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Dimanche 5 janvier 2020 : Epiphanie du Seigneur : lectures et commentaires

Dimanche 5 janvier 2020.

Fête de l’Epiphanie

Commentaires du dimanche 5 janvier

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1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

PREMIERE LECTURE – Isaïe 60,1-6

1 Debout, Jérusalem, resplendis !
Elle est venue, ta lumière,
et la gloire du SEIGNEUR s’est levée sur toi.
2 Voici que les ténèbres couvrent la terre,
et la nuée obscure couvre les peuples.
Mais sur toi se lève le SEIGNEUR,
Sur toi sa gloire apparaît.
3 Les nations marcheront vers ta lumière,
et les rois, vers la clarté de ton aurore.
4 Lève les yeux alentour, et regarde :
tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi ;
tes fils reviennent de loin,
et tes filles sont portées sur la hanche.
5 Alors tu verras, tu seras radieuse,
ton coeur frémira et se dilatera.
Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi,
vers toi viendront les richesses des nations.
6 En grand nombre, des chameaux t’envahiront,
de jeunes chameaux de Madiane et d’Epha.
Tous les gens de Saba viendront,
apportant l’or et l’encens ;
ils annonceront les exploits du SEIGNEUR.

Vous avez remarqué toutes les expressions de lumière, tout au long de ce passage : « Resplendis, elle est venue ta lumière… la gloire (le rayonnement) du SEIGNEUR s’est levée sur toi (comme le soleil se lève)… sur toi se lève le SEIGNEUR, sa gloire brille sur toi…ta lumière, la clarté de ton aurore…tu seras radieuse ».
On peut en déduire tout de suite que l’humeur générale était plutôt sombre ! Je ne dis pas que les prophètes cultivent le paradoxe ! Non ! Ils cultivent l’espérance.
Alors, pourquoi l’humeur générale était-elle sombre, pour commencer. Ensuite, quel argument le prophète avance-t-il pour inviter son peuple à l’espérance ?
Pour ce qui est de l’humeur, je vous rappelle le contexte : ce texte fait partie des derniers chapitres du livre d’Isaïe ; nous sommes dans les années 525-520 av.J.C., c’est-à-dire une quinzaine ou une vingtaine d’années après le retour de l’exil à Babylone. Les déportés sont rentrés au pays, et on a cru que le bonheur allait s’installer. En réalité, ce fameux retour tant espéré n’a pas répondu à toutes les attentes.
D’abord, il y avait ceux qui étaient restés au pays et qui avaient vécu la période de guerre et d’occupation. Ensuite, il y avait ceux qui revenaient d’Exil et qui comptaient retrouver leur place et leurs biens. Or si l’Exil a duré cinquante ans, cela veut dire que ceux qui sont partis sont morts là-bas… et ceux qui revenaient étaient leurs enfants ou leurs petits-enfants … Cela ne devait pas simplifier les retrouvailles. D’autant plus que ceux qui rentraient ne pouvaient certainement pas prétendre récupérer l’héritage de leurs parents : les biens des absents, des exilés ont été occupés, c’est inévitable, puisque, encore une fois, l’Exil a duré cinquante ans !
Enfin, il y avait tous les étrangers qui s’étaient installés dans la ville de Jérusalem et dans tout le pays à la faveur de ce bouleversement et qui y avaient introduit d’autres coutumes, d’autres religions…
Tout ce monde n’était pas fait pour vivre ensemble…
La pomme de discorde, ce fut la reconstruction du Temple : car, dès le retour de l’exil, autorisé en 538 par le roi Cyrus, les premiers rentrés au pays (nous les appellerons la communauté du retour) avaient rétabli l’ancien autel du Temple de Jérusalem, et avaient recommencé à célébrer le culte comme par le passé ; et en même temps, ils entreprirent la reconstruction du Temple lui-même.
Mais voilà que des gens qu’ils considéraient comme hérétiques ont voulu s’en mêler ; c’étaient ceux qui avaient habité Jérusalem pendant l’Exil : mélange de juifs restés au pays et de populations étrangères, donc païennes, installées là par l’occupant ; il y avait eu inévitablement des mélanges entre ces deux types de population, et même des mariages, et tout ce monde avait pris des habitudes jugées hérétiques par les Juifs qui rentraient de l’Exil.
Alors la communauté du retour s’est resserrée et a refusé cette aide dangereuse pour la foi : le Temple du Dieu unique ne peut pas être construit par des gens qui, ensuite, voudront y célébrer d’autres cultes ! Comme on peut s’en douter, ce refus a été très mal pris et désormais ceux qui avaient été éconduits firent obstruction par tous les moyens. Finis les travaux, finis aussi les rêves de rebâtir le Temple !
Les années ont passé et on s’est installés dans le découragement. Mais la morosité, l’abattement ne sont pas dignes du peuple porteur des promesses de Dieu. Alors, Isaïe et un autre prophète, Aggée, décident de réveiller leurs compatriotes : sur le thème : fini de se lamenter, mettons-nous au travail pour reconstruire le Temple de Jérusalem. Et cela nous vaut le texte d’aujourd’hui :
Connaissant le contexte difficile, ce langage presque triomphant nous surprend peut-être ; mais c’est un langage assez habituel chez les prophètes ; et nous savons bien que s’ils promettent tant la lumière, c’est parce qu’elle est encore loin d’être aveuglante… et que, moralement, on est dans la nuit. C’est pendant la nuit qu’on guette les signes du lever du jour ; et justement le rôle du prophète est de redonner courage, de rappeler la venue du jour. Un tel langage ne traduit donc pas l’euphorie du peuple, mais au contraire une grande morosité : c’est pour cela qu’il parle tant de lumière !
Pour relever le moral des troupes, nos deux prophètes n’ont qu’un argument, mais il est de taille : Jérusalem est la Ville Sainte, la ville choisie par Dieu, pour y faire demeurer le signe de sa Présence ; c’est parce que Dieu lui-même s’est engagé envers le roi Salomon en décidant « Ici sera Mon Nom », que le prophète Isaïe, des siècles plus tard, peut oser dire à ses compatriotes « Debout, Jérusalem ! Resplendis… »
Le message d’Isaïe aujourd’hui, c’est donc : « vous avez l’impression d’être dans le tunnel, mais au bout, il y a la lumière. Rappelez-vous la Promesse : le JOUR vient où tout le monde reconnaîtra en Jérusalem la Ville Sainte. » Conclusion : ne vous laissez pas abattre, mettez-vous au travail, consacrez toutes vos forces à reconstruire le Temple comme vous l’avez promis.
J’ajouterai trois remarques pour terminer : premièrement, une fois de plus, le prophète nous donne l’exemple : quand on est croyants, la lucidité ne parvient jamais à étouffer l’espérance.
Deuxièmement, la promesse ne vise pas un triomphe politique… Le triomphe qui est entrevu ici est celui de Dieu et de l’humanité qui sera un jour enfin réunie dans une harmonie parfaite dans la Cité Sainte ; reprenons les premiers versets : si Jérusalem resplendit, c’est de la lumière et de la gloire du SEIGNEUR : « Debout, Jérusalem ! Resplendis : elle est venue ta lumière, et la gloire du SEIGNEUR s’est levée sur toi… sur toi se lève le SEIGNEUR, et sa gloire brille sur toi… »
Troisièmement, quand Isaïe parlait de Jérusalem, déjà à son époque, ce nom désignait plus le peuple que la ville elle-même ; et l’on savait déjà que le projet de Dieu déborde toute ville, si grande ou belle soit-elle, et tout peuple, il concerne toute l’humanité.

 

PSAUME – 71 (72)

1 Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
2 Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux !

7 En ces jours-là, fleurira la justice,
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
8 Qu’il domine de la mer à la mer,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

10 Les rois de Tarsis et des Iles apporteront des présents.
Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande.
11 Tous les rois se prosterneront devant lui,
tous les pays le serviront.

12 Il délivrera le pauvre qui appelle
et le malheureux sans recours.
13 Il aura souci du faible et du pauvre,
du pauvre dont il sauve la vie.

Imaginons que nous sommes en train d’assister au sacre d’un nouveau roi. Les prêtres expriment à son sujet des prières qui sont tous les souhaits, j’aurais envie de dire tous les rêves que le peuple formule au début de chaque nouveau règne : voeux de grandeur politique pour le roi, mais surtout voeux de paix, de justice pour tous. Les « lendemains qui chantent », en quelque sorte ! C’est un thème qui n’est pas d’aujourd’hui… On en rêve depuis toujours ! Richesse et prospérité pour tous… Justice et Paix… Et cela pour tous… d’un bout de la terre à l’autre… Or le peuple élu a cet immense avantage de savoir que ce rêve des hommes coïncide avec le projet de Dieu lui-même.
La dernière strophe de ce psaume, elle, change de ton (malheureusement, elle ne fait pas partie de la liturgie de cette fête) : il n’est plus question du roi terrestre, il n’est question que de Dieu : « Béni soit le SEIGNEUR, le Dieu d’Israël, lui seul fait des merveilles ! Béni soit à jamais son nom glorieux, toute la terre soit remplie de sa gloire ! Amen ! Amen ! » C’est cette dernière strophe qui nous donne la clé de ce psaume : en fait, il a été composé et chanté après l’Exil à Babylone, (donc entre 500 et 100 av.J.C.) c’est-à-dire à une époque où il n’y avait déjà plus de roi en Israël ; ce qui veut dire que ces voeux, ces prières ne concernent pas un roi en chair et en os… ils concernent le roi qu’on attend, que Dieu a promis, le roi-messie. Et puisqu’il s’agit d’une promesse de Dieu, on peut être certain qu’elle se réalisera.
La Bible tout entière est traversée par cette espérance indestructible : l’histoire humaine a un but, un sens ; et le mot « sens » veut dire deux choses : à la fois « signification » et « direction ». Dieu a un projet. Ce projet inspire toutes les lignes de la Bible, Ancien Testament et Nouveau Testament : il porte des noms différents selon les auteurs. Par exemple, c’est le JOUR de Dieu pour les prophètes, le Royaume des cieux pour Saint Matthieu, le dessein bienveillant pour Saint Paul, mais c’est toujours du même projet qu’il s’agit. Comme un amoureux répète inlassablement des mots d’amour, Dieu propose inlassablement son projet de bonheur à l’humanité. Ce projet sera réalisé par le messie et c’est ce messie que les croyants appellent de tous leurs voeux lorsqu’ils chantent les psaumes au Temple de Jérusalem.
Ce psaume 71, particulièrement, est vraiment la description du roi idéal, celui qu’Israël attend depuis des siècles : quand Jésus naît, il y a 1000 ans à peu près que le prophète Natan est allé trouver le roi David de la part de Dieu et lui a fait cette promesse dont parle notre psaume. Je vous redis les paroles du prophète Natan à David : « Quand tes jours seront accomplis et que tu seras couché avec tes pères, je maintiendrai après toi le lignage issu de tes entrailles et j’affermirai sa royauté… Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils… Ta maison et ta royauté subsisteront à jamais devant moi, ton trône sera affermi à jamais » (2 S 7,12-16).1
De siècle en siècle, cette promesse a été répétée, répercutée, précisée. La certitude de la fidélité de Dieu à ses promesses en a fait découvrir peu à peu toute la richesse et les conséquences ; si ce roi méritait vraiment le titre de fils de Dieu, alors il serait à l’image de Dieu, un roi de justice et de paix.
A chaque sacre d’un nouveau roi, la promesse était redite sur lui et on se reprenait à rêver… Depuis David, on attendait, et le peuple juif attend toujours… et il faut bien reconnaître que le règne idéal n’a encore pas vu le jour sur notre terre. On finirait presque par croire que ce n’est qu’une utopie…
Mais les croyants savent qu’il ne s’agit pas d’une utopie : il s’agit d’une promesse de Dieu, donc d’une certitude. Et la Bible tout entière est traversée par cette certitude, cette espérance invincible : le projet de Dieu se réalisera, nous avançons lentement mais sûrement vers lui. C’est le miracle de la foi : devant cette promesse à chaque fois déçue, il y a deux attitudes possibles : le non-croyant dit « je vous l’avais bien dit, cela n’arrivera jamais » ; mais le croyant affirme tranquillement « patience, puisque Dieu l’a promis, il ne saurait se renier lui-même », comme dit Saint Paul (1 Tm 2,13).
Ce psaume dit bien quelques aspects de cette attente du roi idéal : par exemple « pouvoir » et « justice » seront enfin synonymes ; c’est déjà tout un programme : de nombreux pouvoirs humains tentent loyalement d’instaurer la justice et d’enrayer la misère mais n’y parviennent pas ; ailleurs, malheureusement, « pouvoir » rime parfois avec avantages de toute sorte et autres passe-droits ; parce que nous ne sommes que des hommes.
En Dieu seul le pouvoir n’est qu’amour : notre psaume le sait bien puisqu’il précise « Dieu, donne au roi tes pouvoirs, à ce fils de roi ta justice ».
Et alors puisque notre roi disposera de la puissance même de Dieu, une puissance qui n’est qu’amour et justice, il n’y aura plus de malheureux dans son royaume. « En ces jours-là fleurira la justice, grande paix jusqu’à la fin des lunes !… Il délivrera le pauvre qui appelle et le malheureux sans recours. »
Ce roi-là, on voudrait bien qu’il règne sur toute la planète ! C’est de bon coeur qu’on lui souhaite un royaume sans limite de temps ou d’espace ! « Qu’il règne jusqu’à la fin des lunes… » et « Qu’il domine de la mer à la mer et du Fleuve jusqu’aux extrémités de la terre ». A l’époque de la composition de ce psaume, les extrémités du monde connu, c’étaient l’Arabie et l’Egypte et c’est pourquoi on cite les rois de Saba et de Seba : Saba, c’est au Sud de l’Arabie, Seba, c’est au Sud de l’Egypte… Quant à Tarsis, c’est un pays mythique, qui veut dire « le bout du monde ».
Aujourd’hui, le peuple juif chante ce psaume dans l’attente du roi-Messie2 ; nous, chrétiens, l’appliquons à Jésus-Christ et il nous semble que les mages venus d’Orient ont commencé à réaliser la promesse « Les rois de Tarsis et des Iles apporteront des présents, les rois de Saba et de Seba feront leur offrande… Tous les rois se prosterneront devant lui, tous les pays le serviront ».
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Notes
1 – Quand le chant « Il est né le divin enfant » nous fait dire « Depuis plus de 4000 ans nous le promettaient les prophètes », le compte n’est pas tout à fait exact, peut-être le nombre 4000 n’a-t-il été retenu que pour les nécessités de la mélodie.
2 – De nos jours, encore, dans certaines synagogues, nos frères juifs disent leur impatience de voir arriver le Messie en récitant la profession de foi de Maïmonide, médecin et rabbin à Tolède en Espagne, au douzième siècle : « Je crois d’une foi parfaite en la venue du Messie, et même s’il tarde à venir, en dépit de tout cela, je l’attendrai jusqu’au jour où il viendra. »

 

DEUXIEME LECTURE – Ephésiens 3, 2…6

Frères,
2 vous avez appris, je pense,
en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous :
3 par révélation, il m’a fait connaître le mystère.
Ce mystère n’avait pas été porté à la connaissance
des hommes des générations passées,
comme il a été révélé maintenant
à ses saints Apôtres et aux prophètes,
dans l’Esprit.
Ce mystère,
c’est que toutes les nations sont associées au même héritage,
au même corps,
au partage de la même promesse,
dans le Christ Jésus,
par l’annonce de l’Evangile.

Ce passage est extrait de la lettre aux Ephésiens au chapitre 3 ; or c’est dans le premier chapitre de cette même lettre que Paul a employé sa fameuse expression « le dessein bienveillant de Dieu » ; ici, nous sommes tout à fait dans la même ligne ; je vous rappelle quelques mots du chapitre 1 : « Dieu nous a fait connaître le mystère de sa volonté, le dessein bienveillant qu’il a d’avance arrêté en lui-même pour mener les temps à leur accomplissement, réunir l’univers entier sous un seul chef le Christ, ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre ».
Dans le texte d’aujourd’hui, nous retrouvons ce mot de « mystère ». Le « mystère », chez Saint Paul, ce n’est pas un secret que Dieu garderait jalousement pour lui ; au contraire, c’est son intimité dans laquelle il nous fait pénétrer. Paul nous dit ici : « Par révélation, Dieu m’a fait connaître le mystère du Christ » : ce mystère, c’est-à-dire son dessein bienveillant, Dieu le révèle progressivement ; tout au long de l’histoire biblique, on découvre toute la longue, lente, patiente pédagogie que Dieu a déployée pour faire entrer son peuple élu dans son mystère ; nous avons cette expérience qu’on ne peut pas, d’un coup, tout apprendre à un enfant : on l’enseigne patiemment au jour le jour et selon les circonstances ; on ne fait pas d’avance à un enfant des leçons théoriques sur la vie, la mort, le mariage, la famille… pas plus que sur les saisons ou les fleurs… l’enfant découvre la famille en vivant les bons et les mauvais jours d’une famille bien réelle ; il découvre les fleurs une à une, il traverse avec nous les saisons… quand la famille célèbre un mariage ou une naissance, quand elle traverse un deuil, alors l’enfant vit avec nous ces événements et, peu à peu, nous l’accompagnons dans sa découverte de la vie.
Dieu a déployé la même pédagogie d’accompagnement avec son peuple et s’est révélé à lui progressivement ; pour Saint Paul, il est clair que cette révélation a franchi une étape décisive avec le Christ : l’histoire de l’humanité se divise nettement en deux périodes : avant le Christ et depuis le Christ. « Ce mystère1, n’avait pas été porté à la connaissance des hommes des générations passées, comme il a été révélé maintenant à ses saints Apôtres et aux prophètes, dans l’Esprit. » A ce titre, on peut se réjouir que nos calendriers occidentaux décomptent les années en deux périodes, les années avant J.C. et les années après J.C.
Ce mystère, ici, Paul l’appelle simplement « le mystère du Christ », mais on sait ce qu’il entend par là : à savoir que le Christ est le centre du monde et de l’histoire, que l’univers entier sera un jour réuni en lui, comme les membres le sont à la tête ; d’ailleurs, dans la phrase « réunir l’univers entier sous un seul chef le Christ », le mot grec que nous traduisons « chef » veut dire tête.
Il s’agit bien de « l’univers entier » et ici Paul précise : « Toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse dans le Christ Jésus » ; on pourrait dire encore autrement : l’Héritage, c’est Jésus-Christ… la Promesse, c’est Jésus-Christ… le Corps, c’est Jésus-Christ… Le dessein bienveillant de Dieu, c’est que Jésus-Christ soit le centre du monde, que l’univers entier soit réuni en lui. Dans le Notre Père, quand nous disons « Que ta volonté soit faite », c’est de ce projet de Dieu que nous parlons et, peu à peu, à force de répéter cette phrase, nous nous imprégnons du désir de ce Jour où enfin ce projet sera totalement réalisé.
Donc le projet de Dieu concerne l’humanité tout entière, et non pas seulement les Juifs : c’est ce qu’on appelle l’universalisme du plan de Dieu. Cette dimension universelle du plan de Dieu fut l’objet d’une découverte progressive par les hommes de la Bible, mais à la fin de l’histoire biblique, c’était une conviction bien établie dans le peuple d’Israël, puisqu’on fait remonter à Abraham la promesse de la bénédiction de toute l’humanité : « En toi seront bénies toutes les familles de la terre » (Gn 12,3). Et le passage d’Isaïe que nous lisons en première lecture de cette fête de l’Epiphanie est exactement dans cette ligne. Bien sûr, si un prophète comme Isaïe a cru bon d’y insister, c’est qu’on avait tendance à l’oublier.
De la même manière, au temps du Christ, si Paul précise : « Toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse dans le Christ Jésus », c’est que cela n’allait pas de soi. Et là, nous avons un petit effort d’imagination à faire : nous ne sommes pas du tout dans la même situation que les contemporains de Paul ; pour nous, au vingt-et-unième siècle, c’est une évidence : beaucoup d’entre nous ne sont pas juifs d’origine et trouvent normal d’avoir part au salut apporté par le Messie ; pour un peu, même, après deux mille ans de Christianisme, nous aurions peut-être tendance à oublier qu’Israël reste le peuple élu parce que, comme dit ailleurs Saint Paul, « Dieu ne peut pas se renier lui-même ». Aujourd’hui, nous avons un peu tendance à croire que nous sommes les seuls témoins de Dieu dans le monde.
Mais au temps du Christ, c’était la situation inverse : c’est le peuple juif qui, le premier, a reçu la révélation du Messie. Jésus est né au sein du peuple juif : c’était la logique du plan de Dieu et de l’élection d’Israël ; les Juifs étaient le peuple élu, ils étaient choisis par Dieu pour être les apôtres, les témoins et l’instrument du salut de toute l’humanité ; et on sait que les Juifs devenus chrétiens ont eu parfois du mal à tolérer l’admission d’anciens païens dans leurs communautés. Saint Paul vient leur dire « Attention… les païens, désormais, peuvent aussi être des apôtres et des témoins du salut »… Au fait, je remarque que Matthieu, dans l’évangile de la visite des mages, qui est lu également pour l’Epiphanie, nous dit exactement la même chose.
Les derniers mots de ce texte résonnent comme un appel : « Toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse dans le Christ Jésus par l’annonce de l’évangile » : si je comprends bien, Dieu attend notre collaboration à son dessein bienveillant : les mages ont aperçu une étoile, pour laquelle ils se sont mis en route ; pour beaucoup de nos contemporains, il n’y aura pas d’étoile dans le ciel, mais il faudra des témoins de la Bonne Nouvelle.

