CHJRISTIANISME, HISTORIEN FRANÇAIS, JEAN DELUMEAU (1923-2020), RELIGION

Jean Delumeau (1923-2020)

Jean Delumeau, historien français

Jean Delumeau dans les locaux de la Croix le lundi 5 septembre 2011

Jean Delumeau, né le 18 juin 1923 à Nantes et mort le 13 janvier 2020, , est un historien français.

Universitaire, il est spécialiste des mentalités religieuses en Occident et, plus particulièrement du christianisme de la Renaissance et de l’Époque moderne.

 

Biographie

Carrière universitaire

Élève au lycée Masséna de Nice, puis au lycée Thiers de Marseille, il prépare le concours d’entrée de l’École normale supérieure, où il a comme professeur Roger Mehl (philosophie). Il est admis à l’ENS (promotion 1943), agrégé d’histoire, membre de l’École française de Rome et docteur ès lettres, il a enseigné l’histoire à l’École polytechnique, à l’université de Rennes II et à l’université de Paris I.

Détaché au Centre national de la recherche scientifique de 1954 à 1955, directeur du Centre armoricain de recherches historiques de 1964 à 1970 et directeur d’études à à l’École pratique des hautes études de 1963 à 1975 puis à l’École des hautes études en sciences sociales de 1975 à 1978, il est professeur puis professeur honoraire au Collège de France, où il occupa de 1975 à 1994 la chaire d’« Histoire des mentalités religieuses dans l’Occident moderne ».

Membre du comité éditorial de plusieurs revues académiques et professeur invité dans plusieurs universités d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie, il est également membre honoraire de l’Institut universitaire de France et de l’Academia Europaea.

« De la peur, liée au pêché, vous avez trouvé et, avec les générations antérieures, éprouvé comme nous tous la prégnance, entretenue par une éducation incitant au scrupule. Vous y voyez, non sans raison, une des racines de la déchristianisation contemporaine. Cependant, votre propre anxiété désamorçait déjà le découragement. Alors, répondant à une attente, l’un de vos derniers livres, Rassurer et protéger, présente tout grand l’abri tutélaire du manteau de la Vierge intercédante. »

— Mollat du Jourdin

« Je suis fier et heureux, cher Philippe Wolff, de recevoir de vos mains cette épée que mes enfants ont choisie du début du xixe siècle afin de l’accorder au costume dessiné par David. Dans la ligne de ce qui vient d’être dit, je veux délibérément placer mon intervention et mes remerciements sous le signe de l’amitié. (…). L’épée fine, élégante et chronologiquement bien datée que je porterai désormais grâce à vous sous la coupole additionne à mes yeux trois significations. D’abord, elle me rappellera jusqu’en bout de carrière la chaleureuse sympathie dont vous m’avez entouré ce soir ; elle symbolise ensuite un attachement à l’histoire que j’ai manifesté dès l’enfance ; elle exprime enfin une sobriété de style dont j’aimerais faire passer quelque chose dans mon écriture »

En 2002, il est en vain candidat à l’Académie française.

 Fonctions honorifiques et engagement

Il est membre d’honneur de l’Observatoire du patrimoine religieux (OPR), une association multiconfessionnelle qui œuvre à la préservation et au rayonnement du patrimoine culturel français. Il est également membre du comité de parrainage de la Coordination pour l’éducation à la non-violence et à la paix

Le 25 avril 2017, il fait partie des signataires d’une tribune de chercheurs et d’universitaires annonçant avoir voté Emmanuel Macron au premier tour de l’élection présidentielle française de 2017 et appelant à voter pour lui au second, en raison notamment de son projet pour l’enseignement supérieur et la recherche.

Vie privée

Il est le père de l’historien Jean-Pierre Delumeau.

Le spécialiste de l’évolution de la conscience religieuse

Les ouvrages majeurs sur les thèmes qu’il travaille particulièrement concernent :

les pulsions avec en 1978 : La Peur en Occident, XIVe-XVIIIes et en 1983 : Le Péché, la Peur, la culpabilisation en Occident ;

les institutions avec en 1990 : L’Aveu et le Pardon, XIIIe-XVIIIes ;

les représentations avec en 1992 : Le Jardin des Délices.

 

Œuvres

Les ouvrages de Jean Delumeau ont été traduits dans de nombreuses langues dont le japonais, le portugais, le tchèque, le roumain, l’hongrois et l’italien.

Vie économique et sociale de Rome dans la seconde moitié du xvie siècle, Paris, De Boccard, 1957.

L’Alun de Rome, xve-xviiie siècles, Paris, École Pratique des Hautes Études, 1962.

Naissance et affirmation de la Réforme, Paris, PUF. Coll. « Nouvelle Clio », 1965.

Le Mouvement du port de Saint-Malo, 1681-1720 [sous la dir. de], Paris, Klincksieck, 1966.

La Civilisation de la Renaissance, Paris, Arthur. Coll. « Les grandes civilisations », 1967.

Histoire de la Bretagne [sous la dir. de], Toulouse, Privat, 1969.

Le Catholicisme de Luther à Voltaire, PUF. Coll. « Nouvelle Clio », 1971.

L’Italie de Botticelli à Bonaparte, Paris, Armand Colin, 1974, (réédité en 1991 chez Armand Colin sous le titre L’Italie de la Renaissance à la fin du XVIIIe siècle).

Rome au xvie siècle, Paris, Hachette, 1975.

La Mort des pays de Cocagne. Comportements collectifs de la Renaissance à l’âge classique, Paris, Publications de la Sorbonne, 1976

Le Christianisme va-t-il mourir ?, Paris, Hachette, 1977.

La Peur en Occident (xive-xviiie siècles). Une cité assiégée, Paris, Fayard, 1978.

Histoire vécue du peuple chrétien, 2 vols [sous la dir. de], Toulouse, Privat, 1979.

Le Péché et la peur : La culpabilisation en Occident (xiiie-xviiie siècles), Paris, Fayard, 1983.

Ce que je crois, Paris, Grasset, 1985.

Le cas Luther, Paris, Éditions Desclée de Brouwer, 1986.

Les Malheurs des temps. Histoire des fléaux et des calamités en France [sous la dir. de], Paris, Larousse, 1987.

La Première communion : quatre siècles d’histoire [sous la dir. de], Paris, Éditions Desclée de Brouwer, 1987.

Rassurer et protéger. Le sentiment de sécurité dans l’Occident d’autrefois, Paris, Fayard, 1989.

Injures et blasphèmes [sous la dir. de], Paris, Imago, 1989.

L’aveu et le pardon. Les difficultés de la confession. XIIIe-XVIIIe siècle, Paris, Fayard, 1990.

Histoire des pères et de la paternité [sous la dir. de], Paris, Larousse, 1990.

