FRANCE, HISTOIRE DE FRANCE, PROVENCE, RAYMOND-BERENGER V DE PROVENCE (1198-1209)

Raymond-Bérenger V de Provence

RAYMOND-BERENGER V DE PROVENCE

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Statue du comte Bérenger V de Provence dans l’Eglise Saint-Jean-de-Malte (Aix-en-Provence)

Raimond-Bérenger IV/V de Provence

Raimond Bérenger IV1 ou V, né vers1198, mort le 19 août 1245 à Aix, futcomte de Provence et de Forcalquier de1209 à sa mort.

Numérotation
Lors de la minorité d’un précédent comte, la régence fut exercée par Raimond-Bérenger IV de Barcelone, qui est parfois comptabilisé parmi les comtes de Provence. Il s’ensuit que le comte Raimond-Bérenger IV de Provence est souvent nommé Raimond-Bérenger V de Provence.

Biographie
Jeunesse
Raimond Bérenger IV de Provence est le seul fils d’Alphonse II (v. 1180-1209), comte de Provence (1195-1209), et de Garsende, comtesse de Forcalquier, issue de la maison de Sabran.
En février 1209, alors que Raimond Bérenger IV a environ douze ans, son père meurt à Palerme. Son oncle, le roi Pierre II d’Aragon assure sa tutelle. L’éducation du jeune prince est confiée à Guillaume de Montredon, maître de province de l’ordre du Temple et Raymond de Penafort, fameux théologien du xiiie siècle. Sa mère Garsende lui cède le comté de Forcalquier le 30 novembre 1209, permettant la réunion de ces deux comtés rivaux depuis un siècle
Pierre II d’Aragon est tué à la bataille de Muret, Sanche, oncle de Pierre II, prend en charge la régence d’Aragon et laisse celle de Provence à son fils Nuno. Des dissensions éclatent au sein des Catalans de Provence, entre les partisans de la comtesse Garsende de Forcalquier et ceux de Nuno, qui semblent vouloir évincer le jeune comte. La noblesse provençale en profite pour s’agiter. Elle prend finalement le parti de Garsende de Forcalquier, évince Nuno, place Raimond Bérenger IV de Provence sous la tutelle de sa mère et créent un conseil de régence.

Comte de Provence
Il parvient à se débarrasser de son rival le comte de Toulouse, également marquis de Provence, dont la famille a toujours eu l’ambition d’annexer la Provence. Pour cela, il n’hésite pas à soutenir la croisade albigeoise et soumet dans l’ordre les consulats d’Arles et de Marseille qui créaient des troubles dans le comté. Il conquit Avignon avec le roi de France Louis VIII en 1226.

Les armes de Provence, étaient devenus également celles de la Catalogne après le mariage de Douce de Provence avec Raimond Bérenger III comte de Barcelone. Depuis lors elles se ressemblent étonnamment si ce n’est la disposition des pals, afin de ne pas les confondre, elles seront en effet mises horizontalement pour la Catalogne.
Il fit montrer sous son royaume les « bailes » qui devinrent les représentants du pouvoir comtal. Il bâtit la ville de Barcelonnette en 1231 en honneur de ses origines catalanes ainsi que l’église Saint Jean de Malte premier édifice gothique de Provence à Aix-en-Provence.

Il meurt le 19 août 1245, et est enseveli à Aix-en-Provence, auprès du tombeau de son père, dans l’église Saint-Jean-de-Malte d’Aix-en-Provence.

Raimond Bérenger IV est le dernier membre de la famille des comtes de Catalogne à avoir régné en Provence. Il laisse par testament, daté du 20 juin 1238, ses domaines à sa quatrième fille, Béatrice, la seule qui n’est pas encore mariée. A sa mort la Provence unifiée entre dans la mouvance du roi de France rompant ainsi aec son passé catalan.

Comte troubadour
Il reste de Raimond-Bérenger V (ou IV) deux tensons et deux coblas.

Union et descendance
Le 5 juin 1219, Raimond Bérenger IV de Provence épouse Béatrice de Savoie (1198-1266), fille de Thomas Ier (1177-1233), comte de Savoie (1189-1233), et de Marguerite de Genève (1180-1252 ou 1257). De cette union sont issues quatre filles :

Marguerite de Provence (1221-1295), reine de France (1234-1270) par mariage en mai 1234 avec Louis IX (1214-1270), roi de France (1226-1270) ;
Éléonore de Provence (v. 1223-1291), reine d’Angleterre (1236-1272) par mariage en 1236 avec Henri III (1207-1272), roi d’Angleterre (1216-1272) ;
Sancie de Provence (v. 1225-1261), comtesse de Cornouailles (1243-1261) par mariage en 1243 avec Richard de Cornouailles(1209-1272), comte de Cornouailles (1227-1272) et roi des Romains (1257-1272) ;
Béatrice de Provence (1234-1267), comtesse de Provence et de Forcalquier (1245-1267), mariée en 1246 avec Charles Ier d’Anjou (1227-1285), comte d’Anjou et du Maine (1246-1285), roi de Sicile (1266-1282), puis roi de Naples (1282-1285), et comte de Provence et de Forcalquier (1246-1267) par mariage, mais qui continuera à porter les titres jusqu’à sa mort.

Par ces alliances entre les filles de Raimond-Bérenger IV, les rois de France Louis IX (Saint Louis) et de Sicile Charles Ier qui étaient déjà frères, deviennent beaux-frères l’un de l’autre, outre la parenté d’alliance du même degré avec le roi d’Angleterre Henri III et le futur roi des Romains Richard de Cornouailles, frère d’Henri III, ces deux derniers devenant aussi beaux-frères l’un de l’autre.
Marguerite et Béatrice deviennent belles-sœurs, tandis que la même parenté d’alliance se crée entre Éléonore et Sancie.

Source : Wikipédia

 

RAYMOND-BERENGER V FAIT NAITRE LA PROVENCE

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BERENGER V DE PROVENCE : L’INVENTION DE LA PROVENCE

THIERRY PECOUT

PARIS, PERRIN, 2004

 

En ce mois de novembre 1216, une galée appareille en pleine nuit du port catalan de Salou vers les rives du comté de Provence. À son bord, un jeune adolescent, escorté par des chevaliers provençaux venus l’arracher à son exil aragonais.

Ainsi commence l’histoire de Raymond Bérenger V, héritier d’une Provence déchirée par des rivalités entre factions nobles et les villes comme Marseille, Avignon, Arles, Tarascon, Nice ou Grasse. Il hérite d’un comté à l’histoire mouvementée et qui est convoité par des voisins qui voudraient bien s’approprier ce comté : que ce soit l’Empereur de l’Empire germanique Frédéric II au nord, le comte de Toulouse à l’ouest quand ce ne sont pas les rois d’Aragon (qui furent comtes de Provence) et même le roi de France qui cherche à agrandir son royaume afin d’avoir un débouché sur la Méditerranée.

Beaucoup voient en ce jeune prince le seul dépositaire d’un pouvoir légitime. Sa mère et tutrice, la comtesse Gersende de Forcalquier, ne peut plus désormais espérer gouverner sans lui. Rien ne laisse alors présager que ce jeune homme sera l’artisan d’un rétablissement de l’État comtal. Pourtant, depuis sa capitale aixoise, il fait de sa principauté l’un des laboratoires de l’État moderne. Raymond Bérenger rompt avec le passé catalan de la Provence, mais aussi avec l’empire germanique de Frédéric II. Les temps lui sont favorables : de Nice à Marseille, le commerce des ports provençaux est prospère. Cette richesse bénéficie aux églises, châteaux et villes qui arborent de neuves parures. Le comte fonde Martigues et Barcelonnette. Pour la première fois de son histoire, la Provence paraît une principauté cohérente, gouvernée par un prince soucieux de ses prérogatives. La mort prématurée de Raymond Bérenger en 1245, sans héritier, laisse la Provence aux mains de son gendre, frère du roi de France. Une page achève de se tourner.

 

L’auteur

Thierry Pécout, né en 1967, ancien élève de l’École normale supérieure, maître de conférences en histoire du Moyen Âge à l’université de Provence, auteur d’une biographie du roi Charles V (2001), travaille actuellement sur l’histoire des pouvoirs dans le comté de Provence.

AFFAIRE DREYFUS, ALFRED DREYFUS (1859-1935), FRANCE, HISTOIRE DE FRANCE, MARIE-GEORGES PICQUART (1854-1914)

L’affaire Dreyfus

5 janvier 1895

Dégradation du capitaine Dreyfus

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Le 5 janvier 1895, le capitaine Alfred Dreyfus est solennellement dégradé dans la cour de l’École Militaire, à Paris. Il a été condamné au bagne à vie pour haute trahison et espionnage au profit de l’Allemagne. « Dreyfus n’a exprimé aucun regret, fait aucun aveu, malgré les preuves irrécusables de sa trahison. Il doit en conséquence être traité comme un malfaiteur endurci tout à fait indigne de pitié » peut-on lire dans le compte-rendu du Matin.

L’« Affaire » proprement dite commence un an plus tard avec la découverte de faits nouveaux par le lieutenant-colonel Picquart. Il apparaît à ce dernier que le capitaine a été accusé à la place d’un autre. L’erreur judiciaire est manifeste. Mais est-il pensable que la justice militaire reconnaisse une erreur en ces temps de grande tension internationale ? Le droit et la vérité doivent-ils prévaloir sur l’honneur de l’Armée et la sécurité du pays ? L’opinion publique va se déchirer pendant plusieurs années sur ces questions essentielles. En définitive, la démocratie et l’honneur de la France l’emporteront…

Une condamnation sans histoire

L’affaire Dreyfus débute comme une banale affaire d’espionnage militaire par la découverte d’un bordereau adressé par un officier français à l’attaché militaire de l’ambassade allemande, le major Schwartzkoppen.

Madame Bastian, femme de ménage à l’ambassade, avait récupéré le bordereau le 26 septembre 1894 dans une corbeille à papier et l’avait remis au service français de contre-espionnage pour lequel elle travaillait en secret.

Le soir même, le colonel Henry entrevoit dans le document la trahison d’un officier d’état-major.

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Le général Auguste Mercier

En l’absence du général de Boisdeffre, chef de l’état-major, le général Auguste Mercier, ministre de la Guerre, est immédiatement informé et ordonne une enquête discrète.

Les soupçons se tournent très vite vers le capitaine d’artillerie Alfred Dreyfus, stagiaire au deuxième bureau de l’état-major, qui a été en contact avec les différents services auxquels il est fait allusion dans le bordereau. Le ministre de la Guerre suggère de confier l’enquête sur le bordereau au commandant Armand du Paty de Clam.

Le 6 octobre 1894, celui-ci convoque Alfred Dreyfus et, sous le prétexte d’une blessure à la main, lui demande de rédiger une lettre sous sa dictée.

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Du Paty de Clam

À peine Dreyfus s’est-il exécuté que Du Paty de Clam l’accuse d’être l’auteur du fameux bordereau. Il lui tend un pistolet et lui suggère de se suicider pour échapper au déshonneur, ce à quoi Dreyfus, qui tombe des nues, se refuse. Il est aussitôt mis au secret à la prison de la rue du Cherche-Midi.

Alors commence la tragédie. Sollicité par les enquêteurs, le célèbre Alphonse Bertillon, chef du service de l’identité judiciaire (et inventeur de l’identification par les empreintes digitales), confirme les soupçons du commandant du Paty de Clam, contre l’avis d’autres graphologues plus prudents mais moins prestigieux.

