ANCIEN TESTAMENT, CHRIST ROI, DEUXIEME LIVRE DE SAMUEL, EVANGILE SELON SAINT LUC, FETE DU CHRIST ROI, FETE LITURGIQUE, LETTRE DE SAINT PAUL AUX COLOSSIENS, NOUVEAU TESTAMENT, PSAUME 121

Fête du Christ-Roi : lectures et commentaires : dimanche 24 noembre 2019

Fête du Christ-Roi : dimanche 24 novembre 2019.

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Commentaires du dimanche 24 novembre

 

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

 

PREMIERE LECTURE – deuxième livre de Samuel 5,1-3

En ces jours-là,
Toutes les tribus d’Israël vinrent trouver David à Hébron
et lui dirent :
« Nous sommes de tes os et de ta chair.
Dans le passé, déjà, quand Saül était notre roi,
C’est toi qui menais Israël en campagne et le ramenais
et le SEIGNEUR t’a dit :
Tu seras le berger d’Israël mon peuple,
tu seras le chef d’Israël. »
Ainsi, tous les anciens d’Israël
vinrent trouver le roi à Hébron.
Le roi David fit alliance avec eux,
à Hébron, devant le SEIGNEUR.
Ils donnèrent l’onction à David
pour le faire roi sur Israël.

Un mot sur la ville d’Hébron d’abord : on l’appelle aussi Qiryat-Arba ; c’est une ville des montagnes de Judée ; elle se trouve à 1000 m d’altitude, à environ quarante kilomètres au Sud de Jérusalem. Elle est très importante encore aujourd’hui pour les croyants des trois religions parce que c’est là qu’Abraham a acheté un tombeau pour Sara, à la caverne de Makpéla. Et donc c’est là, à Hébron, que reposent plusieurs des patriarches (des ancêtres du peuple élu, si vous préférez) : Abraham et Sara, Isaac et Rébecca, Jacob et sa première femme, Léa et enfin Joseph, dont le corps a été ramené d’Egypte jusque-là.
Un peu d’histoire maintenant, pour comprendre le texte d’aujourd’hui : le texte est un peu compliqué à première vue parce que David est appelé roi et en même temps on voit les anciens d’Israël qui viennent le trouver à Hébron pour lui demander de devenir leur roi : en fait, David est déjà reconnu comme roi par une partie du peuple, mais une partie seulement. Et ce jour-là, à Hébron, il est devenu le roi de l’ensemble des douze tribus.
Alors, comment en est-on arrivés là ? On se souvient que les fils d’Israël sont entrés sur leur terre vers 1200 av. J.C., après la mort de Moïse. Pendant un peu plus d’un siècle, les douze tribus ont vécu indépendantes ; pas complètement tout de même parce qu’elles gardaient entre elles un lien très fort : celui de leur histoire commune, et surtout la reconnaissance du même Dieu qui les avait fait « monter d’Egypte », comme on disait. Pendant la période qu’on appelle des « Juges », quand un danger menaçait une tribu, un chef temporaire, qu’on appelait un « juge », prenait la direction des opérations jusqu’à ce que le danger soit écarté. Les « juges » en question assuraient les fonctions de gouverneur, parfois même de prophète ; c’était le cas de Samuel justement, celui dont le livre que nous lisons aujourd’hui porte le nom.
Mais il n’était pas question d’avoir un roi, les tribus n’étaient pas assez unies pour cela et puis Dieu seul était le roi d’Israël. Mais peu à peu, une idée de fédération est née et l’envie les a pris d’avoir un roi, comme tous les autres peuples. Au moment où il a fallu songer à assurer la succession de Samuel lui-même qui semble avoir acquis une très large autorité, la question s’est reposée et ils ont demandé à Samuel de choisir un roi pour lui succéder. Samuel a très mal pris la chose parce qu’il y voyait un acte d’insoumission envers Dieu, mais rien n’y a fait.
Samuel a tout fait pour les dissuader (pour s’en convaincre, il suffit de relire le chapitre 8 du premier livre de Samuel), mais il a eu beau parler, il a bien fallu en arriver là. Ce premier roi d’Israël fut Saül. Il a régné une vingtaine d’années, environ de 1030 à 1010 av. J. C. Après un début glorieux, la fin de son règne est triste, il perd peu à peu la raison, il désobéit aux ordres du prophète Samuel : de son vivant il est désavoué et Samuel, sur ordre de Dieu, choisit déjà David, le petit berger de Bethléem pour être son successeur. David a donc reçu l’onction d’huile une première fois de la main de Samuel, à Bethléem ; mais il n’est pas roi pour autant : dans un premier temps, c’est encore Saül le roi en titre. On connaît la suite : David, dont on sait les talents de musicien, est appelé au service de Saül pour le distraire ; puis, peu à peu, ses attributions augmentent quand on découvre ses talents de chef de guerre. De plus, il conquiert l’affection de tous et, en particulier, noue une grande amitié avec Jonathan, le fils de Saül.
Le roi décline, un jeune à qui tout réussit est entré à la cour : cela ne peut que mal tourner ; Saül devient mortellement jaloux et cherche à plusieurs reprises à se débarrasser de ce rival : David, lui, reste toujours d’une parfaite loyauté à son roi, parce qu’il respecte en lui le roi choisi par Dieu.
Après la mort de Saül, il y a une querelle de succession : le pays se divise en deux : David est reconnu comme roi, mais seulement par une partie du peuple, la tribu de Juda, dans le Sud, dont il est originaire. Il règne à Hébron. Au Nord, en revanche, c’est encore un fils de Saül qui règnera quelque temps, sept ans et demi, nous dit la Bible : après des quantités d’intrigues, de complots, de meurtres dans le royaume du Nord, le fils de Saül est assassiné et c’est à ce moment-là que les tribus du Nord, privées de roi, se tournent vers David. Avec le texte d’aujourd’hui, nous assistons donc à la scène du ralliement des tribus du Nord : « Toutes les tribus d’Israël vinrent trouver David à Hébron et lui dirent : Nous sommes de tes os et de ta chair ! Dans le passé, déjà, quand Saül était notre roi, c’est toi qui menais Israël en campagne et le ramenais… Et le SEIGNEUR t’a dit : Tu seras le berger d’Israël mon peuple… Le roi David fit alliance avec eux, à Hébron, devant le SEIGNEUR. Ils donnèrent l’onction à David pour le faire roi sur Israël ».
Voilà donc les douze tribus enfin réunies sous la houlette d’un unique pasteur, à la fois choisi par Dieu et reconnu par ses frères comme un des leurs. Sa désignation par Dieu est manifestée par l’onction qui lui est faite avec l’huile sainte et désormais il porte le titre de « Messie » qui veut dire justement le « frotté d’huile ». Cette onction d’huile est le signe que Dieu l’a choisi et que l’Esprit de Dieu est avec lui ; et c’est Dieu qui lui a fixé sa tâche : être un pasteur, un berger pour son peuple. Bel idéal pour un roi !
On sait bien ce qu’il en est ! Cet idéal d’un roi, à la fois issu de son peuple et choisi par Dieu, qui soit un pasteur uniquement préoccupé d’offrir à son troupeau l’unité et la sécurité, restera malheureusement tout au long de l’histoire d’Israël un rêve. Mais la foi dans les promesses de Dieu l’emportera toujours sur les déceptions de l’histoire : on continuera d’attendre celui qui porterait dignement le nom de Messie. En grec, la traduction du mot « Messie », c’est le mot « Christos », Christ… Mille ans après David, un de ses lointains descendants qu’on appellera souvent « Fils de David » inaugurera enfin ce règne définitif : il dira de lui-même « Je suis le bon pasteur ».

 

PSAUME – 121 (122), 1-2, 3-4, 5-6

Quelle joie quand on m’a dit :
« Nous irons à la maison du SEIGNEUR ! »
2 Maintenant notre marche prend fin devant tes portes, Jérusalem !

3 Jérusalem, te voici dans tes murs ! Ville où tout ensemble ne fait qu’un !
4 C’est là que montent les tribus, les tribus du SEIGNEUR, là qu’Israël doit rendre grâce au nom du SEIGNEUR.

5 C’est là le siège du droit, le siège de la maison de David.
6 Appelez le bonheur sur Jérusalem :
Paix à ceux qui t’aiment ! »

« Maintenant notre marche prend fin devant tes portes, Jérusalem ! » C’est un pèlerin qui parle : son groupe vient d’arriver aux portes de la ville sainte, enfin ! Nous sommes après l’Exil à Babylone : le Temple détruit, dévasté, profané par les troupes de Nabuchodonosor en 587 av.J.C., a été reconstruit vers 515 av.J.C. La ville aussi a été rebâtie : notre pèlerin constate avec joie : « Jérusalem, te voici dans tes murs ! » Et il continue « ville où tout ensemble ne fait qu’un » ; il parle de l’assemblage des constructions, bien sûr ; mais aussi de l’unité du peuple autour de cette ville où l’on s’assemble pour renouveler l’Alliance avec Dieu. Une promesse commune, un destin commun maintiennent ce peuple dans l’unité.
Et si Dieu a ordonné de venir régulièrement en pèlerinage à Jérusalem, c’est pour maintenir justement l’unité du peuple dans la ferveur et la joie de l’Alliance. Car ce pèlerinage, comme tous les autres, obéit à un ordre de Dieu : « C’est là que montent les tribus, les tribus du SEIGNEUR, c’est là qu’Israël doit rendre grâce au nom du SEIGNEUR ». Le mot « tribus » est un rappel de l’Exode ; le mot « monter » également : Jérusalem est située sur la hauteur, il faut y monter, c’est vrai ; mais le mot « monter » est aussi une allusion à la libération d’Egypte : quand on parle de cette libération, on dit « Dieu nous a fait monter du pays d’Egypte ».
Désormais on monte à Jérusalem en pèlerinage : et on « monte » vraiment : le pèlerinage se fait à pied, parfois de très loin, dans la fatigue, la chaleur, la soif, mais aussi la ferveur du coude à coude et des difficultés surmontées ensemble ; (nos parcours en autocar, de Jéricho à Jérusalem, par exemple, ne peuvent pas assurer, de la même manière cette cohésion du groupe et cette ferveur commune). Quand le pèlerin de notre psaume s’exclame « Maintenant, notre marche prend fin ! », il exprime tout à la fois l’émerveillement devant le spectacle de la ville et le soulagement d’être arrivés, enfin !… Donc, on monte à Jérusalem, comme les tribus sont montées du pays d’Egypte, sous la conduite de Moïse, puis de Josué, grâce à la protection du Dieu libérateur. Dans le verset : « C’est là que montent les tribus, les tribus du SEIGNEUR », l’expression « tribus du SEIGNEUR », elle aussi, est un rappel de l’Alliance, au moins pour deux raisons : d’abord l’emploi du nom « SEIGNEUR » : c’est le fameux Nom révélé à Moïse dans le buisson ardent ; quant à la préposition « du » (« les tribus du SEIGNEUR »), elle dit l’appartenance qui est justement caractéristique de l’Alliance : l’une des formules de l’Alliance, on pourrait presque dire sa devise, était « Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu ».
Et si l’on monte à Jérusalem, chaque année pour la fête des Tentes, c’est pour se retremper dans la ferveur de l’Alliance au cours des multiples célébrations qui en déploieront tous les aspects. Mais le point commun de toutes ces célébrations, ce sera l’action de grâce au Dieu d’Israël pour son Alliance et sa fidélité. « C’est là que montent les tribus, les tribus du SEIGNEUR, c’est là qu’Israël doit rendre grâce au nom du SEIGNEUR. » « Rendre grâce au nom du SEIGNEUR » c’est précisément la vocation d’Israël ; tant que l’humanité tout entière n’aura pas reconnu son Seigneur, c’est le rôle d’Israël au milieu des nations d’être le peuple de l’action de grâce. En même temps, on donne l’exemple, en quelque sorte, en attendant le jour béni où toutes les nations seront ici rassemblées. Il faut relire le magnifique texte d’Isaïe où Israël et les nations sont évoqués tour à tour : manière de montrer à quel point le destin d’Israël et celui des nations sont imbriqués ; si Israël a été choisi, ce n’est pas pour son bénéfice propre, c’est pour être au milieu du monde le témoin de Dieu : « Il arrivera dans l’avenir que la montagne de la Maison du SEIGNEUR sera établie au sommet des montagnes et dominera sur les collines. Toutes les nations y afflueront. Des peuples nombreux se mettront en marche et diront : Venez à la montagne du SEIGNEUR, à la Maison du Dieu de Jacob. Il nous montrera ses chemins et nous marcherons sur ses routes. Oui, c’est de Sion que vient l’instruction, et de Jérusalem la parole du SEIGNEUR. » (Is 2,2-3) 1.
« C’est là le siège du droit, le siège de la maison de David » : toute l’espérance attachée à la famille de David est redite là ; on se souvient de la promesse faite à David par le prophète Natan : « Lorsque tes jours seront accomplis et que tu seras couché avec tes pères, j’élèverai ta descendance après toi, celui qui sera issu de toi-même et j’établirai fermement sa royauté… » (2 S 7,12). Depuis cette promesse, on attend le roi idéal qui gouvernera selon le coeur de Dieu, c’est-à-dire selon le droit et la justice. Quand ce psaume est chanté après l’Exil à Babylone, il n’y a plus de roi sur le trône de David, mais la promesse demeure car Dieu ne peut se renier lui-même, comme dira Saint Paul ; et si on rappelle solennellement cette promesse dans les célébrations, c’est pour raviver l’espérance : le jour de Dieu viendra ; ce jour-là, il y aura de nouveau un roi sur le trône de David, un roi juste…
Un roi qui permettra enfin à Jérusalem d’accomplir sa vocation : « ville de la paix ». Car le souhait adressé à Jérusalem « Que la paix règne dans tes murs ! » n’est pas seulement un voeu pieux, une phrase gentille comme on peut s’en dire en se retrouvant. C’est le cri du coeur : le peuple d’Israël sait qu’il a vocation à être déjà sur cette terre le témoin de la paix que seul Dieu peut donner. Des siècles plus tard, nous fêtons celui qui a inauguré le règne tant espéré par des générations de pèlerins de la ville sainte : « règne de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d’amour et de paix », comme le dit la superbe préface de la fête du Christ-Roi. C’est déjà cette espérance qui soulève les pèlerins, dès le début du pèlerinage : « Quelle joie quand on m’a dit : Nous irons à la maison du SEIGNEUR ».

Note
1 – Ce sera notre première lecture du premier dimanche de l’Avent de l’année A, dimanche prochain !