Une histoire du Paradis. I : Le Jardin des délices, Paris, Fayard, 1992.

Le Fait religieux [sous la dir. de], Paris, Fayard, 1992.

La Religion de ma mère : Le Rôle des femmes dans la transmission de la foi [sous la dir. de], Paris, Éditions du Cerf, 1992.

Le Savant et la foi : des scientifiques s’expriment [sous la dir. de], Paris, Flammarion, 1993.

Une histoire du Paradis. II : Mille ans de bonheur, Paris, Fayard, 1995

Histoire artistique de l’Europe : La Renaissance (avec Ronald Lightbown), Paris, Le Seuil, 1996.

L’Historien et la foi [sous la dir. de], Paris, Fayard, 1996.

Des Religions et des Hommes (avec Sabine Melchior-Bonnet), Paris, Éditions Desclée de Brouwer, 1997.

Entretiens sur la fin des temps (avec Umberto Eco, Stephen Jay Gould, Jean-Claude Carrière), Paris, Fayard, 1998.

Une histoire de la Renaissance, Paris, Perrin, 1999.

Une histoire du Paradis. III : Que reste-t-il du Paradis ?, Paris, Fayard, 2000.

Chrétiens, tournez la page (avec Yves de Gentil-Baichis, René Rémond, Marcel Gauchet, Danièle Hervieu-Léger, Paul Valadier), Paris, Bayard, 2002.

Guetter l’aurore. Un christianisme pour demain, Paris, Grasset, 2003

Jésus et sa passion (avec Gérard Billon), Paris, Éditions Desclée de Brouwer, 2004.

La plus belle histoire du bonheur (avec André Comte-Sponville et Arlette Farge), Paris, Le Seuil, 2004.

Le Fait religieux, tome 1: Le Christianisme [sous la dir. de], Paris, Fayard, 2004.

Histoire des mentalités religieuses dans l’occident moderne, Paris, Collège de France / Le Livre Qui Parle, 2005.

Le Mystère Campanella, Paris, Fayard, 2008.

À la recherche du paradis, Paris, Fayard, 2010

La seconde gloire de Rome. xve-xviie siècle, Paris, Perrin, 2013.

De la peur à l’espérance, Paris, Robert Laffont. Collection « Bouquins », 2013.

L’avenir de Dieu, Paris, Éditions du CNRS, 2015.

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Jean Delumeau, historien de l’enfer et du paradis, est mort

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Titulaire de la chaire d’histoire des mentalités religieuses de l’Occident moderne au Collège de France, ce penseur éclairé et intègre a mis au jour les mécanismes de la « pastorale de la peur » qui imprégna longtemps le christianisme. Sa famille a fait part à « La Croix » de son décès, ce lundi 13 janvier matin, à 96 ans.

Ceux qui ont eu la chance de suivre, fidèlement ou plus épisodiquement, les cours de Jean Delumeau au Collège de France se souviennent d’un orateur passionnant, d’une clarté cristalline, affable, précise. Et s’émerveillent encore de la manière dont il savait mettre le point final à sa leçon du jour, une seconde avant que l’horloge n’en indique le terme. Tant d’aisance et d’organisation intellectuelles charmaient et impressionnaient tout à la fois.

Né le 18 juin 1923 à Nantes au sein d’une famille croyante, Jean Delumeau avait reçu « la foi en héritage » selon ses termes mais porta vite « un regard critique sur la religion », suivi par « le doute comme (mon) ombre ». Agrégé d’histoire, professeur au lycée de Rennes puis, à partir de 1957, à la faculté des lettres, il franchit tous les échelons universitaires avec, en 1975, une nomination au Collège de France.

Marié en 1947, il aura trois enfants dont l’historien Jean-Pierre Delumeau. Si ses premières publications érudites portent sur l’histoire de Rome (il fut membre de l’École française de Rome), un public élargi le découvre en 1977 quand paraît Le Christianisme doit-il mourir ?, couronné du Grand prix catholique de littérature.

Une plongée dans la peur

Des travaux de cet éminent et lumineux historien des religions, on retient avant tout la notion de « pastorale de la peur », dont il a étudié la domination au sein de l’Église catholique depuis le Moyen Âge jusqu’aux Lumières. Ou la traque quasi-permanente du péché, assortie de la menace de l’enfer, dans le but, explicite ou non, de tenir les esprits à distance de toute tentative d’émancipation. La Peur en Occident publié en 1978 et, plus encore, Le Péché et la peur (1983) – véritable somme traduite en anglais mais aussi en brésilien ou en japonais –, assirent la notoriété de Jean Delumeau, au-delà du cercle des spécialistes et des étudiants en histoire religieuse.

D’autant que leur auteur, loin de tout manichéisme, sut traduire auprès des lecteurs contemporains les subtilités de cette rigidité ecclésiale en la replaçant – donc la nuançant – dans le contexte médiéval et renaissant. Les épidémies ravageuses, les famines, les conflits politiques et les guerres religieuses, plongeaient les populations dans une « angoisse ordinaire » diffuse et mortifère. En instaurant une pastorale de la peur, en lui donnant des contours théologiques bien définis, l’Église montrait qu’il était tout de même possible d’agir contre le fléau du mal. À l’inverse des calamités naturelles qui s’abattent sur l’homme impuissant, le péché et le démon pouvaient être combattus, voire vaincus.

Un voyage au Paradis

Jean Delumeau, d’ailleurs, n’aura jamais considéré la terreur répandue par l’institution religieuse sous l’Ancien-Régime comme un sujet isolé. Ses travaux l’ont aussi conduit sur les chemins de l’espérance, et même jusqu’au paradis, auquel il a consacré tant d’années de sa vie, publiant une magnifique Histoire du Paradis, en trois tomes (1992, 1995 et 2000). Il y confrontait la vision théologique et les découvertes scientifiques, artistiques et humanistes à l’œuvre, dans un réseau d’interactions fécondes ou antagonistes mais toujours stimulantes.

Imprégné des réflexions et évolutions du concile Vatican II dans un Occident soumis à une forte déchristianisation, l’historien et homme de foi observait d’un commun mouvement de sa pensée et de son érudition, la face sombre et la face lumineuse de la religion de son enfance. Il s’en expliquait régulièrement, évoquant avec une tendre clairvoyance La Religion de (ma) mère, sous-titré Le Rôle des femmes dans la transmission de la foi (1992), ou invitant chacun de nous à Guetter l’aurore – Un christianisme pour demain, édité en 2003.

Ou, mieux encore, publiant en 2015 un Avenir de Dieu… « Le paradis ce seront les autres, écrivait-il alors, dans la lumière et la proximité de Dieu, dans une affection réciproque qui aura effacé toutes les incompréhensions et hostilités d’ici-bas ».

