AIX-EN-PROVENCE (BOUCHES-DU-RHÔNE), FRANCE, HISTOIRE D'AIX-EN-PROVENCE, HISTOIRE DE FRANCE, PROVENCE

Une histoire de la ville d’Aix-en-Provence

Histoire d’Aix-en-Provence

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Blason d’Aix-en-Provence

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Aix-en-Provence (Aix jusqu’en 1932) est la capitale historique de la Provence. Son histoire débute avec la soumission aux Romains des Salyens, fédération gauloise regroupant plusieurs peuples de la Basse-Provence. Leur capitale, située à l’oppidum d’Entremont, est habitée depuis le début du iie siècle av. J.-C. En 124 av. J.-C., le consul romain Gaius Sextius Calvinus démantèle l’oppidum et crée deux ans plus tard la ville d’Aquae Sextiae, au pied d’Entremont. C’est cette ville romaine qui est devenue Aix. Située sur un axe stratégique entre l’Italie et l’Espagne (sur la via Aurélia), Aix permet à la République romaine de sécuriser toute une région alors aux mains des Salyens. Pourtant, des incursions ennemies viennent mettre en péril la sécurité de la Gaule narbonnaise et, en 102 av. J.-C., le consul Caius Marius détruit une armée de Cimbres et de Teutons, non loin d’Aix. Cette bataille, dénommée bataille d’Aix, permet de protéger l’Italie d’une invasion de ces tribus germaines. Dans le même temps, Aix se développe et prend les caractéristiques d’une ville romaine. Elle se dote d’un forum, mais aussi d’un théâtre, de thermes et d’aqueducs.

Le iiie siècle est marqué par le début du déclin démographique d’Aquae Sextiae. À la même époque, Aix est capitale de la Narbonnaise Seconde et domine alors sur un plan politique des villes antiques majeures, comme Fréjus (Forum Julii)Antibes (Antipolis), Riez (Reis Appolinaris), Apt (Apta Julia), Sisteron (Segusterone) ou Gap (Vapincum). C’est à Aix qu’est créé l’archevêché, ce qui lui assure une position prééminente tout au long du Moyen Âge, confirmée par la création d’une université (1409), puis peu après le rattachement à la France, du Parlement de Provence (1501).

Son importance en Provence fléchit quelque peu avec la Révolution française : le Parlement et l’université sont supprimés, et Aix n’est plus que chef-lieu d’un des quatre départements créés avec la province. Sans liaison ferroviaire, la ville gagne le surnom de « belle endormie » au xixe siècle.

 

Antiquité

L’oppidum d’Entremont

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Restes de l’oppidum d’Entremont.

L’oppidum d’Entremont se présente comme typique des bourgades celto-ligures de son temps. Peuplée de Salyens (Salluvii) de l’arrière-pays marseillais, elle a été considérée dès le xixe siècle comme une polis antique, constituée d’une agglomération et de son territoire.

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Carte des tribus gauloises de Provence.

Avant l’apparition de l’agglomération d’Entremont, un sanctuaire semble avoir existé dès le premier Âge du fer. Les éléments de ce sanctuaire ont servi de remploi lors de la construction de la seconde et peut-être de la première agglomération.

Au fil des siècles, une structure d’habitat se met en place et le premier rempart est érigé vers -175. Les 25 années qui vont suivre constituent la première phase d’habitat de l’oppidum. La ville ne s’étend alors que sur un hectare environ et forme un parallélogramme à l’aplomb de deux abrupts : au sud et à l’ouest.

Rapidement, la ville doit s’agrandir et l’on procède à la construction d’un deuxième rempart qui va porter la superficie de la ville à 3,5 hectares environ5. On est alors aux alentours de 150 av. J.-C. Ce rempart n’aura rien de commun avec le précédent : 6 à 7 mètres de hauteur, 3,25 mètres de largeur, renforcé de tours de 8 à 9 mètres tous les 18,5 mètres.

Au moment de la prise de la ville, en 123, le roi (ou basileus) Teutomalios (ou Toutomotulus) fuit chez ses alliés allobroges en compagnie des princes (dunastai) salyens d’Entremont. Plusieurs chercheurs ont toutefois émis des doutes sur cette hypothèse, considérant que le véritable abandon de la ville provient d’une destruction militaire survenue vers 110 à 90 av. J.-C1. Une faible population continue d’habiter le bourg pendant vingt à trente ans, dans l’ombre d’Aquae Sextiae, même si Entremont n’est plus qu’une « ville pérégrine étroitement contrôlée par un praesidium romain.. » Mais progressivement, la ville va être totalement désertée et finira ruinée.

Aquae Sextiae

Fondation de la ville d’Aix

On ne peut affirmer que la ville était dénommée Aquae Sextiaedès sa fondation. En revanche, elle portait ce nom au plus tard en 102 av. J.-C.Tite-Live parle en effet de « duobus deinde proeliis circa Aquas Sextias eosdem hostes delevit »Pline l’Ancien, lui, évoque « Aqua Sextia Salluviorum ».

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Fondation d’Aix par Sextius Calvinus (Joseph Villevieille, 1900).

Les récits concernant la fondation d’Aix sont peu connus. Cassiodore (v. 485-v. 580) en fait une relation plutôt détaillée dans sa Chronique, mais celle-ci présente l’inconvénient d’être très postérieure aux événements. Cassiodore y indique que la création de la ville résulte des opérations militaires du consul Caius Sextius Calvinus menées en 124 av. J.-C. contre l’oppidum d’Entremont, qu’il appelle « la capitale des Salyens ». Deux ans plus tard, le même Sextius Calvinus fonde « dans les Gaules une ville où sont les eaux sextiennes » (122 av. J.-C.). Strabon qualifiera l’établissement sextien de polis (« ville ») qu’il prend soin de distinguer de la phoura (« garnison ») qui s’y trouve.

Aix, première ville romaine fondée sur le territoire de la France actuelle, a pour vocation de surveiller une région à peine pacifiée et sert de base à l’armée romaine en prévision d’une conquête de la Gaule narbonnaise, quatre ans plus tard. Placée sous le contrôle d’un præsidium romain, Aix abrite dès lors les populations refoulées d’Entremont et devient de facto « le chef-lieu du pays salyen entré par la force dans l’orbite romaine. »

Il n’est pas possible de déterminer avec précision l’emplacement de l’établissement romain et de la garnison qui s’y trouvait. La raison en est que l’on ne trouve pas de source archéologique remontant à la fondation de la ville. Les historiens se fient donc au déplacement de la ville antique au cours des siècles et ses diverses localisations : d’abord dans la ville des Tours, puis sur l’emplacement du palais comtal et enfin dans le bourg Saint-Sauveur. La plupart des érudits locaux localisent la ville antique au bourg Saint-Sauveur, alors que des vestiges retrouvés sur place et identifiés à l’époque romaine s’avéraient en fait être ceux de la ville du xiie sièclePaul-Albert Février s’oppose à cette localisation : « Vouloir retrouver dans cette ville de basse époque [le bourg Saint-Sauveur] le plan de la fondation de Sextius est un simple jeu de l’esprit. »

Bataille d’Aquae Sextiae

En 102 av. J.-C., lors de la bataille d’Aquae SextiaeGaius Marius tient tête, au pied de la montagne appelée plus tard Sainte-Victoire, aux hordes d’Ambrons et de Teutons qu’il défait. Ceux-ci, venus de la Baltique, se rendent en Italie. Marius choisit avec précaution une position forte, une colline, pour y attirer les Teutons avec l’aide de sa cavalerie et de son infanterie légère de tirailleurs (composée pour l’essentiel de Ligures alliés).

Les éléments de l’avant-garde teutonne, les Ambrons, mordent au piège et attaquent. Ils sont bientôt suivis par le reste de leur troupe. Or Marius a caché une petite force romaine de 4 000 hommes à proximité. Au moment de la bataille, cette force sort de sa cachette, attaquant les Teutons par derrière et provoque chez eux confusion et déroute. Les décomptes romains prétendent que, dans le massacre qui suit, 90 000 Teutons sont tués et 20 000, parmi lesquels leur roi Teutobod, sont capturés. Les seuls rapports qui ont survécu sont romains et ils exagèrent l’unilatéralité de la bataille mais l’anéantissement complet des Teutons et des Ambrons est bien en faveur de la sévérité de leur défaite.

Développement de la ville

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Vestiges de l’aqueduc de la Traconnade sur la commune de Meyrargues (Bouches-du-Rhône).

Le ier siècle voit le développement de la ville au niveau architectural. Si, jusqu’alors, il fallait voir en Aquae Sextiae une ville très similairese dresse le théâtre antique où les citoyens viennent assister à des spectacles de mime et de pantomime, mais qui joue aussi un rôle religieux lié au culte de l’empereur.

L’approvisionnement en eau est assuré par trois aqueducs : l’aqueduc de Traconnade, au nord, l’aqueduc de Vauvenargues et celui du Tholonet à l’est. L’aqueduc de Traconnade, qui prend sa source à Jouques (Bouches-du-Rhône), était long de 27 kilomètres. Il peut encore être observé sur le territoire de la commune de Meyrargues ;  à Entremont la Gauloise, celle-ci va prendre progressivement des caractéristiques romaines. Ainsi, l’urbanisme s’oriente selon les canons romains. Un axe nord-sud (le cardo) vient couper un autre axe, orienté est-ouest (le decumanus). À leur intersection se dresse le forum de la ville, place publique et lieu de rencontres et de discussions. À l’ouest d’Aquae Sextiae, tout contre le rempart, trois piles et arcades se dressent au milieu d’un champ, dans un décor bucolique. « Le ciment qui lie [ses] pierres, raconte l’historien Garcin en 1835, est plus dur que le poudingue le plus compact. » Cet aqueduc est considéré par d’aucuns comme une réelle prouesse technique du fait qu’il parcourt plusieurs kilomètres sous le plateau qui sépare la vallée de l’Arc et celle de la Durance. Au temps d’Aquae Sextiae, ces aqueducs, que l’on estime dater du iie siècle, viennent alimenter les thermes de la ville, mais sert aussi à la consommation quotidienne des Aquenses.

Les premiers thermes aixois remontent à la seconde moitié du ier siècle. Ils se situent approximativement à l’emplacement actuel des thermes de la ville, près du cours Sextius.

Mutations urbaines (iiie et ive siècles)

Le iiie siècle est marqué par le début du déclin démographique d’Aquae Sextiae. Dans un premier temps, des domus résidentielles sont abandonnées de leurs habitants, mais peu à peu ce phénomène s’étend à de nombreuses maisons du centre de la ville. Livrées à l’abandon, ces maisons tombent en ruines et leurs pierres servent de carrières de matériaux. Les habitations délaissées le plus tardivement semblent être celles du quartier nord, dont certaines sont même embellies durant cette période où tant d’autres subissent un abandon définitif. Le phénomène concerne aussi les services municipaux qui semblent beaucoup moins efficient. L’entretien du réseau des collecteurs publics, notamment, se relâche, ce qui conduit au colmatage de nombreux conduits d’égouts. Au milieu du ive siècle, la plupart de ces conduits sont devenus inopérants.

Il ne faut pas nécessairement voir dans l’abandon de zones d’habitats entières le déclin de la ville, mais plutôt une évolution dans le mode de vie des Aquenses. À la même époque, Aix est capitale de la Narbonnaise Seconde, statut incompatible avec une ville à l’abandon. Aix domine alors sur un plan politique des villes antiques majeures, comme Fréjus(Forum Julii), Antibes (Antipolis)Riez (Reis Appolinaris)Apt (Apta Julia)Sisteron (Segusterone) ou Gap (Vapincum).

L’Aix catholique

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Sarcophage chrétien d’Aquae Sextiae, à la cathédrale Saint-Sauveur, attribué à saint Mitre.

L’empereur Théodose, de confession chrétienne, élève le christianisme au rang de seule religion officielle et obligatoire par un édit en date du 28 février 380. Il s’agit de l’édit de Thessalonique. Pour permettre l’accord entre la religion triomphante et les institutions romaines, l’Église adopte une hiérarchie calquée sur l’administration telle qu’elle est pratiquée à Rome. C’est ainsi qu’à Aix l’évêque reçoit le titre de « métropolitain » de la Narbonnaise seconde. Au Moyen Âge, ce titre deviendra « archevêque ».

Les premiers temps de cette nouvelle église sont difficiles toutefois, car Aix doit faire face à la concurrence de diocèse plus anciens, comme celui de Marseille ou d’Arles. Le plus ancien évêque connu d’Aix est Lazare. Il accède à la dignité de l’église aixoise en 408. Pourtant, certains estiment que Lazare ne fut pas le premier évêque aixois, mais qu’il eut au moins un prédécesseur, dont le nom est inconnu à ce jour.

Constantin III. Au revers son programme politique : la victoire et Rome, assise tenant le globe du monde.

En 407, sur l’île de Bretagne est élu, contre toute voie légale, un nouvel empereur désigné par l’armée stationnée dans la province. Cet usurpateur, sous le nom de Constantin III, est le troisième empereur usurpateur, après Marcus et Gratien. Après un passage par Trèves puis Lyon durant l’été 407, Constantin marche sur Arles à la fin de cette même année, ou au début de 408. Il y entre et s’y installe comme empereur, faisant de la cité la nouvelle capitale des Gaules au détriment de Trêves. Une de ses premières actions d’empereur régnant est de nommer deux hommes parmi ses fidèles, deux moines, à la tête de l’Église d’Arles et de celle d’Aix, afin de contrôler les organes locaux du pouvoir. Héros devient évêque d’Arles. Sur le diocèse d’Aix va dominer un évêque connu sous le nom de Lazare d’Aix. Si la nomination d’Héros se fait sans opposition majeure, il n’en est pas de même pour Lazare, dont la nomination se déroule dans le sang, dans la cathédrale d’Aix, aujourd’hui disparue. À Rome, la situation n’est pas tolérée et Flavius Honorius, l’empereur légal, envoie le général Flavius Constantius à l’assaut d’Arles qui tombe. L’usurpateur est exécuté en novembre 411. Ses deux évêques sont destitués. Lazare est expulsé de son diocèse par la population aixoise. Si un évêque prend la place d’Héros à Arles, l’Église d’Aix, elle, restera sans évêque plusieurs décennies.

Si la destitution d’Héros ne fait pas de doute, celle de Lazare fait davantage débat. Selon certains, deux ans après, en 413, Lazare est encore à la tête de l’épiscopat aixois et fait construire un baptistère dans son groupe épiscopal, à côté de l’ecclesia major. Historiens et archéologues estiment pour la plupart que le site originel de ce groupe épiscopal se situe à Notre-Dame de la Seds. Un siècle plus tard environ, alors que le forum antique est détruit, ainsi que d’autres bâtiments publics sans doute, un groupe épiscopal, qui deviendra la cathédrale d’Aix, est construit.

Moyen Âge

Au ive siècle, Aix devient la capitale de la Narbonensis Secunda. Elle est ensuite occupée par les Wisigoths en 477. Au siècle suivant, elle est envahie tour à tour par les Francs et les Lombards, puis en 731 par les Sarrasins.

Le Haut Moyen Âge

Introduction du catholicisme

Le ve siècle marque le développement de la cathédrale Saint-Sauveur qui, si elle n’a longtemps été qu’un lieu de culte secondaire à Aix, n’en demeure pas moins un monument de haute Antiquité, sans doute contemporain des premiers chrétiens. C’est l’époque où vit Mitre d’Aix, auquel les Provençaux rendront ultérieurement un culte, un homme qui, à l’âge de vingt-quatre ans, quitte ses parents en Grèce pour la Provence dans l’espoir d’y vivre une vie de charité et de dénuement. Accusé de sorcellerie et jeté dans le cachot d’une tour romaine, il est décapité dans la cour du prétoire d’Aix en 466. Selon la légende, il ramasse alors sa tête, la serre contre sa poitrine et la porte jusqu’à l’autel de l’église de Notre-Dame de la Seds. Enfin, il expire. Sa statue est visible aujourd’hui autour du portail de la cathédrale Saint-Sauveur.