 

DEUXIEME LECTURE – lettre de Saint Paul aux Colossiens 1,12-20

Frères,
12 rendez grâce à Dieu le Père
qui vous a rendus capables
d’avoir part à l’héritage des saints
dans la lumière.
13 Nous arrachant au pouvoir des ténèbres,
il nous a placés dans le Royaume de son Fils bien-aimé,
14 en lui nous avons la rédemption,
le pardon des péchés.
15 Il est l’image du Dieu invisible,
le premier-né, avant toute créature,
16 en lui, tout fut créé
dans le ciel et sur la terre.
Les êtres visibles et invisibles,
Puissances, Principautés,
Souverainetés, Dominations,
tout est créé par lui et pour lui.
17 Il est avant toute chose,
et tout subsiste en lui.
18 Il est aussi la tête du corps, la tête de l’Eglise :
c’est lui le commencement,
le premier-né d’entre les morts,
afin qu’il ait en tout la primauté.
19 Car Dieu a jugé bon qu’habite en lui toute plénitude
et que tout, par le Christ,
20 lui soit enfin réconcilié,
faisant la paix par le sang de sa Croix,
la paix pour tous les êtres
sur la terre et dans le ciel.

Ce texte est à la fois magnifique et terriblement difficile ; mais nous pressentons bien qu’il va très loin dans la contemplation du mystère de notre foi : il résonne comme un credo, une synthèse du mystère du Christ tel que Paul et les premiers Chrétiens1 ont pu le découvrir. On a là une grande fresque du projet de Dieu et l’affirmation que cette oeuvre de Dieu est accomplie en Jésus-Christ. Tout a été créé en lui ET tout a été recréé, réconcilié en lui. Jésus-Christ est vraiment le centre du monde et de l’histoire.
D’abord une remarque, tout ce qui est dit du projet de Dieu est dit au passé : « Il vous a rendus capables… Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres… Il nous a fait entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé »… et à la fin du texte : « Dieu a voulu que dans le Christ, toute chose ait son accomplissement total… Dieu a voulu tout réconcilier par lui et pour lui… » Manière de dire que ce projet de Dieu est conçu de toute éternité.
En revanche, tout ce qui concerne le Christ est dit au présent : « En lui nous sommes rachetés, en lui nous sommes pardonnés… Il est l’image du Dieu invisible, Il est avant tous les êtres… Il est la tête du corps qui est l’Eglise… Il est le commencement, le premier-né d’entre les morts »… Ce mystère du Christ se déploie en chacun de nous tout au long de notre histoire humaine.
« Il est l’image du Dieu invisible » : c’est peut-être la clé de la pensée de Paul : à la première Création, Dieu a fait l’homme à son image et à sa ressemblance ; la vocation de tout homme, c’est d’être l’image de Dieu. Or le Christ est l’exemplaire parfait, si l’on ose dire, il est véritablement l’homme à l’image de Dieu : en contemplant le Christ, nous contemplons l’homme, tel que Dieu l’a voulu. « Voici l’homme » (Ecce homo) dit Pilate à la foule, sans se douter de la profondeur de cette déclaration !
Mais, en Jésus, nous contemplons également Dieu lui-même : dans l’expression « image du Dieu invisible » appliquée à Jésus-Christ, il ne faudrait pas minimiser le mot « image » : il faut l’entendre au sens fort ; en Jésus-Christ, Dieu se donne à voir ; ou pour le dire autrement, Jésus est la visibilité du Père : « Qui m’a vu a vu le Père » dira-t-il lui-même à Philippe (dans l’évangile de Jean : Jn 14,9). Un peu plus bas dans cette même lettre, Paul dit encore : « En Christ habite toute la plénitude de la divinité » (Col 2,9). Il réunit donc en lui la plénitude de la créature et la plénitude de Dieu : il est à la fois homme et Dieu. En contemplant le Christ, nous contemplons l’homme… en contemplant le Christ, nous contemplons Dieu.
Reste à savoir pourquoi le sang de la croix du Christ, comme dit Saint Paul, nous réconcilie avec Dieu. Et là, le problème, semble-t-il, c’est que ce texte peut être lu de deux manières : première manière, mais qui donne de Dieu une idée complètement fausse : Dieu aurait voulu que Jésus souffre beaucoup pour mériter l’effacement de nos péchés… Mais il faut tourner résolument le dos à des explications de ce genre ; on sait bien qu’il ne s’agit pas de payer une dette à Dieu. Deuxième manière de comprendre ce texte, et c’est celle que je vous propose : c’est la haine des hommes qui tue le Christ, mais, par un mystérieux retournement, cette haine est transformée par Dieu en un instrument de réconciliation, de pacification.
A l’échelle humaine, nous avons parfois des exemples de cet ordre : je pense à des hommes comme Itzak Rabin, Martin Luther King, Gandhi, Sadate… Ils ont prêché la paix, l’égalité entre les hommes, et cela leur a coûté la vie ; ils ont été victimes de la haine des hommes ; mais, paradoxalement, leur mort a inauguré un progrès de la paix et de la réconciliation. Un témoignage d’amour et de pardon, qui va parfois jusqu’au sacrifice de sa vie, est un ferment de paix. Parce qu’il nous montre le chemin, il attendrit notre coeur, si nous le voulons bien.
Mais cela ne suffit pas à réconcilier l’humanité tout entière avec Dieu car ils ne sont que des hommes. Jésus, lui, est l’homme – Dieu : il est à la fois le Dieu qui pardonne et l’humanité qui est pardonnée ; ce qui nous réconcilie, c’est que le pardon accordé par le Christ à ses bourreaux, est le pardon même de Dieu. C’est Dieu qui pardonne… par pure miséricorde de sa part. Désormais, nous savons, parce que nous l’avons vu de nos yeux, jusqu’où va l’amour et le pardon de Dieu. C’est pour cela que nous avons des crucifix dans nos maisons. Ajoutons que seul Jésus, parce qu’il est Dieu, peut nous transmettre l’Esprit de Dieu pour que nous devenions capables de pardonner à notre tour.
Comme dit Saint Paul, il a plu à Dieu de nous pardonner à travers Jésus-Christ : « Dieu a jugé bon qu’habite en lui toute plénitude et que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa Croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel. » Au jour du Vendredi-Saint sur le Calvaire, celui que nous appelons « le bon larron » fut le premier bénéficiaire de cette réconciliation. (c’est l’évangile de cette fête du Christ-Roi).
Ce n’est pas magique pour autant, on ne le sait que trop : cette Nouvelle Alliance inaugurée en Jésus-Christ est offerte mais nous demeurons libres de ne pas y adhérer ; pour nous, baptisés, elle devrait être un sujet sans cesse renouvelé d’émerveillement et d’action de grâce ; c’est pourquoi Paul commençait sa contemplation par : « Rendez grâce à Dieu le Père qui vous a rendus capables d’avoir part, dans la lumière, à l’héritage du peuple saint ». Il s’adressait à ceux qu’il appelle « les saints », c’est-à-dire les baptisés. L’Eglise, par vocation, c’est le lieu où l’on rend grâce à Dieu. Ne nous étonnons pas que notre réunion hebdomadaire s’appelle « Eucharistie » (littéralement en grec « action de grâce »).

* Personne, aujourd’hui, ne sait dire avec certitude si cette lettre émane de Paul ou d’un de ses très proches disciples.

 

EVANGILE – selon Saint Luc 23,35-43

En ce temps-là,
On venait de crucifier Jésus,
35 et le peuple restait là à observer.
Les chefs tournaient Jésus en dérision et disaient :
« Il en a sauvé d’autres :
qu’il se sauve lui-même,
s’il est le Messie de Dieu, l’Elu ! »
36 Les soldats aussi se moquaient de lui.
S’approchant, ils lui présentaient de la boisson vinaigrée,
37 en disant :
« Si tu es le roi des Juifs,
sauve-toi toi-même ! »
38 Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui :
« Celui-ci est le roi des Juifs. »
39 L’un des malfaiteurs suspendus en croix
l’injuriait :
« N’es-tu pas le Christ ?
Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! »
40 Mais l’autre lui fit de vifs reproches :
« Tu ne crains donc pas Dieu !
Tu es pourtant un condamné, toi aussi !
41 Et puis, pour nous, c’est juste :
après ce que nous avons fait,
nous avons ce que nous méritons.
Mais lui, il n’a rien fait de mal. »
42 Et il disait :
« Jésus, souviens-toi de moi
quand tu viendras dans ton Royaume. »
43 Jésus lui déclara :
« Amen, je te le dis :
aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »

Trois fois retentit la même interpellation à Jésus crucifié : « Si tu es… » ; « Si tu es le Messie » ricanent les chefs… « Si tu es le roi des Juifs », se moquent les soldats romains … « Si tu es le Messie » injurie l’un des deux malfaiteurs crucifiés en même temps que lui. Au passage, on note que chacun interpelle Jésus à partir de sa situation personnelle : les chefs religieux du peuple juif attendent le Messie, l’Elu de Dieu… et à leurs yeux, il en a bien peu l’air. Les soldats romains, membres de l’armée d’occupation ricanent sur ce prétendu roi, si mal défendu… Quant au malfaiteur, il attend quelqu’un qui le sauve de la mort : lui aussi en appelle au Messie.
Ces trois interpellations ressemblent étrangement au récit des Tentations dans le désert, au début de la vie publique de Jésus (Luc 4) : trois interpellations, là aussi… par le diable cette fois : « Si tu es le Fils de Dieu… » : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. »… « Si tu es le Fils de Dieu… jette-toi en bas, car il est écrit : Il donnera pour toi à ses anges l’ordre de te garder »… et la deuxième tentation concernait justement le titre de roi. Le Tentateur lui avait fait voir d’un seul regard tous les royaumes de la terre et lui avait dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir, et la gloire de ces royaumes, car cela m’appartient et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. »
Dans ces deux étapes de la vie du Christ (telle qu’elle est rapportée par saint Luc), la question est au fond la même : quel est le rôle du Messie ? Est-ce un chef politique ou religieux ? Quelqu’un qui a tout pouvoir pour tout arranger ? Un roi tout-puissant ? Si c’est cela, Jésus ne répond évidemment pas à ce schéma : ce condamné, crucifié comme un malfaiteur n’a pas grand chose apparemment d’un roi de l’univers. Il ne répond rien d’ailleurs à ces mises en demeure de montrer enfin son pouvoir.
Dans l’épisode des Tentations, à chacune des provocations du diable, Jésus avait répondu par une phrase de l’Ecriture. « Il est écrit : Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre. »… « Il est écrit : Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c’est lui seul que tu adoreras. »… « Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
L’Ecriture était sa référence pour résister ; et on peut bien penser que, tout au long de sa vie terrestre, chaque fois qu’il a affronté des tentations concernant sa mission de Messie, c’est la référence à l’Ecriture qui lui a permis de tenir le cap.
Sur la Croix, au contraire, Jésus ne répond pas, il ne dit rien tout au long de cette scène de provocations. Et pourtant l’interpellation est de taille : Messie, il l’est et il le sait ; or le Messie est celui qui sauvera le monde : il devrait donc bien se sauver lui-même ! Cela, c’est notre logique humaine, c’est la logique de ses interlocuteurs. Et c’est de cela qu’il meurt : il meurt de n’avoir pas été conforme à leur logique, à leur idée du Messie.
Mais Jésus sait, lui, que Dieu seul sauve ; il attend son propre salut de Dieu seul. D’ailleurs son nom le dit bien : « Jésus » cela veut dire « C’est Dieu qui sauve ». Il n’a donc rien à ajouter, rien à répondre ; il attend dans la confiance ; il sait que Dieu ne l’abandonnera pas à la mort. Les Tentations sont une fois pour toutes surmontées : il est resté fidèle à sa mission, il ne s’est pas dérobé aux conséquences. Le voilà livré totalement aux mains des hommes : que pourrait-il répondre de plus à ses adversaires ? Donc, il se tait !
En revanche, cet épisode des injures est encadré dans l’évangile de Luc par deux paroles de Jésus, deux paroles de pardon : la deuxième, nous venons de l’entendre, c’est la phrase adressée à celui que nous appelons « le bon larron » ; la première est rapportée par Luc juste avant le passage d’aujourd’hui : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Parole humaine et divine à la fois ; puisqu’il est l’homme-Dieu : le pardon accordé par le Christ à ses bourreaux est le pardon même de Dieu. En Jésus, homme et Dieu, c’est Dieu qui pardonne… nous sommes réconciliés, il nous suffit d’accueillir cette réconciliation.
C’est très exactement ce que fait celui qui nous est donné en exemple, le « bon larron » : il reconnaît Jésus comme le Messie, il l’appelle au secours… prière d’humilité et de confiance… Il lui dit « Souviens-toi », ce sont les mots habituels de la prière que l’on adresse à Dieu : à travers Jésus, c’est donc au Père qu’il s’adresse : « Jésus, souviens-toi de moi, quand tu viendras inaugurer ton règne » ; on a envie de dire « Il a tout compris ». Et Jésus lui répond : « Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis ». « Aujourd’hui » : l’attitude de vérité et d’humilité de cet homme qui n’était sûrement pas un enfant de choeur (comme on dit) est la seule condition pour que ce jour soit l’aujourd’hui du salut pour lui.
Au-delà même des Tentations au désert, on se souvient d’un autre homme (Adam), dans un autre jardin, qu’on appelait Eden, le lieu du bonheur, le lieu de délices ; il avait été créé pour être le roi de la création : « Dominez la terre et soumettez-la » ; il était libre mais il n’était pas tout-puissant : il dépendait de Dieu. Mais il a voulu être « comme un dieu ».
« Si tu es le Fils de Dieu » : au fond c’est toujours la même histoire ; Adam s’est trompé : il a cru qu’être fils de Dieu, on le décidait soi-même… il a cru le diable qui disait « vous serez comme des dieux » et il a été chassé du Paradis ; Jésus, au contraire, dont le nom veut dire « C’est Dieu qui sauve », Jésus a attendu le salut de Dieu seul… il nous ouvre les portes du Paradis.

BERNARD DE CLAIRVAUX, BERNARD DE CLAIRVAUX (saint ; 1091-1153), FETE DE LA TOUSSAINT, FETE LITURGIQUE, JOHN HNERY NEWMAN (1801-1890), PRIERE, SERMONS

Premier novembre : fête de la Toussaint

Le premier novembre : Fête de tous les saints

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« Recherchons les choses d’en-haut « ,

Une homélie de saint Bernard pour la Toussaint

 

 Du fond des siècles, la prédication de St. Bernard de Clairvaux nous parvient et n’a rien perdu de sa fougue! Il nous confie une chose essentielle: les saints ne sont pas faits que pour être admirés! Nous sommes tous appelés à faire partie de “la foule immense des témoins” dont le grand bonheur est de voir un jour le visage du Seigneur et d’être semblable à lui (1 Jn 3,2). Tel est le sens de la fête de la Toussaint célébrée le 1er novembre.

