FRANCE, HISTOIRE, HISTOIRE DE FRANCE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, PLONGER DANS L'HISTOIRE : UN CHOIX DE DIX OUVRAGES

Plonger dans l’histoire : un choix de dix ouvrages

Lecture et confinement :

header-Histoire-de-Francedix livres pour plonger dans l’histoire

 

1

LA GUERRE DES GAULES

La Guerre des Gaules

Jules César

Paris, Flammarion, 1993. 284 pages

61+KKB69boL

Quatrième de couverture

Les Commentaires de la Guerre des Gaules ont été rédigés alors que César venait de vaincre Vercingétorix et voulait faire connaître à l’opinion romaine, avant sa candidature à un second consulat, les épisodes de sa belle conquête. Ses adversaires répandaient alors mille bruits sur son compte. La rédaction de La Guerre des Gaules fut donc, avant tout, l’acte d’un chef vainqueur qui rétablit les faits et coupe court aux intrigues et calomnies de ses ennemis politiques. Pourtant, il n’y a dans La Guerre des Gaules ni omission capitale, ni mensonge, nulle rhétorique, rien que des faits. C’est un général qui écrit, selon le mot de Quintilien, «avec le même esprit qu’il fait la guerre».

En histoire ancienne on peut revenir aux sources de la France, et d’ouvrir La Guerre des Gaules, de César. Loin du souvenir rébarbatif des versions latines, prendre le livre à la première page c’est  suivre  le conquérant romain sur les antiques chemins de ce qui n’était pas encore la France. C’est aussi suivre le récit rapidement des marches et des contre-marches, des batailles, des ralliements et des trahisons, des folles espérances, des victoires et des défaites. La Guerre des Gaules fait aussi parti de la geste nationale à travers Vercingétorix. On peut prendre l’édition des Belles Lettres, en deux volumes, car la traduction y est très vivante et accompagnée d’utiles notes de bas de page donnant des détails historiques et géographiques qui augmentent encore la saveur du texte.

 

 

2

JEANNE D’ARC

Jeanne d’Arc

Régine Pernoud, Marie-Véronique Clin

Paris, Fayard, 1986. 447 pages

41651mpEYnL._SX305_BO1,204,203,200_

En histoire médiévale, parce que cette année est celle du centenaire de sa canonisation, il faut absolument lire la biographie de Jeanne d’Arc publiée par Régine Pernoud et Marie-Véronique Clin aux éditions Fayard, rééditée en format poche en 2011. Outre une histoire suivie et admirablement écrite de la vie de notre héroïne nationale, l’ouvrage est agrémenté de très nombreuses biographies sur tous les compagnons de cette épopée. En refermant le livre, on ne connaîtra  pas seulement mieux cette grande sainte que tout le monde cite en ignorant la réalité de son existence, mais on aura aussi une vision d’ensemble sur la France de ce début de XVe siècle.

Présentation de l’éditeur

Personnage le plus célèbre de l’histoire de France, Jeanne d’Arc n’a cessé de fasciner. Biographie méticuleuse de celle qui fit irruption dans l’histoire en changeant le cours de la guerre de Cent Ans, fit couronner le roi et fut condamnée au bûcher après un procès inique en 1431. Ce livre raconte l’itinéraire extraordinaire de la jeune bergère de Domrémy. Il resitue Jeanne dans son contexte et brosse les portraits des principaux protagonistes de son histoire. Les auteurs livrent tous les éléments connus qui éclairent le mythe et les controverses qu’elle suscita, dont sa canonisation tardive et les polémiques contemporaines portent encore la trace. Paru en première édition chez Fayard en 1986.

 

Critique

Cette guerre dura cent ans. Elle faillit faire de la France une terre anglaise. En 1429, alors que les Anglais sont aux portes d’Orléans, une voix venue des cieux se fait entendre, non au roi de France mais à une petite paysanne de Domrémy, Jeanne. Une mission lui incombe : sauver la France. Cette pieuse jeune fille met désormais sa vie au service de son roi et de son pays. Elle prend la tête de l’armée et sauve Orléans ; elle permet au roi d’être sacré et d’affermir ainsi son pouvoir. Trahie, livrée aux Anglais, jugée par les tribunaux ecclésiastiques pour sorcellerie, elle est brûlée vive à Rouen. Celle qui réussit à redonner du courage à tout un peuple entrait dans la légende nationale.

Dans un ouvrage didactique, enrichi de nombreuses illustrations et de biographies annexes, les auteurs nous font redécouvrir de manière très vivante l’histoire exceptionnelle de cette jeune femme devenue l’héroïne la plus populaire de France. –Gaëtane Guillo

3

LES CROISADES ET LES NORMANDS

Histoire des Croisades

Jean Richard

Paris, Fayard, 1996. 550 pages

51-L00CnxZL._SX329_BO1,204,203,200_

En histoire médiévale toujours si on remonte encore le temps on peut apprécier la lecture de deux ouvrages qui se complètent parfaitement, L’Histoire des croisades, de Jean Richard, publiée chez Fayard en 1996, rééditée en poche en 2012, et celle des Empires normands d’Orient, de Pierre Aubé, publiée chez Perrin, dans la collection Tempus pour l’édition de 2006. Du IXe au XIVe siècle, entre Occident et Orient, toute l’histoire de la chrétienté se dévoilera, dans sa limpidité, avec ses gloires et ses limites, loin du livre noir et du livre d’or. Il faut lire ces ouvrages passionnants pour parler, ensuite, avec intelligence, des croisades et de ce Moyen Âge méconnu.

Il y a tout juste neuf siècles, le pape Urbain II lançait l’appel à la croisade qui allait jeter sur les routes de l’Orient des dizaines de milliers d’hommes venus de toute l’Europe. Le prix de cette première expédition fut lourd à payer pour la chrétienté, mais l’expansion turque était arrêtée, Constantinople dégagée, et le Saint-Sépulcre échappait aux Infidèles. Dès lors, les croisades eurent un autre objectif: la défense de ces Etats latins, chargés de souvenirs bibliques, où affluaient les pèlerins d’Occident.

Les premières défaites des chrétiens n’ébranlèrent pas le zèle pour la Terre sainte. Vague après vague, les pèlerins, attirés par les privilèges spirituels attachés à la délivrance des Lieux saints, continuaient à répondre aux appels des papes. Le mouvement s’intensifia quand Jérusalem tomba aux mains de Saladin, en 1187. La chrétienté réagit alors avec vigueur. Une des croisades toutefois dévia de sa route, et les croisés,  » mettant Dieu en oubli « , pillèrent Constantinople. Bientôt Innocent annonçait une nouvelle croisade; elle devait ouvrir la voie à la diplomatie et permettre à Frédéric II de se faire couronner à Jérusalem roi d’un royaume qui fut peu à peu reconstitué. Mais les répercussions de la conquête de l’Iran par les Mongols et un renversement d’alliances firent reperdre la Ville sainte.

C’est à ce moment que Saint Louis décidait de se croiser. Malgré l’échec de sa campagne d’Egypte, des établissements francs se maintenaient. Cette fois, les Mongols eux-mêmes arrivaient. Une autre forme de croisade s’esquissa, qui ne put empêcher les dernières places franques de tomber. Désormais, le but de la croisade serait d’assurer la défense du monde chrétien face à l’expansion des Turcs.

Epopée exaltant la foi et l’héroïsme pour les uns, temps de ténèbres pour les autres, les croisades ont bien été l’un des épisodes majeurs de l’histoire du monde. Au-delà de toute polémique, Jean Richard nous livre un récit magistral de cette aventure qui, deux siècles durant, mit en contact les Occidentaux avec l’Orient et leur ouvrit la connaissance des autres.

Jean Richard, membre de l’Institut, est l’un des meilleurs connaisseurs de l’Orient latin sur lequel il a publié de nombreux travaux. Il est aussi l’auteur d’une biographie de Saint Louis.

 

Les empires normands d’Orient 

Pierre Aubé

Paris, Tempus Perrin, 2006. 352 pages.

 

518c2KCRT2L._SX301_BO1,204,203,200_

La fabuleuse aventure de ces Nordmen francisés partis conquérir les rives de la Méditerranée.

L’action se passe aux XIe, XIIe, XIIIe siècles. La foi, la soif de richesse, l’appétit du pouvoir, le courage, l’azur du ciel sont les passions qui animent les héros de cette fabuleuse aventure. Ces Nordmen francisés, seigneurs du Cotentin partis conquérir les rives de la Méditerranée, sont devenus prince d’Antioche, rois de Naples et de Sicile. Frédéric de Hohenstaufen fut un de leurs prestigieux héritiers.

Médiéviste, Pierre Aubé a déjà écrit plusieurs ouvrages remarqués, dont Baudouin IV de Jérusalem (1980), Godefroi de Bouillon (1983) et Thomas Becket (1988), traduits en plusieurs langues. Sa monumentale biographie Saint Bernard de Clairvaux a reçu le Grand Prix de la biographie historique de l’Académie française.

4

LES GUERRES DE RELIGION

Les Valois : De François Ier à Henri III, 1515-1589

Georges Bordonove

Paris, Pygmalion, 2010. 1005 pages.

4110Xx5HlDL._SX309_BO1,204,203,200_

Franchissons les siècles, et nous voici en pleines guerres de religion. Il est délicat, ici, de conseiller un ouvrage grand public, fruit de la réflexion d’un universitaire. Le sujet est complexe et encore soumis aux passions. Alors, on peut aisément se plonger dans l’ouvrage rédité en 2020 : en un seul volume, des biographies des Valois de François Ier à Henri III, par Georges Bordonove. La plume est alerte, comme toujours chez Bordonove, et une certaine objectivité est respectée par l’auteur dans ce thème difficile. Par la vie et l’œuvre de nos rois, vous traverserez, avec un certain panache, les épisodes sombres des guerres de religion.

Quatrième de couverture

La dynastie des Valois-Angoulême nous plonge au cœur d’une période éblouissante, celle de la Renaissance que symbolisent aujourd’hui les merveilleux châteaux de la Loire. De la bataille de Marignan, qui consacre le Roi-Chevalier, à l’avènement de Henri IV, c’est tout un siècle à la fois glorieux et tragique qui défile à travers cinq règnes : ceux de François Ier, Henri II et ses trois fils, François II, Charles IX et Henri III, sans oublier l’omniprésente reine Catherine de Médicis. Car les crimes politiques abondent, la lutte entre catholiques et protestants fait rage au point de mettre en péril l’unité du pays. Mais, au-delà de ces conflits dont les traces ont subsisté pendant des siècles, ces souverains, mécènes et protecteurs des arts sous toutes leurs formes, parviennent à jeter les bases d’une puissante monarchie absolue qui hissera bientôt la France à la tête de l’Europe des Lumières. Cinq rois, cinq personnalités contrastées et investies de leur haute mission sacrée.

Biographie de l’auteur

Lauréat de l’Académie française et de la Bourse Goncourt du récit historique, grand prix des libraires, officier de la Légion d’honneur, George Bordonove conte la superbe épopée des rois qui ont fait la France. Refusant les facilités d’une vulgarisation simpliste de l’Histoire, il la clarifie afin d’en mieux traduire les palpitations vraies et les étonnantes analogies avec notre époque.

 

5

LE GRAND SIÈCLE DES SAINTS

Pour le Grand Siècle, fort heureusement, nous avons sous la main un auteur hors du commun, avec François Bluche, dont le Louis XIV, publié chez Fayard, demeure l’incontournable pour connaître le XVIIe siècle et le règne du Grand roi. Pour une vision plus large de ce XVIIe qu’on appela « Le siècle des saints », il faut absolument lire Le Grand règne, recueil regroupant quatre ouvrages de François Bluche ; La vie quotidienne au temps de Louis XIV, Louis XIV, Louis XIV vous parle, Le « mécénat » de Louis XIV. Publiée en 2006, cette somme se lit avec plaisir, tant son érudition est servie par une plume agréable et dépouillée des lourdeurs d’un appareil de notes rejeté en fin d’ouvrage.

Louis XIV – François Bluche

François Bluche

Paris, Fayard/Pluriel, 2012. 1056 pages.

6108410_13475854

François Bluche, historien spécialiste de l’Ancien Régime et professeur émérite à l’université de Paris, a aussi publié dans la collection « Pluriel » Le despotisme éclairé et Les Français au temps de Louis XVI.

Dans l’imaginaire collectif, le personnage de Louis XIV est synonyme de guerres, d’intolérance religieuse, de disettes, de frivolité ou à l’inverse d’austérité, selon la partie du règne à laquelle on s’intéresse. François Bluche a souhaité rompre avec cette historiographie et renouveler la démarche du biographe en l’ouvrant davantage sur l’entourage et le contexte politique, économique et culturel. Il accorde ainsi une large place à l’éducation du jeune souverain et à un événement tel que la Fronde qui conditionna ensuite toute la stratégie politique du monarque. Car Louis XIV ne fut pas qu’un guerrier, il fut également un grand réformateur.

 

Le Grand Règne: La vie quotidienne au temps de Louis XIV – Louis XIV – Louis XIV vous parle – Le  »mécénat » de …

François Bluche

Paris, Fayard, 2006. 1280 pages.

41xdPGTgyqL._SX347_BO1,204,203,200_

Depuis la publication, en 1986, de la désormais classique biographie du Roi-Soleil par François Bluche, le jugement de Voltaire, pour qui le temps de Louis XIV (1643-1715) fut « le siècle le plus éclairé qui fut jamais », est très largement partagé. Ce livre fameux est ici complété par La Trie quotidienne au temps de Louis XII ; qui évoque avec vivacité les travaux et les jours de tout un peuple, et par Louis XIV vous parle, qui reproduit, met en scène et analyse les propos et écrits du Roi tels que nous les ont transmis les textes les plus variés. La somme de ces trois ouvrages de référence dessine de Louis XIV, de son règne et de son royaume une fresque grandiose.

6

SUR LES ORIGINES DE LA RÉVOLUTION

Faisons encore un petit bond et abordons la Révolution française. Sur elle, tout a été écrit ou presque. Mais on peut aborder cette période sous un aspect peu abordé de la Révolution, celui de ses origines religieuses et celui du jansénisme. Pour cela, l’ouvrage  de Catherine Maire, publié chez Gallimard en 1998, De la cause de Dieu à la cause de la Nation, le jansénisme au XVIIIe siècle est à conseiller. À la suite de cette grande historienne, vous plongerez dans un autre XVIIIe siècle ; non pas celui des philosophes, mais celui d’une chrétienté en mutation, déchirée, où se mêle le religieux et le politique, et de laquelle sortira la Révolution de 1789.
De la cause de Dieu à la cause de la Nation: Le jansénisme au XVIIIᵉ siècle

Catherine Maire

Paris, Gallimard, 1998. 710 pages.

417B1SSZPPL._SX289_BO1,204,203,200_

Quatrième de couverture

Connaissez-vous l’abbé d’Etemare ? Connaissez-vous l’avocat Le Paige ? Probablement pas. Pourtant, ces deux inconnus de l’histoire ont sûrement été parmi les plus importants acteurs du XVIIIᵉ siècle français. Ils ont été, l’expression mérite pour une fois d’être employée, les «chefs d’orchestre clandestins» de l’agitation janséniste qui, de la résistance contre la bulle Unigenitus en 1713 à l’expulsion des Jésuites en 1764, en passant par les convulsions de Saint-Médard, n’a cessé d’occuper le devant de la scène publique. Ce livre s’emploie à tirer leurs œuvres et leurs entreprises de l’ombre. Il fallait, pour percer à jour l’énigme de ce mouvement qui a déconcerté des générations d’historiens et pour saisir la cohérence de ses différents visages, commencer par dégager son originalité en regard de ses illustres ancêtres du Grand Siècle. Elle repose sur deux piliers : une théologie de l’histoire, le «figurisme», à base de correspondances entre l’Écriture sainte et la suite des temps, et une doctrine de la résistance dans l’Église, le «Témoignage de la vérité», à base d’appel au jugement des fidèles. On comprend, à partir de là, la dynamique du phénomène dans ses trois grands moments. On comprend comment la protestation d’un petit groupe de clercs contre la condamnation pontificale d’un livre suspect, à l’instigation de Louis XIV, a pu déboucher sur l’organisation d’une formidable machine de propagande clandestine, la première du genre, sans doute, et la première, en France, à faire intervenir l’«opinion publique». On comprend la teneur de l’étrange flambée convulsionnaire, nourrie d’un enseignement figuriste qui échappe à ses promoteurs. On comprend enfin la curieuse stratégie des parlements dans leur opposition à Louis XV, transposition dans l’État de la démarche de résistance préalablement élaborée et testée dans l’Église. C’est tout un pan du siècle des Lumières qui s’éclaire de la sorte, grâce à l’exhumation des réseaux et des menées de ces théologiens-hommes d’action, acharnés à se cacher. Mais plus largement, ce sont les voies par lesquelles a cheminé l’ébranlement pré-révolutionnaire du trône et les rapports entre religion et politique dans le cadre de l’absolutisme, qui en acquièrent une nouvelle intelligibilité.

7

UN AUTRE XIXE SIÈCLE

Les bouleversements de la Révolution et de l’Empire franchis à grands pas, on peut se ploinger dans ce XIXè siècle qui vit tant de bouleversements internationaux et de changements dans les sociétés. Si l’on ne se plonge pas dans les récits des révolutions et des guerres on peut prendre le temps de découvrur un prince en exil que l’histoire a fini par oublier ! Ne dit-on pas que : « Malheur aux vaincus ! ». Là aussi, c’est un autre XIXe siècle qui s’ouvre à vous, avec ce livre de Daniel de Montplaisir, Le Comte de Chambord, dernier roi de France, publié chez Perrin en 2008, et qui donne un autre éclairage sur la vie politique française et européenne de ce temps, en s’appuyant largement sur des archives découvertes au début du XXIe siècle.

 

Le Comte de Chambord (Français) Broché – 29 mai 2008

Daniel de Montplaisir

Pris, Perrin, 2008. 748 pages.

41qJSl8yeHL._SX311_BO1,204,203,200_

Pour l’histoire, l’homme reste le  » comte de Chambord « . Pour les royalistes, qui l’ovationnèrent comme  » duc de Bordeaux  » puis le reconnurent comme  » Henri V  » il fut le  » roi « , le dernier roi de France.

Il le fut doublement : le 2 août, lorsque son grand-père Charles X abdiqua en sa faveur, et le 24 août 1883, lorsqu’il mourut sans enfants, laissant béante une succession de France qui demeure irrésolue à ce jour.
L’alternance de ses silences et e ses prises de position souvent mystérieuses, passionnèrent les historiens. Pourquoi avait-il refusé la couronne que la chute du Second Empire lui offrait sur un plateau ? Son obstination à n’accepter de Restauration qu’avec le drapeau blanc cachait-elle un prétexte pour échapper à son destin ou bien un manque consternant de sens politique ?
Faute de réponse, l’histoire oublia le comte de Chambord. Jusqu’à ce que ses archives privées, que l’on croyait perdues, soient récemment retrouvées. Leur exploitation permet de redécouvrir le roi Henri V et sa raison d’être : se préparer à assumer la charge de la France. Elle permet aussi de dépeindre l’homme qui, loin des cercles royalistes qui en firent une icône, mena la vie quotidienne d’un haut personnage de son sens politique ?
Le présent ouvrage dissipe le mystère politique et humain. Mais l’héritage du dernier monarque continue de planer comme une ombre sur l’histoire de France.

Daniel de Montplaisir, conseiller de l’Assemblée nationale et historien est notamment l’auteur de La Monarchie (Le Cavalier Bleu, coll.  » Idées reçues « , 2003)

.

8

UN PAPE DU XXE SIÈCLE

Voici le dernier siècle. L’histoire du XXè siècle n’a pas fini de raviver les passions tant il est encore proche de nous. Les conflits d’hier ne sont pa encore apaisés et il en est de même dans l’histoire de l’Eglise.  Puisque le pape François a décidé d’ouvrir les archives secrètes du Vatican correspondant au temps de son pontificat on peut profiter de cette occasion pour découvrir (ou redécouvrir)  Pie XII à travers la biographie que lui consacra Andrea Tornielli et que publièrent les éditions Tempora en 2009. C’est sans doute, pour le néophyte, la plus complète et la plus accessible des biographies au sujet de ce pape méconnu et calomnié. Vous n’y revivrez pas que la vie du pontife, mais surtout toute son œuvre publique, comme nonce apostolique sous Benoît XV, secrétaire d’État sous Pie XI, puis comme pape. Là encore, c’est tout le XXe siècle avec ses crises politiques et sociales qui se dévoilera devant vous, mais avec d’autres lunettes, celles du successeur de Pierre.

Pie XII 

Andrea Tornielli

Paris, Jubilé/Tempora, 2009. 812 pages.

51ijhXW1p8L._SX318_BO1,204,203,200_

Par la durée de son pontificat, l’ampleur de son enseignement qui a inspiré une bonne partie des textes du concile Vatican II et la diversité des questions qu’il a traitées, Pie XII a véritablement fait entrer l’Église dans la modernité. Le pape Pacelli a du faire face aux idéologies modernes les plus meurtrières que furent le nazisme et le communisme et mener l’Église dans une période particulièrement troublée. Ce pape exceptionnel, admiré de ses contemporains, méritait un portrait plus fouillé que les habituels raccourcis médiatiques.

L’ouvrage d’Andréa Tornielli est un document décisif porté au dossier du pape.
Refusant tout a priori, cette biographie d’Eugenio Pacelli, n’est pas une hagiographie. De nombreuses sources dont une partie inédite constituée des archives privées Pacelli, et les témoignages du dossier de béatification ont permis d’établir une biographie historique des plus sérieuses.
L’auteur n’esquive pas les questions brulantes des relations du pape avec le IIIème Reich et le nazisme. Dans son intervention et son action autour de la Shoah, Pacelli est suivi pas à pas, ses écrits sont disséqués, ses démarches confrontées à ses contradicteurs.
La vérité des archives pour un portrait inédit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

COULEURS (histoire des), HERVE FISCHER (1941-...), HISTOIRE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MICHEL PASTOUREAU (1947-....), MICHEL PASTOUREAU ET L'HISTOIRE DES COULEURS, SOCIOLOGIE

Michel Pastoureau et l’histoire des couleurs

 

Michel Pastoureau et l’histoire des couleurs

AVT_Michel-Pastoureau_224

Michel Pastoureau est né en 1947, il a publié notamment au Seuil, dans « La Librairie du XXIe siècle » : L’Étoffe du diable (1991), Une histoire symbolique du Moyen-Âge occidental (2004) et L’Ours. Histoire d’un roi déchu (2007). Son autobiographie Les Couleurs de nos souvenirs a reçu le prix Médicis Essai en 2010.

Il est professeur à la Sorbonne et à l’école pratique des Hautes Etudes où il est titulaire de la chaire d’Histoire de la symbolique occidentale.
Historien de la symbolique occidentale mondialement connu pour ses travaux sur l’histoire des couleurs en Occident, il a également publié une dizaine d’ouvrages sur les significations de l’héraldique, sur les blasons et les armoiries.

 

Le Petit livre des couleurs

Michel Pastoureau, Dominique Simonnet

Paris, Points, 2014. 144 pages

dsc_0006-2

Ce n’est pas un hasard si nous voyons rouge, rions jaune, devenons verts de peur, bleus de colère ou blancs comme un linge. Les couleurs ne sont pas anodines. Elles véhiculent des tabous, des préjugés auxquels nous obéissons sans le savoir, elles possèdent des sens cachés qui influencent notre environnement, nos comportements, notre langage, notre imaginaire. Les couleurs ont une histoire mouvementée qui raconte l’évolution des mentalités.

L’art, la peinture, la décoration, l’architecture, la publicité, nos produits de consommation, nos vêtements, nos voitures, tout est régi par ce code non écrit. Apprenez à penser en couleurs et vous verrez la réalité autrement !

