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Racisme, colonisation, esclavage et réécriture de l’histoire

Race, colonisation, esclavage… Halte au feu !

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Sur son site la revue Hérodote.net revient sur le mouvements qui agitent en ce moment les manifestations anti-racistes et contre les violences policières avec le déboulonnage de statues voulant aisi effacer certaines pages de l’histoire d’un pays.  Peut-on réécrire  l’histoire d’une nation  ? Un pays peut-il effacer les pages de son histoire au risque de plus pouvoir l’étudier et assumer toutes les pages de son pays

Dans les médias comme sur les réseaux virtuels, les cancres semblent avoir pris le pouvoir. Ils prétendent réécrire l’Histoire mais encore faudrait-il qu’ils aient pris la peine de l’étudier…

 « Je vous le dis très clairement : la République n’effacera aucune trace ni aucun nom de son Histoire. Elle n’oubliera aucune de ses œuvres. Elle ne déboulonnera pas de statue » a proclamé le président de la République dans son allocution télévisée du 14 juin 2020, en réponse à l’agitation consécutive au meurtre de George Floyd, aux États-Unis, le 25 mai précédent. 

Il ne s’agit pas que le combat contre les injustices débouche sur une réécriture échevelée de l’Histoire. Le ton présidentiel est ferme mais l’affirmation maladroite. Qui peut être sûr en effet que les travaux des historiens présents ou futurs ne vont pas remettre en cause le parcours de telle ou telle célébrité honorée par une statue ou une plaque de rue ?

 

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Statue de Colbert devant la façade du Palais Bourbon

Race et Histoire : est-il permis de dire n’importe quoi ?

Pour l’heure, nous n’en sommes pas là. Les historiens restent confinés dans leur bibliothèque et les médias dégoulinent de bêtise et d’ignorance. Sur BFM TV, une journaliste déclare comme une évidence que le général Gallieni aurait massacré 500 000 Malgaches, soit le quart de la population de la Grande Île en 1900 !

D’autres commentateurs, trop nombreux pour les nommer, expliquent le prétendu racisme d’État de la France par la colonisation.

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Savent-ils bien ce que fut la colonisation de l’Afrique ? Un projet civilisateur de la gauche républicaine qui ne différait guère de celui des actuels coopérants et « médecins sans frontières ».

Elle a donné lieu à beaucoup de crimes et d’abus mais au total nettement moins que les régimes issus de la décolonisation et guère plus que la coopération actuelle (abus sexuels, pillages, détournements de fonds…).

Par un grossier anachronisme, on dépeint maintenant aussi Colbert et Louis XIV comme d’odieux racistes. Le Roi-Soleil porta sur les fonds baptismaux un prince noir venu de Côte d’Ivoire et Colbert, parmi ses innombrables entreprises, eut à cœur de limiter les abus des planteurs dans de lointaines îles à sucre. Pouvait-il faire plus ?

Veut-on traquer les tyrans et les oppresseurs ? Le champion toutes catégories est sans aucun doute le Mongol Gengis Khan dont les conquêtes auraient entraîné la mort violente d’un quart des Asiatiques. Le chef zoulou Chaka s’est montré tout aussi ravageur à l’échelle de l’Afrique australe…

Reste une triste réalité : sous toutes les latitudes, la guerre est une chose sale. Abd-el-Kader ou encore El-Hadj Omar n’avaient rien à envier à leurs adversaires Bugeaud et Faidherbe en matière de brutalité. Rappelons encore que de toutes les guerres, les pires sont les guerres civiles. Aucune population n’a eu sans doute plus à souffrir de l’armée française que les Vendéens. On pourrait dire la même chose des Irlandais vis-à-vis de l’armée anglaise.

En matière d’atrocités, il n’y a guère que Hitler et Mao qui puissent rivaliser avec les guerres de religion, la guerre de Trente Ans qui a déchiré l’Allemagne, la révolte des Taiping en Chine, la guerre civile de Russie ou la terreur des Khmers rouges. En matière d’esclavage, il serait également présomptueux d’établir un palmarès de l’horreur, de la traite atlantique à la traite saharienne, avec la castration massive des malheureux voués au travail forcé au Moyen-Orient.

Autant dire que si nous voulons honnêtement classer et hiérarchiser les horreurs de l’Histoire, nous ne verrons aucune corrélation entre leur niveau d’intensité et la couleur de peau ou la religion des victimes et des bourreaux.

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Gravure dans le Tour de France des deux enfants de G. Bruno de 1904

Une Histoire en reconstruction permanente

Nous pouvons décider de notre avenir, nous ne pouvons pas changer l’Histoire et encore moins la juger. Nous pouvons seulement essayer de mieux la connaître afin de comprendre comment fonctionnent les êtres humains et les sociétés : c’est le travail dévolu aux historiens.  

Ceux-ci n’en finissent pas de réécrire le passé à la lumière de nouvelles découvertes, dans les archives et l’archéologie. Dans les dernières décennies, par exemple, c’est notre vision de la Préhistoire ainsi que de la Gaule qui a été bouleversée par la génétique et l’archéologie aérienne. Nous avons découvert en l’homme de Néandertal un lointain ancêtre plus évolué et bien moins brutal qu’on ne le croyait auparavant. Même rebond du côté de nos « ancêtres les Gaulois », plus divers et aussi plus civilisés qu’on ne l’eut cru.

Mais les historiens sont aussi des hommes et des femmes de leur temps. Ils revisitent le passé avec un regard biaisé…

C’est ainsi que le grand historien républicain Jules Michelet a écrit sa magistrale Histoire de la Révolution de 1847 à 1853, essentiellement pendant la Seconde République, en mettant en avant le Peuple. Mais à aucun moment, il n’a pris la peine dans son livre d’évoquer le décret du 4 février 1794 (16 Pluviôse An II) par lequel la Convention a aboli l’esclavage. Non qu’il fut insensible au sort des esclaves ; bien au contraire, il a applaudi à la deuxième abolition, le 27 avril 1848. Mais cette première abolition n’avait pour lui aucune incidence sur le cours de la Révolution et ne méritait donc pas qu’on s’y attarde. Aujourd’hui, elle apparaît comme l’un des éléments centraux de la Révolution et sans doute est-elle mieux connue des jeunes Français que la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen et la Nuit du 4-Août.

Autre exemple : la Première Guerre mondiale a été jusqu’à la fin du XXe siècle traitée sous les angles militaires et politiques. Les historiens se sont aussi penchés sur ses causes et ses conséquences tant politiques qu’économiques, sociales et culturelles. Les écrivains qui ont survécu aux tranchées ont pour leur part évoqué leurs conditions de vie dans des témoignages de forme romanesque. En ce XXIe siècle, le conflit n’est plus regardé que sous l’aspect humain. Dans nos sociétés post-nationales, les historiens, à l’image de leurs concitoyens, n’en finissent pas de se demander comment des millions d’hommes ont pu revêtir l’uniforme sans broncher et mourir pour un bout de tissu tricolore. Ils multiplient donc les enquêtes sur les mutineries et dépouillent à n’en plus finir les lettres de poilus.

Les aléas de la mémoire

Les gouvernants, dans tous les régimes, toutes les sociétés et toutes les époques, s’attachent au passé mais d’une toute autre façon que les historiens. Ils y cherchent une légitimité sans grand souci de la vérité. Ce n’est pas le président Macron commémorant l’« illustre victoire » de Montcornet (17 mai 1940) qui nous contredira… Avec plus de prestance, les souverains apprécient de se donner une ascendance divine ou héroïque (Osiris, Amaterasu, Vénus, Énée, David…).

Plus sournois, les nationalistes recourent à l’archéologie pour justifier leurs prétentions. On l’a vu avec les nazis qui ont lancé beaucoup d’expéditions pour tenter de donner du contenu à leur théorie « aryaniste ».

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Dans le même genre, le Turc Moustafa Kémal qui méprisait sa part d’héritage arabo-musulman, a voulu voir dans les Hittites, un peuple indo-européen du IIe millénaire av. J.-C., les précurseurs de la Turquie moderne. Son lointain successeur Recep Tayyip Erdogan a préféré quant à lui réveiller le souvenir de l’empire ottoman, avec l’ambition à peine cachée de le reconstituer, de la Libye aux Balkans en passant par la Syrie.

L’Iranien Réza chah Pahlévi a agi pareillement mais avec plus de pertinence en célébrant avec faste en 1971, à Persépolis, le 2500e anniversaire de la fondation de l’empire perse.

Les Français n’échappent pas à ce penchant au demeurant compréhensible. Il s’est affirmé essentiellement sous la IIIe République. Ce régime né d’une défaite, celle de Napoléon III à Sedan, n’a eu de cesse de consolider sa légitimité face à une masse provinciale qui lui était au départ plutôt hostile.

Cette légitimité s’est affirmée dans les années 1880 à travers des symboles : hymne national, fête nationale, Panthéon des gloires nationales, expositions universelles, statuaire…  Soulignons que la statuaire a connu son Âge d’or à cette époque, toutes les villes et tous les villages ayant souhaité ériger la statue d’une gloire locale en chacune de leurs places pour l’édification des citoyens (un siècle plus tard, on n’érige plus de statues mais l’on aménage des ronds-points, question de goût).

La IIIe République s’est bâtie aussi autour de deux projets fédérateurs :
• L’instruction publique laïque, gratuite et obligatoire destinée à réunir en un seul peuple des populations aussi diverses que les Bretons, Flamands, Corses, Basques, Auvergnats etc.
• La constitution d’un empire colonial destiné à diffuser les « valeurs universelles » portées par la République française.

Il est compréhensible que ces deux projets qui visaient l’un à « civiliser les paysans », l’autre à « civiliser les races inférieures », aient été portés par le même homme d’État, Jules Ferry. Il a été magnifiquement servi par les pédagogues, à l’image d’Augustine Fouillée qui a publié en 1877 sous le pseudonyme G. Bruno Le Tour de la France de deux enfants.

Ce manuel de lecture va servir à l’éducation patriotique de tous les écoliers français jusqu’en 1940 et même au-delà. Il réussit le tour de force de raconter l’histoire et la géographie du pays sans jamais évoquer les souverains ou la religion (on ne badine pas avec la République). Comme les manuels d’Histoire de Lavisse, Malet et Isaac, il a contribué à forger un socle commun de connaissances et de références pour tous les jeunes Français sans empêcher les universitaires de développer une réflexion contradictoire et approfondie.

Par la suite, à l’issue de l’occupation allemande, la Libération a conduit les Français à une vague d’épuration. Personne n’a vu d’inconvénient à débaptiser des plaques de rues aux noms d’anciens collaborateurs, à commencer par le Maréchal Pétain et Pierre Laval. Une autre vague d’épuration a eu lieu sous la Convention, en 1793 et 1794, à la chute de la royauté, avec la destruction de quelques statues, monuments et objets d’art et le changement de noms de rues ou de places. Qui se souvient encore qu’à Paris, la place de la Concorde et la place des Vosges s’appelaient place Louis XV et place Royale. Mais après tout, quelle importance ? Napoléon Ier n’a aucune rue ni aucune statue à son nom en France (à de rares exceptions près : Ajaccio, Laffrey et La Roche-sur-Yon). Cela n’empêche qu’il reste le Français le plus célèbre dans le monde entier, pour le meilleur et le moins bon.

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Mascaron figurant une tête africaine sur une façade de l’avenue Brancas à Nantes (XVIIIè siècle)

Délires de l’épuration

L’épuration est le négatif de la mémoire. Elle est elle aussi de tous les temps. De l’Égypte pharaonique aux talibans d’Afghanistan, on n’en finirait pas de recenser les inscriptions effacées à coup de burin dans la pierre et les statues démolies à la pioche ou à l’explosif. À titre anecdotique, à Paris, dans le parc Montsouris, on peut voir une stèle avec une inscription selon laquelle elle aurait été érigée en 1806 sous le règne de [nom buriné]…

Évidemment, les braillards qui détruisent des statues comme celles de Schoelcher en Martinique ou flétrissent celles de De Gaulle ou Gallieni sont loin de ces considérations et s’en contrefichent. Pressés d’effacer la mémoire du passé en vertu d’un credo puisé sur les réseaux virtuels, ils usent de la violence comme bien d’autres avant eux. Leurs revendications sont parfois fondées.

À Bristol, en Angleterre, il est étrange que les édiles de la fin du XIXe siècle aient cru bon d’honorer de toutes les façons possibles un mécène, Edward Colston, dont la fortune venait de la traite négrière. C’est comme si Medellin, en Colombie, érigeait des statues à la gloire du narcotrafiquant Pablo Escobar. 

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Plus subtilement, on peut s’interroger sur la statue du philanthrope Victor Schoelcher détruite à Fort-de-France le 22 mai 2020.

Non pas en raison de la personne mais de la statue elle-même. Cette oeuvre de belle facture artistique érigée en 1904 montre Schoelcher caressant la tête d’un enfant noir chargé de chaînes. Il y a là une démarche paternaliste qui peut être ressentie comme humiliante par les descendants d’esclaves. Il eut été pertinent que les élus du département ou de la ville se saisissent de la question et relèguent la statue dans un musée avant que des vandales ne la détruisent. 

Il ne va pas de soi par contre de déboulonner aux États-Unis la statue du général Robert E. Lee, chef de l’armée sudiste, car celui-ci était malgré tout hostile à l’esclavage et d’une facture morale très supérieure à la plupart des généraux nordistes.

On entend en France des voix s’élever contre le nom d’un général de la Révolution, Dugommier, donné à une station de métro parisienne. Autant que je sache, ce général s’est signalé par de belles actions et une grande générosité à l’égard de ses ennemis. Il n’a eu que le tort de naître en Guadeloupe, dans une famille de planteurs propriétaires d’esclaves.

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L’enjeu est le même concernant les planteurs virginiens qui ont mené les États-Unis à l’indépendance, tels George Washington et Thomas Jefferson. Esprits généreux, ils n’avaient que le tort de n’avoir pas choisi le lieu et le moment de leur naissance.

Gare au syndrome de l’arroseur arrosé. Si l’on doit diaboliser une célébrité sous ce seul prétexte, il faudra renvoyer en enfer le héros absolu de tous les antiesclavagistes et des apologistes de la « race noire », le grand Toussaint Louverture en personne, qui a mené Saint-Domingue vers l’indépendance sous le nom de Haïti. 

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Affranchi par son maître, il put s’établir comme « libre de couleur » et posséda jusqu’à vingt esclaves.  Il n’y avait rien d’exceptionnel à cela dans les Antilles françaises au XVIIIe siècle : par la naissance ou l’affranchissement, un certain nombre de métis et de noirs étaient amenés à acheter et posséder des esclaves. 

Comme la bêtise humaine est infinie, Einstein dixit, il en est encore pour s’indigner que de beaux immeubles du XVIIIe siècle, à Nantes et Bordeaux, s’ornent de mascarons (figures de pierre au-dessus des fenêtres) à l’effigie d’esclaves noirs ou de rois exotiques (voir plus haut).

À ce compte-là, il nous faudra aussi épurer nos musées et nos livres de toutes les représentations un tant soit peu caricaturales de noirs mais aussi de jaunes, de roux, de laids, de sorcières, d’obèses, d’efféminés etc. etc. 