Pourquoi notre louange à l’égard des saints, pourquoi notre chant à leur gloire, pourquoi cette fête même que nous célébrons ? Que leur font ces honneurs terrestres, alors que le Père du ciel, en réalisant la promesse du Fils, les honore lui-même ? De nos honneurs les saints n’ont pas besoin, et rien dans notre culte ne peut leur être utile. De fait, si nous vénérons leur mémoire, c’est pour nous que cela importe, non pour eux. […] Pour ma part, je l’avoue, je sens que leur souvenir allume en moi un violent désir […]

Le premier désir, en effet, que la mémoire des saints éveille, ou plus encore stimule en nous, le voici : nous réjouir dans leur communion tellement désirable et obtenir d’être concitoyens et compagnons des esprits bienheureux, d’être mêlés à l’assemblée des patriarches, à la troupe des prophètes, au groupe des Apôtres, à la foule immense des martyrs, à la communauté des confesseurs, au chœur des vierges, bref d’être associés à la joie et à la communion de tous les saints. […] Cette Église des premiers-nés nous attend, et nous n’en aurions cure ! Les saints nous désirent et nous n’en ferions aucun cas ! Les justes nous espèrent et nous nous déroberions !

Réveillons-nous enfin, frères ; ressuscitons avec le Christ, cherchons les réalités d’en haut ; ces réalités, savourons-les. Désirons ceux qui nous désirent, courons vers ceux qui nous attendent, et puisqu’ils comptent sur nous, accourrons avec nos désirs spirituels. {…] Ce qu’il nous faut souhaiter, ce n’est pas seulement la compagnie des saints, mais leur bonheur, si bien qu’en désirant leur présence, nous ayons l’ambition aussi de partager leur gloire, avec toute l’ardeur et les efforts que cela suppose. Car cette ambition-là n’a rien de mauvais : nul danger à se passionner pour une telle gloire. […]

Et voici le second désir dont la commémoration des saints nous embrase : voir, comme eux, le Christ nous apparaître, lui qui est notre vie, et paraître, nous aussi, avec lui dans la gloire. Jusque-là, il ne se présente pas à nous comme il est en lui-même, mais tel qu’il s’est fait pour nous : notre Tête, non pas couronnée de gloire, mais ceinte par les épines de nos péchés […] Viendra le jour de l’avènement du Christ : alors on n’annoncera plus sa mort de manière à nous faire savoir que nous aussi sommes morts et que notre vie est cachée avec lui. La Tête apparaîtra dans la gloire, et avec elles les membres resplendiront de gloire, lorsque le Christ restaurera notre corps d’humilité pour le configurer à la gloire de la Tête, puisque c’est lui la Tête.

Cette gloire, il nous faut la convoiter d’une absolue et ferme ambition. […] Et vraiment, pour qu’il nous soit permis de l’espérer, et d’aspirer à un tel bonheur, il nous faut rechercher de tout cœur l’aide et la prière des saints : ce qui est au-dessus de nos forces puisse-t-il nous être donné par leur intercession !

 

Saint Bernard de Clairvaux (1090-1153)

 

 

Rayonne à travers moi !

 

A l’approche de la Toussaint, voici une prière du Cardinal Newman (1801-1890) qui pourrait être un programme de sainteté.

Seigneur Jésus,
inonde-moi de ton Esprit et de ta vie.
Prends possession de tout mon être
pour que ma vie ne soit
qu’un reflet de la tienne

Rayonne à travers moi, habite en moi,
et tous ceux que je rencontrerai
pourront sentir ta Présence auprès de moi,
en me regardant ils ne verront plus que Toi seul,
Seigneur!

Demeure en moi et alors je pourrai,
comme Toi, rayonner,
au point d’être à mon tour
une lumière pour les autres,
lumière, Seigneur,
qui émanera complètement de Toi,
c’est Toi qui, à travers moi,
illuminera les autres.

Ainsi ma vie deviendra une louange à ta gloire,
la louange que tu préfères,
en te faisant rayonner sur ceux qui nous entourent.
Par la plénitude éclatante de l’amour
que te porte mon cœur. Amen.

 

https://www.jeunes-cathos.fr/toussaint/recherchons-les-choses-den-haut-une-homelie-de-saint-bernard-pour-la-toussaint

CROIX GLORIEUSE, FETE LITURGIQUE, FETES DE LA SAINTE CROIX, JESUS-CHRIST

Fêtes de la Sainte Croix

Fêtes de la Croix

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Icône russe de l’Exaltation de la Croix. (Icône de Iaroslavl par Goury Nikitine, 1680. Galerie Tretiakov, Moscou).

Les calendriers liturgiques chrétiens comportent différentes Fêtes de la Croix qui célèbrent toutes la Croix ayant servi à la crucifixion de Jésus-Christ. Alors que le Vendredi saint commémore la Passion du Christ et sa crucifixion, ces jours de fête honorent la Croix elle-même comme instrument du Salut.

Exaltation de la Sainte-Croix, 14 septembre

Cette fête s’appelle en grec ancien : Ὕψωσις τοῦ Τιμίου καὶ Ζωοποιοῦ Σταυροῦ, « Exaltation de la précieuse et vivifiante Croix » et en latin : Exaltatio Sanctae Crucis.

Selon une tradition largement répandue, la Vraie Croix fut découverte en 326 par sainte Hélène, mère de l’empereur Constantin le Grand, lors d’un pèlerinage qu’elle fit à Jérusalem. Par ordre d’Hélène et de Constantin, l’église du Saint-Sépulcre fut bâtie sur le lieu de la découverte. L’église, conservant une portion de la Croix, fut consacrée neuf ans plus tard. Une légende raconte qu’en 614, cette relique fut dérobée et emportée par les Perses. Reconquise en 618 par l’empereur byzantin Héraclius, elle fut d’abord rapportée à Constantinople puis renvoyée plus tard à Jérusalem.

La date de la fête commémore la consécration de l’église du Saint-Sépulcre en 3352. Ce fut alors une fête de deux jours : l’église fut consacrée le 13 septembre ; la relique de la Croix fut extraite de l’église le 14 septembre et présentée à l’adoration des fidèles.

 

Pratique occidentale

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Exaltation de la Sainte-Croix, Les Très Riches Heures du duc de Berry (musée Condé, Chantilly)

Dans le rite romain de l’Église catholique, le clergé arbore des habits sacerdotaux de couleur rouge le jour de la Sainte-Croix. Même si ce jour est un dimanche, la messe est celle de la fête avec ses lectures propres. Dans l’Église d’Angleterre et autres Églises anglicanes, le rituel précise également que les vêtements sacerdotaux sont rouges le jour de la Sainte-Croix

Jusqu’en 1960, quand on considérait encore comme premier dimanche de septembre le dimanche plus proche du premier jour du mois, les mercredi, vendredi et samedi de la semaine suivant l’Exaltation de la Croix, la troisième semaine de septembre, constituaient l’un des Quatre-Temps du cycle liturgique annuel, au cours duquel étaient prescrits un jeûne et un rituel approprié. Le Code de Rubriques du pape Jean XXIII définit le premier dimanche de septembre comme le premier qui tombe dans le mois, et par conséquent la troisième semaine, avec la célébration arrivait quelquefois plus tard. Aujourd’hui, l’ordonnancement des célébrations est laissé à l’appréciation de la Conférence épiscopale en fonction des coutumes locales.

Le 14 septembre est la fête capitale de la Congrégation de Sainte-Croix, des Compagnons de la Croix  et de l’ordre monastique anglican de la Sainte-Croix . Cette date est le début du jeûne des Carmélites selon la règle de saint Albert de 1247, qui finit à Pâques. La règle de saint Benoît prescrit cette date comme début de l’hiver des bénédictins, lequel se termine aussi à Pâques.

 

Pratique du rite byzantin

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Croix orthodoxe exposée à la vénération des fidèles pour la fête de l’Exaltation universelle de la précieuse et vivifiante Croix.

Dans le rite byzantin, l’Exaltation (Élévation en grec) universelle de la Précieuse et Vivifiante Croix commémore à la fois l’invention de la Croix en 326 et sa reconquête sur les perses en 628. C’est l’une des douze grandes fêtes du cycle liturgique annuel. Le 14 septembre est un jour de jeûne : la consommation de produits carnés, de laitages et de poisson est proscrite. Il y a un jour d’avant-fête et huit jours d’apodose. Les samedi et dimanche avant et après le 14 septembre comportent des lectures spéciales des Épîtres et de l’Évangile.

La veille de la fête, lors des petites Vêpres, le prêtre prépare un bassin où une croix repose sur un lit de basilic ou de fleurs et la recouvre d’un aër ; il dispose ce bassin sur la table de prothèse ; puis il pose le bassin sur sa tête et, précédé de cierges et du diacre qui encense la croix, il pénètre dans le sanctuaire et dépose le bassin au centre de l’autel, où se trouve normalement le livre de l’Évangile ; celui-ci est déplacé à l’arrière de l’autel. Lors de l’Orthros qui suit, la croix est solennellement transportée au centre de l’église et exposée à la vénération des fidèles.

Les parties des Vêpres et de l’Orthros qui, selon diverses coutumes locales, se tiennent normalement devant l’Icône de la fête (par exemple le chant du polyeleos et l’Évangile de l’Orthros) ont lieu devant la croix9. L’élévation et la cérémonie d’exaltation de la Croix ont lieu à l’Orthros.

La croix demeure au milieu du temple tout le long de l’apodose ; les fidèles la vénèrent chaque fois qu’ils entre ou sortent de l’église. À la fin de l’apodose, le prêtre et le diacre encensent la croix et, après une dernière vénération, rapporte la croix dans le sanctuaire par les Saintes Portes. Ce rituel est reproduit au cours des autres fêtes de la Croix décrites ci-après.

 

Pratique orthodoxe orientale

 

Église apostolique arménienne

Les fidèles de l’Église apostolique arménienne observent un jeûne de cinq jours du 10 au 14 septembre en préparation de la Fête de la Sainte Église pour la Sainte-Croix. Celle-ci est célébrée le 15 septembre. Le 16 septembre commence l’Exaltation (ou élévation de la Sainte-Croix (en arménien : Khachverats), qui dure plusieurs jours. C’est l’une de cinq fêtes majeures de l’Église arménienne et la plus importante des fêtes de la Croix. Selon la tradition de l’Église arménienne, le premier à vénérer la Croix fut l’apôtre Jacques le Juste, frère du Seigneur. Le dimanche le plus proche du 14 septembre, on célèbre l’antasdan (bénédiction des points cardinaux) au cours duquel les quatre points cardinaux de l’église et du Monde sont bénis en signe de sanctification universelle et où une croix (généralement celle de l’autel), ornée de basilic en signe de royauté, est sortie en procession et déposée sur une table à la vue de tous. Le prêtre asperge ensuite les basilics d’eau bénite et les diacres en distribuent une tige aux fidèles qui vénère ensuite la croix.

Le dimanche le plus proche du 28 septembre (et toujours deux semaines après l’Exaltation de la Croix), l’Église d’Arménie célèbre la Fête de la Sainte-Croix de Varak. Cette cérémonie commémore la déposition d’un morceau de la Croix dans le sol arménien à Varagavank ; elle est propre à l’Église arménienne.

Le dimanche le plus proche du 26 octobre, l’Église d’Arménie fête l’Invention de la Sainte-Croix (Kyood Khach) par sainte Hélène en 326.

Église éthiopienne orthodoxe

L’Église éthiopienne orthodoxe tewahedo, l’une des Églises orthodoxes orientales, commémore l’invention de la Vraie Croix le 17 du mois de Meskerem, en calendrier éthiopien, qui correspond au 27 septembre du calendrier Julien (ou un jour plus tard les années bissextiles). La veille de ce jour est appelée Demera, signifiant « feu de joie » en amharique. Le patriarche de l’Église éthiopienne orthodoxe allume un grand feu de joie sur la place Maskal, le plus grand espace d’Addis-Abeba, tandis que d’autres feux sont allumés dans les paroisses de tout le pays. De nombreux fidèles assistent aux chants et aux célébrations de la place Maskal dont le nom signifie Croix en Guèze. Selon la tradition, le feu de joie commémore comment, à la lumière de feux, la Reine Hélène trouva la Croix, ou bien comment, par une série de feux, elle informa son fils Constantin de sa découverte.

Église indienne orthodoxe

Un service spécial est célébré en ce jour par l’Église malankare orthodoxe, en particulier dans l’église de Mor Sabor-Mor Aphroth11 d’Akaparambu  (district d’Ernakulam, état du Kerala, Inde).

 Invention de la Sainte Croix, 3 mai

Dans le rite romain, jusqu’à l’an 1960, on célébrait le 3 mai la fête de l’Invention de la Saint Croix. Il y a plusieurs hypothèses pour en expliquer l’origine. Selon certains la fête célèbre la découverte de la Saint Croix par Sainte Helène en 326. Selon d’autres elle célèbre le recouvrement par l’empereur Héraclius de la Croix enlevée par les Perses. Selon d’autres encore c’est l’anniversaire de l’arrivée à Rome d’un fragment important de la Croix En 1960 elle a été supprimée dans la réforme du pape Jean XXIII (voir Calendrier romain général 1960).

 Invention de la Croix, 13 septembre

L’Église de l’Orient (Église assyrienne de Mésopotamie) célèbre l’Invention de la Croix le 13 septembre. C’est une fête majeure de cette Église. L’Église de l’Orient tient le signe de croix pour un septième sacrement qui scelle tous les autres (il scelle en particulier le mariage, qui ne fait pas partie des sacrements de cette Église). Lors de cette fête, les fidèles se réunissent, chantent et dansent, échangent des vœux et, en certains lieux, sacrifient un mouton.

 Translation d’un morceau de la vivifiante Croix de Malte à Gatchina, 12 octobre

L’Église russe orthodoxe fête le 12 octobre la Translation d’un morceau de la vivifiante Croix de Malte à Gatchina.