« Le message évangélique est intact »

Dans ses livres savants comme dans ses textes plus intimes, Jean Delumeau séduisait par l’élégance très classique de son style, la sympathie souriante qu’il portait aux figures du passé rencontrées au fil de ses écrits. Il avait cette plume qui parvient à faire comprendre et goûter des sujets complexes, à faire voyager dans l’histoire des idées et des hommes.

Jean Delumeau

AIX-EN-PROVENCE (BOUCHES-DU-RHÔNE), AMBROISE-THOMAS ROUX-ALPHERAN (1776-1858), CHEVALIERS DE L'ORDRE DE MALTE, CHRONOLOGIE DES PRIEURS DE L'EGLISE SAINT-JEAN, EGLISE SAINT-JEAN-DE-MALTE (Aix-en-Provence), HISTORIEN FRANÇAIS, ORDRE DE MALTE, ORDRE DES HOSPITALIERS DU SAINT-ESPRIT, PAROISSE SAINT-JEAN-DE-MALTE (Bouches-du-Rhône)

Chronologie des prieurs de l’église Saint-Jean par Ambroise Roux-Alphéran

 

CHRONOLOGIE DES PRIEURS DE L’ÉGLISE DE SAINT-JEAN,

Sceau_des_Grands_Prieurs_des_St_Gilles_au_XIIIeme_siècle.

Chapelains conventuels de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. 1

 

Frère DIDIER vivait en 1251, lors de la consécration de l’église et mourut en 1264. C’est le plus ancien prieur dont on ait connaissance, car nous n’admettons pas qu’il ait été le premier. Les Hospitaliers étaient alors établis à Aix depuis environ un siècle, et puisqu’ils avaient bâti une chapelle avant la construction de l’église actuelle, les prêtres qui la desservaient devaient avoir un chef qui portait probablement le titre de prieur. Didier est représenté la mitre en tête sur le principal bas-relief du tombeau des comtes Alphonse II, et Raymond-Bérenger IV, qu’on voit à Saint-Jean.