Dreyfus est arrêté le 15 octobre 1894 sous l’inculpation de haute trahison. Il échappe à la guillotine en vertu d’une loi de la IIe République qui a aboli la peine de mort pour les crimes politiques. Le 22 décembre 1894, il est donc« seulement » condamné au bagne à vie par un tribunal militaire.

Dégradé le 5 janvier 1895 dans la cour des Invalides, il part pour l’île du Diable, en Guyane.

Personne en France ne doute alors de sa culpabilité. Jean Jaurès lui-même s’étonne le 24 décembre, à la Chambre des députés, qu’on ne l’ait pas plutôt fusillé que banni. Deux jours plus tard, dans La Dépêche du Midi, le grand leader socialiste écrit que l’« on a surpris un prodigieux déploiement de la puissance juive pour sauver l’un des siens. »

Beaucoup de Français pensent de même, considérant que la justice militaire est trop indulgente pour les bourgeois de sa sorte. Certains, qui plus est, commencent à se dire que l’on ne peut décidément pas faire confiance à un israélite ! Pour eux, « cosmopolitisme juif » et patriotisme sont incompatibles.

Le quotidien antisémite d’Édouard Drumont, La Libre Parole, qui tire à environ 500 000 exemplaires, mais aussi La Croix, quotidien catholique de la congrégation des Assomptionnistes (170 000 exemplaires), mènent une campagne contre la présence d’officiers juifs dans l’armée. « Dans toute vilaine affaire il n’y a que des Juifs. Rien de plus facile que d’opérer un bon nettoyage », écrit le second (14 novembre 1894).

Il n’y a guère que sa femme Lucie et son frère Mathieu qui persistent à croire à l’innocence du capitaine. Ils entretiennent une longue correspondance avec celui-ci, qui, sur l’île du Diable, survit dans le seul espoir de faire reconnaître la vérité. Il doit supporter les brimades de l’administration pénitentiaire à son égard (enfermement entre deux palissades pour ne pas voir la mer, enchaînement la nuit à son lit pendant plusieurs semaines, privation d’informations sur l’extérieur…).

 Capitaine courageux

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Alfred Dreyfus

Né à Mulhouse 35 ans plus tôt, Alfred Dreyfus appartient à la bourgeoisie alsacienne. Sa famille, d’origine israélite, est très riche. Elle s’est en partie établie en France après l’annexion de l’Alsace par l’Allemagne en 1871.

Lui-même a fait ses études à l’École Polytechnique puis à l’École d’Artillerie et du Génie de Fontainebleau. Brillant officier et ardent patriote, il entre à l’École de Guerre et passe à l’état-major peu après son mariage à la synagogue avec Lucie Hadamart.

Ce parcours sans faute, ainsi que sa prestance intellectuelle, sa fortune familiale et ses origines alsaciennes et israélites lui valent de nombreuses jalousies.

 Le doute s’installe

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Le commandant Georges Picquart

Tout se corse en mars 1896, alors que l’opinion publique a pratiquement tout oublié de cette histoire d’espionnage…

– Mars-Octobre 1896 : du « petit bleu » au « faux Henry » :

Le commandant Georges Picquart, qui vient d’accéder à la direction de la « Section de statistique » (le contre-espionnage), met la main sur un pneumatique (un « petit bleu »).

Tout comme le bordereau, il a été récupéré par Madame Bastian dans les poubelles de l’ambassade d’Allemagne et révèle une correspondance entre Schwartzkoppen et un officier français d’origine hongroise, le commandant Charles Walsin-Esterhazy, joueur et passablement débauché.

Picquart découvre que le procès de Dreyfus est fondé sur un dossier secret contenant des pièces trafiquées et sans valeur. Il fait part de ses doutes au général de Boisdeffre, chef de l’état-major, et au général Arthur Gonse, son adjoint, qui lui enjoignent de n’en rien dire. Picart obtempère mais poursuit son enquête en l’absence de contre-ordre. Son efficacité à la tête du service lui vaut même de devenir en avril 1896 le plus jeune lieutenant-colonel de France ! 

Là-dessus, comme la famille Dreyfus commence de jeter le trouble dans l’opinion par des articles dans la presse sur les protestations d’innocence du capitaine, le général Gonse renouvelle la consigne de silence à Piquart le 15 septembre 1896 : « Si vous ne dites rien, personne ne le saura ».

Pour plus de sûreté, la hiérarchie militaire décide d’éloigner Picquart. Le fringant officier est donc réduit au silence par un limogeage en Tunisie.

En octobre 1896, le colonel Henry, adjoint de Picquart à la Section de statistique, est sommé par sa hiérarchie d’écarter les soupçons pesant sur Esterhazy. Il a déjà décrypté le bordereau à l’origine de l’Affaire. Voilà qu’il produit opportunément un bordereau  qui accable Dreyfus : une correspondance adressée par l’attaché militaire Panizzardi à son collègue allemand Schwarzkoppen…  et dont on découvrira plus tard qu’il s’agit d’un faux.

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Jugement d’Esterhazy qui est acquitté

– Novembre 1897 : la chance met Mathieu Dreyfus sur la piste d’Esterhazy :

Entre temps, la famille du capitaine Dreyfus fait appel au journaliste Bernard-Lazare pour chercher des motifs de réviser le procès.

Bernard-Lazare (31 ans), de son vrai nom Lazare Bernard, est un critique littéraire de confession israélite connu pour ses articles acerbes et ses convictions anarchistes.

Il publie en novembre 1896 une brochure : L’erreur judiciaire, la vérité sur l’affaire Dreyfus, sans rencontrer guère d’écho, sauf auprès du vieux sénateur de Strasbourg, Auguste Scheurer-Kestner.

Un an passe. Début novembre 1897, un banquier avertit Mathieu Dreyfus qu’il a reconnu l’écriture de l’un de ses clients dans le fameux bordereau. Et ce client n’est autre que… le commandant Esterhazy.

Georges Picquart, en permission à Paris où il tente de régler une affaire de coeur avec sa maîtresse Pauline Monnier, découvre que son appartement a été perquisitionné. Il comprend que ses supérieurs le soupçonnent d’avoir informé la famille Dreyfus. Craignant pour sa carrière, il demande conseil à un ami, l’avocat Louis Leblois, sous le sceau du secret. Mais Leblois, embarrassé par le poids de ces informations, les communique au sénateur Auguste Scheurer-Kestner sans lui en révéler la source.

Le 14 novembre 1897, le sénateur Scheurer-Kestner publie dans Le Temps une lettre où il annonce des faits nouveaux et assure de l’innocence de Dreyfus, sans toutefois apporter les preuves de ses accusations. Le lendemain, Mathieu Dreyfus ne s’embarrasse pas de précautions et dénonce Esterhazy comme le véritable auteur du bordereau.

 Le patriotisme contre les principes

Dreyfus

Caricature anti-dreyfusarde

Le frère du condamné, Mathieu Dreyfus, le vice-président du Sénat, Scheurer-Kestner, et le député Joseph Reinach obtiennent enfin qu’Esterhazy soit traduit en conseil de guerre.

Le 11 janvier 1898, Esterhazy, qui a lui-même demandé à être jugé, est triomphalement acquitté par un conseil de guerre malgré les graves présomptions qui pèsent sur lui. Au procès, le colonel Henry produit opportunément son bordereau qui accable Dreyfus. 

Contre toute attente, c’est le lieutenant-colonel Georges Picquart qui fait les frais du procès. Toujours soucieux de protéger ses arrières, il s’est abstenu de révéler les résultats de son enquête et notamment l’implication du ministre de la Guerre Auguste Mercier et de l’état-major dans le trucage du procès Dreyfus. Accusé d’avoir fabriqué le « petit bleu », il est incarcéré au Mont-Valérien.

Le président du Conseil Jules Méline déclare un peu vite : « Il n’y a pas d’affaire Dreyfus ! » En fait, l’Affaire commence.

À Paris, chacun prend parti et l’Affaire prend vite un tour politique :

– Il y a d’un côté ceux qui considèrent qu’on ne transige pas avec les principes et que Dreyfus, comme tout citoyen a droit à un procès équitable ; ce sont les « dreyfusards ».

Parmi eux beaucoup de pacifistes de gauche et des chrétiens fervents comme l’écrivain Charles Péguy. Mais aussi le grand quotidien conservateur Le Figaro, qui ouvre ses colonnes dès le 16 mai 1896 à un plaidoyer d’Émile Zola intitulé « Pour les Juifs ». Le même journal publie les communiqués d’Auguste Scherer-Kestner, sénateur alsacien et dreyfusard, ainsi que de Mathieu Dreyfus. Enfin, le 25 novembre 1897, il publie une célèbre diatribe de Zola : « La vérité est en marche et rien ne l’arrêtera plus ».

– De l’autre côté, les « antidreyfusards » considèrent que l’intérêt national prime sur les droits de la personne ; en l’occurence, dans une période de crise internationale où la France n’attend qu’une occasion pour prendre sa revanche sur l’« ennemie héréditaire » (l’Allemagne), il n’est pas question de porter atteinte au moral de l’armée avec un procès en révision de Dreyfus, que celui-ci soit innocent ou pas !

L’origine israélite et bourgeoise de Dreyfus contribue à attiser les passions, l’antisémitisme venant au secours d’un patriotisme dévoyé (mais on convient avec l’historien Vincent Duclert qu’il y aurait eu une Affaire même si Dreyfus n’avait pas été juif…).

Si la capitale se passionne pour l’Affaire, la France profonde lui reste globalement indifférente malgré les efforts de Jean Jaurès, devenu dreyfusard, pour convaincre le monde ouvrier que la justice n’a pas de classe et que l’on doit défendre Dreyfus, tout bourgeois qu’il soit.

Phénomène inédit : dans les capitales européennes comme à Paris, l’opinion éclairée se passionne pour le sort de Dreyfus. C’est la première fois qu’une affaire judiciaire et politique retentit au-delà des frontières nationales. Et, à la différence des Français, notons-le, les étrangers sont massivement dreyfusards.

 

De l’Affaire à Israël

Parmi les nombreuses conséquences de l’Affaire Dreyfus en France et dans le monde, notons celle-ci : un jeune journaliste hongrois d’origine juive, Theodor Herzl, suit l’Affaire dès le premier procès de Dreyfus. Révolté par l’antisémitisme français, il en conclut à la nécessité de créer un État juif pour accueillir ses coreligionnaires et publie un livre pour les en convaincre. Israël est ainsi né de l’injustice faite à Dreyfus.

Un coup de théâtre venant de l’une des plus grandes sommités intellectuelles du pays va dégager l’horizon…

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Bibliographie

De l’abondante bibliographie sur Dreyfus, on peut retenir l’excellent et très beau livre de Jean-Denis Bredin, de l’Académie française, simplement intitulé : L’Affaire (Fayard/Julliard, 1993, 856 pages). Plus près de nous, soulignons l’intérêt des ouvrages consacrés à l’Affaire et à ses protagonistes par les historiens Vincent Duclert et Philippe Oriol. L’Affaire a aussi inspiré les cinéastes, jusqu’à Roman Polanski, en 2019, avec J’Accuse (en fait un film centré sur le lieutenant-colonel Picquart).

EMILE VERHAEREN (1855-1916), FRANCE, GUERRE MONDIALE 1914-1918, GUERRE... ET PAIX..., GUERRES, HISTOIRE DE FRANCE, JEAN DE LA FONTAINE (1621-1695), LETTRE DE POLUS, POEME, POEMES

Guerre…. et paix…

Guerre…. et paix….

