FRANCE, LE MONT-SAINT-MICHEL (Normandie, France), MONT-SAINT-MICHEL (Normandie, France), NORMANDIE (France), PELERINAGE, TOURISME

Le Mont-Saint-Michel

Le Mont-Saint-Michel

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Le Mont-Saint-Michel est une commune française située dans le département de la Manche en Normandie. Elle tire son nom de l’îlot rocheux consacré à saint Michel où s’élève aujourd’hui l’abbaye du Mont-Saint-Michel.

L’architecture du Mont-Saint-Michel et sa baie en font le site touristique le plus fréquenté de Normandie et l’un des dix plus fréquentés en France — premier site après ceux d’Île-de-France — avec près de deux millions et demi de visiteurs chaque année (3 250 000 en 2006, 2 300 000 en 2014).

Une statue de saint Michel placée au sommet de l’église abbatiale culmine à 157,10 mètres au-dessus du rivage. Élément majeur, l’abbaye et ses dépendances sont classées au titre des monuments historiques par la liste de 1862 (60 autres constructions étant protégées par la suite) ; l’îlot et le cordon littoral de la baie figurent depuis 1979 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO ainsi que le moulin de Moidrey depuis 2007. Par ailleurs le mont bénéficie d’une seconde reconnaissance mondiale en tant qu’étape des Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France pour « les pèlerins du Nord de l’Europe (qui) passaient par le Mont lorsqu’ils se rendaient en Galice ».

En 2017, la commune comptait 30 habitants, appelés les Montois. L’îlot du mont Saint-Michel est devenu au fil du temps un élément emblématique du patrimoine français.

 

Géographie

Le mont Saint-Michel, situé à 48° 38′ 10″ de latitude nord et à 1° 30′ 40″ de longitude ouest, dans le « pays » de l’Avranchin, est un îlot rocheux à l’est de l’embouchure du Couesnon, lequel se jette dans la Manche. Pointement granitique d’environ 960 mètres de circonférence, cet îlot s’élève au-dessus d’une plaine sablonneuse à 92 mètres d’altitude. La construction de l’abbaye modifie cette perception : la hauteur du rocher à l’abbatiale fait 78,60 mètres, celle du sol de l’abbatiale au sommet de la tour fait 34,70 m, la flèche atteint une hauteur de 39,80 m. La statue de saint Michel de 4 m de hauteur culmine ainsi à 157,10 mètres.

Au niveau géologique, ce pointement est une intrusion leucogranitique   (leucogranite à biotite et muscovite) de petite dimension mise en place dans le socle cadomien (encaissant schisteux briovérien) au cours de l’orogenèse calédonienne (525 Ma). Cette intrusion dégagée de sa gangue schisteuse et mise en relief par l’érosion (le leucogranite présentant une plus grande résistance à l’érosion que le schiste), offre une superficie émergée d’environ 7 ha, au-dessus de laquelle se dresse l’abbaye. La partie essentielle du rocher est couverte par l’emprise au sol de l’abbaye du Mont-Saint-Michel et de son domaine. Le rocher ne représente qu’une petite partie de la commune qui s’étend aussi sur la digue et plusieurs dizaines d’hectares de polders.

En 1846, Édouard Le Héricher le décrivait ainsi : « Le Mont Saint-Michel apparaît comme une montagne circulaire qui semble s’affaisser sous la pyramide monumentale qui la couronne. On voudrait prolonger sa cime en une flèche aiguë qui monterait vers le ciel (la flèche actuelle ne date que de 1899), dominant son dais de brouillards ou se perdant dans une pure et chaude lumière. De vastes solitudes l’environnent, celle de la grève ou celle de la mer, encadrées dans de lointaines rives verdoyantes ou noires ».

 

Le mont Saint-Michel vu par le satellite Spot en 2003.

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Caractéristiques de la baie

Le mont Saint-Michel (l’îlot ou l’abbaye) a donné à son tour son nom à la baie du Mont-Saint-Michel, dont le cordon littoral est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.

La baie du Mont-Saint-Michel est le théâtre des plus grandes marées d’Europe continentale, jusqu’à 15 mètres de marnage, différence entre basse et haute mers. La mer rejoint ensuite les côtes « à la vitesse d’un cheval au galop », comme le dit l’adage.

 

Territoire communal et communes limitrophes

La commune s’étend sur environ 4 kilomètres carrés Hormis le rocher d’une superficie de 7 ha, le territoire communal comprend deux parties terrestres disjointes totalisant 393 ha, limitrophes des communes de Beauvoir (pour l’essentiel) et de Pontorson.

La partie la plus importante (environ 387 ha), à l’ouest du Couesnon, est constituée des hameaux de Belmontet, Saincey et Camus, et des polders Molinié et Tesnières. Cette partie est limitrophe de la commune de Beauvoir au sud.

La plus petite partie (environ 6 ha), à l’est du Couesnon, forme la partie occidentale du lieu-dit la Caserne, entre la route du Mont-Saint-Michel et le fleuve côtier. Elle est enclavée entre les territoires des communes de Beauvoir (au sud et à l’ouest) et Pontorson (à l’est) On y trouve quatre hôtels.

 

Histoire du rocher

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Vue aérienne du mont Saint-Michel en 2005.

À l’origine, il était connu sous l’appellation de mont Tombe. Il devait s’y trouver une pierre ou un monument mégalithique destiné à un culte païen, auquel succédèrent deux oratoires, l’un dédié à saint Symphorien, l’autre à saint Étienne, édifiés par des ermites aux VIe et VIIe siècles, ainsi que le rapporte la Revelatio ecclesiae sancti Michaelis archangeli in Monte Tumba. A la suite de cette première christianisation du mont Tombe, fut érigé un oratoire en l’honneur de l’archange saint Michel en 708 (709 pour la dédicace), comme l’indiquent les Annales du Mont-Saint-Michel rédigées au début du XIIe siècle. Aubert, évêque d’Avranches, installa sur le site une communauté de douze chanoines pour servir le sanctuaire et accueillir les pèlerins. C’est à cette époque que le mont accueillit, à l’est du rocher, les premiers villageois qui fuyaient les raids vikings. Ce premier habitat a dû abriter les différents corps de métier nécessaires à l’édification du premier sanctuaire : tailleurs de pierre, maçons, tâcherons et charpentiers. Puis il a dû accueillir les laïcs chargés d’approvisionner la communauté religieuse. « Malgré les nombreuses reconstructions qui ont, petit à petit, façonné le bourg que nous connaissons aujourd’hui, le noyau primitif du village demeure encore perceptible : il correspond en effet à une zone caractérisée par une organisation parcellaire relativement complexe et un enchevêtrement de constructions desservies par des ruelles tortueuses ». Il s’agit, grosso modo, du secteur où se trouvent implantés l’église paroissiale Saint-Pierre et son cimetière. La plupart des habitations devaient être construites en bois et en torchis.

À partir de l’an 710 et pendant tout le Moyen Âge, le mont fut couramment surnommé par les clercs « mont Saint-Michel au péril de la mer » (Mons Sancti Michaeli in periculo mari).

Le Mont était rattaché depuis la formation des circonscriptions ecclésiastiques au diocèse d’Avranches, en Neustrie, ce qui reflétait vraisemblablement une situation antérieure, c’est-à-dire l’appartenance du Mont au territoire des Abrincates, membres de la confédération armoricaine, sur lequel va se plaquer le cadre administratif romain, puis le cadre religieux chrétien, conformément à un processus observé ailleurs dans la future Normandie et au-delà.

En 867, le traité de Compiègne attribua le Cotentin, ainsi que l’Avranchin (bien que ça ne soit pas clairement stipulé), au roi de Bretagne, Salomon. L’Avranchin, tout comme le Cotentin, ne faisaient donc pas partie du territoire normand concédé au chef viking Rollon en 911. Le mont Saint-Michel restait breton, bien que toujours attaché au diocèse d’Avranches, lui-même dans l’antique province ecclésiastique de Rouen, dont la ville principale était aussi devenue capitale de la nouvelle Normandie. Il l’était encore en 933 lorsque Guillaume Ier de Normandie, dit Guillaume Longue Épée, « obtint du roi de France un agrandissement notable de son territoire, avec le Cotentin et l’Avranchin, jusqu’alors contrôlés par les Bretons. C’est donc à cette date que le Mont est officiellement rattaché à la Normandie », la frontière politique de l’Avranchin se fixant transitoirement à la Sélune, fleuve côtier qui se jetait à l’est du Mont. Guillaume Longue Épée fit d’importants dons de terres à la communauté des chanoines montais, ces domaines étant presque tous situés entre le Couesnon et la Sélune.

Richard Ier de Normandie, fils de Guillaume Longue Épée, eut à cœur de poursuivre l’œuvre de réforme monastique de son père et il ordonna aux chanoines à qui le Mont avait été confié de renoncer à leur vie dissolue ou de quitter les lieux. Tous partirent sauf un, Durand, qui se réforma par amour pour l’archange. C’est ainsi que s’y établirent en 966 des bénédictins issus de différentes abbayes telles, sans doute, Saint-Taurin d’Évreux et Saint-Wandrille. L’histoire de cette fondation est relatée dans l’Introductio monachorum, qui figure au début du Cartulaire du Mont-Saint-Michel. Le premier abbé fut Mainard Ier. Une tradition bien établie veut qu’il s’agisse du réformateur Mainard, chargé de restaurer l’abbaye de Saint-Wandrille mais cette hypothèse reste controversée. C’est lui qui aurait fait édifier l’église préromane appelée Notre-Dame-sous-Terre, construite à cette même période. Son neveu, Mainard II, lui succéda jusqu’en 1009, qui était aussi abbé de Redon. « À cette époque, le Mont scelle la bonne entente entre les deux ducs, de Normandie et de Bretagne ».

Sont inhumés dans la chapelle Saint-Martin de l’abbaye les ducs de Bretagne, de la maison de Rennes :

Conan I le Tort (mort en 992), qui, lors de la confirmation d’une donation faite à l’abbaye du Mont-Saint-Michel, le 28 juillet 990 en présence de l’ensemble des évêques de Bretagne, prend le titre de Princeps Britannorum ;

Geoffroy I Béranger (mort en 1008), époux d’Havoise de Normandie, grand bienfaiteur de l’abbaye en donnant les revenus de Saint-Méloir-des-Ondes et Saint-Benoît-des-Ondes.

Pendant le premier quart du xie siècle, les bonnes relations perdurent entre les moines du Mont et les ducs, sous les abbés Hildebert Ier (1009-1017) puis Hildebert II (1017-1023). Mais elles se gâtent lorsque le duc normand Richard II , qui protégeait l’abbaye à l’instar de son père, décide de remplacer l’abbé montois par un abbé extérieur et réformateur, d’abord le Romain Supo puis le Bourguignon Thierry, déjà abbé de l’abbaye de Jumièges et gardien de l’abbaye de Bernay, alors dépendance de l’abbaye de Fécamp.

Le nouveau duc Robert Ier de Normandie, dit Robert le Magnifique, nomma en 1027 un abbé d’origine mancelle, Aumode, à qui il confia en 1032 sa nouvelle fondation, l’abbaye de Cerisy. L’abbé Supo fut donc rappelé et dirigea l’abbaye montoise jusqu’à sa retraite à l’abbaye de Fruttuaria avant 1048.

Le duc Guillaume le Conquérant s’intéressa de près aux successions abbatiales et octroya des bénéfices, tant temporels que spirituels, à l’abbaye du Mont qui avait soutenu financièrement la conquête de l’Angleterre. Ainsi, certains moines montois furent appelés à diriger des abbayes anglaises. Grâce aux revenus des terres et prieurés octroyés par le duc, l’abbatiale romane fut rapidement achevée. A la mort du Conquérant, le Mont traversa une période trouble mais grâce à l’excellente administration de ses abbés, notamment Bernard du Bec,l’abbaye connut un grand développement intellectuel. Elle échappa, en août 1138, au grand incendie que déclenchèrent les habitants d’Avranches et qui ravagea le village montois, à la suite d’un désaccord avec les moines sur la succession d’Henri Ier Beauclerc.

En 1009, le duc de Normandie décide d’exercer un contrôle direct sur l’abbaye du Mont-Saint-Michel et l’abbé Maynard Ier, issu de la communauté de Saint-Wandrille, est évincé et doit se replier à l’abbaye Saint-Sauveur de Redon. pour être remplacé par l’abbé Hildebert Ier, préféré par Richard II.

Profitant de la Régence d’Havoise de Normandie, sa sœur, sur la Bretagne et de l’agression du chef viking Olaf sur Dol-de-Bretagne en 1014, le duc Richard II de Normandie repousse vers 1027-1030 la frontière avec la Bretagne de la Sélune au Couesnon.

En 1030, Alain III de Bretagne, duc de Bretagne, entre en conflit avec son cousin, le duc Robert Ier de Normandie fils de Richard II. C’est la toute puissance de Robert « le Magnifique » qui a dans son duché de Normandie, solidement rétabli le pouvoir ducal. C’est dans cette optique d’hégémonie qu’il demande à son cousin Alain III de lui prêter un serment de fidélité. Celui-ci refuse et résolut le duc de Normandie d’utiliser la force. Après la construction d’une forteresse, celle de Cheruel, le duc de Normandie lance une expédition en Bretagne. Alain riposte en lançant une contre-offensive dans l’Avranchin, mais il est repoussé avec de lourdes pertes. Leur oncle Robert le Danois, archevêque de Rouen, sert de médiateur lors d’une entrevue au Mont-Saint-Michel. En 1031, Alain et son frère Eon de Penthièvre font une donation au Mont-Saint-Michel.

L’histoire et la légende se brouillent à cette date. Les textes de l’époque ne précisent pas le sort du mont Saint-Michel, mais son rattachement à la Normandie est attesté quelques décennies plus tard, et il est déjà effectif depuis longtemps lorsque les Bretons de Guy de Thouars incendient le Mont en avril 1204.

Or, une légende affirme que le Couesnon, lors d’une de ses fréquentes divagations, se serait mis à déboucher à l’ouest du Mont, faisant ainsi passer ce dernier en Normandie. Si cette légende est exacte, le Mont aurait été situé à l’ouest du Couesnon en 1009 et la divagation du Couesnon se situerait quelques décennies plus tard. Si elle est fausse, le Couesnon se jetait déjà à l’ouest du mont Saint-Michel en 1009.