Quoi qu’il en soit, la discussion est impossible avec des militants – il y en a – qui visent la destruction de la nation et plus largement de notre culture. Ceux-là ne méritent d’autres interlocuteurs que la police et la justice.

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Par contre, nous invitons nos concitoyens sincères qui rêvent d’une grande fraternité dans le cadre national, à réviser ensemble le grand  « récit national » de la IIIe République en y intégrant toutes les belles personnalités qui ont honoré la France – et réciproquement -, de Louis Delgrès à Kofi Yamgnane en passant par Alexandre Dumas, Alain Mimoun et Zinedine Zidane.

N’excluons personne à l’image du très consensuel musée de l’Histoire de France installée par Louis-Philippe à Versailles, où sont représentés tous les grands moments de tous les régimes. Reprenons à notre compte la formule de Napoléon : « De Clovis jusqu’au Comité de salut public, je me sens solidaire de tout» , et adressons celle d’Ernest Lavisse à tous nos écoliers, sans distinction d’origine ou de classe : « Enfant, tu aimeras la France parce que la nature l’a faite belle et que son histoire l’a faite grande».

Publié ou mis à jour le : 2020-06-22 08:03:26

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La Case de l’Oncle Tom

La Case de l’oncle Tom

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La Case de l’oncle Tom (Uncle Tom’s Cabin) est un roman de l’écrivain américaine Harriet Beecher Stowe. Publié d’abord sous forme de feuilleton en 1852, il vaut le succès immédiat à son auteur. Le roman eut un profond impact sur l’état d’esprit général vis-à-vis des Afro-Américains et de l’esclavage aux États-Unis ; il est un des facteurs de l’exacerbation des tensions qui menèrent à la Guerre de Sécession.

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Harriet Beecher-Stowe (1811-1896)

Stowe, née dans le Connecticut et pasteur à la Hartford Female Academy, était une abolitionniste convaincue. Elle centre son roman sur le personnage de l’oncle Tom, un esclave noir patient et tolérant autour duquel se déroulent les histoires d’autres personnages, aussi bien esclaves que blancs. Ce roman sentimental dépeint la réalité de l’esclavage tout en affirmant que l’amour chrétien peut surmonter une épreuve aussi destructrice que l’esclavage d’êtres humains.

La Case de l’oncle Tom est le roman le plus vendu du xixe siècle et le second livre le plus vendu de ce même siècle, derrière la Bible. On considère qu’il aida à l’émergence de la cause abolitionniste dans les années 1850. Dans l’année suivant sa parution, 300 000 exemplaires furent vendus aux États-Unis. L’impact du roman est tel qu’on attribue à Abraham Lincoln ces mots, prononcés lorsqu’il rencontre Harriet Stowe au début de la guerre de Sécession : « C’est donc cette petite dame qui est responsable de cette grande guerre. »

Le roman, et encore plus les pièces de théâtre qu’il inspira, contribuèrent également à la création de nombreux stéréotypes concernant les Noirs, dont beaucoup persistent encore aujourd’hui. On peut citer l’exemple de la mammy, servante noire placide et affectueuse, des enfants noirs à moitié habillés aux cheveux en bataille, et de l’oncle Tom, serviteur dévoué et endurant, fidèle à son maître ou sa maîtresse blancs. Plus récemment, les associations négatives avec le roman ont, dans une certaine mesure, éclipsé l’impact historique de La Case de l’oncle Tom en tant que livre antiesclavagiste

 

Inspiration et références

Harriet Stowe écrit ce roman en réponse à l’adoption en 1850 du second Fugitive Slave Act, qui entend punir ceux qui aident les esclaves fugitifs en diminuant leurs droits ainsi que ceux des esclaves libérés. La majeure partie du livre est écrite à Brunswick dans le Maine où le mari de Harriet, Calvin Ellis Stowe, enseigne au Bowdoin College.

Pour écrire La Case de l’oncle Tom, Stowe s’inspire en partie de l’autobiographie de Josiah Henson, un Noir qui vécut et travailla dans une plantation de tabac de 15 km² appartenant à Isaac Riley et située à North Bethesda dans le Maryland. Henson échappe à l’esclavage en 1830 en s’enfuyant dans la province du Haut-Canada (à présent l’Ontario), où il aida d’autres esclaves à s’échapper et à devenir autonomes, et où il écrivit ses mémoires, – et probablement encore plus de l’autobiographie de Frederick Douglass. Lorsque l’œuvre de Stowe devint célèbre, Henson publia à nouveau ses mémoires sous le titre Les Mémoires de l’oncle Tom, et voyagea aux États-Unis et en Europe.

Le roman de Stowe a donné son nom à la demeure de Henson, devenue Uncle Tom’s Cabin Historic Site, près de Dresden, en Ontario, et transformée en musée depuis les années 1940. La véritable cabane dans laquelle Henson vécut lorsqu’il était esclave existe toujours dans le comté de Montgomery, dans le Maryland.

American Slavery As It Is: Testimony of a Thousand Witnesses, un livre coécrit par Theodore Dwight Weld et les sœurs Angelina et Sarah Grimké, est également à l’origine d’une partie du contenu du roman. Stowe affirma également avoir fondé son livre sur des entretiens avec des esclaves fugitifs, rencontrés lorsqu’elle vivait à Cincinnati dans l’Ohio, ville proche du Kentucky qui était alors un état esclavagiste. Le chemin de fer clandestin avait des sympathisants abolitionnistes à Cincinnati. Ce réseau aidait activement les esclaves à s’échapper des États du Sud.

Harriet Stowe mentionne une partie des sources d’inspiration utilisées pour son roman dans A Key to Uncle Tom’s Cabin, publié en 1853. Ce livre, qui au contraire de La Case de l’oncle Tom n’est pas une fiction, est écrit pour soutenir les affirmations de Stowe concernant l’esclavage. Cependant, des études ultérieures ont tenté de démontrer que Stowe ne lut la plupart des œuvres mentionnées qu’après la publication de son roman.

Publication

La Case de l’oncle Tom est d’abord publié en feuilleton de 40 épisodes dans le National Era, un journal abolitionniste, à partir du 5 juin 1851. Au vu de la popularité de l’histoire, l’éditeur John Jewett propose à Harriet Stowe de transformer le feuilleton en roman pour une publication en volume. Bien que Stowe n’était pas du tout certaine que La Case de l’oncle Tom serait lu une fois publié en volume, elle consentit finalement à cette requête.

Convaincu que le livre serait aimé par le public, Jewett prend la décision (inhabituelle pour l’époque) de faire graver pour la première édition six illustrations pleine page par Hammatt Billings. Publié en volume le 20 mars 1852, le roman est bientôt épuisé et d’autres éditions sont imprimées peu après (en particulier une édition de luxe en 1853, comptant 117 illustrations de Hammatt Billings).

Pendant sa première année de publication, 300 000 exemplaires de La Case de l’oncle Tom sont vendus. Le livre est traduit dans de nombreuses langues et devient finalement le deuxième livre le plus vendu après la Bible.

La Case de l’oncle Tom se vend également bien en Grande-Bretagne, où la première édition est publiée en mai 1852 et s’écoule à 200 000 exemplaires. En quelques années, plus de 1,5 million d’exemplaires sont mis en circulation en Grande-Bretagne , la plupart étant des copies illégales (le même phénomène eut lieu aux États-Unis). Certaines des premières éditions contiennent une introduction par le révérend James Sherman, ministre du culte protestant londonien, bien connu pour ses convictions abolitionnistes.

Résumé

Elisa s’enfuit avec son fils, Tom est vendu sur le Mississippi

Au xixe siècle, dans le Kentucky, État sudiste, Mr Shelby, riche planteur, et son épouse, Emily, traitent leurs esclaves avec bonté. Mais le couple craint de perdre la plantation pour cause de dettes et décide alors de vendre deux de leurs esclaves : Oncle Tom, un homme d’âge moyen ayant une épouse et des enfants, et Henri , le fils d’Elisa, servante d’Emily. Cette idée répugne à Emily qui avait promis à sa servante que son fils ne serait jamais vendu ; et le mari d’Emily, George Shelby, ne souhaite pas voir partir Tom qu’il considère comme un ami et un mentor.

Lorsqu’Elisa surprend Mr et Mme Shelby en train de discuter de la vente prochaine de Tom et Henri, elle décide de s’enfuir avec son fils. Le roman précise que la décision d’Elisa vient du fait qu’elle craint de perdre son unique enfant survivant (elle a déjà perdu deux enfants en couches). Elisa part le soir même, laissant un mot d’excuse à sa maîtresse.

Pendant ce temps, Oncle Tom est vendu à Augustin St. Clare et embarque sur un bateau qui s’apprête à descendre le Mississippi. À bord, Tom rencontre une jeune fille blanche nommée Evangeline, qui est la fille de son maître, et se lie d’amitié avec elle. Lorsque Eva tombe à l’eau, Tom la sauve. Pour le remercier, le père d’Eva lui donne des biscuits.

La famille d’Elisa est pourchassée, tandis que Tom vit chez les St. Clare

Au cours de sa fuite, Elisa retrouve son mari Georges Harris, qui s’était échappé de sa plantation auparavant. Ils décident d’essayer de gagner le Canada. Ils sont cependant poursuivis par un chasseur d’esclaves nommé Tom Loker. Loker finit par piéger Elisa et sa famille, ce qui conduit Georges à tirer sur Loker. Ne souhaitant pas que Loker meure, Elisa convainc George d’amener le chasseur d’esclaves jusqu’à un village quaker proche pour qu’il y soit soigné.

De retour à La Nouvelle-Orléans, Augustin St. Clare discute de l’esclavage avec sa cousine nordiste Ophelia qui, bien qu’opposée à l’esclavage, a cependant des préjugés contre les Noirs. St. Clare considère que lui n’a pas de préjugés, bien que possédant des esclaves. Dans une tentative pour montrer à Ophelia que ses idées concernant les Noirs sont erronées, il achète Topsy, une jeune esclave noire, et demande à Ophelia de l’éduquer.

Deux ans après que Tom fut arrivé chez les St. Clare, Eva tombe gravement malade. Avant de mourir, elle a une vision du paradis, qu’elle partage avec les personnes qui l’entourent. En conséquence de cette vision et de la mort d’Eva, les autres personnages décident de modifier leur manière de vivre : Ophelia promet de se débarrasser de ses préjugés contre les Noirs, Topsy de s’améliorer et Augustin St. Clare d’affranchir (libérer) l’oncle Tom.

Tom est vendu à Simon Legree

Augustin St. Clare est poignardé en entrant dans une taverne de La Nouvelle-Orléans et meurt avant de pouvoir tenir sa promesse. Sa femme revient sur la promesse de son mari décédé et vend Tom aux enchères à un propriétaire malveillant nommé Simon Legree. Legree, originaire du nord, emmène Tom dans une région rurale de la Louisiane, où Tom fait la connaissance des autres esclaves de Legree, et en particulier d’Emmeline, que Legree a achetée en même temps que Tom. La haine de Legree pour Tom naît lorsque celui-ci refuse son ordre de fouetter un autre esclave. Legree bat sauvagement Tom, et décide de broyer la foi en Dieu de son nouvel esclave. Cependant, malgré la cruauté de Legree, Tom refuse de cesser de lire sa Bible et de réconforter les autres esclaves. À la plantation, Tom rencontre Cassy, une autre esclave de Legree, qui a été séparée de son fils et de sa fille lorsque ceux-ci ont été vendus ; incapable de supporter la vente d’un autre de ses enfants, elle a tué son troisième.

Tom Loker fait à ce moment sa réapparition dans l’histoire ; à la suite de sa guérison par les quakers, il a profondément changé. George, Elisa et Henry ont obtenu leur liberté après être parvenus au Canada. En Louisiane, l’oncle Tom succombe presque au désespoir alors que sa foi en Dieu est mise à l’épreuve par les rigueurs de la plantation. Il a cependant deux visions, une de Jésus et une d’Eva, qui renouvellent sa détermination à rester un chrétien fidèle, même si sa vie est en jeu. Il encourage Cassy à s’enfuir, ce qu’elle fait en emmenant Emmeline avec elle. Lorsque Tom refuse de révéler à Legree leur destination, ce dernier ordonne à ses employés de tuer Tom. Alors qu’il est mourant, Tom pardonne aux employés de l’avoir battu. Impressionnés par la personnalité de l’homme qu’ils ont tué, les deux hommes deviennent chrétiens. Juste avant la mort de Tom, Georges Shelby, le fils d’Arthur Shelby (le maître original de Tom), apparaît pour acheter la liberté de Tom, mais se rend compte qu’il arrive trop tard.

Dernière partie

Sur le bateau qui les emmène vers la liberté, Cassy et Lucy rencontrent la sœur de Georges Harris et l’accompagnent au Canada. Une fois arrivée, Cassy découvre que Elisa est sa fille, qui avait été vendue enfant et dont elle n’avait pas eu de nouvelles depuis. Leur famille enfin reconstituée, ils partent pour la France puis finalement pour le Liberia, nation africaine créée pour les anciens esclaves d’Amérique, où ils retrouvent le fils de Cassy, également perdu de vue depuis longtemps. Georges Shelby retourne dans sa plantation du Kentucky et libère tous ses esclaves, en leur disant de se souvenir du sacrifice de Tom et de sa foi dans la véritable signification du christianisme.

Personnages principaux

L’oncle Tom

L’oncle Tom, le personnage éponyme, est un esclave chrétien possédant patience et noblesse d’âme. Plus récemment, son nom est cependant devenu une épithète désignant les Afro-Américains accusés de s’être vendus aux Blancs. Pour Stowe, Tom est un héros noble et digne d’éloges. Tout au long du roman, bien loin de se laisser exploiter, Tom défend ses croyances et est même admiré à contrecœur par ses ennemis.

Eva

Eva, dont le véritable nom est Evangeline St. Clare est la fille d’Augustin St.Clare qui, durant une période, est le maître de Tom. Eva est gentille, souriante, généreuse, belle, compatissante et elle se lie d’amitié avec tous les esclaves de son père. Elle devient très vite amie de Tom

Simon Legree

Legree

Simon Legree est un maître cruel, né dans le Nord, dont le nom est devenu synonyme d’avidité. Son but est de démoraliser Tom au point de le faire abandonner sa foi religieuse ; il finit par battre Tom à mort par frustration devant la foi inébranlable de son esclave en Dieu. Le roman révèle qu’il a, dans sa jeunesse, abandonné sa mère malade pour partir en mer, et qu’il a ignoré sa lettre le priant de venir la voir une dernière fois sur son lit de mort. Il exploite sexuellement Cassy, qui le méprise, puis porte son désir sur Emmeline.

Personnages secondaires

La Case de l’oncle Tom met en scène un grand nombre de personnages secondaires. Parmi les plus importants, on peut citer :

Arthur Shelby, le maître de Tom dans le Kentucky. Shelby est présenté comme un « bon » maître, stéréotype du gentleman du Nord.

Emily Shelby, épouse d’Arthur Shelby. C’est une femme profondément croyante qui s’efforce d’exercer une influence bénéfique et morale sur ses esclaves. Elle est scandalisée lorsque son mari vend ses esclaves à un marchand, mais en tant que femme ne possède pas de moyen légal de s’y opposer puisque la propriété appartient à son mari.