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Vers l’an 500, le baptistère de Saint-Sauveur est construit et l’édifice se développe au fil des siècles tout autour de ce monument à l’aspect quasi inchangé depuis le ve siècle. On ne connaît pas le nom du constructeur de ce baptistère. On évoque toutefois le nom de Basilius, évêque d’Aix comme auteur probable, dans la mesure où l’on retrouve son inscription funéraire tout à côté

Le temps des invasions

La Provence subit plusieurs vagues d’invasions étrangères dès l’Antiquité tardive : les Wisigoths en 476, les Ostrogoths en 508 et les Francs en 536. Celles-ci se poursuivent au Haut Moyen Âge. Ainsi, les Lombards descendent de Germanie jusqu’en Italie et passe par la Provence qu’ils pillent. Sous l’empire carolingien, la région aura à subir les invasions répétées des Sarrasins du viiie au xe siècles. Les documents archéologiques manquent pour indiquer la part de destruction qu’Aix a subi à la suite de ces attaques répétées. Pour Pierre-Joseph de Haitze, en revanche, la destruction est totale, ou presque : « Cette dévastation fut si grande qu’après leur retraite, on ne trouva d’entier en cette ville que les tours du palais, encore beaucoup endommagées, et quelques autres ouvrages des Romains enterrés. » Le doute peut entourer cette affirmation. Les bâtiments qui, pour de Haitze, ont résisté aux attaques, sont les bâtiments romains encore debout à son époque. Rien ne vient étayer une telle affirmation, même s’il est à supposer que la ville d’Aix subit probablement les conséquences des passages de ces troupes hostiles, tant militairement qu’économiquement.

Alors que les remparts de la ville sont fortifiés pour faire face aux attaques, la population d’Aix ne peut plus compter sur l’approvisionnement de la part des aqueducs qui ceinturent la région. Ceux-ci sont soient délabrés, soit subissent les attaques d’ennemis destinées à enclaver la cité et à l’assoiffer. Par chance, Aix possède des nappes phréatiques immenses, tant d’eaux froides que d’eaux chaudes, et doit procéder au creusement de puits qui assureront le rôle que jouaient jadis les aqueducs. C’est ainsi que fleurissent aux quatre coins de la ville des puits publics et privés.

Politiquement, Aix souffre considérablement de ces attaques ennemies. Après l’invasion franque de 536, elle est destituée de son statut de capitale de la Narbonnaise Seconde au profit d’Arles, mais le retrouvera sous les Carolingiens, à une époque où sa population est pourtant faible au regard de son passé glorieux.

Aix au temps des Carolingiens

À la fin du viiie siècle, il n’existe plus que trois lieux de peuplement à Aix qui n’a plus rien à voir avec la riche Aquae Sextiae : on habite encore autour du site de Notre-Dame de la Seds, autour de la cathédrale Saint-Sauveur et un peu plus au sud de la cathédrale, dans le secteur de l’actuelle place de Verdun.  Pour le reste, tout est désertifié. Ces trois zones se développent progressivement, gagnent des habitants et se fortifient et constituent dès lors trois bourgs distincts : la ville des Tours, le bourg Saint-Sauveur et la ville comtale, dont chacun se dote de remparts. Les siècles vont avoir raison de la ville des Tours qui va être abandonnée aux alentours du xive siècle, mais les deux autres bourgs vont prospérer.

Le Bas Moyen Âge

La ville doit attendre l’année 1189 pour retrouver le lustre qui était le sien dans les premiers siècles qui suivent sa fondation. Cette année, les comtes de Provence décident de faire d’Aix leur nouveau lieu de résidence, au détriment d’Arles et Avignon qu’ils habitaient jusqu’alors. Cet acte donne de facto à Aix le titre de « capitale de la Provence », titre qu’elle conservera jusqu’à la Révolution.

Aix et le « bon roi René »

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Statue du roi René, cours Mirabeau.

Partage de la Provence au xiie siècle entre comté et marquisat de Provence et comté de Forcalquier

Aix ne retrouve sa splendeur qu’à partir du xiie siècle, où les comtes de Provence (maisons d’Anjou et d’Aragon) y tiennent une cour raffinée et lettrée,

En 1357, l’enceinte de la ville est revue et améliorée. La partie des faubourgs située contre les murailles est incendiée, afin de dégager un glacis

À la mort de Jeanne Ire de Naples (la reine Jeanne), Aix est à la tête de la ligue des communautés et villes qui s’opposent à la dynastie angevine au sein de l’Union d’Aix, mais finit par se rallier devant les promesses de Marie de Blois. Louis II d’Anjou fait son entrée dans la ville le 21 octobre 1387.

Aix connait une autre période faste au xve siècle sous le bon roi René, duc d’Anjou, comte de Provence, roi titulaire de Sicile. Le roi René, esprit éclairé, transforme la ville en un célèbre centre culturel et universitaire (1409). Il organise des fêtes populaires comme la procession de la Tarasque, à Tarascon ou la Fête-Dieu à Aix qui durait plusieurs jours et rassemblait des centaines de troubadours. Il est également à l’origine de l’importation du raisin muscat. Il épouse Isabelle de Lorraine, puis Jeanne de Laval et meurt à Aix en 1480, à l’âge de 72 ans.

Dans ses Chroniques, le célèbre chroniqueur Jean de Joinville parle d’Aix-en-Provence à propos d’une visite de Saint-Louis : « Le roi s’en vint par la comté de Provence jusqu’à une cité qu’on appelle Aix, en Provence, là où l’on disoit que le corps de Magdeleine gisoit ; et nous allâmes dans une voûte de rocher moult haut, là où l’on disoit que la Magdeleine avoit été en hermitage dix-sept ans. »

Époque moderne

Aix la Française

À partir de 1486 et le rattachement de la Provence à la France, le gouverneur y réside.

En 1501, Louis XII y établit le Parlement de Provence qui perdura jusqu’à la Révolution. Le plus souvent, les États s’y réunissaient pour voter l’impôt. Ce Parlement était si peu populaire qu’un dicton est apparu : « Parlementmistral et Durance sont les trois fléaux de la Provence ».

En 1545, c’est le président du parlement d’Aix, Oppède, soutenu par le cardinal de Tournon, qui organise le massacre des vaudois du Luberon.

Les guerres de religion

Charles IX passe dans la ville lors de son tour de France royal (15641566), accompagné de la Cour et des Grands du royaume : son frère le duc d’AnjouHenri de Navarre, les cardinaux de Bourbon et de Lorraine. La ville est alors en révolte contre le gouverneur de Provence, le comte de Tende, trop tolérant avec les protestants, celui-ci en effet était le mari de Françoise de Foix, seigneur de Marignane, elle-même huguenote. Il est accueilli par la cour des Comptes ; le roi fait abattre le pin d’Eguilles, où les catholiques avaient pendu de nombreux protestants les années précédentes.

En octobre 1590, le duc de Savoie se fait nommer comte de Provence par la Ligue et prend la ville

Le xviie siècle aixois

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Pluie de sang en Provence en juillet 1608

Début juillet 1608, les faubourgs d’Aix-en-Provence furent recouverts d’une pluie de sang. Quelques moines désireux d’exploiter la crédulité humaine n’hésitèrent pas à voir dans cet évènement des influences sataniques. Nicolas-Claude Fabri de Peiresc fit des relevés de cette pluie en recueillant quelques gouttes sur la muraille du cimetière de la cathédrale. Il découvrit que c’était les excréments des papillons qui avaient été observés récemment. Le centre ville n’ayant pas été envahi, il était resté épargné. Cette explication scientifique ne calma pas la terreur populaire.

 

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Portrait de Louis XIV en 1661, un an après son passage à Aix.
(Charles Le Brun.)

Au retour d’une expédition contre les Huguenots en 1622, Louis XIII s’arrête à Aix qui l’accueille avec enthousiasme

En 1630, alors que la ville est en proie à un épisode de peste, le cardinal Richelieu décide de priver les États de Provence de la collecte et de la répartition des impôts, transférés au pouvoir royal. Une insurrection, dénommée la révolte des Cascaveous, fait plier le cardinal.

Louis XIV séjourne plusieurs fois à Aix : il joue notamment au Jeu de Paume, transformé au xviii en un théâtre à l’italienne du même nom ; c’est à Aix que le Roi Soleil signe la paix avec le Prince de Condé. En 1660, lorsqu’il dort dans l’hôtel particulier de Châteaurenard, il est ébloui par une peinture en trompe-l’œil de Jean Daret (peintre flamand) et le fait nommer peintre du Roi à la Cour de Versailles. Aix éprouve une admiration sans borne pour le souverain. Outre le luxe des fêtes organisées pour sa venue, la population s’inquiète pour sa santé qui se dégrade en 1685. Mais l’annonce de son rétablissement provoque des acclamations dans la ville, qui organise un mois entier des réjouissances en l’honneur du monarque.

Dernier agrandissement de la ville

La nomination de Michel Mazarin au poste d’archevêque d’Aix va permettre une forte extension de la ville vers le sud. Sur autorisation du roi de France, il fait abattre le rempart sud et fait enclore un nouveau quartier, représentant près d’un tiers de la ville, dans un nouveau rempart plus au sud. Ce quartier, dénommé plus tard quartier Mazarin, est conçu grâce aux conseils de l’architecte Jean Lombard. Les bourgeois dont les demeures sont situées tout contre l’ancien rempart demandent que la zone se trouvant devant leurs bâtiments reste vierge de construction et devienne une promenade pour badauds et carrosses. Cette requête est acceptée et le cours ainsi créé va devenir la porte d’entrée de la nouvelle ville. Ce n’est qu’en 1876 toutefois qu’on lui donnera le nom de « cours Mirabeau ».

Le nouveau quartier Mazarin coûte cher à réaliser : plus de 55 000 livres. Somme que se partagent la municipalité d’Aix, sous la contrainte du Parlement, des marchands de biens, des acquéreurs d’emplacement, les communautés de Provence et le duc de VendômeLouis de Mercœur. L’archevêque bâtisseur, personnalité fort controversée au demeurant, laisse son nom à plusieurs rues de ce nouveau quartier : la rue Cardinale, la rue Saint-Michel, aujourd’hui rue Goyrand, la rue Mazarine et la rue Saint-Sauveur (aujourd’hui rue du Quatre-Septembre).

Aix au temps de la Révolution française

La Constituante

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Pendaison de Pascalis, La Roquette et Guiramand sur le cours Mirabeau le 14 décembre 1790 ; eau-forte contemporaine.

Les convictions politiques de Jean Joseph Pierre Pascalis, l’un des avocats les plus réputés du barreau d’Aix, fervent défenseur de la constitution provençale, de l’égalité proportionnelle et du maintien des libertés publiques lui valent l’opposition de nombreux adversaires qui le jugent antirévolutionnaire. Le plus acharné d’entre eux est l’abbé Jean-Joseph Rive, bibliothécaire aixois et fondateur en novembre 1790 du « club des Antipolitiques », installé rue des Bernardines, à Aix. Celui-ci voit en Pascalis le pire de ses ennemis. Dans un pamphlet, il le traite de « scélérat » et de « mortel exécrable » et appelle au meurtre de l’avocat.

L’Assemblée départementale des Bouches-du-Rhône s’installe à Aix le 20 juillet 1790. Cette création a pour conséquence le démembrement de l’ancienne administration provençale. L’article 10 du décret du 2-10 septembre 1790 provoque la suppression du Parlement de Provence. Sous le coup d’une vive colère devant l’état de ruines des anciennes institutions de la province, Pascalis décide dans ces conditions de se retirer des affaires politiques et du barreau. Le 27 septembre, il entre en robe au palais du Parlement d’Aix en compagnie de plusieurs avocats. Annoncé par l’huissier, il prononce un discours qui aura des conséquences majeures. Au cours de son allocution, il n’a pas de mots assez durs pour fustiger les partis révolutionnaires.

La teneur de ce discours se répand dans toute la ville en quelques heures et, tandis qu’il éveille les sentiments monarchistes d’une frange silencieuse de la population, il provoque un déchaînement de colère chez les partisans de la Révolution et de la crainte chez les administrateurs d’Aix.

Aix devient en 1790, chef-lieu du district d’Aix et du département des Bouches-du-Rhône.

La conspiration du Sud-Est

La création d’une société monarchique à Aix va mettre le feu aux poudres. Le 11 décembre, un écuyer à l’Académie royale d’équitation, le chevalier de Guiramand, accompagné de quatre hommes, demande l’autorisation de la création de sa société, la « société des amis de l’ordre et de la paix » à l’hôtel de ville. Celle-ci tient ses réunions au cercle Guion, sur le cours Mirabeau. Une rumeur se répand, selon laquelle un projet de contre-révolution se mettrait en place dans Aix. Aussitôt, on s’agite dans les clubs patriotiques. Alors que Pascalis se retire au château de la Mignarde (quartier des Pinchinats), un groupe de forcenés l’arrache et le jette en prison à Aix. Le lieu où il est enfermé, en compagnie d’un royaliste, M. de Guiramand, est pris d’assaut par une foule agitée et manipulée, qui les pend à un réverbère. La tête de Pascalis est ensuite tranchée et exhibée au bout d’une pique pendant trois heures sur la route menant à Marseille.

La monarchie constitutionnelle (1791-1792)

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Honoré Gabriel Riqueti de Mirabeau.

Le 22 août 1792, la salle du Conseil, à l’hôtel de ville d’Aix, est saccagée par « une horde de brigands étrangers à la ville d’Aix et même à celle de Marseille d’où ils étaient venus. » Quantité de tableaux inestimables sont arrachés de leur cadre et brûlés sur la place de l’Hôtel-de-Ville

Le 24 floréal an III, les royalistes des compagnies du soleil massacrent trente jacobins dans la prison de la ville.

Époque contemporaine

Le xixe siècle

Aix est connue pour avoir acquis au xixe siècle le surnom de « belle endormie », faisant allusion à la léthargie, voire à l’immobilisme, de ses administrateurs urbains. Cette image est illustrée par le commentaire de Taine en 1866 pour qui Aix est « tombée ou laissée de côté par la civilisation qui se déplace ». Pour l’historien Philippe Vaudour, l’appellation mérite toutefois d’être nuancée. Aix a connu dès les années 1850 une politique urbaine dynamique, concrétisée par la construction de nouvelles voies ou le projet de création de nouveaux quartiers.

Les principales entreprises de la ville sont alors des échoppes de chocolatiers, de fabricants de chapeaux, de savon, d’huile et de nougat. C’est un artisanat relativement peu développé, qui devra attendre les années 1840 pour connaître un essor.

Aménagements urbains

Rues d’Aix

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Vue de la principale entrée de la ville d’Aix, Meunier, 1792.

La ville se dote à partir de 1811 de ses premières dénominations officielles de rues, qui succèdent aux appellations révolutionnaires d’isles, facilitant par là le premier recensement. Pour cette première re-dénomination des rues aixoises, trois personnalités d’Aix sont honorées, avec la fondation de la rue Peiresc, la rue Monclar et la rue Tournefort. Ce mode de nomination se poursuivra lentement jusqu’à 1870 environ, date à laquelle il s’accélère, de nombreuses rues et avenues étant alors rebaptisées. Le cours Mirabeau reçoit son nouveau nom en 1876. Jusqu’alors, il était connu sous la simple appellation de « Cours».

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Fontaine de la Rotonde.

Aix se dote en 1860 d’une fontaine monumentale qui vient trôner sur la place de la Rotonde, véritable porte d’entrée de la ville et confluent des routes d’Avignon et de Marseille. Conçue par l’ingénieur des Ponts et Chaussées Théophile de Tournadre, elle est aujourd’hui l’un des monuments les plus connus d’Aix-en-Provence. Son bassin a un diamètre de 32 mètres et la fontaine s’élève à 12 mètres de hauteur. Trois statues de marbre, réalisées chacune par un sculpteur différent, ornent son sommet. Chacune a une signification particulière et regarde vers une voie. La sculpture qui regarde vers le cours Mirabeau a été réalisée par l’Aixois Joseph Marius Ramus (18051888). Elle symbolise la justice. La statue qui regarde la route de Marseille (avenue des Belges), œuvre de Louis-Félix Chabaud (1824-1902), sculpteur de Venelles, symbolise le commerce et l’agriculture. Enfin, la troisième, orientée vers la route d’Avignon, a été sculptée par Hippolyte Ferrat (18301882) et symbolise les beaux-arts. Le piédestal qui surmonte la vasque a été réalisée par François Truphème (18201888).

Démolition du rempart (1848-1874)

Alors que la municipalité aixoise envisage de supprimer les parapets de la partie supérieure du rempart en 1819, la démolition pure et simple de l’ouvrage fait progressivement son chemin. La mairie entreprend des travaux sans l’accord de la préfecture. Dans les 50 années qui suivent la Révolution, le rempart, d’une hauteur de 6 mètres en moyenne et d’une épaisseur de 3 mètres, n’est pas entretenu ni restauré. Progressivement, il se détériore au point de présenter une menace pour le public. Finalement, une délibération municipale du 28 décembre 1848 (municipalité Aude) met à adjudication la démolition des portes Bellegarde, d’Italie, de Villeverte et d’Orbitelle et le rabaissement du rempart longeant le cours d’Orbitelle (sud de la ville) Trois maçons de la ville sont chargés des travaux : Arnaud Claude, Antoine Bey et Michel Léouffré.

