FRANCE, GUERRE MONDIALE 1939-1945, HISTOIRE DE FRANCE, HISTORIEN FRANÇAIS, L'ETRANGE DEFAITE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MARC BLOCH (1886-1944)

L’Etrange défaite de Marc Bloch

 

L’Étrange Défaite

Frankreich, französische Kriegsgefangene

L’Étrange Défaite. Témoignage écrit en 1940 est un témoignage sur la bataille de France écrit en 1940 par Marc Bloch, officier et historien, qui a participé aux deux guerres mondiales. Dans ce livre, il ne raconte pas ses souvenirs personnels mais s’efforce, en témoin objectif, de comprendre les raisons de la défaite française lors de la bataille de France pendant la Seconde Guerre mondiale. Rédigé sur le moment, L’Étrange Défaite a marqué les esprits dès sa parution par la pertinence des constats qui y sont faits.

tc3a9lc3a9chargement-1

Rédaction

L’ouvrage, rédigé de juillet à septembre 1940, est publié pour la première fois en 1946, aux éditions Franc-Tireur, deux ans après l’assassinat de Marc Bloch par la Gestapo. Une copie du manuscrit est confiée à Philippe Arbos, qui la cache dans la propriété du docteur Pierre Canque à Clermont-Ferrand. Découvert par une patrouille de la DCA allemande, alors installée sur cette propriété, le contenu du texte n’attire pas leur attention, ce qui permet à Pierre Canque de le récupérer et de l’enterrer dans le jardin de la propriété. À la Libération, il est rendu à la famille de Marc Bloch et, enfin, publié.

 

Contenu du texte

L’Étrange Défaite peut se voir comme la déposition d’un témoin face au tribunal de l’Histoire. Il comporte trois parties inégales. En guise d’introduction, Marc Bloch présente sa position personnelle et son action au cours de la campagne de 1940 dans une Présentation du témoin. La déposition de ce témoin constitue l’essentiel de l’ouvrage avec la partie intitulée La déposition d’un vaincu. Il y analyse les carences de l’armée française durant l’avant-guerre et la guerre. Il conclut par un Examen de conscience d’un Français, où il fait le lien entre les carences observées et celles qu’il identifie dans la société française de l’Entre-deux-guerres.

 

La déposition d’un vaincu

220px-Nazi-parading-in-elysian-fields-paris-desert-1940

Parade nazie sur l’avenue Foch déserte (1940).

L’analyse de l’armée française par Marc Bloch part de la base et remonte vers les niveaux de responsabilité supérieurs.

Une armée sclérosée

Il dénonce tout d’abord le caractère bureaucratique de l’armée, l’attribuant aux habitudes prises en temps de paix : en particulier le « culte du beau papier » mais aussi la « peur de mécontenter un puissant d’aujourd’hui ou de demain ». Ces habitudes conduisent à une dilution de la responsabilité entre un trop grand nombre de niveaux hiérarchiques et à un retard dans la transmission des ordres. Il y voit comme principale cause l’âge trop avancé des cadres de l’armée française, peu renouvelés, face à une armée allemande beaucoup plus jeune.

Cette organisation bureaucratique est fondée aussi, selon Marc Bloch, dans la formation même des officiers, qui tourne autour d’un culte de la théorie et des traditions. Le principal vecteur de cette formation est l’École de guerre, au concours d’admission de laquelle l’auteur n’avait pas souhaité se porter candidat, ce qu’il paie en ne dépassant pas le grade de capitaine. Fondé sur l’expérience de la Première Guerre mondiale, l’enseignement de cette école prônait en effet la supériorité de l’infanterie et de l’artillerie  par opposition aux unités motorisées (chars et avions, entre autres), supposées « trop lourdes à mouvoir » et supposées ne pouvant se déplacer que la nuit d’après la doctrine .

De même, l’enseignement stratégique est fondé sur des règles théoriques d’engagement, élégantes et abstraites, qui ne passent pas l’épreuve de la pratique. Cet enseignement est associé à un culte du secret, qui ralentit la transmission de l’information, et à un culte du commandement, par réaction à la remise en cause de l’autorité qui avait eu lieu en 1916 et 1917.

L’association entre la bureaucratie et une formation rigide entraîne, sur le terrain, un désordre général, avec trois capitaines qui se succèdent à son poste en quelques mois, et surtout de graves insuffisances dans la gestion des hommes et du matériel. Les soldats sont ainsi mal logés et surtout déplacés sans considération de leurs capacités, perdant leur énergie dans d’épuisantes marches et contre-marches. De même, le matériel manque face à une armée allemande bien équipée. Il manque en quantité, les budgets militaires ayant été engloutis dans la fortification de la frontière est (ligne Maginot, entre autres), laissant ouverte celle du nord. Il manque également en concentration, les chars d’assaut étant dispersés dans de nombreux corps d’armée, ce qui rend tout mouvement concerté impossible. Rapidement, ce désordre sur le terrain se retrouve à tous les niveaux, avec une rotation trop rapide des cadres, qui n’ont pas le temps d’apprendre leurs fonctions, en plus d’un laisser-aller dans la tenue des locaux et des dossiers qui, dans un contexte bureaucratique, achève de paralyser l’armée française.

L’incapacité des services de renseignement

L’armée s’épuise d’ailleurs le plus souvent faute de savoir où est l’ennemi. Marc Bloch blâme ainsi particulièrement l’insuffisance des services de renseignement. Elle est avant tout, estime-t-il, liée à une mauvaise organisation2. En tant que capitaine chargé des essences (approvisionnement en carburant et en munition des troupes), il ne reçoit que des bulletins d’information insignifiants, les informations pertinentes étant classés secrètes et communiquées trop haut dans la hiérarchie. La totalité des informations passe par des voies hiérarchiques très longues, et celles-ci finissent par être périmées quand elles arrivent aux personnes qui devraient les utiliser.

Il devient impossible de savoir dans quel délai un ordre pourra être exécuté, ce qui conduit à des manœuvres à contre-temps, comme la retraite des armées de la Meuse et de Sedan devant la percée allemande en Ardenne belge alors que la résistance belge avait offert deux jours de répit au commandement français, qui n’a pu s’organiser (comme l’avait craint le député français Pierre Taittinger, dès le début de 1940, dans un rapport parlementaire critiquant l’impréparation du secteur de Sedan). Le résultat a été que la percée de Sedan a exposé l’arrière des troupes belges, britanniques et françaises, ces dernières engagées en Belgique vers les Pays-Bas dans l’opération Breda.

Face à cette situation, chaque corps d’armée et presque chaque officier, y compris lui-même, mettent en place leur propre service de renseignement, ce qui conduit à une concurrence désastreuse des services et à des contacts insuffisants entre les différents échelons du commandement, au point que les officiers ignorent bien souvent où sont leurs propres troupes.

Les services de renseignement ont aussi gravement sous-estimé l’ampleur et la mobilité de l’armée allemande, et chaque jour les troupes sont envoyées en retard sur l’avancée allemande. L’auteur souligne, en particulier, une incapacité chronique à estimer convenablement la rapidité de déplacement ainsi que le nombre des chars et des avions par des services obsédés par l’infanterie et les canons. Cette inefficacité des renseignements se traduit par une grande surprise du commandement français.

Cette concentration des renseignements sur ce qui n’était pas le fer de lance de l’armée allemande est le signe d’une pensée stratégique rigide et passéiste de la part du commandement français. Plutôt que de prendre acte du changement de donne, les officiers supérieurs se sont continuellement étonnés que « les Allemands, tout simplement, avaient avancé plus vite qu’il ne semblait conforme à la règle », la règle en question étant fondée sur l’étude des campagnes napoléoniennes et sur la Première Guerre mondiale.

De même, les officiers s’enferrent souvent dans un plan de base qu’ils savaient caduc, faute d’avoir été formés à s’adapter à une situation nouvelle. « En un mot, parce que nos chefs, au milieu de beaucoup de contradictions, ont prétendu, avant tout, renouveler la guerre de 1915-1918. Les Allemands faisaient celle de 1940. »

Cette incurie a naturellement de graves conséquences sur le moral des troupes, abattues à la fois par un sentiment d’inutilité et de peur, l’ennemi n’étant jamais là où le commandement l’annonçait : l’homme supporte mieux le danger prévu que « le brusque surgissement d’une menace de mort, au détour d’un chemin prétendument paisible ».

La responsabilité du commandement

« Nous venons de subir une incroyable défaite. À qui la faute ? Au régime parlementaire, à la troupe, aux Anglais, à la cinquième colonne, répondent nos généraux. À tout le monde, en somme, sauf à eux. »

Le réquisitoire de Marc Bloch contre l’état-major français est particulièrement lourd puisqu’à ses yeux, il porte la responsabilité de son incapacité à s’adapter aux nouvelles réalités de la guerre de mouvement.

Il souligne d’abord une crise de l’autorité. Les grands chefs n’aiment ainsi pas changer de collaborateurs, ce qui entraîne un « divorce » entre commandement et exécutants. Il remarque surtout les incohérences au sein du commandement, où des chefs jouissent d’une impunité quasi totale malgré des manquements majeurs, tandis que des subalternes sont durement punis pour des fautes vénielles. Cette impunité conduit à déresponsabiliser les chefs, qui peuvent ainsi esquiver les solutions qui s’imposent, mais leur demandent de s’engager personnellement et de sortir des schémas de pensée de l’École de guerre. L’avancement privilégiant l’âge sur la compétence, rend la chose encore plus difficile par l’âge moyen des officiers. La coordination du commandement disparaît aussi en une guerre des chefs et de multiples rivalités entre bureaux et entre corps d’armée.

Les Alliés

Par son poste, Marc Bloch est souvent en situation de communiquer avec les forces alliées, et il en tire un bilan sombre. Il souligne d’abord les difficultés au niveau des soldats et des populations.

Bien que soldats de métier, les soldats britanniques ont apparemment une conduite désastreuse, de soldats « pillards et paillards ». Cela renforce, dans la population paysanne, qu’ils méprisent, une anglophobie latente, qui est liée à des réminiscences historiques. Ce sentiment est renforcé lorsqu’on s’aperçoit que les Britanniques fuient les premiers et jouent des coudes pour être évacués en faisant sauter des ponts pour couvrir leur retraite, sans souci des troupes françaises restées en arrière : « Ils refusaient, assez naturellement, de se laisser englober, corps et biens, dans un désastre dont ils ne se jugeaient pas responsables ».

Les Britanniques, de leur côté, jugent sans indulgence (« notre prestige avait vécu et on ne nous le cacha guère ») les insuffisances de l’armée française, qui mène une propagande anglophobe pour cacher ses propres échecs. Les Britanniques s’apprêtent, dès le 20 mai, à rembarquer à Dunkerque en abandonnant les Belges. Pendant quatre jours, du 24 au 28, l’armée du roi Léopold mène la bataille de la Lys mais est lâchée par les Britanniques, qui abandonnent la droite belge et n’ont rien prévu pour sauver même une partie de leur alliée.

De plus, à plusieurs occasions, comme la percée vers Arras, les Britanniques ne fournissent pas aux Français l’aide promise mais constatent les failles du plan stratégique français. En pratique, ces échecs entraînent un renoncement à la collaboration entre les états-majors et un échec de l’alliance. Les armées ne sont alors plus coordonnées par aucune autorité commune après l’encerclement du GQG (Grand Quartier Général). Sans liens efficaces ou camaraderie, l’armée française reste sans renseignement sur les faiblesses de l’armée britannique. Au Royaume-Uni, par la suite, la population accueille bien les soldats français réfugiés, mais les autorités ne se départissent pas d’une « raideur un peu soupçonneuse ».

Examen de conscience d’un Français

Marc Bloch n’attribue pas à l’armée toute la responsabilité de la défaite. Il met en relation les carences de la première avec l’impréparation et la myopie du peuple français dans son ensemble.

L’État et les partis

Sa première cible est l’État et les partis. Il dénonce « l’absurdité de notre propagande officielle, son irritant et grossier optimisme, sa timidité », et par-dessus tout, « l’impuissance de notre gouvernement à définir honnêtement ses buts de guerre ». L’immobilisme et la mollesse des ministres sont stigmatisés, et l’abandon de leurs responsabilités à des techniciens, recrutés sur la même base corporatiste (École Polytechnique et Sciences-Po, surtout). Tout ce petit monde avance à l’ancienneté dans une culture commune du mépris du peuple, dont on sous-estime les ressources.

Les partis politiques sont également stigmatisés dans leur contradictions. Ainsi, les partis de droite oublient leur germanophobie et s’inclinent devant la défaite en se posant en défenseurs de la démocratie et de la tradition, tandis que la gauche refuse les crédits militaires et prêche le pacifisme, tout en demandant des canons pour l’Espagne. Bloch reproche aux syndicats leur esprit petit-bourgeois, obsédés par leur intérêt immédiat, au détriment de leur avenir ou de l’intérêt du pays dans son ensemble. De même, il considère le pacifisme et l’internationalisme comme incompatibles avec le culte de la patrie, reprochant en particulier aux pacifistes leur discours selon lequel la guerre est l’affaire des riches et des puissants dont les pauvres n’ont pas à se mêler (une interprétation marxiste du conflit).

Ouvriers et bourgeois

Dans la population dans son ensemble, il renvoie dos à dos ouvriers et bourgeois. Il accuse les premiers de chercher « à fournir le moins d’efforts possibles, durant le moins de temps possible, pour le plus d’argent possible » au mépris des intérêts nationaux, ce qui entraîne des retards dans les fabrications de guerre.

Réciproquement, il accuse les bourgeois d’égoïsme et leur reproche de ne pas avoir éclairé l’homme de la rue et des champs sur les enjeux du pays ou même dans les enseignements de base (problème de la lecture). Il dépeint une bourgeoisie devenue rentière, faisant des études pour son seul plaisir et ne pensant ensuite qu’à s’amuser. « Le grand malentendu des Français » est ainsi dépeint mettant face à face une bourgeoisie dont les rentes diminuent, menacée par les nouvelles couches sociales, contrainte de payer de leur personne et trouvant que les ouvriers travaillent de moins en moins, et un peuple mal instruit, incapable de comprendre la gravité de la situation. Il souligne en particulier l’aigreur de la bourgeoisie, qui ne s’est jamais remise du Front populaire. En s’éloignant du peuple, le bourgeois « s’écarte sans le vouloir de la France tout court ».

Au niveau plus immédiat, il décrit un peuple mal préparé. La propagande entretient un sentiment de sécurité, alors qu’on sait depuis Guernica qu’il n’y a plus de « ciel sans menace ». Malgré les images de l’Espagne en ruines, « on n’en avait pas assez dit pour nous faire peur ; pas assez et pas dans les termes qu’il eût fallu pour que le sentiment commun acceptât l’inévitable, et sur les conditions nouvelles ou renouvelées de la guerre, consentît à remodeler le moral du civil ».

La classe de 1940 avait été à peine préparée, et comme on ne souhaitait pas la guerre, on y allait sans zèle, de façon résignée. Il suggère, au contraire, que face au péril national, il ne devrait pas y avoir d’immunité et que même les femmes pouvaient combattre. Mais la politique fut d’éviter les morts et les destructions de la guerre précédente : « On s’estima sage de tout accepter plutôt que de subir, à nouveau, ce double appauvrissement ». Dans ce cadre, l’exode marque la lâcheté commune et, surtout, l’absence d’effort du peuple pour comprendre, celui-ci préférant retourner à la campagne et refuser la modernité.

Conclusion

Marc Bloch constate ainsi une responsabilité partagée, qui conduit à un renoncement beaucoup trop rapide, la guerre pouvant être poursuivie. Peu de gens sont aveugles, mais seulement personne n’ose élever la voix et dénoncer les carences avant qu’elles ne soient révélées par le conflit et, dès lors, on n’ose remettre en cause les idées reçues.

Originalité et postérité de l’œuvre

Cet essai d’histoire immédiate est un témoignage sur les insuffisances des élites qui sombrent en mai 1940 dans la guerre. Il décrit la défaite et la débâcle françaises comme permises, voire voulues, par le « commandement » et le gouvernement, influencé par les élites militaires, économiques et sociales. Selon lui, ces élites françaises (avec le soutien de la presse) ont volontairement évité d’avoir armé assez efficacement le pays face à l’expansion nazie ou d’avoir fait jouer les alliances, notamment avec l’Union soviétique , qui auraient pu contrer l’hégémonie hitlérienne annoncée dans Mein Kampf.

Ces élites ont, en cela, été encouragées par l’égoïsme ou le cynisme économique de cette époque, où le syndicalisme s’est surtout confiné aux revendications matérielles et où le Front populaire n’a pas pu tenir ses promesses. Bloch témoigne de la guerre : « une chose à la fois horrible et stupide » mais aussi de faits politiques et sociologiques qu’il a observés durant les deux guerres mondiales. Il témoigne de son engagement et produit une analyse des événements guerriers du xxe siècle.

L’historienne marxiste-léniniste Annie Lacroix-Riz affirme reprendre les hypothèses de Marc Bloch lorsqu’elle avance la théorie d’un « complot Pétain » et d’un « pacte synarchique », qui inclurait également la Cagoule et des luttes occultes d’influences afin d’expliquer la défaite de 1940. Elle s’appuie notamment sur les « archives de police », en dépit des inexactitudes de celles-ci et des erreurs de perspective qu’elles peuvent entraîner, faute de méthodologie historique Précisément, ses théories de l’existence d’un complot synarchique sont rejetées par la communauté scientifique des historiens qui conteste sa méthodologie. Responsable éditorial des œuvres de Marc Bloch dans la collection « Quarto » chez Gallimard Jean-Louis Panné estime qu’Annie Lacroix-Riz a beau se réclamer de Bloch, elle « ne (…) respecte guère [les règles élémentaires du travail d’historien] » énoncées par ce dernier dans Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien :

« [Annie Lacroix-Riz] cite, comme un leitmotiv, un [des] derniers articles [de Marc Bloch] parus dans Franc-Tireur après son assassinat le 16 juin 1944. Analysant le livre du général Chauvineau,  paru en 1938, avec une préface de Pétain, Marc Bloch écrivait : « Un jour viendra en effet et peut-être bientôt où il sera possible de faire la lumière sur les intrigues menées chez nous de 1933 à 1939 en faveur de l’axe Rome-Berlin… » Et Bloch, liant les responsabilités des militaires et celles des politiciens, cite les noms de Laval, Brinon  et fait allusion aux hommes d’affaires comme « ceux du Creusot ». Une intrigue n’est pas un complot au sens où l’entend Annie Lacroix-Riz. On comprend quelle est la fonction de cette citation préventive : la légitimation de l’entreprise. Mais, là encore, on a affaire à une lecture partiale de Marc Bloch qui, s’il met en cause des hommes et des politiques, considère dans L’Étrange défaite que ce sont toutes les élites qui ont failli, celles de gauche comme celles de droite. Il y a fort à parier qu’Annie Lacroix-Riz ne citera jamais le passage suivant : « Les défaillances du syndicalisme ouvrier n’ont pas été, dans cette guerre-ci, plus niables que celles des états-majors […]. les foules syndicalisées n’ont pas su se pénétrer de l’idée que, pour elles, rien ne comptait plus devant la nécessité d’amener, le plus rapidement et le plus complètement possible, avec la victoire de la patrie, la défaite du nazisme et de tout ce que ses imitateurs, s’ils triomphaient, devaient nécessairement lui emprunter. […] À ce désarroi, les invraisemblables contradictions du communisme français ajoutèrent encore un nouveau ferment de troubles […]. Dans ses zigzags, sans grâce, reconnaissons la courbe que décrivirent, sous nos yeux émerveillés, les danseurs de cordes raides du communisme. »
Celui qui, membre du cercle de Montpellier en 1941, rêvait d’une Europe débarrassée du nazisme comme de la menace communiste, est victime d’une captation malhonnête simplement destinée à justifier une démarche aux antipodes de la pensée et du travail de Marc Bloch. Voilà qui illustre parfaitement la manière de faire d’Annie Lacroix-Riz. »

Citations

« Peut-être serait-ce un bienfait, pour un vieux peuple, de savoir plus facilement oublier : car le souvenir brouille parfois l’image du présent et l’homme, avant tout, a besoin de s’adapter au neuf. »

— Marc Bloch, L’Étrange Défaite

« Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la Fête de la Fédération. (Suivi d’un long développement sur le Front populaire – cette citation n’a pas été inventée par Marc Bloch en 1940 mais lors de la première guerre mondiale, que Marc Bloch accompagnait alors de la précision « pourquoi je ne suis pas conservateur » – source France culture jeudi 3 août 2017 « Avoir raison avec Marc Bloch – L’étrange défaite » ) »

— Marc Bloch, L’Étrange Défaite

« Beaucoup d’erreurs diverses, dont les effets s’accumulèrent, ont mené nos armées au désastre. Une grand carence, cependant, les domine toutes. Nos chefs ou ceux qui agissaient en leur nom n’ont pas su penser cette guerre. En d’autres termes, le triomphe des Allemands fut, essentiellement, une victoire intellectuelle et c’est peut-être là ce qu’il y a eu en lui de plus grave. »

— Marc Bloch, L’Étrange Défaite (1990), p. 66

« […] en un mot, parce que nos chefs, au milieu de beaucoup de contradictions, ont prétendu, avant tout, renouveler, en 1940, la guerre de 1915-1918. Les Allemands faisaient celle de 1940 »

— Marc Bloch, L’Étrange Défaite (1990), p. 93

« Les révolutions […] ont […] toutes une vertu, inhérente à leur élan : elles poussent en avant les vrais jeunes. J’abhorre le nazisme. Mais, comme la Révolution française, à laquelle on rougit de la comparer, la révolution nazie a mis aux commandes, que ce soit à la tête des troupes ou à la tête de l’État, des hommes qui, parce qu’ils avaient un cerveau frais et n’avaient pas été formés aux routines scolaires, étaient capables de comprendre ‘le surprenant et le nouveau’. Nous ne leur opposions guère que des messieurs chenus ou de jeunes vieillards. »

— Marc Bloch, L’Étrange Défaite (1990), p. 184

 

 

 

Marc Bloch

Marc_Bloch

Marc Léopold Benjamin Bloch, né le 6 juillet 1886 à Lyon (Rhône) et mort le 16 juin 1944 à Saint-Didier-de-Formans (Ain), est un historien français, fondateur avec Lucien Febvre des Annales d’histoire économique et sociale en 1929. Marc Bloch a donné à l’école historique française une renommée qui s’étend bien au-delà de l’Europe.

Ancien combattant de la Première Guerre mondiale et de la Seconde Guerre mondiale, il est décoré de la Légion d’honneur à titre militaire, de la croix de guerre 1914-1918 (avec quatre citations) et de la croix de guerre 1939-1945 (avec une citation). Membre de la Résistance durant l’Occupation, il est arrêté, torturé, puis exécuté par la Gestapo le 16 juin 1944.

 

Biographie

Famille et formation

Issu d’une famille juive d’optants, Marc Bloch est le fils de Gustave Bloch, professeur d’histoire ancienne à l’université de Lyon, puis à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm et à la Sorbonne, et lui-même fils d’un directeur d’école. Marc Bloch fait des études secondaires brillantes à Paris, au lycée Louis-le-Grand, puis entre à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm en 1904.

800px-Engagement_decennal_Marc_Bloch

Engagement de servir l’État signé par Marc Bloch à son entrée à Normale Sup, Archives nationales, 61 AJ.

Il est reçu à l’agrégation d’histoire et géographie en 1908. Marc Bloch suit de 1908 à 1909 les cours des facultés de Berlin et de Leipzig avant d’être pensionnaire à la Fondation Thiers (1909-1912).

En 1919, il épouse Simone Vidal (1894-1944), fille d’un polytechnicien dont la famille, depuis le xviiie siècle, était enracinée dans le Comtat Venaissin et en Alsace ; six enfants naissent de ce mariage, dont Étienne qui écrira en 1997 sa « biographie impossible ».

La Première Guerre mondiale

Professeur de lycée (Montpellier puis Amiens) quand éclate la Première Guerre mondiale, il est mobilisé comme sergent d’infanterie. Chef de section, il termine le conflit avec le grade de capitaine dans le Service des essences. Marc Bloch reçoit la croix de guerre avec quatre citations et est décoré de la Légion d’honneur pour ses faits de guerre.

Carrière universitaire

Marc Bloch est nommé professeur à la faculté de Strasbourg, redevenue française en 1919 ; ses qualités professorales et sa rigueur méthodologique contribuent alors au prestige de l’Université française. Il y rejoint des enseignants de premier ordre comme Lucien Febvre, André Piganiol, avec qui il noue des liens fructueux.

Premiers pas d’historien

Strasbourg-Plaque_Marc_Bloch

Plaque à l’Université de Strasbourg (Palais universitaire).

Il soutient une thèse de doctorat allégée, au propos déjà neuf, sur l’affranchissement des populations rurales de l’Île-de-France au Moyen Âge : Rois et Serfs, un chapitre d’histoire capétienne (1920).

Marc Bloch publie en 1924 son œuvre magistrale, Les Rois thaumaturges. Il y expérimente avec audace une méthode comparatiste empruntée aux maîtres de la linguistique (il parle lui-même une dizaine de langues).

En 1931, son ouvrage le plus maîtrisé, Les Caractères originaux de l’histoire rurale française, innove une fois encore, car il exploite une interdisciplinarité peu courante à cette époque (botanique, démographie, etc.) pour mieux comprendre l’évolution des structures agraires de l’Occident médiéval et moderne. En 1928, Marc Bloch présente sa candidature au Collège de France et propose d’enseigner une « histoire comparée des sociétés européennes ». Ce projet échoue. Il tente à nouveau sa chance en 1934-1935, mais toujours sans résultat.

L’aventure des Annales

Bloch participe en 1929, avec le « groupe strasbourgeois » dont Lucien Febvre, à la fondation des Annales d’histoire économique et sociale dont le titre est déjà en lui-même une rupture avec « l’histoire historisante »7, triomphante en France depuis l’école méthodique. Bloch y publie jusqu’à la guerre d’importants articles, et surtout de brillantes notes de lecture, dont l’impact méthodologique s’est fait encore sentir après sa mort, et jusqu’à aujourd’hui.

Un historien dans la guerre

800px-Plaque_Marc_Bloch,_17_rue_de_Sèvres,_Paris_6e

Plaque 17 rue de Sèvres (6e arrondissement de Paris), où il vit de 1936 jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

Alors qu’il venait de succéder à Henri Hauser à la Sorbonne en 1936 (chaire d’histoire économique), la Seconde Guerre mondiale le surprend dans la plénitude de sa carrière et de ses recherches. Malgré son âge (53 ans), une polyarthrite invalidante et une famille nombreuse, il a demandé à combattre. Il se déclarait « le plus vieux capitaine de l’armée française », grade auquel il était resté depuis 1918, n’ayant pas souhaité se porter candidat au concours d’admission de l’École de guerre. Il est affecté au Service des essences et sa conduite durant la guerre lui vaudra d’être cité à l’ordre du corps d’armée.

Il voit de très près le naufrage de la Troisième République. Marc Bloch a tiré de cet événement majeur, qui a bouleversé sa vie, L’Étrange Défaite, un livre posthume écrit dans la maison qu’il possédait au hameau de Fougères, commune du Bourg-d’Hem (Creuse), de juillet à septembre 1940. Ce livre, qu’il présente comme le témoignage d’un historien, est publié en 1946 et accrédite l’idée que l’échec de l’armée française face aux troupes d’Hitler est imputable aux plus hauts niveaux de commandement, autant à l’égard de la préparation qu’à celui des combats. Il ouvre ainsi la question de savoir dans quelle mesure les élites ont préféré une victoire du nazisme en France et en Europe face à la montée du communisme. En particulier, il exprime son écœurement devant l’attitude d’une partie de la bourgeoisie française, qui, à son avis, avait contribué de manière décisive à la défaite et ensuite s’était alliée au fascisme en collaborant activement avec les Allemands.

Après la Campagne de France et l’arrivée au pouvoir de Pétain en juin 1940, il est — en tant que Juif — exclu de la fonction publique par le gouvernement de Vichy en vertu du statut des Juifs du 3 octobre 1940. Son appartement parisien est réquisitionné par l’occupant, sa bibliothèque expédiée en Allemagne. Il est rétabli le 5 janvier 1941 dans ses fonctions pour services exceptionnels par le secrétaire d’État à l’Instruction publique, Jacques Chevalier – père de François Chevalier, élève de Marc Bloch, qui sera ultérieurement directeur de la Casa de Velázquez à Madrid – et nommé à la faculté de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand. Jacques Chevalier lui délivre, le 24 février 1941, un ordre de mission afin qu’il puisse se réfugier aux Etats-Unis, accompagné de sa mère, de son épouse et de ses six enfants. Il n’en fera pas usage, ne voulant pas abandonner sa mère, vieille et malade et incapable de supporter le voyage. Il y continue ses recherches dans des conditions de vie très difficiles et en proie aux pires inquiétudes. Du fait de la santé de sa femme, il demande et obtient une mutation à Montpellier en 1941. Le Doyen de la faculté des Lettres de Montpellier, Augustin Fliche, catholique maréchaliste, antisémite et conservateur, va essayer d’empêcher sa nomination, nourrissant un ressentiment à l’égard de l’historien. Il avertit ses supérieurs qu’un cours public de Marc Bloch peut provoquer des démonstrations hostiles, dont il ne veut pas être tenu pour responsable. Marc Bloch est chargé de cours sur l’histoire économique et monétaire de la France et de l’Europe moderne, mais ne peut travailler que dans des conditions très imparfaites, n’ayant pas accès à sa bibliothèque. En outre, les lois du régime de Vichy sur le statut des juifs (notamment celle du 21 juin 1941, qui impose entre autres un quota d’étudiants juifs dans l’enseignement supérieur, ce qui touche directement son fils) ne font que compliquer la vie de la famille Bloch, qui vit dans des conditions précaires à Montpellier.

Monument_des_Roussilles_-_2

Monument des Roussilles, Saint-Didier-de-Formans rappelant l’assassinat de trente Résistants, dont Marc Bloch, à cet emplacement. Deux survivants : Jean Crespo et Charles Perrin.

Il rédige entre la fin 1940 et début 1943, sans documentation et dans des conditions difficiles, Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, publié en 1949 par les soins de Lucien Febvre, livre « testament » dans lequel il résume les exigences singulières du métier d’historien.

Pendant l’Occupation, Lucien Febvre, cofondateur des Annales, souhaite la reparution de la revue alors que Bloch s’y oppose. Sous la pression de Febvre, Bloch finit par accepter. L’autorisation de reparaître sous un autre titre est accordée par l’occupant et Bloch, frappé par le statut des juifs d’octobre 1940, y publie sous un pseudonyme.

320px-Bureau_de_Marc_Bloch

Éléments du mobilier de bureau de Marc Bloch exposés au CHRD.

Il entre dans la clandestinité fin 1942, quand les Allemands envahissent la zone libre. En 1943, après l’invasion de la zone sud qui ne le laisse en sécurité nulle part, il s’engage dans la Résistance, dont il devient un des chefs pour la région lyonnaise au sein de Franc-Tireur, puis dans les Mouvements unis de la Résistance (MUR). Il est arrêté à Lyon le 8 mars 1944 par la Gestapo, interné à la prison Montluc et torturé par Klaus Barbie et ses hommes

Il meurt le 16 juin 1944, fusillé aux côtés de vingt-sept autres résistants « qu’il animait de son courage », non loin de Saint-Didier-de-Formans comme le rapporte Georges Altman. Celui-ci mentionne également qu’un garçon de seize ans tremblait près de lui : « Ça va faire mal ? ». Marc Bloch lui aurait pris affectueusement le bras en disant seulement : « Mais non, petit, cela ne fait pas mal », avant de tomber en criant, le premier : « Vive la France ! ». Cette dernière phrase reste cependant incertaine, Georges Altman n’ayant pas assisté directement à l’exécution. En outre, Etienne Bloch souligne que les conditions de la mise à mort du convoi rendent ce cri peu probable, d’autant plus que les deux seuls survivants n’ont pas rapporté ce fait. Son épouse Simone, dont la santé s’est détériorée, meurt le 2 juillet 1944, à l’hôpital de Lyon.

En 1977, les cendres de Marc Bloch ont été transportées au cimetière du Bourg-d’Hem.

Apport à l’histoire du Moyen Âge : un legs considérable

Marc Bloch, moins polémique que son aîné Lucien Febvre, le rejoint cependant par la rigueur de ses analyses et sa volonté d’ouvrir le champ de l’histoire aux autres disciplines scientifiques. De plus, sa contribution à l‘histoire médiévale, par la variété de ses sources et la rigueur de son analyse, reste encore aujourd’hui largement utilisée par les chercheurs.

À l’instar de ses collègues de l’École des Annales, Marc Bloch suggère de ne pas utiliser exclusivement les documents écrits et de recourir à d’autres matériaux, artistiques, archéologiques, numismatiques… Plus qu’aucun autre responsable des Annales, il s’oriente vers l’analyse des faits économiques. Également partisan d’une unicité des sciences de l’homme, il cherchera un recours permanent à la méthode comparative, favorisera la pluridisciplinarité et le travail collectif chez les historiens.

Un réformateur de l’enseignement

A partir d’avril 1943, Marc Bloch devient rédacteur en chef de la revue Les Cahiers politiques de la France combattante, dont la mission est de diffuser les recherches menées par le Comité Général d’Etudes (CGE), groupe d’experts constitués par Jean Moulin au sein du Conseil national de la Résistance. Il s’agit de réfléchir aux réformes constitutionnelle, politique, économique et sociale ainsi qu’à l’organisation administrative au lendemain de la Libération .

