EGLISE CATHOLIQUE, EGLISES D'ORIENT, JEAN CLIMAQUE (saint : vers 579 - vers 649), L'ECHELLE SAINTE, LETTRE AU PASTEUR, ORTHODOXES

Saint Jean Climaque (vers 579 – vers 649)

Saint Jean Climaque, une échelle vers la grâce

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Jean Climaque (vers 579 – vers 649) est un moine syrien. Son surnom vient de son traité intitulé L’échelle du paradis (en grec, échelle se dit Klimax), qu’il composa pour la formation des moines : il y décrit l’itinéraire spirituel à la manière d’une montée vers Dieu à travers trente degrés. 

Dans quel contexte a-t-il vécu ?

On sait peu de choses sur la vie de saint Jean Climaque, né vers 575 dans un endroit inconnu. La principale source, Une vie, rédigée par un moine nommé  Daniel, ne dit rien de ses premières années, sinon que Jean achève à 16 ans son cursus classique. Jean appartient donc certainement à un milieu aisé. De nombreuses métaphores maritimes laissent également supposer qu’il a grandi dans une région côtière.

Sitôt ses études achevées, Jean s’engage dans la vie monastique au pied du mont Sinaï, véritable nébuleuse monastique gravitant autour du monastère du Buisson-Ardent : vie communautaire, érémitisme… Tonsuré à l’âge de 20 ans, Jean devient ermite et mène durant quarante ans une vie d’ascèse et de pénitence. Il consulte de nombreux maîtres spirituels réputés, tels Georges l’Arsélaïte ou Jean le Sabaïte, avant de devenir à son tour un maître spirituel dont les conseils sont recherchés. Sous la pression des frères, il accepte, après avoir longtemps hésité, la charge d’higoumène du monastère du Buisson-Ardent, prestigieuse tour de Babel où l’on croise des moines venus de tout le bassin méditerranéen : Byzantins, Cappadociens, Isauriens, Ciliciens, Arméniens ou Ibériens… Jean meurt en 649, non sans avoir assuré sa succession.

Quelle est son œuvre principale ?

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Jean doit son nom – «Climaque»«de l’échelle» en grec – à l’œuvre qui l’a rendu célèbre : L’Échelle sainte du paradis. Il s’agit d’une commande adressée à Jean, alors higoumène du monastère du Buisson-Ardent, par son confrère higoumène de Raïthou. Ce dernier demande à Jean Climaque «d’exposer méthodiquement ce qui est nécessaire à la condition monastique». Autrement dit, un guide spirituel s’adressant à tous ceux qui veulent devenir moine. Le commanditaire en précise même la forme : «Une échelle dressée jusqu’aux portes du ciel qui permettra une ascension sans péril à ceux qui l’auront choisie.» Directement puisée dans la vie de Jacob (Gn 28, 11-19), la métaphore de l’échelle et sa puissance évocatrice avaient déjà été mobilisées par d’autres auteurs majeurs comme Grégoire de Nazianze ou Jean Chrysostome.

La réponse de Jean ne se fait pas attendre. Non seulement il accepte, mais sa réponse est accompagnée du traité achevé en un temps record. «Jean Climaque avait déjà 60 ans et disposait alors d’une parfaite maîtrise de toutes les dimensions de la vie spirituelle», souligne Jean-Claude Larchet, théologien orthodoxe et spécialiste des Pères de l’Église. Sa rapidité à s’exécuter s’explique probablement par le fait que Jean avait déjà mis par écrit une grande partie de son expérience spirituelle durant ses quarante ans au désert.

Constituée de trente chapitres ou « degrés » – en général attribués aux trente premières années du Christ avant sa vie publique –, L’Échelle se présente comme un parcours initiatique ascendant devant conduire le candidat à la vie monastique de l’arrachement au monde à la vision de Dieu, couronnement de la vie ascétique. Jean-Claude Larchet a mis en évidence les quatre étapes majeures de l’ouvrage : la rupture avec le monde (degrés I à III) ; le renoncement à soi et la purification des péchés (degrés IV à VII) ; la lutte contre les passions (colère, avarice, tristesse, gourmandise, orgueil, luxure, etc.) et l’acquisition des vertus (degrés VIII à XXV) ; enfin, le sommet de la vie ascétique (XXVI à XXX).

