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Pour comprendre la modernité politique

Lecture et confinement :

sept livres pour comprendre la Modernité politique

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 l’apparition et le développement de la Modernité politique.

Comment comprendre le grand basculement dans l’histoire des idées, à l’origine du passage de la politique classique, axée sur la recherche du bien, à la politique du contrat ? Voici sept livres majeurs qui aident à saisir ce bouleversement et ses conséquences.

 

RÉFLEXIONS SUR LA RÉVOLUTION DE FRANCE, D’EDMUND BURKE

Belles lettres

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Réflexions sur la révolution de France 

Edmund Burke

Paris, Les Belles Lettres, 2016.

Libéral anglais lié au parti whig, Burke était prédestiné à accueillir favorablement la Révolution française. À la faveur d’un voyage en France, il prévoit dès la fin de 1790, les conséquences délétères de la Révolution sur la liberté. Opposant la Révolution française fondée sur l’idée des droits de l’homme à la Révolution anglaise fondée sur une longue tradition des libertés, Burke donne naissance au conservatisme politique dans Réflexions sur la Révolution de France, un livre de circonstance qui est devenu un classique de la pensée politique (rééd. Belles Lettres, 2016).

 

DE LA DÉMOCRATIE EN AMÉRIQUE, DE TOCQUEVILLE

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De la démocratie en Amérique 

Alexis de Tocqueville

Paris, Editions Flammarion, 2010. 301 pages.

Dans De la Démocratie en Amérique, classique de la pensée politique (1835-1840), Tocqueville ausculte le phénomène démocratique naissant en posant notamment une question fondamentale : la démocratie moderne, qui est plus un « état des mœurs » qu’un régime politique à proprement parler, garantit-elle la liberté des citoyens et leur participation à la vie publique ? Tocqueville pointe le danger du repli sur un individualisme étroit et du désintérêt croissant des citoyens pour la chose publique, de la remise à l’État de toute une série de préoccupations dont ils se délestent à son profit. Visionnaire 

 

PENSER LA RÉVOLUTION FRANÇAISE, DE FRANÇOIS FURET

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Penser la Révolution française

François Furet

Paris, Gallimard, 1985. 313 pages.

Ce court essai de l’historien François Furet a bouleversé l’historiographie de la Révolution française. S’élevant contre l’interprétation « jacobine » de l’événement, longtemps dominante, l’historien propose une interprétation qui repose sur l’autonomie du politique par rapport au social. Dans le cadre d’une histoire conceptuelle du politique, le processus révolutionnaire est envisagé comme une dynamique politique et idéologique autonome, indépendante des intérêts de classe. Dans sa polémique contre l’historiographie sociale et marxisante, l’historien fait appel aux historiens du XIXe siècle, en s’appuyant sur les œuvres de Tocqueville et de Cochin. La Révolution française est alors interprétée à la fois comme le produit de l’Ancien Régime et comme l’avènement de notre civilisation. En travaillant sur la symbolique et l’idéologie révolutionnaires, Furet participe du basculement de l’historiographie française de l’économique et du social vers le politique et le culturel. 

Quatrième de couverture

La Révolution française peut être interprétée à la fois comme le produit de ce qu’elle a appelé l’Ancien Régime, et comme l’avènement de la civilisation où nous vivons depuis. Dans le premier cas, elle est le grand spectacle de ce qui s’est passé avant elle ; dans le second, elle inaugure le cours de l’égalité et de la démocratie modernes. Ce livre est une tentative pour la penser sous ces deux aspects, en renouant avec des questions posées par la tradition historiographique du XIXE siècle.

En 1978 François Furet, grand historien de la Révolution, ancien communiste, propose de relire deux grandes interprétations de l’événement. D’abord celle de Tocqueville qui, dans l’Ancien Régime et la Révolution, insistait souvent à juste titre, parfois excessivement, sur la continuité entre la monarchie absolue et le mouvement révolutionnaire. Et puis celle, moins connue, de l’historien Augustin Cochin, mort à la guerre de 14, qui montre la manière dont les sociétés de pensée du XVIIIe siècle ont été le laboratoire du jacobinisme. Penser la Révolution française est sans doute le livre essentiel pour comprendre notre Révolution (Gallimard, 1978).

 

LA CITÉ DE L’HOMME, DE PIERRE MANENT

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La cité de l’homme 

Pierre Manent

Paris, Flammarion, 2012. 295 pages.

Marqué par le grand philosophe américain Leo Strauss et par Raymond Aron, Pierre Manent montre dans un essai époustouflant que tandis que les Anciens étaient soumis à une loi qui les dépassait, les Modernes entendent n’avoir aucune autre loi que celle qu’ils veulent bien se donner. Le génie de Manent dans La cité de l’homme est d’avoir compris et montré que cette rupture trouve sa source dans le conflit moderne non résolu entre la cité et l’Église, la nature et la grâce, que la Modernité a soldé en s’affranchissant de toute hétéronomie au profit de la revendication d’une autonomie radicale (Flammarion, 1994 ; réédition 2012, coll. « Champs, essais »).

 

L’ILLÉGITIMITÉ DE LA RÉPUBLIQUE, DE FABRICE BOUTHILLON

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L’Illégitimité de la République : Considérations de l’histoire politique de la France au XIXe siècle (1851-1914) 

Fabrice Bouthillon

Paris, Plon, 2004. 312 pages.

Présentation de l’éditeur

L’histoire politique du XIXe siècle français repose pour l’essentiel sur un mythe, celui de l’irrésistible enracinement de la République depuis la Révolution française. Pourtant, à l’inverse de la révolution américaine, qui a immédiatement débouché sur une nouvelle Constitution, 1789 a abouti à un échec cinglant. La révolution française a bien su détruire la légitimité de l’Ancien Régime, mais elle a été incapable de lui en substituer une autre. La guerre civile déchaînée par les Constituants ouvre carrière à différentes tentatives pour refonder l’unité nationale : exclusion des extrêmes, sur le mode de la monarchie selon la Charte ou de la République conservatrice ; addition de l’extrême gauche et de l’extrême droite, comme s’y essayèrent le bonapartisme, puis le boulangisme. Puisque aucune de ces formules politiques ne pouvait parvenir à la stabilité, l’oscillation de la politique française a duré jusqu’en 1914. Et comme, au XXe siècle, aussi bien le national-socialisme que le stalinisme ont repris à leur compte la formule de centrisme par addition des extrêmes, il n’est pas possible d’échapper à cette conclusion dérangeante que c’est la Révolution française qui a ouvert l’espace politique dans lequel sont devenus possibles les totalitarismes.

Fabrice Bouthillon, historien aussi talentueux qu’original, a développé dans L’illégitimité de la République une thèse qui est au cœur d’une œuvre magistrale de cohérence. La Révolution a détruit l’ordre ancien sans réussir à créer le consensus autour d’un nouveau régime politique. Tiraillé entre la droite et la gauche, ce régime s’est cherché dans un centrisme à deux variantes : celle par exclusion des extrêmes (Directoire, orléanisme ou républicains modérés), et celle par addition des extrêmes (Bonaparte, Boulanger, de Gaulle). Le paradoxe de l’histoire française est que le centrisme consensuel n’a pu se stabiliser que dans le sang de la première Guerre mondiale, que la victoire a pu cimenter, et donner à la République une légitimité que par elle-même elle n’arrivait pas à atteindre. Les pays vaincus, quant à eux, rejetteront ce centrisme consensuel pour adopter la variante par addition des extrêmes dans le fascisme, le nazisme et le communisme (Plon, 2004, réédition juillet 2018, Éditions Dialogues).

 

L’ÂGE SÉCULIER, DE CHARLES TAYLOR

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L’Âge séculier 

Charles Taylor

Paris, Le Seuil, 2011. 1344 pages.

 

Présentation de l’éditeur

Il est d’usage de dire que nous, modernes Occidentaux, appartenons à un  » âge séculier « . Comment est-on passé d’un temps, encore proche, où il était inconcevable de ne pas croire en Dieu, à l’époque actuelle, où la foi n’est plus qu’une option parmi d’autres et va jusqu’à susciter la commisération ?

L’explication la plus courante consiste à affirmer qu’à la faveur des progrès de la connaissance, la vérité aurait triomphé de l’illusion, nous poussant à ne chercher qu’en nous-mêmes notre raison d’être et les conditions de notre épanouissement ici-bas.

En révélant les impensés de ce récit classique de la victoire des Lumières qui fait du  » désenchantement du monde  » la seule clé de l’énigme, Charles Taylor entreprend une enquête philosophique et historique monumentale qui renoue les liens entre l’humanisme et l’aspiration à la transcendance. Loin d’être une  » soustraction  » de la religion, la sécularisation est un processus de redéfinition de la croyance qui a vu se multiplier les options spirituelles. Si plus aucune n’est en mesure de s’imposer, les impasses du  » matérialisme  » et les promesses déçues de la modernité continuent d’éveiller un besoin de sens.

Charles Taylor est professeur émérite de philosophie à l’université McGill (Montréal). Reconnu comme l’un des plus importants théoriciens du multiculturalisme et du communautarisme et auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels Les Sources du moi (Seuil, 1998), il a reçu en 2007 le prix Templeton, qui récompense une contribution décisive à la recherche spirituelle.

Né en 1931, le philosophe politique Charles Taylor est un penseur majeur de notre temps. Dans L’Âge séculier, cette histoire fascinante de l’Occident qui est passé d’un univers où tout le monde croyait en Dieu à un monde sécularisé, Charles Taylor montre que l’on ne peut pas limiter cette histoire à une longue agonie de la foi chrétienne. « Ce qui caractérise les sociétés occidentales n’est pas tant un déclin de la foi et des pratiques religieuses, bien que cela ait largement eu lieu — dans certaines sociétés plus que d’autres — qu’une fragilisation mutuelle à la fois des différentes positions religieuses et des représentations de la croyance et de l’incroyance. » La question de retrouver le sens de ce qui fonde nos actions et que le matérialisme échoue à penser est au cœur de cette foisonnante réflexion.

 

 

 

Dependent Rational Animals: Why Human Beings Need the Virtues 

Alastdair Macintyre

Edition Open Court Publishing , 2001. 180 pages.

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Né en 1929, Alasdair MacIntyre est un des principaux représentants de la philosophie morale anglo-saxonne et un des penseurs les plus stimulants de la philosophie politique américaine contemporaine aux côtés de Michael Sandel, Charles Taylor ou Michael Walzer. Dans Dependant Rational Animals, il s’interroge sur le fait que l’animalité, la dépendance et la vulnérabilité sont des états centraux de la condition humaine. L’homme n’est pas qu’un individu rationnel indépendant comme l’Occident a fini par le croire. La vie en société nécessite ce que MacIntyre appelle « les vertus de la dépendance acceptée » que la Modernité a oubliées. En rappelant il y a vingt ans, lors de sa parution en anglais, que l’homme était aussi un animal, MacIntyre était avant-gardiste. En soulignant sa fondamentale dépendance vis-à-vis des autres sur le plan de la vie en commun, il est aujourd’hui prophétique, dans une réflexion philosophique essentielle sur la faiblesse et la fragilité de l’être humain. (Traduction française à paraître chez Tallandier sous le titre L’Homme, cet animal dépendant.)

 

FRANCE, HISTOIRE, HISTOIRE DE FRANCE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, PLONGER DANS L'HISTOIRE : UN CHOIX DE DIX OUVRAGES

Plonger dans l’histoire : un choix de dix ouvrages

Lecture et confinement :

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1

LA GUERRE DES GAULES

La Guerre des Gaules

Jules César

Paris, Flammarion, 1993. 284 pages

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Quatrième de couverture

Les Commentaires de la Guerre des Gaules ont été rédigés alors que César venait de vaincre Vercingétorix et voulait faire connaître à l’opinion romaine, avant sa candidature à un second consulat, les épisodes de sa belle conquête. Ses adversaires répandaient alors mille bruits sur son compte. La rédaction de La Guerre des Gaules fut donc, avant tout, l’acte d’un chef vainqueur qui rétablit les faits et coupe court aux intrigues et calomnies de ses ennemis politiques. Pourtant, il n’y a dans La Guerre des Gaules ni omission capitale, ni mensonge, nulle rhétorique, rien que des faits. C’est un général qui écrit, selon le mot de Quintilien, «avec le même esprit qu’il fait la guerre».