Marc Bloch fustige l’enseignement, dont l’objectif premier, à ses yeux, est de repérer, favoriser, former « les futurs gardiens de l’orthodoxie » et de repousser ce qu’il appelle « les têtes folles »  Il en découle fatalement « la crainte de toute initiative, chez les maîtres comme chez les élèves ; la négation de toute libre curiosité ; le culte du succès substitué au goût de la connaissance.  » Seules importent la préparation et la réussite aux examens et concours. Dans un article paru en 1937, Marc Bloch écrivait déjà : « l’agrégation tire en arrières toutes nos facultés.  » Il ne faut alors pas s’étonner de l’existence d’« une des tares les plus pernicieuses de notre système actuel : celui de bachotage », tout juste bon à fabriquer des « chiens savants.  » Il est donc impératif et urgent de réformer la formation des élèves et étudiants, des maîtres, des cadres de la haute administration en développant la curiosité intellectuelle et la culture générale, tout en revalorisant les salaires des enseignants afin d’attirer vers la carrière les jeunes attirés par des métiers plus lucratifs

 

Publications

Marc_Bloch,_Les_caractères_originaux_louis_maitrier

Première édition des Caractères originaux en deux volumes chez Armand Colin.

Rois et Serfs, un chapitre d’histoire capétienne ; thèse soutenue en 1920.

Réflexions d’un historien sur les fausses nouvelles de la guerre, 1921 (extrait des Écrits de guerre) rééd. Allia, 2010.

Les Rois thaumaturges, 1924 ; dernière réédition, Gallimard en 1998.

Les Caractères originaux de l’histoire rurale française, Armand Colin, 1931 ; dernière réédition, Pocket, 2006, avec une préface de Pierre Toubert,

La Société féodale, 2 vol., 1939-1940 ; dernière réédition, Albin Michel, en un seul volume, 1998, .

L’Étrange Défaite, 1940 ; première publication en 1946 ; Folio, 1990

Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, 1941 ; première publication en 1949.

Ces deux derniers textes sont réédités avec de nombreux autres dans le recueil établi par Annette Becker et Étienne Bloch, L’Histoire, la Guerre, la Résistance, Gallimard, collection « Quarto », 2006.

La France sous les derniers Capétiens (1223-1328),

 La Terre et le Paysan. Agriculture et vie rurale aux xviie et xviiie siècles, Armand Colin, 1999, recueil d’articles avec une préface d’Emmanuel Le Roy Ladurie.

Mélanges historiques, CNRS éd., 2011.

800px-Place_Marc-Bloch,_Paris_20

APPEL DU 18 JUIN 1940, CHARLES DE GAULLE, FRANCE, GUERRE MONDIALE 1939-1945, GUERRES, HISTOIRE DE FRANCE, POLITIQUE FRANÇAISE

L’Appel du 18 juin 1940

L’Appel du 18 Juin

800px-Charles_de_Gaulle_au_micro_de_la_BBC

Charles de Gaulle au micro de la BBC à Londres. Cette photographie est postérieure au 18 juin 1940 car le Général porte sur sa vareuse l’insigne à croix de Lorraine, adoptée comme emblème de la France libre en juillet de la même année. Il n’existe aucun cliché de l’appel du 18 Juin mais cette image est parfois utilisée comme illustration du célèbre discours radiodiffusé.

Charles de Gaulle au micro de la BBC à Londres. Cette photographie est postérieure au 18 juin 1940 car le Général porte sur sa vareuse l’insigne à croix de Lorraine, adoptée comme emblème de la France libre en juillet de la même année Il n’existe aucun cliché de l’appel du 18 Juin mais cette image est parfois utilisée comme illustration du célèbre discours radiodiffusé.

L’appel du 18 Juin est le premier discours prononcé par le général de Gaulle à la radio de Londres, sur les ondes de la BBC, le 18 juin 1940. Ce texte est un appel à tous les militaires, ingénieurs ou ouvriers français spécialistes de l’armement qui se trouvent en territoire britannique à se mettre en rapport avec lui pour continuer le combat contre l’Allemagne et où il prédit la mondialisation de la guerre.

Ce discours, très peu entendu sur le moment, a donné lieu à la publication le lendemain dans le Time, le Daily Express de la version écrite issue du Ministry of Information (MOI), reprises par quelques journaux français. Il est considéré comme le texte fondateur de la Résistance française, dont il demeure le symbole.

Comme l’Appel du 18 Juin n’a pas été enregistré, la version sonore qui est connue comporte un texte différent, l’appel du 22 juin 1940, jour de l’Armistice. La version filmée a été réalisée encore plus tard, le 2 juillet 1940 pour les actualités cinématographiques. L’affiche qui est connue comporte aussi un texte différent car il s’agit d’une affiche publiée le 5 août 1940 dans quelques rues de Londres.

 

Historique

220px-charlesdegaullespeech18june-300x300

Plaque commémorative à Vienne (Isère) avec le Projet de texte non censuré par le gouvernement britannique de l’Appel du 18 Juin.

Charles de Gaulle arrive à Londres le 17 juin 1940 avec l’intention de négocier avec les Britanniques, alliés de la France, la poursuite de la guerre, après avoir exposé son plan à Paul Reynaud. Il rencontre le Premier ministre britannique, Winston Churchill, dans l’après-midi. De Gaulle expose son projet de maintenir la France dans le combat même en cas de fin des combats décidée par le gouvernement installé à Bordeaux. Il émet le souhait de pouvoir s’exprimer à la radio dès que la nouvelle de la demande d’armistice tombera. Churchill donne son accord de principe et met à disposition la BBC. À l’époque, la BBC émet en grandes ondes sur 1 500 m de longueur d’onde et en petites ondes sur 265 m. Elle a un rayonnement international qui lui permet de diffuser en Europe, et donc en France. En grandes ondes, la radio du Luxembourg et celle de Londres figurent parmi le peu d’émetteurs reçus par les postes de radio.

Le 17 juin à 12 heures 30, le maréchal Pétain, nouveau chef du Gouvernement français, a fait un discours officiel à la radio où il annonce qu’il faut cesser le combat et son intention de demander à l’ennemi la signature d’un armistice. Churchill et de Gaulle conviennent dès lors que le second s’exprimera dès le lendemain sur les ondes Mais le Premier ministre, vieux partisan de la fermeté contre Hitler et de la poursuite de la lutte, doit, aidé en cela par Edward Spears, écarter les réticences de certains membres du cabinet, notamment le ministre des Affaires étrangères lord Halifax,  Neville Chamberlain et Clement Attlee, qui ne veulent pas gêner les négociations engagées par le gouvernement Pétain et attendre de voir s’il va effectivement signer l’armistice.

Dans l’après-midi du 18 juin, Élisabeth de Miribel, dans l’appartement que de Gaulle et son aide de camp Geoffroy de Courcel occupent à Seamore Place à Londres, tape à la machine le texte du discours, dont le général de Gaulle a rédigé un premier brouillon dès le 17 juin à Bordeaux au petit matin. De Gaulle transmet les éléments de son discours au ministre de l’Information Duff Cooper qui en communique le projet à Churchill. L’après-midi, le général corrige son texte « en fumant cigarette sur cigarette ».

On sait depuis quelques années que le Gouvernement britannique avait imposé des corrections. Après avoir déjeuné le jour même avec Duff Cooper, ministre britannique de l’Information, le général de Gaulle doit rendre son texte plus neutre, le cabinet de guerre britannique voulant ménager le nouveau chef du Gouvernement français : le début du discours évoquant la trahison du gouvernement de Pétain qui s’est « mis en rapport avec l’ennemi » est modifié. La version réellement prononcée sera longtemps occultée, car c’est la version écrite originale qui sera publiée dans le Bulletin officiel des Forces françaises libres du 15 août 1940, dans le premier numéro du Journal officiel de la France libre le 20 janvier 1941, puis dans les Mémoires de guerre, et dans l’ensemble des recueils de discours du général de Gaulle.

De Gaulle lit son discours sur les antennes de la BBC à Broadcasting House à 18 heures, heure locale, le mardi 18 juin 1940, discours annoncé dans le programme de la BBC à 20 h 15 et diffusé à 22 h.

Le texte issu du Ministry of Information (MOI) est communiqué par la BBC à la presse britannique du lendemain, il est publié par The Times du 19 juin 1940, page 6 col. 3, et le Daily Express, et repris par quelques journaux régionaux français, Le Petit Provençal à la une (colonnes 5 et 6) de son édition de Marseille du mercredi 19 juin 1940.

 

Le texte publié dans la presse le lendemain

Le texte du discours commence par ces deux premières phrases d’introduction :

« Le Gouvernement français a demandé à l’ennemi à quelles conditions honorables un cessez-le-feu était possible. Il a déclaré que, si ces conditions étaient contraires à l’honneur, la dignité et l’indépendance de la France, la lutte devait continuer. »

Le texte qui a été publié par la suite par De Gaulle est présenté comme une restitution du projet original qu’il avait dû modifier à la demande du gouvernement britannique :

« Les Chefs qui, depuis de nombreuses années sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s’est mis en rapport avec l’ennemi pour cesser le combat.

Certes, nous avons été, nous sommes submergés par la force mécanique terrestre et aérienne de l’ennemi. Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd’hui. Mais le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !

Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire. Car la France n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l’Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l’Angleterre, utiliser sans limite l’immense industrie des États-Unis.

Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances n’empêchent pas qu’il y a dans l’univers tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.

Moi, général de Gaulle, actuellement à Londres, j’invite les officiers et les soldats français, qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j’invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, à se mettre en rapport avec moi.

Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas. Demain comme aujourd’hui, je parlerai à la radio de Londres. »

 

Le contenu du message radiodiffusé le 18 juin

Ainsi qu’en atteste la seule retranscription établie — en allemand — par les services d’écoutes helvétiques, l’appel, tel qu’il a donc été diffusé ce 18 juin, ne se présente pas comme une rupture avec le Gouvernement français :

« Le Gouvernement français a demandé à l’ennemi à quelles conditions honorables un cessez-le-feu était possible. Il a déclaré que, si ces conditions étaient contraires à l’honneur, la dignité et l’indépendance de la France, la lutte devait continuer. »

Le général de Gaulle expliquera dans ses Mémoires de Guerre les raisons qui lui ont fait ménager le Gouvernement français dans son appel :

« Pourtant, tout en faisant mes premiers pas dans cette carrière sans précédent, j’avais le devoir de vérifier qu’aucune autorité plus qualifiée que la mienne ne voudrait s’offrir à remettre la France et l’Empire dans la lutte. Tant que l’armistice ne serait pas en vigueur, on pouvait imaginer, quoique contre toute vraisemblance, que le gouvernement de Bordeaux choisirait finalement la guerre. N’y eût-il que la plus faible chance, il fallait la ménager. C’est pour cela que, dès mon arrivée à Londres, le 17 après-midi, je télégraphiai à Bordeaux pour m’offrir à poursuivre, dans la capitale anglaise, les négociations que j’avais commencées la veille au sujet du matériel en provenance des États-Unis, des prisonniers allemands et des transports vers l’Afrique. »

C’est ensuite un appel adressé aux officiers et aux soldats français qui se trouvent déjà sur le territoire britannique, où qui viendraient à s’y trouver, à prendre contact avec lui afin de poursuivre le combat avec les Britanniques.

Pour le général de Gaulle, la bataille de France, qui vient certes d’être gagnée par les Allemands, ne signifie pas la fin de la guerre. Car « cette guerre est une guerre mondiale » et la France pourra s’appuyer sur la force industrielle de ses alliés et notamment celle des États-Unis. S’adressant aux soldats français, ce message d’espoir se termine par un appel à la « résistance », dont la flamme « ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas », faisant entrer le terme dans le vocabulaire politique du xxe siècle.

Pour autant, contrairement à une idée courante, l’appel du 18 Juin n’est pas une invitation générale à constituer des réseaux de résistance sur le territoire français. En militaire, de Gaulle  s’adresse avant tout, et de manière explicite, aux militaires (officiers et soldats) et aux spécialistes des industries de l’armement (ingénieurs et ouvriers) en les appelant à appuyer l’effort de guerre du Royaume-Uni. En effet, l’Union soviétique (pacte germano-soviétique) et les États-Unis (en position de neutralité) n’étaient pas alors engagés à soutenir la France.

Le contexte politico-diplomatique et militaire

L’appel répond au discours radiophonique du 17 juin 1940 fait la veille à 12 heures 20 par le maréchal Pétain, devenu président du Conseil :

« À l’appel de Monsieur le Président de la République, j’assume à partir d’aujourd’hui la direction du gouvernement de la France. Sûr de l’affection de notre admirable armée qui lutte, avec un héroïsme digne de ses longues traditions militaires, contre un ennemi supérieur en nombre et en armes ; sûr que, par sa magnifique résistance, elle a rempli ses devoirs vis-à-vis de nos alliés ; sûr de l’appui des anciens combattants que j’ai eu la fierté de commander, sûr de la confiance du peuple tout entier, je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur. En ces heures douloureuses, je pense aux malheureux réfugiés, qui dans un dénuement extrême sillonnent nos routes. Je leur exprime ma compassion et ma sollicitude.

C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat. Je me suis adressé cette nuit à l’adversaire pour lui demander s’il est prêt à rechercher avec moi, entre soldats, après la lutte et dans l’honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités. Que tous les Français se groupent autour du gouvernement que je préside pendant ces dures épreuves et fassent taire leur angoisse pour n’obéir qu’à leur foi dans le destin de la patrie. »

Dans la version écrite de son appel, le général de Gaulle commence par faire le constat de la situation politique dont il a pris connaissance avec consternation la veille à Bordeaux : à la suite de la démission de Paul Reynaud, le gouvernement (où il occupait la place de sous-secrétaire d’État à la Défense et à la Guerre) est remplacé par celui de Pétain, nommé président du Conseil par le président Albert Lebrun. Dans ce nouveau gouvernement, le général Weygand, commandant en chef des armées, devient ministre de la Défense nationale. Ainsi, dans la première version de l’introduction de son Appel du 18 juin, ce sont Pétain et Weygand que De Gaulle évoque comme « chefs militaires qui sont la cause du désastre », et non Édouard Daladier, général Gamelin et lui-même.

En effet, le 18 mai le chef du gouvernement, Paul Reynaud, avait retiré le portefeuille de ministre de la Défense et de la Guerre à Édouard Daladier pour exercer lui-même ces fonctions, et nommé le général Weygand comme généralissime à la place du général Gamelin. Weygand nomme de Gaulle le 25 mai général à titre temporaire, avec effet le 1er juin, comme commandant de la 4e DCR, puis le cite de façon très élogieuse le 31 mai à l’ordre de l’armée pour son action à la Bataille d’Abbeville.

Entre le 26 mai et le 2 juin, l’armée belge faisait défection, et la Grande-Bretagne décidait, sans concertation avec le commandement français, de replier son armée en rembarquant par Dunkerque la totalité de son corps expéditionnaire de 200 000 hommes, ainsi que 140 000 Français, laissant le reste de l’armée française seule face aux Allemands.

Le 6 juin, Reynaud avait nommé, contre l’avis de Pétain et Weygand, de Gaulle sous-secrétaire d’État à la Défense et à la Guerre, avec, à sa demande, mission prioritaire d’obtenir un appui militaire renforcé de Churchill qu’il avait rencontré le 9. De Gaulle avait participé les 11 et 12 juin à l’ultime réunion du Conseil suprême interallié lors de la conférence de Briare, où il avait fait forte impression sur les Britanniques et où Churchill avait tenté de convaincre le gouvernement français de continuer la guerre malgré la retraite de l’armée britannique, tandis que le général Weygand avait vainement tenté d’obtenir l’intervention des 25 escadrilles de chasse de la RAF qui avaient été promises en 1939 pour pousser la France à entrer en guerre, mais que Churchill réservait en cas d’attaque directe de l’Angleterre.

Le 16 juin, depuis Londres, de Gaulle a dicté au téléphone la note de Jean Monnet à Paul Reynaud, intitulée Anglo-French Unity, projet d’une Union franco-britannique votée le jour même par la Chambre des communes, consistant dans la fusion des armées, notamment des marines, des territoires, des colonies et du gouvernement français dans l’Empire britannique. Il fait valoir à Paul Reynaud que dans le cadre « d’un gouvernement unique franco-britannique, monsieur le président, vous […] pouvez être président du cabinet de Guerre franco-britannique »

Le représentant de Churchill auprès du gouvernement français, le général Edward Spears, est venu en avion à Bordeaux le 17 juin pour tenter de convaincre Paul Reynaud, chef du gouvernement, et Georges Mandel, ministre de l’Intérieur, de rejoindre Londres, mais sans succès. En effet, Reynaud avait démissionné la veille et Mandel était en attente d’embarquer à bord du paquebot Massilia avec l’intention de continuer la guerre depuis l’Afrique du Nord. Voyant qu’il n’avait aucune place dans le nouveau gouvernement Pétain, l’ex sous secrétaire d’État à la guerre De Gaulle décide de repartir à Londres avec son officier d’ordonnance le lieutenant Geoffroy de Courcel et profite le jour même de l’avion de Spears.

Sur les modalités du départ, les versions de Spears et de De Gaulle se contredisent Spears relate que De Gaulle était demandeur et qu’il a fait croire à un enlèvement). Pour De Gaulle la version du général Spears est de l’ordre de « récits romanesques » et pour Geoffroy de Courcel, elle est « du plus haut comique, en même temps que tout à fait invraisemblable ». Jean Lacouture juge la version de Spears « pittoresque ».

À peine arrivé à Londres, il reçoit l’ordre de rentrer et écrit le 20 juin au général Weygand, devenu ministre de la guerre: « Mon général, j’ai reçu votre ordre de rentrer en France. Je me suis donc tout de suite enquis du moyen de le faire car je n’ai, bien entendu, aucune autre résolution que de servir en combattant ».

 

Réception des différents appels : radio, presse, affiche

L’affiche, rédigée au 4, Carlton Gardens à Londres, est placardée le 5 août exclusivement dans des rues de Londres.

L’appel radiophonique du 18 juin n’a été entendu que par peu de Français. En effet, les troupes étaient prises dans la tourmente de la débâcle, quand elles ne poursuivaient pas le combat, tout comme la population civile. Les Français réfugiés en Angleterre n’étaient pas au courant de la présence du général, et beaucoup ignoraient son existence.

Quelques hommes politiques français dirent l’avoir entendu le soir du 18 juin, comme Pierre Mendès France, André Philip et Maurice Schumann.

Les plus avertis n’en entendent parler que les jours suivants par un communiqué de la version officielle, dans la presse britannique en particulier, ou par ouï-dire.

L’information est également reprise par la suite dans certains journaux français (Le Progrès de Lyon, Le Petit Marseillais, en troisième page, Le Petit Provençal, en première page, dans la version prononcée à la radio qui censure deux phrases jugées trop sévères à l’encontre du Gouvernement français) et étrangers. Au Québec, seul le journal Le Soleil signale l’appel du général. Le journal Shenbao, « le quotidien de Shanghai », évoque le général les 24 et 25 juin. Le Los Angeles Times, le New York Times et The Times vont aussi en parler dès le lendemain.

Ce n’est donc qu’ultérieurement, après avoir lancé d’autres appels encourageant les Français de la Métropole, de l’Empire et d’ailleurs à résister, que ce discours est notoirement connu. Par sa médiatisation, la condamnation à mort du général de Gaulle par le tribunal militaire permanent de la 13e région, séant à Clermont-Ferrand, le 2 août 1940 suivant, a largement contribué à le faire connaître en France ; l’information paraît ainsi en une de Paris-Soir et du Figaro.

L’appel du 18 Juin marque néanmoins le début de la France libre qui, formée uniquement de volontaires (bien qu’initialement très peu nombreux), poursuit le combat sur terre, sur mer et dans les airs auprès des Britanniques et représente, face au régime de Vichy, la France qui se bat. L’évasion la plus impressionnante fut celle de l’île de Sein au nombre de 133 pêcheurs. Le général de Gaulle vint rendre hommage à l’épopée patriotique des Sénans en 1946 et en 1970.

Éléments du discours

Pour s’exprimer, Charles de Gaulle a choisi l’appel, qui fait partie des pratiques de rhétorique publique. L’appel suscite souvent l’émotion, et présente une direction à emprunter. Selon les mots du philosophe et rhétoricien Philippe-Joseph Salaza, ce genre, pour être efficace, doit « désigner le mal, choisir son moment » et « stimuler un destin, c’est-à-dire que chacun se sente personnellement face à un choix radical » Ici, de Gaulle mobilise toutes ces composantes afin de soulever le peuple français. L’appel rejoint aussi la notion militaire de l’ordre du jour, puisqu’il pointe du doigt les actions qui doivent être entreprises, les ennemis à abattre et l’objectif à remplir. Lors de cet appel du 18 juin, le général mobilise la « propagande d’agitation », théorisée par Robert Bernier, qui selon ce dernier, vise à « faire bouger un auditoire dans une direction » avec un certain succès. À travers ce discours, il souhaite inciter les français à ne pas accepter l’armistice, il s’engage donc dans un acte perlocutoire, théorisé par le linguiste John Langshaw Austin, qui consiste à faire faire quelque chose à quelqu’un en disant ce que l’on dit, comme énoncé dans son ouvrage Quand dire, c’est faire (1970).

Charles de Gaulle rappelle le contexte des évènements, est réaliste et présente la situation telle quelle ; procédé efficace lorsque l’on veut ensuite susciter l’espoir selon les linguistes Jean-Michel Adam et Thierry Herman. Il utilise de nombreux procédés stylistiques, comme les répétitions, qui marquent l’implication et la volonté du général à défendre la France. Les répétitions de la phrase exclamative, prononcée dans son discours : « [Car la France] n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule » permet de charger le discours d’émotion, d’autant plus que la radio assure une certaine dramaturgie grâce à l’écoute de la voix. Lors de ce discours, il utilise la première personne afin de se positionner en tant que leader, et reste optimiste, afin d’être la source d’une espérance. Il emploie l’anaphore, afin d’apporter un effet d’amplification à son texte, un effet de puissance qui augmente à chaque mot : « Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale ».

Construction d’un homme et d’un symbole

Au travers de cet appel, de Gaulle sera présenté par la suite comme l’élément déclencheur de l’engagement et de la résistance des français, ce qui va contribuer à faire de lui un symbole de l’esprit résistant et de « l’honneur, [de] la raison [et de] l’intérêt national », selon ses propres mots. Par cette prise de parole publique, Charles de Gaulle savait quelle figure il allait désormais incarner, en évoquant le « rassemblement de la nation » et « l’esprit de fierté ».

L’appel du 18 juin symbolise l’« hyperparole présidentielle » du général. Il va se construire et se présenter en tant que leader, la réponse positive à ce discours légitimerait alors l’action de Charles de Gaulle. Il se fait « déjà président en parlant comme un président ». Pour Jean Lacouture, le 18 juin « n’est dans cette carrière fracassante ni un miracle ni une révolution. C’est un paroxysme ». Cet évènement va poser la première pierre de la carrière politique du général, qui y voyait lui-même une opportunité : « Et puis pourquoi ne pas le dire, il y avait l’ambition. J’étais un ambitieux politique et il y eut la rencontre de la circonstance et de l’ambition. » Il confirme alors son « entrée décisive et définitive en politique ». De Gaulle est un homme de communication, il sait et saura toujours écrire ; en tant que militaire il connait l’utilité de la radio, et sait comment être « chef » même en politique. De Gaulle est vu comme « un animal politique ». Il dira à Gaston Palewski : « la radio, c’est une arme redoutable ». Pour de Gaulle, c’était l’outil idéal pour diffuser son message : « La première chose à faire était de hisser les couleurs. La radio s’offrait pour cela ».

Confusions et variantes

Plusieurs précisions sont à apporter au sujet de l’appel du 18 juin 1940.

Si le texte du 18 juin est connu, il n’existe aucun enregistrement du discours lu par le Général Les documentaires lui substituent souvent l’appel du 22 Juin (dont l’enregistrement, lui, nous est parvenu), mais sans toujours préciser qu’il ne s’agit pas (et qu’il ne peut s’agir) de celui du 18. Si la teneur des deux textes est assez proche, dans celui du 22 juin, le général de Gaulle présente une argumentation plus solide, le jour même de l’armistice franco-allemand.

800px-De_Gaulle_-_à_tous_les_Français

L’affiche « À tous les Français » , placardée le 5 août, à ne pas confondre avec l’appel du 18 Juin.

Par ailleurs, l’appel du 18 Juin est très souvent confondu avec le texte de l’affiche « À tous les Français » qui fut signée au 4, Carlton Gardens à Londres, et placardée le 5 août sur les murs de Londres. L’un et l’autre textes ont été publiés en première page du no 1 du Bulletin officiel des Forces françaises libres le 15 août 1940.

Un notaire français, Jacques Fourmy, et l’historien suisse Christian Rossé, ont retrouvé les retranscriptions de l’appel réalisées par les services d’écoute de l’Armée suisse, texte authentique paru pour la première fois et retraduit en français dans la Revue Historique et Archéologique du Maine, 1990, p. 57-59. Cela constitue sans doute le seul enregistrement papier original. « Dans les archives fédérales suisses de Berne, le compte-rendu du discours du général du Gaulle apparaît dans le Bulletin no 153 publié par le Gruppe Ohr (Service écoute de la division presse et radio de l’État-Major suisse) à 6 heures le 19 juin 1940, à la page 3. »

Avant le 18 juin 1940, le texte de l’appel existe déjà en plusieurs versions, la plus fidèle aux intentions du général de Gaulle datant probablement du 16 juin10. Le texte du 18 juin est notamment inspiré du discours prononcé par de Gaulle le 21 mai à Savigny-sur-Ardres au lendemain de la bataille de Montcornet.

Le Petit Provençal publie le communiqué de la BBC à la une (colonnes 5 et 6) de son édition de Marseille du mercredi 19 juin 1940.

The Times du 19 juin 1940, page 6 col. 3, et le Daily Express ne transmettent pas le texte prononcé par le général à la BBC, mais celui issu du Ministry of Information (MOI) qui deviendra l’Appel retenu par l’Histoire.

Le général de Gaulle a en outre été filmé, le 2 juillet 1940, prononçant une version légèrement différente de son appel, pour les actualités cinématographiques.

Quelques photographies du général de Gaulle lisant face à un micro de la BBC sont souvent utilisées pour illustrer l’appel du 18 Juin, mais aucune ne semble dater de ce jour-là.

Il existe des divergences concernant l’heure de diffusion de l’appel. Il aurait été enregistré à 18 heures, annoncé à 20 h 15 et diffusé à 22 heures. La fondation Charles-de-Gaulle évoque les mêmes horaires. Selon le professeur d’histoire Pierrick Hervé, Charles de Gaulle se serait présenté à la BBC à 18 heures et aurait prononcé son discours peu après. Selon une autre source, l’appel aurait été diffusé à 20 heures et résumé brièvement et de façon moins accusatrice à 23 heures.

Mémoire

Free_French_monument_Jersey

Monument élevé en 1963 à Jersey par les Français libres, remerciant les habitants de l’île pour l’aide qu’ils leur ont apportée, lorsqu’ils ont franchi la Manche pour rejoindre de Gaulle à la suite de son appel.

Jean-Louis Crémieux-Brilhac souligne que la célébration de l’appel du 18 Juin a commencé dès le 18 juin 1941 : dans un discours prononcé au Caire devant le Comité national français d’Égypte et relayé par la radio de Londres, le général de Gaulle fait coïncider son appel du 18 juin 1940 avec la naissance de « la France libre ». Le même jour, à l’appel de l’Association des Français de Grande-Bretagne, se tient une « Manifestation pour commémorer le premier appel du Général de Gaulle » au Cambridge Theatre  à Londres sous la présidence de l’amiral Muselier qui prononce l’allocution inaugurale, avec un discours du professeur René Cassin et une lecture de l’appel du général de Gaulle.

Le 18 juin 2005, l’appel du 18 Juin a été classé par l’Unesco sur le registre international Mémoire du monde, où sont recensés depuis 1992 les documents du patrimoine documentaire d’intérêt universel, en vue d’assurer leur protection. L’inscription, proposée conjointement par l’Institut national de l’audiovisuel (INA, France) et la BBC, concerne quatre documents considérés comme les témoignages clés de l’événement : le manuscrit du texte de l’appel radiodiffusé du 18 Juin, l’enregistrement radiophonique de l’appel du 22 juin, le manuscrit de l’affiche « À tous les Français » du 3 août et l’affiche elle-même. L’exactitude du dossier remis à l’Unesco à cette occasion est néanmoins contestée par l’historien François Delpla.

Le 10 mars 2006, à l’initiative de la Fondation de la France libre, le « 18 Juin » a été institué par décret journée nationale non chômée « commémorative de l’appel historique du général de Gaulle à refuser la défaite et à poursuivre le combat contre l’ennemi » Cette journée rend hommage à « l’ensemble des résistants français, c’est-à-dire tous ceux qui ont refusé la défaite et continué à se battre, que cela soit dans les Forces françaises libres, à la tête d’un journal clandestin, sur les bancs de l’Assemblée consultative provisoire d’Alger ou dans un maquis ».

Plusieurs timbres commémoratifs ont été émis par La Poste :

un timbre de 20 centimes, pour le vingtième anniversaire, émis le 20 juin 1960 ;

un timbre en 1964 ;

un timbre pour le cinquantième anniversaire, émis en 1990 ;

un timbre pour le soixante-dixième anniversaire, émis en 2010.

De même, plusieurs pièces commémoratives ont été frappées par la Monnaie de Paris :

des pièces de 500 francs (en or) et de 100 francs (en argent), en 1994 ;

une pièce de 2 euros française, pour le soixante-dixième anniversaire, en 2010.

Parodies

Le Mouvement du 22 Mars diffuse une parodie de l’appel en 1968.

L’Appel du 18 joint est un manifeste publié en 1976, appelant à la légalisation du cannabis, dont le titre est un jeu de mots entre « juin » et « joint ».

 

Bibliographie

Henri Amouroux (ill. carte Henri Jacquinet), Le 18 juin 1940, Editions J’ai Lu, coll. « J’ai lu Leur aventure » (no A174), 1967, 512 p., poche.

Charles de Gaulle et Jean-Louis Crémieux-Brilhac, L’appel du 18 Juin et les appels du général de Gaulle des mois de juin et juillet 1940, Paris, Armand Colin, 2010, 127 p. ,

François Delpla, L’Appel du 18 juin 1940, Parsi, Grasset, 2000, 314 p. .

Jacques Fourmy, Jean-Christophe Averty, Jacques Blanc, Jürgen Klötgen, 18 juin 1940, « L’Appel du Général de Gaulle – Des Documents », Revue Historique et Archéologique du Maine, Le Mans, 1990, p. 49-80.

Charles de Gaulle, Mémoires de guerre – L’Appel, 1940-1942, Plon, Paris, 1954, p. 69-71.

Éric Roussel, Charles de Gaulle, Paris, Gallimard, 2002, 1032 p.

Marc Ferro, Pétain, Paris, Fayard, 1987 (réimpr. 2008), 789 p.

Jean Lacouture, Charles de Gaulle, I. Le rebelle – 1890-1944, Paris, Éditions du Seuil, 1984, 869 p. (

Aurélie Luneau, L’Appel du 18 Juin, Perrin, 2020.

 

 

BIOGRAPHIES, CHARLES DE GAULLE, FRANCE, HISTOIRE, HISTOIRE DE FRANCE, HOMME D ETAT, HOMME POLITIQUE, HOMME POLITIQUE FRANÇAIS, HOMMES POLITIQUES

Charles de Gaulle (1890-1970)

Charles de Gaulle

Homme d’État français (Lille 1890-Colombey-les-Deux-Églises 1970).

image (3)

Homme de l’appel du 18 juin 1940, Charles de Gaulle fut, en 1958, le fondateur du régime de la Ve République, qu’il présida jusqu’en 1969. Audace, grandeur, patriotisme, obstination, indépendance, stabilité, tels sont les traits qui caractérisent le tempérament et le règne de ce soldat rebelle devenu un monarque républicain, qui demeurera, de l’avis de ses compagnons comme de ses adversaires, un géant de l’Histoire.

Formation

Appartenant au milieu de la bourgeoisie catholique lilloise, Charles de Gaulle fait ses études chez les jésuites, avant d’être reçu au concours d’entrée à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, dont il sort 13e en 1912.

À l’école de la guerre

Blessé à trois reprises, porté disparu, il se relève bien vivant mais prisonnier de guerre en Allemagne. Après cinq tentatives d’évasion, il est délivré par l’armistice du 11 novembre 1918. Sur sa demande, il est affecté en Pologne pour aller combattre l’armée rouge (1919-1920).

Entre deux guerres

Après avoir épousé Yvonne Vendroux, fille d’un industriel de Calais qui lui donnera trois enfants, il poursuit sa carrière militaire en entrant à l’École supérieure de guerre (1922). Il est nommé vice-président du Conseil supérieur de la guerre dans le cabinet du maréchal Pétain (1925), avant d’être affecté au secrétariat général de la Défense nationale (1932-1937).

juin 1940

Général de brigade au cours de la campagne de France (mai), sous-secrétaire d’État à la défense nationale dans le gouvernement Reynaud (juin), il refuse l’armistice et lance, de Londres, le 18 juin, un appel à la résistance.

General Charles de Gaulle

affiche-appel-18juinf

Le libérateur de la France

S’imposant, non sans difficultés, comme le chef de la France libre, il préside à Alger en 1943 le Comité français de libération nationale, devenu en juin 1944 Gouvernement provisoire de la République française, qui s’installe en France après la libération de Paris (août 1944).

La « traversée du désert » (1946-1958)

Décidé à rendre à la France son rang mais hostile aux « jeux des partis », il démissionne en janvier 1946, fonde et préside le Rassemblement du peuple français (1947-1953), se retire ensuite de la vie politique et se consacre à la rédaction de ses Mémoires de guerre (1954-1959).