 

EVANGILE – selon Saint Matthieu 2, 1-12

1 Jésus était né à Bethléem en Judée,
au temps du roi Hérode le Grand.
Or, voici que des mages venus d’Orient
arrivèrent à Jérusalem
2 et demandèrent :
« Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?
Nous avons vu son étoile à l’orient
et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »
3 En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé,
et tout Jérusalem avec lui.
4 Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple,
pour leur demander où devait naître le Christ.
Ils lui répondirent :
5 « A Bethléem en Judée,
car voici ce qui est écrit par le prophète :
6 Et toi, Bethléem, terre de Juda,
tu n’es certes pas le dernier
parmi les chefs-lieux de Juda,
car de toi sortira un chef,
qui sera le berger de mon peuple Israël. »
7 Alors Hérode convoqua les mages en secret
pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ;
8 Puis il les envoya à Bethléem, en leur disant :
« Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant.
Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer
pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »
9 Après avoir entendu le roi, ils partirent.
Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient
les précédait,
jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit
où se trouvait l’enfant.
10 Quand ils virent l’étoile,
ils se réjouirent d’une très grande joie.
11 Ils entrèrent dans la maison,
ils virent l’enfant avec Marie sa mère ;
et, tombant à ses pieds,
ils se prosternèrent devant lui.
Ils ouvrirent leur coffrets,
et lui offrirent leurs présents :
de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
12 Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode,
ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

On sait à quel point l’attente du Messie était vive au temps de Jésus. Tout le monde en parlait, tout le monde priait Dieu de hâter sa venue. La majorité des Juifs pensait que ce serait un roi : ce serait un descendant de David, il régnerait sur le trône de Jérusalem, il chasserait les Romains, et il établirait définitivement la paix, la justice et la fraternité en Israël ; et les plus optimistes allaient même jusqu’à dire que tout ce bonheur s’installerait dans le monde entier.
Dans ce sens, on citait plusieurs prophéties convergentes de l’Ancien Testament : d’abord celle de Balaam dans le Livre des Nombres. Je vous la rappelle : au moment où les tribus d’Israël s’approchaient de la terre promise sous la conduite de Moïse, et traversaient les plaines de Moab (aujourd’hui en Jordanie), le roi de Moab, Balaq, avait convoqué Balaam pour qu’il maudisse ces importuns ; mais, au lieu de maudire, Balaam, inspiré par Dieu avait prononcé des prophéties de bonheur et de gloire pour Israël ; et, en particulier, il avait osé dire : « Je le vois, je l’observe, de Jacob monte une étoile, d’Israël jaillit un sceptre … » (Nb 24,17). Le roi de Moab avait été furieux, bien sûr, car, sur l’instant, il y avait entendu l’annonce de sa future défaite face à Israël ; mais en Israël, dans les siècles suivants, on se répétait soigneusement cette belle promesse ; et peu à peu on en était venu à penser que le règne du Messie serait signalé par l’apparition d’une étoile. C’est pour cela que le roi Hérode, consulté par les mages au sujet d’une étoile, prend l’affaire très au sérieux.
Autre prophétie concernant le Messie : celle de Michée : « Toi, Bethléem, trop petite pour compter parmi les clans de Juda, c’est de toi que sortira le Messie » ; prophétie tout à fait dans la ligne de la promesse faite par Dieu à David : que sa dynastie ne s’éteindrait pas et qu’elle apporterait au pays le bonheur attendu.
Les mages n’en savent peut-être pas tant : ce sont des astrologues ; ils se sont mis en marche tout simplement parce qu’une nouvelle étoile s’est levée ; et, spontanément, en arrivant à Jérusalem, ils vont se renseigner auprès des autorités. Et c’est là, peut-être, la première surprise de ce récit de Matthieu : il y a d’un côté, les mages qui n’ont pas d’idées préconçues ; ils sont à la recherche du Messie et ils finiront par le trouver. De l’autre, il y a ceux qui savent, qui peuvent citer les Ecritures sans faute, mais qui ne bougeront pas le petit doigt ; ils ne feront même pas le déplacement de Jérusalem à Bethléem. Evidemment, ils ne rencontreront pas l’enfant de la crèche.
Quant à Hérode, c’est une autre histoire. Mettons-nous à sa place : il est le roi des Juifs, reconnu comme roi par le pouvoir romain, et lui seul… Il est assez fier de son titre et férocement jaloux de tout ce qui peut lui faire de l’ombre … Il a fait assassiner plusieurs membres de sa famille, y compris ses propres fils, il ne faut pas l’oublier. Car dès que quelqu’un devient un petit peu populaire… Hérode le fait tuer par jalousie. Et voilà qu’on lui rapporte une rumeur qui court dans la ville : des astrologues étrangers ont fait un long voyage jusqu’ici et il paraît qu’ils disent : « Nous avons vu se lever une étoile tout à fait exceptionnelle, nous savons qu’elle annonce la naissance d’un enfant-roi… tout aussi exceptionnel… Le vrai roi des juifs vient sûrement de naître » ! … On imagine un peu la fureur, l’extrême angoisse d’Hérode !
Donc, quand Saint Matthieu nous dit : « Hérode fut bouleversé et tout Jérusalem avec lui », c’est certainement une manière bien douce de dire les choses ! Evidemment, Hérode ne va pas montrer sa rage, il faut savoir manoeuvrer : il a tout avantage à extorquer quelques renseignements sur cet enfant, ce rival potentiel… Alors il se renseigne :
D’abord sur le lieu : Matthieu nous dit qu’il a convoqué les chefs des prêtres et les scribes et qu’il leur a demandé où devait naître le Messie ; et c’est là qu’intervient la prophétie de Michée : le Messie naîtra à Bethléem.
Ensuite, Hérode se renseigne sur l’âge de l’enfant car il a déjà son idée derrière la tête pour s’en débarrasser ; il convoque les mages pour leur demander à quelle date au juste l’étoile est apparue. On ne connaît pas la réponse mais la suite nous la fait deviner : puisque, en prenant une grande marge, Hérode fera supprimer tous les enfants de moins de deux ans.
Très probablement, dans le récit de la venue des mages, Matthieu nous donne déjà un résumé de toute la vie de Jésus : dès le début, à Bethléem, il a rencontré l’hostilité et la colère des autorités politiques et religieuses. Jamais, ils ne l’ont reconnu comme le Messie, ils l’ont traité d’imposteur… Ils l’ont même supprimé, éliminé. Et pourtant, il était bien le Messie : tous ceux qui le cherchent peuvent, comme les mages, entrer dans le salut de Dieu.
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Compléments
1-Au passage, on notera que c’est l’un des rares indices que nous ayons de la date de naissance exacte de Jésus ! On connaît avec certitude la date de la mort d’Hérode le Grand : 4 av JC (il a vécu de 73 à 4 av JC)… or il a fait tuer tous les enfants de moins de 2 ans : c’est-à-dire des enfants nés entre 6 et 4 (av JC) ; donc Jésus est probablement né entre 6 et 4 ! Probablement en 6 ou 5… Mais, quand au sixième siècle on a voulu – à juste titre – compter les années à partir de la naissance de Jésus, (et non plus à partir de la fondation de Rome) il y a eu tout simplement une erreur de comptage.
2-On a ici une illustration de l’Election d’Israël : les mages païens ont vu l’étoile, car elle est visible par tout un chacun.
Mais ce sont les scribes d’Israël qui peuvent en révéler le sens : encore faut-il qu’eux-mêmes se laissent guider par les Ecritures.

ANCIEN TESTAMENT, EVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, FÊTE DE LA SAINTE FAMILLE, FUITE EN EGYPTE, LETTRE DE SAINT PAUL AUX COLOSSIENS, LIVRE DE BEN SIRAC LE SAGE, OCTAVE DE NOËL, PSAUME 127

Dimanche 29 décembre 2019 : Fête de la Sainte Famille : lectures et commentaires

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dimanche 29 décembre 2019

Fête de la Sainte Famille

Commentaire de Marie-Noëlle Thabut

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

 

PREMIERE LECTURE – Ben Sira le Sage 3,2-6.12-14

3, 2 Le Seigneur glorifie le père dans ses enfants,
il renforce l’autorité de la mère sur ses fils.
3 Celui qui honore son père obtient le pardon de ses péchés,
4 celui qui glorifie sa mère est comme celui qui amasse un trésor.
5 Celui qui honore son père aura de la joie dans ses enfants,
au jour de sa prière il sera exaucé.
6 Celui qui glorifie son père verra de longs jours,
celui qui obéit au Seigneur donne du réconfort à sa mère…

12 Mon fils, soutiens ton père dans sa vieillesse,
ne le chagrine pas pendant sa vie.
13 Même si son esprit l’abandonne, sois indulgent,
ne le méprise pas, toi qui es en pleine force.
14 Car ta miséricorde envers ton père ne sera pas oubliée
et elle relèvera ta maison
si elle est ruinée par le péché.

Ben Sira dit encore bien d’autres choses sur le respect dû aux parents ; et s’il éprouve le besoin d’y insister, c’est parce qu’à son époque, l’autorité des parents n’était plus ce qu’elle avait été : les moeurs étaient en train de changer et Ben Sira ressentait le besoin de redresser la barre. Nous sommes au deuxième siècle av.J.C., vers 180. Ben Sira tient une école de Sagesse (on dirait « Philosophie » aujourd’hui) à Jérusalem ; on est sous la domination grecque : les souverains sont libéraux et les Juifs peuvent continuer à pratiquer intégralement leur Loi ; (la situation changera un peu plus tard avec Antiochus Epiphane) ; mais c’est cette tranquillité, justement, qui inquiète Ben Sira, car, insidieusement, de nouvelles habitudes de penser se répandent : à côtoyer de trop près des païens, on risque de penser et de vivre bientôt comme eux. Et c’est bien ce qui pousse Ben Sira à défendre les fondements de la religion juive, à commencer par la famille. Car si la structure familiale s’affaiblit, qui transmettra aux enfants la foi, les valeurs, et les pratiques du Judaïsme ?
Notre texte d’aujourd’hui est donc avant tout un plaidoyer pour la famille parce qu’elle est le premier sinon le seul lieu de transmission des valeurs.
C’est aussi un commentaire magnifique, une variation sur le quatrième commandement. Les plus âgés d’entre nous le connaissent sous la forme du catéchisme de leur enfance : « Tes père et mère honoreras afin de vivre longuement ». Et le voici dans sa forme primitive au livre de l’Exode : « Honore ton père et ta mère afin que tes jours se prolongent sur la terre que te donne le SEIGNEUR ton Dieu » (Ex 20,12) ; et le livre du Deutéronome ajoutait « et afin que tu sois heureux » (Dt 5,16).
Le texte que nous lisons aujourd’hui a donc été écrit vers 180 av.J.C. ; et puis, cinquante ans plus tard, le petit-fils de Ben Sira a traduit l’oeuvre de son grand-père et il a voulu préciser les choses : il a donc ajouté deux versets pour justifier ce respect dû aux parents : son argument est le suivant : nos parents nous ont donné la vie, ils sont donc les instruments de Dieu qui donne la vie : « De tout ton coeur glorifie ton père, et n’oublie pas les souffrances de ta mère. Souviens-toi que tu leur dois la naissance, comment leur rendras-tu ce qu’ils ont fait pour toi ? » (Si 7,27-28).
Bien sûr, ce commandement rejoint le simple bon sens : on sait bien que la cellule familiale est la condition primordiale d’une société équilibrée. Actuellement, nous ne faisons que trop l’expérience des désastres psychologiques et sociaux entraînés par la brisure des familles. Mais, plus profondément, j’entends aussi là que notre rêve d’harmonie familiale fait partie du plan de Dieu.
Cette défense des valeurs familiales ne nous étonne donc pas : mais dans le texte de Ben Sira on a un peu l’impression d’un calcul : « Celui qui honore son père obtient le pardon de ses fautes, celui qui glorifie sa mère est comme celui qui amasse un trésor. Celui qui honore son père aura de la joie dans ses enfants, au jour de sa prière il sera exaucé. Celui qui glorifie son père verra de longs jours… » Même chose pour le commandement : « Tes père et mère honoreras afin de vivre longuement » ; comme si on nous disait « si tu te conduis bien, Dieu te le revaudra ».
Or, il n’est jamais question de calcul avec Dieu, puisqu’avec lui tout est grâce, c’est-à-dire gratuit ! Ce qu’on veut nous dire, c’est que chaque fois que Dieu nous donne un commandement, c’est pour notre bonheur.
Si vous en avez le courage, reportez-vous au livre du Deutéronome, en particulier au chapitre 6, celui dont est extraite la plus célèbre prière d’Israël, le « Shema Israël » (Ecoute Israël) ; vous serez étonnés de l’insistance de ce texte pour nous dire que la loi est chemin de bonheur et de liberté. Voici quelques versets du Deutéronome : « Tu feras ce qui est droit et bien aux yeux du SEI¬GNEUR, pour être heureux et entrer prendre possession du bon pays que le SEI¬GNEUR a promis par serment à tes pères… » (Dt 6,18) 1.
Revenons à Ben Sira ; nous y lisons une phrase un peu étonnante : « Celui qui honore son père obtient le pardon de ses fautes ». Tout d’abord, on peut penser qu’une telle phrase prouve que ce texte est récent ; on sait bien qu’il a fallu des siècles de pédagogie de Dieu, par la bouche de ses prophètes, pour que l’on découvre que le seul chemin de réconciliation avec Dieu n’est pas le sacrifice sanglant comme on le croyait primitivement ; le seul chemin de réconciliation avec Dieu, c’est la réconciliation avec le prochain. On entend là comme un écho de la célèbre phrase du prophète Osée « C’est la miséricorde que je veux et non le sacrifice » (Os 6, 6).
En quelque sorte, Ben Sira nous dit : « Vous voulez être sûrs d’honorer Dieu ? C’est bien simple, honorez vos parents : être filial à leur égard, c’est être filial aussi à l’égard de Dieu. On sait que sur les dix commandements, deux seulement sont des ordres positifs : le commandement sur le sabbat et celui-ci sur le respect des parents. « Du jour du sabbat, tu feras un mémorial… », « Honore ton père et ta mère » ; tous les autres commandements sont négatifs, ils indiquent seulement des limites à ne pas dépasser : « Tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne commettras pas d’adultère »…
Mais c’est bien un ordre positif qui résume tous les commandements : vous le trouvez dans l’Ancien Testament au Livre du Lévitique : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ; or, notre premier prochain, au vrai sens du terme, ce sont nos parents. En cette période de fêtes où des liens familiaux se resserrent ou se redécouvrent, ce texte de Ben Sira est donc bien trouvé.
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Note
1 – Inversement, le même livre affirmait : « Maudit soit celui qui méprise son père et sa mère ! » (Dt 27,16). Et ce commandement était assorti de peines très sévères : la peine de mort, en particulier, pour celui qui avait « frappé son père ou sa mère » même si ses coups n’avaient pas entraîné la mort (Ex 21,15). La même sanction était prévue pour celui qui « insultait » son père ou sa mère (Ex 21,17). Rappelons-nous, il n’est pas si loin le temps où le Droit français prévoyait des sanctions particulièrement sévères pour les parricides.
Complément
La lecture liturgique ne nous propose que les versets 2 à 6 et 12 à 14 du chapitre 3 du livre de Ben Sira ; on peut se demander pourquoi elle supprime plusieurs versets au beau milieu du texte ? Les voici, ils ne font que donner plus de vigueur à l’ensemble : « (Celui qui obéit au Seigneur) sert ses parents comme des maîtres. En actes et en paroles, honore ton père, afin que sa bénédiction vienne sur toi ; car la bénédiction d’un père affermit la maison de ses enfants, mais la malédiction d’une mère en arrache les fondations*. Ne te glorifie pas du déshonneur de ton père ; ce n’est pas une gloire pour toi que le déshonneur de ton père ; car la gloire d’un homme vient de l’honneur de son père et c’est un opprobre pour ses enfants qu’une mère dans le déshonneur. »
N.B.* Je cite ici le verset 9 « la bénédiction d’un père affermit la maison de ses enfants, mais la malédiction d’une mère en arrache les fondations » d’après la version grecque en usage dans notre tradition chrétienne ; mais le texte primitif hébreu (de Ben Sira lui-même) disait : la bénédiction d’un père enracine, mais la malédiction d’une mère arrache la plantation. » Voici la note de la TOB (Traduction Œcuménique de la Bible) : « Le grec a transposé la métaphore agraire de l’hébreu, en une comparaison citadine, plus intelligible pour des lecteurs grecs. » Bel exemple d’adaptation à un auditoire.

 

PSAUME – 127 (128)

1 Heureux qui craint le SEIGNEUR
et marche selon ses voies !
2 Tu te nourriras du travail de tes mains :
Heureux es-tu ! A toi, le bonheur !

3 Ta femme sera dans ta maison
comme une vigne généreuse,
et tes fils, autour de la table,
comme des plants d’olivier.

4 Voilà comment sera béni
l’homme qui craint le SEIGNEUR.
5 De Sion, que le SEIGNEUR te bénisse !
Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie.

Si vous avez la curiosité d’aller lire ce psaume dans votre Bible, vous verrez qu’on l’appelle « Cantique des montées » : ce qui veut dire qu’il a été composé pour être chanté pendant le pèlerinage, dans la montée vers Jérusalem. Vu son contenu, on peut penser qu’il était chanté à la fin du pèlerinage, sur les dernières marches du Temple. Dans la première partie, les prêtres, à l’entrée du Temple, accueillent les pèlerins et leur font une dernière catéchèse : « Heureux l’homme qui craint le SEIGNEUR et marche selon ses voies ! Tu te nourriras du travail de tes mains : Heureux es-tu ! A toi le bonheur ! Ta femme sera dans ta maison comme une vigne généreuse, et tes fils autour de la table comme des plants d’olivier ». Une chorale ou bien l’ensemble des pélerins répond : « Oui, voilà comment sera béni l’homme qui craint le SEIGNEUR ».
Alors les prêtres prononcent la formule liturgique de bénédiction : « De Sion, que le SEIGNEUR te bénisse ! Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie, et tu verras les fils de tes fils » (versets 5 et 6 qui ne sont que partiellement retenus pour notre chant au cours de cette fête).
Au passage, nous lisons une formule qui pourrait en révolter plus d’un : « Tu te nourriras du travail de tes mains : Heureux es-tu ! A toi le bonheur ! » Il faut croire que les problèmes de chômage n’existaient pas ! L’objet de la bénédiction peut nous sembler bien terre à terre ; mais pourtant l’insistance de toute la Bible sur le bonheur et la réussite devraient nous rassurer. Notre soif de bonheur bien humain, notre souhait de réussite familiale rejoignent le projet de Dieu sur nous… sinon, l’Eglise n’aurait pas fait du mariage un sacrement !!! Dieu nous a créés pour le bonheur et pour rien d’autre. REJOUISSONS-NOUS !
Et le mot « HEUREUX » revient très souvent dans la Bible ; il revient si souvent, même, qu’on pourrait lui reprocher d’être bien loin de nos réalités concrètes ; ne risque-t-il pas de paraître ironique face à tant d’échecs humains et de malheurs dont nous voyons le spectacle tous les jours ? Vous avez remarqué sûrement combien ce psaume, lui aussi, multiplie les mots « heureux », « bonheur », bénédiction » : « Heureux qui craint le SEIGNEUR et marche selon ses voies !… Heureux es-tu ! A toi, le bonheur !… Voilà comment sera béni l’homme qui craint le SEIGNEUR. Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie. »
En réalité, le mot « heureux » ne prétend pas être un constat un peu facile, comme si, automatiquement, les hommes droits et justes étaient assurés d’être heureux… Il suffit d’ouvrir les yeux pour voir des hommes faire du bien et ne récolter que du malheur. Il s’agit en réalité du seul bonheur qui compte, c’est-à-dire la proximité de Dieu. En fait, le mot « Heureux » a deux facettes ; il est à la fois un compliment et un encouragement ; André CHOURAQUI, dont la traduction était toujours très proche du texte hébreu, traduisait le mot « Heureux » par « En marche ». Sous-entendu « vous êtes sur la bonne voie, bravo, et courage, continuez ! » La particularité du peuple d’Israël est d’avoir su très tôt que son Dieu l’accompagne dans son désir de bonheur et lui ouvre le chemin. Ecoutez le prophète Jérémie : « Moi, je sais les projets que j’ai formés à votre sujet, dit le SEIGNEUR, projets de prospérité et non de malheur : je vais vous donner un avenir et une espérance. » (Jr 29, 11).
Et toute la Bible en est tellement convaincue qu’elle affirme qu’il faut avoir une langue de vipère pour mettre en doute les intentions de Dieu envers l’homme et la femme qu’il a créés pour leur bonheur. (C’est le sens du récit du Paradis terrestre). Saint Paul, qui était un expert de l’Ancien Testament, a résumé en quelques mots les intentions de Dieu : il les appelle « le dessein bienveillant de Dieu ».
Il y a toujours donc deux aspects dans le mot biblique « Heureux » : c’est d’abord le projet, le dessein de Dieu, qui est le bonheur de l’homme, mais c’est aussi le choix de l’homme, en ce sens que le bonheur (le vrai bonheur qui est la proximité avec Dieu) est à construire : le chemin est tracé, il est tout droit : il suffit d’être fidèle à la loi qui se résume dans le commandement d’aimer Dieu et l’humanité ; Jésus a simplement suivi ce chemin-là. « Comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout » (Jn 13,1). Et il invite ses disciples à le suivre, pour leur bonheur : « Heureux serez-vous si vous mettez mes paroles en pratique ».
Mais là où notre texte se complique un peu, c’est avec la formule « Heureux l’homme qui craint le SEIGNEUR » ; elle peut même sembler paradoxale : peut-on en même temps craindre et être heureux ? André Chouraqui, encore, traduisait ce verset de la manière suivante : « En marche, toi qui es tout frémissant de Dieu ». C’est le frémissement de l’émotion et non pas de la peur. Nous connaissons cela déjà, parfois, lorsque devant un grand bonheur, nous nous sentons tout petits.
L’homme biblique a mis longtemps à découvrir que Dieu est amour ; mais dès lors qu’il a découvert un Dieu d’amour, il n’a plus peur. Le peuple d’Israël a eu ce privilège de découvrir à la fois la grandeur du Dieu qui nous dépasse infiniment ET la proximité, la tendresse de ce même Dieu. Du coup, la « crainte de Dieu », au sens biblique, n’est plus la peur de l’homme primitif (parce qu’on ne peut pas avoir peur de Celui qui est la Bonté en personne, si j’ose dire) ; la « crainte de Dieu » est alors l’attitude du petit enfant qui voit en son père à la fois la force et la tendresse. Le livre du Lévitique utilise d’ailleurs exactement le même mot hébreu pour dire « Chacun de vous doit craindre sa mère et son père » (Lv 19,3), ce qui veut bien dire qu’à la fin de l’histoire biblique la « crainte » de Dieu est synonyme d’attitude filiale.
La foi, c’est d’abord la certitude fondamentale que Dieu veut le bonheur de l’homme et qu’il nous suffit donc de l’écouter, de le suivre avec confiance et simplicité. Le suivre signifiant être fidèle à la loi, tout simplement. La phrase « Heureux qui craint le SEIGNEUR et marche selon ses voies ! » est en fait une répétition : pour l’homme biblique « craindre le SEIGNEUR » et « marcher selon ses voies » sont synonymes.
Quand tous les habitants de Jérusalem seront fidèles à ce programme, alors elle accomplira sa vocation d’être, comme son nom l’indique, la « ville de la paix ». C’est pourquoi notre psaume anticipe un peu et affirme : « Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie.

 

DEUXIEME LECTURE – lettre de Saint Paul apôtre aux Colossiens 3,12-21

12 Frères, puisque vous avez été choisis par Dieu,
que vous êtes sanctifiés, aimés par lui,
revêtez-vous de tendresse et de compassion,
de bonté, d’humilité, de douceur et de patience.
13 Supportez-vous les uns les autres,
et pardonnez-vous mutuellement
si vous avez des reproches à vous faire.
Le Seigneur vous a pardonné : faites de même.
14 Par-dessus tout cela, ayez l’amour :
qui est le lien lu plus parfait.
15 Et que, dans vos coeurs, règne la paix du Christ
à laquelle vous avez été appelés
vous qui formez un seul corps.
Vivez dans l’action de grâce.
16 Que la parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse ;
instruisez-vous et reprenez-vous les uns les autres
en toute sagesse ;
par des psaumes, des hymnes et des chants inspirés,
chantez à Dieu, dans vos coeurs, votre reconnaissance.
17 Et tout ce que vous dites, tout ce que vous faites,
que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus,
en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père.
18 Vous les femmes, soyez soumises à votre mari ;
dans le Seigneur, c’est ce qui convient.
19 Et vous les hommes, aimez votre femme,
ne soyez pas désagréables avec elle.
20 Vous les enfants, obéissez en toute chose à vos parents ;
cela est beau dans le Seigneur.
21 Et vous les parents, n’exaspérez pas vos enfants ;
vous risqueriez de les décourager.