En histoire ancienne on peut revenir aux sources de la France, et d’ouvrir La Guerre des Gaules, de César. Loin du souvenir rébarbatif des versions latines, prendre le livre à la première page c’est  suivre  le conquérant romain sur les antiques chemins de ce qui n’était pas encore la France. C’est aussi suivre le récit rapidement des marches et des contre-marches, des batailles, des ralliements et des trahisons, des folles espérances, des victoires et des défaites. La Guerre des Gaules fait aussi parti de la geste nationale à travers Vercingétorix. On peut prendre l’édition des Belles Lettres, en deux volumes, car la traduction y est très vivante et accompagnée d’utiles notes de bas de page donnant des détails historiques et géographiques qui augmentent encore la saveur du texte.

 

 

2

JEANNE D’ARC

Jeanne d’Arc

Régine Pernoud, Marie-Véronique Clin

Paris, Fayard, 1986. 447 pages

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En histoire médiévale, parce que cette année est celle du centenaire de sa canonisation, il faut absolument lire la biographie de Jeanne d’Arc publiée par Régine Pernoud et Marie-Véronique Clin aux éditions Fayard, rééditée en format poche en 2011. Outre une histoire suivie et admirablement écrite de la vie de notre héroïne nationale, l’ouvrage est agrémenté de très nombreuses biographies sur tous les compagnons de cette épopée. En refermant le livre, on ne connaîtra  pas seulement mieux cette grande sainte que tout le monde cite en ignorant la réalité de son existence, mais on aura aussi une vision d’ensemble sur la France de ce début de XVe siècle.

Présentation de l’éditeur

Personnage le plus célèbre de l’histoire de France, Jeanne d’Arc n’a cessé de fasciner. Biographie méticuleuse de celle qui fit irruption dans l’histoire en changeant le cours de la guerre de Cent Ans, fit couronner le roi et fut condamnée au bûcher après un procès inique en 1431. Ce livre raconte l’itinéraire extraordinaire de la jeune bergère de Domrémy. Il resitue Jeanne dans son contexte et brosse les portraits des principaux protagonistes de son histoire. Les auteurs livrent tous les éléments connus qui éclairent le mythe et les controverses qu’elle suscita, dont sa canonisation tardive et les polémiques contemporaines portent encore la trace. Paru en première édition chez Fayard en 1986.

 

Critique

Cette guerre dura cent ans. Elle faillit faire de la France une terre anglaise. En 1429, alors que les Anglais sont aux portes d’Orléans, une voix venue des cieux se fait entendre, non au roi de France mais à une petite paysanne de Domrémy, Jeanne. Une mission lui incombe : sauver la France. Cette pieuse jeune fille met désormais sa vie au service de son roi et de son pays. Elle prend la tête de l’armée et sauve Orléans ; elle permet au roi d’être sacré et d’affermir ainsi son pouvoir. Trahie, livrée aux Anglais, jugée par les tribunaux ecclésiastiques pour sorcellerie, elle est brûlée vive à Rouen. Celle qui réussit à redonner du courage à tout un peuple entrait dans la légende nationale.

Dans un ouvrage didactique, enrichi de nombreuses illustrations et de biographies annexes, les auteurs nous font redécouvrir de manière très vivante l’histoire exceptionnelle de cette jeune femme devenue l’héroïne la plus populaire de France. –Gaëtane Guillo

3

LES CROISADES ET LES NORMANDS

Histoire des Croisades

Jean Richard

Paris, Fayard, 1996. 550 pages

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En histoire médiévale toujours si on remonte encore le temps on peut apprécier la lecture de deux ouvrages qui se complètent parfaitement, L’Histoire des croisades, de Jean Richard, publiée chez Fayard en 1996, rééditée en poche en 2012, et celle des Empires normands d’Orient, de Pierre Aubé, publiée chez Perrin, dans la collection Tempus pour l’édition de 2006. Du IXe au XIVe siècle, entre Occident et Orient, toute l’histoire de la chrétienté se dévoilera, dans sa limpidité, avec ses gloires et ses limites, loin du livre noir et du livre d’or. Il faut lire ces ouvrages passionnants pour parler, ensuite, avec intelligence, des croisades et de ce Moyen Âge méconnu.

Il y a tout juste neuf siècles, le pape Urbain II lançait l’appel à la croisade qui allait jeter sur les routes de l’Orient des dizaines de milliers d’hommes venus de toute l’Europe. Le prix de cette première expédition fut lourd à payer pour la chrétienté, mais l’expansion turque était arrêtée, Constantinople dégagée, et le Saint-Sépulcre échappait aux Infidèles. Dès lors, les croisades eurent un autre objectif: la défense de ces Etats latins, chargés de souvenirs bibliques, où affluaient les pèlerins d’Occident.

Les premières défaites des chrétiens n’ébranlèrent pas le zèle pour la Terre sainte. Vague après vague, les pèlerins, attirés par les privilèges spirituels attachés à la délivrance des Lieux saints, continuaient à répondre aux appels des papes. Le mouvement s’intensifia quand Jérusalem tomba aux mains de Saladin, en 1187. La chrétienté réagit alors avec vigueur. Une des croisades toutefois dévia de sa route, et les croisés,  » mettant Dieu en oubli « , pillèrent Constantinople. Bientôt Innocent annonçait une nouvelle croisade; elle devait ouvrir la voie à la diplomatie et permettre à Frédéric II de se faire couronner à Jérusalem roi d’un royaume qui fut peu à peu reconstitué. Mais les répercussions de la conquête de l’Iran par les Mongols et un renversement d’alliances firent reperdre la Ville sainte.

C’est à ce moment que Saint Louis décidait de se croiser. Malgré l’échec de sa campagne d’Egypte, des établissements francs se maintenaient. Cette fois, les Mongols eux-mêmes arrivaient. Une autre forme de croisade s’esquissa, qui ne put empêcher les dernières places franques de tomber. Désormais, le but de la croisade serait d’assurer la défense du monde chrétien face à l’expansion des Turcs.

Epopée exaltant la foi et l’héroïsme pour les uns, temps de ténèbres pour les autres, les croisades ont bien été l’un des épisodes majeurs de l’histoire du monde. Au-delà de toute polémique, Jean Richard nous livre un récit magistral de cette aventure qui, deux siècles durant, mit en contact les Occidentaux avec l’Orient et leur ouvrit la connaissance des autres.

Jean Richard, membre de l’Institut, est l’un des meilleurs connaisseurs de l’Orient latin sur lequel il a publié de nombreux travaux. Il est aussi l’auteur d’une biographie de Saint Louis.

 

Les empires normands d’Orient 

Pierre Aubé

Paris, Tempus Perrin, 2006. 352 pages.

 

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La fabuleuse aventure de ces Nordmen francisés partis conquérir les rives de la Méditerranée.

L’action se passe aux XIe, XIIe, XIIIe siècles. La foi, la soif de richesse, l’appétit du pouvoir, le courage, l’azur du ciel sont les passions qui animent les héros de cette fabuleuse aventure. Ces Nordmen francisés, seigneurs du Cotentin partis conquérir les rives de la Méditerranée, sont devenus prince d’Antioche, rois de Naples et de Sicile. Frédéric de Hohenstaufen fut un de leurs prestigieux héritiers.

Médiéviste, Pierre Aubé a déjà écrit plusieurs ouvrages remarqués, dont Baudouin IV de Jérusalem (1980), Godefroi de Bouillon (1983) et Thomas Becket (1988), traduits en plusieurs langues. Sa monumentale biographie Saint Bernard de Clairvaux a reçu le Grand Prix de la biographie historique de l’Académie française.

4

LES GUERRES DE RELIGION

Les Valois : De François Ier à Henri III, 1515-1589

Georges Bordonove

Paris, Pygmalion, 2010. 1005 pages.

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Franchissons les siècles, et nous voici en pleines guerres de religion. Il est délicat, ici, de conseiller un ouvrage grand public, fruit de la réflexion d’un universitaire. Le sujet est complexe et encore soumis aux passions. Alors, on peut aisément se plonger dans l’ouvrage rédité en 2020 : en un seul volume, des biographies des Valois de François Ier à Henri III, par Georges Bordonove. La plume est alerte, comme toujours chez Bordonove, et une certaine objectivité est respectée par l’auteur dans ce thème difficile. Par la vie et l’œuvre de nos rois, vous traverserez, avec un certain panache, les épisodes sombres des guerres de religion.

Quatrième de couverture

La dynastie des Valois-Angoulême nous plonge au cœur d’une période éblouissante, celle de la Renaissance que symbolisent aujourd’hui les merveilleux châteaux de la Loire. De la bataille de Marignan, qui consacre le Roi-Chevalier, à l’avènement de Henri IV, c’est tout un siècle à la fois glorieux et tragique qui défile à travers cinq règnes : ceux de François Ier, Henri II et ses trois fils, François II, Charles IX et Henri III, sans oublier l’omniprésente reine Catherine de Médicis. Car les crimes politiques abondent, la lutte entre catholiques et protestants fait rage au point de mettre en péril l’unité du pays. Mais, au-delà de ces conflits dont les traces ont subsisté pendant des siècles, ces souverains, mécènes et protecteurs des arts sous toutes leurs formes, parviennent à jeter les bases d’une puissante monarchie absolue qui hissera bientôt la France à la tête de l’Europe des Lumières. Cinq rois, cinq personnalités contrastées et investies de leur haute mission sacrée.

Biographie de l’auteur

Lauréat de l’Académie française et de la Bourse Goncourt du récit historique, grand prix des libraires, officier de la Légion d’honneur, George Bordonove conte la superbe épopée des rois qui ont fait la France. Refusant les facilités d’une vulgarisation simpliste de l’Histoire, il la clarifie afin d’en mieux traduire les palpitations vraies et les étonnantes analogies avec notre époque.

 

5

LE GRAND SIÈCLE DES SAINTS

Pour le Grand Siècle, fort heureusement, nous avons sous la main un auteur hors du commun, avec François Bluche, dont le Louis XIV, publié chez Fayard, demeure l’incontournable pour connaître le XVIIe siècle et le règne du Grand roi. Pour une vision plus large de ce XVIIe qu’on appela « Le siècle des saints », il faut absolument lire Le Grand règne, recueil regroupant quatre ouvrages de François Bluche ; La vie quotidienne au temps de Louis XIV, Louis XIV, Louis XIV vous parle, Le « mécénat » de Louis XIV. Publiée en 2006, cette somme se lit avec plaisir, tant son érudition est servie par une plume agréable et dépouillée des lourdeurs d’un appareil de notes rejeté en fin d’ouvrage.

Louis XIV – François Bluche

François Bluche

Paris, Fayard/Pluriel, 2012. 1056 pages.

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François Bluche, historien spécialiste de l’Ancien Régime et professeur émérite à l’université de Paris, a aussi publié dans la collection « Pluriel » Le despotisme éclairé et Les Français au temps de Louis XVI.

Dans l’imaginaire collectif, le personnage de Louis XIV est synonyme de guerres, d’intolérance religieuse, de disettes, de frivolité ou à l’inverse d’austérité, selon la partie du règne à laquelle on s’intéresse. François Bluche a souhaité rompre avec cette historiographie et renouveler la démarche du biographe en l’ouvrant davantage sur l’entourage et le contexte politique, économique et culturel. Il accorde ainsi une large place à l’éducation du jeune souverain et à un événement tel que la Fronde qui conditionna ensuite toute la stratégie politique du monarque. Car Louis XIV ne fut pas qu’un guerrier, il fut également un grand réformateur.

 

Le Grand Règne: La vie quotidienne au temps de Louis XIV – Louis XIV – Louis XIV vous parle – Le  »mécénat » de …

François Bluche

Paris, Fayard, 2006. 1280 pages.