9782259279017ORI

Le président de Gaulle (1959-1969)

Bundesarchiv_B_145_Bild-F010324-0002,_Flughafen_Köln-Bonn,_Adenauer,_de_Gaulle-cropped

Rappelé au pouvoir à la faveur de la crise algérienne (mai 1958), il fait approuver une nouvelle Constitution, qui fonde la Ve République. Président de la République (1959), il met fin, non sans drames, à la guerre d’Algérie et renforce l’autorité présidentielle par l’élection du président de la République au suffrage universel (1962). Il mène une politique de réconciliation avec l’Allemagne (traité franco-allemand, 1963). Réélu en 1965, il développe une politique étrangère d’indépendance nationale. Un an après les événements de mai 1968, son projet de régionalisation et de réforme du Sénat étant repoussé par référendum, il démissionne (28 avril 1969).

Décès

memorial-charles-de-gaulle

Isolé dans sa propriété de Colombey-les-Deux-Églises, aux côtés de sa femme, le général de Gaulle succombe d’une rupture d’anévrisme (9 novembre 1970). Selon sa volonté, il n’aura pas d’obsèques nationales, mais la messe solennelle célébrée à Notre-Dame de Paris réunira tous les grands du monde de l’époque.

  1. INTRODUCTION

Charles de Gaulle

de-gaulle-Ve

Naître dans une famille de la bourgeoisie patriote à la fin du xixe siècle, choisir la carrière des armes pour la « revanche », traverser malgré les blessures et la captivité la Première Guerre mondiale avant d’aller vingt ans durant d’une unité à un état-major pour se retrouver – à l’approche de la cinquantaine et, déjà, de la retraite – simple colonel. Puis, quatre ans plus tard, surgir en héros national, libérateur du territoire et restaurateur de la république, personnage historique de première grandeur, c’est un singulier destin.

Se retirer dans son village pour écrire ses Mémoires de guerre, fonder un régime à 68 ans, le diriger en maître pendant onze années, puis accepter l’échec et le désaveu.

Survivre à cinq générations de grands de ce monde, s’asseoir à la table de Churchill, de Staline, de Roosevelt, puis voir défiler Attlee, Truman, apparaître Adenauer, traiter avec Macmillan, Eisenhower, Khrouchtchev, avec Harold Wilson, J. F. Kennedy, Brejnev et encore avec Edward Heath, L. B Johnson ou Nixon, Kiesinger ou Brandt, c’est une extraordinaire carrière.

Pourtant, ce furent là le destin et la carrière de Charles de Gaulle. Dans la vie de ce personnage hors série, on pourrait distinguer trois actes ou plutôt trois incarnations successives : de l’enfance à la Seconde Guerre mondiale, l’officier ; du 18 juin 1940 à la retraite de 1953, le résistant et l’homme politique ; et, après l’entracte de la « traversée du désert », de 1958 à 1970, l’homme d’État.

  1. L’OFFICIER (1915-1940)
  2. 220px-Charles_de_Gaulle_vers_1922-1924

De ses origines, de son milieu, Charles de Gaulle a su très vite prendre et laisser. Un patriotisme hautain, ardent, exclusif qui emprunte parfois des accents de passion nationaliste, l’espoir et la volonté de la « revanche », une sorte de prédestination manifestée dès l’enfance, une obstination tendue et une gravité naturelle, tel est son héritage. En revanche, l’étroitesse de vues, le conservatisme, le goût du profit et de l’argent, la xénophobie, voire le racisme, qui sont trop souvent des traits caractéristiques non certes de sa famille, mais de sa classe, lui seront étrangers.

2.1. UN OFFICIER D’UNE GRANDE INDÉPENDANCE D’ESPRIT

Charles de Gaulle n’est ni un écolier modèle ni un saint-cyrien particulièrement appliqué, mais déjà pourtant ses camarades le jugent exceptionnellement brillant, bien que raide. Sa rencontre en 1912 avec son premier chef, le colonel Philippe Pétain, les marque profondément et toute leur vie, par-delà la rupture de 1938 et finalement le drame qui les oppose.

La carrière militaire de Charles de Gaulle à travers la Première Guerre mondiale, qui restera toujours pour lui la « grande » guerre, se déroule sans éclat particulier. Trois blessures, trois citations, la captivité, cinq tentatives d’évasion, puis, la paix revenue, un avancement nullement exceptionnel, des affectations assez classiques allant d’un corps de troupes à un état-major avec toutefois un détour en 1919-1921 par la Pologne, deux crochets par l’armée du Rhin en 1924 et de 1927 à 1929, quelques missions au Proche-Orient (à Beyrouth) en 1929-1931. La protection de Pétain s’étend toujours, où qu’il se trouve, sur l’officier.

Surtout, de Gaulle se signale peu à peu à l’attention, de deux façons très inhabituelles. D’abord, il écrit : des rapports, des notes, des études qui, bien vite, deviennent des articles de revues, des livres de doctrine, de réflexion et même de morale où la stratégie et la politique sont étroitement mêlées, en particulier dans le Fil de l’épée (1932). Ensuite, il fréquente les milieux parlementaires, approche le pouvoir, s’y trouve un « patron » en la personne du député Paul Reynaud, et se fait le héraut d’une arme trop négligée – par l’armée française, non par l’adversaire –, celle des blindés.

2.2. LE CHOIX DE LA RÉSISTANCE

Quand éclate la Seconde Guerre mondiale, en 1939, le « Colonel Motor », comme on l’a surnommé, commande un régiment près de la frontière. Il se voit confier coup sur coup des responsabilités plus importantes et, dès que l’armée allemande commence à déferler sur les Pays-Bas, la Belgique, le Nord, le 10 mai 1940, il est placé à la tête de la 4e division cuirassée, qui se battra courageusement autour de Laon et d’Abbeville ; il est alors promu général de brigade à titre temporaire.

Cependant, la politique, qu’il a tant courtisée, l’appelle. Paul Reynaud, succédant à Édouard Daladier comme président du Conseil en mars 1940, nomme de Gaulle sous-secrétaire d’État à la Défense nationale et à la Guerre (5 juin). Charles de Gaulle porte ce titre douze jours : à l’heure où le gouvernement Reynaud s’évanouit, où le régime se disloque devant Pétain et le général Maxime Weygand, où la défense s’effondre, l’officier de tradition choisit la rébellion, l’exil et la résistance. Le 17 juin 1940, il quitte quasi clandestinement Bordeaux, où le gouvernement s’est replié, pour Londres, pour l’action, pour son destin.

 

  1. LE RÉSISTANT ET L’HOMME POLITIQUE (1940-1953)

3.1. L’APPEL

ob_5c33a4_appel-de-gaulle-18-juin40-a-londres

Le 18 juin, au micro de la BBC, c’est l’appel à poursuivre le combat. Après l’armistice du 22 juin signée entre Pétain et l’Allemagne, de Gaulle organise des forces armées qui deviendront les Forces françaises libres (FFL). Lorsque, le 14 juillet suivant, leur chef passe pour la première fois en revue sur le sol anglais ceux qu’on appelle les « Français libres », ils ne sont guère que trois cents. La métropole, écrasée, affolée, occupée, ignore à peu près tout de ce général inconnu qu’un conseil de guerre va condamner à mort par contumace, de son étrange entreprise, qui semble aux uns désespérée, aux autres suspecte. De toute façon, elle ne songe guère à résister.

3.2. CHEF DE LA FRANCE LIBRE

Ce que sera l’extraordinaire aventure de la France libre défie l’imagination et même le bon sens. Tout commence mal : au lieu des ralliements massifs qu’il escomptait, le chef de la « dissidence » ne voit pas arriver ses pairs, mais quelques officiers de réserve, des errants qui rêvent d’en découdre, des hommes de gauche, des pêcheurs de l’île de Sein, etc. Les marins et les soldats français encore présents en Grande-Bretagne après le rembarquement de Dunkerque préfèrent, sauf rares exceptions, être rapatriés ; aucun général, aucun leader politique n’a répondu aux pressants appels de Charles de Gaulle.

L’allié anglais, craignant que la flotte française puisse être utilisée par l’Allemagne, coule froidement des bâtiments à Mers el-Kébir (3 juillet 1940), et, même quand l’Afrique-Équatoriale française a rallié la France libre, le reste de l’« Empire » reste fidèle à Pétain : une expédition navale devant Dakar échoue piteusement ; bientôt, les forces de Vichy et celles de la France libre s’affrontent au Liban et en Syrie.

Il faut à de Gaulle sans cesse défendre l’indépendance, proclamer la représentativité de la France libre devant Winston Churchill, contre Franklin Roosevelt. Lorsque les Alliés débarquent enfin en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, ils s’entendent avec François Darlan, le second de Pétain, installent au pouvoir Henri Giraud et non de Gaulle.

3.3. L’ORGANISATEUR DE LA RÉSISTANCE

conference-casablanca-1943f

Churchill, de Gaulle, Roosevelt et Giraud à Casablanca (janvier 1943)

En sept mois, Charles de Gaulle néanmoins manœuvre, gagne du terrain, élimine Giraud, fédère sous son autorité la Résistance intérieure. Il charge Jean Moulin d’organiser en France le Conseil national de la résistance (CNR), créé fin mai 1943, dans lequel sont représentées toutes les tendances des partis politiques, des syndicats et des mouvements de résistance, pour coordonner la lutte contre l’occupant et contre Vichy. Il énonce les principes qui seront le fondement de son pouvoir :
– changement des institutions, mais fidélité à la république ;
– condamnation de Vichy, mais liberté d’expression et d’action rendue aux tendances politiques ;
– évolution de l’Empire colonial français vers des formules plus libérales, mais défense et maintien de l’ensemble français outre-mer…

3.4. LE LIBÉRATEUR DE LA FRANCE OCCUPÉE

124480365

Il reste au général de Gaulle, après le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie – opération dont il a été, une fois de plus, tenu soigneusement à l’écart –, à conquérir la légitimité par l’acclamation populaire sur le sol de la patrie libérée. C’est vite et bien fait : deux millions de Parisiens rassemblés sur les Champs-Élysées le 26 août pour l’accueillir ne laissent plus aux Alliés d’autre choix que de reconnaître son Gouvernement provisoire de la République française (GRPF), formé le 3 juin 1944.

3.5. LE FONDATEUR D’UNE « FRANCE NOUVELLE » (1944-1946)

Le général restera dix-sept mois à la tête du pays, présidant à sa rentrée dans la guerre, tenant tête aux Alliés quand ils veulent évacuer Strasbourg reconquise, imposant la présence de la France à l’heure de la capitulation allemande.

Tandis que l’épuration déchaîne mille controverses, la reconstruction s’amorce ; le retour des prisonniers et des déportés va permettre de consulter le corps électoral, pour la première fois par référendum, sur les institutions ; une diplomatie audacieuse se développe avec le traité franco-soviétique de décembre 1944 et la normalisation des relations avec Londres et Washington ; les nationalisations, les lois sociales, le vote des femmes transforment les données du jeu intérieur.

Mais de Gaulle, tranchant, impavide, obstiné, se heurte à la classe politique et soudain rompt et s’éloigne, croyant, à tort, être bientôt rappelé par l’opinion : en désaccord avec l’Assemblée constituante élue en octobre 1945, il remet sa démission sur la question des crédits militaires au président de l’Assemblée nationale, le 20 janvier 1946.

LE DISCOURS DE BAYEUX (16 JUIN 1946)

Quelques mois après son départ du pouvoir, le général de Gaulle expose à Bayeux, le 16 juin 1946, à l’occasion du second anniversaire de la libération de la ville, un projet constitutionnel où il défend sa conception de l’État : un exécutif fort et une nette séparation des pouvoirs, posant ainsi la base de la Constitution de 1958. En attendant, et pour tenter d’empêcher la ratification de la Constitution de la IVe République, puis pour abattre ce « mauvais régime », le général déclenche son offensive contre les partis, qui seront désormais sa bête noire.

3.6. DU RASSEMBLEMENT DU PEUPLE FRANÇAIS…

Cette offensive prend d’abord la forme d’avertissements, de menaces, de récusations, puis, à l’adresse du pays, de mises en garde. Comme il n’est pas entendu, de Gaulle fonde le Rassemblement du peuple français (RPF), destiné à jeter bas, escompte-t-il, le « système ». Cet épisode de sa carrière d’homme politique – qu’il préférera plus tard oublier au point qu’on n’osera prononcer devant lui le sigle du mouvement – connaît dans un premier temps un succès certain à travers la conquête de nombreuses municipalités en 1947, de sièges sénatoriaux l’année suivante. Il échoue en 1951 aux législatives devant le barrage que la loi des apparentements dresse contre lui et qu’il refuse de tourner en utilisant pour ses candidats la procédure qu’il dénonce.

À partir de là, le RPF se survit en attendant de se diviser, ce qui se produit en 1952 à l’occasion de l’investiture d’Antoine Pinay. Un an plus tard, Charles de Gaulle tire la leçon des batailles perdues, abandonne le Rassemblement, se retire à Colombey, d’où il ne sortira que pour tonner de loin en loin contre certaines des initiatives du régime et pour visiter divers territoires d’outre-mer. Mais, s’il s’occupe en écrivant ses Mémoires de guerre, qui connaîtront un vif succès, il reste aux aguets tandis que la IVe République s’enlise peu à peu dans l’impuissance et l’incohérence.

3.7. … À LA TRAVERSÉE DU DÉSERT (1953-1958)

L’officier révolté de 1940, qui s’était volontairement coupé, par son acte d’insubordination soigneusement médité, de l’armée, du pouvoir légal et de sa classe sociale, avait pris à Londres figure de symbole. Le seul nom du général de Gaulle évoquait en effet la poursuite de la guerre, la présence de la France au combat, le patriotisme, le courage, la Résistance. Des hommes étaient morts en l’acclamant, d’autres se préparaient à le servir et rêvaient d’une France toute nouvelle qu’ébauchaient déjà l’indépendance farouchement défendue à l’égard des Alliés, une volonté de « grandeur » d’autant plus ombrageuse qu’elle ne reposait sur aucune réalité matérielle. Puissance de suggestion, habileté politique et orgueil national d’un homme qui s’identifiait à la France, qui incarnait la France et s’exprimait en son nom quand il n’était encore suivi que par une poignée de fidèles : tout concourait malgré les vicissitudes et les échecs à imposer ce personnage hors du commun qui parlait de lui-même à la troisième personne, en se nommant avec révérence « le général de Gaulle ».

Paris libéré, bientôt la guerre terminée, la France est d’abord subjuguée par la haute silhouette, par le langage sonore et impérieux, par l’allure souveraine du libérateur. De son côté, Charles de Gaulle développe un rare sens de la stratégie, non exempt toutefois d’erreurs d’appréciation. Il se passionne pour une diplomatie planétaire et ambitieuse, se perfectionne dans la tactique et dans l’art oratoire.

Cependant, la politique reprend ses droits, l’englue, l’exaspère. Alors, il se révolte, en appelle à la foule contre les notables défaillants, et, finalement, le personnage historique, le géant venu du fond de l’histoire de la France cesse d’unir pour diviser et perd la seconde manche. À ses yeux, aux yeux de beaucoup, la partie est terminée.

  1. L’HOMME D’ÉTAT (1958-1970)
  2. Affiche-originale-du-portrait-officiel-du-général-de-Gaulle-président-de-la-République-1

4.1. LA RECONQUÊTE DU POUVOIR

Le destin lui réserve pourtant une troisième chance, et il saura la saisir. Au début de mai 1958, la fragilité, l’impuissance, l’inadéquation de la IVe République, avec ses institutions précocement usées, engluée dans la guerre d’Algérie et qui gère le bien commun à raison d’un problème par semestre et d’un gouvernement par problème, éclatent à tous les regards. En moins d’un mois, l’armée et les Français d’Algérie étant entrés en rébellion, les leviers de commande échappent un à un au gouvernement ; le travail de sape des gaullistes soudain grossis de renforts inattendus ouvre la route, les politiciens se rallient ; appelé à la présidence du Conseil par le président de la République René Coty, Charles de Gaulle retrouve le pouvoir.

Investi par l’Assemblée, acclamé par l’opinion, salué comme le plus illustre des Français, entouré des caciques du régime défunt, il a même obtenu carte blanche pour préparer et présenter au pays une nouvelle Constitution et fonder une nouvelle République.

4.2. L’ARTISAN DE LA Ve RÉPUBLIQUE

Le général de Gaulle entame à la fois trois tâches urgentes, mais, s’il explore les voies de la normalisation en Algérie en offrant aux nationalistes algériens la « paix des braves », s’il avertit les alliés occidentaux par un mémorandum secret de sa volonté de voir réformer l’Alliance atlantique et admettre la France sans restriction parmi les « Grands », c’est à l’élaboration et à l’adoption des institutions nouvelles qu’il donne la priorité absolue.

Approuvée par 80 % des électeurs, la Constitution de 1958 produit aussitôt une Assemblée nationale où le régime, sinon les gaullistes eux-mêmes, détient une nette majorité. Élu président de la République le 21 décembre – moins de 6 mois après avoir été rappelé à la tête du gouvernement – Charles de Gaulle nomme Michel Debré Premier ministre et passe à l’action.

Cette action va s’ordonner autour de quatre idées clefs qui, selon les périodes, prendront tour à tour le pas dans les faits et dans l’esprit du général, avec des fortunes diverses. Ce sont :
– organiser, consolider et compléter le nouveau système institutionnel ;
– résoudre la question algérienne et parachever la décolonisation ;
– déployer une politique extérieure de grandeur et d’indépendance nationale ;
– enfin, procéder à un certain nombre de grandes réformes, sociale, administrative, régionale, etc.

Dans tous les aspects de cette entreprise, un souci constant : l’affirmation de l’autorité présidentielle ; un adversaire sans cesse dénoncé : les partis, la classe politique, dont la IVe République était l’expression ; un moyen essentiel : l’appel direct au peuple souverain par-delà les corps intermédiaires.

L’INDÉPENDANCE DE L’ALGÉRIE ET DES ANCIENNES COLONIES

La guerre d’Algérie se prolonge cependant plus longtemps encore sous la Ve République qu’elle n’avait duré déjà sous le régime précédent. À doses homéopathiques, de Gaulle s’efforce de conduire l’opinion française de l’« autodétermination » à l’« Algérie algérienne », puis à la « République algérienne », enfin à l’idée de l’indépendance. En même temps, à travers trois référendums successifs et des pourparlers tantôt rompus, tantôt repris, il progresse de la négociation vers le cessez-le-feu et le repli sur la métropole. Il se heurtera, sur sa route, aux pieds-noirs révoltés de la « semaine des barricades », aux officiers insurgés du « putsch des généraux » (avril 1961), au terrorisme désespéré de l’Organisation armée secrète (OAS).

Il lui faudra quatre années en tout pour atteindre le but (accords d’Évian, 18 mars 1962). Chemin faisant, la Communauté franco-africaine, réunissant les anciens territoires d’outre-mer, est née, puis s’est défaite. En juillet 1962, l’Algérie et toutes les anciennes colonies (à l’exception des quatre « vieux » départements des Antilles, de Guyane et de La Réunion et de quelques territoires lointains tels que Djibouti ou la Polynésie) ont accédé à l’indépendance pleine et entière. Mais la France est en paix, pour la première fois depuis 25 ans.

L’ÉLECTION DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE AU SUFFRAGE UNIVERSEL

La mise en place des institutions nouvelles n’a pas été réalisée sans heurts. Les étapes mouvementées de la politique algérienne ont conduit à recourir à maintes reprises à des dispositions contraignantes, à la création de successives juridictions et procédures d’exception (Haut Tribunal militaire), à la suspension partielle des libertés publiques sous les protestations de l’opposition.

Voici que, la guerre terminée, Charles de Gaulle, pour fonder l’avenir – au-delà de sa personne menacée par les attentats activistes (attentat du Petit-Clamart par l’OAS, le 22 août 1962) – entreprend de transformer de nouveau le régime par l’institution de l’élection directe du président de la République au suffrage universel.

Cette considérable réforme fait l’objet d’une dure bataille référendaire à demi gagnée – à demi seulement puisque, pour la première fois, le général n’a pas entraîné la majorité des électeurs, mais seulement celle des votants. L’Assemblée qui avait renversé le premier gouvernement Pompidou mis en place au lendemain de la paix algérienne ayant été dissoute, les élections de novembre 1962 donnent toutefois aux partisans du régime la majorité absolue au Palais-Bourbon.

LE RÉFÉRENDUM DU 28 OCTOBRE 1962 : UN TOURNANT

C’est peut-être au référendum du 28 octobre 1962, peut-être même au début de cette année-là, que commence à apparaître la faille qui ira désormais en s’élargissant dans les relations entre le chef de l’État et le peuple français. Certes, s’il est mis en ballottage à l’élection présidentielle de 1965, première application du nouveau mode de scrutin, Charles de Gaulle n’en connaît pas moins le succès au second tour.

Si les élections législatives de mars 1967 sont médiocres, l’opposition n’ayant qu’un député de moins qu’une majorité dans laquelle les gaullistes ne font plus seuls la loi, la revanche viendra. Elle sera complète, triomphale même, en juin 1968, lorsque les électeurs répondront massivement à l’appel du général, qui a repris le contrôle de la situation au terme d’un mois de mai agité, voire dramatique. Il reste que Charles de Gaulle lui-même (selon André Malraux dans les Chênes qu’on abat) fera un jour remonter à 1962 l’origine du malentendu qui aboutira au « non » du référendum d’avril 1969 et à son départ immédiat, après presque onze ans de pouvoir.

4.3. « UNE CERTAINE IDÉE DE LA FRANCE »

Pendant ces années, Charles de Gaulle marque profondément de son empreinte la vie publique du pays.

POUR L’INDÉPENDANCE ET LA GRANDEUR DE LA FRANCE

Sa politique étrangère, faite de refus, de défis et d’affirmations répétées de la grandeur et de l’indépendance, est à la fois cohérente et nouvelle, même aux yeux de ceux qui ne l’approuvent pas. Elle consiste, dans ses lignes directrices, à réorienter et rééquilibrer les alliances du pays. De Gaulle entame ainsi avec l’Union soviétique la recherche de la détente, puis de l’entente, enfin de la coopération, tandis que – sans se séparer de ses alliés occidentaux – la France prend ses distances à leur égard. Elle se retire progressivement du commandement militaire intégré de l’OTAN, tout en poussant activement la mise sur pied de la « force de frappe » nucléaire nationale, et maintient fermée devant la Grande-Bretagne la porte de la Communauté économique européenne (CEE).

Cette Communauté traverse à maintes reprises des jours difficiles et elle se transforme, par la volonté du président français : tournant le dos à l’intégration, à l’institution progressive d’un pouvoir supranational, elle devient l’« Europe des États », dans laquelle chacun des six membres conserve sa pleine souveraineté. Le traité de l’Élysée, signé le 22 janvier 1963 entre le général de Gaulle et le chancelier Adenauer a scellé la réconciliation franco-allemande.

Les crises, les menaces, les ruptures même et les combats d’avant-garde ou d’arrière-garde – contre la politique américaine au Viêt Nam (discours de Phnom-Penh du 1er septembre 1966), contre la politique israélienne au Proche-Orient, contre le système monétaire international, pour « le Québec libre » (juillet 1967) etc. – caractérisent cette diplomatie. À travers elle, de Gaulle exprime une volonté de puissance obstinément tendue à travers un jeu subtil, un dosage savant de conciliation et de chantage, mais ce qu’elle a de profondément légitime souffre de ce qu’elle peut avoir de démesuré.

UNE AUTORITÉ DE PLUS EN PLUS CONTESTÉE

En politique intérieure, sous l’égide du président de Gaulle, la gestion est moins cohérente et moins spectaculaire que sa diplomatie.

Fin 1958, une dévaluation, une révision complète des bases de la vie économique et bientôt les premiers effets du Marché commun européen avaient assuré un bon départ et permis de rétablir une situation compromise. Peu à peu, cependant, l’inflation sournoisement réapparue sape la réussite ; un plan de stabilisation, trop tardivement mis en œuvre, mal calculé et trop longtemps maintenu en application, vient casser l’expansion. Il faut alors, non sans peine, trouver un second souffle, tandis que les tensions sociales se font d’année en année plus vives jusqu’à la grève généralisée, spontanément apparue en mai 1968 à la suite de la révolte étudiante.

 « La réforme, oui, la chienlit, non »

Cette révolte et cette grève exprimaient sans doute une crise de civilisation. Elles n’en résultaient pas moins, pour une part, de l’absence de vraies réformes tant universitaires que sociales au cours des dix années précédentes. L’enseignement a bien fait l’objet de fréquentes réorganisations, transformations et retouches – trop fréquentes même à certains égards –, mais presque toujours trop tardives et insuffisantes. La doctrine sociale du régime, issue de l’« association capital-travail » du gaullisme, a bien reçu quelques timides débuts d’application, sans grand succès d’ailleurs. Mais la France est là en retard d’une révolution et même de plusieurs : dans l’enseignement, dans les rapports entre employeurs et salariés, dans l’organisation de son économie, de la distribution, etc.

4.4. HOMME D’APRÈS-DEMAIN ET D’AVANT-HIER

Visionnaire en politique étrangère, grand stratège sur l’échiquier international, pour beaucoup persuasif et même séduisant dans sa hauteur souveraine et bonhomme à la fois, audacieux et déterminé dans le jeu institutionnel, autoritaire mais non dictatorial dans sa façon de gouverner, dans ses rapports avec le peuple, de Gaulle était peut-être en avance sur son temps dans sa vision de l’avenir.

Mais il était en retard sur une époque qu’à la fin il ne comprenait plus très bien, dès lors qu’il s’agissait de canaliser les forces neuves et désordonnées parfois de la jeunesse, de devancer et d’organiser les transformations nécessaires, de dépasser la gestion pour entreprendre de grandes réformes. Lorsqu’il tenta de s’y attaquer enfin, après le choc de mai-juin 1968 – il était trop tard. Le pays le lui manifesta sans ambages en lui répondant « non » pour la première fois lors du référendum d’avril 1969 sur la régionalisation et la réforme du Sénat.

Abandonnant sur-le-champ non seulement le pouvoir mais la politique pour reprendre sa place depuis longtemps inscrite dans l’Histoire, le grand homme se contenta pendant les dix-huit mois qui lui restaient à vivre de quelques gestes et de quelques abstentions symboliques, se gardant avec soin de se prononcer de quelque façon que ce soit sur le choix et sur l’action de ses successeurs.

Pour en savoir plus, voir les articles Charles de Gaulle écrivaingaullismeVe République.

Consulter aussi le site de la Fondation Charles de Gaulle http://www.charles-de-gaulle.org/.

5c9307c422000033001b7b6c

CODE NOIR, ESCLAVAGE, FRANCE, HISTOIRE DE FRANCE, HOMME D ETAT, HOMME POLITIQUE, HOMME POLITIQUE FRANÇAIS, JEAN-BAPSTISTE COLBERT (1619-1665), POLITIQUE FRANÇAISE, POLITIQUE FRANCAISE

Le Code noir

Le Code noir

Le_Code_Noir_ou_Edit_du_Roi_Servat_de_reglement_Ed._Saugrain_1718

 

Le Code noir

 

Code noir

 

Le titre Code noir a été donné à l’Ordonnance royale ou Édit royal de mars 1685 touchant la police des îles de l’Amérique française à partir de son édition Saugrain de 1718, puis aux édits similaires de 1723 sur les Mascareignes et de 1724 sur la Louisiane, et enfin, à partir du milieu du xviiie siècle, aux recueils de textes juridiques relatifs aux territoires français d’outre-mer où l’esclavage était toléré, exclusivement sur des îles et en Louisiane.

 

Trois états

Il existe trois édits différents connus sous l’appellation de Code noir. Le premier, préparé par le ministre Colbert (1619-1683) et terminé par son fils, le marquis de Seignelay (1651-1690), daté de 1685 est, à l’origine, une ordonnance promulguée en mars de cette année-là par le roi Louis XIV. Un seul manuscrit de ce texte est actuellement connu : conservé aux Archives nationales d’outre-mer, il est dit « Ordonnance ou édit de mars 1685 sur les esclaves des îles de l’Amérique ».

Le second et le troisième édits concernent respectivement les Mascareignes et la Louisiane : ils sont rédigés sous la régence de Philippe d’Orléans, promulgués aux mois de décembre 1723 puis de mars 1724 par le roi Louis XV, alors âgé de treize ans. Le contenu juridique et la numérotation des articles ont été en partie modifiés par rapport à l’Édit de mars 1685. C’est sous la Régence que les premières autorisations royales pour pratiquer la traite d’esclaves ont été données à des armateurs de ports français.

À partir du milieu du xviiie siècle, l’expression Code noir est utilisée par des éditeurs, comme les Libraires associés et Prault, pour désigner non pas seulement des édits, mais des recueils de textes juridiques applicables aux colonies françaises.

Ces recueils regroupent, autour de l’ordonnance ou édit de mars 1685, les lois, décisions royales, textes juridiques élaborés par le pouvoir royal pour les colonies et relatifs au gouvernement, à l’administration et à la condition des esclaves des pays du domaine colonial de la France entre 1685 et la fin de l’Ancien Régime.

Évoluant dans le temps et pour chaque colonie, ces textes précisent le statut civil et pénal des esclaves, ainsi que les relations entre les esclaves et leurs maîtres, et fixent le statut patrimonial des esclaves définis comme biens meubles à l’article XLIV de l’ordonnance ou édit de mars 1685 mais avec des exceptions aux articles suivants.

À travers ces recueils, se lisent les évolutions de la condition socio-économique et juridique des esclaves dans les colonies du royaume de France avant le décret d’abolition de l’esclavage du 4 février 1794.

 

Territoires d’application

Manuscrit_Ordonnance_mars_1685_sur_esclaves_îles_de_l'Amérique_française_page_1

L’ordonnance ou édit de mars 1685 est enregistrée tout d’abord au conseil souverain de La Martinique le 6 août 1685, puis devant celui de La Guadeloupe le 10 décembre de la même année, avant de l’être au Petit-Goâve devant celui de la partie française de la colonie de Saint-Domingue, le 6 mai 1687, avec des variantes parfois importantes dans le texte. Et, enfin, devant celui de Cayenne en Guyane le 5 mai 1704. Le texte est également applicable à Saint-Christophe, mais la date de son enregistrement dans cette colonie n’est pas connue à ce jour.

L’édit de décembre 1723 est enregistré et applicable à la Réunion (île Bourbon à l’époque) et à l’île Maurice (Île-de-France), et son homologue de mars 1724 à la colonie et province de la Louisiane en 1724.

Le Code noir ne concerne pas la colonie du Canada, où l’esclavage était moins développé et concernait principalement les Amérindiens.

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 énonce le principe de l’abolition de l’esclavage, mais sous l’influence du Club de l’hôtel de Massiac la Constituante et la Législative de 1791 posent que cette égalité ne s’applique qu’aux habitants de la métropole (où il n’y avait pas d’esclaves mais où le servage paysan subsistait encore à l’époque) et pas à ceux des colonies d’Amérique.

Après son abolition locale à Saint-Domingue en 1793, le 4 février 1794, la Convention décrète l’abolition de l’esclavage, dans toutes les colonies, mais cette mesure ne sera effective, outre Saint-Domingue, qu’en Guadeloupe et en Guyane, puisque la Martinique reste aux mains des Britanniques, et que les colons des Mascareignes s’opposeront par la force à l’application du décret de 1794 lorsqu’il y sera enfin envoyé en 1796.

Napoléon Bonaparte fait maintenir, par la loi du 20 mai 1802, l’esclavage dans les îles récupérées des Britanniques par le traité d’Amiens, spécialement la Martinique, ainsi qu’aux Mascareignes. Puis, il le rétablit en Guadeloupe (16 juillet 1802) et en Guyane (décembre 1802). L’esclavage ne sera pas rétabli à Saint-Domingue en raison de la résistance victorieuse des Haïtiens contre le corps expéditionnaire envoyé par Bonaparte, ce qui aboutit à l’indépendance de la colonie sous le nom de république d’Haïti le 1er janvier 1804.

L’esclavage des Noirs dans les colonies françaises ne sera définitivement aboli que le 4 mars 1848 et 27 avril 1848, la traite négrière l’ayant été en 1815.

 

L’origine du peuplement en esclaves

Code_Noir,_définition_dans_Armand-Gaston_Camus,__Lettres_sur_la_profession_d'avocat,_1772

Code Noir, définition dans Armand-Gaston Camus, Lettres sur la profession d’avocat, 1772.

L’édit de 1685 vient combler un vide juridique, puisque l’esclavage est inconnu en France depuis plusieurs siècles, alors qu’il est établi, en fait, dans les îles françaises des Antilles depuis 1625 au moins. Le premier établissement officiel français dans les Antilles est la Compagnie de Saint Christophe et îles adjacentes, créée par Richelieu en 1626, et l’île de Saint-Christophe compte déjà, en 1635, 500 ou 600 esclaves, acquis essentiellement par la prise sur les Espagnols d’une cargaison d’esclaves, population accrue ensuite d’autres esclaves amenés de Guinée par des navires hollandais ou français. L’île étant trop peuplée, on entreprend la colonisation en Guadeloupe en 1635, avec des engagés de France, et en Martinique la même année, essentiellement avec 100 « vieux habitants » de Saint Christophe.

En Guadeloupe, l’introduction d’esclaves commence en 1641 avec l’importation par la Compagnie des Isles d’Amérique, alors propriétaire des îles, de 60 Noirs, puis en 1650, de 100 nouveaux7. Mais c’est à partir de 1653-1654, avec l’arrivée dans les îles françaises, d’abord en Guadeloupe, de 50 Hollandais chassés du Brésil, qui emportent avec eux 1 200 esclaves nègres ou métis que le peuplement prend une ampleur significative. Ensuite, 300 personnes, comprenant surtout des familles flamandes et un grand nombre d’esclaves, s’installent aussi en Martinique.

Leur arrivée concorde avec la seconde étape de la colonisation. Jusqu’alors tournée vers la culture du tabac et de l’indigo, la mise en valeur faisait davantage appel aux engagés qu’aux esclaves, tendance qui s’inverse vers 1660 avec le développement de la culture sucrière et des grandes propriétés.