Quoi qu’il en soit, le Mont-Saint-Michel aura été breton de 867 à 1009, de manière géopolitique, sans jamais avoir été intégré à l’archidiocèse de Dol, de même, la fondation d’un collège de chanoine par l’évêque d’Avranches dès le viie siècle, le choix de saint Michel comme saint protecteur de l’empire par Charlemagne, puis les donations de Rollon pour restaurer la collégiale et enfin sa conversion en abbaye bénédictine en 966 par une communauté de moines issue des abbayes de Saint-Wandrille, de Jumièges et de Saint-Taurin d’Évreux, toutes situées en Normandie, indiquent clairement l’appartenance permanente du Mont à la sphère d’influence de l’église franque puis normande, distinctes de l’église bretonne, ce qui rend la question de la localisation géographique exacte plutôt secondaire. La limite officielle entre la Bretagne et la Normandie est désormais fixée indépendamment de la localisation d’un cours d’eau – et précisément à 4 km à l’ouest, au pied du massif de Saint-Broladre.

Il faut noter que l’hypothèse d’une divagation importante du Couesnon est parfaitement cohérente et vraisemblable, tant les lits des cours d’eau pouvaient varier, en l’absence de toute canalisation – et parfois de plusieurs dizaines de kilomètres. Le fait que l’embouchure du Couesnon se trouvait à 6 km du rocher au xviiie siècle n’apporte aucune information sur sa position au fil des siècles précédents – la topographie rend même inévitable qu’il ait bougé régulièrement. En revanche, aucun texte n’atteste qu’il ait basculé d’un côté du mont Saint-Michel à l’autre.

 

Histoire

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Le mont Saint-Michel sur une carte au XVIIIè  siècle.

L’histoire ancienne de la commune étant peu dissociable de l’histoire de l’abbaye elle-même, nous renvoyons à l’article consacré à l’abbaye du Mont-Saint-Michel, y compris pour les périodes gauloise et romaine.

 

Le temps des pèlerinages

Le pèlerinage du mont Saint-Michel est attesté au IXè siècle et il est vraisemblable que les miquelots trouvent à cette époque le gîte et le couvert dans l’une des auberges du village, apparues pour les accueillir au pied du mont. Le village s’est ainsi développé à l’ombre de son abbaye médiévale, grandissant au tournant de l’an mille grâce à la protection des abbés bénédictins.

En 1204, durant la conquête de la Normandie par Philippe Auguste contre Jean sans Terre, les chevaliers bretons de Guy de Thouars, attaquent le mont Saint-Michel en représailles de l’assassinat d’Arthur par Jean sans Terre. Durant les combats, ils y mettent le feu, ce qui ravage entièrement le site. Les chevaliers de Guy de Thouars passent ensuite par l’épée tous ceux qui tentent de s’échapper.

L’économie du Mont est tributaire, depuis douze siècles, des nombreux pèlerinages, notamment jusqu’à la Révolution française. On vient de toute l’Europe du Nord en pèlerinage à l’abbaye : depuis l’Angleterre, la France, notamment du nord et de l’ouest.

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Le mont Saint-Michel sur une carte de 1758.

C’est sous l’épiscopat de Mgr Abel-Anastase Germain qu’ont lieu le 3 juillet 1877, les fêtes grandioses du couronnement de saint Michel en présence d’un cardinal, de huit évêques, d’un millier de prêtres et d’une foule innombrable. Ce jour-là, alors que le canon tonne et que joue une musique militaire, l’évêque manque perdre la vie : en effet, juché au sommet d’une échelle pour couronner la tête de l’Archange, Mgr Germain est sur le point de perdre l’équilibre et de tomber dans le vide.

 

Le temps du tourisme

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Un chemin de fer fut aménagé dès le début du xxe siècle pour desservir le mont.

Déjà depuis le XIXè  siècle, les auteurs et peintres romantiques venaient au mont, pour son charme unique et ses qualités pittoresques, tel Guy de Maupassant. À la fin du siècle, plusieurs hôtels sont établis au Mont. Dans la deuxième moitié du xxe siècle, la mutation du site en un lieu de visite de rang mondial a fait de la petite commune normande l’une des premières destinations touristiques de France.

La fréquentation du site et de l’abbaye est concentrée dans le temps. Elle est la plus forte au cours de la période estivale et de certains week-ends printaniers qui concentrent le tiers des visiteurs du Mont-Saint-Michel, avec une moyenne journalière approchant les 12 000 visiteurs et des pics dépassant les 16 000 visiteurs par jour, avec un flux de visiteurs de moins en moins dense au fur et à mesure de l’ascension vers l’abbaye (un tiers seulement montant jusqu’à l’abbaye). Le temps moyen de visite est de deux à trois heures. « Au cours d’une journée, c’est entre 11h et 16h que la densité de visiteurs sur le site est la plus forte ».

Le Mont connaît un déclin de fréquentation depuis le début du xxie siècle, passant de 3,5 millions de visiteurs à 2,2 millions en 2013. Le site pâtit en effet des nouvelles conditions de desserte de la presqu’île et de la mauvaise réputation du Mont-Saint-Michel qui fait payer cher des prestations médiocres.

Depuis le 22 juillet 2014, les visiteurs peuvent se rendre au Mont par les nouveaux ouvrages d’accès créés par l’architecte Dietmar Feichtinger qui a remporté le concours du projet Saint-Michel. Une nouvelle digue et une passerelle sur pilotis laissant passer l’eau en dessous desservent désormais l’île. Cependant, le déclin touristique se poursuit, en raison notamment de la hausse des tarifs de stationnement, de la traversée à pied qui prend 50 minutes ou des navettes qui n’effectuent qu’une partie du parcours

 

Politique et administration

Administration municipale

Le conseil municipal est composé de sept membres dont le maire et deux adjoints.

 Jumelage

Le grand torii du sanctuaire d’Itsukushima

Population et société

Démographie

L’évolution du nombre d’habitants est connue à travers les recensements de la population effectués dans la commune depuis 1793. À partir de 2006, les populations légales des communes sont publiées annuellement par l’Insee. Le recensement repose désormais sur une collecte d’information annuelle, concernant successivement tous les territoires communaux au cours d’une période de cinq ans. Pour les communes de moins de 10 000 habitants, une enquête de recensement portant sur toute la population est réalisée tous les cinq ans, les populations légales des années intermédiaires étant quant à elles estimées par interpolation ou extrapolation. Pour la commune, le premier recensement exhaustif entrant dans le cadre du nouveau dispositif a été réalisé en 2006.

En 2017, la commune comptait 30 habitants, en diminution de 26,83 % par rapport à 2012 (Manche : -0,49 %, France hors Mayotte : +2,36 %).

Au Moyen Âge, 300 à 400 personnes vivaient au Mont. La population est tombée à 234 en 1800 avant que l’abbaye devienne une centrale pénitentiaire en 1810. La prison ferme en 1863 et la population, revenue aux valeurs antérieures, décline depuis, l’inconfort des maisons du Rocher (exiguës, humides car construites à même la roche qui suinte en permanence, et non accessibles en voiture) incitant les habitants à s’installer dans des maisons plus agréables dans la baie. Parmi les 44 Montois dénombrés en 2013, 20 habitent dans les polders, 24 intra-muros (une famille avec deux enfants, une commerçante, l’administrateur du monument, deux pompiers, un agent de sécurité, cinq moines, sept moniales et trois prêtres).

La commune accueille jusqu’à 20 000 visiteurs par jour pendant la saison estivale.

 

Manifestations culturelles et festivités

 Concerts et expositions à l’abbaye

Soucieux de redonner un rayonnement culturel au Mont, le Centre des monuments nationaux organise depuis 2010 une série de concerts de prestige à l’abbaye entre mai et septembre. Ainsi ont été invités Jordi Saval / Hespèrion XXI, le chœur accentus / Laurence Equilbey, le Concert spirituel / Hervé Niquet, Anne Queffélec, Jean-Guihen Queyras, l’Orchestre de Basse-Normandie, l’Orchestre de la Garde républicaine, les organistes Vincent Warnier, Didier Hennuyer et Thierry Escaich…

À cette occasion, la restauration de l’orgue est achevée en 2012.

Des expositions sont proposées chaque année par le CMN, dont une exposition Arnulf Rainer en 2012.

 

Festival « 13 siècles entre ciel et mer »

Lors de l’élaboration des festivités du 13e centenaire de la fondation du mont, le diocèse de Coutances et Avranches et l’association Robert-de-Torigni décidèrent, entre autres, de créer un festival d’Art chrétien pour « sensibiliser le visiteur au côté spirituel du Mont-Saint-Michel ». Celui-ci aurait lieu en juillet 2008 et concorderait avec les Journées mondiales de la jeunesse 2008 organisées à Sydney.

C’est ainsi, que durant ce mois de juillet, avec l’aide des Fraternités monastiques de Jérusalem du Mont-Saint-Michel, deux semaines de festival ont été proposées, composées d’une semaine de concerts et d’animations variées (classique, gospel…) et une autre d’exposition (calligraphie, reliure, dessin). De plus, des célébrations, veillées et autres festivités ont eu lieu, en relation avec les JMJ de Sydney.

Après cette édition fondatrice, le festival a été pérennisé, se déroulant durant une semaine chaque été.

 

Économie

Le Mont-Saint-Michel a longtemps « appartenu » à quelques familles, qui se partageaient les commerces de la commune, et se succédaient à l’administration du village. Le tourisme est en effet la principale, et même quasi unique source de revenus de la commune malgré l’agriculture sur les polders. On compte une cinquantaine de commerces pour 3 millions de touristes, alors que seulement 25 personnes dorment chaque soir sur le mont (moines inclus) hormis dans les hôtels.

Aujourd’hui, se partagent les principaux établissements de la commune :

Éric Vannier, propriétaire du groupe de la Mère Poulard (détenant la moitié des restaurants, commerces et hôtels de la commune intra- et extra-muros, ainsi que trois musées) ;

Jean-Yves Vételé, président-directeur général de la Sodetour (cinq hôtels, un supermarché et des commerces tous extra-muros, dont le Mercure La Caserne) ;

Patrick Gaulois, ancien édile, hôtelier et restaurateur intra-muros (et à Saint-Malo) ;

des commerçants indépendants.

Le Mont-Saint-Michel est dénommé « commune touristique » depuis août 2009.

 

Culture locale et patrimoine

Monuments et lieux touristiques

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L’entrée du village qui débouche sur la cour de l’Avancée est constituée d’une porte charretière et d’une porte piétonne. Les pèlerins qui l’empruntaient étaient contrôlés par les gardes puis pouvaient se désaltérer, à l’angle de l’escalier de la cour, dans la fontaine d’eau potable dont la vasque affecte la forme d’une coquille Saint-Jacques. La cour de l’Avancée qui forme un espace triangulaire, est aménagée en 1525 par le lieutenant Gabriel du Puy. Défendue par un chemin de ronde surélevé et par une tour en demi-lune flanquant les ouvertures de la cour suivante, cette cour protégeait les abords de la cour du Boulevard L’escalier mène à l’ancien corps de garde aux bourgeois, construction en granite couverte en essentes, qui abrite désormais l’office du tourisme du Mont-Saint-Michel. Cette cour expose deux michelettes, bombardes longues respectivement de 3,64 m et 3,53 m, de 0,48 et 0,38 de diamètre intérieur, et pesant 2,5 tonnes. Ces deux pièces d’artillerie sont fabriquées au moyen de douves en fer plat cerclées au feu par des colliers également en fer, solidement frettées. La tradition montoise rapporte que ces canons ont été abandonnés par les troupes de Thomas de Scales le 17 juin 1434 lors de la guerre de Cent Ans et ont été rapatriés intra-muros comme trophée par les habitants du Mont qui en ont fait le symbole de leur indépendance.

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Au fond de la cour, la porte du lion (référence à cet animal gravé sur un écusson aux armes de l’abbé Robert Jollivet) ouvre sur la cour du Boulevard construite en 1445 par Louis d’Estouteville, capitaine du Mont-Saint-Michel et gouverneur de Normandie. Cette cour exiguë est occupée par des constructions modernes du xixe siècle, dont le restaurant de la Mère Poulard et l’hôtel les Terrasses Poulard, propriétés du groupe Mère Poulard, groupe industriel et hôtelier qui possède près de la moitié des hôtels et restaurants du mont. Unique entrée du village à l’origine, la porte du roi est construite vers 1435 par Louis d’Estouteville. Elle est protégée dix ans plus tard par une barbacane appelée désormais cour du Boulevard. Dotée d’une herse, elle est précédée par un pont-levis reconstitué en 1992 par l’architecte Pierre-André Lablaude et par un fossé empli d’eau les jours de grande marée. Au-dessus de cette porte se trouve le logis du Roi, appartement à deux étages qui servait de logement à l’officier représentant le pouvoir royal et chargé par le souverain de garder l’entrée du village. Ce logement abrite aujourd’hui la mairie montoise. Le cadre rectangulaire situé au-dessus de la porte charretière était autrefois décoré par un relief aujourd’hui estompé. Il représentait les armoiries du roi, de l’abbaye et de la ville : deux anges supportant le blason royal à trois fleurs de lys surmonté de la couronne royale, au-dessous deux lignes de coquilles posées deux à deux (rappel du Mont, vassal du roi de France) et pour support deux poissons posés en doubles fasces ondées (évocation des vaguelettes lors des marées).

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Le visiteur accède ensuite de plain-pied dans la Grand-Rue du village, voie étroite qui monte vers l’abbaye en serpentant entre deux rangées de maison qui datent pour la plupart de la fin du xixe siècle et du début du xxe siècle (maison de l’Arcade en encorbellement, maison de l’Artichaut, hôtel Saint-Pierre, pastiche de la famille Picquerel-Poulard construit en 1987 en face de l’hôtellerie de La Licorne, logis de Tiphaine qui abrite le quatrième musée privé du mont et qui appartient toujours aux descendants de Bertrand du Guesclin). La montée finale vers la porte de l’abbaye se réalise par le grand degré (escalier) extérieur. Large de 4 mètres, il était barré à mi-rampe par une porte pivotante, gardée par un veilleur installé dans un renfoncement visible à gauche. Les Montois appellent cet escalier le Monteux.

