FRANCE, GUERRES, SOLDATS, SOLDATS TOMBES AU CHAMP D'HONNEUR

Soldats tombés au champ d’honneur

Soldats morts au champ d’honneur

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Dans les champs des Flandres (In Flanders Fields)

John McCrae

Au champ d’honneur, les coquelicots
Sont parsemés de lot en lot
Auprès des croix; et dans l’espace
Les alouettes devenues lasses
Mêlent leurs chants au sifflement
Des obusiers.
Nous sommes morts,
Nous qui songions la veille encor’
À nos parents, à nos amis,
C’est nous qui reposons ici,
Au champ d’honneur.
À vous jeunes désabusés,
À vous de porter l’oriflamme
Et de garder au fond de l’âme
Le goût de vivre en liberté.
Acceptez le défi, sinon
Les coquelicots se faneront
Au champ d’honneur.

(Adaptation signée Jean Pariseau, CM, CD, D. ès L. (histoire).

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Dans les champs des Flandres (In Flanders Fields)

John McCrae

Né à Guelph, en Ontario, le 30 novembre 1872 dans une famille presbytérienne écossaise, John McCrae a obtenu un baccalauréat en médecine en 1898 à l’Université de Toronto. Il a travaillé en tant qu’officier résident à l’Hôpital général de Toronto de 1898 à 1899. Après avoir travaillé en tant qu’officier résident à l’Hôpital général de Toronto, McCrae s’embarque en décembre 1899 pour l’Afrique du Sud où il participe, avec son unité, à la deuxième guerre des Boers. Il quitte l’Afrique du Sud avec des sentiments partagés, choqué du piètre traitement que recevaient les soldats malades et blessés. Il démissionne de la 1re brigade d’artillerie en 1904 après avoir été promu capitaine, puis major. Mais en 1914, il s’engage comme volontaire dans la grande guerre. Il a emmené avec lui un cheval nommé Bonfire, un cadeau d’un ami.

En avril 1915, John McCrae se retrouve dans les tranchées d’Ypres, ville flamande en Belgique. Il perd au cours des combats un de ses meilleurs amis qui fut inhumé dans une tombe de fortune marquée d’une simple croix de bois où les coquelicots sauvages poussent entre les rangées. Le lendemain, il compose son illustre poème:

Le 28 janvier 1917, John McCrae décède des suites d’une pneumonie et d’une méningite. Il a été inhumé au cimetière de Wimereux, au nord de Boulogne, près des champs de Flandre. Bonfire était à la tête du cortège funèbre, et les bottes de McCrae étaient renversées dans les étriers. Un copain devait écrire ce qui suit au sujet des funérailles :

«C’était une bien belle journée de printemps, aucun de nous ne portait de pardessus et la brume jaillissait des montagnes à Wimereux. J’étais vraiment reconnaissant que le poète auteur de «In Flanders Fields» repose là au soleil, en pleine campagne, qu’il aimait tellement (…)» (Prescott. In Flanders Fields: The Story of John McCrae, p. 77) (traduction)

Depuis, pour les britanniques, le « Poppy » (coquelicot) symbolise le sacrifice et le souvenir de la première guerre mondiale, alors que le Jour de l’armistice du 11 Novembre est appelé le « Poppy Day » (jour du coquelicot).

À Ypres, le 11 novembre de chaque année, les collines des deux côtés de la Porte Ménin (Menen) sont recouvertes de coquelicots en papier. La porte Ménin est un mémorial dédié aux soldats du Commonwealth, tués au cours des batailles féroces autour du Saillant d’Ypres et disparus sans sépultures. Situé à la sortie orientale de la ville d’Ypres, en Flandre (Belgique), à l’emplacement d’une ancienne porte des fortifications Vauban ceinturant la ville, elle marque le point de départ d’une des principales routes menant les soldats alliés au front pendant la Première Guerre mondiale, en direction de la petite ville flamande de Menin (en néerlandais Menen). Conçu par Sir Reginald Blomfield et construit par le gouvernement britannique, le Mémorial a été inauguré le 24 juillet 1927. chaque soir à 20 heures, les clairons de la brigade locale des pompiers ferment la route qui passe sous le mémorial et jouent The Last Post. Cette cérémonie s’est poursuivie sans interruption depuis le 2 juillet 1928, à l’exception de la période d’occupation allemande lors de la seconde guerre mondiale, durant laquelle la cérémonie quotidienne se déroulait au cimetière militaire de Brookwood, dans le Surrey, en Angleterre.