Georges Shelby, fils d’Arthur et d’Emily, qui considère Tom comme un ami et comme le chrétien parfait.

Augustin St. Clare, second maître de Tom et père d’Eva. Le plus compréhensif des possesseurs d’esclaves rencontrés dans le roman. St. Clare est un personnage complexe, souvent sarcastique et à l’esprit vif. Après une cour difficile, il a épousé une femme qu’il a fini par mépriser, bien qu’il soit trop poli pour le montrer. St. Clare est conscient du mal que constitue l’esclavage, mais il ne veut pas renoncer à la richesse qu’il lui apporte. Après la mort de sa fille, il devient plus sincère dans ses convictions religieuses et commence à lire la Bible de Tom. Il compte finalement prendre parti contre l’esclavagisme en libérant ses esclaves, mais ses bonnes intentions ne sont pas concrétisées.

Topsy, une jeune esclave un peu vaurien. Lorsqu’on lui demande si elle sait qui l’a créée, elle professe son ignorance de Dieu et de sa mère, en disant : « J’pense que j’ai grandi. J’pense pas que quelqu’un m’ait créée. » Elle est transformée par l’amour de la petite Eva. Pendant la première moitié des années 1900, plusieurs fabricants de poupées créèrent des poupées à l’effigie de Topsy. L’expression « grandir comme Topsy », à présent un peu archaïque, est passée dans la langue anglaise, d’abord avec la notion de croissance imprévue puis juste celle de croissance impressionnante.

Mademoiselle Ophelia, cousine d’Augustin St. Clare venant du Vermont, personnage pieux, travailleur et abolitionniste. Elle met en évidence les sentiments ambigus des Nordistes envers les Afro-américains à l’époque. Elle est opposée à l’esclavage, mais l’idée d’esclave en tant qu’individu lui répugne, du moins au début.

Thèmes abordés

Un thème unique domine La Case de l’oncle Tom : celui du caractère maléfique et immoral de l’esclavage. Bien que Stowe aborde d’autres thèmes mineurs tout au long du roman, comme l’autorité morale de la mère de famille ou encore la possibilité de rédemption offerte par le christianisme, elle donne beaucoup d’importance à leurs liens avec les horreurs de l’esclavage. Elle aborde le thème de l’immoralité de l’esclavage quasiment à chaque page du livre, lui arrivant même parfois de changer de point de vue narratif afin de donner une véritable homélie sur la nature destructrice de l’esclavage (telle cette femme blanche sur le bateau conduisant Tom vers le sud : « La pire des choses dans l’esclavage, à mon avis, est son atrocité envers les sentiments et l’affection – la séparation des familles, par exemple. »). L’une des manières pour Stowe de dénoncer l’esclavage était de montrer comment cette « bizarre institution » forçait les familles à se séparer.

Harriet Stowe considérait le statut de mère comme « le modèle éthique et structurel pour toute l’Amérique » et pensait que seules les femmes avaient l’autorité morale pour sauver les États-Unis du démon de l’esclavage ; c’est pourquoi un autre thème majeur de La Case de l’oncle Tom est le pouvoir moral et le caractère saint de la femme. À travers des personnages comme Eliza, qui fuit l’esclavage pour sauver son jeune fils (et finit par réunir sa famille entière), ou Petite Eva, qui est considérée comme « la chrétienne idéale », Stowe montre de quelle manière elle pense que les femmes peuvent sauver leurs prochains des pires injustices. Bien que des critiques notèrent plus tardivement que les personnages féminins de Stowe constituent souvent des clichés domestiques plutôt que des femmes réalistes, le roman « réaffirma l’importance de l’influence des femmes » et ouvrit la voie aux mouvements pour les droits des femmes qui se manifestèrent dans les décennies suivantes.

Les croyances religieuses puritaines de Stowe se révèlent dans le thème général qui sous-tend le roman, qui n’est autre que l’exploration de la nature du christianisme et de la manière dont Stowe pense qu’il est fondamentalement incompatible avec l’esclavage. Ce thème est fortement présent lorsque Tom exhorte St. Clare à « regarder vers Jésus » après la mort de sa fille bien-aimée Eva. Après la mort de Tom, George Shelby fait l’éloge de Tom en disant : « C’est quelque chose que d’être chrétien ». De par le rôle important joué par les thèmes chrétiens dans La Case de l’oncle Tom – et à cause de l’utilisation répétée dans le roman d’interventions de l’auteur elle-même sur la religion et la foi – le livre prend souvent « la forme d’un sermon ».

Style

La Case de l’oncle Tom est écrit dans le style mélodramatique et sentimental commun aux romans sentimentaux et à la « fiction domestique » (ou fiction féminine) du xixe siècle. Ces genres de récits étaient parmi les plus populaires au temps de Stowe et mettaient en général en scène des personnages principaux féminins, dans un style visant à provoquer compassion et émotion chez le lecteur. Bien que le livre de Stowe diffère des romans sentimentaux en s’intéressant à un thème plus large, l’esclavage, et en ayant un homme comme personnage principal, il cherche cependant à susciter une forte émotion chez ses lecteurs (en provoquant par exemple les larmes lors de la mort de Petite Eva). La force de ce style d’écriture est manifeste lorsqu’on se réfère aux réactions des lecteurs contemporains de Stowe. Georgiana May, une amie de Stowe, écrit dans une lettre à l’auteur : « Je suis restée éveillée la nuit dernière bien après une heure du matin, pour finir La Case de l’oncle Tom. Je ne pouvais pas plus l’abandonner que je n’aurais pu abandonner un enfant mourant ». Un autre lecteur est décrit comme étant obsédé à tout moment par le livre et comme ayant pensé à renommer sa fille Eva. La mort de Petite Eva affecta de manière évidente un grand nombre de personnes à l’époque puisqu’à Boston, au cours de la seule année 1852, ce prénom fut donné à 300 petites filles.

Malgré ces réactions positives de la part des lecteurs, les critiques littéraires méprisèrent durant des années le style dans lequel La Case de l’oncle Tom et d’autres romans sentimentaux étaient écrits, du fait que ces livres étaient rédigés par des femmes et présentaient de manière si évidente un « sentimentalisme féminin ». Un critique littéraire affirma que si le roman n’avait pas abordé le thème de l’esclavage, « il n’aurait été qu’un autre roman sentimental », tandis qu’un autre décrivit le livre comme « l’œuvre d’un écrivaillon ».

Ce n’est pas l’avis de Jane Tompkins, professeur d’anglais à l’université de l’Illinois à Chicago. Dans son livre In Sensational Designs: The Cultural Work of American Fiction (1985). Tompkins fait l’éloge de ce style que tant d’autres critiques avaient méprisé, écrivant que les romans sentimentaux montraient comment les émotions féminines avaient le pouvoir d’améliorer le monde. Elle affirme également que les fictions domestiques populaires du xixe siècle, dont La Case de l’oncle Tom fait partie, étaient remarquables de par leur « complexité intellectuelle, leur ambition et leur ingéniosité » ; et que La Case de l’oncle Tom offrait « une critique de la société américaine bien plus dévastatrice que d’autres effectuées par des auteurs plus connus tels que Hawthorne ou Melville ».

Réactions et critiques

Dès sa publication, le livre a donné lieu à une importante controverse, suscitant des protestations de la part des défenseurs de l’esclavage (qui firent paraître un certain nombre d’autres livres en réponse à celui-ci) et des éloges de la part des abolitionnistesLe roman influença profondément des œuvres protestataires postérieures, telle La Jungle d’Upton Sinclair.

Réactions contemporaines

Dès sa publication, La Case de l’oncle Tom indigne les habitants du Sud américain. Le roman est également violemment critiqué par les partisans de l’esclavage .

L’écrivain sudiste William Gilmore Simms déclara que le livre était entièrement faux, tandis que d’autres qualifièrent le roman de criminel et diffamatoire. Les réactions allèrent d’un libraire de Mobile dans l’Alabama qui fut obligé de quitter la ville parce qu’il avait mis le roman en vent, à des lettres de menace adressées à Stowe elle-même (qui reçut même un paquet contenant une oreille coupée appartenant à un esclave). De nombreux écrivains sudistes, tel Simms, écrivirent peu après leur propre livre en réaction à celui de Stowe (voir la section anti-Tom ci-dessous).

Certains critiques soulignèrent le manque d’expérience de Stowe concernant la vie du Sud, affirmant que ce manque d’expérience l’avait poussée à produire des descriptions inexactes de la région. Elle n’avait quasiment jamais mis les pieds dans le Sud et n’avait jamais véritablement été dans une plantation sudiste. Stowe affirma cependant toujours qu’elle avait bâti ses personnages sur des récits faits par des esclaves fugitifs lorsqu’elle vivait à Cincinnati, dans l’Ohio. On rapporte que Stowe eut l’occasion d’assister à plusieurs incidents qui la poussèrent à écrire le roman. Des scènes qu’elle observa sur l’Ohio, en particulier un mari et une femme séparés au cours d’une vente, ainsi que des articles de journaux et des entretiens lui fournirent de la matière pour le développement de l’intrigue.

En réponse à ces critiques, Stowe publia en 1853 A Key to Uncle Tom’s Cabin, tentant de montrer la véracité de la description de l’esclavage faite dans La Case de l’oncle Tom à travers des documents historiques. Dans ce livre, Stowe considère chacun des principaux personnages du roman et cite des personnes équivalentes ayant réellement existé, tout en fustigeant à nouveau l’esclavagisme du Sud de manière plus agressive encore que dans le roman lui-même. Tout comme La Case de l’oncle TomA Key to Uncle Tom’s Cabin eut également un grand succès. Il doit cependant être noté que, bien que Harriet Stowe prétendit que A Key to Uncle Tom’s Cabin traitait des sources qu’elle avait consultées au moment d’écrire son roman, elle ne lut une grande partie des œuvres mentionnées qu’après la publication de celui-ci.

D’après le fils de l’auteur, lorsqu’Abraham Lincoln rencontra Stowe en 1862, il déclara : « C’est donc cette petite dame qui est responsable de cette grande guerre. » L’avis des historiens diverge sur la véracité de cette anecdote, et dans une lettre que Stowe écrivit à son mari quelques heures après avoir rencontré Lincoln on ne trouve mention nulle part de cette phrase. Par la suite, de nombreux spécialiste considérèrent que le roman concentra la colère du Nord sur les injustices de l’esclavage et sur le Fugitive Slave Act, et attisa les ardeurs du mouvement abolitionniste. Le général de l’Union et politicien James Baird Weaver affirma que le livre le persuada de devenir actif au sein du mouvement abolitionniste.

La Case de l’oncle Tom souleva également un grand intérêt en Grande-Bretagne. La première édition londonienne parut en mai 1852 et se vendit à 200 000 exemplaires. Une partie de cet intérêt était dû à l’antipathie éprouvée par les britanniques envers les États-Unis. Comme l’expliqua un écrivain de l’époque, « les sentiments que La Case de l’oncle Tom déchaîna en Angleterre n’étaient pas la vengeance ou la haine [de l’esclavage], mais plutôt une jalousie et une fierté nationale. Nous avons longtemps souffert de la suffisance de l’Amérique – nous sommes fatigués de l’entendre se vanter d’être le pays le plus libre et le plus éclairé qu’ait connu le monde. Notre clergé hait son système de volontariat – nos Tories haïssent ses démocrates – nos Whigs haïssent ses parvenus – nos radicaux haïssent ses manières procédurières, son insolence et son ambition. Tous les partis saluèrent Mme Stowe comme une insurgée au sein du camp ennemi ». Charles Francis Adams, ambassadeur des États-Unis en Angleterre durant la guerre, affirma plus tard que « La Case de l’oncle Tom, publié en 1852, exerça, grâce à des circonstances principalement fortuites, une influence sur le monde plus immédiate, plus considérable et plus spectaculaire qu’aucun autre livre jamais imprimé ».

Le livre a été traduit dans plusieurs langues, y compris en chinois (la traduction du roman par le traducteur Lin Shu fut la première traduction en chinois d’un roman américain) et en amharique (la traduction datant de 1930 fut effectuée dans le but de soutenir les efforts de l’Éthiopie visant à atténuer les souffrances des Noirs). Le livre fut lu par tant de personnes que Sigmund Freud rapporta un certain nombre de cas de tendances sado-masochistes chez des patients, qui selon lui avaient été influencés par la lecture de scènes de La Case de l’oncle Tom où des esclaves se faisaient fouetter.

À partir de 1845, l’usage s’établit au Carnaval de Paris de baptiser pour la fête les Bœufs Gras qui défilent à la promenade du Bœuf Gras. Le nom est choisi en fonction des œuvres littéraires à succès du moment, ou en rapport avec des événements importants récents, ou une chanson à la mode. Le premier Bœuf Gras baptisé ainsi s’appelera Le Père Goriot. En 1853, l’immense succès remporté en France par La Case de l’oncle Tom fait que les trois Bœufs Gras qui défilent du 6 au 8 février sont baptisés du nom de héros de ce livre : Père-TomShelby et Saint-Clare

Impact littéraire et critique

La Case de l’oncle Tom fut le premier roman à teneur politique à être lu par un grand nombre de personnes aux États-Unis. À ce titre, il influença grandement le développement non seulement de la littérature américaine mais aussi de la littérature engagée en général. Un certain nombre de livres publiés après La Case de l’oncle Tom doivent beaucoup au roman de Stowe ; on peut citer en particulier La Jungle d’Upton Sinclair et Printemps silencieux de Rachel Carson. (« L’histoire de la quarteronne » – Case de l’Oncle Tom, chap. 34 – a aussi d’étroites ressemblances avec la nouvelle Le Diable, de Léon Tolstoï.)

Malgré son importance incontestable, La Case de l’oncle Tom est perçu par l’opinion populaire comme « un mélange de conte pour enfants et de propagande ». Le roman a également été décrit par nombre de critiques littéraires comme étant « tout juste un roman sentimental » , tandis que le critique George Whicher affirma dans son Histoire littéraire des États-Unis que « Mme Stowe ou son ouvrage ne peuvent justifier du succès considérable du roman ; son talent en tant qu’écrivain amateur n’était en rien remarquable. Elle avait tout au plus une certaine maîtrise des stéréotypes en termes de mélodrame, d’humour et de pathos, et son livre est composé de ces éléments populaires .

D’autres critiques ont cependant fait l’éloge du roman : Edmund Wilson déclara que « démontrer une telle maturité dans l’écriture de La Case de l’oncle Tom prouve une expérience étonnante. » Jane Tompkins affirme que le roman est un classique de la littérature américaine et émet l’hypothèse que de nombreux critiques littéraires ont boudé le livre pour la simple raison qu’il fut extrêmement populaire en son temps

Certains commentateurs  affirment que Stowe considérait que son roman offrait une solution aux dilemmes politiques et moraux qui troublaient de nombreux opposants à l’esclavage. Stowe était une fervente chrétienne, et abolitionniste.