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Depuis la publication, en 1986, de la désormais classique biographie du Roi-Soleil par François Bluche, le jugement de Voltaire, pour qui le temps de Louis XIV (1643-1715) fut « le siècle le plus éclairé qui fut jamais », est très largement partagé. Ce livre fameux est ici complété par La Trie quotidienne au temps de Louis XII ; qui évoque avec vivacité les travaux et les jours de tout un peuple, et par Louis XIV vous parle, qui reproduit, met en scène et analyse les propos et écrits du Roi tels que nous les ont transmis les textes les plus variés. La somme de ces trois ouvrages de référence dessine de Louis XIV, de son règne et de son royaume une fresque grandiose.

6

SUR LES ORIGINES DE LA RÉVOLUTION

Faisons encore un petit bond et abordons la Révolution française. Sur elle, tout a été écrit ou presque. Mais on peut aborder cette période sous un aspect peu abordé de la Révolution, celui de ses origines religieuses et celui du jansénisme. Pour cela, l’ouvrage  de Catherine Maire, publié chez Gallimard en 1998, De la cause de Dieu à la cause de la Nation, le jansénisme au XVIIIe siècle est à conseiller. À la suite de cette grande historienne, vous plongerez dans un autre XVIIIe siècle ; non pas celui des philosophes, mais celui d’une chrétienté en mutation, déchirée, où se mêle le religieux et le politique, et de laquelle sortira la Révolution de 1789.
De la cause de Dieu à la cause de la Nation: Le jansénisme au XVIIIᵉ siècle

Catherine Maire

Paris, Gallimard, 1998. 710 pages.

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Quatrième de couverture

Connaissez-vous l’abbé d’Etemare ? Connaissez-vous l’avocat Le Paige ? Probablement pas. Pourtant, ces deux inconnus de l’histoire ont sûrement été parmi les plus importants acteurs du XVIIIᵉ siècle français. Ils ont été, l’expression mérite pour une fois d’être employée, les «chefs d’orchestre clandestins» de l’agitation janséniste qui, de la résistance contre la bulle Unigenitus en 1713 à l’expulsion des Jésuites en 1764, en passant par les convulsions de Saint-Médard, n’a cessé d’occuper le devant de la scène publique. Ce livre s’emploie à tirer leurs œuvres et leurs entreprises de l’ombre. Il fallait, pour percer à jour l’énigme de ce mouvement qui a déconcerté des générations d’historiens et pour saisir la cohérence de ses différents visages, commencer par dégager son originalité en regard de ses illustres ancêtres du Grand Siècle. Elle repose sur deux piliers : une théologie de l’histoire, le «figurisme», à base de correspondances entre l’Écriture sainte et la suite des temps, et une doctrine de la résistance dans l’Église, le «Témoignage de la vérité», à base d’appel au jugement des fidèles. On comprend, à partir de là, la dynamique du phénomène dans ses trois grands moments. On comprend comment la protestation d’un petit groupe de clercs contre la condamnation pontificale d’un livre suspect, à l’instigation de Louis XIV, a pu déboucher sur l’organisation d’une formidable machine de propagande clandestine, la première du genre, sans doute, et la première, en France, à faire intervenir l’«opinion publique». On comprend la teneur de l’étrange flambée convulsionnaire, nourrie d’un enseignement figuriste qui échappe à ses promoteurs. On comprend enfin la curieuse stratégie des parlements dans leur opposition à Louis XV, transposition dans l’État de la démarche de résistance préalablement élaborée et testée dans l’Église. C’est tout un pan du siècle des Lumières qui s’éclaire de la sorte, grâce à l’exhumation des réseaux et des menées de ces théologiens-hommes d’action, acharnés à se cacher. Mais plus largement, ce sont les voies par lesquelles a cheminé l’ébranlement pré-révolutionnaire du trône et les rapports entre religion et politique dans le cadre de l’absolutisme, qui en acquièrent une nouvelle intelligibilité.

7

UN AUTRE XIXE SIÈCLE

Les bouleversements de la Révolution et de l’Empire franchis à grands pas, on peut se ploinger dans ce XIXè siècle qui vit tant de bouleversements internationaux et de changements dans les sociétés. Si l’on ne se plonge pas dans les récits des révolutions et des guerres on peut prendre le temps de découvrur un prince en exil que l’histoire a fini par oublier ! Ne dit-on pas que : « Malheur aux vaincus ! ». Là aussi, c’est un autre XIXe siècle qui s’ouvre à vous, avec ce livre de Daniel de Montplaisir, Le Comte de Chambord, dernier roi de France, publié chez Perrin en 2008, et qui donne un autre éclairage sur la vie politique française et européenne de ce temps, en s’appuyant largement sur des archives découvertes au début du XXIe siècle.

 

Le Comte de Chambord (Français) Broché – 29 mai 2008

Daniel de Montplaisir

Pris, Perrin, 2008. 748 pages.

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Pour l’histoire, l’homme reste le  » comte de Chambord « . Pour les royalistes, qui l’ovationnèrent comme  » duc de Bordeaux  » puis le reconnurent comme  » Henri V  » il fut le  » roi « , le dernier roi de France.

Il le fut doublement : le 2 août, lorsque son grand-père Charles X abdiqua en sa faveur, et le 24 août 1883, lorsqu’il mourut sans enfants, laissant béante une succession de France qui demeure irrésolue à ce jour.
L’alternance de ses silences et e ses prises de position souvent mystérieuses, passionnèrent les historiens. Pourquoi avait-il refusé la couronne que la chute du Second Empire lui offrait sur un plateau ? Son obstination à n’accepter de Restauration qu’avec le drapeau blanc cachait-elle un prétexte pour échapper à son destin ou bien un manque consternant de sens politique ?
Faute de réponse, l’histoire oublia le comte de Chambord. Jusqu’à ce que ses archives privées, que l’on croyait perdues, soient récemment retrouvées. Leur exploitation permet de redécouvrir le roi Henri V et sa raison d’être : se préparer à assumer la charge de la France. Elle permet aussi de dépeindre l’homme qui, loin des cercles royalistes qui en firent une icône, mena la vie quotidienne d’un haut personnage de son sens politique ?
Le présent ouvrage dissipe le mystère politique et humain. Mais l’héritage du dernier monarque continue de planer comme une ombre sur l’histoire de France.

Daniel de Montplaisir, conseiller de l’Assemblée nationale et historien est notamment l’auteur de La Monarchie (Le Cavalier Bleu, coll.  » Idées reçues « , 2003)

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UN PAPE DU XXE SIÈCLE

Voici le dernier siècle. L’histoire du XXè siècle n’a pas fini de raviver les passions tant il est encore proche de nous. Les conflits d’hier ne sont pa encore apaisés et il en est de même dans l’histoire de l’Eglise.  Puisque le pape François a décidé d’ouvrir les archives secrètes du Vatican correspondant au temps de son pontificat on peut profiter de cette occasion pour découvrir (ou redécouvrir)  Pie XII à travers la biographie que lui consacra Andrea Tornielli et que publièrent les éditions Tempora en 2009. C’est sans doute, pour le néophyte, la plus complète et la plus accessible des biographies au sujet de ce pape méconnu et calomnié. Vous n’y revivrez pas que la vie du pontife, mais surtout toute son œuvre publique, comme nonce apostolique sous Benoît XV, secrétaire d’État sous Pie XI, puis comme pape. Là encore, c’est tout le XXe siècle avec ses crises politiques et sociales qui se dévoilera devant vous, mais avec d’autres lunettes, celles du successeur de Pierre.

Pie XII 

Andrea Tornielli

Paris, Jubilé/Tempora, 2009. 812 pages.

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Par la durée de son pontificat, l’ampleur de son enseignement qui a inspiré une bonne partie des textes du concile Vatican II et la diversité des questions qu’il a traitées, Pie XII a véritablement fait entrer l’Église dans la modernité. Le pape Pacelli a du faire face aux idéologies modernes les plus meurtrières que furent le nazisme et le communisme et mener l’Église dans une période particulièrement troublée. Ce pape exceptionnel, admiré de ses contemporains, méritait un portrait plus fouillé que les habituels raccourcis médiatiques.

L’ouvrage d’Andréa Tornielli est un document décisif porté au dossier du pape.
Refusant tout a priori, cette biographie d’Eugenio Pacelli, n’est pas une hagiographie. De nombreuses sources dont une partie inédite constituée des archives privées Pacelli, et les témoignages du dossier de béatification ont permis d’établir une biographie historique des plus sérieuses.
L’auteur n’esquive pas les questions brulantes des relations du pape avec le IIIème Reich et le nazisme. Dans son intervention et son action autour de la Shoah, Pacelli est suivi pas à pas, ses écrits sont disséqués, ses démarches confrontées à ses contradicteurs.
La vérité des archives pour un portrait inédit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CIGARETTES, FRANCE, HISTOIRE, MOEURS ET COUTUMES, TABAC, TABAGISME, UNE HISTOIRE DE TABAC

Une histoire de tabac

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Une histoire du tabac

Le fléau bien-aimé

 

Qu’on porte sa fumée aux nues ou qu’on ne puisse pas le sentir, on ne peut désormais échapper au tabac. En à peine quelques siècles, cette plante a réussi à imposer ces volutes sur toute la planète, faisant la joie des producteurs et le désespoir des médecins.

Déchirons les écrans de fumée pour revoir ensemble comment l’Humanité a pu s’imposer si vite un tel fléau.

 

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La belle Caraïbe

C’est très précisément le 28 octobre 1492 que le tabac est entré dans notre Histoire. Ce jour-là en effet, un dénommé Rodrigo de Jerez était en train de s’acharner dans l’île de Cuba à rechercher ce qui pourrait ressembler aux Indes, lorsqu’il croisa un membre de la peuplade des Taïnos occupé à transformer quelques feuilles en fumée.

Séduit, l’explorateur en rapporta à son chef, Christophe Colomb, qui sut à son tour apprécier cette « herbe aux feuilles charnues, douces et veloutées au toucher ». Il trouva vite normal que les indigènes se promènent avec « à la main un tison d’herbes pour prendre leurs fumigations ainsi qu’ils en ont coutume » (Journal de bord, 1492).

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Malgré les mésaventures de Jerez, emprisonné à son retour en Espagne par l’Inquisition qui comprenait mal comment de la fumée pouvait lui sortir des narines, les aventuriers qui se succédaient dans les nouvelles terres adoptèrent vite la pratique du tabacos, mot dérivé de la langue caraïbe arawak.

Rapportée en Europe, la plante trompe-la-faim se fait ornementale dans les jardins comme celui d’André Thévet, à Angoulême.

Le voyageur, spécialiste de l’éphémère France antarctique (Brésil), aurait bien aimé appeler la belle « l’angoumoise » ou « la panacée antarctique » mais c’était sans compter la rapidité et les relations d’un autre Français, Jean Nicot.

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Premiers pétards, premières dépendances

Dans sa monumentale Histoire des Indes, le dominicain Bartolomé de Las Casas, dont le père a accompagné Colomb lors de son second voyage, décrit une étrange coutume…
« Nos amis trouvèrent sur leur route beaucoup de gens, hommes et femmes, qui traversaient les villages, les hommes ayant toujours un tison à la main et certaines herbes pour se régaler de leur parfum. Il s’agit d’herbes sèches enveloppées dans une certaine feuille, sèche aussi, en forme de ces pétards (mosquete) en papier comme ceux que font les garçons à la Pentecôte. Allumés par un bout, par l’autre ils le sucent ou l’aspirent ou reçoivent avec leur respiration, vers l’intérieur, cette fumée dont ils s’endorment la chair et s’enivrent presque. Ainsi, ils disent qu’ils ne sentent pas la fatigue. Ces pétards, ou n’importe comment que nous les appelions, ils les nomment tabacs. J’ai connu des Espagnols dans l’île Espagnole qui s’étaient accoutumés à en prendre et qui, après que je les en ai réprimandés, leur disant que c’était un vice, me répondaient qu’il n’était pas en leur pouvoir de cesser d’en prendre. Je ne sais quelle saveur ou quel goût ils y trouvent » (Histoire des Indes, 1571).

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Nicot est entré dans l’Histoire la tête basse : envoyé au Portugal pour arranger le mariage du roi Sébastien et de la belle Marguerite de Valois, son ambassade est un fiasco.

Qu’importe ! Il parvient à entrer dans les bonnes grâces de Catherine de Médicis en lui proposant un remède infaillible contre les migraines dont souffre son fils François. Adepte des pratiques plus ou moins occultes, la souveraine tombe sous le charme de la poudre à priser ou chiquer dont elle va faire une belle promotion, à la cour et au-delà.