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Le chemin de ronde des remparts offre de nombreux points de vue sur la baie, à perte de vue mais aussi sur les maisons du bourg. Les îlots d’habitations sont composés de deux types de constructions, des maisons en pan de bois et en pierre mais la colorisation des façades ne permet pas toujours de les différencier.

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Un petit escalier rejoint sur la droite la cour de la barbacane crénelée conçue à la fin du xive siècle durant l’abbatiat de l’abbé Pierre Le Roy. Dotée de postes de surveillance percés de meurtrières, elle protégeait le châtelet d’entrée de l’abbaye constitué de deux tours rondes posées en encorbellement, supportées par des culs-de-lampe pyramidaux moulurés. La cour est dominée par le pignon oriental de la Merveille et par la silhouette fuselée de la tour des Corbins qui la flanque. Sous l’arc surbaissé de l’entrée, s’engage un escalier très raide qui se perd dans l’ombre de la voûte, ce qui lui vaut d’être appelé « le Gouffre ». Il conduit à la salle des Gardes, véritable entrée de l’abbaye.

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Soixante-et-un immeubles situés sur l’îlot sont protégés au titre des monuments historiques par plusieurs campagnes de protection, réalisées notamment en 1928 et 1934.

 L’abbaye et le Centre des monuments nationaux

L’abbaye, les remparts et certains immeubles, dont le bâtiment dit les Fanils, sont propriétés de l’État et gérés par le Centre des monuments nationaux, établissement public administratif placé sous la tutelle du ministère de la Culture. En 2011, l’abbaye a reçu 1 335 000 visiteurs. Elle est le second monument national le plus visité, après Notre-Dame de Paris (la tour Eiffel et le château de Versailles n’étant pas gérés par le CMN).

 Les Fraternités monastiques de Jérusalem

Depuis 2001, des frères et des sœurs des Fraternités monastiques de Jérusalem, venues de l’église Saint-Gervais de Paris, assurent une présence religieuse toute l’année. Ils remplacent les moines bénédictins, qui étaient revenus au Mont depuis 1966. Ils sont les locataires du Centre des monuments nationaux et n’interviennent pas dans la gestion de l’abbaye.

Ainsi, chaque jour, la communauté se retrouve pour les offices dans l’abbatiale (ou dans la crypte Notre-Dame des Trente Cierges en hiver), rendant ainsi à l’édifice sa destination originelle, pour prier et chanter la gloire de Dieu. Cela ne manque pas d’attirer visiteurs et pèlerins qui, nombreux, viennent assister aux diverses célébrations.

La restauration d’une maison du Mont, le « Logis Saint-Abraham », a été entreprise par la communauté, et permet, depuis octobre 2012, d’héberger des pèlerins retraitants.

 

Héraldique

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Personnalités liées à la commune

Robert de Thorigny, célèbre abbé du mont ;

Guillaume de Saint Pair, moine de l’abbaye auteur du Roman du Mont-Saint-Michel ;

Le duc de Chartres (futur Louis-Philippe Ier), venu démolir la « cage de fer » ;

Mathurin Bruneau, sabotier, escroc et faux Louis XVII, prisonnier au mont en 1821-1822 ;

Louis Auguste Blanqui, prisonnier politique au mont ;

Armand Barbès, prisonnier politique au mont ;

Monseigneur Jean-Pierre Bravard, sacré évêque de Coutances le 28 octobre 1862, il démissionne le 27 novembre 1875 pour s’éteindre moins d’un an plus tard ; il est le restaurateur de l’abbaye ;

Henri Voisin, né à Saint-Mandé (Val-de-Marne) le 6 août 1861, mort en Indre-et-Loire le 4 décembre 1945 est une personnalité artistique de la Manche, illustrateur et graveur ; il consacre à la Merveille pas moins de trois cents gravures à l’eau-forte. En outre, il écrit plusieurs livres et brochures et en illustre de nombreux autres. Conjointement à cette activité artistique intense, Henri Voisin, désireux d’assurer la sauvegarde du Mont, fonde, le 27 décembre 1911, avec l’aide de Paul Deschanel, l’association « les Amis du Mont-Saint-Michel » dont il est le secrétaire général durant vingt-sept ans. Selon David Nicolas, « de 1912 à 1938, chaque année, il a réalisé et remis une gravure grand format à chacun des membres de l’association qui ont ainsi pu se constituer une superbe collection de 27 gravures différentes ». En 1938, il est fait chevalier de la Légion d’Honneur pour son action en faveur du Mont-Saint-Michel ;

la Mère Poulard, restauratrice (voir ci-dessous) ;

Émile Couillard, écrivain, historien du Mont et abbé du Mont-Saint-Michel.

 

Gastronomie locale

Le mont Saint-Michel se situe à l’embouchure du Couesnon. Côté terre, des aménagements de digues déjà anciens ont permis jusqu’à aujourd’hui de gagner sur la mer des terrains consacrés à l’agriculture et à l’élevage (dont celui des ovins, qualifiés de moutons de pré-salé). Le mouton ou l’agneau de pré-salé est ainsi une spécialité locale, à déguster de préférence grillé au feu de bois.

Une grande activité médiatique, à laquelle a participé de facto le dessinateur Christophe avec sa famille Fenouillard entoure la préparation de l’omelette de la mère Poulard, cette Bourguignonne née à Nevers arrivée à 21 ans en Normandie (du nom du restaurant situé dans le village et réputé pour cette spécialité). Celle-ci est faite d’œufs et de crème fraîche, abondamment battus en neige dans une bassine de cuivre avec un long fouet sur un rythme spécial que peuvent entendre les passants avant d’être cuite dans une poêle de cuivre sur un feu de bois.

 

Manifestations sportives

Le marathon de la baie du Mont-Saint-Michel relie depuis 1998 Cancale au mont.

Le mont a accueilli à plusieurs reprises le Tour de France cycliste. Le grand départ 2016 y a été donné.

 

Le Mont-Saint-Michel et les arts

Dans la peinture800px-Folio_195r_-_The_Mass_of_Saint_Michael

La Fête de l’ArchangeLes Très Riches Heures du duc de Berry, musée Condé, Chantilly, ms.65, f.195

Dès le Moyen Âge, le Mont-Saint-Michel fait l’objet de représentation, particulièrement dans des manuscrits enluminés. La représentation la plus célèbre se trouve sans doute dans les Très Riches Heures du duc de Berry, illustrant la fête de l’archange dans le livre d’heures. La miniature est attribuée à l’un des frères de Limbourg, qui l’a peinte entre 1411 et 1416. Mais on retrouve le mont représenté dans au moins sept autres livres d’heures du xve siècle. C’est le cas notamment dans Les Très Belles Heures du duc de Berry ou heures de Bruxelles, dans une scène de fuite en Égypte (vers 1400), dans les Heures du Maréchal Boucicaut (musée Jacquemart-André) au folio 11v (vers 1405), dans les Heures Sobieski conservées au château de Windsor, (f.204v) attribué au Maître de Bedford, le Livre d’heures à l’usage de Nantes conservé à la Bodleian Library (1450-1455).

 

Dans la littérature

En 1832, le roman fantastique La Fée aux miettes de l’écrivain Charles Nodier évoque les sables mouvants de la baie du Mont-Saint-Michel.

En 1850, le roman historique de Paul Féval, La Fée des grèves, dont l’action se situe en 1450, évoque les légendes du Mont-Saint-Michel et du mont Tombelaine.

En 1887, dans Le Horla, récit fantastique de Guy de Maupassant, le personnage principal termine son voyage thérapeutique au Mont-Saint-Michel.

En 1890, dans Notre cœur, roman de Guy de Maupassant, les deux personnages principaux, André Mariolle et Michèle de Burne, se promènent au Mont-Saint-Michel.

En 1967, dans son cycle des Princes d’Ambre, Roger Zelazny s’est inspiré des aménagements et particularités du Mont-Saint-Michel pour créer sa cité d’Ambre.

En 1984, le ministère de la Culture publie le livre découpage du créateur François Rouillay, permettant de revivre les mille ans d’histoire et d’architecture du Mont-Saint-Michel, avec une préface de Françoise Chandernagor.

En 2004, le roman La Promesse de l’ange, par Frédéric Lenoir et Violette Cabesos, est un polar archéologique dont l’action se situe principalement au Mont-Saint-Michel.

En 2005, le thriller Le Sang du temps de Maxime Chattam se déroule au Mont-Saint-Michel en 2005 et dans l’Égypte des années 1920.

En 2011, le roman de science-fiction L’Ère du Vent de Pierre Bameul dans lequel le MontSaint-Michel est devenu le siège d’un Nouveau Vatican post-apocalyptique.

En 2014, le roman Saint-Michel, priez pour eux ! de Jean-Pierre Alaux où le conservateur Séraphin Cantarel est mandaté pour restaurer la statue de l’archange.

 

Dans la bande dessinée

En 1961, Jacques Martin fait évoluer Guy Lefranc en partie sur le rocher dans L’Ouragan de feu, deuxième volet des aventures du journaliste.

En 1999 et 2000, Bruno Bertin publie aux Éditions P’tit Louis deux bandes dessinées jeunesse des Aventures de Vick et Vicky ayant pour cadre le Mont-Saint-Michel, sous le titre commun Les Archanges du Mont-Saint-Michel : Le Testament (tome 1) et La Malédiction (tome 2).

En 2008, la bande dessinée Le Diable & l’Archange, texte et dessin de Guillaume Néel, couleur de Julien Gondouin, reprend une vieille légende médiévale sur la création du Mont-Saint-Michel, et se trouve agrémenté d’un livret pédagogique pour mieux comprendre le Diable et l’Archange, l’historique du Mont, la ville.

L’Établissement scolaire de l’univers du manga Blue Exorcist, appelé « True Cross Academy », est inspiré du Mont-Saint-Michel.

Dans le manga Rosario+Vampire II, le quartier général de l’organisation Fairy Tale est très fortement inspiré du Mont-Saint-Michel.

En 2012, dans la série de comics américains Glory de Joe Keatinge et Ross Campbell publiée par Image Comics, l’action prend place au Mont Saint Michel.

Gilles Chaillet fait également évoluer son héros Vasco au Mont Saint-Michel dans Le dogue de Brocéliande.

 

Dans la musique

Le 28 juillet 1993, le compositeur Jean-Michel Jarre y donne un concert, spectacle ouvrant sa tournée mondiale honorant les merveilles architecturales classées au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO.

En 1996, le compositeur anglais Mike Oldfield publie l’album Voyager, dont un des titres est consacré au Mont-Saint-Michel.

En 1998, le compositeur français Patrick Broguière publie sous le titre Mont Saint-Michel un concept album de rock progressif entièrement consacré aux légendes du Mont-Saint-Michel.

En 1999, le musicien harpiste breton Kirjuhel publie l’album Echo of Mont-Saint-Michel.

En 2001, le musicien anglais Aphex Twin, originaire de Cornouailles, publie l’album de musique électronique Drukqs, dont le titre Mt Saint Michel + St Michaels Mount est inspiré à la fois par le Mont-Saint-Michel et le St Michaels’ Mount, situé en Cornouailles.

En 2003, le groupe Oldelaf et Monsieur D publie la chanson Le Mont St-Michel sur l’album Chansons Cons.

 

Au cinéma

1975 : L’Incorrigible de Philippe de Broca, où le rêve d’un des personnages est d’empêcher l’ensablement du mont Saint-Michel

1983 : Pauline à la plage d’Éric Rohmer (visible sur un court et unique plan)

1990 : Il y a des jours… et des lunes de Claude Lelouch

1991 : Le Secret de Sarah Tombelaine de Daniel Lacambre

1998 : Armageddon de Michael Bay

2003 : Le mont Saint-Michel a servi d’inspiration à l’équipe de Peter Jackson pour la cité de Minas Tirith dans le film Le Seigneur des anneaux : Le Retour du roi.

2009 : Une semaine sur deux (et la moitié des vacances scolaires) d’Ivan Calbérac

2010 : L’équipe artistique des studios Disney s’est inspirée du Mont-Saint-Michel pour réaliser le royaume de Raiponce

2013 : À la merveille de Terrence Malick

2016 : Tout pour être heureux de Cyril Gelblat – scène de pré-générique (source : générique).

2010 : L’Ombre du Mont-Saint-Michel de Klaus Biedermann (téléfilm)

 

En philatélie

Dès 1930 la poste a émis un timbre de 5 F brun.

En 1966, nouveau timbre de 25 centimes, noir, vert et rouge sur paille est émis à l’occasion du millénaire du Mont-Saint-Michel.

En 1998, nouveau timbre de 3 francs, multicolore. Ce timbre sera élu plus beau timbre de l’année.

En 2006, la poste dans une émission commune avec les Nations unies de Genève émet deux timbres dont l’un est le Mont-Saint-Michel et son abbaye (Manche) dont la valeur est de 90 centimes d’euro. Le thème était : Monuments. Patrimoine mondial.

 

Dans les jeux vidéo

Le mont Saint-Michel est représenté à l’époque de la Renaissance dans Assassin’s Creed Brotherhood (2010), jeu vidéo édité par Ubisoft Montréal. La ville est en effet proposée comme terrain de jeu (« carte ») pour des parties multijoueurs dans le premier contenu téléchargeable sorti en décembre 2010.

Le mont Saint-Michel est également représenté à l’époque contemporaine dans le jeu vidéo Onimusha 3: Demon Siege (2004) édité par Capcom.

Le mont Saint-Michel a aussi été représenté à l’époque de la Renaissance dans un jeu pour 3DS, Kingdom Hearts 3D: Dream Drop Distance (2012), jeu vidéo créé par Square Enix et Disney Interactive Studios.

Le mont est aussi présent dans le jeu Civilization VI en tant que merveille constructible.

Le mont est à l’honneur dans un jeu sur Phillips CD-I intitulé l’Ange et le Démon. le jeu est constitué de nombreuses prises de vue intérieures du mont et quelques aériennes. le joueur doit trouver des objets afin de réveiller l’Archange Saint-Michel afin qu’il puisse empêcher le Démon de détruire le monde.