^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^

Bleu : Histoire d’une couleur

Michel Pastoureau

Paris, Le Seuil, 2000

histoire_couleur_moyen-age_michel_pastoureau_conference_monde_medieval_anthropologie

L’histoire de la couleur bleue dans les sociétés européennes est celle d’un complet renversement : pour les Grecs et les Romains, cette couleur compte peu ; elle est même désagréable à l’œil. Or aujourd’hui, partout en Europe, le bleu est de très loin la couleur préférée (devant le vert et le rouge).

L’ouvrage de Michel Pastoureau raconte l’histoire de ce renversement, en insistant sur les pratiques sociales de la couleur (étoffes et vêtements, vie quotidienne, symboles) et sur sa place dans la création littéraire et artistique, depuis les sociétés antiques et médiévales jusqu’à l’époque moderne. Il analyse également le triomphe du bleu à l’époque contemporaine, dresse un bilan de ses emplois et significations, et s’interroge sur son avenir.

^^^^^^^^^^^^^^^^

Noir. Histoire d’une couleur

Michel Pastoureau

Paris, Le Seuil, 2008. 216 pages.

unnamed (9)

Couleur de la mort et de l’enfer, le noir n’a pas toujours été une couleur négative. Au fil de son histoire, il a aussi été associé à la fertilité, à la tempérance, à la dignité. Et depuis quelques décennies, il incarne surtout l’élégance et la modernité.

Du noir des moines et des pirates au noir des peintres et des couturiers, Michel Pastoureau retrace la destinée européenne de cette couleur pas comme les autres. Il s’attache à cerner sa place dans les faits de langue, les pratiques sociales, la création artistique et le monde des symboles. Couleur à part entière jusqu’à ce que l’invention de l’imprimerie puis les découvertes de Newton lui donnent le statut particulier de non-couleur, le noir dévoile ici une histoire culturelle extrêmement riche, depuis les mythologies des origines jusqu’à son triomphe au XXe siècle.

Longtemps, en Occident, le noir a été considéré comme une couleur à part entière, et même comme un pôle fort de tous les systèmes de la couleur. Mais son histoire change au début de l’époque moderne : l’invention de l’imprimerie, la diffusion de l’image gravée et la Réforme protestante lui donnent, comme au blanc, un statut particulier. Quelques décennies plus tard, en découvrant le spectre, Newton met sur le devant de la scène un nouvel ordre des couleurs au sein duquel il n’y a désormais plus de place ni pour le noir ni pour le blanc : pendant presque trois siècles, ce ne seront plus des couleurs. Toutefois, dans le courant du XXe siècle, l’art d’abord, la société ensuite, la science enfin redonnent progressivement au noir son statut de couleur véritable.

C’est à cette longue histoire du noir dans les sociétés européennes qu’est consacré le livre de Michel Pastoureau. L’accent est mis autant sur les pratiques sociales de la couleur (lexiques, teintures, vêtements, emblèmes) que sur ses enjeux proprement artistiques. Une attention particulière est portée à la symbolique ambivalente du noir, tantôt pris en bonne part (fertilité, humilité, dignité, autorité), tantôt en mauvaise (tristesse, deuil, péché, enfer, mort). Et comme il n’est guère possible de parler d’une couleur isolément, cette histoire culturelle du noir est aussi, partiellement, celle du blanc (avec lequel le noir n’a pas toujours fait couple), du gris, du brun, du violet et même du bleu.

^^^^^^^^^^^^^^^^^

Vert : Histoire d’une couleur

Michel Pastoureau

Paris, Le Seuil, 2013. 240 pages.

514z8bfntwL

Aimez-vous le vert ? À cette question les réponses sont partagées. En Europe, une personne sur six environ a le vert pour couleur préférée ; mais il s’en trouve presque autant pour détester le vert, tant chez les hommes que chez les femmes. Le vert est une couleur ambivalente, sinon ambiguë : symbole de vie, de sève, de chance et d’espérance d’un côté, il est de l’autre associé au poison, au malheur, au Diable et à ses créatures.

Le livre de Michel Pastoureau retrace la longue histoire sociale, artistique et symbolique du vert dans les sociétés européennes, de la Grèce antique jusqu’à nos jours. Il souligne combien cette couleur qui a longtemps été difficile à fabriquer, et plus encore à fixer, n’est pas seulement celle de la végétation, mais aussi et surtout celle du Destin. Chimiquement instable, le vert a symboliquement été associé à tout ce qui était instable : l’enfance, l’amour, la chance, le jeu, le hasard, l’argent. Ce n’est qu’à l’époque romantique qu’il est définitivement devenu la couleur de la nature, puis celle de la santé, de l’hygiène et enfin de l’écologie. Aujourd’hui, l’Occident lui confie l’impossible mission de sauver la planète.

 

^^^^^^^^^^^^^^^^

Rouge, Histoire d’une couleur

Michel Pastoureau

Paris, LE Seuil,  2016. 216 pages

31+aMpLgcML._SX258_BO1,204,203,200_

 

Le rouge est en Occident la première couleur que l’homme a maîtrisée, aussi bien en peinture qu’en teinture. C’est probablement pourquoi elle est longtemps restée la couleur « par excellence », la plus riche du point de vue matériel, social, artistique, onirique et symbolique.

Admiré des Grecs et des Romains, le rouge est dans l’Antiquité symbole de puissance, de richesse et de majesté. Au Moyen Âge, il prend une forte dimension religieuse, évoquant aussi bien le sang du Christ que les flammes de l’enfer. Mais il est aussi, dans le monde profane, la couleur de l’amour, de la gloire et de la beauté, comme celle de l’orgueil, de la violence et de la luxure. Au XVIe siècle, les morales protestantes partent en guerre contre le rouge dans lequel elles voient une couleur indécente et immorale, liée aux vanités du monde et à la « théâtralité papiste ». Dès lors, partout en Europe, dans la culture matérielle comme dans la vie quotidienne, le rouge est en recul. Ce déclin traverse toute l’époque moderne et contemporaine et va en s’accentuant au fil du temps. Toutefois, à partir de la Révolution française, le rouge prend une dimension idéologique et politique. C’est la couleur des forces progressistes ou subversives, puis des partis de gauche, rôle qu’il a conservé jusqu’à aujourd’hui.

Soutenu par une abondante iconographie, cet ouvrage est le quatrième d’une série consacrée à l’histoire sociale et culturelle des couleurs en Europe. Rouge.Histoire d’une couleur fait suite à Bleu. Histoire d’une couleur (2000), Noir. Histoired’une couleur (2008) et à Vert. Histoire d’une couleur (2013).

 

^^^^^^^^^^^^^^^^

Jaune – Histoire d’une couleur

Michel Pastoureau

Paris, Le Seuil, 2019. 240 pages

71qtWafQbRL

Aujourd’hui, en Europe, le jaune est une couleur discrète, peu présente dans la vie quotidienne et guère sollicitée dans le monde des symboles. Il n’en a pas toujours été ainsi. Les peuples de l’Antiquité voyaient en lui une couleur presque sacrée, celle de la lumière, de la chaleur, de la richesse et de la prospérité. Les Grecs et les Romains lui accordaient une place importante dans les rituels religieux, tandis que les Celtes et les Germains l’associaient à l’or et à l’immortalité. Le déclin du jaune date du Moyen Âge qui en a fait une couleur ambivalente. D’un côté le mauvais jaune, celui de la bile amère et du soufre démoniaque : il est signe de mensonge, d’avarice, de félonie, parfois de maladie ou de folie. C’est la couleur des hypocrites, des chevaliers félons, de Judas et de la Synagogue. L’étoile jaune de sinistre mémoire trouve ici ses lointaines racines. Mais de l’autre côté il y a le bon jaune, celui de l’or, du miel et des blés mûrs ; il est signe de pouvoir, de joie, d’abondance.

À partir du XVIe siècle, la place du jaune dans la culture matérielle ne cesse de reculer. La Réforme protestante puis la Contre-Réforme catholique et enfin les  » valeurs bourgeoises  » du XIXe siècle le tiennent en peu d’estime. Même si la science le range au nombre des couleurs primaires, au même titre que le rouge et le bleu, il ne se revalorise guère et sa symbolique reste équivoque. De nos jours encore, le jaune verdâtre est ressenti comme désagréable ou dangereux ; il porte en lui quelque chose de maladif ou de toxique. Inversement, le jaune qui se rapproche de l’orangé est joyeux, sain, tonique, bienfaisant, à l’image des fruits de cette couleur et des vitamines qu’ils sont censés contenir.

Michel Pastoureau poursuit son histoire des couleurs : après Bleu (2000), Noir (2008), Vert (2013) et Rouge (2016), il invite à une observation de l’usage et de la symbolique du jaune à travers un parcours iconographique extrêmement riche (plus de 230 illustrations). Le médiéviste s’attache à la perception de cette couleur ambiguë, symbole un temps de l’hérésie, en explorant des champs aussi variés que la philologie ou l’héraldique. La perception du jaune est mise en lien avec l’évolution artistique (le clair-obscur) et sociale (le protestantisme). Cette couleur, délaissée par la Bible, mal aimée, connut un regain d’intérêt par une invention technique, le jaune d’argent utilisé dans les vitraux du XIVsiècle, et par des apports non occidentaux, comme les « chinoiseries ». Ce caractère ambivalent forge également le pouvoir d’évocation politique du jaune, comme le montre sa place dans les mouvements contemporains de contestation.

^^^^^^^^^^^^^^

Les couleurs de l’Occident: De la Préhistoire au XXIᵉ siècle 

Hervé Fischer

Paris, Gallimard, 2019. 512 pages.

unnamed (10)

Quatrième de couverture

Nos couleurs d’aujourd’hui ne sont plus qu’une question de goût, dans un grand désordre que ne gouverne aucune règle. Pourtant, ce moment de leur longue histoire n’est qu’une exception.Toujours, les sociétés ont régi les significations de la couleur et ses usages magiques, religieux, politiques, sociaux selon des systèmes chromatiques qui ne se transgressaient pas sans risque et ne variaient qu’avec l’évolution des structures et des idéologies sociales. Hervé Fischer, en artiste et en sociologue, scrute l’oscillation permanente de la vision et de l’usage des couleurs en Occident entre deux pôles – rationalisation et irrationalité, contrainte et liberté – et dégage de leur tension les fondements d’une sociologie de la couleur, pour mieux en bâtir l’histoire. De la gamme rouge-jaune-noir-blanc des cavernes jusqu’aux fausses couleurs qui font voir l’univers invisible, des premières icônes jusqu’à la publicité et aux modes contemporaines en passant par le cercle de Chevreul, depuis les cathédrales colorées jusqu’au blanc des murs modernes, l’auteur dégage un chemin qui va du symbolisme des couleurs pures à l’invention du réalisme des couleurs, du clair-obscur de Rembrandt à la couleur lumière des impressionnistes et à l’anarchisme fauviste faisant écho aux crises sociales du temps. Vient alors l’idée du rôle moteur des grands artistes de l’Occident dans la trajectoire apparente des couleurs. On ne sait plus, au bout du compte, de la société ou de l’individu, qui agit sur l’autre pour bouleverser l’ordre établi – tout ce qui fait d’un Léonard, d’un Delacroix, d’un Van Gogh, d’un Matisse un révolutionnaire. Eux le savaient, et les citations de leurs écrits qui émaillent le texte de ce livre, en accord avec la pertinence des images, nous conduisent à mesurer, par leurs questionnements et leurs certitudes, la hauteur des débats et la puissance des enjeux qui se nouent autour de la couleur.

Biographie de l’auteur

Artiste, philosophe, sociologue, Hervé Fischer a publié plus de vingt ouvrages, est intervenu dans de multiples lieux du monde et a bénéficié de nombreuses expositions, dont une rétrospective mémorable au Centre Pompidou, à Paris, en 2017, dont on peut consulter le catalogue, Hervé Fischer et l’art sociologique.

Analyse dans la revue Etudes (avril-juin 2020)

Hervé Fischer, artiste et sociologue, relie les couleurs à leur symbolique sociale et construit des outils « sociochromatiques », grâce auxquels il aborde des domaines que ne traite pas Pastoureau, comme l’architecture. Il propose ainsi une archéologie de la couleur (dans le sens étendu que lui a donné Michel Foucault). Selon Fischer, le langage social des couleurs prend son sens à la fin de la période médiévale. Sa symbolique s’établit dès lors parallèlement à l’affermissement des institutions, jusqu’à l’explosion colorée du baroque. L’auteur montre qu’il existe une concordance entre le désordre chromatique et l’organisation sociale autour d’un État absolu. La couleur prend une dimension morale (ce qu’il appelle l’« éthique chromatique ») qui n’est pas sans rapport avec l’avènement de la bourgeoisie. L’usage intensif de la couleur la dote d’une valeur idéologique pleinement exploitée par le XXsiècle, sur lequel se concentre Fischer. À la « couleur pour la couleur » d’un Robert Delaunay s’oppose la conscience politique de la violence chromatique des Fauves. La subjectivité des couleurs apparaît alors comme une idée moderne, pensée comme une revendication de la liberté individuelle.

 

HISTOIRE, ITALIE, LES JARDINS A L'EPOQUE ROMAINE : L'EXEMPLE DE POMPEI, POMPEI (Italie), ROME (Italie)

Les jardins à l’époque romaine : l’exemple de Pompéi

 

Pompéi : jardin des fugitifs et Vésuve

L’architecture de jardin était très importante dans l’aménagement des maisons pompéiennes, plus de cinquante exemples de peintures de jardins ont été répertoriés.

 

Dans les fresques peintes de la Villa du Bracelet d’0r, on trouve un de ces jardins. Il témoigne de la richesse de leur propriétaire. 
Les peintres utilisaient des pigments de terre pour les tons rouges, jaunes et verts.
Ils employaient aussi des pigments minéraux tel le bleu égyptien.

En haut un bandeau sur fond noir décoré de petits tableaux avec guirlandes. 

En bas des plantes représentées derrière un treillage, au centre un jardin avec statues, fontaine, oiseaux.

 

Des études ont permis de reconnaître précisément chaque oiseau : la colombe, le geai reconnaissable aux trois couleurs de ses ailes, la grive, le merle, l’hirondelle, la pie, la perdrix, le loriot, l’aigrette…

 

Pour la flore, le liseron, le lis, le laurier-rose, le palmier, le rosier, le lierre, le coquelicot.

Illustration from 19th century

Bien avant, les poèmes d’Homère ont esquissé des scènes de paysages.

Fresque_de_Pompéi_représentant_un_greandier_et_des_oiseaux

 

Aux côtés de la cour, on voit un grand jardin avec ses quatre arpents enclos dans une enceinte. C’est d’abord un verger dont les hautes ramures, poiriers et grenadiers et pommiers aux fruits d’or et puissants oliviers et figuiers domestiques, portent sans se lasser, ni s’arrêter, leurs fruits ; l’hiver comme l’été, toute l’année.
Extrait de l’Odyssée – Homère – Le Jardin d’Alcinous

 

Aunes et peupliers et cyprès odorants, où gîtaient les oiseaux à la large envergure, chouettes, éperviers et criardes corneilles…Au rebord de la voûte, une vigne en sa force éploiyait ses rameaux, toute fleurie de grappes…quatre sources versaient leur onde claire, puis leurs eaux divergeaient à travers des prairies molles, où verdoyaient persil et violette…

Extrait de l’Odyssée – Homère – La grotte de Calypso

37810_pintura-romana-pompeya_ml

 

Mais la mort rôdait dans ces jardins….

EPIDEMIES, HISTOIRE, LES EPIDEMIES AU COURS DES SIECLES, MALADIE, MALADIES

Les épidémies au cours des siècles

Terribles épidémies

peste

Entre la peste et le choléra

Peste bubonique, grippe espagnole, choléra ou Sida… ces termes nous font frémir à leur évocation car ils résonnent en nous comme synonymes de mort brutale.

De locales, ces épidémies peuvent se transformer en pandémies, avec une portée intercontinentale ou mondiale. Elles sont devenues de plus en plus mortelles au fil de l’Histoire, facilitées par la densification des territoires et les déplacements de populations, et laissant des traces durables dans les corps, les esprits et les mœurs.

La première épidémie dont il nous reste une trace est la « peste d’Athènes » qui a ravagé la Grèce de 430 à 426 av. J.-C. et aurait causé la mort de dizaines de milliers de personnes, dont le stratège Périclès en personne. Rapportée par l’historien Thucydide, cette épidémie reste un mystère pour les scientifiques qui continuent d’en chercher la cause. On a d’abord pensé qu’il s’agissait du typhus mais des recherches récentes penchent pour une fièvre typhoïde…

Une chose est sûre : l’histoire des épidémies continue de s’écrire…

epidemies1-peste-athenes-poussin-perrier

Le plus grand fléau, la peste

 

La plus ancienne et la plus effroyable des pandémies demeure la peste, qui a sévi en Eurasie pendant près de deux mille ans et causé plus de victimes que les pires des conquérants.  Elle a été repérée pour la première fois dans le bassin méditerranéen en 541-542, au temps des rois mérovingiens et de l’empereur Justinien. Par ses ravages brutaux, en particulier à Byzance et au Proche-Orient, elle a ruiné les efforts de Justinien pour restaurer la grandeur romaine.

Chaque année ou presque, depuis lors, elle a prélevé son lot de victimes dans la population de l’empire, affaiblie par la misère et l’insécurité propres aux temps barbares. Puis, à partir de 767, au temps de Charlemagne, les chroniques occidentales en ont perdu la trace… mais elle est restée endémique en Orient, en Inde et en Chine.

Sous sa forme bubonique (avec apparition de « bubons » ou tumeurs à l’aine), la peste a fait sa réapparition en 1320 en Mongolie. En 1344, les Mongols assiègent la ville de Caffa (aujourd’hui Féodossia, en Crimée) et envoient des cadavres contaminés par-dessus les murailles. Des marins génois arrivent à fuir la ville mais en emportant avec eux le terrible bacille. En accostant à Marseille le 1er novembre 1347, ils vont ouvrir au fléau les portes de l’Occident.

epidemies2-peste-allegorie

 

L’épidémie se développe d’autant mieux et plus vite que la population est épuisée. Après trois siècles d’expansion démographique, l’Europe est saturée d’hommes que les sols peinent à nourrir. Les disettes, famines et « chertés » se font plus fréquentes et à ces pénuries alimentaires s’ajoute la guerre entre Français et Anglais.

Les Européens croient au début que les miasmes de la peste se répandent par voie aérienne. Aussi n’ont-ils rien de plus pressé, lorsque l’épidémie atteint une ville, que de fuir celle-ci.

Le poète Boccace raconte cela dans le Décaméron, son recueil de contes écrit après que Florence a été atteinte par l’épidémie de 1347. Ce que ses contemporains ignorent, c’est que la fuite est la pire attitude qui soit car elle a pour effet d’accélérer la diffusion de l’épidémie.

La « Grande Peste » ou « Peste noire » va ainsi tuer en quelques mois jusqu’à 40% de la population de certaines régions, ressurgissant par épisodes ici ou là. En quatre ans, 25 à 40 millions d’Européens vont en mourir. Par milliers, des villages sont désertés. Les friches, la forêt et les bêtes sauvages regagnent le terrain perdu au cours des deux siècles précédents qui avaient vu les campagnes se développer et se peupler à grande vitesse…

La Chine n’est pas épargnée. La dynastie des Yuan, fondée par les Mongols, disparaît en 1368, peu avant que meure son dernier empereur, Toghon Teghur, non de la peste mais de la dysenterie. Les itinéraires commerciaux reliant l’Europe au reste du monde deviennent les grand-routes mortelles de la transmission de la peste noire. Ils seront remplacés au siècle suivant par des routes maritimes.

epidemies3-peste-bubonique

Peste bubonique, peste pulmonaire

La peste proprement dite est de deux sortes. On distingue :
• La peste bubonique avec des pustules qui se nécrosent et des bubons dans le cou, des accès de fièvre, des vertiges et des délires, et néanmoins quelques guérisons quasi-miraculeuses,
• La peste pulmonaire, occasionnée par la présence du bacille dans la salive et entraînant une mort inéluctable dans les trois jours.

La variole, une arme de conquête ; la syphilis, un prêté pour un rendu

Également très meurtrière, la variole a régulièrement frappé les Eurasiens…

epidemies6-variole-symptomes

Cette maladie infectieuse d’origine virale qui se manifeste par l’apparition de pustules (d’où son nom, dérivé du latin varuspustule) fut responsable de dizaines de milliers de morts par an rien qu’en Europe avant que ne soit mise au point la vaccination au XVIIIe siècle (la descendance du roi Louis XIV a ainsi été décimée par la variole en 1712).

Mais elle figure aussi en tête des armes de destruction massive ! Quand Christophe Colomb aborda en effet dans le Nouveau Monde, il apporta sans le savoir le virus de la variole aux Indiens qui ne bénéficaient d’aucune immunité, à la différence des Eurasiens, accoutumés à la côtoyer.

Azteques

En quelques décennies, selon les estimations de l’historien et démographe Pierre Chaunu, les neuf dixièmes des 80 millions d’Amérindiens en sont morts. Le conquistador Hernan Cortès, en 1520, fut lui-même servi par le virus quand il fit le siège de Tenochtitlan, capitale de l’empire aztèque, car la variole fauchait déjà les habitants plus sûrement que ses arquebusiers.

Mais en échange du virus, les Amérindiens allaient transmettent aux Espagnols une maladie vénérienne bactérienne contre laquelle ils étaient eux-mêmes immunisés, la syphilis, jusque-là inconnue dans le Vieux Monde. Le capitaine Martin Alonzo Pinzon, compagnon de Christophe Colomb, en fut en 1493 la première victime européenne.

 

La syphilis allait dès lors contaminer en un temps record la péninsule italienne, profitant de la guerre entreprise par le roi de France, Charles VIII, le 25 janvier 1494, première des guerres d’Italie. Cela lui valut d’être surnommée le « mal de Naples » par les Français… et « morbo gallico » ou mal gaulois, par les Italiens. Au XVIe siècle, la maladie poursuivit sa course dans tout le Vieux Monde et atteint Canton, en Chine du sud, dès 1511, à peine plus de quinze ans après son introduction en Europe.

La syphilis se manifeste chez les hommes par l’apparition d’un chancre sur les parties génitales puis, dans une phase secondaire, par une éruption sur tout le corps, enfin par une paralysie mortelle du cerveau, du cœur ou de l’aorte. Chez les femmes, la maladie peut se développer sans qu’on y prenne garde du fait de l’absence de chancre au stade primaire. Au stade secondaire, elle se manifeste par l’apparition de pigmentations autour du cou…

La syphilis a sévi pendant près de cinq siècles en Europe, jusqu’à la découverte de la pénicilline.

epidemies21-mal-gaulois-syphilis

Le grand retour de la peste

À la Renaissance, les recherches scientifiques ont permis de mieux cerner les causes des épidémies et d’y répondre avec plus d’efficacité que par  le passé. C’est ainsi que l’Italien Jérôme Fracastor a suggéré une contagion de la peste d’homme à homme ou d’animal à homme (et non par voie aérienne comme on le croyait).

On a donc entrepris d’isoler les villes et les régions contaminées avec des soldats. Cette technique dite de la « ligne » fut appliquée pour la première fois en Catalogne en 1478 et peu à peu perfectionnée par les Espagnols avec un réel succès : l’armée coupait les communications et tirait à vue sur les personnes qui tentaient de passer !

Cela n’empêcha pas la peste de faire son retour en Europe et de tuer encore quelques centaines de milliers de personnes, en 1575 puis en 1630 à Venise, l’une des cités les plus opulentes d’Europe, en 1628-1631, dans plusieurs villes françaises, de Toulouse à Dijon, en 1656, à Naples, en 1720 enfin à Marseille en 1720. C’est la dernière manifestation du fléau en Europe.

epidemies10-cholera-jura

Après la peste, le choléra

Au XIXe siècle, le Bengale a « offert » à l’humanité pas reconnaissante du tout une nouvelle maladie pandémique, le choléra.