La liturgie d’aujourd’hui nous invite à contempler la Sainte Famille. Au coeur de la fête, une famille toute simple : Joseph, Marie et Jésus. C’est la famille terrestre de Dieu : c’est pour cela, d’ailleurs, qu’on l’appelle la « sainte » famille, car le mot « saint » désigne précisément Dieu et lui seul.
Ceci dit, ne nous y trompons pas, cette famille « sainte » n’a pas vécu dans les nuages : tout ce que les évangélistes nous disent de l’enfance de Jésus n’a rien d’un conte de fées ! Joseph perturbé devant la grossesse miraculeuse de Marie, les misérables conditions de la naissance de l’enfant, l’exil forcé en Egypte, et, quelques années plus tard, le fameux pèlerinage à Jérusalem où l’enfant est perdu et retrouvé… et l’évangile nous dit clairement que ses parents n’y comprenaient rien. Tout cela pour dire que cette « sainte famille » a été une vraie famille, avec des problèmes comme tout le monde en connaît.
Voilà qui nous rassure ! Et si, dans sa lettre aux Chrétiens de Colosses, Saint Paul fait des recommandations de patience et de pardon… c’est bien qu’il en faut ! Nous en savons quelque chose…
La ville de Colosses est en Turquie, à 200 km à l’est d’Ephèse ; Paul n’y est jamais allé : c’est un de ses disciples, Epaphras, un Colossien, qui s’est lui-même, d’abord, converti au Christianisme, et qui, ensuite, a fondé une communauté chrétienne dans sa ville.
On ne sait pas très bien ce qui a décidé Paul à écrire à ces Chrétiens. D’après le contenu de la lettre, on sait seulement que Paul est en prison et qu’il a reçu des nouvelles un peu inquiétantes : la foi chrétienne est en danger. Le ton de sa lettre est mélangé : tantôt c’est l’éblouissement de Paul lui-même, devant le projet de Dieu : c’est le théologien émerveillé, le mystique, le converti du chemin de Damas qui parle ! Tantôt ce sont des mises en garde très fermes pour dire à ces Chrétiens : « N’écoutez pas n’importe qui, ne vous laissez pas détourner de la vraie foi » et il n’y va pas de main morte ! Par exemple, il leur dit : « Veillez à ce que personne ne vous prenne au piège de la Philosophie, cette creuse duperie… »
Donc le ton de la lettre, le style est changeant. Mais, dans le fond, son message est toujours le même : pour lui, le centre du monde et de l’histoire, c’est Jésus-Christ ; et quand il parle aux Chrétiens de leur vie concrète, il les invite d’abord à contempler Jésus-Christ. « Revêtez vos coeurs de tendresse et de bonté, agissez comme le Seigneur, que la paix soit dans vos coeurs, vivez dans l’action de grâce, faites tout au nom du Seigneur Jésus… » Voilà la clé du comportement nouveau des baptisés : tout faire au nom du Seigneur Jésus puisqu’ils sont le Corps du Christ.
On se souvient que, dans la lettre aux Corinthiens, Paul parlait déjà de la communauté chrétienne comme d’un corps composé de plusieurs membres. Dans cette lettre aux Colossiens (notre lecture d’aujourd’hui), il pousse plus loin la comparaison : le Christ est la tête et nous sommes son Corps qui se construit progressivement jusqu’à la fin des temps. C’est pour cela qu’il dit « Supportez-vous les uns les autres » dans le sens où les divers éléments d’une construction s’étaient mutuellement et soutiennent l’ensemble.1
Dernière remarque : il arrive que certaines femmes en entendant ce texte réagissent à la phrase « Vous les femmes, soyez soumises à votre mari ; dans le Seigneur, c’est ce qui convient. » Mais nous aurions tort de nous en agacer : et ceci pour deux raisons. Premièrement, c’était probablement une phrase habituelle à l’époque puisqu’on la trouve aussi dans la première lettre de saint Pierre (1 P 3,1), et lui, on ne l’a jamais accusé de misogynie !
Deuxièmement, la soumission au sens biblique n’a rien à voir avec de l’esclavage ! Dans une société fondée sur la responsabilité du père de famille, ce qui était le cas au temps de Paul, c’est lui (le père de famille) qui, de droit et de fait, a le dernier mot ; Paul commence donc par dire la phrase que tout le monde attend : « femmes soyez soumises à vos maris » mais il continue par une phrase extrêmement exigeante adressée aux maris, et celle-là, on ne l’attendait pas ! « Et vous les hommes, aimez votre femme, ne soyez pas désagréables avec elle. »
Pour lui, il va de soi que l’époux chrétien est, dans toutes ses paroles, inspiré uniquement par l’amour et le souci des siens ; dans un tel contexte, la femme n’a aucune raison de se rebiffer devant des paroles qui ne sont que tendresse et respect ; on retrouve là le thème biblique habituel de l’obéissance : le croyant n’a aucun mal à mettre son oreille sous la parole de Dieu (c’est le sens du verbe « obéir-obaudire ») parce qu’il sait que Dieu est Amour.
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Note
1 – Toutes les vies, toutes les destinées s’appuient les unes sur les autres. Saint Pierre et saint Paul comparent les communautés des hommes à des constructions de pierres vivantes qui doivent leur solidité à leur cohésion. Se « supporter » ne veut donc pas dire accepter en soupirant les inévitables défauts des uns et des autres, mais, plus positivement, s’étayer mutuellement, compter les uns sur les autres pour tenir debout dans la vie.

 

EVANGILE – selon Saint Matthieu 2,13-15.19-23

13 Après le départ des Mages,
l’Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph
et lui dit :
« Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère,
et fuis en Egypte :
Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse,
car Hérode va rechercher l’enfant,
pour le faire périr. »
14 Joseph se leva ;
dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère,
et se retira en Egypte,
15 où il resta jusqu’à la mort d’Hérode.
Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète :
« D’Egypte, j’ai appelé mon fils »…

19 Après la mort d’Hérode,
l’Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph en Egypte
20 et lui dit :
« Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère,
et reviens au pays d’Israël,
car ils sont morts,
ceux qui en voulaient à la vie de l’enfant. »
21 Joseph se leva,
prit l’enfant et sa mère,
et rentra au pays d’Israël.
22 Mais, apprenant qu’Archélaüs régnait sur la Judée
à la place de son père Hérode,
il eut peur de s’y rendre.
Averti en songe,
il se retira dans la région de Galilée
23 et vint habiter dans une ville appelée Nazareth.
Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par les prophètes :
il sera appelé Nazaréen.

L’aventure de la « Sainte Famille » en Egypte fait spontanément penser à une autre aventure d’une autre famille, douze siècles auparavant sur cette même terre d’Egypte. Le peuple d’Israël y était en esclavage. Le Pharaon avait ordonné de tuer tous les garçons à la naissance. Un seul avait échappé, celui que sa mère avait déposé sur le Nil dans une corbeille bien calfeutrée : Moïse. Cet enfant, sauvé de la cruauté du tyran allait devenir le libérateur de son peuple… Et voilà que l’histoire se renouvelle : Jésus a échappé au massacre… Il va devenir le sauveur de l’humanité. Matthieu nous invite certainement à faire le rapprochement : à nous de découvrir que Jésus est le nouveau Moïse ; ce qui veut dire que l’une des promesses de l’Ancien Testament est accomplie ; car Dieu avait dit à Moïse : « C’est un prophète comme toi que je leur susciterai du milieu de leurs frères ; je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui ordonnerai. » (Dt 18,18).
Deuxième signe de l’accomplissement des Ecritures d’après Matthieu : la phrase « D’Egypte, j’ai appelé mon fils ». C’est une citation du prophète Osée ; elle signifiait la très grande tendresse de Dieu qui agissait envers Israël comme un père : voici la phrase d’Osée : « Quand Israël était jeune, je l’ai aimé, et d’Egypte j’ai appelé mon fils ». (Os 11,1)1. Le prophète parlait bien du peuple d’Israël tout entier ; mais Saint Matthieu, lui, l’applique à Jésus seul… Comme si Jésus représentait en quelque sorte le peuple élu tout entier. C’est peut-être une manière de nous dire : « Jésus est le Nouvel Israël. C’est lui qui accomplit l’Alliance que Dieu avait proposée à son peuple ». Le titre de « fils de Dieu » était également appliqué à chaque roi le jour de son sacre et était devenu peu à peu un des titres du Messie ; en l’appliquant à Jésus, Matthieu nous signale certainement Jésus comme le Messie.
Enfin, les contemporains de Jésus ne pouvaient pas imaginer que le Dieu unique ait un fils, mais quand l’écrivain Matthieu rédige son évangile, longtemps après la Résurrection de Jésus et la venue de l’Esprit Saint sur les croyants, ceux-ci ont découvert que ce titre de Fils de Dieu appliqué à Jésus voulait dire encore beaucoup plus : il est vraiment Fils de Dieu, et Dieu lui-même, au sens de notre credo actuel : « il est Dieu, né de Dieu, engendré non pas créé, de même nature que le Père et par lui tout a été fait ».
Troisième signe de l’accomplissement des Ecritures d’après Matthieu : « Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par les prophètes : il sera appelé Nazaréen. » Le petit problème pour nous c’est que jamais dans les Ecritures il n’est dit que le Messie sortira de Nazareth ! Et d’ailleurs le nom même de Nazareth n’est jamais cité dans l’Ancien Testament, ce qui veut dire tout simplement qu’il ne s’était jamais passé quoi que ce soit d’important dans ce village avant le temps de Jésus. Est-cela justement qui intéresse Matthieu ? Une fois de plus Dieu a surpris les hommes, il a choisi ce qui apparaissait insignifiant. D’autre part, il ne faut pas l’oublier, l’oreille juive de Matthieu est très sensible aux assonances : or le mot « Nazareth » est très proche du mot hébreu « Netser » qui signifie « rejeton » et qu’on appliquait au Messie, rejeton attendu sur la souche de David. C’est très proche aussi du mot « nazir », ces juifs très pieux qui se consacraient à Dieu et prononçaient des voeux. L’homme de Nazareth méritait bien au moins ce titre-là. Enfin, le mot Nazareth peut être rapproché d’un verbe (natsar) qui signifie « garder » : Jésus comme Marie méritent bien le nom de « gardiens » (de l’Alliance). Quand Matthieu écrit la dernière rédaction de son évangile, les Chrétiens sont traités du terme de Nazaréens qui n’a rien de flatteur dans la bouche de leurs adversaires (on en a la preuve dans le livre des Actes des Apôtres) ; l’évangéliste trouve certainement bon de leur rappeler que leur maître portait le même titre qu’eux et que ce titre que l’on voulait péjoratif était en réalité magnifique. C’est donc peut-être un message d’encouragement et de réconfort que Matthieu leur adresse, du genre : « Jésus, lui aussi, était traité avec mépris, comme vous, et c’était pourtant bien lui le Fils de Dieu ».
Voici donc déjà dans notre texte d’aujourd’hui trois titres de Jésus : « Nazaréen », « nouvel Israël, « nouveau Moïse ». Maintenant, pour comprendre la portée du message de Matthieu, il faut regarder la composition de ce passage : vous l’avez remarqué, on pourrait dire qu’il y a deux actes dans ce récit. Premier acte : ce qu’on a appelé « la fuite en Egypte » ; deuxième acte : le retour d’Egypte. Et, curieusement, ces deux actes sont construits exactement de la même façon.
L’auteur rappelle d’abord le contexte historique. Dans un cas, c’est « Après le départ des Mages », dans l’autre « Après la mort d’Hérode » ; puis, chaque fois, une apparition : l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph la nuit, et lui donne un ordre : la fuite, puis le retour. Joseph se lève et obéit. Et, dans les deux cas, l’auteur conclut : « Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète » (ou « par les prophètes »). Cette construction en parallèle montre bien qu’il faut aussi mettre les deux citations en parallèle. « D’Egypte, j’ai appelé mon fils » … « Il sera appelé Nazaréen ».
Ce rapprochement entre le titre peu flatteur de « Nazaréen » et le titre de « Fils de Dieu » est donc certainement voulu par Matthieu. Manière de nous dire : « Préparez-vous, ce Messie ne se présente pas comme on l’attendait ».
Du coup nous comprenons mieux pourquoi nous lisons ce texte pour la fête de la Sainte Famille : Jésus est Fils de Dieu et pourtant il sort de ce pays perdu de Nazareth. On ne peut pas trouver de paradoxe plus étonnant… Mais c’est bien le nôtre : chacun d’entre nous, chacune de nos familles vit une histoire divine dans la réalité la plus banale de son histoire humaine.
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Note
1 – La citation de la phrase du prophète Osée n’est pas exactement la même dans le texte hébreu et dans sa traduction en grec ; mais cette différence est très instructive. En hébreu, on peut lire « Dès l’Egypte, je l’appelais mon fils » ; ce qui veut dire : « Dès ce temps-là, alors qu’il était esclave en Egypte, j’aimais ce peuple comme un père aime son fils ». En grec, la phrase est devenue : « D’Egypte j’ai appelé mon fils », c’est-à-dire « je l’ai libéré, je l’ai fait sortir d’Egypte ». Ces deux manières de comprendre la phrase du prophète Osée ne sont pas contradictoires, elles se complètent. Israël a fait l’expérience de l’amour paternel ET libérateur de Dieu.

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Premier dimanche de l’Avent : dimanche 1er décembre 2019 : lectures et commentaires

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Dimanche 1e décembre 2019

Commentaires du dimanche 1er décembre

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1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

 

PREMIERE LECTURE – Isaïe 2, 1 – 5

1 Parole d’Isaïe,
– ce qu’il a vu au sujet de Juda et de Jérusalem.
2 Il arrivera dans les derniers jours que la montagne de la maison du SEIGNEUR
se tiendra plus haut que les monts,
s’élèvera au-dessus des collines.
Vers elle afflueront toutes les nations
3 et viendront des peuples nombreux.
Ils diront : « Venez !
montons à la montagne du SEIGNEUR,
à la maison du Dieu de Jacob !
Qu’il nous enseigne ses chemins,
et nous irons par ses sentiers. »
Oui, la loi sortira de Sion,
et de Jérusalem, la parole du SEIGNEUR.
4 Il sera juge entre les nations
et l’arbitre de peuples nombreux.
De leurs épées, ils forgeront des socs,
et de leurs lances, des faucilles.
Jamais nation contre nation
ne lèvera l’épée ;
ils n’apprendront plus la guerre.
5 Venez, maison de Jacob !
Marchons à la lumière du SEIGNEUR.

On sait que les auteurs bibliques aiment les images ! En voici deux, superbes, dans cette prédication d’Isaïe : d’abord celle d’une foule immense en marche ; ensuite celle de toutes les armées du monde qui décident de transformer tous leurs engins de mort en outils agricoles. Je reprends ces deux images l’une après l’autre.
La foule en marche gravit une montagne : au bout du chemin, il y a Jérusalem et le Temple. Le prophète Isaïe, lui, est déjà dans Jérusalem et il voit cette foule, cette véritable marée humaine arriver. C’est une image, bien sûr, une anticipation. On peut penser qu’elle lui a été suggérée par l’affluence des grands jours de pèlerinage des Israélites à Jérusalem.
Car, chaque année, il était témoin de cette extraordinaire semaine d’automne, qu’on appelle la fête des Tentes. On vit sous des cabanes, même en ville, pendant huit jours, en souvenir des cabanes du séjour dans le désert du Sinaï pendant l’Exode ; à cette occasion, Jérusalem grouille de monde, on vient de partout, de toutes les communautés juives dispersées ; le livre du Deutéronome, parlant de cette fête, disait « Tu seras dans la joie de ta fête avec ton fils, ta fille, ton serviteur, ta servante, le lévite, l’émigré, l’orphelin et la veuve qui sont dans tes villes. Sept jours durant, tu feras un pèlerinage pour le SEIGNEUR ton Dieu… et tu ne seras que joie » (Dt 16,14-15).
Devant ce spectacle, Isaïe a eu l’intuition que ce grand rassemblement annuel, plein de joie et de ferveur, en préfigurait un autre : alors, inspiré par l’Esprit-Saint, il a pu annoncer avec certitude : oui, un jour viendra où ce pèlerinage, pratiqué jusqu’ici uniquement par le peuple d’Israël, rassemblera tous les peuples, toutes les nations. Le Temple ne sera plus uniquement le sanctuaire des tribus israélites : désormais, il sera le lieu de rassemblement de toutes les nations. Parce que toute l’humanité enfin aura entendu la bonne nouvelle de l’amour de Dieu.
Pour bien montrer à quel point le destin d’Israël et celui des nations sont mêlés, le texte est construit de manière à imbriquer les évocations ; il ne parle jamais d’Israël sans les nations et inversement. Il commence par Israël : « Il arrivera dans les derniers jours que la montagne de la maison du SEIGNEUR se tiendra plus haut que les monts, s’élèvera au-dessus des collines. »
Je vous signale au passage que cette manière de parler est déjà symbolique : la colline du temple n’est pas la plus élevée de Jérusalem et cela reste de toute façon bien modeste par rapport aux grandes montagnes de la planète ! Mais c’est d’une autre élévation qu’il s’agit, on l’a bien compris.
Ensuite le texte évoque ceux qu’il appelle « les nations », c’est-à-dire tous les autres peuples : « Vers elle afflueront toutes les nations et viendront des peuples nombreux. Ils diront : « Venez ! montons à la montagne du SEIGNEUR, à la maison du Dieu de Jacob ! Qu’il nous enseigne ses chemins, et nous irons par ses sentiers. »
Cette dernière phrase est une formule typique de l’Alliance : c’est donc l’annonce de l’entrée des autres peuples dans l’Alliance jusqu’ici réservée à Israël. Le texte continue : « Oui, la loi sortira de Sion, et de Jérusalem, la parole du SEIGNEUR. »
Cela veut dire l’élection (le choix que Dieu a fait) d’Israël, mais cela dit tout autant la responsabilité du peuple élu ; son élection fait de lui le collaborateur de Dieu pour intégrer les nations dans l’Alliance.
Dans ces quelques lignes on a très nettement cette double dimension de l’Alliance de Dieu avec l’humanité : d’une part, Dieu a choisi librement ce peuple précis pour faire Alliance avec lui (c’est ce qu’on appelle l’élection d’Israël) et en même temps ce projet de Dieu concerne l’humanité tout entière, il est universel. Pour l’instant, dit Isaïe, seul le peuple élu reconnaît le vrai Dieu, mais viendra le jour où ce sera l’humanité tout entière.
Je note, au passage, que cette entrée dans le Temple de Jérusalem n’évoque pas la célébration d’un sacrifice, comme il en est question si souvent à propos du Temple ; les nations se réunissent pour écouter la Parole de Dieu et apprendre à vivre selon sa Loi. Nous savons bien que notre fidélité au Seigneur se vérifie dans notre vie quotidienne, mais il me semble que le prophète Isaïe le dit déjà ici très fortement : « Des peuples nombreux se mettront en marche, et ils diront : Venez, montons à la montagne du SEIGNEUR, à la maison du Dieu de Jacob. Qu’il nous enseigne ses chemins, et nous irons par ses sentiers. »
La deuxième image découle de la première : si les nations toutes ensemble écoutent la parole de Dieu au beau sens du mot « écouter » dans la Bible, c’est-à-dire décident d’y conformer leur vie, alors elles entreront dans le projet de Dieu qui est un projet de paix. Elles le choisiront comme juge, comme arbitre, dit Isaïe : « Dieu sera juge entre les nations et l’arbitre de peuples nombreux. »
Dans un conflit, l’arbitre est celui qui arrive à mettre les deux parties d’accord, pour enfin faire taire les armes… au moins pour un temps, jusqu’au prochain conflit. On sait bien que certaines paix ne sont pas durables, parce que l’accord conclu n’était pas juste ; dans ce cas, le conflit n’est pas vraiment résolu, il est seulement masqué ; et alors, un jour ou l’autre, le conflit renaît. Mais si l’arbitre des peuples est Dieu lui-même, c’est une paix durable qui s’établira. On n’aura plus jamais besoin de préparer la guerre. Tout le matériel de guerre pourra être reconverti…
Et cela nous vaut cette expression superbe de la paix future : « De leurs épées, ils forgeront des socs de charrue, et de leurs lances des faucilles. On ne lèvera plus l’épée nation contre nation, on ne s’entraînera plus pour la guerre ».
La dernière phrase conclut le texte par une invitation concrète : « Venez, maison de Jacob, marchons à la lumière du SEIGNEUR. » Sous-entendu « pour l’instant, toi, peuple d’Israël, remplis ta vocation propre » ; et elle est double : « monter au Temple du SEIGNEUR », d’une part, c’est-à-dire célébrer l’Alliance, et d’autre part « marcher à la lumière du SEIGNEUR », c’est-à-dire se conformer à la Loi de l’Alliance.
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Compléments
1 – Chose curieuse, ces quelques versets que nous venons d’entendre se retrouvent presque dans les mêmes termes chez un autre prophète… Aujourd’hui nous les avons lus sous la plume d’Isaïe qui est un prophète du huitième siècle avant J.C. à Jérusalem ; mais nous aurions tout aussi bien pu les lire dans le livre de Michée qui est son contemporain dans la même région (Mi 4,1-3). Lequel des deux a copié sur l’autre ? Ou bien se sont-ils tous les deux inspirés à la même source ? Personne n’en sait rien ; en tout cas, il faut croire que Jérusalem avait bien besoin d’entendre ces paroles pour se rappeler le projet de Dieu !
2 – Isaïe nous projette dans l’avenir… et il faudrait écrire avenir en deux mots : « A-Venir ». Entre parenthèses, pendant tout le temps de l’Avent, nous entendrons des lectures qui nous projettent dans l’avenir : l’Avent tout entier est une mise en perspective de ce qui nous attend. Le texte d’aujourd’hui, d’ailleurs, commence par « Il arrivera dans l’avenir » : et cette phrase-là n’est pas une prédiction, c’est une promesse de Dieu. Les prophètes ne sont pas des voyants, des devins, pour la simple bonne raison que la divination est strictement interdite en Israël ! Par conséquent leur mission n’est pas de prédire l’avenir ; leurs prises de parole ne sont pas des « prédictions » mais des « prédications » : ils sont, comme on dit, la « bouche de Dieu », ils parlent de la part de Dieu. Et donc, finalement, ils ne peuvent pas dire autre chose que le projet de Dieu. C’est très exactement ce que fait Isaïe ici.

 

PSAUME – 121 (122), 1-9

1 Quelle joie quand on m’a dit : « Nous irons à la maison du SEIGNEUR ! »
2 Maintenant notre marche prend fin devant tes portes, Jérusalem !
3 Jérusalem, te voici dans tes murs : ville où tout ensemble ne fait qu’un.
4 C’est là que montent les tribus, les tribus du SEIGNEUR. C’est là qu’Israël doit rendre grâce au nom du SEIGNEUR.
5 C’est là le siège du droit, le siège de la maison de David.
6 Appelez le bonheur sur Jérusalem : « Paix à ceux qui t’aiment !
7 Que la paix règne dans tes murs, le bonheur dans tes palais ! »
8 A cause de mes frères et de mes proches, je dirai : « Paix sur toi ! »
9 A cause de la maison du SEIGNEUR notre Dieu, je désire ton bien.

Nous avons là la meilleure traduction possible du mot « Shalom » : « Paix à ceux qui t’aiment ! Que la paix règne dans tes murs, le bonheur dans tes palais… » Quand on salue quelqu’un par ce mot « Shalom », on lui souhaite tout cela !
Ici, ce souhait est adressé à la ville de Jérusalem : « Appelez le bonheur sur Jérusalem… A cause de mes frères et de mes proches, je dirai : Paix sur toi ! A cause de la maison du SEIGNEUR notre Dieu, je désire ton bien ». Dans le nom même de « Jérusalem » il y a le mot « shalom » ; elle est, elle devrait être, elle sera la ville de la paix.
Ce souhait de paix, de bonheur adressé à Jérusalem est encore bien loin d’être réalisé ! L’a-t-il jamais été ? Vous connaissez l’histoire plutôt mouvementée de cette ville : vers l’an 1000 av.J.C. c’était une bourgade sans importance, qui s’appelait Jébus et ses habitants les Jébusites ; c’est elle que David a choisie pour y installer la capitale de son royaume ; dimanche dernier (pour la fête du Christ-Roi), nous avions vu que la première capitale de David a été Hébron tant qu’il n’était roi que de la seule tribu de Juda ; mais un beau jour, et c’était notre lecture de dimanche dernier, les onze autres tribus se sont ralliées ; alors, très sagement, il a choisi une nouvelle capitale dont aucune tribu ne pouvait se réclamer. C’est donc Jébus devenue Jérusalem ; désormais on l’appellera la « ville de David » (2 S 6, 12) ; il y transporte l’Arche d’Alliance, puis, sur l’ordre de Dieu, il achète un champ à Arauna le Jébusite avec l’intention d’y installer l’Arche d’Alliance ; ce champ, c’est Dieu lui-même qui en a choisi l’emplacement : Jérusalem est donc aux yeux de tous la Ville Sainte, le lieu que Dieu a choisi pour y « planter sa tente ».
« Ville sainte », comme « terre sainte » ne veut pas dire « ville magique » ou « terre magique » ; elle est sainte parce qu’elle appartient à Dieu. Elle est, ou elle devrait être, elle sera la ville où l’on vit à la manière de Dieu, comme la « terre sainte » est la terre qui appartient à Dieu et où l’on doit vivre à la manière de Dieu.
Avec David, puis avec Salomon, Jérusalem connaît ses plus belles heures, mais elle est encore d’étendue modeste ; aujourd’hui elle couvre toutes les collines, mais au début elle n’occupait qu’un tout petit éperon rocheux. David y a construit son palais, puis tout naturellement il a voulu construire un Temple pour que Dieu ait lui aussi son palais.
Mais Dieu avait d’autres projets : le prophète Natan a été chargé de calmer les élans de David et de lui annoncer que Dieu s’intéressait à son peuple beaucoup plus qu’à un Temple, si beau soit-il. Vous connaissez le fameux jeu de mots de Natan : « tu veux construire une maison (traduisez un temple) à Dieu, mais c’est Dieu qui te construira une maison (au sens de descendance) ». On retrouve ce jeu de mots dans notre psaume : « C’est là le siège du droit, le siège de la maison de David » (au sens de descendance, c’est-à-dire la dynastie royale)… (et un peu plus loin) « A cause de la maison du Seigneur notre Dieu (le Temple), je désire ton bien. » Et le prophète Natan annonçait encore autre chose : Dieu a promis de prolonger pour toujours la dynastie de David, c’est pourquoi, de siècle en siècle, on attend un descendant de David qui instaurera le royaume de Dieu sur la terre et son trône sera à Jérusalem.
Vous vous rappelez que ce n’est pas David qui a construit le Temple finalement ; c’est Salomon et désormais Jérusalem est devenue le centre de la vie cultuelle : trois fois par an les Juifs pieux montaient en pèlerinage à Jérusalem et, en particulier, pour la fête des Tentes à l’automne.
Vous connaissez la suite : les horreurs commises par les troupes de Nabuchodonosor, en 587 av. J. C., la destruction du Temple, et de la ville… l’Exil à Babylone, puis le retour autorisé en 538 par le nouveau maître du Moyen-Orient, Cyrus. Jérusalem a été reconstruite et c’est pour cela que notre pèlerin du psaume 121 s’écrie « Jérusalem, te voici dans tes murs, ville où tout ensemble ne fait qu’un ! »
Mais surtout, le Temple de Salomon a été reconstruit, et Jérusalem a retrouvé son rôle de centre religieux : sa grandeur, sa sainteté lui viennent de ce qu’elle est comme un écrin pour la chose la plus précieuse du monde pour un croyant : le Temple qui est le signe visible de la Présence du Dieu invisible.
Vous avez remarqué la construction de ce psaume : comme bien souvent il y a une inclusion : le premier et le dernier versets se répondent et cette insistance est volontaire. Je vous les redis : premier verset « Nous irons à la maison du SEIGNEUR » ; dernier verset « A cause de la maison du SEIGNEUR notre Dieu, je désire ton bien ».
Cette « Maison du SEIGNEUR », ce Temple, a connu bien d’autres malheurs : la fameuse persécution d’Antiochus Epiphane l’avait transformé en temple païen (en 167 av.J.C.) et il avait fallu se battre les armes à la main pour le récupérer et y restaurer le culte ; puis il a été détruit une deuxième fois en 70 ap. J.C., date à laquelle les Romains l’ont incendié ; jusqu’à présent le Temple n’a jamais été reconstruit, mais Jérusalem reste la Ville Sainte, et l’on attend sa restauration en même temps que la venue du Messie.
Le plus étonnant est la force de cette espérance qui s’est maintenue malgré toutes les vicissitudes de l’histoire ! Aujourd’hui encore, il est demandé à chaque Juif, où qu’il soit dans le monde, de laisser près de l’entrée de sa maison, une pièce non aménagée, ou au moins un pan de mur non peint, en souvenir de Jérusalem non encore reconstruite. Ou bien encore, où qu’ils soient, les Juifs se tournent vers Jérusalem pour la prière, et tous les jours, dans la prière, on dit « Si je t’oublie, Jérusalem, que ma main droite dépérisse ».
On ne peut pas oublier Jérusalem, parce qu’on sait que Dieu lui-même ne peut pas oublier la promesse faite à David : les prophètes, en particulier Isaïe et Michée, nous l’avons lu dans la première lecture, ont annoncé que Jérusalem serait le lieu du rassemblement de toute l’humanité ; puisque c’est la Parole de Dieu, cette révélation est toujours valable ! Aujourd’hui encore, le peuple élu reste le peuple élu. Dieu ne peut être infidèle à ses promesses ; comme dit Saint Paul, « Dieu ne peut pas se renier lui-même ».
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Note
1 – La numérotation des Psaumes : le texte hébreu du psautier et sa traduction grecque ont tous les deux cent cinquante psaumes, mais une légère différence de numérotation (chiffre généralement plus fort d’une unité dans le texte hébreu) ; la numérotation hébraïque est en vigueur dans nos Bibles et dans la liturgie protestante, la numérotation grecque est en usage dans tous les ouvrages liturgiques catholiques.
Complément
Ce psaume 121/122 fait partie des « cantiques des montées », ces psaumes composés tout spécialement pour les pèlerinages. Il était vraisemblablement chanté à l’arrivée aux portes de la Ville Sainte. Voir le commentaire pour la Fête du Christ-Roi de l’année C.

