ECRIVAIN FRANÇAIS, GEORGES DUBY (1919-1996), HISTORIEN FRANÇAIS, LIVRES

L’historien Georges Duby (1919-1996)

Georges Duby

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Georges Duby (né le 7 octobre 1919 à Paris et mort le 3 décembre 1996 au Tholonet) est un historien français. Spécialiste du Moyen Âge, il est professeur au Collège de France de 1970 à 1991.

 

Biographie

 Famille et études

Georges Michel Claude André Duby est issu d’une famille d’artisans parisiens. Son père était teinturier et travaillait notamment pour le cinéma.

Il fait ses études secondaires à Mâcon et est lauréat du Concours général de dessin. Il fait ensuite des études supérieures d’histoire et de géographie à la faculté de lettres de Lyon et est reçu 9e (sur 12) à l’agrégation d’histoire et géographie en 1942.

 Carrière universitaire

Il commence sa carrière dans l’enseignement secondaire, puis est nommé assistant à la Faculté de lettres de l’université de Lyon à la Libération, enseigne quelque temps à Besançon, puis obtient la chaire d’histoire du Moyen Âge à la Faculté de lettres d’Aix-en-Provence en 1951. Il se fixe alors dans cette région.

Le samedi 21 juin 1952, Georges Duby soutient à la Sorbonne sa thèse de doctorat ès lettres, réalisée sous la direction de Charles-Edmond Perrin et intitulée La Société aux xie et xiie siècles dans la région mâconnaise (thèse qui sera ensuite publiée en 1953) ; sa thèse complémentaire étudie Les pancartes de l’abbaye cistercienne de la Ferté-sur-Grosne, 1113-1178. Outre Perrin, le jury est composé de Robert Fawtier et Pierre Petot, respectivement professeur d’histoire médiévale à la Sorbonne et professeur d’histoire du droit à la Faculté de droit de Paris. Dans sa thèse, Duby utilise la masse considérable des documents de l’abbaye de Cluny pour expliquer « à fond » un espace particulier, le Mâconnais, reprenant l’exemple des monographies régionales produites alors par l’école géographique française

En 1970, il est élu à la chaire d’histoire des sociétés médiévales du Collège de France, qu’il occupe jusqu’en 1991.

Les archives (manuscrits et tapuscrits) qu’il a constituées au cours de sa carrière sont réunies dans le « fonds Duby » déposé pour l’essentiel par sa veuve Andrée Duby depuis 20035 à l’Institut mémoires de l’édition contemporaine. Madame Andrée Duby est décédée le 19 août 2016 à l’âge de 96 ans.

 

Distinctions et hommages

Les honneurs officiels récompensent son enseignement et ses nombreuses publications, dont le rayonnement dépasse très largement le cercle des spécialistes.

En 1974, il est élu membre ordinaire de l’Académie des inscriptions et belles-lettres. Le 18 juin 1987, il est élu à l’Académie française, où il succède à Marcel Arland au 26è  fauteuil. Il est reçu sous la Coupole en 1988 par Alain Peyrefitte. La cérémonie est filmée intégralement par la télévision française et diffusée par la chaîne FR3.  Il fut également membre étranger de la British Academy, de la Royal Historical Society, de la Medieval Academy of America, de la Société américaine de philosophie, de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, de l’Accademia nazionale dei Lincei, de l’Académie royale espagnole, de l’Académie hongroise des sciences et de l’Academia Europaea.

En 1973, il est récompensé par le Prix des Ambassadeurs pour son livre Le dimanche de Bouvines. En 1977, il est aussi lauréat du Grand prix Gobert de l’Académie française pour son livre Le temps des cathédrales.

Apport à l’histoire du Moyen Âge

Georges Duby a su dès le début de sa carrière renouveler la perception du Moyen Âge en adoptant des points de vue originaux. Sa rencontre avec la géographie est importante dans sa formation d’historien. Elle est alors, à la fin des années 1940, selon ses mots, une discipline où l’on est « le plus attentif à ce qui se produisait de plus neuf parmi les sciences de l’homme ». Cette filiation (André Allix, Roger Dion) l’amène à étudier l’histoire médiévale, mais, plus encore, à prendre en compte les paysages et les sociétés rurales de cette époque.

