EMILE VERHAEREN (1855-1916), FRANCE, GUERRE MONDIALE 1914-1918, GUERRE... ET PAIX..., GUERRES, HISTOIRE DE FRANCE, JEAN DE LA FONTAINE (1621-1695), LETTRE DE POLUS, POEME, POEMES

Guerre…. et paix…

Guerre…. et paix….

 

Une statue (soldat)

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Au carrefour des abattoirs et des casernes,
Il apparaît, foudroyant et vermeil,
Le sabre en bel éclair sous le soleil.

Masque d’airain, casque et panache d’or ;
Et l’horizon, là-bas, où le combat se tord,
Devant ses yeux hallucinés de gloire !

Un élan fou, un bond brutal
Jette en avant son geste et son cheval
Vers la victoire.
Il est volant comme une flamme,
Ici, plus loin, au bout du monde,
Qui le redoute et qui l’acclame.

Il entraîne, pour qu’en son rêve ils se confondent,
Dieu, son peuple, ses soldats ivres ;
Les astres mêmes semblent suivre,
Si bien que ceux
Qui se liguent pour le maudire
Restent béants : et son vertige emplit leurs yeux.

Il est de calcul froid, mais de force soudaine :
Des fers de volonté barricadent le seuil
Infrangible de son orgueil.

Il croit en lui — et qu’importe le reste !
Pleurs, cris, affres et noire et formidable fête,
Avec lesquels l’histoire est faite.

Il est la mort fastueuse et lyrique,
Montrée, ainsi qu’une conquête,
Au bout d’une existence en or et en tempête.
Il ne regrette rien de ce qu’il accomplit,
Sinon que les ans brefs aillent trop vite
Et que la terre immense soit petite.

Il est l’idole et le fléau :
Le vent qui souffle autour de son front clair
Toucha celui des Dieux armés d’éclairs.

Il sent qu’il passe en rouge orage et que sa destinée
Est de tomber en brusque écroulement,
Le jour où son étoile étrange et effrénée,
Cristal rouge, se cassera au firmament.

Au carrefour des abattoirs et des casernes,
Il apparaît, foudroyant et vermeil,
Le sabre en bel éclair dans le soleil.

Emile Verhaeren, Les Villes tentaculaires

 

Ode pour la paix

Jean de La Fontaine

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Le noir démon des combats
Va quitter cette contrée ;
Nous reverrons ici-bas
Régner la déesse Astrée.

La paix, soeur du doux repos,
Et que Jules va conclure,
Fait déjà refleurir Vaux ;
Dont je retire un bon augure.

S’il tient ce qu’il a promis,
Et qu’un heureux mariage
Rende nos rois bons amis,
Je ne plains pas son voyage.

Le plus grand de mes souhaits
Est de voir, avant les roses,
L’Infante avecque la Paix ;
Car ce sont deux belles choses.

O Paix, infante des cieux,
Toi que tout heur accompagne,
Viens vite embellir ces lieux
Avec l’Infante d’Espagne.

Chasse des soldats gloutons
La troupe fière et hagarde,
Qui mange tous mes moutons,
Et bat celui qui les garde.

Délivre ce beau séjour
De leur brutale furie,
Et ne permets qu’à l’Amour
D’entrer dans la bergerie.

Fais qu’avecque le berger
On puisse voir la bergère,
Qui court d’un pied léger,
Qui danse sur la fougère,

Et qui, du berger tremblant
Voyant le peu de courage,
S’endorme ou fasse semblant
De s’endormir à l’ombrage.

O Paix ! source de tout bien,
Viens enrichir cette terre,
Et fais qu’il n’y reste rien
Des images de la guerre.

Accorde à nos longs désirs
De plus douces destinées ;
Ramène-nous les plaisirs,
Absents depuis tant d’années.

Etouffe tous ces travaux,
Et leurs semences mortelles :
Que les plus grands de nos maux
Soient les rigueurs de nos belles ;

Et que nous passions les jours
Etendus sur l’herbe tendre,
Prêts à conter nos amours
A qui voudra les entendre.

Jean de La Fontaine, 1679

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Lettre d’un poilu à sa femme

« La sentence est tombée : je vais être fusillé pour l’exemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus d’obtempérer. »

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Le 30 mai 1917

Léonie chérie,

J’ai confié cette dernière lettre à des mains amies en espérant qu’elle t’arrive un jour afin que tu saches la vérité et parce que je veux aujourd’hui témoigner de l’horreur de cette guerre.

Quand nous sommes arrivés ici, la plaine était magnifique. Aujourd’hui, les rives de l’Aisne ressemblent au pays de la mort. La terre est bouleversée, brûlée. Le paysage n’est plus que champ de ruines. Nous sommes dans les tranchées de première ligne. En plus des balles, des bombes, des barbelés, c’est la guerre des mines avec la perspective de sauter à tout moment. Nous sommes sales, nos frusques sont en lambeaux. Nous pataugeons dans la boue, une boue de glaise, épaisse, collante dont il est impossible de se débarrasser. Les tranchées s’écroulent sous les obus et mettent à jour des corps, des ossements et des crânes, l’odeur est pestilentielle.

Tout manque : l’eau, les latrines, la soupe. Nous sommes mal ravitaillés, la galetouse est bien vide ! Un seul repas de nuit et qui arrive froid à cause de la longueur des boyaux à parcourir. Nous n’avons même plus de sèches pour nous réconforter parfois encore un peu de jus et une rasade de casse-pattes pour nous réchauffer.

Nous partons au combat l’épingle à chapeau au fusil. Il est difficile de se mouvoir, coiffés d’un casque en tôle d’acier lourd et incommode mais qui protège des ricochets et encombrés de tout l’attirail contre les gaz asphyxiants. Nous avons participé à des offensives à outrance qui ont toutes échoué sur des montagnes de cadavres. Ces incessants combats nous ont laissé exténués et désespérés. Les malheureux estropiés que le monde va regarder d’un air dédaigneux à leur retour, auront-ils seulement droit à la petite croix de guerre pour les dédommager d’un bras, d’une jambe en moins ? Cette guerre nous apparaît à tous comme une infâme et inutile boucherie.

Le 16 avril, le général Nivelle a lancé une nouvelle attaque au Chemin des Dames. Ce fut un échec, un désastre ! Partout des morts ! Lorsque j’avançais les sentiments n’existaient plus, la peur, l’amour, plus rien n’avait de sens. Il importait juste d’aller de l’avant, de courir, de tirer et partout les soldats tombaient en hurlant de douleur. Les pentes d’accès boisées, étaient rudes .Perdu dans le brouillard, le fusil à l’épaule j’errais, la sueur dégoulinant dans mon dos. Le champ de bataille me donnait la nausée. Un vrai charnier s’étendait à mes pieds. J’ai descendu la butte en enjambant les corps désarticulés, une haine terrible s’emparant de moi.

Cet assaut a semé le trouble chez tous les poilus et forcé notre désillusion. Depuis, on ne supporte plus les sacrifices inutiles, les mensonges de l’état major. Tous les combattants désespèrent de l’existence, beaucoup ont déserté et personne ne veut plus marcher. Des tracts circulent pour nous inciter à déposer les armes. La semaine dernière, le régiment entier n’a pas voulu sortir une nouvelle fois de la tranchée, nous avons refusé de continuer à attaquer mais pas de défendre.