  1. RAYMOND ISNARDI, élu en 1264, mort en 1276. Le prieur de Naberat se sert constamment du terme d’élu tant à l’égard d’Isnardi qu’à celui de ses successeurs, et c’est avec raison, puisqu’alors ils étaient nommés et choisis par les autres religieux composant la communauté. Le commandeur d’Aix, chef de la maison, approuvait ce choix, ce qui a eu lieu jusqu’au milieu du XVe siècle. Depuis cette dernière époque, les commandeurs nous paraissent s’être arrogés le droit de nommer eux-mêmes les prieurs, sauf quelques exceptions que nous fairons connaître
  2. BERTRAND LANCE, élu en 1276, mort en 1288. Naberat place à la suite de ce prieur, un Guillaume de Villars qui n’est autre que Guillaume de Villaret alors grand-prieur de Saint-Gilles et depuis grand-mitre, duquel nous avons parlé plus haut. Aussi de Haitze, qui sans doute avait reconnu l’erreur, ne fit-il aucune mention de ce Guillaume de Villars comme prieur.
  3. ANDRÉ BAROLI, élu en 1288, mort en 1299. Ce prieur a été omis dans le prétendu catalogue publié par l’historien moderne de Saint-Jean, dans le tome V des Mémoires de l’Académie d’Aix(pag. 301), où sont également omis les trois suivants.
  4. PIERRE DE MALAMORT, élu en 1299, mort en 1312. En 1306, F. Dragonet de Montdragon, grand-prieur de Saint-Gilles, fit en personne la visite de l’église et du prieuré de Saint-Jean et fit dresser un inventaire des reliques et objets qui se trouvaient dans la sacristie, parmi lesquels existaient déjà la mitre et la crosse en ivoire dont parle de Haitze dans ses Curiosités d’Aix, pag. 169. Cet inventaire fut fait en présence des frères de l’Ordre dont les noms suivent et qui desservaient l’église à cette époque, savoir : les frères Pierre de Malamort, prieur, Jean Picard, Pierre de Roquebrune (Rocabruna), Jean Folquerii, Rostaing de Fracha, Jacques Magne, Vincent de Chalansono, Raymond Sorloqui, Guillaume de Aludya , Raymond Simon, Raymond de Bouc (de Buco) et Jean Colombeti. Acte reçu par Guillaume Estienne, notaire institué par Chartes II, roi de Naples, comte de Provence, etc. 2
  5. VINCENT VERRIER , élu en 1312, mort au plus tard en 1322.
  6. PIERRE de CURISIO, élu vers 1322, mort au plus tard en 1328. Ce prieur est inconnu, à l’auteur dont nous parlons dans la pag. précédente, comme il l’a été à Naberat et à de Haitze.
    Nous avons trouvé dans les titres du prieuré (sac B., n° 8), découverts par le prieur Viany, un demi siècle après la mort de Naberat, un acte du 8 août 1322, passé devant Guillaume Cavaleri, notaire, par lequel Pierre de Curisio, prieur de Saint-Jean, permet à Jean Pagani de convertir en vignoble une terre labourable située au terroir d’Aix, quartier de Casanova, qui supportait une redevance à l’église de Saint-Jean, et ce en présence et du consentement de F. Geoffroi Rostang, commandeur d’Aix, ce qui nous autorise à placer ici ce prieur dans notre chronologie.
  7. JACQUES DE CLERIO, chapelain du grand-maître Hélion de Villeneuve, fut nommé prieur par ce prince en 1328, et mourut en 1347. De son temps eut lieu la réformation du prieuré par le même grand-maître, que nous avons rapportée plus haut, et frère Isnard de Albarno, grand-prieur de Capoue et commandeur d’Aix, fonda dans l’église de Saint-Jean la chapelle des onze mille vierges. C’est ce commandeur que l’historien moderne de Saint-Jean a pris pour un prieur et qu’il a compris comme tel dans son prétendu catalogue sous les noms d’Isnard de Grasse, entre Jacques de Clerio et Pierre Curti. Le prieur de Clerio fit dresser, en 1333, un inventaire des reliques et du mobilier qui existaient dans la maison de Calissane, dépendante du prieuré de Saint-Jean. 3Parmi les reliques se trouvait une caisse en cristal renfermant la chemise de la bienheureuse vierge Marie, au sujet de laquelle chemise on peut voir : 1° l’arrêt du parlement d’Aix, du 8 juillet 1683, en faveur du prieur de Saint-Jean, Viany, à qui cet arrêt adjuge la moitié des offrandes faites à cette sainte relique ; 2° le Dictionnaire géographique de la Provence, par Achard, au mot Berre, pag. 338 ; 3°et la Statistique de la ville de Berre et de son terroir, par M. Porte, pag. 73 et 74.
  8. BERTRAND AUDIBERT, chapelain du grand-maître Dieudonné de Gozon, fut nommé par celui-ci prieur de Saint-Jean, le 5 octobre 1347, et mourut en 1352. Il a été encore inconnu à l’historien moderne de Saint-Jean qui l’a omis dans son prétendu catalogue, de même que les cinq prieurs qui suivent.
  9. JEAN TRIPOLI, élu en 1352, mort en 1355.
  10. HUGUES DE ALERIO, élu en 1355, mort en 1375. Il est appelé de Clerio dans quelques titres, probablement par erreur.
  11. PIERRE AYCARDI, élu en 1375, mort en 1401. Sous lui le nombre des prêtres desservant l’église de Saint-Jean fut réduit à douze, attendu l’insuffisance des revenus, occasionnée par les guerres qui désolèrent la Provence pendant le règne de la reine Jeanne et celui des premiers comtes de la seconde maison d’Anjou. De son temps encore , F. Bernard Grassi, l’un des prêtres de Saint-Jean, fut élu grand-prieur de l’église de Rhodes, ainsi que nous l’avons dit ci-dessus d’après Naberat. 4
  12. RAYMOND ROSTINI, élu en 1401, mort en 1404.
  13. ROSTANG MALIPILI, élu en 1404, mort en 1408.
  14. PIERRE CURTI, était curé de la paroisse Saint-Sauveur d’Aix, 5lorsqu’il fut nommé prieur de Saint-Jean en 1408. Il mourut en 1434 et non en 1424 comme le disent Naberat et de Haitze, car on trouve dans les archives du prieuré une foule d’actes de reconnaissances passés en sa faveur dans le courant des années 1427, 1432 et 1433. Il assista au chapitre général de l’Ordre tenu dans son église en 1410, sous le grand-maître Philibert de Naillac. 6Il parait que c’était un saint personnage, puisque après sa mort, son portrait fut placé sur l’autel de la chapelle de Saint-Barthélemy où il se trouvait lors de la visite de 1613. 7 Ce portrait existait encore dans la sacristie de Saint-Jean au moment de la révolution et a disparu depuis. Le prieur Curti y était représenté à genoux, en robe et en manteau long, marqué d’une croix sur l’épaule gauche, sans colet, ayant la tête rase et une couronne de cheveux.. Tel était le costume des prieurs de Saint-Jean dans leur église, avant qu’ils prissent le camail.
  15. MATHIEU HONORAT, d’une famille d’Aix aujourd’hui éteinte, qui avait donné plusieurs consuls et deux conseillers au parlement au XVIIe siècle et possédé la seigneurie de Porcieux, fut nommé prieur de Saint-Jean le 27 janvier 1434 (Lantelmi, notaire), et non en 1424 comme le disent Naberat, de Haitze et l’historien moderne de Saint-Jean, par frère Elzéar de Glandevès, bailli de Manosque et lieutenant du grand-prieur de Saint-Gilles frère Bertrand d’Arpajon, avec le consentement des autres religieux desservant l’église. Il mourut en 1462.
  16. ANTOINE HONORAT, neveu du précédent, lui succéda en 1468, après six ans de vacance du prieuré, et mourut en 1472.
  17. HUGUES ARBAUD, fils de noble Arbaud d’Arbaud, premier syndic d’Aix en 1428, 8nommé par le pape Paul II, en 1470, mourut en 1483, suivant Naberat et de Haitze. Nous remarquerons encore ici une inexactitude de ces auteurs qui font élire ce prieur suivant les formes ordinaires en 1482 seulement. C’est qu’ils ne connaissaient pas, sans doute, la bulle du pape en date des ides de janvier 1469 (v. st.) qui commet Bérenger de Rupe, chanoine official de l’église cathédrale de Marseille, pour l’exécution d’une autre bulle en date du même jour, portant collation du prieuré de Saint-Jean vacant par le décès de F. Mathieu Honorat, en faveur de Hugues Arbaud ; lesdites bulles suivies de la procédure faite à ce sujet à Aix, dans la maison de noble Jean Gastinelli, le 22 juin 1470, en présence de magnifique Palamède de Fortin, seigneur de Soliès, et de Pierre de Guiramand, seigneur de La Pène. Il y a apparence que Hugues Arbaud, quoique nommé par le pape, ne voulut ou ne put prendre possession qu’en 1472, après la mort d’Antoine Honorat pourvu légalement depuis 1468 et antérieurement aux bulles du pape. 9
  18. GUILLAUME DE RONCHINOL, natif de Mâcon dans la langue d’Auvergne, fut nommé, en 1483, par honoré de Pontevès, seigneur de Bargème, en qualité de procureur fondé de frère Antoine de Pontevès, commandeur d’Aix, son frère, lequel approuva cette nomination le 24 septembre de la même année. 10Le grand-prieur de Saint-Gilles, Préjan de Pidoux, partant pour Rhodes au mois de mars 1518, l’établit son vicaire-général. 11Il parait qu’étant tombé malade, il se démit du prieuré en 1526 et alla mourir à Montpellier en 1528.
  19. FRANÇOIS LARISSE, l’un des quatre chapelains du grand-maître, Philippe Villiers de l’Isle-Adam, fut nommé par lui le 22 septembre 1526, lorsque le gouvernement de l’Ordre résidait momentanément à Nice après la perte de l’île de Rhodes. Il mourut en 1530, suivant Naberat et de Haitze, car l’historien moderne de Saint-Jean ne fait aucune mention de lui, non plus que de Hugues Arbaud nommé plus haut.
  20. VALENTIN DUBOIS (de Bosco), élu en 1530, mourut le 22 juillet 1555. Il était auparavant chanoine régulier de Saint-Ruf, et il appartenait à une famille noble alors établie en Savoie, transplantée depuis à Apt en Provence, où elle est plus connue sous le nom de Saint-Vincent, ce qu’on prouve par le sceau de ce prieur apposé au bas de diverses pièces signées de lui et conservées aux archives du prieuré. On voit sur ce sceau deux lances posées en sautoir qui sont les armes de la famille Dubois de Saint-Vincent. L’historien moderne de Saint-Jean place l’avènement de Valentin Dubois à l’année 1555 qui est celle de sa mort, et le fait succéder à un Géraud Dubois qui n’a jamais été prieur. Ce Géraud ou plutôt Giraud, était frère de Valentin et tous les deux, membres de l’ordre de Saint-Jean, étaient les neveux de F. Poncet d’Urre, bailli de Manosque et commandeur d’Aix, auquel ils firent élever au milieu du chœur de l’église de Saint-Jean, en 1548, un mausolée qui fut transporté, sous le prieur Viany, dans la chapelle de la reine Béatrix. 12
  21. JEAN NICOLAS, servant d’armes et commandeur de Joucas, fut commis en 1555, après la mort du prieur Dubois, à la garde du prieuré en qualité de capitaine avec garnison, à la charge de se faire ordonner prêtre lorsque les troubles occasionnés par les guerres de religion seraient appaisés ; de quoi il se fit décharger par le chapitre général tenu à Montpellier le 7 mai 1560, et plus tard il obtint du grand-maître Hugues de Loubenx de Verdalle, une bulle qui le confirma dans la jouissance du prieuré en 1583. En 1565, il avait été porteur des lettres que le grand-maître Jean de la Valette écrivit au roi Charles IX, à la reine mère et aux princes du sang, alors à Bayonne, pour leur donner avis du siège de Malte que les Turcs allaient entreprendre et solliciter des secours. 13C’est ce prieur que l’historien moderne de Saint-Jean place mal à propos après Guillaume de Ronchinol et avant le prétendu Géraud Dubois dont nous avons parlé sous le précédent prieur. Jean Nicolas mourut à Aix, le 24 février 1592.
  22. ANGELO PACE, Sicilien ou, selon d’autres, Calabrais, de la langue d’Italie, se trouvait à Rome lorsqu’il apprit la mort du prieur Nicolas. Il s’adressa au pape Clément VIII qui le pourvut, en 1595, 14du prieuré de Saint-Jean, en sa qualité de chef et supérieur suprême de l’Ordre. Mais ses bulles ne furent jamais enregistrées par l’effet des oppositions de F. Jean de Castellane d’Aluis, commandeur d’Aix, qui se mit en possession des revenus du prieuré. 15C’est ce commandeur d’Aluis, et non Dalvis, dont l’historien moderne de Saint-Jean fait un prieur sous le nom de Dalvis de Castellane. A sa mort, arrivée six ou sept ans après, le receveur de l’Ordre au grand-prieuré de Saint-Gilles, conféra le prieuré de Saint-Jean à F. Jacques Sallonis, servant d’armes, natif de Berre, lequel se mit en possession et jouit des revenus, jusqu’à ce que le prieur Pace, voyant ses poursuites inutiles, se rendit à Malte où il se démit, le 24 mai 1602, entre les mains du grand-maître Alof de Vignacourt.