Un morceau de la Vraie Croix, ainsi que l’icône de la Vierge de Philerme et la main droite de Jean le Baptiste étaient conservés à Malte par les chevaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. En 1798, les troupes françaises s’emparèrent de l’île ; le Grand Maître de l’Ordre, Ferdinand von Hompesch zu Bolheim et ses compagnons, furent autorisés par Bonaparte à quitter l’île avec les reliques de l’Ordre non sans préalablement les avoir dépouillées de leurs reliquaires en métal précieux. Les reliques étaient encore en la possession du Grand Maître quand celui-ci s’installa à Trieste, alors autrichienne, le 18 Juin 1798 et aussi deux mois plus tard quand il déménagea à Ljubljana. Von Hompesch abdiqua le 6 juillet 1799. Les chevaliers de l’Ordre élurent Grand Maître le tsar Paul Ier ; celui-ci accepta cette élection et les reliques lui furent présentées le 12 octobre 1799 dans son palais de Gatchina. Elles furent transférées un peu plus tard au Palais d’hiver de Saint-Pétersbourg, dans la chapelle consacrée à l’Icône acheiropoïète du Seigneur. La fête fut établie en 1800

 Invention de la précieuse Croix et des clous précieux par l’impératrice Hélène, 6 mars

Selon le calendrier liturgique de l’Église de l’Orient, ce jour commémore la véritable date de l’Invention de la Précieuse Croix et des Clous précieux par l’impératrice Hélène, le 14 septembre commémorant la consécration de l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem. C’est une fête mineure qui n’a pas les particularités du 14 septembre

 Recouvrement de la Croix, 7 mai

Selon l’ancien rite gallican (du viie au ixe siècle), la Fête de la Croix était célébrée le 3 mai. Lorsque les rites gallican et romain furent fusionnés au ixe siècle, la date du 14 septembre fut instituée pour célébrer la reconquête de la Croix sur les Perses. La date du 7 mai fut conservée pour commémorer le recouvrement de la Croix par sainte Hélène, et se trouve dans le calendrier romain tridentin de saint Pie V. En 1960, le pape Jean XXIII supprima cette fête, de sorte que le calendrier romain général actuel retint la seule date du 14 septembre. La fête du 7 mai est absente aussi dans le calendrier romain général 1960 incorporé dans les livres liturgiques 1962, dont l’emploi est encore autorisé comme forme extraordinaire du rite romain selon le motu proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007.

 Procession de la Croix, 1er août

Les Églises orthodoxes et catholiques de rite byzantin célèbrent le 1er août la Fête et Procession du Vénérable Bois de la Vivifiante Croix de Jésus-Christ. Ce jour marque le début du Jeûne de la Dormition. Les propres de la fête sont combinés avec ceux de la fête des Maccabées dont l’endurance semble appropriée au premier jour du jeûne de la Dormition. Au contraire du 14 septembre, cette fête est mineure ; toutefois, on y procède à l’exposition et à la vénération de la croix comme lors de l’Exaltation de la Sainte-Croix.

L’histoire de la fête commence à Constantinople. La veille, le 31 juillet, la relique de la Croix était extraite du trésor impérial et déposée sur l’autel de la Grande Église (Sainte Sophie). Le 1er août, elle était solennellement déposée au milieu de la Grand Église ; puis elle était quotidiennement déplacée en procession par la ville, à la vénération des fidèles demandant la bénédiction divine et la guérison des malades, jusqu’à la fête de la Dormition de Theotokos le 15 août ; la relique retournait alors dans le trésor impérial.

En souvenir de cette tradition, il y a fréquemment des processions de la Croix. On procède également à la bénédiction de l’eau le 1er août. Cette fête est la première des trois Fêtes du Seigneur du mois d’août : les deux autres sont la Transfiguration de Jésus-Christ le 6 août et la célébration de l’Icône acheiropoïète du Christ le 16 août. À cause de la bénédiction de l’eau, cette fête est parfois appelée Sauveur des eaux. En ce jour on célèbre aussi en certains lieux le rite de Bénédiction du miel nouveau et ce jour y est appelé Sauveur du Miel.

Selon saint Nicolas d’Ochrid, cette fête fut instituée par accord entre les Églises grecque et russe pour commémorer les victoires simultanées de l’empereur byzantin Manuel Ier Comnène sur les Bulgares et du prince russe André Ier Bogolioubski sur les Sarrasins au xiie siècle

Dans l’Église russe orthodoxe, cette date commémore aussi la Baptême de la Russie le 1er août 988.

 

Fêtes mobiles

En plus des dates fixes, la Croix est célébrée à des dates mobiles, en particulier lors du Grand Carême du temps pascal.

Les Églises d’Orient célèbrent une Vénération de la Croix le troisième dimanche du Grand Carême. Le service de ce jour est adapté de la fête de l’Exaltation de la Croix du 14 septembre : la croix est portée solennellement sur l’autel lors des petites Vêpres et au centre du temple à m’Orthros, toutefois sans le déploiement cérémoniel du 14 septembre

La croix demeure au centre du temple lors de la quatrième semaine du Grand Carême. Les lundi et mercredi de cette semaine, on vénère la croix à l’office de Prime. Le vendredi, la vénération a lieu après l’office de None, après laquelle le prêtre rapporte la croix au sanctuaire19.

Les Églises orthodoxe et catholique romaine, ainsi que certaines Églises anglicanes incluent une Adoration de la Croix lors des offices du vendredi saint.

Mercredis et vendredis

En plus des célébrations décrites ci-dessus, les fidèles orthodoxes commémorent la Croix tous les mercredis et vendredis.

 

Pratiques de vénération de la Croix

Jours de fête

Dans les Églises d’Orient, lors des fêtes décrites ci-dessus, la vénération de la Croix peut avoir lieu à l’Orthros, après l’exposition de la croix, à la fin de la Divine Liturgie ou à la fin des Petites Heures selon la coutume locale.

Les fidèles s’avancent vers la croix, se prosternent deux fois, se signent, baisent les pieds du Christ sur la croix et se prosternent une troisième fois. Fréquemment ils reçoivent ensuite une bénédiction du prêtre et s’inclinent vers les autres fidèles de part et d’autre de l’église (pratique en vigueur surtout dans les monastères).

Fin du service

À la fin de la Divine Liturgie et d’autres offices, il est courant que les fidèles s’avancent et vénèrent la Croix de bénédiction tenue en main par l’évêque ou le prêtre puis baisent la main de celui-ci. Cette pratique est aussi appelée Vénération de la Croix quoiqu’elle ne comporte pas de prostration. La Croix de bénédiction est petite (généralement haute de 25 à 40 cm) ; elle est faite de métal — or ou plaqué or — ; elle est ornée d’émaux et de pierres précieuses et tenue à l’aide d’une étoffe ornée (pratique arménienne). L’image de Jésus (ou soma) est gravée, émaillée ou peinte sur la croix, plutôt que sculptée en relief. Ceci est dû à la préférence des chrétiens orientaux pour les icônes plutôt que pour les statues dans les églises.

8 SEPTEMBRE, FETE LITURGIQUE, NATIVITE DE LA VIERGE MARIE, VIERGE MARIE

Nativité de la Vierge Marie

Fête de la Nativité de la Vierge Marie

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Chaque 8 septembre, l’Église catholique célèbre la naissance de la Vierge Marie. Depuis le concile d’Éphèse en 431, le culte marial s’est développé dans l’Église malgré l’absence de référence à la vie de la Sainte Vierge dans les textes saints. La fête de sa Nativité est particulièrement célébrée.

S’il y a bien une fête pour laquelle les églises occidentales et orientales se sont mises d’accord sur la date… c’est celle de la Nativité de la Vierge. Et même si les textes ne sont pas très nombreux sur la vie de la Sainte Vierge, on ne dénombre pas moins de 13 fêtes mariales tout au long de l’année liturgique. Les plus importantes sont la Présentation au temple le 2 février, l’Annonciation le 25 mars, l’Assomption le 15 août, et la Nativité le 8 septembre. Cette dernière est l’une des fêtes les plus anciennes de l’Église, en particulier en Orient. Elle figure au calendrier liturgique sans revêtir maintenant la solennité qui était la sienne à ses origines.

 

L’origine de la Nativité

On ne connaît ni le lieu ni de la date de naissance de la Vierge Marie. Mais depuis le début du Ve siècle, on vénère près de la piscine de Bethesda, porte des Lions, à Jérusalem, le lieu où elle serait née. En effet, la tradition orientale y fixe la maison d’Anne et Joachim, parents de Marie, au niveau de l’église Sainte-Anne de Jérusalem dont la dédicace a eu lieu un 8 septembre. La fête de la Nativité de Marie est l’occasion de célébrer celle qui a eu le courage de dire oui, sans conditions, à Dieu.

 

Les traditions de la Nativité

Dans certaines régions françaises comme la Corse, le 8 septembre prend un relief particulier. Dans l’Île de beauté, où la majorité des églises sont dédiées à la Vierge, le 15 août est déjà l’équivalent d’une fête nationale, mais le 8 septembre est aussi fêté avec beaucoup d’éclat. À Lyon, on célèbre le vœu des échevins fait en 1643, qui avaient promis de monter à Fourvière chaque 8 septembre pour offrir au sanctuaire, au cours d’une messe, un écu d’or et sept livres de cire blanche. Chaque année, une messe réunit le maire de Lyon, les élus et de nombreux lyonnais. L’archevêque, depuis le balcon de la basilique, bénit la ville, rappelant ainsi la consécration de la ville à la Vierge Marie.

 

Comment a été conçue la Vierge Marie ?

Réponse dans les écrits apocryphes

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L’Église catholique célèbre la naissance de la Vierge Marie le 8 septembre. Depuis le dogme de l’Immaculée Conception proclamé en 1854 par le pape Pie IX, l’Église affirme qu’elle a été conçue sans péché. Mais finalement, qui sont les parents de Marie ? 

« La Bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception, par une grâce et une faveur singulière du Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel ». (Dogme de l’Immaculée Conception).

Rien dans les Évangiles n’évoque les origines familiales de la Vierge : on n’y découvre ni le nom de ses parents ni la manière dont elle fut conçue. Pour en connaître davantage sur sa vie, il faut se tourner vers l’Évangile apocryphe de Jacques (IIe après J.-C.), intitulé Nativité de Marie. Révélation de Jacques.

Ses parents se nomment Anne et Joachim. Le père de Marie, très pieux, est un homme riche et extrêmement généreux. Avec Anne, ils forment un couple heureux. Seule ombre au tableau : ils n’arrivent pas à concevoir d’enfants. Un jour, alors que Joachim se rend au temple de Jérusalem pour déposer des offrandes à l’occasion d’une fête religieuse, le Grand Prêtre lui refuse l’accès. Son infertilité est le signe qu’il est sous la malédiction de la Loi. Accablé de chagrin et couvert de honte, Joachim décide de se retirer dans le désert.

« Alors, accablé de tristesse, Joachim ne reparut pas devant sa femme, et il se rendit dans le désert ; il y planta sa tente et, quarante jours et quarante nuits, il jeûna, se disant : “Je ne descendrai plus manger ni boire, avant que le Seigneur mon Dieu m’ait visité. La prière sera ma nourriture et ma boisson” ».

Un jour, Anne et Joachim reçoivent, chacun, la visite d’un ange leur annonçant la venue prochaine d’un enfant. Heureux, Joachim quitte le désert et se précipite aux portes de Jérusalem. De même, Anne, qui a reçu la nouvelle, court à sa rencontre. Arrivés à la « Porte dorée », l’une des portes de l’enceinte, il se jettent dans les bras l’un de l’autre.

« Joachim arriva avec ses troupeaux. Anne l’attendait, aux portes de la ville. Dès qu’elle le vit paraître avec ses bêtes, elle courut vers lui, se suspendit à son cou et s’écria : “Maintenant je sais que le Seigneur Dieu m’a comblée de bénédictions ! Voici : la veuve n’est plus veuve et la stérile a conçu !” ».

Cet épisode célèbre a été illustré par de nombreux artistes, dont l’exemple le plus fameux demeure la fresque peinte par Giotto au XIVe siècle, dans l’église de l’Arena à Padoue. Comme une immense bande-dessinée, les parois illustrent la vie d’Anne et Joachim et celle du Christ.

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EGLISE CATHOLIQUE, FETE DU CORPS ET DU SANG DU CHRIST, FETE LITURGIQUE, JESUS CHRIST, SAINT SACREMENT

Fête du Corps et du Sang du Christ : lectures et commentaires

 

Fête du Corps et du Sang du Christ

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Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
dimanche 23 juin 2019

 

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

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PREMIERE LECTURE – Livre de la Genèse 14, 18-20

En ces jours-là,
18 Melkisédek, roi de Salem,
fit apporter du pain et du vin :
il était prêtre du Dieu très-haut.
19 Il bénit Abram en disant :
« Béni soit Abram par le Dieu très-haut,
qui a fait le ciel et la terre ;
20 et béni soit le Dieu très-haut,
qui a livré tes ennemis entre tes mains. »
Et Abram lui donna le dixième de tout ce qu’il avait pris.