Six autres portes sont encore à démolir et ce sont les municipalités suivantes qui s’en chargent. Jassuda Bédarride (18481849) puis Émile Rigaud (18491863) organisent la démolition de la plus grande partie du rempart ainsi que de plusieurs portes. Les deux dernières portes, la porte Notre-Dame (nord de la ville) et celle de la Plateforme (est) sont réalisées en 1874.

Aix et le chemin de fer

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La chemin de fer à Aix.

Le chemin de fer est arrivé tardivement dans la ville. Au début des années 1840, la compagnie du PLM crée la ligne de Paris-Lyon à Marseille-Saint-Charles et le tracé passe loin de la ville. De même, le 19 juin 1857, un décret impérial décide de la création d’une ligne de Gap à Avignon, sans passer non plus par Aix De fait, la ville souffre au niveau économique de ces décisions politiques qui l’isolent en Basse-Provence. Les industries locales souffrent aussi de cette situation car beaucoup dépendent du commerce des bœufs et des moutons avec les Alpes, entre autres.

En 1870 est créé un tronçon reliant Aix à Meyrargues et trois stations de voyageurs et de marchandises, à La CaladeVenelles et Meyrargues. En 1877 est ouverte une ligne reliant Aix à Marseille, via Gardanne. Ces nouveaux tronçons permettent à Aix de conserver une bonne partie de ses échanges avec les régions de la Durance, mais constitue un handicap dans son commerce avec la vallée de l’Arc qui décline progressivement, ce dont Marseille profite

La ville des peintres

Aix-en-Provence est bien sûr la ville qui a vu naître et mourir Paul Cézanne (1839-1906). C’est au collège Bourbon d’Aix que naquit la profonde amitié entre Cézanne et Émile Zola.

Une ville de soldats

De nombreuses unités ont stationné à Aix, cours Sainte-Anne, durant le xixe siècle, comme le 112e régiment d’infanterie qui y a été établi en 1874. Plus tard, d’autres unités y stationnent, comme les 55e et le 61e régiments d’infanterie en 1906.

Le xxe siècle

Le grand tremblement de terre de 1909

Le 11 juin 1909, plusieurs villages au nord d’Aix sont frappés par un séisme dont la magnitude est évaluée à 6,2 sur l’échelle ouverte de Richter : il provoque la mort de 46 personnes et de nombreux dégâts. La ville d’Aix échappe à de lourds dégâts. La toiture de la vermicellerie Augier s’effondre et quelques murs se lézardent. En revanche, les quartiers au nord de la ville sont plus sérieusement touchés, Puyricard en tête, où les dégâts sont considérables.

Entre-deux-guerres

La ville fut reliée à Marseille par le tramway de la Compagnie des tramways électriques des Bouches-du-Rhône (absorbée en 1921 par la Régie départementale des chemins de fer des Bouches-du-Rhône), qui circulait de 1903 à 1948

La ville d’Aix, qui portait ce nom depuis plus d’un millénaire, après celui d’Aquae Sextiae, prend en 1932 le nom officiel d’Aix-en-Provence.

Les années 1970

Les années 1970, sous la municipalité de Félix Ciccolini, marquent un développement sous plusieurs aspects qui modifie le visage économique d’Aix-en-Provence. De nombreuses entreprises et industries, génératrices d’emploi, s’installent dans les Bouches-du-Rhône : le complexe pétrochimique de l’étang de Berre, le centre d’études nucléaires de Cadarache, notamment. Aix profite de ces créations d’emploi et voit sa population augmenter.

Dans le même temps, l’essor touristique voit de plus en plus de visiteurs passer par la ville, ce qui provoque de facto le développement d’activités liées à ce secteur et, par effet de retombée, permet à la culture aixoise de prospérer ; le festival d’art lyrique en est une illustration.

Aix au xxie siècle

Aix est aujourd’hui une ville qui mêle passé historique et avenir technologique notamment avec le projet ITER à Cadarache (communauté du Pays d’Aix), la gare TGV, les technopoles de l’Arbois et de Rousset…

Aix compte de nombreuses universités et Grandes écoles (LettresDroit, Économie, Sciences PoArts et Métiers, Beaux Arts…)

Aix a fêté le centenaire de la mort de Paul Cézanne avec notamment l’exposition internationale au musée Granet : « Cézanne en Provence » du 9 juin au 17 septembre 2006 qui a rassemblé près de 120 œuvres du maître sur le thème de sa « chère Provence ».

L’atelier des Lauves (atelier que Cézanne a fait construire quelques années avant sa mort), les Carrières de Bibémus où il allait « peindre sur le motif » et le Jas de Bouffan (la maison familiale) se visitent.

L’écrivain Émile Zola s’est inspiré d’Aix pour décrire la célèbre ville de Plassans dans les Rougon-Macquart.

 

Activités d’urbanisation de la ville

Opération Sextius-Mirabeau

La ville d’Aix-en-Provence s’est dotée d’une opération d’urbanisme exemplaire déclarée d’utilité publique par l’État en 1992 : l’opération Sextius-Mirabeau.

Elle s’étend sur 20 hectares.

Son objectif est de relier la ville ancienne aux quartiers neufs, tout en apportant des solutions pour de plus importants équipements publics et espaces de vie, mais aussi pour une circulation plus fluide et une animation toujours plus importante des quartiers de la Cité.

Aix-en-Provence se dote ainsi de nouveaux immeubles de logements, d’espaces de bureaux, de commerces avec « Les Allées Provençales » et de lieux culturels tels que le « Pavillon Noir » (Centre National Chorégraphique), le « Grand Théâtre de Provence, GTP » et le conservatoire Darius Milhaud.

Cependant il est regrettable que l’ensemble soit trop minéral, les architectes n’ayant pas non plus travaillaient dans des matériaux qui permettent la construction durable et HQE. Cela manque de vie la nuit contrairement au reste de la ville.}

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Bibliographie

Les Rues d’Aix, Ambroise Roux-Alphéran, 18461848.

Évocation du vieil Aix-en-ProvenceAndré Bouyala d’Arnaud, éd. de Minuit1964.

Institutions et vie municipale à Aix-en-Provence sous la Révolution, Christiane Derobert-Ratel, éd. Édisud, 1981,

Vivre au pays d’Aix aux temps de la reine Jeanne et du roi René, Jean Fabre et Léon Martin, éd. Aubanel, coll. « Archives du sud », ).

Le Guide d’Aix-en-Provence et du Pays d’Aix, Nerte Fustier-Dautier, Noël Coulet, Yves Dautier, Raymond Jean, éd. la Manufacture, 1988.

Le notaire, la famille et la ville, « Aix-en-Provence à la fin du xvie siècle », Claire Dolan, Presses universitaires du Mirail, Toulouse, 1998,

Les folies d’Aix ou la fin d’un mondeMichel Vovelle, éd. Le Temps des cerises, 2003,

Architecture et urbanisme à Aix-en-Provence aux XVIIe et XVIIIe siècles, du cours à carrosses au cours Mirabeau, Jean Boyer, éd. Ville d’Aix-en-Provence, 2004,

Carte archéologique de la Gaule : Aix-en-Provence, pays d’Aix, val de Durance, 13/4, Fl. Mocci, N. Nin (dir.), Paris, 2006, Académie des inscriptions et belles-lettres, ministère de l’Éducation nationale, ministère de la Recherche, ministère de la Culture et de la Communication, maison des Sciences de l’homme, centre Camille-Jullian, ville d’Aix-en-Provence, communauté du pays d’Aix

Aix-en-Provence, promenades du peintre, Aleš Jiránek, Jacky Chabert, éd. Cerises & Coquelicots, 2007,

Deux siècles d’Aix-en-Provence. 1808-2008, Académie d’Aix éditions, Aix-en-Provence, 2008.

Histoire d’une ville. Aix-en-Provence, Scéren, CRDP de l’académie d’Aix-Marseille, Marseille, 2008,

Aix-en-Provence 1850-1950 Les faux-semblants de l’immobilisme, Philippe Vaudour, Publications de l’Université de Provence, coll. « le temps de l’histoire », Aix-en-Provence, 2010, 284 p., ).

Aix en archéologie, Núria Nin, éd. Snoeck, 2014, 525.p.

Aix antique. Une cité en Gaule du Sud, Núria Nin, conservateur en chef du patrimoine, responsable de la Direction archéologique de la Ville d’Aix-en-Provence, dans Archéologia n°529, février 2015, pp.20-39.

Rémy Aubert et Antoine Torres, avec la collaboration de Brigitte Aubert, Pascal Bonneau, Jean Piere Chesta, Catherine Fouré, Eulalie Scotto di Liguori, Reflets du temps jadis, Aix-en-Provence, Éditions Reflets du temps jadis, 10 juillet 1980, 63 p.

Premier volume d’une série sur les villes d’art; son but est de découvrir, ou de mieux connaître, les charmes d’une ville par le dessin (Ouvrage tiré à 2500 exemplaires)

Bruno Durand, « Le rôle des consuls d’Aix dans l’administration du pays », dans Provence historique, 1956, numéro spécial Mélanges Busquet. Questions d’histoire de Provence (XIe-XIXe siècle), p. 244-259

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Sources diverses

FRANCE, GUERRE MONDIALE 1939-1945, HISTOIRE DE FRANCE, LIBERATION DE PARIS (25 août 1944), PARIS (France)

Libération de Paris (25 août 1944)

25 août 1944

La Libération de Paris

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Le vendredi 25 août 1944, à 15h 30, le général Philippe Leclerc de Hauteclocque (43 ans) reçoit à Paris, devant la gare Montparnasse, la capitulation des troupes d’occupation de la capitale.

Le document est signé par le général Dietrich von Choltitz, commandant du 84e corps d’armée. Il est aussi contresigné par le colonel Henri Rol-Tanguy, chef régional des FTP-FFI (Francs-tireurs et partisans des Forces Françaises de l’Intérieur).

Une heure plus tard, le général Charles de Gaulle lui-même arrive à la gare et se voit remettre par Leclerc l’acte de capitulation (il fait la moue en voyant la signature de Rol-Tanguy, représentant de la résistance intérieure, communiste de surcroît).

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On le voit ci-contre face aux généraux Philippe Leclerc, Alphonse Juin et Jacques Chaban-Delmas (de dos).

Peu après, cependant, il consent à tendre la main à la résistance intérieure et se rend à l’Hôtel de Ville où il est reçu par Georges Bidault, président du Conseil national de la Résistance. Comme celui-ci lui demande de proclamer le rétablissement de la République, de Gaulle rétorque qu’elle n’a jamais cessé d’exister.

Sur le perron, devant une foule enthousiaste et joyeuse, sous un beau soleil estival, il célèbre en des termes flamboyants la Libération de Paris : « Paris martyrisé ! mais Paris libéré !… ». Son discours improvisé est aussitôt retransmis à la radio.

« Paris libéré ! »

Le soir, de Gaulle s’installe au ministère de la Guerre en qualité de chef du gouvernement provisoire de la République française et le lendemain, 26 août 1944, le chef de la France libre descend en triomphe les Champs-Élysées, suivi de Leclerc et de ses fidèles de la première heure auxquels il a recommandé de se tenir derrière lui.

Dans une joyeuse pagaille, acclamé par deux millions de Parisiens, il arrive à la Concorde. Là éclatent des coups de feu sporadiques. Puis le général gagne Notre-Dame pour un Te Deum passionné.

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S’insurger ou attendre ?

La Libération de Paris a débuté le 10 août. Ce jour-là, les cheminots se mettent en grève. Ils sont suivis cinq jours plus tard par les policiers et les employés du métro, enfin par les postiers le 18 août. Dans le même temps, les troupes allemandes de la capitale commencent à plier bagage en prévision de l’arrivée prochaine des troupes alliées.

Celles-ci ont débarqué en Normandie deux mois plus tôt et progressent avec quelques difficultés vers l’est et l’Allemagne. Il est à noter que leurs chefs, les généraux américains Eisenhower et Bradley, n’envisagent pas un seul instant d’entrer à Paris. Ils ne veulent pas disperser leurs forces ni perdre du temps, encore moins prendre en charge 3 à 4 millions de Parisiens plus ou moins démunis. Ils préfèrent contourner l’agglomération et l’encercler.

Pour sa part, le général Pierre Koenig, chef d’état-major des Forces Françaises de l’Intérieur, souhaite qu’un soulèvement populaire précède l’arrivée des troupes alliées dans la capitale. Koenig ainsi que de Gaulle et le Comité national de la Résistance veulent de la sorte éviter une administration alliée, affirmer la souveraineté du peuple français et prouver que la résistance n’est pas un mythe.

Le soulèvement n’est pas sans risques.

Quelques jours plus tôt, le 1er août, les résistants de Varsovie ayant fait le même choix ont subi une répression d’une extrême violence. D’autre part, le risque existe d’un affrontement entre gaullistes et communistes. 

C’est à ces derniers, sous les ordres de Rol-Tanguy, que revient l’initiative du soulèvement proprement dit. Dès le 18 août, Paris se couvre d’affiches appelant la population à s’insurger.

Le 19 août, des combats sporadiques éclatent un peu partout. 3 000 policiers de Paris sont invités en secret à rejoindre la Préfecture de police de l’île de la Cité, au coeur de la capitale, en tenue civile et avec leur arme de service. Le drapeau tricolore est hissé au sommet de l’édifice au nez et à la barbe des Allemands. Mais les Alliés n’étant pas attendus dans la capitale avant le 1er septembre, les gaullistes jugent l’insurrection prématurée. Ils le font savoir à Rol-Tanguy par le biais d’une note transmise par l’intermédiaire de Jacques Chaban-Delmas (29 ans), délégué militaire national.

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Capitaine Rol-Tanguy

Au terme d’une violente discussion, les représentants du Comité national de la Résistance conviennent de négocier une trêve par l’intermédiaire du consul général de Suède, Raoul Nordling. Celui-ci a déjà obtenu du gouverneur militaire de Paris, von Choltitz, qu’il libère des prisonniers, dont 1482 juifs détenus dans le camp de Drancy, au nord de Paris.

Dans les faits, la trêve ne sera appliquée que de façon intermittente puis plus du tout. À l’aube du 20 août, un groupe de maquisards, sous les ordres du futur journaliste Roger Stéphane, occupent l’Hôtel de ville et arrêtent le président du conseil municipal, Pierre Taittinger, auquel on reproche ses compromissions avec l’occupant.

Le colonel Rol-Tanguy coordonne tant bien que mal les opérations à partir de son quartier général installé dans les catacombes de la place Denfert-Rochereau, en utilisant le réseau téléphonique du métro. Opposé à la trêve, il lance l’ordre de constituer partout des barricades. La population, aussitôt, se met avec frénésie à la tâche. On dépave les rues, on entasse des meubles et l’on coupe des arbres pour dresser un total de plus de 400 barricades comme au temps de la Commune ou des Journées de juin 1848.

Au nombre de plusieurs dizaines de milliers mais manquant d’armes lourdes et de munitions, les insurgés doivent faire face aux 16 000 soldats allemands, nerveux et lourdement armés, qui sillonnent la capitale à bord de 80 chars et d’autres véhicules blindés, le doigt sur la détente.

De la légende à la réalité

Dietrich Von Choltitz (48 ans), général de la vieille école, hésite sur la conduite à tenir. Il a prouvé en Russie, en rasant la ville de Sébastopol, qu’il était capable du pire.

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Maintenant, il est conscient que la défaite allemande est proche. Le consul Raoul Nordling lui signifie qu’il aura à répondre de ses actes devant les Alliés. Mais par ailleurs, sa femme et ses enfants sont à Nuremberg et répondent de sa loyauté au Führer. Lui-même a le souci de protéger la vie de ses hommes et de limiter les dégâts.

Comme il est habituel aux militaires en pareil cas, le général allemand fait miner les ponts de Paris en vue de ralentir les troupes alliées si elles venaient à pénétrer dans la ville. Ses artificiers commencent également à miner certains édifices (Palais-Bourbon et palais du Luxembourg).

On dit qu’il aurait reçu de Hitler, dès sa prise de fonctions le 7 août, l’ordre de détruire complètement Paris. L’ordre aurait été réitéré par un télégramme comminatoire du Führer mais le général l’aurait rejeté. Paris a-t-il vraiment été menacé de destruction ? Cette rumeur a été entretenue par le livre de Dominique Lapierre et Larry Collins, Paris brûle-t-il ? (1964) et le film à grand spectacle qui en a été tiré deux ans plus tard. Mais elle repose seulement sur les témoignages de von Choltitz lui-même et de quelques interlocuteurs soucieux comme lui de se donner belle figure.