Alors, nos officiers ont été chargés de nous juger. J’ai été condamné à passer en conseil de guerre exceptionnel, sans aucun recours possible. La sentence est tombée : je vais être fusillé pour l’exemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus d’obtempérer. En nous exécutant, nos supérieurs ont pour objectif d’aider les combattants à retrouver le goût de l’obéissance, je ne crois pas qu’ils y parviendront.

Comprendras-tu Léonie chérie que je ne suis pas coupable mais victime d’une justice expéditive ? Je vais finir dans la fosse commune des morts honteux, oubliés de l’histoire. Je ne mourrai pas au front mais les yeux bandés, à l’aube, agenouillé devant le peloton d’exécution. Je regrette tant ma Léonie la douleur et la honte que ma triste fin va t’infliger.

C’est si difficile de savoir que je ne te reverrai plus et que ma fille grandira sans moi. Concevoir cette enfant avant mon départ au combat était une si douce et si jolie folie mais aujourd’hui, vous laisser seules toutes les deux me brise le cœur. Je vous demande pardon mes anges de vous abandonner.

Promets-moi mon amour de taire à ma petite Jeanne les circonstances exactes de ma disparition. Dis-lui que son père est tombé en héros sur le champ de bataille, parle-lui de la bravoure et la vaillance des soldats et si un jour, la mémoire des poilus fusillés pour l’exemple est réhabilitée, mais je n’y crois guère, alors seulement, et si tu le juges nécessaire, montre-lui cette lettre.

Ne doutez jamais toutes les deux de mon honneur et de mon courage car la France nous a trahi et la France va nous sacrifier.

Promets-moi aussi ma douce Léonie, lorsque le temps aura lissé ta douleur, de ne pas renoncer à être heureuse, de continuer à sourire à la vie, ma mort sera ainsi moins cruelle. Je vous souhaite à toutes les deux, mes petites femmes, tout le bonheur que vous méritez et que je ne pourrai pas vous donner. Je vous embrasse, le cœur au bord des larmes. Vos merveilleux visages, gravés dans ma mémoire, seront mon dernier réconfort avant la fin.

Eugène ton mari qui t’aime tant.


 

GUERRE MONDIALE 1914-1918, ODE POUR UN SOLDAT INCONNU, POEME, POEMES, POILU, POILUS

Ode pour un soldat inconnu (11 novembre)

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Dors petit soldat inconnu

 

Dors petit soldat inconnu

Toi qui es parti au son du tocsin

Un matin de juillet 1914

Rejoindre le front

Emportant de maigres souvenirs

D’un monde qui te voulais porteur de la mort

Toi qui rêvais d’un bonheur paisible

Toi qui rêvais de la prochaine moisson

 

Dors petit soldat inconnu

Tu as bien combattu

De l’Artois jusqu’en Flandre

De la Champagne à la Somme

Tu as connu le froid et la faim

Les nuits sans sommeil

Dans les tranchées hâtivement construites

Au gré des mouvements de la guerre

Dors petit soldat inconnu

Quand la grande Faucheuse est venue

Cueillir ta vie pleine de promesses encore

Tu es tombé les armes à la main

Avec une dernière prière pour les tiens

Ton corps a embrassé une dernière fois

La terre gorgée de sang de ton cher pays  

Qui a recueilli ton corps brisé  

Dors petit soldat inconnu

Tu as fait ton devoir

Pardonne à ceux qui brisé tes rêves

Pardonne à ceux qui ont pris ta vie

Dors petit soldat inconnu 

Prie dans le silence de l’éternité

Pour  tous ceux-là

Qui parlent trop souvent  de paix

Pour mieux préparer une future guerre

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©Claude-Marie T.

11 novembre 2019

 

 

 

 

 

 

 

FRANCE, GUERRE MONDIALE 1914-1918, HENRI FERTET (1926-1943), OCCUPATION ALLEMANDE (1940-1944), RESISTANCE FRANÇAISE, RESISTANTS FRANÇAIS

Henri Fertet : sa dernière lettre avant de mourir sous les balles nazis

Dernière lettre d’un jeune résistant de 16 ans exécuté en septembre 1943.

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Avant d’être fusillé à 16 ans par les nazis, ce résistant avait adressé une lettre à ses parents. Des mots bouleversants sortis de l’oubli par Emmanuel Macron.

Voici dans son intégralité la dernière lettre que le jeune homme a laissée pour ses parents avant son exécution, et qu’il a signée « Henri Fertet au ciel, près de Dieu ».

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« Chers parents,

Ma lettre va vous causer une grande peine, mais je vous ai vus si pleins de courage que, je n’en doute pas, vous voudrez encore le garder, ne serait-ce que par amour pour moi.

Vous ne pouvez savoir ce que moralement j’ai souffert dans ma cellule, ce que j’ai souffert de ne plus vous voir, de ne plus sentir peser sur moi votre tendre sollicitude que de loin. Pendant ces 87 jours de cellule, votre amour m’a manqué plus que vos colis, et souvent je vous ai demandé de me pardonner le mal que je vous ai fait, tout le mal que je vous ai fait. Vous ne pouvez vous douter de ce que je vous aime aujourd’hui car, avant, je vous aimais plutôt par routine, mais maintenant je comprends tout ce que vous avez fait pour moi et je crois être arrivé à l’amour filial véritable, au vrai amour filial. Peut-être après la guerre, un camarade vous parlera-t-il de moi, de cet amour que je lui ai communiqué. J’espère qu’il ne faillira pas à cette mission sacrée.

Remerciez toutes les personnes qui se sont intéressées à moi, et particulièrement nos plus proches parents et amis. Dites-leur ma confiance en la France éternelle. Embrassez très fort mes grands-parents, mes oncles, tantes et cousins, Henriette. Donnez une bonne poignée de main chez M. Duvernet. Dites un petit mot à chacun. Dites à M. le curé que je pense aussi particulièrement à lui et aux siens. Je remercie Monseigneur du grand honneur qu’il m’a fait, honneur dont, je crois, je me suis montré digne. Je salue aussi en tombant, mes camarades de lycée. À ce propos, Hennemann me doit un paquet de cigarettes, Jacquin mon livre sur les hommes préhistoriques. Rendez Le Comte de Monte-Cristo à Emourgeon, 3 chemin Français, derrière la gare. Donnez à Maurice André, de la Maltournée, 40 grammes de tabac que je lui dois.

Je lègue ma petite bibliothèque à Pierre, mes livres de classe à mon petit papa, mes collections à ma chère petite maman, mais qu’elle se méfie de la hache préhistorique et du fourreau d’épée gaulois.

Je meurs pour ma patrie. Je veux une France libre et des Français heureux. Non pas une France orgueilleuse, première nation du monde, mais une France travailleuse, laborieuse et honnête.

Que les Français soient heureux, voilà l’essentiel. Dans la vie, il faut savoir cueillir le bonheur.