Léon Tolstoï « [citait] comme exemple de l’art religieux le plus élevé, né de l’amour de Dieu et du prochain, en littérature:… La Case de l’oncle Tom, etc. »

Les expertsconsidèrent également que le roman véhicule les valeurs et les idées du Parti du sol libre. Dans cette optique, le personnage de George Harris personnifie le principe du travail libre, tandis que le personnage complexe d’Ophelia représente les nordistes qui toléraient un compromis avec l’esclavage. À l’opposé d’Ophelia est Dinah, qui agit de manière passionnée. Au cours du roman Ophelia se transforme, de la même manière que le Parti Républicain qui proclama trois ans plus tard que le Nord devait se transformer et défendre ses principes antiesclavagistes.

Des théories féministes peuvent également être vues à l’œuvre dans le livre de Stowe, le roman constituant une critique de la nature patriarcale de l’esclavage. Pour l’auteur, les liens formant la famille étaient avant tout les liens du sang plutôt que les relations paternalistes entre maîtres et esclaves. De plus, Stowe considérait la solidarité nationale comme une extension de la famille, le sentiment d’appartenir à une nation ayant donc ses racines dans le fait de partager une race. Par conséquent, elle prêchait la colonisation de l’Afrique pour les esclaves libérés et non leur intégration dans la société américaine.

Le livre a également été considéré comme une tentative de redéfinition de la masculinité en tant qu’étape nécessaire vers l’abolition de l’esclavage. Dans cette optique, les abolitionnistes avaient commencé à rejeter la vision de l’homme agressif et dominant que la conquête et la colonisation du début du xixe siècle avaient mis en avant. Dans le but de modifier la notion de virilité de telle manière que les hommes puissent s’opposer à l’esclavage sans mettre en danger leur image ou leur place dans la société, certains abolitionnistes se rapprochèrent de principes tels que le droit de vote des femmes, la chrétienté ou la non-violence, et firent l’éloge de la compassion, de la coopération et de l’esprit civique. D’autres courants du mouvement abolitionniste prônaient une action masculine plus agressive et plus conventionnelle. Tous les hommes dans le roman de Stowe sont des représentants de l’un ou l’autre de ces courants.

Création et popularisation de stéréotypes

Au cours des dernières décennies, aussi bien lecteurs que spécialistes ont critiqué le roman pour ses descriptions racistes et condescendantes des personnages noirs, en particulier en ce qui concerne leur apparence, leur manière de parler et leur comportement, mais aussi la nature passive de l’oncle Tom face à son destin. L’importance de la création par le roman de nouveaux stéréotypes ainsi que son usage de stéréotypes déjà existants est d’autant plus grande que La Case de l’oncle Tom fut le roman le plus vendu au monde au xixe siècle. En conséquence, le livre (ainsi que les images l’illustrant et les pièces de théâtre associées) contribua grandement à implanter de manière permanente ces stéréotypes dans la mentalité américaine.

Parmi les stéréotypes de Noirs présents dans La Case de l’oncle Tom se trouvent :

Le happy darky, incarné par le personnage paresseux et insouciant de Sam ;

Le mulâtre à la peau claire utilisé comme objet sexuel (personnages d’Eliza, Cassy et Emmeline) ;

La mammy à la peau noire, de nature affectueuse (à travers plusieurs personnages, en particulier Mammy, une cuisinière à la plantation St. Clare) ;

Le stéréotype de l’enfant Noir Pickaninny (personnage de Topsy) ;

L’oncle Tom, ou afro-américain trop désireux de plaire aux Blancs (personnage de l’oncle Tom). Stowe voyait Tom comme un « héros noble. » L’image de Tom représenté comme un « imbécile servile s’inclinant devant les Blancs » provient manifestement des adaptations scéniques du roman, sur lesquelles Stowe n’avait aucun contrôle.

Au cours des décennies récentes, ces associations négatives ont éclipsé de manière importante l’impact historique de La Case de l’oncle Tom en tant que « outil antiesclavagiste vital. » Ces changements dans la perception du roman prennent racine dans un essai de James Baldwin intitulé Everybody’s Protest Novel. Dans cet essai, Baldwin qualifie La Case de l’oncle Tom de « très mauvais roman », racialement stupide et à l’esthétique grossière.

Dans les années 1960 et 1970, les mouvements du Black Power et du Black Arts attaquèrent le roman, affirmant que le personnage de l’oncle Tom se livrait à une « trahison raciale » et que Tom faisait apparaître les esclaves comme étant pires que les maîtres. Les critiques visant les autres stéréotypes présents dans le livre augmentèrent également durant cette période.

Ces dernières années cependant, des spécialistes tels que Henry Louis Gates Jr. ont commencé à réévaluer La Case de l’oncle Tom, affirmant que le livre est « un document central dans les relations interraciales en Amérique et une importante exploration morale et politique des caractéristiques de ces relations. »

Littérature anti-Tom

En réponse à La Case de l’oncle Tom, certains écrivains du Sud des États-Unis produisirent des livres destinés à combattre le roman de Stowe. Cette littérature, ainsi appelée littérature anti-Tom, était en général pro-esclavagiste, soutenant que les questions portant sur l’esclavagisme telles qu’elles étaient posées dans le livre de Stowe étaient trop sentencieuses et incorrectes. Les romans de ce genre présentaient généralement un maître blanc patriarcal et bienveillant et une épouse à l’âme pure, gouvernant tous deux des esclaves semblables à des enfants au sein d’une plantation à l’atmosphère familiale et bienveillante. Les romans sous-entendaient ou affirmaient ouvertement que les Afro-Américains étaient semblables à des enfants, incapables de vivre sans être directement supervisés par des Blancs.

Parmi les plus célèbres livres anti-Tom se trouvent The Sword and the Distaff de William Gilmore Simms, Aunt Phillis’s Cabin de Mary Henderson Eastman et The Planter’s Northern Bride de Caroline Lee Hentz, cette dernière ayant été une amie proche de Stowe lorsqu’elles vivaient toutes deux à Cincinnati. Le livre de Simms fut publié quelques mois après le roman de Stowe et contient un certain nombre de discussions contestant le livre de Stowe et sa vision de l’esclavage. Le roman de Caroline Lee Hentz, paru en 1854, lu par de nombreuses personnes à l’époque mais à présent largement oublié, présente une défense de l’esclavage à travers les yeux d’une femme du Nord, fille d’un abolitionniste, qui épouse un propriétaire d’esclaves du Sud.

Durant la décennie s’étendant entre la publication de La Case de l’oncle Tom et le début de la guerre de Sécession, entre vingt et trente livres anti-Tom furent publiés. Parmi ces romans se trouvent deux livres intitulés Uncle Tom’s Cabin As It Is, l’un de W.L. Smith et l’autre de C.H. Wiley. Plus de la moitié de ces œuvres anti-Tom furent écrits par des femmes blanches, ce que Simms commenta en parlant de « l’apparente justice poétique du fait qu’une femme du Sud réponde à la femme du Nord (Stowe). »

Traductions et adaptations

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Nègres marrons surpris par des chiens (1893) aussi connu comme Esclaves repris par les chiens, est une œuvre de Louis Samain, sise à Bruxelles, qui évoque un épisode du roman La Case de l’oncle Tom.

La case de l’oncle Tom a été traduit en français, pour la première parution, par Émile de La Bédollière (La Case du père Tom ou Vie des nègres en Amérique, Barba, 1852) ; entre 1852 et 1856 La Case de l’Oncle Tom n’eut pas moins de huit traductions différentes en français et dix-neuf éditions. Louis Carion, Léon Pilatte, Léon de Wally et Edmond Auguste Texier… sont quelques-uns des traducteurs. En 1861, traduction de Louis Barré. (B. Renault, 1861) ; en 1862 (Michel Lévy) la traduction de Léon Pilatte est « augmentée d’une préface de l’auteur et d’une introduction par George Sand » ; en 1872, Harriet Beecher Stowe écrivit à Louise Swanton Belloc et Adélaïde de Montgolfier : « Je suis très-flattée, mesdames, que mon humble ami, Oncle Tom, ait des interprètes tels que vous pour le présenter aux lecteurs français. J’ai lu une traduction de mon livre en votre langue, et quoique assez peu familiarisée avec le français, j’ai pu voir qu’elle laissait beaucoup à désirer ; mais j’ai remarqué aussi dans la gracieuse et sociable flexibilité de la langue française une aptitude toute particulière à exprimer les sentiments variés de l’ouvrage, et je suis de plus convaincue qu’un esprit féminin prendra plus aisément l’empreinte du mien. »

Les Tom shows

Même si La Case de l’oncle Tom fut le livre le plus vendu du xixe siècle, à cette époque un nombre beaucoup plus important d’américains virent l’histoire sous forme de pièce de théâtre ou de comédie musicale que sous forme de livre. Eric Lott, dans son livre Uncle Tomitudes: Racial Melodrama and Modes of Production, estime qu’au moins 3 millions de personnes assistèrent à ces spectacles, ce qui représente dix fois les ventes du livre durant sa première année de parution.

Les lois de l’époque sur le copyright étant peu restrictives, des pièces de théâtre basées sur La Case de l’oncle Tom, appelées aussi Tom shows, commencèrent à apparaître alors que le roman n’était pas encore entièrement publié. Stowe refusa d’autoriser l’adaptation de son œuvre à cause de sa méfiance puritaine envers le théâtre (bien qu’elle finisse cependant par assister à la version de George Aiken et, selon Francis Underwood, fut charmée par l’interprétation par Caroline Howard du personnage de Topsy). Le refus de Stowe laissa le champ libre à nombre d’adaptations, certaines créées pour des raisons politiques et d’autres uniquement pour des raisons commerciales.

Il n’y avait à l’époque aucune loi sur le copyright international. Le livre et les pièces de théâtre furent traduits dans plusieurs langages ; Stowe ne reçut que peu d’argent et fut privée des trois quarts de ses revenus légitimes.

Tous les Tom shows semblent avoir incorporé des éléments de mélodrame et de minstrel show. Ces pièces variaient beaucoup dans leurs opinions politiques : certaines reflétaient de manière fidèle les vues antiesclavagistes de Stowe, tandis que d’autres étaient plus modérées, voire pro-esclavagistes. Beaucoup de productions présentaient des caricatures racistes et humiliantes des Noirs, tandis qu’un grand nombre d’entre elles utilisaient également des chansons de Stephen Foster (en particulier My Old Kentucky HomeOld Folks at Home, et Massa’s in the Cold Ground). Les Tom shows les plus connus furent ceux de George Aiken et H.J. Conway.

Les nombreuses variantes théâtrales de La Case de l’oncle Tom « dominèrent la culture populaire du Nord pendant plusieurs années » au cours du xixe siècle et les pièces étaient toujours jouées au début du xxe siècle.

L’une des variantes les plus originales et controversées fut Mickey’s Mellerdrammer de Walt Disney, un film distribué par United Artists sorti en 1933. Le titre est une corruption du mot melodrama (mélodrame), destiné à évoquer les premiers minstrel shows, et le film est un court métrage mettant en scène les personnages de Disney, Mickey Mouse et ses amis, montant leur propre adaptation de La Case de l’oncle Tom.

Mickey était déjà de couleur noire, mais l’affiche du film le montre habillé et maquillé en blackface avec des lèvres orange proéminentes, des rouflaquettes blanches et abondantes faites en coton et des gants blancs, qui font à présent partie de son costume habituel.

Les adaptations :

Cinéma

La Case de l’oncle Tom a été adapté de nombreuses fois au cinéma. La plupart des adaptations cinématographiques furent réalisées à l’ère du cinéma muet (La Case de l’oncle Tom est d’ailleurs l’histoire la plus souvent filmée durant cette période). Ceci était dû à la popularité toujours grande à la fois du roman et des Tom shows, ce qui signifiait que le public était déjà familier avec les personnages et l’histoire, rendant ainsi les films sans paroles plus compréhensibles.

La première version de La Case de l’oncle Tom fut l’un des premiers longs métrages (bien que le terme long métrage désignait à l’époque une durée comprise entre 10 et 14 minutes). Sorti en 1903 et réalisé par Edwin S. Porter, le film était joué par des acteurs blancs déguisés en Noirs pour les rôles principaux et n’utilisait des acteurs Noirs qu’en tant que figurants. Cette version était similaire à beaucoup des premiers Tom shows et faisait figurer un grand nombre de stéréotypes sur les Noirs (en faisant par exemple danser les esclaves dans n’importe quel contexte, en particulier à une vente d’esclaves).

En 1910, la Vitagraph Company of America produisit une adaptation réalisée par J. Stuart Blackton et adaptée par Eugene Mullin. Selon le Dramatic Mirror, ce film était une « innovation marquée » dans le domaine du cinéma et « la première fois qu’une compagnie américaine » faisait sortir un film en trois bobines. Jusque-là, les longs métrages de l’époque ne faisaient que 15 minutes de long et contenaient une seule bobine de film. Le film était joué par Clara Kimball Young, Marie Eline, Florence Turner, Mary Fuller, Charles Kent, Edwin R. Phillips, Flora Finch, Genevieve Tobin et Carlyle Blackwell.[80]

Au cours des deux décennies suivantes, plusieurs autres adaptations cinématographiques virent le jour :

en 1910 : Uncle Tom’s Cabin, film muet réalisé par Barry O’Neil, avec Frank Hall Crane et Anna Rosemond.

en 1913 : Uncle Tom’s Cabin, film muet réalisé par Sidney Olcott, avec Miriam Cooper.

en 1913 : Uncle Tom’s Cabin, film muet réalisé par Otis Turner, avec Margarita Fischer.

en 1914 : Uncle Tom’s Cabin, film muet réalisé par William Robert Daly, avec Paul Scardon.

en 1918 : Uncle Tom’s Cabin, film muet réalisé par J. Searle Dawley.

La dernière version muette est sortie en 1927. Réalisée par Harry A. Pollard (qui avait joué l’oncle Tom dans la version de 1913), ce film long de deux heures mit plus d’un an à être réalisé et fut le troisième film le plus cher de l’ère du cinéma muet (avec un budget de 1,8 million de dollars). L’acteur noir Charles Gilpin, d’abord choisi pour le rôle-titre, fut renvoyé lorsque le studio trouva sa performance « trop agressive ». Le rôle de Tom échut ensuite à James B. Lowe. Une différence entre ce film et le roman est qu’après la mort de Tom, celui-ci revient sous la forme d’un esprit vengeur et affronte Simon Legree, avant de le mener à la mort. Les médias Noirs de l’époque firent l’éloge du film, mais le studio, craignant une réaction de la part du public blanc et sudiste, finit par couper au montage les scènes prêtant à controverse, en particulier la séquence d’ouverture du film où une mère est arrachée à son enfant lors d’une vente d’esclaves. L’histoire fut adaptée par Pollard, Harvey F. Thew et A. P. Younger, avec des titres de Walter Anthony. Le film était joué par James B. Lowe, Stymie Beard, Raymond Massey, Virginia Grey, George Siegmann, Margarita Fischer, Mona Ray et Madame Sul-Te-Wan.[81]

Pendant plusieurs décennies après la fin du cinéma muet, la matière du roman de Stowe fut jugée trop sensible pour être à nouveau l’objet d’adaptations cinématographiques. En 1946, la Metro-Goldwyn-Mayer envisage de filmer l’histoire, mais arrête la production après des protestations de la part de la National Association for the Advancement of Colored People.