  23. ANNE DE NABERAT, de la langue d’Auvergne, commandeur de Ville-Jésus et de Lieu-Dieu, ensuite prieur de Saint-Chartrier, vicaire et visiteur-général in spiritualibusdes grands-prieurés de Saint-Gilles et d’Auvergne, fut pourvu du prieuré de Saint-Jean le même jour 24 mai 1602, par provisions magistrales confirmées par le pape Clément VIII le 12 septembre suivant.
    En 1611, il échangea sa commanderie de Ville-Jésus pour celle du Temple d’Ayen et devînt successivement aumônier du roi, puis de la reine. Il mourut au mois de février 1630, âgé d’environ soixante-quatre ans, à Paris où il s’était rendu l’année précédente pour faire imprimer son dernier ouvrage, car c’était un homme de lettres qui a laissé plusieurs monuments de son savoir. 16Il avait puissamment contribué à relever le prieuré de Saint-Jean des pertes que les troubles du XVIe siècle lui avaient occasionnées.
  24. HONORÉ PELLEGRIN. porteur d’un bref apostolique de survivance de l’année 1623, fut mis en possession du prieuré de Saint-Jean, aussitôt après la mort de Naberat. La peste faisait alors les plus grands ravages dans Aix, en sorte que cette prise de possession eut lieu de visu, des hauteurs du Prignon, au pied de la tour dite de la Prouvenquoou de laKeirié17 Les désagréments qu’il eut à éprouver de la part de F. Jean de Berre, commandeur d’Aix, qui voulait le faire destituer pour mettre à sa place F. Hercules de Berre, son neveu, le forcèrent à se retirer à Malte où il mourut le 19 janvier 1649.
  25. HERCULES DE BERRE, des seigneurs de Collongue, protonotaire du Saint-Siége, nommé en survivance du précédent par le commandeur d’Aix, son oncle, depuis 1630, et par autres bulles du grand-maître Jean-Paul de Lascaris-Castellar, des 18 avril 1638 et 20 janvier 1649, prit possession le 19 février suivant. 18En 1653, il fut privé de l’administration du prieuré par la langue de Provence et rétabli l’année d’après. Mais en 1657, il fut suspendu de nouveau et F. Pierre de Chailan, qui fut depuis son successeur, administra le prieuré pendant son interdiction qui dura jusqu’à sa mort arrivée à Aix le 29 août 1666. Les divers auteurs des nobiliaires de Provence le nomment Jean de Berre au lieu d’Hercules ; c’est une erreur. Deux de ces auteurs ajoutent qu’il était d’une simplicité apostolique. 19
  26. PIERRE DE CHAILAN, des seigneurs de Villevieille, 20capiscol, puis infirmier de l’église collégiale de Saint-Gilles, fut nommé prieur de Saint-Jean le 10 septembre 1666, par F. Antoine de Glandevès-Castellet, bailli de Manosque et commandeur d’Aix, et prit possession, le 4 octobre suivant, 21du prieuré qu’il administrait depuis 1657. Il n’en jouit pas longtemps, étant mort à Malte au mois d’avril 1667. C’est le dernier prieur nommé par un commandeur d’Aix ; les suivants, au nombre de six, l’ont tous été par des grands-maîtres.
  27. JEAN-CLAUDE VIANY, frère consanguin de Pierre, grand-prieur de l’église de Malte dont nous avons parlé plus haut, né à Aix le 18 janvier 1659, 22fut nommé au prieuré de Saint-Jean, le 22 avril 1667, par le grand-maître Nicolas Cotoner, 23et prit possession le 15 juin suivant. 24 Il s’appliqua dès lors à restaurer son église qui lui doit ses principaux embellissements. Nous ne les rapporterons pas ici, pour ne pas nous répéter. Ils sont indiqués d’ailleurs avec le plus grand détail dans la notice publiée par l’historien moderne de St-Jean. En 1698 et le 10 mai, il obtint du pape Innocent XII, un bref qui lui donnait pour coadjuteur, F. Jacques-Christophle Viany, son neveu 25 ; mais celui-ci étant mort en 1703, et bien d’autres désagréments ayant été suscités au prieur Viany, par les ennemis que son caractère hautain et impérieux lui avait fait, notamment le bailli de Merles-Beauchamp, commandeur d’Aix, il se démit du prieuré en 1720, entre les mains du grand-maître Zondodari. Il vécut encore six ans et mourut à Aix, le 16 mars 1726 , âgé de quatre-vingt-sept ans et quelques mois. 26 Il était bon littérateur et lié avec les beaux esprits de son temps.
  28. PAUL ALPHERAN, neveu de Melchior alors grand-prieur de l’église de Malte duquel il a été parlé ci-dessus, né à Aix le 28 octobre 1686, fut pourvu du prieuré de Saint-Jean par le grand-maître Marc-Antoine Zondodari, le 13 juin 1720, et prit possession par procureur le 26 juillet suivant. 27L évêché de Malte étant venu à vaquer en 1727, le grand-maître Antoine-Manuel de Villhena, dont il était secrétaire en chef et qui l’avait employé en diverses négociations importantes auprès du vice-roi de Sicile, le porta, de concert avec le grand-conseil de l’Ordre, en tête de la liste des trois sujets qu’ils devaient présenter à l’empereur Charles VI, à qui appartenait en ce moment la nomination comme roi de Sicile. Il fut nommé en effet par ce monarque le 15 octobre de la même année, et le pape Benoît XIII, fit en personne la cérémonie de son sacre dans la chapelle de Saint-Pie au Vatican, le 14 mars 1728, le décorant le même jour du titre de prélat domestique et d’assistant au trône pontifical. 28
    Pendant près de trente ans qu’il gouverna le diocèse de Malte, il ne cessa de donner l’exemple de toutes les vertus. Il fit bâtir à ses dépens un séminaire qu’il dota de fonds suffisants pour élever et entretenir gratuitement vingt jeunes ecclésiastiques pauvres et y attacha une riche bibliothèque. C’est lui qui fit accorder par le pape aux chanoines du chapitre de Malte en 1749, le droit d’assister aux offices de la cathédrale avec la croix pectorale et la mitre. Il mourut dans son palais épiscopal le 20 avril 1757, et fut inhumé dans la chapelle souterraine de son église destinée à la sépulture des évêques. Le pape Benoît XIV, l’avait nommé archevêque de Damiete in partibuset se proposait, dit-on, de le décorer de la pourpre romaine lorsque la mort enleva l’évêque avec lequel il était lié d’une étroite amitié. 29 Celui-ci s’était démis, depuis le mois de juin 1729, du prieuré de Saint-Jean d’Aix, dont l’historien moderne de cette église le fait jouir jusqu’en 1754, on ne sait sur quel fondement.
  29. JEAN-MELCHIOR ALPHERAN, frère du précédent, né à Aix le 5 mai 1690, fut nommé prieur de Saint-Jean le 3 juillet 1729, par le grand-maître Antoine-Manuel de Villhena, et prit possession le 25 août suivant. 30Il eut à soutenir contre M. de Brancas, archevêque d’Aix, relativement à l’administration des sacrements dans son église, des démêlés dont on trouve une analyse dans les mémoires du clergé. 31Convaincu du néant de la vie humaine et de la vanité des grandeurs de ce monde, il résolut de se retirer dans la maison de Sept-Fonts, abbaye de l’ordre de Cîteaux, à quelques lieues de Moulins en Bourbonnais, célèbre par l’austérité de la règle qu’on y observait. Il y fit un premier voyage en 1740, et y retourna quatre ans plus tard pour y prendre l’habit qu’il revêtit en effet le 21 novembre 1743. Une lettre qu’il écrivit à sa famille le même jour pour lui faire connaître sa dernière résolution, est signée F. Joseph, prieur d’Aix, novice à Sept-Fonts, et ajoute par P. S.: M. l’abbé m’a donné ce nom à cause de son prédécesseur qui le portait.
    En 1750, il fut nommé prieur de cette sainte maison et au mois de mars 1755, l’abbé de Sept-Fonts était mort, le roi Louis XV nomma le frère Joseph pour lui succéder. Enfin, après une pénitence des plus rigides pendant environ quatorze ans, il mourut sur la cendre, en odeur de sainteté, le 11 août 1757, quelques mois après l’évêque de Malte son frère. Tel fut le saint personnage que l’historien moderne de Saint-Jean n’a pas même nommé dans son prétendu catalogue des prieurs de cette église.
    En quittant pour toujours sa ville natale, il avait passé par Rognes dont il avait été longtemps curé dans sa jeunesse et où il avait fait tant de bien pendant la peste de 1720 et 1721, et il avait déposé dans l’église paroissiale de ce lieu, une lampe en argent autour de laquelle on lisait cette inscription : ad dirigendos pedes nostros in viam pacis32 Nous ignorons ce qu’est devenue cette lampe. Dès le jour où il eut terminé son noviciat à Sept-Fonts, le frère Joseph avait envoyé à Malte sa démission du prieuré de Saint-Jean que le grand-maître Emmanuel Pinto, conféra, le 28 décembre 1744, au frère suivant.
  30. JEAN-BAPTISTE DE VIGUIER, ancien religieux Augustin de la maison d’Aix, d’une noble et ancienne famille d’Arles où il était né le 18 mars 1707. Il était frère du commandeur Paul-Antoine de Viguier, célèbre dans l’Ordre pour avoir découvert, en 1749, la conspiration ourdie par Mustapha, pacha de Rhodes, tendant à égorger le grand-maître ainsi que tous les chevaliers et à s’emparer de Malte où ce pacha était prisonnier. Le prieur de Viguier prit possession le 3 juin 1745, 33et ayant été appelé à Malte environ vingt-cinq ans plus tard, il y mourut au mois d’août 1773, ne laissant dans Aix que le souvenir de la reconstruction de la pointe du clocher que la foudre avait abattue en 1754, ainsi que nous l’avons dit plus haut. Le grand-maître François Ximenès de Texade, nomma pour lui succéder, le 23 du même mois d’août
  31. JOSEPH-FELIX ALPHERAN, cousin de Paul et de Jean-Melchior, né à Aix le 9 juillet 1720, fils de Félix, qui fut depuis dernier consul de cette ville en 1724, et petit-fils de François qui l’avait été en 1649 et 1650, après les troubles du Semestre. Il prit possession le 6 octobre 1773, 34et fut pourvu en 1782 de la commanderie de Gouts au grand-prieuré de Toulouse.
    S’étant démis du prieuré de Saint-Jean en 1788, il sortit de France quatre ans plus tard à cause des troubles et rentra peu de mois après pour se réfugier à Lyon où il se trouva pendant le fameux siége que cette ville soutint contre les républicains en 1793. Il se retira lors de la catastrophe du 18 fructidor, en Toscane, d’où il revint à Aix à la fin de 1801, et il y mourut le 11 février 1806. C’est lui qui avait donné à son église le grand tableau qu’on y voit encore, représentant la descente de croix, bonne copie du Barroche, qu’il avait acheté des pénitents noirs de celle ville après la dissolution de cette compagnie en 1771.
  32. JEAN-FRANÇOIS ALPHERAN, né à Aix le 29 avril 1753, neveu du précédent, lui fut donné pour successeur par le grand-maître Emmanuel de Rohan, le 26 août 1788, et prit possession le 1er décembre suivant. 35A la fin de février 1792, voyant ses jours menacés, il passa à Nice, de là à Tarin, puis en Toscane et en Angleterre, et enfin à Malte où il se trouvait, au mois de juin 1798, lors de la prise de cette île par le général Bonaparte. Proscrit en France comme émigré et comme frère de deux émigrés, 36l’un desquels était mort l’année précédente sous les drapeaux du prince de Condé ; dénué de toute ressource par l’anéantissement de son Ordre ; entraîné d’ailleurs par l’exemple de quelques amis intimes, 37 il ne vit de salut pour lui que dans les rangs de l’armée française qu’il suivit en Egypte, 38 avec le général du Muy son compatriote. Celui-ci étant retourné en Europe, le prieur Alpheran fut placé dans l’état-major du général Menou qui devint bientôt après général en chef de l’armée d’Egypte. Il rentra avec lui en France à la fin de l’année 1801. De puissantes protections auprès du général Bonaparte, alors premier consul, auraient pu lui faire obtenir un des évêchés nouvellement créés en vertu du Concordat conclu avec le pape Pie VII ; mais il se refusa à toute espèce de démarches, opposant ainsi aux détracteurs de sa conduite, un désintéressement noble et franc que tous ne surent pas imiter. Après quelques années de séjour à Paris et à Turin, il fit un dernier voyage à Aix, et y mourut le 5 octobre 1808.