GUERRES, POEME, POEMES, PONT DU DIABLE, VILLEBRAMAR

Pont du diable

Pont du Diable

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« Alep Est n’existera plus dans quelques mois »

Je ne sais pas qui tient les orgues barbares de la nuit,
cette nuit
où les fils de Satan attendent de poser la dernière pierre,
Déjà se pressent les damnés de la Vingt-Cinquième heure.

Billevesées dit l’esprit fort.
Qui peut savoir ?
Le pont du diable, son arche inachevée
Le pont d’Avignon et ses danseurs de volcans
Que les créatures de dieu se comptent !
Déjà se pressent les damnés de la Vingt-Cinquième heure.

Il y a des pleurs et des grincements de dents.

Qui tient les orgues barbares de la nuit, cette nuit ?
Nos chercheurs ont inventé de nouvelles armes
passent dans le ciel des vaisseaux porteurs de mort
les pierres, les pierres même d’Alep en tremblent.
Ce n’est pas de la vingt-cinquième heure qu’il s’agit
mais de la deux-mille ou trois-mille ou dix-millième heure
pour les damnés de la terre.
Oui, nos chercheurs inventent de nouvelles armes.
Grâces leur soient rendues, il n’y a plus un seul pont du diable debout.

Qui tient les orgues barbares de la nuit, cette nuit ?
Il pleut sur Alep des langues de feu
sur les créatures de dieu, les damnés de la terre, les danseurs de volcans du pont
d’Avignon.
Non, il ne reste plus de pierre.
Sur les pierres.

Que chantent, chantent, et résonnent les orgues barbares de la nuit.
Cette nuit.

 

Villebramar, octobre 2016

Le représentant des Nations Unies.

EMILE VERHAEREN (1855-1916), FRANCE, GUERRE MONDIALE 1914-1918, GUERRE... ET PAIX..., GUERRES, HISTOIRE DE FRANCE, JEAN DE LA FONTAINE (1621-1695), LETTRE DE POLUS, POEME, POEMES

Guerre…. et paix…

Guerre…. et paix….

 

Une statue (soldat)

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Au carrefour des abattoirs et des casernes,
Il apparaît, foudroyant et vermeil,
Le sabre en bel éclair sous le soleil.

Masque d’airain, casque et panache d’or ;
Et l’horizon, là-bas, où le combat se tord,
Devant ses yeux hallucinés de gloire !

Un élan fou, un bond brutal
Jette en avant son geste et son cheval
Vers la victoire.
Il est volant comme une flamme,
Ici, plus loin, au bout du monde,
Qui le redoute et qui l’acclame.

Il entraîne, pour qu’en son rêve ils se confondent,
Dieu, son peuple, ses soldats ivres ;
Les astres mêmes semblent suivre,
Si bien que ceux
Qui se liguent pour le maudire
Restent béants : et son vertige emplit leurs yeux.

Il est de calcul froid, mais de force soudaine :
Des fers de volonté barricadent le seuil
Infrangible de son orgueil.

Il croit en lui — et qu’importe le reste !
Pleurs, cris, affres et noire et formidable fête,
Avec lesquels l’histoire est faite.

Il est la mort fastueuse et lyrique,
Montrée, ainsi qu’une conquête,
Au bout d’une existence en or et en tempête.
Il ne regrette rien de ce qu’il accomplit,
Sinon que les ans brefs aillent trop vite
Et que la terre immense soit petite.

Il est l’idole et le fléau :
Le vent qui souffle autour de son front clair
Toucha celui des Dieux armés d’éclairs.

Il sent qu’il passe en rouge orage et que sa destinée
Est de tomber en brusque écroulement,
Le jour où son étoile étrange et effrénée,
Cristal rouge, se cassera au firmament.

Au carrefour des abattoirs et des casernes,
Il apparaît, foudroyant et vermeil,
Le sabre en bel éclair dans le soleil.

Emile Verhaeren, Les Villes tentaculaires

 

Ode pour la paix

Jean de La Fontaine

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Le noir démon des combats
Va quitter cette contrée ;
Nous reverrons ici-bas
Régner la déesse Astrée.