Strictement limité à l’espèce humaine, le choléra est provoqué par une bactérie qui vit dans l’eau, sévit de manière persistante dans le delta du Gange. Cette bactérie attaque l’intestin et provoque diarrhées, vomissements et nausées.

epidemies11-cholera-melpomenev-russie

Le développement des échanges commerciaux a contribué à sa dissémination, à l’est vers la Chine et le Japon, à l’ouest vers l’Afghanistan, l’Iran, la Syrie, l’Égypte et le bassin méditerranéen.

En 1817, une première épidémie touche toute l’Asie et s’étend jusqu’à la côte orientale de l’Afrique, prenant ainsi un caractère pandémique.

La France fut touchée en 1832, lors de la deuxième épidémie. Elle en perdit son chef du gouvernement, Casimir Perier.

Pour lutter contre sa diffusion, les gouvernements européens instituèrent des organismes de santé publique et adaptèrent l’urbanisme aux contraintes de l’hygiène publique.

Pandémies et maladies « endémiques »

Une maladie est qualifiée d’endémique quand elle devient habituelle dans une région déterminée et s’installe dans la durée. C’est le cas de la syphilis, du moins pendant cinq siècles, ainsi que de la rougeole, du typhus, de la dysenterie et de la diphtérie au XIXe siècle. La rougeole, maladie endémique d’origine virale, apparue au VIIème siècle av. J.-C., a tué près de 200 millions de personnes, principalement des enfants en bas âge, jusque dans les années 1960. Le Sida, qui sévit depuis plus de 30 ans, est aussi devenu endémique en attendant les thérapies qui en viendront définitivement à bout.

epidemies5-variole-jenner

Les avancées scientifiques

La recherche scientifique a permis à partir de la Renaissance de lutter contre certaines épidémies endémiques. En 1796, contre la variole, le vétérinaire et médecin anglais Édouard Jenner a ainsi généralisé la vaccination découverte dans les décennies précédentes.

epidemies22-koch

La découverte par Louis Pasteur des microbes ouvre une nouvelle voie à la recherche. Lui-même met au point le vaccin contre la rage, maladie virale qui se transmet de l’animal à l’homme, en 1885.

Lors d’une cinquième vague de choléra, en 1883, l’un de ses rivaux, le médecin allemand Robert Koch, à qui l’on doit également la découverte de la bactérie responsable de la tuberculose (« bacille de Koch »), découvre le germe responsable de la maladie. Il inaugure une nouvelle discipline : la bactériologie.

Le bacille de la peste est quant à lui identifié en 1894 en Extrême-Orient par un chercheur pastorien d’origine suisse, Alexandre Yersin.

En 1905, les zoologistes allemands Fritz Schaudinn et Erich Hoffmann identifient la bactérie responsable de la syphilis comme étant le tréponème pâle.

epidemies14-cnicollepn-typhus

En 1928, Charles Nicolle reçoit le prix Nobel de médecine pour ses travaux sur le typhus en découvrant le rôle du pou dans la transmission de l’infection chez l’homme. En 1938, un vaccin contre le typhus est développé par le bactériologiste américain Herald Rae Cox.

Depuis 1945, l’usage de la pénicilline se démocratise et des traitements permettent d’endiguer, ou du moins de réduire la propagation des épidémies. Celles-ci sont endiguées, mais les bactéries et virus qui en sont responsables continuent de sévir, la peste y compris…

Sauf peut-être le virus de la variole qui a été totalement éradiqué en 1977 grâce à une campagne de vaccination massive.

XXe siècle : de la « grippe espagnole » au Sida en passant par le typhus

Alors que le monde est engagé dans une guerre plus meurtrière que jamais au début du XXe siècle, un virus mystérieux décime à pas de géant les populations.

epidemies23-grippe-esp-belgique-londres

En quinze mois, de mars 1918 à mai 1919, l’humanité est frappée par la plus terrible épidémie de grippe qu’elle ait jamais connue, avec près de cinquante millions de victimes. Les Européens, encore plongés dans la Première Guerre mondiale, en prennent conscience par la presse espagnole, d’où son nom de « grippe espagnole », mais c’est en Asie que surviennent les quatre cinquièmes des décès. Longtemps restée un mystère, l’origine du virus a été révélée grâce aux recherches récentes menées par les scientifiques.

Elle est la pire épidémie du XXème siècle, mais pas la seule. Au même moment, le typhus revient frapper le monde et fait trois millions de morts en Russie bolchévique, pendant la guerre civile, entre 1918 et 1922. Il revient ensuite pendant la Seconde Guerre mondiale et frappe l’armée allemande enlisée à Stalingrad. Ses dégâts sont terribles dans les camps de concentration.

Du grec typhos « stupeur, torpeur », le typhus est une infection provoquée par les bactéries de la famille des Rickettsies, l’appellation ayant été donnée pour la première fois avec exactitude à la maladie infectieuse par Boissier de Sauvages, au XVIIIe siècle.

Apparue au Moyen Âge, la maladie sévit dans les prisons au XVIe siècle au point qu’on la surnomme la « fièvre des geôles ». En 1759, les autorités anglaises estiment qu’un quart des prisonniers meurent du typhus. Impossible de s’en débarrasser ! Des épidémies voient le jour en Irlande pendant la Grande famine de 1846-1849 ou encore durant la guerre de Crimée.

epidemies16-typhus-geole

 

Dans la seconde moitié du XXe siècle, d’autres grippes vont frapper fort mais jamais autant que la « grippe espagnole ». C’est le cas de la grippe asiatique d’origine aviaire qui fait près de 2 millions de mort en 1958 ou encore de la grippe de Hong Kong qui tue dix ans plus tard près d’un million de personnes.

Apparait ensuite un virus nouveau, dont les symptômes font penser à ceux de la syphilis. C’est le virus de l’immunodéficience humaine, qui est à l’origine de la maladie du Sida.

epidemies15-sida-haring-atwood

Les premiers cas sont observés à la fin des années 1970 chez des patients homosexuels. Les chercheurs réalisent rapidement que toute la population peut être infectée.

Cette maladie, transmise du singe vers les hommes, serait apparue dans les années 1920 dans le bassin du Congo. Entre 1980 et 2010, elle va faire trente-six millions de morts.

Dans les pays occidentaux, sa propagation est aujourd’hui endiguée grâce à une importante politique de prévention et de protection et à l’arrivée des traitements antiviraux mais le Sida reste un fléau menaçant pour les pays moins développés, particulièrement en Afrique.

La mondialisation des virus

epidemies24-civette-palmiste-sras

La mondialisation des épidémies a débuté avec les Grandes Découvertes. Aux XXe et XXIe siècles, elle s’est accélérée avec la massification des échanges internationaux et l’accroissement démographique (il est plus facile à un virus ou une bactérie de se transmettre d’un être humain à l’autre quand la planète compte huit milliards d’êtres humains que lorsqu’elle en compte 250 millions comme à l’époque du Christ).

Partie de Chine en 2002, une épidémie de SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère) s’est mondialisée en 2003. Cette maladie infectieuse était causée par un virus appartenant à la famille du coronavirus, le Sars-CoV. Très contagieuse, elle se transmet d’homme à homme par voie aérienne (postillons…).

 

Le réservoir animal du coronavirus du SRAS a été identifié comme étant une chauve-souris insectivore. L’hôte intermédiaire qui a permis le passage du virus à l’homme est la civette palmiste masquée, animal sauvage vendu sur les marchés et consommé au sud de la Chine. En mars 2003, l’OMS a déclenché une alerte mondiale et grâce aux mesures d’isolement et de quarantaine, l’épidémie a pu être endiguée au prix de 800 morts (une broutille).

En 2009, la grippe A, d’origine porcine a à son tour semé la terreur. Surtout qu’elle est la deuxième pandémie de souche H1N1, la première étant la grippe dite espagnole… Mais l’abattage systématique des cheptels d’animaux contaminés, l’isolement des malades et la création rapide d’un vaccin permettent d’endiguer l’épidémie qui ne fait finalement « que » 280 000 victimes, c’est-à-dire à peu près autant qu’une grippe « classique » saisonnière.

epidemies18-dengue-rush-medecin

Au XXIe siècle, les arbovirus, qui ont pour vecteur des insectes suceurs de sang, les moustiques généralement, sévissent dans les pays moins développés et les régions tropicales. Le moustique, piquant une personne malade, absorbe le virus et infecte ensuite d’autres personnes en les piquant à leur tour.

Ces maladies tuent rarement mais entraînent des complications pouvant entraîner la mort. La première épidémie de ce type, le chikungunya, remonte à 1957 en Tanzanie. Plusieurs ont suivi sur les continents africains et asiatiques, notamment en Inde en 2006 où 2 millions de cas ont été recensés. Le virus a été détecté en Europe l’année suivante et aux États-Unis en 2013. Même si les arbovirus sont moins dangereux que d’autres épidémies, il n’existe pas de réel moyen de prévention autre que moustiquaire et répulsifs.

epidemies19-zika-ebola

Dans cette même famille, on rencontre la dengue, qui, dans sa forme la plus sévère,  a fait 21 000 victimes en 2008, mais aussi la fièvre jaune et le paludisme ainsi que la maladie du sommeil.

Des vaccins et des médicaments comme la quinine ont été élaborés pour lutter contre ces maladies mais elles n’en demeurent pas moins très mortelles. Le paludisme en particulier tue encore 500 000 personnes par an en Afrique et en Asie du sud.

 

Dans la famille des arbovirus, on peut aussi demander… Zika. Ce virus est responsable de la quatrième épidémie pour laquelle l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) a décrété un état d’urgence mondiale. Ses symptômes ressemblent à ceux de la dengue ou du chikungunya : fièvre, maux de têtes, éruption cutanée, fatigue, douleurs musculaires et articulaires…

Détecté pour la première fois chez un singe en Ouganda en 1947, il a fait sa première apparition chez l’homme dans les années 1970. L’épidémie s’est déclarée en 2007 dans le Pacifique exportée en France en 2016.

En Afrique, le virus Ebola, découvert en 1976, a causé plus de 11 000 décès entre 2013 et 2016. Le réservoir naturel du virus serait la chauve-souris…

Tiens, tiens, la modeste chauve-souris serait aussi responsable du nouveau virus qui fait trembler le monde en 2020. Fin décembre 2019, ce nouveau virus de la famille du coronavirus, le Covid-19, a sévi dans la ville de Wuhan en Chine avant de s’exporter en Asie puis en Europe. Le 30 janvier 2020, l’OMS a qualifié l’épidémie « d’urgence de santé publique de portée internationale. »

En février 2020, de nouveaux cas se sont révélés en Corée du Sud, en Italie et en Iran. Avec ce nouveau coronavirus, le monde fait donc face à une nouvelle pandémie.

epidemies20-corona-navire-diamond-irak

 

Bacille ou virus ?

« Les antibiotiques, c’est pas automatique ». Oui mais pourquoi ? Et surtout dans quel cas ? Les antibiotiques sont efficaces contre les bactéries mais inefficaces en cas d’infection virale, c’est-à-dire d’une maladie causée par un virus, comme la grippe par exemple. Par contre, s’ils avaient  au Moyen Âge, la peste aurait pu être maîtrisée. Une petite explication s’impose.

  • Choléra, peste mais aussi tuberculose et tétanos sont des maladies provoquées par des bacilles. Quésaco ? Un bacille désigne simplement la forme allongée de la bactérie « en bâtonnet » (du latinbaculus, bâton). Pour rappel, une bactérie est un être vivant microscopique constitué d’une unique cellule entourée d’une paroi et dépourvue de noyau. Certaines, présentes dans notre corps, nous sont bénéfiques (pour la digestion par exemple), tandis que d’autres sont à l’origine de maladies graves. Première forme de vie apparue sur Terre, la bactérie est apparue il y a plus de trois milliards d’années !
  • Grippe, rage ou encore Sida et variole sont des maladies provoquées par des virus. Ce « poison »,d’après son étymologie latine, est un agent infectieux qui nécessite un hôte, souvent une cellule, qu’il utilise pour se répliquer. Environ vingt fois plus petit que la bactérie, son mécanisme a été mis en évidence en 1953 par le chercheur en biologie français André Lwoff, Prix Nobel de médecine 1965.

Et les microbes ? Ce terme fourre-tout regroupe virus, bactéries et tous les êtres vivants qui ne se voient qu’au microscope et provoquent des maladies (champignons, parasites, etc.). Il a été inventé par le chirurgien français Charles-Emmanuel Sédillot en 1878 et signifie « petite vie ».

 

 

 

XVIe siècle

La syphilis, cadeau empoisonné du Nouveau Monde

Pendant près de cinq siècles, de la découverte de l’Amérique à la découverte de la pénicilline, la syphilis a fait figure de maladie honteuse par excellence, en lien avec le sexe et la luxure. C’était avant l’apparition du sida…

 

Le « cadeau » des Indiens à Christophe Colomb

Le capitaine Martin Alonzo Pinzon, compagnon de Christophe Colomb, fut en 1493 la première victime européenne de la syphilis, une maladie vénérienne mortelle, jusque-là  inconnue dans le Vieux Monde.

La syphilis allait dès lors contaminer en un temps record la péninsule italienne, profitant de la guerre entreprise par le roi de France, Charles VIII, le 25 janvier 1494, première des guerres d’Italie. Cela lui valut d’être surnommée le « mal de Naples » par les Français… et « morbo gallico » ou mal gaulois, par les Italiens.

En 1504, un médecin espagnol, Rodrigo Diaz de l’Isla, la décrivit correctement et situa son foyer dans l’île d’Hispaniola (aujourd’hui Haïti). On comprit alors qu’elle avait été amenée en Europe par les marins de Colomb en contact avec les femmes Taïnos.

Syphilis et variole : troc mortel

La terrible maladie importée du Nouveau Monde a été qualifiée de syphilis vers 1530 (d’après un personnage des Métamorphoses d’Ovide). Elle a été aussi appelée vérole. Et plus tard grande vérole pour  la distinguer de la petite vérole, surnom de la variole.

La variole, maladie infectieuse du Vieux Monde, n’a rien à voir avec la syphilis mais, à l’inverse de celle-ci, elle a contaminé en un temps record le Nouveau Monde au XVIe siècle et en a décimé les habitants.

La mondialisation, une réalité dès 1500

Au XVIe siècle, la maladie poursuit sa course dans tout le Vieux Monde, jusqu’en Chine et au Japon. Elle est introduite en Extrême-Orient par les Portugais, lesquels ont établi un comptoir à Macao, à l’embouchure de la rivière des Perles, en aval de Canton, et fait son apparition à Canton, en Chine du sud, dès 1511, à peine plus de quinze ans après son introduction en Europe.

La syphilis se manifeste chez les hommes par l’apparition d’un chancre sur les parties génitales puis, dans une phase secondaire, par une éruption sur tout le corps, enfin par une paralysie mortelle du cerveau, du coeur ou de l’aorte.

Chez les femmes, la maladie peut se développer sans qu’on y prenne garde du fait de l’absence de chancre au stade primaire. La syphilis secondaire se traduit en particulier par l’apparition de pigmentations autour du cou des femmes qui en sont atteintes. C’est ce qu’on appelle ironiquement le  « collier de Vénus ». Dans sa conférence à l’Académie française, Le corps : esthétique et cosmétique, le philosophe Michel Serres suppose que c’est afin de le cacher que les coquettes de la fin de la Renaissance ont lancé la mode de la fraise, une collerette de dentelle à plusieurs couches superposées.

La syphilis n’a pu être maîtrisée qu’au XXe siècle, grâce à la découverte des antibiotiques. On ne connaissait auparavant d’autre remède que l’enduction du chancre avec une solution à base de mercure, pour soulager le mal.

Analogue au sida actuel par ses méfaits, la syphilis a frappé de nombreuses personnalités comme Alfred de Musset, Guy de Maupassant, Alphonse Daudet, le président Paul Deschanel, qui sauta en pyjama d’un train de nuit, le général Gamelin qui commandait les troupes françaises lors de l’invasion du territoire par la Wehrmacht…

 

 

 

14 mai 1796

Édouard Jenner découvre la vaccination

 

Le 14 mai 1796, un médecin de campagne vaccine un jeune garçon afin de le protéger contre la variole. Il utilise pour cela du pus provenant d’une maladie apparentée mais bénigne, la vaccine des vaches.  En cela, il se distingue de ses prédécesseurs qui, non sans risque, immunisaient leurs patients en leur inoculant la variole elle-même.

Par une action déterminée auprès de ses collègues,  Édouard Jenner  (47 ans), va donner à la vaccination une caution scientifique et la généraliser à l’ensemble de la population.

jenner

 

Une maladie endémique aujourd’hui disparue

La variole est une maladie infectieuse qui se manifeste par l’apparition de pustules (d’où son nom, dérivé du latin varuspustule). Elle est surnommée abusivement « petite vérole » par référence à la syphilis ou « grande vérole », avec laquelle elle n’a rien à voir. Elle a été responsable jusqu’au XVIIIe siècle de dizaines de milliers de morts par an rien qu’en Europe (la descendance du roi Louis XIV a ainsi été décimée par la variole en 1712). Elle a surtout provoqué la quasi-extermination des Amérindiens sitôt après l’arrivée de Christophe Colomb dans le Nouveau Monde. Ne bénéficiant d’aucune immunité contre le virus, ils ont vu leur nombre réduit d’environ 80 millions à quelques millions en moins d’un siècle.
Aujourd’hui, grâce à la vaccination systématique, cette maladie a disparu de la surface de la Terre (un cas unique à ce jour). Le dernier malade aurait été repéré en 1977 en Somalie.

Une pratique ancestrale mais mal maîtrisée

Très tôt, dès le Moyen Âge, on s’est aperçu que les personnes ayant survécu à la variole étaient définitivement immunisées contre le fléau. Le savant andalou Averroès y fait allusion et des praticiens ont l’idée d’inoculer la maladie à leurs patients, avec un maximum de précautions, afin de les protéger contre les fréquentes épidémies.

Dans la onzième de ses Lettres philosophiques (ou Lettres anglaises, écrites entre 1714 et 1738), Voltaire se fait l’écho de cette pratique et, tout au long du XVIIIe siècle, des médecins inoculent la variole à titre expérimental à leurs riches patients, tel Johann Struensee sur le prince héritier du Danemark en 1769.

Mais cette protection préventive n’est pas sans danger et elle nécessite que le patient soit très soigneusement isolé afin qu’il ne provoque pas lui-même une épidémie. Elle est limitée pour cela aux milieux aristocratiques et bourgeois.

Jenner invente la vaccination

Édouard Jenner, médecin de campagne passionné par la recherche, n’a pas craint de lancer une campagne préventive auprès de sa clientèle. Il s’est aperçu comme cela que plusieurs de ses patients étaient insensibles à l’inoculation. Après enquête, il a découvert qu’il s’agissait de valets de ferme en contact avec les vaches.

Il a pu faire le rapprochement avec la vaccine ou variole des vaches (en anglais, « cow-pox »). Cette maladie bénigne est courante chez les valets qui traient les vaches et entrent en contact avec les pustules des pis. Elle a pour effet de les immuniser contre la véritable variole, le plus souvent mortelle.

Édouard Jenner a l’idée d’inoculer par scarification non plus du pus de la variole mais du pus de la vaccine, beaucoup plus bénin et tout aussi efficace. Il prélève donc du pus sur la main d’une femme, Sarah Nelmes, qui a été infectée par sa vache, Blossom, atteinte de la vaccine, et l’inocule à un enfant de 8 ans, James Phipps.

James Phipps contracte ladite maladie sous la forme d’une unique pustule et en guérit très vite.

Trois mois plus tard, indifférent au « principe de précaution », le médecin lui inocule la véritable variole. À son grand soulagement, la maladie n’a aucun effet sur l’enfant. C’est la preuve que la vaccine l’a immunisé contre la variole en entraînant la formation d’anticorps propres à lutter contre l’infection.

Rapide diffusion de la vaccination

Édouard Jenner diffuse avec courage le principe de la vaccination dans le public, en encourageant la vaccination de masse. Ses opposants contestent l’innocuité de sa méthode ou même parfois dénoncent la prétention de vouloir contrarier les desseins de la providence.

Il publie à ses frais An inquiry into the causes and effects of the variolae vaccina (Enquête sur les causes et les effets de la vaccine de la variole) et jette les bases de l’immunologie appliquée à la variole. Il se satisfait d’une approche empirique et ne se soucie pas d’aller plus avant dans la compréhension du phénomène. Il appelle « virus » le facteur mystérieux de la vaccine (d’après un mot latin qui signifie poison).

Quittant son village natal de Berkeley, dans le Gloucestershire, le médecin se rend ensuite à Londres où il vaccine gratuitement des centaines de sujets. Bientôt ruiné, il revient exercer la médecine à Berkeley où il finit honorablement sa vie.

Entre temps, la pratique de la vaccination se répand très vite en Europe et en Amérique, contribuant au recul des épidémies.

À Boston, aux États-Unis, un disciple enthousiaste, le médecin Benjamin Waterhouse, vaccine sa propre famille dès juillet 1800. L’année suivante, il convainc le président Thomas Jefferson d’en faire autant. Quatre-vingts ans plus tard, Louis Pasteur découvre les fondements théoriques de la vaccination et en améliore la pratique en vaccinant contre la rage le petit Joseph Meister en 1885.

À ce jour, les grandes campagnes de vaccination contre la variole ont pratiquement éliminé ce virus de la surface de la terre.

Hygiène et santé

Contrairement à des idées reçues, l’Europe doit son essor démographique exceptionnel des XVIIIe et XIXe siècles à l’amélioration de l’hygiène et de l’alimentation, plus encore qu’à la vaccination et aux progrès de la médecine.

L’hygiénisme s’est développé dès le siècle des « Lumières », incitant chacun à prendre davantage soin de son corps, de son environnement et de sa nourriture.

Ainsi les jeunes femmes sont-elles peu à peu revenues à l’allaitement maternel… Et les autorités ont déménagé les cimetières, sources de nombreuses infections, des centres-villes vers la périphérie. Ces actions ont notablement amélioré l’espérance de vie des Européens en réduisant en premier lieu la mortalité infantile, sans qu’interviennent les techniques médicales.

Louis Pasteur, en démontrant l’importance de l’asepsie, a apporté à ces principes d’hygiène les fondements théoriques qui leur manquaient. La vaccination et les antibiotiques ont encore accru l’espérance de vie mais en intervenant sur la mortalité des adultes bien plus que sur celle des nourrissons.

 

 

 

La grippe espagnole

Cinquante millions de victimes

En quinze mois, de mars 1918 à mai 1919, l’humanité est frappée par la plus terrible épidémie de grippe qu’elle ait jamais connue, avec près de cinquante millions de victimes.

Les Européens, encore plongés dans la Première Guerre mondiale, en prennent conscience par la presse espagnole, d’où son nom de « grippe espagnole », mais c’est en Asie que surviennent les quatre cinquièmes des décès.

Longtemps restée un mystère, l’origine du virus a été révélée grâce aux recherches récentes menées par les scientifiques.

gresp5-haute-marne-san-francisco

 

Un terrain propice à l’installation du virus

Tout commence en février 1916. Le médecin-major de première classe Carnot observe à Marseille une « épidémie spéciale de pneumococcie » qui « a éclaté chez les travailleurs annamites avec une gravité considérable ».

Le taux de mortalité atteint 50% dans les centres hospitaliers qui accueillent ces appelés vietnamiens souffrant de pneumonie. Mais les médecins français ne s’inquiètent pas, il s’agit probablement d’un mal exotique étranger à la race blanche. Et, en pleine guerre, ils ont d’autres soucis en tête.

Ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’ils ont sous les yeux les symptômes qui préfigurent la plus grande pandémie du siècle. Et que ce pneumocoque (bactérie pathogène) n’est pas d’importation coloniale.