 

Une statue (soldat)

Saint-Julien-du-Sault-89-A02

Au carrefour des abattoirs et des casernes,
Il apparaît, foudroyant et vermeil,
Le sabre en bel éclair sous le soleil.

Masque d’airain, casque et panache d’or ;
Et l’horizon, là-bas, où le combat se tord,
Devant ses yeux hallucinés de gloire !

Un élan fou, un bond brutal
Jette en avant son geste et son cheval
Vers la victoire.
Il est volant comme une flamme,
Ici, plus loin, au bout du monde,
Qui le redoute et qui l’acclame.

Il entraîne, pour qu’en son rêve ils se confondent,
Dieu, son peuple, ses soldats ivres ;
Les astres mêmes semblent suivre,
Si bien que ceux
Qui se liguent pour le maudire
Restent béants : et son vertige emplit leurs yeux.

Il est de calcul froid, mais de force soudaine :
Des fers de volonté barricadent le seuil
Infrangible de son orgueil.

Il croit en lui — et qu’importe le reste !
Pleurs, cris, affres et noire et formidable fête,
Avec lesquels l’histoire est faite.

Il est la mort fastueuse et lyrique,
Montrée, ainsi qu’une conquête,
Au bout d’une existence en or et en tempête.
Il ne regrette rien de ce qu’il accomplit,
Sinon que les ans brefs aillent trop vite
Et que la terre immense soit petite.

Il est l’idole et le fléau :
Le vent qui souffle autour de son front clair
Toucha celui des Dieux armés d’éclairs.

Il sent qu’il passe en rouge orage et que sa destinée
Est de tomber en brusque écroulement,
Le jour où son étoile étrange et effrénée,
Cristal rouge, se cassera au firmament.

Au carrefour des abattoirs et des casernes,
Il apparaît, foudroyant et vermeil,
Le sabre en bel éclair dans le soleil.

Emile Verhaeren, Les Villes tentaculaires

 

Ode pour la paix

Jean de La Fontaine

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Le noir démon des combats
Va quitter cette contrée ;
Nous reverrons ici-bas
Régner la déesse Astrée.

La paix, soeur du doux repos,
Et que Jules va conclure,
Fait déjà refleurir Vaux ;
Dont je retire un bon augure.

S’il tient ce qu’il a promis,
Et qu’un heureux mariage
Rende nos rois bons amis,
Je ne plains pas son voyage.

Le plus grand de mes souhaits
Est de voir, avant les roses,
L’Infante avecque la Paix ;
Car ce sont deux belles choses.

O Paix, infante des cieux,
Toi que tout heur accompagne,
Viens vite embellir ces lieux
Avec l’Infante d’Espagne.

Chasse des soldats gloutons
La troupe fière et hagarde,
Qui mange tous mes moutons,
Et bat celui qui les garde.

Délivre ce beau séjour
De leur brutale furie,
Et ne permets qu’à l’Amour
D’entrer dans la bergerie.

Fais qu’avecque le berger
On puisse voir la bergère,
Qui court d’un pied léger,
Qui danse sur la fougère,

Et qui, du berger tremblant
Voyant le peu de courage,
S’endorme ou fasse semblant
De s’endormir à l’ombrage.

O Paix ! source de tout bien,
Viens enrichir cette terre,
Et fais qu’il n’y reste rien
Des images de la guerre.

Accorde à nos longs désirs
De plus douces destinées ;
Ramène-nous les plaisirs,
Absents depuis tant d’années.

Etouffe tous ces travaux,
Et leurs semences mortelles :
Que les plus grands de nos maux
Soient les rigueurs de nos belles ;

Et que nous passions les jours
Etendus sur l’herbe tendre,
Prêts à conter nos amours
A qui voudra les entendre.

Jean de La Fontaine, 1679

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Lettre d’un poilu à sa femme

« La sentence est tombée : je vais être fusillé pour l’exemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus d’obtempérer. »

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Le 30 mai 1917

Léonie chérie,

J’ai confié cette dernière lettre à des mains amies en espérant qu’elle t’arrive un jour afin que tu saches la vérité et parce que je veux aujourd’hui témoigner de l’horreur de cette guerre.

Quand nous sommes arrivés ici, la plaine était magnifique. Aujourd’hui, les rives de l’Aisne ressemblent au pays de la mort. La terre est bouleversée, brûlée. Le paysage n’est plus que champ de ruines. Nous sommes dans les tranchées de première ligne. En plus des balles, des bombes, des barbelés, c’est la guerre des mines avec la perspective de sauter à tout moment. Nous sommes sales, nos frusques sont en lambeaux. Nous pataugeons dans la boue, une boue de glaise, épaisse, collante dont il est impossible de se débarrasser. Les tranchées s’écroulent sous les obus et mettent à jour des corps, des ossements et des crânes, l’odeur est pestilentielle.

Tout manque : l’eau, les latrines, la soupe. Nous sommes mal ravitaillés, la galetouse est bien vide ! Un seul repas de nuit et qui arrive froid à cause de la longueur des boyaux à parcourir. Nous n’avons même plus de sèches pour nous réconforter parfois encore un peu de jus et une rasade de casse-pattes pour nous réchauffer.

Nous partons au combat l’épingle à chapeau au fusil. Il est difficile de se mouvoir, coiffés d’un casque en tôle d’acier lourd et incommode mais qui protège des ricochets et encombrés de tout l’attirail contre les gaz asphyxiants. Nous avons participé à des offensives à outrance qui ont toutes échoué sur des montagnes de cadavres. Ces incessants combats nous ont laissé exténués et désespérés. Les malheureux estropiés que le monde va regarder d’un air dédaigneux à leur retour, auront-ils seulement droit à la petite croix de guerre pour les dédommager d’un bras, d’une jambe en moins ? Cette guerre nous apparaît à tous comme une infâme et inutile boucherie.

Le 16 avril, le général Nivelle a lancé une nouvelle attaque au Chemin des Dames. Ce fut un échec, un désastre ! Partout des morts ! Lorsque j’avançais les sentiments n’existaient plus, la peur, l’amour, plus rien n’avait de sens. Il importait juste d’aller de l’avant, de courir, de tirer et partout les soldats tombaient en hurlant de douleur. Les pentes d’accès boisées, étaient rudes .Perdu dans le brouillard, le fusil à l’épaule j’errais, la sueur dégoulinant dans mon dos. Le champ de bataille me donnait la nausée. Un vrai charnier s’étendait à mes pieds. J’ai descendu la butte en enjambant les corps désarticulés, une haine terrible s’emparant de moi.

Cet assaut a semé le trouble chez tous les poilus et forcé notre désillusion. Depuis, on ne supporte plus les sacrifices inutiles, les mensonges de l’état major. Tous les combattants désespèrent de l’existence, beaucoup ont déserté et personne ne veut plus marcher. Des tracts circulent pour nous inciter à déposer les armes. La semaine dernière, le régiment entier n’a pas voulu sortir une nouvelle fois de la tranchée, nous avons refusé de continuer à attaquer mais pas de défendre.

Alors, nos officiers ont été chargés de nous juger. J’ai été condamné à passer en conseil de guerre exceptionnel, sans aucun recours possible. La sentence est tombée : je vais être fusillé pour l’exemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus d’obtempérer. En nous exécutant, nos supérieurs ont pour objectif d’aider les combattants à retrouver le goût de l’obéissance, je ne crois pas qu’ils y parviendront.

Comprendras-tu Léonie chérie que je ne suis pas coupable mais victime d’une justice expéditive ? Je vais finir dans la fosse commune des morts honteux, oubliés de l’histoire. Je ne mourrai pas au front mais les yeux bandés, à l’aube, agenouillé devant le peloton d’exécution. Je regrette tant ma Léonie la douleur et la honte que ma triste fin va t’infliger.

C’est si difficile de savoir que je ne te reverrai plus et que ma fille grandira sans moi. Concevoir cette enfant avant mon départ au combat était une si douce et si jolie folie mais aujourd’hui, vous laisser seules toutes les deux me brise le cœur. Je vous demande pardon mes anges de vous abandonner.

Promets-moi mon amour de taire à ma petite Jeanne les circonstances exactes de ma disparition. Dis-lui que son père est tombé en héros sur le champ de bataille, parle-lui de la bravoure et la vaillance des soldats et si un jour, la mémoire des poilus fusillés pour l’exemple est réhabilitée, mais je n’y crois guère, alors seulement, et si tu le juges nécessaire, montre-lui cette lettre.

Ne doutez jamais toutes les deux de mon honneur et de mon courage car la France nous a trahi et la France va nous sacrifier.

Promets-moi aussi ma douce Léonie, lorsque le temps aura lissé ta douleur, de ne pas renoncer à être heureuse, de continuer à sourire à la vie, ma mort sera ainsi moins cruelle. Je vous souhaite à toutes les deux, mes petites femmes, tout le bonheur que vous méritez et que je ne pourrai pas vous donner. Je vous embrasse, le cœur au bord des larmes. Vos merveilleux visages, gravés dans ma mémoire, seront mon dernier réconfort avant la fin.

Eugène ton mari qui t’aime tant.


 

FRANCE, HISTOIRE DE FRANCE, LOUIS XVI, MARIE-ANTOINETTE (reine de France ; 1755-1793), PROCES ET EXECUTION DE MARIE-ANTOINETTE (16 octobre 1793), REVOLUTION FRANÇAISE (1789-1799)

Procès et exécution de Marie-Antoinette (16 octobre 1793)

16 octobre 1793

Exécution de Marie-Antoinette

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Marie-Antoinette au Temple (1791-1792)

La reine Marie-Antoinette est guillotinée le 16 octobre 1793, dix mois après son mari Louis XVI et quatre ans après que la famille royale a dû quitter le palais de Versailles pour les Tuileries, sous la pression des Parisiennes.

Le procès du roi et sa condamnation à mort pouvaient s’expliquer par la volonté des républicains d’en finir avec le principe monarchique qu’il incarnait et de briser le lien affectif qui rattachait la masse des Français à la dynastie.

Le procès de la reine n’est quant à lui motivé par aucune nécessité politique mais il est provoqué par une intensification de la Terreur, sous l’effet des menaces d’invasion et des soulèvements intérieurs…

 

Voir le film : Marie-Antoinette, ils ont jugé la Reine (Arte, 106 minutes)

Marie-Antoinette, ils ont jugé la Reine

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Chacun peut visionner sur Arte, jusqu’au 24 décembre 2019, la superbe fiction-documentaire : Marie-Antoinette, ils ont jugé la reine (Alain Brunard, 106 minutes).

Tiré d’un livre de l’historien Emmanuel de Waresquiel (éditions Tallandier), le film raconte les 76 derniers jours de la reine. Il débute le 2 août 1793, lorsque Marie-Antoinette est transférée à la Conciergerie, surnommée « l’antichambre de la mort », sur l’île de la Cité, à Paris.  En voix off, Denis Podalydès (sociétaire de la Comédie-Française) apporte des éléments de contexte. L’équilibre entre la plongée dans les jours qui précèdent le procès, contés heure par heure, et la « grande Histoire » contée par le comédien fonctionne très bien. Le format fiction-documentaire permet de saisir la psychologie des personnages. L’ensemble du casting est de bon ton. Maud Wyler excelle dans le rôle de la reine déchue.

« Tous les personnages, les événements et les documents qui apparaissent dans ce film sont attestés par les archives historiques de la Révolution, » nous assure-t-on. Aucune liberté n’a été prise par rapport à l’Histoire.