Dans Pokémon X et Y, le mont Saint-Michel est représenté par la tour Maîtrise, un lieu de la région de Kalos.

 

Dans l’ésotérisme

Selon certains sites ésotériques, le Mont-Saint-Michel est situé sur un axe qui relie différents lieux dédiés à Saint Michel en Europe, en partant de l’ancien monastère consacré à Saint Michel, sur l’île Great Skelling en Irlande, puis par St Michael’s Mount en Cornouailles, jusqu’au Monte Gargano dans les Pouilles italiennes, l’île de Délos en Grèce, et la Lydie où Saint Georges aurait tué le dragon. Un autre mont est surmonté par l’abbaye Saint-Michel-de-la-Cluse en val de Suse.

 

Bibliographie

Édouard Jules Corroyer, Guide descriptif du mont Saint-Michel, Paris, André, Daly Fils et Cie, 1886, 158 p.

Lomig Guillo, Les Secrets du mont Saint-Michel. Enquête sur 1300 ans d’histoire et de légendes, éditions Prisma, 2017 (

Édouard Le Héricher, Avranchin monumental et historique, t. II, Avranches, Nabu Press, 4 octobre 2011 (1re éd. 1846 (Tostain)), 764 p. ), p. 197-439.

Daniel Leloup, Le Village du Mont-Saint-Michel : histoire d’un patrimoine mondial, Chasse-Marée, 2004.

Olivier Mignon, À la découverte du Mont-Saint-Michel : guide de la baie, du village et de l’abbaye, Siloë, 1999.

Jean-Charles Peguet, La 7e porte, éditions Dervy-Medecis, coll. « Les Lieux de la Tradition », 2002 — Étude sur la symbolique du jardin de pierre qui orne l’intérieur du cloitre.

Guillaume de Saint Pair, Le Roman du mont Saint-Michel (xiie siècle), Presses universitaires de Caen, 2009 pages=400.

Patrick Sbalchiero, Histoire du Mont Saint-Michel, Paris, Perrin, 2005 — réédition en 2014, collection « Tempus ».

Nicolas Simonnet, Mont-Saint-Michel, Casa Editrice Bonechi, 2001.

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CIGARETTES, FRANCE, HISTOIRE, MOEURS ET COUTUMES, TABAC, TABAGISME, UNE HISTOIRE DE TABAC

Une histoire de tabac

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Une histoire du tabac

Le fléau bien-aimé

 

Qu’on porte sa fumée aux nues ou qu’on ne puisse pas le sentir, on ne peut désormais échapper au tabac. En à peine quelques siècles, cette plante a réussi à imposer ces volutes sur toute la planète, faisant la joie des producteurs et le désespoir des médecins.

Déchirons les écrans de fumée pour revoir ensemble comment l’Humanité a pu s’imposer si vite un tel fléau.

 

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La belle Caraïbe

C’est très précisément le 28 octobre 1492 que le tabac est entré dans notre Histoire. Ce jour-là en effet, un dénommé Rodrigo de Jerez était en train de s’acharner dans l’île de Cuba à rechercher ce qui pourrait ressembler aux Indes, lorsqu’il croisa un membre de la peuplade des Taïnos occupé à transformer quelques feuilles en fumée.

Séduit, l’explorateur en rapporta à son chef, Christophe Colomb, qui sut à son tour apprécier cette « herbe aux feuilles charnues, douces et veloutées au toucher ». Il trouva vite normal que les indigènes se promènent avec « à la main un tison d’herbes pour prendre leurs fumigations ainsi qu’ils en ont coutume » (Journal de bord, 1492).

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Malgré les mésaventures de Jerez, emprisonné à son retour en Espagne par l’Inquisition qui comprenait mal comment de la fumée pouvait lui sortir des narines, les aventuriers qui se succédaient dans les nouvelles terres adoptèrent vite la pratique du tabacos, mot dérivé de la langue caraïbe arawak.

Rapportée en Europe, la plante trompe-la-faim se fait ornementale dans les jardins comme celui d’André Thévet, à Angoulême.

Le voyageur, spécialiste de l’éphémère France antarctique (Brésil), aurait bien aimé appeler la belle « l’angoumoise » ou « la panacée antarctique » mais c’était sans compter la rapidité et les relations d’un autre Français, Jean Nicot.

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Premiers pétards, premières dépendances

Dans sa monumentale Histoire des Indes, le dominicain Bartolomé de Las Casas, dont le père a accompagné Colomb lors de son second voyage, décrit une étrange coutume…
« Nos amis trouvèrent sur leur route beaucoup de gens, hommes et femmes, qui traversaient les villages, les hommes ayant toujours un tison à la main et certaines herbes pour se régaler de leur parfum. Il s’agit d’herbes sèches enveloppées dans une certaine feuille, sèche aussi, en forme de ces pétards (mosquete) en papier comme ceux que font les garçons à la Pentecôte. Allumés par un bout, par l’autre ils le sucent ou l’aspirent ou reçoivent avec leur respiration, vers l’intérieur, cette fumée dont ils s’endorment la chair et s’enivrent presque. Ainsi, ils disent qu’ils ne sentent pas la fatigue. Ces pétards, ou n’importe comment que nous les appelions, ils les nomment tabacs. J’ai connu des Espagnols dans l’île Espagnole qui s’étaient accoutumés à en prendre et qui, après que je les en ai réprimandés, leur disant que c’était un vice, me répondaient qu’il n’était pas en leur pouvoir de cesser d’en prendre. Je ne sais quelle saveur ou quel goût ils y trouvent » (Histoire des Indes, 1571).

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Tourne-nicotine

Nicot est entré dans l’Histoire la tête basse : envoyé au Portugal pour arranger le mariage du roi Sébastien et de la belle Marguerite de Valois, son ambassade est un fiasco.

Qu’importe ! Il parvient à entrer dans les bonnes grâces de Catherine de Médicis en lui proposant un remède infaillible contre les migraines dont souffre son fils François. Adepte des pratiques plus ou moins occultes, la souveraine tombe sous le charme de la poudre à priser ou chiquer dont elle va faire une belle promotion, à la cour et au-delà.

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L’ « herbe catherinaire » ou « à la Reine » vaudra à Nicot anoblissement et entrée dans le dictionnaire sous la forme du nom commun de « nicotiane ». Les savants ne tarissent pas d’éloge sur la Nicotiana tabacum dont on a découvert les supposées vertus médicinales : gale, phtisie, mal au ventre… rien ne résiste aux potions, pilules et pommades ! Et rien de tel qu’une petite dose de tabac pour ranimer les noyés, c’est bien prouvé !

Mais tout le monde n’est pas convaincu, à commencer par le pape Urbain VIII qui craint pour la bonne tenue des offices : « les personnes des deux sexes, même les prêtres et les clercs, autant les séculiers que les réguliers, oubliant la bienséance qui convient à leur rang, en prennent partout et principalement dans les églises […], ils souillent les linges sacrés de ces humeurs dégoutantes que le tabac provoque, ils infectent nos temples d’une odeur repoussante » (Bulle du pape Urbain VIII, 1642).

Il est rejoint à la même époque dans cette contestation par le sultan ottoman Mourad IV et l’empereur de Chine Chongzhen, deux adeptes de la décapitation pour les fumeurs, mais aussi par le tsar Michel qui préfère couper les lèvres. Une manière comme une autre de mettre fin au problème…

Première campagne anti-tabac

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En 1604 Jacques Ier entre en lice dans le combat anti-tabac avec un pamphlet intitulé Misocapnos (« Haine du tabac », en grec), et il n’y va pas de main morte :
« Une herbe fétide, répugnante, fumée par des sauvages de certains cantons d’Amérique, est à peine connue que son emploi se répand […] Si vous avez encore quelque pudeur, quittez cette folie, rejetez loin de vous cette plante ramassée dans la boue. C’est par ignorance que vous l’avez reçue, c’est par stupidité que vous en avez usé. Si vous ne suivez pas mes conseils, vous attirerez sur vous la vengeance divine, vous nuirez à votre santé, vous ruinerez votre bourse, vous déshonorerez la nation […]. C’est une chose qui répugne à la vue, d’une odeur insupportable, nuisible à l’intelligence. Pour tout dire enfin, ses noirs tourbillons de fumée ressemblent aux vapeurs qui s’échappent de l’enfer » (Misocapnos sive de abusu tobacci, lusus regius, 1604).

Prises de bec à répétition

Plutôt que de mutiler les sujets de son royaume, Jacques Ier d’Angleterre, que le tabac fait tousser, préfère frapper où ça fait mal : au porte-monnaie. Taxons !

Au début du XVIIe siècle est ainsi instaurée une petite augmentation de 4000 % des droits d’importation qui devait faire réfléchir les plus passionnés. C’était sans compter les débiteurs de tabac qui ne l’entendirent pas de cette oreille et expliquèrent habilement que les finances du royaume avaient tout à gagner d’une taxe plus modérée.

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Qui pour écouter Fagon, premier médecin de Louis XIV ? A quoi bon expliquer que « [l]e nez […] n’est pas fait pour servir d’égout à toutes les humeurs qu’il plaît d’y attirer par la force » (Dissertation […] sur les bons et mauvais effets du tabac […], 1699) lorsque soi-même on est adepte de la prise ?

D’ailleurs toute l’aristocratie du XVIIe siècle y va Le principe parvint outre-Manche et l’on vit Richelieu se friser les moustaches à l’idée de remplir facilement les caisses du royaume. Son compère Colbert alla plus loin puisqu’il mit carrément en place un monopole d’État sur le produit. Rien à faire, la population continua à courir après la fumée malgré les mises en garde du corps médical.de ses reniflements nicotiniques, comme le rappelle le célèbre éloge du tabac qui ouvre le Don Juan de Molière. Rien de plus chic que de faire voleter ses dentelles pour offrir une prise, tirée d’une délicate tabaquière !

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Louis XIV déteste, s’énerve, prend ombrage et interdit qu’on fume devant lui, à une exception : « Jean Bart, il n’est permis qu’à vous de fumer chez moi » (cité dans Le Plutarque français, 1845). Mais la « passion des honnêtes gens » (Molière) est aussi celle des petites gens qui préfèrent bien souvent la pratique de la pipe voire de la chique, notamment sur les navires.

Certes, Louvois fait distribuer des kits complets du parfait fumeur à ses soldats, mais gare aux incendies ! Ne dit-on pas qu’une partie de Moscou est partie en fumée en 1650 à cause d’un pratiquant maladroit ?

Pour devenir honnête homme

Molière a choisi d’ouvrir sa pièce Don Juan sur un monologue original : le serviteur Sganarelle s’y amuse à parler comme son maître en se lançant dans un éloge du tabac, présenté comme un bel instrument de convivialité… Molière avait tout compris !
« Quoi que puisse dire Aristote et toute la philosophie, il n’est rien d’égal au tabac : c’est la passion des honnêtes gens, et qui vit sans tabac n’est pas digne de vivre. Non seulement il réjouit et purge les cerveaux humains, mais encore il instruit les âmes à la vertu, et l’on apprend avec lui à devenir honnête homme. Ne voyez-vous pas bien, dès qu’on en prend, de quelle manière obligeante on en use avec tout le monde, et comme on est ravi d’en donner à droite et à gauche, partout où l’on se trouve ? On n’attend pas même qu’on en demande, et l’on court au-devant du souhait des gens : tant il est vrai que le tabac inspire des sentiments d’honneur et de vertu à tous ceux qui en prennent » (Molière, Don Juan ou le Festin de pierre, 1665).

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« J’ai du bon tabac… »

« Le tabac a-t-il été fait pour le nez ou le nez pour le tabac ? » Cette question hautement philosophique, née dit-on, du mauvais esprit de Voltaire, montre que le XVIIIe siècle n’a pas échappé à l’épidémie. Ce ne sont pas moins de 1 200 débits de tabac qui tentent alors d’attirer dans leurs filets les promeneurs parisiens.

La production vient alors essentiellement de Virginie, se nourrissant de l’esclavage ; la France a préféré interdire en 1719 toute culture et seules la Franche-Comté, l’Alsace et la Flandre peuvent alors faire concurrence à la Compagnie des Indes Orientales.

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Le pays se divise alors en deux : d’un côté l’usage tout aristocratique de la prise, toujours très chic, qui permet à Louis XVI d’offrir comme royal présent à Benjamin Franklin une tabatière ornée de diamants. De l’autre, l’habitude « sans-culotte » de la pipe qui, suite aux événements de 1789, va écraser sa concurrente à plates coutures en rejetant dans la ringardise l’utilisation de la « tabatière anatomique » (espace situé à la racine du pouce).

À quoi ressemblait d’ailleurs un volutionnaire ? « Représente-toi deux larges moustaches, une pipe en forme de tuyau de poêle et une large gueule d’où sortent continuellement les fumées de tabac » (extrait du journal Le Père Duchesne, 1790).

Les soldats de l’Empire, eux-mêmes issus du peuple, gardent le même amour pour la pipe mais lui sont quelque peu infidèles en faisant un triomphe à la bouffarde, au tuyau plus court. Son nom vient-il vraiment d’un certain Népomucène Bouffardi dont la main, pourtant clairement arrachée du bras, n’avait pas lâché l’objet ?

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Étaient moins tenaces les victimes des champs de bataille auxquelles on mettait une pipe entre les dents au moment de l’amputation : la chute de l’objet laissait fort présager que le blessé avait « cassé sa pipe » une bonne fois pour toutes.

Quant à Napoléon lui-même, pas de bouffarde puisqu’une tentative malheureuse le fâcha à jamais avec la pratique : « Fumer est un plaisir dont l’habitude n’est bonne qu’à désennuyer les fainéants » (Mémoires de Constant, 1830).