Le style concret et imagé de Jean Climaque vient heureusement adoucir le caractère ­systématique de l’œuvre en multipliant les références aux univers militaire, athlétique, maritime, animal, scolaire, médical… fait de Jean Climaque un représentant majeur de la tradition sinaïtique, qui court des premiers Pères du désert jusqu’à Grégoire Palamas (1296-1359) et continue d’imprégner toute la spiritualité orthodoxe. Cette tradition se caractérise notamment par l’importance accordée à la «prière du cœur» (ou «prière de Jésus») et la maîtrise des passions. Dans le langage des Pères du désert, les passions recouvrent toutes les formes d’attachement au monde. Ce sont elles qui tiennent l’homme éloigné de Dieu. Pour combattre ses passions et parvenir à une transformation en profondeur de tout son être, l’homme doit d’abord bien les connaître : c’est la clé de L’Échelle de Jean Climaque, fruit de quarante ans d’ascèse à l’écart du monde et de patiente observation des mouvements intérieurs de l’âme et du corps.

Jean Climaque est par ailleurs l’un des premiers à systématiser l’enseignement des Pères du désert, jusque-là éparpillé en divers recueils mêlant maximes, anecdotes et thèmes plus ou moins structurés. «En prenant appui sur la symbolique de l’échelle, il jette les bases d’une vie spirituelle dynamique permettant à l’homme de progresser dans sa quête spirituelle», poursuit Jean-Claude Larchet.

Quelle lecture peut-on en faire aujourd’hui ?

Monument incontournable de la littérature spirituelle orientale, L’Échelle sainte de Jean Climaque est considérée par de nombreux orthodoxes comme la lecture la plus fondamentale après la Bible. Au fil des siècles, sa diffusion a gagné le monde slave, puis l’Occident par le biais de nombreuses traductions. En France, au XVIIe siècle, L’Échelle est un véritable best-seller dans le monde lettré, en particulier dans les milieux jansénistes de Port-Royal. Aujourd’hui encore, les analyses de Jean Climaque sur la vie spirituelle et ses interactions profondes avec le corps et le psychisme rejoignent celles de la psychologie moderne. «En livrant une analyse très fine des passions, et des liens subtils qu’elles entretiennent les unes avec les autres, Jean Climaque est l’auteur du désert qui est sans doute allé le plus loin dans la connaissance des tréfonds de l’âme», considère Jean-Claude Larchet.

Marqué par une approche plus morale et juridique, substituant à l’écoute et à la maîtrise progressive des «passions» la notion de «péchés capitaux», l’Occident a peu à peu perdu de vue le rôle positif du corps dans la spiritualité. Lire Jean Climaque aujourd’hui, c’est redécouvrir la vertu transformatrice d’une ascèse à la fois précise et méthodique, où l’effort porté sur le corps et l’esprit finit par rejoindre la grâce divine.

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Jean Climaque

άγιος ιωάννης της κλίμακος

Saint Jean Climaque également connu sous le nom de Jean le Sinaïtique, est un moine syrien des VIe et VIIe siècles (né vers 579, mort vers 649). Mort au mont Sinaï vers 649, saint Jean, abbé, mérita le surnom de Climaque en raison du précieux traité intitulé L’échelle du paradis (en grec, échelle se dit Klimax), qu’il composa pour la formation des moines : il y décrit l’itinéraire spirituel à la manière d’une montée vers Dieu à travers trente degrés. Cette œuvre majeure connut un rayonnement extraordinaire dans le monde monastique byzantin,, mais aussi en Occident.

Il est considéré comme saint par les Eglises catholique et orthodoxe et est commémoré le 30 mars et le quatrième dimanche du Grand Carême.

Biographie

Sa vie n’est connue que par une relation du moine nommé Daniel du monastère de Raithu et des allusions dans les Récits d’Anastase le Sinaïte. De nombreuses hagiographies se sont succédé plus tard.