La paix, soeur du doux repos,
Et que Jules va conclure,
Fait déjà refleurir Vaux ;
Dont je retire un bon augure.

S’il tient ce qu’il a promis,
Et qu’un heureux mariage
Rende nos rois bons amis,
Je ne plains pas son voyage.

Le plus grand de mes souhaits
Est de voir, avant les roses,
L’Infante avecque la Paix ;
Car ce sont deux belles choses.

O Paix, infante des cieux,
Toi que tout heur accompagne,
Viens vite embellir ces lieux
Avec l’Infante d’Espagne.

Chasse des soldats gloutons
La troupe fière et hagarde,
Qui mange tous mes moutons,
Et bat celui qui les garde.

Délivre ce beau séjour
De leur brutale furie,
Et ne permets qu’à l’Amour
D’entrer dans la bergerie.

Fais qu’avecque le berger
On puisse voir la bergère,
Qui court d’un pied léger,
Qui danse sur la fougère,

Et qui, du berger tremblant
Voyant le peu de courage,
S’endorme ou fasse semblant
De s’endormir à l’ombrage.

O Paix ! source de tout bien,
Viens enrichir cette terre,
Et fais qu’il n’y reste rien
Des images de la guerre.

Accorde à nos longs désirs
De plus douces destinées ;
Ramène-nous les plaisirs,
Absents depuis tant d’années.

Etouffe tous ces travaux,
Et leurs semences mortelles :
Que les plus grands de nos maux
Soient les rigueurs de nos belles ;

Et que nous passions les jours
Etendus sur l’herbe tendre,
Prêts à conter nos amours
A qui voudra les entendre.

Jean de La Fontaine, 1679

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Lettre d’un poilu à sa femme

« La sentence est tombée : je vais être fusillé pour l’exemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus d’obtempérer. »

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Le 30 mai 1917

Léonie chérie,

J’ai confié cette dernière lettre à des mains amies en espérant qu’elle t’arrive un jour afin que tu saches la vérité et parce que je veux aujourd’hui témoigner de l’horreur de cette guerre.

Quand nous sommes arrivés ici, la plaine était magnifique. Aujourd’hui, les rives de l’Aisne ressemblent au pays de la mort. La terre est bouleversée, brûlée. Le paysage n’est plus que champ de ruines. Nous sommes dans les tranchées de première ligne. En plus des balles, des bombes, des barbelés, c’est la guerre des mines avec la perspective de sauter à tout moment. Nous sommes sales, nos frusques sont en lambeaux. Nous pataugeons dans la boue, une boue de glaise, épaisse, collante dont il est impossible de se débarrasser. Les tranchées s’écroulent sous les obus et mettent à jour des corps, des ossements et des crânes, l’odeur est pestilentielle.

Tout manque : l’eau, les latrines, la soupe. Nous sommes mal ravitaillés, la galetouse est bien vide ! Un seul repas de nuit et qui arrive froid à cause de la longueur des boyaux à parcourir. Nous n’avons même plus de sèches pour nous réconforter parfois encore un peu de jus et une rasade de casse-pattes pour nous réchauffer.

Nous partons au combat l’épingle à chapeau au fusil. Il est difficile de se mouvoir, coiffés d’un casque en tôle d’acier lourd et incommode mais qui protège des ricochets et encombrés de tout l’attirail contre les gaz asphyxiants. Nous avons participé à des offensives à outrance qui ont toutes échoué sur des montagnes de cadavres. Ces incessants combats nous ont laissé exténués et désespérés. Les malheureux estropiés que le monde va regarder d’un air dédaigneux à leur retour, auront-ils seulement droit à la petite croix de guerre pour les dédommager d’un bras, d’une jambe en moins ? Cette guerre nous apparaît à tous comme une infâme et inutile boucherie.

Le 16 avril, le général Nivelle a lancé une nouvelle attaque au Chemin des Dames. Ce fut un échec, un désastre ! Partout des morts ! Lorsque j’avançais les sentiments n’existaient plus, la peur, l’amour, plus rien n’avait de sens. Il importait juste d’aller de l’avant, de courir, de tirer et partout les soldats tombaient en hurlant de douleur. Les pentes d’accès boisées, étaient rudes .Perdu dans le brouillard, le fusil à l’épaule j’errais, la sueur dégoulinant dans mon dos. Le champ de bataille me donnait la nausée. Un vrai charnier s’étendait à mes pieds. J’ai descendu la butte en enjambant les corps désarticulés, une haine terrible s’emparant de moi.