Plus particulièrement spécialiste des Xè, XIè, XIIè et XIIIè siècles en Europe occidentales, Duby contribue tout au long de ses ouvrages à renouveler les méthodes et les objets de la discipline historique. Auteur de vastes études (Guerriers et Paysans en 1973, L’Europe au Moyen Âge en 1979), il pousse encore plus loin ses recherches sur la société médiévale en reprenant la célèbre trifonctionnalité de Georges Dumézil (Les Trois Ordres ou l’Imaginaire du féodalisme en 1978), tout en renouvelant l’archétype de l’événement historique dans un livre aujourd’hui célèbre par le paradoxe apparent qu’il affirme dans son titre : Le Dimanche de Bouvines, sur la Bataille de Bouvines, publié en 1973, est une célébration de l’événement, certes, mais surtout une analyse magistrale de son environnement et de ses conséquences.

Grand admirateur de Fernand Braudel, il appartient cependant à la troisième génération d’historiens de l’école des Annales, fondée en 1929 par Marc Bloch et par Lucien Febvre, notamment par ses apports à l’histoire des mentalités, constitutive de cette troisième génération.

Outre son intérêt non démenti pour la géographie relevé plus haut, Georges Duby s’illustre également par sa maîtrise de la langue française et par des apparitions à la télévision, dans le cadre d’émissions de vulgarisation inspirées par ses écrits, comme Le Temps des cathédrales (1976), ou dans le cadre de débats. Il a été président de la chaîne de télévision Arte France depuis sa création en 1986 jusqu’en 1989.

Georges Duby a beaucoup apporté au renouvellement de la compréhension de l’Histoire grâce au concept de représentation mentale. Avec d’autres penseurs, comme Marc Augé en anthropologie, il a reconnu et explicité la fonction de la représentation dans la constitution des ordres et des rapports sociaux, l’orientation des comportements collectifs et la transformation du monde social. À propos de l’imaginaire de la féodalité, Georges Duby parle de la représentation comme « membrure », « structure latente », « image simple » de l’organisation sociale assurant le passage vers différents systèmes symboliques.

 

Œuvres (sélection)

Note : une liste exhaustive des œuvres de Duby est disponible sur le site de l’Académie française

 Ouvrages universitaires

La Société aux xie et xiie siècles dans la région mâconnaise, Paris, Éditions de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, 1953. Thèse de doctorat d’État.

L’Économie rurale et la vie des campagnes dans l’Occident médiéval, Paris, Aubier, 1962, 2 volumes.

Hommes et structures du Moyen Âge, Paris, Mouton, 1973; rééd. en deux volumes : Seigneurs et Paysans et La Société chevaleresque, Paris, Flammarion, 1988.

Guerriers et Paysans, viiexiie siècles : premier essor de l’économie européenne, Paris, Gallimard, 1973.

Les Trois Ordres ou L’Imaginaire du féodalisme, Paris, Gallimard, 1978

Le Chevalier, la Femme et le Prêtre : le mariage dans la France féodale, Paris, Hachette, 1981

Guillaume le Maréchal ou Le meilleur chevalier du monde, Paris, Fayard, 1984 Biographie de Guillaume le Maréchal, qui s’élève dans la hiérarchie féodale par ses dons jusqu’à devenir l’un des hommes les plus puissants du royaume d’Angleterre.

Mâle Moyen Âge : de l’amour et autres essais, Paris, Flammarion, 1988, réédition de 2010,

Dames du xiie siècle, Paris, Gallimard, 1995-1996, 3 volumes:

  1. Héloïse, Aliénor, Iseut et quelques autres
  2. Le souvenir des aïeules

III. Ève et les prêtres

Les Femmes et le pouvoir au xiie siècle, conférence donnée au Collège de France le 17 février 1994, CD audio, Houilles, Le Livre qui parle, 2009.

 

Ouvrages grand public

L’An mil, Paris, col. « Archives », Julliard, 1967 (rééd. Gallimard, 1980

Le Dimanche de Bouvines (27 juillet 1214), Gallimard « Trente journées qui ont fait la France », Paris, Gallimard, 1973 Duby y montre qu’un historien des Annales peut aussi, à l’occasion, traiter d’un événement : la bataille de Bouvines.