Une reine mal-aimée

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Le 1er août 1793, la Convention vote un décret qui met en jugement la reine déchue en même temps qu’il programme la destruction de tous les symboles de la royauté, sur proposition de Bertrand Barère, député et porte-parole du Comité de Salut public (le gouvernement révolutionnaire).

La reine Marie-Antoinette est le quinzième et avant-dernier enfant de l’impératrice Marie-Thérèse de Habsbourg et de son mari, François de Lorraine. Elle a été mariée au Dauphin Louis à 14 ans, en 1770, le roi Louis XV ayant souhaité rapprocher les deux grandes puissances rivales du continent européen, l’Autriche et la France.

Mais le mariage a été d’emblée critiqué par l’opinion publique. Celle-ci, sous la monarchie comme, plus tard, sous la République, a toujours rejeté la perspective d’une alliance avec Vienne, lui préférant l’amitié du roi de Prusse.

Pendant toute la durée de son règne, Marie-Antoinette est surnommée avec dédain l’« Autrichienne ». Elle doit faire face à l’impopularité et aux ragots. Sa réputation est atteinte par des affaires auxquelles elle n’a aucune part comme le vol d’un collier de diamants auquel Alexandre Dumas a consacré un roman célèbre : Le collier de la Reine.

Crime de haute trahison

Après le départ forcé de la famille royale de Versailles pour les Tuileries, le 6 octobre 1789, Marie-Antoinette prend la mesure du bouleversement en cours. Elle va dès lors montrer une énergie inattendue mais l’appliquer bien à tort à une cause perdue, le retour à l’Ancien Régime.

Attachée à ses prérogatives royales, elle use de son influence sur le faible Louis XVI pour entraver la marche vers une monarchie constitutionnelle, au grand dam de La Fayette, qu’elle déteste, et de Mirabeau, l’un des chefs de l’Assemblée constituante, qui, par intérêt financier, s’est en secret rallié au roi. Son entrevue avec la reine, le 3 juillet 1790, se solde par un échec.

Mirabeau étant mort le 2 avril 1791, le roi tombe plus que jamais sous la coupe de son épouse. Celle-ci reprend la suggestion de Mirabeau de fuir vers l’Est et de se placer sous la protection des armées fidèles à la monarchie. Elle reçoit pour cela l’aide de son fidèle ami, un beau Suédois du nom d’Axel de Fersen. Mais la fuite échoue piteusement au relais de poste de Varennes, dans l’Argonne, le 20 juin 1791.

La reine, dès lors, cache à peine son souhait d’une intervention militaire contre la France et en appelle à son frère l’empereur Léopold II puis à son neveu François II, qui règnent à Vienne. « Nous n’avons plus de ressources que dans les puissances étrangères ; il faut à tout prix qu’elles viennent à notre secours. Mais c’est à l’Empereur de se mettre à la tête de tous et à régler tout », écrit-elle à un confident en août 1791.

Il va sans dire que ces tractations plus ou moins secrètes avec l’ennemi, assimilables à un crime de haute trahison, pèseront lourd dans son procès. Elles vont conduire à une déclaration de guerre de la France au « roi de Bohême et de Hongrie » en bonne et due forme le 20 avril 1792.

Son refus de tout compromis avec les députés de l’Assemblée législative vaut à Marie-Antoinette un nouveau surnom, celui de Madame Veto. Survient la journée fatale du 10 août 1792, qui voit la prise des Tuileries et la chute de la monarchie.

Une si longue attente

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Louis XVII au Temple

La famille royale est enfermée dans l’enclos du Temple, une ancienne demeure des Templiers située à l’emplacement de l’actuelle mairie du 3e arrondissement de Paris. Dans cette ultime épreuve, Marie-Antoinette, qui n’a plus depuis longtemps de rapport charnel avec son mari, retrouve pour ce dernier estime et sympathie.

Dans la prison se retrouvent le couple royal, leurs deux enfants, le Dauphin Louis et sa jeune soeur Marie-Thérèse, surnommée « Charlotte » et plus tard « Madame Royale », ainsi que la soeur de Louis XVI, Madame Élisabeth.

Après l’exécution du roi, le 21 janvier 1793, la Révolution s’emballe sous l’effet des menaces tant intérieures (soulèvements monarchistes dans les provinces) qu’extérieures (menaces d’invasion par les armées de la première coalition). Le 10 mars 1793 a été décrétée une levée en masse de 300 000 hommes et la création d’un Tribunal criminel extraordinaire ou Tribunal révolutionnaire pour « juger sans appel et sans recours les conspirateurs et les contre-révolutionnaires ».

Marie-Antoinette a la douleur d’être séparée de son fils, le petit Louis XVII (8 ans). Il est confié à un cordonnier, le citoyen Simon, pour être élevé en domestique et en sans-culotte (il mourra deux ans plus tard dans des conditions sordides).

Le 1er août 1793, la reine est aussi arrachée à sa fille et à sa belle-soeur et transférée à la Conciergerie, sur l’île de la Cité. Dans cette prison sordide aux cellules puantes et obscures, les prévenus attendent d’être déférés devant le Tribunal révolutionnaire. Celui-ci siège tout à côté, dans une salle de l’ancien Parlement où le roi tenait autrefois ses lits de justice.

Le complot des oeillets

La « veuve Capet » va devoir patienter dix longues semaines à la Conciergerie, cependant que la presse sans-culotte et en particulier Le Père Duchesne d’Hébert se déchaînent contre elle.

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Alexandre Gonsse de Rougeville

Son geôlier la montre telle un animal de foire à diverses personnes dont il veut gagner les faveurs. Parmi celles-ci, il y a l’inspecteur des prisons Jean-Baptiste Michonis et Alexandre Gonsse de Rougeville, ancien chevalier de la maison du roi (Alexandre Dumas en fera le héros de son roman : Le Chevalier de Maison Rouge). Le 28 août, dans la cellule de la reine, le chevalier laisse négligemment tomber deux oeillets de sa boutonnière. Après son départ, la reine peut y découvrir un billet avec ces mots : « J’ai des hommes et de l’argent ». Ils lui laissent espérer une évasion prochaine. Prévue dans la nuit du 2 au 3 septembre, la tentative échoue grâce à la vigilance d’un garde. Elle vaut à Marie-Antoinette d’être déplacée dans une autre cellule, sous une surveillance renforcée.

Infâmes accusations

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Antoine Fouquier-Tinville

Les tensions s’aggravent. Le 17 septembre, sur proposition de Philippe-Antoine Merlin de Douai et Jean-Jacques Régis de Cambacérès, les députés de la Convention votent la loi des suspects qui permet l’arrestation de ceux qui « n’ayant rien fait contre la Liberté, n’ont rien fait pour elle ». Autant dire que tout le monde est menacé.

Le 3 octobre, Jacques Billaud-Varenne, membre du Comité de Salut public et redoutable propagandiste de la Terreur, demande à la Convention de juger enfin la « putain couronnée », comme la surnomme Hébert.

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Le 12 octobre, elle est extraite de sa cellule et soumise à un premier interrogatoire devant le président du tribunal Martial Joseph Armand Herman et l’accusateur public Antoine Fouquier-Tinville. Arrive enfin le procès officiel, le 14 octobre 1793. Il sera bouclé en deux jours.

Trois chefs d’accusation principaux visent Marie-Antoinette, qui ne sont pas – loin de là – dénués de fondement :
• Elle aurait dilapidé le Trésor de la Nation,
• Elle aurait entretenu des relations avec les ennemis de la République,
• Elle aurait soutenu les rébellions intérieures.

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Prodigue et légère du temps de sa splendeur, Marie-Antoinette va témoigner de courage et de fermeté devant le tribunal révolutionnaire que préside .

Elle fait face avec dignité à d’infâmes accusations d’inceste sur la personne de son fils, présentées par le substitut du procureur général, le polémiste et jacobin Jacques Hébert. Robespierre lui-même déplore ces accusations nauséeuses qui affectent l’image de la Révolution.

Extrait de l’audience du 15 octobre 1793

Après la déposition d’Hébert, le président Hermann interpelle l’accusée : « Qu’avez-vous à répondre à la déposition du témoin ? » D’une voix tremblante, elle répond : « Je n’ai aucune connaissance des faits dont parle Hébert».
Hébert reprend la parole et accuse la reine et Madame Elisabeth d’avoir traité l’enfant en roi en lui donnant en toutes occasions la préséance. Marie-Antoinette se tourne vers Hébert et demande : « L’avez-vous vu ? »
Hébert : « Je ne l’ai point vu, mais la Municipalité le certifiera », puis il coupe court à l’aparté et, changeant de sujet, il se lance sur une autre affaire.
Un juré dont on n’a pas le nom se lève et demande : « Citoyen-Président, je vous invite à vouloir bien faire observer à l’accusée qu’elle n’a pas répondu sur le fait dont a parlé le citoyen Hébert à l’égard de ce qui s’est passé entre elle et son fils ». Le président répète la question et la reine se lève – « vivement émue » affirme le procès verbal – : « Si je n’ai pas répondu, c’est que la nature se refuse à une pareille inculpation faite à une mère ». Elle se tourne vers la foule : « J’en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici ».

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Deux témoins, les frères Humbert, rapportent qu’un courant passe dans la foule, même les tricoteuses se sentent remuées. L’audience est suspendue quelques minutes et la reine, se penchant vers son avocat Chauveau-Lagarde, lui demande à voix basse : « N’ai-je pas mis trop de dignité dans ma réponse ? »
– Madame, soyez vous-même et vous serez toujours bien ; mais pourquoi cette question ?
– C’est que j’ai entendu une femme du peuple dire à sa voisine : vois-tu comme elle est fière !

Épilogue

Quoi qu’il en soit, la reine n’échappe pas à la condamnation à mort.

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Arrachée à sa cellule de la Conciergerie, elle monte sur une charrette. Le jour de l’exécution, vers onze heures, elle quitte la Conciergerie, les mains entravées dans le dos, et monte sur une charrette, assistée par un abbé et maintenue au bout d’une corde par le bourreau Henri Sanson. La charrette traverse le pont au Change et emprunte lentement la rue de la Mégisserie. Il lui faut une heure pour arriver à la place de la Révolution (actuelle place de la Concorde).

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Croquis de Marie-Antoinette conduite à l’échafaud

La reine est conduite au pied de l’échafaud, au milieu d’une foule vociférante. Elle monte dignement vers la guillotine et la légende veut qu’elle ait marché sur le pied du bourreau et se soit excusée en femme du monde : « Monsieur, je vous demande pardon, je ne l’ai pas fait exprès ». Elle a 38 ans.

Sa belle-sœur, Madame Élisabeth (29 ans), est à son tour guillotinée le 10 mai 1794. Sa fille Marie-Thérèse (« Charlotte ») aura plus de chance. Elle fera l’objet d’un échange contre des prisonniers français et quittera la France pour l’Autriche le 19 décembre 1795, le jour de ses 17 ans. Elle mourra en 1851 dans son pays d’adoption.

Le 21 janvier 1815, les restes de la reine Marie-Antoinette seront transférés avec ceux de Louis XVI dans la basilique Saint-Denis, traditionnelle nécropole des rois de France. Sur l’emplacement du cimetière de la Madeleine où ont été exhumés leurs restes présumés (aujourd’hui, 29 rue Pasquier 9e arrondissement), le roi Louis XVIII fera ériger une chapelle expiatoire. Une façon de se faire pardonner de n’avoir rien fait pour sauver son frère et sa belle-soeur dans son exil à Coblence.