Après avoir reçu une éducation soignée (certains manuscrits lui donnent le titre de scholastikos), il décide à 16 ans de se faire moine et rejoint le monastère de Sainte-Catherine du Sinaï, où il reçoit l’enseignement d’un moine, Martyrios. À la mort de ce dernier, Jean est âgé d’une vingtaine d’années. Il se retire comme hésychaste (ermite) à Tholas, au pied de la montagne, où il demeure pendant vingt ans, sans pour autant refuser les visiteurs. Alors que des envieux calomnient ses propos, il décide de ne plus parler et demeure durant un an dans un silence complet. A la demande insistante de disciples il reprend son enseignement.

Au retour de voyages en Egypte, les moines de Sainte-Catherine l’élisent comme higoumène (abbé). Sa réputation de sainteté parvient à Rome et Grégoire Ier lui demande de mettre ses prières par écrit. Quelques années avant de mourir, il quitte l’abbatiat du monastère et retourne à son ermitage.

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Œuvre

Les écrits de Jean Climaque sont très populaires dans les Eglises othodoxes.. Ils sont reproduits dans de nombreux manuscrits. Le clocher d’Ivan le Grand du Kremlin comprenait ainsi une église Saint-Jean-Climaque. En Occident, L’Échelle sainte a été traduite de grec en latin par Ange Clareno, vers 1300, puis peu après de latin en vernaculaire toscan, par Gentile da Foligno, ermite augustinien (à ne pas confondre avec le médecin du même nom). La traduction française réalisée par Arnaud d’Andilly à Port-Royal, publiée en 1688, est précédée d’une introduction sur la vie du saint rédigée par Lemaître de Sacy.

L’Échelle sainte

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Jean Climaque est montré au sommet de l’échelle de l’ascension divine, avec d’autres moines qui le suivent, icône du xiie siècle. (Monastère Sainte-Catherine du Sinaï).

Le premier est appelé L’Échelle sainte (en grec ancien κλῖμαξ / klĩmax, d’où il tire son surnom). L’œuvre, longue de 30 chapitres (ou « échelons », représentant les 30 années de vie cachée de Jésus-Christ), a pour but de résumer l’expérience monastique. Elle est rédigée à la demande de l’abbé Jean de Raithu. Elle se situe à une période de transition, où le monachisme, repoussé par l’expansion arabe, gagne l’Europe. Adressée aux moines, elle vise à leur faire atteindre, en 30 degrés, la perfection :

degrés 1–4 : renoncement au monde et obéissance à un père spirituel ;

degrés 5–7 : pénitence et affliction (πένθος / penthos) comme voies de la véritable joie ;

degrés 8–17 : lutte contre les vices et acquisition des vertus ;

degrés 18–26 : fuite des pièges de l’ascèse (paresse, orgueil, pusillanimité) ;

degrés 27–29 : atteinte de l’hésychia (paix de l’âme) et de l’apatheia (impassibilité).

C’est le thème de l’épectase, la tension de l’âme vers Dieu, qui sera repris par les Pères de l’Eglise grecs. Elle est rédigée en apophtegmes parfois obscurs, sans connexion évidente les uns entre les autres. Par exemple :

« Ne cherche pas à beaucoup parler quand tu pries, de peur que ton esprit ne se distraie à chercher les mots. »

« Hésiter dans ses jugements et demeurer longtemps dans le doute sans aucune certitude est le signe que l’âme n’est pas illuminée et qu’elle aime la gloire. »

 

Citations

Quelques extraits du 10e degré de L’Échelle sainte, consacré à la médisance.

Ne perd pas de vue ceci, et tu veilleras très soigneusement à ne pas juger un pécheur : Judas était du nombre des Apôtres, et le larron du nombre des assassins. Mais quel changement étonnant en un instant !
J’ai connu un homme qui avait péché à la vue de tous, mais s’en était repenti en secret. Et celui que je condamnais comme luxurieux était chaste aux yeux de Dieu, car il l’avait apaisé par une conversion véritable.
Le feu est contraire à l’eau ; de même juger les autres est étranger à celui veut faire pénitence.
Quand tu verras quelqu’un commettre le péché à l’instant de sa mort, même alors ne le juge pas, car le jugement de Dieu est impénétrable pour l’homme.
Si cette parole est vraie – et elle l’est certainement – ; Du jugement dont vous jugez on vous jugera (Mt 7, 2),  alors tout péché, soit de l’âme, soit du corps, dont nous accuserons notre prochain, nous y tomberons nous-mêmes.
Les démons nous contraignent soit à pécher, soit, si nous ne péchons pas, à juger ceux qui pèchent, afin de souiller notre innocence par ce jugement.
Juger les autres, c’est ne pas avoir honte d’usurper une prérogative divine ; les condamner, c’est ruiner notre propre âme.