Avec Andrée Duby, Les procès de Jeanne d’Arc, Paris, Gallimard, 1973.

L’Europe au Moyen Âge (art roman, art gothique), Paris, Arts et Métiers Graphiques, 1981.

Histoire de l’art

Adolescence de la chrétienté occidentaleL’Europe des cathédrales et Fondement d’un nouvel humanisme, Genève, Skira, 1966-1967, 3 volumes ; repris en un volume sous le titre Le Temps des cathédrales : l’art et la société (980–1420), Paris, Gallimard, 1976 (Grand Prix Gobert de l’Académie française 1977) (

Saint Bernard : l’art cistercien, Paris, Arts et Métiers Graphiques, 1976.

 

Compilations

Féodalité, Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 1996

L’Art et la société. Moyen Âge – XX siècle, Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 2002

Œuvres, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2019

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 Participation à des ouvrages collectifs

(dir.) Atlas historique, Paris, Larousse, 1978. Nombreuses rééditions revues et augmentées.

Avec Robert Mandrou, Histoire de la civilisation française, Paris, A. Colin, 1958, 2 volumes.

(dir.) Histoire de la France, Des origines à nos jours, Paris, Larousse, 1970-1971, 3 volumes; rééd., Paris, Larousse, 2007, coll. « Bibliothèque historique »,

(codir. avec Armand Wallon) Histoire de la France rurale, Paris, Le Seuil, 1976, 4 volumes.

(dir.) Histoire de la France urbaine, Paris, Le Seuil, 1980-1985, 5 volumes

(codir. avec Philippe Ariès) Histoire de la vie privée, Paris, Le Seuil, 1985-1987, 5 volumes

(codir. avec Michelle Perrot) Histoire des femmes en Occident, Paris, Plon, 1990-1992, 5 volumes.

 Divers

Avec Guy Lardreau, Dialogues, Paris, Flammarion, 1980 (rééd. Les petits Platons, 2013

L’Histoire continue, Paris, Odile Jacob, 1991,

Mes ego-histoires (livre édité à titre posthume par Patrick Boucheron et Jacques Dalarun), Paris, Gallimard, 2015.

 

Bibliographie

Maurice Agulhon, « Duby Georges (1919-1996) » sur Encyclopædia Universalis.

Patrick Boucheron, « La lettre et la voix : aperçus sur le destin littéraire des cours de Georges Duby au Collège de France, à travers le témoignage des manuscrits conservés à l’IMEC », Le Moyen Âge, De Boeck, t. CXV,‎ 2009, p. 487-528 ).

Patrick Boucheron (dir.) et Jacques Dalarun (dir.), Georges Duby, portrait de l’historien en ses archives : colloque de la Fondation des Treilles, Paris, Gallimard, 2015, 472 p.

François Bougard, « Genèse et réception du Mâconnais de Georges Duby », Bulletin du Centre d’études médiévales d’Auxerre, no hors-série no 1 « Georges Duby »,‎ 2008

Laurent Feller, « Georges Duby et les Études d’histoire rurale », Bulletin du Centre d’études médiévales d’Auxerre, no hors-série no 1 « Georges Duby »,‎ 2008

Jean-Claude Helas, « Le vocabulaire de Georges Duby dans L’économie rurale et la vie des campagnes dans l’Occident médiéval », dans Benoît Cursente et Mireille Mousnier (dir.), Les Territoires du médiéviste, Presses universitaires de Rennes, 2005 p. 45-70.

Jacques Le Goff, « Georges Duby (1919-1996) », Cahiers de civilisation médiévale, no 158,‎ 1997 (40e année), p. 199-209 (

Florian Mazel, « Pouvoir aristocratique et Église aux xe-xie siècles : retour sur la « révolution féodale » dans l’œuvre de Georges Duby », Bulletin du Centre d’études médiévales d’Auxerre, no hors-série no 1 « Georges Duby »,‎ 2008

(en) Leah Shopkow, « Georges Duby (1919-1996) », dans Philip Daileader et Philip Whalen (dir.), French Historians, 1900-2000 : New Historical Writing in Twentieth-Century France, Chichester / Malden (Massachusetts), Wiley-Blackwell, 2010, XXX-610 p. ,  p. 180-201.

Source : Wilipédia