apôtre Pierre, est infaillible en matière de foi ou de jugement sur les mœurs, cela a toujours fait partie de la foi de l’Église depuis les temps apostoliques. La proclamation dogmatique de 1870 est seulement venue confirmer de jure (juridiquement) ce que les fidèles de l’Église avaient toujours cru de facto depuis l’origine de celle-ci.
En 1875, Pie IX invite également tous les fidèles à consacrer leur vie au Sacré-Cœur, le cœur charnel de Jésus symbole de l’amour de Dieu pour les hommes. Paris construit déjà à cette époque sa basilique du Sacré-Cœur édifice expiatoire pour les crimes qu’a commis la Commune.

Une question essentielle fait rapidement surface. À savoir si, et en quoi le pontife était infaillible quand il publia l’encyclique du Syllabus.

Certains comme le journaliste français Louis Veuillot, acceptaient et soutenaient l’infaillibilité non seulement en matière de dogme mais également pour chaque parole prononcée par le pontife. D’un autre côté, d’autres comme Mgr Dupanloup, concevaient qu’il pouvait être vrai que l’infaillibilité soit principalement dévolue au pape, qu’il était très complexe de la définir exactement et surtout qu’il n’était pas sage de vouloir le faire.

C’est ainsi que le concile Vatican se trouva partagé en deux groupes principaux : une majorité qui désirait établir une définition de l’infaillibilité du pape et une minorité qui s’opposait à toute définition. C’est finalement la majorité, soutenue par le pape, qui l’emporta. Cependant la minorité dirigée par Mgr Dupanloup ne manqua pas d’influence dans la rédaction de cette définition puisque telle que rédigée, elle limitait étroitement la nature de l’infaillibilité (ex cathedra comme sus-cité).

Mode de vie personnel

Pie IX commençait sa journée à six heures du matin par une heure d’oraison, puis célébrait la messe à sept heures dans sa chapelle privée, suivie d’une autre messe à laquelle il assistait en action de grâces. Après le petit déjeuner, commençaient alors les audiences. Il recevait aussi bien de hauts personnages que de simples fidèles, les foules de visiteurs étant beaucoup moins nombreuses qu’à l’époque actuelle. Le jeudi était réservé aux pétitions des Romains et tous les quatorze du mois, le pape recevait en audience publique ceux qui le désiraient.

Pie IX prenait son déjeuner à deux heures de l’après-midi de façon frugale et toujours terminé par un fruit, selon l’habitude maternelle. Il faisait en suite une promenade dans les jardins du Vatican, ou ceux du Quirinal s’il s’y trouvait, ou, avant la prise de Rome, faisait une courte promenade en attelage dans les rues avoisinantes. Il rentrait ensuite au palais du Quirinal (aujourd’hui résidence du président de la République italienne) pour travailler à son bureau. Après le dîner, il avait souvent un entretien avec son confesseur et se rendait devant le tabernacle de sa chapelle privée pour une longue méditation à genoux. Il aimait particulièrement la prière de la Couronne des Douze Étoiles composée par saint Joseph Calasanz, évoquant la Vierge Marie indemne du péché originel, habitude qu’il avait depuis le temps de ses études chez les pères piaristes.

Sa mort

800px-Pius_IX_-_funeral (1)

Pie IX est mort au Vatican, le 7 février 1878, à l’âge de 85 ans d’une crise d’épilepsie. Au cours du transfert de sa dépouille vers la basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs, des laïcs extrémistes s’affrontent aux fidèles et veulent jeter son cercueil dans le Tibre en criant « Al fiume il Papa porco… ! » (« Au fleuve le Pape porc !… »). Ce climat passionnel s’atténue au cours des années suivantes.

Le pape aurait pu être inhumé dans les grottes vaticanes, sous la basilique Saint-Pierre. Mais ce fut sa volonté expresse de l’être en la basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs, dans le territoire de son diocèse romain. Sa dépouille mortelle fut gardée un court délai au cimetière de Campo Verano, voisin de la basilique, le temps que l’on y aménage son tombeau. Celui-ci se trouve désormais dans la chapelle située en contre-bas du chœur de la basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs, dans un cercueil de verre, revêtu du complet habit papal de chœur (soutane blanche, rochet blanc, mozette pourpre bordée d’hermine, étole papale et camauro Le 6 avril 2000, sur ordre du pape Jean-Paul II, il fut procédé par une équipe scientifique et ecclésiastique à l’ouverture du cercueil du pape Pie IX et à l’examen de sa dépouille mortelle dans le cadre de son procès en béatification.

Tomb_of_Pope_Pius_IX (1)

Pie IX eut le plus long pontificat de l’histoire de la papauté (soit plus de 31 ans, de 1846 à 1878), avant Jean-Paul II (1978-2005) et Léon XIII (1878-1903). Il est béatifié en même temps que le pape Jean XXIII le 3 septembre 2000 par Jean-Paul II, non sans que cette béatification ait entraîné des polémiques

 

Bibliographie

Ferdinand Denis, « Voyage de D. Giovanni Mastal dans l’Amérique du Sud (1823-1824) », in Le Tour du monde : nouveau journal des voyages, publié sous la direction de M. Édouard Charton et illustré par nos plus célèbres artistes, Librairie Hachette, 1er semestre 1860, pp. 226-240

Yves Chiron, Pie IX, pape moderne, Bitche, Clovis, 1995 (réédition en 2006) 

Id.Pie IX et la franc-maçonnerie, Niherne, éd. BCM, 2000 .

Id.Pie IX face à la modernité, Bitche, éditions Clovis, 2016.

Paul Christophe, Roland Minnerath, Le Syllabus de Pie IX, Paris, Cerf, 2000 

Gérard Da Silva, L’Affaire Mortara et l’antisémitisme chrétien, Paris, Éditions Syllepse, 2008 

Yves-Marie Hilaire (dir.), « Pie IX, le dernier souverain des États de l’Église » in Histoire de la papauté : 2000 ans de mission et de tribulations, Points/Histoire, 2003 

David Kertzer (traduit par Nathalie Zimmermann), Pie IX et l’enfant juif : l’enlèvement d’Edgardo Mortara, Paris, Perrin, 2001).

« Pie IX », dans Philippe Levillain (dir.), Dictionnaire historique de la papauté, Paris, Fayard, 1994 

 

 

CONCILE VATICAN I (1869-1870), EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, INFAILLABILITE PONTIFICALE, JOHN O'MALLEY (1927-....), PIE IX (pape ; 1792-1878)

Le Concile Vatican I par John O’Malley

Le Concile Vatican I : Le pape est-il infaillible ? : La construction de l’Eglise ultramontaine (1869-1870)

John O’Malley

Namur,  Lessius,  2019. 262 pages.

Design-sans-titre-27

 

Présentation de l’éditeur

Le but principal du concile Vatican I consista à définir le dogme de l’infaillibilité pontificale.
L’auteur nous fait pénétrer dans les débats du concile avec son humour habituel et comme si ces débats, plus actuels que l’on ne pense, se déroulaient sous nos yeux.

Avec ce volume, John O’Malley clôt sa trilogie sur les trois derniers conciles : L’événement Vatican II (2011) et Le Concile de Trente : ce qui s’est vraiment passé (2013). Le but principal du concile consista à définir le dogme de l’infaillibilité pontificale. Le pape de l’époque, Pie IX, avait publié en 1864 le Syllabus, texte officiel dans lequel il condamnait entre autres les idées modernes et la  » liberté de conscience « . Pie IX revendiquait aussi dans le Syllabus la suprématie du fait religieux sur l’ordre temporel. Dix ans auparavant, le 8 décembre 1854, Pie IX avait défini ex cathedra le dogme de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, sans réunir un concile comme il est d’ordinaire pour les questions concernant les dogmes.
Au bout de débats parfois houleux, le 18 juillet 1870, le concile, à une écrasante majorité, affirme la primauté universelle du pape comme de droit divin et définit que l’infaillibilité pontificale est une vérité de foi divinement révélée. Cette infaillibilité est strictement et précisément délimitée : elle concerne le cas où le pape, en vertu de sa charge et en matière de foi ou de morale, prononce solennellement et ex cathedra qu' » une doctrine doit être tenue par toute l’Église « . Le monde catholique suivit dans son ensemble.
La singularité du regard de John O’Malley consiste à nous faire participer à tous les débats, tractations, conciliabules, non seulement théologiques mais politiques. Il met en particulier en valeur les débats qui eurent lieu en France entre partisans d’une Église gallicane et ceux d’une Église totalement soumise à Rome ( » ultramontaine « ). L’auteur nous fait pénétrer dans ces débats avec son humour habituel et comme si ces débats, plus actuels que l’on ne pense, se déroulaient sous nos yeux.

Biographie de l’auteur

John O’Malley, jésuite nord-américain, est professeur à l’université de Georgtown (Washington). Il est spécialisé dans l’histoire de l’Église. Lessius a publié de lui avec succès L’événement Vatican II (2011) et Le Concile de Trente : ce qui s’est vraiment passé (2013).

^^^^^^^^^^^^^^^^^^

Analyse

Pour le dernier volet d’un triptyque sur les derniers conciles (Concile de Trente, Vatican I et Vatican II), l’auteur reste fidèle à sa méthode : à sa savoir qu’avant d’entrer dans le Concile proprement dit il en expose tout d’abord le contexte et les enjeux.