 

https://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=17931016&ID_dossier=99

 

 

FRANCE, HISTOIRE DE FRANCE, HOMME POLITIQUE, HOMME POLITIQUE FRANÇAIS, JACQUES CHIRAC (1932-2019)

Jacques Chirac (1932-2019)

JACQUES CHRIRAC (1932-2019)

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En dates

 1932 : naissance à Paris.

1956 : mariage avec Bernadette Chodron de Courcel. Le couple aura deux enfants, Laurence et Claude.

1957 : élève de l’ENA, puis chargé de mission au cabinet de Georges Pompidou.

1965 : élu conseiller municipal de Sainte-Féréole (Corrèze).

1967 : élu député, puis nommé au gouvernement.

1974 : nommé à Matignon après avoir soutenu Valéry Giscard d’Estaing contre Jacques Chaban-Delmas.

1975 : s’empare du parti gaulliste. 1976 : démissionne de Matignon et fonde le RPR.

1977 : élu maire de Paris. 1978 : lance l’appel de Cochin.

1981 : première candidature présidentielle (18 %, derrière Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand).

1986 : nommé premier ministre de cohabitation par François Mitterrand.

1988 : battu par François Mitterrand au second tour de l’élection présidentielle (45,98 %).

1992 : appelle à voter « oui » au traité européen de Maastricht.

1995 : élection à la présidence de la République (52,64 % face à Lionel Jospin).

1997 : dissolution de l’Assemblée nationale ; cohabitation avec le premier ministre PS Lionel Jospin. 2002 : réélu président de la République (82,21 % face à Jean-Marie Le Pen). Discours du Vél’ d’Hiv sur la responsabilité de la France dans la déportation des juifs. Discours au Sommet de la terre à Johannesburg : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. »

2003 : s’oppose à la guerre américaine en Irak.

2007 : quitte l’Élysée après l’investiture de Nicolas Sarkozy. 2008 : crée la Fondation Chirac.

2011 : ne siège plus au Conseil constitutionnel, dont il est membre de droit en tant qu’ancien président de la République.

 

 Mémoires

Tome I, Chaque pas doit être un but, NiL Éditions, 2009.

Tome II, Le Temps présidentiel, NiL Éditions, 2011.

 Bibliographie

Henri Amouroux, Trois fins de règne [De Gaulle, Mitterrand, Chirac], JC Lattès, 2007.

Bruno Dive, Le Dernier Chirac, Duvernet, 2011.

Jean-Louis Debré, Le Monde selon Chirac, Tallandier, 2015.

FRANCE, HISTOIRE DE FRANCE, HOMME POLITIQUE FRANÇAIS, JACQUES CHIRAC (1932-2019)

Jacques Chirac (1932-2019)

Mort de Jacques Chirac, les dates marquantes

CHRONOLOGIE L’ancien président de la République est décédé le 26 septembre à l’âge de 86 ans. De la Corrèze à l’Élysée, retour sur les instants marquants de sa vie.

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https://www.la-croix.com/France/Politique/Jacques-Chirac-dates-marquantes-2019-09-26-1201050136?htm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_content=20190926&utm_campaign=newsletter__crx_alert&utm_term=1795717&PMID=c36a145ebdfca921639f05a

AIX-EN-PROVENCE (BOUCHES-DU-RHÔNE), FRANCE, HISTOIRE D'AIX-EN-PROVENCE, HISTOIRE DE FRANCE, PROVENCE

Une histoire de la ville d’Aix-en-Provence

Histoire d’Aix-en-Provence

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Blason d’Aix-en-Provence

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Aix-en-Provence (Aix jusqu’en 1932) est la capitale historique de la Provence. Son histoire débute avec la soumission aux Romains des Salyens, fédération gauloise regroupant plusieurs peuples de la Basse-Provence. Leur capitale, située à l’oppidum d’Entremont, est habitée depuis le début du iie siècle av. J.-C. En 124 av. J.-C., le consul romain Gaius Sextius Calvinus démantèle l’oppidum et crée deux ans plus tard la ville d’Aquae Sextiae, au pied d’Entremont. C’est cette ville romaine qui est devenue Aix. Située sur un axe stratégique entre l’Italie et l’Espagne (sur la via Aurélia), Aix permet à la République romaine de sécuriser toute une région alors aux mains des Salyens. Pourtant, des incursions ennemies viennent mettre en péril la sécurité de la Gaule narbonnaise et, en 102 av. J.-C., le consul Caius Marius détruit une armée de Cimbres et de Teutons, non loin d’Aix. Cette bataille, dénommée bataille d’Aix, permet de protéger l’Italie d’une invasion de ces tribus germaines. Dans le même temps, Aix se développe et prend les caractéristiques d’une ville romaine. Elle se dote d’un forum, mais aussi d’un théâtre, de thermes et d’aqueducs.

Le iiie siècle est marqué par le début du déclin démographique d’Aquae Sextiae. À la même époque, Aix est capitale de la Narbonnaise Seconde et domine alors sur un plan politique des villes antiques majeures, comme Fréjus (Forum Julii)Antibes (Antipolis), Riez (Reis Appolinaris), Apt (Apta Julia), Sisteron (Segusterone) ou Gap (Vapincum). C’est à Aix qu’est créé l’archevêché, ce qui lui assure une position prééminente tout au long du Moyen Âge, confirmée par la création d’une université (1409), puis peu après le rattachement à la France, du Parlement de Provence (1501).

Son importance en Provence fléchit quelque peu avec la Révolution française : le Parlement et l’université sont supprimés, et Aix n’est plus que chef-lieu d’un des quatre départements créés avec la province. Sans liaison ferroviaire, la ville gagne le surnom de « belle endormie » au xixe siècle.

 

Antiquité

L’oppidum d’Entremont

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Restes de l’oppidum d’Entremont.

L’oppidum d’Entremont se présente comme typique des bourgades celto-ligures de son temps. Peuplée de Salyens (Salluvii) de l’arrière-pays marseillais, elle a été considérée dès le xixe siècle comme une polis antique, constituée d’une agglomération et de son territoire.

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Carte des tribus gauloises de Provence.

Avant l’apparition de l’agglomération d’Entremont, un sanctuaire semble avoir existé dès le premier Âge du fer. Les éléments de ce sanctuaire ont servi de remploi lors de la construction de la seconde et peut-être de la première agglomération.

Au fil des siècles, une structure d’habitat se met en place et le premier rempart est érigé vers -175. Les 25 années qui vont suivre constituent la première phase d’habitat de l’oppidum. La ville ne s’étend alors que sur un hectare environ et forme un parallélogramme à l’aplomb de deux abrupts : au sud et à l’ouest.

Rapidement, la ville doit s’agrandir et l’on procède à la construction d’un deuxième rempart qui va porter la superficie de la ville à 3,5 hectares environ5. On est alors aux alentours de 150 av. J.-C. Ce rempart n’aura rien de commun avec le précédent : 6 à 7 mètres de hauteur, 3,25 mètres de largeur, renforcé de tours de 8 à 9 mètres tous les 18,5 mètres.

Au moment de la prise de la ville, en 123, le roi (ou basileus) Teutomalios (ou Toutomotulus) fuit chez ses alliés allobroges en compagnie des princes (dunastai) salyens d’Entremont. Plusieurs chercheurs ont toutefois émis des doutes sur cette hypothèse, considérant que le véritable abandon de la ville provient d’une destruction militaire survenue vers 110 à 90 av. J.-C1. Une faible population continue d’habiter le bourg pendant vingt à trente ans, dans l’ombre d’Aquae Sextiae, même si Entremont n’est plus qu’une « ville pérégrine étroitement contrôlée par un praesidium romain.. » Mais progressivement, la ville va être totalement désertée et finira ruinée.

Aquae Sextiae

Fondation de la ville d’Aix

On ne peut affirmer que la ville était dénommée Aquae Sextiaedès sa fondation. En revanche, elle portait ce nom au plus tard en 102 av. J.-C.Tite-Live parle en effet de « duobus deinde proeliis circa Aquas Sextias eosdem hostes delevit »Pline l’Ancien, lui, évoque « Aqua Sextia Salluviorum ».

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Fondation d’Aix par Sextius Calvinus (Joseph Villevieille, 1900).

Les récits concernant la fondation d’Aix sont peu connus. Cassiodore (v. 485-v. 580) en fait une relation plutôt détaillée dans sa Chronique, mais celle-ci présente l’inconvénient d’être très postérieure aux événements. Cassiodore y indique que la création de la ville résulte des opérations militaires du consul Caius Sextius Calvinus menées en 124 av. J.-C. contre l’oppidum d’Entremont, qu’il appelle « la capitale des Salyens ». Deux ans plus tard, le même Sextius Calvinus fonde « dans les Gaules une ville où sont les eaux sextiennes » (122 av. J.-C.). Strabon qualifiera l’établissement sextien de polis (« ville ») qu’il prend soin de distinguer de la phoura (« garnison ») qui s’y trouve.

Aix, première ville romaine fondée sur le territoire de la France actuelle, a pour vocation de surveiller une région à peine pacifiée et sert de base à l’armée romaine en prévision d’une conquête de la Gaule narbonnaise, quatre ans plus tard. Placée sous le contrôle d’un præsidium romain, Aix abrite dès lors les populations refoulées d’Entremont et devient de facto « le chef-lieu du pays salyen entré par la force dans l’orbite romaine. »

Il n’est pas possible de déterminer avec précision l’emplacement de l’établissement romain et de la garnison qui s’y trouvait. La raison en est que l’on ne trouve pas de source archéologique remontant à la fondation de la ville. Les historiens se fient donc au déplacement de la ville antique au cours des siècles et ses diverses localisations : d’abord dans la ville des Tours, puis sur l’emplacement du palais comtal et enfin dans le bourg Saint-Sauveur. La plupart des érudits locaux localisent la ville antique au bourg Saint-Sauveur, alors que des vestiges retrouvés sur place et identifiés à l’époque romaine s’avéraient en fait être ceux de la ville du xiie sièclePaul-Albert Février s’oppose à cette localisation : « Vouloir retrouver dans cette ville de basse époque [le bourg Saint-Sauveur] le plan de la fondation de Sextius est un simple jeu de l’esprit. »

Bataille d’Aquae Sextiae

En 102 av. J.-C., lors de la bataille d’Aquae SextiaeGaius Marius tient tête, au pied de la montagne appelée plus tard Sainte-Victoire, aux hordes d’Ambrons et de Teutons qu’il défait. Ceux-ci, venus de la Baltique, se rendent en Italie. Marius choisit avec précaution une position forte, une colline, pour y attirer les Teutons avec l’aide de sa cavalerie et de son infanterie légère de tirailleurs (composée pour l’essentiel de Ligures alliés).

Les éléments de l’avant-garde teutonne, les Ambrons, mordent au piège et attaquent. Ils sont bientôt suivis par le reste de leur troupe. Or Marius a caché une petite force romaine de 4 000 hommes à proximité. Au moment de la bataille, cette force sort de sa cachette, attaquant les Teutons par derrière et provoque chez eux confusion et déroute. Les décomptes romains prétendent que, dans le massacre qui suit, 90 000 Teutons sont tués et 20 000, parmi lesquels leur roi Teutobod, sont capturés. Les seuls rapports qui ont survécu sont romains et ils exagèrent l’unilatéralité de la bataille mais l’anéantissement complet des Teutons et des Ambrons est bien en faveur de la sévérité de leur défaite.