Melchisédech est nommé deux fois seulement dans l’Ancien Testament, ici dans le livre de la Genèse et dans le psaume 109/110 que nous lisons également ce dimanche. Deux fois, c’est peu, mais, curieusement, ce personnage devait jouer plus tard un grand rôle dans l’esprit de ceux qui attendaient le Messie et, un rôle bien plus grand encore chez les Chrétiens. La preuve, il est même cité dans une prière eucharistique ! Il nous intéresse donc au plus haut point.
Nous savons qu’Abraham revenait d’une expédition victorieuse quand il a rencontré Melchisédech. A vrai dire, les festivités après une victoire militaire étaient certainement chose courante et la Bible nous les raconte rarement. Pourquoi celle-ci nous est-elle racontée ? Certainement parce que plus tard, peut-être même très longtemps après les événements, on a trouvé à cette histoire un intérêt particulier.
Je commence par vous rappeler l’histoire : une guerre vient d’éclater dans la région ; deux petites coalitions s’affrontent, cinq rois d’un côté, quatre de l’autre. Chacun des belligérants s’est évidemment entouré pour la bataille du meilleur de ses troupes. Le roi de Sodome fait partie des combattants. Précisons tout de suite que ni Melchisédech ni Abraham ne sont directement concernés au début.
Mais les choses vont changer : à l’issue de la bataille, le roi de Sodome est vaincu ; or, parmi ses sujets, il y avait Lot, le neveu d’Abraham, qui est fait prisonnier. Abraham, prévenu, vole au secours de son neveu et délivre Lot et en même temps le roi de Sodome et ses sujets. Conformément aux usages de l’époque, le roi de Sodome va désormais devenir allié d’Abraham.
C’est alors qu’intervient Melchisédech dont le nom signifie « roi de justice » : probablement pour un repas d’Alliance, mais l’auteur de notre texte ne le précise pas, car, à partir de ce moment, il change de sujet : il focalise son récit sur le personnage de Melchisédech et sa relation avec Abraham.
Et que nous dit-il de Melchisédech ? Des choses assez inhabituelles dans la Bible :
Premièrement, il n’a pas de généalogie ; deuxièmement, il est à la fois roi et prêtre, alors que pendant de nombreux siècles de l’histoire d’Israël, c’est une chose qui ne devait pas se produire ; troisièmement, il est roi de Salem : on pense qu’il s’agit peut-être de la ville qui sera plus tard Jérusalem quand David l’aura conquise pour en faire sa capitale ; quatrièmement, l’offrande apportée par Melchisédech se compose de pain et de vin et non pas d’animaux comme le sacrifice qu’offrira Abraham et qui nous sera raconté au chapitre 15 ; cinquièmement, Melchisédech bénit le Dieu très-Haut et bénit Abraham en son nom ; enfin, sixièmement, Abraham verse la dîme (c’est-à-dire le dixième de son butin de guerre) à Melchisédech ; cela signifie qu’il reconnaît son sacerdoce.
Toutes ces précisions ont certainement un grand intérêt pour notre auteur qui s’attache visiblement aux relations entre le pouvoir royal et le sacerdoce : par exemple, c’est la première fois que le mot « prêtre » apparaît dans la Bible ; et, clairement, Melchisédech a toutes les caractéristiques des prêtres puisqu’il offre un sacrifice, qu’il prononce une bénédiction de la part du « Dieu Très-Haut qui crée ciel et terre » et qu’Abraham lui offre la dîme, c’est-à-dire le dixième de ses biens.
On notera le silence absolu du texte sur les origines de Melchisédech : alors que, généralement, la Bible attache une très grande importance à la généalogie, surtout celle des prêtres, ce prêtre-là, Melchisédech, le premier de la liste, nous ne savons rien de lui… comme s’il était hors du temps…
Voici donc un prêtre reconnu comme tel ; cela veut dire qu’il existait un sacerdoce bien avant l’institution légale du sacerdoce dans la loi juive, avant qu’on ne décide que tous les prêtres devaient être pris dans la tribu de Lévi, lequel est le fils de Jacob et donc l’arrière petit-fils d’Abraham. A certaines époques, quand on était mécontent du pouvoir des prêtres, on était peut-être bien content de leur rappeler qu’il peut y avoir des prêtres qui ne descendent pas de Lévi, c’est ce qu’on appelait « être prêtre selon l’ordre de Melchisédech » (c’est-à-dire à la manière de Melchisédech).
Actuellement, aucun exégète ne sait dire de façon certaine ni par qui, ni quand ni dans quel but ce texte a été écrit. S’agissait-il de légitimer un sacerdoce différent, et lequel ? Ce texte pourrait dater de l’époque où la dynastie de David semblait éteinte à tout jamais et où l’on a commencé à entrevoir un Messie différent : non plus un roi descendant de David, mais un prêtre, capable d’apporter aux descendants d’Abraham la bénédiction du Dieu Très-Haut. On comprend alors ses titres : « roi de justice et roi de paix ».
Plus tard, je vous le disais en commençant, le personnage de Melchisédech a été considéré comme un ancêtre du Messie. Nous le verrons mieux dans le psaume 109/110 que cette même fête du Corps et du Sang du Christ nous propose.
Enfin, on ne se privera pas dans l’avenir de faire remarquer que Abraham n’était pas encore circoncis quand il a été béni par Melchisédech : puisque le rite de la circoncision ne sera donné à Abraham que plus tard, d’après le livre de la Genèse. Les Chrétiens, en particulier, en déduiront qu’il n’est pas nécessaire d’être circoncis pour être béni de Dieu. (On se souvient que c’était une question qui se posait dans les premières communautés chrétiennes composées de Juifs circoncis et de non-Juifs).
Bien sûr, une offrande de pain et de vin, scellant un repas d’Alliance, offerte par les mains du roi de justice et de paix, vrai roi, vrai prêtre du Dieu Très-Haut… nous, Chrétiens, nous y reconnaissons le geste du Christ : et nous y découvrons la continuité du projet de Dieu. A chaque Eucharistie, nous refaisons le geste de Melchisédech accompagnant l’offrande de pain et de vin des mots « Tu es béni, Dieu de l’univers, toi qui donnes ce pain et ce vin… »
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Compléments
– Nous sommes au chapitre 14 du livre de la Genèse : le Dieu de Melchisédech s’appelle le Dieu Très-haut, exactement comme le Dieu d’Abraham. Mais les chapitres 12-13 et 15 qui sont des chapitres majeurs de l’histoire d’Abraham n’emploient pas le même nom de Dieu ! Ils l’appellent « le SEIGNEUR » (c’est-à-dire le Tétragramme YHVH). Le chapitre 14 est-il donc d’une autre venue que les chapitres qui l’entourent ?

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PSAUME – 109 (110), 1 – 4

1 Oracle du SEIGNEUR à mon seigneur :
« Siège à ma droite,
et je ferai de tes ennemis
le marchepied de ton trône. »

2 De Sion, le SEIGNEUR te présente
le sceptre de ta force :
« Domine jusqu’au cœur de l’ennemi. »

3 Le jour où paraît ta puissance,
tu es prince, éblouissant de sainteté :
« Comme la rosée qui naît de l’aurore,
je t’ai engendré. »

4 Le SEIGNEUR l’a juré
dans un serment irrévocable :
« Tu es prêtre à jamais
selon l’ordre du roi Melkisédek. »

Certaines de ces phrases sont adressées au nouveau roi de Jérusalem le jour de son sacre ; je commence donc par vous raconter la cérémonie du sacre ; ce rituel s’explique si l’on sait que, en filigrane, derrière toute cérémonie de sacre d’un roi à Jérusalem se profilait l’attente du Messie : Dieu, rappelez-vous, a promis à David que sa dynastie serait éternelle, et depuis cette promesse, on attend le roi idéal qui ne manquera pas de venir, celui qu’on appelle le Messie. A chaque sacre d’un nouveau roi, à Jérusalem, donc, on espérait qu’il serait ce Messie attendu.
La cérémonie se déroulait en deux temps, au Temple de Jérusalem, d’abord, puis à l’intérieur du palais royal dans la salle du trône.
Au Temple, d’abord : le roi arrive, escorté de la garde royale ; puis un prophète pose le diadème sur sa tête (le terme technique, c’est il lui « impose » le diadème). Il lui remet également un rouleau (qu’on appelle « les témoignages ») et qui est la charte de l’Alliance conclue par Dieu avec la descendance de David ; cette charte contient des formules qui s’appliquent à chaque roi : « Tu es mon fils, aujourd’hui je t’ai engendré »… et encore « Demande-moi et je te donnerai les nations comme héritage » : cette charte lui fait également connaître son nouveau nom (cf Isaïe 9,5). Toujours au Temple, le prêtre lui confère « l’onction ». La cérémonie au Temple s’achève par une acclamation, une clameur immense qu’on appelle la « Terouah » : tous ceux qui assistent à la cérémonie crient « un tel est roi » dans un concert d’applaudissements, au son du cor et des trompettes. La « Terouah », en réalité, c’est un cri de guerre qui s’est transformé en ovation pour le nouveau roi : c’est le roi-chef de guerre qu’on acclame.
Puis on se rend en cortège, ou plutôt en procession au Palais. Le cortège pousse des clameurs « à fendre la terre » comme on dit. Au passage, le roi s’arrêtera pour boire à une source, symbole de la vie nouvelle qui lui est donnée et de la force dont il est revêtu désormais pour triompher de ses ennemis. Au Palais, dans la salle du trône, se déroule la deuxième partie de la cérémonie : le cortège royal, venant du Temple, pénètre dans la salle du trône. Le psaume d’aujourd’hui commence ici : le prophète prend la parole au nom de Dieu, en employant la formule solennelle : « Oracle du SEIGNEUR » ; il invite le nouveau roi à gravir les marches du trône et à s’asseoir. Dans la Bible, on rencontre l’expression « s’asseoir sur le trône des rois » qui signifie « régner ». Sur les marches du trône, sont sculptés ou gravés des guerriers ennemis enchaînés : donc, en gravissant les marches, le roi posera le pied sur la nuque de ces soldats ; ce geste de victoire est le présage de ses victoires futures ; c’est le sens de la première strophe : « Oracle du SEIGNEUR à mon seigneur » (il faut lire « parole de Dieu pour le nouveau roi ») : « Siège à ma droite, et je ferai de tes ennemis le marchepied de ton trône ».
Reste l’expression « à ma droite »… or c’est Dieu qui parle par la bouche du prophète : au départ, cela correspond à une donnée très concrète, topographique : à Jérusalem, le palais de Salomon est situé au Sud du Temple (donc à droite du Temple, si vous êtes tournés vers l’Est) ; tout s’explique : Dieu trône invisiblement au-dessus de l’Arche dans le Temple et le roi siégeant sur son trône sera donc à sa droite. Puis le prophète remet le sceptre au nouveau roi ; et c’est la deuxième strophe : « De Sion, le SEIGNEUR te présente le sceptre de ta force ; domine jusqu’au cœur  de l’ennemi ». Cette remise du sceptre est symbolique de la mission confiée au roi. Il dominera ses ennemis, pour protéger son peuple.
Désormais il s’inscrit dans la longue chaîne des rois descendants de David : il est à son tour porteur de la promesse faite à David ; on n’oublie pas qu’il n’est qu’un homme mortel, mais il devient porteur d’un destin éternel parce que le projet de Dieu est éternel. C’est probablement le sens de la strophe suivante, un peu obscure : « Le jour où paraît ta puissance » (c’est-à-dire le jour du sacre) « tu es prince, éblouissant de sainteté » (tu es revêtu de la sainteté de Dieu et donc de son immortalité)… « Comme la rosée qui naît de l’aurore, je t’ai engendré » : manière de dire qu’il est prévu par Dieu depuis l’aurore du monde. Le roi homme reste mortel mais, dans la foi d’Israël, la lignée de David, prévue de toute éternité, est immortelle.
Dans le même sens, la strophe suivante emploie l’expression « à jamais » : « Tu es prêtre à jamais »… le roi futur (c’est-à-dire le Messie) sera donc à la fois roi et prêtre comme l’était Melchisédech ; il sera prêtre, c’est-à-dire médiateur entre Dieu et son peuple. On a ici la preuve que, dans les derniers siècles de l’histoire biblique, on pensait que le Messie serait prêtre. Enfin le psaume précise : prêtre « selon l’ordre de Melchisédech » ; c’est qu’il y avait réellement un problème : on ne peut pas être prêtre si on ne descend pas de Lévi ; c’est la Loi ; mais comment concilier cette Loi avec la promesse que le Messie sera un roi descendant de David, qui, est de la tribu de Juda et non de Lévi ? Le psaume 109/110 donne la réponse : il sera prêtre, oui, mais à la manière de Melchisédech, ce roi de Salem, à la fois roi et prêtre bien avant que n’existe la tribu de Lévi.
Soit dit en passant, le psaume 109/110 raconte un sacre, mais cela ne veut pas dire qu’il ait été chanté pour un sacre réel : ce qui est sûr, c’est qu’il a été chanté à Jérusalem, pendant la fameuse Fête des Tentes pour rappeler les promesses messianiques de Dieu. En évoquant une scène d’intronisation, ce sont ces promesses, en réalité, qu’on évoque pour maintenir l’espérance du peuple.
En relisant ce psaume, le Nouveau Testament y a découvert une profondeur nouvelle : Jésus-Christ est bien ce prêtre « à jamais », conçu de toute éternité, médiateur de l’Alliance définitive, et surtout il est victorieux du pire ennemi de l’homme, la mort, par sa résurrection. Saint Paul le dit dans la première lettre aux Corinthiens : « Le dernier ennemi qui sera détruit, c’est la mort, car il a tout mis sous ses pieds. »
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Complément
On peut reconstituer le déroulement du sacre des rois à partir des descriptions qu’en donnent plusieurs livres de la Bible, en particulier les livres des Rois et des Chroniques, à propos des sacres de Salomon et de Joas.

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DEUXIEME LECTURE – première lettre de Saint Paul apôtre aux Corinthiens 11, 23-26

Frères

23 j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur,
et je vous l’ai transmis :
la nuit où il était livré,
le Seigneur Jésus prit du pain,
24 puis, ayant rendu grâce,
il le rompit, et dit :
« Ceci est mon corps, qui est pour vous.
Faites cela en mémoire de moi. »
25 Après le repas, il fit de même avec la coupe,
en disant :
« Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang.
Chaque fois que vous en boirez,
Faites cela en mémoire de moi. »
26 Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain
et que vous buvez cette coupe,
vous proclamez la mort du Seigneur,
jusqu’à ce qu’il vienne.

« Je vous ai transmis ce que j’ai reçu de la tradition. » Saint Paul nous dit ici le véritable sens du mot « tradition » : non pas seulement une habitude qu’il faut respecter, mais un dépôt précieux que nous nous transmettons fidèlement de génération en génération… Si nous sommes croyants aujourd’hui, c’est parce que depuis deux mille ans, les Chrétiens, à toute époque, ont fidèlement transmis le trésor qu’ils portaient ; comme dans une course de relais, on se transmet ce qu’on appelle le « témoin ». Et si la transmission est fidèle, on peut dire que la tradition nous vient du Seigneur : « Je vous ai transmis ce que j’ai reçu de la tradition qui vient du Seigneur ». Quand nous transmettons à notre tour le dépôt précieux de la foi, nous avons le devoir de vérifier qu’il vient bien du Seigneur et non pas de nos petites idées personnelles.
C’est cette transmission fidèle qui construit progressivement le Corps du Christ au long de l’histoire de l’humanité ; cette transmission n’est pas un savoir intellectuel, elle est l’entrée dans le mystère du Christ et notre fidélité se mesure à notre manière de vivre : or justement, Paul s’inquiète des mauvaises habitudes que sont en train de prendre les Corinthiens ; et les quelques versets que nous lisons ici s’inscrivent dans un chapitre où il leur rappelle les exigences de la vie fraternelle. « Je n’ai pas à vous féliciter : lorsque vous vous réunissez en assemblée, il y a parmi vous des divisions… » On peut se demander ce qu’il dirait aujourd’hui en voyant tant de schismes et de divisions parmi les Chrétiens du vingt-et-unième siècle ? Pour lui l’exigence de vivre en communion les uns avec les autres découle directement du mystère de l’Eucharistie.
« La nuit même où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain » : Paul fait un lien direct entre la Passion du Christ et ce geste ; « il était livré » : là Jésus est passif, il est le jouet d’une trahison, de l’incompréhension, de la haine des hommes… il est livré entre nos mains… Dans les phrases suivantes « il prit du pain… il rendit grâce, il le rompit, il dit… », au contraire, il est actif, il prend l’initiative, il donne un sens à tout ce qui va se passer : il retourne la situation ; de cette conduite de malheur, il va faire le geste suprême de l’Alliance entre Dieu et les hommes. Et, là, on entend en écho la phrase de Jésus lui-même rapportée par Saint Jean : « Ma vie, on ne me la prend pas, je la donne » (Jn 10,18). De ce contexte de haine et d’aveuglement, il va faire le lieu de l’amour et du partage : « mon corps est pour vous » ; « cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang »…Voilà ce qu’est le « pardon » au vrai sens du terme : le don parfait, au sens de parachevé, par-delà la haine… Et par là même, il montre la puissance de l’amour, qui est seul capable de transformer des conduites de mort en source de vie. Seul le pardon est capable de ce miracle. « Il est vraiment grand le mystère de la foi » comme nous le disons à chaque Eucharistie.
Quand il lit le mystère de la foi à ce niveau-là, Paul ne peut qu’être scandalisé de l’écart entre la profondeur de ce mystère et la mesquinerie de la conduite des Corinthiens. Je vous rappelle le reproche que leur faisait Paul : « Quand vous vous réunissez en commun, ce n’est pas le repas du Seigneur que vous prenez. Car, au moment de manger, chacun se hâte de prendre son propre repas, en sorte que l’un a faim, tandis que l’autre est ivre. » (1 Co 11, 20). On ne s’étonne pas que ce texte nous soit proposé justement le jour de la fête du Corps du Christ : nous sommes aujourd’hui ce Corps du Christ en train de grandir.
« Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur. » Nous proclamons sa mort : c’est-à-dire que nous proclamons son témoignage d’amour jusqu’au bout ; comme le dit la très belle prière eucharistique de la Réconciliation, nous proclamons que « ses deux bras étendus dessinent entre ciel et terre le signe indélébile de l’Alliance » (entre Dieu et l’humanité). Quand nous « proclamons sa mort », nous nous engageons donc résolument dans la grande œuvre  de réconciliation et d’Alliance inaugurée par Jésus.
Saint Paul termine par cette phrase : « Vous proclamez sa mort jusqu’à ce qu’il vienne ». Ce « jusque-là » dit notre impatience. Le peuple chrétien est tendu vers la venue du Christ ; nous sommes le peuple de l’attente. Cette attente, nous la disons à chaque Eucharistie : « Viens, Seigneur Jésus », c’est la dernière phrase de l’acclamation après la Consécration. Mais aussi dans le Notre Père : « Que ton règne vienne ». Et si Jésus nous invite à redire si souvent cette prière, c’est pour nous éduquer à l’espérance : pour que nous devenions des impatients de son Règne, de sa venue.
Dernière remarque : Paul dit « jusqu’à ce qu’il vienne » et non pas « jusqu’à ce qu’il revienne ». Nous n’attendons pas le retour du Christ comme s’il était parti quelque part loin de nous et qu’il devait revenir. Il n’est pas parti quelque part loin de nous ! Il est avec nous « tous les jours jusqu’à la fin des temps » comme il nous l’a promis (Mt 28, 20). Mais nous attendons sa VENUE au sens où l’on dit « Le Dieu qui est, qui était et qui vient » : il ne cesse de venir au sens où sa Présence agissante accomplit peu à peu le grand projet prévu dès avant la création du monde, pour peu que nous acceptions d’y collaborer.
Le dernier mot de la Bible, dans l’Apocalypse, c’est justement « Viens, Seigneur Jésus ». Le début du livre de la Genèse nous disait la vocation de l’humanité appelée à être l’image et la ressemblance de Dieu, donc destinée à vivre d’amour, de dialogue, de partage comme Dieu lui-même dans sa Trinité. Le dernier mot de la Bible nous dit que le projet se réalise en Jésus-Christ. Quand nous disons « Viens Seigneur Jésus », nous appelons de toutes nos forces le jour où il nous rassemblera tous des quatre coins du monde pour ne faire qu’un seul Corps.