 

Voici quelques extraits du 25e degré de L’Échelle sainte, œuvre majeure de Jean Climaque, consacrés à l’humilité :

Il n’est pas dit : « J’ai jeûné », « J’ai veillé » ou « J’ai couché sur la terre nue », mais Je me suis humilié, et aussitôt le Seigneur m’a sauvé (Ps 114, 6).
Le repentir relève, l’affliction frappe à la porte du ciel, et la sainte humilité l’ouvre.
Nous qui voulons connaître notre état, ne cessons pas de nous interroger nous-mêmes. Et si, avec un sentiment profond du cœur, nous estimons que notre prochain est meilleur que nous à tous égards, c’est que la miséricorde est proche de nous.
Tous connaîtront que nous sommes les disciples de Dieu non à cela que les démons nous sont soumis, mais à cela que nos noms sont écrits dans le ciel de l’humilité (Jn 13, 35) ; (Lc 10, 20)..
Telle est la nature du citronnier, ses branches poussent vers le haut quand il est stérile, mais plus ses branches s’inclinent vers le sol, plus il porte de fruits. Celui qui a quelque intelligence saisira la signification de cela.
Pour ceux d’entre nous qui ne veulent pas s’humilier, le Seigneur, dans sa providence, en a ainsi disposé que nul ne peut mieux voir leurs fautes que le prochain. Nous sommes ainsi contraints d’attribuer avec action de grâces notre guérison, non à nous-mêmes, mais à lui et à Dieu.

L’aventure de la prière, liturgique et personnelle, commence à l’aurore de chaque matin.

« Mettez-vous en présence de Dieu […]. Après un certain temps, vous vous apercevrez que vos pensées se sont mises à errer ; recommencez […] dix, vingt, cinquante fois […], le reste dépend de Dieu »

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Jean Climaque consacre le 26e degré de L’Échelle sainte au discernement. En voici quelques extraits.

Comme une seule étincelle a souvent enflammé une grande quantité de bois, ainsi il arrive qu’une seule bonne action puisse effacer une multitude de grands péchés.
Comme il est impossible de détruire sans arme une bête féroce, ainsi sans l’humilité il est impossible d’être libéré de la colère.
Comme on ne peut naturellement conserver la vie du corps sans manger, ainsi celui qui veut être sauvé ne peut, jusqu’à sa mort, même une seconde, se laisser aller à la négligence.
Comme un rayon de soleil qui pénètre à travers une fente illumine tout l’intérieur d’une maison, de sorte qu’on voit voler même la plus fine poussière, ainsi la crainte du Seigneur, quand elle entre dans le cœur de l’homme, lui révèle tous ses péchés.
Comme les crabes sont faciles à prendre, parce qu’ils marchent tantôt en avant, tantôt en arrière, ainsi l’âme qui tantôt rit, tantôt s’afflige, tantôt vit dans la bonne chère ne fera aucun progrès.
Comme celui qui monte sur une échelle pourrie risque de tomber, ainsi tout ce qui est honneur, gloire ou puissance est opposé à l’humilité et fait tomber celui qui les possède. (in L’Échelle sainte 26, récapitulation 36-40.43, trad. P. Deseille, Spiritualité orientale 24, Bellefontaine, 1987, p. 269).

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Bibliographie

Éditions

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L’Échelle sainte

Jean Climaque, L’Échelle sainte (vers 640), traduction du P. Placide Deseille, éditions de Bellefontaine, Collection : Spiritualité orientale, n° 24, 1997 

Jean Climaque, Robert Arnauld d’Andilly.L’Eschelle Sainte Ou Les Degrez Pour Monter Au Ciel, Éditeur : Nabu Press, 2011

Jean Climaque, Scalae S. Joannis Climaci Tentata Versio, & Explanatio. MDCCLXXXIV… [Latin], Éditeur : Nabu Press, 2012,(

 

Lettre au pasteur

Le second ouvrage est un court traité intitulé Lettre au pasteur, à l’intention des maîtres spirituels et des chefs de communauté.