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L’ « herbe catherinaire » ou « à la Reine » vaudra à Nicot anoblissement et entrée dans le dictionnaire sous la forme du nom commun de « nicotiane ». Les savants ne tarissent pas d’éloge sur la Nicotiana tabacum dont on a découvert les supposées vertus médicinales : gale, phtisie, mal au ventre… rien ne résiste aux potions, pilules et pommades ! Et rien de tel qu’une petite dose de tabac pour ranimer les noyés, c’est bien prouvé !

Mais tout le monde n’est pas convaincu, à commencer par le pape Urbain VIII qui craint pour la bonne tenue des offices : « les personnes des deux sexes, même les prêtres et les clercs, autant les séculiers que les réguliers, oubliant la bienséance qui convient à leur rang, en prennent partout et principalement dans les églises […], ils souillent les linges sacrés de ces humeurs dégoutantes que le tabac provoque, ils infectent nos temples d’une odeur repoussante » (Bulle du pape Urbain VIII, 1642).

Il est rejoint à la même époque dans cette contestation par le sultan ottoman Mourad IV et l’empereur de Chine Chongzhen, deux adeptes de la décapitation pour les fumeurs, mais aussi par le tsar Michel qui préfère couper les lèvres. Une manière comme une autre de mettre fin au problème…

Première campagne anti-tabac

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En 1604 Jacques Ier entre en lice dans le combat anti-tabac avec un pamphlet intitulé Misocapnos (« Haine du tabac », en grec), et il n’y va pas de main morte :
« Une herbe fétide, répugnante, fumée par des sauvages de certains cantons d’Amérique, est à peine connue que son emploi se répand […] Si vous avez encore quelque pudeur, quittez cette folie, rejetez loin de vous cette plante ramassée dans la boue. C’est par ignorance que vous l’avez reçue, c’est par stupidité que vous en avez usé. Si vous ne suivez pas mes conseils, vous attirerez sur vous la vengeance divine, vous nuirez à votre santé, vous ruinerez votre bourse, vous déshonorerez la nation […]. C’est une chose qui répugne à la vue, d’une odeur insupportable, nuisible à l’intelligence. Pour tout dire enfin, ses noirs tourbillons de fumée ressemblent aux vapeurs qui s’échappent de l’enfer » (Misocapnos sive de abusu tobacci, lusus regius, 1604).

Prises de bec à répétition

Plutôt que de mutiler les sujets de son royaume, Jacques Ier d’Angleterre, que le tabac fait tousser, préfère frapper où ça fait mal : au porte-monnaie. Taxons !

Au début du XVIIe siècle est ainsi instaurée une petite augmentation de 4000 % des droits d’importation qui devait faire réfléchir les plus passionnés. C’était sans compter les débiteurs de tabac qui ne l’entendirent pas de cette oreille et expliquèrent habilement que les finances du royaume avaient tout à gagner d’une taxe plus modérée.

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Qui pour écouter Fagon, premier médecin de Louis XIV ? A quoi bon expliquer que « [l]e nez […] n’est pas fait pour servir d’égout à toutes les humeurs qu’il plaît d’y attirer par la force » (Dissertation […] sur les bons et mauvais effets du tabac […], 1699) lorsque soi-même on est adepte de la prise ?

D’ailleurs toute l’aristocratie du XVIIe siècle y va Le principe parvint outre-Manche et l’on vit Richelieu se friser les moustaches à l’idée de remplir facilement les caisses du royaume. Son compère Colbert alla plus loin puisqu’il mit carrément en place un monopole d’État sur le produit. Rien à faire, la population continua à courir après la fumée malgré les mises en garde du corps médical.de ses reniflements nicotiniques, comme le rappelle le célèbre éloge du tabac qui ouvre le Don Juan de Molière. Rien de plus chic que de faire voleter ses dentelles pour offrir une prise, tirée d’une délicate tabaquière !

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Louis XIV déteste, s’énerve, prend ombrage et interdit qu’on fume devant lui, à une exception : « Jean Bart, il n’est permis qu’à vous de fumer chez moi » (cité dans Le Plutarque français, 1845). Mais la « passion des honnêtes gens » (Molière) est aussi celle des petites gens qui préfèrent bien souvent la pratique de la pipe voire de la chique, notamment sur les navires.

Certes, Louvois fait distribuer des kits complets du parfait fumeur à ses soldats, mais gare aux incendies ! Ne dit-on pas qu’une partie de Moscou est partie en fumée en 1650 à cause d’un pratiquant maladroit ?

Pour devenir honnête homme

Molière a choisi d’ouvrir sa pièce Don Juan sur un monologue original : le serviteur Sganarelle s’y amuse à parler comme son maître en se lançant dans un éloge du tabac, présenté comme un bel instrument de convivialité… Molière avait tout compris !
« Quoi que puisse dire Aristote et toute la philosophie, il n’est rien d’égal au tabac : c’est la passion des honnêtes gens, et qui vit sans tabac n’est pas digne de vivre. Non seulement il réjouit et purge les cerveaux humains, mais encore il instruit les âmes à la vertu, et l’on apprend avec lui à devenir honnête homme. Ne voyez-vous pas bien, dès qu’on en prend, de quelle manière obligeante on en use avec tout le monde, et comme on est ravi d’en donner à droite et à gauche, partout où l’on se trouve ? On n’attend pas même qu’on en demande, et l’on court au-devant du souhait des gens : tant il est vrai que le tabac inspire des sentiments d’honneur et de vertu à tous ceux qui en prennent » (Molière, Don Juan ou le Festin de pierre, 1665).

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« J’ai du bon tabac… »

« Le tabac a-t-il été fait pour le nez ou le nez pour le tabac ? » Cette question hautement philosophique, née dit-on, du mauvais esprit de Voltaire, montre que le XVIIIe siècle n’a pas échappé à l’épidémie. Ce ne sont pas moins de 1 200 débits de tabac qui tentent alors d’attirer dans leurs filets les promeneurs parisiens.

La production vient alors essentiellement de Virginie, se nourrissant de l’esclavage ; la France a préféré interdire en 1719 toute culture et seules la Franche-Comté, l’Alsace et la Flandre peuvent alors faire concurrence à la Compagnie des Indes Orientales.

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Le pays se divise alors en deux : d’un côté l’usage tout aristocratique de la prise, toujours très chic, qui permet à Louis XVI d’offrir comme royal présent à Benjamin Franklin une tabatière ornée de diamants. De l’autre, l’habitude « sans-culotte » de la pipe qui, suite aux événements de 1789, va écraser sa concurrente à plates coutures en rejetant dans la ringardise l’utilisation de la « tabatière anatomique » (espace situé à la racine du pouce).

À quoi ressemblait d’ailleurs un volutionnaire ? « Représente-toi deux larges moustaches, une pipe en forme de tuyau de poêle et une large gueule d’où sortent continuellement les fumées de tabac » (extrait du journal Le Père Duchesne, 1790).

Les soldats de l’Empire, eux-mêmes issus du peuple, gardent le même amour pour la pipe mais lui sont quelque peu infidèles en faisant un triomphe à la bouffarde, au tuyau plus court. Son nom vient-il vraiment d’un certain Népomucène Bouffardi dont la main, pourtant clairement arrachée du bras, n’avait pas lâché l’objet ?

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Étaient moins tenaces les victimes des champs de bataille auxquelles on mettait une pipe entre les dents au moment de l’amputation : la chute de l’objet laissait fort présager que le blessé avait « cassé sa pipe » une bonne fois pour toutes.

Quant à Napoléon lui-même, pas de bouffarde puisqu’une tentative malheureuse le fâcha à jamais avec la pratique : « Fumer est un plaisir dont l’habitude n’est bonne qu’à désennuyer les fainéants » (Mémoires de Constant, 1830).

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« Je suis la pipe d’un auteur »

L’amie fidèle de Charles Baudelaire (« La Pipe », 1857) n’est pas la seule à avoir eu l’honneur de passer à la postérité. Stéphane Mallarmé a lui aussi honoré cette alliée de l’inspiration : « Jetées les cigarettes avec toutes les joies enfantines de l’été dans le passé qu’illuminent les feuilles bleues de soleil, les mousselines, et reprise ma grave pipe par un homme sérieux qui veut fumer longtemps sans se déranger, afin de mieux travailler » (Vers et prose, 1893). Et il est vrai que jamais vous ne croiserez Arthur Rimbaud sans sa fidèle bouffarde à la main, jamais vous ne pourrez dissocier Georges Brassens de sa chère « vieill’ pipe en bois » (« Auprès de mon arbre », 1956). Quant à Serge Gainsbourg, le « fumeur de havanes », il a très tôt rejoint le clan des amateurs de cigares et cigarettes où l’on a pu croiser Freud, Malraux, Prévert, Camus, Duras, Sagan et plus récemment Houellebecq, tous d’accord avec la marquise de Sévigné : « C’est une folie comme du tabac; quand on y est accoutumée, on ne peut plus s’en passer » (Lettre du 16 octobre 1675). Non, vraiment, comme le disait Flaubert, « sans la pipe la vie serait aride, sans le cigare, elle serait incolore, sans la chique, elle serait intolé¬rable ! » (Correspondance, 1843). C’était déjà l’avis du poète Saint-Amant qui nous rappelle que tout n’est que fumée, dans ce sonnet sobrement intitulé « Le Fumeur » (1626) :

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« Assis sur un fagot, une pipe à la main,
Tristement accoudé contre une cheminée,
Les yeux fixes vers terre, et l’âme mutinée,
Je songe aux cruautés de mon sort inhumain.

L’espoir, qui me remet du jour au lendemain,
Essaye à gagner temps sur ma peine obstinée,
Et, me venant promettre une autre destinée,
Me fait monter plus haut qu’un empereur romain.

Mais à peine cette herbe est-elle mise en cendre,
Qu’en mon premier état il me convient descendre,
Et passer mes ennuis à redire souvent :

Non, je ne trouve point beaucoup de différence
De prendre du tabac à vivre d’espérance,
Car l’un n’est que fumée, et l’autre n’est que vent »
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Le siècle des cheminées

S’il n’a pas succombé au tabac, Napoléon, en bon stratège, a su s’en servir. En 1811, il en rétablit le monopole, supprimé par l’Assemblée nationale en 1791, puis en 1815, à la fin de la guerre d’Espagne, il ordonne la fabrication de cigares en France. Héritées des Mayas, ces feuilles roulées remplies de tabac avaient rencontré dès le XVIe siècle un grand succès de l’autre côté des Pyrénées, devenant au fil des siècles symbole de raffinement.

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La bourgeoisie de Louis-Philippe ne peut plus s’en passer ! Mais les moins aisés lui préfèrent la cigarette, d’abord roulée à la main dans du papier avant que la production devienne mécanique en 1830.

En pleine révolution industrielle, c’est le triomphe de la machine ! Même la famille royale succombe puisque lors d’un gala de charité, en 1843, la reine Marie-Amélie en personne en fait la promotion avant que Napoléon III, fumeur invétéré, ne leur donne à son tour leurs lettres de noblesse.

Avec près d’un kilo de tabac consommé par an et par Français, on peut sans se tromper commencer à parler de « tabacomanie ». Si les femmes, étonnamment, continuent à priser, les hommes ne lâchent pas leur pipe.

Les romans se peuplent de fumeurs de tous poils, de Charles Bovary qui tente, maladroitement, d’adopter les cigares du beau monde, jusqu’au colonel Chabert qui en est réduit à trouver du réconfort dans la compagnie de son brûle-gueule.

Balzac, créateur du vieux bonhomme, ne manque pas de remarquer que « partout, l’homme est réduit à l’état de cheminée ». Mais s’il est lui-même grand consommateur d’excitants, il n’adopte pas ces fourneaux miniatures qu’il accuse de détruire le goût. Insupportable, pour ce bon vivant notoire !