Pour moi, ne vous faites pas de soucis. Je garde mon courage et ma belle humeur jusqu’au bout, et je chanterai Sambre et Meuse parce que c’est toi, ma chère petite maman, qui me l’a apprise.

Avec Pierre, soyez sévères et tendres. Vérifiez son travail et forcez-le à travailler. N’admettez pas de négligence. Il doit se montrer digne de moi. Sur trois enfants, il en reste un. Il doit réussir.

Les soldats viennent me chercher. Je hâte le pas. Mon écriture est peut-être tremblée. mais c’est parce que j’ai un petit crayon. Je n’ai pas peur de la mort. J’ai la conscience tellement tranquille.

Papa, je t’en supplie, prie. Songe que, si je meurs, c’est pour mon bien. Quelle mort sera plus honorable pour moi que celle-là  ? Je meurs volontairement pour ma patrie. Nous nous retrouverons tous les quatre, bientôt au ciel. Qu’est-ce que cent ans  ?

Maman, rappelle-toi :

Et ces vengeurs auront de nouveaux défenseurs qui, après leur mort, auront des successeurs.

Adieu, la mort m’appelle. Je ne veux ni bandeau ni être attaché. Je vous embrasse tous. C’est dur quand même de mourir.

Mille baisers. Vive la France.

Un condamné à mort de 16 ans

  1. Fertet

Excusez les fautes d’orthographe, pas le temps de relire.

Expéditeur : Henri Fertet au ciel, près de Dieu. »

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Exécuté le 26 septembre 1943 qui était Henri Fertet ?

Un jeune patriote, né le 27 octobre 1926 le Doubs au sein d’une famille d’instituteurs, lycéen à Besançon, qui s’engage à l’été 1942 dans le groupe de Marcel Simon, secrétaire local de la Jeunesse agricole chrétienne. Le groupe, en février 1943, rallie l’organisation des Franc-Tireurs et Partisans (FTP) et prend le nom de Groupe franc Guy Môquet. Le jeune résistant se signale par trois actions d’éclat : l’attaque du poste de garde du fort de Montfaucon, le 16 avril 1943, pour s’emparer d’un dépôt d’explosifs qui entraîne la mort d’une sentinelle allemande ; la destruction, le 7 mai, d’un pylône à haute-tension près de Besançon ; l’attaque, le 12 juin, d’un commissaire des douanes allemand afin de lui

 

Le président français, lors des commémorant ration le Débarquement  du 6 juin 1944, a lu la lettre adressée par Henri Fertet à ses parents  juste avant que le jeune homme ne soit fusillé par les nazis. L’Histoire a glorifié Guy Môquet mais elle a oublié  malheureusement, oublié Henri Fertet. Le premier est mort en 1941, à l’âge de 17 ans, le second, lui, à l’âge de 16 ans, en 1943. L’un était communiste, l’autre catholique. Chacun de ces deux héros laissa une lettre tout aussi saisissante rédigée quelques minutes avant de marcher vers le peloton d’exécution. Mais, si celle de Guy Môquet est très célèbre – le président Nicolas Sarkozy l’avait fait lire dans toutes les écoles de France en 2007 –, le texte d’Henri Fertet, tout aussi fort, était, jusqu’à ce qu’Emmanuel Macron le (re)mette en lumière, beaucoup moins connu.

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Source : l’hebdomadaire Le Point du 6 juin 2019.

ECRIVAIN FRANÇAIS, GUERRE MONDIALE 1914-1918, LES CROIX DE BOIS, LIVRES, LIVRES - RECENSION, TEMOIGNAGE, TEMOIGNAGES DE LA PREMIERE GUERRE (1914-1918)

Les croix de bois de Roland Dorgelès

Les Croix de Bois

Roland Dorgelès

Paris, Gallimard, 1919.

Un témoignage bouleversant sur la vie des poilus par Roland Dorgelès

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Mis à jour le 16/03/2018 à 18:43

LES ARCHIVES DU FIGARO – Il y a 45 ans s’éteignait Roland Dorgelès, le romancier des Croix de Bois, un récit poignant de la vie des soldats et surtout de l’horreur de la guerre. En 1919, Le Figaro consacre une critique élogieuse du roman qui connaît immédiatement un retentissant succès.

Publié une première fois, dans notre dossier consacré aux écrivains combattants de la Grande Guerre, nous vous proposons de lire ou (relire) cette critique à l’occasion de la commémoration de la mort de l’écrivain, le 18 mars 1973.
Journaliste engagé au front comme fantassin Roland Dorgelès commence à écrire Les Croix de bois, en 1918, à partir de notes prises sur le vif et de la correspondance adressée
à sa maîtresse et à sa mère. Ce roman obtient le Prix Femina en 1919.

Une littérature du front

Mobilisés ou engagés volontaires, de nombreux écrivains témoignent des combats et de la vie dans les tranchées. Cette littérature du front triomphe auprès du public et surtout des jurys littéraires. Ces romans ont une valeur documentaire, ils sont des témoignages précieux.
La rubrique littéraire du Figaro de l’époque consacre des critiques sur ces romans couronnés par le Goncourt ou le Femina. Voici celle consacrée aux Croix de bois de Roland Dorgelès.

Tranchees

En partenariat avec RetroNews, le site de presse de la BnF

Article paru dans Le Figaro du 20 avril 1919.

La première et même la seconde année de la guerre, comme nous n’avions pas encore perdu le goût des enquêtes, et que la main d’œuvre, si j’ose m’exprimer ainsi, ne manquait pas pour ce genre de reportage, on interrogeait volontiers les auteurs dramatiques sur les destinées prochaines du théâtre, et les hommes de lettres sur la littérature de demain.

Il peut arriver que les grands événements qui bouleversent le monde modifient après coup toutes les valeurs de l’imagination, lui révèlent des beautés qu’elle ne soupçonnait pas, au moins des points de vue de beauté, produisent enfin une poésie nouvelle; mais cet heureux accident n’est point fatal; au lieu que, fatalement, une révolution, une guerre ajoutent à notre répertoire déjà si chargé quelques-unes de ces pauvres idées générales hâtives, mal conçues, téméraires et, est-il besoin de le dire? fausses de naissance; quelques-unes de ces images banales avant même d’avoir passé dans le courant, monnaies aussitôt frustes que frappées; quelques unes de ces phrases toutes faites, ou clichés, qui causaient à Flaubert une joie énorme, et ne sauraient causer qu’une grande tristesse à tous ceux que ne hante point le démon littéraire de la perversité. En d’autres termes, il peut arriver, si les dieux s’en mêlent, que les catastrophes de l’histoire profitent au génie humain; il arrive certainement qu’elles contribuent à l’enrichissement de notre sottisier.

Aussi me souvient-il qu’un critique sans illusions répondit à l’un des enquêteurs: «Il serait sacrilège de souhaiter que la guerre dure éternellement; mais l’avantage littéraire d’une guerre longue est que toutes les bêtises auront été dites avant la fin.» Cette réponse, qui semble au premier abord une impertinence, est tout le contraire: elle suppose qu’un jour peut venir où toutes les bêtises auront été dites, et où l’on s’abstiendra même de les répéter; C’est de la présomption, aux deux sens du mot.