Développement de la ville

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Vestiges de l’aqueduc de la Traconnade sur la commune de Meyrargues (Bouches-du-Rhône).

Le ier siècle voit le développement de la ville au niveau architectural. Si, jusqu’alors, il fallait voir en Aquae Sextiae une ville très similairese dresse le théâtre antique où les citoyens viennent assister à des spectacles de mime et de pantomime, mais qui joue aussi un rôle religieux lié au culte de l’empereur.

L’approvisionnement en eau est assuré par trois aqueducs : l’aqueduc de Traconnade, au nord, l’aqueduc de Vauvenargues et celui du Tholonet à l’est. L’aqueduc de Traconnade, qui prend sa source à Jouques (Bouches-du-Rhône), était long de 27 kilomètres. Il peut encore être observé sur le territoire de la commune de Meyrargues ;  à Entremont la Gauloise, celle-ci va prendre progressivement des caractéristiques romaines. Ainsi, l’urbanisme s’oriente selon les canons romains. Un axe nord-sud (le cardo) vient couper un autre axe, orienté est-ouest (le decumanus). À leur intersection se dresse le forum de la ville, place publique et lieu de rencontres et de discussions. À l’ouest d’Aquae Sextiae, tout contre le rempart, trois piles et arcades se dressent au milieu d’un champ, dans un décor bucolique. « Le ciment qui lie [ses] pierres, raconte l’historien Garcin en 1835, est plus dur que le poudingue le plus compact. » Cet aqueduc est considéré par d’aucuns comme une réelle prouesse technique du fait qu’il parcourt plusieurs kilomètres sous le plateau qui sépare la vallée de l’Arc et celle de la Durance. Au temps d’Aquae Sextiae, ces aqueducs, que l’on estime dater du iie siècle, viennent alimenter les thermes de la ville, mais sert aussi à la consommation quotidienne des Aquenses.

Les premiers thermes aixois remontent à la seconde moitié du ier siècle. Ils se situent approximativement à l’emplacement actuel des thermes de la ville, près du cours Sextius.

Mutations urbaines (iiie et ive siècles)

Le iiie siècle est marqué par le début du déclin démographique d’Aquae Sextiae. Dans un premier temps, des domus résidentielles sont abandonnées de leurs habitants, mais peu à peu ce phénomène s’étend à de nombreuses maisons du centre de la ville. Livrées à l’abandon, ces maisons tombent en ruines et leurs pierres servent de carrières de matériaux. Les habitations délaissées le plus tardivement semblent être celles du quartier nord, dont certaines sont même embellies durant cette période où tant d’autres subissent un abandon définitif. Le phénomène concerne aussi les services municipaux qui semblent beaucoup moins efficient. L’entretien du réseau des collecteurs publics, notamment, se relâche, ce qui conduit au colmatage de nombreux conduits d’égouts. Au milieu du ive siècle, la plupart de ces conduits sont devenus inopérants.

Il ne faut pas nécessairement voir dans l’abandon de zones d’habitats entières le déclin de la ville, mais plutôt une évolution dans le mode de vie des Aquenses. À la même époque, Aix est capitale de la Narbonnaise Seconde, statut incompatible avec une ville à l’abandon. Aix domine alors sur un plan politique des villes antiques majeures, comme Fréjus(Forum Julii), Antibes (Antipolis)Riez (Reis Appolinaris)Apt (Apta Julia)Sisteron (Segusterone) ou Gap (Vapincum).

L’Aix catholique

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Sarcophage chrétien d’Aquae Sextiae, à la cathédrale Saint-Sauveur, attribué à saint Mitre.

L’empereur Théodose, de confession chrétienne, élève le christianisme au rang de seule religion officielle et obligatoire par un édit en date du 28 février 380. Il s’agit de l’édit de Thessalonique. Pour permettre l’accord entre la religion triomphante et les institutions romaines, l’Église adopte une hiérarchie calquée sur l’administration telle qu’elle est pratiquée à Rome. C’est ainsi qu’à Aix l’évêque reçoit le titre de « métropolitain » de la Narbonnaise seconde. Au Moyen Âge, ce titre deviendra « archevêque ».

Les premiers temps de cette nouvelle église sont difficiles toutefois, car Aix doit faire face à la concurrence de diocèse plus anciens, comme celui de Marseille ou d’Arles. Le plus ancien évêque connu d’Aix est Lazare. Il accède à la dignité de l’église aixoise en 408. Pourtant, certains estiment que Lazare ne fut pas le premier évêque aixois, mais qu’il eut au moins un prédécesseur, dont le nom est inconnu à ce jour.

Constantin III. Au revers son programme politique : la victoire et Rome, assise tenant le globe du monde.

En 407, sur l’île de Bretagne est élu, contre toute voie légale, un nouvel empereur désigné par l’armée stationnée dans la province. Cet usurpateur, sous le nom de Constantin III, est le troisième empereur usurpateur, après Marcus et Gratien. Après un passage par Trèves puis Lyon durant l’été 407, Constantin marche sur Arles à la fin de cette même année, ou au début de 408. Il y entre et s’y installe comme empereur, faisant de la cité la nouvelle capitale des Gaules au détriment de Trêves. Une de ses premières actions d’empereur régnant est de nommer deux hommes parmi ses fidèles, deux moines, à la tête de l’Église d’Arles et de celle d’Aix, afin de contrôler les organes locaux du pouvoir. Héros devient évêque d’Arles. Sur le diocèse d’Aix va dominer un évêque connu sous le nom de Lazare d’Aix. Si la nomination d’Héros se fait sans opposition majeure, il n’en est pas de même pour Lazare, dont la nomination se déroule dans le sang, dans la cathédrale d’Aix, aujourd’hui disparue. À Rome, la situation n’est pas tolérée et Flavius Honorius, l’empereur légal, envoie le général Flavius Constantius à l’assaut d’Arles qui tombe. L’usurpateur est exécuté en novembre 411. Ses deux évêques sont destitués. Lazare est expulsé de son diocèse par la population aixoise. Si un évêque prend la place d’Héros à Arles, l’Église d’Aix, elle, restera sans évêque plusieurs décennies.

Si la destitution d’Héros ne fait pas de doute, celle de Lazare fait davantage débat. Selon certains, deux ans après, en 413, Lazare est encore à la tête de l’épiscopat aixois et fait construire un baptistère dans son groupe épiscopal, à côté de l’ecclesia major. Historiens et archéologues estiment pour la plupart que le site originel de ce groupe épiscopal se situe à Notre-Dame de la Seds. Un siècle plus tard environ, alors que le forum antique est détruit, ainsi que d’autres bâtiments publics sans doute, un groupe épiscopal, qui deviendra la cathédrale d’Aix, est construit.

Moyen Âge

Au ive siècle, Aix devient la capitale de la Narbonensis Secunda. Elle est ensuite occupée par les Wisigoths en 477. Au siècle suivant, elle est envahie tour à tour par les Francs et les Lombards, puis en 731 par les Sarrasins.

Le Haut Moyen Âge

Introduction du catholicisme

Le ve siècle marque le développement de la cathédrale Saint-Sauveur qui, si elle n’a longtemps été qu’un lieu de culte secondaire à Aix, n’en demeure pas moins un monument de haute Antiquité, sans doute contemporain des premiers chrétiens. C’est l’époque où vit Mitre d’Aix, auquel les Provençaux rendront ultérieurement un culte, un homme qui, à l’âge de vingt-quatre ans, quitte ses parents en Grèce pour la Provence dans l’espoir d’y vivre une vie de charité et de dénuement. Accusé de sorcellerie et jeté dans le cachot d’une tour romaine, il est décapité dans la cour du prétoire d’Aix en 466. Selon la légende, il ramasse alors sa tête, la serre contre sa poitrine et la porte jusqu’à l’autel de l’église de Notre-Dame de la Seds. Enfin, il expire. Sa statue est visible aujourd’hui autour du portail de la cathédrale Saint-Sauveur.

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Vers l’an 500, le baptistère de Saint-Sauveur est construit et l’édifice se développe au fil des siècles tout autour de ce monument à l’aspect quasi inchangé depuis le ve siècle. On ne connaît pas le nom du constructeur de ce baptistère. On évoque toutefois le nom de Basilius, évêque d’Aix comme auteur probable, dans la mesure où l’on retrouve son inscription funéraire tout à côté

Le temps des invasions

La Provence subit plusieurs vagues d’invasions étrangères dès l’Antiquité tardive : les Wisigoths en 476, les Ostrogoths en 508 et les Francs en 536. Celles-ci se poursuivent au Haut Moyen Âge. Ainsi, les Lombards descendent de Germanie jusqu’en Italie et passe par la Provence qu’ils pillent. Sous l’empire carolingien, la région aura à subir les invasions répétées des Sarrasins du viiie au xe siècles. Les documents archéologiques manquent pour indiquer la part de destruction qu’Aix a subi à la suite de ces attaques répétées. Pour Pierre-Joseph de Haitze, en revanche, la destruction est totale, ou presque : « Cette dévastation fut si grande qu’après leur retraite, on ne trouva d’entier en cette ville que les tours du palais, encore beaucoup endommagées, et quelques autres ouvrages des Romains enterrés. » Le doute peut entourer cette affirmation. Les bâtiments qui, pour de Haitze, ont résisté aux attaques, sont les bâtiments romains encore debout à son époque. Rien ne vient étayer une telle affirmation, même s’il est à supposer que la ville d’Aix subit probablement les conséquences des passages de ces troupes hostiles, tant militairement qu’économiquement.

Alors que les remparts de la ville sont fortifiés pour faire face aux attaques, la population d’Aix ne peut plus compter sur l’approvisionnement de la part des aqueducs qui ceinturent la région. Ceux-ci sont soient délabrés, soit subissent les attaques d’ennemis destinées à enclaver la cité et à l’assoiffer. Par chance, Aix possède des nappes phréatiques immenses, tant d’eaux froides que d’eaux chaudes, et doit procéder au creusement de puits qui assureront le rôle que jouaient jadis les aqueducs. C’est ainsi que fleurissent aux quatre coins de la ville des puits publics et privés.

Politiquement, Aix souffre considérablement de ces attaques ennemies. Après l’invasion franque de 536, elle est destituée de son statut de capitale de la Narbonnaise Seconde au profit d’Arles, mais le retrouvera sous les Carolingiens, à une époque où sa population est pourtant faible au regard de son passé glorieux.

Aix au temps des Carolingiens

À la fin du viiie siècle, il n’existe plus que trois lieux de peuplement à Aix qui n’a plus rien à voir avec la riche Aquae Sextiae : on habite encore autour du site de Notre-Dame de la Seds, autour de la cathédrale Saint-Sauveur et un peu plus au sud de la cathédrale, dans le secteur de l’actuelle place de Verdun.  Pour le reste, tout est désertifié. Ces trois zones se développent progressivement, gagnent des habitants et se fortifient et constituent dès lors trois bourgs distincts : la ville des Tours, le bourg Saint-Sauveur et la ville comtale, dont chacun se dote de remparts. Les siècles vont avoir raison de la ville des Tours qui va être abandonnée aux alentours du xive siècle, mais les deux autres bourgs vont prospérer.

Le Bas Moyen Âge

La ville doit attendre l’année 1189 pour retrouver le lustre qui était le sien dans les premiers siècles qui suivent sa fondation. Cette année, les comtes de Provence décident de faire d’Aix leur nouveau lieu de résidence, au détriment d’Arles et Avignon qu’ils habitaient jusqu’alors. Cet acte donne de facto à Aix le titre de « capitale de la Provence », titre qu’elle conservera jusqu’à la Révolution.