L’État dès lors va prendre à cœur de favoriser la traite négrière, et d’écarter la traite étrangère, en particulier hollandaise. Il est indéniable que la traite négrière est pratiquée par la Compagnie des Indes, devenue propriétaire des îles, même si le commerce des esclaves n’est pas expressément mentionné dans l’Édit de 1664 qui la constitue. Malgré diverses mesures incitatives prises en 1670, 1671, 1672, la compagnie fait faillite en 1674, et les îles passent dans le domaine royal. Le monopole de la traite vers les îles françaises est établi en faveur de la Première compagnie d’Afrique ou du Sénégal en 1679, puis, pour renforcer l’offre insuffisante, est créée en 1685 la Compagnie de Guinée pour fournir annuellement aux îles 1 000 esclaves noirs supplémentaires, et le roi lui-même, pour mettre un terme à « la disette de nègres » affrétera un navire négrier vers le Cap-Vert en 1686.

Au premier recensement officiel fait en Martinique, en 1660, il y a 5 259 habitants, dont 2 753 Blancs, et déjà 2 644 esclaves noirs, 17 indiens Caraïbes et seulement 25 mulâtres. Vingt ans après, en 1682, la population est multipliée par trois, 14 190 habitants, avec une population de Blancs qui a fait moins que doubler, tandis que celle d’esclaves noirs est passée à 9 634, et celle d’indigènes à 61 individus. La proportion d’esclaves noirs atteint 68 % de la population totale.

Il existe, dans toutes les colonies, une très grande disproportion entre le nombre d’hommes et de femmes, de telle sorte que les hommes ont des enfants, soit avec des indigènes qui sont toujours libres, soit avec des esclaves. Les femmes blanches étant rares, et les femmes noires ayant l’espoir d’améliorer ainsi leur sort, en 1680 la Martinique recense 314 métis (soit douze fois plus qu’en 1660) et la Guadeloupe 170, contre 350 métis à la Barbade, où les esclaves sont pourtant huit fois plus nombreux mais où le métissage avait été réprimé dès l’intensification de la culture du sucre.

Pour pallier ce déficit de peuplement en femmes, Versailles fait comme avec les filles du roi pour les autres colonies françaises d’Amérique et envoie entre 1680 et 1685 en Martinique 250 filles blanches, et 165 à Saint-Domingue. Contrairement aux colonies anglaises, ce sont toujours des migrants ou des migrantes volontaires, et non des populations de déclassés et de condamnés, bannis ou relégués. Toutefois, le processus de créolisation reste très fort en raison des lois d’endogamie, et les filles de couleur restent souvent préférées aux nouvelles arrivantes qui sont considérées comme des étrangères. Le problème pour les autorités n’est pas tant celui du métissage, que celui de l’affranchissement des enfants « mulâtres ». Le nouveau statut va donc inverser la coutume de France : les enfants d’une femme esclave seront esclaves, même si leur père est libre, sauf légitimation des enfants par le mariage des parents, cas fort rare. Plus tard, les mariages entre population libre et esclave seront limités.

Le Code noir ayant tranché la question du statut des métis, en 1689, quatre ans après sa promulgation, une centaine de mulâtres quittent les Îles françaises pour rejoindre la Nouvelle-France, où tous les hommes sont libres.

 

Les buts du Code noir

800px-Code_noir_-_Nantes_museum

Exemplaire du Code noir édité en 1742, musée d’histoire de Nantes.

Dans un livre controversé d’analyse sur le Code noir de 1987, le spécialiste de la philosophie du droit Louis Sala-Molins affirme qu’il sert un double objectif : réaffirmer « la souveraineté de l’État dans les terres lointaines » et favoriser la culture de la canne à sucre. « En ce sens, le Code noir table sur une possible hégémonie sucrière de la France en Europe. Pour atteindre ce but, il faut prioritairement conditionner l’outil esclave ».En matière religieuse, l’ordonnance de 1685 rappelle le principe chrétien de l’égalité ontologique de tous les hommes, par-delà leurs conditions sociales et leurs races. Elle prévoit donc le baptême, l’instruction et les mêmes pratiques et sacrements religieux pour les esclaves que pour les hommes libres, en excluant ce qui n’est pas catholique. De ce fait, les esclaves ont droit au repos du dimanche et des fêtes, la possibilité de se marier solennellement à l’église, d’être enterrés dans les cimetières, d’être instruits. Il donne une garantie de moralité à la noblesse catholique arrivée en Martinique entre 1673 et 1685  : chevalier Charles François d’Angennes, marquis de Maintenon, son neveu Jean-Jacques Mithon de Senneville, l’intendant Jean-Baptiste Patoulet, Charles de Courbon, comte de Blénac, le capitaine de milice Antoine Cornette, ou Nicolas de Gabaret.

Cette ordonnance tranche le débat juridique sur le statut des enfants métis, à une époque où le développement de la canne à sucre et de la traite négrière à grande échelle abaisse l’espérance de vie des esclaves, qui n’acceptent plus d’avoir des enfants qu’avec des Blancs, dans l’espoir qu’ils puissent être libres.

Le Code noir déclare que l’enfant naturel d’une esclave est forcément esclave, sauf si le père est libre et de ce fait contraint au mariage par l’article 9. (article 13) selon le principe de droit romain partus sequitur ventrem

Avoir un enfant avec une esclave lorsqu’on est déjà marié est puni d’une amende de deux mille livres de sucre et par la confiscation de l’esclave (article 9). Si le maître n’est pas marié, il doit l’épouser et l’esclave et l’enfant deviennent libres.

Les maîtres sont contraints de nourrir et vêtir leurs esclaves et de leur donner par chaque semaine […] deux pots et demi de farine de manioc (article 22) ainsi que deux habits de toile par an (article 25).

Le Code noir légitime les châtiments corporels pour les esclaves, y compris des mutilations comme le marquage au fer, ainsi que la peine de mort (art. 33 à 36, et art. 38 : Tout fugitif disparu pendant un mois aura les oreilles coupées et sera marqué d’une fleur de lys avant d’avoir le jarret coupé en cas de récidive, et condamné à mort à la deuxième récidive), peines qui existaient aussi en métropole dans les usages répressifs de l’époque.

Il s’agit de la justice publique, royale. Le pouvoir disciplinaire domestique est plus limité. Les maîtres, « lorsqu’ils croiront que leurs esclaves l’auront mérité », pourront seulement les faire enchaîner et battre au fouet (article 42). Ils ne peuvent ni torturer de leur propre chef, ni mettre à mort leurs esclaves (art. 43). Le Code noir prévoit aussi que les esclaves ont la possibilité de se plaindre auprès des juges locaux en cas d’excès ou de mauvais traitements (art. 26). En pratique, ces dispositions étaient souvent violées par les maîtres, qui outrepassaient leur pouvoir domestique en prétendant exercer un pouvoir répressif total sur leurs esclaves.

Origines juridiques et législations proches

Colonies anglaises

Dans les colonies anglaises, le Décret de 1636 sur l’esclavage à vie à La Barbade fut pris par le gouverneur Henry Hawley, de retour d’Angleterre après avoir confié la colonie à son sous-gouverneur Richard Peers. En 1661, le code des Barbades reprend et développe ce décret de 1636. Un texte proche, la loi virginienne de 1662 sur l’esclavage est édicté au même moment en Virginie, gouvernée par William Berkeley sous le règne de Charles II. La loi de 1661 édicte qu’une esclave ne peut avoir que des enfants esclaves. Elle prévoit que les mauvais traitements contre un esclave sont justifiés dans certains cas Elle traduit dans la loi la contestation de la Jurisprudence Elizabeth Key par l’aristocratie blanche, concernant les naissances métisses.

Colonies françaises

Contrairement à ce qu’ont affirmé plusieurs théoriciens du droit comme Leonard Oppenheim, Alan Watson ou Hans W. Baade, ce n’est pas la législation sur les esclaves du droit romain qui a servi de source d’inspiration, mais un recueil et codification des usages, décisions et règlements ayant cours à l’époque dans les Antilles, selon Vernon Valentine Palmer, qui a décrit le long processus décisionnel menant à l’Édit de 1685. Le processus dure quatre ans, avec brouillon, rapport préliminaire et projet de 52 articles, ainsi que les instructions du roi, document conservés dans les archives publiques françaises

Le Roi décide en 1681 la création d’un statut pour les populations noires des Îles d’Amériques, puis charge Colbert de s’en occuper. Colbert donne alors mission à l’intendant de la Martinique, Jean-Baptiste Patoulet, remplacé en juillet 1682 par Michel Bégon, et au gouverneur général des Antilles Charles de Courbon, comte de Blenac (1622-1696).

Le Mémoire du roi à son intendant, qu’on peut supposer être de Colbert, daté du 30 avril 1681, expose l’utilité de préparer une ordonnance spéciale pour les Antilles. À cette époque, il n’y avait plus aucun esclave, depuis très longtemps, en France : l’émancipation de tous les serfs du domaine royal fut prise le 11 juillet 1315 par Louis X le Hutin.

L’étude, qui incluait certains usages coutumiers vernaculaires, les décisions et la jurisprudence du Conseil souverain, avec plusieurs arrêts du Conseil du roi, a été confrontée et discutée avec les membres du Conseil souverain. Une fois terminé, le projet a été envoyé à la chancellerie qui en a conservé l’essentiel, se contentant de renforcer ou d’alléger certaines dispositions pour les rendre mieux compatibles avec le reste du droit et des institutions communes.

À cette époque, il existait deux statuts de droit commun en vigueur à la Martinique : celui des Français d’origine qui était la Coutume de Paris, et celui des Étrangers, sans parler des statuts particuliers pour les soldats, les nobles, ou les religieux. Ces statuts étaient complétés par l’Édit du 28 mai 1664 portant établissement de la Compagnie des Indes occidentales à laquelle les îles d’Amérique étaient inféodées ou concédées. Elle succédait à la Compagnie de Saint-Christophe ‘1626-1635) avec le même objet, puis à la Compagnie des îles d’Amérique (1635-1664). Les populations autochtones, connues sous le nom d’Indiens caraïbes, s’étaient vues reconnaître la naturalité française avec les mêmes droits et honneurs que les Français d’origine, dès leur baptême dans la religion catholique. Il était interdit de les mettre en esclavage et de les vendre comme esclaves. Deux sources de peuplements étaient prévues : celui des populations naturelles et les Français d’origine. L’Édit de 1664 ne prévoit pas non plus d’esclaves, ni d’importation d’une population noire. La Compagnie française des Indes occidentales ayant fait faillite en 1674, ses activités commerciales sont transférées à la Compagnie du Sénégal, tandis que les territoires des Îles reviennent au Domaine royal. Des arrêts du Conseil souverain de la Martinique pallient le vide juridique concernant les populations esclaves: en 1652, il rappelle que l’interdiction de faire travailler les domestiques le dimanche s’applique aussi aux esclaves ; en 1664, il exige qu’ils soient baptisés et tenus au catéchisme

L’Édit de 1685 entérine des pratiques esclavagistes contraires à la législation (métropolitaine) française et au droit canon.

La commande du roi, transmise par Colbert, ne vise que la Martinique

Malade dès 1681, Colbert meurt en 1683, moins de deux ans après avoir transmis la demande du roi aux deux intendants qui se sont succédé à la Martinique, Jean-Baptiste Patoulet, puis Michel Bégon. C’est son fils, le marquis de Seignelay, qui a signé l’ordonnance en 1685, deux ans après sa mort.

À la demande du roi, le travail des deux rapporteurs s’est centré sur la Martinique, où plusieurs nobles de l’entourage royal ont reçu des terres, Louis XIV acceptant de plus d’anoblir les planteurs détenant plus de cent esclaves, comme l’a conseillé l’intendant Jean-Baptiste Patoulet. Les personnalités auditionnées sont toutes martiniquaises. Personne n’est interrogé en Guadeloupe, où les métis et les grands planteurs sont moins nombreux.

La première lettre de Colbert à l’intendant Jean-Baptiste Patoulet est rédigée ainsi :

« sa Majesté estime nécessaire de régler par une déclaration tout ce qui concerne les nègres dans les isles, tant pour la punition de leurs crimes que pour tout ce qui peut regarder la justice qui leur doit être rendue, et c’est pour cela qu’il faut que vous fassiez un mémoire le plus exact et le plus étendu qu’il sera possible, qui comprenne tous les cas qui peuvent avoir rapport aux dits nègres en quelque manières que ce puisse être qui mériteraient d’être réglés par un ordre et vous devez bien connaître l’usage observé jusqu’à présent dans les isles et votre avis sur ce qui devrait être observé à l’avenir. »

La Compagnie des Indes occidentales (1664-1674) et la démographie antillaise

Colbert avait surtout privilégié aux Antilles la culture du tabac, ne nécessitant pas un grand nombre d’esclaves. Sa principale création dans le domaine colonial, la Compagnie des Indes occidentales de 1664, fut en fait suivie par dix ans de baisse du nombre d’esclaves en Martinique:

La même diminution du nombre d’esclaves, après 1664, a été constatée en Guadeloupe, où les planteurs se plaignirent de la Compagnie des Indes occidentales de Colbert. Leur nombre augmente très fortement ensuite dans les années 1680, après la dissolution la Compagnie des Indes occidentales.

Culture de la canne à sucre, chute du taux de fécondité des esclaves et recours au métissage

Le Code noir est édicté dans la foulée d’un durcissement de l’esclavage, après la création de la Compagnie royale d’Afrique anglaise en 1672 et de la Compagnie du Sénégal française en 1673, pour approvisionner en esclaves la très rentable culture du sucre (venant de la canne à sucre).

Ces nouvelles compagnies firent baisser le coût de la traversée. Leur arrivée sur les côtes d’Afrique fit augmenter brutalement le prix des esclaves, stimulant les guerres tribales africaines. L’esclavage prit une dimension industrielle, spécialement en Martinique, où subsistaient auparavant nombre de petites plantations de tabac n’employant que quelques esclaves. Le métissage y était toléré mais restait rare.

L’île se mit à rattraper son « retard » économique par la multiplication des « habitations » ou plantations comptant plus de cent esclaves. Avoir au moins cent hommes à son service sur son « habitation » permit d’en faire un fief avec titre de noblesse. La culture du sucre remplaça celle du tabac. La rentabilité y est poussée au maximum. Le traitement inhumain de la main-d’œuvre fit chuter le taux de fécondité. Pour les esclaves, le seul moyen d’avoir une progéniture libre, promise à une existence supportable, est d’avoir des relations sexuelles avec des blancs (pas forcément les plus riches), d’où une augmentation rapide du nombre de métis.

Les grands planteurs compensèrent la faible espérance de vie de leurs esclaves et leur faible fécondité, par l’achat de quantités toujours plus importantes de travailleurs sur les côtes d’Afrique. Ce qui signifie qu’à chaque période où cet approvisionnement fut freiné ou interrompu, par exemple lors de la guerre de la Ligue d’Augsbourg, le nombre d’esclaves vivant aux Antilles stagna ou déclina.

Les mémoires qui ont inspiré le Code noir

Le premier mémoire, daté du 20 mai 1682, est signé par l’intendant Jean-Baptiste Patoulet, et approuvé par Charles de Courbon, comte de Blénac. Le deuxième, daté du 13 février 1683 est signé par son successeur, l’intendant Michel Bégon. Le texte intégral des deux mémoires figure aux archives nationales. Le rédacteur de 1685 va bien sûr choisir le deuxième texte, et même le remanier.

La question des enfants nés de parents libres et esclaves est longuement évoquée dans les deux mémoires. Comme l’exige le roi, ils étudient les usages et jurisprudences en cours.

En Martinique les premières décisions de 1673 tendaient à rattacher les enfants métis au statut d’esclave de leur mère, mais sans trancher clairement.

En Guadeloupe, un arrêt du conseil des planteurs de 1680 stipula que tous les enfants de négresses seront nés esclaves. Cet arrêt s’explique par un développement plus tôt de l’esclavage en Guadeloupe qu’en Martinique, dans les années 1650. Il contribue ensuite à ce que la Guadeloupe compte deux fois moins de métis que la Martinique en 1685.

Consulté, pour son mémoire, sur le cas des femmes noires qui se font faire des enfants par leurs maîtres pour avoir une progéniture libre, Charles de Courbon, comte de Blénac et gouverneur de la Martinique répond très clairement : « L’usage de la Martinique est que les mulâtres soient libres après avoir atteint l’âge de 20 ans et les mulâtresses après avoir atteint l’âge de 15 ans. »

Résultat, on recense déjà 314 mulâtres en Martinique en 1680, mais seulement 170 en Guadeloupe alors qu’ils ne sont que 350 à la Barbade, où la population d’esclaves est pourtant huit fois plus nombreuse, mais où la loi anglaise fixe un cadre restrictif depuis 1662.

Le code noir entérinera cette évolution juridique vers la restriction. Les deux mémoires, rédigés l’un comme l’autre par les hauts fonctionnaires responsables de la Martinique, conservent le principe général en vigueur dans toutes les coutumes de France : l’enfant légitime, ou reconnu tel, suit la condition de son père, et l’enfant naturel celle de sa mère.

Les deux mémoires ajoutent cependant le même point : la possibilité pour l’enfant non reconnu dont le père est présumé libre, d’obtenir aussi son affranchissement, avec un acte particulier.

Mais cette disposition, fondamentale, ne sera pas retenue dans le texte final. Dans d’autres domaines, le code noir est encore plus restrictif que certaines pratiques existantes, en abrogeant par exemple le recours à des jardins potagers pour les esclaves, jusqu’ici tolérés.

Les dispositions du Code

Le préambule fait apparaître la notion d’ « esclave » comme un fait, sans en donner ni l’origine, ni la légitimation. De fait, c’est une disposition qui est absolument contraire au droit français et qui fera que plusieurs parlements refuseront d’enregistrer le texte.

Il encourage à baptiser les esclaves, à les instruire, à leur fournir une éducation et une sépulture catholique. Ses rédacteurs pensaient que les Noirs étaient des personnes humaines, dotées d’une âme et susceptibles de salut, conformément aux déclarations papales de 1537 (Veritas ipsa). L’interdiction de mise en esclavage de tout peuple déjà connu ou venant à être découvert reste cependant passée sous silence. L’article 2 leur interdit par ailleurs de pratiquer la foi protestante.

L’article 44, qui déclare que « les esclaves sont meubles » en fait des biens pouvant être achetés, vendus, donnés, saisis en obéissant aux formes prévues pour les biens meubles. Cette disposition n’en fait pas des choses, dénuées de personnalité juridique : ils peuvent témoigner, posséder un pécule, se marier, se plaindre, etc. Cependant, cette personnalité est celle d’une personne mineure, plus restreinte que celle des enfants et des domestiques.

Les dispositions concernant les enfants se répartissent en deux catégories :

« L’homme qui n’était point marié à une autre personne durant son concubinage avec son esclave, épousera dans les formes observées par l’Église ladite Esclave, qui sera affranchie par ce moyen, & les enfans rendus libres & légitimes » (disposition IX du code de 1685)

Un enfant né de parents esclaves devient à son tour esclave, selon l’article 12. L’article 13 précise que « Si le mari esclave a épousé une femme libre, les enfants tant mâles que filles suivent la condition de leur mère, et que si le père est libre et la mère esclave, les enfants soient esclaves pareillement ». Le mariage des esclaves est impossible sans le consentement des maîtres.

La peine de mort est prévue pour avoir frappé son maître (article 33), pour vol de cheval ou vache — mais le vol domestique était aussi puni de mort en France — (article 35), pour la troisième tentative d’évasion (article 38), ou pour réunion (article 16).

S’il est interdit de torturer les esclaves, le maître possède un pouvoir disciplinaire. Article 42 : « Pourront seulement les maîtres, lorsqu’ils croiront que leurs esclaves l’auront mérité, les faire enchaîner et les faire battre de verges ou de cordes ». Si le texte oblige à nourrir et à vêtir ses esclaves (article 22), il interdit (article 24) de cultiver pour leur propre compte un lopin de terre.

L’article 43 s’adresse aux magistrats : « et de punir le meurtre selon l’atrocité des circonstances ; et en cas qu’il y ait lieu de l’absolution, permettons à nos officiers […] ». Ainsi, les peines plus graves, l’amputation d’une oreille ou d’un « jarret » (article 38), le marquage au fer chaud de la fleur de lys et la mort sont prévues en cas de condamnation par une juridiction pénale, et appliquées par un magistrat, non par le maître lui-même. Concrètement, les condamnations des maîtres pour le meurtre ou la torture d’esclave seront très rares.

Par ailleurs, si l’esclave peut se plaindre officiellement (article 26), son témoignage est considéré comme peu fiable (article 30), mais c’est aussi le cas de tous les mineurs et des domestiques. Plus généralement, l’esclave jouit d’une capacité juridique restreinte, beaucoup plus que les serfs du Moyen Âge.

L’article 27 tente de fournir un minimum de protection à l’esclave, notamment en cas de vieillesse ou de maladie. Il semble que l’abandon pur et simple d’un esclave vieux ou malade restera toutefois la règle, et une seule condamnation a été recensée, d’après Louis Sala-Molins, citant Peytraud.

Les esclaves noirs n’avaient pas le droit de porter des armes, sauf pour la chasse. À la première tentative de fuite, le marron capturé avait les oreilles coupées et était marqué au fer rouge. La deuxième tentative aboutissait à couper le jarret. La troisième tentative était punie de mort par pendaison.

L’affranchissement est libre (art. 55), mais par la suite (dès le début du xviiie siècle) nécessitera une autorisation ainsi qu’une taxe administrative, instituées par les administrateurs locaux et confirmées par l’édit du 24 octobre 1713 et l’ordonnance royale du 22 mai 1775.

Dans son livre d’analyse sur le Code noir et ses applications, publié en 1987, Louis Sala-Molins, professeur émérite de philosophie politique à Paris-I, estime que le Code noir est « le texte juridique le plus monstrueux qu’aient produit les Temps modernes ». Selon lui, le Code noir sert un double objectif : à la fois réaffirmer « la souveraineté de l’État dans les terres lointaines » et créer des conditions favorables au commerce de la canne à sucre. « En ce sens, le Code noir table sur une possible hégémonie sucrière de la France en Europe. Pour atteindre ce but, il faut prioritairement conditionner l’outil esclave »

Toutefois, la teneur exacte de l’édit de 1685 reste incertaine, car d’une part l’original n’a pas été conservé dans les Archives nationales, et d’autre part il existe des variantes parfois importantes entre les différentes versions anciennes. Il faut donc les comparer et savoir quelle était la version applicable et appliquée dans chaque colonie et dans chaque cas, afin de pouvoir mesurer le degré d’effectivité du Code noir dans la réalité.

Bernardin de Saint Pierre qui séjourne à l’Ile de France de 1768 à 1770, met en relief le décalage qui existe entre la législation et son application. Jean Ehrard voit dans ce code une mesure typiquement colbertiste de réglementation d’un phénomène, l’esclavage, qui s’était diffusé dans les colonies en dehors du cadre législatif. On trouve à la même époque des dispositions semblables concernant des catégories comme les marins, les soldats, ou les vagabonds. Et les colons s’y opposèrent parce qu’ils étaient censés fournir aux esclaves des moyens de subsistance que normalement ils ne leurs garantissaient pas.

Polémiques mémorielles

Lors de la parution de son ouvrage Le Code noir. Idées reçues sur un texte symbolique en 2015, l’historien Jean-François Niort est attaqué par des petits groupes politiques « patriotiques » guadeloupéens. Accusé de « discrimination raciale » et de négationnisme par quelques membres de la mouvance indépendantiste qui le menacent d’expulsion, il est soutenu notamment par la communauté des historiens qui dénoncent les intimidations verbales ou physiques adressées aux historiens spécialistes de l’histoire du fait colonial de cette région, et par le Conseil national des universités qui a lancé une pétition publique de soutien

Une controverse oppose dans les colonnes du journal Le Monde le philosophe Louis Sala-Molins et Jean-François Niort qui considère le Code noir comme une « médiation entre le maître et l’esclave ».

Place des Juifs

L’article premier du Code noir enjoint de chasser des colonies « les juifs qui y ont établi leur résidence », présentés comme « ennemis déclarés du nom chrétien », ce dans un délai de trois mois sous « peine de confiscation de corps et de biens ».

Les juifs antillais visés par le Code Noir seraient majoritairement « les descendants des familles d’origine portugaise et espagnole qui avaient résidé dans la colonie hollandaise du Pernambouc au Brésil » (Jean-Frédéric Schaub, 1683 : un 1492 français ?, dans Histoire mondiale de la France (2017, dir. Patrick Boucheron), p. 333).

 

.Jean-Baptiste Colbert

1009419-Jean-Baptiste_Colbert

Homme d’État français (Reims 1619-Paris 1683).

  1. UN GRAND SERVITEUR DE L’ÉTAT

1.1. LA FORTUNE, UNE FORMATION DE NÉGOCIANT ET QUELQUES NOTIONS JURIDIQUES

Colbert appartient à une famille qui dispose d’une fortune considérable. Il est apparenté à Michel Le Tellier, secrétaire d’État à la Guerre, dont Colbert de Saint-Pouange, un cousin, épouse la sœur. Son père, riche négociant, le fait entrer à quinze ans chez le banquier lyonnais Mascranny, où il apprend le commerce. Un stage chez un procureur complète ensuite sa formation et lui apporte des rudiments de droit. Muni de ce bagage essentiel, Colbert achète une charge de commissaire ordinaire des guerres, qui lui octroie le privilège de négocier le ravitaillement pour le compte des armées du roi et de voyager dans tout le royaume.

1.2. AU SERVICE DE LE TELLIER PUIS DE MAZARIN

En 1645, Colbert se rapproche des allées du pouvoir en travaillant pour Michel Le Tellier. Cinq ans plus tard, il épouse Marie Charon, fille d’un conseiller du roi, qui lui apporte une dot de 100 000 livres. Fort des protections qu’il s’est assurées, Colbert devient, en 1651, l’homme de confiance de Mazarin, qui lui abandonne progressivement la gestion de sa fortune. Losque meurt le ministre de Louis XIV, le 10 mars 1661, le roi décide de gouverner seul. Mais le cardinal a eu le temps de lui recommander son protégé.

 

1.3. LE MINISTRE DE LOUIS XIV

Principal artisan de la disgrâce du surintendant Fouquet, Colbert lui succède comme ministre d’État (1661). Seul intendant des Finances en 1661, il accapare les plus hautes responsabilités : surintendant des Bâtiments, Arts et Manufactures (1664), chargé en particulier de la direction des travaux du château de Versailles, contrôleur général des Finances (1665), secrétaire d’État à la Maison du roi (1668) puis à la Marine (1669), grand maître des Mines de France (1670), il va s’occuper pendant plus de vingt ans de toute l’administration du royaume, à l’exception des Affaires étrangères et de la Guerre.

LE PERSONNAGE PRINCIPAL APRÈS LE ROI

Il avait pour devise Pro rege saepe ; pro patria semper (« Pour le roi, souvent ; pour la patrie, toujours »). Il fit preuve d’une activité débordante, accumulant de multiples attributions. Mais le roi, qui souhaitait gouverner son royaume et pas seulement y régner, n’abandonna jamais à son ministre autant de pouvoir que Louis XIII avait pu le faire avec Richelieu. Colbert ne fut donc pas un ministre tout-puissant, ni même un « principal ministre » comme l’avaient été Richelieu et Mazarin, même s’il fut, après le roi, le personnage principal du Conseil d’État (« Conseil d’en haut »).

LE CHEF DE CLAN

1315194-Jean-Baptiste_Colbert

Jean-Baptiste Colbert

Parvenu aux plus hautes charges de l’État, Colbert s’attacha néanmoins à favoriser ses parents et amis, créant le principal clan – avec celui, concurrent, des Le Tellier-Louvois – de la monarchie louis-quatorzienne. Son fils Seignelay fut secrétaire d’État de la Marine ; son frère Croissy, secrétaire d’État des Affaires étrangères ; son neveu Charles-Joachim Colbert de Croissy, évêque de Montpellier. Il fit nommer son cousin Jean Colbert de Terron commissaire général en 1661, puis, en 1666, intendant général des armées navales du Ponant.

Colbert ne dédaignait pas les gratifications du roi ; même s’il est considéré comme un ministre modèle, soucieux de l’intérêt de son souverain, il ne renonça pas à son enrichissement personnel – à un degré moindre, cependant, que Richelieu ou Mazarin.

Trois des six fils de Colbert furent tués dans des opérations militaires, deux lors de la guerre de la Ligue d’Augsbourg et un lors de la guerre de Succession d’Espagne.

  1. LA REMISE EN ORDRE DU ROYAUME

Étroitement liée à l’apogée de la monarchie louis-quatorzienne, elle s’inscrit en fait dans le cadre de la restauration de l’autorité monarchique et de la puissance royale, point focal de toutes les mesures prises par le ministre.

2.1. RESTAURER LES FINANCES

Dès 1661, Colbert s’efforce de restaurer les finances. Il pose les bases de la comptabilité publique en établissant un véritable budget (« état de prévoyance » pour l’année à venir et « état au vrai » pour l’année écoulée) et en tenant trois registres (recettes, dépenses, fonds). Il fait restituer au Trésor royal 120 millions de livres détournées par les financiers en créant une Chambre de justice (1661). Il diminue de plus de la moitié les charges de l’État en rachetant des offices inutiles, et en procédant à des réductions et annulations de rentes. Il augmente les recettes grâce à un meilleur rendement de l’impôt. Il abaisse de 15 % le montant de la taille personnelle et entreprend une chasse aux exempts abusifs (faux nobles, notamment). Il augmente en revanche certains impôts (dons gratuits du clergé et des pays d’état) et accroît le produit des impôts indirects par une étroite surveillance des traitants. Grâce à ses efforts obstinés (mais non réformateurs), Colbert assure un budget en équilibre de 1662 à 1671 ; dans le même temps, les revenus de l’État doublent largement.

Mais, avec les dépenses engagées pour la guerre de Hollande (1672-1678), le déficit réapparaît et le ministre doit revenir aux expédients : ventes d’offices, emprunts (création de la caisse des emprunts en 1674) et taxes nouvelles (monopole du tabac, extension de l’obligation du papier timbré [1674], etc.), qui provoquent des émeutes alors « fortement réprimées » (telle la révolte du papier timbré en Bretagne, en 1675). En 1680, Colbert signale au roi un excédent de dépenses de 20 millions sur les recettes et avoue son impuissance à combler le gouffre que creusent la guerre et les prodigalités royales. Appliquant dans tous les domaines la « maxime de l’ordre », Colbert intervient pour clarifier la loi et l’imposer dans tout le royaume.

2.2. UNIFIER LA LÉGISLATION

L’œuvre législative louis-quatorzienne est en majeure partie l’œuvre de Colbert, qui s’attache, dès le début de son ministère, à étendre la compétence des intendants, qui seront les meilleurs agents de la centralisation monarchique. En 1663, il compose pour ses subalternes une Instruction pour les maîtres des requêtescommissaires départis dans les provinces, destinée à lui permettre d’évaluer de façon en partie « statistique » les caractéristiques des provinces du royaume et les attentes des sujets.

Mais, surtout, il tente d’établir une certaine unité de législation : sous sa direction sont élaborées les ordonnances civile (1667), criminelle (1670), des Eaux et Forêts (1669), du Commerce (1673) et de la Marine (1681), qui visent toutes à mettre de l’ordre dans le chaos judiciaire et administratif hérité des siècles précédents. Il prépare le Code noir, promulgué après sa mort, qui règle les modalités de la traite des esclaves africains.

2.3. L’ORDRE CULTUREL

Instrument de la politique royale, l’ordre cuturel est aussi l’œuvre de Colbert, qui crée les Académies des inscriptions (1663), des sciences (1666), de la musique (1669), d’architecture (1671), ainsi que l’Académie de France à Rome (1666), et réorganise l’Académie de peinture et de sculpture (1663).

Il fonde aussi l’Observatoire de Paris (1667), autorise la parution du Journal des Savants (1665), enrichit considérablement la Bibliothèque du roi entre 1666 et 1682, multipliant par trois le nombre des volumes, réglemente les réunions de l’Académie française en créant les jetons de présence et réorganise le Jardin des Plantes (1671).

Dans son souci d’asservir l’art à la puissance et à la majesté royales, il édicte les règles, réglemente le travail des artistes avec le concours de Charles Le Brun, de Charles Perrault et des académies. Il est enfin à l’origine de divers grands travaux, comme, à Paris, le doublement du Cours-la-Reine par les Champs-Élysées.

  1. LA RECHERCHE DE L’EXPANSION ÉCONOMIQUE

3.1. UNE « GUERRE D’ARGENT »

Colbert consacre la majeure partie de son ministère à l’expansion économique du royaume. Il donne priorité aux manufactures, aux compagnies de commerce et de colonisation et à la construction maritime, autant de moyens pour créer dans le royaume de nouvelles richesses, cette « abondance de l’or et de l’argent dans le commerce » qui est pour lui fondamentale, et pour fournir au roi les ressources indispensables pour affirmer sa politique face aux autres États.

Le système économique qu’il préconise, et qu’on appellera le colbertisme, est fondé sur les principes du mercantilisme. Comme beaucoup de ses contemporains, Colbert voit dans le commerce une « guerre d’argent ». Mais il est avant tout au service du roi : il vise à enrichir le pays pour mettre le peuple en état de financer la « gloire du monarque ».

3.2. DES MANUFACTURES DE LUXE

Colbert crée des manufactures bénéficiant de privilèges (exemptions fiscales, monopoles de fabrication et de vente, aide financière et technique de l’État). Ces « créations » (plus de 400) concernent les produits de luxe (tapisseries des Gobelins, de Beauvais, d’Aubusson ; glaces et miroirs du faubourg Saint-Antoine, etc.), mais aussi les industries fondamentales, et principalement le textile (draps à Abbeville et Sedan, soieries de Lyon, etc.).