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EVANGILE – selon Saint Luc 9, 11-17

En ce temps-là,
11 Jésus parlait aux foules du règne de Dieu,
et guérissait ceux qui en avaient besoin.
12 Le jour commençait à baisser.
Alors les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent :
« Renvoie cette foule :
qu’ils aillent dans les villages et les campagnes des environs
afin d’y loger et de trouver des vivres ;
ici nous sommes dans un endroit désert. »
13 Mais il leur dit :
« Donnez-leur vous-mêmes à manger. »
Ils répondirent :
« Nous n’avons pas plus de cinq pains et deux poissons.
À moins peut-être d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture
pour tout ce peuple. »
14 Il y avait environ cinq mille hommes.
Jésus dit à ses disciples :
« Faites-les asseoir par groupes de cinquante environ. »
15 Ils exécutèrent cette demande
et firent asseoir tout le monde.
16 Jésus prit les cinq pains et les deux poissons,
et, levant les yeux au ciel,
il prononça la bénédiction sur eux,
les rompit
et les donna à ses disciples
pour qu’ils les distribuent à la foule.
17 Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés ;
puis on ramassa les morceaux qui leur restaient :
cela faisait douze paniers.

Pour la fête du Corps et du Sang du Christ, nous lisons un récit de miracle et plus exactement de multiplication des pains : ce choix peut nous surprendre ; Corps et du Sang du Christ, nous pensons aussitôt à l’Eucharistie… et, à première vue, quel lien y a-t-il entre l’Eucharistie et un miracle de multiplication des pains ? Saint Luc, lui-même, pourtant, a très certainement voulu marquer ce lien car il décrit les gestes de Jésus avec les termes mêmes de la liturgie eucharistique : « Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il les bénit, les rompit et les donna à ses disciples. »
Reprenons le texte en le suivant tout simplement : la première phrase, d’abord, « Jésus parlait du règne de Dieu et il guérissait ceux qui en avaient besoin ». Il annonce le règne de Dieu par ses paroles et par ses actes. La multiplication des pains intervient tout de suite après : c’est donc qu’elle s’inscrit dans ce contexte : la multiplication des pains, aussi, c’est le règne de Dieu en actes ; nourrir ceux qui ont faim, c’est faire naître le règne de Dieu. (On sait à quel point Luc aime insister sur la nécessaire cohérence entre les paroles et les actes).
« Le jour commençait à baisser » : les disciples ont souci de ces gens qui vont se laisser surprendre par la nuit ; très sagement ils suggèrent la solution : il faut disperser cette foule, renvoyer tout le monde ; chacun pourra régler son problème de logement et de nourriture ; on trouvera bien le nécessaire dans les environs… apparemment, à en croire le texte de Luc, c’était envisageable. Mais Jésus ne retient pas cette solution de dispersion : on peut se demander pourquoi ? Peut-être le Règne de Dieu qu’il annonce ne cadre-t-il pas avec des solutions de dispersion ? Le Royaume de Dieu est un mystère de rassemblement, nous le savons ; il ne s’accommode pas du « chacun pour soi ».
Et Jésus dit sa solution à lui : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » ; les disciples ont dû être un peu surpris ! Sa solution, elle est facile à dire, mais comment faire ? Ils sont réalistes, eux : « Nous n’avons pas plus de cinq pains et deux poissons » ; cela pourrait aller pour une famille, peut-être, mais pour cinq mille hommes, c’est dérisoire. Ils ont raison, cent fois raison… à vues humaines. Mais pourtant, si Jésus leur dit cette phrase plutôt surprenante, ce n’est pas pour les mettre dans l’embarras ; jamais Jésus ne cherche à mettre quiconque dans l’embarras : ils le savent bien ; s’il leur dit de nourrir eux-mêmes la foule, c’est qu’ils en ont les moyens.
Alors ils ont l’idée d’une deuxième solution : nous pourrions « aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce monde ». C’est déjà beaucoup mieux ; ce n’est pas une solution de dispersion ; les disciples sont prêts à jouer les intendants, à se mettre au service de cette foule. Mais apparemment, cela ne convient pas encore : Jésus ne les laisse pas partir faire les courses. Visiblement, il a une autre solution ; il ne leur fait pas de reproche, il leur dit simplement : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante ». Il choisit donc la solution du rassemblement ; on peut remarquer cependant que si le règne de Dieu est un rassemblement, ce n’est pas une foule indistincte, c’est un rassemblement organisé ; une communauté de communautés, un rassemblement de communautés distinctes, si l’on préfère.
Il « bénit » les pains : ce n’est pas un rite magique sur le pain ; c’est reconnaître le pain comme don de Dieu et lui demander de savoir l’utiliser pour le service des affamés. Reconnaître le pain comme don de Dieu, c’est tout un programme ; c’est très exactement le sens de la démarche de la préparation des dons à la Messe : ce que l’on appelait autrefois l’offertoire ; si la Réforme liturgique engagée au Concile Vatican II a remplacé le mot « offertoire » par cette expression « Préparation des dons », c’est pour nous aider à mieux comprendre de quoi il s’agit : ce n’est pas nous qui donnons quelque chose. Dans la formule « Préparation des dons », il faut entendre « Préparation des dons de Dieu ». Quand nous apportons à l’autel du pain et du vin qui sont symboliques de tout le cosmos et de tout le travail de l’humanité, nous reconnaissons que tout est don de Dieu : que nous ne sommes pas propriétaires de tout ce qu’il nous a donné (que ce soit notre avoir matériel, ou nos richesses de toute sorte, physiques, intellectuelles, spirituelles…) ; nous n’en sommes pas propriétaires, nous en sommes intendants : et ce geste répété à chaque Eucharistie va peu à peu nous transformer, et faire de nous réellement des intendants de nos richesses pour le bien de tous. C’est peut-être bien dans ce geste de dépossession que nous pourrions puiser l’audace des miracles : en disant à ses disciples « Donnez-leur vous-mêmes à manger », Jésus voulait leur faire découvrir qu’ils ont des ressources insoupçonnées… mais à condition de tout reconnaître comme don de Dieu.
Encore une fois, quand Jésus dit « Donnez-leur vous-mêmes à manger », ce n’est pas pour les mettre dans l’embarras : ils en sont capables, mais ils ne le savent pas, ou ils n’osent pas le croire. Si ce texte nous est proposé à nous, aujourd’hui, à notre tour, c’est que Jésus, devant les affamés du monde entier, nous dit aujourd’hui : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Et nous aussi, comme les disciples, avons des ressources que nous ignorons. A condition de reconnaître nos richesses de toute sorte comme don de Dieu et de nous considérer, nous, comme de simples intendants. Encore faut-il nous souvenir d’une chose, nous l’avons vu un peu plus haut : en refusant la solution de dispersion de la foule imaginée par les disciples, Jésus nous montre que le Règne de Dieu ne s’accommode pas du « chacun pour soi ».
Alors le lien entre cette multiplication des pains et la Fête du Corps et du Sang du Christ s’éclaire ; c’est l’évangile de Jean qui nous donne la clé : tandis que les trois évangiles synoptiques rapportent l’institution de l’Eucharistie, le soir du Jeudi Saint, avec, chez Luc, l’ordre du Seigneur « Vous ferez cela en mémoire de moi », Saint Jean, lui, raconte le lavement des pieds et la recommandation de Jésus : « Ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi. » Ce qui veut dire qu’il y a deux manières indissociables de célébrer le mémorial de Jésus-Christ : non seulement partager l’Eucharistie mais aussi nous mettre au service des autres (service symbolisé par le lavement des pieds), c’est-à-dire, très concrètement, multiplier les richesses du monde pour les partager à tous les hommes.

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Fête du Saint-Sacrement

La Fête-Dieu, fête du Saint-Sacrement

 

La Fête du Saint-Sacrement (2e dimanche après 110871907.pngès la Pentecôte) a été instituée au Moyen-Age pour commémorer la présence de Jésus-Christ dans le sacrement de l’eucharistie.

 

Histoire

Le pape Urbain IV en 1264 rendit la fête du Saint-Sacrement obligatoire pour l’Église universelle, mais cette fête a eu de la peine à s’imposer chez les évêques et les théologiens. Puis elle est devenue une fête très populaire, très célèbre en Espagne. Elle a été supprimée dans les pays protestants, mais cependant gardée par l’Église anglicane. Cette fête était appelée fête du Corpus Christi ou Fête du Saint-Sacrement. Le nom de Fête-Dieu n’existe qu’en français.

La procession de la Fête-Dieu

Procession-de-la-Fête-Dieu-par-Pellerin

Le pape Jean XXII en 1318 a ordonné de porter l’eucharistie, le jour de la Fête du Saint-Sacrement (Fête-Dieu), en cortège solennel dans les rues et sur les chemins pour les sanctifier et les bénir. C’est à ce moment qu’apparaît l’ostensoir. Elle se répand dans tout l’occident aux XIV° et XV° siècles. Le concile de Trente (1515-1563) approuve cette procession de la Fête-Dieu qui constitue une profession publique de foi en la présence réelle du Christ dans l’eucharistie. Le défilé du Saint-Sacrement est encore très populaire en Italie et en Espagne. Mais en France, la procession de la Fête-Dieu se fait rarement, sauf dans de nombreux villages du Pays Basque.

 

Description de la procession de la Fête-Dieu

Pendant la procession de la Fête-Dieu, le prêtre portait l’eucharistie au milieu des rues et des places richement pavoisées de draperies et de guirlandes. On abritait le Saint sacrement sous un dais somptueux porté par quatre notables. On faisait aussi une station à un reposoir, sorte d’autel couvert de fleurs. L’officiant encensait l’eucharistie et bénissait le peuple. On marchait sur un tapis de pétales de rose que des enfants jettent sur le chemin du Saint-Sacrement. Cela constituait un vrai spectacle.

L’ostensoir

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Un prêtre portait l’eucharistie dans l’ostensoir sous un dais souvent tenu par quatre personnes. Parfois l’ostensoir était sur un char tiré par deux chevaux. Au reposoir, l’officiant encensait l’eucharistie et bénissait le peuple avec l’ostensoir. L’ostensoir est un objet liturgique destiné à contenir l’hostie consacrée, à l’exposer à l’adoration des fidèles et à les bénir.

 

Le reposoir de la Fête-Dieu

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Le reposoir de la procession de la Fête-Dieu est un temps fort de l’adoration du Saint-Sacrement. Le cortège de la Fête Dieu fait une station à un reposoir, sorte d’autel décoré ou couvert de fleurs. Au reposoir, l’officiant encense l’eucharistie et bénit le peuple avec l’ostensoir. Le reposoir peut être situé en plein air ou dans une salle. Sur le trajet il y en a parfois plusieurs. Après une station à un reposoir, on se rendait à un autre reposoir.

 

Quel est le sens de la Fête du Corps et du Sang du Christ ?

Depuis la réforme liturgique du concile Vatican II, la Fête Dieu est appelée « Fête du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ ». La Fête du Corps et du Sang du Christ commémore l’institution du sacrement de l’eucharistie. Elle est un appel à approfondir le sens de l’eucharistie et sa place dans notre vie. Cette fête est la célébration du Dieu d’amour qui se révèle en donnant son corps et son sang, en se donnant à nous comme nourriture de vie éternelle. Le sens de la fête du corps et du sang du Christ est un peu différent de celui de la Fête Dieu qui était plus centrée sur l’adoration de la présence réelle du Christ.

Messe de la Fête du Corps et du Sang du Christ

La messe de la Fête du Corps et du Sang du Christ (fête de Corpus Christi) est dite en ornement blanc. La procession a presque complètement disparu. Au cours de la messe, on est habituellement invité à communier au corps et au sang comme le Jeudi saint. On fait souvent la première communion le jour de la Fête du Corps et du Sang du Christ.