Aix et le « bon roi René »

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Statue du roi René, cours Mirabeau.

Partage de la Provence au xiie siècle entre comté et marquisat de Provence et comté de Forcalquier

Aix ne retrouve sa splendeur qu’à partir du xiie siècle, où les comtes de Provence (maisons d’Anjou et d’Aragon) y tiennent une cour raffinée et lettrée,

En 1357, l’enceinte de la ville est revue et améliorée. La partie des faubourgs située contre les murailles est incendiée, afin de dégager un glacis

À la mort de Jeanne Ire de Naples (la reine Jeanne), Aix est à la tête de la ligue des communautés et villes qui s’opposent à la dynastie angevine au sein de l’Union d’Aix, mais finit par se rallier devant les promesses de Marie de Blois. Louis II d’Anjou fait son entrée dans la ville le 21 octobre 1387.

Aix connait une autre période faste au xve siècle sous le bon roi René, duc d’Anjou, comte de Provence, roi titulaire de Sicile. Le roi René, esprit éclairé, transforme la ville en un célèbre centre culturel et universitaire (1409). Il organise des fêtes populaires comme la procession de la Tarasque, à Tarascon ou la Fête-Dieu à Aix qui durait plusieurs jours et rassemblait des centaines de troubadours. Il est également à l’origine de l’importation du raisin muscat. Il épouse Isabelle de Lorraine, puis Jeanne de Laval et meurt à Aix en 1480, à l’âge de 72 ans.

Dans ses Chroniques, le célèbre chroniqueur Jean de Joinville parle d’Aix-en-Provence à propos d’une visite de Saint-Louis : « Le roi s’en vint par la comté de Provence jusqu’à une cité qu’on appelle Aix, en Provence, là où l’on disoit que le corps de Magdeleine gisoit ; et nous allâmes dans une voûte de rocher moult haut, là où l’on disoit que la Magdeleine avoit été en hermitage dix-sept ans. »

Époque moderne

Aix la Française

À partir de 1486 et le rattachement de la Provence à la France, le gouverneur y réside.

En 1501, Louis XII y établit le Parlement de Provence qui perdura jusqu’à la Révolution. Le plus souvent, les États s’y réunissaient pour voter l’impôt. Ce Parlement était si peu populaire qu’un dicton est apparu : « Parlementmistral et Durance sont les trois fléaux de la Provence ».

En 1545, c’est le président du parlement d’Aix, Oppède, soutenu par le cardinal de Tournon, qui organise le massacre des vaudois du Luberon.

Les guerres de religion

Charles IX passe dans la ville lors de son tour de France royal (15641566), accompagné de la Cour et des Grands du royaume : son frère le duc d’AnjouHenri de Navarre, les cardinaux de Bourbon et de Lorraine. La ville est alors en révolte contre le gouverneur de Provence, le comte de Tende, trop tolérant avec les protestants, celui-ci en effet était le mari de Françoise de Foix, seigneur de Marignane, elle-même huguenote. Il est accueilli par la cour des Comptes ; le roi fait abattre le pin d’Eguilles, où les catholiques avaient pendu de nombreux protestants les années précédentes.

En octobre 1590, le duc de Savoie se fait nommer comte de Provence par la Ligue et prend la ville

Le xviie siècle aixois

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Pluie de sang en Provence en juillet 1608

Début juillet 1608, les faubourgs d’Aix-en-Provence furent recouverts d’une pluie de sang. Quelques moines désireux d’exploiter la crédulité humaine n’hésitèrent pas à voir dans cet évènement des influences sataniques. Nicolas-Claude Fabri de Peiresc fit des relevés de cette pluie en recueillant quelques gouttes sur la muraille du cimetière de la cathédrale. Il découvrit que c’était les excréments des papillons qui avaient été observés récemment. Le centre ville n’ayant pas été envahi, il était resté épargné. Cette explication scientifique ne calma pas la terreur populaire.

 

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Portrait de Louis XIV en 1661, un an après son passage à Aix.
(Charles Le Brun.)

Au retour d’une expédition contre les Huguenots en 1622, Louis XIII s’arrête à Aix qui l’accueille avec enthousiasme

En 1630, alors que la ville est en proie à un épisode de peste, le cardinal Richelieu décide de priver les États de Provence de la collecte et de la répartition des impôts, transférés au pouvoir royal. Une insurrection, dénommée la révolte des Cascaveous, fait plier le cardinal.

Louis XIV séjourne plusieurs fois à Aix : il joue notamment au Jeu de Paume, transformé au xviii en un théâtre à l’italienne du même nom ; c’est à Aix que le Roi Soleil signe la paix avec le Prince de Condé. En 1660, lorsqu’il dort dans l’hôtel particulier de Châteaurenard, il est ébloui par une peinture en trompe-l’œil de Jean Daret (peintre flamand) et le fait nommer peintre du Roi à la Cour de Versailles. Aix éprouve une admiration sans borne pour le souverain. Outre le luxe des fêtes organisées pour sa venue, la population s’inquiète pour sa santé qui se dégrade en 1685. Mais l’annonce de son rétablissement provoque des acclamations dans la ville, qui organise un mois entier des réjouissances en l’honneur du monarque.

Dernier agrandissement de la ville

La nomination de Michel Mazarin au poste d’archevêque d’Aix va permettre une forte extension de la ville vers le sud. Sur autorisation du roi de France, il fait abattre le rempart sud et fait enclore un nouveau quartier, représentant près d’un tiers de la ville, dans un nouveau rempart plus au sud. Ce quartier, dénommé plus tard quartier Mazarin, est conçu grâce aux conseils de l’architecte Jean Lombard. Les bourgeois dont les demeures sont situées tout contre l’ancien rempart demandent que la zone se trouvant devant leurs bâtiments reste vierge de construction et devienne une promenade pour badauds et carrosses. Cette requête est acceptée et le cours ainsi créé va devenir la porte d’entrée de la nouvelle ville. Ce n’est qu’en 1876 toutefois qu’on lui donnera le nom de « cours Mirabeau ».

Le nouveau quartier Mazarin coûte cher à réaliser : plus de 55 000 livres. Somme que se partagent la municipalité d’Aix, sous la contrainte du Parlement, des marchands de biens, des acquéreurs d’emplacement, les communautés de Provence et le duc de VendômeLouis de Mercœur. L’archevêque bâtisseur, personnalité fort controversée au demeurant, laisse son nom à plusieurs rues de ce nouveau quartier : la rue Cardinale, la rue Saint-Michel, aujourd’hui rue Goyrand, la rue Mazarine et la rue Saint-Sauveur (aujourd’hui rue du Quatre-Septembre).

Aix au temps de la Révolution française

La Constituante

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Pendaison de Pascalis, La Roquette et Guiramand sur le cours Mirabeau le 14 décembre 1790 ; eau-forte contemporaine.

Les convictions politiques de Jean Joseph Pierre Pascalis, l’un des avocats les plus réputés du barreau d’Aix, fervent défenseur de la constitution provençale, de l’égalité proportionnelle et du maintien des libertés publiques lui valent l’opposition de nombreux adversaires qui le jugent antirévolutionnaire. Le plus acharné d’entre eux est l’abbé Jean-Joseph Rive, bibliothécaire aixois et fondateur en novembre 1790 du « club des Antipolitiques », installé rue des Bernardines, à Aix. Celui-ci voit en Pascalis le pire de ses ennemis. Dans un pamphlet, il le traite de « scélérat » et de « mortel exécrable » et appelle au meurtre de l’avocat.

L’Assemblée départementale des Bouches-du-Rhône s’installe à Aix le 20 juillet 1790. Cette création a pour conséquence le démembrement de l’ancienne administration provençale. L’article 10 du décret du 2-10 septembre 1790 provoque la suppression du Parlement de Provence. Sous le coup d’une vive colère devant l’état de ruines des anciennes institutions de la province, Pascalis décide dans ces conditions de se retirer des affaires politiques et du barreau. Le 27 septembre, il entre en robe au palais du Parlement d’Aix en compagnie de plusieurs avocats. Annoncé par l’huissier, il prononce un discours qui aura des conséquences majeures. Au cours de son allocution, il n’a pas de mots assez durs pour fustiger les partis révolutionnaires.

La teneur de ce discours se répand dans toute la ville en quelques heures et, tandis qu’il éveille les sentiments monarchistes d’une frange silencieuse de la population, il provoque un déchaînement de colère chez les partisans de la Révolution et de la crainte chez les administrateurs d’Aix.

Aix devient en 1790, chef-lieu du district d’Aix et du département des Bouches-du-Rhône.

La conspiration du Sud-Est

La création d’une société monarchique à Aix va mettre le feu aux poudres. Le 11 décembre, un écuyer à l’Académie royale d’équitation, le chevalier de Guiramand, accompagné de quatre hommes, demande l’autorisation de la création de sa société, la « société des amis de l’ordre et de la paix » à l’hôtel de ville. Celle-ci tient ses réunions au cercle Guion, sur le cours Mirabeau. Une rumeur se répand, selon laquelle un projet de contre-révolution se mettrait en place dans Aix. Aussitôt, on s’agite dans les clubs patriotiques. Alors que Pascalis se retire au château de la Mignarde (quartier des Pinchinats), un groupe de forcenés l’arrache et le jette en prison à Aix. Le lieu où il est enfermé, en compagnie d’un royaliste, M. de Guiramand, est pris d’assaut par une foule agitée et manipulée, qui les pend à un réverbère. La tête de Pascalis est ensuite tranchée et exhibée au bout d’une pique pendant trois heures sur la route menant à Marseille.

La monarchie constitutionnelle (1791-1792)

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Honoré Gabriel Riqueti de Mirabeau.

Le 22 août 1792, la salle du Conseil, à l’hôtel de ville d’Aix, est saccagée par « une horde de brigands étrangers à la ville d’Aix et même à celle de Marseille d’où ils étaient venus. » Quantité de tableaux inestimables sont arrachés de leur cadre et brûlés sur la place de l’Hôtel-de-Ville

Le 24 floréal an III, les royalistes des compagnies du soleil massacrent trente jacobins dans la prison de la ville.

Époque contemporaine

Le xixe siècle

Aix est connue pour avoir acquis au xixe siècle le surnom de « belle endormie », faisant allusion à la léthargie, voire à l’immobilisme, de ses administrateurs urbains. Cette image est illustrée par le commentaire de Taine en 1866 pour qui Aix est « tombée ou laissée de côté par la civilisation qui se déplace ». Pour l’historien Philippe Vaudour, l’appellation mérite toutefois d’être nuancée. Aix a connu dès les années 1850 une politique urbaine dynamique, concrétisée par la construction de nouvelles voies ou le projet de création de nouveaux quartiers.

Les principales entreprises de la ville sont alors des échoppes de chocolatiers, de fabricants de chapeaux, de savon, d’huile et de nougat. C’est un artisanat relativement peu développé, qui devra attendre les années 1840 pour connaître un essor.

Aménagements urbains

Rues d’Aix

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Vue de la principale entrée de la ville d’Aix, Meunier, 1792.

La ville se dote à partir de 1811 de ses premières dénominations officielles de rues, qui succèdent aux appellations révolutionnaires d’isles, facilitant par là le premier recensement. Pour cette première re-dénomination des rues aixoises, trois personnalités d’Aix sont honorées, avec la fondation de la rue Peiresc, la rue Monclar et la rue Tournefort. Ce mode de nomination se poursuivra lentement jusqu’à 1870 environ, date à laquelle il s’accélère, de nombreuses rues et avenues étant alors rebaptisées. Le cours Mirabeau reçoit son nouveau nom en 1876. Jusqu’alors, il était connu sous la simple appellation de « Cours».