Particulièrement virulent, il s’attaque de prime abord aux sujets étrangers à nos climats et vivant dans la promiscuité. Mais très vite, les Européens ne sont pas épargnés…

Le médecin-major Trémollières, chef du secteur de Besançon, témoigne : « Au cours de mes tournées dans les diverses localités du secteur, j’ai constaté la grande proportion de bronchites, de contagions pulmonaires, de pleurésies, de broncho-pneumonies et de pneumonies par rapport aux autres maladies. En particulier la pneumonie lobaire, franche, aigüe, semble prendre un regain de fréquence ; avant la guerre, elle se faisait très rare dans les hôpitaux de Paris. Peut-être l’était-elle moins à la campagne. En tout cas, le nombre des cas actuellement observés vaut d’être signalé. »

 

Les premières manifestations en Europe

On a longtemps cru que les premiers cas de grippe étaient apparus au États-Unis le 4 mars 1918, dans un camp de formation militaire de Fort Riley, au Kansas, avec 500 soldats en partance pour l’Europe hospitalisés en une semaine. Mais c’est bien plutôt en Europe que le virus se manifeste pour la première fois dès 1917.

En 1917, dans un camp militaire du nord de la France, à Étaples-sur-mer, des soldats souffrent d’une forte fièvre dont il apparaîtra plus tard que c’est la grippe « grippe espagnole ». Comment le virus aurait-il atteint ces malheureux ? Peut-être par le biais des oiseaux migrateurs qui nichent à proximité du camp, dans la baie de la Somme, et ont pu l’amener d’Asie.

Les cas d’infection se multiplient dès lors à travers la France, comme en avril 1918 dans les tranchées de Villers-sur-Coudun. La propagation du virus est due à la promiscuité dans laquelle vivent les soldats, dans des campements et des tranchées surpeuplés. Au mois de mai et juin 1917, les pneumonies se font de plus en plus mortelles. C’est la première vague de l’épidémie en Europe.

gresp4-etaples-chambery

Les symptômes sont épouvantables : fièvre et insuffisance respiratoire, hémorragies qui engorgent les poumons de sang, provoquant des vomissements et des saignements de nez. Les malades, dont le visage se teint de bleu par manque d’oxygène, meurent ainsi asphyxiés dans leurs propres fluides corporels. Ce n’est pas de la grippe même qu’on décède, mais de toutes ces complications qu’elle entraîne.

gresp6-remede

Au départ, les victimes sont, comme souvent, les plus faibles : les plus jeunes et les plus âgés. Mais les mutations de la souche la rendent si virulente qu’elle affecte de plus en plus les adultes en bonne santé, de 15 à 35 ans. Finalement, ce seront eux les principales victimes. Dans la guerre qui décime l’Europe, l’épidémie passe inaperçue et les décès sont régulièrement attribués à la pneumonie.

Les médecins sont mobilisés pour soigner les soldats de leurs blessures et n’ont pas le temps de s’en soucier. D’autre part, la censure militaire est stricte. Les presses européennes et américaines ont l’interdiction de relayer des informations au sujet de ce virus.

Mais l’Espagne, qui a conservé sa neutralité dans le conflit, est épargnée par la censure et le 22 mai 1918, un premier journal madrilène diffuse l’information, d’où le nom de « grippe espagnole » qui va lui rester. Les Anglo-Saxons l’appellent, eux, « influenza », en référence au virus qui a fait 200 000 morts en Espagne en 1889. Le terme est d’origine italienne et désignait aux XVe et XVIe siècles les épidémies genre rhume, grippe ou bronchite sous l’« influence » de refroidissements atmosphériques.

gresp3-angleterre-australie

De l’épidémie à la pandémie

Les choses semblent se calmer à l’été 1918. L’épidémie serait-elle passée ? Bien au contraire, elle redouble de force et sa deuxième phase, entre les mois de septembre et novembre 1918, va s’avérer la plus mortelle, alors même que les soldats commencent à rentrer du front. Après les militaires, les civils sont affectés à leur tour.

Fin 1918, en Europe, l’épidémie connaît un nouveau répit avant d’entrer dans sa troisième et dernière phase en janvier-mai 1919. Profitant du retour des soldats, la grippe s’installe aussi en Australie.

Vaccins et sérums, recettes de grand-mères et tisanes (eucalyptus, quinine), ou encore saignée et injections d’essence de térébenthine, une multitude de traitement tous plus inefficaces les uns que les autres voit le jour. Les conseils abondent dans les journaux et les files d’attente s’allongent dans les pharmacies mais rien n’y fait. C’est la mutation naturelle du virus et surtout l’immunisation progressive de la population qui mettront un terme à la pandémie durant l’été 1919.  Mais ses effets perdureront : familles en deuil et complications sur le long terme chez de nombreux patients.

gresp2-schiele

Célèbres victimes

La grippe espagnole s’est soldée en Europe et en Amérique du nord par une addition de drames individuels sans répercussions notables sur la vie politique et sociale. L’une des victimes les plus célèbres en fut le poète Guillaume Apollinaire, mort le 9 novembre 1918, à 38 ans. Deux ans plus tôt, dans les tranchées, il avait été gravement blessé à la tempe.

L’écrivain Edmond Rostand est aussi mort de la grippe espagnole le 2 décembre 1918, à 50 ans. Franz Kafka, qui souffrait déjà d’une tuberculose, a aggravé son cas en contractant la grippe espagnole en octobre 1918. Il meurt en 1924. L’on peut encore citer le fondateur de la sociologie, Max Weber, le peintre autrichien Egon Schiele, le pionnier français de l’aéronautique Léon Morane, ou les frères Dodge, célèbres constructeurs automobiles américains.

Un bilan chaotique incertain

Le bilan de la grippe espagnole dans le monde a longtemps été sous-évalué faute de données  relatives aux pays non occidentaux. La recherche historiographique ayant beaucoup progressé à partir des années 1970,  l’historien Niall Johnson a pu avancer en 2002 une fourchette de 50-100 millions de victimes, très au-dessus des évaluations antérieures (15 à 30 millions de morts) ! Depuis lors, grâce à l’étude approfondie des tables de mortalité partout où elles étaient disponibles, on est repassé à une fourchette plus basse : 45-50 millions, ainsi que le souligne l’historien Freddy Vinet.

  • En Europe (Russie exceptée), il y eut 2,5 millions de morts (de 150 à 240 000 pour la France), pour une population totale d’environ 300 millions.
    • En Afrique, 2,5 millions de victimes sur une population d’environ 120 millions d’âmes.
    • En Amérique du nord, 1 million de victimes sur 90 millions d’habitants ; en Amérique latine, 500 000 sur 75 millions d’habtiants.
    • Au Japon, 300 000 sur 50 millions d’habitants.

La région la plus touchée demeure les Indes britanniques. Les archives britanniques permettent d’évaluer la surmortalité à 18 millions sur environ 300 millions d’habitants sur la période mars 1918-mai 1919.

Les principales incertitudes concernent la Chine, l’Eurasie, essentiellement l’Asie du sud, la Russie bolchevique et l’empire ottoman.

Dans les îles du Pacifique, où les populations n’étaient pas immunisées contre les maladies extérieures et au surplus avaient été fragilisées par la rougeole dans les décennies précédentes, on arrive à des taux de mortalité de 25% à 40% ; sont essentiellement frappés les jeunes adultes (15-35 ans). Le 16 novembre 1918, un paquebot venant de San Francisco avec plusieurs grippés à son bord accoste à Papeete. Les pompes funèbres sont dépassées par les événements et doivent entasser les corps dans des fosses communes. Les trois médecins de l’île sont eux-mêmes victimes de l’épidémie.

Cette pandémie a fait prendre conscience de la menace de la mondialisation des épidémies et maladies infectieuses. Car cette grippe n’est pas sans précédent, mais elle est la première à prendre une telle ampleur. La grippe précédente, en décembre 1889 – janvier 1890, qui était arrivée en Europe d’Asie par la Russie, n’avait pas marqué les populations qui s’en étaient débarrassé bien plus facilement.

Dans les années 1920, le président du Conseil Georges Clemenceau a ainsi créé en France un ministère de l’Hygiène, les services d’hygiène étant jusqu’alors répartis dans huit ministères différents. Ce système a été également adopté au Royaume-Uni, en Inde, en Nouvelle-Zélande et en Afrique du Sud. Le Comité d’hygiène de la SDN (Société des Nations), ancêtre de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), a été aussi créé pour prévenir les futures pandémies.

gresp7-hultin

À la poursuite du virus mystérieux

Aucune souche n’ayant été conservée, le virus de la grippe espagnole n’a été identifié que bien plus tard. En 1951, un jeune étudiant suédois travaillant à l’université de l’Iowa aux États-Unis, Johan Hultin, décide de consacrer sa thèse de recherche à l’isolement du virus disparu, à partir de prélèvements pulmonaires humains effectués sur des patients décédés en 1918 et inhumés en Alaska. Les populations inuites, très sensibles au virus, avaient été en effet décimées avec des taux de mortalité avoisinant 90%.

Mais Hultin échoue à cultiver le virus et, ne pouvant soutenir sa thèse, abandonne alors sa carrière de chercheur.

Quelques décennies plus tard, un médecin militaire, Jeffery Taubenberger, travaille sur l’identification de l’agent responsable d’une mystérieuse épidémie chez les dauphins et les phoques. En 1995, il parvient à identifier le virus à partir de cadavres de mammifères marins en utilisant une technique puissante d’amplification de l’ADN.

gresp8-taubenberger-reid-hultin

Fier de son succès, il tente alors d’appliquer cette technique au virus de la grippe, bien que n’y connaissant rien. Il parvient à déterminer 15% du génome viral en travaillant sur des fragments de tissus pulmonaires de soldats morts de la grippe espagnole en septembre et octobre 1918.

En 1997, les résultats sont publiés dans la revue Science. Johan Hultin, alors âgé de 72 ans et profitant de la retraite à San Fransisco, est bouleversé par la lecture de l’article qui lui remémore sa thèse inachevée.

Le chercheur écrit immédiatement à Taubenbeger et propose d’aller effectuer, à ses frais, de nouveaux prélèvements en Alaska. Très déterminé, il se rend alors à Brevig Mission, un village d’Alaska de 200 habitants, à la recherche de cadavres. Avec l’autorisation des autorités locales, il exhume le corps parfaitement conservé d’une femme de 18 ans ensevelie dans le permafrost pour prélever un échantillon de son poumon. Il la baptise Lucy, « Lumière », nom du célèbre squelette de 3 millions d’années et envoie par la suite les prélèvements à Taubenberger.

Grâce à ces deux hommes, le génome du virus de la grippe espagnole a été enfin déterminé. Il s’agit d’une souche H1N1 (terme propre aux scientifiques), lointain ancêtre de la variante qui fit trembler le monde en 2009. Vraisemblablement d’origine chinoise, il s’avère cent fois plus mortel que le virus « classique » de la grippe.

gresp9-japon

Le retour du fléau

Au XXème siècle, deux grandes pandémies ont suivi la grippe espagnole de 1918. Un virulent virus de la grippe est apparu dans les années 1950 et s’est répandu en Asie orientale en 1957. Il s’est diffusé à travers le globe faisant entre un et deux millions de victimes avant d’être endigué au milieu de l’année suivante.

En 1968, un nouveau type de grippe s’est déclaré à Hong Kong, faisant entre un et quatre millions de victimes. Ces épisodes et d’autres encore nous montrent qu’un siècle après la mère de toutes les pandémies, le risque subsiste dans notre monde surpeuplé et interconnecté.

Bien qu’elles aient fait trembler l’opinion, les grippes aviaires et porcines de 1997 et 2009 n’ont pas eu d’ampleur équivalente, faisant quelques centaines de morts pour la première et environ 18 000 pour la seconde. Mais rien n’exclut l’irruption prochaine d’une nouvelle pandémie, les mutations de virus étant imprévisibles…

 

https://www.herodote.net/Entre_la_peste_et_le_cholera-synthese-2672-548.php

 

 

 

HISTOIRE, MALADIE, MOEURS ET COUTUMES, MOYEN AGE, PESTE, PESTE NOIRE

La peste noire au Moyen Âge

Peste noire

260px-Paul_Fürst,_Der_Doctor_Schnabel_von_Rom_(Holländer_version)

La peste noire ou mort noire est le nom donné par les historiens modernes à une pandémie de peste médiévale, au milieu du xive siècle, principalement bubonique, causée par la bactérie Yersinia pestis. Cette pandémie a touché l’Asie, le Moyen-Orient, le Maghreb et l’Europe et peut-être l’Afrique sub-saharienne. Elle n’est ni la première ni la dernière pandémie de peste, mais elle est la seule à porter ce nom. En revanche, c’est la première pandémie à avoir été bien décrite par les chroniqueurs contemporains.

Elle a tué de 30 à 50 % des Européens en cinq ans (1347-1352) faisant environ vingt-cinq millions de victimes. Ses conséquences sur la civilisation européenne sont sévères et longues, d’autant que cette première vague est considérée comme le début explosif et dévastateur de la deuxième pandémie de peste qui dura, de façon plus sporadique, jusqu’au début du xixe siècle.

Cette pandémie affaiblit encore plus ce qui restait de l’Empire byzantin, déjà moribond depuis la fin du xie siècle, et qui tombe face aux Turcs en 1453.

 

Origines du terme

Burying_Plague_Victims_of_Tournai

Les contemporains désignent cette épidémie sous de nombreux termes : « grande pestilence », « grande mortalité », « maladie des bosses », « maladie des aines », et plus rarement « peste universelle » (qui doit être compris comme un équivalent de fléau universel). Le terme « peste noire » ou « mort noire » apparaît au xvie siècle. Il semble que « noir » doive ici être pris au sens figuré (terrible, affreux), sans allusion médicale ou clinique.

La popularité de l’expression serait due à la publication, en 1832, de l’ouvrage d’un historien allemand Justus Hecker  (1795-1850), Der schwarze Tod im vierzehnten Jahrhundert (La Mort noire au xive siècle). L’expression devient courante dans toute l’Europe. En Angleterre, le terme usuel de Black Death (mort noire) apparaît en 1843 dans un livre d’histoire destiné à la jeunesse. Au début du xxie siècle, Black Death reste le nom habituel de cette peste médiévale pour les historiens anglais et américains. En France, le terme « peste noire » est le plus souvent utilisé

Dans son ouvrage initial de 1832, Hecker dresse la liste des explications de l’emploi de l’adjectif « noir » : le deuil continu, l’apparition d’une comète noire avant l’épidémie, le fait qu’elle ait d’abord frappé les Sarrasins (à peau foncée), la provenance apparente de pays à pierres ou de terres noires, etc.. Cet ouvrage est à la base de celui d’Adrien Phillippe paru en 1853 Histoire de la peste noire.

Dans le langage médical français, jusqu’aux années 1970, le terme peste noire désignait plus particulièrement les formes hémorragiques de la peste septicémique ou de la peste pulmonaire.

  

Chroniqueurs et historiens

 

Histoire classique

Il ne manque pas d’écrits contemporains de la peste noire, comme la Nuova chronica du chroniqueur florentin Giovanni Villani, lui-même victime de la peste en 1348. Sa chronique s’arrête en 1346, mais elle est poursuivie par son frère Matteo Villani avec le récit détaillé de cette épidémie. Gabriel de Mussis (1280-1356) de Plaisance est l’auteur d’un Historia de morbo en 1348.

D’autres chroniqueurs notables sont les continuateurs de la chronique de Guillaume de Nangis à Saint-Denis ; Gilles Le Muisit à Tournai ; Simon de Couvin (?-1367) de Liège ; Baldassarre Bonaiuti  dit aussi Marchionne di Coppo Stefani (1336-1385) de Florence Louis Heyligen à Avignon et Michel de Piazza à Messine.

De nombreux auteurs, médicaux ou non, ont donné par la suite avis et observations, mais une approche proprement historique de la peste médiévale n’apparait qu’à la fin du xviiie siècle avec Christian Gottfried Gruner  (1744-1815) et Kurt Sprengel.

Le tournant décisif est pris en 1832 par Justus Hecker (voir section précédente) qui insiste sur l’importance radicale de la peste noire comme facteur de transformation de la société médiévale. L’école allemande place la peste noire au centre des publications médico-historiques avec Heinrich Haeser (1811-1885), et August Hirsch (1817-1894). Ces travaux influencent directement l’école britannique, aboutissant au classique The Black Death (1969) de Philip Ziegler.

 

Histoire multidisciplinaire

La découverte de la bactérie causale Yersinia pestis (1894), puis celle du rôle des rats et des puces, permettent de déterminer un modèle médical de la peste moderne dans la première moitié du xxe siècle. Ce modèle s’impose aux historiens pour expliquer et évaluer la peste médiévale. En même temps, ces chercheurs ont accès à de nouvelles sources locales officielles et semi-officielles, avec l’arrivée dans la deuxième moitié du xxe siècle de démographes, d’épidémiologistes et de statisticiens.

Le modèle initial de Hecker, représentatif d’une « histoire-catastrophe », quasi apocalyptique, est corrigé et nuancé. La peste noire n’est plus un séparateur radical ou une rupture totale dans l’histoire européenne. Nombre de ses effets et de ses conséquences étaient déjà en cours dès le début du xive siècle ; ces tendances ont été exacerbées et précipitées par l’arrivée de l’épidémie. Le phénomène « peste noire » est mieux situé dans un contexte historique plus large à l’échelle séculaire d’un ou plusieurs cycles socio-économiques et démographiques.

Un apport décisif est celui de Jean-Noël Biraben qui publie en 1975, Les hommes et la peste en France et dans les pays européens et méditerranéens, où la peste noire (Europe occidentale 1348-1352) n’est qu’un aspect particulier des épidémies de peste qui se succèdent jusqu’au xviiie siècle, englobant l’Europe de l’Est et le Moyen-Orient. Il est suivi en cela par nombre de chercheurs qui abordent la peste à différentes échelles spatio-temporelles, pas forcément centrées sur la peste noire du milieu du xive siècle, la plus connue du grand public.

À la fin du xxe siècle, l’étude de la peste noire médiévale apparait de plus en plus comme multidisciplinaire avec le traitement des données par informatique, l’arrivée de nouvelles spécialités comme l’archéozoologie ou la paléomicrobiologie. Si les notions initiales des premiers historiens paraissent se confirmer en général, la peste noire historique comporte encore de nombreux problèmes en suspens, non ou mal expliqués. Au début du xxie siècle, elle reste un objet vivant de recherches : mises en cause de données acquises, disputes et controverses avec pluralité de points de vue.

 

Et en Afrique sub-saharienne ?

On a longtemps supposé que la peste, actuellement endémique dans une partie de l’Afrique, était arrivée sur ce continent depuis l’Inde et/ou la Chine au xixe siècle. Des indices, notamment examinés par le programme de recherche GLOBAFRICA de l’Agence nationale de la recherche française, laissent cependant penser qu’on a sous-estimé la présence et les effets de l’épidémie dans la zone subsaharienne médiévale.

À cause du manque d’archives écrites pour cette région et du peu de trace archéologiques dans les zones de forêt tropicale, les historiens et archéologues ont d’abord estimé que la bactérie Yersinia pestis n’avait pas traversé le Sahara vers le sud via les puces et rats ou des navires marchands côtiers. On n’avait pas non plus retrouvé dans ces régions de grandes « fosses à peste » comme en Europe. Et les récits d’explorateurs venus d’Europe aux xve et xvie siècles ne rapportent pas de témoignages sur une grande épidémie.

Depuis, l’archéologie s’est alliée à l’histoire et à la génétique, plaidant pour une possible dévastation de la zone subsaharienne par la Peste à l’époque médiévale. Elle s’y serait propagée via les voies commerciales reliant alors ces régions à d’autres continents12.

À Akrokrowa (Ghana) les archéologues ont trouvé une communauté agricole médiévale très développée qui a subi un effondrement démographique au moment même où la peste noire ravageait l’Eurasie et l’Afrique du Nord, puis des découvertes similaires ont été faites dans le cadre du projet GLOBAFRICA pour des périodes situées au xive siècle à Ife (Nigeria chez les Yorubas), de même sur un site étudié à Kirikongo (Burkina Faso) où la population semble avoir été brutalement divisée par deux durant la seconde moitié du xive siècle. Dans ces cas il n’y a pas de signes contemporains de guerre ou de famine, ni de migration. Ces changements évoquent ceux observés ailleurs, dont dans les îles britanniques lors de la peste justinienne du vie au viiie siècle.

Les archives historiques éthiopiennes ont aussi commencé à livrer des mentions d’épidémies jusqu’ici ignorées pour la période allant du xiiie au xve siècle, dont l’une évoque une maladie qui a tué « un si grand nombre de gens que personne n’a été laissé pour enterrer les morts » et au CNRS, une historienne (Marie-Laure Derat) a découvert qu’au xve siècle, deux saints européens adoptés par la culture et l’iconographie éthiopienne ancienne étaient associés à la peste (Saint Roch et Saint Sébastien). En 2016 les généticiens ont aussi mis en évidence un sous-groupe distinct de Y. pestis qui pourrait être arrivé en Afrique de l’Est vers le xv-xvie siècle, uniquement trouvé en Afrique orientale et centrale, phylogénétiquement proche de l’une des souches connue pour avoir dévasté l’Europe au xive siècle (c’est même le parent encore vivant de la peste noire le plus proche note une historienne de la peste Monica Green). Un autre variant de la bactérie (aujourd’hui disparu) avait déjà sévi dans l’ouest de l’Afrique et peut-être même au-delà. Pour étayer cette hypothèse, de l’ADN ancien est cependant encore nécessaire.

 

Épidémies précédentes

Le Moyen Âge fut traversé par de nombreuses épidémies, plus ou moins virulentes et localisées, et souvent mal identifiées (incluant grippe, variole et dysenteries) qui se déclenchèrent sporadiquement. Hormis peut-être le mal des ardents, qui est dû à une intoxication alimentaire, la plupart de ces épidémies coïncidèrent avec les disettes ou les famines qui affaiblissaient l’organisme. Le manque d’hygiène général et notamment la stagnation des eaux usées dans les villes, la présence de marais dans les campagnes favorisèrent également leur propagation. Ainsi, l’Artois est frappé à plusieurs reprises en 1093, 1188, 1429, 1522.

La peste de Justinien (541-767) qui ravagea l’Europe méditerranéenne a été clairement identifiée comme peste due à Yersinia pestis. Elle fut sûrement à l’origine d’un déficit démographique pendant le haut Moyen Âge en Europe du Sud, et indirectement, de l’essor économique de l’Europe du Nord. Elle est considérée comme la première pandémie de peste ; sa disparition au viiie siècle reste énigmatique.

L’absence de la peste en Europe dura six siècles. Quand l’Europe occidentale fut de nouveau touchée en 1347-1348, la maladie revêtit tout de suite, aux yeux des contemporains, un caractère de nouveauté et de gravité exceptionnelle, qui n’avait rien de commun avec les épidémies habituelles. Pour les plus lettrés, les seules références connues pouvant s’en rapprocher étaient la peste d’Athènes et la peste de Justinien.

Contrairement à la peste de Justinien, qui fut essentiellement bubonique, la peste noire, due aussi à Yersinia pestis, a pu revêtir deux formes : principalement bubonique, mais aussi pulmonaire.selon les circonstances.

 

Chronologie

Origines

La peste bubonique sévissait de façon endémique en Asie centrale, et ce sont probablement les guerres entre Mongols et Chinois qui provoquèrent les conditions sanitaires permettant le déclenchement de l’épidémie. Elle se déclara en 1334, dans la province chinoise du Hubei et se répandit rapidement dans les provinces voisines : Jiangxi, Shanxi, Hunan, Guangdong, Guangxi, Henan et Suiyuan, une ancienne province disputée entre les empires mongol et chinois.