Ainsi si il est bien question du Concile Vatican I qui doit débattre de l’infaillibilité pontificale, John O’ Malley démontre en remontant loin en arrière que le combat se joue entre deux façons de se situé par rapport à la papauté : il s’agit du gallicanisme qui défend les intérets et les prérogatives de l’Eglise de France face à une vision « ultramontaine » de la papauté c’est-à-dire soumise à Rome et donc au Pape. Après la Révolution, par journaux interposés l’on verra les deux camps s’affronter violemment (en France sous la plume de Louis Veuillot sans le journal L’Univers, dans la Civita Cattolica, journal jésuite italien). Dans ce contexte de politique intérieure il faut ajouter les tensions de politique extérieure : le réveil des nationalités dans chaque empire (Allemagne, Autriche, Italie) et les menaces qui en découlent. Il ne faut pas oublier non plus un changement de mentalité : c’est à cette époque que l’on vit surgir une nouvelle manière de faire de l’exégèse : c’est ce que l’on appelle l’exégèse historico-critique dont le chantre sera en France Ernest Renan avec sa Vie de Jésus.

C’est donc dans ce climat que le Pape Pie IX réunit le 8 décembre 1869 un Concile Œcuménique pour débattre des problèmes de l’Eglise catholique dans un monde en pleine mutation. Bien vite l’on va assister à un affrontement entre une majorité d’évêques ultramontains (avec comme chef de file Mgr Manning, archevêque de Westminster) et une minorité gallicane (où se remarquent surtout Mgr Dupanloup, évêque d’Orléans, et Mgr Darboy, archevêque de Paris, pour la France). Finalement la majorité ultramontaine va l’emporter et le dogme de l’infaillibilité pontificale sera voté à une large majorité.

Ce dogme sera bien admis dans l’ensemble du monde catholique. Mais une partie des catholiques provoqueront un chisme en ne reconnaissant le nouveau dogme : ils constitueront ce que l’on appelle l’Eglise des « Vieux catholiques ». Il est d’ailleurs dommage que l’auteur ne mentionne pas les conséquences d’un Concile qui a marqué l’Eglise catholique jusque dans la première moitié du XXè siècle.

Ce Concile fut interrompu en 1870 à cause de la Guerre de 1870 entre la France et la Prusse et du fait également de l’unification italienne privant le Vatican de ses Etats pontificaux. De ce fait le Concile ne reprit jamais, mais jamais clôturé il le fut seulement quand Jean XXIII convoqua le Concile Vatican II en 1962.

©Claude-Marie T.

 

^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^

Rencesion de la revue Etudes (Janvier 2020)

Dernier volet d’un triptyque sur les trois derniers conciles (Trente, Vatican I et Vatican II), cet ouvrage n’est pas un traité de théologie visant à justifier par les Écritures la primauté juridictionnelle de l’évêque de Rome et le dogme de l’infaillibilité pontificale en matière de foi. C’est une étude de la lutte séculaire qui a longtemps opposé le cléricalisme catholique et la modernité. Le rationalisme individualiste formulé au XVIIsiècle, inscrit dans les théories du contrat social et dans l’affirmation des droits humains au siècle suivant, a nourri les mouvements politiques qui ont, au XIXsiècle, contesté le pouvoir centralisé de l’Église romaine. En réaction au gallicanisme, agité comme un chiffon rouge, les mouvements de pensée ultramontains ont défendu la nécessité philosophique et politique de la monarchie pontificale. Joseph de Maistre en France, Edmund Burke en Irlande, Henry Edward Manning en Angleterre ont, chacun à sa façon, traduit en termes politiques la théologie de Robert Bellarmin touchant l’unité juridictionnelle et l’uniformité doctrinale dans l’Église. L’auteur souligne aussi le rôle qu’ont joué la presse de l’époque et les manœuvres des opposants, au demeurant fortement minoritaires et mal organisés, ce qui nous vaut quelques récits croustillants. En contrepoint, on pourra relire du même auteur L’événement Vatican II (Lessius, 2011), ou même Mon journal du Concile d’Yves Congar (Cerf, 2002) : le dernier concile eut une histoire tout aussi mouvementée que le précédent, mais aboutit à une ecclésiologie moins autocratique.

 

Numéro Etudes, janvier 2020.

https://www.revue-etudes.com/article/le-concile-vatican-i-par-john-o-malley-22368

^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^

Recension parue dans le Journal La Croix

En 2011, juste avant le début des célébrations du cinquantenaire du concile de Vatican II, paraissait la traduction en langue française  de L’événement Vatican II (Lessius), ouvrage  qui reste encore aujourd’hui un des meilleurs sortis sur le sujet. Son auteur était  le jésuite américain O’Malley, né en 1927, ancien professeur de théologie et d’histoire ecclésiastique à l’université de Georgetown. Suivit deux ans après un autre volume sur le concile de Trente, toujours très intéressant. Il y avait donc une certaine logique à ce qu’il publiât un troisième, cette fois sur le court concile de Vatican I, interrompu, on le sait, par les évènements politiques de l’époque, quand, le 2 septembre 1870, Rome fut prise par les troupes du Royaume d’Italie.

 

Dissensions

Au moment où s’ouvre le concile, les  évêques français (88 sur 700 prélats présents), qui représentent le deuxième contingent, après bien sûr les Italiens, sont assez divisés sur la question de l’infaillibilité pontificale, certains étant très favorables, comme Mgr Pie, évêque de Poitiers, d’autres opposés, à des degrés divers, comme Mgr Dupanloup, évêque d’Orléans, ou Mgr Darbois, archevêque de Paris. Ce qui est surtout détaillé dans cet ouvrage qui se lit comme un roman d’aventures, c’est la manière dont les infaillibilistes, le pape à leur tête, avancent leurs pions, de manière autant méthodique qu’intransigeante.

On doit reconnaître que le jésuite ne donne pas le beau rôle à Pie IX lui-même, qui semble dans cette affaire ne pas jouer le jeu de la communion dont il est pourtant normalement le garant. En effet, le pape n’a pas vraiment cherché le moindre compromis avec la minorité qui, se sentant prise au piège, a préféré partir et, ainsi, la veille du vote, une soixantaine d’évêques quittèrent Rome pour ne pas avoir à voter ! Ainsi, le 18 juillet 1870, fut adopté le fameux paragraphe où il est dit ceci : « Le pontife romain, lorsqu’il parle ex cathedra, c’est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu’une doctrine, en matière de foi ou de morale, doit être admise par toute l’Église, jouit par l’assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue l’Église, lorsqu’elle définit la doctrine sur la foi ou la morale. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables de par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l’Église ». Peu après, les troupes italiennes entrèrent dans Rome, ce qui mit un point final au concile et quand, début 1959, Jean XXIII annonça un concile, il l’appela très vite Vatican II, pour bien montrer que ce n’était pas la continuation de Vatican I…

Foi et raison

Il est vrai que ce dernier est surtout connu pour son vote sur l’infaillibilité du pape.  Pressentant, à juste titre, que le temps était compté, la majorité conciliaire, avec le soutien du pape, avait fait en sorte que ce point-là soit étudié et voté avant même tout ce qui avait été préparé et la  constitution Pastor aeternus, un texte bien construit sur l’Église en quinze chapitres, n’a donc jamais été votée par les pères conciliaires, sauf son onzième chapitre, intitulé « La primauté du pontife romain », qui comprenait à l’origine trois paragraphes, auxquels fut rajouté un quatrième justement intitulé « L’infaillibilité du pontife romain »…

Pour autant, et cela se sait moins, le concile avait pourtant bien voté une autre constitution, entièrement cette fois-ci, Dei Filius, promulguée par le pape le 24 avril 1870, qui étudiait les rapports entre foi et raison. « Les quatre chapitres traitaient tous des différents aspects d’une même question : est-ce que Dieu peut être connu, et comment ? », dit de manière synthétique John O’Malley.

Le lecteur reste ici un peu sur sa faim et regrette que ce dernier expédie en seulement deux pages son commentaire de ces quatre chapitres car, tout de même, Dei Filius faisait preuve, déjà, d’une réflexion certaine sur la question qui marquait l’époque depuis les Lumières, à savoir celle justement du rapport entre la raison et la foi, et sera une étape vers le grand texte Dei Verbum, votée presque un siècle plus tard, sans parler de l’encyclique, certes à l’autorité doctrinale moindre, promulguée par Jean-Paul II en 1998 et dont le titre est précisément Fides et ratio

Sur un point précis, on sait que Dei Verbum dit très clairement que l’Écriture et la Tradition « jailliss(ent) d’une même source divine », alors que la formulation de Dei Filius était plus vague, disant seulement que la « révélation surnaturelle est contenue (…) dans les livres écrits et les traditions non écrites », ce qui pouvait conforter les tenants des deux sources… Dommage que O’Malley, dans son trop court commentaire, n’ait pas même un seul mot sur cette question !

Enfin, dernier petit reproche : alors que notre auteur s’est si longuement étendu en début d’ouvrage sur les préliminaires du concile, on peut regretter qu’il s’arrête assez brusquement, sans seulement une ligne sur les conséquences du vote de l’infaillibilité, en particulier sur les remous que cela a pu occasionner parmi quelques-uns qui restèrent opposés au nouveau dogme, surtout dans la sphère germanophone, comme Ignaz von Dölinger (1799-1890), dont il est largement question dans ce livre, et d’autres qui formeront l’Église (schismatique) vieille-catholique (ou Union d’Utrecht)…

 

https://livre-religion.blogs.la-croix.com/histoire-les-enjeux-theologiques-et-politiques-du-concile-vatican-i/2019/11/14/

BENOIT XVI, DES PROFONDEURS DE NOS COEURS, EGLISE CATHOLIQUE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, PRETRE, PRETRES, ROBERT SARAH, SACERDOCE

Des profondeurs de nos coeurs

Benoit XVI, Cardinal Robert Sarah

Des profondeurs de nos cœurs

Paris, Fayard, 2020. 172 pages.