Cet assaut a semé le trouble chez tous les poilus et forcé notre désillusion. Depuis, on ne supporte plus les sacrifices inutiles, les mensonges de l’état major. Tous les combattants désespèrent de l’existence, beaucoup ont déserté et personne ne veut plus marcher. Des tracts circulent pour nous inciter à déposer les armes. La semaine dernière, le régiment entier n’a pas voulu sortir une nouvelle fois de la tranchée, nous avons refusé de continuer à attaquer mais pas de défendre.

Alors, nos officiers ont été chargés de nous juger. J’ai été condamné à passer en conseil de guerre exceptionnel, sans aucun recours possible. La sentence est tombée : je vais être fusillé pour l’exemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus d’obtempérer. En nous exécutant, nos supérieurs ont pour objectif d’aider les combattants à retrouver le goût de l’obéissance, je ne crois pas qu’ils y parviendront.

Comprendras-tu Léonie chérie que je ne suis pas coupable mais victime d’une justice expéditive ? Je vais finir dans la fosse commune des morts honteux, oubliés de l’histoire. Je ne mourrai pas au front mais les yeux bandés, à l’aube, agenouillé devant le peloton d’exécution. Je regrette tant ma Léonie la douleur et la honte que ma triste fin va t’infliger.

C’est si difficile de savoir que je ne te reverrai plus et que ma fille grandira sans moi. Concevoir cette enfant avant mon départ au combat était une si douce et si jolie folie mais aujourd’hui, vous laisser seules toutes les deux me brise le cœur. Je vous demande pardon mes anges de vous abandonner.

Promets-moi mon amour de taire à ma petite Jeanne les circonstances exactes de ma disparition. Dis-lui que son père est tombé en héros sur le champ de bataille, parle-lui de la bravoure et la vaillance des soldats et si un jour, la mémoire des poilus fusillés pour l’exemple est réhabilitée, mais je n’y crois guère, alors seulement, et si tu le juges nécessaire, montre-lui cette lettre.

Ne doutez jamais toutes les deux de mon honneur et de mon courage car la France nous a trahi et la France va nous sacrifier.

Promets-moi aussi ma douce Léonie, lorsque le temps aura lissé ta douleur, de ne pas renoncer à être heureuse, de continuer à sourire à la vie, ma mort sera ainsi moins cruelle. Je vous souhaite à toutes les deux, mes petites femmes, tout le bonheur que vous méritez et que je ne pourrai pas vous donner. Je vous embrasse, le cœur au bord des larmes. Vos merveilleux visages, gravés dans ma mémoire, seront mon dernier réconfort avant la fin.

Eugène ton mari qui t’aime tant.


 

ETE 1918 : VERS LA FIN DE LA GRANDE GUERRE, GUERRE MONDIALE 1914-1918, GUERRES, HISTOIRE DE FRANCE, L'ETE 1918 : VERS LA FIN DE LA GRANDE GUERRE

Un été 1918 : vers la fin de la Grande Guerre

L’été 1918 : Un dernier été dans les tranchées. Vers la fin de la Grande Guerre 1914-1918

 

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C’est au début de l’été 1918, après quatre années de face-à-face dans les tranchées, qu’une contre-offensive alliée, nommée après-guerre « seconde bataille de la Marne », a contraint les Allemands au repli et finalement à l’armistice en novembre suivant.

 

Son nom l’indique. La « seconde » bataille de la Marne ne saurait se comprendre hors des années et des mois qui la précèdent : moins connue que la mythique « première bataille de la Marne » qui, en 1914, a permis de stopper l’avancée allemande vers Paris, elle intervient, au début de l’été 1918, dans un contexte à hauts risques pour les Alliés.

Les armées ennemies sont maintenant engagées dans les combats depuis près de quatre ans. En France, le front reste grosso modo stabilisé sur une ligne entre Verdun et Courtrai en passant par Saint-Quentin et Laon et les poilus sont épuisés par leur face-à-face avec les Allemands dans la boue des tranchées. L’année 1917 a été marquée par la déroute des plans militaires des Alliés et, sur le front de l’est, par les armistices entre l’Allemagne, la Russie et la Roumanie. Malgré les difficultés économiques et sociales de l’Allemagne à la suite du blocus imposé en août 1914par les Alliés, le maréchal von Hindenburg et son adjoint le général von Ludendorff espèrent encore une victoire décisive à l’ouest.