Le 22 août, les événements se précipitent. Un chef FFI, le commandant Gallois, adjoint de Rol-Tanguy, traverse les lignes, rejoint le général Leclerc et lui fait part de la situation désespérée des insurgés parisiens.

Le même jour, de Gaulle et Koenig parviennent à convaincre le général Eisenhower d’intervenir. Ils obtiennent de celui-ci qu’il autorise le général Leclerc à faire un crochet vers la capitale. De Gaulle insiste auprès du généralissime américain pour que l’honneur de libérer la capitale revienne à un détachement français.

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Pêcheurs à la ligne

La presse parisienne est demeurée collaborationniste jusqu’au 19 août. Elle disparaît alors brusquement des kiosques et se voit remplacée par de nouveaux titres issus de la clandestinité. Parmi ceux-ci figure Combat, un journal dirigé par le jeune philosophe Albert Camus. L’un de ses collaborateurs est un autre philosophe, Jean-Paul Sartre. Il publie jour après jour sa chronique : « Un promeneur dans Paris insurgé »

Ainsi écrit-il : « L’insurrection n’est pas visible en tous lieux. Rue de la Gaîté, un accordéoniste aveugle joue la Traviata, assis sur un fauteuil pliant. Les gens se pressent dans un bistrot à demi ouvert et boivent un coup de vin. Sur les berges de la Seine, des hommes et des femmes se baignent ou se dorent au soleil en maillot de bain. »

Ultimes combats

À la tête des 15 000 hommes et femmes de sa 2e division blindée, sous uniforme et sous commandement américains, Leclerc se lance en avant. De Laval, il a 200 km à parcourir avant d’atteindre son but. Il contourne la banlieue ouest où le dispositif allemand est encore menaçant et contourne l’agglomération par le sud.

Le jeudi 24 août, en milieu de journée, il envoie un avion au-dessus de Paris. Celui-ci largue un message d’encouragement aux insurgés de la Préfecture de police, sur l’île de la Cité : « Tenez bon, nous arrivons ».

Après de rudes combats, ses hommes arrivent exténués à une cinquantaine de kilomètres de la capitale. À la Croix-de-Berny, pendant que les troupes prennent quelques heures de repos, Leclerc demande au capitaine Raymond Dronne de prendre les devants et d’entrer à Paris dès le soir.

Ce baroudeur commande la 9e compagnie du 1er Régiment de marche du Tchad, surnommée La Nueve du fait qu’elle comprend 120 vétérans espagnols de la guerre d’Espagne sur un total de 150 hommes ; il dispose aussi de trois chars (MontmirailChampaubertRomilly). Il avait inscrit sur une jeep sa profession de foi : « Mort aux cons » (« Vaste programme ! » aurait opiné le général de Gaulle en la voyant).

Dronne a donc l’honneur insigne d’être le premier Français libre à entrer dans la capitale par la porte d’Italie, le 25 août vers 20h30. À la tête de sa compagnie, il se rend derechef à l’Hôtel de Ville et se met en position de résister aux tirs des Allemands qui tiennent encore solidement la ville.

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Le reste de la 2e DB entre dans Paris le lendemain matin dès 9h, par les portes d’Italie, d’Orléans et d’Ivry. Les colonnes blindées doivent lutter partout contre les poches de résistance allemandes.

Le général Leclerc, qui est entré par la porte d’Orléans, gagne immédiatement la gare Montparnasse où il établit son quartier général.

Dans la rue de Rivoli, les 200 hommes qui défendent l’Hôtel Meurice, siège du commandement militaire allemand, se rendent vers 14h30 après une résistance de principe.

Von Choltitz lui-même se rend à un soldat de Leclerc, un ancien républicain espagnol, qui l’amène aussitôt au QG de la gare Montparnasse.

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Bilan affligeant

En quelques jours, la libération de Paris aura causé la mort de 76 soldats de la 2e division blindée ainsi que de 901 FFI et 3 200 Allemands. 12 800 soldats allemands ont été aussi faits prisonniers. Un bilan somme toute modéré si on le compare à l’effroyable répression du soulèvement de Varsovie.

Certains soldats allemands ont été lynchés par des « résistants de la 25e heure » cependant que des « coiffeurs de septembre » venus d’on ne sait où s’occuperont de tondre les femmes suspectées d’avoir couché avec l’occupant.

Parmi les drames les plus désolants, gardons en mémoire le souvenir de 35 garçons et filles qui avaient maladroitement confié à un agent double leur désir de combattre. Dans la nuit du 16 au 17 août, celui-ci les a livrés à la Gestapo (police allemande) qui les a fusillés près de la cascade du bois de Boulogne.

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https://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=19440825&ID_dossier=125

DEBARQUEMENT EN PROVENCE (15 août 1944), FRANCE, GUERRE MONDIALE 1939-1945, HISTOIRE DE FRANCE

Le débarquement de Provence

15 août 1944

Le débarquement de Provence

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Le 15 août 1944, à 8h, les Alliés débarquent en Provence, sur dix-huit plages entre Toulon et Cannes. C’est le troisième débarquement après ceux de Sicile et de Normandie. Mais celui-ci comprend une majorité de Français à la différence des deux précédents, presque exclusivement constitués de Britanniques, Canadiens et Américains.  Sur un total de 350 000 hommes qui vont débarquer ce jour et les suivants, on compte en effet un puissant corps d’armée français de 260 000 hommes, y compris de nombreux soldats originaires des colonies.

Le débarquement proprement dit se déroule plutôt bien, car une bonne partie des troupes allemandes ont été rappelées vers le front de Normandie, ouvert deux mois plus tôt. Toutefois, la prise de Marseille et de Toulon va se heurter à une forte résistance de l’occupant…

 

Un soutien bienvenu à Overlord et à la libération de la France

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Baptisé Anvil (« Enclume ») puis Dragoon (« Dragon »), le débarquement de Provence a été évoqué une première fois à la conférence de Casablanca, les 14-24 janvier 1943, par les chefs alliés Roosevelt et Churchill, en même temps que l’opération Overlord.

Le Premier ministre britannique avait plaidé avec force pour un débarquement dans les Balkans afin de contrer au plus vite la progression des Soviétiques et arriver avant eux à Berlin. Mais le président américain avait imposé son choix de deux débarquements simultanés en France, en Normandie et en Provence…

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Le général Alexander Patch

En choisissant de rebaptiser l’opération Dragoon, le Premier ministre a voulu signifier qu’on l’a contraint, en anglais dragooned !

Finalement, le débarquement de Provence a été décalé de plus de deux mois car les Alliés ne disposaient pas d’assez de bateaux de transport pour les mener de front. À défaut de briser la résistance allemande, il va permettre de soutenir Overlord et d’approvisionner par la vallée du Rhône les troupes en marche vers l’Allemagne.

Sa direction est confiée au général Alexander Patch, qui commande la VIIe Armée américaine.

Et pour la première fois interviennent en masse les Français. Ceux-ci avaient été représentés par un commando de 177 hommes le 6 juin 1944, avant que ne débarque la 2e DB du général Leclerc le 1er août suivant.

Cette fois, c’est une véritable armée qui débarque sur les côtes françaises sous les ordres du général Jean de Lattre de Tassigny.

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Jean Delattre de Tassigny

Les Français à l’honneur

Chef de guerre valeureux et charismatique, mais distant, aux manières de grand aristocrate, de Lattre s’est attiré le surnom de « roi Jean ».

Ayant rompu avec le régime de Vichy après l’occupation de la « zone libre », il a été emprisonné, s’est évadé et a rejoint enfin la France Libre et le général de Gaulle à l’automne 1943. C’est ainsi qu’il prend le commandement en Algérie de l’armée B, qui deviendra en septembre 1944 la 1ère Armée française.

Forte au total de 260 000 hommes, elle est constituée de volontaires de la France Libre et surtout d’anciens soldats de Vichy. Il s’agit de soldats qui appartiennent à l’ancienne Armée d’Afrique constituée par le général Weygand du temps où il était gouverneur général d’Algérie. Cette armée comprend en particulier des conscrits d’Afrique du Nord, soit 134 000 d’Algérie, 73 000 du Maroc et 26 000 de Tunisie. Dans ces effectifs, « pieds-noirs » et musulmans sont à peu près à part égale. L’armée de De Lattre compte  aussi vingt à trente mille ressortissants d’Afrique noire. Les uns et les autres n’ont encore jamais posé le pied en métropole pour la plupart.

Au sein de l’armée B, les troupes du général Joseph de Goislard de Monsabert, dont en particulier la 3e division d’infanterie algérienne (DIA), occupent une place à part.

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Joseph de Monsabert

Elles sont constituées de goumiers algériens et de tabors marocains, des troupes d’élite réputées pour leur endurance (et leur férocité) qui se sont déjà illustrées dans les combats d’Italie et notamment à la bataille du Mont-Cassin (note).

Monsabert est un chef de guerre d’un abord simple, au tempérament opposé à celui de De Lattre, ce qui n’empêche pas les deux hommes de s’entendre à merveille. Surnommé le « gentilhomme gascon », il se signale toutefois par une piété à toute épreuve, sans rien à voir avec les anciens mousquetaires...

Sous le commandement de De Lattre, l’armée B, qui réconcilie la France collaborationniste « de Vichy » et la France résistante « de Londres », va donc débarquer par vagues successives sur les côtes de Provence, aux côtés des Anglo-Saxons.

Pendant que ces derniers s’engouffreront dans la vallée du Rhône, c’est elle qui va conduire l’assaut contre Toulon et Marseille. Le contrôle de ces ports en eau profonde est essentiel pour l’approvisionnement des armées alliées dans la suite des opérations. Un tiers du tonnage américain transitera ainsi par Marseille !

Une progression plus rapide que prévu

Comme tout le littoral européen, la côte provençale avait été dotée par les Allemands de solides fortifications : blockaus (casemates) et mines. Pas moins de 600 000 mines sur la seule côte du Var, où aura lieu le débarquement.

Mais ces obstacles ont été au préalable repérés par les Alliés grâce à des campagnes de prises de vues aériennes (Antoine de Saint-Exupéry y participa activement). D’autre part, dès le 27 mai 1944, l’aviation alliée a bombardé tous les sites stratégiques de la côte, comme la gare Saint-Charles de Marseille. Enfin, avantage non négligeable, les troupes de la Wehrmacht présentes sur place se réduisent à la XIXe armée, qui comprend une bonne moitié de non-Allemands peu motivés.

Comme en Normandie, les Alliés ont soigneusement préparé le débarquement.

Le soir du 14 août, la BBC émet à l’intention de la Résistance intérieure les phrases codées qui indiquent l’imminence de l’opération : « Nancy a le torticolis »« Gaby va se coucher dans l’herbe »« Le chasseur est affamé ». Les résistants sapent sans attendre les voies de communication pour empêcher tout repli de l’occupant.

À minuit, les commandos français d’Afrique du colonel Bouvet et la 1st Special Service Force américaine du colonel Walker entrent en scène : après avoir sécurisé le cap Nègre, elles affrontent les défenses allemandes à Hyères.

Dans la nuit du 14 au 15 août 1944, neuf mille parachutistes anglo-saxons sous les ordres du général américain Robert T. Frederick, sont largués dans l’arrière-pays, notamment dans la plaine du Muy, entre les massifs des Maures et de l’Estérel. Ils s’assurent le contrôle des routes et marchent sans attendre vers Cannes.

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Robert Frederick

À l’aube enfin arrivent les premiers navires, avec une solide couverture aérienne qui permettra qu’aucun ne soit coulé. Ces navires sont partis pour certains dès le 4 août, d’Afrique du Nord ou d’Italie du Sud.

La première vague d’assaut compte trois divisions américaines renforcées par une unité française. Elle débarque sur la côte des Maures, hors de portée des batteries de Toulon, entre les îles d’Hyères, le cap Nègre et Le Troyas, des lieux paradisiaques aujourd’hui voués au tourisme.

En deux jours, 2200 bâtiments dont 850 navires de guerre amènent à terre 115 000 hommes. L’assaut aura été si rapide que les Allemands ont eu à peine le temps de réagir et l’on ne comptera que quelques dizaines de victimes parmi les Alliés.

Dès le 19 août 1944, les Allemands reçoivent de leur hiérarchie l’ordre de se replier, à l’exception des garnisons de Toulon et Marseille qui ont ordre de résister coûte que coûte.

Toulon et Marseille libérées

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Le général de Monsabert à Notre-Dame de la Garde à Marseille

Les Américains du général Patch se dirigent à marches forcées vers la vallée du Rhône sans rencontrer de véritable résistance, atteignant Lyon dès le 3 septembre 1944. Ils font enfin leur jonction avec l’armée de Patton, venue de Normandie, le 12 septembre 1944, à la hauteur de Dijon.

Pour les Français, le plus dur reste à faire : libérer les ports de Toulon et surtout Marseille, indispensables au ravitaillement des troupes et à la poursuite des opérations.

  • À Toulon résistent dix-huit mille soldats de la Wehrmachtsous les ordres du contre-amiral Heinrich Ruhfuss. Ils vont tenir jusqu’à la dernière limite, notamment dans les forts qui ceinturent la ville, et ne se rendront que le 26 août 1944, en laissant une ville en ruines et en déplorant un millier de tués.

Au terme de l’assaut, les Français sous les ordres du général Edgard de Larminat déplorent quant à eux 2 500 morts ou blessés sur un effectif total de 52 000 hommes.

  • À Marseille, la population se soulève dès le 19 août 1944 et des milliers d’habitants marchent sur la Préfecture. Dès le 23 août, la 3e division d’infanterie algérienne, la 1ère division blindée du général Sudre et les 2e et 3e groupements de tabors marocains pénètrent aussi dans Marseille. Mais le général allemand Hans Schaeffer, qui tient la ville avec les 20 000 hommes de la 244e division, n’accepte pas pour autant de se rendre.

Il faudra en définitive que les tirailleurs ou goumiers algériens de Monsabert s’emparent à revers de la colline de Notre-Dame de la Garde, qui surplombe la cité, pour que les Allemands cessent toute résistance. Ce succès coûte la vie à 1 500 soldats français et 2 500 soldats de la Wehrmacht, ainsi qu’à une centaine de FFI (Forces françaises de l’intérieur). Le général Schaeffer capitule enfin le 28 août 1944 (c’est trois jours après la libération de Paris par les hommes du général Leclerc).

Les Français peuvent ainsi se féliciter d’avoir atteint leurs objectifs 13 jours après le débarquement alors que le commandement allié avait planifié 40 jours ! Dès le lendemain, le 29 août, le général de Monsabert, fervent catholique, fait célébrer un Te Deum devant la basilique de Notre-Dame de la Garde et salue la Vierge en ces termes : « C’est elle qui a tout fait ! ».

De Lattre, quant à lui, télégraphie au général de Gaulle un message plus prosaïque : « Aujourd’hui J+13, dans le secteur de mon armée, il ne reste plus un Allemand autre que mort ou captif. » Grâce à cette participation de l’armée française à la libération du continent, le général de Lattre ratifiera au nom de son pays la capitulation de l’Allemagne, le 8 mai 1945, à Berlin.

En attendant, son armée va poursuivre à bride abattue sa marche triomphale vers le Rhin. Rebaptisée 1ère Armée française le 1er septembre 1944, elle va au fil de son avancée accueillir dans ses rangs des combattants FFI et doubler ses effectifs jusqu’à atteindre 400 000 hommes. Dans le même temps, les soldats indigènes vont pour la plupart rentrer chez eux. L’Armée d’Afrique sera dès lors oubliée…

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Les tabors marocains et les goumiers algériens de l’armée De Lattre de Tassigny défilent à Marseille

Sources documentaires

Le débarquement de Provence a laissé peu de traces dans la littérature de la Seconde Guerre mondiale. Aussi cet article puise-t-il beaucoup dans l’excellent documentaire qu’a réalisé Christian Philibert pour FR3 : Provence, août 1944, l’autre débarquement (2014).

https://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=19440815&ID_dossier=125

 

 

FRANCE, GUERRE DE RELIGION (France), HISTOIRE DE FRANCE, MASSACRE DE LA SAINT BARTHELEMY (24 août 1572), SAINT BARTHELEMY (24 août 1572)

Massacre de la Saint-Barthélémy : 24 août 1572

24 août 1572

Massacre de la Saint-Barthélemy

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Le 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélemy, le carillon de l’église de Saint-Germain l’Auxerrois, en face du Louvre, donne le signal du massacre des protestants à Paris.