En 1346, les Mongols de la Horde d’or assiégèrent Caffa, comptoir et port génois des bords de la mer Noire, en Crimée. L’épidémie, ramenée d’Asie centrale par les Mongols, toucha bientôt les assiégés, car les Mongols catapultaient les cadavres des leurs par-dessus les murs pour infecter les habitants de la ville. Cependant, pour Boris Bove il est plus plausible d’imaginer que la contamination des Génois fut le fait des rats passant des rangs mongols jusque dans la ville, ou selon une théorie récente, plutôt des gerbilles.

Le siège fut levé, faute de combattants valides en nombre suffisant : Génois et Mongols signèrent une trêve. Les bateaux génois, pouvant désormais quitter Caffa, disséminèrent la peste dans tous les ports où ils faisaient halte : Constantinople est la première ville touchée en 1347, puis la maladie atteignit Messine fin septembre 1347, Gênes et Marseille  en novembre de la même année. Pise est atteinte le premier janvier 1348, puis c’est le tour de Spalato, la peste gagnant les ports voisins de Sebenico et de Raguse, d’où elle passe à Venise le 25 janvier 1348. En un an, la peste se répandit sur tout le pourtour méditerranéen.

Dès lors, l’épidémie de peste s’étendit à toute l’Europe du sud au nord, y rencontrant un terrain favorable : les populations n’avaient pas d’anticorps contre cette variante du bacille de la peste, et elles étaient déjà affaiblies par des famines répétées, des épidémies, un refroidissement climatique sévissant depuis la fin du xiiie siècle, et des guerres.

Entre 1345 et 1350, le monde musulman et la région du croissant fertile sont durement touchés par la pandémie. Partie de Haute-Égypte, elle touche Alexandrie, Le Caire en septembre 1348, atteint la Palestine, touche successivement Acre, Sidon,  Beyrouth, Tripoli et Damas en juin de la même année. Au plus fort de l’épidémie, Damas perd environ 1 200 habitants par jour et Gaza est décimée. La Syrie perd environ 400 000 habitants, soit un tiers de sa population. C’est après avoir ravagé l’Égypte, le Maghreb et l’Espagne qu’elle se répand finalement en Europe.

 

Diffusion

La peste noire se répandit comme une vague et ne s’établit pas durablement aux endroits touchés. Le taux de mortalité moyen d’environ trente pour cent de la population totale, et de soixante à cent pour cent de la population infectée, est tel que les plus faibles périssent rapidement, et le fléau ne dure généralement que six à neuf mois.

Depuis Marseille, en novembre 1347, elle gagna rapidement Avignon, en janvier 1348, alors cité papale et carrefour du monde chrétien : la venue de fidèles en grand nombre contribuant à sa diffusion. Début février, la peste atteint Montpellier puis Béziers. Le 16 février 1348, elle est à Narbonne, début mars à Carcassonne, fin mars à Perpignan. Fin juin, l’épidémie atteint Bordeaux. À partir de ce port, elle se diffuse rapidement à cause du transport maritime. L’Angleterre est touchée le 24 juin 1348. Le 25 juin 1348, elle apparaît à Rouen, puis à Pontoise et Saint-Denis. Le 20 août 1348, elle se déclare à Paris. En septembre, la peste atteint le Limousin et l’Angoumois, en octobre le Poitou, fin novembre Angers et l’Anjou. En décembre, elle est apportée à Calais depuis Londres. En décembre 1348, elle a envahi toute l’Europe méridionale, de la Grèce au sud de l’Angleterre. L’hiver 1348-1349 arrête sa progression, avant qu’elle resurgisse à partir d’avril 1349.

En décembre 1349, la peste a traversé presque toute l’Allemagne, le Danemark, l’Angleterre, le Pays de Galles, une bonne partie de l’Irlande et de l’Écosse. Elle continue ensuite sa progression vers l’est et vers le nord dévastant la Scandinavie en 1350, puis l’Écosse, l’Islande ou le Groenland, s’arrêtant aux vastes plaines inhabitées de Russie en 1351.

Cette progression n’est pas homogène, les régions n’étant pas toutes touchées de la même façon. Des villages, et même certaines villes sont épargnés comme Bruges, Milan et Nuremberg,  au prix de mesures d’exclusion drastiques, et il en est de même pour le Béarn et la Pologne (carte ci-contre).

220px-Diffusion_de_la_peste_noire_1347_1351.svg

 

Guerres et peste

Les rapports entre la guerre et la peste s’expliquent de diverses façons selon les historiens, et il n’est pas toujours facile de distinguer entre les causes et les conséquences.

 

Guerre de Cent Ans

Les effets de la guerre de Cent Ans paraissent limités, car elle n’est jamais totale (étendue géographique, et dans le temps – existence de trêves). L’impact démographique direct est faible et ne concerne que la noblesse, quoique des massacres de populations civiles soient attestés (Normandie, région parisienne). Il n’en est pas de même pour les conséquences indirectes liées à l’économie de guerre (pillage, rançon, impôts) : la misère, l’exode, la mortalité sont aggravées. Le bon sens populaire associe la guerre et la peste dans une même prière : « Délivre-nous, Seigneur, de la faim, de la peste et de la guerre ».

La peste frappe Anglais et Français, assiégeants et assiégés, militaires et civils, sans distinction. Cette mortalité par peste est sans commune mesure avec les pertes militaires au combat (une armée de plus de dix mille hommes est exceptionnelle à l’époque). La guerre tue par milliers sur un siècle, la peste par millions en quelques années. La peste est l’occasion d’interrompre la guerre de Cent Ans (prolongation de la trêve de Calais en 1348), mais elle n’en change guère le cours en profondeur. La proximité de la peste limite les opérations (évitement des zones où la peste sévit). Des bandes armées ont pu disséminer la peste, mais aucune armée n’a été décimée par la peste durant la guerre de Cent Ans.

 

Autres conflits

D’autres historiens insistent sur l’influence de la peste sur le déroulement des opérations militaires, surtout en Méditerranée : la fin du siège de Caffa, la mort d’Alphonse XI lors du siège de Gibraltar, la réduction des flottes de guerre de Venise et de Gênes, l’ouverture de la frontière nord de l’Empire byzantin, la dispersion de l’armée de Abu Al-Hasan après la bataille de Kairouan (1348), l’arrêt de la Reconquista pour plus d’un siècle, etc..

 

Conséquences démographiques et socio-économiques

La peste eut d’importantes conséquences démographiques, économiques, sociales et religieuses.

Les sources documentaires sont assez éparses et couvrent généralement une période plus longue, mais elles permettent une approximation assez fiable. Les historiens s’entendent pour estimer la proportion de victimes entre 30 et 50 % de la population européenne, soit entre 25 et 45 millions de personnes. Les villes sont plus durement touchées que les campagnes, du fait de la concentration de la population, et aussi des disettes et difficultés d’approvisionnement provoquées par la peste.

Au niveau mondial, il faut ajouter les morts de l’empire byzantin, du monde musulman, du Moyen-Orient, de la Chine et de l’Inde. Selon les sources la peste noire a fait entre 75 et 200 millions de morts lors du xive siècle

 

En Occident

Conséquences économiques

Louis_Duveau_La_peste_d'Elliant

Il existait déjà une récession économique depuis le début du xive siècle, à cause des famines et de la surpopulation (il y eut en 1315-1317 une grande famine européenne qui stoppa l’expansion démographique et prépara le terrain à l’épidémie).

Cette récession se transforme en chute brutale et profonde avec la peste noire et les guerres. La main-d’œuvre vint à manquer et son coût augmenta, en particulier dans l’agriculture. De nombreux villages furent abandonnés, les moins bonnes terres retournèrent en friche et les forêts se redéveloppèrent. En France, la production céréalière et celle de la vigne chutent de 30 à 50 % selon les régions.

Les propriétaires terriens furent contraints de faire des concessions pour conserver (ou obtenir) de la main-d’œuvre, ce qui se solda par la disparition du servage. Les revenus fonciers s’effondrèrent à la suite de la baisse du taux des redevances et de la hausse des salaires ; le prix des logements à Paris fut divisé par quatre.

Les villes se désertifièrent les unes après les autres, la médecine de l’époque n’ayant ni connaissance de la cause de l’épidémie ni les capacités de la juguler. Cette désertification est compensée par un exode rural pour repeupler les villes, dans un rayon moyen de 30 à 40 km autour des villes et des gros bourgs.

Mortalité et démographie

La France ne retrouva son niveau démographique de la fin du xiiie siècle que dans la seconde moitié du xviie siècle.

En France, entre 1340 et 1440, la population a décru de 17 à 10 millions d’habitants, une diminution de 41 %. La France avait retrouvé le niveau de l’ancienne Gaule. Le registre paroissial de Givry, en Saône-et-Loire, l’un des plus précis, montre que pour environ 1 500 habitants, on a procédé à 649 inhumations en 1348, dont 630 de juin à septembre, alors que cette paroisse en comptait habituellement environ 40 par an : cela représente un taux de mortalité de 40,6 %. D’autres registres, comme celui de l’église Saint-Nizier de Lyon, confirment l’ordre de grandeur de Givry (30 à 40 %).

Une source indirecte de mortalité est l’étude des séries de legs et testaments enregistrés. Par exemple, les historiens disposent des données de Besançon et de Saint-Germain-l’Auxerrois, qui montrent que les legs et les testaments décuplent en 1348-1349 par rapport à 1347, mais l’interprétation en est délicate. « La mortalité précipite les hommes non seulement chez leur confesseur mais aussi chez leur notaire […] mais [cela] ne permet pas de la mesurer, car il dépend autant, sinon plus, de la peur de la maladie qui multiplie les legs pieux que des ravages de la peste elle-même ».

C’est l’Angleterre qui nous a laissé le plus de témoignages ce qui, paradoxalement, rend l’estimation du taux de mortalité plus ardue, les historiens fondant leurs calculs sur des documents différents : les chiffres avancés sont ainsi entre 20 et 50 %. Cependant, les estimations de population entre 1300 et 1450 montrent une diminution située entre 45 et 70 %. Même si là encore la baisse de population était en cours avant l’éclosion de la peste, ces estimations rendent le 20 % peu crédible, ce taux étant fondé sur des documents concernant des propriétaires terriens laïcs qui ne sont pas représentatifs de la population, essentiellement paysanne et affaiblie par les disettes.

Dans le reste de l’Europe, les historiens tentent d’approcher la mortalité globale par des études de mortalité de groupes socio-professionnels mieux documentés (médecins, notaires, conseillers municipaux, moines, évêques). En Italie, il est communément admis par les historiens que la peste a tué au moins la moitié des habitants. Seule Milan semble avoir été épargnée, quoique les sources soient peu nombreuses et imprécises à ce sujet. Des sources contemporaines citent des taux de mortalité effrayants : 80 % des conseillers municipaux à Florence, 75 % à Venise, etc. En Espagne, la peste aurait décimé de 30 à 60 % des évêques.

En Autriche, on a compté 4 000 victimes à Vienne, et 25 à 35 % de la population mourut. En Allemagne, les populations citadines auraient diminué de moitié, dont 60 % de morts à Hambourg et Brême.

Empire byzantin

L’Empire byzantin est durement touché lui aussi par la peste, il connaîtra 9 vagues épidémiques majeures du xive siècle au xve siècle (de 1347 à 1453) d’une durée moyenne de trois ans espacées d’une dizaine d’années. La peste touche particulièrement Constantinople, le Péloponnèse, la Crète et Chypre. L’Empire byzantin était déjà affaibli par des défaites militaires, des guerres civiles, des tremblements de terre. La peste noire accentue ce déclin, mais ne le provoque pas.

L’histoire médiévale de cette région montre que les ambitions économiques, politiques et militaires étaient plus fortes que la peur de la peste. Le commerce et la guerre contribuent à propager la peste, les hommes finissant par intégrer la peste comme une part de leur vie. Après la chute de Constantinople, l’Empire ottoman subit aussi des épidémies graves de peste jusqu’à la fin du xvie siècle.

 

Monde musulman

Ibn Khaldoun, philosophe et historien musulman du xive siècle évoque dans son autobiographie la perte de plusieurs membres de sa famille dont sa mère en 1348 et son père en 1349, de ses amis et de ses professeurs à cause de la peste. Il évoquera à plusieurs reprises ces événements tragiques, notamment dans la Muqaddima (traduite en Prolégomènes) :

« Une peste terrible vint fondre sur les peuples de l’Orient et de l’Occident ; elle maltraita cruellement les nations, emporta une grande partie de cette génération, entraîna et détruisit les plus beaux résultats de la civilisation. Elle se montra lorsque les empires étaient dans une époque de décadence et approchaient du terme de leur existence ; elle brisa leurs forces, amortit leur vigueur, affaiblit leur puissance, au point qu’ils étaient menacés d’une destruction complète. La culture des terres s’arrêta, faute d’hommes ; les villes furent dépeuplées, les édifices tombèrent en ruine, les chemins s’effacèrent, les monuments disparurent ; les maisons, les villages, restèrent sans habitants ; les nations et les tribus perdirent leurs forces, et tout le pays cultivé changea d’aspect. »

Le bilan humain en Méditerranée orientale est difficile à évaluer, faute de données fiables (manque de données démographiques, difficulté à interpréter les chroniques). On cite quelques données significatives : la plus grande ville de l’islam à cette époque était Le Caire avec près d’un demi-million d’habitants, sa population chute en quelques années à moins de 300 000. La ville avait 66 raffineries de sucre en 1324, elle en a 19 en 1400. Le repeuplement des grandes villes se fait aux dépens des campagnes, dans un contexte de disettes et de crises économiques et monétaires. En Égypte, le dirham d’argent est remplacé par du cuivre. Alexandrie qui comptait encore 13 000 tisserands en 1394, n’en compte plus que 800 en 1434.

 

Réactions collectives

Face à la peste, et à l’angoisse de la peste, les populations réagissent par la fuite, l’agressivité ou la projection. La fuite est générale pour ceux qui en ont la possibilité. Elle se manifeste aussi dans le domaine moral, par une fuite vers la religion, les médecins, charlatans et illuminés, ou des comportements par mimétisme (manie dansante, hystérie collective…).

L’agressivité se porte contre les juifs et autres prétendus semeurs de peste (lépreux, sorcières, mendiants…), ou contre soi-même (de l’auto-flagellation jusqu’au suicide). La projection est l’œuvre des artistes : les figurations de la peste et leurs motivations seraient comme une sorte d’exorcisme, modifiant les sensibilités.

Les réactions les plus particulières à l’époque de la peste noire sont les violences contre les juifs et les processions de flagellants.

 

Violences contre les Juifs

Déroulement

Dès 1348, la peste provoque des violences antijuives en Provence. Les premiers troubles éclatent à Toulon dans la nuit du 13 au 14 avril 1348. Quarante Juifs sont tués et leurs maisons pillées. Les massacres se multiplient rapidement en Provence, les autorités sont dépassées à Apt, Forcalquier et Manosque. La synagogue de Saint-Rémy-de-Provence est incendiée (elle sera reconstruite hors de la ville en 1352). En Languedoc, à Narbonne et Carcassonne, les Juifs sont massacrés par la foule. En Dauphiné, des Juifs sont brûlés à Serres. N’arrivant pas à maîtriser la foule, le dauphin Humbert II fait arrêter les Juifs pour éviter les massacres. Ceux-ci se poursuivent à Buis-les-Baronnies, Valence, la-Tour-du-Pin, et Pont-de-Beauvoisin où des Juifs sont précipités dans un puits qu’on les accuse d’avoir empoisonné. D’autres massacres ont lieu en Navarre et en Castille. Le 13 mai 1348, le quartier juif de Barcelone est pillé.

En juillet, le roi de France Philippe VI fait traduire en justice les Juifs accusés d’avoir empoisonné les puits. Six Juifs sont pris à Orléans et exécutés. Le 6 juillet, le pape Clément VI d’Avignon proclame une bulle en faveur des juifs, montrant que la peste ne fait pas de différences entre les juifs et les chrétiens, il parvient à prévenir les violences au moins dans sa ville. Ce n’est pas le cas en Savoie qui, au mois d’août, devient théâtre de massacres. Le comte tente de protéger puis laisse massacrer les Juifs du ghetto de Chambéry. En octobre, les massacres continuent dans le Bugey, à Miribel et en Franche-Comté.

Les ashkénazes d’Allemagne sont victimes de pogroms. En septembre 1348, les Juifs de la région du château de Chillon sur le lac Léman, en Suisse, sont torturés jusqu’à ce qu’ils avouent, faussement, avoir empoisonné les puits. Leurs confessions provoquent la fureur de la population qui se livre à des massacres et à des expulsions. Trois cents communautés sont détruites ou expulsées. Six mille Juifs sont tués à Mayence. Nombre d’entre eux fuient vers l’est, en Pologne et en Lituanie.

Plusieurs centaines de Juifs sont brûlés vifs lors du pogrom de Strasbourg le 14 février 1349, d’autres sont jetés dans la Vienne à Chinon. En Autriche, le peuple, pris de panique, s’en prend aux communautés juives, les soupçonnant d’être à l’origine de la propagation de l’épidémie, et Albert II d’Autriche doit intervenir pour protéger ses sujets juifs

 

Interprétations

Si les accusations contre les Juifs ont été largement répandues dans toute l’Europe occidentale, les violences se concentrent dans des régions bien limitées (essentiellement l’axe économique Rhône-Rhin). En Angleterre, les juifs sont accusés, mais non persécutés, à cause de leur évidente pauvreté (les banquiers et riches commerçants juifs ont été expulsés par Édouard Ier en 1290). En Scandinavie, on accuse aussi les juifs d’empoisonner les puits, mais il n’y a pas de juifs en Scandinavie. Les chroniqueurs arabes, de leur côté, ne mentionnent pas de persécutions contre les juifs à l’occasion d’épidémie de peste.

Selon J.N. Biraben, la richesse des juifs aurait pu jouer un rôle, à cause de leur situation de prêteurs, faisant appel aux autorités pour faire régler leurs débiteurs. La peste aurait mis le feu aux poudres, les héritiers des morts de peste se retrouvant débiteurs. Ce qui est bien documenté pour la région de Strasbourg, mais reste hypothétique ailleurs.

Un autre facteur est l’importance des communautés médicales juives en Provence. Un tiers à la moitié des médecins provençaux connus du xiie siècle au xve siècle étaient juifs. La petite ville de Trets comptait 6 médecins juifs et 1 chrétien au xive siècle. L’arrivée de la peste noire en Provence met à nu l’impuissance de la médecine, et par là celles des juifs, dont le savoir des remèdes se serait retourné contre eux. On croit qu’ils reçoivent, par la mer, des sachets de venins réduits en poudre qu’ils sont chargés de répandre.

 

Trésors de peste

220px-Jewish_wedding_ring_MNMA_Cl20658_n2

Lorsque les violences s’approchent des régions rhénanes, durant l’hiver 1348-1349, les familles juives d’Allemagne cachent monnaies et objets précieux dans ou autour de leur maison. De nombreux trésors furent enterrés, puis abandonnés à la mort ou la fuite de leurs propriétaires. Plusieurs de ces trésors ont été retrouvés, témoignant de la vie et de la culture juives médiévales en Europe.

Parmi les trésors étudiés les plus importants, le premier a été trouvé à Weissenfels en 1826, d’autres à Colmar (1863), Bale (1937), Cologne (1953)… Le plus récent à Erfurt (1998).

Le trésor de Colmar appartient au Musée de Cluny de Paris qui l’a exposé avec le trésor d’Erfurt du 25 avril au 3 septembre 2007. Ces trésors sont identifiés par leur lieu de découverte, leur datation et la présence caractéristique de bague juive de mariage.

Processions de flagellants

Des groupes de flagellants se formèrent, tentant d’expier les péchés, avant la parousie, dont ils pensaient que la peste était un signe annonciateur. Cependant ces groupes restaient extrêmement marginaux, la plupart des chrétiens firent face au fléau par une piété redoublée, mais ordinaire et encadrée par un clergé qui réprouvait les excès.

Danses maniaques

La disparition d’une partie du clergé entraine une résurgence de comportements superstitieux ou inhabituels, liés à une contagion par imitation lors de stress collectifs. C’est notamment le cas de la manie dansante ou épidémie de danse de saint Guy (ou saint Vit ou Vitus).

Déjà signalée dans les populations germaniques au xiiie siècle, une manie dansante survient en Lusace, près de la Bohême, en 1349 à l’approche de la peste noire. Des femmes et jeunes filles se mettent à danser devant un tableau de la Vierge. Elles dansent nuit et jour, jusqu’à l’effondrement, puis se relèvent et recommencent après sommeil réparateur.

En juillet 1374, dans plusieurs villes du Rhin moyen, des centaines de jeunes couples se mettent à danser et chanter, circulant dans toute la région. Les spectateurs les imitent et se joignent à eux. Le mauvais temps les arrête en novembre, mais chaque été, ils recommencent jusqu’en 1381. Le clergé parvient à les contrôler en les conduisant en pèlerinage.

Le phénomène se retrouve en 1414 à Strasbourg pour se répandre en Allemagne, il se répète en 1463 à Metz. Le plus documenté est l’épidémie dansante de 1518 à Strasbourg, liée à des tensions sociales et économiques, et aux menaces répétées et imprévisibles d’épidémie de peste.

Le rapport entre ces danses maniaques et le thème artistique de la danse macabre reste peu clair.

 

Moyens thérapeutiques

La médecine du xive siècle était impuissante face à la peste qui se répandait. Les médecins utilisent plusieurs moyens simultanément, car nul traitement unique n’avait de succès ou même n’était meilleur qu’un autre. La médecine galénique, basée sur la théorie humorale, privilégiait les remèdes internes, mais dès le début de la peste noire, elle tend à être supplantée par une théorie miasmatique basée sur un « venin » ou « poison ». Le poison de la peste pénètre le corps à partir de l’air infect ou par contact (personne ou objet).

Toutes ces théories pouvaient se combiner : la peste est une pourriture des humeurs due à un poison transmissible par air ou par contact. Ce poison est un principe de corruption provenant des profondeurs de la terre (substances en putréfaction), qui s’élève dans l’air, à la suite d’un phénomène « météo-géologique » (tremblement de terre, orage…) ou astronomique (conjonction de planètes, passage de comète…), et qui retombe sur les humains.

La distinction entre moyens médicaux, religieux, folkloriques ou magiques est faite par commodité, mais l’ensemble de ces moyens étaient largement acceptés par les médecins savants de l’époque.

Remèdes externes

Ils ont pour but, soit d’empêcher la pénétration du poison, soit de faciliter sa sortie. Contre l’air empoisonné, on se défend par des fumigations de bois ou de plantes aromatiques.

Les médecins arabes avaient remarqué que les survivants de peste étaient plutôt ceux dont les bubons avaient suppuré (vidés de leur pus). Selon leur avis, les chirurgiens de peste incisaient ou cautérisaient les bubons. Ils le faisaient dans des conditions non-stériles, occasionnant souvent des surinfections.

De nombreux onguents de diverses compositions (herbes, minéraux, racines, térébenthine, miel…) pouvaient enduire les bubons et le reste du corps (à visée préventive ou curative). On utilisait parfois des cataplasmes à base de produits répugnants (crapauds, asticots, bile et fiente d’origines diverses…) selon l’idée que les poisons attirent les poisons. Ainsi les parfums empêchent la pénétration du poison, et les mauvaises odeurs facilitent sa sortie.

Les saignées avaient pour but d’évacuer le sang corrompu, ce qui le plus souvent affaiblissait les malades.

Les bains chauds, les activités physiques qui provoquent la sudation comme les rapports sexuels sont déconseillés, car ils ouvrent les pores de la peau rendant le corps plus vulnérable aux venins aériens.

 

Remèdes internes

La médecine de Galien insiste sur les régimes alimentaire et de vie. Selon la théorie des humeurs, la putréfaction est de nature « chaude et humide », elle doit être combattue par des aliments de nature « froide et sèche », faciles à digérer. La liste et les indications de tels aliments varient selon les auteurs de l’époque.

Une attitude morale tempérée est protectrice car les principales passions qui ouvrent le corps à la pestilence sont la peur, la colère, le désespoir et la folie.