Une adaptation en allemand, Onkel Toms Hütte, réalisée par le hongrois Géza von Radványi, sort en 1965, avec Mylène Demongeot, O. W. Fischer, Herbert Lom. Elle fut distribuée aux États-Unis par Kroger Babb. Une version française de ce film existe : La Case de l’oncle Tom qui a été éditée en cassette VHS par René Chateau.

Télévision

En 1987 est diffusé Uncle Tom’s Cabin, un téléfilm réalisé par Stan Lathan, avec Avery Brooks, Phylicia Rashad, Edward Woodward, Jenny Lewis, Samuel L. Jackson et Endyia Kinney.

Dessins animés

En plus des adaptations en film, des versions de La Case de l’oncle Tom virent le jour sous forme de dessins animés : Mellerdrammer (1933) de Walt Disney, où Mickey Mouse joue la pièce de théâtre déguisé en Noir ; Southern Fried Rabbit (1953) avec Bugs Bunny, où Bugs se déguise en oncle Tom et chante My Old Kentucky Home afin de traverser la ligne Mason-Dixon ; Uncle Tom’s Bungalow (1937), un dessin animé des Warner Brothers supervisé par Tex Avery ; Eliza on Ice (1944), l’un des premiers dessins animés mettant en scène Mighty Mouse, produit par Paul Terry ; et Uncle Tom’s Cabaña (1947), un dessin animé de 8 minutes réalisé par Tex Avery.

Héritage et influence au cinéma

La Case de l’oncle Tom a également influencé un grand nombre de films, en particulier Naissance d’une nation. Cette œuvre controversée, sortie en 1915, utilisait une cabane similaire à la maison de l’oncle Tom pour le point culminant de l’action, où des Sudistes blancs s’unissent à leurs anciens ennemis (des soldats Yankees) pour défendre ce que la légende du film décrit comme leur « origine caucasienne ». Selon les experts, cette réutilisation d’une cabane familière aurait trouvé un écho auprès du public de l’époque.

Parmi les autres films influencés par La Case de l’oncle Tom ou utilisant le roman se trouvent Dimples (un film de 1936 avec Shirley Temple), Uncle Tom’s Uncle (un épisode des Petites Canailles de 1926), son remake de 1932 intitulé Spanky, la comédie musicale de Rodgers et Hammerstein Le Roi et moi (dans laquelle un ballet intitulé Small House of Uncle Thomas est joué dans le style traditionnel du Siam) et Gangs of New York (où les personnages de Leonardo DiCaprio et Daniel Day-Lewis assistent à une adaptation imaginaire de La Case de l’oncle Tom).

 

Harriet Beecher Stowe (1811-1896)

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Elizabeth Harriet (ou Henriette) Beecher Stowe, née le 14 juin 1811 à Litchfield et morte le 1er juillet 1896 à Hartford, est une femme de lettres américaine, philanthrope, militante abolitionniste et féministe. Son roman d’inspiration chrétienne, humaniste et féministe, La Case de l’oncle Tom (1852), vendu à des millions d’exemplaires est reçu comme un électrochoc pour la conscience publique américaine, il dénonçait le commerce et l’institution de l’esclavage au moment où les tensions légales et sociales entre esclavagistes du Sud et abolitionnistes du Nord devenaient de plus en plus tendues. Elizabeth Harriet Beecher Stowe a écrit plus de vingt livres, dont des romans, trois mémoires de voyage et des collections d’articles et de lettres.

 

Biographie

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Portrait par David d’Angers

Jeunesse et formation

Elizabeth Harriet est septième de onze enfants de la fille de Lyman Beecher, un pasteur presbytérien, et de Roxana Foote Beecher Parmi les onze enfants, sept fils deviendront des pasteurs, dont Henry Ward Beecher, figure majeure de l’émancipation des Afro-Américains. Sa soeur aînée Catherine Beecher sera une pionnière du droit des femmes à l’éducation, et sa soeur cadette Isabella Beecher Hooker sera une des fondatrices de la National Women’s Suffrage Association

Bien que sa famille soit puritaine, elle est ouverte aux problèmes sociaux et à la réforme de la société. Sa mère meurt quand elle a cinq ans, son père se remarie avec Harriet Porter Beecher. Dès son enfance, elle est invitée à participer aux débats lors des repas, ce qui lui donne un maniement de l’argumentation, de la rhétorique.

En 1832, son père fonde un séminaire de théologie à Cincinnati dans l’Ohio. Elizabeth devient alors professeure et se lance dans l’écriture avec les Scènes et types descendant des pèlerins qu’elle publiera en 1843 sous le titre de The Mayflower (Fleur de mai, du nom du navire anglais (Mayflower) d’émigrants arrivé en Amérique du Nord en 1620).

Carrière

En 1833, elle publie son premier livre Primary Geography où elle célèbre les diverses cultures qu’elle pu connaître.

Avec son mari Calvin Stowe, collègue de son père, elle s’engage dans le combat abolitionniste. Leurs opinions anti-esclavagistes ouvertement déclarées font qu’ils doivent quitter la ville de Cincinnati pour se réfugier à Brunswick dans le Maine. La parution de La Case de l’oncle Tom en 1852 se vend la première année à 300 000 exemplaires, durcissant les tensions entre le Sud et le Nord en fustigeant la civilisation sudiste et enflamme les abolitionnistes.

Selon Wendell Phillips, Stowe a récolté une audience que les abolitionnistes avaient semé ; cependant, si après son succès littéraire Stowe est restée à l’écart des activités publiques des groupes abolitionnistes, elle a aussi développé une amitié réelle empreinte de respect et de confiance avec le célèbre abolitionniste William Lloyd Garrison.

Elle avait auparavant publié quelques contes ou nouvelles. Forte de ce succès, elle tente de publier une suite en 1856, Dred, histoire du grand marais maudit. Mais le titre ne rencontre pas la même ferveur populaire que La Case de L’oncle Tom qui restera son ouvrage incontournable, et qui connut un immense succès en Amérique et en Europe et fut traduit dans de nombreuses langues.

Avec son frère le révérend Henry Ward Beecher, elle soutient moralement et financièrement Myrtilla Miner qui a ouvert à Washington une académie d’enseignement supérieur pour former des jeunes femmes afro-américaines au métier d’institutrice malgré les vives oppositions rencontrées

Vie personnelle

En 1836, elle épouse un pasteur, le révérend Calvin Stowe, prenant ainsi le nom d’Harriet Beecher Stowe.

Elle repose au Phillips Academy Cemetrey d’Andover (Massachussetts)  aux côtés de son époux

 

Œuvres (sélections)

 Éditions contemporaines

Traductions françaises

Dès sa parution en 1852 La case de l’oncle Tom va être traduit en français

La case du Père Tom, ou Vie des nègres en Amérique (trad. Emile de La Bédollière), G. Barba (Paris), 1852, 112 p. (

traduction abrégée qui sera suivi en 1853 par une traduction en deux volumes :

La case de l’oncle Tom, ou Sort des nègres esclaves. (trad. Louis Carion), Dentu (Paris), 1853, volume 1 : 245 p, volume 2 : 220 p.

Ses oeuvres majeures seront régulièrement traduites et rééditées durant le XIX° siècle et début du XX° siècle dont la sélection suivante :

Fleur de mai, nouvelles américaines, par Henriette Beecher Stowe (trad. La Bédollière, ill. Janet-Lange), G. Barba, 1852, 32 p. 

La Clef de la « Case de l’oncle Tom », contenant les faits et les documents originaux sur lesquels le roman est fondé (trad. Adolphe Joanne et Émile Daurand Forgues), Bureaux du Magasin pittoresque, 1853, 399 p. 

Nouvelles américaines, (trad. Alphonse Viollet), Charpentier, 1853, 330 p.

Noirs et blancs, scènes d’esclavage, Lebrun, 1856, 104 p. 

Souvenirs heureux : voyage en angleterre, en France et en Suisse (trad. Eugène Forçade), Michel Lévy Frères, 1857, 288 p. 

Dred, Histoire du grand marais maudit (2 volumes), Librairie centrale des publications illustrées, 1857

La fiancée du ministre (trad. H. de L’Espine), Hachette, 1864, 316 p.

Les petits renards ou les petites fautes qui troublent le bonheur domestique (trad. Fanny Duval), Société des haités religieux, 1870 (

A propos d’un tapis, ou, La science du foyer domestique, Neuchâtel, J. Sandoz, 1870, 202 p

nie domestique [« Pink and white tyranny »], Lausanne, Payot, 1870, 226 p. (

Une poignée de contes (trad. Léontine Rousseau), Bazin et Girardot, 1870, 102 p

Pussy Willow, ou, Fleur des champs et fleur de serre : histoire pour les jeunes filles, Neuchatel, Sandoz, 1871, 109 p. ),

Ma femme et moi (3 volumes) (trad. Hélène Janin), Sandoz et Fischbache, 1872-1877

Marion Jones : nouvelle américaine (trad. Émile de La Bédollière), Limoges, C. Barbou, 1882, 72 p. 

La rose thé : nouvelle américaine (trad. Émile de La Bédollière), Limoges, C. Barbou, 1882, 124 p. 

Les fleurs sous la neige : nouvelles américaines, Limoges, C. Barbou, 1882, 167 p. 

Le Petit Édouard, nouvelle américaine, Limoges, E. Ardant,, 1885, 63 p. 

Evangéline, Paris, A. Méricant, 1902, 128 p.

Marchands et chasseurs d’esclaves, Paris, A. Méricant, 1902, 128 p. 

 

 

 

 

CODE NOIR, ESCLAVAGE, FRANCE, HISTOIRE DE FRANCE, HOMME D ETAT, HOMME POLITIQUE, HOMME POLITIQUE FRANÇAIS, JEAN-BAPSTISTE COLBERT (1619-1665), POLITIQUE FRANÇAISE, POLITIQUE FRANCAISE

Le Code noir

Le Code noir

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Le Code noir

 

Code noir

 

Le titre Code noir a été donné à l’Ordonnance royale ou Édit royal de mars 1685 touchant la police des îles de l’Amérique française à partir de son édition Saugrain de 1718, puis aux édits similaires de 1723 sur les Mascareignes et de 1724 sur la Louisiane, et enfin, à partir du milieu du xviiie siècle, aux recueils de textes juridiques relatifs aux territoires français d’outre-mer où l’esclavage était toléré, exclusivement sur des îles et en Louisiane.

 

Trois états

Il existe trois édits différents connus sous l’appellation de Code noir. Le premier, préparé par le ministre Colbert (1619-1683) et terminé par son fils, le marquis de Seignelay (1651-1690), daté de 1685 est, à l’origine, une ordonnance promulguée en mars de cette année-là par le roi Louis XIV. Un seul manuscrit de ce texte est actuellement connu : conservé aux Archives nationales d’outre-mer, il est dit « Ordonnance ou édit de mars 1685 sur les esclaves des îles de l’Amérique ».

Le second et le troisième édits concernent respectivement les Mascareignes et la Louisiane : ils sont rédigés sous la régence de Philippe d’Orléans, promulgués aux mois de décembre 1723 puis de mars 1724 par le roi Louis XV, alors âgé de treize ans. Le contenu juridique et la numérotation des articles ont été en partie modifiés par rapport à l’Édit de mars 1685. C’est sous la Régence que les premières autorisations royales pour pratiquer la traite d’esclaves ont été données à des armateurs de ports français.

À partir du milieu du xviiie siècle, l’expression Code noir est utilisée par des éditeurs, comme les Libraires associés et Prault, pour désigner non pas seulement des édits, mais des recueils de textes juridiques applicables aux colonies françaises.

Ces recueils regroupent, autour de l’ordonnance ou édit de mars 1685, les lois, décisions royales, textes juridiques élaborés par le pouvoir royal pour les colonies et relatifs au gouvernement, à l’administration et à la condition des esclaves des pays du domaine colonial de la France entre 1685 et la fin de l’Ancien Régime.

Évoluant dans le temps et pour chaque colonie, ces textes précisent le statut civil et pénal des esclaves, ainsi que les relations entre les esclaves et leurs maîtres, et fixent le statut patrimonial des esclaves définis comme biens meubles à l’article XLIV de l’ordonnance ou édit de mars 1685 mais avec des exceptions aux articles suivants.

À travers ces recueils, se lisent les évolutions de la condition socio-économique et juridique des esclaves dans les colonies du royaume de France avant le décret d’abolition de l’esclavage du 4 février 1794.

 

Territoires d’application

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L’ordonnance ou édit de mars 1685 est enregistrée tout d’abord au conseil souverain de La Martinique le 6 août 1685, puis devant celui de La Guadeloupe le 10 décembre de la même année, avant de l’être au Petit-Goâve devant celui de la partie française de la colonie de Saint-Domingue, le 6 mai 1687, avec des variantes parfois importantes dans le texte. Et, enfin, devant celui de Cayenne en Guyane le 5 mai 1704. Le texte est également applicable à Saint-Christophe, mais la date de son enregistrement dans cette colonie n’est pas connue à ce jour.

L’édit de décembre 1723 est enregistré et applicable à la Réunion (île Bourbon à l’époque) et à l’île Maurice (Île-de-France), et son homologue de mars 1724 à la colonie et province de la Louisiane en 1724.

Le Code noir ne concerne pas la colonie du Canada, où l’esclavage était moins développé et concernait principalement les Amérindiens.

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 énonce le principe de l’abolition de l’esclavage, mais sous l’influence du Club de l’hôtel de Massiac la Constituante et la Législative de 1791 posent que cette égalité ne s’applique qu’aux habitants de la métropole (où il n’y avait pas d’esclaves mais où le servage paysan subsistait encore à l’époque) et pas à ceux des colonies d’Amérique.

Après son abolition locale à Saint-Domingue en 1793, le 4 février 1794, la Convention décrète l’abolition de l’esclavage, dans toutes les colonies, mais cette mesure ne sera effective, outre Saint-Domingue, qu’en Guadeloupe et en Guyane, puisque la Martinique reste aux mains des Britanniques, et que les colons des Mascareignes s’opposeront par la force à l’application du décret de 1794 lorsqu’il y sera enfin envoyé en 1796.

Napoléon Bonaparte fait maintenir, par la loi du 20 mai 1802, l’esclavage dans les îles récupérées des Britanniques par le traité d’Amiens, spécialement la Martinique, ainsi qu’aux Mascareignes. Puis, il le rétablit en Guadeloupe (16 juillet 1802) et en Guyane (décembre 1802). L’esclavage ne sera pas rétabli à Saint-Domingue en raison de la résistance victorieuse des Haïtiens contre le corps expéditionnaire envoyé par Bonaparte, ce qui aboutit à l’indépendance de la colonie sous le nom de république d’Haïti le 1er janvier 1804.

L’esclavage des Noirs dans les colonies françaises ne sera définitivement aboli que le 4 mars 1848 et 27 avril 1848, la traite négrière l’ayant été en 1815.

 

L’origine du peuplement en esclaves

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Code Noir, définition dans Armand-Gaston Camus, Lettres sur la profession d’avocat, 1772.