Il y a en effet urgence. Les Allemands doivent l’emporter avant l’arrivée massive des soldats américains qu’il a fallu, pendant de longs mois, former et équiperCeux-ci commenceront seulement à grossir les effectifs alliés de manière significative à partir de mars 1918 – entre 150 000 et 200 000 soldats supplémentaires par mois. Pour l’heure, les Allemands bénéficient d’une relative supériorité numérique grâce notamment au rapatriement d’une cinquantaine de divisions du front de l’est, après le traité de Brest- Litovsk, signé avec la jeune République russe bolchevique le 3 mars 1918. Au printemps, l’armée allemande lance donc une longue série d’offensives.

La première, l’opération « Michael », est déclenchée le 21 mars, près d’Amiens. Le 15 juillet, la « Friedensturm » sera celle de la dernière chance. À ce moment-là, l’objectif allemand n’est plus tant d’obtenir une victoire militaire décisive que de s’approcher le plus possible de Paris afin de « peser à la table des négociations », analyse l’historien François Cochet. Les attaques sont menées selon une méthode déjà expérimentée sur le front est, à Riga, en septembre 1917. Il s’agit de concentrer une forte puissance de feu pendant un temps très bref, grâce aux « Sturmtruppen » positionnées devant les troupes d’assaut conventionnelles. Composés d’une quarantaine d’hommes et armés d’artillerie légère, de grenades, de mortiers ou de lance-flammes, ces groupes de combat sont chargés de « trouver les points où l’ennemi résiste le moins, la pente de l’eau en quelque sorte », résume l’historien.

Cette fois pourtant, malgré cette force de frappe, les Allemands doivent renouveler les attaques jusqu’en juillet. Bien pis, les pertes humaines sont énormes : au moins 100 000 morts et plusieurs centaines de milliers de blessés et de disparus. Aussi, dès le mois de juin 1918, les effectifs germaniques deviennent « squelettiques, les compagnies d’artillerie qui comptaient 200 hommes n’en réunissent plus qu’une cinquantaine, poursuit François Cochet. Le vrai problème de l’Allemagne en 1918, c’est qu’elle n’a plus d’hommes. À partir de juin-juillet, le remplacement du matériel pose également problème. »

L’épuisement de l’ennemi est d’ailleurs au cœur de la stratégie alliée, théorisée par le général Pétain après les échecs de 1917. Cette « défense en profondeur » consiste à réduire en première ligne le nombre de soldats, par là même voués au sacrifice, et à renforcer la défense en seconde et troisième lignes. Ainsi, plus les troupes allemandes progressent et érodent leurs forces, plus elles trouvent de résistance face à elles. Dans ce contexte, pour la première fois depuis 1917, les Alliés vont prendre et conserver l’initiative.

Le 18 juillet, ils contre-attaquent. La « seconde bataille de la Marne » débute. Elle durera jusqu’en août. La progression des troupes alliées contraint les Allemands à amorcer un mouvement de repli qui durera jusqu’à l’armistice. À la fin de l’été, les Alliés avancent lentement, « environ 1,5 km par jour, précise l’historien Frédéric Guelton. Contrairement aux Allemands qui ont mené une guerre de mouvement à l’est, les Alliés ont désappris la guerre pendant quatre années d’immobilité. Mais face aux troupes allemandes réduites et affamées, l’assommoir arithmétique fonctionne. » Sur le front qui s’étire alors sur 1 200 km, le général Foch déploie toute la puissance de feu des Alliés. Si leur artillerie est comparable à celle des Allemands, ils disposent, en revanche, de 1 500 avions et 2 500 chars quand leur ennemi en compte respectivement 1 000 et 40 seulement. Dès juillet, cette supériorité mécanique est au cœur de la seconde « bataille de la Marne », ce qui à la fois la rapproche et la distingue de celle de 1914. « Lorsque les Allemands perdent l’initiative, les Français renouent avec cette bataille mythique qui, quatre ans plus tôt, a brisé l’image d’une armée allemande invincible », explique l’historien Michaël Bourlet.