Les contre-poisons utilisés sont des herbes telles que la valériane, la verveine, ou des produits composés complexes connus depuis l’Antiquité comme la thériaque. Les antidotes minéraux sont des pierres ou métaux précieux, décapés ou réduits en poudre, pour être avalés en jus, sirop, ou liqueur : or, émeraude, perle, saphir.

Les remèdes visent à expulser le poison, ce sont les émétiques, les purgatifs, les laxatifs, ce qui épuisait les malades plus qu’autre chose.

 

Moyens religieux et magiques

L’Église organise des processions religieuses solennelles pour éloigner les démons, ou des actes de dévotion spectaculaire pour apaiser la colère divine, par exemple la confection de cierges géants, la procession à pieds nus, les messes multiples simultanées ou répétées.

Le culte à la Vierge cherche à répéter le miracle survenu à Rome en 590. Cette année-là, lors de la peste de Justinien, une image de la vierge censée peinte par saint Luc, promenée dans Rome, dissipa aussitôt la peste. À ce culte s’ajoute celui des saints protecteurs de la peste : saint Sébastien et saint Roch.

Des amulettes et talismans sont portés comme le symbole visible d’un pouvoir invisible, par les juifs, les chrétiens et les musulmans. Les musulmans portent des anneaux où sont inscrits des versets du Coran, quoique l’opinion des lettrés diverge sur ce point, de nombreux textes musulmans sur la peste recommandent des amulettes, incantations et prières contre la peste provenant non pas d’Allah, mais des démons ou djinns.

En Occident, en dépit de la désapprobation de l’Église, les chrétiens utilisent charmes, médaillons, textes de prière suspendus autour du cou. L’anneau ou la bague ornée d’un diamant ou d’une pierre précieuse, portée à la main gauche, vise à neutraliser la peste et tous les venins. C’est l’origine magique, à partir de la pharmacopée arabe, du solitaire ou bague de fiancailles des pays occidentaux.

 

Mesures sociales

Gestion des décès

Par leur nombre, les morts ont posé un problème aigu au cours de la peste noire. D’abord pour les évaluer, l’habitude sera prise de recensements réguliers, avant et après chaque épidémie. Le clergé sera chargé d’établir les enregistrements des décès et l’état civil. De nouveaux règlements interdisent de vendre les meubles et vêtements des morts de peste. Leurs biens, voire leur maison, sont souvent brûlés. Dès 1348, des villes établissent de nouveaux cimetières en dehors d’elles, Il est désormais interdit d’enterrer autour des églises, à l’intérieur même des villes, comme on le faisait auparavant.

Les règlements de l’époque indiquent que l’on devait enterrer les cadavres de pestiférés au plus tard six heures après la mort. La tâche est extrêmement dangereuse pour les porteurs de morts, qui viennent bientôt à manquer. On paye de plus en plus cher les ensevelisseurs qui seront, dans les siècles suivants, affublés de noms et d’accoutrements divers selon les régions (vêtus de cuir rouge avec grelots aux jambes, ou de casaques noires à croix blanche).

En dernière ressource on utilise la main-d’œuvre forcée : prisonniers de droit commun, galériens, condamnés à mort… à qui on promet grâce ou remises de peine. Ces derniers passent dans les maisons ou ramassent les cadavres dans les rues pour les mettre sur une charrette. Ils sont souvent ivres, voleurs et pilleurs. Des familles préfèrent enterrer leurs morts dans leur cave ou jardin, plutôt que d’avoir affaire à eux.

Lorsque les rites funéraires d’enterrement y compris en fosse commune ne sont plus possibles de par l’afflux de victimes, les corps peuvent être immergés comme en la Papauté d’Avignon dans le Rhône en 1348, dont les eaux ont été bénies pour cela par le Pape. De même, à Venise des corps sont jetés dans le Grand Canal, et un service de barges est chargé de les repêcher. Les sources mentionnent rarement l’incinération de cadavres, comme à Catane en 1347 où les corps des réfugiés venus de Messine sont brûlés dans la campagne pour épargner à la ville la puanteur des bûchers.

Pour les trois religions monothéistes, le respect du mort est essentiel, la promesse de vie éternelle et de résurrection dissuade en fait toute crémation ou autre forme de destruction de l’intégrité corporelle. Le rite funéraire est simplifié et abrégé, mais maintenu autant que possible, mais lorsque les membres du clergé eux-mêmes disparaissent, mourir de peste sans aucun rituel devient encore plus terrifiant pour les chrétiens. En pays d’islam, la difficulté de maintenir les rites est plus supportable pour les musulmans car mourir de peste fait partie des cinq martyrs (chahid). Comme la mort lors du djihad, elle donne accès immédiat au Paradis.

En Occident, durant la peste noire, la lutte contre les pillages et les violences de foule est d’abord assurée par les sergents de ville ordinaires. Plus tard, les conseils municipaux engageront des troupes spéciales chargées de garder, en temps de peste, les villes désertées par leurs habitants.

 

Règlements sanitaires

Au début du xive siècle, les règlements d’hygiène publique sont pratiquement inexistants, à l’exception de quelques grandes villes d’Italie  comme Florence (surveillance du ravitaillement, dont la qualité des viandes et de la santé des habitants). La peste noire prend la population au dépourvu et elle sera le point de départ des administrations de santé en Europe. Dès 1348 (première année de la peste noire) plusieurs villes italiennes se dotent d’un règlement de  peste : Pistoie, Venise, Milan, Parme… comme Gloucester en Angleterre. Ces villes interdisent l’entrée des voyageurs et des étrangers venant de lieux infectés.

Les premières villes à édicter un isolement radical de la ville elle-même sont Reggio en 1374, Raguse en 1377, Milan (1402) et Venise (1403). Ces premières mesures sont des tentatives et des tâtonnements, le plus souvent par emprunts d’une ville à l’autre. Elles sont très diverses, depuis l’interdiction de donner le sang des saignées des pestiférés aux pourceaux (Angers, 1410) jusqu’à l’interdiction de vendre des objets appartenant à des pestiférés (Bruxelles, 1439)

Les premiers isolements préventifs (quarantaine) apparaissent à Raguse (Dubrovnik depuis 1918) en 1377, tous ceux qui arrivent d’un lieu infecté doivent passer un mois sur une île avant d’entrer dans la ville. Venise adopte le même système la même année en portant le délai à 40 jours, comme Marseille en 1383. Ce système est adopté par la plupart des ports européens durant le xve siècle.

La quarantaine sur terre est adoptée d’abord en Provence (Brignoles, 1464), et se généralise pour les personnes et les marchandises durant le xvie siècle. C’est aussi en Provence (Brignoles 1494, Carpentras 1501) qu’apparait le « billet de santé » ou passeport sanitaire délivré aux voyageurs sortant d’une ville saine, et exigé par les autres villes pour y entrer. L’usage du billet de santé se répand lentement et ne se généralise que vers le début du xviie siècle (Paris, 1619).

Peu à peu se mettent en place des « règlements de peste », de plus en plus élaborés au fil du temps : c’est le cas des villes en France à partir du xve siècle. L’application de ces mesures dépend d’un « bureau de santé » composé de plusieurs personnes ou d’une seule dite « capitaine de santé », le plus souvent dotés d’un pouvoir dictatorial en temps de peste. Cette institution apparait d’abord en Italie et en Espagne, puis elle gagne le sud-est de la France à la fin du xve siècle. Elle s’étend lentement au nord de la France (Paris, 1531)

Durant le xvie siècle, ces règlements sont codifiés par les parlements provinciaux, ajustés et précisés à chaque épidémie au cours du xviie siècle. Ils relèvent du niveau gouvernemental au début du xviiie siècle.

 

Personnels de santé

À la fin du xiiie siècle, quelques villes italiennes engagent des médecins pour soigner les pauvres (en dehors des œuvres de charité de l’Église). À l’arrivée de la peste, de nouveaux médecins sont engagés à prix d’or (par manque de candidats). En 1348, c’est le cas d’Orvieto et d’Avignon. Des médecins de peste sont ainsi engagés durant les xve et xvie siècles, de même que des chirurgiens, apothicaires, infirmiers, sages-femmes… pour assurer les soins en temps de peste, souvent pour remplacer ceux qui ont fui, abandonnant leur poste, car les risques sont considérables

 Influences artistiques et culturelles

Perpendicular_Porch_Peterborough_Cathedral

La mort d’artistes, d’ouvriers qualifiés, de mécènes… entraîne des effets directs, notamment l’arrêt ou le ralentissement de la construction des cathédrales, comme celle de la cathédrale de Sienne, dont le projet initial ne sera jamais réalisé. Des historiens anglais attribuent l’apparition du style gothique perpendiculaire aux restrictions économiques liées à la peste noire. En France, la plupart des grands chantiers ne reprendront qu’après 1450.

Sur les lieux où la peste s’arrête ou se termine, des chapelles ou autres petits édifices dédiés (chapelles votives, oratoires…) sont construits invoquant ou remerciant la Vierge, des saints locaux, Saint Sébastien ou Saint Roch…

 

Sensibilités religieuses

La crainte, de la part des familles riches, des enterrements de masse et des fosses communes, entraîne par réaction un développement de l’art funéraire : caveaux et chapelles familiales, tombes monumentales… Le gisant, statue mortuaire représentant le défunt dans son intégrité physique et en béatitude, tend à être remplacé par un transi, représentant son cadavre nu en décomposition.

La peste marque également la peinture. Selon Meiss, les thèmes optimistes de la Vierge à l’enfant, de la Sainte Famille et du mariage laissent la place à des thèmes d’inquiétudes et de douleurs, comme la Vierge de pitié qui tient, dans ses bras, son fils mort descendu de la croix, ou encore celui de la Vierge de miséricorde ou « au manteau » qui abrite et protège l’humanité souffrante.

La représentation du Christ en croix passe du Christ triomphant sur la croix à celle du Christ souffrant sur la croix où un réalisme terrible détaille toutes les souffrances : les sueurs de sang, les clous, les plaies, et la couronne d’épines.

La représentation du supplice de Saint Sébastien évolue : de l’homme mûr habillé, à celle d’un jeune homme dénudé, juste vêtu d’un pagne à l’image du Christ.

Les thèmes millénaristes sont mis en avant : ceux de la fin des temps, de l’Apocalypse et du jugement dernier. Par exemple, en tapisserie la Tenture de l’Apocalypse, dans l’art des vitraux, ceux de la cathédrale d’York.

 

Macabre et triomphe de la mort

Petites_heures_du_duc_Jean_de_Berry_fol_282r_(détail)

L’omniprésence de la mort souligne la brièveté et la fragilité de la vie, thème traité par des poètes comme Eustache Deschamps, Charles Chastellain, Pierre Michault… jusqu’à François Villon. La poésie amoureuse insiste sur la mort de l’être aimé et le deuil inconsolable.

Selon Michel Vovelle, le thème de la vie brève s’accompagne d’une « âpreté à vivre », avec la recherche de joies et de plaisirs, comme dans l’œuvre de Boccace, le Décaméron.

Dès le xiiie siècle, des thèmes macabres apparaissent comme le Dit des trois morts et des trois vifs sur des fresques ou des miniatures, où de jeunes gens rencontrent des morts-vivants qui leur parlent : « nous avons été ce que vous êtes, vous serez ce que nous sommes ». Apparu en Italie et en France, ce thème se répand et se développe jusqu’au xvie siècle. Un autre thème plus célèbre est celui de la danse macabre où les vivants dansent avec les morts, ce thème se retrouve surtout sur les fresques d’églises de l’Europe du Nord.

Selon Vovelle : « C’est à peine exagérer que de dire que, jusqu’à 1350, on n’a point su comment représenter la mort, parce que la mort n’existait pas. » De rares représentations avant cette date, la montrent comme un monstre velu et griffu, à ailes de chauve-souris. Cette mort figurée perd ses références chrétiennes en rapport avec le péché et le salut.

320px-Hans_Baldung_-_Three_Ages_of_the_Woman_and_the_Death_-_WGA01189

Elle devient une image autonome et « laïque » : c’est un transi avec une chevelure féminine, qui se décharne de plus en plus jusqu’au squelette proprement dit. C’est la mort implacable, d’origine pré-chrétienne, celle que rappelle le Memento mori.

Cette mort monte à cheval, armée d’une faux ou d’un arc, elle frappe en masse. C’est le thème du triomphe de la mort, dont les représentations les plus célèbres sont celles du palais Sclafani à Palerme, et Le Triomphe de la Mort de Brueghel.

Au xve siècle, et jusqu’à 1650, toute une littérature se développe sur « l’art de bien mourir », c’est l’Ars moriendi. Il s’agit de rituels destinés à se substituer à l’absence de prêtres (en situation d’épidémie de peste). Différentes versions apparaissent après la Réforme : anglicane, luthérienne et calviniste

Des thèmes picturaux se rattachent directement à la peste noire, comme celui du nourrisson s’agrippant au sein du cadavre de sa mère. Selon Mollaret, ces œuvres « sont d’hallucinants documents, en particulier lorsqu’elles furent peintes par des artistes ayant personnellement vécu la peste ».

Avec Hans Baldung (1484-1545) apparait le thème de la femme nue au miroir où la mort montre un sablier. Ce serait un premier exemple de peintures de vanité, où la mort-squelette laissera la place à des objets symboliques : sablier, horloge, lampe éteinte, bougie presque consumée, crâne, instrument de musique aux cordes brisées…

 

Poésie en Islam

De nombreux passages poétiques sont incorporés dans des chroniques historiques ou médicales, comme celles de Ibn al-Wardi  (mort en 1349) d’Alep, ou d’Ibrahim al-Mimar du Caire. Les descriptions poétiques de la peste noire expriment l’horreur, la tristesse, la résignation religieuse mais aussi l’espoir des musulmans en situation épidémique.

 

Dans la littérature moderne et le cinéma

Plusieurs uchronies ont été écrites sur le thème de la peste noire. Ainsi, dans La Porte des mondes de Robert Silverberg, l’auteur imagine que la peste noire est bien plus meurtrière, éliminant les trois quarts de la population européenne et changeant complètement l’histoire du monde. Cette idée est également reprise par Kim Stanley Robinson dans Chroniques des années noires, mais dans cette uchronie c’est la totalité des habitants de l’Europe qui périt, entraînant, de la même façon que dans le roman précédent, une histoire complètement différente de celle que l’on connaît.

Connie Willis donne aussi ce cadre à son roman, Le Grand Livre, où une historienne du xxiie siècle qui voyage dans le temps tombe par erreur en pleine peste noire, la confrontant ainsi aux horreurs de cette pandémie.

Ken Follett représente bien les conséquences de la peste noire dans son roman Un monde sans fin où les habitants de la ville fictive de Kingsbridge doivent affronter l’épidémie. L’auteur s’attarde particulièrement sur les différentes stratégies pour guérir les malades et les mesures entreprises par la ville pour diminuer la propagation de la peste.

Le Septième Sceau (Det sjunde inseglet) est un film suédois d’Ingmar Bergman, sorti en 1957, qui évoque la mort jouant aux échecs pendant une épidémie de peste avec un chevalier revenant des croisades.

Les premiers romans post-apocalyptiques traitent de civilisations détruites par la peste : The Last Man de Mary Shelley (1826) ou encore The Scarlet Plague de Jack London (1912).

 

 

 

 

CIGARETTES, FRANCE, HISTOIRE, MOEURS ET COUTUMES, TABAC, TABAGISME, UNE HISTOIRE DE TABAC

Une histoire de tabac

unnamed (8)

Une histoire du tabac

Le fléau bien-aimé

 

Qu’on porte sa fumée aux nues ou qu’on ne puisse pas le sentir, on ne peut désormais échapper au tabac. En à peine quelques siècles, cette plante a réussi à imposer ces volutes sur toute la planète, faisant la joie des producteurs et le désespoir des médecins.

Déchirons les écrans de fumée pour revoir ensemble comment l’Humanité a pu s’imposer si vite un tel fléau.

 

tabac42-buveurs-fumeurs-harem

La belle Caraïbe

C’est très précisément le 28 octobre 1492 que le tabac est entré dans notre Histoire. Ce jour-là en effet, un dénommé Rodrigo de Jerez était en train de s’acharner dans l’île de Cuba à rechercher ce qui pourrait ressembler aux Indes, lorsqu’il croisa un membre de la peuplade des Taïnos occupé à transformer quelques feuilles en fumée.

Séduit, l’explorateur en rapporta à son chef, Christophe Colomb, qui sut à son tour apprécier cette « herbe aux feuilles charnues, douces et veloutées au toucher ». Il trouva vite normal que les indigènes se promènent avec « à la main un tison d’herbes pour prendre leurs fumigations ainsi qu’ils en ont coutume » (Journal de bord, 1492).

tabac40-petun1-thevet

Malgré les mésaventures de Jerez, emprisonné à son retour en Espagne par l’Inquisition qui comprenait mal comment de la fumée pouvait lui sortir des narines, les aventuriers qui se succédaient dans les nouvelles terres adoptèrent vite la pratique du tabacos, mot dérivé de la langue caraïbe arawak.

Rapportée en Europe, la plante trompe-la-faim se fait ornementale dans les jardins comme celui d’André Thévet, à Angoulême.

Le voyageur, spécialiste de l’éphémère France antarctique (Brésil), aurait bien aimé appeler la belle « l’angoumoise » ou « la panacée antarctique » mais c’était sans compter la rapidité et les relations d’un autre Français, Jean Nicot.

tabac43_atelier1_mexique_chippewa

Premiers pétards, premières dépendances

Dans sa monumentale Histoire des Indes, le dominicain Bartolomé de Las Casas, dont le père a accompagné Colomb lors de son second voyage, décrit une étrange coutume…
« Nos amis trouvèrent sur leur route beaucoup de gens, hommes et femmes, qui traversaient les villages, les hommes ayant toujours un tison à la main et certaines herbes pour se régaler de leur parfum. Il s’agit d’herbes sèches enveloppées dans une certaine feuille, sèche aussi, en forme de ces pétards (mosquete) en papier comme ceux que font les garçons à la Pentecôte. Allumés par un bout, par l’autre ils le sucent ou l’aspirent ou reçoivent avec leur respiration, vers l’intérieur, cette fumée dont ils s’endorment la chair et s’enivrent presque. Ainsi, ils disent qu’ils ne sentent pas la fatigue. Ces pétards, ou n’importe comment que nous les appelions, ils les nomment tabacs. J’ai connu des Espagnols dans l’île Espagnole qui s’étaient accoutumés à en prendre et qui, après que je les en ai réprimandés, leur disant que c’était un vice, me répondaient qu’il n’était pas en leur pouvoir de cesser d’en prendre. Je ne sais quelle saveur ou quel goût ils y trouvent » (Histoire des Indes, 1571).

tabac15_burette_nicot_medicis

Tourne-nicotine

Nicot est entré dans l’Histoire la tête basse : envoyé au Portugal pour arranger le mariage du roi Sébastien et de la belle Marguerite de Valois, son ambassade est un fiasco.

Qu’importe ! Il parvient à entrer dans les bonnes grâces de Catherine de Médicis en lui proposant un remède infaillible contre les migraines dont souffre son fils François. Adepte des pratiques plus ou moins occultes, la souveraine tombe sous le charme de la poudre à priser ou chiquer dont elle va faire une belle promotion, à la cour et au-delà.

tabac45-charlotte2-baviere-nicotania

L’ « herbe catherinaire » ou « à la Reine » vaudra à Nicot anoblissement et entrée dans le dictionnaire sous la forme du nom commun de « nicotiane ». Les savants ne tarissent pas d’éloge sur la Nicotiana tabacum dont on a découvert les supposées vertus médicinales : gale, phtisie, mal au ventre… rien ne résiste aux potions, pilules et pommades ! Et rien de tel qu’une petite dose de tabac pour ranimer les noyés, c’est bien prouvé !

Mais tout le monde n’est pas convaincu, à commencer par le pape Urbain VIII qui craint pour la bonne tenue des offices : « les personnes des deux sexes, même les prêtres et les clercs, autant les séculiers que les réguliers, oubliant la bienséance qui convient à leur rang, en prennent partout et principalement dans les églises […], ils souillent les linges sacrés de ces humeurs dégoutantes que le tabac provoque, ils infectent nos temples d’une odeur repoussante » (Bulle du pape Urbain VIII, 1642).

Il est rejoint à la même époque dans cette contestation par le sultan ottoman Mourad IV et l’empereur de Chine Chongzhen, deux adeptes de la décapitation pour les fumeurs, mais aussi par le tsar Michel qui préfère couper les lèvres. Une manière comme une autre de mettre fin au problème…

Première campagne anti-tabac

tabac47-jacques1-fumeur

En 1604 Jacques Ier entre en lice dans le combat anti-tabac avec un pamphlet intitulé Misocapnos (« Haine du tabac », en grec), et il n’y va pas de main morte :
« Une herbe fétide, répugnante, fumée par des sauvages de certains cantons d’Amérique, est à peine connue que son emploi se répand […] Si vous avez encore quelque pudeur, quittez cette folie, rejetez loin de vous cette plante ramassée dans la boue. C’est par ignorance que vous l’avez reçue, c’est par stupidité que vous en avez usé. Si vous ne suivez pas mes conseils, vous attirerez sur vous la vengeance divine, vous nuirez à votre santé, vous ruinerez votre bourse, vous déshonorerez la nation […]. C’est une chose qui répugne à la vue, d’une odeur insupportable, nuisible à l’intelligence. Pour tout dire enfin, ses noirs tourbillons de fumée ressemblent aux vapeurs qui s’échappent de l’enfer » (Misocapnos sive de abusu tobacci, lusus regius, 1604).

Prises de bec à répétition

Plutôt que de mutiler les sujets de son royaume, Jacques Ier d’Angleterre, que le tabac fait tousser, préfère frapper où ça fait mal : au porte-monnaie. Taxons !

Au début du XVIIe siècle est ainsi instaurée une petite augmentation de 4000 % des droits d’importation qui devait faire réfléchir les plus passionnés. C’était sans compter les débiteurs de tabac qui ne l’entendirent pas de cette oreille et expliquèrent habilement que les finances du royaume avaient tout à gagner d’une taxe plus modérée.

tabac6_tabatiere

Qui pour écouter Fagon, premier médecin de Louis XIV ? A quoi bon expliquer que « [l]e nez […] n’est pas fait pour servir d’égout à toutes les humeurs qu’il plaît d’y attirer par la force » (Dissertation […] sur les bons et mauvais effets du tabac […], 1699) lorsque soi-même on est adepte de la prise ?

D’ailleurs toute l’aristocratie du XVIIe siècle y va Le principe parvint outre-Manche et l’on vit Richelieu se friser les moustaches à l’idée de remplir facilement les caisses du royaume. Son compère Colbert alla plus loin puisqu’il mit carrément en place un monopole d’État sur le produit. Rien à faire, la population continua à courir après la fumée malgré les mises en garde du corps médical.de ses reniflements nicotiniques, comme le rappelle le célèbre éloge du tabac qui ouvre le Don Juan de Molière. Rien de plus chic que de faire voleter ses dentelles pour offrir une prise, tirée d’une délicate tabaquière !

tabac48-jean-bart

Louis XIV déteste, s’énerve, prend ombrage et interdit qu’on fume devant lui, à une exception : « Jean Bart, il n’est permis qu’à vous de fumer chez moi » (cité dans Le Plutarque français, 1845). Mais la « passion des honnêtes gens » (Molière) est aussi celle des petites gens qui préfèrent bien souvent la pratique de la pipe voire de la chique, notamment sur les navires.

Certes, Louvois fait distribuer des kits complets du parfait fumeur à ses soldats, mais gare aux incendies ! Ne dit-on pas qu’une partie de Moscou est partie en fumée en 1650 à cause d’un pratiquant maladroit ?