 

DEUXIEME LECTURE – lettre de Saint Paul aux Romains 13, 11 – 14

Frères,
11 vous le savez : c’est le moment,
l’heure est déjà venue de sortir de votre sommeil.
Car le salut est plus près de nous maintenant
qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants.
12 La nuit est bientôt finie,
le jour est tout proche.
Rejetons les œuvres des ténèbres,
revêtons-nous des armes de la lumière.
13 Conduisons-nous honnêtement,
comme on le fait en plein jour,
sans orgies ni beuveries,
sans luxure ni débauches,
sans rivalité ni jalousie,
14 mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ.

« Le salut est plus près de nous maintenant qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants » … Cette phrase de Saint Paul est toujours vraie ! L’un des articles de notre foi, c’est que l’histoire n’est pas un perpétuel recommencement, mais au contraire que le projet de Dieu avance irrésistiblement. Chaque jour, nous pouvons dire que le dessein bienveillant de Dieu est plus avancé qu’hier : il est en train de s’accomplir, il progresse… lentement mais sûrement. Oublier d’annoncer cela, c’est oublier un article essentiel de la foi chrétienne. Les Chrétiens n’ont pas le droit d’être moroses, parce que chaque jour, « le salut est plus près de nous », comme dit Paul.
Or ce dessein bienveillant a besoin de nous : ce n’est donc pas le moment de dormir : nous qui avons la chance de connaître le projet de Dieu, nous ne pouvons pas courir le risque de le retarder ; je pense ici à la deuxième lettre de Pierre : « Non, le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, (alors que certains prétendent qu’il a du retard), mais il fait preuve de patience envers vous, ne voulant pas que quelques-uns périssent, mais que tous parviennent à la conversion ». (2 Pi 3,9). Ce qui veut dire que notre inaction, notre « sommeil » comme dit Saint Paul a des conséquences sur l’avancement du projet de Dieu : laisser nos capacités, nos possibilités en sommeil, c’est compromettre ou au moins retarder le projet de Dieu.
C’est ce qui fait la gravité de ce que nous appelons les péchés par omission : le dessein bienveillant de Dieu n’attend pas. Comme dit Saint Paul, la nuit est bientôt finie, le jour est tout proche ; ailleurs, dans la première lettre aux Corinthiens, Paul dit « Le temps est écourté » et il emploie un terme technique de la navigation « le temps a cargué ses voiles » comme fait le bateau quand il approche du port. (1 Co 7,26. 29).
Vous allez me dire que c’est un peu prétentieux de nous donner tant d’importance : comme si notre conduite influait sur le projet de Dieu… et pourtant, je n’invente rien : c’est ce qui fait la grandeur, j’aurais envie de dire la gravité de nos vies : si j’en crois Saint Paul, notre conduite quotidienne est de la plus haute importance ; je reprends le texte : « Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour, sans ripailles ni beuveries, ni orgies ni débauches, sans dispute ni jalousie… ». Ces choses-là, ce sont des « activités de ténèbres », comme il dit.
Il y a des manières chrétiennes de se comporter et des manières qui ne méritent pas le nom de chrétiennes. Il y a des activités de ténèbres et des activités de lumière ; ce qui ne veut pas dire que nous chrétiens avons toujours des comportements dignes de notre baptême et que les non-chrétiens n’auraient pas des comportements dignes de l’évangile… on peut fort bien être chrétien, c’est-à-dire baptisé, et se comporter de manière non-conforme à l’évangile… comme on peut fort bien ne pas être baptisé et se comporter de manière évangélique.
Mais en fait, et c’est certainement important, Paul ne dit pas « Rejetons les activités des ténèbres et choisissons les activités de lumière » comme s’il suffisait à chaque instant d’exercer notre liberté de choix ; il dit « Rejetons les activités des ténèbres, revêtons-nous pour le combat de la lumière ». Il me semble que cela veut dire deux choses :
Première chose, bien sûr, c’est ce choix que nous devons refaire chaque jour, un choix qui peut parfois prendre l’allure d’un vrai combat ; actuellement, nous ne manquons pas d’exemples : devant les questions de société, entre autres, le choix d’un comportement évangélique peut nous placer complètement à contre-courant de notre entourage, parfois très proche. Le choix du pardon, aussi, nous le savons bien, peut être dans certains cas un véritable combat intérieur… Le refus des compromissions, des privilèges, des commissions, du « piston » comme on dit, autant de combats contre nous-mêmes et contre les habitudes faciles de notre société … : « enfants de Dieu sans tache, au milieu d’une génération dévoyée (c’est-à-dire qui a perdu son chemin) et pervertie, vous apparaissez comme des sources de lumière dans le monde, vous qui portez la parole de vie »… (Phi 2,12).
Deuxième chose : dans cette phrase « revêtons-nous pour le combat de la lumière », il y a aussi l’image du vêtement de combat, et ce n’est pas la première fois que Paul l’emploie : aux Corinthiens, par exemple, il a parlé des « armes de la justice » (2 Co 6,7) et aux Thessaloniciens, il écrivait « nous qui sommes du jour, soyons sobres, revêtus de la cuirasse de la foi et de l’amour, avec le casque de l’espérance du salut ». (1 Thess 5,8). C’est donc tout un équipement militaire qu’il nous propose… (c’est une image évidemment).
Ici, il parle d’un vêtement de lumière et ce vêtement de lumière n’est autre que Jésus-Christ lui-même dont la lumière nous enveloppe comme un manteau ; puisque, après avoir dit « revêtons-nous pour le combat de la lumière », il ajoute « revêtez le Seigneur Jésus-Christ ».
Au fond, cette phrase « Rejetons les activités des ténèbres, revêtons-nous pour le combat de la lumière » est certainement une allusion à la célébration du Baptême : vous savez que le Baptême était donné par immersion ; pour être plongé dans le baptistère, le baptisé rejetait d’abord ses vêtements pour être revêtu ensuite de l’aube blanche, signe que le baptisé était désormais un être nouveau en Jésus-Christ. Vous connaissez la phrase de la lettre aux Galates « Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ » (Ga 3,27).
Ce qui veut dire que ce combat du comportement chrétien, qui dépasse nos forces, il faut bien le reconnaître, ce combat n’est pas notre combat, mais celui du Christ en nous. Alors nous nous souvenons de cette phrase de Jésus lui-même : « Quand on vous persécutera, mettez-vous dans la tête que vous n’avez pas à préparer votre défense. Car moi, je vous donnerai un langage et une sagesse que ne pourront contrarier, ni contredire aucun de ceux qui seront contre vous ».
Dans le langage courant, il nous arrive bien de parler d’un « habit de lumière », mais c’est à propos du toréador ; Saint Paul nous dit que nous pourrions tout aussi bien l’employer pour les baptisés.

 

EVANGILE – selon Saint Matthieu 24, 37 – 44

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
37 « Comme il en fut aux jours de Noé,
ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l’homme.
38 En ces jours-là, avant le déluge,
on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari,
jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ;
39 les gens ne se sont doutés de rien,
jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis :
telle sera aussi la venue du Fils de l’homme.
40 Alors deux hommes seront aux champs :
l’un sera pris, l’autre laissé.
41 Deux femmes seront au moulin en train de moudre :
l’une sera prise, l’autre laissée.
42 Veillez donc,
car vous ne savez pas quel jour
votre Seigneur vient.
43 Comprenez-le bien :
si le maître de maison
avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait,
il aurait veillé
et n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison.
44 Tenez-vous donc prêts, vous aussi :
c’est à l’heure où vous n’y penserez pas
que le Fils de l’homme viendra. »

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Une chose est sûre, ce texte n’a pas été écrit pour nous faire peur, mais pour nous éclairer : on dit de ce genre d’écrits qu’ils sont « apocalyptiques » : ce qui veut dire littéralement qu’ils « lèvent un coin du voile », ils dévoilent la réalité. Et la réalité, la seule qui compte, c’est la venue du Christ : vous avez certainement remarqué le vocabulaire : venir, venue, avènement, toujours à propos de Jésus ; « Jésus parlait à ses disciples de sa venue… L’avènement du Fils de l’Homme ressemblera à ce qui s’est passé à l’époque de Noé… Tel sera l’avènement du Fils de l’Homme… Vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra… C’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’Homme viendra ». Ce qui veut bien dire que le centre de ce passage, c’est l’annonce que Jésus-Christ « viendra ».
Chose curieuse, c’est au futur que Jésus parle de sa venue… « Le Fils de l’Homme viendra » … on comprendrait mieux qu’il parle au passé ! S’il parle, c’est qu’il est déjà là, il est déjà venu… A moins que le mot « venue », ici, ne soit pas synonyme de naissance ; la suite du texte nous en dira plus.
Pour l’instant, je voudrais m’arrêter sur ce qui, d’habitude, nous dérange dans cet évangile ; c’est la comparaison avec le déluge, au temps de Noé et la mise en garde qui va avec : « Deux hommes seront aux champs, l’un est pris, l’autre laissé. Deux femmes seront au moulin : l’une est prise, l’autre laissée ». Comment faire pour entendre là un évangile, au vrai sens du terme, c’est-à-dire une Bonne Nouvelle ?
Comme toujours, il faut faire un acte de foi préalable : ou bien nous lisons ces lignes à la manière du serpent de la Genèse, c’est-à-dire avec soupçon et nous pensons que les choix de Dieu son arbitraires… ou bien nous choisissons la confiance : quand Jésus nous dit quelque chose, c’est toujours pour nous révéler le dessein bienveillant de Dieu, ce ne peut pas être pour nous effrayer.
En fait, c’est un conseil que Jésus nous donne ; il prend l’exemple de Noé : à l’époque de Noé, personne ne s’est douté de rien ; et ce qu’il faut retenir, c’est que Noé qui a été trouvé juste a été sauvé ; tout ce qui sera trouvé juste sera sauvé.
Et là, on retrouve un thème habituel, celui du jugement (du tri si vous préférez), entre les bons et les mauvais, entre le bon grain et l’ivraie : « Deux hommes seront aux champs, l’un est pris, l’autre laissé. Deux femmes seront au moulin : l’une est prise, l’autre laissée »… Cela revient à dire que l’un était bon et l’autre mauvais. Evidemment, parler des bons et des mauvais comme de deux catégories distinctes de l’humanité, c’est une manière de parler : du bon et du mauvais, du bon grain et de l’ivraie, il y en a en chacun de nous : c’est donc au coeur de chacun de nous que le bon sera préservé et le mal extirpé.
Je remarque autre chose, c’est que Jésus s’attribue le titre de Fils de l’Homme : trois fois dans ces quelques lignes. C’est une expression que ses interlocuteurs connaissaient bien, mais Jésus est le seul à l’employer, et il le fait souvent : trente fois dans l’évangile de Matthieu. Si vous vous souvenez, c’est le prophète Daniel, au deuxième siècle avant Jésus-Christ, qui disait : « Je regardais dans les visions de la nuit, et voici qu’avec les nuées du ciel, venait comme un fils d’homme ; il arriva jusqu’au Vieillard, et on le fit approcher en sa présence. Et il lui fut donné souveraineté, gloire et royauté : les gens de tous peuples, nations et langues le servaient ; sa souveraineté est une souveraineté éternelle qui ne passera pas, et sa royauté une royauté qui ne sera pas détruite. » (Daniel 7,13-14). En hébreu, l’expression « fils d’homme » veut dire tout simplement « homme » : cet être dont le prophète Daniel parle est donc bien un homme, et en même temps il vient sur les nuées du ciel, ce qui en langage biblique, signifie qu’il appartient au monde de Dieu, et enfin il est consacré roi de l’univers et pour toujours.
Mais ce qui est le plus curieux dans le récit de Daniel, c’est que l’expression « Fils d’homme » a un sens collectif, elle représente ce que Daniel appelle « le peuple des Saints du Très-Haut » c’est-à-dire que le fils de l’homme est un être collectif ; il dit par exemple, « La royauté, la souveraineté et la grandeur de tous les royaumes qu’il y a sous tous les cieux ont été données au peuple des Saints du Très-Haut : sa royauté est une royauté éternelle … » (Dn 7,27) ou encore : « Les Saints du Très-Haut recevront la royauté et ils possèderont la royauté pour toujours et à jamais » (7,18).
Quand Jésus parle de lui en disant « le Fils de l’Homme », il ne parle donc pas de lui tout seul. il annonce son rôle de Sauveur, de porteur du destin de toute l’humanité. Saint Paul exprime autrement ce même mystère quand il dit que le Christ est la tête d’un Corps dont nous sommes les membres. Saint Augustin, lui, parle du Christ total, Tête et Corps, et il dit « notre Tête est déjà dans les cieux, les membres sont encore sur la terre ».
Si bien que, en fait, quand nous disons « Nous attendons le bonheur que tu promets qui est l’avènement de Jésus-Christ notre Seigneur »… c’est du Christ total que nous parlons. Et alors nous comprenons que Jésus puisse parler de sa venue au futur : l’homme Jésus est déjà venu mais le Christ total (au sens de Saint Augustin) est en train de naître. Et là, je relis encore Saint Paul :
« La création tout entière gémit dans les douleurs d’un enfantement qui dure encore » ou bien le Père Teilhard de Chardin : « Dès l’origine des Choses un Avent de recueillement et de labeur a commencé… Et depuis que Jésus est né, qu’Il a fini de grandir, qu’Il est mort, tout a continué de se mouvoir, parce que le Christ n’a pas achevé de se former. Il n’a pas ramené à Lui les derniers plis de la Robe de chair et d’amour que lui forment ses fidèles … »
Quand Jésus nous invite à veiller, il me semble que nous pouvons l’entendre dans le sens de « veiller sur » ce grand projet de Dieu et donc de consacrer nos vies à le faire avancer.
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Complément
Ce texte fait partie de tout un très long discours de Jésus très peu de temps avant sa Passion et sa mort. Il sait ce qui va se passer et ce dernier message ressemble à un testament. Cet entretien avec ses disciples a commencé (au début de ce chapitre 24) par l’annonce de la destruction prochaine du Temple de Jérusalem ; or ce Temple était en cours de restauration, il allait être bientôt totalement achevé, magnifique, superbe ! Et Jésus annonce qu’il n’en restera rien. Le Temple, ne l’oublions pas, était le signe de la Présence de Dieu au milieu de son peuple, le garant de la pérennité de l’Alliance. Evidemment, cette prédiction fait sensation et les disciples en déduisent que la fin du monde est pour bientôt. Et ils sont à la fois curieux et inquiets de ce qui va se passer : « Dis-nous quand cela arrivera, dis-nous quel sera le signe de ta venue et de la fin du monde. » (Mt 24,3).
Jésus ne répond pas précisément à ces questions, mais il fait preuve d’une sollicitude extraordinaire : il ne nie pas que les hommes traverseront des périodes de détresse terrible pour certains, des tempêtes déchaînées (quand Matthieu écrit son évangile, on connaît les persécutions), au contraire, il les avertit et les invite à la vigilance. « Rassure-nous devant les épreuves » dit le prêtre (pendant la Messe dans la prière qui suit le Notre Père), c’est ce que Jésus a fait ce jour-là pour ses disciples.

ADORATION DES MAGES, EPIPHANIE, EVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, JESUS-CHRIST, NOEL, ROIS MAGES

Histoire de l’Adoration des Mages

Histoire de l’Adoration des Rois Mages

 Ces mosaïques sont situées dans l’église Santa Maria in Trastevere à Rome. Pour en savoir plus sur Rome et l’église Sainte Marie du Trastevere.

La basilique Santa Maria in Trastevere fut reconstruite et agrandie (entre 1140 et 1143) sous le pontificat d’Innocent III sur les fondations de la première église érigée par le pape Calixte Ier(217 – 222). Le chœur de la basilique est décoré de mosaïques commencées au XIIème siècle. Sous le couronnement de la Vierge les mosaïques de la vie de Marie sont de Pietro Cavallini.

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Adoration des Mages :

L’adoration des Mages ne se trouve que dans l’Evangile de Saint Matthieu traitant de l’enfance de Jésus. Des Mages, venus d’Orient, prévenus par l’apparition d’une étoile de la naissance du Roi des Juifs, se rendirent à Jérusalem pour interroger Hérode le Grand, Roi de Judée, sur le lieu de naissance du Messie. Ce dernier ayant consulté les prêtres et les scribes les envoya à Béthléem, ville indiquée par le prophète Michée comme lieu de naissance du Messie. Hérode leur demanda de se renseigner sur l’Enfant puis de revenir à Jérusalem pour que lui-même puisse aller lui rendre hommage.

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Arrivés à Béthléem, guidés par l’Etoile qui était réapparue, les Mages entrèrent dans la maison et se prosternèrent devant le Messie, lui offrant l’or, l’encens et la myrrhe, tous trois présents royaux. Avertis par un Ange de ne pas retourner à Jérusalem, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin. Ils causèrent ainsi, malgré eux, le massacre de tous les enfants de Béthléem de 2 ans et moins (voir le Massacre des Saints Innocents).

Le texte de Saint Matthieu ne parle que de Mages, c’est-à-dire de Sages, et non de Rois. Cette assimilation apparaît au IIIème siècle avec Tertullien, Père de l’Eglise, et Origène au VIème siècle, autre Père de l’Eglise en fixera le nombre à 3. Au Xème siècle chaque Roi Mage fut identifié : Melchior, roi de Perse qui offrit l’or de la royauté, Gaspard venant d’Asie, l’encens pour la divinité de Jésus, et Balthasard, l’Africain, apporte la myrrhe qui sert à l’embaumement, allusion à la mort du Christ, mais aussi à sa résurrection. La tradition symbolise ainsi les trois continents connus de l’époque.

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L’Epiphanie célèbre la visite des Rois Mages le 6 janvier. Chez les Orthodoxes, la Théophanie fêtée elle aussi le 6 janvier, commémore le Baptême du Christ.

Dans les pays hispanophones les cadeaux aux enfants sont offerts à l’Epiphanie et non à Noël.

Les Rois Mages sont enterrés dans la cathédrale de Cologne dont ils sont les Saints Protecteurs.

L’oeuvre

La scène représente la Vierge vêtue d’un vêtement d’un bleu éblouissant, assise sur un trône dans une demeure suggérée par deux colonnes. L’Enfant Dieu, sur les genoux de sa Mère, se penche sur les présents, comme s’il voulait les saisir. Saint Joseph, à la barbe et aux cheveux blancs – montrant ainsi l’homme déjà âgé qu’il était en épousant Marie – se tient modestement à l’arrière.

Les Rois Mages, en habits persans, avec de riches manteaux et des couronnes royales, ploient le genou. A l’arrière-plan, une ville fortifiée représente Jérusalem. L’Etoile qui les a guidés ici se trouve au-dessus de la maison de la Sainte Famille. La mosaïque suit bien le texte de Saint Matthieu car les Rois Mages se présentent devant une maison et non une étable.
La beauté du style de Pietro Cavallini éclate ici. Il s’éloigne de la rigidité des mosaïques byzantines. Le mouvement des personnages est très fluide et la richesse des couleurs n’est pas dominée par le fond d’or.   

 En savoir plus sur l’artiste :

Pietro Cavallini (1250 – 1330) qui signait ses œuvres « Le Romain » est un peintre et mosaïste du Trecento. Il travailla à la décoration des plus importantes églises de Rome et de Naples. Il est enterré à Saint Paul Hors les Murs dont il avait réalisé les fresques de la nef et les mosaïques de la façade, les deux malheureusement disparues dans l’incendie de 1823.

 

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Source : Père Claude Gilliot – Chapelle des Pénitents Gris d’Aix-en-Provence

BIBLE, EPIPHANIE, EVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, JESUS CHRIST, NATIVITE DE JESUS, NOEL, ROIS MAGES

La fête de l’Epiphanie dans la Légende dorée de Jacques de Vorogine

L’ÉPIPHANIE DU SEIGNEUR : DANS LA LEGENDE DOREE DE JACQUES DE VOROGINE

 

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L’Epiphanie du Seigneur est célèbre par quatre miracles, ce qui lui a fait donner quatre noms différents. En effet, aujourd’hui, les Mages adorent J.-C., Jean-Baptiste le Sauveur, J.-C. change l’eau en vin et il nourrit cinq mille hommes avec cinq pains. Jésus avait treize jours, lorsque, conduits par l’étoile, les Mages vinrent le trouver, d’où vient le nom de Epiphanie, epi, au-dessus, phanos, apparition, ou bien parce que l’étoile apparut d’en haut, ou bien parce que J.-C. lui-même a été montré aux Mages, comme le vrai Dieu, par une étoile vue dans les airs. Le même jour, après vingt-neuf ans révolus, alors qu’il atteignait trente ans, parce qu’il avait vingt-neuf ans et treize jours ; Jésus, dit saint Luc, avait alors environ trente ans commencés, ou bien, d’après Bède, il avait trente ans accomplis, ce qui est aussi la croyance de l’Eglise romaine; alors, dis-je, il fut baptisé dans le Jourdain, et de là vient le nom de Théophanie, de Theos, Dieu et phanos apparition, parce que en ce moment la Trinité se manifesta : le Père dans la voix qui se fit entendre, le (148) Fils dans la chair et le Saint-Esprit sous l’apparence d’une colombe. Le même jour, un an après, alors qu’il avait trente ou trente et un ans, il changea l’eau en vin : d’où vient le nom de Bethanie, de beth, maison, parce que, par un miracle opéré dans une maison, il apparut vrai Dieu. En ce même jour encore, un an après, comme il avait trente et un ou trente-deux ans et treize jours, il rassasia cinq mille hommes avec cinq pains, d’après Bède, et cette hymne qu’on chante en beaucoup, d’églises et qui commence par ces mots : Illuminans altissimum *. De là vient le nom de Phagiphanie de phagé manger, bouchée. Il y a doute si ce quatrième miracle a été opéré en ce jour, tant parce qu’on ne le trouve pas ainsi en l’original de Bède, tant parce qu’en saint Jean (VI) au lieu où il parle de ce prodige, il dit : « Or, le jour de Pâques était proche. » Cette quadruple apparition eut donc lieu aujourd’hui. La première par l’étoile sur la crèche ; la seconde par la voix du Père sur le fleuve du Jourdain ; la troisième par le changement de l’eau en vin au repas et la quatrième par la multiplication des pains dans le désert. Mais c’est principalement la première apparition que l’on célèbre aujourd’hui, ainsi nous allons en exposer l’histoire.