L’édit de 1685 vient combler un vide juridique, puisque l’esclavage est inconnu en France depuis plusieurs siècles, alors qu’il est établi, en fait, dans les îles françaises des Antilles depuis 1625 au moins. Le premier établissement officiel français dans les Antilles est la Compagnie de Saint Christophe et îles adjacentes, créée par Richelieu en 1626, et l’île de Saint-Christophe compte déjà, en 1635, 500 ou 600 esclaves, acquis essentiellement par la prise sur les Espagnols d’une cargaison d’esclaves, population accrue ensuite d’autres esclaves amenés de Guinée par des navires hollandais ou français. L’île étant trop peuplée, on entreprend la colonisation en Guadeloupe en 1635, avec des engagés de France, et en Martinique la même année, essentiellement avec 100 « vieux habitants » de Saint Christophe.

En Guadeloupe, l’introduction d’esclaves commence en 1641 avec l’importation par la Compagnie des Isles d’Amérique, alors propriétaire des îles, de 60 Noirs, puis en 1650, de 100 nouveaux7. Mais c’est à partir de 1653-1654, avec l’arrivée dans les îles françaises, d’abord en Guadeloupe, de 50 Hollandais chassés du Brésil, qui emportent avec eux 1 200 esclaves nègres ou métis que le peuplement prend une ampleur significative. Ensuite, 300 personnes, comprenant surtout des familles flamandes et un grand nombre d’esclaves, s’installent aussi en Martinique.

Leur arrivée concorde avec la seconde étape de la colonisation. Jusqu’alors tournée vers la culture du tabac et de l’indigo, la mise en valeur faisait davantage appel aux engagés qu’aux esclaves, tendance qui s’inverse vers 1660 avec le développement de la culture sucrière et des grandes propriétés.

L’État dès lors va prendre à cœur de favoriser la traite négrière, et d’écarter la traite étrangère, en particulier hollandaise. Il est indéniable que la traite négrière est pratiquée par la Compagnie des Indes, devenue propriétaire des îles, même si le commerce des esclaves n’est pas expressément mentionné dans l’Édit de 1664 qui la constitue. Malgré diverses mesures incitatives prises en 1670, 1671, 1672, la compagnie fait faillite en 1674, et les îles passent dans le domaine royal. Le monopole de la traite vers les îles françaises est établi en faveur de la Première compagnie d’Afrique ou du Sénégal en 1679, puis, pour renforcer l’offre insuffisante, est créée en 1685 la Compagnie de Guinée pour fournir annuellement aux îles 1 000 esclaves noirs supplémentaires, et le roi lui-même, pour mettre un terme à « la disette de nègres » affrétera un navire négrier vers le Cap-Vert en 1686.

Au premier recensement officiel fait en Martinique, en 1660, il y a 5 259 habitants, dont 2 753 Blancs, et déjà 2 644 esclaves noirs, 17 indiens Caraïbes et seulement 25 mulâtres. Vingt ans après, en 1682, la population est multipliée par trois, 14 190 habitants, avec une population de Blancs qui a fait moins que doubler, tandis que celle d’esclaves noirs est passée à 9 634, et celle d’indigènes à 61 individus. La proportion d’esclaves noirs atteint 68 % de la population totale.

Il existe, dans toutes les colonies, une très grande disproportion entre le nombre d’hommes et de femmes, de telle sorte que les hommes ont des enfants, soit avec des indigènes qui sont toujours libres, soit avec des esclaves. Les femmes blanches étant rares, et les femmes noires ayant l’espoir d’améliorer ainsi leur sort, en 1680 la Martinique recense 314 métis (soit douze fois plus qu’en 1660) et la Guadeloupe 170, contre 350 métis à la Barbade, où les esclaves sont pourtant huit fois plus nombreux mais où le métissage avait été réprimé dès l’intensification de la culture du sucre.

Pour pallier ce déficit de peuplement en femmes, Versailles fait comme avec les filles du roi pour les autres colonies françaises d’Amérique et envoie entre 1680 et 1685 en Martinique 250 filles blanches, et 165 à Saint-Domingue. Contrairement aux colonies anglaises, ce sont toujours des migrants ou des migrantes volontaires, et non des populations de déclassés et de condamnés, bannis ou relégués. Toutefois, le processus de créolisation reste très fort en raison des lois d’endogamie, et les filles de couleur restent souvent préférées aux nouvelles arrivantes qui sont considérées comme des étrangères. Le problème pour les autorités n’est pas tant celui du métissage, que celui de l’affranchissement des enfants « mulâtres ». Le nouveau statut va donc inverser la coutume de France : les enfants d’une femme esclave seront esclaves, même si leur père est libre, sauf légitimation des enfants par le mariage des parents, cas fort rare. Plus tard, les mariages entre population libre et esclave seront limités.

Le Code noir ayant tranché la question du statut des métis, en 1689, quatre ans après sa promulgation, une centaine de mulâtres quittent les Îles françaises pour rejoindre la Nouvelle-France, où tous les hommes sont libres.

 

Les buts du Code noir

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Exemplaire du Code noir édité en 1742, musée d’histoire de Nantes.

Dans un livre controversé d’analyse sur le Code noir de 1987, le spécialiste de la philosophie du droit Louis Sala-Molins affirme qu’il sert un double objectif : réaffirmer « la souveraineté de l’État dans les terres lointaines » et favoriser la culture de la canne à sucre. « En ce sens, le Code noir table sur une possible hégémonie sucrière de la France en Europe. Pour atteindre ce but, il faut prioritairement conditionner l’outil esclave ».En matière religieuse, l’ordonnance de 1685 rappelle le principe chrétien de l’égalité ontologique de tous les hommes, par-delà leurs conditions sociales et leurs races. Elle prévoit donc le baptême, l’instruction et les mêmes pratiques et sacrements religieux pour les esclaves que pour les hommes libres, en excluant ce qui n’est pas catholique. De ce fait, les esclaves ont droit au repos du dimanche et des fêtes, la possibilité de se marier solennellement à l’église, d’être enterrés dans les cimetières, d’être instruits. Il donne une garantie de moralité à la noblesse catholique arrivée en Martinique entre 1673 et 1685  : chevalier Charles François d’Angennes, marquis de Maintenon, son neveu Jean-Jacques Mithon de Senneville, l’intendant Jean-Baptiste Patoulet, Charles de Courbon, comte de Blénac, le capitaine de milice Antoine Cornette, ou Nicolas de Gabaret.

Cette ordonnance tranche le débat juridique sur le statut des enfants métis, à une époque où le développement de la canne à sucre et de la traite négrière à grande échelle abaisse l’espérance de vie des esclaves, qui n’acceptent plus d’avoir des enfants qu’avec des Blancs, dans l’espoir qu’ils puissent être libres.

Le Code noir déclare que l’enfant naturel d’une esclave est forcément esclave, sauf si le père est libre et de ce fait contraint au mariage par l’article 9. (article 13) selon le principe de droit romain partus sequitur ventrem

Avoir un enfant avec une esclave lorsqu’on est déjà marié est puni d’une amende de deux mille livres de sucre et par la confiscation de l’esclave (article 9). Si le maître n’est pas marié, il doit l’épouser et l’esclave et l’enfant deviennent libres.

Les maîtres sont contraints de nourrir et vêtir leurs esclaves et de leur donner par chaque semaine […] deux pots et demi de farine de manioc (article 22) ainsi que deux habits de toile par an (article 25).

Le Code noir légitime les châtiments corporels pour les esclaves, y compris des mutilations comme le marquage au fer, ainsi que la peine de mort (art. 33 à 36, et art. 38 : Tout fugitif disparu pendant un mois aura les oreilles coupées et sera marqué d’une fleur de lys avant d’avoir le jarret coupé en cas de récidive, et condamné à mort à la deuxième récidive), peines qui existaient aussi en métropole dans les usages répressifs de l’époque.

Il s’agit de la justice publique, royale. Le pouvoir disciplinaire domestique est plus limité. Les maîtres, « lorsqu’ils croiront que leurs esclaves l’auront mérité », pourront seulement les faire enchaîner et battre au fouet (article 42). Ils ne peuvent ni torturer de leur propre chef, ni mettre à mort leurs esclaves (art. 43). Le Code noir prévoit aussi que les esclaves ont la possibilité de se plaindre auprès des juges locaux en cas d’excès ou de mauvais traitements (art. 26). En pratique, ces dispositions étaient souvent violées par les maîtres, qui outrepassaient leur pouvoir domestique en prétendant exercer un pouvoir répressif total sur leurs esclaves.

Origines juridiques et législations proches

Colonies anglaises

Dans les colonies anglaises, le Décret de 1636 sur l’esclavage à vie à La Barbade fut pris par le gouverneur Henry Hawley, de retour d’Angleterre après avoir confié la colonie à son sous-gouverneur Richard Peers. En 1661, le code des Barbades reprend et développe ce décret de 1636. Un texte proche, la loi virginienne de 1662 sur l’esclavage est édicté au même moment en Virginie, gouvernée par William Berkeley sous le règne de Charles II. La loi de 1661 édicte qu’une esclave ne peut avoir que des enfants esclaves. Elle prévoit que les mauvais traitements contre un esclave sont justifiés dans certains cas Elle traduit dans la loi la contestation de la Jurisprudence Elizabeth Key par l’aristocratie blanche, concernant les naissances métisses.

Colonies françaises

Contrairement à ce qu’ont affirmé plusieurs théoriciens du droit comme Leonard Oppenheim, Alan Watson ou Hans W. Baade, ce n’est pas la législation sur les esclaves du droit romain qui a servi de source d’inspiration, mais un recueil et codification des usages, décisions et règlements ayant cours à l’époque dans les Antilles, selon Vernon Valentine Palmer, qui a décrit le long processus décisionnel menant à l’Édit de 1685. Le processus dure quatre ans, avec brouillon, rapport préliminaire et projet de 52 articles, ainsi que les instructions du roi, document conservés dans les archives publiques françaises

Le Roi décide en 1681 la création d’un statut pour les populations noires des Îles d’Amériques, puis charge Colbert de s’en occuper. Colbert donne alors mission à l’intendant de la Martinique, Jean-Baptiste Patoulet, remplacé en juillet 1682 par Michel Bégon, et au gouverneur général des Antilles Charles de Courbon, comte de Blenac (1622-1696).

Le Mémoire du roi à son intendant, qu’on peut supposer être de Colbert, daté du 30 avril 1681, expose l’utilité de préparer une ordonnance spéciale pour les Antilles. À cette époque, il n’y avait plus aucun esclave, depuis très longtemps, en France : l’émancipation de tous les serfs du domaine royal fut prise le 11 juillet 1315 par Louis X le Hutin.

L’étude, qui incluait certains usages coutumiers vernaculaires, les décisions et la jurisprudence du Conseil souverain, avec plusieurs arrêts du Conseil du roi, a été confrontée et discutée avec les membres du Conseil souverain. Une fois terminé, le projet a été envoyé à la chancellerie qui en a conservé l’essentiel, se contentant de renforcer ou d’alléger certaines dispositions pour les rendre mieux compatibles avec le reste du droit et des institutions communes.

À cette époque, il existait deux statuts de droit commun en vigueur à la Martinique : celui des Français d’origine qui était la Coutume de Paris, et celui des Étrangers, sans parler des statuts particuliers pour les soldats, les nobles, ou les religieux. Ces statuts étaient complétés par l’Édit du 28 mai 1664 portant établissement de la Compagnie des Indes occidentales à laquelle les îles d’Amérique étaient inféodées ou concédées. Elle succédait à la Compagnie de Saint-Christophe ‘1626-1635) avec le même objet, puis à la Compagnie des îles d’Amérique (1635-1664). Les populations autochtones, connues sous le nom d’Indiens caraïbes, s’étaient vues reconnaître la naturalité française avec les mêmes droits et honneurs que les Français d’origine, dès leur baptême dans la religion catholique. Il était interdit de les mettre en esclavage et de les vendre comme esclaves. Deux sources de peuplements étaient prévues : celui des populations naturelles et les Français d’origine. L’Édit de 1664 ne prévoit pas non plus d’esclaves, ni d’importation d’une population noire. La Compagnie française des Indes occidentales ayant fait faillite en 1674, ses activités commerciales sont transférées à la Compagnie du Sénégal, tandis que les territoires des Îles reviennent au Domaine royal. Des arrêts du Conseil souverain de la Martinique pallient le vide juridique concernant les populations esclaves: en 1652, il rappelle que l’interdiction de faire travailler les domestiques le dimanche s’applique aussi aux esclaves ; en 1664, il exige qu’ils soient baptisés et tenus au catéchisme

L’Édit de 1685 entérine des pratiques esclavagistes contraires à la législation (métropolitaine) française et au droit canon.

La commande du roi, transmise par Colbert, ne vise que la Martinique

Malade dès 1681, Colbert meurt en 1683, moins de deux ans après avoir transmis la demande du roi aux deux intendants qui se sont succédé à la Martinique, Jean-Baptiste Patoulet, puis Michel Bégon. C’est son fils, le marquis de Seignelay, qui a signé l’ordonnance en 1685, deux ans après sa mort.

À la demande du roi, le travail des deux rapporteurs s’est centré sur la Martinique, où plusieurs nobles de l’entourage royal ont reçu des terres, Louis XIV acceptant de plus d’anoblir les planteurs détenant plus de cent esclaves, comme l’a conseillé l’intendant Jean-Baptiste Patoulet. Les personnalités auditionnées sont toutes martiniquaises. Personne n’est interrogé en Guadeloupe, où les métis et les grands planteurs sont moins nombreux.

La première lettre de Colbert à l’intendant Jean-Baptiste Patoulet est rédigée ainsi :

« sa Majesté estime nécessaire de régler par une déclaration tout ce qui concerne les nègres dans les isles, tant pour la punition de leurs crimes que pour tout ce qui peut regarder la justice qui leur doit être rendue, et c’est pour cela qu’il faut que vous fassiez un mémoire le plus exact et le plus étendu qu’il sera possible, qui comprenne tous les cas qui peuvent avoir rapport aux dits nègres en quelque manières que ce puisse être qui mériteraient d’être réglés par un ordre et vous devez bien connaître l’usage observé jusqu’à présent dans les isles et votre avis sur ce qui devrait être observé à l’avenir. »

La Compagnie des Indes occidentales (1664-1674) et la démographie antillaise

Colbert avait surtout privilégié aux Antilles la culture du tabac, ne nécessitant pas un grand nombre d’esclaves. Sa principale création dans le domaine colonial, la Compagnie des Indes occidentales de 1664, fut en fait suivie par dix ans de baisse du nombre d’esclaves en Martinique:

La même diminution du nombre d’esclaves, après 1664, a été constatée en Guadeloupe, où les planteurs se plaignirent de la Compagnie des Indes occidentales de Colbert. Leur nombre augmente très fortement ensuite dans les années 1680, après la dissolution la Compagnie des Indes occidentales.

Culture de la canne à sucre, chute du taux de fécondité des esclaves et recours au métissage

Le Code noir est édicté dans la foulée d’un durcissement de l’esclavage, après la création de la Compagnie royale d’Afrique anglaise en 1672 et de la Compagnie du Sénégal française en 1673, pour approvisionner en esclaves la très rentable culture du sucre (venant de la canne à sucre).

Ces nouvelles compagnies firent baisser le coût de la traversée. Leur arrivée sur les côtes d’Afrique fit augmenter brutalement le prix des esclaves, stimulant les guerres tribales africaines. L’esclavage prit une dimension industrielle, spécialement en Martinique, où subsistaient auparavant nombre de petites plantations de tabac n’employant que quelques esclaves. Le métissage y était toléré mais restait rare.