« Vient enfin la cigarette… »

Dans sa Physionomie du fumeur (1841), Théodose Burette s’intéresse à ce nouveau mode de consommation, peu sophistiqué à son goût, mais utile…
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« Vient enfin la cigarette, dont la terminaison qui tombe en diminutif indique assez la nature amoindrie. La cigarette est gentille, vive, animée ; elle a quelque chose de piquant dans ses allures ; c’est la grisette des fumeurs. Ne la fait pas bien qui veut : c’est tout un apprentissage. […] Elle sèche la poitrine, débilite les glandes salivaires, et traîne après elle tous les inconvénients de la manie de se ronger les ongles. Elle jaunit le pouce et l’index, comme si l’on avait épluché des cerneaux, pis que cela peut-être ; et l’on est obligé de dire tout haut dans un salon : « Je fume la cigarette ». […]
Jeune homme qui ne fumez pas encore, mais qu’une noble émulation dévore, et qui brûlez de marcher sur les traces de vos anciens […] suivez un conseil d’ami, ne vous attaquez pas de prime abord à la pipe en terre […]. C’est par la cigarette que vous devez débuter. La cigarette est sans force ; elle n’engage à rien ; l’odeur du papier brûlé n’y corrige que trop la piquante odeur du tabac »
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Comme une traînée de poudre

« Ça, monsieur, lorsque vous pétunez, / La vapeur du tabac vous sort-elle du nez / Sans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ? » Le XIXe siècle s’achève sur ces vers de Cyrano, truculent personnage au nez particulièrement bien approprié pour la pratique.

L’engouement ne faiblit pas, porté par la renommée thérapeutique du tabac que l’on utilise joyeusement pour soigner l’asthme, la tuberculose et même l’hystérie. Il est vrai qu’en lui associant un peu d’opium, il devient une agréable panacée !

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Mais en 1885 l’invention du mot « tabagisme » montre enfin une prise de conscience des méfaits de cette consommation, du moins de la part des scientifiques qui s’inquiètent du mauvais état de santé des ouvriers des manufactures de tabac. Les avertissements n’y changent rien, la population continue à rivaliser dans la fabrication de volutes.

Lorsque la Grande Guerre éclate, l’approvisionnement des soldats en tabac devient un des grands sujets d’inquiétude comme le rappelle John Pershing : « Si vous me demandez ce dont nous avons besoin pour gagner cette guerre, je réponds, du tabac autant que des balles ».

Chaque poilu doit en effet pouvoir trouver quelque réconfort en remplissant de « foin » ou de « gros cul » sa chère « quenaupe » (pipe) ou sa « grisette » (cigarette). Mais gare à celui qui oublie qu’il devient une belle cible dans la nuit !

Comme le rappelle le dicton, « Si trois cigarettes sont allumées par la même allumette, le troisième homme sera tué par les tirailleurs d’en face » qui auront eu le temps d’ajuster… Qu’importe le risque ! Les soldats ne peuvent plus se passer de leurs Gitanes Caporal prêtes à fumer. Elles sont les petites sœurs des fameuses Gauloises, elles aussi créées en 1910 et qui feront, jusqu’en 1970, partie des rations de combat.

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Chez les poilus pétuneurs

Ce dictionnaire d’argot, daté de 1918, montre bien à quel point le tabac était inséparable de tout bon poilu :
« Perlot, m. Tabac. Le perlot est une espèce particulière de tabac composé de troncs d’arbres et de feuilles de tabac ; le poilu appelle fin le tabac qui ne contient pas de troncs d’arbres. Le tabac est indispensable au poilu. Comme dit Sganarelle dans le Don Juan de Molière, « Quoi que puisse dire Aristote et toute la philosophie, il n’est rien d’égal au tabac […] ». Ainsi, chaque pipe de perlot « instruit les âmes à la vertu » : la pipe, la quenaupe, comme disent les poilus, est donc un grand instrument de perfectionnement moral et ce sera l’éternel honneur du peuple poilu d’en avoir héroïquement généralisé l’emploi.
Au XVIIIe siècle, on s’occupait, avant de charger, « d’assurer les chapeaux et les rubans de queue ». Au siècle des poilus, on se prépare au combat eu allumant sa pipe, et il y a une belle crânerie à la française dans le geste du poilu qui, en dépit des obus, s’absorbe dans le souci de rallumer une pipe qui ne tire pas.
Dans la tranchée, le perlot est un grand magicien : il ouvre les portes du paradis du rêve ; il tue le cafard mieux que n’importe quel insecticide ; et dans les volutes de sa fumée, le poilu, évoquant le pays et les visages aimés, croit que la guerre est finie… Aristote a tort, Sganarelle a raison : il n’est rien d’égal au tabac »
. (François Déchelette, L’Argot des Poilus, 1918).

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Tout feu tout flamme

Les années Folles vont se jeter à corps perdu dans le tabac, indispensable symbole de jeunesse et de modernité.

Il faut dire que les grandes marques américaines se sont lancées dans une guerre du marketing particulièrement efficace : Camel met en avant son dromadaire (1913), Malboro son cow-boy (1954), Lucky Strike son argument anti-poids pour ces dames (1927).

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La France n’est pas en reste puisque les campagnes de publicité du SEIT (Service d’Exploitation Industrielle des Tabacs, devenu SEITA en 1935 avec l’absorption du monopole des allumettes) font exploser les ventes. Qui peut résister aux belles fumeuses d’Alfons Mucha (Job), aux casques ailés de Maurice Giot (Gauloises), aux andalouses de Max Ponty (Gitanes) ? La présence en tous lieux de la cigarette devient banale et l’on dépasse alors allégrement le milliard de paquets vendus dans le pays.

Les stars du petit écran, détectives (Humphrey Bogard) ou voyous (Jean Gabin), femmes du monde (Audrey Hepburn) ou mégères (Cruella !) ne se font pas prier pour en allumer une petite. Et si tout le monde n’a pas le talent de Michel Simon pour fumer avec son nombril (L’Atalante), c’est tout de même efficace puisque la consommation double entre 1927 et 1938.

Avec la guerre, il faut calmer ses ardeurs et se contenter de ce que les cartes de rationnement veulent bien distribuer. Heureusement on peut compter sur les Américains pour apporter la paix et avec elle, leurs chères cigarettes blondes.

Ce sont eux aussi qui tirent une fois de plus le signal d’alarme sur les conséquences sanitaires, provoquant une rapide réaction des grandes industries du tabac de leur pays, connues sous le surnom de Big Tobacco : elles créent en 1953 le TIRC (Comité de Recherche de l’Industrie du Tabac) destiné à faire des études sur la dangerosité de leurs produits… et à rassurer leurs fidèles consommateurs, quitte à ne pas tout dire.

« Un ban pour la Gitane ! »

En 1929, une publicité de la Régie Française des Tabacs met en scène les plus célèbres poètes, cinéastes et sportifs de l’époque, rassemblés pour l’occasion sous les ors de la Rotonde pour vanter les mérites de la cigarette. Regardez de plus près : les sosies ont été bien sélectionnés !

La mort à petit feu ?

Les Trente Glorieuses et leur frénésie de consommation arrivent à point nommé !

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La jeunesse, en particulier, se jette sur ce symbole de liberté que l’État ne sait plus comment gérer. Doit-il en faire la promotion pour remplir les caisses de la SEITA, ou multiplier les accusations pour préserver la santé publique ?…

Alors que l’Organisation Mondiale de la Santé commence à parler de « désastre sanitaire », en 1973 le ton monte avec la loi Veil qui impose des restrictions dans la liberté de fumer et d’en faire la publicité.

Cette première campagne nationale anti-tabac est un succès, puisque en 10 ans 3 millions de personnes arrêtent de fumer. Mais ce n’est pas suffisant : en 1991, la loi Évin engage cette fois l’État dans une claire « dévalorisation du tabac » en interdisant la publicité et l’usage dans les lieux collectifs.

Face aux poches de résistance et aux détournements plus ou moins rusés de la loi, le président Jacques Chirac, lui-même gros fumeur, entame une « guerre contre le tabac » en 2002 avec la hausse brutale des prix (+ 35% en 2 ans) et l’interdiction de fumer dans tous les lieux publics (2006) avant l’arrivée d’images chocs sur les paquets (2010) puis du paquet neutre (2015).

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Les efforts semblent porter leurs fruits, puisqu’entre 2017 et 2019 les rangs des fumeurs se sont allégés d’1,6 million de personnes. Ambiance « hygiéniste », succès du mois sans tabac, vapotage, remboursement des substituts et prix prohibitifs peuvent expliquer ces chiffres, à moins que les fumeurs aient enfin pris conscience que la moitié d’entre eux mourront des suites de cette accoutumance.

Ces bons résultats ne doivent cependant pas faire oublier la hausse de la consommation chez les femmes ni la popularité inquiétante d’autres produits comme le haschich, dont la dépénalisation est même demandée par certains !

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Rappelons également que si en Occident le tabac est en recul, ses grandes industries ont su trouver de nouveaux terrains de chasse dans les pays moins développés où vivent près de 80 % des fumeurs de la planète. Le tabac n’a pas fini de faire des ravages.

Meurtre à la nicotine !

En 1851, le comte de Bocarmé est amené devant le bourreau pour avoir la tête tranchée. Son crime ? Avoir assassiné son beau-frère Gustave pour mettre la main sur sa fortune. Classique, me direz-vous ! Sauf que la méthode employée l’est beaucoup moins… Voici le rapport du célèbre chimiste Jean Stas qui avait été appelé à la rescousse :
« Je dois le déclarer ici parce que c’est la vérité, j’eus brusquement l’idée providentielle, j’ose le dire, de verser de la potasse sur une partie des matières [prélevées sur le cadavre]. Cette potasse je la versai ne sachant plus, pardonnez-moi l’expression, à quel saint me vouer. A l’instant même se dégage une odeur véreuse extrêmement forte. […] Sur la feuille de papier où, quand je pensais toucher au but, j’avais écrit le mot Cicutine [composant de la ciguë], j’en avais mis un autre avec un point d’interrogation. Le second mot écrit était Nicotine. J’instituais alors une série de recherches fort longues, mais le succès vint récompenser mes efforts et je pus m’écrier : J’ai trouvé !
Je déclare solennellement que la Nicotine est entrée dans le corps de Gustave Fougnies à l’état de pureté complète et en quantité effrayante »
 (cité dans la Revue d’Histoire de la Pharmacie, 1932).

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Le tabac, une force économique

Connaissant parfaitement la fameuse loi de l’offre et de la demande, les autorités françaises se sont vite intéressées à la production de tabac et aux bénéfices qu’elles pouvaient en tirer. Soumise au monopole royal depuis Colbert, sa production a été d’abord limitée aux terres grasses et humides de l’Est et du Sud-Ouest, ainsi que des Antilles.

Dans le même temps, fort logiquement, la contrebande se met en place tandis que les cultures clandestines se multiplient avant l’élargissement des droits de plantation du côté du Var ou encore des Landes, sous le Second Empire. En 1875, ce sont ainsi pas moins de 40 000 planteurs, dont la moitié dans le Sud-Ouest, qui vivent de cette production, bien plus rentable que le maïs !

La majorité d’entre elle est destinée aux 10 manufactures d’État qui rassemblent en 1840 près de 4000 ouvriers, ou plus précisément d’ouvrières, à l’image de la belle cigarière sévillane Carmen : « Elles sont 4 à 500 femmes occupées dans la manufacture. Ce sont elles qui roulent les cigares dans une grande salle, où les hommes n’entrent pas sans une permission du Vingt-quatre [magistrat], parce qu’elles se mettent à leur aise, les jeunes surtout, quand il fait chaud » (Prosper Mérimée, Carmen, 1845).

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Paqueteuses ou coupeuses, capables d’enrouler le tabac dans une feuille en un tour de main, ces cigaretteuses bien peu payées sont mal vues par la société qui craint leur penchant pour la revendication. À l’autre bout de la chaîne se trouvent les débitants, véritables agents de l’administration qui furent longtemps choisis par l’État parmi les anciens militaires ou leurs veuves et qui, aujourd’hui, se font chaque année moins nombreux.

On peut enfin rappeler que les taxes et la TVA sur le tabac et ses dérivés ne cessent de rapporter toujours plus d’argent dans les caisses de l’État, pactole estimé à 15 millions d’euros en 2018.