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Études

  1. Couilleau, « Jean Climaque », Dictionnaire de spiritualité ascétique et mystique, tome VIII, 1972, col. 169–389 ;
  2. Dagron, P. Riché et A. Vauchez, Histoire du christianisme des origines à nos jours, tome IV « Évêques, moines et empereurs (610–1054) », Desclée, 1993, pp. 56–58.

 

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L’Échelle sainte

L’Échelle sainte ou Échelle du Paradis (du grec ancien :   Κλίμαξ, klimax, « échelle, degré ») est un important traité d’ascétisme monastique des Eglises d’Orient – Eglises orhodoxes et Eglises catholiques de rite byzantin –  — écrit par Jean Climaque vers l’an 600 à la demande de l’abbé de Raithu, monastère des bords de la Mer Rouge.

L’Échelle fut très bien reçue et rendit son auteur célèbre dans l’Église. Ce traité s’adresse aux anachorètes et aux cénobits et discute de la manière d’atteindre les plus hauts degrés de la perfection. Il est divisé en trente parties, correspondant aux trente années de la vie terrestre du Christ. Il présente des modèles de toutes les vertus et contient des paraboles et des récits historiques tirés de la vie monastique illustrant l’application pratique des préceptes.

Concis, l’ouvrage composé de sentences et d’aphorismes est souvent obscur. Il a été l’objet de nombreuses exégèses y compris dans les temps récents. Le plus ancien manuscrit de l’Échelle se trouve à la Bibliothèque nationale de France où il porte le titre de Πλακες Πνευματικαι, Plakes pneumatikai, « Tables spirituelles ».

Contenu

L’Échelle sainte n’est ni une règle, ni un traité systématique. Elle regroupe des aphorismes et des apophtegmes, parfois des récits plus ou moins étendus autour de chaque grand thème de la vie spirituelle.

Échelons de l’Échelle sainte

L’Échelle comporte trente chapitres ou échelons :

1-4 : De la renonciation au monde et de l’obéissance à un père spirituel ;

1 : Περί αποταγής (De la renonciation au monde et de l’ascétisme) ;

2 : Περί απροσπαθείας (Du détachement) ;

3 : Περί ξενιτείας (De l’exil et du pèlerinage ; à propos des rêves des novices) ;

4 : Περί υπακοής (De la sainte obéissance) ;

5-7 : De la pénitence et l’affliction (πένθος), chemins vers la joie véritable ;

5 : Περί μετανοίας (De la repentance méticuleuse et véritable, qui constitue la vie des saints pêcheurs, et de la prison) ;

6 : Περί μνήμης θανάτου (Du souvenir des morts) ;

7 : Περί του χαροποιού πένθους (De la lamentation créatrice de joie)

8-17 : Défaite du vice et victoire des vertus ;

8 : Περί αοργησίας (De la renonciation à la colère et de la douceur) ;

9 : Περί μνησικακίας (Du souvenir de ses mauvaises actions) ;

10 : Περί καταλαλιάς (De la diffamation et de la calomnie) ;

11 : Περί πολυλογίας και σιωπής (Du bavardage et du silence) ;

12 : Περί ψεύδους (Du mensonge) ;

13 : Περί ακηδίας (Du découragement) ;

14 : Περί γαστριμαργίας (De l’estomac, ce maître bruyant) ;

15 : Περί αγνείας (De la pureté et la chasteté incorruptibles, auxquelles atteindre par le travail et la sueur) ;

16 : Περί φιλαργυρίας (De la soif de l’or et de l’avarice) ;

17 : Περί ακτημοσύνης (De l’abandon des biens terrestres qui conduit au Ciel) ;

18-26 : Pièges de l’ascétisme : paresse, orgueil, langueur d’esprit ;

18 : Περί αναισθησίας (De l’insensibilité, affaiblissement de l’âme et mort de l’esprit avant la mort du corps) ;

19 : Περί ύπνου και προσευχής (Du sommeil, de la prière et de la psalmodie avec ses frères) ;