RÉGLEMENTÉES ET PROTÉGÉES PAR DES TARIFS DOUANIERS

Pour obtenir une production de qualité, sans égale en Europe, il multiplie les règlements dont il fait surveiller l’application par des inspecteurs généraux de manufacture. La protection des produits manufacturés est assurée par deux tarifs douaniers, institués en 1664 et en 1667 ; le second prohibant presque tous les produits anglais et hollandais, il sera une des causes de la guerre de Hollande.

3.3. MARINE MARCHANDE, MARINE DE GUERRE

Colbert encourage le développement de la marine marchande en accordant des primes aux armateurs, et fonde des compagnies de commerce dotées de privilèges et de monopoles : Compagnies des Indes orientales, des Indes occidentales (1664), du Nord (1669), du Levant (1670), du Sénégal (1673).

Colbert restaure aussi la marine de guerre : il établit le système de l’Inscription maritime (1668) et fait aménager des ports (Rochefort, Brest, Toulon, Dunkerque). Il porte ainsi, à la fin de sa vie, les flottes de guerre (276 vaisseaux en 1683 contre 18 en 1661) et de commerce à un niveau inégalé jusque-là.

3.4. LE GOUFFRE DE LA GUERRE

Dans les années 1664-1671, les résultats des efforts entrepris par Colbert sont remarquables : vers 1670, la draperie française, par exemple, exporte en Italie, en Espagne, en Allemagne, au Levant et en Inde. Mais, à partir de 1672, le coût de la guerre de Hollande provoque le relâchement du soutien financier de l’État à l’économie, ce qui entraîne la disparition ou le déclin de nombreuses manufactures et des compagnies de commerce.

  1. LES CAUSES DE L’« ÉCHEC DE COLBERT »

4.1. LA RARÉFACTION DES MÉTAUX PRÉCIEUX EN EUROPE

La politique belliqueuse de Louis XIV ne suffit pas à expliquer l’« échec de Colbert ». Celui-ci est dû également à la puissance de la concurrence anglo-hollandaise, qu’il était impossible d’évincer en quelques années, et plus encore à la conjoncture de dépression liée à la raréfaction des métaux précieux en Europe, qui allait à l’encontre de principes économiques fondés sur l’accumulation de ces métaux. En outre, en cette période de baisse des prix et des revenus, la clientèle courante (et majoritaire) ne pouvait s’intéresser aux produits de luxe ou de qualité fabriqués par les entreprises de Colbert.

4.2. LA STRUCTURE SOCIO-ÉCONOMIQUE DE LA FRANCE D’ANCIEN RÉGIME

1315195-Jean-Baptiste_Colbert

De plus, le ministre s’est heurté à des obstacles qui tenaient à la structure socio-économique de la France d’Ancien Régime : le refus des négociants, attachés à la liberté du commerce, de participer à des compagnies mises sur pied par l’État ; l’hostilité des marchands, des fabricants et des artisans aux contrôles, aux monopoles et aux règlements ; l’attrait de la bourgeoisie pour la terre et les offices ; la répugnance de la noblesse à l’égard de l’activité commerciale ; l’insuffisance du crédit ; la lenteur et le coût des transports.

Le système de Colbert était inadapté aux redoutables concurrences, à la conjoncture économique et aux traditions de la France louis-quatorzienne, encore féodale dans une large mesure, et où une mutation capitaliste rapide était irréalisable. À partir de 1680, l’influence de Colbert sur le roi diminue.

Cependant, malgré les efforts de Louvois, le ministre conservera jusqu’à la fin de sa vie un rôle essentiel dans la direction des affaires intérieures. Le « grand commis » de Louis XIV mourra épuisé de travail en 1683. (Académie française, 1667.)

 

https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Jean-Baptiste_Colbert/114048

EUGENIE (Impératrice des Français ; 126-1920), EUGENIE DE MONTIJO (1826-1920), FRANCE, HISTOIRE DE FRANCE, L'IMPERATRICE EUGNENIE, UNE VIE POLITIQUE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MAXILE MICHELET, NAPOLEON III (Empereur des Français ; 1808-1873)

L’impératrice Eugénie (1826-1920)

L’impératrice Eugénie, dernière souveraine de France

L’impératrice Eugénie, une vie politique

Maxime Michelet

Paris, Editions du Cerf, 2020. 408 pages.

2020-01-michelet-imperatrice-eugenie-8-5dfa55d6aaf64 (1)

Et si l’impératrice Eugénie n’était pas seulement l’épouse de Napoléon III mais aussi sa conseillère ? Et si cette première dame, dont on a vanté le raffinement, était d’abord une redoutable stratège politique ? Et si la dernière de nos souveraines était, en fait, une de nos plus illustres femmes d’État ?

C’est ce portrait inattendu que dessine ici le jeune historien Maxime Michelet. De son mariage avec le nouvel empereur des Français, événement de premier plan, à l’organisation de sa fonction où son charme, sa bonté et son intelligence en firent une des plus fascinantes têtes couronnées d’Europe, en passant par ses années de régence, où elle dévoila un caractère de fer et une droiture sans égale, ce livre restitue la vie de la dernière impératrice au plus près de la construction politique du Second Empire.

Une fresque historique entre luxe et charité, politique et mondanités, guerres, triomphes et défaites.

Maxime Michelet consacre ses recherches à la Deuxième République et au Second Empire. Il est président du Comité d’organisation du Centenaire de l’impératrice Eugénie. Il signe ici son premier livre.

 

Eugénie (1826 – 1920)

impeugenie2

Impératrice et trois fois régente

Eugénie de Montijo fut la dernière souveraine des Français. D’origine espagnole, rien ne prédestinait cette jeune aristocrate à épouser Napoléon III, neveu de Napoléon Ier et empereur des Français de 1852 à 1870.

Peu connue, méprisée, vilipendée, son rôle historique a longtemps été sous-estimé.

Pourtant, Eugénie fut la première des « Premières dames » à exercer un rôle politique. Par son intelligence et ses jugements avisés, elle gagna la confiance de son mari qui lui délégua par trois fois la régence.

impeugenie1

Louis-Napoléon Bonaparte, de président à empereur

impeugenie4

LouisNapoléon Bonaparte, neveu de Napoléon Ier, devient le premier président de la République française élu au suffrage universel masculin.

Faute de pouvoir briguer un deuxième mandat, il se fait proclamer empereur des Français sous le nom de Napoléon III le 2 décembre 1852.

Toujours célibataire malgré de nombreuses conquêtes féminines, il cherche à nouer une alliance politique en épousant une princesse européenne mais essuie refus sur refus. À défaut de quoi, il demande la main d’Eugénie, l’une des plus belles femmes de la bonne société parisienne.

Au lendemain de son mariage, le 30 janvier 1853, la nouvelle impératrice n’est qu’une jeune femme de 26 ans sans formation politique. Elle n’a d’autre mission que de faire resplendir l’éclat de sa beauté et donner un héritier à la dynastie.

Sur le premier point, la réussite est totale. En ce qui concerne la mission dynastique, les choses s’annoncent plus compliquées. Le couple doit patienter trois ans avant la naissance d’un héritier. Enfin,  Eugène-Louis Napoléon Bonaparte voit le jour le 16 mars 1856, pendant le congrès de Paris qui consacre le retour de la France sur la scène internationale.

Apprentie souveraine  

Le 17 juillet 1856, trois jours après le baptême de son fils à Notre-Dame de Paris, Napoléon III institutionnalise la régence. En cas de décès de l’empereur, ce serait à Eugénie d’exercer la puissance impériale jusqu’à la majorité de son fils. L’impératrice démontrera ses capacités à remplir ce rôle puisque Napoléon III la nommera régente intérimaire à trois reprises.

impeugenie7

La première fois,  c’est en 1859 quand l’Empereur part aux armées lors de la guerre d’Italie. L’impératrice se retrouve investie de la présidence du Conseil privé et du Conseil des ministres mais son pouvoir est encadré. Eugénie assiste plus qu’elle ne participe aux conseils et ne prend aucune décision.

L’année 1865 est une année essentielle pour l’impératrice Eugénie puisqu’elle va exercer de nouveau, pendant un mois, les prérogatives de régente, à l’occasion de la visite en Algérie de Napoléon III. Cette régence permet aussi à la famille impériale de montrer son unité.

Cette fois, la souveraine s’investit davantage. Elle reçoit aux Tuileries les membres des commissions parlementaires.

Dans le domaine charitable, elle soutient l’abandon des prisons pour enfant, remet en fonctionnement la Société de Charité maternelle, une institution caritative fondée en 1787 par Marie-Antoinette, et fonde un orphelinat.

La chute et l’exil 

Le 19 juillet 1870, la guerre est déclarée à la Prusse et à ses alliés. L’impératrice retrouve pour la troisième fois la fonction de régente mais ses prérogatives sont extrêmement limitées et tout repose sur le cabinet des ministres dirigé par Émile Ollivier.

Le 4 septembre, en pleine nuit,  le Corps législatif est réuni pour apprendre la défaite de Sedan et la capture de l’Empereur. Jules Favre, député républicain, prend aussitôt la tête d’une coalition réclamant sa déchéance et dans la journée, se rend à l’hôtel de Ville de Paris pour y proclamer la IIIème République accompagné d’une foule de Parisiens.

Eugénie doit quitter la France en toute hâte. Elle trouve refuge en Angleterre, sous la protection bienveillante de la reine Victoria. Son fils l’y rejoint ainsi que l’ex-empereur, une fois libéré de sa captivité en Allemagne. Le couple emménage à Camden Place, à Chislehurst, non loin de Londres.

C’est là que Napoléon III meurt le 9 janvier 1873 au cours d’une intervention chirurgicale destinée à le guérir de la maladie de la pierre (calculs dans les reins). En 1879, le fils du couple impérial part avec l’armée britannique combattre les Zoulous en Afrique du Sud. Il est tué le 1er juin en faisant front à une troupe ennemie, laissant sa mère ravagée de chagrin. C’est le premier Bonaparte tué au combat.

Infatigable voyageuse, Eugénie va passer le restant de sa vie entre l’Angleterre et la côte d’Azur. Elle s’éteint, le 11 juillet 1920, à l’âge de 94 ans à Madrid.

BIOGRAPHIES, DEUXIEME REPUBLIQUE (France ; 1848-1852), FRANCE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, NAPOLEON III (Empereur des Français ; 1808-1873), NAPOLEON III, DERNIER SOUVERAIN FRANÇAIS, SECOND EMPIRE (France ; 1852-1873)

Napoléon III, dernier souverain français

Napoléon III, le dernier souverain français

 

Napoléon III

Louis Girard

Paris, Fayard, 1986. 552 pages.

md17770651070

Triomphalement _ et démocratiquement _ élu en 1848 puis approuvé par une large majorité lors du coup d’Etat du 2 décembre 1851, Napoléon III n’a pu ni su exploiter les immenses chances qui s’offraient à lui.

Idéaliste dans sa jeunesse et homme de progrès sa vie durant, il se voulait le gardien des acquis de 89 autant que l’héritier du régime de son oncle. Attentif à la question ouvrière et aux aspirations nationales des peuples opprimés, il était, c’est certain, animé des meilleures intentions. Pour enrichir le pays, il mena une politique économique active qui profita à tous (mais surtout aux nantis). En voulant briser le carcan mis en place en Europe par le congrès de Vienne (1815) il chercha à l’extérieur des succès qu’il ne trouvait pas toujours à l’intérieur, mais il ne sut, sur ce plan, se garder de nombreuses maladresses ni tirer profit de l’unité italienne _ qu’il avait pourtant fortement favorisée. De même, il fournit indirectement à la Prusse les moyens de sa montée en puissance, et elle se retournerait un jour contre lui…

Il ne parvint pas à rallier la  » gauche  » (encore moins les républicains) et perdit l’appui de la  » droite « . Prisonnier du coup d’Etat, coupé d’une partie croissante de la population (sauf dans les campagnes), mal vu des élites intellectuelles, le Second Empire ne fut plus qu’un régime d’ordre frappant tantôt à gauche, tantôt à droite selon les circonstances, et ne se libéralisant, tout à la fin, que contraint et forcé. Sa générosité et son modernisme (qui étaient les justifications de ses origines  » impures « ) ne seraient bientôt plus qu’un souvenir.

Comment s’étonner que la postérité ait oublié certaines réussites évidentes, comme l’établissement d’un très dense réseau de chemin de fer, la construction d’un système bancaire moderne, l’adoption du libre-échange, ou comme les travaux de Paris et des grandes villes?

Ancien professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris IV-Sorbonne et ancien maître de conférences à Sciences-Po., Louis Girard a publié de nombreux travaux universitaires et également des ouvrages destinés à un large public, comme La Garde nationale (1964) et Les Libéraux français (1985).

 

 

Louis Napoléon le Grand 

Philippe Séguin

Paris, Grasset, 1990.447 pages

91nbUj0IkWL

 

Napoléon III est, sûrement, le plus mal aimé des chefs d’Etat de la France et le Second Empire le plus mal connu de ses régimes. Pourtant de 1848 à 1870 se crée la France contemporaine. S’il inaugure son règne par un coup d’Etat, Louis Napoléon Bonaparte, aussitôt, rétablit le suffrage universel. A la différence de son oncle, il sera le champion du progrès social (droit à l’instruction pour les filles, droit de réunion, droit de grève…), autant que de la prospérité économique : il étend le réseau de chemin de fer, développe l’industrie, favorise la recherche scientifique, modernise les villes. Avec le Second Empire, le rayonnement de la France est à son apogée. La gloire militaire ne manque pas : Alma, Magenta, Solferino… L’Italie lui doit son unité et le Mexique sa liberté. L’empire colonial est déjà largement constitué. Mais il y aura Sedan. Le désastre. On ne pardonne ni les mauvais débuts ni les défaites ! En historien autant qu’en politique et dans la lignée des chercheurs anglo-saxons, contre Victor Hugo irréductible ennemi de l’Empereur, Philippe Séguin le proclame Louis Napoléon le Grand.

 

 

Napoléon III 

Pierre Milza

Paris, Perrin, 2004. 699 pages.

 

61XHE8VcioL

Quatorze ans après l’apologie de Philippe Séguin, vint et un ans après le procès conduit par Maurice Agulhon, Pierre Milza livre enfin un Napoléon III équilibré.

Parlez de Napoléon III et aussitôt une avalanche de clichés survient : le démagogue, le populiste, Napoléon le petit, l’homme du coup d’Etat et des chemins de fer, le prince de la fête impériale et le vaincu de Sedan. Il incarne le XIXe siècle français aussi puissamment que Louis XIV le Grand Siècle.
Pierre Milza a nettoyé ces visions convenues pour partir à la recherche d’un Napoléon III tel qu’en lui-même. Adoptant la démarche qui lui avait valu le succès du public pour ses biographies de Mussolini et de Verdi, Milza a enquêté sur la jeunesse, la formation intellectuelle et les exils de Louis Napoléon Bonaparte ; il s’est intéressé à ses livres comme à ses amitiés italiennes ou anglaises, à ce mélange si original de césarisme, d’audace individuelle et de légende napoléonienne qui envoûte à nouveau les Français de 1848. En expert des parties politiques et des relations internationales, il démonte les mécanismes du bonapartisme et de l’idéologie impériale ; il rend à la politique étrangère de l’empereur sa place majeure en Europe et dans le monde, y compris dans le rayonnement d’un Paris, capitale des artistes et des intellectuels de la planète.
Sans jamais statufier son héros, ni l’instrumentaliser, Pierre Milza réussit à restituer toutes les facettes du personnage et à trouver la cohérence d’un grand homme.

Pierre Milza est l’auteur de nombreux ouvrages à succès, dont une Histoire des relations internationales, un Mussolini et un Verdi.

 

Napoléon III (1808-1873)

ses1_winter_002f

Neveu de Napoléon Ier. Président de la République de 1848 à 1852. Empereur français de 1852 à 1870, Napoléon III est né le 20 avril 1808. Il est mort le 9 janvier 1873. Son vrai nom était Charles Louis Napoléon Bonaparte.

Premier président de la République élu au suffrage universel, resté à la tête de la France pendant plus de vingt ans, Louis-Napoléon Bonaparte n’a pourtant pas réussi à s’imprimer durablement dans le cœur des français. De l’époque de son règne, les images qui restent sont avant tout celles transmises par la littérature. Or, outre le quolibet « Napoléon le petit » décerné par Victor Hugo, ces tableaux ne sont pas très flatteurs. Ainsi, tandis que Zola peint une France minée par l’affairisme et la misère ouvrière, Flaubert et Baudelaire ironisent sur la décadence bourgeoise. En somme, le règne de Napoléon III semble une énième variation d’un Ancien Régime sclérosé et autoritaire qui ne peut se résoudre à mourir. Pourtant, hostile aux conservateurs, admirateur des régimes libéraux et inspiré par le socialisme, Louis-Napoléon se rêvait en homme de la liberté.

 

L’héritage de l’Empereur

Charles Louis-Napoléon Bonaparte naît le 14 avril 1808 à Paris. Neveu de Napoléon Ier, il est le fils de Louis Bonaparte, ancien roi de Hollande, et d’Hortense de Beauharnais. Il passe l’essentiel de sa jeunesse en Suisse auprès d’une mère qui l’entretient dans le culte de l’Empereur et dans l’espoir de voir un jour la dynastie Bonaparte reprendre le pouvoir.

Dès 1830, il s’engage avec son frère en faveur de l’unification des royaumes italiens. Mais Napoléon Louis perd la vie l’année suivante dans les environs de Forli. Louis-Napoléon s’engage alors dans l’armée Suisse. Sorti officier d’artillerie de l’école militaire de Toul, il ne tarde pas à reprendre les armes contre l’Europe issue du Congrès de Vienne, mais cette fois dans son pays natal.

Faisant autorité chez les bonapartistes depuis la mort du duc de Reichstadt, LouisNapoléon fomente un coup d’Etat dès 1836. L’objectif est de s’emparer d’une ville moyenne grâce à des soutiens dans l’armée française, puis de marcher sur Paris. Le jeune Bonaparte rêve de réitérer l’exploit des Cent jours. Le 30 octobre, il tente vainement de soulever la garnison de Strasbourg. A défaut d’une éclatante remonté vers la capitale, il se fait connaître auprès des gouvernants et du peuple. Il est condamné à l’exil et envoyé aux Etats-Unis.

Revenu en Angleterre, il tente à nouveau sa chance le 6 août 1840 en débarquant à Boulogne-sur-Mer. Ce nouvel échec lui vaut une peine d’emprisonnement perpétuel au fort de Ham, duquel il s’échappera six ans plus tard. Entre temps, il a écrit De l’extinction du paupérisme dans lequel il expose une vision de la politique à la croisée du Bonapartisme et du Saint-Simonisme.

 

Le premier président élu au suffrage universel

220px-Napoleon_III_1848

Lorsque la Révolution de février 1848 éclate, Louis-Napoléon quitte Londres pour rejoindre Paris. Bien qu’élu pour participer à l’Assemblé constituante, il est prié de se retirer. Toutefois, il est élu aux législatives en septembre. Candidat aux présidentielles de décembre, il bénéficie de la peur « rouge » engendrée par les émeutes de juin et des dissensions au sein de la gauche pour se faire élire avec une large majorité. Il remporte en effet 74% des suffrages.

Prenant ses distances avec l’Assemblée très conservatrice élue en mai 1849 et de moins en moins appréciée, il tente de conquérir les classes ouvrières. Il prend notamment parti pour le suffrage universel que l’assemblée aboli dès 1851.

 

De la présidence au Second Empire

Fort de sa légitimité auprès des classes populaires, Louis-Napoléon dissout l’Assemblée le 2 décembre 1851, annonce le rétablissement du suffrage universel et un plébiscite. Ce coup d’Etat s’accompagne d’une violente répression de l’opposition : 27 000 personnes sont arrêtées tandis que de nombreux adversaires, comme Victor Hugo, choisissent l’exil. Le 27 décembre, le plébiscite entérine avec une large majorité la prise de pouvoir de Louis-Napoléon. Un an plus tard, le 2 décembre 1852, 48 ans jour pour jour après son oncle, Louis-Napoléon est sacré Empereur sous le nom de Napoléon III.

fc40c4c5c76f398f80bd16e91c55b786

Il met alors en place un régime autoritaire et s’évertue à faire taire l’opposition : presse censurée, opposition muselée et droit de réunion inexistant. Il se marie en 1853 avec Eugénie de Montijo qui le conforte dans la voie du conservatisme. Parallèlement, il favorise investisseurs et notables, ce qui permet à la France de rattraper son retard économique et industriel, notamment sur l’Angleterre. Les chemins de fer en sont la parfaite illustration : en vingt ans, le réseau passe de 3 000 à 18 000 km.

A l’extérieur, Napoléon III cherche à redonner du poids à la France dans les relations Européennes. Dès 1854, pendant la guerre de Crimée, il trouve un allié de choix dans l’Angleterre, ancien ennemi de son oncle. Deux ans plus tard, le traité de Paris, qui règle le conflit, fait ressurgir la France au cœur des puissances internationales. En 1859, la campagne d’Italie contre l’Autriche-Hongrie permet à la France d’intégrer Nice et la Savoie.

 

Un Empire sur le déclin

Mais cette campagne est risquée pour Napoléon III. En 1858, l’Italien Orsini commet un attentat à la bombe contre le couple impérial. L’explosif manque sa cible mais cause la mort de huit personnes. L’Empereur décide alors de faire adopter une loi de sûreté générale, dite « loi des suspects » et qui provoque une nouvelle vague de répression de l’opposition.

Le pouvoir personnel de Napoléon III est à son apogée, et pourtant il devient hésitant. En Italie, il stationne ses troupes à Rome pour protéger les Etats pontificaux, empêchant finalement la réalisation de l’unité italienne. L’expédition au Mexique débutée en 1861 finit par un désastre en 1867, la France abandonnant Maximilien suite aux menaces des Etats-Unis.

Toutefois, à l’intérieur, tandis que la modernisation se poursuit, Napoléon III entrouvre la porte de l’Assemblée à l’opposition et assouplit la censure. Le régime semble sur la voie de la libéralisation.

 

La chute dans l’indifférence

En 1870, Napoléon III se heurte aux provocations du chancelier prussien Otto von Bismarck. Ce dernier, qui espère une guerre contre la France, a manipulé une dépêche du roi Guillaume Ier de Prusse pour la rendre insultante : c’est la fameuse dépêche d’Ems. Napoléon III y répond en déclarant la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870. C’est une véritable déroute pour l’armée française. Le 2 septembre, Napoléon III doit capituler à Metz et est emprisonné. En France, le République est proclamée le 4 septembre et poursuit la guerre.

La défaite militaire entraîne donc la chute de l’Empire dans une indifférence presque absolue. Après sa libération, Napoléon III retourne vivre en Angleterre où il mourra le 9 janvier 1973 des suites d’une opération.

SedanMargueriteJAWalker

Partagé entre le romantisme napoléonien et une politique économique réaliste, Napoléon III a finalement permis à la France de gagner en stabilité et de se moderniser au prix de l’autoritarisme. Ainsi, il fut l’artisan d’un exceptionnel développement économique associé aux chemins de fer et aux noms d’Haussmann ou de Lesseps. Par ailleurs, après 80 années de révolutions et de troubles intérieurs, il permet à la France de gagner peu à peu en sérénité. Hormis l’épisode extrêmement violent de la Commune en 1871, les prochains troubles arriveront de l’extérieur en 1914 avec le début de la Première Guerre mondiale. Si la postérité, et notamment les intellectuels et les hommes politiques de la Troisième République, ont considérablement dégradé l’image de Napoléon III, celle-ci évolue désormais avec plus de neutralité.

 

NAPOLÉON III : DATES CLÉS

14 avril 1808 : Naissance à Paris

30 octobre 1836 : Tentative de coup d’Etat à Strasbourg

Louis-Napoléon tente de soulever la garnison de Strasbourg et échoue dès les premières heures. Il sera condamné à l’exil et partira pour les États-Unis.

6 août 1840 : Débarquement à Boulogne-sur-Mer

Nouvelle tentative de coup d’Etat et nouvel échec pour Napoléon III, cette fois à Boulogne-sur-Mer. Il sera condamné à une peine d’emprisonnement perpétuel au fort de Ham, duquel il s’échappera six ans plus tard.

 

20 décembre 1848 : Louis-Napoléon Bonaparte prête serment

Elu le 11 décembre à la présidence de la République avec 74% des suffrages, Louis-Napoléon Bonaparte prête serment devant la tribune et jure « en présence de Dieu et du peuple français, représenté par l’Assemblée nationale, de rester fidèle à la République démocratique, une et indivisible et de remplir tous les devoirs que (lui) impose la Constitution. » Peu après son discours le prince-président s’établira dans sa nouvelle résidence du palais de l’Elysée. En décembre 1851 le neveu de Napoléon Ier organisera un Coup d’Etat qui lui permettra de se faire sacrer empereur sous le titre de Napoléon III en 1852.

 

2 décembre 1851 : Coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte

Au petit matin, le président de la République Louis-Napoléon Bonaparte (élu en décembre 1848) organise un Coup d’Etat dans le but de restaurer l’empire. Les murs de Paris sont placardés d’affiches annonçant la dissolution de l’Assemblée et du Conseil. Les nouvelles dispositions prises par le prince-président, prévoient aussi de consulter le peuple par voie de référendum sur l’instauration d’une nouvelle Constitution. Le neveu de Napoléon Ier choisit d’agir le 2 décembre en souvenir du sacre de son oncle et de sa grandeur militaire le jour de la bataille. Tout comme son aïeul il deviendra empereur sous le nom de Napoléon III, le 2 décembre 1852

 

 4 décembre 1851 : Répression de Louis-Napoléon Bonaparte

Deux jours après son Coup d’Etat, le président Louis-Napoléon Bonaparte organise une sanglante répression contre les insurgés (en majorité des ouvriers) s’opposant à sa prise de pouvoir. Les barricades qui se sont élevées depuis la veille sur les boulevarda parisiens sont prises d’assaut par l’armée. Les fusillades font environ 400 morts. En deux jours, la police du prince-président procède à plus de 25 000 arrestations. En province, 32 départements sont mis en état de siège, mais la résistance des paysans sera elle aussi écrasée dans le sang.

 

11 décembre 1851 : Victor Hugo s’exile en Belgique

Fervent opposant au Coup d’Etat de Napoléon III (2 décembre), Victor Hugo doit s’exiler en Belgique pour fuir la répression. Muni d’un faux passeport il prend le train de nuit pour Bruxelles. L’année suivant son exil se poursuivra sur l’île anglo-normande de Jersey puis en 1855 à Guernesey. Pendant plus de 15 ans, il écrira des satires contre celui qu’il appelle « Napoléon le petit ». Hugo ne reviendra en France qu’après l’abolition du Second Empire en 1870.

 

22 janvier 1852 : Création de la médaille militaire

Le président de la République Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III, crée une nouvelle décoration : la médaille militaire. Elle est accordée aux sous-officiers et hommes de troupe pour leur ancienneté de service. Ainsi qu’aux officiers généraux qui ont commandé en chef devant l’ennemi.

 

17 février 1852 : Louis-Napoléon censure la presse

Le président de la République Louis-Napoléon Bonaparte établit un ensemble de mesures préventives et de sanctions visant à museler la presse. Par décret, il est interdit aux journaux de rendre compte des débats parlementaires et des procès autrement qu’en reproduisant les procès-verbaux officiels. La censure des images est rétablie. Les journaux ne respectant pas ce décret pourront être suspendus après un avertissement et définitivement supprimés s’ils récidivent. Entre mars 1852 et juin 1853, 91 avertissements seront délivrés par le ministre de la Police, Maupas.

 

21 novembre 1852 : Restauration de l’Empire

Le Sénat convoque les Français aux urnes en organisant un plébiscite sur le rétablissement de l’Empire. Le « oui » l’emporte très majoritairement, mais près de 2 millions d’électeurs se sont abstenus. Le Second Empire sera officiellement proclamé le 2 décembre. Louis-Napoléon Bonaparte deviendra le nouveau souverain des Français sous le nom de Napoléon III.

 

29 janvier 1853 : Napoléon III épouse Eugénie de Montijo

Eperdument amoureux depuis plusieurs mois, Napoléon III épouse la jeune espagnole Eugenia Maria de Montijo de Guzman, comtesse de Teba. Le mariage est célébré à Notre-Dame de Paris. Les festivités dureront deux jours. Le 16 mars 1856, l’impératrice Eugénie donnera naissance à son unique enfant, le prince impérial Napoléon-Louis.

 

22 juin 1854 : Le livret ouvrier généralisé

Craignant encore les agitations ouvrières, Napoléon III et l’Assemblée décident de renforcer les mesures de restrictions. Une loi est ainsi votée pour généraliser le livret ouvrier. Ce dernier a pour objectif de contrôler le travail et le déplacement des travailleurs, le maire ou le préfet étant maîtres de sa régularisation.

 

14 janvier 1858 : Attentat raté contre Napoléon III

L’empereur Napoléon III et l’impératrice Eugénie échappent de peu à un attentat à la bombe perpétré par le révolutionnaire italien Felice Orsini. L’explosion cause la mort de 8 personnes et fait 150 blessés. Orsini, partisan de la réunification italienne, reprochait à l’empereur d’entraver l’unification de son pays. Il sera condamné à mort et guillotiné le 13 mars.

 

19 février 1858 : Proclamation de la « loi des suspects »

La loi de sûreté générale est adoptée par l’Assemblée à 227 voix contre 24. Napoléon III, qui a été victime d’un attentat le 14 janvier, entend grâce à cette loi interner ou expulser toute personne ayant déjà subi des condamnations politiques. A partir du 24, des « suspects » seront arrêtés dans toute la France. Présentés à des commissions départementales, une centaine d’entre eux sera déportée en Algérie.

 

3 mai 1859 : La campagne d’Italie

A la suite de l’alliance conclue entre la France et la Sardaigne pour la formation de l’unité italienne, les forces franco-sardes, d’une part, et les troupes autrichiennes, de l’autre, entrent en guerre. Napoléon III, redoutant une intervention de la Prusse et suivant les conseils de modération de la Russie, mettra fin à la campagne en signant avec l’empereur d’Autriche François-Joseph l’armistice de Villafranca (Italie) en juillet 1859. Nice et la Savoie seront rattachés à la France.

 

12 février 1866 : Ultimatum des Etats-Unis à Napoléon III

Au nom de la doctrine Monroe (l’Amérique aux Américains), Washington somme l’empereur français de retirer ses troupes du Mexique. Napoléon III refuse et demande à Maximilien, empereur du Mexique depuis 1863, de constituer une armée nationale. L’expédition française au Mexique a commencé en 1862 quand l’empereur, sur les conseils du duc de Morny, décide de créer un empire catholique pour contrebalancer le pouvoir des jeunes Etats-Unis protestants. Il a placé à la tête du Mexique le frère de l’empereur d’Autriche, Maximilien. Mais face à la pression américaine et aux guérillas mexicaines, Napoléon III rappellera ses troupes en mars 1867, laissant Maximilien seul face aux insurgés mexicains.

 

23 octobre 1867 : Garibaldi envahit le Vatican

Giuseppe Garibaldi tente de s’emparer de l’état pontifical protégé par Napoléon III depuis le décret du 15 septembre 1864 signé avec le roi Victor-Emannuel II. Les troupes françaises interviennent et le Pape Pie IX obtient la protection de la France pour encore trois ans. Garibaldi échoue dans sa tentative de rallier le Vatican à l’unité italienne. Il sera définitivement battu à Montana le 3 novembre par les troupes du général de Failly et renoncera aux états pontificaux.

 

3 novembre 1867 : La bataille de Mentana

Les volontaires garibaldiens tentent de pénétrer à Rome et d’en chasser le pape Pie IX. Ils veulent remettre la ville au roi d’Italie Victor-Emmanuel II pour achever l’unité politique de la péninsule. Mais ils sont écrasés à Mentana (près de Rome) par les soldats pontificaux qui bénéficient du soutien d’un contingent français envoyés par Napoléon III. Le roi d’Italie attendra la défaite de la France face à la Prusse pour se saisir enfin de la ville de Rome et en faire sa capitale.

 

13 juillet 1870 : Fâcheuse dépêche d’Ems

A la suite de sa rencontre avec l’ambassadeur de France Benedetti au sujet de la succession au trône d’Espagne, le roi de Prusse Guillaume Ier rend compte de son rendez-vous au Ministre-président Otto Von Bismarck. Il lui adresse depuis Bad Ems un télégramme lui annonçant qu’il ne soutient plus la candidature de son cousin, le prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen au trône d’Espagne. Dès réception du message, Bismarck qui estime que le roi a agi par faiblesse, déforme la dépêche royale en lui donnant un tour belliciste. Il y est écrit que « le roi a refusé de voir l’ambassadeur de France » et qu’il lui a « fait dire qu’il n’avait plus rien à lui communiquer ». La France insultée par la dépêche d’Ems déclarera la guerre à la Prusse le 19.

 

19 juillet 1870 : La guerre de 1870 éclate

Napoléon III déclare précipitamment la guerre à la Prusse à la suite à la dépêche d’Ems. Bismark, qui a besoin d’une guerre pour renforcer l’unité Prussienne et aboutir au IIème Reich, avait déformé les propos de cette dernière pour provoquer Napoléon III. Ce-dernier, loin d’avoir la clairvoyance de son oncle, réagit vivement alors que son armée n’est pas prête. L’alliance germano-prussienne mobilise 800 000 hommes contre seulement 250 000 pour la France. La guerre de 1870 sera expéditive. En un mois et demi, les armées prussiennes captureront Napoléon III à Sedan et marcheront sur Paris.