Pourtant, elle ne répond pas aux mêmes choix militaires. « En 1914, les états-majors misent sur une guerre courte, analyse encore l’historien. En 1918, ils ont intégré dans leurs réflexions la puissance de feu qui s’est considérablement accrue depuis et permet de compenser en partie les pertes humaines des années précédentes. » Le centre de gravité des combats a, lui aussi, changé, situé plus à l’est en 1918, autour de Château-Thierry et de Reims. La longueur du front également, étendu sur une centaine de kilomètres – moitié moins qu’en 1914 –, de Château-Thierry dans l’Aisne à Massiges dans la Marne.

Surtout, entre-temps, la manière de conduire la guerre a beaucoup évolué. La deuxième bataille de la Marne marque aussi un tournant dans l’utilisation des armes. « En 1914, les avions effectuaient essentiellement des missions d’observation. Désormais, ils sont un élément clé du dispositif, car ils permettent bombardements, chasse et appui tactique tandis que se déploient les chars Renault FT », précise Michaël Bourlet qui conclut : « Dans ses modes opératoires, il s’agit de la dernière bataille du XIXsiècle et de la première du XXsiècle. »

Ces combats « interarmes préfigurent les suivants, ceux de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à la fin des années 1960 », confirme François Cochet. Ils sont également « interalliés » – mêlant des Anglais, Américains, Belges, Italiens, Français et aussi des Polonais, Tchécoslovaques, Russes… « Après la bataille de Verdun en 1916, la France a renforcé ses effectifs en cherchant des hommes partout », rappelle Frédéric Guelton. À partir de 1917, les Alliés vont recevoir le concours de troupes issues de pays d’Europe de l’Est qui espèrent alors « naître en tant que nation indépendante ». L’arrivée de ces renforts, à commencer par celle des soldats américains, ne se déroule toutefois pas sans tension.

Contrairement aux espoirs des Alliés et notamment des poilus, l’entrée en guerre des États-Unis ne s’est pas ressentie sur le front dès avril 1917, même si elle a eu un « effet psychologique dans cette France qui se saigne à blanc depuis trois ans », temporise Frédéric Guelton. En effet, il a fallu commencer par instruire les soldats américains, les équiper, les former au nouveau matériel – principalement français et britannique. « En avril 1917, l’armée américaine n’existe pas vraiment, tranche François Cochet. Elle compte seulement de 120 000 à 130 000 hommes, est totalement inexpérimentée et dépourvue de matériel lourd. »

Alors que les Alliés souhaitent remplacer leurs hommes épuisés par quatre ans de combat, le président américain Woodrow Wilson donne l’ordre au général Pershing de ne jamais combattre sous leur commandement. Là où Français et Britanniques espéraient « l’amalgame », les Américains préfèrent demeurer « associés » et combattre de leur côté. Ainsi, la grande offensive prévue le 14 novembre 1918 pour monter sur Berlin prévoyait-elle un itinéraire sud assuré par les Français et un itinéraire nord par les Américains. L’armistice interviendra finalement avant, demandé par une Allemagne à bout de souffle.

 

Jusqu’à l’été, l’espoir d’une paix négociée a dominé outre-Rhin. Mais, une fois la contre-offensive alliée engagée, un sentiment de défaite s’installe dans une population déjà très éprouvée. « Dès 1915, les civils, qui sont moins bien nourris que les soldats au front, connaissent la disette, souligne l’historien. Le blocus allié devient efficace dès 1916 et les cartes de restrictions apparaissent dès 1917. » À l’été 1918, le divorce entre l’armée et le peuple allemands est consommé, qui se traduira à l’automne par des mutineries, un soulèvement populaire puis la fin de l’Empire.

 

« En 1917 et encore davantage en 1918, on assiste à une prise de pouvoir militaire et politique du maréchal von Hindenburg et du général von Ludendorff: ces deux hommes assurent alors en même temps la conduite de la guerre et la direction de l’Allemagne », explique l’historien Frédéric Guelton. En juin 1918, rappelle-t-il, Richard von Kühlmann, le ministre des affaires étrangères de l’Empire allemand, est obligé de démissionner pour avoir évoqué une sortie de guerre devant le Reichstag.