Conseils d’un écrivain

Bel-Gazou a 15 ans lorsqu’elle reçoit cette lettre de sa célèbre mère, l’écrivain Colette…
« Ma chérie, ne sois pas triste. Si j’ai eu un choc pénible à découvrir que tu fumais en cachette, c’est surtout parce que je sais la force d’une habitude, même anodine. Or, celle du tabac ne l’est pas, surtout sur un être jeune, en voie d’épanouissement. Si je me suis gardée de l’habitude de fumer, ce n’est pas à cause du mal que le tabac, modérément fumé, pouvait me faire, c’est parce que, pendant ma longue vie, j’ai vu à mes côtés des êtres dévastés par le despotisme de l’habitude. J’ai vu mon père, qui tous les ans prenait l’engagement de ne plus fumer (à cause de son foie). Tous les ans, dominé par l’habitude il retombait. J’ai vu mon frère aîné, esclave de la cigarette, et pourtant médecin. J’ai vu ton père, allumant une cigarette à la cigarette qui allait s’éteindre, tout le long du jour. Énervé, essoufflé (cœur), je l’ai entendu prendre des résolutions successives de ne plus fumer… La privation du poison, la privation de son habitude le rejetaient à bout de forces à l’usage du tabac. Enfin j’ai vu, pendant la guerre, un affreux spectacle […]. J’ai vu sur le trottoir de la Civette, place du Théâtre Français — tu sais ? — une file d’hommes effondrés, des mouvements nerveux dans les doigts, une petite sueur sur la figure, qui attendaient la réouverture du bureau de tabac de la Civette. C’est la vue des fumeurs qui m’a toujours détournée du tabac » (Colette, Lettres à sa fille, 1928).

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Histoires d’allumeuses

La femme et le tabac, quelle drôle d’histoire ! Si c’est bien une reine, Catherine de Médicis, qui valut à notre pays de succomber au charme de la fumée, longtemps on n’a guère apprécié de voir ces dames « avec le nez sale, qu’elles avaient plongé dans l’ordure » (témoignage de la princesse Palatine, 1713).

Elles ne peuvent être que des malades, des femmes de mauvaise vie ou pire, des « lionnes », ces êtres qui rejettent leur condition pour agir comme des hommes. George Sand en est l’exemple parfait, elle qui a la première féminisé le mot « cigaret » et qui n’hésita pas à se faire représenter en train de savourer les charmes d’une longue pipe.

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La cigarette serait-elle un instrument de libération pour la femme ? Les élégantes de la Belle Époque et les Garçonnes des années 20 en sont convaincues : rien de plus séditieux qu’une cigarette à la bouche, rien de plus frondeur qu’un fume-cigare à la main ! Colette les a utilisés pour provoquer, Coco Chanel en a fait des accessoires de mode.

Si la toute première publicité met en scène une jeune fille, la fumette féminine reste cependant rare, du moins jusqu’à la seconde guerre mondiale qui, en refusant au beau sexe l’accès à la carte de tabac, incite les plus frondeuses à adopter ce petit geste de rébellion. En 1945 finalement, c’est la même année que le droit de vote qu’elles obtiennent de nouveau celui de fumer !

On crée à leur intention des cigarettes légères et même supposées amincissantes, on les abreuve d’images de stars hollywoodiennes séduisant à coups de ronds de fumée…

De plus en plus présentes dans le monde du travail, elles deviennent financièrement indépendantes et aiment à partager quelques instants de convivialité autour d’une cigarette. Le résultat est là : aujourd’hui elles ne sont pas loin de représenter en France la moitié des adeptes du tabac et si elles fument encore moins que leurs compagnons, notamment à cause des grossesses, l’écart ne cesse de diminuer.

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Cigarettes fantômes

« C’est facile d’arrêter de fumer, j’arrête 20 fois par jour » aurait ironisé Oscar Wilde. Mais cela ne fait pas rire tout le monde si l’on en croit les nombreuses campagnes anti-tabagiques qui ont été organisées au fil des siècles. On a essayé de faire peur au fumeur, de lui faire honte, et même de lui cacher les exemples à ne pas suivre. Certes, il est difficile de faire oublier le cigare de Winston Churchill ou de Fidel Castro, mais saviez-vous que le général de Gaulle adorait les Craven et qu’Emmanuel Macron aime à allumer un petit cigare dans son bureau ? Cachez-moi ce vice que je ne saurais voir ! Et c’est ainsi que Lucky Luke fut contraint dès 1983 de cracher son mégot au profit d’un brin d’avoine et qu’un certain nombre de photographies légendaires furent retouchées pour obéir à l’hypocrisie ambiante. De peur de promouvoir de « façon directe ou indirecte » le tabac, on dépouilla ainsi André Malraux (1996) et Jean-Paul Sartre (2005) de leurs légendaires clopes pour pouvoir les afficher sur un timbre ou dans les catalogues de la BnF. On aurait pu penser que le gentil Jacques Tati, bien inoffensif, aurait pu passer entre les griffes de la censure (2009), que nenni ! Voilà sa pipe remplacée par un étrange moulin à vent au nom du politiquement correct. Faut-il y voir un subtil coup marketing ou une attaque contre la loi Évin ? Une fois de plus, le pays se divise entre défenseurs du patrimoine et combattants anti-tabac. Dix ans plus tard, les gros fumeurs qui constituent notre patrimoine ne sont toujours pas à l’abri d’une réécriture de leur histoire. Cependant, on peut se montrer optimiste quant au respect de l’Histoire lorsqu’on constate que dans un film comme J’Accuse, de Roman Polanski (2019), rares sont les plans où les personnages ne fument pas, XIXe siècle oblige !

Bibliographie

Didier Nourrisson, « Le Tabac, une passion française »Histoire n°233, juin 1999,
Didier Nourrisson, Cigarette. Histoire d’une allumeuse, éd. Payot, 2010,
Pierre Boisserie et Stéphane Brangier, Cigarettes, le dossier sans filtre, éd. Dargaud, 2019.

https://www.herodote.net/Le_fleau_bien_aime-synthese-2654-379.php

 

 

 

CHARLES DE GAULLE, FRANCE, HISTOIRE DE FRANCE, HOMME D ETAT, HOMME POLITIQUE

Biographies du Général de Gaulle

Trois biographies du Général de Gaulle

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Jean Lacouture

Charles de Gaulle

1 Le rebelle. (1890-1944). – Paris, Le Seuil, 1984. 876 pages.

2 De Gaulle. Le politique. (1944-1959) – Paris, Le Seuil, 1986. 736 pages.

3 De Gaulle. Le souverain (1959-1870). Paris, Le Seuil, 1986. 876 pages.

 

« Après huit cents livres sur de Gaulle, voici le premier », avait déclaré le grand historien Pierre Nora à la sortie des trois tomes de cette monumentale biographie : Le Rebelle, 1890-1944, Le Politique, 1944-1959 et Le Souverain, 1959-1970.

 Bien que son auteur revendique haut et fort sa formation de journaliste et dise chercher « à plaire plus qu’à édifier », ce de Gaulle force l’admiration parce qu’il concilie, chose trop rare, deux façons de faire de l’Histoire souvent jugées incompatibles. Par la rigueur de l’analyse, l’étude scrupuleuse des sources, l’ouvrage est digne des plus grands historiens professionnels. Mais l’aisance et le brio du style, la vivacité du récit le rendent extraordinairement facile et agréable à lire.S’appuyant notamment sur de très nombreux témoignages oraux, Jean Lacouture brosse, à l’adresse d’un public de non-spécialistes, un portrait complet, qui ne se veut ni à charge ni à décharge, de l’homme qui a si profondément marqué la France dans la seconde moitié du XXe siècle : il y apparaît bien comme « le plus illustre et en tout cas le plus singulier des Français.

 

Charles de Gaulle 

Eric Roussel

Paris, Gallimard, 2002. 1032 pages.

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L’indexation bibliographique de ce livre parle d’elle-même. Des biographies sur le Général, il y en a eu, et de nombreuses. À chacun son « de Gaulle », pourrait-on dire. Le « de Gaulle » de Pompidou, de Jean Monnet, de Jean Daniel, de Max Gallo, de René Rémond, de Druon, d’Agulhon, sans oublier celui de Malraux bien sûr ou de Jean Lacouture qui demeurent des références en la matière.
Éric Roussel, journaliste au Figaro, s’est jeté dans la bataille. Bénéficiant de l’ouverture d’un très grand nombre d’archives dans le monde entier – en Angleterre, aux États-Unis, au Canada, en Israël, en Allemagne –, le journaliste a décidé de recréer l’image du Général à partir de ce foisonnement nouveau d’interviews, de déclarations, de citations ou de confidences. Le résultat impressionne par sa qualité, tant il révèle le parcours d’un homme qui embrassa un véritable destin historique en engageant la France dans la Résistance à partir de juin 1940, et devint par la suite « le plus illustre des Français ». L’ouvrage traite dans un continuum fluide des événements historiques majeurs (la formation militaire auprès de Pétain, le départ de 1940, la création du Conseil national de la Résistance, la démission de 1946, la création du RPF, le retour en 1958 comme chef de gouvernement) et l’agrégat de petits faits qui nous font comprendre plus intimement qui était de Gaulle (ses colères homériques contre Roosevelt ; les péripéties vaudevillesques pour décider du Débarquement du 6 juin ; la fusillade de Notre-Dame le 26 août 1944 où de Gaulle passe entre les balles ; la peine de ce père à la mort de sa fille handicapée : « Maintenant elle est comme les autres », avait soupiré le Général ; de Gaulle en pleine dépression pendant les événements de 1968, etc.). Roussel fait revivre un de Gaulle plus pragmatique que dogmatique. À la fois familier et franc, dévoué à la nation et à la raison d’État, homme d’action et avant tout de conviction, il incarne un idéal de liberté politique. « Je ne suis l’homme de personne », « Je suis un Français libre », se plaisait-il à dire. Impressionnante liberté de pensée et de ton !
Des photos publiques et privées du Général et la production de multiples documents inédits tirés des archives des ambassades du monde entier ou de la collection personnelle des de Gaulle renforcent notre impression de saisir – une fois n’est pas coutume – le portait d’un homme au-delà de sa légende. Cette passionnante biographie nous permet de comprendre pourquoi de Gaulle fut le dernier représentant de la grandeur de la France et comment, depuis sa mort, chacun tente à sa manière de questionner la figure devenue mythique du Général pour y puiser des valeurs fédératrices et trouver un sens à l’action. –Denis Gombert

 «La vérité du général de Gaulle est dans sa légende», a dit Alain Peyrefitte. Éric Roussel, historien et journaliste, lui consacre une monumentale biographie.

 

 

De Gaulle (Français) Broché – 22 août 2019

Julian Jackson

Paris, Le Seuil, 2019. 992 pages.

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 » Enfin la biographie que ce géant méritait « 

Robert Paxton

S’appuyant sur une très large masse d’archives et de mémoires, Julian Jackson explore toutes les dimensions du mystère de Gaulle, sans chercher à lui donner une excessive cohérence. Personne n’avait décrit ses paradoxes et ses ambiguïtés, son talent politique et sa passion pour la tactique, son pragmatisme et son sens du possible, avec autant d’acuité et d’esprit. Des citations abondantes, éblouissantes d’intelligence, de drôlerie, de méchanceté parfois, restituent la parole de De Gaulle mais aussi les commentaires de Churchill et de tous ceux qui ont appris à le connaître, à se méfier de lui ou à s’exaspérer de son caractère vindicatif, de son ingratitude ou de ses provocations…
Aucun détail inutile ici et aucun des défauts de ces biographies-fleuves où l’on se perd, mais une narration toujours tendue, attachée aux situations politiques, intellectuelles, sociales et aux configurations géopolitiques qui éclairent une action et son moment.
Julian Jackson relit cette existence politique hors norme et son rapport à la France à la lumière des questions du passé, qu’il restitue de manière extraordinairement vivace, et de celles qui nous occupent aujourd’hui – et notamment l’histoire coloniale et l’Europe, la place de la France dans le monde, mais aussi évidemment les institutions de la Ve République. En ce sens, c’est une biographie pour notre temps.
C’est aussi une biographie à distance, par un observateur décalé qui mieux qu’aucun autre fait ressortir le caractère extravagant d’un personnage singulier à tout point de vue, extraordinairement romanesque dans ses audaces comme dans ses parts d’ombre, et dont l’héritage ne cesse de hanter la mémoire des Français.