 

2 septembre 1870 : Napoléon III vaincu à Sedan

L’armée des princes de Prusse et de Saxe encercle Sedan sur laquelle une partie de l’armée française s’était repliée après avoir tenté d’aller soutenir Bazaine à Metz. Coupée en deux et inférieure en nombre, l’armée ne peut rien contre les Prussiens. Napoléon III, présent dans la ville, capitule et est fait prisonnier. A Paris, l’Assemblée législative proclamera alors la fin de l’Empire et le début de la IIIème République. L’empereur s’exilera en Angleterre où il mourra trois ans plus tard.

 

9 janvier 1873 : Mort de Napoléon III

L’ex-empereur des Français meurt dans sa résidence de Camdem Place, dans le comté de Kent en Angleterre, où il vivait en exil depuis le désastre de 1870. Atteint de la maladie de la pierre, l’ex-Napoléon III était fortement handicapé. Deux interventions chirurgicales survenues le 2 et le 7 janvier avaient considérablement affecté son état général. Le neveu de Napoléon Ier et dernier souverain de France s’éteint quelques minutes avant que son chirurgien, le Docteur Thompson, ne tente une dernière opération. Il est 10h45.

unnamed (8)

448387_1-tt-width-500-height-303-crop-1-bgcolor-ffffff-lazyload-0

1870 : L"ANNEE TERRIBLE, ALLEMAGNE (histoire), EUROPE, FRANCE, GUERRE DE 1870, GUERRE FRANCO-PRUSSIENNE (1870-1871), HISTOIRE, HISTOIRE DE FRANCE, NAPOLEON III (Empereur des Français ; 1808-1873), OTTO VON BISMARCK (1815-1898)

1870 : l’année terrible

1870 : l’année terrible

SNI_LHIST_20200301_L204

Quelles sont les causes de la guerre de 1870 ?

Déclenchée par la succession à la Couronne d’Espagne et la dépêche d’Ems, la guerre de 1870 oppose le deuxième Empire français, incarné par Napoléon III, au royaume de Prusse, représenté par le Chancelier Bismarck. Chacune des deux puissances tente de conforter sa position sur la scène européenne.

Les causes de la guerre de 1870 reposent sur un coup politique du chancelier Bismarck. C’est la question de la succession à la Couronne d’Espagne, en 1868, qui déclenche l’exaspération de l’Empereur Napoléon III envers la Prusse. En suggérant la candidature du prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, cousin du roi Guillaume 1er de Prusse, à la tête du Royaume d’Espagne, le chancelier Otto Von Bismarck entend soumettre la France à une situation d’encerclement, et l’obliger ainsi à contenir tout réflexe d’agressivité à l’encontre des opérations prussiennes sur les territoires allemands. En effet, renforcé par sa victoire contre l’Autriche à Sadowa en 1866, Bismarck entreprend de fédérer les états de l’Allemagne du Nord autour de la Prusse.

 

La dépêche d’Ems provoque la déclaration de guerre de 1870

La France, qui fait attention à conserver son rôle d’arbitre en Europe, supporte mal la pression. Aussi, contraint par un gouvernement divisé et une opinion belliqueuse, Napoléon III exige le retrait de cette candidature. Néanmoins, alors que le roi de Prusse Guillaume 1er de Hohenzollern tente de répondre favorablement aux intérêts français, c’est finalement l’équivoque fomentée par Bismarck sur la transcription de cette fameuse dépêche d’Ems (renoncement de la candidature du Prince Léopold) le 12 juillet 1870, qui provoque la susceptibilité française : Napoléon déclare la guerre au royaume de Prusse le 19 juillet 1870.

En résumé

Succession d’Espagne : en 1868, la reine Isabelle d’Espagne est renversée. Le parti républicain n’ayant cependant pas réussi à s’imposer, la succession à la Couronne d’Espagne est ouverte. Bataille de Sadowa (juillet 1866) : à la victoire de Sadowa, la Prusse obtient 10 états de l’Allemagne du Nord, parmi lesquels Francfort-sur-le-Main, le Duché de Nassau, le Holstein, le Hanovre et la Hesse-Cassel.

1870-1871 La guerre franco-prussienne en bref

La guerre qui oppose la France au royaume de Prusse et à ses alliés allemands, bien que brève, aura des conséquences dramatiques pour les deux nations et l’ensemble de l’Europe.

De l’humiliation ressentie par les Français et de l’arrogance nouvelle de l’Allemagne vont surgir les deux grands conflits mondiaux du XXe siècle. La France et l’Allemagne, qui éprouvaient jusque-là de la sympathie et même de l’attirance l’une pour l’autre, vont désormais se percevoir de façon très exagérée comme des « ennemis héréditaires ».

Les dernières cartouches

Alphonse-Marie-Adolphe_de_Neuville_-_Les_dernières_cartouches_(1873)

Cette toile du peintre Alphonse de Neuville (1835-1885) est devenue la représentation la plus expressive de l’« année terrible » (1870-1871). Elle s’inscrit dans le récit national sur la longue liste de combats héroïques et désespérés (Alésia, Azincourt, Waterloo, Camerone…) par lesquels les Français et leurs ancêtres ont manifesté jusque dans le sacrifice suprême leur foi en la nation.

Les dernières cartouches montre la défense de l’Auberge Bourgerie à Bazeilles par le Division bleue, le 1er septembre 1870. Présentée au Salon de 1873, elle est aujourdhui déposée sur le lieu même du combat, dans la Maison de la Dernière Cartouche, à Bazeilles, près de Sedan (Ardennes).

Pendant 24 heures, les marsouins (fantassins) et les bigors (artilleurs), réunis au sein de la Division bleue, réussirent à faire battre en retraite des assaillants bavarois. Mais le 1er septembre 1870, l’armée prussienne revint en nombre. En infériorité numérique et en manque de munitions, les soldats français résistèrent tant bien que mal et les quarante derniers se retranchèrent avec le commandant Lambert dans une auberge en feu. La dernière munition fut tirée par le capitaine Aubert.

Manipulation diplomatique et politicienne

Le drame confronte deux personnalités contraires : le chancelier allemand Otto von Bismarck, géant qui s’est voué tout entier à la gloire de la Prusse, et l’empereur Napoléon III, autocrate pétri de bons sentiments et que révulse la vue d’un champ de bataille. Quand survient le drame, l’empereur est gravement affaibli par la maladie de la pierre. Il souffre le martyre et ne peut plus monter à cheval…

Bismarck, dès son arrivée aux affaires, a compris qu’il ne pourrait agrandir la Prusse qu’à la condition de neutraliser l’Autriche et la France. Il va avoir soin de les attaquer l’une après l’autre. L’Autriche lui laisse les mains libres après avoir été défaite à Sadowa en 1866. Il peut ainsi constituer une Confédération de l’Allemagne du Nord, avec 21 états sous la mainmise écrasante de la Prusse. Mais le chancelier aspire à achever l’unité allemande en rassemblant le nord et le sud dans une guerre contre la France.

Celle-ci a l’apparence d’une grande nation mais son armée est usée par les équipées coloniales et guère en état de soutenir une guerre moderne. Napoléon III lui-même en est conscient. Il entreprend avec son ministre Niel une grande réforme en 1868 mais il n’aura pas le temps de la mener à bien. 

Le 8 mai 1870, un référendum offre au régime impérial, dans sa nouvelle version libérale, un éclatant satisfecit populaire. Bismarck y voit un motif de précipiter les choses : il lui faut défaire la France avant qu’elle ne se soit trop renforcée. Il saisit le prétexte d’une « succession d’Espagne » pour amener la France à déclarer la guerre à la Prusse et convaincre les États d’Allemagne du sud de s’unir à celle-ci contre l’ennemi commun. Il y arrive par le caviardage de la dépêche d’Ems, qui déchaîne les passions.

Dans ce 1er acte qui va aboutir en six semaines à la défaite des armées impériales et à la capture de l’empereur à Sedan, on est frappé par la prépondérance de l’aléa humain. La maladie est cause de ce que l’empereur cède le 13 juillet au soir à son ministre belliciste et au clan des va-t’en-guerre (les « mamelucks ») alors que chacun croit la menace de guerre écartée et que Bismarck, déconfit, se dispose à démissionner ! Le chef du gouvernement Émile Ollivier prononce des paroles malheureuses : « De ce jour commence pour les ministres mes collègues et pour moi une grande responsabilité. Nous l’acceptons d’un coeur léger… d’un coeur confiant ».

L’empereur déclare donc la guerre le 19 juillet 1870. La France mobilise 265 000 hommes, sur un front de 250 kilomètres. De leur côté, la Prusse et ses alliés d’Allemagne du Sud en alignent immédiatement 600 000 grâce à une organisation bien rodée et à un réseau ferroviaire très dense.

Six semaines de guerre

Dès le 6 août, une armée française est battue à Forbach et perd la Lorraine. Le même jour, le maréchal de Mac-Mahon est battu à Froeschwiller-Woerth et perd l’Alsace en dépit de la charge héroïque des cuirassiers à Reichshoffen. Le maréchal Bazaine, nouveau commandant en chef, se laisse enfermer dans Metz.

L’empereur, affaibli par la maladie, rejoint le maréchal de Mac-Mahon au camp retranché de Châlons et tente de secourir Bazaine. Mais l’armée et Napoléon III lui-même doivent finalement rendre les armes à Sedan le 2 septembre 1870.

Deux jours plus tard, à Paris, à l’annonce de la nouvelle, les opposants proclament la IIIe République.

Le Gouvernement de la Défense Nationale, qui s’est saisi du pouvoir, tente de ranimer l’esprit de la Grande Révolution. Les républicains se mobilisent avec courage, tentant de sauver Paris et de repousser l’envahisseur. Leur folle entreprise suscite le ralliement de Garibaldi et même des « zouaves pontificaux » mais n’enthousiasme guère les masses rurales qui n’ont jamais montré d’intérêt pour cette guerre absurde.

Léon Gambetta organise à Tours une armée de la Loire en vue de mener une « guerre à outrance ». Mais ses efforts sont annihilés par la capitulation de Bazaine, plus soucieux de « défendre l’ordre social contre les mauvaises passions » que la patrie en danger.

De leur côté, affamés par un siège impitoyable de cinq mois, durant l’hiver 1870-1871, les Parisiens tentent dans un effort désespéré une « sortie torrentielle » à Buzenval, le 20 janvier 1871. C’est la fin d’une guerre qui aura pour l’essentiel duré six semaines, de la dépêche d’Ems à la capitulation de Sedan. Relativement meurtrière pour l’époque, elle aura causé environ cent mille morts dans chaque camp.

D’humiliation en humiliation

Le 18 janvier 1871, les envahisseurs proclament l’Empire d’Allemagne dans la Galerie des Glaces de Versailles. Dix jours plus tard, le 28 janvier, l’armistice est signé par Jules Favre pour quatre semaines, le temps d’élire une nouvelle assemblée. Bismarck tient en effet à ce que le futur traité de paix soit avalisé par un gouvernement légitime.

Dans un ultime acte d’héroïsme, le colonel Denfert-Rochereau, gouverneur de Belfort, rend les armes après 103 jours de siège sur un ordre exprès d’Adolphe Thiers.

Le 1er mars 1871, les vainqueurs défilent dans une capitale endeuillée et silencieuse. Saturés d’humiliation, abandonnés par le nouveau gouvernement, des Parisiens proclament une Commune insurrectionnelle. La répression, sous les yeux des assiégeants allemands, va causer environ 20 000 morts. Jules Favre et Adolphe Thiers concluent enfin avec Bismarck le traité de paix de Francfort.

94

unnamed (6)

Ainsi prend fin une période qualifiée avec justesse par ceux qui l’ont vécue d’« année terrible ».

 

 

 NAPOLEON III (1808-1873)

220px-Napoléon_III_par_Jean_Hippolyte_Flandrin

Neveu de Napoléon Ier. Président de la République de 1848 à 1852. Empereur français de 1852 à 1870, Napoléon III est né le 20 avril 1808. Il est mort le 9 janvier 1873. Son vrai nom était Charles Louis Napoléon Bonaparte.

Biographie courte de Napoléon III – Premier président de la République élu au suffrage universel, resté à la tête de la France pendant plus de vingt ans, Louis-Napoléon Bonaparte n’a pourtant pas réussi à s’imprimer durablement dans le cœur des français. De l’époque de son règne, les images qui restent sont avant tout celles transmises par la littérature. Or, outre le quolibet « Napoléon le petit » décerné par Victor Hugo, ces tableaux ne sont pas très flatteurs. Ainsi, tandis que Zola peint une France minée par l’affairisme et la misère ouvrière, Flaubert et Baudelaire ironisent sur la décadence bourgeoise. En somme, le règne de Napoléon III semble une énième variation d’un Ancien Régime sclérosé et autoritaire qui ne peut se résoudre à mourir. Pourtant, hostile aux conservateurs, admirateur des régimes libéraux et inspiré par le socialisme, Louis-Napoléon se rêvait en homme de la liberté.

L’héritage de l’Empereur

Charles Louis-Napoléon Bonaparte naît le 14 avril 1808 à Paris. Neveu de Napoléon Ier, il est le fils de Louis Bonaparte, ancien roi de Hollande, et d’Hortense de Beauharnais. Il passe l’essentiel de sa jeunesse en Suisse auprès d’une mère qui l’entretient dans le culte de l’Empereur et dans l’espoir de voir un jour la dynastie Bonaparte reprendre le pouvoir.

Dès 1830, il s’engage avec son frère en faveur de l’unification des royaumes italiens. Mais Napoléon Louis perd la vie l’année suivante dans les environs de Forli. Louis-Napoléon s’engage alors dans l’armée Suisse. Sorti officier d’artillerie de l’école militaire de Toul, il ne tarde pas à reprendre les armes contre l’Europe issue du Congrès de Vienne, mais cette fois dans son pays natal.

Faisant autorité chez les bonapartistes depuis la mort du duc de Reichstadt, Louis-Napoléon fomente un coup d’Etat dès 1836. L’objectif est de s’emparer d’une ville moyenne grâce à des soutiens dans l’armée française, puis de marcher sur Paris. Le jeune Bonaparte rêve de réitérer l’exploit des Cent jours. Le 30 octobre, il tente vainement de soulever la garnison de Strasbourg. A défaut d’une éclatante remonté vers la capitale, il se fait connaître auprès des gouvernants et du peuple. Il est condamné à l’exil et envoyé aux Etats-Unis.

Revenu en Angleterre, il tente à nouveau sa chance le 6 août 1840 en débarquant à Boulogne-sur-Mer. Ce nouvel échec lui vaut une peine d’emprisonnement perpétuel au fort de Ham, duquel il s’échappera six ans plus tard. Entre temps, il a écrit De l’extinction du paupérisme dans lequel il expose une vision de la politique à la croisée du Bonapartisme et du Saint-Simonisme.

Le premier président élu au suffrage universel

Lorsque la Révolution de février 1848 éclate, Louis-Napoléon quitte Londres pour rejoindre Paris. Bien qu’élu pour participer à l’Assemblé constituante, il est prié de se retirer. Toutefois, il est élu aux législatives en septembre. Candidat aux présidentielles de décembre, il bénéficie de la peur « rouge » engendrée par les émeutes de juin et des dissensions au sein de la gauche pour se faire élire avec une large majorité. Il remporte en effet 74% des suffrages.

Prenant ses distances avec l’Assemblée très conservatrice élue en mai 1849 et de moins en moins appréciée, il tente de conquérir les classes ouvrières. Il prend notamment parti pour le suffrage universel que l’assemblée aboli dès 1851.

De la présidence au Second Empire

Fort de sa légitimité auprès des classes populaires, Louis-Napoléon dissout l’Assemblée le 2 décembre 1851, annonce le rétablissement du suffrage universel et un plébiscite. Ce coup d’Etat s’accompagne d’une violente répression de l’opposition : 27 000 personnes sont arrêtées tandis que de nombreux adversaires, comme Victor Hugo, choisissent l’exil. Le 27 décembre, le plébiscite entérine avec une large majorité la prise de pouvoir de Louis-Napoléon. Un an plus tard, le 2 décembre 1852, 48 ans jour pour jour après son oncle, Louis-Napoléon est sacré Empereur sous le nom de Napoléon III.

Il met alors en place un régime autoritaire et s’évertue à faire taire l’opposition : presse censurée, opposition muselée et droit de réunion inexistant. Il se marie en 1853 avec Eugénie de Montijo qui le conforte dans la voie du conservatisme. Parallèlement, il favorise investisseurs et notables, ce qui permet à la France de rattraper son retard économique et industriel, notamment sur l’Angleterre. Les chemins de fer en sont la parfaite illustration : en vingt ans, le réseau passe de 3 000 à 18 000 km.

A l’extérieur, Napoléon III cherche à redonner du poids à la France dans les relations Européennes. Dès 1854, pendant la guerre de Crimée, il trouve un allié de choix dans l’Angleterre, ancien ennemi de son oncle. Deux ans plus tard, le traité de Paris, qui règle le conflit, fait ressurgir la France au cœur des puissances internationales. En 1859, la campagne d’Italie contre l’Autriche-Hongrie permet à la France d’intégrer Nice et la Savoie.

Un Empire sur le déclin

Mais cette campagne est risquée pour Napoléon III. En 1858, l’Italien Orsini commet un attentat à la bombe contre le couple impérial. L’explosif manque sa cible mais cause la mort de huit personnes. L’Empereur décide alors de faire adopter une loi de sûreté générale, dite « loi des suspects » et qui provoque une nouvelle vague de répression de l’opposition.

Le pouvoir personnel de Napoléon III est à son apogée, et pourtant il devient hésitant. En Italie, il stationne ses troupes à Rome pour protéger les Etats pontificaux, empêchant finalement la réalisation de l’unité italienne. L’expédition au Mexique débutée en 1861 finit par un désastre en 1867, la France abandonnant Maximilien suite aux menaces des Etats-Unis.

Toutefois, à l’intérieur, tandis que la modernisation se poursuit, Napoléon III entrouvre la porte de l’Assemblée à l’opposition et assouplit la censure. Le régime semble sur la voie de la libéralisation.

La chute dans l’indifférence

En 1870, Napoléon III se heurte aux provocations du chancelier prussien Otto von Bismarck. Ce dernier, qui espère une guerre contre la France, a manipulé une dépêche du roi Guillaume Ier de Prusse pour la rendre insultante : c’est la fameuse dépêche d’Ems. Napoléon III y répond en déclarant la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870. C’est une véritable déroute pour l’armée française. Le 2 septembre, Napoléon III doit capituler à Metz et est emprisonné. En France, le République est proclamée le 4 septembre et poursuit la guerre.

La défaite militaire entraîne donc la chute de l’Empire dans une indifférence presque absolue. Après sa libération, Napoléon III retourne vivre en Angleterre où il mourra le 9 janvier 1973 des suites d’une opération.

Partagé entre le romantisme napoléonien et une politique économique réaliste, Napoléon III a finalement permis à la France de gagner en stabilité et de se moderniser au prix de l’autoritarisme. Ainsi, il fut l’artisan d’un exceptionnel développement économique associé aux chemins de fer et aux noms d’Haussmann ou de Lesseps. Par ailleurs, après 80 années de révolutions et de troubles intérieurs, il permet à la France de gagner peu à peu en sérénité. Hormis l’épisode extrêmement violent de la Commune en 1871, les prochains troubles arriveront de l’extérieur en 1914 avec le début de la Première Guerre mondiale. Si la postérité, et notamment les intellectuels et les hommes politiques de la Troisième République, ont considérablement dégradé l’image de Napoléon III, celle-ci évolue désormais avec plus de neutralité.

NAPOLÉON III : DATES CLÉS

14 avril 1808 : Naissance à Paris

30 octobre 1836 : Tentative de coup d’Etat à Strasbourg

Louis-Napoléon tente de soulever la garnison de Strasbourg et échoue dès les premières heures. Il sera condamné à l’exil et partira pour les États-Unis.

6 août 1840 : Débarquement à Boulogne-sur-Mer

Nouvelle tentative de coup d’Etat et nouvel échec pour Napoléon III, cette fois à Boulogne-sur-Mer. Il sera condamné à une peine d’emprisonnement perpétuel au fort de Ham, duquel il s’échappera six ans plus tard.

20 décembre 1848 : Louis-Napoléon Bonaparte prête serment

Elu le 11 décembre à la présidence de la République avec 74% des suffrages, Louis-Napoléon Bonaparte prête serment devant la tribune et jure « en présence de Dieu et du peuple français, représenté par l’Assemblée nationale, de rester fidèle à la République démocratique, une et indivisible et de remplir tous les devoirs que (lui) impose la Constitution. » Peu après son discours le prince-président s’établira dans sa nouvelle résidence du palais de l’Elysée. En décembre 1851 le neveu de Napoléon Ier organisera un Coup d’Etat qui lui permettra de se faire sacrer empereur sous le titre de Napoléon III en 1852.

2 décembre 1851 : Coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte

Au petit matin, le président de la République Louis-Napoléon Bonaparte (élu en décembre 1848) organise un Coup d’Etat dans le but de restaurer l’empire. Les murs de Paris sont placardés d’affiches annonçant la dissolution de l’Assemblée et du Conseil. Les nouvelles dispositions prises par le prince-président, prévoient aussi de consulter le peuple par voie de référendum sur l’instauration d’une nouvelle Constitution. Le neveu de Napoléon Ier choisit d’agir le 2 décembre en souvenir du sacre de son oncle et de sa grandeur militaire le jour de la bataille. Tout comme son aïeul il deviendra empereur sous le nom de Napoléon III, le 2 décembre 1852

4 décembre 1851 : Répression de Louis-Napoléon Bonaparte

Deux jours après son Coup d’Etat, le président Louis-Napoléon Bonaparte organise une sanglante répression contre les insurgés (en majorité des ouvriers) s’opposant à sa prise de pouvoir. Les barricades qui se sont élevées depuis la veille sur les boulevarda parisiens sont prises d’assaut par l’armée. Les fusillades font environ 400 morts. En deux jours, la police du prince-président procède à plus de 25 000 arrestations. En province, 32 départements sont mis en état de siège, mais la résistance des paysans sera elle aussi écrasée dans le sang.

11 décembre 1851 : Victor Hugo s’exile en Belgique

Fervent opposant au Coup d’Etat de Napoléon III (2 décembre), Victor Hugo doit s’exiler en Belgique pour fuir la répression. Muni d’un faux passeport il prend le train de nuit pour Bruxelles. L’année suivant son exil se poursuivra sur l’île anglo-normande de Jersey puis en 1855 à Guernesey. Pendant plus de 15 ans, il écrira des satires contre celui qu’il appelle « Napoléon le petit ». Hugo ne reviendra en France qu’après l’abolition du Second Empire en 1870.

22 janvier 1852 : Création de la médaille militaire

Le président de la République Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III, crée une nouvelle décoration : la médaille militaire. Elle est accordée aux sous-officiers et hommes de troupe pour leur ancienneté de service. Ainsi qu’aux officiers généraux qui ont commandé en chef devant l’ennemi.

17 février 1852 : Louis-Napoléon censure la presse

Le président de la République Louis-Napoléon Bonaparte établit un ensemble de mesures préventives et de sanctions visant à museler la presse. Par décret, il est interdit aux journaux de rendre compte des débats parlementaires et des procès autrement qu’en reproduisant les procès-verbaux officiels. La censure des images est rétablie. Les journaux ne respectant pas ce décret pourront être suspendus après un avertissement et définitivement supprimés s’ils récidivent. Entre mars 1852 et juin 1853, 91 avertissements seront délivrés par le ministre de la Police, Maupas.

21 novembre 1852 : Restauration de l’Empire

Le Sénat convoque les Français aux urnes en organisant un plébiscite sur le rétablissement de l’Empire. Le « oui » l’emporte très majoritairement, mais près de 2 millions d’électeurs se sont abstenus. Le Second Empire sera officiellement proclamé le 2 décembre. Louis-Napoléon Bonaparte deviendra le nouveau souverain des Français sous le nom de Napoléon III.

29 janvier 1853 : Napoléon III épouse Eugénie de Montijo

Eperdument amoureux depuis plusieurs mois, Napoléon III épouse la jeune espagnole Eugenia Maria de Montijo de Guzman, comtesse de Teba. Le mariage est célébré à Notre-Dame de Paris. Les festivités dureront deux jours. Le 16 mars 1856, l’impératrice Eugénie donnera naissance à son unique enfant, le prince impérial Napoléon-Louis.

22 juin 1854 : Le livret ouvrier généralisé

Craignant encore les agitations ouvrières, Napoléon III et l’Assemblée décident de renforcer les mesures de restrictions. Une loi est ainsi votée pour généraliser le livret ouvrier. Ce dernier a pour objectif de contrôler le travail et le déplacement des travailleurs, le maire ou le préfet étant maîtres de sa régularisation.

14 janvier 1858 : Attentat raté contre Napoléon III

L’empereur Napoléon III et l’impératrice Eugénie échappent de peu à un attentat à la bombe perpétré par le révolutionnaire italien Felice Orsini. L’explosion cause la mort de 8 personnes et fait 150 blessés. Orsini, partisan de la réunification italienne, reprochait à l’empereur d’entraver l’unification de son pays. Il sera condamné à mort et guillotiné le 13 mars.

19 février 1858 : Proclamation de la « loi des suspects »

La loi de sûreté générale est adoptée par l’Assemblée à 227 voix contre 24. Napoléon III, qui a été victime d’un attentat le 14 janvier, entend grâce à cette loi interner ou expulser toute personne ayant déjà subi des condamnations politiques. A partir du 24, des « suspects » seront arrêtés dans toute la France. Présentés à des commissions départementales, une centaine d’entre eux sera déportée en Algérie.

3 mai 1859 : La campagne d’Italie

A la suite de l’alliance conclue entre la France et la Sardaigne pour la formation de l’unité italienne, les forces franco-sardes, d’une part, et les troupes autrichiennes, de l’autre, entrent en guerre. Napoléon III, redoutant une intervention de la Prusse et suivant les conseils de modération de la Russie, mettra fin à la campagne en signant avec l’empereur d’Autriche François-Joseph l’armistice de Villafranca (Italie) en juillet 1859. Nice et la Savoie seront rattachés à la France.

12 février 1866 : Ultimatum des Etats-Unis à Napoléon III

Au nom de la doctrine Monroe (l’Amérique aux Américains), Washington somme l’empereur français de retirer ses troupes du Mexique. Napoléon III refuse et demande à Maximilien, empereur du Mexique depuis 1863, de constituer une armée nationale. L’expédition française au Mexique a commencé en 1862 quand l’empereur, sur les conseils du duc de Morny, décide de créer un empire catholique pour contrebalancer le pouvoir des jeunes Etats-Unis protestants. Il a placé à la tête du Mexique le frère de l’empereur d’Autriche, Maximilien. Mais face à la pression américaine et aux guérillas mexicaines, Napoléon III rappellera ses troupes en mars 1867, laissant Maximilien seul face aux insurgés mexicains.

23 octobre 1867 : Garibaldi envahit le Vatican

Giuseppe Garibaldi tente de s’emparer de l’état pontifical protégé par Napoléon III depuis le décret du 15 septembre 1864 signé avec le roi Victor-Emannuel II. Les troupes françaises interviennent et le Pape Pie IX obtient la protection de la France pour encore trois ans. Garibaldi échoue dans sa tentative de rallier le Vatican à l’unité italienne. Il sera définitivement battu à Montana le 3 novembre par les troupes du général de Failly et renoncera aux états pontificaux.

3 novembre 1867 : La bataille de Mentana

Les volontaires garibaldiens tentent de pénétrer à Rome et d’en chasser le pape Pie IX. Ils veulent remettre la ville au roi d’Italie Victor-Emmanuel II pour achever l’unité politique de la péninsule. Mais ils sont écrasés à Mentana (près de Rome) par les soldats pontificaux qui bénéficient du soutien d’un contingent français envoyés par Napoléon III. Le roi d’Italie attendra la défaite de la France face à la Prusse pour se saisir enfin de la ville de Rome et en faire sa capitale.

13 juillet 1870 : Fâcheuse dépêche d’Ems

A la suite de sa rencontre avec l’ambassadeur de France Benedetti au sujet de la succession au trône d’Espagne, le roi de Prusse Guillaume Ier rend compte de son rendez-vous au Ministre-président Otto Von Bismarck. Il lui adresse depuis Bad Ems un télégramme lui annonçant qu’il ne soutient plus la candidature de son cousin, le prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen au trône d’Espagne. Dès réception du message, Bismarck qui estime que le roi a agi par faiblesse, déforme la dépêche royale en lui donnant un tour belliciste. Il y est écrit que « le roi a refusé de voir l’ambassadeur de France » et qu’il lui a « fait dire qu’il n’avait plus rien à lui communiquer ». La France insultée par la dépêche d’Ems déclarera la guerre à la Prusse le 19.

19 juillet 1870 : La guerre de 1870 éclate

Napoléon III déclare précipitamment la guerre à la Prusse à la suite à la dépêche d’Ems. Bismark, qui a besoin d’une guerre pour renforcer l’unité Prussienne et aboutir au IIème Reich, avait déformé les propos de cette dernière pour provoquer Napoléon III. Ce-dernier, loin d’avoir la clairvoyance de son oncle, réagit vivement alors que son armée n’est pas prête. L’alliance germano-prussienne mobilise 800 000 hommes contre seulement 250 000 pour la France. La guerre de 1870 sera expéditive. En un mois et demi, les armées prussiennes captureront Napoléon III à Sedan et marcheront sur Paris.

2 septembre 1870 : Napoléon III vaincu à Sedan

L’armée des princes de Prusse et de Saxe encercle Sedan sur laquelle une partie de l’armée française s’était repliée après avoir tenté d’aller soutenir Bazaine à Metz. Coupée en deux et inférieure en nombre, l’armée ne peut rien contre les Prussiens. Napoléon III, présent dans la ville, capitule et est fait prisonnier. A Paris, l’Assemblée législative proclamera alors la fin de l’Empire et le début de la IIIème République. L’empereur s’exilera en Angleterre où il mourra trois ans plus tard.

9 janvier 1873 : Mort de Napoléon III

L’ex-empereur des Français meurt dans sa résidence de Camdem Place, dans le comté de Kent en Angleterre, où il vivait en exil depuis le désastre de 1870. Atteint de la maladie de la pierre, l’ex-Napoléon III était fortement handicapé. Deux interventions chirurgicales survenues le 2 et le 7 janvier avaient considérablement affecté son état général. Le neveu de Napoléon Ier et dernier souverain de France s’éteint quelques minutes avant que son chirurgien, le Docteur Thompson, ne tente une dernière opération. Il est 10h45.

 

Otto von Bismarck (1815-1898)

Bundesarchiv_Bild_146-2005-0057,_Otto_von_Bismarck

OTTO VON BISMARCK – Homme politique allemand, Otto von Bismarck est né le 1 avril 1815 à Schönhausen (Allemagne). Il est mort le 30 juillet 1898 à Friedrichsruh (Allemagne). Il est à l’origine de l’unité allemande.

 Biographie courte de Otto von Bismarck – Otto Von Bismarck débute sa carrière politique comme élu de l’extrême droite au Landtag en 1847. Il met en œuvre une politique conservatrice et monarchiste en tant que parlementaire prussien (1851), ambassadeur en Russie (1859-1862) et en France (1862) puis Premier ministre et ministre des affaires étrangères sous Guillaume Ier (1862). Cette dernière fonction lui permet de chercher à constituer des alliances avec la France, la Russie et l’Angleterre.

Le projet de Bismarck est d’unifier l’Allemagne sous la gouvernance de la Prusse, et pour cela, la guerre contre l’Autriche, grande puissance voisine, lui paraît inéluctable. Il la déclenche en 1866, et sa victoire lui permet d’annexer une partie de l’Autriche et de former la Confédération d’Allemagne du Nord, dirigée par la Prusse. Bismarck déclenche ensuite une guerre contre la France en 1870. Cette guerre et la victoire prussienne qui la conclue rallient les Etats du Sud à ceux du Nord.

Le 18 janvier 1871, l’Empire allemand est ainsi proclamé. Bismarck est Chancelier du second Reich et Président du Conseil de Prusse, ce qui lui donne un pouvoir immense. Il met en place un système de protection sociale mais réprime cependant le mouvement socialiste. Il crée la triple Alliance en 1884 et se lance dans une politique coloniale qui, le plaçant en désaccord avec le nouvel empereur Guillaume II, précipitera sa chute politique en 1890.

  

OTTO VON BISMARCK : DATES CLÉS

 13 juillet 1870 : Fâcheuse dépêche d’Ems

A la suite de sa rencontre avec l’ambassadeur de France Benedetti au sujet de la succession au trône d’Espagne, le roi de Prusse Guillaume Ier rend compte de son rendez-vous au Ministre-président Otto Von Bismarck. Il lui adresse depuis Bad Ems un télégramme lui annonçant qu’il ne soutient plus la candidature de son cousin, le prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen au trône d’Espagne. Dès réception du message, Bismarck qui estime que le roi a agi par faiblesse, déforme la dépêche royale en lui donnant un tour belliciste. Il y est écrit que « le roi a refusé de voir l’ambassadeur de France » et qu’il lui a « fait dire qu’il n’avait plus rien à lui communiquer ». La France insultée par la dépêche d’Ems déclarera la guerre à la Prusse le 19.

 

10 mai 1871 : Signature du traité de Francfort

Le gouvernement provisoire de la France accepte le paiement d’une indemnité de 5 milliards de francs-or, la présence d’une armée d’occupation jusqu’au paiement de cette somme et surtout, la cession de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine. Cette victoire renforcera le chancelier Otto von Bismarck et lui permettra d’unifier les Etats allemands autour de la Prusse.

 

24 avril 1884 : Naissance de l’empire colonial allemand

Le chancelier allemand Otto von Bismarck proclame la souveraineté de l’Empire allemand sur le Lüderitz-land ou Sud-Ouest africain (l’actuelle Namibie). C’est le début de L’empire colonial allemand qui comprendra en plus du Sud-Ouest africain : le Tanganyika, le Rwanda-Burundi, le Cameroun, le Togo, et une partie de la Nouvelle-Guinée. Il sera partagé entre les vainqueurs de la Première Guerre mondiale en 1919.