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« Je suis la pipe d’un auteur »

L’amie fidèle de Charles Baudelaire (« La Pipe », 1857) n’est pas la seule à avoir eu l’honneur de passer à la postérité. Stéphane Mallarmé a lui aussi honoré cette alliée de l’inspiration : « Jetées les cigarettes avec toutes les joies enfantines de l’été dans le passé qu’illuminent les feuilles bleues de soleil, les mousselines, et reprise ma grave pipe par un homme sérieux qui veut fumer longtemps sans se déranger, afin de mieux travailler » (Vers et prose, 1893). Et il est vrai que jamais vous ne croiserez Arthur Rimbaud sans sa fidèle bouffarde à la main, jamais vous ne pourrez dissocier Georges Brassens de sa chère « vieill’ pipe en bois » (« Auprès de mon arbre », 1956). Quant à Serge Gainsbourg, le « fumeur de havanes », il a très tôt rejoint le clan des amateurs de cigares et cigarettes où l’on a pu croiser Freud, Malraux, Prévert, Camus, Duras, Sagan et plus récemment Houellebecq, tous d’accord avec la marquise de Sévigné : « C’est une folie comme du tabac; quand on y est accoutumée, on ne peut plus s’en passer » (Lettre du 16 octobre 1675). Non, vraiment, comme le disait Flaubert, « sans la pipe la vie serait aride, sans le cigare, elle serait incolore, sans la chique, elle serait intolé¬rable ! » (Correspondance, 1843). C’était déjà l’avis du poète Saint-Amant qui nous rappelle que tout n’est que fumée, dans ce sonnet sobrement intitulé « Le Fumeur » (1626) :

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« Assis sur un fagot, une pipe à la main,
Tristement accoudé contre une cheminée,
Les yeux fixes vers terre, et l’âme mutinée,
Je songe aux cruautés de mon sort inhumain.

L’espoir, qui me remet du jour au lendemain,
Essaye à gagner temps sur ma peine obstinée,
Et, me venant promettre une autre destinée,
Me fait monter plus haut qu’un empereur romain.

Mais à peine cette herbe est-elle mise en cendre,
Qu’en mon premier état il me convient descendre,
Et passer mes ennuis à redire souvent :

Non, je ne trouve point beaucoup de différence
De prendre du tabac à vivre d’espérance,
Car l’un n’est que fumée, et l’autre n’est que vent »
.

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Le siècle des cheminées

S’il n’a pas succombé au tabac, Napoléon, en bon stratège, a su s’en servir. En 1811, il en rétablit le monopole, supprimé par l’Assemblée nationale en 1791, puis en 1815, à la fin de la guerre d’Espagne, il ordonne la fabrication de cigares en France. Héritées des Mayas, ces feuilles roulées remplies de tabac avaient rencontré dès le XVIe siècle un grand succès de l’autre côté des Pyrénées, devenant au fil des siècles symbole de raffinement.

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La bourgeoisie de Louis-Philippe ne peut plus s’en passer ! Mais les moins aisés lui préfèrent la cigarette, d’abord roulée à la main dans du papier avant que la production devienne mécanique en 1830.

En pleine révolution industrielle, c’est le triomphe de la machine ! Même la famille royale succombe puisque lors d’un gala de charité, en 1843, la reine Marie-Amélie en personne en fait la promotion avant que Napoléon III, fumeur invétéré, ne leur donne à son tour leurs lettres de noblesse.

Avec près d’un kilo de tabac consommé par an et par Français, on peut sans se tromper commencer à parler de « tabacomanie ». Si les femmes, étonnamment, continuent à priser, les hommes ne lâchent pas leur pipe.

Les romans se peuplent de fumeurs de tous poils, de Charles Bovary qui tente, maladroitement, d’adopter les cigares du beau monde, jusqu’au colonel Chabert qui en est réduit à trouver du réconfort dans la compagnie de son brûle-gueule.

Balzac, créateur du vieux bonhomme, ne manque pas de remarquer que « partout, l’homme est réduit à l’état de cheminée ». Mais s’il est lui-même grand consommateur d’excitants, il n’adopte pas ces fourneaux miniatures qu’il accuse de détruire le goût. Insupportable, pour ce bon vivant notoire !

« Vient enfin la cigarette… »

Dans sa Physionomie du fumeur (1841), Théodose Burette s’intéresse à ce nouveau mode de consommation, peu sophistiqué à son goût, mais utile…
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« Vient enfin la cigarette, dont la terminaison qui tombe en diminutif indique assez la nature amoindrie. La cigarette est gentille, vive, animée ; elle a quelque chose de piquant dans ses allures ; c’est la grisette des fumeurs. Ne la fait pas bien qui veut : c’est tout un apprentissage. […] Elle sèche la poitrine, débilite les glandes salivaires, et traîne après elle tous les inconvénients de la manie de se ronger les ongles. Elle jaunit le pouce et l’index, comme si l’on avait épluché des cerneaux, pis que cela peut-être ; et l’on est obligé de dire tout haut dans un salon : « Je fume la cigarette ». […]
Jeune homme qui ne fumez pas encore, mais qu’une noble émulation dévore, et qui brûlez de marcher sur les traces de vos anciens […] suivez un conseil d’ami, ne vous attaquez pas de prime abord à la pipe en terre […]. C’est par la cigarette que vous devez débuter. La cigarette est sans force ; elle n’engage à rien ; l’odeur du papier brûlé n’y corrige que trop la piquante odeur du tabac »
.

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Comme une traînée de poudre

« Ça, monsieur, lorsque vous pétunez, / La vapeur du tabac vous sort-elle du nez / Sans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ? » Le XIXe siècle s’achève sur ces vers de Cyrano, truculent personnage au nez particulièrement bien approprié pour la pratique.

L’engouement ne faiblit pas, porté par la renommée thérapeutique du tabac que l’on utilise joyeusement pour soigner l’asthme, la tuberculose et même l’hystérie. Il est vrai qu’en lui associant un peu d’opium, il devient une agréable panacée !

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Mais en 1885 l’invention du mot « tabagisme » montre enfin une prise de conscience des méfaits de cette consommation, du moins de la part des scientifiques qui s’inquiètent du mauvais état de santé des ouvriers des manufactures de tabac. Les avertissements n’y changent rien, la population continue à rivaliser dans la fabrication de volutes.

Lorsque la Grande Guerre éclate, l’approvisionnement des soldats en tabac devient un des grands sujets d’inquiétude comme le rappelle John Pershing : « Si vous me demandez ce dont nous avons besoin pour gagner cette guerre, je réponds, du tabac autant que des balles ».

Chaque poilu doit en effet pouvoir trouver quelque réconfort en remplissant de « foin » ou de « gros cul » sa chère « quenaupe » (pipe) ou sa « grisette » (cigarette). Mais gare à celui qui oublie qu’il devient une belle cible dans la nuit !

Comme le rappelle le dicton, « Si trois cigarettes sont allumées par la même allumette, le troisième homme sera tué par les tirailleurs d’en face » qui auront eu le temps d’ajuster… Qu’importe le risque ! Les soldats ne peuvent plus se passer de leurs Gitanes Caporal prêtes à fumer. Elles sont les petites sœurs des fameuses Gauloises, elles aussi créées en 1910 et qui feront, jusqu’en 1970, partie des rations de combat.

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Chez les poilus pétuneurs

Ce dictionnaire d’argot, daté de 1918, montre bien à quel point le tabac était inséparable de tout bon poilu :
« Perlot, m. Tabac. Le perlot est une espèce particulière de tabac composé de troncs d’arbres et de feuilles de tabac ; le poilu appelle fin le tabac qui ne contient pas de troncs d’arbres. Le tabac est indispensable au poilu. Comme dit Sganarelle dans le Don Juan de Molière, « Quoi que puisse dire Aristote et toute la philosophie, il n’est rien d’égal au tabac […] ». Ainsi, chaque pipe de perlot « instruit les âmes à la vertu » : la pipe, la quenaupe, comme disent les poilus, est donc un grand instrument de perfectionnement moral et ce sera l’éternel honneur du peuple poilu d’en avoir héroïquement généralisé l’emploi.
Au XVIIIe siècle, on s’occupait, avant de charger, « d’assurer les chapeaux et les rubans de queue ». Au siècle des poilus, on se prépare au combat eu allumant sa pipe, et il y a une belle crânerie à la française dans le geste du poilu qui, en dépit des obus, s’absorbe dans le souci de rallumer une pipe qui ne tire pas.
Dans la tranchée, le perlot est un grand magicien : il ouvre les portes du paradis du rêve ; il tue le cafard mieux que n’importe quel insecticide ; et dans les volutes de sa fumée, le poilu, évoquant le pays et les visages aimés, croit que la guerre est finie… Aristote a tort, Sganarelle a raison : il n’est rien d’égal au tabac »
. (François Déchelette, L’Argot des Poilus, 1918).

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Tout feu tout flamme

Les années Folles vont se jeter à corps perdu dans le tabac, indispensable symbole de jeunesse et de modernité.

Il faut dire que les grandes marques américaines se sont lancées dans une guerre du marketing particulièrement efficace : Camel met en avant son dromadaire (1913), Malboro son cow-boy (1954), Lucky Strike son argument anti-poids pour ces dames (1927).

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La France n’est pas en reste puisque les campagnes de publicité du SEIT (Service d’Exploitation Industrielle des Tabacs, devenu SEITA en 1935 avec l’absorption du monopole des allumettes) font exploser les ventes. Qui peut résister aux belles fumeuses d’Alfons Mucha (Job), aux casques ailés de Maurice Giot (Gauloises), aux andalouses de Max Ponty (Gitanes) ? La présence en tous lieux de la cigarette devient banale et l’on dépasse alors allégrement le milliard de paquets vendus dans le pays.

Les stars du petit écran, détectives (Humphrey Bogard) ou voyous (Jean Gabin), femmes du monde (Audrey Hepburn) ou mégères (Cruella !) ne se font pas prier pour en allumer une petite. Et si tout le monde n’a pas le talent de Michel Simon pour fumer avec son nombril (L’Atalante), c’est tout de même efficace puisque la consommation double entre 1927 et 1938.

Avec la guerre, il faut calmer ses ardeurs et se contenter de ce que les cartes de rationnement veulent bien distribuer. Heureusement on peut compter sur les Américains pour apporter la paix et avec elle, leurs chères cigarettes blondes.

Ce sont eux aussi qui tirent une fois de plus le signal d’alarme sur les conséquences sanitaires, provoquant une rapide réaction des grandes industries du tabac de leur pays, connues sous le surnom de Big Tobacco : elles créent en 1953 le TIRC (Comité de Recherche de l’Industrie du Tabac) destiné à faire des études sur la dangerosité de leurs produits… et à rassurer leurs fidèles consommateurs, quitte à ne pas tout dire.

« Un ban pour la Gitane ! »

En 1929, une publicité de la Régie Française des Tabacs met en scène les plus célèbres poètes, cinéastes et sportifs de l’époque, rassemblés pour l’occasion sous les ors de la Rotonde pour vanter les mérites de la cigarette. Regardez de plus près : les sosies ont été bien sélectionnés !

La mort à petit feu ?

Les Trente Glorieuses et leur frénésie de consommation arrivent à point nommé !

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La jeunesse, en particulier, se jette sur ce symbole de liberté que l’État ne sait plus comment gérer. Doit-il en faire la promotion pour remplir les caisses de la SEITA, ou multiplier les accusations pour préserver la santé publique ?…

Alors que l’Organisation Mondiale de la Santé commence à parler de « désastre sanitaire », en 1973 le ton monte avec la loi Veil qui impose des restrictions dans la liberté de fumer et d’en faire la publicité.

Cette première campagne nationale anti-tabac est un succès, puisque en 10 ans 3 millions de personnes arrêtent de fumer. Mais ce n’est pas suffisant : en 1991, la loi Évin engage cette fois l’État dans une claire « dévalorisation du tabac » en interdisant la publicité et l’usage dans les lieux collectifs.

Face aux poches de résistance et aux détournements plus ou moins rusés de la loi, le président Jacques Chirac, lui-même gros fumeur, entame une « guerre contre le tabac » en 2002 avec la hausse brutale des prix (+ 35% en 2 ans) et l’interdiction de fumer dans tous les lieux publics (2006) avant l’arrivée d’images chocs sur les paquets (2010) puis du paquet neutre (2015).

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Les efforts semblent porter leurs fruits, puisqu’entre 2017 et 2019 les rangs des fumeurs se sont allégés d’1,6 million de personnes. Ambiance « hygiéniste », succès du mois sans tabac, vapotage, remboursement des substituts et prix prohibitifs peuvent expliquer ces chiffres, à moins que les fumeurs aient enfin pris conscience que la moitié d’entre eux mourront des suites de cette accoutumance.

Ces bons résultats ne doivent cependant pas faire oublier la hausse de la consommation chez les femmes ni la popularité inquiétante d’autres produits comme le haschich, dont la dépénalisation est même demandée par certains !

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Rappelons également que si en Occident le tabac est en recul, ses grandes industries ont su trouver de nouveaux terrains de chasse dans les pays moins développés où vivent près de 80 % des fumeurs de la planète. Le tabac n’a pas fini de faire des ravages.

Meurtre à la nicotine !

En 1851, le comte de Bocarmé est amené devant le bourreau pour avoir la tête tranchée. Son crime ? Avoir assassiné son beau-frère Gustave pour mettre la main sur sa fortune. Classique, me direz-vous ! Sauf que la méthode employée l’est beaucoup moins… Voici le rapport du célèbre chimiste Jean Stas qui avait été appelé à la rescousse :
« Je dois le déclarer ici parce que c’est la vérité, j’eus brusquement l’idée providentielle, j’ose le dire, de verser de la potasse sur une partie des matières [prélevées sur le cadavre]. Cette potasse je la versai ne sachant plus, pardonnez-moi l’expression, à quel saint me vouer. A l’instant même se dégage une odeur véreuse extrêmement forte. […] Sur la feuille de papier où, quand je pensais toucher au but, j’avais écrit le mot Cicutine [composant de la ciguë], j’en avais mis un autre avec un point d’interrogation. Le second mot écrit était Nicotine. J’instituais alors une série de recherches fort longues, mais le succès vint récompenser mes efforts et je pus m’écrier : J’ai trouvé !
Je déclare solennellement que la Nicotine est entrée dans le corps de Gustave Fougnies à l’état de pureté complète et en quantité effrayante »
 (cité dans la Revue d’Histoire de la Pharmacie, 1932).

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Le tabac, une force économique

Connaissant parfaitement la fameuse loi de l’offre et de la demande, les autorités françaises se sont vite intéressées à la production de tabac et aux bénéfices qu’elles pouvaient en tirer. Soumise au monopole royal depuis Colbert, sa production a été d’abord limitée aux terres grasses et humides de l’Est et du Sud-Ouest, ainsi que des Antilles.