Pour devenir honnête homme

Molière a choisi d’ouvrir sa pièce Don Juan sur un monologue original : le serviteur Sganarelle s’y amuse à parler comme son maître en se lançant dans un éloge du tabac, présenté comme un bel instrument de convivialité… Molière avait tout compris !
« Quoi que puisse dire Aristote et toute la philosophie, il n’est rien d’égal au tabac : c’est la passion des honnêtes gens, et qui vit sans tabac n’est pas digne de vivre. Non seulement il réjouit et purge les cerveaux humains, mais encore il instruit les âmes à la vertu, et l’on apprend avec lui à devenir honnête homme. Ne voyez-vous pas bien, dès qu’on en prend, de quelle manière obligeante on en use avec tout le monde, et comme on est ravi d’en donner à droite et à gauche, partout où l’on se trouve ? On n’attend pas même qu’on en demande, et l’on court au-devant du souhait des gens : tant il est vrai que le tabac inspire des sentiments d’honneur et de vertu à tous ceux qui en prennent » (Molière, Don Juan ou le Festin de pierre, 1665).

tabac25-debit

« J’ai du bon tabac… »

« Le tabac a-t-il été fait pour le nez ou le nez pour le tabac ? » Cette question hautement philosophique, née dit-on, du mauvais esprit de Voltaire, montre que le XVIIIe siècle n’a pas échappé à l’épidémie. Ce ne sont pas moins de 1 200 débits de tabac qui tentent alors d’attirer dans leurs filets les promeneurs parisiens.

La production vient alors essentiellement de Virginie, se nourrissant de l’esclavage ; la France a préféré interdire en 1719 toute culture et seules la Franche-Comté, l’Alsace et la Flandre peuvent alors faire concurrence à la Compagnie des Indes Orientales.

tabac8_trois_fumeurs (1)

Le pays se divise alors en deux : d’un côté l’usage tout aristocratique de la prise, toujours très chic, qui permet à Louis XVI d’offrir comme royal présent à Benjamin Franklin une tabatière ornée de diamants. De l’autre, l’habitude « sans-culotte » de la pipe qui, suite aux événements de 1789, va écraser sa concurrente à plates coutures en rejetant dans la ringardise l’utilisation de la « tabatière anatomique » (espace situé à la racine du pouce).

À quoi ressemblait d’ailleurs un volutionnaire ? « Représente-toi deux larges moustaches, une pipe en forme de tuyau de poêle et une large gueule d’où sortent continuellement les fumées de tabac » (extrait du journal Le Père Duchesne, 1790).

Les soldats de l’Empire, eux-mêmes issus du peuple, gardent le même amour pour la pipe mais lui sont quelque peu infidèles en faisant un triomphe à la bouffarde, au tuyau plus court. Son nom vient-il vraiment d’un certain Népomucène Bouffardi dont la main, pourtant clairement arrachée du bras, n’avait pas lâché l’objet ?

tabac10_fumeur_patriote

Étaient moins tenaces les victimes des champs de bataille auxquelles on mettait une pipe entre les dents au moment de l’amputation : la chute de l’objet laissait fort présager que le blessé avait « cassé sa pipe » une bonne fois pour toutes.

Quant à Napoléon lui-même, pas de bouffarde puisqu’une tentative malheureuse le fâcha à jamais avec la pratique : « Fumer est un plaisir dont l’habitude n’est bonne qu’à désennuyer les fainéants » (Mémoires de Constant, 1830).

tabac48-pipe-tieners-fantinlatour

« Je suis la pipe d’un auteur »

L’amie fidèle de Charles Baudelaire (« La Pipe », 1857) n’est pas la seule à avoir eu l’honneur de passer à la postérité. Stéphane Mallarmé a lui aussi honoré cette alliée de l’inspiration : « Jetées les cigarettes avec toutes les joies enfantines de l’été dans le passé qu’illuminent les feuilles bleues de soleil, les mousselines, et reprise ma grave pipe par un homme sérieux qui veut fumer longtemps sans se déranger, afin de mieux travailler » (Vers et prose, 1893). Et il est vrai que jamais vous ne croiserez Arthur Rimbaud sans sa fidèle bouffarde à la main, jamais vous ne pourrez dissocier Georges Brassens de sa chère « vieill’ pipe en bois » (« Auprès de mon arbre », 1956). Quant à Serge Gainsbourg, le « fumeur de havanes », il a très tôt rejoint le clan des amateurs de cigares et cigarettes où l’on a pu croiser Freud, Malraux, Prévert, Camus, Duras, Sagan et plus récemment Houellebecq, tous d’accord avec la marquise de Sévigné : « C’est une folie comme du tabac; quand on y est accoutumée, on ne peut plus s’en passer » (Lettre du 16 octobre 1675). Non, vraiment, comme le disait Flaubert, « sans la pipe la vie serait aride, sans le cigare, elle serait incolore, sans la chique, elle serait intolé¬rable ! » (Correspondance, 1843). C’était déjà l’avis du poète Saint-Amant qui nous rappelle que tout n’est que fumée, dans ce sonnet sobrement intitulé « Le Fumeur » (1626) :

tabac49-autoportrait-jan-davidsz.-heem-cezanne

« Assis sur un fagot, une pipe à la main,
Tristement accoudé contre une cheminée,
Les yeux fixes vers terre, et l’âme mutinée,
Je songe aux cruautés de mon sort inhumain.

L’espoir, qui me remet du jour au lendemain,
Essaye à gagner temps sur ma peine obstinée,
Et, me venant promettre une autre destinée,
Me fait monter plus haut qu’un empereur romain.

Mais à peine cette herbe est-elle mise en cendre,
Qu’en mon premier état il me convient descendre,
Et passer mes ennuis à redire souvent :

Non, je ne trouve point beaucoup de différence
De prendre du tabac à vivre d’espérance,
Car l’un n’est que fumée, et l’autre n’est que vent »
.

tabac18_tabacomanie

Le siècle des cheminées

S’il n’a pas succombé au tabac, Napoléon, en bon stratège, a su s’en servir. En 1811, il en rétablit le monopole, supprimé par l’Assemblée nationale en 1791, puis en 1815, à la fin de la guerre d’Espagne, il ordonne la fabrication de cigares en France. Héritées des Mayas, ces feuilles roulées remplies de tabac avaient rencontré dès le XVIe siècle un grand succès de l’autre côté des Pyrénées, devenant au fil des siècles symbole de raffinement.

tabac51-coninck-manet

La bourgeoisie de Louis-Philippe ne peut plus s’en passer ! Mais les moins aisés lui préfèrent la cigarette, d’abord roulée à la main dans du papier avant que la production devienne mécanique en 1830.

En pleine révolution industrielle, c’est le triomphe de la machine ! Même la famille royale succombe puisque lors d’un gala de charité, en 1843, la reine Marie-Amélie en personne en fait la promotion avant que Napoléon III, fumeur invétéré, ne leur donne à son tour leurs lettres de noblesse.

Avec près d’un kilo de tabac consommé par an et par Français, on peut sans se tromper commencer à parler de « tabacomanie ». Si les femmes, étonnamment, continuent à priser, les hommes ne lâchent pas leur pipe.

Les romans se peuplent de fumeurs de tous poils, de Charles Bovary qui tente, maladroitement, d’adopter les cigares du beau monde, jusqu’au colonel Chabert qui en est réduit à trouver du réconfort dans la compagnie de son brûle-gueule.

Balzac, créateur du vieux bonhomme, ne manque pas de remarquer que « partout, l’homme est réduit à l’état de cheminée ». Mais s’il est lui-même grand consommateur d’excitants, il n’adopte pas ces fourneaux miniatures qu’il accuse de détruire le goût. Insupportable, pour ce bon vivant notoire !

« Vient enfin la cigarette… »

Dans sa Physionomie du fumeur (1841), Théodose Burette s’intéresse à ce nouveau mode de consommation, peu sophistiqué à son goût, mais utile…
tabac14-burette-munch

« Vient enfin la cigarette, dont la terminaison qui tombe en diminutif indique assez la nature amoindrie. La cigarette est gentille, vive, animée ; elle a quelque chose de piquant dans ses allures ; c’est la grisette des fumeurs. Ne la fait pas bien qui veut : c’est tout un apprentissage. […] Elle sèche la poitrine, débilite les glandes salivaires, et traîne après elle tous les inconvénients de la manie de se ronger les ongles. Elle jaunit le pouce et l’index, comme si l’on avait épluché des cerneaux, pis que cela peut-être ; et l’on est obligé de dire tout haut dans un salon : « Je fume la cigarette ». […]
Jeune homme qui ne fumez pas encore, mais qu’une noble émulation dévore, et qui brûlez de marcher sur les traces de vos anciens […] suivez un conseil d’ami, ne vous attaquez pas de prime abord à la pipe en terre […]. C’est par la cigarette que vous devez débuter. La cigarette est sans force ; elle n’engage à rien ; l’odeur du papier brûlé n’y corrige que trop la piquante odeur du tabac »
.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Comme une traînée de poudre

« Ça, monsieur, lorsque vous pétunez, / La vapeur du tabac vous sort-elle du nez / Sans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ? » Le XIXe siècle s’achève sur ces vers de Cyrano, truculent personnage au nez particulièrement bien approprié pour la pratique.

L’engouement ne faiblit pas, porté par la renommée thérapeutique du tabac que l’on utilise joyeusement pour soigner l’asthme, la tuberculose et même l’hystérie. Il est vrai qu’en lui associant un peu d’opium, il devient une agréable panacée !

tabac29_redon_menard

Mais en 1885 l’invention du mot « tabagisme » montre enfin une prise de conscience des méfaits de cette consommation, du moins de la part des scientifiques qui s’inquiètent du mauvais état de santé des ouvriers des manufactures de tabac. Les avertissements n’y changent rien, la population continue à rivaliser dans la fabrication de volutes.

Lorsque la Grande Guerre éclate, l’approvisionnement des soldats en tabac devient un des grands sujets d’inquiétude comme le rappelle John Pershing : « Si vous me demandez ce dont nous avons besoin pour gagner cette guerre, je réponds, du tabac autant que des balles ».

Chaque poilu doit en effet pouvoir trouver quelque réconfort en remplissant de « foin » ou de « gros cul » sa chère « quenaupe » (pipe) ou sa « grisette » (cigarette). Mais gare à celui qui oublie qu’il devient une belle cible dans la nuit !

Comme le rappelle le dicton, « Si trois cigarettes sont allumées par la même allumette, le troisième homme sera tué par les tirailleurs d’en face » qui auront eu le temps d’ajuster… Qu’importe le risque ! Les soldats ne peuvent plus se passer de leurs Gitanes Caporal prêtes à fumer. Elles sont les petites sœurs des fameuses Gauloises, elles aussi créées en 1910 et qui feront, jusqu’en 1970, partie des rations de combat.

tabac52-poilus

Chez les poilus pétuneurs

Ce dictionnaire d’argot, daté de 1918, montre bien à quel point le tabac était inséparable de tout bon poilu :
« Perlot, m. Tabac. Le perlot est une espèce particulière de tabac composé de troncs d’arbres et de feuilles de tabac ; le poilu appelle fin le tabac qui ne contient pas de troncs d’arbres. Le tabac est indispensable au poilu. Comme dit Sganarelle dans le Don Juan de Molière, « Quoi que puisse dire Aristote et toute la philosophie, il n’est rien d’égal au tabac […] ». Ainsi, chaque pipe de perlot « instruit les âmes à la vertu » : la pipe, la quenaupe, comme disent les poilus, est donc un grand instrument de perfectionnement moral et ce sera l’éternel honneur du peuple poilu d’en avoir héroïquement généralisé l’emploi.
Au XVIIIe siècle, on s’occupait, avant de charger, « d’assurer les chapeaux et les rubans de queue ». Au siècle des poilus, on se prépare au combat eu allumant sa pipe, et il y a une belle crânerie à la française dans le geste du poilu qui, en dépit des obus, s’absorbe dans le souci de rallumer une pipe qui ne tire pas.
Dans la tranchée, le perlot est un grand magicien : il ouvre les portes du paradis du rêve ; il tue le cafard mieux que n’importe quel insecticide ; et dans les volutes de sa fumée, le poilu, évoquant le pays et les visages aimés, croit que la guerre est finie… Aristote a tort, Sganarelle a raison : il n’est rien d’égal au tabac »
. (François Déchelette, L’Argot des Poilus, 1918).

tabac33_atalante_bacall_bogard

Tout feu tout flamme

Les années Folles vont se jeter à corps perdu dans le tabac, indispensable symbole de jeunesse et de modernité.

Il faut dire que les grandes marques américaines se sont lancées dans une guerre du marketing particulièrement efficace : Camel met en avant son dromadaire (1913), Malboro son cow-boy (1954), Lucky Strike son argument anti-poids pour ces dames (1927).

tabac26_bonheur_mucha

La France n’est pas en reste puisque les campagnes de publicité du SEIT (Service d’Exploitation Industrielle des Tabacs, devenu SEITA en 1935 avec l’absorption du monopole des allumettes) font exploser les ventes. Qui peut résister aux belles fumeuses d’Alfons Mucha (Job), aux casques ailés de Maurice Giot (Gauloises), aux andalouses de Max Ponty (Gitanes) ? La présence en tous lieux de la cigarette devient banale et l’on dépasse alors allégrement le milliard de paquets vendus dans le pays.

Les stars du petit écran, détectives (Humphrey Bogard) ou voyous (Jean Gabin), femmes du monde (Audrey Hepburn) ou mégères (Cruella !) ne se font pas prier pour en allumer une petite. Et si tout le monde n’a pas le talent de Michel Simon pour fumer avec son nombril (L’Atalante), c’est tout de même efficace puisque la consommation double entre 1927 et 1938.

Avec la guerre, il faut calmer ses ardeurs et se contenter de ce que les cartes de rationnement veulent bien distribuer. Heureusement on peut compter sur les Américains pour apporter la paix et avec elle, leurs chères cigarettes blondes.

Ce sont eux aussi qui tirent une fois de plus le signal d’alarme sur les conséquences sanitaires, provoquant une rapide réaction des grandes industries du tabac de leur pays, connues sous le surnom de Big Tobacco : elles créent en 1953 le TIRC (Comité de Recherche de l’Industrie du Tabac) destiné à faire des études sur la dangerosité de leurs produits… et à rassurer leurs fidèles consommateurs, quitte à ne pas tout dire.

« Un ban pour la Gitane ! »

En 1929, une publicité de la Régie Française des Tabacs met en scène les plus célèbres poètes, cinéastes et sportifs de l’époque, rassemblés pour l’occasion sous les ors de la Rotonde pour vanter les mérites de la cigarette. Regardez de plus près : les sosies ont été bien sélectionnés !

La mort à petit feu ?

Les Trente Glorieuses et leur frénésie de consommation arrivent à point nommé !

tabac28_antoine_lundigras_grece

La jeunesse, en particulier, se jette sur ce symbole de liberté que l’État ne sait plus comment gérer. Doit-il en faire la promotion pour remplir les caisses de la SEITA, ou multiplier les accusations pour préserver la santé publique ?…

Alors que l’Organisation Mondiale de la Santé commence à parler de « désastre sanitaire », en 1973 le ton monte avec la loi Veil qui impose des restrictions dans la liberté de fumer et d’en faire la publicité.

Cette première campagne nationale anti-tabac est un succès, puisque en 10 ans 3 millions de personnes arrêtent de fumer. Mais ce n’est pas suffisant : en 1991, la loi Évin engage cette fois l’État dans une claire « dévalorisation du tabac » en interdisant la publicité et l’usage dans les lieux collectifs.

Face aux poches de résistance et aux détournements plus ou moins rusés de la loi, le président Jacques Chirac, lui-même gros fumeur, entame une « guerre contre le tabac » en 2002 avec la hausse brutale des prix (+ 35% en 2 ans) et l’interdiction de fumer dans tous les lieux publics (2006) avant l’arrivée d’images chocs sur les paquets (2010) puis du paquet neutre (2015).

tabac23_vangogh

Les efforts semblent porter leurs fruits, puisqu’entre 2017 et 2019 les rangs des fumeurs se sont allégés d’1,6 million de personnes. Ambiance « hygiéniste », succès du mois sans tabac, vapotage, remboursement des substituts et prix prohibitifs peuvent expliquer ces chiffres, à moins que les fumeurs aient enfin pris conscience que la moitié d’entre eux mourront des suites de cette accoutumance.

Ces bons résultats ne doivent cependant pas faire oublier la hausse de la consommation chez les femmes ni la popularité inquiétante d’autres produits comme le haschich, dont la dépénalisation est même demandée par certains !

tabac44-haschich-fumeuses-previati-bernard

Rappelons également que si en Occident le tabac est en recul, ses grandes industries ont su trouver de nouveaux terrains de chasse dans les pays moins développés où vivent près de 80 % des fumeurs de la planète. Le tabac n’a pas fini de faire des ravages.

Meurtre à la nicotine !

En 1851, le comte de Bocarmé est amené devant le bourreau pour avoir la tête tranchée. Son crime ? Avoir assassiné son beau-frère Gustave pour mettre la main sur sa fortune. Classique, me direz-vous ! Sauf que la méthode employée l’est beaucoup moins… Voici le rapport du célèbre chimiste Jean Stas qui avait été appelé à la rescousse :
« Je dois le déclarer ici parce que c’est la vérité, j’eus brusquement l’idée providentielle, j’ose le dire, de verser de la potasse sur une partie des matières [prélevées sur le cadavre]. Cette potasse je la versai ne sachant plus, pardonnez-moi l’expression, à quel saint me vouer. A l’instant même se dégage une odeur véreuse extrêmement forte. […] Sur la feuille de papier où, quand je pensais toucher au but, j’avais écrit le mot Cicutine [composant de la ciguë], j’en avais mis un autre avec un point d’interrogation. Le second mot écrit était Nicotine. J’instituais alors une série de recherches fort longues, mais le succès vint récompenser mes efforts et je pus m’écrier : J’ai trouvé !
Je déclare solennellement que la Nicotine est entrée dans le corps de Gustave Fougnies à l’état de pureté complète et en quantité effrayante »
 (cité dans la Revue d’Histoire de la Pharmacie, 1932).

Traditab

Le tabac, une force économique

Connaissant parfaitement la fameuse loi de l’offre et de la demande, les autorités françaises se sont vite intéressées à la production de tabac et aux bénéfices qu’elles pouvaient en tirer. Soumise au monopole royal depuis Colbert, sa production a été d’abord limitée aux terres grasses et humides de l’Est et du Sud-Ouest, ainsi que des Antilles.

Dans le même temps, fort logiquement, la contrebande se met en place tandis que les cultures clandestines se multiplient avant l’élargissement des droits de plantation du côté du Var ou encore des Landes, sous le Second Empire. En 1875, ce sont ainsi pas moins de 40 000 planteurs, dont la moitié dans le Sud-Ouest, qui vivent de cette production, bien plus rentable que le maïs !

La majorité d’entre elle est destinée aux 10 manufactures d’État qui rassemblent en 1840 près de 4000 ouvriers, ou plus précisément d’ouvrières, à l’image de la belle cigarière sévillane Carmen : « Elles sont 4 à 500 femmes occupées dans la manufacture. Ce sont elles qui roulent les cigares dans une grande salle, où les hommes n’entrent pas sans une permission du Vingt-quatre [magistrat], parce qu’elles se mettent à leur aise, les jeunes surtout, quand il fait chaud » (Prosper Mérimée, Carmen, 1845).

tabac54-femmes-cuba

Paqueteuses ou coupeuses, capables d’enrouler le tabac dans une feuille en un tour de main, ces cigaretteuses bien peu payées sont mal vues par la société qui craint leur penchant pour la revendication. À l’autre bout de la chaîne se trouvent les débitants, véritables agents de l’administration qui furent longtemps choisis par l’État parmi les anciens militaires ou leurs veuves et qui, aujourd’hui, se font chaque année moins nombreux.

On peut enfin rappeler que les taxes et la TVA sur le tabac et ses dérivés ne cessent de rapporter toujours plus d’argent dans les caisses de l’État, pactole estimé à 15 millions d’euros en 2018.

Conseils d’un écrivain

Bel-Gazou a 15 ans lorsqu’elle reçoit cette lettre de sa célèbre mère, l’écrivain Colette…
« Ma chérie, ne sois pas triste. Si j’ai eu un choc pénible à découvrir que tu fumais en cachette, c’est surtout parce que je sais la force d’une habitude, même anodine. Or, celle du tabac ne l’est pas, surtout sur un être jeune, en voie d’épanouissement. Si je me suis gardée de l’habitude de fumer, ce n’est pas à cause du mal que le tabac, modérément fumé, pouvait me faire, c’est parce que, pendant ma longue vie, j’ai vu à mes côtés des êtres dévastés par le despotisme de l’habitude. J’ai vu mon père, qui tous les ans prenait l’engagement de ne plus fumer (à cause de son foie). Tous les ans, dominé par l’habitude il retombait. J’ai vu mon frère aîné, esclave de la cigarette, et pourtant médecin. J’ai vu ton père, allumant une cigarette à la cigarette qui allait s’éteindre, tout le long du jour. Énervé, essoufflé (cœur), je l’ai entendu prendre des résolutions successives de ne plus fumer… La privation du poison, la privation de son habitude le rejetaient à bout de forces à l’usage du tabac. Enfin j’ai vu, pendant la guerre, un affreux spectacle […]. J’ai vu sur le trottoir de la Civette, place du Théâtre Français — tu sais ? — une file d’hommes effondrés, des mouvements nerveux dans les doigts, une petite sueur sur la figure, qui attendaient la réouverture du bureau de tabac de la Civette. C’est la vue des fumeurs qui m’a toujours détournée du tabac » (Colette, Lettres à sa fille, 1928).

tabac32-chambre-bleue-valadon-concours

Histoires d’allumeuses

La femme et le tabac, quelle drôle d’histoire ! Si c’est bien une reine, Catherine de Médicis, qui valut à notre pays de succomber au charme de la fumée, longtemps on n’a guère apprécié de voir ces dames « avec le nez sale, qu’elles avaient plongé dans l’ordure » (témoignage de la princesse Palatine, 1713).

Elles ne peuvent être que des malades, des femmes de mauvaise vie ou pire, des « lionnes », ces êtres qui rejettent leur condition pour agir comme des hommes. George Sand en est l’exemple parfait, elle qui a la première féminisé le mot « cigaret » et qui n’hésita pas à se faire représenter en train de savourer les charmes d’une longue pipe.

tabac55-murat-coco

La cigarette serait-elle un instrument de libération pour la femme ? Les élégantes de la Belle Époque et les Garçonnes des années 20 en sont convaincues : rien de plus séditieux qu’une cigarette à la bouche, rien de plus frondeur qu’un fume-cigare à la main ! Colette les a utilisés pour provoquer, Coco Chanel en a fait des accessoires de mode.

Si la toute première publicité met en scène une jeune fille, la fumette féminine reste cependant rare, du moins jusqu’à la seconde guerre mondiale qui, en refusant au beau sexe l’accès à la carte de tabac, incite les plus frondeuses à adopter ce petit geste de rébellion. En 1945 finalement, c’est la même année que le droit de vote qu’elles obtiennent de nouveau celui de fumer !