 

26 février 1885 : L’Europe se partage le continent africain

Convoquée le 15 novembre 1884 à l’instigation du chancelier de Prusse Otto Von Bismarck, la conférence de Berlin s’achève. Les 14 pays européens présents et les Etats-Unis mettent un terme aux conflits coloniaux qui enveniment le continent africain en se le partageant. Le roi des Belges, Léopold II, obtient le Congo à titre personnel. La Grande-Bretagne renonce à ses prétentions sur ce territoire et assoit son hégémonie sur un axe allant du Cap jusqu’au Caire. La France se voit attribuer toutes les terres au sud du Sahara et l’Allemagne, l’Afrique de l’Ouest. La conférence de Berlin décide aussi de la libre circulation des navires marchands sur les fleuves Congo et Niger.

ANGLETERRE, CHARLES VI (roi de France ; 1368-1422), CHARLES VII (roi de France ; 1403-1461), FRANCE, GUERRE DE CENT ANS (1337-1453), HENRI VI (roi d'Angleterre ; 1421-1471), ISABEAU DE BAVIERE (reine de France ; 1370-1435), TRAITE DE TROYES (21 mai 1420)

Le Traité de Troyes : en mai 1420, la France devient anglaise

21 mai 1420 : « L’infâme Traité de Troyes »

LH471_FranceAnglaise_Couverture-300px

Il y a six cents ans, en mai 1420, au cours de la guerre de Cent Ans, Charles VI déshéritait son fils au profit du roi anglais Henri V.

L’« infâme traité de Troyes », tant décrié par les historiens du XIXe siècle, se voulait la promesse d’une paix perpétuelle entre les deux pays ennemis. Il contribua au contraire à la formation d’un premier sentiment national dans le royaume, qui s’est illustré par la geste de Jeanne d’Arc, mais aussi par des mouvements de résistance dans les zones que les Anglais occupaient, notamment la Normandie.

 

Traité de Troyes

Le traité de Troyes est un traité signé en 1420 à Troyes entre Henri V d’Angleterre et Charles VI de France, qui prévoyait que ce dernier, après sa mort, passerait sa couronne au premier, puisqu’il était devenu son gendre.

Il marque l’apogée de la suprématie du royaume d’Angleterre, qui possédait à l’époque la Guyenne et la Normandie, au cours de ce qui fut appelé la guerre de Cent Ans.

mariage-henri-troyes

Historique

Signé le 21 mai 1420 dans la cathédrale Saint-Pierre à Troyes, il prévoyait que le roi de France, Charles VI, après sa mort aurait pour successeur son gendre le roi d’Angleterre, Henri V.

Ce traité fut avant tout l’œuvre de Philippe III de Bourgogne dit le Bon, Charles VI, du fait de sa maladie, ne dirigeant plus directement le pays depuis 1392. Philippe III de Bourgogne et Henri V d’Angleterre formèrent à cette occasion une alliance contre le dauphin Charles, futur Charles VII.

En effet, la légitimité à succéder du « soi-disant dauphin » est niée dans le traité, en raison de ses « crimes énormes ». On lui reproche essentiellement d’avoir commandité l’assassinat du duc de Bourgogne, Jean sans Peur, père de Philippe III de Bourgogne, le 10 septembre 1419, sur le pont de Montereau. Les rumeurs concernant une illégitimité liée à une infidélité de la reine Isabeau de Bavière furent colportées par les Bourguignons, mais une telle affirmation ne pouvait être inscrite sans heurter le roi de France.

Charles, réfugié à Bourges, est nié dans tous ses titres mais conserve de fait le gouvernement du Sud de la France. Les signataires du traité convinrent par ailleurs qu’Henri V épouserait Catherine de Valois, la fille de Charles VI et d’Isabeau. Il aspirait, à ce titre, à être le seul héritier de la couronne de France et exerçait immédiatement une régence. Charles VI léguerait donc sa couronne à son gendre, puis, éventuellement, à un petit-fils à naître. Ce mariage fut célébré le 2 juin 1420, jour de la Trinité, dans l’église Saint-Jean-du-Marché.

Le 1er décembre 1420, Henri V fit une entrée triomphale à Paris en compagnie du roi Charles VI et de Philippe III de Bourgogne. L’université de Paris, avec à sa tête le recteur Pierre Cauchon, et les états généraux de langue d’oïl lui apportèrent leur soutien en enregistrant le traité de Troyes.

Le 31 août 1422, Henri V décéda, peu avant Charles VI, le 21 octobre suivant. Le fils d’Henri V, âgé de dix mois, fut proclamé « roi de France et d’Angleterre » (il deviendra Henri VI). Le duc de Bedford assura la régence en France, et mit le siège devant Orléans le 12 octobre 1428, la dernière ville au nord de la Loire fidèle à Charles VII.

Par la suite, les victoires du parti de Charles VII avec l’aide de Jeanne d’Arc (bataille de Patay et chevauchée vers Reims), rendent caduc le traité de Troyes, par ailleurs cassé par les juristes fidèles à la Dynastie de Valois, arguant, d’une part que la couronne de France n’appartenait pas au roi de France, qui ne pouvait donc en disposer et que, d’autre part, la succession au trône de France était liée à l’application de la Loi salique , qui interdit d’accorder la succession du trône de France à une fille ou à un gendre du roi défunt. Cependant, les rois d’Angleterre, bien que ne possédant, de facto, aucun pouvoir au royaume de France, conservèrent officiellement le titre de roi de France près de quatre siècles, avant de l’abandonner en 1802, à la suite de la paix d’Amiens.

Extrait

Ratification du Traité de Troyes conclu entre Henri V et Charle

« Charles par la grâce de Dieu, roi de France […] Premièrement que, pour que ce que par l’alliance de mariage faite pour le bien de la dite paix en notre dit fils le roi Henri et notre très chère et très aimée fille Catherine, il est devenu notre fils […] — 6. Item, est accordé que tantôt après notre trépas et dès lors en avant, la couronne et le royaume de France, avec tous leurs droits et appartenances demeureront et seront perpétuellement à notre dit fils le roi Henri et ses hoirs. — 7. Item, que pour ce que nous sommes tenus et empêchés le plus du temps, par telle manière que nous ne pouvons en notre personne entendre ou vacquer à la disposition des besognes de notre royaume, la faculté et exercice de gouverner et ordonner la chose publique dudit royaume seront et demeureront, notre vie durant, à notre fils dit le roi Henri, avec le conseil des nobles et sages du royaume… — 12. Item, que notre fils labourera de son pouvoir, et le plutôt que faire se pourra profitablement, à mettre en notre obéissance toutes et chacunes villes cités et châteaux, lieux, pays et personnes dedans notre royaume, désobéissants à nous et rebelles, tenant le parti ou étant du parti vulgairement appelé du Dauphin ou d’Armagnac… — 29. Item, considéré les horribles et énormes crimes et délits perpétrés audit royaume de France, par Charles, soi-disant dauphin de Viennois, il est accordé que nous, ni notre dit fils le roi Henri, ni aussi notre très cher Philippe, duc de Bourgogne, ne traiterons aucunement de paix ou de concorde avec ledit Charles, ne ferons ou ferons traiter, sinon du conseil et assentiment de tous et chacun de nous trois et des trois États des deux royaumes dessus dits…

 

1200px-Traité_de_Troyes.svg

Isabeau de Bavière

1cb466582603ab16a00e416da721d73a

Isabeau de Bavière, aussi connue sous le nom d’Isabelle de Bavière ou d’Isabeau de Wittelsbach-Ingolstadt (en haut-allemand : Elisabeth von Wittelsbach-Ingolstadt), née vers 1370 à Munich, dans le duché de Bavière-Landshut, et morte le 24 septembre 1435 à Paris, dans le royaume de France, est reine de France du 17 juillet 1385 au 21 octobre 1422 en tant qu’épouse de Charles VI. Issue de la puissante maison de Wittelsbach-Ingolstadt, elle est la fille aînée du duc Étienne III de Bavière et de son épouse Taddea Visconti, originaire d’une éminente famille noble qui règne sur la ville italienne de Milan. À environ quinze ans, Isabeau de Bavière est envoyée en France pour y épouser le roi Charles VI, avec lequel elle convole quelques jours après leur première rencontre.

Le couronnement d’Isabeau de Bavière est fastueusement organisé en 1389 et est suivi par son entrée triomphale à Paris. En 1392, Charles VI souffre de sa première crise de folie, qui l’écarte progressivement des affaires gouvernementales. Ces épisodes de démence apparaissent de manière irrégulière et sèment la confusion au sein de la cour. Le tristement célèbre « Bal des ardents », organisé par la reine en 1393, provoque de peu la mort du roi. Malgré ses demandes récurrentes que son épouse soit mise à l’écart, Charles l’autorise fréquemment à agir en son nom. Isabeau devient de ce fait une régente officieuse au nom des dauphins, ses fils successifs qui deviennent héritiers du trône, et prend part au conseil royal, y détenant une autorité jusque-là inégalée pour une reine de France.

La maladie de Charles VI crée un vide politique qui aboutit finalement à la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons entre les partisans de son frère Louis Ier d’Orléans et les ducs de Bourgogne. Dans l’intérêt des dauphins, Isabeau change régulièrement d’alliance avec les deux factions : lorsqu’elle rejoint les Armagnacs, les Bourguignons l’accusent d’adultère avec le duc d’Orléans, tandis qu’elle est chassée de Paris et emprisonnée par les Armagnacs lorsqu’elle traite avec les Bourguignons. En 1407, le duc Jean Ier de Bourgogne ordonne l’assassinat de Louis d’Orléans, ce qui déclenche les hostilités entre les deux partis. La situation se complexifie en 1419, quand, à l’instigation des Armagnacs, le dauphin Charles orchestre l’assassinat du duc de Bourgogne.

L’assassinat de son allié sur ordre de son propre fils provoque la rupture définitive entre Isabeau de Bavière et ce dernier. La reine négocie dès lors avec le roi Henri V d’Angleterre, qui a profité du conflit entre les Armagnacs et les Bourguignons pour réinitialiser en 1415 la guerre de Cent Ans et entamer une conquête méthodique du Nord du royaume de France. Les tractations entre Henri V, Isabeau et les Bourguignons aboutissent en 1420 à la signature du traité de Troyes, qui prive le dauphin de ses droits au trône et promet à Henri V la couronne de France à la mort de Charles VI. Après le trépas de son époux en 1422, Isabeau de Bavière s’établit définitivement à Paris, désormais aux mains des Anglais, et mène une existence reculée jusqu’à sa mort en 1435.

De son vivant déjà, Isabeau de Bavière a été sévèrement critiquée pour son train de vie dispendieux et ses infidélités supposées. Son règne, commencé sous les meilleurs auspices, est effectivement l’un des plus sombres de l’Histoire du royaume de France, qui n’est sauvé du désastre qu’après la patiente reconquête de son fils Charles VII. Jusqu’au xixe siècle, l’historiographie a fait d’Isabeau l’archétype de la mauvaise reine. Pourtant, depuis le xxe siècle, les historiens ont réexaminé les différentes descriptions contemporaines de son règne et concluent que, même si son action à la tête du royaume a été catastrophique, de nombreux éléments de sa réputation sont exagérés et proviennent du factionnalisme ambiant et de la propagande conçue par les partisans de Charles VII.

 

Biographie de Charles VI le Bien-Aimé, aussi appelé Charles VI le Fol

Charles_VI_de_France_-_Dialogues_de_Pierre_Salmon_-_Bib_de_Genève_MsFr165f4

Charles VI le Bien-Aimé est né à Paris en 1368 et est mort à Paris en 1422.

Roi de France de 1380 à 1422

Charles VI, né le 3 décembre 1368 et mort le 21 octobre 1422, est le dix-neuvième roi capétien et le quatrième de la branche des Valois. C’est le fils de Charles V, roi de France de 1364 à 1380, et de Jeanne de Bourbon.

A la mort de son père, Charles VI monte sur le trône. Trop jeune pour gouverner, la régence est assurée par ses oncles Philippe II duc de Bourgogne, dit Philippe le Hardi, Jean Ier duc de Berry, dit Jean le Magnifique, Louis Ier d’Anjou, duc de Naples, et Louis II, duc de Bourbon. La régence est troublée par les querelles entre les oncles de Charles VI, qui en profitent pour s’enrichir au détriment des finances de l’Etat et mener des guerres à leur profit (comme le fit Philippe le Hardi avec la Bataille de Roosebeke en 1382). Parallèlement, ils lèvent de nouveaux impôts : la hausse de la pression fiscale entraînent de nombreuses révoltes dans différentes contrées du royaume, parmi lesquelles la Révolte de la Harelle (en Normandie), la Révolte des Maillotins (à Paris) ou encore la Révolte des Tuchins en Languedoc.

En 1385, Charles VI épouse Isabeau de Bavière : ils eurent douze enfants, parmi lesquels le futur Charles VII et Catherine, qui épousera le roi d’Angleterre, Henri V.

En 1388, Charles VI met un terme à la Régence et prend personnellement le pouvoir. Il s’entoure aussitôt des conseillers de son père, appelés les Marmousets : Jean de Montagu (secrétaire du roi Charles V), Olivier V de Clisson (conseiller de Charles V), Bureau de la Rivière (premier chambellan de Charles V), Jean Le Mercier et Pierre le Bègue de Villaines (général des armées en France et en Espagne). La compétence de ce groupe de conseillers unis permet d’améliorer significativement la situation économique du pays, d’où le premier surnom du roi : Charles le Bien-Aimé. Il aura un deuxième surnom, plus connu, celui de Charles le Fol. En effet, en 1392, alors qu’il était dans la forêt du Mans, Charles VI est atteint d’une crise de folie : il tue plusieurs des soldats qui l’entourent. Le roi retrouve ses esprits deux jours après. Le 28 janvier 1393, le Bal des ardents tourne à la tragédie : plusieurs des compagnons du roi périssent accidentellement, brûlés vifs. A partir de cet événement, le roi devient irrémédiablement fou. Incapable de prendre des décisions, le pouvoir retombe entre les mains des princes de sang : c’est le début d’une importante crise dans l’Histoire de la France. En effet, une bataille pour le pouvoir se développe entre Louis d’Orléans, frère de Charles VI, et Jean sans Peur, duc de Bourgogne et fils de Philippe le Hardi. En novembre 1407, Jean sans Peur fait assassiner Louis d’Orléans dans l’actuelle rue Vieille-du-Temple à Paris (quartier du Marais) : c’est le début de la guerre civile entre les Armagnacs, qui défendent les intérêts de Louis d’Orléans, et les Bourguignons, qui défendent les intérêts de Jean sans Peur. Le roi d’Angleterre, Henri V, compte tirer profit de la guerre civile qui se déroule en France (rappelons que nous sommes alors en pleine guerre de Cent-Ans) et débarque en Normandie. En 1415, il écrase l’armée française à Azincourt et, en 1418, il prend la Normandie. Le 10 septembre 1419, Jean sans Peur est assassiné par les Armagnacs. Son fils, Philippe III de Bourgogne, dit le Bon, s’allie aux Anglais. Ces derniers forcent Charles VI à signer le traité de Troyes (1420), qui reconnaît Henri V comme le successeur légitime au trône de France et, de ce fait, déshérite le Dauphin Charles. De plus, par ce traité, la fille de Charles VI, Catherine, est donnée en mariage au roi d’Angleterre.

En 1422, Charles VI meurt : son fils Charles VII lui succède, mais hérite d’un pouvoir royal extrêmement affaibli, tant géographiquement (Henri V règne alors sur une grande partie de la France) que politiquement.

Mariage et descendance :

Le 17 juillet 1385, Charles VI épouse Isabeau de Bavière, fille d’Etienne III de Wittelsbach, duc de Bavière Ingolstadt, et de Taddea Viscconti, elle-même fille du duc de Milan. Le couple eut 12 enfants :

– Charles (1386)
– Jeanne (1388-1390)
– Isabelle (1389-1409), épouse de Richard II d’Angleterre puis, en secondes noces, de Charles d’Orléans
– Jeanne (1391-1433), épouse de Jean V, duc de Bretagne
– Charles (1392-1401)
– Marie (1393-1438), abbesse de Poissy
– Michelle (1395-1422), épouse de Philippe III de Bourgogne, dit Philippe le Bon
– Louis (1397-1415), duc de Guyenne, époux de Marguerite de Bourgogne, fille de Jean sans Peur. Ils n’eurent pas de descendance.
– Jean (1398-1417), duc de Touraine, époux de la comtesse Jacqueline de Hainaut.
– Catherine (1401-1438), épouse du roi Henri V d’Angleterre
– Charles VII (1403-1461), roi de France de 1422 à 1461. Il épousa Marie d’Anjou.
– Philippe (1407)

Charles VI eut également une fille légitimée avec Odette de Champdivers : Marguerite de Valois (1407-1458), dite Demoiselle de Belleville.

 

Henri VI Windsor (1421-Londres 1471),

unnamed (5)

roi d’Angleterre (1422-1461 et 1470-1471), fils d’Henri V et de Catherine de France.

Il porte aussi le titre de « roi de France », conjointement avec son rival Charles VII. Sous sa minorité, la paix intérieure est troublée par l’agitation fomentée par son oncle, Humphrey de Gloucester, heureusement combattue par le cardinal Henri Beaufort, épaulé au moment critique par Bedford et par le Parlement. Cette minorité favorise aussi une renaissance nationale française, appuyant les protestations de Charles VII contre les clauses du traité de Troyes. Le régent Bedford, qui réside en France pour mieux diriger les opérations militaires, maintient quelque temps l’avenir en balance. Mais l’échec devant Orléans (1428-1429) marque le début du reflux. La réconciliation de Charles VII avec Philippe de Bourgogne, en 1435, rend intenable la position anglaise. La pression du parti belliciste, mené par Gloucester, ne permet pas au roi de se dégager à temps de l’aventure.

Pendant ce temps, l’anarchie s’aggrave en Angleterre. Aussi les désastres s’accumulent-ils de 1449 à 1453, faisant perdre aux Anglais la totalité des possessions françaises. Ces défaites provoquent des émeutes en Angleterre. En 1453, la naissance d’un héritier, Édouard de Lancastre, semble devoir arrêter les intrigues autour de l’éventuelle succession, mais, peu après, le roi subit une première crise de folie. L’hostilité accrue qui en résulte, entre yorkistes et lancastriens, aboutit, en 1455, à l’éclatement d’un premier accès de guerre civile, début de la guerre des Deux-Roses.

La guerre civile reprend en 1459 et en 1461. Édouard d’York se fait couronner sous le nom d’Édouard IV et triomphe à Towton. Capturé en juillet 1465, enfermé à la Tour de Londres, restauré par Richard Neville, comte de Warwick, en octobre 1470, Henri VI perd son fils Édouard, tué à Tewkesbury (mai 1471). De nouveau emprisonné à la Tour de Londres, il y meurt dans la nuit du 21 au 22 mai 1471, après avoir reçu la visite du duc de Gloucester.

 

BIOGRAPHIE DE CHARLES VII –

CharlesVII_Fouquet
Entrer une légende

Charles VII est né le 22 février 1403 à Paris (France). Il est mort le 22 juillet 1461 à Mehun-sur-Yèvre (France).

Charles VII est un roi de France du XVe siècle, de la branche des Valois (héritière des Capétiens). Généralement associé à la destinée de Jeanne d’Arc, en pleine guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, il parvient à relever la couronne de France face aux Anglais et à solder la guerre de Cent Ans en 1453. Fils de Charles VI et d’Isabeau de Bavière, Charles VII naît à Paris le 22 février 1403, et meurt dans sa résidence royale de Mehun-sur-Yèvre, près de Bourges, le 22 juillet 1461. Il est enterré à la basilique Saint-Denis. À partir de 1443, Charles VII a pour favorite Agnès Sorel, qui lui donne trois filles légitimées. Son fils aîné (né de son mariage avec Marie d’Anjou en 1422) lui succède sous le nom de Louis XI.

Héritier de la couronne de France après la disparition de ses frères aînés en 1417, Charles doit prendre son destin en main dès 1418 à l’âge de 15 ans, en fuyant les Bourguignons venus le capturer à Paris, et en se réfugiant à Bourges, capitale des Armagnacs. En pleine guerre de Cent Ans, il s’agit de contrecarrer les plans pro-Anglais fomentés par Charles VI, atteint de sénilité mentale, et de casser le traité de Troyes (1420) qui entendait livrer le royaume de France à la dynastie anglaise des Plantagenêt.

Deux personnages providentiels interviennent activement auprès de Charles VII : Jeanne d’Arc, en prenant le siège d’Orléans et en ouvrant la route du sacre royal à Reims (7 juillet 1429), puis Jacques Coeur, un riche négociant banquier établi à Bourges, en reconstituant les institutions monarchiques (levée automatique de l’impôt, composition d’une armée permanente). En 1435, par le traité d’Arras, Charles VII se réconcilie avec les Bourguignons, et de 1449 à 1453, il reprend successivement la Bretagne, la Normandie et la Guyane, mettant ainsi fin aux conflits engagés depuis 1337 entre les Valois et les Plantagenêt.

CHARLES VII : DATES CLÉS

22 février 1403 : Naissance de Charles VII, futur roi de France

Le 22 février 1403, Charles VII, dit Charles le Victorieux ou encore Charles le Bien Servi, naît à Paris. Fils de Charles VI et d’Isabeau de Bavière, il est passé à la postérité pour avoir notamment accordé sa confiance à Jeanne d’Arc en lui donnant une armée, ce qui permettra de reprendre aux Anglais la ville d’Orléans, et de remporter de nombreuses autres victoires contre eux. Il se fait couronner roi à Orléans le 17 juillet 1429, et meurt en 1461.

6 janvier 1412 : Naissance de Jeanne d’Arc

L’héroïne française Jeanne d’Arc, dite « la pucelle », naît à Domrémy. d’après ses dires, elle entendit, à l’âge de 13 ans, des voix lui commandant de libérer la France, lors de la guerre de Cent ans, des Anglais et de leurs alliés bourguignons. Prenant le parti de Charles VII (1428), après avoir délivré Orléans du joug anglais (mai 1429) et enquillé les victoires, elle s’ouvrit la route de Reims, où elle fit sacrer le roi (juillet 1429). Capturée par les Bourguignons devant Compiègne, elle fut vendue aux Anglais, jugée hérétique et brûlée vive, à Rouen, le 29 mai 1431. Réhabilitée par Charles VII, elle fut béatifiée en 1909, canonisée en 1920 et fêtée le 8 mai.

5 avril 1417 : Mort prématurée du dauphin : le futur Charles VII lui succède

Jean de France (né le 31 août 1398), quatrième fils et neuvième enfant de Charles VI le Fou (1368-1422) et d’Isabeau de Bavière, décède à Compiègne. Devenu dauphin à la mort de Louis de Guyenne (1415), il aurait été, selon les rumeurs, soit empoisonné par les Armagnacs, soit victime d’un abcès à la tête. Quoiqu’il en soit, Charles de Ponthieu, futur Charles VII (1403-1461), prend la place de son frère et est reconnu héritier du trône de France (13 avril), fait duc de Touraine et recevant le duché de Berry et le Poitou en apanage.

16 septembre 1418 : Charles VII refuse la main tendue des Bourguignons

Est signé le traité de Saint-Maur entre Jean sans Peur, duc de Bourgogne, et Isabeau de Bavière, épouse de Charles VI le Fou. Sous couvert de réconciliation, il y était stipulé que le dauphin, futur Charles VII (1403-1461), nommé régent de France en raison de la démence de son père, serait placé sous tutelle bourguignonne. Traité que le jeune Charles rejeta avec vigueur lorsqu’il lui fut apporté à Saumur par le duc de Bretagne, Jean le Sage.

1 février 1419 : Par les Tractatus, Charles VII se prémunit de tout renoncement (forcé ou non) au trône

Le juriste Jean de Terrevermeille (né en 1370 à Nîmes) s’astreint à la rédaction des Tractatus (traités), lesquels établissent la loi fondamentale du royaume de France, à savoir la pérennité et successibilité de la Couronne. Au service du dauphin, futur Charles VII, autoproclamé régent suite aux crises de démence de son père Charles VI le Fou, alors inapte à gouverner, ses écrits devaient justifier la prise de pouvoir de son protecteur, le roi ne pouvant ni déshériter son fils ni renoncer au trône.

21 octobre 1422 : Mort du roi de France, Charles VI le Fou

Charles VI le Fou (né en 1368) meurt à Paris. Dans l’incapacité de gouverner suite à ses crises de démence de plus en plus fréquentes et prononcées, il laisse la place au dauphin, qui devient enfin Charles VII. Henry V, qui expira peu de temps avant lui (31 août), au faîte de sa gloire, ne put ceindre sa couronne, que le Traité de Troyes (1420) lui offrait en lieu et place du dauphin.

30 octobre 1422 : Charles VII se confère le titre de roi de France

Désavouant le Traité de Troyes (1420) qui le déshéritait au profit d’Henry V d’Angleterre, Charles VII, dit « le Victorieux » ou le « Bien servi », se proclame roi de France à Mehun-sur-Yèvre (près de Bourges), en lieu et place du successeur légitime, Henry VI. Véritablement sacré à Reims (1429) par Jeanne d’Arc, qui venait de délivrer Orléans, son règne, durant lequel la France connut un net essor commercial et une réorganisation politique d’envergure, s’acheva en 1461. De son mariage avec Marie d’Anjou naquit Louis XI, qui lui succède.

17 avril 1423 : Alliance entre les ducs de Bourgogne, de Bretagne et les Anglais contre Charles VII

Mandatés dans la cité d’Amiens par le duc de Bedford, lequel assure la régence du trône d’Angleterre au nom du très jeune Henry VI, les ducs Jean V de Bretagne et Philippe de Bourgogne signent une triple alliance avec les Anglais, connue sous le nom de Traité d’Amiens. Malgré les termes du Traité de Troyes (1420), Charles VII, alors réfugié à Bourges, envisage en effet de reconquérir les terres au nord de la Loire, occupées dans leur grande majorité par les Anglais.

3 juillet 1423 : Naissance de Louis XI, fils et héritier de Charles VII

Louis XI (mort le 30 août 1483), futur roi de France, naît à Bourges, de l’union de Marie d’Anjou et de Charles VII. Succédant à son père en 1461, sixième roi de la branche des Valois (dynastie capétienne), il hérita d’un royaume dévasté par la guerre de Cent Ans, à laquelle vint se greffer la sanglante guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. Dit « le prudent », Il s’attela à fortifier l’autorité royale, mettant au pas les grands feudataires, dont le royaume de France se rattacha les principautés, Maine, Anjou, Provence, Bourgogne.

31 juillet 1423 : Défait par les Anglais, Charles VII doit se retirer à Bourges

L’armée anglaise et ses alliés bourguignons vainquent les Français de Charles VII, lors de la bataille de Cravant (Yonne), reprise officieuse des hostilités après le Traité de Troyes (1420), qui déshéritait le dauphin. Occupant la quasi-totalité des terres au nord de la Loire, les forces anglaises, supérieures en nombre, contraignent Charles VII à un repli défensif vers les provinces du sud, qu’il gouverne encore. Il en hérite le surnom de « roi de Bourges ».

17 août 1424 : Défaite de Charles VII face aux Anglais à Verneuil

Les forces françaises de Charles VII (1403-1461), sont défaites par les Anglais du régent, le duc de Bedford, alliés aux Bourguignons, lors de la bataille de Verneuil (Normandie). Malgré l’appui d’un fort contingent écossais, l’armée du « dauphin » ne put résister à l’assaut des archers anglais, commandés par Jean de Lancastre. Connue comme un véritable duel d’archerie, la déroute de Verneuil se solda par la perte de 6 000 soldats français (sur les 12 000 engagés) et la mort des commandants écossais John Stuart, fait grand connétable de France lors de la guerre de Cent Ans, et Archibald Douglas.

29 avril 1429 : Jeanne d’Arc entre à Orléans

Une jeune Lorraine, Jeanne d’Arc, qui se dit envoyée de Dieu (pour proclamer la légitimité de Charles et chasser les Anglais du royaume), entre à la tête d’une armée à Orléans. La ville est assiégée par les Anglais depuis octobre 1428. La dernière armée de Charles VII libèrera Orléans le 8 mai 1429 et Jeanne d’Arc conduira Charles VII se faire sacrer à Reims le 17 juillet 1429. Celui-ci est alors prêt à reconquérir le royaume et réorganiser le pouvoir royal.

1 juin 1429 : L’armée de Charles VII lance la campagne de la Vallée de la Loire

Après avoir délivré Orléans, l’armée du dauphin s’empare de Jargeau (12 juin), défaisant les 5 000 Anglais de William de la Pole, puis Meung-sur-Loire (14 juin), Beaugency (15-16 juin) et Patay, où Jeanne d’Arc prend le dessus sur Talbot (18 juin). C’est la dernière des cinq batailles de la campagne de la Vallée de la Loire (1428-1429), qui permit la libération de ses pays riverains. Ce fut un tournant décisif de la guerre de Cent ans.

9 juillet 1429 : Prise de Troyes par Charles VII

Alors dernière bastide avant Châlons et Reims, Troyes ouvre ses portes à l’armée du dauphin grâce à Jeanne d’Arc, après quelques jours de siège. Ayant prêté serment d’allégeance au roi d’Angleterre, la cité refusa de donner ses clés avant de céder, à la simple vue de la « pucelle » selon la légende. s’ouvrant ainsi la route de Reims, la cité vit le sacre du dauphin, en tant que Charles VII, roi de France (juin 1429).

14 juillet 1429 : Le couronnement de Charles VII

Charles VII est couronné dans la cathédrale de Reims, en présence de Jeanne d’Arc.

17 juillet 1429 : Couronnement de Charles VII

Charles VII est couronné dans la cathédrale de Reims. Le dauphin s’est semble-t-il laissé convaincre par Jeanne d’Arc, qui est d’ailleurs présente lors de la cérémonie.

30 mai 1431 : Jeanne d’Arc au bûcher

Jeanne d’Arc est brûlée vive comme « relapse » (retombée dans l’hérésie) sur la place du Vieux-Marché, à Rouen (Haute-Normandie). Le bûcher étant trop haut, le bourreau ne peut étrangler Jeanne d’Arc avant que le feu ne l’atteigne… Deux ans plus tôt, Jeanne avait réussi à délivrer Orléans assiégée par les Anglais et à faire sacrer Charles VII à Reims. Mais elle fut arrêtée par les Bourguignons à Compiègne et vendue aux Anglais. Le roi ne fit pas un geste en sa faveur.

12 novembre 1437 : Entrée dans Paris de Charles VII

Après dix-neuf ans d’absence, le roi Charles VII (1403-1461) entre triomphalement dans Paris, sa capitale s’étant rendue d’elle-même – les troupes anglaises en furent chassées quelques mois plus tôt. C’est le point d’orgue de la campagne de reconquête entamée depuis la levée d’Orléans (1429), jusqu’à la signature du traité d’Arras (1435) avec Philippe III de Bourgogne. La France est désormais presque entièrement libérée du joug anglais. La trêve de Tours (20 mai 1444) parachève le succès du roi, mettant fin à la guerre de Cent Ans.

2 novembre 1439 : Charles VII instaure la paiement de « la taille »

Pour pouvoir bouter définitivement les Anglais hors de France, le roi doit restaurer son armée. L’argent nécessaire à l’effort de guerre sera prélevé comme un impôt dans chaque famille du royaume, il prendra le nom de « taille ». Le clergé et la noblesse en sont dispensés. Les délégués des états généraux accordent à Charles VII la permission de relever la taille tous les ans. L’impôt annuel sera aboli à la fin de l’Ancien Régime.

4 juin 1441 : Prise de Pontoise par Charles VII

Les troupes du roi de France, Charles VII, galvanisées par leur victoire à Creil, investissent la cité fortifiée de Pontoise, dernière place forte encore tenue par les Anglais dans les environs de Paris, et clé de la mainmise sur l’Ile-de-France. Après trois mois d’un siège long et épuisant, la ville finit par rendre les armes, exsangue. Occupée dès 1417 par les troupes d’Henri V puis par leurs alliés bourguignons (1419) Pontoise ne fut libérée qu’en 1436, avant qu’un énième assaut anglais ne finisse de la ravager.

8 juin 1442 : Départ de l’armée de Charles VII pour la campagne de Guyenne

A la tête de l’expédition de Guyenne (mai), à la tête de près de 30 000 hommes, Charles VII parvient devant Toulouse. Unissant autour de lui toute la noblesse française, comtes d’Armagnac, de Foix, d’Albret, puis s’assurant l’appui des grands vassaux du midi, il marche sur la cité gasconne de Tartas, près de Dax, qu’il prend (24 juin) aux Anglais, démunis et à court de renforts, sans rencontrer de résistance. La campagne se poursuivit victorieusement à Agen puis à Montauban, l’armée royale libérant alors durant l’été le pays des Landes, l’Aquitaine et tout le Languedoc.

11 octobre 1443 : Création du parlement de Toulouse par Charles VII

Par édit royal, Charles VII fonde le parlement de Toulouse, cédant aux demandes des Etats du Languedoc, lesquels œuvraient activement pour l’ouverture d’une cour de justice à même de statuer au nom du roi, malgré l’éloignement de la capitale parisienne, et tenant compte des usages spécifiques du droit méridional. Premier parlement créé en province, étendant ses attributions du Rhône aux côtes atlantiques, et du massif central jusqu’aux Pyrénées, le parlement de Toulouse prend officiellement ses fonctions le 4 juin 1444, au château Narbonnais.

22 juillet 1461 : Disparition du roi de France Charles VII

Le 22 juillet 1461, Charles VII, alors roi de France, meurt à Mehun-sur-Yèvre. Fils de Charles VI et d’Isabeau de Bavière, Charles VII est proclamé roi de France en 1422. Durant son règne, celui qu’on appellera « le Victorieux » mit fin à la guerre de Cent Ans, en 1453. Charles VII est aussi le roi qui réhabilita Jeanne d’Arc lors de son deuxième procès. Louis XI lui succédera.