On sait qu’après la prise de Malte par les Français, l’empereur de Russie Paul 1er, mit les débris de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem sous sa protection et s’en déclara grand-maître. Il fut dit dans le temps que, considérant le prieuré de Saint-Jean d’Aix comme vacant par la retraite du prieur Alpheran en Egypte, le nouveau grand-maître en avait conféré le titre à frère Auguste Bonnet de la Beaume, natif d’Aix, ancien conseiller-clerc au parlement de Provence, alors émigré, qui s’était fait affilier à l’Ordre. Faute de documents précis, nous n’affirmerons rien à cet égard ; mais nous rappellerons que depuis l’époque de la restauration en 1814, jusqu’à la mort de l’abbé de la Beaume, arrivée à Aix à la fin de janvier 1820, celui-ci, devenu chanoine de Saint-Sauveur, a porté publiquement la décoration de l’ordre de Malte et a étalé sur sa voiture l’écu de ses armes entouré du cordon de cet Ordre, sans y ajouter néanmoins la mitre et la crosse en cimier, comme il aurait pu le faire en qualité de prieur de Saint-Jean. Ainsi, doit-on le compter au nombre des prieurs, ou non ? Nous en laissons le choix à nos lecteurs, en leur faisant observer seulement que ce n’eût été pour lui qu’un titre sans attributs, l’église de Saint-Jean ayant cessé d’appartenir à l’ordre de Malte depuis 1792.