Dans le même temps, fort logiquement, la contrebande se met en place tandis que les cultures clandestines se multiplient avant l’élargissement des droits de plantation du côté du Var ou encore des Landes, sous le Second Empire. En 1875, ce sont ainsi pas moins de 40 000 planteurs, dont la moitié dans le Sud-Ouest, qui vivent de cette production, bien plus rentable que le maïs !

La majorité d’entre elle est destinée aux 10 manufactures d’État qui rassemblent en 1840 près de 4000 ouvriers, ou plus précisément d’ouvrières, à l’image de la belle cigarière sévillane Carmen : « Elles sont 4 à 500 femmes occupées dans la manufacture. Ce sont elles qui roulent les cigares dans une grande salle, où les hommes n’entrent pas sans une permission du Vingt-quatre [magistrat], parce qu’elles se mettent à leur aise, les jeunes surtout, quand il fait chaud » (Prosper Mérimée, Carmen, 1845).

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Paqueteuses ou coupeuses, capables d’enrouler le tabac dans une feuille en un tour de main, ces cigaretteuses bien peu payées sont mal vues par la société qui craint leur penchant pour la revendication. À l’autre bout de la chaîne se trouvent les débitants, véritables agents de l’administration qui furent longtemps choisis par l’État parmi les anciens militaires ou leurs veuves et qui, aujourd’hui, se font chaque année moins nombreux.

On peut enfin rappeler que les taxes et la TVA sur le tabac et ses dérivés ne cessent de rapporter toujours plus d’argent dans les caisses de l’État, pactole estimé à 15 millions d’euros en 2018.

Conseils d’un écrivain

Bel-Gazou a 15 ans lorsqu’elle reçoit cette lettre de sa célèbre mère, l’écrivain Colette…
« Ma chérie, ne sois pas triste. Si j’ai eu un choc pénible à découvrir que tu fumais en cachette, c’est surtout parce que je sais la force d’une habitude, même anodine. Or, celle du tabac ne l’est pas, surtout sur un être jeune, en voie d’épanouissement. Si je me suis gardée de l’habitude de fumer, ce n’est pas à cause du mal que le tabac, modérément fumé, pouvait me faire, c’est parce que, pendant ma longue vie, j’ai vu à mes côtés des êtres dévastés par le despotisme de l’habitude. J’ai vu mon père, qui tous les ans prenait l’engagement de ne plus fumer (à cause de son foie). Tous les ans, dominé par l’habitude il retombait. J’ai vu mon frère aîné, esclave de la cigarette, et pourtant médecin. J’ai vu ton père, allumant une cigarette à la cigarette qui allait s’éteindre, tout le long du jour. Énervé, essoufflé (cœur), je l’ai entendu prendre des résolutions successives de ne plus fumer… La privation du poison, la privation de son habitude le rejetaient à bout de forces à l’usage du tabac. Enfin j’ai vu, pendant la guerre, un affreux spectacle […]. J’ai vu sur le trottoir de la Civette, place du Théâtre Français — tu sais ? — une file d’hommes effondrés, des mouvements nerveux dans les doigts, une petite sueur sur la figure, qui attendaient la réouverture du bureau de tabac de la Civette. C’est la vue des fumeurs qui m’a toujours détournée du tabac » (Colette, Lettres à sa fille, 1928).

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Histoires d’allumeuses

La femme et le tabac, quelle drôle d’histoire ! Si c’est bien une reine, Catherine de Médicis, qui valut à notre pays de succomber au charme de la fumée, longtemps on n’a guère apprécié de voir ces dames « avec le nez sale, qu’elles avaient plongé dans l’ordure » (témoignage de la princesse Palatine, 1713).

Elles ne peuvent être que des malades, des femmes de mauvaise vie ou pire, des « lionnes », ces êtres qui rejettent leur condition pour agir comme des hommes. George Sand en est l’exemple parfait, elle qui a la première féminisé le mot « cigaret » et qui n’hésita pas à se faire représenter en train de savourer les charmes d’une longue pipe.

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La cigarette serait-elle un instrument de libération pour la femme ? Les élégantes de la Belle Époque et les Garçonnes des années 20 en sont convaincues : rien de plus séditieux qu’une cigarette à la bouche, rien de plus frondeur qu’un fume-cigare à la main ! Colette les a utilisés pour provoquer, Coco Chanel en a fait des accessoires de mode.

Si la toute première publicité met en scène une jeune fille, la fumette féminine reste cependant rare, du moins jusqu’à la seconde guerre mondiale qui, en refusant au beau sexe l’accès à la carte de tabac, incite les plus frondeuses à adopter ce petit geste de rébellion. En 1945 finalement, c’est la même année que le droit de vote qu’elles obtiennent de nouveau celui de fumer !

On crée à leur intention des cigarettes légères et même supposées amincissantes, on les abreuve d’images de stars hollywoodiennes séduisant à coups de ronds de fumée…

De plus en plus présentes dans le monde du travail, elles deviennent financièrement indépendantes et aiment à partager quelques instants de convivialité autour d’une cigarette. Le résultat est là : aujourd’hui elles ne sont pas loin de représenter en France la moitié des adeptes du tabac et si elles fument encore moins que leurs compagnons, notamment à cause des grossesses, l’écart ne cesse de diminuer.

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Cigarettes fantômes

« C’est facile d’arrêter de fumer, j’arrête 20 fois par jour » aurait ironisé Oscar Wilde. Mais cela ne fait pas rire tout le monde si l’on en croit les nombreuses campagnes anti-tabagiques qui ont été organisées au fil des siècles. On a essayé de faire peur au fumeur, de lui faire honte, et même de lui cacher les exemples à ne pas suivre. Certes, il est difficile de faire oublier le cigare de Winston Churchill ou de Fidel Castro, mais saviez-vous que le général de Gaulle adorait les Craven et qu’Emmanuel Macron aime à allumer un petit cigare dans son bureau ? Cachez-moi ce vice que je ne saurais voir ! Et c’est ainsi que Lucky Luke fut contraint dès 1983 de cracher son mégot au profit d’un brin d’avoine et qu’un certain nombre de photographies légendaires furent retouchées pour obéir à l’hypocrisie ambiante. De peur de promouvoir de « façon directe ou indirecte » le tabac, on dépouilla ainsi André Malraux (1996) et Jean-Paul Sartre (2005) de leurs légendaires clopes pour pouvoir les afficher sur un timbre ou dans les catalogues de la BnF. On aurait pu penser que le gentil Jacques Tati, bien inoffensif, aurait pu passer entre les griffes de la censure (2009), que nenni ! Voilà sa pipe remplacée par un étrange moulin à vent au nom du politiquement correct. Faut-il y voir un subtil coup marketing ou une attaque contre la loi Évin ? Une fois de plus, le pays se divise entre défenseurs du patrimoine et combattants anti-tabac. Dix ans plus tard, les gros fumeurs qui constituent notre patrimoine ne sont toujours pas à l’abri d’une réécriture de leur histoire. Cependant, on peut se montrer optimiste quant au respect de l’Histoire lorsqu’on constate que dans un film comme J’Accuse, de Roman Polanski (2019), rares sont les plans où les personnages ne fument pas, XIXe siècle oblige !

Bibliographie

Didier Nourrisson, « Le Tabac, une passion française »Histoire n°233, juin 1999,
Didier Nourrisson, Cigarette. Histoire d’une allumeuse, éd. Payot, 2010,
Pierre Boisserie et Stéphane Brangier, Cigarettes, le dossier sans filtre, éd. Dargaud, 2019.

https://www.herodote.net/Le_fleau_bien_aime-synthese-2654-379.php

 

 

 

CHARLES DE GAULLE, FRANCE, HISTOIRE DE FRANCE, HOMME D ETAT, HOMME POLITIQUE

Biographies du Général de Gaulle

Trois biographies du Général de Gaulle

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Jean Lacouture

Charles de Gaulle

1 Le rebelle. (1890-1944). – Paris, Le Seuil, 1984. 876 pages.

2 De Gaulle. Le politique. (1944-1959) – Paris, Le Seuil, 1986. 736 pages.

3 De Gaulle. Le souverain (1959-1870). Paris, Le Seuil, 1986. 876 pages.

 

« Après huit cents livres sur de Gaulle, voici le premier », avait déclaré le grand historien Pierre Nora à la sortie des trois tomes de cette monumentale biographie : Le Rebelle, 1890-1944, Le Politique, 1944-1959 et Le Souverain, 1959-1970.

 Bien que son auteur revendique haut et fort sa formation de journaliste et dise chercher « à plaire plus qu’à édifier », ce de Gaulle force l’admiration parce qu’il concilie, chose trop rare, deux façons de faire de l’Histoire souvent jugées incompatibles. Par la rigueur de l’analyse, l’étude scrupuleuse des sources, l’ouvrage est digne des plus grands historiens professionnels. Mais l’aisance et le brio du style, la vivacité du récit le rendent extraordinairement facile et agréable à lire.S’appuyant notamment sur de très nombreux témoignages oraux, Jean Lacouture brosse, à l’adresse d’un public de non-spécialistes, un portrait complet, qui ne se veut ni à charge ni à décharge, de l’homme qui a si profondément marqué la France dans la seconde moitié du XXe siècle : il y apparaît bien comme « le plus illustre et en tout cas le plus singulier des Français.

 

Charles de Gaulle 

Eric Roussel

Paris, Gallimard, 2002. 1032 pages.

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L’indexation bibliographique de ce livre parle d’elle-même. Des biographies sur le Général, il y en a eu, et de nombreuses. À chacun son « de Gaulle », pourrait-on dire. Le « de Gaulle » de Pompidou, de Jean Monnet, de Jean Daniel, de Max Gallo, de René Rémond, de Druon, d’Agulhon, sans oublier celui de Malraux bien sûr ou de Jean Lacouture qui demeurent des références en la matière.
Éric Roussel, journaliste au Figaro, s’est jeté dans la bataille. Bénéficiant de l’ouverture d’un très grand nombre d’archives dans le monde entier – en Angleterre, aux États-Unis, au Canada, en Israël, en Allemagne –, le journaliste a décidé de recréer l’image du Général à partir de ce foisonnement nouveau d’interviews, de déclarations, de citations ou de confidences. Le résultat impressionne par sa qualité, tant il révèle le parcours d’un homme qui embrassa un véritable destin historique en engageant la France dans la Résistance à partir de juin 1940, et devint par la suite « le plus illustre des Français ». L’ouvrage traite dans un continuum fluide des événements historiques majeurs (la formation militaire auprès de Pétain, le départ de 1940, la création du Conseil national de la Résistance, la démission de 1946, la création du RPF, le retour en 1958 comme chef de gouvernement) et l’agrégat de petits faits qui nous font comprendre plus intimement qui était de Gaulle (ses colères homériques contre Roosevelt ; les péripéties vaudevillesques pour décider du Débarquement du 6 juin ; la fusillade de Notre-Dame le 26 août 1944 où de Gaulle passe entre les balles ; la peine de ce père à la mort de sa fille handicapée : « Maintenant elle est comme les autres », avait soupiré le Général ; de Gaulle en pleine dépression pendant les événements de 1968, etc.). Roussel fait revivre un de Gaulle plus pragmatique que dogmatique. À la fois familier et franc, dévoué à la nation et à la raison d’État, homme d’action et avant tout de conviction, il incarne un idéal de liberté politique. « Je ne suis l’homme de personne », « Je suis un Français libre », se plaisait-il à dire. Impressionnante liberté de pensée et de ton !
Des photos publiques et privées du Général et la production de multiples documents inédits tirés des archives des ambassades du monde entier ou de la collection personnelle des de Gaulle renforcent notre impression de saisir – une fois n’est pas coutume – le portait d’un homme au-delà de sa légende. Cette passionnante biographie nous permet de comprendre pourquoi de Gaulle fut le dernier représentant de la grandeur de la France et comment, depuis sa mort, chacun tente à sa manière de questionner la figure devenue mythique du Général pour y puiser des valeurs fédératrices et trouver un sens à l’action. –Denis Gombert

 «La vérité du général de Gaulle est dans sa légende», a dit Alain Peyrefitte. Éric Roussel, historien et journaliste, lui consacre une monumentale biographie.

 

 

De Gaulle (Français) Broché – 22 août 2019

Julian Jackson

Paris, Le Seuil, 2019. 992 pages.

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 » Enfin la biographie que ce géant méritait « 

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S’appuyant sur une très large masse d’archives et de mémoires, Julian Jackson explore toutes les dimensions du mystère de Gaulle, sans chercher à lui donner une excessive cohérence. Personne n’avait décrit ses paradoxes et ses ambiguïtés, son talent politique et sa passion pour la tactique, son pragmatisme et son sens du possible, avec autant d’acuité et d’esprit. Des citations abondantes, éblouissantes d’intelligence, de drôlerie, de méchanceté parfois, restituent la parole de De Gaulle mais aussi les commentaires de Churchill et de tous ceux qui ont appris à le connaître, à se méfier de lui ou à s’exaspérer de son caractère vindicatif, de son ingratitude ou de ses provocations…
Aucun détail inutile ici et aucun des défauts de ces biographies-fleuves où l’on se perd, mais une narration toujours tendue, attachée aux situations politiques, intellectuelles, sociales et aux configurations géopolitiques qui éclairent une action et son moment.
Julian Jackson relit cette existence politique hors norme et son rapport à la France à la lumière des questions du passé, qu’il restitue de manière extraordinairement vivace, et de celles qui nous occupent aujourd’hui – et notamment l’histoire coloniale et l’Europe, la place de la France dans le monde, mais aussi évidemment les institutions de la Ve République. En ce sens, c’est une biographie pour notre temps.
C’est aussi une biographie à distance, par un observateur décalé qui mieux qu’aucun autre fait ressortir le caractère extravagant d’un personnage singulier à tout point de vue, extraordinairement romanesque dans ses audaces comme dans ses parts d’ombre, et dont l’héritage ne cesse de hanter la mémoire des Français.