 

Retour  sur une polémique au sujet de la parution de cet ouvrage

9782213716947-001-T

Présentation de l’éditeur

Les débats qui agitent l’Église depuis plusieurs mois ont convaincu Benoît XVI et le cardinal Robert Sarah qu’ils devaient s’exprimer.
Depuis sa renonciation, en février 2013, la parole du Pape émérite est rare. Il cultive le silence, protégé par les murs du monastère Mater Ecclesiae, dans les jardins du Vatican.
Exceptionnellement, en compagnie du cardinal Sarah, son grand ami, il a décidé d’écrire sur le sujet le plus difficile pour l’Église : l’avenir des prêtres, la juste définition du sacerdoce catholique et le respect du célibat.
À quatre-vingt-douze ans, Benoît XVI signe un de ses plus grands textes. D’une densité intellectuelle, culturelle et théologique rare, celui-ci remonte aux sources du problème : « Au fondement de la situation grave dans laquelle se trouve aujourd’hui le sacerdoce, écrit-il, on trouve un défaut méthodologique dans la réception de l’Écriture comme Parole de Dieu. »
À son analyse implacable répond le texte du cardinal Robert Sarah. Il apporte son éclairage singulier avec la force, la radicalité et la sagesse qui lui sont propres. Nous y retrouvons le courage de la réflexion de l’un des plus importants prélats de l’Église.
Les deux auteurs se répondent, se complètent et se stimulent. Ils livrent une démonstration parfaite, sans crainte d’ouvrir le débat.

Benoît XVI et le cardinal Robert Sarah ont répondu à l’élan de leurs cœurs. Ce livre fera date. À bien des égards, il est unique. Et, certainement, historique.

Livre sur le célibat sacerdotal : une mise au point de Mgr Gänswein, Préfet de la Maison pontificale et secrétaire du Pape émérite Benoît XVI

Le préfet de la Maison pontificale, qui est aussi le secrétaire particulier du Pape émérite, a déclaré que Benoît XVI n’avait pas donné l’autorisation pour une double signature, comme co-auteur, du livre du cardinal Sarah intitulé “Des profondeurs de nos cœurs”.

Mgr Georg Gänswein, préfet de la Maison pontificale et secrétaire particulier du Pape émérite, a laissé aux agences KNA et Ansa une déclaration concernant le livre du cardinal Robert Sarah sur le célibat sacerdotal, avec une contribution de Benoît XVI, censé sortir demain en France aux éditions Fayard.

«Je peux confirmer que ce matin, sur l’indication du Pape émérite, j’ai demandé au cardinal Robert Sarah de contacter les éditeurs du livre en les priant de retirer le nom de Benoît XVI comme co-auteur du livre, et de retirer aussi sa signature de l’introduction et des conclusions.»

«Le Pape émérite savait en effet que le cardinal était en train de préparer un livre, et il lui avait envoyé un bref texte sur le sacerdoce en l’autorisant à en faire l’usage qu’il voulait. Mais il n’avait approuvé aucun projet pour un livre à double signature, ni n’avait vu et autorisé la couverture. Il s’agit d’un malentendu, sans mettre en doute la bonne foi du cardinal Sarah», a précisé le préfet de la Maison pontificale.

Ce livre avait été interprété par certains comme une attaque dirigée contre le Pape François, à l’approche de la publication de l’exhortation post-synodale sur l’Amazonie. En octobre dernier, le Document final du Synode avait envisagé la possibilité d’ordonner des hommes mariés afin de répondre aux besoins spécifiques de la région. Cette proposition n’avait toutefois pas été évoquée par le Pape dans son discours conclusif. À plusieurs reprises, le Pape François s’est montré très prudent et réservé quant à cette option.

 

https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2020-01/livre-benoit-xvi-cardinal-sarah-mise-au-point-mgr-gaenswein.html

Le pape émérite Benoît XVI n’a pas « co-signé » le livre sur le célibat sacerdotal

Démenti de son secrétaire Mgr Gänswein

Benoît XVI n’est pas le co-auteur du livre Des profondeurs de nos cœurs signé par le cardinal Robert Sarah en défense du célibat sacerdotal. Il a « pris ses distances de la paternité de ce livre » dont la teneur a fait couler beaucoup d’encre, déclare son secrétaire particulier Mgr Georg Gänswein à la veille de sa publication (le 15 janvier 2020 en français).

Le pape émérite, précise Mgr Gänswein à l’agence autrichienne Kathpress, a demandé que l’éditeur (Fayard) supprime son nom et sa photo de la couverture du livre, et que sa signature soit enlevée également de l’introduction et des conclusions, auxquelles il n’a « pas collaboré ». En revanche, le texte contenu dans l’ouvrage est de lui. Il a été écrit à l’été 2019 – avant le synode sur l’Amazonie qui a soulevé la question de l’ordination d’hommes mariés – et mis à disposition du cardinal Sarah.

Ainsi le pape émérite « savait que le texte devait apparaître dans un livre », sans en connaître le programme éditorial et sans signer aucun droit avec Fayard. Pour Mgr Gänswein, il s’agit d’un « malentendu », « sans remettre en cause la bonne foi du cardinal Sarah ».

Le préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements a publié un tweet confirmant cette demande de Benoît XVI : « Considérant les polémiques qu’a provoquées la parution de l’ouvrage Des profondeurs de nos cœurs, il est décidé que l’auteur du livre sera pour les publications à venir : Card Sarah, avec la contribution de Benoît XVI. En revanche, le texte complet demeure absolument inchangé. »

Le cardinal Sarah a également publié trois lettres d’une correspondance avec le pape émérite, apportant des détails sur sa contribution. Dans la première, datée du 20 septembre 2019, Benoît XVI confie qu’il a « commencé à écrire quelques réflexions sur le sacerdoce » mais que, sentant ses forces faiblir, il a interrompu son travail.

Il annonce qu’il reprend la plume après la demande « inattendue » du préfet concernant « un texte sur le sacerdoce, avec une attention particulière au célibat ». « Je vous laisse le soin de voir si ces notes dont je sens fortement l’insuffisance, ajoute-t-il, peuvent avoir quelque utilité. »

Le pape émérite a ensuite transmis son texte le 12 octobre 2019. Puis le 25 novembre, il écrit à nouveau en remerciant le cardinal : « J’ai été profondément touché par la façon dont vous avez compris mes intentions ultimes. J’avais écrit sept pages d’éclairage méthodologique sur mon texte et je suis heureux de dire que vous avez su dire l’essentiel en une demi-page. »

Benoît XVI autorise alors à publier son texte, vraisemblablement sans savoir que son nom serait indiqué en co-auteur de l’ouvrage.

https://fr.zenit.org/articles/celibat-sacerdotal-benoit-xvi-na-pas-co-signe-le-livre-du-card-sarah/

communique-sarah

srp_celibat-sacerdotal

 

CONCILE VATICAN I (1869-1870), EGLISE CATHOLIQUE, JOHN HENRY NEWMAN (1801-1890), LETTRE AU DUC DE NORFOLK, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

Lettre au duc de Norfolk par John Henry Newman

 

Lettre au duc de Norfolk 

John Henry Newman

Paris, Ad Solem, 2017. 400 pages

31j0hQdc92L._SX290_BO1,204,203,200_

Présentation de l’éditeur

En 1870, le concile Vatican I définissait le dogme de l’infaillibilité pontificale. Cette définition prit place après plusieurs années de luttes et de débats théologiques dans l’Eglise. Pour les adversaires de cette définition, c’était l’Eglise qui était infaillible; pour les partisans, c’était le Pape; le concile arriva à une formule équilibrée, mais qui, à l’intérieur de l’Eglise, fût interprétée diversement, tantôt d’une manière maximaliste : tout ce que dit le Pape est infaillible, tantôt de manière réductrice. Hors de l’Eglise, l’infaillibilité fût perçue par les pays de confession protestante comme une agression politique pure et simple. Gladstone, le Premier ministre britannique, publia plusieurs pamphlets contre le nouveau dogme: d’un point de vue politique, les catholiques étaient selon lui tenus en conscience d’obéir au Pape avant d’obéir à la Couronne (protestante) d’Angleterre. Ils étaient désormais des traîtres potentiels à la nation. On fit appel à Newman pour lui répondre aux noms des catholiques anglais. Avant le concile, Newman avait estimé que la définition de l’infaillibilité était inopportune. Quand celle-ci fut proclamée, et qu’il constata que ses termes étaient mesurés, il s’employa à la défendre loyalement. La lettre au Duc de Norfolk est un chef d’œuvre  de finesse humaine et de rigueur théologique. Elle nous montre aujourd’hui, après Vatican II, quelle attitude doit-elle celle d’un catholique après un concile. Entre les deux tendances qui divisent toujours l’Eglise aujourd’hui: ultra doctrinaires d’un côté et catholiques libéraux de l’autre, elle dessine la voie d’une foi raisonnée et d’une fidélité au magistère éprouvée.

 

Biographie de l’auteur

Traduit de l’anglais par le P. Bernard Dupuy, op. Préface de Mgr Charles Morerod, évêque de Lausanne, Fribourg et Genève, directeur émérite de la Commission théologique international et ancien recteur de l’université de l’Angelicum à Rome.