Il s’agissait pour l’entourage catholique du roi de se défaire des chefs de la faction protestante, qui donnaient des signes de rébellion. Mais le peuple de Paris, animé par un fanatisme aveugle, en profite pour donner la chasse à tous les protestants de la capitale.

C’est le jour le plus noir des guerres de religion entre catholiques et protestants qui ont ensanglanté le pays pendant plus d’une génération. Il est devenu le symbole universel du fanatisme.

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Un mariage tendu

Tout commence par un… mariage, celui d’Henri de Navarre et Marguerite de Valois, soeur du roi Charles IX (celle-là même qui entrera dans la légende sous le surnom de reine Margot).

Margot

Il a lieu le 18 août 1572. Le Parlement de Paris, farouchement catholique, boude les cérémonies officielles car les magistrats réprouvent l’union de la catholique Marguerite avec le protestant Henri. Plus sûrement, ils en veulent au roi d’avoir édicté un impôt frappant les procureurs deux jours plus tôt !

Notons que la bénédiction nuptiale n’est pas donnée à l’intérieur de la cathédrale, comme à l’accoutumée, mais sous le porche. La raison en est que le marié, du fait de sa religion, n’a pas le droit d’entrer à Notre-Dame ni d’assister à la messe qui suit la bénédiction.

Bruits de guerre

Coligny

Les assistants de la noce, tant protestants que catholiques, sont très agités en raison de la rumeur d’une prochaine guerre contre l’Espagne catholique du roi Philippe II.

Depuis plusieurs mois, l’amiral Gaspard de Coligny, chef de la faction protestante, devenu le principal conseiller du roi, tente de convaincre celui-ci d’envahir la Flandre, possession espagnole. Mais les chefs de la faction catholique, à savoir les frères de Guise et le duc d’Anjou, frère du roi (qui succèdera plus tard à Charles IX sous le nom d’Henri III) ne veulent à aucun prix de cette guerre. La reine-mère Catherine de Médicis n’en veut pas davantage. Elle a conscience que cette guerre contre la puissante Espagne ferait courir un immense risque au pays.

La tension atteint son paroxysme pendant les noces d’Henri et Margot : Henri de Guise, qui a le soutien du Parlement et de la milice bourgeoise, exige du roi qu’il lui livre les chefs huguenots (surnom des protestants) ; dans le même temps, l’ambassadeur d’Espagne annonce la rupture des relations diplomatiques et menace d’envahir la Picardie.

Premiers coups de feu

Le matin du 22 août, soit quatre jours après le mariage princier, un capitaine gascon, Nicolas de Louviers, sire de Maurevert (ou Maureval), se met en embuscade rue Béthisy et blesse Coligny de deux coups d’arquebuse. L’assassin est connu pour être un agent de la famille de Guise mais tout donne à penser qu’il a agi sur ordre de Catherine de Médicis, soucieuse d’éviter à tout prix la guerre avec l’Espagne.

Le roi se rend au chevet de son conseiller qui l’adjure de ne pas chercher à le venger et lui recommande de se méfier de sa mère, Catherine de Médicis !

Les noces s’achèvent dans la confusion. Malgré les recommandations de Coligny, les chefs protestants réclament justice.

Au palais du Louvre où réside le roi de France, Catherine de Médicis craint d’être débordée par les chefs catholiques qui reprochent à la monarchie de trop ménager les protestants. Pour sauver la monarchie, elle décide de prendre les devants et de faire éliminer les chefs protestants (à l’exception des princes du sang, Condé et Navarre, le jeune marié). Elle ne veut en aucune façon d’un massacre général des protestants…

L’opération est confiée aux gardes des Guise et aux gardes du roi. Le roi se laisse convaincre par son conseiller Gondi. Selon une tradition assez peu fiable, il se serait écrié : « Eh bien ! par la mort Dieu, soit ! mais qu’on les tue tous, qu’il n’en reste pas un pour me le reprocher après ! »

Coligny, le glaive au service de la foi

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Gaspard de Châtillon, sire de Coligny (53 ans), est le neveu du célèbre connétable Anne de Montmorency. Il appartient à l’une des plus grandes et plus riches familles de France. Il a été nommé amiral de France puis gouverneur de Picardie sous le règne du roi

Il envoie une expédition en Amérique du Sud. Elle fonde une colonie éphémère, Fort-Coligny. À sa place s’élève aujourd’hui… Rio de Janeiro. Il se convertit en 1558 au protestantisme, à l’instigation de son frère d’Andelot.

Quand commencent les guerres de religion, en 1562, il prend avec Condé la tête du parti huguenot puis cherche à réconcilier les deux camps avant de reprendre les armes.

C’est la troisième guerre de religion : vaincu à Jarnac et Moncontour en 1569, il ravage la Guyenne et le Languedoc avant de remonter jusqu’en Bourgogne, histoire de démontrer la capacité de nuisance des protestants. Il arrive ainsi à obtenir la paix de Saint-Germain le 8 août 1570.

Là-dessus, il se rapproche du roi Charles IX et un an plus tard, fait sa rentrée à la cour. Principal conseiller du souverain au grand dam des chefs catholiques, il prépare la guerre contre l’Espagne et négocie le mariage de Marguerite de Valois et Henri de Navarre. Pour les catholiques, trop c’est trop...

Le massacre

Le 24 août, fête de la Saint Barthélemy, à 3 heures du matin, le carillon de l’église de Saint-Germain l’Auxerrois, en face du Louvre, où réside la Cour, se met à sonner le tocsin. C’est le signal qu’attendaient les massacreurs. Coligny est égorgé dans son lit et son cadavre jeté dans la rue et livré aux exactions de la populace.

Les gardes et les miliciens, arborant une croix blanche sur leur pourpoint et une écharpe blanche, poursuivent le massacre dans le quartier de Saint-Germain l’Auxerrois. Ils massacrent deux cents nobles huguenots venus de toute la France pour assister aux noces princières et rassemblent leurs cadavres dans la cour du Louvre. Certains chefs protestants, prévenus à temps, arrivent à s’enfuir avec les gardes des Guise à leurs trousses.

Quand la population parisienne sort dans la rue, réveillée par le tocsin, elle prend connaissance du massacre. C’est aussitôt la curée. Dans les rues de la capitale, chacun s’en prend aux protestants de rencontre.

Les malheureux, hommes, femmes, enfants, sont traqués jusque dans leur lit et mis à mort des pires façons. Les femmes enceintes sont éventrées, les hommes mutilés, jetés à la Seine. Et l’on en profite pour piller les biens des victimes.

La chose est d’autant plus aisée que les protestants constituent à Paris une très petite minorité d’environ quinze mille personnes sur trois cent mille habitants.

Le roi aux 6 conversions

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Henri de Navarre est épargné par les massacreurs mais il devient littéralement prisonnier de sa belle-famille et doit se convertir au catholicisme, ce qu’il accepte sans mot dire.

Tiraillé entre ses parents, le très catholique Antoine de Bourbon et la très calviniste Jeanne d’Albret, il a déjà été amené à changer trois fois de religion. Il aura encore l’occasion de le faire deux fois, avant de monter sur le trône de France sous le nom d’Henri IV.

Le miracle de l’aubépine

À la mi-journée, le roi ordonne d’en rester là. Mais ses sonneurs de trompe ont le plus grand mal à faire respecter ses ordres. Le lendemain, on apprend… qu’une aubépine a refleuri au cimetière des Innocents. Ce fait rarissime et quasi miraculeux apparaît comme un signe de Dieu. Le roi lui-même va vénérer l’aubépine.

À cette occasion, un gentilhomme de sa suite suspecté d’hérésie est massacré par la foule. « Ah, si c’était le dernier huguenot ! », lance le roi. La foule y voit un encouragement et la chasse aux huguenots reprend aussitôt ! La furie sanguinaire s’étend aux autres villes du royaume et ne s’interrompt qu’à la fin du mois d’août. Il est à noter toutefois que plusieurs gouverneurs de province s’y opposent avec fermeté.

Le 26 août, dans un lit de justice, le roi Charles IX assume la responsabilité des événements. Il explique le lendemain que Coligny avait ourdi un complot contre lui et qu’il avait dû l’exécuter. Il s’en justifiera dans une lettre du 13 septembre 1572 à son conseiller Gaspard de Schomberg en soulignant que Coligny « avoit plus de puissance et estoit mieux obey de la part de ceux de la nouvelle Religion que je n’estois (…) de sorte que s’estans arrogé une telle puissance sur mesdicts sujets, je ne me pouvois plus dire Roy absolut, mais commandant seulement à une des parts de mon Royaume. »

On évalue le nombre total de victimes dans l’ensemble du pays à 30 000 (plus que sous la Commune de 1871). Il n’empêche que le massacre de la Saint-Barthélemy n’est pas ressenti avec une horreur particulière par les contemporains. Il apparaît à ceux-ci comme relativement banal dans l’atmosphère violente de l’époque. Ainsi, le 6 septembre, ayant vent de l’événement, le pape Grégoire XIII fait chanter un Te Deum dans sa chapelle.

La reprise de la guerre

Deux ans plus tard, le 30 mai 1574, le roi Charles IX meurt à 24 ans au château de Vincennes. C’est son frère Henri, duc d’Anjou, qui doit lui succéder sous le nom de Henri III..

Élu roi de Pologne quelques mois plus tôt grâce aux intrigues de sa mère Catherine de Médicis, il rentre sans regret de Cracovie, où il avait été d’emblée rebuté par le climat et les moeurs rustiques de la cour. Prenant le temps d’un détour vers Venise et les cours italiennes, autrement plus plaisantes que les polonaises, il arrive en France début 1575 et se fait sacrer à Reims le 13 février avec le titre de roi de France et de Pologne (bien que les Polonais aient pris un nouveau roi).

Le nouveau souverain reprend la guerre contre les protestants avant de se rallier au parti des Politiques, conduit par son jeune frère, le duc d’Alençon. Ce parti réunit des modérés des deux camps. Il place l’intérêt national au-dessus des querelles religieuses et veut reprendre la politique de conciliation tentée par le chancelier Michel de l’Hospital au début des guerres de religion.

Après quelques victoires sur la noblesse protestante, le roi signe donc la paix de Beaulieu-lès-Loches, le 16 mai 1576. Trop favorable aux protestants, elle va avoir pour effet de rapprocher les bourgeois et les gentilshommes du camp catholique au sein d’une Ligue conduite par le duc de Guise.

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FRANÇOIS CHARLES-ROUX (1879-1961), FRANCE, FREDERIC LE MOAL, PAPAUTE, PIE XI (Pape ; 1857-1939), PIE XII : UN PAPE POUR LA FRANCE, RELATIONS ENTRE LE VATICAN ET LA FRANCE

Pie XII : un pape pour la France de Frédéric Le Moal

Pie XII – Un pape pour la France 

Frédéric Le Moal

Paris, Le Cerf, 2019. 416 pages

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Ce livre éclaire d’une façon magistrale une face méconnue des relations entre la France et le Vatican. De part et d’autre on assiste aux efforts entrepris pour renouer des liens qui s’étaient distendus après les Lois de Séparation entre l’Eglise et l’Etat en 1905 et la rupture des relations diplomatiques qu’en était suivie. D’un côté comme de l’autre on mesure combien il était nécessaire de renouer ces liens. Les voyages du Cardinal Pacelli en France (Lisieux, Paris et Lourdes) y furent pour beaucoup ainsi que l’action des ambassadeurs auprès le Saint-Siège qui surent avec intelligence être des relais précieux entre le Vatican et les gouvernements  français (même sous le Front Populaire avec Léon Blum). Il n’est guère étonnant de voir le prestige dont a joui le cardinal Pacelli dans la France d’après la Première Guerre mondiale de 1914-1918. Adulé par toute la presse française (même parfois au-delà du raiusonnable) il fut bien « le pape de la France » avant son élection sur le trône de Saint-Pierre. 

Il faut noter que cet engouement pour Pacelli fut de courte durée : les espoirs français de voir le Pape Pie XII se ranger du côté des démocraties contres les Etats totalitaires (Allemagne, Italie) se heurtèrent à une autre réalité car le Secrétaire d’Etat était devenu non plus un diplomate mais le chef de la chrétienté et de ce fait de toute la catholicité.

®Claude-Marie T.

Présentation de l’éditeur

Il y eut un temps où Paris faisait les papes. C’est parce qu’elle avait vérifié son anti-germanisme que la IIIe république contribua à l’élection de Pacelli, le futur Pie XII, pontife de la Seconde Guerre mondiale. Le Récit secret d’un grand jeu politico-religieux décrypté par l’un des historiens majeurs d’aujourd’hui.

En 1939, Pie XII est élu grâce aux cardinaux français. La presse de l’Hexagone exulte. La France a son pape, un antinazi qui la soutiendra dans la lutte contre l’hydre brune. Depuis, la réputation du souverain pontife de la Seconde Guerre mondiale a été remise en cause et on a oublié qu’il était alors considéré comme le plus humaniste des prélats. 
Fondé sur des archives inédites et exhumées en France, en Italie, en Belgique et au Vatican, ce livre démontre que, du rétablissement des relations diplomatiques entre Paris et le Saint-Siège en 1920 à l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933, l’Église et sa fille aînée ont fait front commun contre les totalitarismes. L’homme à la manoeuvre de cette alliance n’était autre que le jeune secrétaire d’État et futur pape Pacelli. 
Cet ouvrage détonant éclaire d’un nouveau jour le rôle fondamental de Pie XII, militant acharné de l’humanisme chrétien. 
Une contribution majeure à l’histoire du xxe siècle.

Un mot de l’auteur

Docteur en histoire, Frédéric Le Moal est professeur au lycée militaire de Saint-Cyr et à l’Institut Albert-le-Grand. Son dernier livre, Histoire du fascisme , a reçu en 2018 le prix Ernest Lemonon par l’Académie des sciences morales et politiques.

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Quand la France s’enthousiasmait pour le futur Pie XII

 

Le pape Pie XII (1939-1958) fait partie de ces héros discrets mais dont l’action contre le nazisme a été colossale.

Que s’est-il passé lors du conclave de 1939 qui a élu Pie XII et quel rôle la France y a-t-elle joué ? L’auteur de « Pie XII, un pape pour la France », qui vient de paraître au Cerf, a mené l’enquête dans les archives françaises, belges, italiennes et vaticanes. Il a découvert nombre de documents prouvant la grande proximité à partir des années 1930 entre Paris et le Saint-Siège autour du cardinal Pacelli, le futur pape. Très vite, les Français lui apportent un soutien inconditionnel et en font le candidat de la France contre l’Italie fasciste et l’Allemagne nazie.

Si la période 1922-1925 s’avère trop lourde de tensions pour permettre à la diplomatie française de recueillir les fruits de son retour auprès de la papauté en 1920, tout change avec l’arrivée du cardinal Pacelli à la tête de la secrétairerie d’État puis avec celle d’Hitler au pouvoir en Allemagne. La convergence franco-vaticane devient alors aussi évidente que forte, soigneusement entretenue par les ambassadeurs Joseph de Fontenay et François Charles-Roux qui, tour à tour, œuvrent à exploiter les bonnes dispositions de Pacelli dont la profonde hostilité à l’encontre du régime hitlérien est évidente. Ses différents entretiens avec les diplomates des démocraties nous le font apparaître comme un responsable très au fait des réalités de son temps, sans illusions sur le programme hitlérien et les méthodes du IIIe Reich.

 L’homme de la France

Mais à partir de 1937 la santé du vigoureux Pie XI se dégrade brutalement, ouvrant la perspective d’un conclave inédit : le premier depuis les accords du Latran. Dès lors les diplomaties française et italienne se livrent une guerre sourde dans les chancelleries et les couloirs du Vatican pour influencer le prochain vote des cardinaux. L’Italie fasciste paraît la plus inquiète devant la perspective de la montée sur le trône pétrinien du cardinal Pacelli qui lui apparaît comme l’homme de la France. N’a-t-il pas effectué deux voyages, l’un à Lourdes en 1935, l’autre à Paris en 1937, véritables triomphes que le Quai d’Orsay et la presse ne se sont pas fait faute d’exploiter ?