Biographie de l’auteur

Spécialiste de l’histoire de la France au XXe siècle, Julian Jackson est professeur d’Histoire à Queen Mary, University of London. Il a notamment publié La France sous l’Occupation (Flammarion, 2004 et 2010). Sur toutes les listes des meilleurs livres de l’année en Grande-Bretagne, sa biographie de De Gaulle a été couronnée du très prestigieux Duff Cooper Prize.

 

 

 

 

FRANCE, GENEVIEVE DE PARIS (sainte ; v. 420 - v. 500), HISTOIRE DE FRANCE, PARIS (France)

Sainte Geneviève de Paris (v. 420 – v. 500)

 

Geneviève de Paris

Geneviève (née à Nanterre vers 420, morte à Paris vers 500) est une sainte française, patronne de la ville de Paris, du diocèse de Nanterre et des gendarmes. La forme issue du latin Genovefa est également employée et a donné le nom Génovéfain (religieux).

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Hagiographie

La source unique d’informations historiques sur le personnage est la Vita de Geneviève, un texte hagiographique que l’auteur anonyme, probablement un clerc de l’Église de Paris, prétend écrire 18 ans après la mort de la sainte, vers 520, ce qui en fait un des très rares monuments littéraires du vie siècle en Gaule. Cette hagiographie génovéfaine Vita sanctae Genovefa empreinte de merveilleux et qui ne contient aucune chronologie est réalisée par un clerc qui a rassemblé tout ce qu’il savait d’elle par des témoins directs encore vivants.

L’abbé Saint-Yves, dans sa Vie de sainte Geneviève, donne une origine celtique au nom de Geneviève (Genovefa). Selon lui en gallois, genoeth veut dire « jeune fille » (cf. gaulois genata « jeune fille »). Cependant, le nom Genovefa est vraisemblablement la latinisation du francique *Kenowīfa ou *Kenuwefa, nom germanique féminin constitué des éléments ken- « genre, race » (apparenté à kin en anglais) et wīf « femme » (apparenté à wife en anglais et Weib en allemand). Pourtant, la plupart des sources font état d’une autre étymologie germanique, à savoir : *ginu- « grand, spacieux » et *waifō- « remuant ».

Les historiens ont maintes fois débattu des origines sociales de la sainte. Les biographes Dom Jacques Dubois et Laure Beaumont-Maillet ont tranché le débat : Geneviève, issue d’une riche famille de l’aristocratie gallo-romaine, est la fille unique de Severus (nom latin signifiant « austère »), probablement un Franc romanisé qui après une carrière d’officier, a exercé la fonction de régisseur de terres d’Empire et de Geroncia (ou Gerontia, nom grec « désignant une personne sage par l’âge et les vertus »). Elle aurait hérité en tant que fille unique de la charge de membre du conseil municipal (curia) détenue par son père, charge qu’elle aurait exercée tout d’abord à Nanterre, puis à Paris (faisant partie des dix principales constituant l’aristocratie municipale) après son installation dans cette ville chez une « marraine » influente. Baptisée, elle se voue très jeune à Dieu et, selon la légende, est remarquée par saint Germain d’Auxerre et saint Loup de Troyes, qui passent par Nanterre vers 430 (légende à l’origine de l’église Saint-Germain-de-Charonne), à l’occasion de leur voyage vers la province romaine de Bretagne (Grande-Bretagne actuelle). Elle mène une vie consacrée et ascétique, probablement dès ses seize ans. Selon la Vita sanctae Genovefae, à l’âge de 18 ou 20 ans, elle reçoit à Paris le voile des vierges des mains de l’évêque Wllicus, prélat inconnu des historiens. À la mort de ses parents vers 440, elle quitte Nanterre et vient s’établir chez sa marraine Procula en plein Paris, dans l’île de la Cité.

Selon la tradition, lors du siège de Paris en 451, grâce à sa force de caractère, Geneviève, qui n’a que 28 ans, convainc les habitants de Paris de ne pas abandonner leur cité aux Huns. Elle encourage les Parisiens à résister à l’invasion par les paroles célèbres :

« Que les hommes fuient, s’ils veulent, s’ils ne sont plus capables de se battre. Nous les femmes, nous prierons Dieu tant et tant qu’Il entendra nos supplications. »

De fait, Attila évita Lutèce (Paris).

Une autre hypothèse controversée prétend qu’elle aurait averti l’envahisseur d’une épidémie de choléra sévissant dans la région. Enfin, par ses liens avec les Francs, intégrés au dispositif romain, elle aurait pu savoir qu’Attila voulait s’attaquer d’abord aux Wisigoths en Aquitaine, et ne voulait sans doute pas perdre du temps devant Paris. Dans tous les cas, le plus important était d’empêcher les Parisiens de risquer leur vie en fuyant.

En 465, elle s’oppose à Childéric Ier, qui entreprend le siège de Paris, en parvenant à ravitailler plusieurs fois la ville avec du blé de la Brie et de Champagne, forçant alors le blocus.

Elle fait bâtir une chapelle sur l’emplacement du tombeau de saint Denis, premier évêque de Lutèce.

Elle convainc également Clovis, dont elle a toujours été une partisane, de faire ériger une église dédiée aux saints Pierre et Paul sur le mons Lucotitius (qui porte aujourd’hui le nom de montagne Sainte-Geneviève), dans l’actuel Ve arrondissement de Paris, au cœur du Quartier latin. Si l’historiographie récente avance une date de mort le 3 janvier 502, la tradition préfère celle du 3 janvier 512. Selon la Vita, elle meurt à l’âge de 89 ans dans l’ermitage de Paris, et est enterrée dans cette même église aux côtés de Clovis et rejointe plus tard par la reine Clotilde, ses plus célèbres disciples. L’église est d’abord confiée à des bénédictins, puis à des chanoines séculiers : c’est l’abbaye Sainte-Geneviève de Paris, dont le clocher est encore visible dans l’enceinte du lycée Henri-IV (ce clocher est connu sous le nom de « tour Clovis »).

Postérité

Sainte patronne

Sainte patronne de Paris et du diocèse de Nanterre, Geneviève est fêtée le 3 janvier. La Gendarmerie nationale, dont elle est également la sainte patronne, la fête, quant à elle, le 26 novembre, date du « Miracle des ardents » : en rapport avec l’intoxication par le seigle qui sévit à Paris en 1130.

Elle a une homonyme : sainte Geneviève de Loqueffret, une sainte bretonne que l’on fête aussi le 3 janvier comme son illustre patronne. Elle est invoquée pour les règles abondantes ou les périodes menstruelles prolongées chez la jeune fille vierge.

Châsse de sainte Geneviève

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Châsse de sainte Geneviève dans l’église Saint-Étienne-du-Mont

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Sarcophage de sainte Geneviève dans l’église Saint-Étienne-du-Mont.

Selon la tradition, le tombeau de sainte Geneviève est placé auprès de celui de Clovis dans la crypte de l’église Saint-Pierre-Saint-Paul (future abbaye Sainte-Geneviève de Paris), construite par le roi des Francs. Vers 630, saint Éloi orne le sarcophage de pierre de la sainte de plaques d’or, finement ciselées, et de pierres précieuses

La châsse est évacuée vers Draveil lors de la première invasion des Normands en 845. Elle y reste jusqu’en 853. La première procession connue a lieu en 886 lors du siège de Paris. En janvier 1162, court la rumeur que des réformateurs de l’abbaye ont dérobé le chef de sainte Geneviève en le séparant du reste de ses reliques. Louis VII fait apposer sur la châsse le sceau royal et ordonne une enquête solennelle. Le résultat de cette enquête rassure tout le monde et le chapitre décide que désormais le 10 janvier serait une fête célébrée avec autant de solennité que le 3, sous la dénomination d’Invention du chef de Sainte Geneviève. En 1230, ce coffre est endommagé à un tel point que l’abbé Robert de la Ferté-Milon confie l’exécution d’une nouvelle châsse en vermeil par l’orfèvre parisien Bonnard, de 1240 à 1242. Elle est reconstruite en 1614, sous la régence de Marie de Médicis.

Le port de la châsse est dévolu à l’origine aux Génovéfains. En 1412, une confrérie de Sainte Geneviève est érigée en vertu d’un bref du Pape et de lettres patentes de Charles VI qui finance les processions. Cette Confrérie accueillant par cooptation les membres éminents des grandes corporations de la ville, obtient en 1524 le privilège de porter la châsse.

Le 8 novembre 1793, la châsse de la sainte est transportée à la Monnaie où l’on fond les métaux précieux, tandis qu’on récupère les pierreries. Le 21 novembre, le Conseil général de Paris fait brûler les ossements de la sainte sur la place de Grève et fait jeter les cendres à la Seine.

La nouvelle châsse en cuivre entaillé et doré, honorée aujourd’hui dans l’église Saint-Étienne-du-Mont près du Panthéon, contiendrait quelques reliques (un avant-bras et quelques phalanges) qui avaient été envoyées dans d’autres sanctuaires avant la Révolution et qui ont ainsi pu être préservées des destructions. Bien que la châsse n’ait pas été portée processionnellement à l’extérieur depuis le xviiie siècle, la Confrérie des Porteurs de la châsse existe toujours, son rôle se bornant à la porter dans l’église même, au moment de la neuvaine. Le culte de la sainte, très populaire, explique qu’elle possède dans l’église plusieurs châsses, dont la plus grande qui contiendrait la pierre tombale de la sainte redécouverte en 1803 lors de la démolition de l’église Sainte-Geneviève

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Iconographie

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Sainte Geneviève qui tient de la main droite un cierge et de la main gauche un livre.

 

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Sainte Geneviève en bergère.

 

Sainte Geneviève dans la série des Reines de France et Femmes illustres du jardin du Luxembourg.

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Jusqu’au xvie siècle, Geneviève est représentée vêtue d’une robe de jeune fille noble, tenant à la main un cierge qu’un démon souvent essaie d’éteindre (en souvenir de la construction de la première basilique de Saint-Denis, dont elle visitait le chantier, de nuit, avec ses compagnons. Alors que le cierge que tient l’un deux s’éteint brusquement, elle le prend en main et il se rallume miraculeusement). À la fin du xvie siècle, elle est représentée en jeune bergère entourée de moutons, peut-être par confusion avec Jeanne d’Arc et les représentations de vierges pastourelles. Cette légende qui fait de Geneviève une bergère date du succès du poème latin de Pierre de Ponte paru en 1512, puis de la mode des bergeries qui se manifeste au xviie siècle. De nombreuses lithographies popularisent dans les chaumières la « bergère de Nanterre » au temps de la Restauration et de la Monarchie de Juillet.

Au xixe siècle, Pierre Puvis de Chavannes consacre un cycle de peintures à l’enfance de Geneviève (1874) au Panthéon de Paris.

En 1928, Paul Landowski réalise une statue de sainte Geneviève pour le pont de la Tournelle, qui traverse la Seine à Paris.

En 1945, Anna Quinquaud réalise une statue de Sainte Geneviève, aujourd’hui conservée à la Direction générale de la Gendarmerie nationale, Issy-les-Moulineaux.

 

Littérature

Plusieurs œuvres littéraires évoquent le personnage ou la vie de sainte Geneviève :

Le vendredi 3 janvier 1913, pour le 1400e anniversaire de sa mort, Charles Péguy écrit un poème intitulé La Tapisserie de sainte Geneviève et de Jeanne d’Arc

Elizabeth Brun, La vie de Sainte Geneviève, Patronne de Paris, biographie, Editions Mégard et Cie, Rouen, 1855.

Henri Lavedan, La belle histoire de Geneviève, roman dialogué, Société littéraire de France, Paris, 1920, 289 pages.

Mgr Yvon Aybram, Petite vie de sainte Geneviève (421-502), Desclée De Brouwer, 2013.

Érasme, Vers à Sainte Geneviève, traduit par Le Lièvre en 1611.

Musique

Marc-Antoine Charpentier a composé vers 1675 un motet Pour le jour de Ste Geneviève H 317 pour 3 voix, 2 dessus instrumentaux, et basse continue.

 

Bibliographie

Dom Jacques Dubois et Laure Beaumont-Maillet, Sainte Geneviève de Paris : la vie, le culte, l’art, Beauchesne, 1982, 167 p.

Face aux barbares, sainte Geneviève (423-502), Pierre Téqui éditeur, 2001

Emmanuel Bourassin, Sainte Geneviève, Editions du Rocher, 1997

Janine Hourcade, Sainte Geneviève hier et aujourd’hui, Mediaspaul Editions, 1998, 111 p.

FRANCE, HISTOIRE DE FRANCE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, UNE NOUVELLE COLLECTION DE L'HISTOIRE DE FRANCE

Une nouvelle collection de l’histoire de France

HISTOIRE DE FRANCE

SOUS LA DIRECTION DE JOËL CORNETTE

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L’Histoire de France en 13 volumes de Joël Cornette rééditée chez Folio (auparavant édité chez Belin entre 2009 et 2012)

La série Histoire de France, supervisée par Joël Cornette, Professeur des Universités, précédemment publiée chez Belin, sera rééditée à compter de septembre par Folio. Treize volumes sont à venir, les trois premiers seront disponibles pour la rentrée, avec un panorama allant du Haut Moyen Âge à nos jours.

 

La démarche commune aux treize volumes qui composent cette Histoire de France se veut plurielle, diverse, inventive, et surtout ouverte aux débats. Elle ambitionne de rendre compte de la variété des « vérités », de la diversité des problématiques, des enjeux, des controverses dont se nourrit le métier d’historien, pour répondre aux interrogations du présent.
 Ces ouvrages militent et témoignent pour une Histoire de France qui n’est figée dans aucune certitude, dans aucune vérité préétablie. Il ne s’agit pas d’une nouvelle version du « roman national ». Il s’agit d’une Histoire de France non pas enfermée dans son hexagone, mais largement ouverte à tous les espaces.

L’Europe et le monde sont constamment parties prenantes de et dans notre passé et chacun des 13 volumes en tient particulièrement compte. Tous comportent une partie finale intitulée «L’atelier de l’historien » grâce à laquelle chaque lecteur devient acteur de cette Histoire de France.
 Cette Histoire de France joue à tous les jeux d’échelle possibles : les rois, mais aussi les artisans et les paysans ; l’échelle du royaume, mais aussi celle du village ; la politique, mais aussi l’économique, le culturel, le religieux, jusqu’aux choses les plus banales du quotidien.