Les livres de guerre, après, il est vrai, quelques semaines d’hésitation, recommencent à paraître de tous les côtés.

Le même censeur, goûtant peu la médiocre littérature de guerre qui a longtemps sévi chez nous après la guerre courte de 1870, témoignait aussi l’espoir que, grâce à la guerre longue, nous échapperions à ce fléau, et qu’on ne voudrait plus entendre parler de livres de guerre une fois l’armistice conclu. Il en sera de ce pronostic comme de toutes les prophéties qu’on nous a servies depuis quatre ans. Je ne reviens pas sur la gestion du sottisier; mais les livres de guerre, après, il est vrai, quelques semaines d’hésitation, recommencent à paraître de tous les côtés.

Ne nous plaignons pas. Ceux qui avaient paru pendant les hostilités forment une collection sans doute trop vaste, effrayante, mais incomparable, de documents qu’il faut bien cette fois appeler humains, et l’on sait que ce n’est point leur seule valeur. Ceux qui paraissent maintenant ont déjà une physionomie différente, une perspective moins proche et, si l’on peut dire, moins japonaise. La première ombre du passé commence d’envelopper sans les obscurcir et de fondre sans les brouiller les souvenirs de ces combattants à peine démobilisés d’hier, dont le premier mouvement a été de s’asseoir à leur table de travail et d’écrire. C’est un moment unique, insaisissable, où la mémoire usurpe déjà le rôle de la sensibilité, où la sensibilité, en se dépouillant trop tôt et comme à regret de ce qui la fait frémir encore, ébranle la mémoire, ordinairement plus impassible, et lui communique ses dernières vibrations.

  1. Roland Dorgelès sait peindre et animer, il a de la verve et de l’humeur.

Ce moment insaisissable de la mémoire et de la sensibilité, il semble que M. Roland Dorgelès l’ait saisi, et c’est ce qui fait le prix de son livre, les Croix de bois. M. Roland Dorgelès, qui, avec une modestie rare, se qualifie de débutant, et qui cependant a déjà publié, en collaboration avec M. Régis Gignoux, un fort plaisant livre intitulé: La Machine à finir la guerre, M. Roland Dorgelès a, sans doute, beaucoup de talent; il sait peindre et animer, il est coloriste, il a de la verve et de l’humeur, de l’âpreté, de la crudité, le don du rire et le don des larmes; mais ce n’est pas d’abord de son talent qu’il s’agit, c’est de l’accent qu’il a pu lui donner aujourd’hui à une minute précise, et avant de louer son œuvre, il fallait en faire le point.

Il l’a fait lui-même, au début du dernier chapitre «C’est fini. Voici la feuille blanche sur la table, et la lampe tranquille, et les livres… Aurait-on jamais cru les revoir, lorsque l’on était là-bas, si loin de sa maison perdue? La vie va reprendre… Les souvenirs atroces qui nous tourmentent encore s’apaiseront, on oubliera, et le temps viendra peut-être où, confondant la guerre et notre jeunesse passée, nous aurons un soupir de regret en pensant à ces années-là.» M. Roland Dorgelès va jusqu’à écrire, un peu plus loin «Je me souviens de nos soirées bruyantes, dans le moulin sans ailes». Je leur disais «Un jour viendra où nous nous retrouverons, où nous parlerons de nos misères et nous dirons avec un sourire: «C’était le bon temps». Avez-vous crié, ce soir-là, mes camarades!»

La mort est à chaque page avec toutes ses épouvantes et toute son ordure.

On comprend sans peine qu’ils aient crié; et quels cris leur ferait pousser encore ce mot inattendu, quels cris ferait-il pousser à M. Roland Dorgelès lui-même, si ce n’était pas un combattant qui l’eût lâché, si c’était un de ces littérateurs de l’arrière auxquels il ne paraît pas que M. Dorgelès et ses camarades vouent des sentiments fort sympathiques! Mais ceux qui ont fait la guerre où on la faisait ont le droit de tout dire, et ce sont justement ceux de leurs mots qui nous étonnent plus, qui ont aussi pour nous plus de sel et de signification.

Celui-ci, qui pourrait être odieux, devient héroïque, mais plus encore touchant, lorsqu’il est ingénument prononcé par l’un de ceux que M. Georges Duhamel a pour jamais proclamés les martyrs, et qui a vivement ressenti toutes ses souffrances, qui ne s’est pas fait un point d’honneur de nous les taire. Quel goût ardent, quel goût avoué de la vie chez tous ces jeunes hommes qui en faisaient le sacrifice toujours sans hésiter, mais quelquefois en pleurant! Nous les en admirons, et surtout nous les en aimons davantage car nous sommes de ceux à qui l’Iphigénie de Racine semble un peu trop surhumainement bien élevée, et nous préférons celle d’Euripide qui regrette les douceurs nuptiales qu’elle n’a point connues, nous préférons la jeune captive qui ne veut pas mourir encore.

«Je vous ai entendus rire, jamais pleurer.»

Roland Dorgelès, Les Croix de feu.

Émile Zola intitulait par antiphrase la Joie de vivre celui de ses romans où il a le plus lourdement accumulé toutes les raisons que nous pourrions avoir de ne plus vouloir vivre, si notre grand maître n’était l’instinct de la conservation. De même, dans ce livre de M. Roland Dorgelès, où la mort est à chaque page avec toutes ses épouvantes et toute son ordure, dans ce livre dont le titre même évoque la mort et l’image des cimetières sans grilles ni murailles, des cimetières illimités où hélas! il y a des morts- ce n’est pas comme le cimetière de l’Oiseau bleu,- dans ce livre qui devrait être sinistre et qui n’arrive pas même à être morose, partout éclate le désir de vivre, le désir et souvent la joie.

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«Une telle joie était en vous, écrit M. Roland Dorgelès, qu’elle dominait les pires épreuves. Dans la boue des relèves, sous l’écrasant labeur des corvées, devant la mort même, je vous ai entendus rire, jamais pleurer.» (Pourquoi dit-il «jamais pleurer», quand il n’a pas eu la fausse pudeur de nous cacher leurs larmes?) Il ajoute «Etait-ce votre âme, mes pauvres gars que cette blague divine qui vous faisait plus forts?» M. Roland Dorgelès, qui était là, témoigne donc de la bonne humeur des poilus. C’est une question qui a donné lieu durant quatre années à des controverses interminables, parce qu’elle était agitée d’ordinaire par des gens pleins de bonnes intentions, mais qui, à rebours de M. Roland Dorgelès étaient que ailleurs que là.

On mettait les poilus hors d’eux quand on imprimait dans les journaux de l’arrière que leur vie, grâce à cette vieille gaîté française, était «une perpétuelle rigolade». On ne leur faisait pas beaucoup plus de plaisir quand on parlait avec componction de leur sérieux, de leur noble gravité, ou, pour m’exprimer plus familièrement, quand on avait l’air de croire qu’ils la faisaient à la pose. Je ne dirai pas que la vérité est entre ces deux extrêmes je n’ai pas voix au chapitre; mais il me semble que l’auteur des Croix de bois a dû donner la note juste, et l’on est bien aise de ne trouver dans son livre ni une gaîté d’opéra-comique, ni ce rire sardonique et qui fait mal à entendre.