20 : Περί αγρυπνίας (De l’absence de sommeil et comment l’utiliser pour atteindre la veille spirituelle, et la façon de la pratiquer) ;

21 : Περί δειλίας (De la lâcheté puérile et indigne d’un homme) ;

22 : Περί κενοδοξίας (Des nombreuses formes de gloriole) ;

23 : Περί υπερηφανείας, Περί λογισμών βλασφημίας (Du fol orgueil et des pensées blasphématoires) ;

24 : Περί πραότητος και απλότητος (De la douceur, de la simplicité et la candeur qui ne sont pas de nature mais viennent de l’effort conscient ; de la ruse) ;

25 : Περί ταπεινοφροσύνης (De l’annihilation des passions ; de l’humilité la plus sublime qui se fonde dans la quête spirituelle) ;

26 : Περί διακρίσεως (Du discernement des pensées, des passions et des vertus ; bref résumé de ce qui précède).

27-29 : Hésychasme et apatheia ;

27 : Περί ησυχίας (Du saint silence du corps et de l’âme ; différents aspects de l’immobilité et la façon de les distinguer) ;

28 : Περί προσευχής (De la sainte et bénite prière, des dispositions de l’esprit et du corps dans la prière) ;

29 : Περί απαθείας (Du Ciel sur la Terre, ou détachement divin, de la perfection et de la résurrection de l’âme avant la résurrection générale).

  1. Περί αγάπης, ελπίδοςκαι πίστεως(en) (Des liens des vertus avec la Trinité) ; brève exhortation résumant les textes précédents.

 

Traductions et diffusion

La première traduction du grec en latin est celle d’Ambrogio Traverari. Elle fut imprimée à Venise en 1531 puis 1569 ; elle parut à Cologne en 1583, 1593 puis en 1610 avec un commentaire de Denys le Chartreux.

Le texte grec de l’Échelle, avec les scholies d’Élias, archevêque de Crète1 et le texte du « Liber ad Patrorem » furent publiés par Mattäus Rader   avec une traduction latine (Paris, 1633).

L’ensemble du texte est reproduit dans Patrologia Graeca, vol. 88, (Paris, 1860).

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Influence historique en France

L’œuvre de Jean Climaque peut être considérée comme la charte du monachisme byzantin. Si l’Occident la découvrit tard, elle exerça un grand ascendant, en France, sur les réformateurs catholiques, comme l’abbé de Rancé et la fondation de l’ordre de la Trappe.   Tout le xviie siècle dévot et lettré y trouva inspiration dans la traduction d’Arnaud d’Andilly, auteur de grand style, fidèle de Port-Royal et figure majeure du jansénisme

 

Bibliographie

Saint Jean Climaque. L’Échelle sainte ; Traduction française du Père Pl. Deseille. Éditions de Bellefontaine, Abbaye du Mont des Cats, 59270 Godewaersvelde, 1993 ; 392 pages, relié,

 

EGLISE - CHAPELLE, EGLISE MARONITE, EGLISES D'ORIENT, RELIGION, RELIGIONS, RELIGON

L’Eglise maronite

Église maronite

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L’Église antiochienne syriaque maronite, plus connue sous le nom d’Église maronite, est une des Eglises catholiques orientales.. Le chef de l’Église porte le titre de patriarche d’Antioche des Maronites (en latin Patriarcha Antiochenus Maronitarum). Il existe une forme longue, mais non officielle : Patriarche des Maronites, d’Antioche et de tout l’Orient (en latin : Patriarcha Maronitarum Antiochiae et totius Orientis). Il a sa résidence à Bkerké, au Liban.

Le 15 mars 2011, Bechara-Boutros Rahi a été élu nouveau patriarche maronite du Liban, en remplacement du cardinal Nasrallah-Boutros Sfeir, 91 ans, qui avait annoncé en janvier sa démission après avoir dirigé l’Église pendant 25 ans. Monseigneur Rahi est le 77e patriarche depuis l’arrivée des premiers disciples de saint Maron au Liban en provenance de Syrie.

Le titre « Mar » veut dire « seigneur » en araméen. Dans la tradition maronite, ce titre est également donné aux saints. Les patriarches maronites portent toujours le nom « Boutros » en second prénom, en référence à Pierre, fondateur de l’Église d’Antioche.