 

Au même moment, l’opinion française évolue à l’inverse. Jusqu’en juillet 1918, l’inquiétude la façonne. « Lorsque Paris est bombardé à nouveau, les Français craignent de revivre les assauts de 1914, analyse François Cochet. En outre, des cartes de restriction sur le pain sont apparues en janvier 1918. Mais, à partir de la seconde bataille de la Marne, et plus encore à la mi-août, ils comprennent que la guerre est gagnée. »

 

Sur le plan politique aussi, la France connaît des changements opposés. À partir des échecs du général Nivelle en 1917, envoyé en Afrique du Nord après la boucherie du Chemin des Dames, c’en est fini de la totale liberté d’action des militaires. « À partir de l’arrivée au pouvoir de Georges Clemenceau, le gouvernement assure la direction de la guerre et les chefs militaires sa conduite seulement », résume Frédéric Guelton. « Cette nouvelle cohérence entre l’État, la nation et l’armée témoigne, selon l’historien, de l’efficacité des démocraties quand elles s’organisent. »

 

https://www.la-croix.com/Journal/Il-cent-ans-jouait-lissue-Grande-Guerre-2018-06-23-1100949506

 

 

De mars à août 1918, les dates clés

 

21 mars 1918. Première offensive allemande dite « Michael », près d’Amiens. Les troupes alliées sont éprouvées mais résistent.

 26 mars. Le commandement allié est confié au général Foch

 9 avril. Deuxième offensive allemande en Flandres. Les troupes britanniques essuient l’assaut et le contiennent.

 27 mai. Troisième offensive allemande vers le Chemin des Dames (Aisne). Les Allemands avancent jusqu’à Jaulgonne, Dormans et Château-Thierry le 30 mai, à moins de 100 km de Paris.

 Début juin. Les combats arrivent dans les faubourgs de Reims et s’y arrêtent. Les Allemands veulent prendre la ville en tenailles et franchir la Marne au niveau de la « poche de Château-Thierry » afin de préparer une offensive sur Paris.

 9 juin. Quatrième offensive allemande sur le Matz, de moindre envergure et contenue.

 1er au 26 juin. Bataille du bois Belleau, premier engagement des divisions américaines.

 15 juillet. Offensive allemande de l’Aisne jusqu’à Châlons et sur Paris avec le « canon de Paris ». À l’est de Reims, le général Gouraud résiste avec la 4e armée, mais autour de Dormans, les Allemands passent la Marne et avancent vers Épernay.

18 juillet. Contre-offensive alliée qui marque le début de la seconde bataille de la Marne. La 10e armée du général Mangin remporte une première victoire à Villers-Cotterêts et la 6e armée du général Degoutte avance vers la rive sud de l’Ourcq.

 21 juillet. La 9e armée du général de Mitry reprend Château-Thierry. Les Allemands commencent à se replier vers l’Aisne.

 8 août. Attaque franco- américaine dans la région de Montdidier, que Ludendorff nommera la « journée de deuil pour toute l’Allemagne ».

GUERRES, NE TIREZ PAS SUR LE SOLDAT !, POEME, POEMES

Ne tirez pas sur le soldat !

NE TIREZ PAS SUR LE SOLDAT !

 

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Ne tirez pas sur le soldat !

Jeune encore

Mais déjà veilleur

Si fragile

Malgré son  uniforme

Si fragile

Malgré ses armes

 

Ne tirez pas sur le soldat

Ombre familière

Qui fait parti du paysage

Que l’on ne pense même plus

A lui dire “Merci !”

D’être veilleur pour nous

 

Ne tirez pas sur le soldat

Il tuera peut-être un jour

De  mauvaises gens sans doute

Des innocents aussi peut-être

Mais nous lui avons remis une arme

 

Ne tirez pas sur le soldat

Il dort dans son bivouac

Ses rêves sont peuplés

De trop de combats

De trop de camarades tombés

 

Ne crachez pas

Sur la tombe du soldat

Il repose enfin en paix

La terre lui donne enfin

La paix qu’il voulait donner

 

Ne crachez pas

Sur la tombe du soldat

Il a veillé pour nous

Il faisait seulement pour nous

Ce que nous ne voulions pas faire

 

Repose en paix

Toi le soldat inconnu

Et pardonne-nous de là-haut

De t’avoir laissé mourir pour nous

Qui avons si mal servi la Paix

Prie seulement le Père des Cieux

Qu’un jour la terre trouve la Paix

 

 ©Claude-Marie T.

19 février 2018.