La France, d’avant à aujourd’hui
Pour cette nouvelle édition, les ouvrages ont été revus et corrigés avec une mise à jour des bibliographies. Trois premiers volumes^sont déjà parus depuis le mois de septembre : 

La France avant la France (481 – 888) de Charles Mériaux et Geneviève Bührer-Thierry

Féodalités (888 – 1180) de Florian Mazel

Les Grandes Guerres (1914 – 1945) de Nicolas Beaupré
Pour la suite, sans date encore communiquée, on retrouvera :
 

Le Temps de la guerre de Cent Ans, 1328-1453 – Boris Bove (dir. Jean-Louis Biget)

Les Renaissances, 1453-1559 – Philippe Hamon (dir. Joël Cornette)

Les Guerres de religion, 1559-1629 – Nicolas Le Roux (dir. Joël Cornette)

Les Rois absolus, 1629-1715 – Hervé Drévillon (dir. Joël Cornette)

La France des Lumières, 1715-1789 – Pierre-Yves Beaurepaire (dir. Joël Cornette)

Révolution, Consulat, Empire, 1789-1815 – Michel Biard, Philippe Bourdin, Silvia Marzagalli (dir. Joël Cornette)

La Révolution inachevée, 1815-1870 – Sylvie Aprile (dir. Henry Rousso)

La République imaginée, 1870-1914 – Vincent Duclert (dir. Henry Rousso)

Les Grandes Guerres, 1914-1945 – Nicolas Beaupré (dir. Henry Rousso)

La France du temps présent, 1945 – à nos jours – Michelle Zancarini-Fournel, Christian Delacroix

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Geneviève Bührer-Thierry, Charles Mériaux

481-888. La France avant la France

Édition publiée sous la direction de Jean-Louis Biget

Nouvelle édition

Collection Folio histoire (n° 287) , Série Histoire de France

Parution : 26-09-2019. 

770 pages

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L’histoire a longtemps juxtaposé des images simples pour définir les quatre siècles écoulés de 481 à 888 : aux Mérovingiens sanguinaires et incapables – à l’exception de Clovis – succédaient des Carolingiens glorieux, conquérants et propagateurs actifs de la foi chrétienne. Les recherches récentes, fondées sur une réévaluation des sources écrites et sur les progrès de l’archéologie, ont libéré cette période du carcan des idées reçues. 
Si les premiers Carolingiens rassemblent sous leur sceptre presque toute l’Europe occidentale, cette construction brillante se révèle fragile. La puissance effective ne vaut que sur une échelle territoriale étroite et le pouvoir central est obligé de collaborer avec les aristocraties locales. Quand apparaît le nom de «Francie», il recouvre une mosaïque de communautés régionales très diverses. 
Rejetant les anachronismes et les outrances, les auteurs restituent une société étrangère à la nôtre par ses hiérarchies, ses caractères anthropologiques et ses institutions. Cette histoire renouvelée possède un attrait majeur : au-delà des représentations traditionnelles, elle s’efforce d’atteindre le réel.

 

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Florian Mazel

888-1180. Féodalités

Édition publiée sous la direction de Jean-Louis Biget

Collection Folio histoire (n° 289) , Série Histoire de France

Parution : 26-09-2019

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La dynastie capétienne ne se confond pas avec «la naissance de la France». Sans doute le royaume de Francie occidentale puis de France devient-il une entité politique qui ne se partage plus, mais le souverain continue de se nommer roi «des Francs». Si la monarchie construit et élargit méthodiquement son domaine, le sentiment d’une unité française n’existe pas encore. Soucieux d’échapper à toute téléologie dynastique ou nationale, ce livre accorde une grande attention aux singularités régionales. 
Les siècles de la féodalité, longtemps décrits comme des siècles de fer, correspondent en réalité au moment du «décollage» européen. Les acquis des recherches historiques récentes, y compris archéologiques, conduisent à réexaminer le regroupement des populations et la «naissance du village», l’instauration de la seigneurie châtelaine, le rôle des réformes monastiques ou l’épanouissement de l’art roman et gothique. Florian Mazel remet ici en question la thèse d’une «mutation féodale» rapide et brutale autour de l’an mil au profit d’une appréciation plus nuancée des évolutions.

 

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Nicolas Beaupré

1914-1945. Les Grandes Guerres

Édition publiée sous la direction d’Henry Rousso

Collection Folio histoire (n° 288) , Série Histoire de France

Parution : 26-09-2019

1382 pages + 12 pages hors-texte

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Le grand basculement de l’été 1914, les horreurs des tranchées et le «front de l’arrière» font comprendre le processus qui conduit à un conflit inédit par son ampleur et sa brutalité : une guerre totale. En 1918, la France émerge, victorieuse mais «malade de la guerre» : profondément affectées, jusque dans leurs structures, l’économie et la démographie ne peuvent être «réparées» aussi rapidement qu’un pont ou une route. La démobilisation culturelle et le retour à la mobilisation politique se déroulent dans une atmosphère de tensions et de modernisation artistique. Alors que la France abandonne, en partie à regret, une politique de puissance en Europe, elle l’exprime avec force sur le terrain colonial. Avant que tout ne retombe dans des crises multiples pour aboutir à la catastrophe de mai-juin 1940 et, avec elle, à la mise à mort des principes républicains. 
Pour restituer ce «passé qui ne passe pas», Nicolas Beaupré a su trouver la bonne distance entre passion et parti pris pour rendre intelligibles les enjeux d’une des périodes les plus dramatiques et controversées de l’histoire de France.

 

FRANCE, GUERRES, SOLDATS, SOLDATS TOMBES AU CHAMP D'HONNEUR

Soldats tombés au champ d’honneur

Soldats morts au champ d’honneur

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Dans les champs des Flandres (In Flanders Fields)

John McCrae

Au champ d’honneur, les coquelicots
Sont parsemés de lot en lot
Auprès des croix; et dans l’espace
Les alouettes devenues lasses
Mêlent leurs chants au sifflement
Des obusiers.
Nous sommes morts,
Nous qui songions la veille encor’
À nos parents, à nos amis,
C’est nous qui reposons ici,
Au champ d’honneur.
À vous jeunes désabusés,
À vous de porter l’oriflamme
Et de garder au fond de l’âme
Le goût de vivre en liberté.
Acceptez le défi, sinon
Les coquelicots se faneront
Au champ d’honneur.

(Adaptation signée Jean Pariseau, CM, CD, D. ès L. (histoire).

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Dans les champs des Flandres (In Flanders Fields)

John McCrae

Né à Guelph, en Ontario, le 30 novembre 1872 dans une famille presbytérienne écossaise, John McCrae a obtenu un baccalauréat en médecine en 1898 à l’Université de Toronto. Il a travaillé en tant qu’officier résident à l’Hôpital général de Toronto de 1898 à 1899. Après avoir travaillé en tant qu’officier résident à l’Hôpital général de Toronto, McCrae s’embarque en décembre 1899 pour l’Afrique du Sud où il participe, avec son unité, à la deuxième guerre des Boers. Il quitte l’Afrique du Sud avec des sentiments partagés, choqué du piètre traitement que recevaient les soldats malades et blessés. Il démissionne de la 1re brigade d’artillerie en 1904 après avoir été promu capitaine, puis major. Mais en 1914, il s’engage comme volontaire dans la grande guerre. Il a emmené avec lui un cheval nommé Bonfire, un cadeau d’un ami.

En avril 1915, John McCrae se retrouve dans les tranchées d’Ypres, ville flamande en Belgique. Il perd au cours des combats un de ses meilleurs amis qui fut inhumé dans une tombe de fortune marquée d’une simple croix de bois où les coquelicots sauvages poussent entre les rangées. Le lendemain, il compose son illustre poème:

Le 28 janvier 1917, John McCrae décède des suites d’une pneumonie et d’une méningite. Il a été inhumé au cimetière de Wimereux, au nord de Boulogne, près des champs de Flandre. Bonfire était à la tête du cortège funèbre, et les bottes de McCrae étaient renversées dans les étriers. Un copain devait écrire ce qui suit au sujet des funérailles :

«C’était une bien belle journée de printemps, aucun de nous ne portait de pardessus et la brume jaillissait des montagnes à Wimereux. J’étais vraiment reconnaissant que le poète auteur de «In Flanders Fields» repose là au soleil, en pleine campagne, qu’il aimait tellement (…)» (Prescott. In Flanders Fields: The Story of John McCrae, p. 77) (traduction)

Depuis, pour les britanniques, le « Poppy » (coquelicot) symbolise le sacrifice et le souvenir de la première guerre mondiale, alors que le Jour de l’armistice du 11 Novembre est appelé le « Poppy Day » (jour du coquelicot).

À Ypres, le 11 novembre de chaque année, les collines des deux côtés de la Porte Ménin (Menen) sont recouvertes de coquelicots en papier. La porte Ménin est un mémorial dédié aux soldats du Commonwealth, tués au cours des batailles féroces autour du Saillant d’Ypres et disparus sans sépultures. Situé à la sortie orientale de la ville d’Ypres, en Flandre (Belgique), à l’emplacement d’une ancienne porte des fortifications Vauban ceinturant la ville, elle marque le point de départ d’une des principales routes menant les soldats alliés au front pendant la Première Guerre mondiale, en direction de la petite ville flamande de Menin (en néerlandais Menen). Conçu par Sir Reginald Blomfield et construit par le gouvernement britannique, le Mémorial a été inauguré le 24 juillet 1927. chaque soir à 20 heures, les clairons de la brigade locale des pompiers ferment la route qui passe sous le mémorial et jouent The Last Post. Cette cérémonie s’est poursuivie sans interruption depuis le 2 juillet 1928, à l’exception de la période d’occupation allemande lors de la seconde guerre mondiale, durant laquelle la cérémonie quotidienne se déroulait au cimetière militaire de Brookwood, dans le Surrey, en Angleterre.

BEATRICE DE PROVENCE (1229-1267), FRANCE, HISTOIRE DE FRANCE, HISTOIRE DE LA PROVENCE, Non classé, PROVENCE

Béatrice de Provence (1229-1267)

Béatrice de Provence

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Béatrice de Provence, née en 1229 et morte à Nocera le 23 septembre 1267, est une comtesse de Provence et de Forcalquier, fille de Raimond-Bérenger IV, comte de Provence et de Forcalquier, et de Béatrice de Savoie. Par mariage, elle devient reine de Naples et de Sicile.

Biographie

 Origine

Béatrice naît en 1229. Elle est la fille de Raimond-Bérenger IV, comte de Provence et de Forcalquier, et de Béatrice de Savoie, dont elle porte le prénom.

À la mort de son père, le 19 août 1245, elle devient l’héritière du comté de Provence et celui de Forcalquier.

 Mariage de la Provence et de la France

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Béatrice de Provence et Charles Ier d’Anjou

Un projet de mariage est organisé par la reine Blanche de Castille, soutenu par le pape Innocent IV, avec Charles, frère du roi de France, Louis IX. Ce dernier a épousé Marguerite, la sœur aînée de Béatrice En 1245, le mariage est préparé par sa mère, Béatrice, comtesse douairière de Provence, et le Conseil de régence. Le projet est engagé puisque le roi de France a obtenu l’accord de son côté L’oncle de Béatrice, l’archevêque de Lyon Philippe de Savoie, devient l’intermédiaire privilégié entre les différentes parties

Toutefois, certains princes ne sont pas favorables à ce rapprochement entre la Provence et le royaume de France. Ainsi, le comte de Toulouse, qui ne participe pas aux tractations, menace d’envahir le comté. Son voisin, le roi d’Aragon Jacques Ier, approche avec son armée. Charles intervient en pénétrant en Provence avec une troupe de chevaliers, obligeant le roi d’Aragon à se retirer

La jeune fille est remise à Charles, avec le consentement du roi Louis IX. De fait, Charles devient comte de Provence. Le mariage se déroule le 31 janvier 1246 à Aix. Après un court séjour en Provence, les jeunes époux rentrent en France.

Ce mariage est qualifié par l’historien Gérard Sivéry comme « l’un des chefs-d’œuvre de la grande stratégie matrimoniale médiévale ».

Ses deux autres sœurs, Éléonore (1223-1291), reine consort d’Angleterre depuis 1236, et Sancie (1228-1261), comtesse de Cornouailles, réclament une part d’héritage de la Provence

Comtesse de Provence

Charles de France est adoubé en mai 1246. Trois mois plus tard, il est fait par son frère comte d’Anjou et du Maine.

Charles d’Anjou reprend la politique d’expansion en direction de la péninsule italienne entamée par le comte Raimond-Bérenger IV de Provence.

Les Provençaux se soulèvent contre ce prince étranger au printemps 1246. Il faut attendre l’année 1265 pour que son pouvoir soit définitivement assis sur la Provence.

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Statue de Béatrice de Provence

Famille

Béatrice épouse en 1246 Charles Ier (1226 † 1285), roi de Naples et de Sicile (1266-1285), comte d’Anjou et du Maine (1246-1285), et ont :

Louis (1248 † 1248)

Blanche (1250 † 1269), mariée en 1265 avec Robert III de Dampierre (1249 † 1322), comte de Flandre

Béatrice (1252 † 1275), mariée en 1273 à Philippe Ier de Courtenay (1243 † 1283), empereur titulaire de Constantinople

Charles II de Naples (1254 † 1309), comte d’Anjou et du Maine, roi de Naples

Philippe (1256 † 1277), prince d’Achaïe, marié en 1271 avec Isabelle de Villehardouin (1263 † 1312), princesse d’Achaïe et de Morée

Robert (1258 † 1265)

Isabelle (ou Élisabeth) (1261 † 1303), mariée à Ladislas IV (1262 † 1290), roi de Hongrie

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Statue de Béatrice de Provence (Eglise Saint-Jean-de-Malte, Aix-en-Provence)

Bibliographie complémentaire

Thierry Pécout, « Celle par qui tout advint : Béatrice de Provence, comtesse de Provence, de Forcalquier et d’Anjou, reine de Sicile (1245-1267) », Mélanges de l’École française de Rome – Moyen Âge, nos 129-2,‎ 2017