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Fontaine de la Rotonde.

Aix se dote en 1860 d’une fontaine monumentale qui vient trôner sur la place de la Rotonde, véritable porte d’entrée de la ville et confluent des routes d’Avignon et de Marseille. Conçue par l’ingénieur des Ponts et Chaussées Théophile de Tournadre, elle est aujourd’hui l’un des monuments les plus connus d’Aix-en-Provence. Son bassin a un diamètre de 32 mètres et la fontaine s’élève à 12 mètres de hauteur. Trois statues de marbre, réalisées chacune par un sculpteur différent, ornent son sommet. Chacune a une signification particulière et regarde vers une voie. La sculpture qui regarde vers le cours Mirabeau a été réalisée par l’Aixois Joseph Marius Ramus (18051888). Elle symbolise la justice. La statue qui regarde la route de Marseille (avenue des Belges), œuvre de Louis-Félix Chabaud (1824-1902), sculpteur de Venelles, symbolise le commerce et l’agriculture. Enfin, la troisième, orientée vers la route d’Avignon, a été sculptée par Hippolyte Ferrat (18301882) et symbolise les beaux-arts. Le piédestal qui surmonte la vasque a été réalisée par François Truphème (18201888).

Démolition du rempart (1848-1874)

Alors que la municipalité aixoise envisage de supprimer les parapets de la partie supérieure du rempart en 1819, la démolition pure et simple de l’ouvrage fait progressivement son chemin. La mairie entreprend des travaux sans l’accord de la préfecture. Dans les 50 années qui suivent la Révolution, le rempart, d’une hauteur de 6 mètres en moyenne et d’une épaisseur de 3 mètres, n’est pas entretenu ni restauré. Progressivement, il se détériore au point de présenter une menace pour le public. Finalement, une délibération municipale du 28 décembre 1848 (municipalité Aude) met à adjudication la démolition des portes Bellegarde, d’Italie, de Villeverte et d’Orbitelle et le rabaissement du rempart longeant le cours d’Orbitelle (sud de la ville) Trois maçons de la ville sont chargés des travaux : Arnaud Claude, Antoine Bey et Michel Léouffré.

Six autres portes sont encore à démolir et ce sont les municipalités suivantes qui s’en chargent. Jassuda Bédarride (18481849) puis Émile Rigaud (18491863) organisent la démolition de la plus grande partie du rempart ainsi que de plusieurs portes. Les deux dernières portes, la porte Notre-Dame (nord de la ville) et celle de la Plateforme (est) sont réalisées en 1874.

Aix et le chemin de fer

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La chemin de fer à Aix.

Le chemin de fer est arrivé tardivement dans la ville. Au début des années 1840, la compagnie du PLM crée la ligne de Paris-Lyon à Marseille-Saint-Charles et le tracé passe loin de la ville. De même, le 19 juin 1857, un décret impérial décide de la création d’une ligne de Gap à Avignon, sans passer non plus par Aix De fait, la ville souffre au niveau économique de ces décisions politiques qui l’isolent en Basse-Provence. Les industries locales souffrent aussi de cette situation car beaucoup dépendent du commerce des bœufs et des moutons avec les Alpes, entre autres.

En 1870 est créé un tronçon reliant Aix à Meyrargues et trois stations de voyageurs et de marchandises, à La CaladeVenelles et Meyrargues. En 1877 est ouverte une ligne reliant Aix à Marseille, via Gardanne. Ces nouveaux tronçons permettent à Aix de conserver une bonne partie de ses échanges avec les régions de la Durance, mais constitue un handicap dans son commerce avec la vallée de l’Arc qui décline progressivement, ce dont Marseille profite

La ville des peintres

Aix-en-Provence est bien sûr la ville qui a vu naître et mourir Paul Cézanne (1839-1906). C’est au collège Bourbon d’Aix que naquit la profonde amitié entre Cézanne et Émile Zola.

Une ville de soldats

De nombreuses unités ont stationné à Aix, cours Sainte-Anne, durant le xixe siècle, comme le 112e régiment d’infanterie qui y a été établi en 1874. Plus tard, d’autres unités y stationnent, comme les 55e et le 61e régiments d’infanterie en 1906.

Le xxe siècle

Le grand tremblement de terre de 1909

Le 11 juin 1909, plusieurs villages au nord d’Aix sont frappés par un séisme dont la magnitude est évaluée à 6,2 sur l’échelle ouverte de Richter : il provoque la mort de 46 personnes et de nombreux dégâts. La ville d’Aix échappe à de lourds dégâts. La toiture de la vermicellerie Augier s’effondre et quelques murs se lézardent. En revanche, les quartiers au nord de la ville sont plus sérieusement touchés, Puyricard en tête, où les dégâts sont considérables.

Entre-deux-guerres

La ville fut reliée à Marseille par le tramway de la Compagnie des tramways électriques des Bouches-du-Rhône (absorbée en 1921 par la Régie départementale des chemins de fer des Bouches-du-Rhône), qui circulait de 1903 à 1948

La ville d’Aix, qui portait ce nom depuis plus d’un millénaire, après celui d’Aquae Sextiae, prend en 1932 le nom officiel d’Aix-en-Provence.

Les années 1970

Les années 1970, sous la municipalité de Félix Ciccolini, marquent un développement sous plusieurs aspects qui modifie le visage économique d’Aix-en-Provence. De nombreuses entreprises et industries, génératrices d’emploi, s’installent dans les Bouches-du-Rhône : le complexe pétrochimique de l’étang de Berre, le centre d’études nucléaires de Cadarache, notamment. Aix profite de ces créations d’emploi et voit sa population augmenter.

Dans le même temps, l’essor touristique voit de plus en plus de visiteurs passer par la ville, ce qui provoque de facto le développement d’activités liées à ce secteur et, par effet de retombée, permet à la culture aixoise de prospérer ; le festival d’art lyrique en est une illustration.

Aix au xxie siècle

Aix est aujourd’hui une ville qui mêle passé historique et avenir technologique notamment avec le projet ITER à Cadarache (communauté du Pays d’Aix), la gare TGV, les technopoles de l’Arbois et de Rousset…

Aix compte de nombreuses universités et Grandes écoles (LettresDroit, Économie, Sciences PoArts et Métiers, Beaux Arts…)

Aix a fêté le centenaire de la mort de Paul Cézanne avec notamment l’exposition internationale au musée Granet : « Cézanne en Provence » du 9 juin au 17 septembre 2006 qui a rassemblé près de 120 œuvres du maître sur le thème de sa « chère Provence ».

L’atelier des Lauves (atelier que Cézanne a fait construire quelques années avant sa mort), les Carrières de Bibémus où il allait « peindre sur le motif » et le Jas de Bouffan (la maison familiale) se visitent.

L’écrivain Émile Zola s’est inspiré d’Aix pour décrire la célèbre ville de Plassans dans les Rougon-Macquart.

 

Activités d’urbanisation de la ville

Opération Sextius-Mirabeau

La ville d’Aix-en-Provence s’est dotée d’une opération d’urbanisme exemplaire déclarée d’utilité publique par l’État en 1992 : l’opération Sextius-Mirabeau.

Elle s’étend sur 20 hectares.

Son objectif est de relier la ville ancienne aux quartiers neufs, tout en apportant des solutions pour de plus importants équipements publics et espaces de vie, mais aussi pour une circulation plus fluide et une animation toujours plus importante des quartiers de la Cité.

Aix-en-Provence se dote ainsi de nouveaux immeubles de logements, d’espaces de bureaux, de commerces avec « Les Allées Provençales » et de lieux culturels tels que le « Pavillon Noir » (Centre National Chorégraphique), le « Grand Théâtre de Provence, GTP » et le conservatoire Darius Milhaud.

Cependant il est regrettable que l’ensemble soit trop minéral, les architectes n’ayant pas non plus travaillaient dans des matériaux qui permettent la construction durable et HQE. Cela manque de vie la nuit contrairement au reste de la ville.}

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Bibliographie

Les Rues d’Aix, Ambroise Roux-Alphéran, 18461848.

Évocation du vieil Aix-en-ProvenceAndré Bouyala d’Arnaud, éd. de Minuit1964.

Institutions et vie municipale à Aix-en-Provence sous la Révolution, Christiane Derobert-Ratel, éd. Édisud, 1981,

Vivre au pays d’Aix aux temps de la reine Jeanne et du roi René, Jean Fabre et Léon Martin, éd. Aubanel, coll. « Archives du sud », ).

Le Guide d’Aix-en-Provence et du Pays d’Aix, Nerte Fustier-Dautier, Noël Coulet, Yves Dautier, Raymond Jean, éd. la Manufacture, 1988.

Le notaire, la famille et la ville, « Aix-en-Provence à la fin du xvie siècle », Claire Dolan, Presses universitaires du Mirail, Toulouse, 1998,

Les folies d’Aix ou la fin d’un mondeMichel Vovelle, éd. Le Temps des cerises, 2003,

Architecture et urbanisme à Aix-en-Provence aux XVIIe et XVIIIe siècles, du cours à carrosses au cours Mirabeau, Jean Boyer, éd. Ville d’Aix-en-Provence, 2004,

Carte archéologique de la Gaule : Aix-en-Provence, pays d’Aix, val de Durance, 13/4, Fl. Mocci, N. Nin (dir.), Paris, 2006, Académie des inscriptions et belles-lettres, ministère de l’Éducation nationale, ministère de la Recherche, ministère de la Culture et de la Communication, maison des Sciences de l’homme, centre Camille-Jullian, ville d’Aix-en-Provence, communauté du pays d’Aix

Aix-en-Provence, promenades du peintre, Aleš Jiránek, Jacky Chabert, éd. Cerises & Coquelicots, 2007,

Deux siècles d’Aix-en-Provence. 1808-2008, Académie d’Aix éditions, Aix-en-Provence, 2008.

Histoire d’une ville. Aix-en-Provence, Scéren, CRDP de l’académie d’Aix-Marseille, Marseille, 2008,

Aix-en-Provence 1850-1950 Les faux-semblants de l’immobilisme, Philippe Vaudour, Publications de l’Université de Provence, coll. « le temps de l’histoire », Aix-en-Provence, 2010, 284 p., ).

Aix en archéologie, Núria Nin, éd. Snoeck, 2014, 525.p.

Aix antique. Une cité en Gaule du Sud, Núria Nin, conservateur en chef du patrimoine, responsable de la Direction archéologique de la Ville d’Aix-en-Provence, dans Archéologia n°529, février 2015, pp.20-39.

Rémy Aubert et Antoine Torres, avec la collaboration de Brigitte Aubert, Pascal Bonneau, Jean Piere Chesta, Catherine Fouré, Eulalie Scotto di Liguori, Reflets du temps jadis, Aix-en-Provence, Éditions Reflets du temps jadis, 10 juillet 1980, 63 p.

Premier volume d’une série sur les villes d’art; son but est de découvrir, ou de mieux connaître, les charmes d’une ville par le dessin (Ouvrage tiré à 2500 exemplaires)

Bruno Durand, « Le rôle des consuls d’Aix dans l’administration du pays », dans Provence historique, 1956, numéro spécial Mélanges Busquet. Questions d’histoire de Provence (XIe-XIXe siècle), p. 244-259

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Sources diverses