^^^^^^^^^^^^^^^^

Quand John Henry Newman donna au Premier ministre britannique une leçon sur la conscience

“La conscience a des droits parce qu’elle a des devoirs. »

Dans une culture moderne qui part à la dérive, il est bon de se voir rappeler le Vrai, le Bien et le Beau. Dans une ère de contrevérité, savoir ce qui est vrai, aide à accomplir ce qui est juste.

Le Premier ministre W.E. Gladstone (1809-1898), avait lancé une remarque acerbe contre les catholiques de l’Empire britannique. Craignant que prêter allégeance à l’Église de Rome ne puisse entraîner un risque de traîtrise, il déclarait : « Personne ne peut se convertir sans renoncer à sa liberté morale et mentale ».

Ce n’était pas la première fois que cela se produisait, et ce n’allait pas être la dernière. Le prêtre catholique anglais John Henry Newman a donc été contraint de répondre. Dans sa Lettre au Duc de Norfolk en 1875, il fait la leçon au Premier ministre sur la vraie « liberté morale et mentale » des fidèles catholiques. La lettre est en fait un brillant traité sur la conscience catholique.

Devenu Créateur, [Dieu], a mis une parcelle de Lui-même dans toutes ses créatures douées de raison. La Loi divine est l’autorité souveraine, irréversible, absolue devant les hommes et les anges.

La conscience est un messager de [Dieu], qui nous parle derrière un voile et nous enseigne. Et même si l’Église devait disparaître, ce principe sacerdotal continuerait à s’appliquer.

Ces mots ne sont aujourd’hui que verbiage pour le monde de la philosophie. Il y a toujours eu une conspiration contre les droits de la conscience, tels que je les ai décrits. Les écrivains publics ont endoctriné les esprits de nombreux lecteurs avec les théories subversives de leurs revendications. L’intellect intervient pour saper les fondations d’un pouvoir que l’épée n’a pu détruire. La conscience existe chez l’homme primitif et son dictat n’est qu’imagination ; la notion de culpabilité que ce dictat fait respecter, est simplement… irrationnelle

Dans l’esprit populaire, « la conscience » n’a pas le sens véridique, catholique du mot.

Quand les hommes parlent des droits de la conscience, ils parlent du droit de réfléchir, d’agir, sans penser à Dieu. Ils ne prétendent nullement agir selon une règle morale, mais demandent que chacun soit son propre maître en tout et professe ce qui lui plaît, sans demander d’autorisation. La conscience a des droits parce qu’elle a des devoirs ; mais actuellement, la conscience est le droit et la liberté de se passer de la conscience, de se vanter d’être au-dessus des religions. La conscience est un moniteur sévère ; remplacée aujourd’hui par une contrefaçon, qui n’existait pas auparavant : le droit de la volonté individuelle…

Les catholiques ne sont pas liés par la personnalité du Pape mais par son enseignement formel. Il incarne la morale et la conscience, sa raison d’être…

Mais, quand je parle de conscience, je parle de vraie conscience. S’opposant à l’Autorité suprême, elle doit être davantage que la contrefaçon misérable qui porte ce nom… Si cette règle était respectée, les heurts entre l’autorité du Pape et l’autorité de la conscience seraient (…) très rares.

Si je dois porter un toast à la religion — je lèverai mon verre à la conscience d’abord et au Pape ensuite.

Newman a brillamment réfuté l’attaque du Premier ministre, et appelé les catholiques à rejeter la « conscience » contrefaite tout en saluant, par la grâce de Dieu et la sagesse de l’église, la formation appropriée de la conscience.

« La conscience a des droits parce qu’elle a des devoirs. » Le Cardinal Newman le savait. Et nous ?

https://fr.aleteia.org/2016/05/11/quand-john-henry-newman-donna-au-premier-ministre-britannique-une-lecon-sur-la-conscience/

^^^^^^^^^^^^^^^^^^

La voie de la conscience chez Newman

Un génie religieux

Il y a quinze ans, le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, considérait Newman comme l’un des plus grands personnalistes du christianisme. Le cardinal théologien voyait dans son œuvre une envergure d’attention et d’examen du sujet humain qui n’avait pas été aussi présente dans l’histoire de la pensée chrétienne depuis le temps d’Augustin d’Hippone.

Il y a deux ans, le 19 septembre 2010, le même Ratzinger, désormais le pape Benoît XVI, a voulu officier personnellement lors de la béatification de John Henry Newman. Le désir du pape de présider une célébration dont lui-même avait voulu qu’elle soit déléguée à la hiérarchie des églises locales, non seulement montre l’affection personnelle que le pape nourrit envers la figure de Newman, mais elle met en évidence l’importance et l’actualité de cette figure pour toute l’Eglise.

John Henry Newman a apporté une contribution précieuse et prophétique à la foi chrétienne et à la théologie dans divers milieux. Ce n’est pas un hasard si en 1975, le pape Paul VI a défini la seconde moitié du XXème siècle et en particulier la période du concile Vatican II comme « l’heure de Newman ». Le génie religieux de Newman a élargi les perspectives et offert ses intuitions perspicaces et éclairantes à de nombreux milieux d’une grande actualité spirituelle, théologique et sociale. Que l’on pense simplement à sa théologie du laïcat, à la théorie du développement des dogmes, à la théologie de l’imagination religieuse et à la vision élargie de l’intellect (implicit reason – explicit reason).

Il est difficile de couvrir en quelques paragraphes le vaste et magnifique spectre de ce que Newman a donné à la raison théologique et au chemin de l’homme vers Dieu. Mon intention est d’inviter le lecteur à connaître Newman à partir d’un aspect fascinant de sa vision : celui du chemin de l’homme vers Dieu à partir de sa conscience, ce que Ratzinger a défini comme « la voie de la conscience » (Gewissensweg) de Newman.

En formulant l’argument de la conscience, Newman cherche une preuve qui touche la réalité de l’homme dans ce qu’il est. Les arguments classiques disent peu de choses des attributs moraux de Dieu et se concentrent davantage sur les attributs métaphysiques ; ceux-ci n’aident pas beaucoup l’homme dans sa recherche d’une rencontre qui le réconcilie avec lui-même, avec l’existence et avec Dieu. Une argumentation sur l’existence de Dieu basée seulement sur l’ontologie institue une religion basée sur la philosophie – et pour être précis, sur une certaine philosophie partiale et incomplète qui réduit l’homme à sa tête et la capacité de raisonner au syllogisme – et non sur une expérience religieuse ou spirituelle.

Il est important de préciser que Newman ne nie pas totalement la validité des arguments extérieurs sur l’existence de Dieu, mais ceux-ci, s’ils étaient considérés comme exclusifs, ne pourraient pas constituer un fondement pour l’expérience religieuse, au contraire ils prêteraient le flanc à de nombreuses critiques et deviendraient souvent des contre-preuves. Il soutient que les arguments pourraient au mieux porter à un « assentiment de notion » (« notional assent ») et à une affirmation abstraite de l’existence de Dieu. La conscience, au contraire, nous confronte directement à Dieu comme une réalité qui préexiste à notre existence et à laquelle cette dernière est relative. Pour Newman, le regard sur le monde sans l’écoute de la voix qui parle dans la conscience a, pour l’homme, deux issues extrêmes : l’athéisme ou le panthéisme. Le monde semble plutôt être le témoin de l’absence de Dieu. Le monde ne donne pas la réponse-Dieu, mais il est souvent le lieu du silence de Dieu, de l’éclipse de Dieu (la Gottesfinsternis dont parle Martin Buber).

De la même manière que les cieux proclament la gloire de Dieu et que le ciel étoilé suscite un étonnement presque religieux, les désastres naturels engendrent beaucoup de doutes et de perplexité sur l’existence de Dieu, sur sa puissance et son autorité dans le monde. Newman serait tout à fait d’accord avec M. Buckley qui affirme « C’est la conscience humaine, et non pas la nature, qui peut donner des réponses aux questions que pose la nature ».

Les arguments extérieurs sont donc pleins d’apories et de cette ambiguïté faite de contrastes violents qui caractérisent le monde et l’histoire. L’argument idéal des grades de perfections, selon Newman, ne tient pas face à l’état réel du monde qui ressemble davantage à la vague des lamentations et des malheurs des prophètes.

La conscience, elle, marque le point de rencontre entre la religion naturelle et la religion révélée. La conscience est une fissure dans l’immanence qui s’ouvre à la transcendance ; c’est une niche de révélation. Elle est « un messager de celui qui, dans la nature ou par grâce, nous parle de derrière un voile ».

Au-delà du moi, une seule autre réalité est certaine : celle de Dieu, dont la voix résonne dans le témoignage de la conscience. La conscience qui invite l’homme à éviter le mal et à faire le bien fait référence à quelque chose qui dépasse la personne et implique l’existence de quelqu’un devant qui l’homme est responsable. Newman met cet argument de la conscience dans la bouche de Calixte qui, avant même de découvrir la foi chrétienne, entend l’interpellation et l’écho de Dieu dans sa conscience.

« J’entends ce Dieu au fond de mon cœur. Je m’entends en sa présence. Il me dit : Fais ceci, ne fais pas cela. Vous pouvez me dire que cette prescription est seulement une loi de ma nature, au même titre que lorsque je me réjouis ou que je suis triste. Je ne parviens pas à le comprendre. Non, c’est l’écho d’une personne qui me parle. Rien ne me convaincra à la fin qu’elle ne provient pas d’une personne extérieure à moi-même. Elle porte en elle la preuve de son origine divine. Ma nature éprouve à son endroit un sentiment semblable à ce que je peux ressentir pour une personne. Quand je lui obéis, je me sens satisfait ; quand je lui désobéis, je me sens affligé, – exactement comme ce que je ressens lorsque je fais plaisir ou que j’offense un ami cher… l’écho implique une voix ; la voix renvoie à une personne qui parle. Cette personne qui parle, je l’aime et je la crains ».