 

1 Cette chronologie, dressée par le prieur Anne de Naberat sur les titres du prieuré, fut par lui jointe au procès-verbal de la visite faite en 1613, dont nous avons parlé ci-dessus. Le prieur Viany la communiqua, un siècle plus tard, à son ami P. J. de Haitze qui l’a insérée, suivant l’ordre des dates, dans son Histoire d’Aix demeurée manuscrite. Il est vraiment surprenant que l’historien moderne de Saint-Jean n’ait su la voir là ni là, lui qui cite si souvent les archives du prieuré et l’ouvrage de de Haitze, dans sa Notice historique et archéologique imprimée au tom. V des Mém. de l’acad. d’Aix. Nous avons relevé dans le prétendu catalogue qui suit cette notice et qui comprend vingt-trois lignes seulement, l’omission de treize prieurs, la supposition de trois autres, la transposition d’un autre et une douzaine de dates fausses, ainsi que nous l’écrivîmes, le 10 septembre 1845, à l’éditeur du Mémorial d’Aix, qui inséra notre lettre dans sa feuille du lendemain 11 septembre. Il fut tiré de cette lettre quelques exemplaires séparés que nous distribuâmes à nos amis, uniquement, nous le répétons, par amour et dans l’intérêt de la vérité historique fortement compromise par la publication faite sous le patronage d’un corps savant et respectable, d’un travail rempli d’anachronismes au milieu d’une foule de passages vraiment dignes d’éloges, nous le répétons aussi, dut encore l’auteur répéter de son côté que nous amusons le public par nos petitesses. La chronologie de Naberat s’arrête à 1615 ; nous l’avons continuée jusqu’à la suppression du prieuré, en 1792. Retour

2 Reg. intitulé Vita de Naberat fol. 100 et 101. Retour

3 Registre de Guillaume Ripert, notaire d’Aix, année 1333. Retour

4 Voyez ci-dessus, pag. 306 et suivRetour

5 Cette qualification lui est donnée dans le testament de Michel Picard , reçu le 22 avril 1405, par Jean de Turribus, notaire d’Aix Archives du Prieuré, sac R, n° 42. Retour

6 Voyez ci-dessus, pag. 310Retour

7 Voyez ci-dessus, pag. 320Retour

8 Voyez notre 1er vol. pag. 20 et 21Retour

9 Ces bulles, conservées aux archives du prieuré, sac EE n° 23, furent découvertes par le prieur Viany, longtemps après la mort de Naberat. Retour

10 Voyez ci-dessus ce qui est dit de la transaction passée entre le commandeur de Pontevès et le prieur de Ronchinol, au sujet du partage des biens de la commanderie d’Aix. Retour

11 Raybaud, Hist. du grand-prieuré de Saint-Gilles, tom. 1er, pag. 418. Retour

12 Voyez ci-dessus, pag. 317, ce qui est dit au sujet de ce tombeau qui, lors de sa translation dans la chapelle du transsept du sud, fut dépécé en plusieurs pièces. Les deux inscriptions rapportées dans le tom. V des Mém.. de l’Acad. d’Aix, pag. 242 et 268, n’en formaient qu’une sur l’un des fragments de laquelle on lit encore le mot prior appliqué à Valentin Dubois, et que l’historien moderne a cru pouvoir interpréter par priores qu’il applique ainsi tant à Valentin qu’à Géraud-Dubois, et c’est sur ce fondement, seul qu’il fait de celui-ci un prieur, contre toute vérité. Retour