La joie, d’ailleurs entrecoupée, des jeunes héros de M. Roland Dorgelès est naturelle, spontanée, saine. Elle est vraie, et elle rend son livre plus vrai que d’autres auxquels on pourrait le comparer, parce qu’elle le rend plus divers et plus humain. Car enfin, les Croix de bois, c’est le même livre que le Feu, c’est le journal d’une escouade mais, quelle différence, et comme le Feu est moins vrai parce qu’il ne l’est que d’un seul côté et que les contrastes y manquent!

  1. Anatole France a écrit, il y a quelques années, un ingénieux parallèle de la vérité et du mensonge, où il remontrait que la grande misère de la vérité et sa raison d’être toujours vaincue est qu’elle est simple et une, au lieu que le mensonge est multiple et somptueux. Notre bon maître avait raison pour le cas particulier qu’il envisageait; mais, plus généralement, le réel, qui est une création de la nature, participe de sa prodigalité et est innombrable; le faux ou le convenu, qui est une création de l’homme, se trahit par son indigence et par son unité. C’est comme sa marque de fabrique. Je crois à première vue le livre de M. Dorgelès plus vrai que celui de Barbusse, parce que j’y aperçois une diversité plus ondoyante et que je n’y sens aucun parti pris.

Je ne nie pas que M. Henri Barbusse n’ait plus d’expérience, d’autorité, voire de littérature que son jeune confrère, et je ne veux point, au surplus, m’attarder à un jeu de comparaison qui pourrait n’être pas sans danger, autant pour M. Roland Dorgelès que pour moi-même. Je n’ignore pas que, si l’on se permet la réserve la plus légère sur l’œuvre de M. Henri Barbusse, on se fait traiter de réactionnaire- ou de poule mouillée, ce qui est encore plus désobligeant. Je m’en consolerais si j’étais seul en cause, mais je crains de faire tort à M. Roland Dorgelès en donnant indirectement à croire par mes éloges, qu’il a arrangé ses tableaux de la guerre, ménagé les nerfs de ses lecteurs ou de ses lectrices.

Rien ne serait plus faux. Il n’a aucune timidité, sa sincérité est absolue. Il ne se complait pas dans l’horreur mais il ne compose pas avec elle, et ce qui ne peut-être dit que brutalement, il le dit brutalement. Son langage n’est pas précisément recherché ni bégueule. Si parfois il n’appelle pas les choses par leur nom, c’est qu’il préfère les équivalents que l’argot leur a donnés et qui font vertement image. Les sujets les plus scabreux ne l’effraient point, et l’un des meilleurs chapitres de son livre, La Maison du bouquet blanc, tiendrait le coup (comme on dit) à côté de La Maison Tellier. Il y a moins de gros comique et un drame plus poignant dans La Maison du bouquet blanc. J’espère que je viens de rétablir la réputation de M. Roland Dorgelès, après avoir risqué de la compromettre.

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Repères biographiques

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Roland Dorgelès est né Roland Lecavelé à Amiens le 15 juin 1885. Il débute des études à l’École des Arts décoratifs et fréquente la bohême de Montmartre. Il rencontre Guillaume Apollinaire, Mac Orlan, Max Jacob. Dès 1913 il opte pour le journalisme et collabore à L’Homme libreque dirige Clemenceau. En 1914, il est engagé volontaire dans l’infanterie. En 1919, il publie Les Croix de bois dans lequel il décrit la vie des poilus. Immense succès qui lui vaut à la fois la gloire et le Prix Femina 1919. En 1929, Roland Dorgelès entre à l’Académie Goncourt et en devint président en 1954. Correspondant de guerre en 1939-1940, il raconte son expérience dansRetour au front (1940), Carte d’identité(1945) et Bleu horizon(1949). Roland Dorgelès continue à écrire jusqu’à sa mort le 18 mars 1973.

Roland Dorgeles

GUERRE MONDIALE 1914-1918, NOËL SUR LE FRONT EN 1914, NOEL

Noël sur le front en 1914

Les Carnets de guerre de Fréderic B. (Centenaire 1914-1918)

 

« Journal du 13 avril au…Journal du 15 mai au… »

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LES FRATERNISATIONS DE NOEL 1914

Publié le 21 Mai 2015

 

        I/ FREDERIC B. ET LES FRATERNISATIONS DE NOEL 1914

            

Frédéric B. nous livre dans ses Carnets de Guerre un témoignage précieux et rare des épisodes de fraternisations qu’il a vécues à la Noël 1914. Précieux et riche, cette première partie s’en fait l’écho. Rare, la comparaison avec les autres trêves s’étant déroulées en décembre 1914 sur le front ouest, dans la seconde partie, met en relief cette qualité.

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         Dans un premier temps, rien ne permet d’imaginer qu’un rapprochement entre Français et Allemands est possible, dans ces premiers mois de la Grande Guerre. Par exemple, lors de la nuit du 22 décembre 1914, un soldat français du régiment de Frédéric B. se fait tirer dessus. De corvée de boyaux (il nettoie les tranchées), une patrouille ennemie s’approche à cinquante mètres de lui et fait feu : le camarade de Frédéric B. réussi néanmoins à s’enfuir. Le même jour, dans le Journal des marches et opérations du 99èmeRégiment d’Infanterie{C}[1] dont fait partie notre jeune soldat avec plus de 3.000 autres hommes, il est noté : « bruits suspects souterrains en avant des tranchées du secteur du Bois commun ». Ces exemples sont révélateurs des tensions extrêmes qui existent alors de part et d’autres des tranchées, entre les Français et leurs vis-à-vis.

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         Cependant, les esprits sont agités de questions intérieures.  En cette fin d’année 1914, les fêtes s’annoncent tristes et moroses pour tous les soldats et leurs familles. « Tous souffrent de la séparation d’avec leurs proches, et les hommes semblent vouloir établir une trêve à leurs tueries », nous indique Frédéric B. dans ses écrits, le 24 décembre 1914.

           La matinée de ce même jour est en effet marquée par un combat meurtrier. Le JMO du 99ème R.I. la raconte ainsi : « Il a été constaté qu’un nouveau boyau avait été construit […] Une reconnaissance a trouvé dans le boyau 4 allemands qui n’ont pas voulu se rendre et ont immédiatement ouvert le feu ».

         Pourtant, cette même veille de Noël, en début d’après-midi, alors que rien ne semblait laisser deviner un tel épisode, Frédéric B. aperçoit la 1ère Compagnie de son régiment, située à la hauteur du Bois carré, sympathiser avec des ennemis. Des  signes amicaux sont échangés de part et d’autre des lignes. Un dialogue inattendu s’engage entre Français et Allemands originaires de Bavière (province du sud de l’Allemagne, rattaché à l’Empire allemand en 1870).