Ce passage très dense réassume tout le parcours de l’affirmation, à partir de la conscience de soi et du sens moral, du Dieu personnel et non simplement d’une loi ou de « something », en sorte que nous pouvons synthétiser ainsi toute la phénoménologie réaliste de Newman : cogito ergo sum e coscientiam habeo, ergo Deus est.

https://fr.zenit.org/articles/la-voie-de-la-conscience-chez-newman/

 

^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^

Biographie succincte du cardinal Newman

web-blessed-john-henry-newman-everett-pubic-domain-via-wikimedia-commons.jpg
.
John Henry Newman (1801-1890) a exercé son ministère comme diacre puis comme prêtre dans l’Eglise anglicane d’Angleterre, à Oxford, de 1824 à octobre 1845. Avant comme après sa conversion il est très présent auprès des étudiants et des universitaires (il fut recteur de l’Université catholique d’Irlande). Comme vicaire puis comme curé, il rejoint les paroissiens ordinaires. Après sa conversion, il s’installe à Birmingham.
Comme universitaire et chercheur il fut amené à étudier les différents courants théologiques ainsi que les conflits dans les Eglises. Par-dessus tout, il accordait la primauté à l’Ecriture et une grande place aux Pères de l’Eglise. Il reconnaitra plus tard que c’est par la lecture de leurs écrits qu’il s’est davantage tourné vers le catholicisme. Des controverses l’ont amené à davantage étudier des questions comme la mission de l’Eglise, articulant les trois fonctions prophétique, sacerdotale et royale, regrettant par exemple que Rome privilégie la fonction hiérarchique (royale) au dépens des autres, sacerdotale (culte et prière) et prophétique, celle-ci lui semblant première (enseignement) pour comprendre la mission de l’Eglise.

Il est vrai qu’au XIXème siècle l’Eglise catholique a surtout valorisé la dimension d’autorité (royale et institutionnelle) ainsi que la centralisation du Vatican (le concile Vatican I représente probablement l’apogée de ce courant). Chacune des trois fonctions peut être déformée : la fonction sacerdotale (entre superstition et formalisme ritualiste), la fonction royale (entre autoritarisme et faiblesse), la fonction prophétique (risque de tout conceptualiser).

Pourquoi Newman finit-il par quitter l’Eglise d’Angleterre pour devenir catholique romain ? C’est l’aboutissement d’un parcours et de décisions en matière de foi. Au fil du temps des changements se produisent, mais c’est l’homme tout entier qui fait sa conversion. Sans doute était-il aussi très sensible à “une voie médiane”, éloignée des absolus tels qu’il les ressentait pour les Eglises protestantes, comme pour les exagérations post-tridentines. Il lui semblait nécessaire qu’il y ait une “autorité” pour préserver le “dépôt de la foi”, afin qu’elle demeure insérée dans les changements et le mouvement de l’histoire. Ceci suppose une conception dynamique et non statique de la foi chrétienne. Pour lui, les dogmes doivent être moyens d’expression de la foi et non enfermement dans un dogmatisme stérile. : “ici-bas, vivre, c’est changer, et être parfait, c’est avoir changé souvent”, précisant de l’Eglise qu’elle “change toujours pour demeurer la même”. C’est la condition indispensable à son développement.

Newman aura sûrement influencé l’église anglicane dans les domaines comme l’autorité, l’eucharistie, la communion universelle, l’importance de l’Office divin.
Ce serait une erreur de considérer la conversion de Newman comme un “changement de camp”. On ne peut comprendre sa conversion que dans la perspective d’une continuité profonde de son existence croyante. S’il a beaucoup souffert de la séparation d’avec ses amis anglicans, il a autant souffert de subir la suspicion l’incompréhension côté catholique. La présence de Newman dans l’Eglise catholique n’était pas sans problèmes pour les autorités catholiques. Ce furent de nombreuses années sombres.

Dans la phase préparatoire de Vatican I de 1870, il fut invité comme expert théologien (peritus) par plusieurs évêques, ce qu’il refusera. Il doutait de l’utilité de vouloir définir l’infaillibilité pontificale et fut pris à partie, par la suite, dans la tourmente interprétative par les maximalistes catholiques, voulant amplifier les conséquences de la définition. En 1879, le pape Léon XIII le crée cardinal, une sorte de consécration après tant d’années de suspicions contre son œuvre. Les papes Paul VI et Jean-Paul II ont reconnu l’influence positive de Newman, Paul VI parlant du caractère prophétique de sa pensée religieuse. Sans doute le cardinal Newman avait-il perçu les questions qui se poseraient inévitablement à l’Eglise confrontée à a culture moderne, à la critique historique, à l’incroyance. Ses réponses furent inspiratrices pour le renouveau de la théologie catholique (l’œcuménisme, le rôle des laïcs dans l’Eglise, les rapports avec les religions non chrétiennes). Newman est reconnu comme théologien de la conscience, ce “lieu secret où se fait entendre en l’homme l’écho de la voix de Dieu”. Jean-Paul II dira de sa doctrine sur la conscience qu’elle est subtile et complète. On ne peut entendre ces qualificatifs que comme un éloge. Cette réflexion théologique sur la conscience est-elle partagée par tous les catholiques ?

Le pape Benoît XVI se rendra au Royaume-Uni du 16 au 19 septembre 2010. Il rencontrera la reine Elisabeth II, qui est également chef de l’Eglise anglicane, et les évêques catholiques d’Angleterre, du Pays de Galles et d’Ecosse. Il présidera à cette occasion la cérémonie de béatification du cardinal John Henry Newman.

Petite bibliographie :

Croire aujourd’hui (n° 268 de juin 2010) article sur le cardinal Newman.

Petite vie de John Henry Newman,  Beaumont, Keith, (Desclée de Brouwer 2010)

Prier 15 jours avec le cardinal Newman » (Nouvelle Cité 2005)

John Henry Newman, Chadwick, Owen, (prêtre anglican)

John Henry Newman. Un homme de Dieu, Jean Honoré

Par l’amour de l’invisible  article de Olivier de Berranger (ad solem)(articles sur Newman et de Lubac )

Article publié par Emile Hennart – Maison d’Evangile • Publié Mercredi 04 août 2010 • 9648 visites

 

AIX-EN-PROVENCE (BOUCHES-DU-RHÔNE), DIOCESE D'AIX ET ARLES (France ; Bouches-du-Rhône), EGLISE - CHAPELLE, EGLISE CATHOLIQUE, EGLISE DU SAINT-ESPRIT (AIX-EN-PROVENCE), PROVENCE

L’Eglise du Saint-Esprit à Aix-en-Provence

Eglise du Saint-Esprit à Aix-en-Provence :

Eglise-du-St.Esprit-01as

Tout ce que vous voulez savoir et voir

Eglise du Saint-Esprit à Aix-en-Provence

 

eglise-du-saint-esprit-copier-3 (1)

La façade de l’église du Saint-Esprit

 

DSC_7016.JPG

Statue de saint Roch dans sa niche (au dessus de la façade)

 

eglise-du-saint-esprit (1).jpg

Chapiteau sur un mur extérieur de l’église. 

 

IMG_20190816_152410.jpg

Les portes de l’église du Saint-Esprit 

 

13002920-aix-en-provence-interieur-de-leglise-du-saint-esprit

Intérieur de l’église après sa construction

 

142948-deutsch-heilig-geist-kirche-aix-en-provence-mittelschiff.jpg

aix-en-provence-eglise-saint-esprit-770x308

IMG_2422

 

monument_3625

L’intérieur de l’église aujourd’hui

 

142950-deutsch-heilig-geist-kirche-aix-en-provence-hauptaltar.jpg

Le maître-autel de l’église

 

IMG_20190728_172154

Grilles devant le maître-autel

 

Les tableaux

dm9uvh5w0aadvvk-1

Le retable du Parlement (1520-1525)

Assomption de la Vierge Marie

L’Assomption de la Vierge Marie (Panneau central du Retable du Parlement)

IMG_20191225_165516

IMG_20190731_120409 (1)dm9uy8pwwaebfuy (1)

Retable du Parlement : L’Annonciation au revers des panneaux

 

 

IMG_20190804_092512

La Présentation de la Vierge au Temple. François Marot (Paris, 1667-1719)

 

IMG_20190714_081330

Mort de Saint Joseph. 1783. Antoine-Gabriel Goyrand (1754-1826)

 

Dandré-Bardon_église_du_Saint-Esprit-Aix-en-Provence

Le Christ en Croix. 1731. Michel-François Dandré-Bardon (Aix, 1700 – Paris, 1783)

 

 

st_esprit_039

DSC_6832

Tableaux de Jean-Baptiste Daniel 

Jésus et les Docteurs. 1712

Le Repas chez Simon le pharisien. XVIIIè siècle

 

IMG_20190707_091109_1

L’Adoration des Coeurs de Jésus et de Marie par les Anges. XVIIIè siècle. Philippe Sauvan (Arles, 1697 – Avignon, 1792).

 

Alphonse_Angelin-.Mort_de_St_Jérôme

La Vision de Saint-Jérôme. Commande de l’Etat en 1842. Alphonse Angelin (Aix, 1814 – ap. 1850).