Le titre de Patriarche d’Antioche est actuellement porté également par quatre autres chefs d’Église, chacun pour l’Église dont il est le chef : par exemple, « Patriarche d’Antioche des Maronites », « Patriarche d’Antioche des Melkites », « Patriarche d’Antioche des Syriens », etc.

Données historiques

Aux alentours de l’an 400, vécut dans les montagnes de Syrie un ermite du nom de Maron. On sait très peu de chose de ce solitaire, dont les disciples formèrent le noyau initial de l’Église maronite. Près du lieu de sa mort, s’édifia un grand monastère qui devint rapidement un centre spirituel pour les chrétiens locaux.

L’Église maronite accepta le concile de Chalcédoine et fut même persécutée pour cela au VIè siècle. Elle n’est donc pas une Église monophysite.  Elle relève de la tradition antiochienne d’expression syriaque.

Au VIIè siècle, la conquête musulmane contraignit les patriarches chalcédoniens d’Antioche à l’exil. De 702 à 742, il n’y eut plus de patriarche du tout. C’est au cours de cette période troublée que l’Église maronite se constitua en patriarcat. Le premier patriarche aurait été Saint Jean Maron, mort en 707.

Chassés de Syrie par les persécutions au IXè siècle, les maronites s’installèrent principalement au Liban  où ils vécurent en Église autonome.

Après le Grand Schisme de 1054, l’Église maronite est la seule de toutes les Églises orientales à s’être unie entièrement à Rome. : en 1182 , au temps des croisades, le patriarche d’Antioche et quelque quarante mille membres de la communauté ont accepté de rejeter le monothélisme et de reconnaitre la primauté du pape. L’Église est, au moins depuis lors, complètement catholique (il n’existe pas d’Église maronite orthodoxe).

Les liens entre l’église maronite et les croisés d’Occident sont anciens, et certains mythes ont été forgés pour le souligner. Ainsi en va-t-il de la lettre de protection de Louis IX donnée aux Maronites8, à Saint-Jean-d’Acre, le 24 mai 1250, qui, malgré son caractère apocryphe,   continue d’être régulièrement citée aujourd’hui encore.

Ces relations se relâchèrent sous la domination des Mamelouks (1291-1516) mais reprirent et se renforcèrent sous le régime Ottoman. Le Collège maronite de Rome, fondé en 1584, aida à la formation des évêques et de la hiérarchie. Il forma également des savants orientalistes.

La vallée de Kadisha ou vallée sainte, à l’est de Tripoli (Liban), a été jusqu’au XIIIè siècle  un lieu de prédilection pour le monachisme maronite. À ce dernier a appartenu le moine Charble Makhlouf,   ermite, canonisé en 1977.

Aux XVIè et XVIIè siècles siècles, de nombreux éléments du rite latin furent introduits dans le rite maronite. Celui-ci garda son originalité et, depuis 1942, revient aux anciennes traditions.

Aujourd’hui l’Église maronite compte 23 diocèses et deux vicariats   au Liban, en Syrie mais aussi dans le monde entier comme en Argentine ou en Australie. Le nombre de maronites est estimé à un peu plus de 3 millions.

 

Quelques caractéristiques du rite maronite

Le rite maronite est pratiqué en langue syriaque et en arabe, nettement majoritaire. En général, seule la consécration est encore en syriaque. La principale prière eucharistique est celle dite de saint Jacques. Il en existe une trentaine d’autres, dont 13 seulement sont utilisées. Signalons l’anaphore de saint Pierre dite Charar (son premier mot).

Les charges de chorévêque, d’archiprêtre et de bardoût (visiteur) sont liées à celles de l’évêque. Elles donnent le droit de porter la crosse.

L’Église maronite a adopté le calendrier grégorien dès 1606.

Tous les patriarches s’appellent Boutros (Pierre), en souvenir du ministère de l’apôtre à Antioche.

L’Église maronite en Terre Sainte

Actuellement, il n’y a pas de documents prouvant une existence quelque peu stable des maronites en Terre Sainte avant la période des croisades. De même, le nombre de maronites ayant pris part à la reconquête de Jérusalem par les Croisés est incertain mais certains historiens avancent le chiffre de dix mille. Des milliers de maronites s’engagèrent dans l’Ordre des Chebaliers de Saint-Jean à Jérusalem, Acre, Chypre. Vers 1320, l’historien arménien Héthoum   notait qu’à Jérusalem les maronites formaient une des plus importantes communautés chrétiennes.