 

 

 

 

ALEXIS DE TOCQUEVILLE (1805-1859), EDMUND BURKE (1729-1797), FABRICE BOUTHILLON, FRANÇOIS FURET (1927-1997), FRANCE, HISTOIRE DE FRANCE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, PHILOSOPHIE POLITIQUE, PIERRE MANENT (1949-....), POLITIQUE FRANÇAISE, POUR COMPRENDRE LA MODERNITE POLITIQUE

Pour comprendre la modernité politique

Lecture et confinement :

sept livres pour comprendre la Modernité politique

Pourquoi-les-politiques-ecrivent-ils-des-livres

 l’apparition et le développement de la Modernité politique.

Comment comprendre le grand basculement dans l’histoire des idées, à l’origine du passage de la politique classique, axée sur la recherche du bien, à la politique du contrat ? Voici sept livres majeurs qui aident à saisir ce bouleversement et ses conséquences.

 

RÉFLEXIONS SUR LA RÉVOLUTION DE FRANCE, D’EDMUND BURKE

Belles lettres

51RXKfdtqLL._SX298_BO1,204,203,200_

Réflexions sur la révolution de France 

Edmund Burke

Paris, Les Belles Lettres, 2016.

Libéral anglais lié au parti whig, Burke était prédestiné à accueillir favorablement la Révolution française. À la faveur d’un voyage en France, il prévoit dès la fin de 1790, les conséquences délétères de la Révolution sur la liberté. Opposant la Révolution française fondée sur l’idée des droits de l’homme à la Révolution anglaise fondée sur une longue tradition des libertés, Burke donne naissance au conservatisme politique dans Réflexions sur la Révolution de France, un livre de circonstance qui est devenu un classique de la pensée politique (rééd. Belles Lettres, 2016).

 

DE LA DÉMOCRATIE EN AMÉRIQUE, DE TOCQUEVILLE

51htPXXJi-L._SX301_BO1,204,203,200_

De la démocratie en Amérique 

Alexis de Tocqueville

Paris, Editions Flammarion, 2010. 301 pages.

Dans De la Démocratie en Amérique, classique de la pensée politique (1835-1840), Tocqueville ausculte le phénomène démocratique naissant en posant notamment une question fondamentale : la démocratie moderne, qui est plus un « état des mœurs » qu’un régime politique à proprement parler, garantit-elle la liberté des citoyens et leur participation à la vie publique ? Tocqueville pointe le danger du repli sur un individualisme étroit et du désintérêt croissant des citoyens pour la chose publique, de la remise à l’État de toute une série de préoccupations dont ils se délestent à son profit. Visionnaire 

 

PENSER LA RÉVOLUTION FRANÇAISE, DE FRANÇOIS FURET

112285641

Penser la Révolution française

François Furet

Paris, Gallimard, 1985. 313 pages.

Ce court essai de l’historien François Furet a bouleversé l’historiographie de la Révolution française. S’élevant contre l’interprétation « jacobine » de l’événement, longtemps dominante, l’historien propose une interprétation qui repose sur l’autonomie du politique par rapport au social. Dans le cadre d’une histoire conceptuelle du politique, le processus révolutionnaire est envisagé comme une dynamique politique et idéologique autonome, indépendante des intérêts de classe. Dans sa polémique contre l’historiographie sociale et marxisante, l’historien fait appel aux historiens du XIXe siècle, en s’appuyant sur les œuvres de Tocqueville et de Cochin. La Révolution française est alors interprétée à la fois comme le produit de l’Ancien Régime et comme l’avènement de notre civilisation. En travaillant sur la symbolique et l’idéologie révolutionnaires, Furet participe du basculement de l’historiographie française de l’économique et du social vers le politique et le culturel. 

Quatrième de couverture

La Révolution française peut être interprétée à la fois comme le produit de ce qu’elle a appelé l’Ancien Régime, et comme l’avènement de la civilisation où nous vivons depuis. Dans le premier cas, elle est le grand spectacle de ce qui s’est passé avant elle ; dans le second, elle inaugure le cours de l’égalité et de la démocratie modernes. Ce livre est une tentative pour la penser sous ces deux aspects, en renouant avec des questions posées par la tradition historiographique du XIXE siècle.

En 1978 François Furet, grand historien de la Révolution, ancien communiste, propose de relire deux grandes interprétations de l’événement. D’abord celle de Tocqueville qui, dans l’Ancien Régime et la Révolution, insistait souvent à juste titre, parfois excessivement, sur la continuité entre la monarchie absolue et le mouvement révolutionnaire. Et puis celle, moins connue, de l’historien Augustin Cochin, mort à la guerre de 14, qui montre la manière dont les sociétés de pensée du XVIIIe siècle ont été le laboratoire du jacobinisme. Penser la Révolution française est sans doute le livre essentiel pour comprendre notre Révolution (Gallimard, 1978).

 

LA CITÉ DE L’HOMME, DE PIERRE MANENT

71NNW67OtVL

La cité de l’homme 

Pierre Manent

Paris, Flammarion, 2012. 295 pages.

Marqué par le grand philosophe américain Leo Strauss et par Raymond Aron, Pierre Manent montre dans un essai époustouflant que tandis que les Anciens étaient soumis à une loi qui les dépassait, les Modernes entendent n’avoir aucune autre loi que celle qu’ils veulent bien se donner. Le génie de Manent dans La cité de l’homme est d’avoir compris et montré que cette rupture trouve sa source dans le conflit moderne non résolu entre la cité et l’Église, la nature et la grâce, que la Modernité a soldé en s’affranchissant de toute hétéronomie au profit de la revendication d’une autonomie radicale (Flammarion, 1994 ; réédition 2012, coll. « Champs, essais »).

 

L’ILLÉGITIMITÉ DE LA RÉPUBLIQUE, DE FABRICE BOUTHILLON

61HJ92EZATL

L’Illégitimité de la République : Considérations de l’histoire politique de la France au XIXe siècle (1851-1914) 

Fabrice Bouthillon

Paris, Plon, 2004. 312 pages.

Présentation de l’éditeur

L’histoire politique du XIXe siècle français repose pour l’essentiel sur un mythe, celui de l’irrésistible enracinement de la République depuis la Révolution française. Pourtant, à l’inverse de la révolution américaine, qui a immédiatement débouché sur une nouvelle Constitution, 1789 a abouti à un échec cinglant. La révolution française a bien su détruire la légitimité de l’Ancien Régime, mais elle a été incapable de lui en substituer une autre. La guerre civile déchaînée par les Constituants ouvre carrière à différentes tentatives pour refonder l’unité nationale : exclusion des extrêmes, sur le mode de la monarchie selon la Charte ou de la République conservatrice ; addition de l’extrême gauche et de l’extrême droite, comme s’y essayèrent le bonapartisme, puis le boulangisme. Puisque aucune de ces formules politiques ne pouvait parvenir à la stabilité, l’oscillation de la politique française a duré jusqu’en 1914. Et comme, au XXe siècle, aussi bien le national-socialisme que le stalinisme ont repris à leur compte la formule de centrisme par addition des extrêmes, il n’est pas possible d’échapper à cette conclusion dérangeante que c’est la Révolution française qui a ouvert l’espace politique dans lequel sont devenus possibles les totalitarismes.

Fabrice Bouthillon, historien aussi talentueux qu’original, a développé dans L’illégitimité de la République une thèse qui est au cœur d’une œuvre magistrale de cohérence. La Révolution a détruit l’ordre ancien sans réussir à créer le consensus autour d’un nouveau régime politique. Tiraillé entre la droite et la gauche, ce régime s’est cherché dans un centrisme à deux variantes : celle par exclusion des extrêmes (Directoire, orléanisme ou républicains modérés), et celle par addition des extrêmes (Bonaparte, Boulanger, de Gaulle). Le paradoxe de l’histoire française est que le centrisme consensuel n’a pu se stabiliser que dans le sang de la première Guerre mondiale, que la victoire a pu cimenter, et donner à la République une légitimité que par elle-même elle n’arrivait pas à atteindre. Les pays vaincus, quant à eux, rejetteront ce centrisme consensuel pour adopter la variante par addition des extrêmes dans le fascisme, le nazisme et le communisme (Plon, 2004, réédition juillet 2018, Éditions Dialogues).

 

L’ÂGE SÉCULIER, DE CHARLES TAYLOR

L-1877-1

L’Âge séculier 

Charles Taylor

Paris, Le Seuil, 2011. 1344 pages.

 

Présentation de l’éditeur

Il est d’usage de dire que nous, modernes Occidentaux, appartenons à un  » âge séculier « . Comment est-on passé d’un temps, encore proche, où il était inconcevable de ne pas croire en Dieu, à l’époque actuelle, où la foi n’est plus qu’une option parmi d’autres et va jusqu’à susciter la commisération ?

L’explication la plus courante consiste à affirmer qu’à la faveur des progrès de la connaissance, la vérité aurait triomphé de l’illusion, nous poussant à ne chercher qu’en nous-mêmes notre raison d’être et les conditions de notre épanouissement ici-bas.

En révélant les impensés de ce récit classique de la victoire des Lumières qui fait du  » désenchantement du monde  » la seule clé de l’énigme, Charles Taylor entreprend une enquête philosophique et historique monumentale qui renoue les liens entre l’humanisme et l’aspiration à la transcendance. Loin d’être une  » soustraction  » de la religion, la sécularisation est un processus de redéfinition de la croyance qui a vu se multiplier les options spirituelles. Si plus aucune n’est en mesure de s’imposer, les impasses du  » matérialisme  » et les promesses déçues de la modernité continuent d’éveiller un besoin de sens.

Charles Taylor est professeur émérite de philosophie à l’université McGill (Montréal). Reconnu comme l’un des plus importants théoriciens du multiculturalisme et du communautarisme et auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels Les Sources du moi (Seuil, 1998), il a reçu en 2007 le prix Templeton, qui récompense une contribution décisive à la recherche spirituelle.

Né en 1931, le philosophe politique Charles Taylor est un penseur majeur de notre temps. Dans L’Âge séculier, cette histoire fascinante de l’Occident qui est passé d’un univers où tout le monde croyait en Dieu à un monde sécularisé, Charles Taylor montre que l’on ne peut pas limiter cette histoire à une longue agonie de la foi chrétienne. « Ce qui caractérise les sociétés occidentales n’est pas tant un déclin de la foi et des pratiques religieuses, bien que cela ait largement eu lieu — dans certaines sociétés plus que d’autres — qu’une fragilisation mutuelle à la fois des différentes positions religieuses et des représentations de la croyance et de l’incroyance. » La question de retrouver le sens de ce qui fonde nos actions et que le matérialisme échoue à penser est au cœur de cette foisonnante réflexion.

 

 

 

Dependent Rational Animals: Why Human Beings Need the Virtues 

Alastdair Macintyre

Edition Open Court Publishing , 2001. 180 pages.

419OOGiuYPL._SX329_BO1,204,203,200_

Né en 1929, Alasdair MacIntyre est un des principaux représentants de la philosophie morale anglo-saxonne et un des penseurs les plus stimulants de la philosophie politique américaine contemporaine aux côtés de Michael Sandel, Charles Taylor ou Michael Walzer. Dans Dependant Rational Animals, il s’interroge sur le fait que l’animalité, la dépendance et la vulnérabilité sont des états centraux de la condition humaine. L’homme n’est pas qu’un individu rationnel indépendant comme l’Occident a fini par le croire. La vie en société nécessite ce que MacIntyre appelle « les vertus de la dépendance acceptée » que la Modernité a oubliées. En rappelant il y a vingt ans, lors de sa parution en anglais, que l’homme était aussi un animal, MacIntyre était avant-gardiste. En soulignant sa fondamentale dépendance vis-à-vis des autres sur le plan de la vie en commun, il est aujourd’hui prophétique, dans une réflexion philosophique essentielle sur la faiblesse et la fragilité de l’être humain. (Traduction française à paraître chez Tallandier sous le titre L’Homme, cet animal dépendant.)

 

FRANCE, HISTOIRE, HISTOIRE DE FRANCE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, PLONGER DANS L'HISTOIRE : UN CHOIX DE DIX OUVRAGES

Plonger dans l’histoire : un choix de dix ouvrages

Lecture et confinement :

header-Histoire-de-Francedix livres pour plonger dans l’histoire

 

1

LA GUERRE DES GAULES

La Guerre des Gaules

Jules César

Paris, Flammarion, 1993. 284 pages

61+KKB69boL

Quatrième de couverture

Les Commentaires de la Guerre des Gaules ont été rédigés alors que César venait de vaincre Vercingétorix et voulait faire connaître à l’opinion romaine, avant sa candidature à un second consulat, les épisodes de sa belle conquête. Ses adversaires répandaient alors mille bruits sur son compte. La rédaction de La Guerre des Gaules fut donc, avant tout, l’acte d’un chef vainqueur qui rétablit les faits et coupe court aux intrigues et calomnies de ses ennemis politiques. Pourtant, il n’y a dans La Guerre des Gaules ni omission capitale, ni mensonge, nulle rhétorique, rien que des faits. C’est un général qui écrit, selon le mot de Quintilien, «avec le même esprit qu’il fait la guerre».

En histoire ancienne on peut revenir aux sources de la France, et d’ouvrir La Guerre des Gaules, de César. Loin du souvenir rébarbatif des versions latines, prendre le livre à la première page c’est  suivre  le conquérant romain sur les antiques chemins de ce qui n’était pas encore la France. C’est aussi suivre le récit rapidement des marches et des contre-marches, des batailles, des ralliements et des trahisons, des folles espérances, des victoires et des défaites. La Guerre des Gaules fait aussi parti de la geste nationale à travers Vercingétorix. On peut prendre l’édition des Belles Lettres, en deux volumes, car la traduction y est très vivante et accompagnée d’utiles notes de bas de page donnant des détails historiques et géographiques qui augmentent encore la saveur du texte.

 

 

2

JEANNE D’ARC

Jeanne d’Arc

Régine Pernoud, Marie-Véronique Clin

Paris, Fayard, 1986. 447 pages

41651mpEYnL._SX305_BO1,204,203,200_

En histoire médiévale, parce que cette année est celle du centenaire de sa canonisation, il faut absolument lire la biographie de Jeanne d’Arc publiée par Régine Pernoud et Marie-Véronique Clin aux éditions Fayard, rééditée en format poche en 2011. Outre une histoire suivie et admirablement écrite de la vie de notre héroïne nationale, l’ouvrage est agrémenté de très nombreuses biographies sur tous les compagnons de cette épopée. En refermant le livre, on ne connaîtra  pas seulement mieux cette grande sainte que tout le monde cite en ignorant la réalité de son existence, mais on aura aussi une vision d’ensemble sur la France de ce début de XVe siècle.

Présentation de l’éditeur

Personnage le plus célèbre de l’histoire de France, Jeanne d’Arc n’a cessé de fasciner. Biographie méticuleuse de celle qui fit irruption dans l’histoire en changeant le cours de la guerre de Cent Ans, fit couronner le roi et fut condamnée au bûcher après un procès inique en 1431. Ce livre raconte l’itinéraire extraordinaire de la jeune bergère de Domrémy. Il resitue Jeanne dans son contexte et brosse les portraits des principaux protagonistes de son histoire. Les auteurs livrent tous les éléments connus qui éclairent le mythe et les controverses qu’elle suscita, dont sa canonisation tardive et les polémiques contemporaines portent encore la trace. Paru en première édition chez Fayard en 1986.

 

Critique

Cette guerre dura cent ans. Elle faillit faire de la France une terre anglaise. En 1429, alors que les Anglais sont aux portes d’Orléans, une voix venue des cieux se fait entendre, non au roi de France mais à une petite paysanne de Domrémy, Jeanne. Une mission lui incombe : sauver la France. Cette pieuse jeune fille met désormais sa vie au service de son roi et de son pays. Elle prend la tête de l’armée et sauve Orléans ; elle permet au roi d’être sacré et d’affermir ainsi son pouvoir. Trahie, livrée aux Anglais, jugée par les tribunaux ecclésiastiques pour sorcellerie, elle est brûlée vive à Rouen. Celle qui réussit à redonner du courage à tout un peuple entrait dans la légende nationale.

Dans un ouvrage didactique, enrichi de nombreuses illustrations et de biographies annexes, les auteurs nous font redécouvrir de manière très vivante l’histoire exceptionnelle de cette jeune femme devenue l’héroïne la plus populaire de France. –Gaëtane Guillo

3

LES CROISADES ET LES NORMANDS

Histoire des Croisades

Jean Richard

Paris, Fayard, 1996. 550 pages

51-L00CnxZL._SX329_BO1,204,203,200_

En histoire médiévale toujours si on remonte encore le temps on peut apprécier la lecture de deux ouvrages qui se complètent parfaitement, L’Histoire des croisades, de Jean Richard, publiée chez Fayard en 1996, rééditée en poche en 2012, et celle des Empires normands d’Orient, de Pierre Aubé, publiée chez Perrin, dans la collection Tempus pour l’édition de 2006. Du IXe au XIVe siècle, entre Occident et Orient, toute l’histoire de la chrétienté se dévoilera, dans sa limpidité, avec ses gloires et ses limites, loin du livre noir et du livre d’or. Il faut lire ces ouvrages passionnants pour parler, ensuite, avec intelligence, des croisades et de ce Moyen Âge méconnu.

Il y a tout juste neuf siècles, le pape Urbain II lançait l’appel à la croisade qui allait jeter sur les routes de l’Orient des dizaines de milliers d’hommes venus de toute l’Europe. Le prix de cette première expédition fut lourd à payer pour la chrétienté, mais l’expansion turque était arrêtée, Constantinople dégagée, et le Saint-Sépulcre échappait aux Infidèles. Dès lors, les croisades eurent un autre objectif: la défense de ces Etats latins, chargés de souvenirs bibliques, où affluaient les pèlerins d’Occident.

Les premières défaites des chrétiens n’ébranlèrent pas le zèle pour la Terre sainte. Vague après vague, les pèlerins, attirés par les privilèges spirituels attachés à la délivrance des Lieux saints, continuaient à répondre aux appels des papes. Le mouvement s’intensifia quand Jérusalem tomba aux mains de Saladin, en 1187. La chrétienté réagit alors avec vigueur. Une des croisades toutefois dévia de sa route, et les croisés,  » mettant Dieu en oubli « , pillèrent Constantinople. Bientôt Innocent annonçait une nouvelle croisade; elle devait ouvrir la voie à la diplomatie et permettre à Frédéric II de se faire couronner à Jérusalem roi d’un royaume qui fut peu à peu reconstitué. Mais les répercussions de la conquête de l’Iran par les Mongols et un renversement d’alliances firent reperdre la Ville sainte.

C’est à ce moment que Saint Louis décidait de se croiser. Malgré l’échec de sa campagne d’Egypte, des établissements francs se maintenaient. Cette fois, les Mongols eux-mêmes arrivaient. Une autre forme de croisade s’esquissa, qui ne put empêcher les dernières places franques de tomber. Désormais, le but de la croisade serait d’assurer la défense du monde chrétien face à l’expansion des Turcs.

Epopée exaltant la foi et l’héroïsme pour les uns, temps de ténèbres pour les autres, les croisades ont bien été l’un des épisodes majeurs de l’histoire du monde. Au-delà de toute polémique, Jean Richard nous livre un récit magistral de cette aventure qui, deux siècles durant, mit en contact les Occidentaux avec l’Orient et leur ouvrit la connaissance des autres.

Jean Richard, membre de l’Institut, est l’un des meilleurs connaisseurs de l’Orient latin sur lequel il a publié de nombreux travaux. Il est aussi l’auteur d’une biographie de Saint Louis.

 

Les empires normands d’Orient 

Pierre Aubé

Paris, Tempus Perrin, 2006. 352 pages.

 

518c2KCRT2L._SX301_BO1,204,203,200_

La fabuleuse aventure de ces Nordmen francisés partis conquérir les rives de la Méditerranée.

L’action se passe aux XIe, XIIe, XIIIe siècles. La foi, la soif de richesse, l’appétit du pouvoir, le courage, l’azur du ciel sont les passions qui animent les héros de cette fabuleuse aventure. Ces Nordmen francisés, seigneurs du Cotentin partis conquérir les rives de la Méditerranée, sont devenus prince d’Antioche, rois de Naples et de Sicile. Frédéric de Hohenstaufen fut un de leurs prestigieux héritiers.

Médiéviste, Pierre Aubé a déjà écrit plusieurs ouvrages remarqués, dont Baudouin IV de Jérusalem (1980), Godefroi de Bouillon (1983) et Thomas Becket (1988), traduits en plusieurs langues. Sa monumentale biographie Saint Bernard de Clairvaux a reçu le Grand Prix de la biographie historique de l’Académie française.

4

LES GUERRES DE RELIGION

Les Valois : De François Ier à Henri III, 1515-1589

Georges Bordonove

Paris, Pygmalion, 2010. 1005 pages.

4110Xx5HlDL._SX309_BO1,204,203,200_

Franchissons les siècles, et nous voici en pleines guerres de religion. Il est délicat, ici, de conseiller un ouvrage grand public, fruit de la réflexion d’un universitaire. Le sujet est complexe et encore soumis aux passions. Alors, on peut aisément se plonger dans l’ouvrage rédité en 2020 : en un seul volume, des biographies des Valois de François Ier à Henri III, par Georges Bordonove. La plume est alerte, comme toujours chez Bordonove, et une certaine objectivité est respectée par l’auteur dans ce thème difficile. Par la vie et l’œuvre de nos rois, vous traverserez, avec un certain panache, les épisodes sombres des guerres de religion.

Quatrième de couverture

La dynastie des Valois-Angoulême nous plonge au cœur d’une période éblouissante, celle de la Renaissance que symbolisent aujourd’hui les merveilleux châteaux de la Loire. De la bataille de Marignan, qui consacre le Roi-Chevalier, à l’avènement de Henri IV, c’est tout un siècle à la fois glorieux et tragique qui défile à travers cinq règnes : ceux de François Ier, Henri II et ses trois fils, François II, Charles IX et Henri III, sans oublier l’omniprésente reine Catherine de Médicis. Car les crimes politiques abondent, la lutte entre catholiques et protestants fait rage au point de mettre en péril l’unité du pays. Mais, au-delà de ces conflits dont les traces ont subsisté pendant des siècles, ces souverains, mécènes et protecteurs des arts sous toutes leurs formes, parviennent à jeter les bases d’une puissante monarchie absolue qui hissera bientôt la France à la tête de l’Europe des Lumières. Cinq rois, cinq personnalités contrastées et investies de leur haute mission sacrée.

Biographie de l’auteur

Lauréat de l’Académie française et de la Bourse Goncourt du récit historique, grand prix des libraires, officier de la Légion d’honneur, George Bordonove conte la superbe épopée des rois qui ont fait la France. Refusant les facilités d’une vulgarisation simpliste de l’Histoire, il la clarifie afin d’en mieux traduire les palpitations vraies et les étonnantes analogies avec notre époque.

 

5

LE GRAND SIÈCLE DES SAINTS

Pour le Grand Siècle, fort heureusement, nous avons sous la main un auteur hors du commun, avec François Bluche, dont le Louis XIV, publié chez Fayard, demeure l’incontournable pour connaître le XVIIe siècle et le règne du Grand roi. Pour une vision plus large de ce XVIIe qu’on appela « Le siècle des saints », il faut absolument lire Le Grand règne, recueil regroupant quatre ouvrages de François Bluche ; La vie quotidienne au temps de Louis XIV, Louis XIV, Louis XIV vous parle, Le « mécénat » de Louis XIV. Publiée en 2006, cette somme se lit avec plaisir, tant son érudition est servie par une plume agréable et dépouillée des lourdeurs d’un appareil de notes rejeté en fin d’ouvrage.

Louis XIV – François Bluche

François Bluche

Paris, Fayard/Pluriel, 2012. 1056 pages.

6108410_13475854

François Bluche, historien spécialiste de l’Ancien Régime et professeur émérite à l’université de Paris, a aussi publié dans la collection « Pluriel » Le despotisme éclairé et Les Français au temps de Louis XVI.

Dans l’imaginaire collectif, le personnage de Louis XIV est synonyme de guerres, d’intolérance religieuse, de disettes, de frivolité ou à l’inverse d’austérité, selon la partie du règne à laquelle on s’intéresse. François Bluche a souhaité rompre avec cette historiographie et renouveler la démarche du biographe en l’ouvrant davantage sur l’entourage et le contexte politique, économique et culturel. Il accorde ainsi une large place à l’éducation du jeune souverain et à un événement tel que la Fronde qui conditionna ensuite toute la stratégie politique du monarque. Car Louis XIV ne fut pas qu’un guerrier, il fut également un grand réformateur.

 

Le Grand Règne: La vie quotidienne au temps de Louis XIV – Louis XIV – Louis XIV vous parle – Le  »mécénat » de …

François Bluche

Paris, Fayard, 2006. 1280 pages.

41xdPGTgyqL._SX347_BO1,204,203,200_

Depuis la publication, en 1986, de la désormais classique biographie du Roi-Soleil par François Bluche, le jugement de Voltaire, pour qui le temps de Louis XIV (1643-1715) fut « le siècle le plus éclairé qui fut jamais », est très largement partagé. Ce livre fameux est ici complété par La Trie quotidienne au temps de Louis XII ; qui évoque avec vivacité les travaux et les jours de tout un peuple, et par Louis XIV vous parle, qui reproduit, met en scène et analyse les propos et écrits du Roi tels que nous les ont transmis les textes les plus variés. La somme de ces trois ouvrages de référence dessine de Louis XIV, de son règne et de son royaume une fresque grandiose.

6

SUR LES ORIGINES DE LA RÉVOLUTION

Faisons encore un petit bond et abordons la Révolution française. Sur elle, tout a été écrit ou presque. Mais on peut aborder cette période sous un aspect peu abordé de la Révolution, celui de ses origines religieuses et celui du jansénisme. Pour cela, l’ouvrage  de Catherine Maire, publié chez Gallimard en 1998, De la cause de Dieu à la cause de la Nation, le jansénisme au XVIIIe siècle est à conseiller. À la suite de cette grande historienne, vous plongerez dans un autre XVIIIe siècle ; non pas celui des philosophes, mais celui d’une chrétienté en mutation, déchirée, où se mêle le religieux et le politique, et de laquelle sortira la Révolution de 1789.
De la cause de Dieu à la cause de la Nation: Le jansénisme au XVIIIᵉ siècle

Catherine Maire

Paris, Gallimard, 1998. 710 pages.

417B1SSZPPL._SX289_BO1,204,203,200_

Quatrième de couverture

Connaissez-vous l’abbé d’Etemare ? Connaissez-vous l’avocat Le Paige ? Probablement pas. Pourtant, ces deux inconnus de l’histoire ont sûrement été parmi les plus importants acteurs du XVIIIᵉ siècle français. Ils ont été, l’expression mérite pour une fois d’être employée, les «chefs d’orchestre clandestins» de l’agitation janséniste qui, de la résistance contre la bulle Unigenitus en 1713 à l’expulsion des Jésuites en 1764, en passant par les convulsions de Saint-Médard, n’a cessé d’occuper le devant de la scène publique. Ce livre s’emploie à tirer leurs œuvres et leurs entreprises de l’ombre. Il fallait, pour percer à jour l’énigme de ce mouvement qui a déconcerté des générations d’historiens et pour saisir la cohérence de ses différents visages, commencer par dégager son originalité en regard de ses illustres ancêtres du Grand Siècle. Elle repose sur deux piliers : une théologie de l’histoire, le «figurisme», à base de correspondances entre l’Écriture sainte et la suite des temps, et une doctrine de la résistance dans l’Église, le «Témoignage de la vérité», à base d’appel au jugement des fidèles. On comprend, à partir de là, la dynamique du phénomène dans ses trois grands moments. On comprend comment la protestation d’un petit groupe de clercs contre la condamnation pontificale d’un livre suspect, à l’instigation de Louis XIV, a pu déboucher sur l’organisation d’une formidable machine de propagande clandestine, la première du genre, sans doute, et la première, en France, à faire intervenir l’«opinion publique». On comprend la teneur de l’étrange flambée convulsionnaire, nourrie d’un enseignement figuriste qui échappe à ses promoteurs. On comprend enfin la curieuse stratégie des parlements dans leur opposition à Louis XV, transposition dans l’État de la démarche de résistance préalablement élaborée et testée dans l’Église. C’est tout un pan du siècle des Lumières qui s’éclaire de la sorte, grâce à l’exhumation des réseaux et des menées de ces théologiens-hommes d’action, acharnés à se cacher. Mais plus largement, ce sont les voies par lesquelles a cheminé l’ébranlement pré-révolutionnaire du trône et les rapports entre religion et politique dans le cadre de l’absolutisme, qui en acquièrent une nouvelle intelligibilité.

7

UN AUTRE XIXE SIÈCLE

Les bouleversements de la Révolution et de l’Empire franchis à grands pas, on peut se ploinger dans ce XIXè siècle qui vit tant de bouleversements internationaux et de changements dans les sociétés. Si l’on ne se plonge pas dans les récits des révolutions et des guerres on peut prendre le temps de découvrur un prince en exil que l’histoire a fini par oublier ! Ne dit-on pas que : « Malheur aux vaincus ! ». Là aussi, c’est un autre XIXe siècle qui s’ouvre à vous, avec ce livre de Daniel de Montplaisir, Le Comte de Chambord, dernier roi de France, publié chez Perrin en 2008, et qui donne un autre éclairage sur la vie politique française et européenne de ce temps, en s’appuyant largement sur des archives découvertes au début du XXIe siècle.

 

Le Comte de Chambord (Français) Broché – 29 mai 2008

Daniel de Montplaisir

Pris, Perrin, 2008. 748 pages.

41qJSl8yeHL._SX311_BO1,204,203,200_

Pour l’histoire, l’homme reste le  » comte de Chambord « . Pour les royalistes, qui l’ovationnèrent comme  » duc de Bordeaux  » puis le reconnurent comme  » Henri V  » il fut le  » roi « , le dernier roi de France.

Il le fut doublement : le 2 août, lorsque son grand-père Charles X abdiqua en sa faveur, et le 24 août 1883, lorsqu’il mourut sans enfants, laissant béante une succession de France qui demeure irrésolue à ce jour.
L’alternance de ses silences et e ses prises de position souvent mystérieuses, passionnèrent les historiens. Pourquoi avait-il refusé la couronne que la chute du Second Empire lui offrait sur un plateau ? Son obstination à n’accepter de Restauration qu’avec le drapeau blanc cachait-elle un prétexte pour échapper à son destin ou bien un manque consternant de sens politique ?
Faute de réponse, l’histoire oublia le comte de Chambord. Jusqu’à ce que ses archives privées, que l’on croyait perdues, soient récemment retrouvées. Leur exploitation permet de redécouvrir le roi Henri V et sa raison d’être : se préparer à assumer la charge de la France. Elle permet aussi de dépeindre l’homme qui, loin des cercles royalistes qui en firent une icône, mena la vie quotidienne d’un haut personnage de son sens politique ?
Le présent ouvrage dissipe le mystère politique et humain. Mais l’héritage du dernier monarque continue de planer comme une ombre sur l’histoire de France.

Daniel de Montplaisir, conseiller de l’Assemblée nationale et historien est notamment l’auteur de La Monarchie (Le Cavalier Bleu, coll.  » Idées reçues « , 2003)

.

8

UN PAPE DU XXE SIÈCLE

Voici le dernier siècle. L’histoire du XXè siècle n’a pas fini de raviver les passions tant il est encore proche de nous. Les conflits d’hier ne sont pa encore apaisés et il en est de même dans l’histoire de l’Eglise.  Puisque le pape François a décidé d’ouvrir les archives secrètes du Vatican correspondant au temps de son pontificat on peut profiter de cette occasion pour découvrir (ou redécouvrir)  Pie XII à travers la biographie que lui consacra Andrea Tornielli et que publièrent les éditions Tempora en 2009. C’est sans doute, pour le néophyte, la plus complète et la plus accessible des biographies au sujet de ce pape méconnu et calomnié. Vous n’y revivrez pas que la vie du pontife, mais surtout toute son œuvre publique, comme nonce apostolique sous Benoît XV, secrétaire d’État sous Pie XI, puis comme pape. Là encore, c’est tout le XXe siècle avec ses crises politiques et sociales qui se dévoilera devant vous, mais avec d’autres lunettes, celles du successeur de Pierre.

Pie XII 

Andrea Tornielli

Paris, Jubilé/Tempora, 2009. 812 pages.

51ijhXW1p8L._SX318_BO1,204,203,200_

Par la durée de son pontificat, l’ampleur de son enseignement qui a inspiré une bonne partie des textes du concile Vatican II et la diversité des questions qu’il a traitées, Pie XII a véritablement fait entrer l’Église dans la modernité. Le pape Pacelli a du faire face aux idéologies modernes les plus meurtrières que furent le nazisme et le communisme et mener l’Église dans une période particulièrement troublée. Ce pape exceptionnel, admiré de ses contemporains, méritait un portrait plus fouillé que les habituels raccourcis médiatiques.

L’ouvrage d’Andréa Tornielli est un document décisif porté au dossier du pape.
Refusant tout a priori, cette biographie d’Eugenio Pacelli, n’est pas une hagiographie. De nombreuses sources dont une partie inédite constituée des archives privées Pacelli, et les témoignages du dossier de béatification ont permis d’établir une biographie historique des plus sérieuses.
L’auteur n’esquive pas les questions brulantes des relations du pape avec le IIIème Reich et le nazisme. Dans son intervention et son action autour de la Shoah, Pacelli est suivi pas à pas, ses écrits sont disséqués, ses démarches confrontées à ses contradicteurs.
La vérité des archives pour un portrait inédit.