 

Daret-Vierge_trépassés

Vierge intercédant pour les Âmes du Purgatoire. Jean Daret

 

La chaire

6648-chaire-eglise-saint-esprit-aix-en-provence-

IMG_20190811_162049 (1).jpg

Ferroneries de la chaire à prêcher

L’Orgue des Grands Carmes

752px-Orgue_d'Aix-en-Provence,église_du_St_Esprit01

Orgue du Saint-Esprit. 1669-1676. Charles Royer, facteur d’orgue et Aldolphe Dumas, menuisier aixois pour le buffet d’orgue.

Les lustres

IMG_20190714_085008 (2)

Lustres en cristal. XIXè siècle.

Les statues

explo_3_13001_25_photo3_g

Statue du Christ Sauveur.

 

IMG_20190804_083353

Satue de saint Jean Baptiste.

 

IMG_20190728_193643

Statue de sainte Marie Madeleine

 

IMG_20190814_151555.jpg

Statue de saint Jérôme

 

2015-10-31

Statue du Sacré-Coeur de Jésus

 

caption (1).jpg

Chapelle et statue de Notre-Dame-de-Bon-Secours.

 

142952-deutsch-heilig-geist-kirche-aix-en-provence-linker-seitenaltar-4 (1).jpg

Chapelle et statue de saint Joseph

Les vitraux

st_esprit_016 (2)

Vitrail de la Pentecôte

DSC_6862

Saint Jérôme

DSC_6866

Saint Mitre, premier évêque du diocèse d’Aix

 

05_AIX-296x221

Communion de la sainte Vierge

 

st_esprit_020

Saint Antoine et saint Paul, ermites

 

DSC_6904.JPG

Croix de mission (1850)

 

IMG_20190818_091542.jpg

Bénitiers 

 

DSC_6942.JPG

europe-france-provence-alpes-cote-dazur-bouches-du-rhone-aix-en-provence-la-fontaine-baptismale-eglise-du-saint-esprit-f4d9dm

Fonds baptismaux

 

monument_3625.jpg

file:///C:/Users/tricoire/Desktop/CLAUDETTE/%C3%89glise_du_Saint-Esprit_d’Aix-en-Provence%20(4).pdf

CHJRISTIANISME, EGLISE CATHOLIQUE, FÊTES LITURGIQUES, HISTOIRE DU CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), NOËL, NOEL, PREMIER NOËL DE L'HISTOIRE (Rome, 25 décembre 336)

Le premier Noël de l’histoire : Rome, 25 décembre 336

Rome, 25 décembre 336 : le premier Noël de l’histoire

Antioche-IVe-siecle-vieil-eveque-sarrete-milieu-sermon-Lassemblee-laquelle-incredule_2_730_730

La première preuve historique d’une célébration de la naissance du Christ le 25 décembre remonte au début du IVe siècle, à Rome. La Ville d’entre les villes connaît alors un nouvel apogée sous l’impulsion d’empereurs désormais chrétiens. Mais ailleurs dans l’Empire, personne n’a entendu parler de cette fête nouvelle…

 

« Antioche, fin du IVesiècle. Un vieil évêque grec s’arrête au milieu de son sermon. L’assemblée à laquelle il fait face est incrédule, il le sent. »

Antioche, fin du IVe siècle. Un vieil évêque grec s’arrête au milieu de son sermon. L’assemblée à laquelle il fait face est incrédule, il le sent. Les arguments pesés, rationnels et savamment agencés qu’il leur présente depuis vingt-cinq minutes ne convainquent pas. Difficile de dire à quoi il le voit. Pas à l’expression des visages en tout cas, peut-être à la piètre qualité du silence, à l’agaçante répétition des quintes de toux. Mais ce sont là des unités de mesure bien relatives. Sans doute est-ce plus simplement quelque chose que tous les prêtres ressentent avec l’expérience. L’instinct des prédicateurs.

L’usage veut qu’on raccourcisse toujours un peu les homélies les jours de fête

C’est la septième fois qu’il consacre un sermon à la Nativité du Christ. Et cette fois, son homélie est parfaite sur la forme. Mais comme le dit le plus excellent dénigreur des cuistres, des barbouilleurs de lettres et des charlatans de la littérature, le jeune Augustin d’Hippone (l’un des seuls théologiens latins pour lequel il a de l’estime) : mieux vaut être repris par les grammairiens que n’être pas compris par le peuple. De toute façon, son sermon est déjà beaucoup trop long. Il le savait en écrivant, dès le premier brouillon. L’usage veut qu’on raccourcisse toujours un peu les homélies les jours de fête. Les fidèles peuvent avoir quelque chose sur le feu. Lors des messes de semaine en revanche, on peut y aller plus franchement. Celui qui se déplace à l’église un mardi matin est toujours prêt à écouter quelque chose d’un peu consistant.

Constantin-premier-empreur-chretien-lEmpire-romain-Avec-christianisme-devient-legalpas-encore-religion-dEtat-Chypre-fresque-byzantine-XV-siecle_1_729_559.jpg

Constantin est le premier empreur chrétien de l’Empire romain. Avec  lui , le christianisme devient légal mais pas encore une religion d’Etat. Chypre fresque byzantine du XV  siècle / Buffetrille/Leemage

Son erreur principale, il ne l’identifie que maintenant, a été de commencer son sermon par autant de considérations calendaires. C’est là qu’il a perdu l’essentiel de son auditoire. Pourtant, c’est le cœur du sujet : faire entendre aux fidèles que l’on fêtera désormais la naissance du Christ au mois de décembre. Démonstration : selon l’Évangile de Luc, le grand prêtre Zacharie est dans le saint des saints du Temple lorsque l’ange Gabriel lui annonce que sa femme Élisabeth va concevoir un enfant. Or, il est autorisé à entrer dans ce sanctuaire seulement le jour du Grand Pardon, qui tombe à la fin du mois de septembre. Jean le Baptiste, fils d’Élisabeth, est donc conçu en octobre. Et Luc précise que l’ange Gabriel vient trouver Marie six mois après le début de la maternité d’Élisabeth, c’est-à-dire en mars. Jésus, fils de Marie, est donc conçu en avril. Il naît ensuite comme tous les enfants, neuf mois plus tard, c’est-à-dire au mois de décembre.

À ce moment-là de l’homélie, l’assemblée avait commencé à décrocher. Elle doit maintenant se poser des questions. Le silence de l’évêque dure un peu. Ses derniers mots ont été : « Préparez-vous à un spectacle émouvant et merveilleux, celui de Notre Seigneur couché dans la crèche et enveloppé de langes. » C’est sensible, imagé. On voit d’ici la grotte et le bestiaire, l’âne, le bœuf, les agneaux… Mais cela suffirait-il à convaincre les fidèles ? Certains s’interrogent sans doute : si le Christ est né en décembre, pourquoi ni les anciens ni les Apôtres n’en ont-ils fait mention avant ce jour ? Et dans les Évangiles, Luc ne raconte-t-il pas que des bergers vivaient dehors lorsque Marie mit au monde son fils ? Or chacun sait qu’en décembre les nuits sont bien trop fraîches pour garder des brebis dans les champs. Quant aux agneaux associés à cette fameuse crèche, ils ne naissent généralement pas avant les beaux jours, aux environs du mois de mars.

L’évêque s’agace de ces interrogations qu’il suppose. Certaines choses ne devraient-elles pas tout simplement s’admettre ? Un acte de foi, est-ce trop demander à cette assemblée ? Tous ces croyants qui raisonnent comme des philosophes… Il en viendrait presque à penser comme un autre de ces Latins, Tertullien de Carthage : quel malheur qu’Aristote ait appris aux hommes la dialectique qui leur permet de bâtir et de détruire des raisonnements, de changer sans cesse d’avis, de s’embarrasser de conjectures, d’opposer aux autres des arguments tranchants.

La suite de son sermon est tout trouvée : vous fêterez désormais la Nativité le 25 décembre parce que je vous le demande. Le Christ est venu, qu’y a-t-il encore à chercher ? Non, impossible. Il ne le dira pas comme ça. Ce serait brutal, péremptoire et surtout insincère. Jamais il ne l’avouera en public, et encore moins face à son peuple d’Antioche, mais lui-même eut des doutes lorsqu’il entendit parler de la Nativité pour la première fois…

Les idoles étaient partout

C’était à Rome, à la fin de l’année 336, et il aurait peut-être dû commencer par là. Il n’était encore qu’un très jeune étudiant voyageant en Occident, découvrant cette ville-monde, la seule dans l’Empire à dépasser le million d’habitants. Il se souvient s’être demandé combien de chrétiens y vivaient (sans doute quelques dizaines de milliers). Pour de nombreux Romains, la Voie du Christ n’était pas encore une évidence. Les idoles étaient partout. Mars, Saturne, Jupiter et Vesta étaient vénérés autant qu’Isis, Cybèle et quantité d’autres faux dieux indigènes, rassemblés sous ce qui était alors un immense autel, le Panthéon.