L’île se mit à rattraper son « retard » économique par la multiplication des « habitations » ou plantations comptant plus de cent esclaves. Avoir au moins cent hommes à son service sur son « habitation » permit d’en faire un fief avec titre de noblesse. La culture du sucre remplaça celle du tabac. La rentabilité y est poussée au maximum. Le traitement inhumain de la main-d’œuvre fit chuter le taux de fécondité. Pour les esclaves, le seul moyen d’avoir une progéniture libre, promise à une existence supportable, est d’avoir des relations sexuelles avec des blancs (pas forcément les plus riches), d’où une augmentation rapide du nombre de métis.

Les grands planteurs compensèrent la faible espérance de vie de leurs esclaves et leur faible fécondité, par l’achat de quantités toujours plus importantes de travailleurs sur les côtes d’Afrique. Ce qui signifie qu’à chaque période où cet approvisionnement fut freiné ou interrompu, par exemple lors de la guerre de la Ligue d’Augsbourg, le nombre d’esclaves vivant aux Antilles stagna ou déclina.

Les mémoires qui ont inspiré le Code noir

Le premier mémoire, daté du 20 mai 1682, est signé par l’intendant Jean-Baptiste Patoulet, et approuvé par Charles de Courbon, comte de Blénac. Le deuxième, daté du 13 février 1683 est signé par son successeur, l’intendant Michel Bégon. Le texte intégral des deux mémoires figure aux archives nationales. Le rédacteur de 1685 va bien sûr choisir le deuxième texte, et même le remanier.

La question des enfants nés de parents libres et esclaves est longuement évoquée dans les deux mémoires. Comme l’exige le roi, ils étudient les usages et jurisprudences en cours.

En Martinique les premières décisions de 1673 tendaient à rattacher les enfants métis au statut d’esclave de leur mère, mais sans trancher clairement.

En Guadeloupe, un arrêt du conseil des planteurs de 1680 stipula que tous les enfants de négresses seront nés esclaves. Cet arrêt s’explique par un développement plus tôt de l’esclavage en Guadeloupe qu’en Martinique, dans les années 1650. Il contribue ensuite à ce que la Guadeloupe compte deux fois moins de métis que la Martinique en 1685.

Consulté, pour son mémoire, sur le cas des femmes noires qui se font faire des enfants par leurs maîtres pour avoir une progéniture libre, Charles de Courbon, comte de Blénac et gouverneur de la Martinique répond très clairement : « L’usage de la Martinique est que les mulâtres soient libres après avoir atteint l’âge de 20 ans et les mulâtresses après avoir atteint l’âge de 15 ans. »

Résultat, on recense déjà 314 mulâtres en Martinique en 1680, mais seulement 170 en Guadeloupe alors qu’ils ne sont que 350 à la Barbade, où la population d’esclaves est pourtant huit fois plus nombreuse, mais où la loi anglaise fixe un cadre restrictif depuis 1662.

Le code noir entérinera cette évolution juridique vers la restriction. Les deux mémoires, rédigés l’un comme l’autre par les hauts fonctionnaires responsables de la Martinique, conservent le principe général en vigueur dans toutes les coutumes de France : l’enfant légitime, ou reconnu tel, suit la condition de son père, et l’enfant naturel celle de sa mère.

Les deux mémoires ajoutent cependant le même point : la possibilité pour l’enfant non reconnu dont le père est présumé libre, d’obtenir aussi son affranchissement, avec un acte particulier.

Mais cette disposition, fondamentale, ne sera pas retenue dans le texte final. Dans d’autres domaines, le code noir est encore plus restrictif que certaines pratiques existantes, en abrogeant par exemple le recours à des jardins potagers pour les esclaves, jusqu’ici tolérés.

Les dispositions du Code

Le préambule fait apparaître la notion d’ « esclave » comme un fait, sans en donner ni l’origine, ni la légitimation. De fait, c’est une disposition qui est absolument contraire au droit français et qui fera que plusieurs parlements refuseront d’enregistrer le texte.

Il encourage à baptiser les esclaves, à les instruire, à leur fournir une éducation et une sépulture catholique. Ses rédacteurs pensaient que les Noirs étaient des personnes humaines, dotées d’une âme et susceptibles de salut, conformément aux déclarations papales de 1537 (Veritas ipsa). L’interdiction de mise en esclavage de tout peuple déjà connu ou venant à être découvert reste cependant passée sous silence. L’article 2 leur interdit par ailleurs de pratiquer la foi protestante.

L’article 44, qui déclare que « les esclaves sont meubles » en fait des biens pouvant être achetés, vendus, donnés, saisis en obéissant aux formes prévues pour les biens meubles. Cette disposition n’en fait pas des choses, dénuées de personnalité juridique : ils peuvent témoigner, posséder un pécule, se marier, se plaindre, etc. Cependant, cette personnalité est celle d’une personne mineure, plus restreinte que celle des enfants et des domestiques.

Les dispositions concernant les enfants se répartissent en deux catégories :

« L’homme qui n’était point marié à une autre personne durant son concubinage avec son esclave, épousera dans les formes observées par l’Église ladite Esclave, qui sera affranchie par ce moyen, & les enfans rendus libres & légitimes » (disposition IX du code de 1685)

Un enfant né de parents esclaves devient à son tour esclave, selon l’article 12. L’article 13 précise que « Si le mari esclave a épousé une femme libre, les enfants tant mâles que filles suivent la condition de leur mère, et que si le père est libre et la mère esclave, les enfants soient esclaves pareillement ». Le mariage des esclaves est impossible sans le consentement des maîtres.

La peine de mort est prévue pour avoir frappé son maître (article 33), pour vol de cheval ou vache — mais le vol domestique était aussi puni de mort en France — (article 35), pour la troisième tentative d’évasion (article 38), ou pour réunion (article 16).

S’il est interdit de torturer les esclaves, le maître possède un pouvoir disciplinaire. Article 42 : « Pourront seulement les maîtres, lorsqu’ils croiront que leurs esclaves l’auront mérité, les faire enchaîner et les faire battre de verges ou de cordes ». Si le texte oblige à nourrir et à vêtir ses esclaves (article 22), il interdit (article 24) de cultiver pour leur propre compte un lopin de terre.

L’article 43 s’adresse aux magistrats : « et de punir le meurtre selon l’atrocité des circonstances ; et en cas qu’il y ait lieu de l’absolution, permettons à nos officiers […] ». Ainsi, les peines plus graves, l’amputation d’une oreille ou d’un « jarret » (article 38), le marquage au fer chaud de la fleur de lys et la mort sont prévues en cas de condamnation par une juridiction pénale, et appliquées par un magistrat, non par le maître lui-même. Concrètement, les condamnations des maîtres pour le meurtre ou la torture d’esclave seront très rares.

Par ailleurs, si l’esclave peut se plaindre officiellement (article 26), son témoignage est considéré comme peu fiable (article 30), mais c’est aussi le cas de tous les mineurs et des domestiques. Plus généralement, l’esclave jouit d’une capacité juridique restreinte, beaucoup plus que les serfs du Moyen Âge.

L’article 27 tente de fournir un minimum de protection à l’esclave, notamment en cas de vieillesse ou de maladie. Il semble que l’abandon pur et simple d’un esclave vieux ou malade restera toutefois la règle, et une seule condamnation a été recensée, d’après Louis Sala-Molins, citant Peytraud.

Les esclaves noirs n’avaient pas le droit de porter des armes, sauf pour la chasse. À la première tentative de fuite, le marron capturé avait les oreilles coupées et était marqué au fer rouge. La deuxième tentative aboutissait à couper le jarret. La troisième tentative était punie de mort par pendaison.

L’affranchissement est libre (art. 55), mais par la suite (dès le début du xviiie siècle) nécessitera une autorisation ainsi qu’une taxe administrative, instituées par les administrateurs locaux et confirmées par l’édit du 24 octobre 1713 et l’ordonnance royale du 22 mai 1775.

Dans son livre d’analyse sur le Code noir et ses applications, publié en 1987, Louis Sala-Molins, professeur émérite de philosophie politique à Paris-I, estime que le Code noir est « le texte juridique le plus monstrueux qu’aient produit les Temps modernes ». Selon lui, le Code noir sert un double objectif : à la fois réaffirmer « la souveraineté de l’État dans les terres lointaines » et créer des conditions favorables au commerce de la canne à sucre. « En ce sens, le Code noir table sur une possible hégémonie sucrière de la France en Europe. Pour atteindre ce but, il faut prioritairement conditionner l’outil esclave »

Toutefois, la teneur exacte de l’édit de 1685 reste incertaine, car d’une part l’original n’a pas été conservé dans les Archives nationales, et d’autre part il existe des variantes parfois importantes entre les différentes versions anciennes. Il faut donc les comparer et savoir quelle était la version applicable et appliquée dans chaque colonie et dans chaque cas, afin de pouvoir mesurer le degré d’effectivité du Code noir dans la réalité.

Bernardin de Saint Pierre qui séjourne à l’Ile de France de 1768 à 1770, met en relief le décalage qui existe entre la législation et son application. Jean Ehrard voit dans ce code une mesure typiquement colbertiste de réglementation d’un phénomène, l’esclavage, qui s’était diffusé dans les colonies en dehors du cadre législatif. On trouve à la même époque des dispositions semblables concernant des catégories comme les marins, les soldats, ou les vagabonds. Et les colons s’y opposèrent parce qu’ils étaient censés fournir aux esclaves des moyens de subsistance que normalement ils ne leurs garantissaient pas.

Polémiques mémorielles

Lors de la parution de son ouvrage Le Code noir. Idées reçues sur un texte symbolique en 2015, l’historien Jean-François Niort est attaqué par des petits groupes politiques « patriotiques » guadeloupéens. Accusé de « discrimination raciale » et de négationnisme par quelques membres de la mouvance indépendantiste qui le menacent d’expulsion, il est soutenu notamment par la communauté des historiens qui dénoncent les intimidations verbales ou physiques adressées aux historiens spécialistes de l’histoire du fait colonial de cette région, et par le Conseil national des universités qui a lancé une pétition publique de soutien

Une controverse oppose dans les colonnes du journal Le Monde le philosophe Louis Sala-Molins et Jean-François Niort qui considère le Code noir comme une « médiation entre le maître et l’esclave ».

Place des Juifs

L’article premier du Code noir enjoint de chasser des colonies « les juifs qui y ont établi leur résidence », présentés comme « ennemis déclarés du nom chrétien », ce dans un délai de trois mois sous « peine de confiscation de corps et de biens ».

Les juifs antillais visés par le Code Noir seraient majoritairement « les descendants des familles d’origine portugaise et espagnole qui avaient résidé dans la colonie hollandaise du Pernambouc au Brésil » (Jean-Frédéric Schaub, 1683 : un 1492 français ?, dans Histoire mondiale de la France (2017, dir. Patrick Boucheron), p. 333).

 

.Jean-Baptiste Colbert

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Homme d’État français (Reims 1619-Paris 1683).

  1. UN GRAND SERVITEUR DE L’ÉTAT

1.1. LA FORTUNE, UNE FORMATION DE NÉGOCIANT ET QUELQUES NOTIONS JURIDIQUES

Colbert appartient à une famille qui dispose d’une fortune considérable. Il est apparenté à Michel Le Tellier, secrétaire d’État à la Guerre, dont Colbert de Saint-Pouange, un cousin, épouse la sœur. Son père, riche négociant, le fait entrer à quinze ans chez le banquier lyonnais Mascranny, où il apprend le commerce. Un stage chez un procureur complète ensuite sa formation et lui apporte des rudiments de droit. Muni de ce bagage essentiel, Colbert achète une charge de commissaire ordinaire des guerres, qui lui octroie le privilège de négocier le ravitaillement pour le compte des armées du roi et de voyager dans tout le royaume.

1.2. AU SERVICE DE LE TELLIER PUIS DE MAZARIN

En 1645, Colbert se rapproche des allées du pouvoir en travaillant pour Michel Le Tellier. Cinq ans plus tard, il épouse Marie Charon, fille d’un conseiller du roi, qui lui apporte une dot de 100 000 livres. Fort des protections qu’il s’est assurées, Colbert devient, en 1651, l’homme de confiance de Mazarin, qui lui abandonne progressivement la gestion de sa fortune. Losque meurt le ministre de Louis XIV, le 10 mars 1661, le roi décide de gouverner seul. Mais le cardinal a eu le temps de lui recommander son protégé.

 

1.3. LE MINISTRE DE LOUIS XIV

Principal artisan de la disgrâce du surintendant Fouquet, Colbert lui succède comme ministre d’État (1661). Seul intendant des Finances en 1661, il accapare les plus hautes responsabilités : surintendant des Bâtiments, Arts et Manufactures (1664), chargé en particulier de la direction des travaux du château de Versailles, contrôleur général des Finances (1665), secrétaire d’État à la Maison du roi (1668) puis à la Marine (1669), grand maître des Mines de France (1670), il va s’occuper pendant plus de vingt ans de toute l’administration du royaume, à l’exception des Affaires étrangères et de la Guerre.

LE PERSONNAGE PRINCIPAL APRÈS LE ROI

Il avait pour devise Pro rege saepe ; pro patria semper (« Pour le roi, souvent ; pour la patrie, toujours »). Il fit preuve d’une activité débordante, accumulant de multiples attributions. Mais le roi, qui souhaitait gouverner son royaume et pas seulement y régner, n’abandonna jamais à son ministre autant de pouvoir que Louis XIII avait pu le faire avec Richelieu. Colbert ne fut donc pas un ministre tout-puissant, ni même un « principal ministre » comme l’avaient été Richelieu et Mazarin, même s’il fut, après le roi, le personnage principal du Conseil d’État (« Conseil d’en haut »).

LE CHEF DE CLAN

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Jean-Baptiste Colbert

Parvenu aux plus hautes charges de l’État, Colbert s’attacha néanmoins à favoriser ses parents et amis, créant le principal clan – avec celui, concurrent, des Le Tellier-Louvois – de la monarchie louis-quatorzienne. Son fils Seignelay fut secrétaire d’État de la Marine ; son frère Croissy, secrétaire d’État des Affaires étrangères ; son neveu Charles-Joachim Colbert de Croissy, évêque de Montpellier. Il fit nommer son cousin Jean Colbert de Terron commissaire général en 1661, puis, en 1666, intendant général des armées navales du Ponant.

Colbert ne dédaignait pas les gratifications du roi ; même s’il est considéré comme un ministre modèle, soucieux de l’intérêt de son souverain, il ne renonça pas à son enrichissement personnel – à un degré moindre, cependant, que Richelieu ou Mazarin.

Trois des six fils de Colbert furent tués dans des opérations militaires, deux lors de la guerre de la Ligue d’Augsbourg et un lors de la guerre de Succession d’Espagne.

  1. LA REMISE EN ORDRE DU ROYAUME

Étroitement liée à l’apogée de la monarchie louis-quatorzienne, elle s’inscrit en fait dans le cadre de la restauration de l’autorité monarchique et de la puissance royale, point focal de toutes les mesures prises par le ministre.