 

 C’est alors que huit soldats originaires de Munich descendent dans la tranchée de Frédéric B, secteur du Bois Touffu, ne désirant pas retourner dans leurs boyaux. En effet, ils ont en horreur cette guerre déclenchée par les Prussiens, considérés comme des ennemis par ces Bavarois inclus de force dans l’Empire allemand par les Prussiens seulement 40 années auparavant. Prisonniers volontaires, ces soldats du 20ème Régiment d’Infanterie bavaroise apprennent à Frédéric B. et à ses camarades que les Prussiens ont décidé d’attaquer la nuit même les positions françaises. La fraternisation tourne à l’alliance. Un cas rare.

Le récit de Fréderic B. est par ailleurs confirmé par le texte du JMO : « Des prisonniers se présentèrent successivement. […] Questionnés, ils donnent de précieux renseignements sur l’ordre de bataille ennemi. D’après leurs dires une très grande animosité existe entre les Prussiens et les Bavarois ». Et ces derniers de prévenir les Français que des galeries de mines sont en train d’être creusées vers leurs positions.

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La nuit du 24 au 25 décembre 1914, Frédéric et son bataillon reçoivent l’ordre de passer la nuit aux créneaux, secteur du Bois Touffu, au cas où les ennemis viendraient à attaquer, suite aux renseignements obtenus la veille. Mais l’ambiance n’est pas à l’affrontement, de l’autre côté des lignes : Frédéric entend les Allemands chanter et jouerde la musique. Dans l’après midi du 25 décembre, les échanges ont recommencé et l’adjudant Faure, du 99ème R.I., s’avance entre les tranchées puis serre la main d’un officier ennemi. Ces épisodes de rapprochement sont ponctués d’explosions d’obus, tirés depuis des positions plus éloignées, par d’autres  Allemands. Frédéric B. conclu son récit de ce Noël si particulier par ces mots : « Jamais je n’ai autant ressenti l’horreur de cette guerrequ’aujourd’hui, en ce jour de fête, si doux à vivre de coutume et si triste cette année ».

            Le lendemain, 26 décembre, dernier épisode des fraternisations vécues par Fréderic B., plus directement encore que les autres. Notre soldat fait la remarque que l’ennemi ne tire pas un seul coup de fusil, alors qu’habituellement il « tiraillait sans cesse ». Frédéric est alors de garde au poste avancé. Dans la matinée, un soldat ennemi s’avancevers lui pour lui proposer un verre de kummel[2] et un cigare. Ils se serrent la main et parlent, Frédéric B. confessant alors connaitre quelques rudiments d’allemand. La description qu’il en fait est troublante : « Il m’apprend qu’il était artiste peintre, étudiant à Munich ; il a vingt-six ans. Après quelques minutes d’entretien, chacun rentre dans sa tranchée, en se souhaitant au revoir. ». Un portrait qui n’est pas sans évoquer un certain Adolf Hitler, qui aurait pu alors se présenter ainsi. Mais au même moment, celui-ci était basé plus au nord, et servait d’estafette pour l’Etat-major[3].

            Ces évènements interrogent Frédéric B. Dans ses notes du 26 décembre, il évoque la possibilité d’un rapprochement des peuples, d’une trêve pouvant déboucher sur une paix des peuples. Une réflexion rarement lue, si tôt dans le conflit. Mais certainement qu’il n’était pas le seul de son régiment à l’avoir. Voici ce qu’il écrit : « Que penser de ces manifestations d’amitié ? Je souhaite qu’elles soient sincères : ce serait preuve que tous sentent le besoin d’imposer une trêve à cette horrible guerre et qu’elle peut s’établir un instant par accord tacite ».

          Si Frédéric B. n’en parle plus après le 26 décembre 1914, cette fraternisation continue jusqu’au 1er janvier 1915. Elle s’interrompt alors sous la pression des Etats-majors des deux camps, comme le révèle le JMO du 99ème R.I. : « Vers 23 heures, deux sous-officiers bavarois ont déclaré à un lieutenant du 99e (…) que, tout en restant nos camarades, ils ne pouvaient plus causer avec nous, parce que leurs officiers l’ont défendu trop rigoureusement. Cette interdiction s’explique (…) par la crainte de voir des renseignements importants transmis à nos troupes ». Il ne semble pas que, parmi les troupes françaises, dans ce secteur, des sanctions aient été prises contre ceux qui avaient engagé des discussions avec l’ennemi.

  

            II/ LES FRATERNISATIONS DE NOEL 1914 SUR LE FRONT DE L’OUEST

            

          Frédéric B. et son Régiment ne furent pas les seuls à vivre des épisodes de fraternisations à la Noël 1914. Ailleurs, des troupes allemandes, britanniques et françaises ont connu des cessez-le-feu non officiels, le long du front de l’Ouest. Mais ces trêves ont eu lieu, dans leur immense majorité, bien plus au nord, et n’ont concerné des soldats français que très exceptionnellement. Les témoignages recueillis dans les différents JMO des armées engagées situent le principal épisode des fraternisations sur le front belge, prêt de la ville d’Ypres. C’est celui-ci, qui est raconté dans le film Joyeux Noël de Christian Carion, sorti en 2005. Il est le plus fameux car le seul à avoir été raconté par des journaux[4], dans les jours qui ont suivi, et le seul à avoir été immortalisé par des photographies.

 

            Les soldats qui se trouvent en Belgique sont choqués par les pertes importantes qu’ils ont subies depuis le mois d’août 1914. C’est alors que le matin du 25 décembre, les Français mais surtout les Britanniques entendent des chants de Noël montant des tranchées ennemis. Ils aperçoivent  aussi des arbres de Noël placés le long des tranchées ennemies. Puis des Allemands sortent de leurs boyaux et font des signes amicaux en direction des Britanniques et des Français.

 

  Allemands et Britanniques se rejoignent rapidement au milieu d’un paysage dévasté par les obus (ce que l’on nomme le No man’s land). Les Français restent pour commencer à l’écart, et se mêlent, en petit nombre, à ces manifestations d’amitié avec moins d’implication que les Anglais ou les Ecossais. C’est que ceux-ci sont des engagés volontaires, au contraire des Français mobilisés, et qu’ils ne se battent pas sur leur sol. Pour certains, ce n’est déjà plus leur guerre.

«Ce n’est pas un phénomène d’ampleur, ce sont des petits gestes spontanés, sporadiques, à force de se regarder. C’est une pomme qu’on lance d’une tranchée à l’autre, un morceau de pain, un coup à boire, un échange de chansons patriotiques, sentimentales. Ce mouvement commence surtout avec les Britanniques, la guerre se civilise, l’autre n’est plus un monstre et on sort pour se rencontrer entre les tranchées», explique l’historien Marc Ferro [5].

 

            Les fraternisations des fêtes de Noël sont ainsi les plus courantes aux endroits où Britanniques et Allemands se font face. Si elles existent parfois ailleurs en cette fin d’année 1914, l’épisode vécu par Frédéric B. et son régiment apparait bien exceptionnel. Il n’y a par exemple pas de « trêves » dans les régions où Français-Belges combattent seuls contre les Allemands, en dehors du cas raporté par notre soldat, en Somme. Car là, lahaine dirigée vers un ennemi considéré comme un envahisseur, ayant par exemple dévasté le territoire de Belgique et y ayant commis des crimes de guerre, est trop forte.