Sans surprise, à la mort de Pie XI en 1939, le Sacré Collège choisit le cardinal Pacelli en faveur duquel les cardinaux français ont usé de toute leur influence pendant la Sede Vacante. Notons bien qu’ils le font en toute connaissance de cause de sa volonté d’apaisement avec l’Italie et l’Allemagne car ils en ont compris le sens. Loin d’être l’expression d’une complicité ou d’une lâcheté, elle vise à sauver l’Église allemande et à affaiblir l’Axe Rome-Berlin. La presse française quant à elle exulte, y compris Le Populaire, le journal de Léon Blum, et même L’Humanité ! La France a son pape, un antinazi qui devra lui servir de caution morale. Elle envoie une délégation prestigieuse aux grandioses cérémonies du couronnement. Qu’il est loin le temps du laïcisme de Combes et des violences anticléricales ! La fille aînée renoue avec l’Église.

Les archives parlent

Or, très vite, les Français s’aperçoivent que Pie XII n’est pas à leur service mais à celui du Saint-Siège, que la papauté défend d’abord ses intérêts qui ne coïncident pas forcément avec les leurs et que le Vatican a sa propre conception du système international. La désillusion de l’été 1939 est cruelle et annonce les attaques contre Pie XII dont beaucoup viendront de France. En fin de compte, les archives parlent. Encore une fois en faveur de Pie XII.

Site Aleteia

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Diplomatie papale entre les deux guerres

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S’appuyant sur des archives inédites, l’historien étudie le rôle d’Eugenio Pacelli (1876-1958) dans la reprise des relations entre Paris et le Saint-Siège.

D’un côté, on a vu depuis une trentaine d’années un grand nombre d’ouvrages paraître sur Pie XII, que ce soit des biographies ou des monographies consacrées à son attitude durant la Seconde guerre mondiale, d’un autre côté, le jeune historien Martin Dumont publiait l’an dernier, toujours au Cerf, un très beau petit livre sur les relations entre la France et le pape depuis Pie VI.

Aujourd’hui, Frédéric Le Moal, docteur et enseignant en histoire, spécialiste des Balkans et de l’Italie (surtout à l’époque fasciste) sur lesquels il a déjà écrit une demi-douzaine d’ouvrages, en consacre un à la France et Pie XII, et, plus précisément encore, au conclave qui vit en mars 1939 l’élection de ce dernier. Autant dire que le livre parle aussi abondamment de son prédécesseur et mentor, à savoir Pie XI, que l’on voit vivant, même si très affaibli par la maladie, durant la plus grande partie du livre (il meurt seulement à la page 218 !). Le pontificat de Pie XI a vu le rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège après la rupture de 1905 due à la loi de séparation des Églises et de l’État et l’abrogation de fait du Concordat plus de cent ans après sa signature, en 1801.

 Un des conclaves les plus courts de l’histoire

Le Moal montre bien toutes les tensions diplomatiques dans lesquelles étaient pris le Saint-Siège avec la montée du nazisme en Allemagne et celle du fascisme en Italie. Pie XI a gardé jusqu’au bout une attitude critique intransigeante et, à sa mort, un certain nombre de cardinaux souhaitaient un pape plus diplomate. Les cardinaux français, eux, emmenés par leur chef de file, le cardinal Verdier, archevêque de Paris (que d’aucuns qualifièrent alors de ‘faiseur de roi’ !), penchaient fortement tous, sauf un (le cardinal Tisserant) pour la cardinal Eugenio Pacelli qui était le secrétaire d’État de Pie XI depuis 1930. Ses deux venues en France, en 1935 à Lourdes et en 1937 à Lisieux et Paris, avaient été un vrai triomphe. Bref, il fut élu au terme d’un des conclaves les plus courts de l’histoire puisqu’il dura à peine deux jours ! La joie fut alors grand à tous les niveaux dans la République française mais retomba aussi assez vite car, en quelques mois, voire quelques semaines, beaucoup de voix dans notre pays s’élevèrent pour critiquer l’attitude du nouvel élu, jugée pas assez offensive face aux totalitarismes naissants, et, en particulier, trop dépendant de la politique italienne. Et, le livre se clôt sur le début de la guerre, à la fin de l’été 1939 !

Le Moal a réalisé ici une œuvre impressionnante, à partir d’archives encore peu connues du Vatican ou en France, en Italie et même en Belgique et à partir de nombreux journaux français, depuis l’Action française jusqu’à l’Humanité. On dirait qu’il a tout lu et tout assimilé ! Et, cet ouvrage, qui se lit facilement malgré des coquilles, présente donc avec une grande précision un moment très particulier, important dans l’histoire du monde et de l’Église. Pour autant, il nous apparaît un brin excessif qu’il soit présenté en quatrième de couverture comme « une contribution majeure à l’histoire du vingtième siècle » ! En tout cas, très orienté vers les relations diplomatiques entre le Saint-Siège et la France, il met bien en exergue le rôle de celui qui était alors, entre 1932 et 1940, l’ambassadeur de France auprès du Vatican, le Marseillais François Charles-Roux, père de Jean, futur prêtre, de Cyprienne, épouse du prince Del Drogo, proche du comte Ciano, et d’Edmonde, future femme de Gaston Defferre. D’autres ambassadeurs sont souvent cités dans ce livre, en particulier ceux, toujours auprès du Saint-Siège, d’Allemagne, Diego von Bergen, et d’Italie, Bonifacio Pignatti Morano di Custoza (il semble que notre auteur l’ait confondu dans son index des noms de personnes avec son parent, de même patronyme, mais prénommé Carlo, qui, lui, était amiral…).

 Un homme prudent et cohérent ?

En toute fin d’ouvrage, Le Moal livre sa pensée personnelle sur Pie XII, le réhabilitant largement après toutes les accusations dont il fut l’objet quant à son attitude jugée trop passive durant la Seconde guerre mondiale. Voici donc les dernières phrases de son dernier chapitre : « Foi et politique dans l’action, mais la seconde au service de la première, et même à travers elle : telle était, telle est et telle sera toujours la ligne du Saint-Siège. Le défaut si souvent reproché à Pie XII était en réalité une vertu cardinale, celle de la prudence présentée par Saint Augustin comme ‘l’amour faisant un choix judicieux’ et par Saint Thomas d’Aquin comme ‘la droite règle de l’action’. Une vertu que n’avait rien avoir avec la peur, la duplicité ou la dissimulation. Pie XII correspondait ainsi à la définition qu’avait donnée Cicéron de l’homme prudent : celui ‘qui se projette vers un avenir toujours incertain, qui se préoccupe des conséquences’. Des Pères de l’Église à ses maîtres en politique, Pacelli naviguait avec cohérence. » Ne doutons pas que de pareilles considérations paraîtront un peu courtes à plus d’un lecteur…

https://livre-religion.blogs.la-croix.com/diplomatie-vaticane-entre-les-deux-guerres/2019/06/19/

 

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 12 mars 1939 : Élection du pape Pie XII

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Le 12 mars 1939, les cardinaux réunis en conclave au Vatican élisent Eugenio Pacelli (63 ans) à la succession du vieux pape Pie XI (81 ans), mort quelques semaines plus tôt, le 10 février.

Le nouveau pape est intronisé dix jours plus tard sous le nom de Pie XII.

 Un moment crucial

Eugenio Pacelli était le cardinal le plus connu de la planète du fait de ses nombreux voyages en qualité de secrétaire d’État (ministre des Affaires étrangères) du Vatican. Il prend le nom de Pie XII. Son intronisation se déroule sous les acclamations de plusieurs centaines de milliers de fidèles.

La cérémonie, pleine de magnificence, est pour la première fois radiodiffusée dans le monde entier. Elle est à l’image du nouveau pontificat.

Avec l’élection de Pie XII, l’Église catholique semble atteindre le summum de son autorité morale et spirituelle.

Le catholicisme réunit à cette époque 500 millions de fidèles sur un total de 2 milliards d’hommes (le quart de la population mondiale). Mais au-delà des apparences, l’élection amorce le déclin de l’Église triomphaliste héritée de Pie IX.

De l’autre côté des Alpes, au même moment, un dictateur furibond (Hitler) dépèce ce qui reste de la Tchécoslovaquie et s’apprête à porter la guerre dans le monde entier…

 Né pour la papauté

Eugenio Pacelli a vu le jour à Rome le 2 mars 1876, dans une famille d’avocats attachés au Saint-Siège, qui ruminent leur désolation depuis la prise de Rome par l’armée italienne et l’enfermement volontaire du pape au Vatican.

Au séminaire, pour des raisons de santé, Eugenio Pacelli échappe au lot commun et obtient de rentrer chaque soir au domicile parental. Notons que, devenu adulte, il entrera très tôt dans la diplomatie vaticane et n’aura pas davantage l’occasion de côtoyer le peuple, si l’on excepte les domestiques à son service. Il ne connaîtra jamais les hommes ordinaires qu’à travers les dossiers. Mais, polyglotte, il connaîtra jusqu’à six langues.

Dès l’âge de 25 ans, il est remarqué par un fonctionnaire de la secrétairerie d’État et va rapidement grimper tous les échelons de cette institution. C’est ainsi qu’il devient nonce (ambassadeur) en Bavière puis à Berlin en 1920 (en 1915, il est chargé de présenter à l’empereur Guillaume II les plans de paix de Benoît XV). Pour finir, il devient secrétaire d’État en 1930 et va le rester jusqu’à son élection à la papauté en 1939. Fin diplomate, charismatique et séducteur, élégant dans la pourpre cardinalice, Eugenio Pacelli sait recevoir ses interlocuteurs dans ses résidences de Munich comme de Berlin.

En 1919, comme Munich est livrée à une bande de révolutionnaires brutaux qui se réclament du communisme, le nonce est heurté dans sa chair par ces individus qui le menacent de leurs fusils. Il doit être hospitalisé pour dépression nerveuse. De cette expérience, il va conserver une méfiance viscérale à l’égard des communistes.

Dans les années 1920, il prépare d’arrache-pied un Concordat entre le Vatican et les Allemands qui donnerait au Saint-Siège la haute main sur les nominations d’évêques. Mais les négociations achoppent sur des broutilles. Rappelé en 1929, Eugenio Pacelli reçoit le chapeau de cardinal et succède au cardinal Gasparri comme Secrétaire d’État.

Finalement, le Concordat avec l’Allemagne sera signé le 20 juillet 1933 avec le gouvernement dirigé par Hitler, celui-ci s’étant habilement servi de son vice-chancelier, le conservateur Franz von Papen, pour endormir la méfiance du Vatican.

Cinq mois après son arrivée au pouvoir, Hitler gagne avec le Concordat la légitimité internationale qui lui faisait encore défaut. Dans le même temps, à Berlin, Monseigneur Ludwig Kaas, chef du parti catholique du Centre, le Zentrum, vote les pleins pouvoirs à Hitler puis saborde son parti. Plus tard, les détracteurs du futur pape soupçonneront celui-ci d’avoir poussé son ami Ludwig Kaas à voter les pleins pouvoirs en contrepartie du Concordat. Aucune preuve, toutefois, ne vient corroborer ces accusations, note l’historien John Cornwell (Le pape et Hitler , Albin Michel, 1999).

Dans les faits, le pape Pie XI et son secrétaire d’État, pas plus que leurs contemporains, auraient été bien en peine en 1933 de discerner la nature foncièrement criminelle du nazisme. Mais dans les mois et les années qui suivent l’accession de Hitler au pouvoir, ils prennent très vite conscience de la monstruosité du régime. Qui sait d’ailleurs si la lettre adressée par la philosophe Edith Stein au pape en avril 1933 n’a pas contribué à cette prise de conscience ?…

Dès février 1934, le pape dénonce la fierté raciale et la même année, à Pâques, dans une lettre écrite de sa main à la jeunesse catholique allemande, il s’en prend à « cette nouvelle conception de vie s’éloignant du Christ et ramenant au paganisme».

Sa dénonciation du nazisme culmine avec l’encyclique Mit brennender Sorge (Avec un souci brûlant). Ce texte, écrit avec le concours d’Eugenio Pacelli, dénonce avec virulence l’idéologie de la race. Publié en allemand le 14 février 1937, il est lu en chaire le 21 mars 1937 dans les églises catholiques d’Allemagne.

Entre temps, le 19 mars, le pape Pie XI a publié une encyclique en latin (Divini Redemptoris) pour dénoncer parallèlement le communisme athée (on est à l’époque des grands procès de Moscou et les victimes de Staline se comptent déjà par millions). Mais il a aussi approuvé la conquête de l’Éthiopie par l’Italie fasciste, bourde que son Secrétaire d’État Eugenio Pacelli a eu le plus grand mal à rattraper.

 « Protestez !»

En 1939, à la mort de Pie XI, Eugenio Pacelli est de tous les papabile le favori. Il est élu sans surprise au trône de Saint Pierre au terme du conclave le plus bref des trois derniers siècles ! Mais pour nous qui connaissons la suite de l’Histoire, il ne fait guère de doute que ce n’était pas l’homme de la situation.

Pie XII s’avère plus proche de ses contemporains Chamberlain et Daladier, partisans d’un accommodement avec Hitler, que de Churchill, partisan de la rupture. Deux mois après son accession au pontificat, il adresse au Führer une lettre on ne peut plus conciliante : « Nous désirons rester liés par une intime bienveillance au peuple allemand confié à vos soins».

Mais le 28 décembre 1939, pour sa première visite au Quirinal, le palais royal, il supplie Victor-Emmanuel III, roi d’Italie, de s’abstenir d’entrer en guerre aux côtés des Allemands. Il se fait éconduire et cet échec va dès lors le décourager de toute intervention trop voyante dans les affaires politiques.

À l’approche de la Seconde Guerre mondiale, il hésite à protester contre les persécutions que les nazis infligent aux institutions catholiques d’Allemagne dans la crainte d’occasionner de plus grands torts à ses fidèles. D’un autre côté, en 1940, il s’entremet imprudemment dans un complot secret contre Hitler, à la demande d’amis allemands antinazis.

Après l’invasion de la Yougoslavie par Hitler et la création d’un État croate fantoche, le Vatican tarde à prendre ses distances avec les Oustachis, bandes de criminels responsables d’innombrables atrocités contre les Juifs et les Serbes.

Quand arrivent les premières informations sur l’extermination programmée des Juifs en Europe centrale, le pape, pas davantage que quiconque, n’est disposé à y croire. Certains responsables le pressent néanmoins de parler. Parmi eux l’ambassadeur britannique auprès du Saint-Siège, lord Osborne.

L’appel vient enfin dans l’homélie de Noël 1942. Le pape évoque le sort des personnes persécutées en raison de leur naissance ou de leur race (mais par un excès de prudence diplomatique, il évite de nommer les Juifs et les nazis). Son message tient en quelques mots, après le vœu de ramener le monde à la loi divine : « L’humanité doit ce vœu  aux centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, parfois seulement en raison de leur nationalité ou de leur race, sont destinées à mourir ou à disparaître peu à peu». Le pape n’osera pas en dire plus. Sa réserve diplomatique suscitera plus tard des interrogations légitimes.

Mais est-il sûr que des appels pressants de sa part eussent brisé le mur d’incrédulité et de propagande de l’époque ? Ceux-ci n’eussent-ils pas entraîné au contraire un redoublement de répression des organisations catholiques, en première ligne dans l’aide aux Juifs et aux persécutés ? Le pape en est convaincu à la lumière du drame hollandais : en août 1942, les évêques de ce pays ayant publiquement dénoncé les persécutions, celles-ci redoublèrent aussitôt d’intensité et, en une nuit, les nazis raflèrent 40 000 Juifs, y compris dans les institutions catholiques (dont Edith Stein) !

Se taire ou parler au risque d’aggraver les choses ? Le dilemme devient pathétique le samedi 16 octobre 1943. Mussolini ayant été renversé, les Allemands occupent Rome. Un détachement de SS rafle le matin de ce jour les juifs romains. Trois mille trouvent refuge dans les couvents qui leur ouvrent les portes. Mais un millier sont embarqués par les SS et prennent la direction du camp d’extermination d’Auschwitz. Les convois passent devant la basilique Saint-Pierre.

Convoqué par le secrétaire d’État du Vatican, l’ambassadeur allemand Van Weizsäcker l’aurait encouragé à mots couverts à réagir. « Protestez !» lui aurait-il dit à plusieurs reprises, suggérant que lui-même saurait faire relâcher les Juifs en cas de protestation claire du pape. Mais ni le pape ni son secrétaire d’État, le cardinal Maglione, ne dénoncent publiquement la rafle…

 Un pape adulé

Une fois le nazisme vaincu, Pie XII devient le pape de la lutte contre le communisme. Il pèse de tout son poids pour que la Démocratie chrétienne l’emporte aux élections de 1948 en Italie. En 1949, il excommunie les catholiques membres du parti communiste…

Notons que Pie XII a joui pendant son pontificat comme après sa mort (8 octobre 1958) d’une immense ferveur populaire. Chacun lui a été reconnaissant d’avoir porté le message de l’Église pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les représentants juifs n’étaient pas en reste. Le 29 novembre 1944, une délégation de 70 rescapés exprima à Pie XII, au nom de la United Jewish Appeal, sa reconnaissance pour les institutions catholiques qui ont accueilli, aidé et caché les juifs persécutés dans toute la mesure du possible. Le grand rabbin de Rome alla lui-même jusqu’à se convertir et prendre le prénom d’Eugenio.