 

Lors de la naissance du Seigneur, trois mages vinrent à Jérusalem. Leur nom latin c’est Appellius, Amérius, Damascus ; en hébreu on les nomme Galgalat, Malgalat et Sarathin ; en grec, Caspar, Balthasar, Melchior.

* Bréviaire mozarabe.

Mais qu’étaient ces mages ? Il y a là-dessus trois sentiments, selon les trois significations du mot mage. En effet, mage veut dire trompeur, magicien et sage. Quelques-uns prétendent que, en effet, ces rois ont été appelés mages, c’est-à-dire trompeurs, de ce qu’ils trompèrent Hérode en ne revenant point chez lui. Il est dit dans l’Evangile, au sujet d’Hérode « Voyant qu’il avait été trompé par les mages. » Mage veut encore dire magicien. Les magiciens de Pharaon sont appelés mages, et saint Chrysostome dit qu’ils tirent leur nom de là. D’après lui, ils seraient des magiciens qui se seraient convertis et auxquels le Seigneur a voulu révéler sa naissance, les attirer à lui, et par là donner aux pécheurs l’espoir du pardon. Mage est encore la même chose que sage. Car mage en hébreu signifie scribe, en grec philosophe, en latin sage. Ils sont donc nommés mages, c’est-à-dire savants, comme si on disait merveilleusement sages. Or, ces trois sages et rois vinrent à Jérusalem avec une grande suite. Mais on demande pourquoi les mages vinrent à Jérusalem, puisque le Seigneur n’y était point né. Remigius * en donne quatre raisons: La première, c’est que les mages ont bien su le temps de la naissance de J.-C., mais ils n’en ont pas connu le lieu or, Jérusalem étant une cité royale et possédant un souverain sacerdoce, ils soupçonnèrent qu’un enfant si distingué ne devait naître nulle part ailleurs si ce n’est dans une cité royale. La deuxième, c’était pour connaître plus tôt le lieu de la naissance, puisqu’il y avait là des docteurs dans la loi et des scribes.

* Moine d’Auxerre en 890, Bibliothèque des Pères, Homé1. VII.

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La troisième pour que les Juifs restassent inexcusables ; ils auraient pu dire en effet : « Nous avons bien connu le lieu de la naissance, mais nous en avons ignoré le temps et c’est le motif pour lequel nous ne croyons point. » Or, les Mages désignèrent aux Juifs le temps et les Juifs indiquèrent le lieu aux Mages. La quatrième, afin que l’empressement des Mages devînt la condamnation de l’indolence des Juifs : car les Mages crurent à un seul prophète et les Juifs refusèrent de croire au plus grand nombre. Les Mages cherchent un roi étranger, les Juifs ne cherchent pas celui qui est le leur propre : les uns vinrent de loin, les autres restèrent dans le voisinage. Ils ont été rois et les successeurs de Balaam ils sont venus eu voyant l’étoile, d’après la prophétie de leur père : « Une étoile se lèvera sur Jacob et un homme sortira d’Israël. » Un autre motif de leur venue est donné par saint Chrysostome dans son original sur saint Mathieu. Des auteurs s’accordent à dire que, certains investigateurs de secrets choisirent douze d’entre eux, et si l’un venait à mourir, son fils ou l’un de ses proches le remplaçait. Or, ceux-ci, tous les ans, après un mois écoulé, montaient sur la montagne de la Victoire, y restaient trois jours, se lavaient et priaient Dieu de leur montrer l’étoile prédite par Balaam. Une fois, c’était le jour de la naissance du Seigneur, pendant qu’ils étaient là, vint vers eux sur la montagne une étoile singulière : elle avait la forme d’un magnifique enfant, sur la tête duquel brillait une croix, et elle adressa ces paroles aux Mages : « Hâtez-vous d’aller dans la terre de Juda, vous chercherez un roi nouveau-né, et vous l’y trouverez. » Ils se mirent (151) aussitôt en chemin. Mais comment, en si peu de temps, comment, en treize jours, avoir pu parcourir un si long chemin, c’est-à-dire de l’Orient à Jérusalem, qui est censée occuper le centre du monde? On peut dire, avec Remigius, que cet enfant vers lequel ils allaient,, a bien pu les conduire si vite, ou bien l’on peut croire, avec saint Jérôme, qu’ils vinrent sur des dromadaires, espèce d’animaux très alertes, qui font en une journée le chemin qu’un cheval met trois jours à parcourir. Voilà pourquoi on l’appelle dromadaire, dromos course, arès courage. Arrivés à Jérusalem, ils demandèrent : « Où est celui qui est né roi des Juifs ? » Ils ne demandent pas s’il est né, ils le croyaient, mais ils demandent où il est né. Et comme si quelqu’un leur avait dit : « D’où savez-vous que ce roi est né? » Ils répondent : « Nous avons vu son étoile dans l’Orient et nous sommes venus l’adorer; » ce qui veut dire : « Nous qui restons en Orient, nous avons vu une étoile indiquant sa naissance; nous l’avons vue, dis-je, posée sur la Judée. Ou bien : nous qui demeurons dans notre pays, nous avons vu son étoile dans l’Orient, c’est-à-dire dans la partie orientale. » Par ces paroles, comme le dit Remigius, dans son original, ils confessèrent un vrai homme, un vrai roi et un vrai Dieu. Un vrai homme, quand ils dirent : « Où est celui qui est né ? » Un vrai roi en disant : « Roi des Juifs; » un vrai Dieu en ajoutant: « Vous sommes venus l’adorer. » Il a été en effet ordonné de n’adorer aucun autre que Dieu seul. Mais Hérode qui entendit cela fut troublé et Jérusalem tout entière avec lui. Le roi est troublé pour trois motifs: 1° dans la crainte que (152) les Juifs ne reçussent comme leur roi ce nouveau-né, et ne le chassassent lui-même comme étranger. Ce qui fait dire à saint Chrysostome : « De même qu’un rameau placé en haut d’un arbre est agité par un léger souffle, de même les hommes élevés au faîte des dignités sont tourmentés même par un léger bruit. » 2° Dans la crainte qu’il ne soit inculpé par, les Romains, si quelqu’un était appelé roi sans avoir été institué par Auguste. Les Romains avaient en effet ordonné que ni dieu ni roi ne fût reconnu que par leur ordre et avec leur permission. 3° Parce que, dit saint Grégoire, le roi du ciel étant né, le roi de la terre a été troublé. En effet, la grandeur terrestre est abaissée, quand la grandeur céleste est dévoilée. — Tout Jérusalem fut troublée avec lui pour trois raisons : 1° parce que les impies ne sauraient se réjouir de la venue du Juste ; 2° pour flatter Je roi troublé, en se montrant troublés eux-mêmes; 3° parce que comme le choc des vents agite l’eau, ainsi les rois se battant l’un contre l’autre, le peuple est troublé, et c’est pour cela qu’ils craignirent être enveloppés dans la lutte entre le roi de fait et le prétendant. » C’est la raison que donne saint Chrysostome.

Alors Hérode convoqua tous les prêtres et les scribes pour leur demander où naîtrait le Christ. Quand il en eut appris que c’était à Bethléem de Juda, il appela les mages en secret et s’informa auprès d’eux de l’instant auquel l’étoile leur était apparue, pour savoir ce qu’il avait à faire, si les mages ne revenaient pas ; et il leur recommanda qu’après avoir trouvé l’enfant, ils revinssent le lui dire, en simulant vouloir adorer celui (153) qu’il voulait tuer. Or, remarquez qu’aussitôt les mages entrés à Jérusalem, l’étoile cesse de les conduire, et cela pour trois raisons. La 1re pour qu’ils soient forcés de s’enquérir du lieu de la naissance de J.-C. ; afin par là d’être assurés de cette naissance, tant à cause de l’apparition de l’étoile qu’à cause de l’assertion de la prophétie : ce qui eut lieu. La 2e parce que en cherchant un secours des hommes, ils méritèrent justement de perdre celui de Dieu. La 3e  parce que les signes ont été, d’après l’apôtre, donnés aux infidèles, et la prophétie aux fidèles : c’est pour cela qu’un signe fut donné aux Mages, alors qu’ils étaient infidèles ; mais ce signe ne devait plus paraître dès lors qu’ils se trouvaient chez les juifs qui étaient fidèles. La glose entrevoit ces trois raisons. Mais lorsqu’ils furent sortis de Jérusalem, l’étoile les précédait, jusqu’à ce qu’arrivée au-dessus du lieu où était l’enfant, elle s’arrêta. De quelle nature était cette étoile ? il y a trois opinions, rapportées par Remi ; lus en son original. Quelques-uns avancent que c’était le saint Esprit, afin que, devant descendre plus tard surale Seigneur après son baptême, sous la forme d’une colombe, il apparût aussi aux Mages sous la forme d’une étoile. D’autres disent, avec saint Chrysostome, que ce fut l’ange qui apparut aux bergers, et ensuite aux Mages aux bergers eu leur qualité de juifs et raisonnables, elle apparut sous une forme raisonnable, mais aux gentils qui étaient, pour ainsi dire, irraisonnables, elle prit une forme matérielle. Les autres, et c’est le sentiment le plus vrai, assurent que ce fut une étoile nouvellement créée, et qu’après avoir accompli son (154) ministère, elle revint à son état primitif. Or, cette étoile, selon Fulgence, différait des autres en trois manières, 1° en situation, parce qu’elle n’était pas située positivement dans le firmament, mais elle se trouvait suspendue dans un milieu d’air voisin de la terre ; 2° en éclat, parce qu’elle était plus brillante que les autres; cela est évident, puisque le soleil ne pouvait pas en diminuer l’éclat ; loin de là, elle paraissait en plein midi ; 3° en mouvement, parce qu’elle allait en avant des Mages, comme ferait un voyageur ; elle n’avait donc point un mouvement circulaire, mais une espèce de mouvement animale( progressif. La glose en touche trois autres raisons à ces mots sur le 2e chapitre de saint Mathieu: « Cette étoile de la naissance du Seigneur, etc. » La 1re elle différait dans son origine, puisque les autres avaient été créées au commencement du monde, et que celle-ci venait de l’être. La 2edans sa destination, les autres avaient été faites pour indiquer des temps et des saisons, comme il est dit dans la Genèse (I, 14) et celle-ci pour montrer le chemin aux Mages ; la 3e dans sa durée, les autres sont perpétuelles, celle-ci, après avoir accompli son ministère, revint à son état primitif.

Or, lorsqu’ils virent l’étoile, ils ressentirent une très grande joie. Observez que cette étoile aperçue par les Mages est quintuple ; c’est une étoile matérielle, une étoile spirituelle, une étoile intellectuelle, une étoile raisonnable, et une étoile supersubstantielle. La première, la matérielle, ils la- virent en Orient; la seconde, la spirituelle qui est la foi, ils la virent dans leur cœur, car si cette étoile, c’est-à-dire, la foi, n’avait (155) pas projeté ses rayons dans leur cœur , jamais ils ne fussent parvenus à voir la première. Or, ils eurent la foi en l’humanité du Sauveur, puisqu’ils dirent : « Où est celui qui est né? » Ils eurent la foi en sa dignité royale, quand ils dirent: « Roi des juifs. » Ils eurent la foi en sa divinité puisqu’ils ajoutèrent : « Nous sommes venus l’adorer. » La troisième, l’étoile intellectuelle, qui est l’ange, ils la virent dans le sommeil, quand ils furent avertis par l’ange de ne pas revenir vers Hérode. Mais d’après une glose particulière, ce ne fut pas un ange, mais le Seigneur lui-même qui leur apparut. La quatrième, la raisonnable, ce fut la Sainte Vierge, ils la virent dans l’hôtellerie. La cinquième, la supersubstantielle, ce fut J.-C., qu’ils virent dans la crèche ; c’est de ces deux dernières qu’il est dit : « En entrant dans la maison, ils trouvèrent l’enfant avec Marie, sa mère… » etc. Et chacune d’elles est appelée étoile : la 1re par le Psaume : « La lune et les étoiles que vous avez créées. » La 2e dans l’Ecclésiastique (XLIII, 10) : « La beauté du ciel, c’est-à-dire de l’homme céleste, c’est l’éclat des étoiles, c’est-à-dire des vertus. » La 3e dans Baruch (III, 31) : « Les étoiles ont répandu leur lumière chacune en sa place, et elles ont été dans la joie. » La joie par la Liturgie : « Salut, étoile de la mer. » La 5e dans l’Apocalypse (XXII, 16) : « Je suis le rejeton et le fils de David, l’étoile brillante, et l’étoile du matin. » En voyant la première et la seconde, les Mages se sont réjouis ; en voyant la troisième, ils se sont réjouis de joie ; en voyant la quatrième ils se sont réjouis d’une joie grande ; en voyant la cinquième, ils se sont réjouis d’une très grande joie. Ou (156) bien ainsi que dit la glose: « Celui-là se réjouit de joie qui se réjouit de Dieu, qui est la véritable joie, et il ajoute « grande », car rien n’est plus grand que Dieu ; et il met « très » grande, parce qu’on peut se réjouir plus ou moins de grande joie. Ou bien par l’exagération de ces expressions, l’évangéliste a voulu montrer que les hommes se réjouissent plus des choses perdues qu’ils ont retrouvées que de celles qu’ils ont toujours possédées.

Après être entrés dans la chaumière, et avoir trouvé l’enfant avec sa mère, ils fléchirent les genoux et chacun offrit ces présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Ici saint Augustin s’écrie : « O enfance extraordinaire, à laquelle les astres sont soumis. Quelle grandeur ! quelle gloire immense dans celui devant les langes duquel les anges se prosternent, les astres assistent, les rois tremblent, et les partisans de la sagesse se mettent à genoux ! O bienheureuse chaumière ! ô trône de Dieu, le second après le ciel, où ce n’est pas une lumière qui éclaire, mais une étoile! ô céleste palais dans lequel habite non pas un roi couvert de pierreries, mais un Dieu qui a pris un corps, qui a pour couche délicate une dure crèche, pour plafond doré, un toit de chaume tout noir, mais décoré par l’obéissance d’unie étoile! Je suis saisi quand je vois les lampes et que je regarde les cieux; je suis enflammé, quand je vois dans une crèche un mendiant plus éclatant encore que les astres.» Et saint Bernard : « Que faites-vous ? vous adorez un enfant à la mamelle dans une vile étable? Est-ce que c’est un Dieu? Que faites-vous? Vous lui offrez de l’or? Est-ce donc un Roi ? Où (157) donc est sa cour, où est son trône, où sont les courtisans de ce roi? Est-ce que la cour, c’est l’étable? Le trône la crèche, les courtisans de ce roi, Joseph et Marie Ils sont devenus insensés, pour devenir sensés. » Voici ce que dit encore à ce sujet saint Hilaire dans le second livre de la Trinité : « Une vierge enfante, mais celui qui est enfanté vient de Dieu. L’enfant vagit, on entend des anges le louer, les langes sont sales, Dieu est adoré. C’est pourquoi la dignité de la puissance n’est pas perdue, puisque l’humilité de la chair est adoptée. Et voici comment dans Jésus enfant on rencontre des humiliations, des infirmités, mais aussi des sublimités, et l’excellence de la divinité. » A ce propos encore saint Jérôme dit, sur l’épître aux Hébreux : « Regardez le berceau de J.-C., voyez en même temps le ciel ; vous apercevez un enfant pleurant dans une crèche, mais en même temps faites attention aux cantiques des anges. Hérode persécute, mais les Mages adorent; les Pharisiens ne le connaissent point, mais l’étoile le proclame ; il est baptisé par un serviteur, mais on entend la voix de Dieu qui tonne d’en haut: il est plongé dans l’eau, mais la colombe descend ; il y a plus encore, c’est le Saint-Esprit dans la colombe. »

Pourquoi maintenant les Mages offrent-ils des présents de cette nature! On en peut signaler une foule de raisons. 1° C’était une tradition ancienne, dit Remigius, que personne ne s’approcherait d’un dieu ou d’un roi, les mains vides. Les Perses et les Chaldéens avaient coutume d’offrir de pareils présents. Or, les Mages, ainsi qu’il est dit en (158) l’Histoire scholastique, vinrent des confins de la Perse et de la Chaldée, où coule le fleuve de Saba, d’où vient le nom de Sabée que porte leur pays. 2° La seconde est de saint Bernard: « Ils offrirent de l’or à la sainte Vierge pour soulager sa détresse, de l’encens, pour chasser la puanteur de l’étable, de la myrrhe pour fortifier les membres de l’enfant et pour expulser de hideux insectes. 3° Parce que avec l’or se paie le tribut, l’encens sert au sacrifice et la myrrhe à ensevelir les morts. Par ces trois présents, on reconnaît, dans le Christ la puissance royale, la majesté divine, et la mortalité humaine. 4° Parce que l’or signifie l’amour, l’encens la prière, la myrrhe, la mortification de la chair: Et nous devons les offrir tous trois à J.-C. 5° Parce que par ces trois présents sont signifiées trois qualités de J.-C. : une divinité très précieuse, une âme toute dévouée, et une chair intègre et incorruptible. Les offrandes étaient encore prédites par ce qui se trouvait dans l’arche d’alliance. Dans la verge qui fleurit, nous trouvons la chair de J.-C. qui est ressuscitée; au Psaume: « Ma chair a refleuri »; dans les tables où étaient gravés les commandements, l’âme dans laquelle sont cachés tous les trésors de la science et de la sagesse de Dieu; dans la manne, la divinité qui a toute saveur et toute suavité. Par l’or, donc, qui est le plus précieux des métaux, on entend la divinité très précieuse; par l’encens, l’âme très dévouée, parce que l’encens signifie dévotion et prière (Ps.) : « Que ma prière monte comme l’encens.» Par la myrrhe qui est un préservatif de corruption, la chair qui ne fut pas corrompue.

Les Mages, avertis en songe de ne pas revenir chez Hérode, retournèrent (159) par un autre chemin en leur pays. Voici comment partirent les Mages : Ils vinrent sous la direction de l’étoile; ils furent instruits par des hommes, mieux encore par dés prophètes; ils retournèrent sous la conduite de l’ange, et moururent dans le Seigneur. Leurs corps reposaient à Milan dans une église de notre ordre, c’est-à-dire des frères prêcheurs, mais ils reposent maintenant à Cologne. Car ces corps, d’abord enlevés par Hélène, mère de Constantin, puis transportés à Constantinople, furent transférés ensuite par saint Eustorge, évêque de Milan ; mais l’empereur Henri les transporta de Milan à Cologne sur le Rhin, où ils sont l’objet de la dévotion et des hommages du peuple.

 

 

La Légende dorée de Jacques de Vorogine, nouvelle traduction en français, avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l’abbé J.-B.-M. Roze, chanoine honoraire de la cathédrale d’Amiens. Tome I, II, III. – Paris, Edouard Rouveyre Editeur, 1942.   

 

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Massacre des Saints Innocents

Le massacre des Saints Innocents

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Les Mages étaient venus de loin étaient venus de fort loin jusqu’à Jérusalem et avaient demandé à Hérode où devaient naître le « roi des Juifs » qui venait de naître. Alors bouleversé à cette nouvelle inattendue ils avaient convoqués les Grands Prêtres et les scribes ; ceux-ci lui répondirent que suivant la prophétie c’était en Judée, à Bethléem, la ville de David. Alors cyniquement il leur enjoignit d’y aller et se renseigner et lui aussi irait se prosterner aux pieds de ce roi annoncé par les prophètes. Mais cela n’était pas dans ses intention : n’était-ce pas lui le roi des Juifs ? N’était-ce pas lui que les Romains avaient investi comme roi ? Hérode ne supportait pas cette idée que quelqu’un d’autre puisse régner à sa place et d’ailleurs pour cela il avait fait exécuter tous ceux qui pourraient prétendre au trône : il avait fait périr une bonne partie de sa famille ainsi que tous ceux qui s’opposaient à lui. Alors ce ne serait pas un enfant, fut-ce-t-il de la race de David et annoncé par les prophètes qui allait lui disputer le pouvoir !

Alors germa dans la tête d’Hérode le projet de le tuer ! Il devait attendre le retour des mages qui devaient le renseigner. Mais les mages ne revinrent pas : avertis en songe ils ne retournèrent pas à Jérusalem, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin. En réalisant que les mages l’avaient joué Hérode devint fou de rage ! Ne pouvant pas le reconnaître il ordonna que tous les enfants de moins de deux ans seraient tués : au moins il serait sûr que l’enfant ne pourrait plus le gêner puisqu’il serait éliminer !

Alors il convoqua tous les soldats dont il disposait et leur donna cet : « Allez à Bethléem ! Tuez tous les enfants qui ont moins de deux ans ! »Les soldats partirent donc et une fois arrivés à Bethléem commencèrent leur sinistre besogne ! Ils parcoururent toute la région de Bethléem, tous ses alentours ; ils entrèrent dans chaque maison et à chaque fois qu’ils trouvaient un nourrisson  ils le tuaient Chaque mère, chaque mère essayaient vainement de protéger les nouveau-nés. Alors Bethléem ne fut plus qu’un cri, un immense et terrible cri ! Bethléem ne fut plus qu’un immense charnier où reposèrent les cadavres sanglants d’innocents.

Et aujourd’hui encore le monde se souvient ! Le monde n’a pas oublier ni la folie meurtrière d’Hérode, ni le sang versé par ses martyrs parce qu’un homme avide de pouvoir n’avait pu reconnaître dans le nouveau-né de Bethléem le Roi dont le « royaume n’est pas de ce monde ». Satan était tout entier dans ce cœur de pierre et lui avait fermé l’esprit qui lui aurait fait comprendre le sens des Ecritures !

Hérode mourra sans savoir que Jésus avait échappé à son pouvoir. Dieu avait envoyé prévenir Joseph et il était déjà parti se réfugier vers l’Egypte. Jésus avait une mission à accomplir et Dieu était bien décidé à ce que cela s’acccomplisse !

©Claude-Marie T.

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 EVANGILE DE JÉSUS-CHRIST SELON SAINT MATTHIEU (2, 1-18)

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »

En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ.

 Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël. »

Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »

Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.

Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

 Après leur départ, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. »

Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte, où il resta jusqu’à la mort d’Hérode, pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : D’Égypte, j’ai appelé mon fils.

Alors Hérode, voyant que les mages s’étaient moqués de lui, entra dans une violente fureur. Il envoya tuer tous les enfants jusqu’à l’âge de deux ans à Bethléem et dans toute la région, d’après la date qu’il s’était fait préciser par les mages.

Alors fut accomplie la parole prononcée par le prophète Jérémie :

Un cri s’élève dans Rama, pleurs et longue plainte : c’est Rachel qui pleure ses enfants et ne veut pas être consolée, car ils ne sont plus.

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Massacre des Innocents

Le massacre des Innocents est un épisode relaté dans l’Evangile selon Matthieu en même temps que la fuite en Egypte : le meurtre de tous les enfants de moins de deux ans dans la région de Bethléem ordonné par Hérode, craignant la concurrence d’un roi des Juifs dont la venue lui aurait été annoncée par les Mages, peu après la naissance de Jésus. Les Églises les honorent comme martyrs.

Fête : le 28 décembre en Occident et le 29 décembre en Orient.