 

            L’un des épisodes les plus réjouissants de ces trêves s’est déroulé dans le secteur d’Ypres, justement. Il s’agit d’un match de football joué dans le No man’s land entre Britanniques et Allemands, dans cette zone large d’environ 20 à 40 mètres, immortalisée par un photographe amateur présent sur les lieux.  

 

            Suite à ce match, les anciens ennemis enterrèrent leurs morts, donc les corps se trouvaient encore entre les lignes de tranchées. Ils chantèrent ensemble, aussi. La plupart des photographies de cette trêve « belge » furent confisquées ou détruites. Mais quelques unes parvinrent à la rédaction du quotidien britannique The Daily Mirror, qui les publia le 5 janvier 1915, accompagnées de témoignages. Cet épisode fut rapidement connu.

 

 

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            L’Etat-major des deux camps réagit rapidement à la nouvelle. Des bombardements ont lieu, depuis des positions plus éloignées, pour forcer les soldats à se réfugier dans leurs tranchées respectives. Les « troupes contaminées » se voient affectées ailleurs, souvent sur des zones de combats plus dures. Ce qui n’arriva pas, semble-t-il, aux soldats du régiment de Frédéric B.

            A noter que des fraternisations ont eu lieu plus tard durant le conflit. Ils ne se sont pas limités à cette Noël 1914, même si ces épisodes sont restés rares et toujours combattus par le commandement militaire. En juillet 1916, ainsi, le soldat français Louis Barthas note : « Quelquefois, il y avait des échanges de politesse, c’étaient des paquets de tabac de troupe de la Régie française qui allaient alimenter les grosses pipes allemandes ou bien des délicieuses cigarettes Made in Germany qui tombaient dans le poste français. On se faisait passer également chargeurs, boutons, journaux, pain. »[6]

 

 

*     *     *

 

SOURCES

 

Les Carnets de Frédéric B. (collection particulière – Carnets de Guerre d’un Poilu originaire de Lyon)

 Journal des Marches et opérations du 99ème R.I. publié sur le site institutionnel Mémoire des hommes (lien direct : http://tinyurl.com/JMO99eRINoel1914)

 « Trêve de Noël », article de l’Encyclopédie participative en ligne Wikipédia

 « La guerre des tranchées: fraternisations et accords tacites », textes réunis par Yann Prouillet, publiés sur le site du CRID (crid1418.org)

 « C’est demain Noël » par Jérôme Estrada, dans L’Est Républicain, article mis en ligne le 17 décembre 2014.

 

POUR ALLER PLUS LOIN

Marc Ferro (dir.), Frères de tranchée, Paris, Tempus, 2006.

 Christian Carion, Joyeux Noël, Perrin,‎ octobre 2005, 177 p.

[1] JMO du 99ème RI consultable sur le site « Mémoire des Hommes » (lien direct : http://tinyurl.com/JMO99eRINoel1914)

[2] Boisson alcoolisée allemande d’environ 35-40°, aromatisée principalement avec des épices.

[3] A cette description, difficile de ne pas reconnaitre un portrait plausible d’Aldolf Hitler, habitant à Munich depuis 1913 et se rêvant artiste peintre. Il accusait d’ailleurs alors 25 ans bien avancés. Toutefois, il se trouvait alors bien plus au nord, à Fournes-en-Weppes, où il servait d’estafette (il livrait des messages envoyés depuis l’état major jusqu’au front).

[4] Aucun journal français ni aucun journal allemand n’a rendu compte de ces trêves. Seule la presse britannique en a fait état fin 1914-début1915.

[5] Marc Ferro, Frères de tranchée, Paris, Tempus, 2006.

[6] Les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914-1918, Paris, La Découverte-poche, 2003, 568 p. Introduction et postface de Rémy Cazals, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université Jean Jaurès de de Toulouse.

http://lescarnetsdefrederic.over-blog.com/2015/05/les-fraternisations-de-noel-1914.html

DAVID DIOP, FRERE D'AME, GUERRE MONDIALE 1914-1918, LIVRES, LIVRES - RECENSION

Frère d’âme de David Diop

Frère d’âme

David Diop

Paris, Le Seuil, 2018. 176 pages.

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Le prix Goncourt des lycéens 2018 couronne David Diop

Le prix Goncourt des lycéens a été attribué jeudi 15 novembre à David Diop pour son roman « Frère d’âme » (Seuil).

Interrogeant la notion d’humanité, David Diop y relate la descente dans la folie d’un tirailleur sénégalais durant la Grande Guerre.

Alfa Ndiaye et Mademba Diop se connaissent depuis l’enfance. Là-bas, au village, ils ont grandi ensemble. Mais leur Gandiol natal, dans le nord-ouest du Sénégal, est loin désormais. Les deux hommes, à peine sortis de l’adolescence, sont plongés dans une guerre à laquelle ils ont voulu prendre part, par amour de la France.

Les deux tirailleurs sénégalais, perdus dans la boucherie de la Première Guerre mondiale, sont plus que des frères d’armes, ou de sang. Ils sont des « frères d’âme », reliés depuis la naissance par un fil invisible qu’un soldat ennemi surgi de la tranchée d’en face a soudain interrompu. Mademba est mort sous les yeux d’Alfa.

 

Venger celui qui était son « plus que frère »

Déjà auteur de poèmes, d’un essai sur la représentation de l’Africain et d’un roman qui s’inspirait aussi des déraisons nées du colonialisme européen (1), David Diop refait le voyage du Sénégal vers la France avec ce personnage saisissant de soldat déraciné qui sombre peu à peu dans la démence.

Bouleversé par l’assaut qui a coûté la vie à son ami, Alfa se glissera à la nuit tombée entre les barbelés ennemis pour tuer un soldat allemand, et rapporter dans son camp son fusil et la main – coupée – qui la tenait. Une manière de venger celui qui était son « plus que frère ». Mais à force de mains coupées, ses camarades finiront par voir en lui le spectre de la mort : « Ils ne souhaitent pas s’attirer le mauvais œil du soldat sorcier. »

Réminiscences, réelles et rêvées

« Les soldats chocolat ont commencé à chuchoter que j’étais un soldat sorcier, un démon, un dévoreur d’âmes, et les soldats toubabs ont commencé à les croire. » Ses supérieurs veulent l’évacuer. Pour cacher la folie.

 « Oui, j’ai compris, par la vérité de Dieu, que sur le champ de bataille on ne veut que la folie passagère. Des fous de rage, des fous de douleur, des fous furieux, mais temporaires. Pas de fous en continu. Dès que l’attaque est finie, on doit ranger sa rage, sa douleur et sa furie. La douleur, c’est toléré, on peut la rapporter à condition de la garder pour soi. Mais la rage et la folie, on ne doit pas les rapporter dans la tranchée. Avant d’y revenir, on doit se déshabiller de sa rage et de sa furie, on doit s’en dépouiller, sinon on ne joue plus le jeu de la guerre. »

L’évacuation d’Alfa à l’arrière du front sera l’occasion de réminiscences, réelles et rêvées, du Sénégal. La furie et la folie de la guerre lointaine percutent les souvenirs d’enfance, la perte de sa mère partie sans jamais revenir, ainsi que l’amour de la jeune Fary. L’écriture de David Diop est dense, prenante, et ses pages sont faites de larmes, de boue et de sang, portant un récit de guerre forgé par un conteur.