Biographie de l’auteur

Spécialiste de l’histoire de la France au XXe siècle, Julian Jackson est professeur d’Histoire à Queen Mary, University of London. Il a notamment publié La France sous l’Occupation (Flammarion, 2004 et 2010). Sur toutes les listes des meilleurs livres de l’année en Grande-Bretagne, sa biographie de De Gaulle a été couronnée du très prestigieux Duff Cooper Prize.

 

 

 

 

FRANCE, GENEVIEVE DE PARIS (sainte ; v. 420 - v. 500), HISTOIRE DE FRANCE, PARIS (France)

Sainte Geneviève de Paris (v. 420 – v. 500)

 

Geneviève de Paris

Geneviève (née à Nanterre vers 420, morte à Paris vers 500) est une sainte française, patronne de la ville de Paris, du diocèse de Nanterre et des gendarmes. La forme issue du latin Genovefa est également employée et a donné le nom Génovéfain (religieux).

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Hagiographie

La source unique d’informations historiques sur le personnage est la Vita de Geneviève, un texte hagiographique que l’auteur anonyme, probablement un clerc de l’Église de Paris, prétend écrire 18 ans après la mort de la sainte, vers 520, ce qui en fait un des très rares monuments littéraires du vie siècle en Gaule. Cette hagiographie génovéfaine Vita sanctae Genovefa empreinte de merveilleux et qui ne contient aucune chronologie est réalisée par un clerc qui a rassemblé tout ce qu’il savait d’elle par des témoins directs encore vivants.

L’abbé Saint-Yves, dans sa Vie de sainte Geneviève, donne une origine celtique au nom de Geneviève (Genovefa). Selon lui en gallois, genoeth veut dire « jeune fille » (cf. gaulois genata « jeune fille »). Cependant, le nom Genovefa est vraisemblablement la latinisation du francique *Kenowīfa ou *Kenuwefa, nom germanique féminin constitué des éléments ken- « genre, race » (apparenté à kin en anglais) et wīf « femme » (apparenté à wife en anglais et Weib en allemand). Pourtant, la plupart des sources font état d’une autre étymologie germanique, à savoir : *ginu- « grand, spacieux » et *waifō- « remuant ».

Les historiens ont maintes fois débattu des origines sociales de la sainte. Les biographes Dom Jacques Dubois et Laure Beaumont-Maillet ont tranché le débat : Geneviève, issue d’une riche famille de l’aristocratie gallo-romaine, est la fille unique de Severus (nom latin signifiant « austère »), probablement un Franc romanisé qui après une carrière d’officier, a exercé la fonction de régisseur de terres d’Empire et de Geroncia (ou Gerontia, nom grec « désignant une personne sage par l’âge et les vertus »). Elle aurait hérité en tant que fille unique de la charge de membre du conseil municipal (curia) détenue par son père, charge qu’elle aurait exercée tout d’abord à Nanterre, puis à Paris (faisant partie des dix principales constituant l’aristocratie municipale) après son installation dans cette ville chez une « marraine » influente. Baptisée, elle se voue très jeune à Dieu et, selon la légende, est remarquée par saint Germain d’Auxerre et saint Loup de Troyes, qui passent par Nanterre vers 430 (légende à l’origine de l’église Saint-Germain-de-Charonne), à l’occasion de leur voyage vers la province romaine de Bretagne (Grande-Bretagne actuelle). Elle mène une vie consacrée et ascétique, probablement dès ses seize ans. Selon la Vita sanctae Genovefae, à l’âge de 18 ou 20 ans, elle reçoit à Paris le voile des vierges des mains de l’évêque Wllicus, prélat inconnu des historiens. À la mort de ses parents vers 440, elle quitte Nanterre et vient s’établir chez sa marraine Procula en plein Paris, dans l’île de la Cité.

Selon la tradition, lors du siège de Paris en 451, grâce à sa force de caractère, Geneviève, qui n’a que 28 ans, convainc les habitants de Paris de ne pas abandonner leur cité aux Huns. Elle encourage les Parisiens à résister à l’invasion par les paroles célèbres :

« Que les hommes fuient, s’ils veulent, s’ils ne sont plus capables de se battre. Nous les femmes, nous prierons Dieu tant et tant qu’Il entendra nos supplications. »

De fait, Attila évita Lutèce (Paris).

Une autre hypothèse controversée prétend qu’elle aurait averti l’envahisseur d’une épidémie de choléra sévissant dans la région. Enfin, par ses liens avec les Francs, intégrés au dispositif romain, elle aurait pu savoir qu’Attila voulait s’attaquer d’abord aux Wisigoths en Aquitaine, et ne voulait sans doute pas perdre du temps devant Paris. Dans tous les cas, le plus important était d’empêcher les Parisiens de risquer leur vie en fuyant.

En 465, elle s’oppose à Childéric Ier, qui entreprend le siège de Paris, en parvenant à ravitailler plusieurs fois la ville avec du blé de la Brie et de Champagne, forçant alors le blocus.

Elle fait bâtir une chapelle sur l’emplacement du tombeau de saint Denis, premier évêque de Lutèce.

Elle convainc également Clovis, dont elle a toujours été une partisane, de faire ériger une église dédiée aux saints Pierre et Paul sur le mons Lucotitius (qui porte aujourd’hui le nom de montagne Sainte-Geneviève), dans l’actuel Ve arrondissement de Paris, au cœur du Quartier latin. Si l’historiographie récente avance une date de mort le 3 janvier 502, la tradition préfère celle du 3 janvier 512. Selon la Vita, elle meurt à l’âge de 89 ans dans l’ermitage de Paris, et est enterrée dans cette même église aux côtés de Clovis et rejointe plus tard par la reine Clotilde, ses plus célèbres disciples. L’église est d’abord confiée à des bénédictins, puis à des chanoines séculiers : c’est l’abbaye Sainte-Geneviève de Paris, dont le clocher est encore visible dans l’enceinte du lycée Henri-IV (ce clocher est connu sous le nom de « tour Clovis »).

Postérité

Sainte patronne

Sainte patronne de Paris et du diocèse de Nanterre, Geneviève est fêtée le 3 janvier. La Gendarmerie nationale, dont elle est également la sainte patronne, la fête, quant à elle, le 26 novembre, date du « Miracle des ardents » : en rapport avec l’intoxication par le seigle qui sévit à Paris en 1130.

Elle a une homonyme : sainte Geneviève de Loqueffret, une sainte bretonne que l’on fête aussi le 3 janvier comme son illustre patronne. Elle est invoquée pour les règles abondantes ou les périodes menstruelles prolongées chez la jeune fille vierge.

Châsse de sainte Geneviève

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Châsse de sainte Geneviève dans l’église Saint-Étienne-du-Mont

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Sarcophage de sainte Geneviève dans l’église Saint-Étienne-du-Mont.

Selon la tradition, le tombeau de sainte Geneviève est placé auprès de celui de Clovis dans la crypte de l’église Saint-Pierre-Saint-Paul (future abbaye Sainte-Geneviève de Paris), construite par le roi des Francs. Vers 630, saint Éloi orne le sarcophage de pierre de la sainte de plaques d’or, finement ciselées, et de pierres précieuses

La châsse est évacuée vers Draveil lors de la première invasion des Normands en 845. Elle y reste jusqu’en 853. La première procession connue a lieu en 886 lors du siège de Paris. En janvier 1162, court la rumeur que des réformateurs de l’abbaye ont dérobé le chef de sainte Geneviève en le séparant du reste de ses reliques. Louis VII fait apposer sur la châsse le sceau royal et ordonne une enquête solennelle. Le résultat de cette enquête rassure tout le monde et le chapitre décide que désormais le 10 janvier serait une fête célébrée avec autant de solennité que le 3, sous la dénomination d’Invention du chef de Sainte Geneviève. En 1230, ce coffre est endommagé à un tel point que l’abbé Robert de la Ferté-Milon confie l’exécution d’une nouvelle châsse en vermeil par l’orfèvre parisien Bonnard, de 1240 à 1242. Elle est reconstruite en 1614, sous la régence de Marie de Médicis.

Le port de la châsse est dévolu à l’origine aux Génovéfains. En 1412, une confrérie de Sainte Geneviève est érigée en vertu d’un bref du Pape et de lettres patentes de Charles VI qui finance les processions. Cette Confrérie accueillant par cooptation les membres éminents des grandes corporations de la ville, obtient en 1524 le privilège de porter la châsse.

Le 8 novembre 1793, la châsse de la sainte est transportée à la Monnaie où l’on fond les métaux précieux, tandis qu’on récupère les pierreries. Le 21 novembre, le Conseil général de Paris fait brûler les ossements de la sainte sur la place de Grève et fait jeter les cendres à la Seine.

La nouvelle châsse en cuivre entaillé et doré, honorée aujourd’hui dans l’église Saint-Étienne-du-Mont près du Panthéon, contiendrait quelques reliques (un avant-bras et quelques phalanges) qui avaient été envoyées dans d’autres sanctuaires avant la Révolution et qui ont ainsi pu être préservées des destructions. Bien que la châsse n’ait pas été portée processionnellement à l’extérieur depuis le xviiie siècle, la Confrérie des Porteurs de la châsse existe toujours, son rôle se bornant à la porter dans l’église même, au moment de la neuvaine. Le culte de la sainte, très populaire, explique qu’elle possède dans l’église plusieurs châsses, dont la plus grande qui contiendrait la pierre tombale de la sainte redécouverte en 1803 lors de la démolition de l’église Sainte-Geneviève

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Iconographie

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Sainte Geneviève qui tient de la main droite un cierge et de la main gauche un livre.

 

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Sainte Geneviève en bergère.

 

Sainte Geneviève dans la série des Reines de France et Femmes illustres du jardin du Luxembourg.

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Jusqu’au xvie siècle, Geneviève est représentée vêtue d’une robe de jeune fille noble, tenant à la main un cierge qu’un démon souvent essaie d’éteindre (en souvenir de la construction de la première basilique de Saint-Denis, dont elle visitait le chantier, de nuit, avec ses compagnons. Alors que le cierge que tient l’un deux s’éteint brusquement, elle le prend en main et il se rallume miraculeusement). À la fin du xvie siècle, elle est représentée en jeune bergère entourée de moutons, peut-être par confusion avec Jeanne d’Arc et les représentations de vierges pastourelles. Cette légende qui fait de Geneviève une bergère date du succès du poème latin de Pierre de Ponte paru en 1512, puis de la mode des bergeries qui se manifeste au xviie siècle. De nombreuses lithographies popularisent dans les chaumières la « bergère de Nanterre » au temps de la Restauration et de la Monarchie de Juillet.

Au xixe siècle, Pierre Puvis de Chavannes consacre un cycle de peintures à l’enfance de Geneviève (1874) au Panthéon de Paris.

En 1928, Paul Landowski réalise une statue de sainte Geneviève pour le pont de la Tournelle, qui traverse la Seine à Paris.

En 1945, Anna Quinquaud réalise une statue de Sainte Geneviève, aujourd’hui conservée à la Direction générale de la Gendarmerie nationale, Issy-les-Moulineaux.

 

Littérature

Plusieurs œuvres littéraires évoquent le personnage ou la vie de sainte Geneviève :

Le vendredi 3 janvier 1913, pour le 1400e anniversaire de sa mort, Charles Péguy écrit un poème intitulé La Tapisserie de sainte Geneviève et de Jeanne d’Arc

Elizabeth Brun, La vie de Sainte Geneviève, Patronne de Paris, biographie, Editions Mégard et Cie, Rouen, 1855.

Henri Lavedan, La belle histoire de Geneviève, roman dialogué, Société littéraire de France, Paris, 1920, 289 pages.

Mgr Yvon Aybram, Petite vie de sainte Geneviève (421-502), Desclée De Brouwer, 2013.

Érasme, Vers à Sainte Geneviève, traduit par Le Lièvre en 1611.

Musique

Marc-Antoine Charpentier a composé vers 1675 un motet Pour le jour de Ste Geneviève H 317 pour 3 voix, 2 dessus instrumentaux, et basse continue.