2.1. RESTAURER LES FINANCES

Dès 1661, Colbert s’efforce de restaurer les finances. Il pose les bases de la comptabilité publique en établissant un véritable budget (« état de prévoyance » pour l’année à venir et « état au vrai » pour l’année écoulée) et en tenant trois registres (recettes, dépenses, fonds). Il fait restituer au Trésor royal 120 millions de livres détournées par les financiers en créant une Chambre de justice (1661). Il diminue de plus de la moitié les charges de l’État en rachetant des offices inutiles, et en procédant à des réductions et annulations de rentes. Il augmente les recettes grâce à un meilleur rendement de l’impôt. Il abaisse de 15 % le montant de la taille personnelle et entreprend une chasse aux exempts abusifs (faux nobles, notamment). Il augmente en revanche certains impôts (dons gratuits du clergé et des pays d’état) et accroît le produit des impôts indirects par une étroite surveillance des traitants. Grâce à ses efforts obstinés (mais non réformateurs), Colbert assure un budget en équilibre de 1662 à 1671 ; dans le même temps, les revenus de l’État doublent largement.

Mais, avec les dépenses engagées pour la guerre de Hollande (1672-1678), le déficit réapparaît et le ministre doit revenir aux expédients : ventes d’offices, emprunts (création de la caisse des emprunts en 1674) et taxes nouvelles (monopole du tabac, extension de l’obligation du papier timbré [1674], etc.), qui provoquent des émeutes alors « fortement réprimées » (telle la révolte du papier timbré en Bretagne, en 1675). En 1680, Colbert signale au roi un excédent de dépenses de 20 millions sur les recettes et avoue son impuissance à combler le gouffre que creusent la guerre et les prodigalités royales. Appliquant dans tous les domaines la « maxime de l’ordre », Colbert intervient pour clarifier la loi et l’imposer dans tout le royaume.

2.2. UNIFIER LA LÉGISLATION

L’œuvre législative louis-quatorzienne est en majeure partie l’œuvre de Colbert, qui s’attache, dès le début de son ministère, à étendre la compétence des intendants, qui seront les meilleurs agents de la centralisation monarchique. En 1663, il compose pour ses subalternes une Instruction pour les maîtres des requêtescommissaires départis dans les provinces, destinée à lui permettre d’évaluer de façon en partie « statistique » les caractéristiques des provinces du royaume et les attentes des sujets.

Mais, surtout, il tente d’établir une certaine unité de législation : sous sa direction sont élaborées les ordonnances civile (1667), criminelle (1670), des Eaux et Forêts (1669), du Commerce (1673) et de la Marine (1681), qui visent toutes à mettre de l’ordre dans le chaos judiciaire et administratif hérité des siècles précédents. Il prépare le Code noir, promulgué après sa mort, qui règle les modalités de la traite des esclaves africains.

2.3. L’ORDRE CULTUREL

Instrument de la politique royale, l’ordre cuturel est aussi l’œuvre de Colbert, qui crée les Académies des inscriptions (1663), des sciences (1666), de la musique (1669), d’architecture (1671), ainsi que l’Académie de France à Rome (1666), et réorganise l’Académie de peinture et de sculpture (1663).

Il fonde aussi l’Observatoire de Paris (1667), autorise la parution du Journal des Savants (1665), enrichit considérablement la Bibliothèque du roi entre 1666 et 1682, multipliant par trois le nombre des volumes, réglemente les réunions de l’Académie française en créant les jetons de présence et réorganise le Jardin des Plantes (1671).

Dans son souci d’asservir l’art à la puissance et à la majesté royales, il édicte les règles, réglemente le travail des artistes avec le concours de Charles Le Brun, de Charles Perrault et des académies. Il est enfin à l’origine de divers grands travaux, comme, à Paris, le doublement du Cours-la-Reine par les Champs-Élysées.

  1. LA RECHERCHE DE L’EXPANSION ÉCONOMIQUE

3.1. UNE « GUERRE D’ARGENT »

Colbert consacre la majeure partie de son ministère à l’expansion économique du royaume. Il donne priorité aux manufactures, aux compagnies de commerce et de colonisation et à la construction maritime, autant de moyens pour créer dans le royaume de nouvelles richesses, cette « abondance de l’or et de l’argent dans le commerce » qui est pour lui fondamentale, et pour fournir au roi les ressources indispensables pour affirmer sa politique face aux autres États.

Le système économique qu’il préconise, et qu’on appellera le colbertisme, est fondé sur les principes du mercantilisme. Comme beaucoup de ses contemporains, Colbert voit dans le commerce une « guerre d’argent ». Mais il est avant tout au service du roi : il vise à enrichir le pays pour mettre le peuple en état de financer la « gloire du monarque ».

3.2. DES MANUFACTURES DE LUXE

Colbert crée des manufactures bénéficiant de privilèges (exemptions fiscales, monopoles de fabrication et de vente, aide financière et technique de l’État). Ces « créations » (plus de 400) concernent les produits de luxe (tapisseries des Gobelins, de Beauvais, d’Aubusson ; glaces et miroirs du faubourg Saint-Antoine, etc.), mais aussi les industries fondamentales, et principalement le textile (draps à Abbeville et Sedan, soieries de Lyon, etc.).

RÉGLEMENTÉES ET PROTÉGÉES PAR DES TARIFS DOUANIERS

Pour obtenir une production de qualité, sans égale en Europe, il multiplie les règlements dont il fait surveiller l’application par des inspecteurs généraux de manufacture. La protection des produits manufacturés est assurée par deux tarifs douaniers, institués en 1664 et en 1667 ; le second prohibant presque tous les produits anglais et hollandais, il sera une des causes de la guerre de Hollande.

3.3. MARINE MARCHANDE, MARINE DE GUERRE

Colbert encourage le développement de la marine marchande en accordant des primes aux armateurs, et fonde des compagnies de commerce dotées de privilèges et de monopoles : Compagnies des Indes orientales, des Indes occidentales (1664), du Nord (1669), du Levant (1670), du Sénégal (1673).

Colbert restaure aussi la marine de guerre : il établit le système de l’Inscription maritime (1668) et fait aménager des ports (Rochefort, Brest, Toulon, Dunkerque). Il porte ainsi, à la fin de sa vie, les flottes de guerre (276 vaisseaux en 1683 contre 18 en 1661) et de commerce à un niveau inégalé jusque-là.

3.4. LE GOUFFRE DE LA GUERRE

Dans les années 1664-1671, les résultats des efforts entrepris par Colbert sont remarquables : vers 1670, la draperie française, par exemple, exporte en Italie, en Espagne, en Allemagne, au Levant et en Inde. Mais, à partir de 1672, le coût de la guerre de Hollande provoque le relâchement du soutien financier de l’État à l’économie, ce qui entraîne la disparition ou le déclin de nombreuses manufactures et des compagnies de commerce.

  1. LES CAUSES DE L’« ÉCHEC DE COLBERT »

4.1. LA RARÉFACTION DES MÉTAUX PRÉCIEUX EN EUROPE

La politique belliqueuse de Louis XIV ne suffit pas à expliquer l’« échec de Colbert ». Celui-ci est dû également à la puissance de la concurrence anglo-hollandaise, qu’il était impossible d’évincer en quelques années, et plus encore à la conjoncture de dépression liée à la raréfaction des métaux précieux en Europe, qui allait à l’encontre de principes économiques fondés sur l’accumulation de ces métaux. En outre, en cette période de baisse des prix et des revenus, la clientèle courante (et majoritaire) ne pouvait s’intéresser aux produits de luxe ou de qualité fabriqués par les entreprises de Colbert.

4.2. LA STRUCTURE SOCIO-ÉCONOMIQUE DE LA FRANCE D’ANCIEN RÉGIME

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De plus, le ministre s’est heurté à des obstacles qui tenaient à la structure socio-économique de la France d’Ancien Régime : le refus des négociants, attachés à la liberté du commerce, de participer à des compagnies mises sur pied par l’État ; l’hostilité des marchands, des fabricants et des artisans aux contrôles, aux monopoles et aux règlements ; l’attrait de la bourgeoisie pour la terre et les offices ; la répugnance de la noblesse à l’égard de l’activité commerciale ; l’insuffisance du crédit ; la lenteur et le coût des transports.

Le système de Colbert était inadapté aux redoutables concurrences, à la conjoncture économique et aux traditions de la France louis-quatorzienne, encore féodale dans une large mesure, et où une mutation capitaliste rapide était irréalisable. À partir de 1680, l’influence de Colbert sur le roi diminue.

Cependant, malgré les efforts de Louvois, le ministre conservera jusqu’à la fin de sa vie un rôle essentiel dans la direction des affaires intérieures. Le « grand commis » de Louis XIV mourra épuisé de travail en 1683. (Académie française, 1667.)

 

https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Jean-Baptiste_Colbert/114048

ABOLITION DE L'ESCALVAGE, ESCLAVAGE, HISTOIRE DE FRANCE, TRAITE NEGRIERE

Abolition de l’esclavage

L’abolition de l’esclavage en quelques dates.

 

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À l’occasion de la Journée commémorative du souvenir de l’esclavage et de son abolition, fixée par la France le 10 mai, il faut rappeler les principaux événements qui ont rythmé quatre siècles d’un système aussi barbare qu’organisé pour l’Occident sans pour autant oublié l’esclavage pratiqué par les musulmans eux-mêmes dans un système qui perdure encore (Mauritanie, Lybie…).

12 à 18 millions : le nombre estimé d’Africains déportés depuis l’Afrique Subsaharienne vers les Amériques, entre le milieu du 17ème siècle et les années 1850. Si la pratique de l’esclavage n’est pas apparue avec les Européens, ce sont bien eux qui ont initié et organisé la traite transatlantique pour l’étendre vers des pays dont ils étaient absents. Basé sur une idéologie éminemment raciste, le système esclavagiste est avant tout un commerce extrêmement lucratif, tant pour les négriers que pour l’État.

Entre révoltes et répressions, avancées et régressions ssurce  poit il est bon de rappeler quelques dates clés en ce qui concerne la France plus particulièrement.

 

Au 17e siècle : l’État encadre la traite négrière

1642 : Louis XIII autorise la traite des Noirs.

1672 : Une ordonnance royale encourage la traite privée en accordant aux négriers une prime de treize livres par « tête de nègre » importé des colonies.

Mars 1685 : Louis XIV édicte le Code noir, qui réglemente la vie des esclaves dans les colonies françaises. L’Article 44, notamment, dénie tout droit juridique et officialise le statut des esclaves comme des « biens meubles », que l’on peut posséder, vendre ou échanger. D’autres articles légitiment le châtiment corporel et la peine de mort.

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Au 18e siècle : entre développement continu et éveil des consciences 

1766 : Dans un article intitulé « Traite des nègres » paru dans « l’Encyclopédie, dictionnaire raisonné des arts des sciences et des métiers », Louis Jaucourt écrit : « Cet achat de nègre pour les réduire en esclavage est un négoce qui viole la morale la religion, les lois naturelles, et tous les droits de la nature humaine. »

1780 : Des organisations antiesclavagistes voient le jour, avec pour but de propager leurs idées humanistes.

26 août 1789 : Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Le cas des colonies n’étant pas mentionné, elle ne s’y applique pas.

1791 : Des révoltes éclatent à Saint-Domingue, colonie française des Antilles. Composé à 90% d’esclaves, ce territoire est surnommé le « moulin à broyer les nègres ». Esclaves noirs et affranchis dont la vie est régie par le Code Noir revendiquent la liberté et l’égalité des droits avec les citoyens blancs.

28 septembre 1792 : La Constituante abolit l’esclavage en France (mais toujours pas dans les colonies).

4 février 1794 : Le décret d’émancipation et d’abolition de l’esclavage adopté par Robespierre et les membres de la Convention est enfin étendu aux colonies françaises.

 

19e siècle : après le vent, souffle la tempête

20 mai 1802 : Napoléon Bonaparte rétablit l’esclavage par décret. Dans le même temps, il mène une répression intense dans les colonies françaises, notamment en Guadeloupe et en Guyane. Toussaint Laventure, figure de la révolution des esclaves à Haïti, est arrêté.

1er janvier 1804 : Haïti devient la première République noire du monde. L’indépendance est proclamée sous la direction de Jean-Jacques Dessalines. Les anciens esclaves ont vaincu l’armée napoléonienne.

1807 : La suppression de la traite négrière est votée en Angleterre.

1814 : La France s’engage, par le Traité de Paris, à unir ses efforts à ceux de la Grande-Bretagne pour abolir la traite. En théorie seulement, car des navires négriers continuent d’affluer jusqu’en 1830.

1832 : la France accorde aux mulâtres et Noirs libres l’égalité civile et politique.

1834 : Création de la « Société française pour l’abolition de l’esclavage » à Paris.

27 avril 1848 : Promulgation du décret d’abolition de l’esclavagedans les colonies et possessions françaises sous l’impulsion de Victor Schoelcher, sous-secrétaire d’État aux colonies

22 mai 1848 : Proclamation du décret d’émancipation en Martinique (74 000 esclaves émancipés).

27 mai 1848 : Proclamation du décret en Guadeloupe (87 000 esclaves émancipés).

10 août 1848 : Proclamation du décret en Guyane (environ 13 000 esclaves émancipés).

20 décembre 1848 : Proclamation du décret à la Réunion (62 000 esclaves émancipés).

30 avril 1849 : Vote de la loi qui fixe le montant des indemnisations aux colons. On verse aux anciens propriétaires d’esclaves par l’État français plus de 126 millions de francs, soit l’équivalent de 4 milliards d’euros aujourd’hui.

 

Au XXè siècle : entre oubli et devoir de mémoire

23 mai 1998 : Commémoration pour les 150 ans de l’abolition. Une marche silencieuse réunit 40 000 personnes dans les rues de Paris réclamant la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité.

10 mai 2001 : La loi n°2001-434 du Parlement français, dite loi Taubira  « tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité » est votée par le Parlement, avant d’être promulguée le 21 mai suivant

2006, Jacques Chirac fait du 10 mai la Journée nationiale  des mémoires de la traite, de l’esclavage et de son abolition.

15 mai 2013 : Une redéfinition de l’esclavage est inscrite dans le code du travail : « Le fait d’exercer sur une personne les attributs du droit de propriété ou de la maintenir dans un état de sujétion continuelle en la contraignant à une prestation de travail, ou sexuelle, ou la mendicité, ou toute prestation non rémunérée ».

 

Aujourd’hui on en est-on ? .

Si elle a tardé notamment dans deux pays, l’Arabie Saoudite (1962) et la Mauritanie (1980), l’abolition de l’esclavage a été actée dans tous les pays du monde. Pour autant, dans les faits, dans certains pays musulmans (Mauritanie et d’autres pays) ainsi ce que l’on appelle « l’esclavage moderne » continue de sévir, et ce au sein même de certains pays européens. Se basant sur l’article 4 de la Déclaration universelle des droits de l’homme – « Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude. L’esclavage et la traite des esclaves sont interdites sous toutes leurs formes » –Ainsi l’organisme esclavagemoderne.org l‘organisme  recense nombre d’exemples qui en témoignent : ’exploitation des travailleurs pauvres,  prostitution forcée, trafic d’enfants. Moins visible, moins formel, mais pas plus acceptable, on estime à 45 millions le nombre de victimes chaque jour à travers le monde.