À partir du XIVè siècle, l’histoire des maronites est liée à la présence des franciscains de Terre sainte. Ils furent en quelque sorte assimilés aux Francs, célébrant dans leurs églises, sur leurs autels et avec leurs vêtements liturgiques. Aux grandes fêtes de Noël et de Pâques, de nombreux maronites affluaient à  Jérusalem et étaient accueillis par les frères mineurs.  Des maronites servaient d’interprètes, habitaient avec les franciscains au Monastère du Mont-Sion, d’autres prenaient régulièrement une part active à toutes les célébrations dans les différents sanctuaires. Outre les droits et les privilèges dont jouissaient les fidèles maronites notamment au Mont Sion, ils possédaient l’église Saint-Georges-el-Khader.

Une propriété acquise en 1548 près de l’église St George fut agrandie en 1598 et l’on parla du quartier des maronites. Les relations avec les franciscains s’assombrirent dans la seconde moitié du xviie siècle, dues à des campagnes de latinisation de la part de certains responsables de la Custodie.

En mars 1700, une solution fut trouvée à la crise : le patriarche maronite envoya à Jérusalem deux prêtres au service de la communauté. Les franciscains s’engagèrent à respecter l’autonomie des maronites et leurs rituels propres. En 1771, une église maronite fut édifiée à Nazareth mais le nombre des maronites en Terre Sainte s’amenuisait, surtout du fait de leur passage au rite latin, un phénomène qui devait se prolonger jusqu’à aujourd’hui.

En 1895, Mgr Elias Hoyek qui allait devenir patriarche acheta à Jérusalem un ancien hôpital allemand avec son terrain. Un vicariat patriarcal fut créé à cette occasion en avril 1895. Le premier vicaire patriarcal fut Mgr Youssef Mouallem. Le vicaire patriarcal de Jérusalem a aussi juridiction sur les maronites de Jordanie.   En 1939, le patriarche démit de ses fonctions le vicaire patriarcal de Jérusalem. Le poste fut restauré en 1976. En 1996, le patriarche maronite décida de créer un diocèse qui couvre le territoire de l’État d’Israël et dont le siège est à Haïffa. C’est Mgr Paul-Nabil Sayah qui depuis 1996 est archevêque de Haïfa tout en étant vicaire patriarcal de Jérusalem. En dehors de Jérusalem et de Bethléem, il y a des maronites à Akko, Haïfa, Jaffa, Lod, Nazareth, Kfar Berim, Jish…

 

Relations avec les autres Églises

L’Église est membre du Conseil des Eglises du Moyen-Orient. Le patriarche Maronite est cardinal de l’Église Catholique.

 

Relations avec les autres Églises de tradition syriaque

Article Depuis 1994, l’Église maronite participe à une série de discussions œcuméniques avec les autres Églises de tradition syriaque, à l’initiative de la Fondation Pro Oriente, organisme dépendant du diocèse catholique de Vienne en Autriche.  Ces discussions rassemblent des représentants d’églises catholiques et séparées, de tradition syriaque occidentale (Eglise syriaque-orthodoxe, Eglise catholique syriaque, Eglise malankare-orthodoxe, , Église maronite) et de tradition syriaque orientale (Eglise apostolique-assyrienne de l’Orient, Ancienne Eglise de l’Orient, Eglise catholique chaldéenne, Eglise catholique syro-malabare).

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Bibliographie

Pierre Dib, Histoire des Maronites: L’église maronite du XVIe siècle à nos jours, Volume 3, Librairie Orientale, 2001.

Jad Hatem, Recherches sur les christologies maronites, Paris, Geuthner, 2002

  1. J. Mouawad, Les Maronites. Chrétiens du Liban, Brepols Publishers, Turnhout, 2009,

Jean-Pierre Valognes, Vie et mort des Chrétiens d’Orient, Fayard, Paris, 1994 

Siméon Vaihé, Origine religieuse des maronites  ‘’Echos d’Orient’’, 1900.