 

Bibliographie

Dom Jacques Dubois et Laure Beaumont-Maillet, Sainte Geneviève de Paris : la vie, le culte, l’art, Beauchesne, 1982, 167 p.

Face aux barbares, sainte Geneviève (423-502), Pierre Téqui éditeur, 2001

Emmanuel Bourassin, Sainte Geneviève, Editions du Rocher, 1997

Janine Hourcade, Sainte Geneviève hier et aujourd’hui, Mediaspaul Editions, 1998, 111 p.

FRANCE, HISTOIRE DE FRANCE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, UNE NOUVELLE COLLECTION DE L'HISTOIRE DE FRANCE

Une nouvelle collection de l’histoire de France

HISTOIRE DE FRANCE

SOUS LA DIRECTION DE JOËL CORNETTE

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L’Histoire de France en 13 volumes de Joël Cornette rééditée chez Folio (auparavant édité chez Belin entre 2009 et 2012)

La série Histoire de France, supervisée par Joël Cornette, Professeur des Universités, précédemment publiée chez Belin, sera rééditée à compter de septembre par Folio. Treize volumes sont à venir, les trois premiers seront disponibles pour la rentrée, avec un panorama allant du Haut Moyen Âge à nos jours.

 

La démarche commune aux treize volumes qui composent cette Histoire de France se veut plurielle, diverse, inventive, et surtout ouverte aux débats. Elle ambitionne de rendre compte de la variété des « vérités », de la diversité des problématiques, des enjeux, des controverses dont se nourrit le métier d’historien, pour répondre aux interrogations du présent.
 Ces ouvrages militent et témoignent pour une Histoire de France qui n’est figée dans aucune certitude, dans aucune vérité préétablie. Il ne s’agit pas d’une nouvelle version du « roman national ». Il s’agit d’une Histoire de France non pas enfermée dans son hexagone, mais largement ouverte à tous les espaces.

L’Europe et le monde sont constamment parties prenantes de et dans notre passé et chacun des 13 volumes en tient particulièrement compte. Tous comportent une partie finale intitulée «L’atelier de l’historien » grâce à laquelle chaque lecteur devient acteur de cette Histoire de France.
 Cette Histoire de France joue à tous les jeux d’échelle possibles : les rois, mais aussi les artisans et les paysans ; l’échelle du royaume, mais aussi celle du village ; la politique, mais aussi l’économique, le culturel, le religieux, jusqu’aux choses les plus banales du quotidien.

La France, d’avant à aujourd’hui
Pour cette nouvelle édition, les ouvrages ont été revus et corrigés avec une mise à jour des bibliographies. Trois premiers volumes^sont déjà parus depuis le mois de septembre : 

La France avant la France (481 – 888) de Charles Mériaux et Geneviève Bührer-Thierry

Féodalités (888 – 1180) de Florian Mazel

Les Grandes Guerres (1914 – 1945) de Nicolas Beaupré
Pour la suite, sans date encore communiquée, on retrouvera :
 

Le Temps de la guerre de Cent Ans, 1328-1453 – Boris Bove (dir. Jean-Louis Biget)

Les Renaissances, 1453-1559 – Philippe Hamon (dir. Joël Cornette)

Les Guerres de religion, 1559-1629 – Nicolas Le Roux (dir. Joël Cornette)

Les Rois absolus, 1629-1715 – Hervé Drévillon (dir. Joël Cornette)

La France des Lumières, 1715-1789 – Pierre-Yves Beaurepaire (dir. Joël Cornette)

Révolution, Consulat, Empire, 1789-1815 – Michel Biard, Philippe Bourdin, Silvia Marzagalli (dir. Joël Cornette)

La Révolution inachevée, 1815-1870 – Sylvie Aprile (dir. Henry Rousso)

La République imaginée, 1870-1914 – Vincent Duclert (dir. Henry Rousso)

Les Grandes Guerres, 1914-1945 – Nicolas Beaupré (dir. Henry Rousso)

La France du temps présent, 1945 – à nos jours – Michelle Zancarini-Fournel, Christian Delacroix

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Geneviève Bührer-Thierry, Charles Mériaux

481-888. La France avant la France

Édition publiée sous la direction de Jean-Louis Biget

Nouvelle édition

Collection Folio histoire (n° 287) , Série Histoire de France

Parution : 26-09-2019. 

770 pages

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L’histoire a longtemps juxtaposé des images simples pour définir les quatre siècles écoulés de 481 à 888 : aux Mérovingiens sanguinaires et incapables – à l’exception de Clovis – succédaient des Carolingiens glorieux, conquérants et propagateurs actifs de la foi chrétienne. Les recherches récentes, fondées sur une réévaluation des sources écrites et sur les progrès de l’archéologie, ont libéré cette période du carcan des idées reçues. 
Si les premiers Carolingiens rassemblent sous leur sceptre presque toute l’Europe occidentale, cette construction brillante se révèle fragile. La puissance effective ne vaut que sur une échelle territoriale étroite et le pouvoir central est obligé de collaborer avec les aristocraties locales. Quand apparaît le nom de «Francie», il recouvre une mosaïque de communautés régionales très diverses. 
Rejetant les anachronismes et les outrances, les auteurs restituent une société étrangère à la nôtre par ses hiérarchies, ses caractères anthropologiques et ses institutions. Cette histoire renouvelée possède un attrait majeur : au-delà des représentations traditionnelles, elle s’efforce d’atteindre le réel.

 

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Florian Mazel

888-1180. Féodalités

Édition publiée sous la direction de Jean-Louis Biget

Collection Folio histoire (n° 289) , Série Histoire de France

Parution : 26-09-2019

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La dynastie capétienne ne se confond pas avec «la naissance de la France». Sans doute le royaume de Francie occidentale puis de France devient-il une entité politique qui ne se partage plus, mais le souverain continue de se nommer roi «des Francs». Si la monarchie construit et élargit méthodiquement son domaine, le sentiment d’une unité française n’existe pas encore. Soucieux d’échapper à toute téléologie dynastique ou nationale, ce livre accorde une grande attention aux singularités régionales. 
Les siècles de la féodalité, longtemps décrits comme des siècles de fer, correspondent en réalité au moment du «décollage» européen. Les acquis des recherches historiques récentes, y compris archéologiques, conduisent à réexaminer le regroupement des populations et la «naissance du village», l’instauration de la seigneurie châtelaine, le rôle des réformes monastiques ou l’épanouissement de l’art roman et gothique. Florian Mazel remet ici en question la thèse d’une «mutation féodale» rapide et brutale autour de l’an mil au profit d’une appréciation plus nuancée des évolutions.

 

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Nicolas Beaupré

1914-1945. Les Grandes Guerres

Édition publiée sous la direction d’Henry Rousso

Collection Folio histoire (n° 288) , Série Histoire de France

Parution : 26-09-2019

1382 pages + 12 pages hors-texte

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Le grand basculement de l’été 1914, les horreurs des tranchées et le «front de l’arrière» font comprendre le processus qui conduit à un conflit inédit par son ampleur et sa brutalité : une guerre totale. En 1918, la France émerge, victorieuse mais «malade de la guerre» : profondément affectées, jusque dans leurs structures, l’économie et la démographie ne peuvent être «réparées» aussi rapidement qu’un pont ou une route. La démobilisation culturelle et le retour à la mobilisation politique se déroulent dans une atmosphère de tensions et de modernisation artistique. Alors que la France abandonne, en partie à regret, une politique de puissance en Europe, elle l’exprime avec force sur le terrain colonial. Avant que tout ne retombe dans des crises multiples pour aboutir à la catastrophe de mai-juin 1940 et, avec elle, à la mise à mort des principes républicains. 
Pour restituer ce «passé qui ne passe pas», Nicolas Beaupré a su trouver la bonne distance entre passion et parti pris pour rendre intelligibles les enjeux d’une des périodes les plus dramatiques et controversées de l’histoire de France.

 

FRANCE, GUERRES, SOLDATS, SOLDATS TOMBES AU CHAMP D'HONNEUR

Soldats tombés au champ d’honneur

Soldats morts au champ d’honneur

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Dans les champs des Flandres (In Flanders Fields)

John McCrae

Au champ d’honneur, les coquelicots
Sont parsemés de lot en lot
Auprès des croix; et dans l’espace
Les alouettes devenues lasses
Mêlent leurs chants au sifflement
Des obusiers.
Nous sommes morts,
Nous qui songions la veille encor’
À nos parents, à nos amis,
C’est nous qui reposons ici,
Au champ d’honneur.
À vous jeunes désabusés,
À vous de porter l’oriflamme
Et de garder au fond de l’âme
Le goût de vivre en liberté.
Acceptez le défi, sinon
Les coquelicots se faneront
Au champ d’honneur.

(Adaptation signée Jean Pariseau, CM, CD, D. ès L. (histoire).

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Dans les champs des Flandres (In Flanders Fields)

John McCrae

Né à Guelph, en Ontario, le 30 novembre 1872 dans une famille presbytérienne écossaise, John McCrae a obtenu un baccalauréat en médecine en 1898 à l’Université de Toronto. Il a travaillé en tant qu’officier résident à l’Hôpital général de Toronto de 1898 à 1899. Après avoir travaillé en tant qu’officier résident à l’Hôpital général de Toronto, McCrae s’embarque en décembre 1899 pour l’Afrique du Sud où il participe, avec son unité, à la deuxième guerre des Boers. Il quitte l’Afrique du Sud avec des sentiments partagés, choqué du piètre traitement que recevaient les soldats malades et blessés. Il démissionne de la 1re brigade d’artillerie en 1904 après avoir été promu capitaine, puis major. Mais en 1914, il s’engage comme volontaire dans la grande guerre. Il a emmené avec lui un cheval nommé Bonfire, un cadeau d’un ami.

En avril 1915, John McCrae se retrouve dans les tranchées d’Ypres, ville flamande en Belgique. Il perd au cours des combats un de ses meilleurs amis qui fut inhumé dans une tombe de fortune marquée d’une simple croix de bois où les coquelicots sauvages poussent entre les rangées. Le lendemain, il compose son illustre poème:

Le 28 janvier 1917, John McCrae décède des suites d’une pneumonie et d’une méningite. Il a été inhumé au cimetière de Wimereux, au nord de Boulogne, près des champs de Flandre. Bonfire était à la tête du cortège funèbre, et les bottes de McCrae étaient renversées dans les étriers. Un copain devait écrire ce qui suit au sujet des funérailles :

«C’était une bien belle journée de printemps, aucun de nous ne portait de pardessus et la brume jaillissait des montagnes à Wimereux. J’étais vraiment reconnaissant que le poète auteur de «In Flanders Fields» repose là au soleil, en pleine campagne, qu’il aimait tellement (…)» (Prescott. In Flanders Fields: The Story of John McCrae, p. 77) (traduction)

Depuis, pour les britanniques, le « Poppy » (coquelicot) symbolise le sacrifice et le souvenir de la première guerre mondiale, alors que le Jour de l’armistice du 11 Novembre est appelé le « Poppy Day » (jour du coquelicot).

À Ypres, le 11 novembre de chaque année, les collines des deux côtés de la Porte Ménin (Menen) sont recouvertes de coquelicots en papier. La porte Ménin est un mémorial dédié aux soldats du Commonwealth, tués au cours des batailles féroces autour du Saillant d’Ypres et disparus sans sépultures. Situé à la sortie orientale de la ville d’Ypres, en Flandre (Belgique), à l’emplacement d’une ancienne porte des fortifications Vauban ceinturant la ville, elle marque le point de départ d’une des principales routes menant les soldats alliés au front pendant la Première Guerre mondiale, en direction de la petite ville flamande de Menin (en néerlandais Menen). Conçu par Sir Reginald Blomfield et construit par le gouvernement britannique, le Mémorial a été inauguré le 24 juillet 1927. chaque soir à 20 heures, les clairons de la brigade locale des pompiers ferment la route qui passe sous le mémorial et jouent The Last Post. Cette cérémonie s’est poursuivie sans interruption depuis le 2 juillet 1928, à l’exception de la période d’occupation allemande lors de la seconde guerre mondiale, durant laquelle la cérémonie quotidienne se déroulait au cimetière militaire de Brookwood, dans le Surrey, en Angleterre.