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https://www.la-croix.com/Culture/Livres-et-idees/Frere-dame-David-Diop-2018-09-20-1200970111?utm_source=Newsletter&utm_medium=e-mail&utm_content=2018

GUERRE MONDIALE 1914-1918, LA PRIERE DES TRANCHEES, LES TRANCHEES, UN LIEU DE PRIERE, PAUL DONCOEUR (1860-1961), PRIERES

Prier dans les tranchées

Les tranchées : un lieu de prière

 

« La Prière des Tranchées » 

 

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Le soir tombe, semblable au-dessus des deux lignes  
Semblable de tendresse et de rédemption. 
Encore un jour passé que nous abandonnons 
Pour mieux aimer demain dont l’espoir nous fait signe. 
 
Le soir tombe, Seigneur. Sous sa feinte douceur 
Que cache-t-il, tendant la trame de son ombre ? 
Quel invisible doigt parmi nos rangs dénombre 
Ceux dont le dernier jour sera ce jour qui meurt ? 
 
Quels d’entre nous verront le prochain crépuscule ? 
Quels verront la Victoire et l’ultime combat ? 
Notre désir grandit, s’exalte, se débat, 
Et, douloureux se tend vers le but qui recule.  
 
Sans la flamme, Seigneur, les flambeaux ne sont rien. 
Nous sommes les flambeaux et vous êtes la flamme. 
Pour l’orgueil de nos cœurs, pour la foi de nos âmes, 
Seigneur, accordez-nous notre espoir quotidien. 
 
…Seigneur, vous n’avez pas exaucé nos prières. 
Voici les ciels de brume et d’immobilité ! 
Chaque jour alourdit le poids de nos misères 
Et nous doutons parfois, Seigneur, de la clarté.  
 
Où sont les fruits promis, les moissons et les roses ?  
L’hiver a poignardé la gloire du jardin. 
Aux espoirs abolis les granges se sont closes 
Et le vol des corbeaux insulte à nos destins.

…Pitié mon Dieu, pitié pour tous ceux qui fléchissent, 
Pour tous ceux qui n’ont plus la foi qu’il faut avoir. 
Plus pur est dans le cœur l’état du sacrifice 
Quand il ne s’est nourri qu’aux flambeaux du devoir. 
 
D’autres heures naîtront, plus belles et meilleures. 
La Victoire luira sur le dernier combat. 
Seigneur, faites que ceux qui connaîtront ces heures 
Se souviennent de ceux qui ne reviendront pas.  
 
Sylvain ROYÉ (1891-1916)

 

 

La tranchée, lieu de prière

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Une exhortation à prier, par le Père Doncœur, à ses frères soldats.

 

«Pries-tu ?… Du fond du cœur ?.. Comme il le faut dans les terribles heures que nous vivons !

Avoue que tu passes facilement un jour sans prier, que souvent tu pries sans penser à rien, que souvent tu pries comme si cela t’était bien égal. Mais prie donc !

Prie le matin en sortant de ta paille. Tu n’y penses pas souvent ou tu te dis que tu n’en as pas le temps. Fais un bon signe de croix et dis : “Mon Dieu, je vous offre ma journée et je me confie à votre bont销 Et cours à la corvée qui t’appelle.

Prie le soir quand tu tombes éreinté dans ton abri sans te déséquiper. Tu n’en peux plus. Et dis-le donc : “Mon Dieu, je n’en puis plus, je vous offre mon travail et je m’endors dans vos bras”€. Et dors bien vite.

Prie quand tu es de garde la nuit, que tu t’ennuies parce que c’est long, et que le cafard te prend, et que la peur ou le froid te gèlent. Prends donc ton chapelet et dis-le dix fois jusqu’à ce qu’il ne tourne plus ; celui-ci pour ta femme et tes petits, celui-ci pour la France, celui-ci pour que la guerre finisse et celui-ci pour tes camarades tombés l’autre jour…

Et puis quand tu le peux, au cantonnement, tranquillement, monte à la vieille église sombre, va près de l’autel, et la tête dans tes mains, oublie tout le monde et prie avec ferveur, dans un recueillement intense. Dis à Dieu tes misères, tes tristesses, ton amour, tes désirs, tes besoins.

Dis-lui que tu t’offres à lui. Demande-lui qu’il vive en toi, qu’il te purifie ; qu’il te fortifie, qu’il te change, qu’il fasse de toi un chrétien solide, et qu’il te donne le bonheur de convertir ton camarade qui n’est pas venu mais qui viendra peut-être. Et demande-lui qu’il sauve le pays et ceci, et cela…

Il y a tant à demander !.. et tu ne pries pas ?… Mais prie donc !»

Paul Doncoeur (1880-1961), l’ aumônier militaire

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Quand la guerre éclate en 1914, Paul Doncœur devient aumônier militaire aux 115e RI, 35e RI et 42e RI ; il participe aux batailles de la Marne, de l’Aisne, de Champagne et de Verdun. C’est à cette période que le Père Doncoeur, aidé d’ouvriers du bâtiment, construit une chapelle souterraine dans les grottes de Confrécourt.

Grièvement blessé dans la Somme, il guérit miraculeusement à Lourdes, ce qui lui permet de rejoindre ses régiments pour les combats de Reims, des Flandres et de la victoire de 1918. Sa bravoure, son abnégation, son courage et son dévouement pour assurer une sépulture chrétienne aux soldats morts au champ d’honneur lui vaudront une renommée immense : sept citations, la Croix de guerre, et il est fait Chevalier de la Légion d’honneur.

Après le conflit, il s’engage dans différentes actions afin «de reconstruire la chrétienté de la France, retrouver un christianisme intégral, pour que le sacrifice de la grande guerre ne soit pas inutile !». Parallèlement il anime la Ligue de la DRAC (Défense des Religieux Anciens Combattants).

En effet, de novembre 1918 à septembre 1919, le Père Doncoeur accompagné d’une équipe de soldats arpente les différents champs de bataille pour assurer à tous les soldats une sépulture descente. C’est en 1919, que cette équipe de volontaire crée le Calvaire des Wacques à Souain. Cette initiative est soutenue et encouragée par le Général Baston de la 14e division d’infanterie.

Le 25 novembre 1921, promu Officier de la Légion d’Honneur, il est décoré sur le front des troupes dans la cour d’honneur des Invalides.

Moins de trois ans plus tard, le nouveau président du conseil, Edouard Herriot, annonce, le 2 juin 1924, la reprise de l’expulsion des congrégations, la suppression de l’ambassade auprès du Saint-Siège et l’application de la loi de séparation de l’Église et de l’État à l’Alsace et à la Moselle.

En réponse à ces annonces, deux mois plus tard, la Ligue des droits du religieux ancien combattant est fondée et, en octobre, Paul Doncœur publie une lettre ouverte au Président Herriot « Pour l’honneur de la France, nous ne partirons pas ».

Et le Président Herriot abandonna son projet.