Rome avait mille ans d’histoire déjà, au début du IVe siècle. La Ville avait annexé l’univers. Loin d’être décadente, elle vivait un nouvel apogée, sans cesse plus grandiose sous l’impulsion d’empereurs désormais chrétiens. Elle continuait de se transformer au gré des constructions d’églises, de nouveaux quartiers.

leemagedeaa3020199_0_729_486

Jean Chrysostome (349-407) a inspiré l’écriture de l’homélie de ce récit. Le prédicateur brode à partir de l’Evangile de Luc pour expliquer que Jésus est bien né le 25 décembre. Fresque du début du 12ème siècle. Église de Panayia Phorviotissa (Asinou) a Nikitart / DeAgostini/Leemage

L’évêque se souvient de la première fois qu’il découvrit la plus grande église de tout l’Empire, la basilique Saint-Jean-de-Latran. Huit colonnes de porphyres rouge tacheté de noir attendaient qu’on les érige sur le sol de son baptistère octogonal, encore en travaux. La richesse des lieux était telle qu’il lui paraissait certain que l’empereur se ferait baptiser là. Mais Constantin avait déjà quitté Rome. Une ville nouvelle à son nom se construisait sur les rives du Bosphore. C’est là-bas qu’il recevrait le sacrement, sur son lit de mort. Il y a entre Rome et lui quelque chose d’une histoire ratée.

En entrant dans Saint-Jean-de-Latran ce jour-là, l’évêque avait fait la rencontre de deux diacres qui en gardaient les portes contre d’éventuelles intrusions de chiens ou de païens. C’est à eux qu’il demanda quelle était l’étrange solennité que l’on fêtait ce jour-là. C’était un 25 décembre et leur réponse lui parut d’abord incongrue. Pourquoi célébrait-on la naissance du Christ ?

Il songea à cet enseignement d’Origène (il avait été formé à l’école de pensée du grand théologien d’Alexandrie) : dans la Bible et la tradition chrétienne, seuls les païens comme pharaon, les empereurs et les mauvais Juifs célèbrent leur anniversaire. Difficile d’oublier celui d’Hérode Antipas, ce roi-marionnette des Romains, qui se termina avec la tête coupée de Jean le Baptiste déposée sur un plateau. N’est-ce pas le repoussoir ultime ? La mort du prophète devrait faire passer l’envie à tous les chrétiens de célébrer quelque anniversaire que ce soit. Ont-ils eu besoin de le faire pour les martyrs ? Non. Ils les ont toujours glorifiés à la date de leur mort, témoignant par là de leur foi en la Vie éternelle. Et soudain, il faudrait agir tout à fait autrement envers Notre Seigneur ?

« Valentin, fleuris en Dieu ! »

L’évêque avait exprimé un jour toutes ses interrogations au sénateur romain qui l’hébergeait lors de son séjour dans la capitale du monde. Sa maison, située à deux pas du Colisée, était un ancien immeuble populaire reconverti en une confortable villa. La vingtaine de salles au rez-de-chaussée étaient toutes ornées de fresques païennes. La famille de ce sénateur venait de se convertir au christianisme. Les murs n’avaient pas encore été redécorés. L’évêque avait été particulièrement troublé le premier soir, à table, de dîner en présence du taureau Apis. Cette idole égyptienne peinte sur un coin du mur face auquel on l’avait placé n’était-elle pas associée à la puissance sexuelle ?

004v3_5_729_530.jpg

La discussion sur la Nativité qu’il eut le soir même avec ce sénateur, prénommé Valentin, se tint dans la cour extérieure de la maison, sous une autre dérangeante représentation : une nymphe alanguie semblait flotter dans un décor bleuté. Valentin tenait absolument à lui montrer un livre contenant une étonnante série de calendriers ; certains illustrés, d’autres non ; certains chrétiens, les autres païens. Le sénateur avait fait rassembler là tous les éléments qui régissaient alors la vie publique, religieuse et personnelle d’un Romain. Cela allait de la liste des consuls depuis 509 avant Jésus-Christ, aux dates de la fête pascale, année après année, en passant par quelques allusions superflues aux signes du zodiaque.

Sur la couverture de cet almanach original, le célèbre graveur romain Furius Dionysius Filocalus avait écrit cette jolie dédicace, témoignage de la foi naissante, mais sincère, de son riche commanditaire : « Valentin, fleuris en Dieu ! » Le sénateur tourna quelques pages. L’une de ces listes renseignait par ordre chronologique les dates, les noms et le lieu d’inhumation des différents martyrs commémorés à Rome. Sous le doigt de Valentin était écrit : le huitième jour des Calendes de janvier (25 décembre), naissance du Christ à Bethléem en Judée. C’était la première mention officielle de la fête de la Nativité. Elle avait été établie quelques mois plus tôt sous l’autorité du pape Marc, évêque de Rome, certainement soucieux de christianiser un calendrier jusque-là rythmé par l’épuisante accumulation des jeux païens. Constantin, tout premier empereur chrétien qu’il soit, était à 1 400 kilomètres de là, et n’y était sans doute pour rien.

Comme il est bon et vrai de croire que Dieu sait d’avance et ordonne tout

L’évêque n’en revenait pas. La basilique Saint-Jean-de-Latran, les deux diacres, l’étonnante solennité… Il avait sans doute assisté à la toute première célébration officielle de la Nativité ! Cette synchronicité le troublait. Il ne croyait pas au destin. La vie d’un homme ne pouvait être déterminée par la disposition des astres au jour de sa conception ou de sa naissance, comme le pensent les superstitieux et ces charlatans d’oniromanciens. Non, l’enchaînement des causes qui produisent tout ce qui arrive dans l’univers est plutôt à attribuer à la volonté et à la puissance souveraine de Dieu. Le jeune Augustin d’Hippone l’avait déjà écrit : comme il est bon et vrai de croire que Dieu sait d’avance et ordonne tout. Reste à comprendre les signes.

Par un effet de la providence, la naissance du Christ s’était accomplie au moment du solstice d’hiver, en plein milieu des fêtes païennes, comme intercalée entre les beuveries des Saturnales de décembre et le libertinage des Calendes de janvier. L’évêque se souvenait très bien de ces temps de débauche à Rome, ce tourbillon dans lequel on pouvait si vite se laisser entraîner. Lui-même n’avait-il pas été tenté, quelques jours avant cette fameuse messe du 25 décembre ?

Il se revoit encore, c’était un dimanche matin, prostré à l’entrée nord du cirque Maxime, sous ce large portique aux colonnes taillées dans un marbre gris veiné de rose. Seul le tapage de la foule couvrait par intermittence le vacarme des chars. Les bleus et les verts s’affrontaient dans cette arène de 100 000 places. L’affiche était trop belle. La sollicitation, l’attrait, la soif, la passion du jeu, trop fortes. Il avait eu la faiblesse d’entrer.

Rétrospectivement, cette expérience lui avait appris une chose : tout aussi chrétien que l’on soit, on préfère généralement aller au stade plutôt qu’à la messe. Voilà pourquoi l’Église évitait soigneusement de fixer des célébrations les jours de fêtes païennes. Or il n’y en avait justement pas le 25 décembre.

Bientôt, la célébration de la naissance de Notre Seigneur s’étendrait partout

Les cultes associés au solstice d’hiver étaient totalement passés de mode à Rome : la vénération du soleil que certains empereurs avaient qualifié d’invaincu tombait en désuétude, le culte de Mithra, lui aussi associé à l’astre, ne rassemblait plus guère qu’une poignée de militaires ayant servi en Perse, d’où était originaire ce faux dieu sacrificateur de taureaux. L’évêque eut l’occasion de voir, quelques années plus tard, une étrange grotte où se retrouvaient ses adeptes. On aurait dit la cale d’un petit bateau. Des bancs creusés à même le tuf encadraient un autel sous une voûte remplie d’étoiles. Des ouvriers y déversaient des pelletées de terre : le mithraeum serait bientôt enseveli sous une nouvelle basilique, Saint-Clément-du-Latran.

L’évêque s’inquiétait tout de même. Cette tension entre les attraits des jeux des Saturnales et l’austérité des textes lus au Latran le matin du 25 décembre (le Prologue de Jean) avait profondément interpellé le pasteur qu’il était. Il s’en était ouvert à un jeune prêtre venu de Turin, Maxime, à l’occasion d’une rencontre sur le forum. Quel sage, comprenant le mystère sacré de la naissance du Seigneur, ne condamnerait pas toutes ces fêtes impies, voulant avoir affaire avec le Christ et non avec le monde ? s’était demandé Maxime.

Ce prélat sérieux semblait avoir tout compris, lui, du mystère sacré de la Nativité. Son réquisitoire était sévère à l’encontre de ceux qui, à la remorque de la nouvelle coutume chrétienne, célébraient encore cette vieille superstition frivole, le 1er janvier, comme une très grande festivité ; ils recherchent une turbulence, qui engendre une tristesse plus grande, analysait Maxime. Ils se livrent à un tel libertinage de beuveries et de ripailles que l’homme qui a passé toute l’année dans la continence et la tempérance se retrouve, ce jour-là, ivre et dégradé. De telles festivités n’étaient heureusement pas appelées à perdurer, affirmait encore le prêtre turinois : bientôt, la célébration de la naissance de Notre Seigneur s’étendrait partout. La véritable lumière brillerait dans les ténèbres de la superstition et de l’erreur.

Paganisme !

L’évêque s’interrogeait. La nativité du Christ pouvait-elle sans péril être mise en parallèle avec l’accueil de la lumière au milieu des ténèbres ? N’allait-on pas la réduire à une simple clarté renaissant au plus profond de l’hiver ? À un malheureux culte solaire ? À cette question, il se souvint que Maxime avait ri et lui avait donné un rendez-vous le lendemain, à l’aube, à l’extérieur des murs de Rome, au-delà du Tibre, au pied de la colline du Vatican où se construisait la basilique voulue par l’empereur en hommage à l’apôtre Pierre, que l’on disait enterré là. Le chantier, entamé quelques années plus tôt, n’était pas achevé, mais on s’y pressait déjà pour prier au plus près de la tombe du disciple du Christ.