L’historicité de cet épisode est mise en question par les chercheurs. Toutefois, plusieurs historiens s’appuient sur Macrobe pour estimer que ce passage contient des traces historiques, mais qui ne se rapportent pas obligatoirement à la naissance de Jésus. Le prêtre jésuite Daniel J. Harrington déclare que l’historicité de l’événement est « une question ouverte qui probablement ne peut jamais être définitivement close » Paul Maier souligne que la plupart des biographes récents d’Hérode rejettent la réalité de ce massacre.

Le texte de l’Évangile

L’Evangile selon Matthieu, chap. 2, versets 16-18 : « Alors Hérode, voyant qu’il avait été joué par les mages, se mit dans une grande colère, et il envoya tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous qui étaient à Bethléem et dans tout son territoire, selon la date dont il s’était soigneusement enquis auprès des mages. Alors s’accomplit ce qui avait été annoncé par le prophète Jérémie : ‘Ainsi parle l’Éternel : On entend des cris à Rama, des lamentations, des larmes amères ; Rachel pleure ses enfants ; elle refuse d’être consolée sur ses enfants, car ils ne sont plus. »

Autres sources

Cet épisode fait partie du Sondergut de Matthieu. Il est absent des autres Evangiles canoniques et des premiers apocryphes. Il n’est pas non plus mentionné chez l’historien juif Flavius Josèphe. Cette tradition chrétienne est reprise dans le Protévangile de Jacques.

Dans la version slavonne de la Guerre des Juifs de Flavius Josèphe, figure, sans allusion à Jésus, le récit de la visite de mages à Hérode suivie d’un massacre d’enfants. Toutefois, ce texte médiéval comporte huit passages qui, par rapport à la version classique, sont des ajouts ayant pour thèmes Jésus ou Jean le Baptiste, il est donc probable que ce passage relève de la même démarche littéraire.

L’historien païen Macrobe (c. 395-436) parle d’un massacre d’enfants par Hérode en Syrie, du nom de la province de Syrie-Palestine qui est donné à partir de 135 à la région où le roi Hérode avait son royaume: « Quand l’empereur Auguste apprit que parmi les enfants de Syrie de moins de deux ans qu’Hérode Roi des Juifs avait fait tuer, se trouvait son propre fils, il dit qu’il valait mieux être le cochon d’Hérode que son fils ».

Historicité

Bien que cohérent avec les autres actions documentées du roi Hérode, le massacre n’a pu être vérifié historiquement. Si l’on attribuait une valeur historique au passage biblique, comme Bethléem était peu peuplée, l’estimation du nombre de garçons en bas âge tués à Bethléem et ses environs serait entre six et vingt selon les chiffres rapportés par la Catholic Encyclopedia et les théologiens modernes. Il est difficile de savoir si un véritable événement historique est à la base de cette histoire. Les opinions sur cette question dépendent de la valeur historique que l’on accorde au Nouveau Testament.

Parmi les historiens qui contestent l’historicité de ce massacre, Géza Vermes et E.-P. Sanders y voient une création à visée hagiographique. D’autres arguments contre l’historicité sont le silence de Josèphe (qui laisse la trace d’exemples de la cruauté d’Hérode) et l’idée que cet épisode a une visée apologétique ou tend à démontrer l’accomplissement de la prophétie biblique (prophétie post eventum)

David Hill estime que l’épisode « ne contient rien qui est historiquement impossible. », mais il ajoute que la véritable préoccupation de Matthieu est « … le thème de l’accomplissement de l’Ancien Testament avec la réflexion théologique ». Stephen-L. Harris et Raymond-Edward Brown soulignent également que l’objectif de Matthieu est de présenter Jésus comme le Messie, et le Massacre des Innocents comme l’accomplissement de passages dans Osée (en référence à l’Exode) et dans Jérémie (en référence à l’exil à Babylone).

Pour le pasteur André Gounelle, le récit de Matthieu de l’enfance de Jésus est parallèle à celui de la naissance de Moïse dans l’Ancien Testament (parmi ces parallèles, le massacre des Innocents rappelle la noyade des enfants hébreux mâles, au début de l’Exode) dans un effort allégorique de montrer que Jésus est le nouveau Moïse : « Le parallélisme est trop massif pour n’avoir pas été forgé sinon de toutes pièces, du moins dans une large mesure » Cependant, il considère qu’il ne faut pas « […] accuser les évangélistes de fraude ou de malhonnêteté. Ils utilisent des procédés d’écriture et de composition d’ouvrages courants à leur époque et largement admis. ». Pour Michel Remaud, il s’inscrit dans la logique des massacres attribués à Hérode de Grand, assimilé à Pharaon, dans le monde juif du Second Temple. Dans le même sens, Mireille Hadas-Lebel écrit : « Vers la fin de l’an -29, Hérode (… fit) exécuter la femme qu’il chérissait, son épouse hasmonéenne Mariamne. Dès lors, il ne fut plus le même homme. (…) Les exécutions se multiplièrent dans le peuple comme à la cour et jusque dans la famille royale. Ainsi se constitua pour la postérité l’image d’un Hérode massacreur d’innocents ».

Pour Gilbert Picard on retrouve le même poncif chez l’historien romain Suétone à propos de la naissance d’Octave/Auguste.

Mais pour Paul Veyne, le témoignage du païen Macrobe (Saturnales, II, 11) atteste l’historicité d’un massacre d’enfants même si « son souvenir a servi à motiver la naissance légendaire, à Bethléem, de Jésus de Nazareth. ».

Parmi les chercheurs disposés à accorder l’historicité de ce massacre, R.-T. France soutient la plausibilité sur les motifs, entre autres, que « l’assassinat de quelques enfants dans un petit village [ne] fut pas le pire des assassinats les plus spectaculaires enregistrés par Josèphe ». Rudolf Schnackenburg suit cette ligne de pensée aussi et Gordon Franz souligne que Josèphe a omis de mentionner d’autres événements clés dans le premier siècle de notre ère, comme « l’épisode des boucliers romains dorés à Jérusalem qui était la cause de l’animosité entre Hérode Antiopas et Ponce Pilate ». Dans la même veine, Barclay suit Carr pour trouver le silence de Josèphe comme non pertinent, en faisant un parallèle avec le chroniqueur John Evelyn et son échec à mentionner le massacre de Glencoe. Maier soutient que les sceptiques ont tendu largement à éviter une recherche historique approfondie du problème .Après avoir analysé les arguments contre l’historicité du massacre des nourrissons Maier conclut que tous « ont des défauts très graves ». Maier suit Jerry Knoblet en plaidant pour l’historicité sur la base des « profils identiques de la personnalité d’Hérode » tels qu’ils apparaissent dans Matthieu et dans Josèphe.

La tradition chrétienne

Innocents

Pour le christianisme, les Saints Innocents sont les enfants de moins de deux ans massacrés par Hérode à Bethléem : chez les catholiques, avant le concile Vatican II, la théologie pouvait admettre que Dieu aurait permis le massacre des Saints Innocents pour faire d’eux les prémices de la rédemption de Jésus-Christ. La Constitution dogmatique Dei Verbum de 1965 dans son paragraphe 12 (Comment interpréter la Sainte Écriture) montre qu’il est nécessaire d’être attentif aux genres littéraires, et il n’est plus possible aujourd’hui de dire qu’un massacre est dû à la volonté de Dieu.

Augustin d’Hippone dépeint ainsi la scène : « Les mères s’arrachaient les cheveux ; elles voulaient cacher leurs petits enfants, mais ces tendres créatures se trahissaient elles-mêmes ; elles ne savaient pas se taire, n’ayant pas appris à craindre. C’était un combat entre la mère et le bourreau ; l’un saisissait violemment sa proie, l’autre la retenait avec effort. La mère disait au bourreau : « Moi, te livrer mon enfant ! Mes entrailles lui ont donné la vie, et tu veux le briser contre la terre ! » Une autre mère s’écriait : « Cruel, s’il y a une coupable, c’est moi ! Ou bien épargne mon fils, ou bien tue-moi avec lui ! » Une voix se faisait entendre : « Qui cherchez-vous ? Vous tuez une multitude d’enfants pour vous débarrasser d’un seul, et Celui que vous cherchez vous échappe ! Et tandis que les cris des femmes formaient un mélange confus, le sacrifice des petits enfants était agréé du Ciel. »

L’Église a établi leur fête dès le IIe siècle.

Le culte

L’Eglise catholique célèbre cette mémoire depuis le IVè siècle, « honorant dans les jours qui suivent la Nativité ceux qu’on appelle en Orient les enfants tués par Hérode, et en Occident les saints Innocents ».

En France, jusqu’à la veille de la Révolution française, le centre de Paris était occupé par le cimetière des Innocents. Une fontaine, la fontaine des Innocents, en perpétue le souvenir.

 

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LIVRE DE JÉRÉMIE (31, 1-12)

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En ce temps-là – oracle du Seigneur –, je serai le Dieu de toutes les familles d’Israël, et elles seront mon peuple.

 Ainsi parle le Seigneur : Il a trouvé grâce dans le désert, le peuple qui a échappé au massacre ; Israël est en route vers Celui qui le fait reposer.

Depuis les lointains, le Seigneur m’est apparu : Je t’aime d’un amour éternel, aussi je te garde ma fidélité.

De nouveau je te bâtirai, et tu seras rebâtie, vierge d’Israël. De nouveau tu prendras tes tambourins de fête pour te mêler aux danses joyeuses. De nouveau tu planteras des vignes dans les montagnes de Samarie, et ceux qui les planteront en goûteront le premier fruit.

Un jour viendra où les veilleurs crieront dans la montagne d’Éphraïm : « Debout, montons à Sion, vers le Seigneur notre Dieu ! »

 Car ainsi parle le Seigneur : Poussez des cris de joie pour Jacob, acclamez la première des nations ! Faites résonner vos louanges et criez tous : « Seigneur, sauve ton peuple, le reste d’Israël ! »

Voici que je les fais revenir du pays du nord, que je les rassemble des confins de la terre ; parmi eux, tous ensemble, l’aveugle et le boiteux, la femme enceinte et la jeune accouchée : c’est une grande assemblée qui revient. Ils avancent dans les pleurs et les supplications, je les mène, je les conduis vers les cours d’eau par un droit chemin où ils ne trébucheront pas. Car je suis un père pour Israël, Éphraïm est mon fils aîné.

Écoutez, nations, la parole du Seigneur ! Annoncez dans les îles lointaines : « Celui qui dispersa Israël le rassemble, il le garde, comme un berger son troupeau.

Le Seigneur a libéré Jacob, l’a racheté des mains d’un plus fort.

Ils viennent, criant de joie, sur les hauteurs de Sion : ils affluent vers les biens du Seigneur, le froment, le vin nouveau et l’huile fraîche, les génisses et les brebis du troupeau. Ils auront l’âme comme un jardin tout irrigué ; ils verront la fin de leur détresse. La jeune fille se réjouit, elle danse ; jeunes gens, vieilles gens, tous ensemble ! Je change leur deuil en joie, les réjouis, les console après la peine.

Je nourris mes prêtres de festins ; mon peuple se rassasie de mes biens » – oracle du Seigneur.

 Ainsi parle le Seigneur : Un cri s’élève dans Rama, une plainte et des pleurs d’amertume. C’est Rachel qui pleure ses fils ; elle refuse d’être consolée, car ses fils ne sont plus.

Ainsi parle le Seigneur : Retiens le cri de tes pleurs et les larmes de tes yeux. Car il y a un salaire pour ta peine, – oracle du Seigneur : ils reviendront du pays de l’ennemi. Il y a un espoir pour ton avenir, – oracle du Seigneur : tes fils reviendront sur leur territoire.

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JÉRÉMIE, PROPHÈTE EN TEMPS DE CRISE

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Le siège de Jérusalem en 701 av. J.C. avait laissé le royaume de Juda en dehors de la domination assyrienne, ce qui lui permit de se maintenir encore quelques décennies. Mais cent ans plus tard, le puissant empire assyrien  fut à son tour abattu. Le roi babylonien Nabuchodonosor II conquit la Mésopotamie et le Proche-Orient. A Jérusalem, le roi Joakim eut la mauvaise ide de refuser de se soumettre, ce qui provoqua la réaction vigoureuse des Chaldéens. Ceux-ci déferlèrent sur Juda, assiégèrent Jérusalem et s’emparèrent de la ville en 598 av. J.-C. Joakim et sa cour, tombés aux mains de Nabuchodonosor, furent emmenés à Babylone, tandis que le vainqueur instaurait à sa place un nouveau roi qui devenait son vassal, Sédécias.

Dix ans après la chute de Jérusalem, le Judéen Sédécias se souleva à son tour contre Babylone. Cette nouvelle imprudence politique provoqua en représailles un deuxième siège de la ville, en 587 av. J.-C., toujours sous Nabuchodonosor II. Malgré les conseils de soumission du prophète Jérémie, Sédécias prit la fuite par une brêche percée dans la muraille, mais fut intercepté près de Jéricho. Sa capitale fut à nouveau prise et cette fois terriblement ravagée. Le Temple fut détruit, le rempart abattu et les habitations dévastées. La population fut déportée massivement en Mésopotamie et réduite en esclavage : c’est l’exil à Babylone, qui allait durer une cinquantaine d’années (2 R. 24-25 ; 2 Chr. 36).

 Et Dieu par la bouche de Jérémie annonce que le peuple retrouvera sa terre. Ce sont des paroles que Jérémie adresse à un peuple désespéré : Dieu a pitié et il ne laissera pas tomber son peuple malgré ses nombreux péchés.

ramène son peuple vers lui parce que, en tant que berger de son

Deux versets que l’on retrouve chez Matthieu 2, 13-23)

– « On entend des cris à Rama, des lamentations, des larmes amères ; Rachel pleure ses enfants ; elle refuse d’être consolée sur ses enfants, car ils ne sont plus. » (31.15) Rachel était la seconde épouse de Jacob, la mère de Benjamin (tribu du royaume du sud) et la grand-mère d’Éphraïm (principale tribu du royaume du nord). Rama était l’endroit où Rachel fut enterrée, près de la frontière entre les deux royaumes. L’image est ici celle de Rachel, pleurant de son tombeau ses « enfants » disparus, c’est-à-dire les fils d’Israël déportés. De façon intéressante, ce verset est cité en Matthieu 2, 17-18   lorsque Hérode tua tous les bébés mâles de moins de deux ans, tandis que Jésus était emmené en Égypte. Ainsi les mères éplorées de Bethléhem prennent place dans cette longue lignée de personnes soumises à des tyrans qui les oppressent jusqu’à tuer leurs enfants. Le contexte éclaire cette citation dans le N.T. Jérémie continue : « Retiens tes pleurs, retiens les larmes de tes yeux ; car il y aura un salaire pour tes œuvres, dit l’Éternel ; ils reviendront du pays de l’ennemi. Il y a de l’espérance pour ton avenir, dit l’Éternel ; tes enfants reviendront dans leur territoire. » (31.16-17) Il y a encore de l’espoir ! Éphraïm reconnaît son péché et s’en repent (31.18-19) ; alors son Dieu l’accueille avec une immense miséricorde : « Mes entrailles sont émues en sa faveur : j’aurai pitié de lui. » (31.20) C’est ce que Dieu fera toujours.

 

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LE MASSACRE DES SAINTS INNOCENTS PAR JACQUES DE VOROGINE

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LES SAINTS INNOCENTS (28 décembre)

par Jacques de Vorigine dans la Légende dorée (1261-1266)

Les Innocents sont appelés de ce nom pour trois motifs, à savoir : en raison de leur vie, en raison de leur martyre, et en raison de l’innocence que leur mort leur a acquise. Ils sont innocents en raison de leur vie, parce qu’ils ont eu une vie innocente, c’est-à-dire n’ont pu, de leur vivant, nuire à personne. Ils sont innocents en raison de leur martyre, parce qu’ils ont souffert injustement et sans être coupables d’aucun crime. Enfin ils sont innocents en raison des suites de leur mort, parce que leur martyre leur a conféré l’innocence baptismale, c’est-à-dire les a purifiés du péché originel.

  1. Les Innocents ont été mis à mort par Hérode d’Ascalon. L’Écriture Sainte cite en effet trois Hérode, fameux tous trois pour leur cruauté. Le premier est appelé Hérode d’Ascalon : c’est sous son règne qu’est né le Seigneur et qu’ont été mis à mort les Innocents. Le second s’appelle Hérode Antipas : c’est lui qui a ordonné la décollation de saint Jean. Enfin le troisième est Hérode Agrippa, qui a mis à mort saint Jacques et a fait emprisonner saint Pierre. C’est ce que résument ces deux vers ;

Ascalonita necat pueros, Antipa Johannem,
Agrippa Jacobum, claudens in carcere Petrum.

Mais racontons brièvement l’histoire du premier de ces Hérode. Antipater l’Iduméen, comme nous le lisons dans l’Histoire scholastique, prit pour femme une nièce du roi des Arabes et eut d’elle un fils, qu’il appela Hérode, et qui fut surnommé ensuite Hérode d’Ascalon. Celui-ci fut fait, par César-Auguste, roi de Judée : ce fut la première fois que la Judée reçut un roi étranger. Cet Hérode eut à son tour six fils : Antipater, Alexandre, Aristobule, Archélaüs, Hérode Antipas, et Philippe. Alexandre et Aristobule, nés de la même mère, qui était juive, furent envoyés dans leur jeunesse, à Rome pour s’y instruire aux arts libéraux ; puis ils revinrent à Jérusalem, et Alexandre devint grammairien, tandis qu’Aristobule se distingua par la subtilité de son éloquence. Et souvent ils se querellaient avec leur père au sujet de la succession au trône. Puis, comme leur père, irrité contre eux, parlait de les déshériter, ils entreprirent de le faire tuer. Hérode, prévenu, les chassa ; et les deux jeunes princes se rendirent à Rome, où ils portèrent plainte contre leur père devant l’empereur.

Cependant les mages vinrent à Jérusalem, s’informant de la naissance du nouveau roi que leur annonçaient les présages. Et Hérode, en les entendant, craignit que, de la famille des vrais rois de Judée, un enfant ne fût né qui pourrait le chasser comme usurpateur. Il demanda donc aux rois mages de venir lui signaler l’enfant royal dès qu’ils l’auraient trouvé, feignant de vouloir adorer celui qu’en réalité il se proposait de tuer. Mais les mages s’en retournèrent dans leur pays par une autre route. Et Hérode, ne les voyant pas revenir, crut que, honteux d’avoir été trompés par l’étoile, ils s’en étaient retournés sans oser le revoir ; et, là-dessus, il renonça à s’enquérir de l’enfant. Pourtant, quand il apprit ce qu’avaient dit les bergers et ce qu’avaient prophétisé Siméon et Anne, toute sa peur le reprit, et il résolut de faire massacrer tous les enfants de Bethléem, de façon que l’enfant inconnu dont il avait peur pérît à coup sûr. Mais Joseph, averti par un ange, s’enfuit avec l’enfant et la mère en Égypte, dans la ville d’Hermopolis, et y resta sept ans, jusqu’à la mort d’Hérode. Et Cassiodore nous dit, dans son Histoire tripartite, qu’on peut voir à Hermopolis, en Thébaïde, un arbre de l’espèce des persides, qui guérit les maladies, si l’on applique sur le cou des malades un de ses fruits, ou une de ses feuilles, ou une partie de son écorce. Cet arbre, lorsque la sainte Vierge fuyait en Égypte avec son fils, s’est incliné jusqu’à terre, et a pieusement adoré le Christ.

 

  1. Or, pendant qu’Hérode méditait le massacre des enfants, lui-même fut mandé par lettre devant Auguste, pour se défendre de l’accusation de ses deux fils. Et après qu’il eut discuté avec ses fils en présence de l’empereur, celui-ci décida que les fils devaient obéir en tout à leur père, qui était libre de laisser son trône à qui il voudrait. C’est alors qu’Hérode, revenu de Rome, et rendu plus audacieux par la confirmation de la faveur impériale, ordonna de tuer tous les enfants âgés de moins de deux ans. Cet ordre s’explique fort bien si l’on songe que, le voyage d’Hérode à Rome ayant duré un an, un espace de près de deux ans devait s’être écoulé depuis le moment où l’étoile avait révélé aux mages la naissance de l’enfant royal. Mais saint Jean Chrysostome croit que le décret d’Hérode ordonnait, au contraire, le massacre de tous les enfants ayant plus de deux ans ; car l’étoile, d’après lui, serait apparue aux mages un an avant la naissance de Jésus ; et Hérode était resté un an à Rome, et sans doute il s’imaginait que, lorsque l’étoile était apparue aux mages, l’enfant était déjà né. Le fait est que certains os des saints Innocents, qui se sont conservés, sont trop grands pour provenir d’enfants de moins de deux ans ; encore qu’on puisse dire que peut-être la taille humaine était alors beaucoup plus grande qu’elle ne l’est aujourd’hui. Quant à Hérode, il fut aussitôt puni de son crime : car Macrobe et un autre chroniqueur rapportent qu’un fils d’Hérode se trouvait en nourrice à Bethléem, et fut massacré avec les autres enfants.

 

III. Mais Dieu, le juge des juges, ne permit pas que le châtiment d’un tel crime se bornât à cette seule mort. L’homme qui avait privé de leurs fils des pères sans nombre fut, lui-même, misérablement privé des siens. En effet, Alexandre et Aristobule devinrent de nouveau suspects à Hérode. Un de leurs complices révéla qu’Alexandre lui avait promis beaucoup de présents s’il parvenait à empoisonner son père ; d’autre part, le barbier d’Hérode révéla qu’Alexandre lui avait promis de le récompenser si, pendant qu’il rasait son père, il voulait étrangler le vieillard. Aussi Hérode, dans sa colère, les fit-il mettre à mort ; et il finit par déposséder de sa succession au trône son fils aîné Antipater, au profit de son autre fils Hérode Antipas. Et comme il avait, en outre, une affection toute paternelle pour les deux enfants d’Aristobule, Hérode Agrippa et Hérodiade, femme de son fils Philippe, Antipater se prit à l’égard de son père d’une haine si violente qu’il essaya de l’empoisonner ; et Hérode, l’ayant su, le fit jeter en prison. C’est à cette occasion que César-Auguste dit à ses familiers : « J’aimerais mieux être le porc d’Hérode que son fils, car, en sa qualité de Juif, il épargne les porcs, tandis qu’il tue ses fils. »

 

  1. Quant à Hérode lui-même, il avait environ soixante-dix ans lorsqu’il fut frappé d’une grave maladie. Il avait une fièvre très violente, une décomposition du corps, une inflammation des pieds, des vers dans les testicules, l’haleine courte, et une puanteur insupportable. Placé par les médecins dans un bain d’huile, il en fut retiré quasi mort. Mais, en apprenant que les Juifs attendaient avec joie l’instant de sa mort, il fit jeter en prison des jeunes gens des plus nobles familles de tout le royaume, et dit à sa sœur Salomé : « Je sais que les Juifs vont se réjouir de ma mort ; mais beaucoup d’entre eux s’en affligeront si tu veux obéir à ma recommandation, et, dès que je serai mort, faire égorger tous les jeunes gens que je tiens en prison : car, de cette manière, toute la Judée me pleurera malgré elle ! »

 

Il avait l’habitude de manger, après tous ses repas, une pomme, qu’il pelait lui-même ; et comme une toux affreuse le torturait, il tourna contre sa poitrine le couteau dont il se servait pour peler sa pomme. Mais un de ses parents arrêta sa main et l’empêcha de se tuer. Cependant toute la cour, le croyant mort, se remplit de cris ; et Antipater s’en réjouit fort dans sa prison, et promit de récompenser ses gardiens s’ils le délivraient. Ce qu’apprenant, Hérode fit tuer son fils par des soldats, et nomma, pour lui succéder, Archélaüs. Il mourut cinq jours après, ayant été très heureux dans sa fortune politique, mais très malheureux dans sa vie privée. Salomé, sa sœur, fit remettre en liberté tous ceux que le roi lui avait ordonné de tuer. Voilà du moins ce que nous lisons dans l’Histoire scholastique ; mais Rémi, dans son Commentaire de saint Matthieu, dit au contraire qu’Hérode se transperça du couteau dont il se servait pour peler ses fruits, et que Salomé, sa sœur, fit mettre à mort tous ceux qu’il avait jetés en prison.