On crée à leur intention des cigarettes légères et même supposées amincissantes, on les abreuve d’images de stars hollywoodiennes séduisant à coups de ronds de fumée…

De plus en plus présentes dans le monde du travail, elles deviennent financièrement indépendantes et aiment à partager quelques instants de convivialité autour d’une cigarette. Le résultat est là : aujourd’hui elles ne sont pas loin de représenter en France la moitié des adeptes du tabac et si elles fument encore moins que leurs compagnons, notamment à cause des grossesses, l’écart ne cesse de diminuer.

tabac38_malraux_tati

Cigarettes fantômes

« C’est facile d’arrêter de fumer, j’arrête 20 fois par jour » aurait ironisé Oscar Wilde. Mais cela ne fait pas rire tout le monde si l’on en croit les nombreuses campagnes anti-tabagiques qui ont été organisées au fil des siècles. On a essayé de faire peur au fumeur, de lui faire honte, et même de lui cacher les exemples à ne pas suivre. Certes, il est difficile de faire oublier le cigare de Winston Churchill ou de Fidel Castro, mais saviez-vous que le général de Gaulle adorait les Craven et qu’Emmanuel Macron aime à allumer un petit cigare dans son bureau ? Cachez-moi ce vice que je ne saurais voir ! Et c’est ainsi que Lucky Luke fut contraint dès 1983 de cracher son mégot au profit d’un brin d’avoine et qu’un certain nombre de photographies légendaires furent retouchées pour obéir à l’hypocrisie ambiante. De peur de promouvoir de « façon directe ou indirecte » le tabac, on dépouilla ainsi André Malraux (1996) et Jean-Paul Sartre (2005) de leurs légendaires clopes pour pouvoir les afficher sur un timbre ou dans les catalogues de la BnF. On aurait pu penser que le gentil Jacques Tati, bien inoffensif, aurait pu passer entre les griffes de la censure (2009), que nenni ! Voilà sa pipe remplacée par un étrange moulin à vent au nom du politiquement correct. Faut-il y voir un subtil coup marketing ou une attaque contre la loi Évin ? Une fois de plus, le pays se divise entre défenseurs du patrimoine et combattants anti-tabac. Dix ans plus tard, les gros fumeurs qui constituent notre patrimoine ne sont toujours pas à l’abri d’une réécriture de leur histoire. Cependant, on peut se montrer optimiste quant au respect de l’Histoire lorsqu’on constate que dans un film comme J’Accuse, de Roman Polanski (2019), rares sont les plans où les personnages ne fument pas, XIXe siècle oblige !

Bibliographie

Didier Nourrisson, « Le Tabac, une passion française »Histoire n°233, juin 1999,
Didier Nourrisson, Cigarette. Histoire d’une allumeuse, éd. Payot, 2010,
Pierre Boisserie et Stéphane Brangier, Cigarettes, le dossier sans filtre, éd. Dargaud, 2019.

https://www.herodote.net/Le_fleau_bien_aime-synthese-2654-379.php

 

 

 

CHINE, HISTOIRE, ILE DE TAÏWAN, REPUBLIQUE DE CHINE, REPUPLIQUE POPULAIRE DE CHINE, TAÏWAN

Une histoire de l’île de Taïwan

Chronologie historique de Taïwan

Y4MSKKWFTI7FLR75MK2Y7HCUWI.jpg

 

Taïwan, de manière usuelle officiellement la république de Chine est un État souverain d’Asie de l’Est, dont le territoire s’étend actuellement sur l’île de Taïwan, ainsi que d’autres îles avoisinantes, celles de la province du Fujian et les îles Pescadores.

Taïwan fut officiellement gouverné par la Chine de 1683 à 1895, puis cédé au Japon, par le traité de Shimonoseki (1895), à la suite de la première guerre sino-japonaise. Ce dernier entreprend le développement de Taïwan, la dotant d’infrastructures importantes. En 1945, à la suite de la défaite japonaise à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, la république de Chine recouvre Taïwan. En 1949, le gouvernement de la République contrôlé par le Kuomintang s’y installe, après avoir perdu la guerre civile contre les communistes. Cette installation est accompagnée d’un transfert massif de population. En mai 1950, Hainan est à son tour occupée par l’armée populaire de libération ; la république de Chine ne contrôle alors plus que l’île de Taïwan et quelques autres territoires insulaires plus petits.

La république de Chine occupait le siège de la Chine à l’ONU jusqu’en 1971, date à laquelle la république populaire de Chine la remplaça. La république de Chine et la république populaire de Chine revendiquent chacune la pleine et légitime souveraineté sur la totalité du territoire chinois (Chine continentale et île de Taïwan). Dans les faits, Taïwan a une indépendance administrative et politique par rapport au continent, mais son indépendance n’a jamais été proclamée ni par le gouvernement de l’île, ni par celui du continent. Elle est donc considérée par l’ONU comme une province de la république populaire de Chine, et par le gouvernement de Taïwan comme une province de la république de Chine, selon les dispositions de sa Constitution d’avant 1949.

Une réforme agraire réussie puis un développement économique rapide et soutenu pendant la deuxième moitié du xxe siècle ont transformé Taïwan, un des quatre dragons asiatiques, en un pays industrialisé développé jouissant d’un niveau de vie équivalent à celui du Japon ou de l’Union européenne. Cette ascension économique est souvent appelée le miracle taïwanais. Ses industries de haute technicité jouent un rôle essentiel dans l’économie mondiale. Les entreprises taïwanaises fournissent une bonne partie des produits électroniques du monde, mais la grande majorité de ceux-ci sont fabriqués dans leurs usines en république populaire de Chine et dans d’autres pays d’Asie du Sud-Est. Ce développement économique s’est réalisé en parallèle à une démocratisation de la vie politique locale, après plus de quarante années passées sous un régime autoritaire.

Lee Teng-hui est le premier président élu au suffrage universel direct en 1996. Son successeur est Chen Shui-bian (Parti démocrate progressiste) qui remporte les élections présidentielles de 2000 et de 2004. Ma Ying-jeou (Kuomintang) est quant à lui élu président en 2008 et réélu en 2012.

L’indépendantiste Tsai Ing-wen remporte l’élection présidentielle de janvier 2016 avec 56 % des voix contre 31 % pour Eric Chu, le candidat du parti jusqu’ici au pouvoir, le Kuomintang (KMT). Tsai Ing-wen devient ainsi la première femme à la tête de l’État. Le Minjindang (DPP Parti démocrate progressiste) dont elle est issue remporte de son côté 68 des 113 sièges du Parlement, lui offrant ainsi une majorité parlementaire solide.

Ceci est une chronologie de l’histoire de l’île de Taïwan, de la Préhistoire à nos jours.

2020-01-09t144724z_760368254_rc2ece9a2pqo_rtrmadp_3_taiwan-election_0

Temps préhistorique

Il y a 30 000 ans : plus vieille trace humaine à Taïwan (homme de Zuozhen)

Il y a 6 000 ans : les ancêtres des aborigènes, issus de la culture de Hemudu, originaire de la baie de Hangzhou commencent à arriver par vagues successives à Taïwan et forment le groupe initial des langues austronésiennes. Ils assimilent et remplacent alors les populations du Pléistocène.

Il y a 1 000 ans : les ancêtres des Da’o arrivent sur l’île de Lanyu (île des orchidées).

 

xvie siècle

1540 : en 1540-42 les Portugais en route pour le Japon croisent au large de Taïwan et nomment l’île Formose (Ilha Formosa).

 

xviie siècle

1604 : Pour le compte de la Compagnie des Indes, les Hollandais sous le commandement de Wijbrand van Waerwijck, s’installent aux Pescadores pour commercer avec la Chine. Le général Ming Shen  You-rong leur demande de se retirer.

1609 : Le shogunat Tokugawa envoie le seigneur Arima Haruno pour une mission d’exploration de Taïwan.

1616 : Murayama Toan essaye d’envahir Taïwan, les attaques des Aborigènes font échouer l’expédition.

1622 : Les Hollandais sous le commandement de Cornelis Reyersoon occupent les Pescadores afin de persuader la Chine de commercer avec eux. Ils construisent un fort aux Pescadores.

1623 :

Le capitaine Ripon est envoyé depuis les Pescadores à Taïwan pour commencer la construction d’un fortin. Il est rappelé peu de temps après, il quitte Taïwan et repart pour les Pescadores.

la cour des Ming interdit de naviguer vers Taïwan.

1624 : En août les troupes chinoises forcent les Hollandais à quitter les Pescadores, ils sont néanmoins autorisés à s’installer à Taïwan et le gouvernement chinois accepte également de commercer avec les Hollandais. Les Hollandais s’installent donc à Tayouan (actuel Anping à Tainan), il s’y construiront le fort Zeelandia.

1625 : En janvier le premier gouverneur de la Compagnie des Indes, Maarten Sonck loue auprès des aborigènes du village de Sinkan, un terrain qui sera appelé Sakam.

1626 : En mai les Espagnols sous le commandement de Antonio Carrendo de Valdes débarquent aux nord de l’île, ils nomment l’endroit Santissima Trinidad (à Keelung de nos jours) et commencent la construction du fort San Salvador.

1627 : Le 4 mai le missionnaire hollandais, Georges Candidius arrive à Taïwan.

1628 : Les Espagnols s’installent à Tamsui et construisent le fort Santo Domingo.

1635 : En août, des renforts arrivent de Batavia (Jakarta), en fin d’année une campagne de « pacification » de la zone proche de Tayouan commence, le plus redoutable village aborigène (Mattau) est battu.

1636 :

La campagne de « pacification » prend fin, une cérémonie regroupant les représentants de 28 villages est organisée, ainsi commence la domination des Hollandais dans le Sud-Ouest de l’île.

Les Aborigènes attaquent les Espagnols à Tamsui, après cette attaque l’intérêt que portent les Espagnols à Taïwan baisse.

Les Hollandais construisent une école à Sinkan et enseignent la Bible aux aborigènes.

1641 : Les Hollandais réunissent les chefs aborigènes pour qu’ils forment un conseil local.

1642 : 26 août, les Hollandais expulsent les Espagnols de Taïwan.

1647 : Les Hollandais introduisent du bétail et enseignent aux aborigènes à les utiliser.

1652 : 7 septembre, en protestation contre l’exploitation qu’ils estiment subir de la part des Hollandais quelque 15 000 Chinois se révoltent avec à leur tête Kuo Huai-i (Fayet). Avec l’aide des Aborigènes la révolte est écrasée.

1661 :

Le 30 avril Zheng Chenggong (Koxinga) débarque à Taïwan avec 25 000 soldats, pour en faire une base afin de lutter contre les Mandchous.

Le gouvernement mandchou interdit de traverser le détroit.

1662 :

Le premier février les Hollandais se rendent à Koxinga. Frederick Coyett et Koxinga signent un traité, et les Hollandais quittent Taïwan. Koxinga s’installe dans le fort Zeelandia dont il fait son palais; il renomme l’endroit Anping.

Koxinga meurt le 23 juin, son fils Zheng Jing lui succède.

1664 : Le 20-21 août les Hollandais reviennent à Taïwan et s’installent dans l’ancien fort espagnol de Keelung.

1668 : Fin 1668 les Hollandais se retirent de Keelung.

1681 : Zheng Jing meurt et son fils Zheng Keshuang lui succède, il n’a que 12 ans.

1683 : En juin les troupes mandchoues (dynastie Qing), avec à leur tête Shi Lang débarquent aux Pescadores, les Zheng se rendent aux Mandchous. De nombreux Chinois habitant Taïwan seront rapatriés sur le continent.

1684 : Taïwan devient une préfecture de la province du Fujian. Elle est divisée en 3 districts (Zhuolo, Taïwan et Fengshan).

 

xviiie siècle

1721 : révolte de Chu I-Kuei. Les insurgés prennent le contrôle de Tainan, et Chu I-Kuei est nommé « Roi ». Des troupes sont envoyées depuis le continent et écrasent les insurgés.

1722 : Le gouverneur mandchou interdit la culture dans les montagnes.

1727 : Le gouverneur autorise les communautés Pingpu à louer leurs terres aux Chinois.

1731 : fin 1731 commence la révolte de Ta-chia-hsi, les aborigènes des plaines se révoltent à cause des abus de l’administration Qing.

1739 : Une frontière délimite les territoires des Aborigènes des montagnes, le gouvernement interdit aux Chinois d’entrer sur ces terres, cette interdiction sera levée en 1875.

1758 : Le gouverneur mandchou ordonne aux Aborigènes d’adopter les coutumes chinoises ainsi que des noms chinois.

1760 : Le gouverneur lève les restrictions pour traverser le détroit.

1766 : Le gouverneur met en place le « Bureau des Affaires Barbares ».

1787 : Révolte menée par Lin Shuang-Wen la révolte est réprimée avec l’aide de troupes venues du continent.

 

xixe siècle

 

1858 : Traité de Tianjin, la France et l’Angleterre obtiennent l’ouverture des ports de Keelung, Tamsui, Kaohsiung et Anping.

1865 : Ouverture d’un consulat anglais au sud de l’île.

1871 : Des pêcheurs des îles Ryukyu après un typhon débarquent au sud de Taïwan et sont tués par les Paiwan à Mutan (incident du village mutan).

1872 : En mars le missionnaire George Leslie Mackay du Canada arrive à Tamsui.

1874 :

Les Japonais débarquent à Taïwan officiellement pour « venger » les pêcheurs des îles Ryukyu, mais cherchent à faire reconnaitre leurs droits sur ces îles. Ils affrontent les Paiwan de Mutan. Les troupes japonaises finissent par se retirer, et la cour des Qing paye des indemnisations

Shen Pao-chen demande une politique d’ouverture des zones montagneuse afin d’administrer les Aborigènes et de faciliter les transports dans l’île, des troupes sont envoyées dans les villages aborigènes.

1875 : Taïwan est divisé en deux préfectures.

1880 : George Leslie Mackay construit un hôpital.

1882 : George Leslie Mackay ouvre le « collège d’Oxford » à Tamsui.

1884 : Durant la guerre franco-chinoise, la marine française fait le blocus de Keelung et de Tamsui.

1885 : Taïwan devient une province chinoise avec Taipei comme capitale. Liu Mingchuan devient le premier gouverneur de Taïwan et entreprend sa modernisation.

1891 : La ligne de chemin de fer Keelung-Taipei est inaugurée.

1895 :

À la suite de la guerre sino-japonaise (1894-1895) le traité de Shimonoseki est signé et la Chine cède Taïwan au Japon.

Le 23 mai des pro-Qing déclarent la République de Taïwan, Tang Jingsong est nommé Président le 25 mai.

Le 29 mai les troupes japonaises débarquent près de Keelung.

Le 6 juin Tang Jingsong fuit en Chine, et Liu Yongfu lui succède.

En octobre les troupes japonaises rentrent à Tainan ; c’est la fin de la République de Taïwan.

1896 : Le 30 janvier est promulguée la Loi 63, qui confère au Gouverneur les plein pouvoir.

1897 : Début de la construction d’une barrière de « défense », entourant le territoire des Atayal. Elle était constituée de postes de polices et de barrières électriques, elle sera complètement terminée en 1900.

1899 :

La Banque de Taïwan est créée pour encourager les investissements japonais à Taïwan.

Début de la construction de la voie de chemin de fer reliant le Nord au Sud de l’île.

 

xxe siècle

1900 : Les Atayal de Takekan se révoltent contre les Japonais.

1908 : La ligne de chemin de fer Nord-Sud sur la côte Ouest est ouverte.

1904 : L’office du gouverneur de Taïwan promulgue plusieurs lois prohibant la possession d’armes à feu et de poudre à canon.

1915 : incident de Tapani.

1917 : Les bunun du village de Tanta se révoltent contre les Japonais.

1920 :

Mise en place d’un système de réserve, les Chinois ont l’interdiction de pénétrer en territoire aborigène. La même année voit la disparition de la ligne de défense.

Les Japonais délocalisent les villages aborigènes dans des endroits plus accessibles afin de mieux pouvoir les contrôler.

1921 : l’association culturelle taïwanaise est fondée.

1923 :

Le prince Hirohito visite Taïwan.

L’office du gouvernement de Taïwan annonce que le terme « barbare » devrait être remplacé par celui de « tribu des montagnes ».

1930 : Les Atayal de Wushe, menés par Mona Rudao, se révoltent contre les Japonais (Incident de Wushe).

1935 : Les Taïwanais élisent des représentants locaux pour la première fois.

1937 :

Cette année est lancé le mouvement Kominka, qui avait pour but de « japaniser » la société taïwanaise et de faire des habitants de Taïwan des sujets de l’Empereur.

La centrale électrique du lac de la lune et du soleil est terminée.

1940 : L’office du gouvernement de Taïwan encourage les aborigènes à adopter des noms japonais.

1941 : Abolition de la discrimination dans les écoles primaires entre Taïwanais et Japonais.

1942 : Les « Volontaires de Takasago » sont formés.

1943 : Scolarisation obligatoire. Le taux de scolarisation dans le primaire est de 71,3 % et de 86,4 % pour les aborigènes.

1945 : Le Japon capitule. Les nationalistes du Kuomintang prennent le contrôle de l’île avec l’accord des Alliés (conférence du Caire de 1943).

1947 : Le 28 février, un incident éclate à Taipei. La population manifeste et les affrontements avec le gouvernement nationaliste se multiplient. Une terrible répression s’ensuit, accompagnée d’environ 20 000 à 30 000 morts. Les leaders sont exécutés. La loi martiale est instaurée sur toute l’île.

1949 : Sur le continent, en 1949, les communistes proclament la République populaire de Chine. Le maréchal Tchang Kaï-chek, après avoir perdu la guerre contre Mao Zedong, se réfugie à Taïwan. Il remet alors en place la loi martiale ainsi qu’un gouvernement provisoire. La population chinoise arrivée en 1949 représente 15 % de la population totale de l’île. Mais les immigrés prennent le contrôle de Taïwan et des 85 % de Taïwanais.

1950 : La République de Chine est recréée à Taïwan.

1951 : Le traité de San Francisco est signé. Par ce traité, le Japon renonce à sa souveraineté sur Taïwan. Le traité ne spécifie pas la nouvelle souveraineté. On considère alors que « le futur statut de Taïwan sera décidé en accord avec les intentions et les principes de la Charte des Nations unies ». C’est le seul traité international du xxe siècle concernant le statut de Taïwan.

1952 : Signature du traité de paix entre La République de Chine et le Japon.

1954 : Les États-Unis et Taïwan signent le traité de défense mutuelle.

1954-1955 : Première crise du détroit de Taïwan. La République Populaire de Chine annexe les îles Tachen.

1958 : L’Armée populaire de libération (APL) de Chine continentale lance une offensive contre les îlots de Jinmen (Quemoy) et de Matsu. C’est la crise du détroit de Formose. Les États-Unis interviennent et empêchent l’invasion chinoise.

1971 : L’ONU vote la reconnaissance de la République populaire de Chine comme le seul représentant légitime de la Chine à l’Organisation des Nations unies (Résolution 2758). En conséquence, la République de Chine perd le siège de celle-ci et est exclue de toute l’organisation.

chiang-1

1975 : Tchang Kaï-chek meurt le 5 avril.

1978 :

Chiang Ching-Kuo devient président.

En décembre, les États-Unis rompent les relations diplomatiques avec la République de Chine.

1979 :

Le congrès américain vote le « Taiwan Relations Act.

Pékin appelle Taïwan à revenir « au sein de la mère patrie ». Le gouvernement est alors appelé « autorités de Taipei » par la République populaire de Chine.

1578623189455

incident de Kaohsiung (incident de la revue Meili dao) après cet incident les milieux indépendantistes sont réprimés.

1981 : Pékin propose à Taipei les « trois liens » (commerce, poste, voyages), ainsi que les « quatre échanges » (universitaires, culturels, économiques et sportifs). La Chine invente alors la doctrine « un pays, deux systèmes ».

1982 : Après avoir répondu par les « trois non » (non aux contacts, aux négociations et aux compromis), Taïwan reconnaît les dirigeants de Pékin comme les « autorités communistes chinoises ».

1986 :

Septembre, création du Parti Démocratique Progressiste (PDP)

Octobre, le gouvernement légalise les formations d’oppositions.

1987 : Massacre de Lieyu s’est passé le 3 mars. Ensuite, la loi martiale, qui dure depuis 1949, est levée à Taïwan. La population est autorisée à visiter la République populaire de Chine.

1988 : Chiang Ching-Kuo meurt le 13 janvier, Lee Teng-hui vice-président devient donc Président.

1990 : Lee Teng-hui est élu Président.

1991 :

Avril, la constitutionest révisée pour que le Yuan législatif et l’assemble nationale puisse être élus uniquement par les citoyens des territoires sous contrôle de la République de Chine.

Mai, le président Lee Teng-hui annonce la fin de la « période de mobilisation nationale pour la suppression de la rébellion communiste ».

Juin, le Yuan législatif adopte une motion qui demande au gouvernement de préparer le retour a l’ONU

1992 : le KMT accepte la responsabilité de l’incident du 28 février 1947.

1993 :

27-28 sommet de Singapour

En août premier essai pour réintégrer l’ONU.

31 août livre blanc de Pékin

En novembre, le ministre taïwanais de l’économie annonce la politique « provisoire des deux Chines », qui concerne « deux États souverains ».

1994 : Livre blanc de Taïwan

1995 : le gouvernement américain autorise Lee Teng-hui à visiter les États-Unis, à la suite de cela commence la crise des missiles.

1996 :

En mars, la République populaire de Chine déclenche des manœuvres militaires le long de la côte du Fujian. En particulier elle tire des missiles au large de Taïwan. La réaction des États-Unis est le déploiement de deux porte-avions nucléaires dans la zone.

Lee Teng-hui est élu président au suffrage universel direct.

1999 : En 1999 Lee Teng-hui, déclara que les relations entre la Chine et Taïwan étaient des « relations spéciales d’État à État». Cette déclaration souleva des protestations à Pékin.

2000 :

En février la République de Chine publie un livre blanc dans lequel il est réaffirmé que non seulement une déclaration d’indépendance de Taïwan est un casus belli, mais également qu’un refus sine die des négociations en vue de la réunification, l’est également.

En mars, Chen Shui-bian gagne l’élection présidentielle et devient le premier président non membre du Kuomintang.

2000px-Flag_of_the_Republic_of_China.svg_

xxie siècle

2001 : les trois mini liens entre Jinmen, Matsu et le Fujian entrent en service.

2002 : Taïwan entre à l’Organisation mondiale du commerce

2004 : Chen Shui-bian est réélu de justesse avec 0,22 % des votes de plus que son adversaire.

2005 : premier vol commercial direct entre Pékin et Taipei pour le nouvel an chinois.

2005 : la République populaire de Chine vote la Loi antisécession, qui « autorise » l’emploi de la force armée si Taïwan déclare son indépendance.

2006 : Le train à grande vitesse entre en service (Ligne à grande vitesse de Taïwan) entre Taipei et Kaohsiung.

16 avril : le président du KMT (dans l’opposition) Lien Chan rencontre à Pékin Hu Jintao secrétaire général du Parti communiste chinois

2008 :

Le Guomindang (KMT) gagne les législatives, il obtient 81 sièges sur 113.

22 mars : à l’élection présidentielle, victoire de Ma Ying-jeou, chef du Kuomintang (KMT) contre le candidat du président sortant Chen Shui-bian avec 58,45 % des suffrages exprimés. Investiture le 20 mai. Le nouveau président s’est présenté comme la candidat de l’ouverture et de l’accélération des échanges avec la Chine populaire, parlant même de la perspective d’un « marché commun » et de jeter « les fondations d’un siècle de paix et de prospérité ».

4 juillet : premiers vols directs les week-ends entre la Chine continentale et Taïwan.

visite de Chen Yunlin, le président de l’Association des relations entre les deux rives (ARATS), premier haut responsable chinois de ce rang à visiter Taïwan.

mouvement étudiant des « fraises sauvages »

rencontre de l’ancien vice-président de la République de Chine Lien Chan (président honoraire du Kuomintang) et du président chinois Hu Jintao à l’APEC au Pérou

2009

Le typhon Morakot fait près de 700 morts

2012 : Ma Ying-jeou est réélu président.

2014 : Mouvement Tournesol des Étudiants  ou 318 qui débute le 18 mars et se termine le 10 avril.

2016 :

16 janvier : Tsai Ing-wen (DPP) est élue présidente de la RdC.

1er août : La présidente Tsai Ing-wen présente de la part du gouvernement des excuses officielles aux aborigènes « pour les souffrances et l’injustice qu’ils ont subies ces 400 dernières années« .

2017 :

24 mai : La Conseil Constitutionnel légalise le mariage pour tous. Les législateurs ont deux ans pour modifier le Code Civil qui a été jugé « non conforme à la Constitution ».