L’évêque comprit le sens de cette invitation sur le parvis de l’édifice dont l’entrée s’ouvrait à l’est, à l’inverse des autres églises. C’était un dimanche, les premières lueurs du jour venaient d’apparaître, et ce qu’il vit le stupéfia. De nombreux fidèles, sans doute persuadés d’agir pieusement, exécutaient un étrange gesteen s’approchant de la basilique du bienheureux apôtre : passé les quelques marches qui menaient au porche de son entrée principale, ils tournaient soudain leur visage vers le soleil levant et, courbant la tête, s’inclinaient en l’honneur de son disque radieux. Paganisme ! Le risque était réel que de tels fidèles déjà égarés puissent croire, de manière pernicieuse, que l’on fêtait chaque 25 décembre non la naissance du Christ mais le retour du soleil.

006def2_6_730_529

L’évêque avait ensuite accompagné Maxime jusqu’à la tombe de Pierre. En chemin, ils avaient parlé de la nécropole qui s’étendait sous leurs pieds. C’est là que l’Apôtre avait été inhumé au milieu du cimetière païen qui s’étalait alors en bordure du cirque de Caligula et Néron. La nécropole avait dû être terrassée. Parmi les tombes condamnées, Maxime se souvenait en particulier de celle d’un très jeune garçon du nom de Iulius Tarpeianus, mort à 1 an, 9 mois et 27 jours. Ses parents, Iulia Palatina et Maximus, des chrétiens, avaient fait réaliser une grande mosaïque au-dessus de sa tombe.

Maxime la décrivait ainsi : le Christ est entouré de gracieuses feuilles de vigne et porte un globe dans la main gauche. Il est debout sur un chariot tiré par des chevaux blancs. Un halo de lumière entoure sa tête dont partent sept rayons pareils à ceux du soleil. Ces parents, très certainement éplorés jusqu’au désespoir d’enterrer là leur si jeune fils, n’avaient pas attendu les théologiens et leurs arguties pour comprendre, et cela au plus profond de leur cœur, que Notre Seigneur est le vrai soleil (Luc 1, 78). Ce commentaire de Maxime bouleversa l’évêque.

“Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie”

« Doit-on vraiment s’étonner que la fête de la Nativité soit née à Rome ? Et que nous autres, les Grecs, ayons du mal à nous l’approprier ? » À Antioche, les fidèles eurent l’impression que leur évêque venait de sortir d’un étrange sommeil. Cela faisait dix minutes maintenant qu’il se taisait. Debout, immobile, les yeux fermés ; seuls les mouvements de ses lèvres trahissaient quelque chose de l’intense monologue intérieur dont il venait d’émerger.

« Tout serait tellement plus simple si j’avais eu à prêcher devant vous, ce matin, sur le baptême de Notre Seigneur. Très cher peuple d’Antioche, vous aurais-je dit, nous célébrons comme chaque 6 janvier ce moment où la nature divine du Christ est apparue dans le monde. Vous connaissez la scène, elle se passe quelque part entre le mont Hermon et la mer Morte, dans les eaux du Jourdain. L’apôtre Matthieu raconte que les Cieux s’ouvrirent et qu’une voix se fit entendre : “Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie.” Le monde fut ainsi mis au courant que le Christ est Dieu né du vrai Dieu, de même nature que le Père. »

« Je sais que vous auriez accroché à un tel sermon. C’est le genre qui vous rassure : métaphysique, un peu abstrait, théologiquement carré. Nous parlons tout de même de l’apparition de la nature divine du Christ… Voilà qui présage de belles empoignades en synode. C’est de la graine de débats théologiques pour des siècles ! La quintessence de notre esprit grec. L’esprit latin est très différent, je m’en aperçois maintenant. La conversion de Constantin par exemple… Le futur empereur ne s’est pas tourné vers le Christ au terme d’une puissante révélation mystique mais bien à la veille d’une bataille cruciale près d’un pont du Tibre. L’apparition d’un signe dans le ciel lui permit avant tout d’infliger une tannée à Maxence, son rival. Pour lui, l’essentiel est là. »

« Le message du Christ vu par l’empereur nouvellement chrétien, c’est d’abord un coup de pouce militaire. Du concret ! Je sais que cela trouble certains. Mais comprenez qu’à Rome, on a toujours aimé les religions qui fonctionnent bien. Un seul Dieu, est-ce bien raisonnable, pensent encore les indécrottables païens de la ville éternelle ? Ne pourrait-on pas garder deux ou trois divinités sous le coude au cas où les rituels rendus au Dieu unique deviendraient moins efficaces ? J’entends vos rires. Vous entendez mon ironie. C’est bien. La critique de l’esprit latin nous défoule. Parce qu’il est rustre, trivial et à de très rares exceptions incapable d’aboutir à autre chose que de la théologie bancale. Y a-t-il seulement un Père de l’Église digne de ce nom dont la langue natale ne soit pas le grec ? »

« Le plus pur génie latin »

Le vieil évêque s’interrompt, laissant sa question en suspend, heureux d’avoir su captiver son auditoire.

« Et pourtant… J’ai moi-même mis du temps à le comprendre, mais cette fête de la Nativité qui nous vient de Rome est une idée remarquable. Le plus pur génie latin. Oui, Dieu est apparu. Oui, il est à la fois Père, Fils et Esprit. Et oui, le Fils a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts, est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts. Mais avant tout cela, Il est né. Et c’est cela que Rome a voulu nous dire. C’est cela que le regretté pape de Rome, Marc, nom que beaucoup d’entre vous ont oublié, a voulu nous dire. Pendant ce temps que faisions-nous, peuple grec ? Nous rejetions, c’est vrai, les assauts de toutes les hérésies. Nous contrions la rhétorique des Ébionites et celle des Ariens. Nous coupions les cheveux en quatre pour savoir à quel moment très précis la nature divine était entrée dans Jésus. Lors de sa conception ? Lors de sa naissance ? Lorsqu’il fut montré aux Mages ? Lors de son baptême ? »

« Pendant ce temps, Rome célébrait ce Dieu qui naît. Ce Dieu qui, comme tous les enfants du monde, sortit un jour du ventre de sa mère, tout gluant de liquide amniotique et encore relié à elle par un cordon ombilical qu’il a bien fallu que quelqu’un sectionne. C’est si latin, si concret. Désarmant. C’est ce que l’on célèbre le 25 décembre. »

L’évêque repense un court instant au très jeune Iulius Tarpeianus. À sa tombe ensevelie sous Saint-Pierre de Rome. À ce Christ en mosaïque au-dessus de son tombeau. À vrai dire, l’association avec Hélios, le faux dieu du soleil, le dérange. Mais elle a été la manière de ce couple confronté à un si grand drame d’exprimer l’espérance qui lui restait. Cette lumière, il a eu le courage de la voir malgré la mort, malgré l’absence. Comment juger de cela ? L’évêque reprend la parole. « Peuple d’Antioche ! L’enfant qui naît aujourd’hui est la lumière du monde. »

——————–

Autour de l’an 4 av. J.-C. Naissance de Jésus sous le règne d’Hérode, roi de Judée de 37 à

4 avant J.-C. L’an 0 a été fixé, rétrospectivement, au VIe siècle.

336 Première mention d’une fête de la Nativité à Rome.

408 Première mention de l’Avent. Maxime, évêque de Turin, évoque une « saison préparatoire
à la venue du Christ 
».

Milieu du Ve siècle Premières messes de minuit à Rome (inspirées par l’Église

de Jérusalem). Avant, la Nativité était célébrée le matin du 25 décembre à 9 heures.

XIIe siècle Le culte de Nicolas de Myre (270-345), dans l’actuelle Turquie, est transféré en Occident. Saint Nicolas devient le patron des enfants.

1112 Première occurrence écrite du mot « Noël ».

1223 François d’Assise organise une crèche vivante (uniquement l’âne et le bœuf) dans le village italien de Greccio. La crèche se popularise à partir du XVIe siècle.

1760-1765 Première représentation d’un arbre décoré, en l’occurrence un pin, sur un tableau signé Nikolaus Hoffmann, conservé au Museumslandschaft Hessen Kassel, en Allemagne.

1809 L’écrivain américain Washington Irving

(1783-1859) recompose la figure néerlandaise du « Sinter Klaas ». La figure de Santa Claus (père Noël) se popularise.

XXe siècle Le cadeau, jusque-là une récompense non obligée, devient un dû systématique.

https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/Rome-25-decembre-336-premier-Noel-lhistoire-2019-12-24-1201068315?utm_medium=Social&utm_source=Facebook&fbclid=IwA

 

CHINE, CHJRISTIANISME, CHRETIENS EN CHINE POPULAIRE, EGLISE CATHOLIQUE, PARTI COMMUNISME CHINOIS, REGIME COMMUNISTE

Pourquoi Xi Jinping veut-il adapter la Bible à la ligne du Parti communiste ? — Aleteia : un regard chrétien sur l’actualité, la spiritualité et le lifestyle

Les autorités chinoises ont demandé aux responsables religieux, lors d’une réunion qui s’est tenue le 6 novembre 2019, de veiller à la conformité des textes de référence avec les « exigences de la nouvelle époque ». Pour l’historien Yves Chiron, cette annonce est la suite logique de la politique de sinisation mise en place par Xi Jinping.…

via Pourquoi Xi Jinping veut-il adapter la Bible à la ligne du Parti communiste ? — Aleteia : un regard chrétien sur l’actualité, la spiritualité et le lifestyle