 

Date de la Fête du Corps et du Sang du Christ

La date de la Fête du Corps et du Sang du Christ (fête de Corpus Christi), comme la date de la Fête du Saint-Sacrement ou la date de la Fête-Dieu, est en principe le jeudi qui suit la fête de la Sainte-Trinité c’est-à-dire soixante jours après Pâques. Mais en France, depuis le concordat de 1801 et dans plusieurs pays, la Fête du Corps et du Sang du Christ est repoussée au dimanche qui suit la Sainte-Trinité en vertu d’un indult papal pour permettre la participation de tous les fidèles. En effet ce jeudi n’est pas un jour férié en France alors qu’il l’est dans certains pays comme la Belgique, la Suisse, certaines parties de l’Allemagne, l’Autriche, la Pologne, le Portugal, l’Espagne.

Source : Cybercuré
Dossier complet à retrouver sur le site Cybercuré

 

Fête du Saint-Sacrement

SOMMAIRE

La Fête-Dieu, Fête du Saint-Sacrement

La procession de la Fête-Dieu

Fête du Corps et du Sang du Christ

La Fête-Dieu, Fête du Saint-Sacrement

 

  1. Origine de la Fête du Saint-Sacrement

L’origine de la Fête du Saint-Sacrement remonte au XIII° siècle. Jusque là, il n’y avait ni office ni exposition du Saint-Sacrement. On conservait seulement la Sainte réserve pour les mourants et les malades. Actuellement, c’est la situation dans l’Église orthodoxe. La fête du Corpus Cristi (Fête-Dieu) est apparue au XIII° siècle à la suite d’une vision qu’a eu vers 1210 une religieuse, sainte Julienne de Cornillon du diocèse de Liège. Le premier formulaire d’une messe en l’honneur du Saint-Sacrement a été composé en 1246 dans le diocèse de Liège. Puis on a utilisé un nouveau formulaire, l’œuvre de saint Thomas d’Aquin pour la Fête du Saint-Sacrement.

  1. Histoire de la Fête du Saint-Sacrement

Le pape Urbain IV en 1264 rendit la fête du Saint-Sacrement obligatoire pour l’Église universelle, mais cette fête a eu de la peine à s’imposer chez les évêques et les théologiens. Puis elle est devenue une fête très populaire, très célèbre en Espagne. Elle a été supprimée dans les pays protestants, mais cependant gardée par l’Église anglicane. Cette fête était appelée fête du Corpus Christi ou Fête du Saint-Sacrement. Le nom de Fête-Dieu n’existe qu’en français.

  1. Prière pour la Fête du Saint-Sacrement

Mon Seigneur et mon Dieu,
je me prosterne humblement
et vous adore.
Je me sens impuissant à considérer
votre immense bonté,
votre amour infini dans la sainte Hostie.
Puis je me reconnais incapable
d’égaler ma gratitude
à cet incompréhensible bienfait,
plus je vous supplie avec instance
de mettre vous-même dans mon cœur,
les sentiments qui me manquent.
Faites que votre amour me détache
du monde et de moi-même,
et me suggère les paroles
qui peuvent mieux vous exprimer
mon désir de vous aimer et d’être,
à la vie, à la mort,
tout à votre divin Cœur.

Il y a beaucoup de prières pour la Fête du Saint-Sacrement.

La procession de la Fête-Dieu

  1. Historique de la procession de la Fête-Dieu

Le pape Jean XXII en 1318 a ordonné de porter l’eucharistie, le jour de la Fête du Saint-Sacrement (Fête-Dieu), en cortège solennel dans les rues et sur les chemins pour les sanctifier et les bénir. C’est à ce moment qu’apparaît l’ostensoir. Elle se répand dans tout l’occident aux XIV° et XV° siècles. Le concile de Trente (1515-1563) approuve cette procession de la Fête-Dieu qui constitue une profession publique de foi en la présence réelle du Christ dans l’eucharistie. Le défilé du Saint-Sacrement est encore très populaire en Italie et en Espagne. Mais en France, la procession de la Fête-Dieu se fait rarement, sauf dans de nombreux villages du Pays Basque.

  1. Description de la procession de la Fête-Dieu

Pendant la procession de la Fête-Dieu, le prêtre portait l’eucharistie au milieu des rues et des places richement pavoisées de draperies et de guirlandes. On abritait le Saint sacrement sous un dais somptueux porté par quatre notables. On faisait aussi une station à un reposoir, sorte d’autel couvert de fleurs. L’officiant encensait l’eucharistie et bénissait le peuple. On marchait sur un tapis de pétales de rose que des enfants jettent sur le chemin du Saint-Sacrement. Cela constituait un vrai spectacle.

  1. L’ostensoir

Un prêtre portait l’eucharistie dans l’ostensoir sous un dais souvent tenu par quatre personnes. Parfois l’ostensoir était sur un char tiré par deux chevaux. Au reposoir, l’officiant encensait l’eucharistie et bénissait le peuple avec l’ostensoir. L’ostensoir est un objet liturgique destiné à contenir l’hostie consacrée, à l’exposer à l’adoration des fidèles et à les bénir.

  1. Le reposoir de la Fête-Dieu

Le reposoir de la procession de la Fête-Dieu est un temps fort de l’adoration du Saint-Sacrement. Le cortège de la Fête Dieu fait une station à un reposoir, sorte d’autel décoré ou couvert de fleurs. Au reposoir, l’officiant encense l’eucharistie et bénit le peuple avec l’ostensoir. Le reposoir peut être situé en plein air ou dans une salle. Sur le trajet il y en a parfois plusieurs. Après une station à un reposoir, on se rendait à un autre reposoir.

  1. Renouveau de la procession du Saint-Sacrement

L’archevêché de Paris veut remettre à l’honneur la procession du Saint sacrement et organise des cortèges pour la fête du corps et du sang du Christ. En 2007, 5.000 personnes s’étaient retrouvées à Notre-Dame pour une veillée de prière puis une procession du Saint sacrement à Montmartre. En 2008, l’archevêque de Paris, Mgr André Vingt-Trois, a présidé samedi une veillée à Saint-Augustin (VIII° siècle), a suivi une marche dans la nuit jusqu’à la basilique du Sacré-Coeur à Montmartre (XVIII° siècle) qui est restée ouverte toute la nuit. Le lendemain, dimanche, une vingtaine de paroisses parisiennes ont marqué cette fête de l’Eucharistie. En 2008, il y a une procession du Saint sacrement de l’Église Notre-Dame de Clignancourt au Sacré-Cœur de Montmartre. Les enfants précèdent le Saint Sacrement avec pétales de fleurs et bannières comme à la traditionnelle procession de la Fête Dieu. Ce renouveau a lieu aussi dans d’autres villes, par exemple à Toulon.

Documents

Histoire de la Fête-Dieu

Coutumes et traditions : cortège de la Fête à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône)

On voit le dais et le char dans les images de la Fête-Dieu.

La cortège de la Fête-Dieu est faite aussi par la Fraternité Saint-Pie X avec un char sur lequel est fixé l’ostensoir. Le char est tiré par deux chevaux. La majesté du cortège est faite pour susciter l’adoration du Saint-Sacrement.

Le reposoir est parfois situé à l’extérieur dans un endroit bien visible, comme en haut d’un escalier ou dans une salle plus recueillie.

 

Fête du Corps et du Sang du Christ

  1. Sens de la Fête du Corps et du Sang du Christ

Depuis la réforme liturgique du concile Vatican II, la Fête Dieu est appelée « Fête du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ ». La Fête du Corps et du Sang du Christ commémore l’institution du sacrement de l’eucharistie. Elle est un appel à approfondir le sens de l’eucharistie et sa place dans notre vie. Cette fête est la célébration du Dieu d’amour qui se révèle en donnant son corps et son sang, en se donnant à nous comme nourriture de vie éternelle. Le sens de la fête du corps et du sang du Christ est un peu différent de celui de la Fête Dieu qui était plus centrée sur l’adoration de la présence réelle du Christ.

  1. Messe de la Fête du Corps et du Sang du Christ

La messe de la Fête du Corps et du Sang du Christ (fête de Corpus Christi) est dite en ornement blanc. La procession a presque complètement disparu. Au cours de la messe, on est habituellement invité à communier au corps et au sang comme le Jeudi saint. On fait souvent la première communion le jour de la Fête du Corps et du Sang du Christ.

  1. Date de la Fête du Corps et du Sang du Christ

La date de la Fête du Corps et du Sang du Christ (fête de Corpus Christi), comme la date de la Fête du Saint-Sacrement ou la date de la Fête-Dieu, est en principe le jeudi qui suit la fête de la Sainte-Trinité c’est-à-dire soixante jours après Pâques. Mais en France, depuis le concordat de 1801 et dans plusieurs pays, la Fête du Corps et du Sang du Christ est repoussée au dimanche qui suit la Sainte-Trinité en vertu d’un indult papal pour permettre la participation de tous les fidèles. En effet ce jeudi n’est pas un jour férié en France alors qu’il l’est dans certains pays comme la Belgique, la Suisse, certaines parties de l’Allemagne, l’Autriche, la Pologne, le Portugal, l’Espagne.

Pour la date de la Fête du Corps et du Sang du Christ, voir le calendrier liturgique

  1. Textes, lectures de la messe de la Fête du Corps et du Sang du Christ

Les textes et les lectures de la messe de la Fête du Corps et du Sang du Christ (fête de Corpus Christi) sont différents pour les années A, B et C.

Fête du Corps et du Sang du Christ, année A (2008, 2011)

Année B (2009,2012)

Année C (2010,2013)

  1. Homélies de la messe de la Fête du Corps et du Sang du Christ

Les homélies de la messe de la Fête du Corps et du Sang du Christ ( fête de Corpus Christi ) sont différentes, comme les lectures, pour les années A, B et C.

  1. Prière universelle de la messe de la Fête du Corps et du Sang du Christ

Voici un exemple de prière universelle de la messe de la Fête du Corps et du Sang du Christ centrée sur le pain de la parole et le pain de l’amour, nourriture qui fait vivre.

Tout le monde a besoin de pain pour vivre. Le pain matériel, pour nourrir le corps. Le pain de la Parole, pour nourrir l’âme. Et le pain de l’amour, pour nourrir le cœur. Laissons monter vers le Seigneur notre prière et demandons-lui de combler toutes nos faims.

Dieu très-haut, écoute-nous.

Ô Seigneur, viens au secours des affamés ; accorde-leur le pain sans lequel la vie n’est plus possible.

Ô Dieu de la vie, viens au secours des assoiffés de sens : conduis-les vers les puits d’eau vive.

Ô Père de toute bonté, viens en aide à tous ceux et celles qui, partout dans le monde, luttent contre la faim : donne-leur le courage nécessaire à leurs efforts.

Ô Roi du ciel et de la terre, viens en aide à ceux et celles qui cherchent à transmettre du courage aux désespérés de toutes sortes : accorde-leur d’être de véritables témoins de sens.

Dieu de tendresse et d’amour, toi qui ne cesses de nourrir ton peuple avec générosité afin qu’il parvienne là où tu veux le conduire, entends notre prière : accorde à tous tes enfants la nourriture qui fait vivre. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

Autre Prière universelle de la messe de la Fête du Corps et du Sang du Christ

Refrain : Seigneur nourris le monde du pain de ton amour

 

Procession de la Fête Dieu
à Aix (Bouches-du-Rhône)

(D’après « Le Magasin pittoresque », paru en 1836)

 

Cette procession avait été instituée, vers l’an 1462, par le roi René. Il avait emprunté, pour en faire un spectacle magnifique, tout ce que la verve poétique de ce temps savait mêler de sacré et de profane, d’histoire ancienne et d’histoire moderne. Le lundi de la Pentecôte, avait lieu la nomination des principaux chefs de la fête : le roi de la Basoche, le prince d’Amour, l’abbé de la Jeunesse, et quelques autres grands dignitaires.

 

René d’Anjou

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Le jour de la Trinité, étaient élus les officiers subalternes, et tous ceux qui voulaient prendre part à la cérémonie se faisaient inscrire. Ils parcouraient la ville en chantant et dansant, s’arrêtant devant les maisons de belle apparence, d’où on leur jetait quelques pièces de monnaie.

La veille de la grande procession avait lieu le passado ; vers midi, les bâtonniers, après avoir préalablement entendu la messe à la cathédrale , parcouraient la ville au pas de course, musique en tête, s’arrêtant à chaque coin de rue pour donner aux passants le spectacle de leur adresse. Puis ils se rendaient sur le Cours où avait lieu le lou gué, c’est-à-dire la distribution des costumes pour le lendemain. Le prévôt, accompagné des échevins, proclamait le nom des dieux de l’Olympe, qui venaient successivement se ranger près de lui.

Le lendemain, jour de la Fête-Dieu , la procession se mettait en marche au son des cloches à grande volée. D’abord se présentaient quatre bâtonniers chargés de rubans aux couleurs, soit de l’abbé de la Jeunesse, soit du roi de la Basoche, suivant qu’ils appartenaient à l’un ou l’autre de ces deux chefs ; puis se présentaient les ateliers du comte de Provence, portant chacun une torche.

Ils précédaient la Renommée, montée sur un cheval, que conduisaient quatre sampodophores (porteurs de torches) ; le costume de la déesse aux cent voix était une robe jaune sur laquelle étaient peintes les armes des principaux seigneurs provençaux ; deux ailes peintes également en jaune sortaient de la robe par deux fentes pratiquées aux épaules ; sa coiffure était un bonnet également jaune et couvert de plumes.

Deux groupes suivaient la Renommée : le premier se composait des chevaliers du Croissant, ordre militaire institué par le roi René. Cet ordre, célèbre dans les fastes de l’histoire de Provence, avait une armure ainsi qu’on la portait en ces temps ; un croissant que les chevaliers avaient sur la poitrine et à leurs casques, indiquait que leur valeur devait aller toujours en croissant, et les distinguait des autres guerriers. Une musique militaire les séparait du duc et de la duchesse d’Urbin, montés sur des ânes. Les figures grotesques de ces malheureux princes rappelaient un des trophées de René, qui vainquit Urbin en 1460. La duchesse d’Urbin était la fille d’Alexandre Sforce, que le duc avait épousée en 1459, après la mort de Gentile de Braccaleone, sa première femme.

Les vociférations et les railleries du peuple accueillaient toujours l’image de ce général, qui, pour avoir été vaincu une fois, n’en était pas moins un des plus remarquables de son époque. Momus suivait ces deux groupes ; son vêtement était chamarré de mille couleurs et couvert de grelots ; d’une main il balançait la marotte sur la tête de la foule, et de l’autre il tenait son masque.

Mercure l’accompagnait. Ce dieu, en cette circonstance, ne représentait pas le protecteur du commerce et de l’industrie, mais seulement celui des voleurs. A cet effet , il s’appuyait sur la Nuit qui le couvrait de son manteau noir parsemé d’étoiles et de pavots.