L’aura du pape s’est accrue pendant les dernières années de son pontificat, jusqu’en 1958. L’israélienne Golda Meir déclara à sa mort, le 9 octobre de cette année-là : « Pendant la décennie de terreur nazie, quand notre peuple a subi un martyre terrible, la voix du pape s’est élevée pour condamner les persécuteurs et pour invoquer la pitié envers leurs victimes…. Nous pleurons un grand serviteur de la paix».

C’est en 1963 seulement que le doute sur l’action de Pie XII s’est insinué dans l’opinion publique avec la sortie en Allemagne de la pièce de théâtre Le Vicaire (Der Stellvertreter). L’auteur, Rolf Hochhuth, est un dramaturge allemand au parcours ambigu (membre des Jeunesses hitlériennes dans son enfance, plus tard défenseur du « négationniste» David Irving !). De la pièce, le cinéaste Costa-Gavras a tiré en 2002 le film Amen.. Une inscription du mémorial Yad Vashem, à Jérusalem, illustre ce nouveau regard sur l’action du pape Pie XII.

 Commentaire : trompeuse prophétie

Pie XII a témoigné d’indéniables qualités à l’origine de son immense popularité : une piété parfois ostentatoire dans sa manière de bénir à tout propos, une humilité sincère, une immense capacité de séduction, une vive sensibilité aux peines de ses interlocuteurs… Mais il avait aussi des faiblesses non moins indéniables. Enfant de la bourgeoisie, éloigné du peuple et mûri dans la haute diplomatie, il était porté à préférer les conversations entre gens bien élevés aux harangues populistes.

Le contexte antidémocratique de son époque a encouragé Pie XII à prendre sa place au sommet de la structure pyramidale du Saint-Siège, voulue par Pie IX et renforcée par ses successeurs. Il était tout le contraire d’un tribun et on l’imagine mal, comme son successeur Jean-Paul II, lançant un appel à l’insoumission.

Le pape Pie XII a été, d’une certaine manière, leurré par la fausse prophétie de Malachie qui désignait le 260e pape (lui-même) sous le surnom de Pastor angelicus (pasteur angélique). Il s’est appliqué à aligner son comportement sur cette appellation. Il a même fait réaliser au plus fort de la guerre un film de propagande tout simplement intitulé « Pastor angelicus».

Le pape aurait peut-être agi autrement face au nazisme si la prophétie l’avait désigné par exemple sous l’appellation de Lion féroce ainsi que le suggère l’ambassadeur anglais auprès du Saint-Siège ?… Mais rien ne permet d’affirmer que cela aurait modifié l’attitude vis-à-vis de la Shoah de ses contemporains.

  

Bibliographie

Sur l’itinéraire de Pie XII, son portrait psychologique et son attitude vis-à-vis du nazisme, on peut lire l’essai de John Cornwell : Le pape et Hitler, l’histoire secrète de Pie XII (Albin Michel, 1999).

On regrette le parti pris systématique de l’auteur, son ignorance du contexte (le rôle de la Curie – le gouvernement du Vatican -, et l’attitude des autres dirigeants de l’époque) et la sous-estimation du rôle de Pie XI, prédécesseur de Pie XII. On peut déplorer aussi quelques erreurs manifestes de l’auteur, lorsqu’il s’éloigne de son sujet, et des indications bibliographiques presque exclusivement anglo-saxonnes.

Sur un ton plus convenu, on peut lire : Pie XII et la Seconde Guerre Mondiale, de Pierre Blet, chez Perrin.

À retenir enfin un excellent document historique sur la diplomatie vaticane depuis Pie IX (milieu du XIXe siècle), par un témoin de premier choix qui fut conseiller des éditions de la Bibliothèque vaticane et des Archives secrètes : Histoire secrète de la diplomatie vaticane, d’Eric Lebec (320 pages, Albin Michel, 1997).

https://www.herodote.net/12_mars_1939-evenement-19390312.php

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Pie XII (1876 – 1958)

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Biographie

Eugenio Maria Giuseppe Giovanni Pacelli (Rome, 2 mars 1876–Castel Gandolfo, 9 octobre 1958), élu pape le 2 mars 1939 sous le nom de Pie XII (en latin Pius XII, en italien Pio XII). Sa béatification, un temps prévue en même temps que celle de Jean XXIII, le 2 septembre 2000, a été différée.

Eugenio Pacelli naît à Rome dans une famille de petite noblesse très liée, depuis le XIXe siècle, aux milieux du Vatican. Son père, Filippo Pacelli, est avocat à la Rote romaine puis avocat consistorial ; il se montre défavorable à l’intégration des États pontificaux au royaume d’Italie. Sa mère vient d’une famille distinguée pour ses services rendus au Saint-Siège.

Eugenio fait ses études au lycée Visconti, un établissement public. Il entame en 1894 sa théologie à l’Université grégorienne, comme pensionnaire du Collège capranica. De 1895 à 1896, il effectue également une année de philosophie à la Sapienza, l’université d’État de Rome. En 1899, il rejoint l’Apollinaire, où il obtient trois licences, l’une de théologie et les autres in utroque jure (« dans les deux droits », c’est-à-dire droit civil et droit canonique). Au séminaire, pour des raisons de santé, il échappe au lot commun et obtient de rentrer chaque soir au domicile parental.

Il est ordonné prêtre le 2 avril 1899 par Mgr Cassetta, vice-régent de Rome et grand ami de la famille.

En 1901, il entre à la Congrégation des affaires ecclésiastiques extraordinaires, chargée des relations internationales du Vatican, suite à la recommandation du cardinal Vannutelli, ami de la famille. Il y devint minutante. Pacelli assiste au conclave d’août 1903, qui voit l’empereur d’Autriche porter la dernière exclusive contre le cardinal Rampolla. En 1904, il est nommé par le cardinal Gasparri secrétaire pour la Commission pour la codification du droit canonique. Il devient également camérier secret, signe de confiance de la part du pape. Il publie une étude sur La Personnalité et la territorialité des lois, spécialement dans le droit canon, puis un livret blanc sur la séparation de l’Église et de l’État en France. Pacelli doit décliner de nombreuses offres de chaires de droit canonique, aussi bien à l’Apollinaire qu’à l’université catholique de Washington. Il accepte cependant d’enseigner à l’Académie des nobles ecclésiastiques, vivier de la Curie romaine. En 1905, il est promu prélat domestique.

Ses promotions continuent d’être rapides et régulières :

en 1911, il devient sous-secrétaire aux Affaires ecclésiastiques extraordinaires. Ceci le porte parmi les têtes pensantes de la diplomatie vaticane ;

en 1912, Pie X le nomme secrétaire adjoint, puis secrétaire le 1er février 1914. Il conserve ce poste sous le règne de Benoît XV et assume alors la tâche de promouvoir la politique du pape pendant la Première Guerre mondiale. En particulier, il tente de dissuader l’Italie d’entrer en guerre, en partie parce qu’il craint une révolution communiste à Rome ;

en 1915, il voyage à Vienne et travaille en collaboration avec Mgr Scapinelli, nonce apostolique à Vienne, pour convaincre l’empereur François-Joseph de se montrer plus patient à l’égard de l’Italie.

Le 20 avril 1917, Benoît XV nomme Pacelli nonce apostolique en Bavière — Munich est alors l’unique représentation pontificale de l’Empire allemand. Trois jours plus tard, le nouveau nonce est nommé archevêque in partibus de Sardes. Il oeuvre pour la réception de la note du 1er août 1917 de Benoît XV, mais n’obtient que des résultats décevants. Il s’efforce également de mieux connaître l’Église catholique allemande, visitant les diocèses et assistant aux principales manifestations catholiques, comme le Katholikentag, en ramenant soeur Pasqualina qui lui servira de gouvernante jusqu’à la fin de sa vie. Parallèlement, il prend connaissance des discussions entre le Vatican et l’URSS. Il relaie des propositions soviétiques pour l’organisation du catholicisme. En 1926, il consacre évêque le jésuite D’Herbigny, chargé de constituer un clergé en Russie.

Depuis 1919, la nonciature en Bavière était reconnue compétente pour l’ensemble du territoire allemand. Le 23 juin 1920, une nonciature en Allemagne est créée. Pacelli y est transféré en même temps qu’il reçoit la nonciature de Prusse, double casquette purement formelle puisque le personnel et l’adresse sont les mêmes. Lorsque des troubles éclateront en Bavière, des révolutionnaires menaceront Pacelli de leurs fusils, ce qui entraînera son hospialisation pour dépression nerveuse.

Afin de régulariser les relations entre le Saint-Siège et les autres États et d’y défendre les activités catholiques, il négocie plusieurs concordats avec différents pays. Avec la Lettonie en 1922, la Bavière en 1924, la Pologne en 1925, la Roumanie en 1927. Il est accrédité à Berlin en 1920. En 1929, il signe un concordat avec la Prusse, est élevé à la dignité de cardinal et nommé cardinal secrétaire d’État. Il devient le principal collaborateur de Pie XI.

Le 20 juillet 1933, il signe, au nom du Saint-Siège, le concordat avec Hitler, qui venait d’être élu chancelier de la république de Weimar.

L’Allemagne nazie n’entend pas respecter cet accord. Pacelli envoya 55 notes de protestations au gouvernement allemand de 1933 à 1939. En conséquence, en mars 1937, il durcit le texte de l’encyclique Mit brennender Sorge, préparé par le cardinal-archevêque de Munich. Le concordat n’est cependant pas dénoncé.

En 1933, il signe également un concordat avec l’Autriche, et en 1935, avec la Yougoslavie.

En 1938, il critique l’approbation immédiate de l’Anschluss par l’épiscopat autrichien et exige du cardinal Innitzer, archevêque de Vienne, une déclaration prenant position contre l’invasion. Innitzer s’exécute le 6 mai, dans un article paru dans l’Osservatore Romano, qui n’aura cependant pas de répercussions d’ampleur.

Armoiries de Pie XIIÀ la mort de Pie XI, le cardinal Pacelli semble le candidat le plus probable, d’autant que le feu pape a laissé échapper quelques phrases tendant à le désigner comme son successeur (« Sarà un bel papa ! », « il sera un beau pape ! »).

De fait, Pacelli est élu pape le 2 mars 1939, au troisième tour de scrutin. Le conclave a à peine duré 24 heures et cette courte durée accrédite une rumeur selon laquelle l’élection avait été unanime. Il est cependant probable que plusieurs cardinaux italiens eussent préféré le cardinal Dalla Costa, archevêque de Florence. Pacelli est élu avec probablement 48 voix sur 62. Le nouveau pape choisit le nom de règne de Pie XII (Pius XII), dans la continuité du pontificat précédent.

Il nomme le cardinal Maglione, ancien nonce à Paris, secrétaire d’État. Fait remarquable, Pie XII est le premier secrétaire d’État élu pape depuis Clément IX en 1667.

Aussitôt, Pie XII se trouve plongé dans la Seconde Guerre mondiale. Après l’invasion de la Tchécoslovaquie, la diplomatie vaticane intervient pour empêcher la guerre, sans succès. Après le pacte Ribbentrop-Molotov, le Vatican tente au moins de garder l’Italie hors du conflit. Dans sa première encyclique, Summi pontificatus (20 octobre 1939), il dénonce l’engrenage de la guerre. Fin 1939, Pie XII visite même le roi Victor-Emmanuel III dans sa résidence du Quirinal, ancienne résidence pontificale.

Pie XII choisit de maintenir l’Église hors du conflit des belligérants. À la supplique des évêques polonais décrivant les atrocités des Nazis, il réplique par la voix de Mgr Tardini :

« Tout d’abord, il ne semblerait pas opportun qu’un acte public du Saint-Siège condamne et proteste contre tant d’injustices. Non pas que la matière manque (…) mais des raisons pratiques semblent imposer de s’abstenir.»

Mgr Tardini ajoute qu’une condamnation officielle du Vatican « accroîtrait les persécutions ». Pie XII précise lui-même :

« Nous laissons aux pasteurs en fonction sur place le soin d’apprécier si, et dans quelle mesure, le danger de représailles et de pressions, comme d’autres circonstances dues à la longueur et à la psychologie de la guerre, conseillent la réserve — malgré les raisons d’intervention — afin d’éviter des maux plus grands. C’est l’un des motifs pour lesquels nous nous sommes imposés des limites dans nos déclarations.»

Cherchant à mener une politique de compromis, Pie XII ouvre les institutions du Vatican aux victimes du nazisme dans la Rome occupée, mais n’intervient pas publiquement contre les persécutions, celles contre le clergé ayant déjà été évoquées dans Mit brennender Sorge.

Dans l’ensemble, la diplomatie vaticane se heurte à de nombreux échecs pendant le conflit. Elle ne parvient pas à maintenir des relations satisfaisantes avec l’Allemagne nazie, ni avec l’Italie fasciste. Les rapports avec l’URSS se révèlent inexistants. En revanche, le Vatican peut nouer des liens avec les États-Unis. Le président Roosevelt a nommé un représentant personnel auprès du Saint-Siège, Myron Taylor. D’après les travaux d’Annie Lacroix-Ruiz, ce dernier fut le relais pour l’évacuation vers l’Amérique latine de certains dirigeants nazis.

Au début de la guerre, les puissances de l’Axe tentent de lever le drapeau de la croisade contre l’URSS pour légitimer leur action. Mgr Tardini répond que « la croix gammée n'[était] pas précisément celle de la croisade. » En septembre 1944, à la demande de Myron Taylor, il rassure les catholiques américains, inquiets de l’alliance de leur pays avec les soviétiques.

La fin de la guerre permet la pénétration du communisme en Europe de l’Est. Les rapports, inexistants durant la guerre, empirent. Les gouvernements liés à Moscou font fermer peu à peu les représentations du Saint-Siège. En 1952, le maréchal Tito rompt les relations diplomatiques avec le Vatican. L’arrestation brutale en 1948 du prince-primat de Hongrie, le cardinal Mindszenty, archevêque d’Esztergom, symbolise la tension entre les régimes communistes et l’Église catholique romaine. De même, Mgr Stepinac, archevêque de Zagreb et primat de Yougoslavie, subit l’emprisonnement et la torture. Mgr Beran, archevêque de Prague, se voit interdire d’exercer son ministère. Les Églises catholiques de rite byzantin d’Ukraine et de Roumanie sont incorporées de force dans des Églises indépendantes. Les gouvernements communistes accusent en effet le pape d’être le « chapelain de l’Occident ».

En juillet 1949, le Saint-Office excommunie globalement les communistes. Pie XII y fait allusion dans son discours de béatification d’Innocent XI, affirmant sa volonté de « défense de la chrétienté ». Les deux parties se crispent donc dans des attitudes d’opposition. Quelques exceptions voient le jour en Europe de l’Est. Ainsi, en Pologne, le primat, Mgr Wyszynski, signe un accord garantissant quelques libertés à l’Église catholique polonaise, en échange de son soutien dans la politique de défense des frontières. Le Vatican se montre réservé face à cet accord, et Mgr Wyszynski est arrêté peu après par le gouvernement polonais.

Pie XII se distingue par son usage intensif de nouveaux moyens de communication, comme la radio. Durant la guerre, il adresse cinq messages radio :

le 1er juin 1941, sur l’anniversaire de Rerum novarum ;

à Noël 1941, sur l’ordre international ;

à Noël 24 décembre 1942, sur l’ordre intérieur des nations : « …Ce voeu (de retour à la paix), l’humanité le doit à des centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, pour le seul fait de leur nationalité ou de leur origine ethnique, ont été vouées à la mort ou à une progressive extinction »…

le 1er septembre 1944, sur la civilisation chrétienne ;

à Noël 1944, sur les problèmes de la démocratie.

Par la suite, il utilisera également la télévision. Pie XII a proclamé le dogme de l’Assomption de la Vierge Marie par la constitution apostolique Munificentissimus Deus du 1er novembre 1950. La même année, le 23 décembre, il annonça la découverte de la tombe de saint Pierre, retrouvée exactement à l’aplomb de la coupole de Michel-Ange (sous l’autel majeur) à la suite de fouilles archéologiques.