 

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QUARANTE-DEUXIÈME SERMON. POUR L’ÉPIPHANIE DU SEIGNEUR. VIII.

par saint Augustin d’Hippone

 

Eg St-Egide à Poprad: choeur, fresque gothique du massacre des Innocents

  1. Frères bien-aimés, portez vos regards sur l’astre nouveau ; c’est le signe, non pas de la fatalité, mais de la royauté. Voyez-le briller dans sa course rapide, conduire les Mages au berceau du Christ, et, du haut du ciel, témoin de son obéissance, appeler à la crèche le monde entier. Comme, après la nuit, le pôle nous apparaît sous les teintes brillantes de l’aurore, ainsi les premiers rayons de la lumière se montrent au genre humain assis dans les ténèbres et les ombres de la mort ; ainsi s’annonce le Fils de Dieu, jusqu’alors inconnu. Voici venir les Mages, ces esclaves de l’astrologie, ces admirateurs des étoiles. Un globe de feu, qu’ils n’ont pas encore vu, projette dans les cieux d’éclatants rayons ; d’un pas rapide, il trace devant eux un chemin enflammé; ils le suivent et voient bientôt, enfermé dans l’étroite enveloppe d’un maillot, celui dont l’étoile lumineuse annonçait tout à l’heure, du haut des airs, la glorieuse puissance. Jamais torche ardente ne répandit autour d’elle une lueur semblable à celle de cet astre; jamais l’aurore n’envoya à la terre de rayons plus nombreux et plus doux; jamais d’une fournaise nouvellement allumée ne s’échappèrent de pareils torrents de flammes: il brillait si vivement, que, à la vue de cette lumière sans précédente, la terre se trouvait saisie d’épouvante. Comment ne pas reconnaître la majesté suprême en celui dont la grandeur se lisait dans l’écrin céleste ?

 

  1. Les Mages, au cœur desquels naissait la foi, prélude de la nôtre, s’approchent donc du Christ; ils lui offrent de l’or, lui donnent de l’encens, lui apportent de la myrrhe.

Pauvre petit enfant, vous êtes devenu bientôt riche ! Au milieu de tous ces présents, il pleure; et bien qu’il gémisse, on le redoute comme un Dieu: Ses clients lui apportent des cadeaux; ils courbent devant lui leurs fronts et l’adorent. On lui offre de l’or, parce qu’on reconnaît en lui un grand Roi ; on lui sacrifie de l’encens, en témoignage de sa divinité ; on lui donne de la myrrhe, comme à la victime qui doit mourir pour le salut de tous.

 

  1. Mais, à force de craindre, l’impie Hérode devient cruel ; il sévit avec d’autant plus de rage qu’il veut cacher mieux sa honte. Dès le premier abord, il feint de vouloir adorer celui dont la naissance le remplit d’épouvante. A mon avis, mes frères, si cet ennemi intime du Christ ne fait pas de mal aux Mages, c’est qu’il n’est pas assez fort; s’il joue le rôle d’innocent, c’est qu’il ne peut donner libre cours à sa méchanceté. Plein d’anxiété au sujet de ce successeur, tourmenté par la crainte de perdre sa royauté, Hérode se couvre du masque de suppliant, tout en nourrissant dans son âme des sentiments hostiles. Mais pouvait-il prendre au piége celui qui était venu détruire toutes les malices de la duplicité? Il temporisa donc, il attendit, mais inutilement : trompé dans ses espérances, il n’eut pas la patience de tenir plus longtemps cachées les secrètes pensées de son coeur. Aussi donna-t-il l’ordre de massacrer les innocents, de faire tomber sous le glaive et sous les pierres des membres non encore affermis et nouvellement sortis des entrailles maternelles. O cruel attentat ! O rage inouïe de ce monde ! Ce massacre était de telle nature,

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que le bourreau ne pouvait ni les tenir pour les tuer, ni les voir après leur avoir ôté la vie. On les arrachait tout tremblants des mamelles de leurs mères; leur frêle existence s’éteignait, incapable de résister aux tiraillements simultanés de celles-ci et de leurs bourreaux ; de la sorte, on tuait moins des vivants qu’on n’égorgeait des morts. Alors ces pauvres mères sanglotaient et remplissaient l’air de leurs cris : on les voyait serrer leurs enfants dans leurs bras; elles auraient voulu mourir avec eux, mais on ne leur donnait point le coup de grâce. Leurs entrailles se tordaient, non plus sous- l’effort des douleurs de l’enfantement, mais sous le poids du chagrin et du deuil : elles avaient beau pleurer et tendre vers les bourreaux des mains suppliantes, les cruels sicaires demeuraient insensibles; dans leur fureur, ils brisaient ces petits membres à peine nés de la veille, et, malgré les prières des mères éplorées, ils étalaient à leurs yeux le hideux spectacle du sang de leur chère progéniture. Hérode, à quoi t’a servi cet acte de cruauté? Pour atteindre un enfant, tu en fais mourir une multitude, et néanmoins tu ne parviens pas à frapper celui que tu cherches; et ainsi, ta stérile méchanceté n’aboutit qu’à te donner à toi-même le coup de mort et à donner au Christ des martyrs de son âge !

 

  1. Pour nous, mes frères, réjouissons-nous dans l’unité de la foi, « dans une charité sincère, dans la parole de vérité, dans la force de Dieu (1) ». Marchons de. pair avec les Mages, suivons la brillante lumière de l’étoile, adorons le Christ dans sa crèche, offrons-lui l’hommage de nos vœux . Il est aujourd’hui couché devant la porte, enveloppé dans les langes de la pauvreté : les Mages lui offrent de l’or; que des chrétiens ne refusent pas aux indigents une pièce de monnaie.

 

  1. II Cor. VI, 6.

 

 

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La fuite en Egypte de la Sainte Famille

 

La Fuite en Égypte

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Après la visite des bergers, celle des images Marie, Joseph et l’enfant Jésus sont restés à Bethléem. Ils veulent restés un peu seuls avec l’enfant, ils voudraient retrouver le calme après toute cette agitation autour du nouveau-né. S’ils savaient au fond de leur cœur que cet enfant n’était pas comme les autres, ils n’imaginaient pas que leur vie serait à ce point bouleversée. Ils savent bien que cet enfant est venu dans ce monde : ils se remémorent les paroles qu’ils ont entendues de la bouche de l’ange.

Marie se souvient  de ces paroles : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu (Luc 1, 35)

Joseph aussi médite en silence ce qu’il a entendu dans son sommeil : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »(Matthieu 1, 21-22).

Dans le silence de leur maison, tous les deux ils contemplent cet enfant qui leur donné pour apporter la consolation d’Israël mais ils ignorent tout de la manière dont cela se fera. Alors pour l’instant ils reprennent leur vie quotidienne  et faire ce que tous les parents du monde font pour un nouveau né !

Mais voilà qu’une nuit alors que Joseph dormait sans doute profondément l’ange du Seigneur vient et lui dit : « Prends l’enfant et sa mère, fuis en Egypte car Hérode recherche l’enfant pour le faire périr ! » Alors Joseph se lève dans la nuit, il réveille Marie et lui dit ce qu’il faut faire suite à cette annonce. En hâte ils rassemblent quelques affaires : comme ils n’ont pas grand-chose à emporter le balluchon est vite fait ! Comme tous ceux qui fuient la guerre, les persécutions Joseph et Marie n’emportent que le nécessaire ! Les pauvres dans ces cas-là n’emportent guère de richesses, rien que le nécessaire pour la route.

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Alors Joseph prends l’âne, y installe Marie et l’enfant ainsi que de maigres affaires. Et les voilà partis une nouvelle fois sur les routes, sur de mauvaises routes. Et cela représente environ 600 kilomètres ; à cette époque cela représente un long voyage car il n’y a ni route goudronnées, ni voiture ni avion ! Alors tout au long de ce périlleux et fatigant voyage ils se rappelleront les étapes parcourus par leur peuple : le séjour de Joseph, l’arrivée de Jacob en terre d’Egypte, le long temps d’esclavage, l’esclavage et la délivrance du peuple par Moïse. d’Egypte à la terre.

Malgré leur inquiétude, malgré toutes les fatigues et les incertitudes du lendemain il y a une promesse que Marie et Joseph doivent sans doute murmurer dans leur cœur : « D’Egypte j’ai appelé mon fils ! »(Osée 11,1).

Le périple égyptien

Selon la tradition, la première halte de la Sainte Famille a eu lieu dans la ville de Farma, à l’est du Nil. Puis ils auraient continué jusqu’à Mostorod, un village au nord du Caire. La tradition raconte qu’après leur passage, une source aurait jailli près de la ville. Ils se sont ensuite arrêtés à Sakha, où l’église de la Sainte Famille garde encore aujourd’hui une pierre ayant conservé l’empreinte de pas de l’Enfant-Jésus.  

Puis ils se sont dirigés vers Wadi El Natroun, avant de s’arrêter aux portes du Caire. Ici, un arbre les aurait protégé du soleil. Lors du voyage, ils auraient vraisemblablement vu les anciennes pyramides d’Égypte. Peut-être se sont-ils même arrêtés pour les contempler.

La Sainte Famille s’est ensuite rendue au Vieux Caire, puis s’est dirigée vers le sud pour arriver dans la région de Maadi, où ils ont embarqué sur un petit bateau en direction de Deir El Garnous et de Gabal Al-Teir.

Leur séjour le plus long en Égypte était à Gabal Quoskam. Ils seraient restés ici environ six mois. Avant de rentrer chez eux, ils auraient fait une dernière halte à Assiout. Le peuple copte est très fier de ce chapitre spécial de la vie de Jésus et conserve une dévotion très forte à la Sainte Famille, qui a voyagé et vécu parmi eux durant les premières années de la vie de Jésus.

©Claude-Marie T.

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« Après [le départ des mages], voici qu’un ange du Seigneur apparut à Joseph pendant son sommeil, et lui dit :   « Lève-toi, prends l’Enfant et sa mère, fuis en Egypte et restes-y jusqu’à ce que je t’avertisse ; car Hérode va rechercher l’Enfant pour le faire périr.  »
Joseph se leva, et la nuit même, prenant l’Enfant avec sa mère, il se retira en Egypte. Et il y resta jusqu’à la mort d’Hérode, afin que s’accomplît ce qu’avait dit le Seigneur par le Prophète : « J’ai rappelé mon fils d’Egypte.  »
Alors Hérode, voyant que les Mages s’étaient joués de lui, entra dans une grande colère, et envoya tuer tous les enfants qui étaient dans Bethléem et dans les environs, depuis l’âge de deux ans et au-dessous, d’après la date qu’il connaissait exactement par les Mages.
Alors fut accompli l’oracle du prophète Jérémie disant :
Une voix a été entendue dans Rama, des plaintes et des cris lamentables : Rachel pleure ses enfants ; et elle n’a pas voulu être consolée, parce qu’ils ne sont plus.

Hérode étant mort, voici qu’un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph dans la terre d’Egypte, et lui dit :   « Lève-toi, prends l’Enfant et sa mère, et va dans la terre d’Israël, car ceux qui en voulaient à la vie de l’Enfant sont morts.  »
Joseph s’étant levé, prit l’Enfant et sa mère, et vint dans la terre d’Israël. Mais, apprenant qu’Archélaüs régnait en Judée à la place d’Hérode, son père, il n’osa y aller, et, ayant été averti en songe, il se retira dans la Galilée et vint habiter une ville nommée Nazareth, afin que s’accomplît ce qu’avaient dit les prophètes :  «Il sera appelé Nazaréen ». 

 

(Matthieu 2, 13-23)

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La Fuite en Égypte et le massacre des Innocents sont racontés dans un passage de l’Evangile selon Matthieu (Mt 2, 13-23) qui forme une unité rédactionnelle.

Les deux textes font partie du Sondergut de cet évangile.

Selon Matthieu, le roi Hérode Ier envoya tuer tous les enfants de moins de deux ans qui se trouvaient dans la ville. Joseph, prévenu par un songe, s’enfuit avec l’enfant Jésus et sa mère en Egypte, où ils restèrent jusqu’à la mort d’Hérode. Cependant, comme le fils d’Hérode, Archélaüs,  régnait sur la Judée à la suite de son père, Joseph s’installa avec sa famille à Nazareth en Galilée.

Le texte

 « Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin. Après leur départ, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. » Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte, où il resta jusqu’à la mort d’Hérode, pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : D’Égypte, j’ai appelé mon fils. » (Math 2, 12-15)

Traditions

Le chemin parcouru selon la tradition chrétienne s’appelle le Chemin de la Sainte Famille, et est en passe d’être reconnu au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO.

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Période romaine de l’Égypte

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L’Égypte dans l’Empire romain, vers 120

L’Egypte est sous la domination romaine en – 30. Elle conserve un statut particulier durant tout l’Empire romain. Le pays reste un des principaux greniers à pour Rome, ainsi que la source de matériau utilisés à Rome tels que le granite, extrait du Mont Claudianus et le porphyre, extrait du Mons Porphyrites, qui transitaient via Coptos. La religion égyptienne continue de rayonner dans l’ensemble du bassin méditerranéen. Le pays bénéficie de la Pax Romana pendant plusieurs dizaines d’années.

Histoire

Après la mort de Cléopatre VII, l’Égypte devient une province de l’Empire romain, gouvernée par un préfet choisi par l’empereur, et non par un gouverneur de l’ordre sénatorial. L’héritage des Ptolémées d n’est cependant pas totalement effacé : le grec reste une langue courante dans l’administration. Il n’y a pas de colonisation massive de l’Égypte par les Romains. Ces derniers respectent et même adoptent le panthéon et le culte égyptiens, même si le culte de l’empereur et de Rome est progressivement introduit.

Les premiers préfets romains en Égypte :

Gaius Conellius Gallus ;

Gaius Aelius Gallus

Gaius Petronius.

Après la destruction du temple de Jérusalem par les Romains en 70, Alexandrie en  devient l’un des grands centres d’immigration et d’études juives. Sous Trajan, , une révolte des Juifs d’Alexandrie entraîne la suppression de leurs privilèges.

Hadrien visite plusieurs fois l’Égypte et fonde la ville d’Antinoupolis, en mémoire de son jeune amant Antinoüs qui s’était noyé dans le Nil, qu’il relie au port de Bérénice sur la Mer Rouge. Sous Marc-Aurèle, une importante révolte éclate, attribuée aux boukoloi, les bouviers du delta du Nil. Cette révolte trouve sans doute ses causes en partie dans les difficultés que connaît la province. Les crues du Nil ont été faibles, l’épidémie dite de la « peste antonine » touche la province et l’on assiste à la fuite de nombreux paysans face aux exigences fiscales. La révolte éclate vers 169 et semble culminer en 172,  elle fut suivie de plusieurs répressions de la part des Romains, mais aussi d’une remise d’impôt. On a pu voir dans cette période la fin de la prospérité égyptienne. En 175, Avidius Cassius, qui a dirigé les forces romaines durant la révolte, se déclare lui-même empereur et est reconnu par les armées de Syrie et d’Egypte. L’usurpateur est finalement abattu, et l’empereur rétablit la paix après une visite à Alexandrie. Une autre révolte éclate en 193 lorsque Pescennius Niger est proclamé empereur à la mort de Pertinax. Plus tard, l’empereur Septime Sévère donne une constitution à la ville d’Alexandrie.

L’empereur Caracalla (2011 à 217) accorde la citoyenneté romaine aux Égyptiens libres, comme à tous les habitants de l’Empire.

Le IIIè siècle  est marqué par une série d’usurpations et de guerres, en Égypte comme dans l’ensemble de l’Empire romain. Entre 270 et 272, la reine de Palmyre, Zénobie domine l’Égypte à la suite d’une invasion rapide. Deux généraux basés en Égypte, Probus et Domitius Domitianus, mènent des révoltes et deviennent empereurs. L’empereur Dioclétien reprend l’Égypte en main, et réorganise la province à la fin du IIIè siècle.

Les empereurs romains

À la chute des Ptolémées, les traditions égyptiennes sont restées en usage et la religion pharaonique est toujours respectée du pharaon Djéser à l’empereur Hadrien.

Si l’Égypte est importante aux yeux des Romains, c’est avant tout parce que le pays, avec la Tunisie, est le grenier à blé de l’empire. L’Égypte appartient personnellement à l’empereur et non au Sénat. L’époque romaine est une période assez honteuse pour les Égyptiens, considérés comme des personnes de basse catégorieIls endurent des conditions de vie difficiles.

Des temples sont construits, ou bien les Romains embellissent ou achèvent les temples commencés par les Ptolémées. L’art de cette époque est grossier et sans comparaison avec l’époque deSéthi. Ainsi sont construits la ville d’Antinoupolis, par le romain Hadrien, , le kiosque de Trajan à Philae, le temple de Dendérah, embelli par Auguste, plusieurs mammisi. etc.

Le pharaon est le fils des dieux, sans lequel il n’y a que désordre en Égypte. L’empereur romain va se représenter, comme les Ptolémées, à la mode égyptienne, il doit se soumettre spirituellement au peuple, dont il se moque bien de respecter la tradition, hormis quelques exceptions.

En 215, les massacres d’Alexandrie de Caracalla déciment une part importante de l’élite grecque d’Alexandrie.

Après 391, date de fermeture des temples païens, de grands bouleversement religieux apparaissent : le christianisme prend son essor, mais ne séduit vraiment le pays qu’à partir du Vè siècle siècle voire du VIè siècle.

L’Empire romain d’Occident s’effondre en 476, date de l’abdication de Rolulus Auguste. Il ne reste alors que celui d’Orient dont le centre est Byzance ou Constantinople, civilisation mêlant tradition grecque et romaine, bien qu’une tendance orientale se forme définitivement à partir du VIIè siècle.

L’Égypte est alors dirigée par un préfet envoyé par Byzance, qui gouverne depuis Alexandrie.

Après la fin du culte d’Isis sur Philæ, la civilisation égyptienne meurt, son histoire tombe dans l’oubli. La redécouverte de cette période faste de l’Égypte pharaonique ne se fit qu’après l’expédition d’Egypte de Bonaparte, accompagné de nombreux scientifiques et archéologues en 1798.

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Hier comme aujourd’hui

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Récits de la nativité de Jésus

     Les récits de la nativité de Jésus

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Bergers ou rois mages ? Les évangiles de Luc et de Matthieu

 

Depuis toujours chaque année, pour Noël, chaque famille décore un sapin et chaque année que ce soit au début de l’Avent ou les jours qui se rapproche le 25 décembre compose une crèche avec tous les personnages traditionnels : l’enfant Jésus, Marie, Joseph, le bœuf, l’âne, les bergers, les anges, l’étoile et les rois mages.

Et sans doute beaucoup ignore que  se mêle dans cette tradition deux récits bibliques, deux passages évangéliques qui chacun à leur manière racontent la naissance de Jésus : l’un se trouve dans l’Evangile de Matthieu, l’autre dans l’Evangile de Luc. Ces récits sont très différents.

Dans le récit de Luc Marie et Joseph doivent quitter Nazareth pour se rendre à Bethléem pour se faire recenser suite à un édit de l’Empereur Auguste. A sa naissance Jésus est déposé dans une mangeoire. Des bergers rendent visite à l’enfant suite à l’annonce des anges qui chantent la gloire de Dieu. C’est une atmosphère toute empreinte de joie.

Le récit de Matthieu est centré sur la venue de mages venus d’Orient qui apportent des présents à Jésus. Très vite on nous dit la fureur du roi Hérode qui veut faire tuer le nouveau-né tant il craint un usurpateur. De Bethléem où la famille réside elle doit fuir en Egypte sur l’ordre d’un songe adressé à Joseph. Au climat de joie qui régnait dans le récit de Luc, ici c’est un climat de peur qui s’installe et qui va déboucher sur le massacre des enfants de Bethléem et de ses environs. Ici le ciel ne s’ouvre pas pour célébrer cette naissance : il n’y pas de chants ni de bergers.

Ce sont des récits qui racontent un même fait, la naissance de Jésus, mais les circonstances et les personnages diffèrent d’un évangile à un antre. La tradition chrétienne en fait un même récit : elle a amalgamé deux récits pour en faire une seule histoire. Seuls demeurent quelques  éléments communs : la naissance à Bethléem et les noms des personnages principaux : Marie, Joseph et l’enfant Jésus

 

Comment expliquer ces différences pour un même événement ?

Il faut savoir qu’aucun des évangélistes n’étaient présents lors de cet évènement. Ces récits ont été écrits une cinquante d’années après la naissance du Christ voire plus. L’intérêt de ces récits est davantage compris lorsque l’on sait que chaque évangile concerne une communauté chrétienne particulière et aussi d’après l’origine du rédacteur. On peut penser également que ces récits de la naissance de Jésus s’insèrent dans une tradition où la naissance des grands hommes de l’Antiquité était entourée de signes merveilleux et de prodiges.

La valeur historique de ces récits n’est aucunement fiable d’autant que par la suite certains auteurs ont rajouté des éléments propres à leur culture. Malgré leurs divergences dans les faits eux-mêmes, ces récits qui introduisent les évangiles de Luc et de Matthieu nous renseignent à la foi sur Jésus et sur les auteurs eux-mêmes.

 

L’évangile de Matthieu

          L’évangile de Matthieu s’adresse à une communauté chrétienne encore très proche de ses racines juives. Il veut présenter Jésus comme l’aboutissement des promesses des Écritures. Jésus devient en quelque sorte un nouveau Moïse. On trouve en effet ici beaucoup d’éléments communs avec l’enfance de Moïse : désarroi d’un père, intervention de Dieu dans le sommeil, révélation que l’enfant qui va naître sauvera son peuple et un roi qui fait massacrer des enfants. D’ailleurs, dans l’histoire racontée par Matthieu, Jésus et ses parents s’enfuient en Égypte, là où l’histoire de Moïse a commencé. Les lecteurs doivent comprendre que Jésus continuera l’œuvre de Moïse et sauvera son peuple, comme Moïse a libéré le sien.

          La présence de mages de l’Orient annonce l’universalité du Royaume de ce nouveau roi. D’ailleurs, la colère d’Hérode montre bien qu’il a saisi l’importance de celui qui est déjà annoncé comme le roi des Juifs.

 

L’évangile de Luc

          Luc s’exprime dans un style complètement différent de celui de Matthieu. Son récit s’apparente à celui des naissances de héros, accompagnées d’hymnes liturgiques. Sa visée est de révéler aux lecteurs l’identité de Jésus, dès sa naissance, telle qu’elle sera reconnue, par ses disciples, après sa résurrection. Ce sont les anges qui sont porteurs de cette révélation, puisqu’elle ne peut venir d’un raisonnement humain. Dès le récit de sa naissance, le lecteur sait donc que Jésus est Sauveur, Christ et Seigneur, des titres qui pourtant ne lui seront donnés qu’après sa résurrection.

          L’évangile de Luc accorde toujours une bonne place aux exclus et aux petits. Cette préoccupation apparaît dans le choix d’un lieu très humble pour les premières heures de Jésus : tout de suite après sa naissance, il est déposé dans une mangeoire d’animaux. La présence de bergers dans les environs poursuit le même objectif : c’étaient des gens pauvres, peu instruits, qui vivaient en marge de la société. Ils seront les premiers à rencontrer Jésus. On trouve dans l’Ancien Testament toute une tradition entourant les bergers. Ils font partie de l’histoire d’Abraham, de Moïse et de David; ils possèdent une expérience forte de Dieu et jouent un rôle important à l’intérieur de la communauté. 

Conclusion

Luc et Matthieu ont donc rédigé des récits de la naissance de Jésus complètement différents. Chacun, avec son génie littéraire propre, a voulu faire comprendre qui est Jésus, dès sa naissance. Ces deux portraits dissemblables illustrent bien ce que nous affirmions dès l’introduction : la vérité des livres saints va bien au-delà de l’exactitude historique des faits. En utilisant les outils de leur culture, ils nous ont transmis leur compréhension de la personne de Jésus, éclairée à la fois par sa mort-résurrection et par une relecture de l’Ancien Testament.

 

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EVANGILE DE JÉSUS-CHRIST SELON SAINT LUC (2, 1-17)

01 En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre –

02 ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. –

03 Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine.

04 Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David.

05 Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte.

06 Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli.

07 Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.

08 Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux.

09 L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte.

10 Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple :

11 Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur.

12 Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »

13 Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant :

14 « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. »

15 Lorsque les anges eurent quitté les bergers pour le ciel, ceux-ci se disaient entre eux : « Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaître. »

16 Ils se hâtèrent d’y aller, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire.

17 Après avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant.

18 Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers.

 

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EVANGILE de JESUS-CHRIST SELON SAINT MATTHIEU (2, 1-15)

01 Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem

02 et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »

03 En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui.

04 Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ.

05 Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète :

06 Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël. »

07 Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ;

08 puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »

09 Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant.

10 Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie.

11 Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.