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Principale entrée de la ville d’Aix,
par A. Meunier, en 1792

 

Un charivari, réunion de bruits aigus et discords cherchant à imiter les pleurs et les grincements de dents de l’enfer, annonçait le noir Pluton. Cinq groupes différents composaient son cortège : le premier était celui des Razcassetos ; c’étaient les lépreux de l’Écriture : ils étaient tous munis de peignes, de brosses, de ciseaux et d’éponges, s’occupant sans cesse à brosser, peigner et laver un d’entre eux, qui cherchait vainement à se soustraire à leurs bons offices.

Lou jouec dou cat paraissait après les Razcassetos. Moïse portait les tables de la loi ; son front était orné des deux rayons lumineux que lui donne la tradition. Aaron était près de lui, et cherchait à expliquer la loi divine aux Israélites ; mais ceux-ci se moquaient des paroles du grand-prêtre, et dansaient autour du veau d’or. Un d’entre eux tenait un jeune chat qu’il lançait en l’air et ressaisissait dans sa chute avec beaucoup d’adresse, c’est ce qui faisait donner à ce groupe le nom de jeu de chat, lou jouec dou cat. Enfin Pluton, Proserpine, l’accompagnaient, tous deux vêtus de robes noires parsemées de flammes ; d’une main, ils avaient leurs sceptres d’ébène, et de l’autre les clefs du sombre empire ; les démons les entouraient formant devant et derrière des danses diaboliques.

Le quatrième groupe représentait le pichoum jouec déis diables (petit jeu des diables). Un enfant vêtu de blanc figurait une âme, qu’un ange conduisait par la main , lui montrant la croix. Des diables cherchaient toujours à frapper de leurs masses ou de leurs fouets la malheureuse âme ; mais les coups retombaient sur l’ange dont le dos était vraisemblablement rembourré. Le grand jeu des diables suivait le petit, et terminait le cortège du Dieu des enfers ; Hérode, revêtu des insignes de la royauté, était en butte à la fureur des démons, qui le harcelaient à coups de fourches et de piques, faisant sonner insolemment leurs grelots autour de sa tête.

La diablesse se faisait remarquer au milieu d’eux ; c’était une femme habillée dans le goût le plus moderne, personnification de la coquetterie. Les dieux de la mer suivaient ceux de l’enfer ; leurs costumes étaient bleu clair, ainsi qu’est l’eau azurée ; ils entouraient Neptune, dont la main était armée du redoutable trident ; les vents tonnaient autour de lui une danse animée.

Une musique champêtre annonçait les dieux de la terre ; les nymphes, vêtues de robes vertes comme les feuilles des bois, mêlaient leurs danses avec les satyres ; ceux-ci avaient les jambes couvertes de peaux bigarrées ; le haut de leur corps était couvert d’un gilet dont la couleur imitait celle de la chair ; une longue queue et des cornes complétaient le costume. Pan, habillé de même, les suivait en jouant de la flûte.

Ce char, couvert de pampres et de feuilles vertes, annonçait Bacchus : c’était en effet lui qui était assis sur ce tonneau ; d’une main il tenait une bouteille, et de l’autre une coupe. Il se versait à boire, et dès qu’il avait trempé ses lèvres dans la tasse, elle lui était arrachée par les faunes qui composaient sa suite, et qui la vidaient. Aussi cette partie de la procession était-elle une des plus gaies. Mars et Minerve suivaient Bacchus ; le premier portait le costume des chevaliers au temps de Louis XI, et la seconde celui des dames de la cour. Elle tenait en outre la lance et la tête de Méduse.

 

Eglise Saint-Jean, à Aix

Eglise-Aix

Venaient ensuite les chèvaouz frux  (chevaux fringants). Cette partie de la procession était certainement la plus curieuse. Des chevaliers de la cour de René exécutaient debout sur leurs chevaux des exercices, comme on en voit chez Franconi ; mais il paraît que ces seigneurs n’avaient pas la même adresse que les écuyers de dernier car, dans une de ces processions, plusieurs d’entre eux tombèrent et furent tués. Il fut décidé alors qu’on les remplacerait par des hommes qui auraient des chevaux de carton attachés à leurs ceintures, et qui répéteraient d’une manière moins dangereuse les exercices de leurs devanciers.

Diane et Apollon suivaient ces redoutables cavaliers ; Diane portait son arc et ses flèches ; Apollon, sa lyre harmonieuse et le coq matinal. Les Heures leur succédaient se tenant par la main. Le groupe suivant représentait la visite de la reine de Saba au grand roi ; elle le saluait avec des rameaux verts et en balançant son corps de droite à gauche. Salomon, pour lui faire honneur, exécutait devant elle une danse vive et animée, abaissant sa redoutable épée à la pointe de laquelle était attaché le castlet (petit château) surmonté de cinq girouettes ; ce castlet figurait le temple que ce monarque éleva. Les femmes de la reine la suivaient tenant chacune une coupe, présent du saint roi.

Les pichnoux dansaires et les grands dansaires, deux groupes de danseurs, précédaient le char des dieux. Celui-ci magnifiquement orné, couvert des tapis les plus riches, conduit par six superbes chevaux blancs richement caparaçonnés, supportait plusieurs trônes : sur le plus élevé était Jupiter, les foudres en main ; Junon était à ses pieds, elle caressait le paon son oiseau privilégié ; Vénus et l’Amour étaient assis près d’elle ; les Jeux et les Ris entouraient le char.

Derrière étaient les trois parques, Clotho, Lachésis et Atropos, roulant, filant et coupant les jours des mortels. Hérode les suivait ; il présidait au massacre des Innocents. Ses gardes, armés de fusils, tiraient en l’air, et une douzaine d’enfants se jetaient à terre en poussant de grands cris. Les Mages, les Apôtres, les Evangélistes figuraient aussi dans cette procession ; elle était terminée par le prince d’Amour, l’abbé de la Jeunesse et le roi de la Basoche. René avait personnifié, dans ces trois chefs de la procession, la noblesse, le clergé et le peuple ; tous trois marchaient sur la même ligne ; tous trois avaient un cheval de la même couleur et de la même taille ; tous trois avaient une même suite. En cette circonstance, mais en celle-là seule, se retrouvait l’égalité.

Telle était la procession d’Aix en 1490, et déjà quelques personnages, tels que Adam, Eve, Caïn, Abel, les Patriarches, etc., étaient supprimés. La procession du Saint-Sacrement, ainsi qu’elle était observée il y a encore quelques années à Paris, suivait ce cortège. En 1645, et principalement en 1680, les archevêques de la ville voulurent supprimer les scènes profanes de cette cérémonie ; le peuple mécontent menaça de brûler l’archevêché, et les prélats renoncèrent à leur censure. La fête continua donc sans obstacle jusqu’en 1789. A ce moment, la Révolution, qui renversait toutes les cérémonies du culte catholique, abolit aussi la procession d’Aix : elle fut reprise à l’époque du concordat ; mais alors elle était bien déchue de son ancienne bizarrerie.

 

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EGLISE CATHOLIQUE, FETE DU SACRE-COEUR, FETE LITURGIQUE, JESUS-CHRIST, SACRE-COEUR DE JESUS

La fête du Sacré-Coeur

Le Sacré-Coeur

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La Fête du Sacré-Cœur est célébrée le 3e vendredi après la Pentecôte. Elle trouve son origine dans les apparitions du Christ à sainte Marguerite Marie Alacoque, religieuse à Paray-le- Monial. La dévotion au Sacré Cœur  invite à fixer l’attention sur le coeur aimant de Jésus, compatissant et miséricordieux

 

Le culte du Sacré-Cœur

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En 1673, à Paray-le-Monial, une religieuse de l’ordre de la Visitation, Marguerite-Marie Alacoque, voit Jésus et l’entend lui dire : « Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes et qui en est si peu aimé. » Ce message sera reconnu par le pape Clément XIII en 1765. C’est le début du culte du Sacré-Cœur. En 1856, le pape Pie IX décide de lui consacrer une fête pour toute l’Église. Les représentations figurées du Sacré-Cœur font alors le tour du monde. En 1899, le pape Léon XIII lui consacre toute l’humanité. C’est le pape Pie XII qui explicitera pour le « monde d’aujourd’hui » la théologie du Sacré-Cœur dans son encyclique Haurietis aquas in gaudio (« Vous puiserez les eaux dans la joie aux sources du Sauveur »). En 1995, Jean-Paul II associe la fête du Sacré-Cœur à une journée de prière pour la sanctification des prêtres. En 2011, lors des Journées mondiales de la jeunesse à Madrid, Benoît XVI consacre la jeunesse du monde entier au Sacré-Cœur de Jésus. Au XVIIe siècle, au cœur des controverses protestantes ou jansénistes, l’Église développa le culte au Sacré-Cœur pour rappeler la primauté de l’amour de Dieu. Aujourd’hui, dans un monde hyper technicisé, la dévotion au Sacré-Cœur permet de reconsidérer les dons de la tendresse, de l’amour, des relations humaines qui donnent un surplus de sens à la vie.

 

Paray-le-Monial cité du sacré cœur

Paray Le Monial, France - September 13, 2016:  Shrine of St.. C

Le sanctuaire de Paray-le-Monial est mondialement connu. Cette petite ville de Bourgogne est devenu en près de 400 ans une grande destination de Pèlerinage au Sacré-Cœur  de Jésus.

Apparition du 27 décembre 1673

 » Mon divin cœur est si passionné d’amour pour les hommes et pour toi en particulier, que ne pouvant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu’il les répande par ton moyen et qu’il se manifeste à eux pour les enrichir de ses précieux trésors que je te découvre. « 

Grande apparition, de juin 1675

 » Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour. Et pour reconnaissance je ne reçois de la plupart que des ingratitudes « 

Dans une communication plus personnelle, Jésus demande à Marguerite-Marie de l’accompagner chaque jeudi soir, durant une heure, pour participer à son agonie à Gethsémani. Il lui dit : « C’est ici où j’ai le plus souffert qu’en tout le reste de ma Passion (…) ; il n’y a point de créature qui puisse comprendre la grandeur des tourments que je souffris alors ».

Marguerite-Marie n’a pas « inventé » la dévotion au Sacré Cœur. Celle-ci se déploie particulièrement au XVIIe siècle et prépare la mission que Jésus lui confiera.

St Jean Eudes (1601 -1680) missionnaire au cœur de feu, travaille ardemment à la réforme du clergé. Aux prêtres de la congrégation qu’il a fondée, il écrit : » Il nous faut apprendre de notre divin Docteur, qui est Jésus, à être humbles non seulement d’esprit mais de cœur. « Il composera la première messe en l’honneur des coeurs de Jésus et Marie.

 

Lettre de Marguerite-Marie au Père Croiset :

 » La première grâce particulière qu’il me semble avoir reçue pour cela, ce fut un jour de saint Jean l’Évangéliste qu’après m’avoir fait reposer plusieurs heures sur cette sacrée poitrine, je reçus de cet aimable Cœur  des grâces dont le souvenir me met hors de moi-même. Après cela, ce divin Cœur  me fut présenté comme dans un trône de flammes, plus rayonnant qu’un soleil et transparent comme un cristal, avec cette plaie adorable, et il était environné d’une couronne d’épines, qui signifiait les piqûres que nos péchés lui faisaient, et une croix au-dessus qui signifiait que dès les premiers instants de son Incarnation, c’est-à-dire que dès lors que ce sacré Cœur  fut formé, la Croix y fut plantée, et il fut rempli dès ces premiers instants, de toutes les amertumes que devaient lui causer les humiliations, pauvreté, douleurs et mépris que la sacrée humanité devait souffrir, pendant tout le cours de sa vie et en sa sainte Passion… ».

Un autre témoin du Cœur de Jésus a marqué de sa présence discrète et rayonnante Paray-le-Monial : Claude la Colombière, jésuite, qui fut le confesseur de Marguerite-Marie.

La chapelle de La Colombière se trouve sur la droite en sortant de la Visitation, à 100 m. Elle est confiée à la garde de la communauté des Pères de la Compagnie de Jésus résidant à Paray-le-Monial.

Bâtie en 1930, juste après la béatification de Claude La Colombière, le 16 juin 1929. Son style rappelle les Basiliques de Fourvières (Lyon) et de Montmartre (Paris) par les mosaïques nombreuses et les vitraux.

Au début du XVIIe siècle, Paray-le-Monial compte un nombre important de protestants. Des Pères jésuites résident alors de temps en temps dans la ville à partir de 1618 pour prêcher la foi catholique. Ils s’y établissent définitivement à partir de 1651. Le Père Claude La Colombière fut supérieur de la petite résidence pendant 18 mois, en 1675-1676, et revint à Paray pour y mourir en 1682, à l’âge de 44 ans. Il fut confesseur de Marguerite-Marie, envoyé par Dieu comme son » fidèle serviteur et parfait ami. « 

La grande fresque de l’abside relate la vision de Marguerite-Marie du 2 juillet 1688, deux ans avant sa mort Le Christ siège au sein de flammes qui représentent le feu brûlant de son amour. À droite, Marie a le visage tourné vers Marguerite-Marie. Elle lui confie ce message : les sœurs de la visitation doivent promouvoir la dévotion au Cour de Jésus, mais les jésuites sont chargés d’expliquer théologiquement le mystère du Cœur de Jésus. Cette phrase est transcrite au bas de la fresque. Les anges présentent tous des images du Sacré Cœur, que Jésus a demandé que l’on dessine pour les répandre dans les foyers chrétiens.

Châsse de Sainte Marguerite-Marie : ses ossements sont enveloppés dans une effigie de cire et de coton revêtue de l’habit de l’Ordre au XVIIe siècle. Cette chasse date de sa béatification en 1864. Décédée le 17 octobre 1690, Marguerite-Marie fut canonisée en 1920.

Au-dessus de la châsse, un tableau représente une autre vision de Marguerite-Marie : au moment de communier des mains du Père la Colombière, elle a la vision des trois cœurs : le plus grand est celui du Christ, uni désormais aux deux plus petits que sont ceux de Marguerite-Marie et de Claude.

 

Marguerite-Marie Alacoque

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Née le 22 juillet 1647, Marguerite-Marie Alacoque entre au monastère de la Visitation à Paray-le-Monial en 1671. Le 27 décembre 1673, le Christ lui apparaît. Elle reçoit un premier message : « Mon divin Cœur est si passionné d’amour pour les hommes, et pour toi en particulier, que ne pouvant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu’il les répande par ton moyen. » Jésus demande à la voyante de « faire connaître aux hommes l’Amour débordant de Dieu… » Un an plus tard, elle voit de nouveau le cœur de Jésus « tout rayonnant de gloire avec ses cinq plaies brillantes comme cinq soleils ». En 1675, Jésus lui dit : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour ; et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris ». Jésus poursuit en demandant que soit rendu un culte public au Sacré-Cœur. Elle meurt à Paray-le-Monial le 17 octobre 1690. Elle est canonisée en 1920.

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