Il canonisa Pie X en 1954. On a pu parler de Pie XII comme d’un « docteur universel » (Yves-Marie Hilaire) : il s’exprima sur un grand nombre de sujets. Il est le pape le plus cité dans les textes de Vatican II. On le surnomme aussi Pastor Angelicus, « pasteur angélique » d’après la prophétie de saint Malachie. Il eut une réputation de saint et de mystique. La presse parla des apparitions de Fátima dont il aurait été témoin. Vivant avec son temps, une photo de lui tapant à la machine à écrire lui aurait, selon Roger Peyrefitte gagné la haute finance américaine par sa modernité. La polémique et le soupçon  n’interviendront qu’à partir de 1963.

En janvier 1954, Pie XII tombe gravement malade. Mal soigné, il sort très diminué de cette attaque. Il meurt le 9 octobre 1958 à Castel Gandolfo, résidence d’été des papes, où depuis 1954 il faisait de longs séjours de repos.

Il est enterré dans les grottes Vaticanes, près de la chapelle ad caput, qui touche à la tombe de saint Pierre. Jean XXIII lui succède.

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 François Charles-Roux

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François Charles-Roux, né à Marseille (Bouches-du-Rhône) le 19 novembre 1879 et mort à Paris le 26 juin 1961, est un diplomate, historien et homme d’affaires français.

Biographie

Fils de l’armateur Jules Charles-Roux, il est licencié en droit et en lettres, diplômé d’études supérieures d’histoire et de géographie, ainsi que de l’École libre des sciences politiques. Il mène une carrière diplomatique à Paris (notamment comme inspecteur des postes diplomatiques et consulaires), Saint-Petersbourg,  Constantinople, Le Caire, Londre et avant d’être nommé ambassadeur de France en Tchécoslovaquie puis auprès du Saint-Siège en 1932.

En mai 1940, il succède à Alexis Léger au poste de secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, mais, en opposition avec la politique mise en place, il quitte ses fonctions au mois d’octobre suivant.

Après guerre, il est fervent défenseur du maintien de l’empire colonial français et anime notamment le groupe ultra « Présence française » qui lutte pour le maintien du protectorat au Maroc. Il préside de 1944 à 1956 un lobby colonial, le Comité central de la France d’outre-Mer ( CCFOM ), héritier de l’Union coloniale française que son père avait présidée. Il préside également la Compagnie universelle du canal maritime de Suez de 1948 à 1956. Accumulant les charges, il préside aussi le Secours catholique.

Ses travaux d’historien lui valent d’être élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques en 1934.

François Charles-Roux épouse en 1914 Sabine Gounelle, d’une famille de négociants marseillais propriétaire de la Villa Valmer. Il est le père de l’écrivain Edmonde Charles-Roux, de Cyprienne, princesse del Drago, et du prêtre rosminien Jean-Marie Charles-Roux.

 

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FRANCE, GUERRE MONDIALE 1939-1945, HISTOIRE DE FRANCE, LEBENSBORN, MANOIR BOIS LARRIS (Oise), MATERNITE NAZIE

Le manoir de Bois Larris : un « Lebensborn » en France

Le manoir de Bois Larris

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Pendant la Seconde Guerre mondiale, les nazis ont développé en Europe des maternités destinées à « fabriquer » des enfants d’une « race » supérieure.

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Le manoir de Bois Larris• Crédits : Archive locale

La maternité de Lamorlaye est inaugurée le 6 février 1944. Nichée au bout d’une petite route qui serpente entre les futaies de hêtres, l’endroit se fait très discret. Les allemands la nomment Westwald, « Forêt de l’Ouest ».

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Le manoir de Bois Larris• Crédits : carte postale, archive locale

1er épisode : une pouponnière nazie en France.

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Le projet d’ouvrir une maternité SS en France avait germé dans l’esprit des nazis au printemps de 1942. Jusqu’alors, ils considéraient les Français comme un peuple abâtardi, issu de sang mélangé et donc « racialement » sans intérêt, raconte l’historien Fabrice Virgili. Heinrich Himmler se rend régulièrement à Westlwald et veut tout connaître de la vie quotidienne dans les Lebensborn. Il s’enquiert de la qualité de la nourriture, de la variété des menus qui y sont servis, de la taille du poids des nouveaux nés, de la forme de leur nez. Le Reischfürher de la SS nourrit une obsession maladive : redonner à la « race » allemande sa supposée pureté originelle en sélectionnant des géniteurs grands, blonds, aux yeux bleus. Les hommes sont alors encouragés à procréer en dehors du mariage. Et c’est aux femmes qui portent un enfant illégitime que les « Fontaines de vie » vont s’intéresser en priorité.

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Écouter Archive INA – Une femme née au Lebensborn raconte comment elle a découvert ses origines. Journal de 13h, France Inter, février 1975.

Archive INA – Une femme née au Lebensborn raconte comment elle a découvert ses origines. Journal de 13h, France Inter, février 1975.

Cet ancien « château Menier » que la famille du chocolatier avait baptisé « Tournebride » y est aujourd’hui connu sous l’appellation de manoir de Boris Larris. Boris Thiolay, journaliste et auteur d’une enquête sur ces français nés dans une maternité SS, s’est rendu plusieurs fois à Lamorlaye. La configuration de cette demeure de style anglo-normand, devenu un centre de réadaptation pour enfants, est quasi identique à ce qu’elle était pendant la guerre. En 1944, le domaine comprend deux corps de bâtiments. Près de l’ancien porche d’entrée, se trouvent la maison du garde, les communs et les écuries. C’est ici que logent les membres de la Schutzpolizei, chargés de la surveillance. De l’autre côté du bassin central, voici le manoir. C’est là que vivent les mères et les nouveaux nés. Gregor Ebner, le médecin général SS accoucheur en chef de ce Lebensborn, effectue un rapport d’inspection le 24 avril 1944.

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Le manoir de Bois Larris

Voici ce qu’on peut y lire : « Une activité impressionnante règne dans les pièces du rez-de-chaussée : salle de visite, chambres des mères et réfectoire. Les chambres manquent toutefois de couleur et d’images accrochés au mur ». La visite se poursuit : « Les berceaux sont fabriqués dans un matériau très sommaire, ce qui les rend dangereux. Il manque plusieurs objets nécessaires, comme, par exemple, un seau pour jeter les couches ou encore des tables de nuits ». Gregor Ebner conclut pourtant son rapport sur une note positive : « Les mères séjournant à Westwald font bonne impression sur le plan racial et semblent bien intégrées ».

2nd épisode : Les enfants du Lebensborn.

Pourtant personne ne semble s’en souvenir dans les environs. Lucienne Jean, présidente de l’association historique de Lamorlaye ALMA, a pu rassembler quelques témoignages oraux ténus sur cette époque : « la propriété était sévèrement gardée, il y avait des chiens policiers et il était interdit de s’en approcher (…) même les cavaliers allemands cantonnés dans les environs n’avaient pas le droit d’y aller ». Boris Thiolay est parti à la recherche des enfants français du Lebensborn en se rendant aux archives du Service International de recherche de la Croix-Rouge, à Bad Arolsen. Il y a ceux dont les prénoms furent francisés, ceux qui furent adoptés et qui reçurent le nom de leur nouvelle famille, celles qui se marièrent et changèrent de noms ou simplement les personnes qui quittèrent l’Europe. Selon un rapport français de 1948 consulté aux archives du Ministère des Affaires Etrangères, Boris Thiolay a acquis la certitude de 23 naissances à Lamorlaye, dont celles d’Erwin et Jean-Pierre.

Ecouter Archive INA – Le psychanalyste Michel Gribinski parle de la Fondation Lebensborn, qu’il étudie dans son ouvrage « Les scènes indésirables » (L’Olivier, 2009). Du jour au lendemain, France culture, janvier 2010.

Archive INA – Le psychanalyste Michel Gribinski parle de la Fondation Lebensborn, qu’il étudie dans son ouvrage « Les scènes indésirables » (L’Olivier, 2009). Du jour au lendemain, France culture, janvier 2010.

Erwin Grinsky, 75 ans, mécanicien à la retraite, a vu le jour en 1944 à Larmolaye. Sa mère, Elisabeth Grinsky, s’est retrouvée au manoir par un terrible enchaînement de circonstances. Sa famille, originaire de Navel en Pologne, immigre en France après la Grande Guerre. Elisabeth trouve du travail dans un orphelinat. Parlant parfaitement l’allemand, elle devient ensuite interprète pour l’occupant. C’est ainsi qu’elle rencontre un officier SS. Au printemps 1944, sa mère, enceinte et âgée de 34 ans, est admise au château Menier. Et ce n’est qu’en 1987, à l’âge de 43 ans, qu’Erwin a découvert le nom de son « géniteur » – c’est ainsi qu’il le nomme. Sa mère lui avait caché toute son histoire.

Jean-Pierre découvre ses origines à l’âge de 70 ans. Élevé en Lorraine par une infirmière de la Croix-Rouge, Jean-Pierre a toujours pensé être né dans la Meuse, à Bar-le-Duc, comme son acte de naissance l’indiquait…. A l’âge de la retraite, cet ancien militaire de l’Armée se lance dans une quête vertigineuse pour percer le mystère de ses origines. Comme des milliers d’autres enfants, Jean-Pierre était en réalité destiné à devenir l’élite du III Reich.

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Le manoir de Bois Larris

Avec Lucienne Jean, présidente de l’association historique de Lamorlaye ALMA, qui organise régulièrement des événements autour de ce pan de l’histoire de la ville resté méconnu ; Fabrice Virgili, historien français et chercheur au CNRS, spécialiste des relations entre hommes et femmes au cours des deux guerres mondiales ; Boris Thiolay, journaliste et auteur d’une enquête sur ces français nés dans une maternité SS ; Erwin Grinsky, témoin français né à Lamorlaye ; Jean-Pierre, témoin français né à Lamorlaye.

 

Un documentaire de Lénora Krief. Réalisé par François Teste. Documentation et recherche internet : Annelise Signoret. Archives INA : Christelle Rousseau. Avec la collaboration de Thibaut Téranian. (1ère diffusion : 22-23/06/2019)

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Bibliographie

Boris Thiolay : Lebensborn : la fabrique des enfants parfaits – Enquête sur ces enfants qui sont nés dans une maternité SS. Flammarion, 2014.

Fabrice Virgili : Naître ennemi – Les enfants des couples franco-allemands nés pendant la Seconde Guerre mondiale. Payot, 2014.

Marc Hillel et Clarissa Henri : Au nom de la race. Fayard, 1975.

 

Pour aller plus loin

Dessin de la Villa Tourne-Bride (Lamorlaye, Oise) par Stephen Sauvestre, architecte de la famille Menier, et de la Tour Eiffel.

Dossier sur la famille des chocolatiers Menier, anciens propriétaires du manoir de Bois-Larris.

Les enfants du projet Lebensborn. Au nom de la race pure, documentaire (52’) de James Cohen (BBC) à regarder sur Dailymotion.

The Nazi Party : The “Lebensborn” Program. Dossier à lire sur le site de la Jewish Virtual Library.

La recherche du père – Etat des lieux en Autriche. Article de Georg Lilienthal à propos des Lebensborn.

Liens

L’ALMA, Association Lamorlaye Mémoire et Accueil

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https://www.franceculture.fr/emissions/une-histoire-particuliere-un-recit-documentaire-en-deux-parties/histoires-de-lieux-collection-ete-2019-68-le-manoir-de-bois-larris

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Henri Riquetti, comte de Mirabeau

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Orateur génial et débauché impénitent

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Honoré Riquetti, comte de Mirabeau, corrompu et jouisseur, enlaidi par la petite vérole mais d’une laideur puissante, multiplie les frasques de jeunesse avant de chercher sa voie dans la Révolution et l’avènement d’une monarchie constitutionnelle.

Frasques de jeunesse

Le père du futur inspirateur de la Révolution est lui-même une personnalité hors du commun. Originaire du Vaucluse, Victor Riquetti, marquis de Mirabeau, s’est établi dans son château du Bignon, dans le Gâtinais, après avoir fait carrière dans les armes. Il devint célèbre avec la publication d’un ouvrage d’économie, L’Ami des hommes ou Traité de la population (1756), truffé de contresens mais plein d’idées généreuses et progressistes en rapport avec la pensée des physiocrates.

Surnommé l’« Ami des hommes », il méritait toutefois très peu ce surnom par son comportement odieux à l’égard de sa femme et de son fils Honoré, le futur révolutionnaire. 

Celui-ci, pas moins débauché et libertin que son père, multiplie les frasques. Il s’échappe de l’armée ce qui lui vaut une première incarcération à l’île de Ré. Il va se battre en Corse puis épouse une riche héritière dont il ne tarde pas à se séparer. Son père le fait interner à Manosque, puis au château d’If, au large de Marseille, enfin au fort de Joux, près de Pontarlier. Le régime de semi-liberté et la fréquentation des salons l’amènent à séduire une jeune femme mariée. Il s’enfuit avec elle à l’étranger.

Condamné par contumace à la peine de mort pour rapt et adultère, il doit finalement rentrer. Son amante, qu’il appelle Sophie, est expédiée au couvent. Lui entre au fort de Vincennes le 7 juin 1777. Là, pendant ses 42 mois de détention, il écrit de fameuses Lettres à Sophie ainsi qu’un Essai sur les lettres de cachet et les prisons d’État. Il a l’occasion aussi d’en venir aux mains avec un autre libertin graphomane, incarcéré comme lui, le marquis de Sade. 

À sa sortie, ruiné et qui plus est abandonné par Sophie, il doit vivre de sa plume en publiant des libelles. Voyageant à l’étranger, il a l’occasion de rencontrer le roi de Prusse Frédéric II le Grand.

Un orateur aussi laid que séduisant

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Rebelle permanent, Mirabeau se fait élire député du tiers état de la sénéchaussée d’Aix en 1789, quand le roi convoque les états généraux. Sa fougue et sa détermination lors de la célèbre séance du Jeu de Paume asseoient définitivement sa réputation d’orateur et de révolutionnaire. Après la célèbre apostrophe : « Nous sommes ici par la volonté du peuple… », il fait voter le principe de l’inviolabilité des députés.

Mirabeau suit un dessein précis : introduire en France une forme de démocratie conforme aux principes de Montesquieu tout en respectant, comme en Angleterre, les prérogatives de la monarchie.

C’est pourquoi, tout en contribuant à des réformes hardies comme la saisie des biens du clergé (2 novembre 1789), il ne tarde pas à mettre sa popularité et son intelligence politique au service du roi… en se gardant bien de le faire savoir au peuple et à ses collègues députés qui lui font confiance.

Ainsi écrit-il à Louis XVI le 10 mai 1790 : « Je promets au roi loyauté, zèle, activité, énergie et un courage dont peut-être on est loin d’avoir une idée ». Mais son revirement est au moins autant motivé par de sordides motifs financiers que par des convictions politiques et il se fait grassement rémunérer par le roi pour éponger ses dettes considérables.

Il transmet au roi des notes secrètes où il lui suggère de se servir de la Révolution pour restaurer son pouvoir. Pour cela, il suggère de forger à l’Assemblée un parti favorable à la monarchie, de corrompre certains opposants, voire de réclamer l’élection d’une nouvelle Assemblée. En cas d’échec, il laisse entrevoir la possibilité d’un coup de force. Le roi, dans ce cas, quitterait Paris pour prendre la tête de troupes favorables à sa cause et rentrer dans la capitale afin de mettre un terme à la Révolution.

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Mais Louis XVI et la reine Marie-Antoinette, qui le qualifie de « monstre », hésitent à lui faire pleinement confiance. Il est vrai qu’il est troublé par sa réputation sulfureuse et son double jeu qui l’amène à attaquer les nobles à l’Assemblée, dont il devient président en mars 1791.

Hélas, Mirabeau meurt prématurément le 2 avril 1791 après avoir prononcé, dit-on, ces mots prophétiques : « J’emporte dans mon coeur le deuil de la monarchie, dont les débris vont devenir la proie de factieux ».

S’illusionnant sur son honnêteté, l’Assemblée lui fait l’honneur d’être inhumé en l’église Sainte Geneviève, transformée pour l’occasion en Panthéon des gloires nationales. Il en sera exclu l’année suivante, après la chute de la monarchie, quand l’ouverture d’une « armoire de fer » découverte lors du sac du palais des Tuileries, le 10 août 1792, aura révélé sa correspondance avec le roi et les preuves de sa duplicité.

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