12 Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

13 Après leur départ, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. »

14 Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte,

15 où il resta jusqu’à la mort d’Hérode, pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : D’Égypte, j’ai appelé mon fils.

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L’adoration des Mages

L’adoration des Mages

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Après la naissance de Jésus Marie et Joseph sont restés à Bethléem. Le long chemin de Nazareth à Bethléem, la naissance de l’enfant dans cette étable inconfortable et froide, la visite des bergers, sont autant d’évènements qui les ont fatigués ! Alors ils ont besoin d’un peu de repos, d’un peu de calme aussi pour se ressaisir après toutes ces péripéties. Les habitants de Bethléem sont-ils venus voir celui que les bergers sont allés annoncer ? Peut-être ! Alors ils ont dû faire face à beaucoup de visites ! Joseph a dû aussi de préoccuper de trouver dans les alentours de la cité de David un logis plus confortable pour Marie et l’enfant ; ce ne fut certes pas un palais digne d’un roi mais probablement une demeure humble et à la mesure de leurs faibles ressources ; et il fallait aussi trouver de la nourriture pour cette famille si peu ordinaire, mais Joseph en bon père de famille se devait d’y veiller !

 Et pendant ce temps-là à des milliers de kilomètres, dans l’Orient lointain, des sages qui sont des savants scrutent le ciel : ce sont des astrologues qui étudient les secrets de la création et qui sont sans doute aussi versés dans les Ecritures. Et une nuit ils voient une étoile qui n’est pas comme les autres : elle brille étrangement dans le ciel. Ils les connaissent bien les étoiles et chacune par leur nom, mais de celle là ils ne savent rien ! Alors en savants lettrés ils se plongent dans les livres et là ils trouvent une réponse : cette étoile est-il dit annonce la naissance d’un roi au pays de Judée. Ce roi est le « roi des Juifs » apprennent-ils et il vient de naître.

 Alors ceux que l’on appelle les « mages » se préparent à partir. Ils se procurent tout d’abord de riches et de précieux présents qu’ils offriront à ce jeune roi qui vient de naître. Leurs serviteurs s’occupent de préparer les chameaux avec tout ce qu’il est nécessaire pour un si long voyage : victuailles, vêtements pour les nuits dans le désert, argent aussi au cas où cela serait nécessaire.

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Leur périple sera long et ils mettront beaucoup de temps avant d’arriver à Jérusalem la capitale de la Judée. Comme l’étoile qui les a guidé jusqu’à maintenant a disparu ils vont trouver le roi Hérode afin de se renseigner ; mais celui-ci ignore tout : alors il convoque les grands prêtres et les scribes. Tous sont bouleversés et sans doute un brin inquiet de cette nouvelle qui vient bouleverser leur quotidien. Cependant, comme ils connaissent parfaitement les Ecritures, les paroles des prophètes, la réponse ne se fait pas attendre : « A Bethléem en Judée ! ».

Quand Hérode connut la réponse il convoque les mages et leur donne mission d’aller se renseigner sur cet enfant. Quand on connaît cet homme, avide de pouvoir, ne reculant devant aucun crime pour asseoir son pouvoir, on peut se douter que sa parole n’est guère rassurante. Car voilà un enfant qui pourrait bien revendiquer son trône. C’est pourquoi il leur dit : « Quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer et j’irai moi aussi me prosterner devant lui ! ». Qu’elle hypocrisie : son cœur est déjà rempli de jalousie et son esprit de projets criminels.

 Les mages quittent le palais d’Hérode. Et voici que l’étoile est là pour les guider de nouveau ! Ils se réjouirent d’une joie, ils se réjouirent d’une grande joie, ils se réjoiuirent d’une très grande joie. Leur joie est immense, elle inonde leur cœur car bientôt ils toucheront au but de leur voyage. Ils rayonnent déjà de bonheur à la pensée qu’ils verront le roi des Juifs. Dieu a mis dans le cœur de ces hommes, étrangers au peuple d’Israël, un désir qui comblera leur attente, un désir qui annonce que ce roi est pour toute la terre. Et puis l’étoile s’arrête soudain sur une maison de Bethléem.

Alors ils vont entrer dans cette maison et ils préparent les présents qu’ils ont apportés de leur Orient lointain. Marie et Joseph sont surpris de cette intrusion soudaine mais ils laissent faire : depuis que l’enfant est ils vont de surprise en surprise ; décidément Dieu vient tout bousculer dans leur vie : leur fils ne leur appartient pas, il faut qu’ils le donne au monde car Jésus est venu pour le salut de tous ; n’est-il pas Emmanuel, c’est-à-dire « Dieu avec nous ».

 Alors les mages qui sont des savants, qui sont des hommes puissants et respectés dans leur pays, tombent la face contre terre, s’agenouillent devant cet enfant. Ils lui offrent ce qu’ils ont apporté : l’or, l’encens et la myrrhe. Marie et Joseph ne disent rien : ils laissent faire tout simplement ! Jésus les regarde : son regard les accueille, comme il accueille ses riches présents qui doivent apparaître bien incongrus dans cette humble demeure. Mais n’est-il pas le Fils de Dieu ?

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Ils s’apprêtent à repartir chez eux par le même chemin mais l’ange du Seigneur les avertit : ils ne doivent pas retourner chez Hérode qui nourrit de noirs desseins. Alors c’est en secret qu’ils quittent le pays en empruntant un autre chemin. Pendant ce temps Marie continue de « méditer tous ces évènements dans cœur ». Ainsi se réalise ce que l’Evangile de Jean nous dit : «Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu » (Jean 3, 9-11)

©Claude-Marie T.

 

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 Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem

et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »

En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ.

Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël. »

Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »

Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.

Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

Evangile selon Matthieu (2, 1-12)

 

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La tradition des rois mages

 

L’évangéliste Matthieu ne parle que de « mages venus d’Orient »…

 L’évangéliste Matthieu ne parle que de « mages venus d’Orient ». D’où viennent donc les trois rois de nos crèches de Noël ? L’imagination et la piété populaire se sont alliées pour compléter le texte biblique.

 La piété populaire ne se satisfait pas de la sobriété du texte biblique mais essaye de combler les vides du récit.

Les écrits dits Apocryphes, c’est-à-dire non retenus par l’Église, témoignent de l’imagination des premières générations chrétiennes. « Lorsque les Mages entrèrent dans la maison, dit le « PseudoMatthieu », ils trouvèrent l’enfant Jésus assis sur les genoux de Marie, ils donnèrent de très riches présents à Marie et à Joseph, mais à l’enfant lui-même ils offrirent chacun une pièce d’or; et l’un offrit en outre de l’or, le deuxième de l’encens et le troisième de la myrrhe ».

Selon l’Évangile arabe de l’Enfance, les Mages « s’informèrent de l’histoire de Joseph et Marie. Ces derniers s’étonnèrent de les voir déposer leurs couronnes devant Jésus et se prosterner devant lui sans s’assurer de qui il était. Ils leur demandèrent : « Qui êtesvous et d’où venezvous ? » Ils répondirent: « Nous sommes des Persans et nous sommes venus pour celuici ». Alors Marie prit un des langes et le leur donna; ils l’acceptèrent le plus gracieusement du monde ».

Des Mages d’Orient

«Des Mages venus d’Orient », voilà une désignation bien vague ! Le mot « mage » fait penser à magie et magicien… et, d’un certain point de vue, il y a bien quelque chose d’un peu magique dans l’aventure des Mages.

Les historiens ont pensé à des savants devins qui étaient parfois aussi des prêtres dans la Perse antique. Dans leurs interprétations les Pères de l’Église leur donnent comme origine la Chaldée et la Perse. Certains parmi les plus célèbres, comme Saint Justin et Origène, les font venir d’Arabie et cette opinion a souvent prévalu. L’art des débuts les montre en costumes perses et bonnets phrygiens, par exemple la mosaïque de SaintApollinaire à Ravenne au 6e siècle ou des sarcophages des catacombes au 4e siècle. Les écrits en font des scrutateurs du ciel. Ainsi le « Protévangile de Jacques » qui est daté du 2e siècle leur fait dire: « Nous avons vu une étoile énorme qui brillait parmi ces étoilesci et qui les éclipsait au point que les autres étoiles n’étaient plus visibles, ainsi nous avons connu qu’un roi était né pour Israël».

Des rois

Comment les Mages sont devenus des rois ? Il semble que l’on fait, très tôt, des recoupements avec d’autres pages des Écritures, dans la ligne même de ce que suggère si souvent Matthieu: « afin que s’accomplisse ce que le Seigneur avait dit ».

Deux passages, en particulier, se prêtent à des rapprochements. Dans le chapitre 60 d’Isaïe un poète chante à la gloire de Jérusalem: « Les nations vont marcher vers ta lumière, et les rois vers la clarté de ton lever…Un afflux de chameaux te couvrira, de tout jeunes chameaux de Madian et d’Eifa, tous les gens de Saba viendront, ils apporteront de l’or et de l’encens ». Cortèges somptueux et titres de rois sont associés dans ce texte. Le Psaume 72 est encore plus explicite: « Les rois de Tarsis et des îles enverront des présents, les rois de Saba et de Séva paieront le tribut, tous les rois se prosterneront devant lui ». Dés la fin du 2e siècle Tertullien rapproche ces textes de celui de Matthieu.

On ne sait pas au juste à quelle époque les Mages sont devenus des rois dans l’opinion chrétienne, mais l’art les a représentés avec des couronnes au moins à partir du 12e siècle. En témoignent, entre autres, l’illustration d’un manuscrit de Brescia et la verrière de l’Histoire de la Vierge dans la basilique de Saint Denis.

Gaspard, Melchior et Balthazar

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Combien étaient les Mages ? Nous en avons trois dans nos crèches. Mais Matthieu ne dit rien sur ce point. Les peintures murales des Catacombes en montrent parfois trois (catacombe de Priscille), parfois deux (catacombe de SaintPierre et Marcellin) parfois quatre (Catacombe de Domitille)… « L’Évangile arabe de l’Enfance » fait état de plusieurs avis sur la question: « Certains prétendent qu’ils étaient trois, comme les offrandes, d’autres qu’ils étaient douze, fils de leurs rois, et d’autres enfin qu’ils étaient dix fils de rois accompagnés d’environ mille deux cents serviteurs ». Une tradition syrienne les met aussi au nombre de Douze, successeurs des douze mages chargés depuis Adam et Seth de guetter l’apparition de l’étoile au dessus d’une caverne dite « Caverne des Trésors ». Mais, dans la majorité des représentations anciennes, ils sont trois.

D’abord Arabes ou Persans, ils sont ensuite représentés comme appartenant à trois peuples différents ou aux trois continents alors connus, l’Asie, l’Europe et l’Afrique. Au 9e siècle ils ont des noms: Balthazar, Melchior et Gaspard. Balthazar a souvent les traits d’un Africain. Ils représentent maintenant toute l’humanité.

D’Asie en Europe

Que sont devenus les Mages dans la suite ? On a peu de traces. Un écrivain du 6e siècle, Théodore de Pétra, rapporte une tradition sur une caverne du désert de Juda où les Mages auraient dormi en retournant dans leur pays. Les « Actes de Thomas », au troisième siècle, racontent qu’au moment où les apôtres se sont réparti les régions à évangéliser, Thomas a été désigné par le sort pour l’Inde. C’est lui qui, selon la tradition, aurait baptisé les Mages déjà âgés, et ceux-ci auraient, à leur tour, annoncé la Bonne Nouvelle. Sainte Hélène aurait ensuite transféré leurs corps à Constantinople, d’où ils auraient été transportés à Milan. Dans cette ville trois corps furent trouvés intacts dans un monastère au 12e siècle et l’on y vit les corps des Mages. L’archevêque de Cologne fit venir solennellement ces reliques dans sa cathédrale où elles sont encore vénérées.

Dès ce moment, on leur attribue des guérisons miraculeuses, d’épileptiques en particulier. Un savant prétend écrire leur histoire… et ils n’ont cessé de hanter l’imaginaire, y compris d’explorateurs comme Christophe Colomb qui, en cherchant les Indes, avait à l’esprit d’aller sur les traces des Mages.

Le quatrième roi

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Au vingtième siècle, apparaît la figure d’un quatrième roi, étrangement proche de Jésus dans ses attitudes et ses actes. Ainsi une oeuvre de l’allemand Edgar Schaper qui puise lui-même dans une légende plus ancienne, glorifie un roitelet qui ayant vu l’étoile au fond de la Russie, se charge de trésors de son pays, les distribue en cours de route, veut soulager toutes les misères qu’il rencontre, s’offre finalement pour remplacer le fils d’une veuve comme forçat sur une galère, et n’arrive à Jérusalem que pour se trouver au pied de la croix et, là, mourir de bonheur.

En 1980, l’écrivain Michel Tournier publie un roman sur un thème semblable. Il fait de Gaspard un jeune roi africain qui cherche le véritable amour après avoir connu la déception, de Balthazar un vieux Chaldéen amoureux d’art et en quête de l’image parfaite, et de Melchior un tout jeune souverain dépossédé de son trône et perplexe quant au pouvoir. Tous trouvent une réponse en Jésus. Le quatrième roi est Taor, venu de l’Inde lointaine. Lui aussi perd tout et arrive trop tard pour voir l’enfant. Lui aussi prend la place d’un condamné, mais dans une mine de sel de la Mer Morte, et n’en sort que trente ans plus tard. Reprenant sa quête avec les forces qui lui restent, ce chercheur de nourriture idéale trouve les dernières miettes et la dernière goutte de vin de la Cène avant de rendre l’âme. Le perpétuel retardataire, venait de recevoir l’Eucharistie le premier ! Où l’on voit que l’imagination peut servir la théologie quand elle joue avec les symboles.

SBEV. Madeleine Le Saux

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 La visite des Mages. L’or, l’encens et la myrrhe

 

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Dans l’Évangile de Matthieu, les mages rendent hommage au nouveau-né et déposent de grandes richesses à ses pieds…

 Dans l’Évangile de Matthieu, les mages viennent de très loin pour rendre hommage au nouveau-né et déposer de grandes richesses à ses pieds :  « ouvrant leurs coffrets, ils lui offrirent en présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe » (Mt 2,11).

Pourquoi l’Évangile de Matthieu fait-il allusions à ces trois présents ? On peut penser, tout d’abord, que les mages offrent des présents à Jésus tout simplement parce que c’est la coutume des Orientaux lorsqu’il veulent rendre hommage à un grand personnage. Rien, dans les propos de Matthieu, ne permet d’affirmer que les mages aient attaché une autre importance à leurs présents.

Une évocation de la vraie nature de Jésus

Les Père de l’Église, en revanche, y verront un symbolisme très fort. L’or, métal précieux par excellence, était synonyme de beauté, de richesse et de gloire : en Jésus, il honore le roi. L’encens, en raison de sa fumée qui s’élève vers le ciel et se répand partout, était synonyme de prière et d’adoration : il manifeste la divinité de Jésus. Baume précieux produit à partir d’une résine rouge importée d’Arabie, la myrrhe était utilisée pour les parfums des noces et des ensevelissements. Mélangée à du vin, elle en augmentait la vertu euphorisante et, selon une coutume juive, ce breuvage était parfois proposé aux suppliciés pour atténuer leurs souffrances, ce qui, d’après l’Évangile de Marc, sera justement le cas de Jésus (Mc 15,23). Aussi ce parfum évoquait-il, l’humanité de Jésus destinée à la mort et à la sépulture.

Ces précieux cadeaux, pour les Pères de l’Église en tout cas, disaient donc la grandeur encore cachée de cet enfant nouveau-né. Ils étaient comme le miroir de sa vraie nature et disaient, en quelque sorte, sa véritable identité de Fils de Dieu.

Les présents et l’Ancien Testament

Cependant, les cadeaux apportés par les mages à Jésus peuvent aussi s’expliquer par référence à l’Ancien Testament. On trouve en effet, dans le livre d’Isaïe, l’oracle suivant : « Mets-toi debout… car elle arrive, ta lumière:… Les nations vont marcher vers ta lumière et les rois vers la clarté de ton lever…. Tous les gens de Saba viendront, ils apporteront de l’or et de l’encens, et se feront les messagers des louanges du Seigneur » (Is 60,1…6). Matthieu ne reprend pas textuellement cette citation, mais il procède souvent, par allusion, et ici, dans ce contexte, l’allusion est claire : Jésus est bien ce nouveau Messie attendu depuis si longtemps ! Dans cette perspective, comme le rappelle également l’allusion implicite à Isaïe, l’offrande de ces parfums, notamment l’encens et la myrrhe, reflétait les offrandes de toutes les nations à ce « roi » nouveau-né.

© SBEV. Dominique Morin

 

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La visite des Mages : un  astre à l’Orient

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La visite des mages fait partie de ces épisodes évangéliques sur lesquels l’imaginaire chrétien s’est enflammé...

 La visite des mages fait partie de ces épisodes évangéliques sur lesquels l’imaginaire chrétien s’est enflammé. Il est vrai que le récit de Matthieu s’y prête : des mages orientaux guidés par un astre mystérieux, un roi cruel face à un enfant sans défense… Le récit a des allures de conte. Mais il vaut moins par les rêves qu’il alimente que par la foi qu’il renouvelle. Lecture.

L’histoire qui nous occupe commence avec l’arrivée des mages et se conclut par leur retour. On sait qu’elle a une suite dramatique, le «massacre des innocents», mais il est impossible de l’étudier ici.

Une enquête

Ce qui forme l’unité des v. 1 à 12, c’est d’abord le voyage des mages. Un voyage en forme d’enquête qui passe par Jérusalem (v.1-8) pour aboutir à une maison de Bethléem (v.9-12). Deux endroits reliés par la même intrigue. A Jérusalem, les mages cherchent le «roi des Juifs qui vient de naître» ; ils rencontrent bien un roi, mais ce n’est pas le bon puisqu’il s’agit d’Hérode ! A Bethléem, orientés conjointement par les Écritures et par l’astre, ils s’inclinent enfin devant «l’enfant avec Marie sa mère». La question posée à Jérusalem trouve sa réponse à Bethléem.

Entre temps, Matthieu a joué d’une sorte de suspense. Le lecteur sait où est né Jésus. Il sait aussi – grâce au chapitre 1 – qu’il est de la lignée royale de David. L’intérêt de la lecture est alors d’observer comment les mages, qui ignorent tout cela et qui semblent s’égarer près du but, vont trouver le vrai roi. Or, en chemin, ils vont être aidés par Hérode (eh oui !), les Écritures… et l’astre

— Hérode. Curieux personnage ! Son titre royal est affirmé aux v. 2 et 3. D’où le trouble qui s’empare de lui et de la ville entière devant la question : «Où est le roi des Juifs ?» Il ne met en doute ni la demande des mages ni l’existence de l’astre apparu dans le ciel. Au contraire, il engage immédiatement une recherche ; en traduisant «roi des juifs» par «Messie», il montre d’ailleurs qu’il a compris, mieux que les mages, de qui il s’agissait. Ses consignes finales installent cependant comme un malaise : celui qui règne à Jérusalem irait s’incliner devant le Messie de Bethléem ? Alors pourquoi une entrevue secrète ? Certes Hérode se conduit en maître : il s’agite, commande, trame on ne sait quoi. Mais ce pouvoir paraît au fond bien fragile. Sa royauté, il ne la tient ni des Écritures, ni des astres. Suprême ironie : c’est grâce à lui que les mages vont connaître les Écritures et reprendre la route.

— Les Écritures. Les grands-prêtres et les scribes y trouvent un passage prophétique. Hérode ne discute pas. Pour lui, comme pour les anciens rois d’Israël, ce que dit un prophète est Parole de Dieu. Il donne donc l’information aux mages et ceux-ci repartent dans la bonne direction. Retenons bien ceci : sans les Écritures, les mages ne pouvaient repartir. Au sens fort, elles donnent à leur chemin une orientation décisive. Confirmée par l’astre.

— L’astre. Si les Écritures suffisaient, Hérode n’aurait pas eu besoin des mages comme éclaireurs. L’astre est nécessaire. Mais curieusement il n’est utile que pour ceux qui ont déjà su le voir et en apprécier la valeur (cf. v. 2 et 9). Quand Hérode interroge à son sujet, nous en déduisons que lui-même ne l’a pas vu. Mener les voyageurs à l’enfant de Bethléem est une action conjointe et des Écritures et du signe céleste.

Au terme de l’enquête, le signe céleste laisse place à «l’enfant avec Marie sa mère». Ceux-ci remplissent tout le regard des mages qui peuvent alors se prosterner et offrir ce qu’ils ont de plus beau.

Au terme de l’enquête, des païens, partis sur un signe ambigu, ont su trouver Dieu, au contraire des héritiers de l’histoire de l’Alliance, rois, prêtres et scribes d’Israël – qui avaient pourtant tous les éléments en main.

Et l’intérêt du récit rebondit. Il ne s’agit pas seulement d’une merveilleuse histoire à suspense. Il s’agit d’un interrogation : nous, lecteurs chrétiens, qui sommes à la croisée du monde païen et de l’héritage juif, sommes-nous capables de suivre les mages sur les chemins de la foi ?

Un astre à son lever

Partons du contraste entre ce qui se passe à Jérusalem dans la première partie du récit (v. 1-8) et ce qui se passe à Bethléem dans la deuxième partie (v.9-12). 

À Jérusalem, Hérode et toute la ville étaient «troublés» par la demande des mages ; à Bethléem, ceux-ci éprouvent «une très grande joie» devant l’astre qui les guide. A Jérusalem, le roi Hérode ne cessait de s’agiter et de parler ; à Bethléem, l’enfant ne fait rien d’autre que recevoir l’hommage des païens. D’un côté le tumulte et l’inquiétu­de, de l’autre la joie et le silence.

Dès que l’astre s’arrête, le temps est comme suspendu. Qu’est-ce que Matthieu décrit ? La vue de l’astre qui comble de joie, puis la vue de l’enfant et de sa mère qui appelle un hommage.

Et si Matthieu proposait un itinéraire à son lecteur ? Prendre la route avec les mages, quitter le tumulte de Jérusalem pour la joie de Bethléem. Quitter Hérode pour le Messie. Et s’arrêter le temps qu’il faudra.

Être croyant, ce n’est pas seulement savoir des choses sur Dieu. Les scribes et les grands prêtres savaient ce qu’il en était des rapports entre le Messie et Bethléem. Ils n’ont pas reconnu Jésus pour autant. Ils le rejetteront et le crucifieront. Dès le début de l’Évangile, le lecteur, lui, sait qui est Jésus, sa double origine, à la fois divine et royale. Il connaît le lieu de sa naissance. Mais que faire de ce savoir ? L’histoire des mages devient alors exemplaire.

À la fin de la rencontre avec Hérode, les mages en savent autant que le lecteur. Redisons-le : pour la foi, la connaissance des Écritures est une réalité incontournable. Le détour par Jérusalem était nécessaire pour que les mages païens entendent les mots du Livre de l’Alliance, même prononcés par des scribes insensibles, même murmu­rés par un Hérode hypocrite. Qu’ils n’aient pas tout compris importe moins que l’orienta­tion donnée alors à leur itinéraire.

Néanmoins, les Écritures seules ne suffisent pas. Il leur fallait retrouver ce qui les avait mis en route, «l’astre vu à l’Orient» – ou bien, selon une autre traduction possible, «l’astre à son lever». Or en lui-même un astre est ambigu. Que ne fait-on pas dire au soleil, à la lune et aux étoiles ! Matthieu est clair : dès qu’il a montré l’enfant, le signe céleste devient inutile et il n’en parle plus. Le seul astre qui reste, celui qui guide, qui précède et réjouit les hommes, c’est désormais l’enfant de Bethléem, «Emmanuel», Dieu-avec-nous.

Par un chemin où ne manquent ni les ambiguïtés, ni les errements, ni l’ignorance, les mages nous conduisent vers le seul vrai roi de l’univers.

Par un chemin où se vérifie la qualité de notre foi, Matthieu nous conduit vers celui qui a promis qu’il serait toujours avec nous (Mt 28,20) et qui, au coeur du quotidien, s’identifie avec les plus démunis (Mt 25,31s).

La violence toujours menace, celle des puissants, celle des savants. Mais, astre des astres, c’est lui Jésus qui désormais nous guide et nous réconforte. Il nous ouvre les Écritures et nous fait entendre la voix du Dieu de l’Alliance. Par lui, les Écritures nous procurent de la joie. C’est lui que nous retrouvons dans le visage de tout homme pauvre, étranger, nu, malade ou prisonnier… Qu’avons-nous à lui offrir ?

Jusqu’à la fin du monde, il est l’astre né à l’Orient.

 

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