13 Raybaud, Hist. du grand-prieuré de Saint-Gilles, tom. 1er , pag. 471. Retour

14 Archives, sac Z, n° 18. Retour

15 Archives du prieuré et mémoires imprimés du prieur Viany, contre le commandeur de Merles-Beauchamp. Retour

16 Voici la liste de ses ouvrages imprimés :
Advertissements chrestiens et politiques, recueillis de divers autheurs anciens et modernes, par F. A. de Naberat, commandeur de Ville-Jésus, prieur de Saint-Jean d’Aix et de Saint-Chartrier, conseiller et aumosnier ordinaire du roi. Aix, Tholosan, 1610, in-16.
Instruction pour faire les preuves de noblesse des chevaliers de Malte, la forme de donner l’habit, et faire les ameillorissements de leurs commanderies, colligée par F. A. de Naberat, etc. Aix,Tholosan, 1610, in-16. Se relie avec le précédent.
Malte suppliante aux pieds du roi, contre un mémoire pour la réunion de la grande-maîtrise à la couronne, par frère Anne de Naberat, conseiller aumosnier servant la reine, 1627, in-4°, sans nom de lieu (mais à Aix, chez Etienne David, gendre de Tholosan, ce qui se prouve par le papier et les caractères employés).
Sommaire des privilégies octroyés à l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, par F. A. de Naberat, avec les portraits des grands-maîtres. Paris, 1630, in-f° -Ce sommaire se trouve aussi à la suite de l’Histoire des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, traduite de l’Italien, de Bosio, par Boissat, avec les annotations de Baudoin, Paris, Soly, 1629, in-f° – On le trouve encore avec Malte suppliante et l’Instruction pour les preuves, etc., à la suite de l’Histoire des chevaliers, par Bosio, avec les annotations de Baudoin, Paris, 1643, in-f°. Retour

17 Cet acte, reçu à la date du 21 février 1630, par Jean-Gaspard Jaubert, notaire à Rians, nous a été communiqué avec beaucoup de politesse par M. Pailheiret, notaire dudit Rians, propriétaire actuel de la minute. Boniface Alpheran, notaire d’Aix, réfugié à Esparron de Pallières, attendu la contagion, y intervient comme procureur-fondé du prieur Pellegrin, alors à Malte, duquel il déclare ne pouvoir représenter les titres qui sont à Aix dans sa maison où la peste l’empêche d’aller les chercher ; et sur cet exposé le chevalier frère François d’Agoult-Seillon, met ledit Pellegrin en possession de son prieuré. Retour

18 PJ. de Haitze, Hist. d’Aix, manuscrite, liv. XVIII, § 19. Retour

19 Robert de Briançon, Etat de la Prov., etc., tom. 1er, pag. 385 ; -Maynier, Hist. de la principale nobl. de Prov., 1ère part., pag. 74 ; – Artefeuil, Hist. hér. et univ. de la nobl. de Prov., tom. 1er, pag. 138 ; – Barcilon de Mauvans. Critiq. du nobil. de Prov., mss., au mot BerreRetour

20 Tome III ou Supplém. au nobil. de Provence d’Artefeuil au mot Chailan, pag. 122, branche de Villevieille. Retour

21 P-J. de Haitze, Hist. d’Aix, manuscrite, liv. XXII, § 25. Retour

22 Sa mère s’appelait Louise de Albis et non Balbi, comme le dit l’historien moderne de Saint-Jean, pag. 264 du tom. V des Mémoires de l’Acad. d’Aix. La première femme de l’avocat Jacques Viany, mère du grand-prieur, se nommait Anne Vanel. Retour

23 Archives du Prieuré, sac DD, n° 30 et 31. Retour

24 P.-J. de Haitze, Hist. d’Aix, manuscrite, liv. XXII, § 28. Retour

25 Archives du Prieuré. Retour

26 C’est à tort que l’historien moderne de Saint-Jean le fait mourir à Malte (tom. V des Mém. de l’acad. d’Aix, pag. 293). Il fut enterré dans son église de Saint-Jean, au pied du maître-autel, et sur sa tombe fut placée une inscription sépulcrale que chacun a vue ou pu voir jusqu’en 1835, époque à laquelle elle fut recouverte par le nouveau pavé du chœur de l’église en carreaux de marbres gris et blanc. Cette épitaphe est rapportée d’ailleurs dans le manuscrit du P. Moulin, conservé à la bibliothèque Méjanes, où l’auteur dont nous parlons a puisé toutes les inscriptions qu’il a copiées dans sa notice et où il a dû voir celle-ci. – Les ouvrages imprimés du prieur Viany ne sont, en général, que des pièces fugitives en vers et quelques discours en prose aux ducs de Bourgogne et de Berri, au roi d’Espagne Philippe V, etc. Retour

27 Acte reçu ledit jour par Michel Jean, notaire à Aix, et non par Me Thibaud, comme il est dit par erreur au tom. V des Mém. de l’acad. d’Aix, pag. 295. Retour

28 Notice des Provençaux qui ont été élevés à l’épiscopat, par le P. Bicaïs, de l’Oratoire, mss. de la biblioth. Méjanes, pag. 334, où l’on trouve l’éloge de cet évêque. On ne peut dissimuler toutefois qu’il fut accusé d’ostentation et de vanité, plus qu’il ne convenait à son état. Le jour de son sacre, dans sa première lettre pastorale adressée à ses diocésains (datum Romae extra portam Flaminiam 14 martii M DCC XXVIII), il prit pour surnom le nom de Bussan, qui était celui de sa quatrième aïeule (*) et le fit prendre à son frère aîné Claude, ennobli quelques années auparavant. Les descendants de celui-ci l’ont porté constamment depuis lors et le portent encore de nos jours, en mémoire de cet illustre prélat. Ce dernier jouissait en sus de l’évêché de Malte, de la commanderie de Vahours, l’une des plus importantes de l’Ordre au grand-prieuré de Saint-Gilles, et de celle de Gabre et Capoulet au grand-prieuré de Toulouse, ce qui lui procurait des revenus très considérables dont il faisait un noble emploi, source peut-être de la jalousie que son élévation avait suscitée contre lui parmi les autres chapelains. -Voyez aussi les savants et curieux manuscrits du chevalier Louis de Boisgelin, concernant l’ordre de Malte, déposés à la bibliothèque Méjanes à Aix, par le chevalier Joseph de Boisgelin, neveu de l’auteur. Retour

29 Nous sommes redevable à M. le chevalier Miége, ancien consul de France à Malte, auteur d’une excellente histoire de cette île (**), aujourd’hui agent des affaires étrangères à Marseille, d’une foule de documents dont nous n’avions aucune connaissance sur les monuments élevés à Malte par l’évêque Paul Alpheran, les diverses inscriptions qui y existent encore en son honneur ou celui du grand-prieur de l’église, son oncle, etc., notamment sur un ancien cimetière de l’île du Goze où cet évêque pensait qu’avaient été enterrés une partie des compagnons de Saint-Louis, après la seconde croisade de ce prince en 1270. M. Miége a eu l’extrême obligeance d’en écrire à deux de ses amis, M. le chevalier Augustin Portelli, membre du conseil du gouvernement à Malte, et M. César Vassallo, bibliothécaire de cette ville, qui, à sa recommandation, nous ont fourni, avec toute l’honnêteté possible, les détails les plus étendus et même de très beaux dessins touchant ce cimetière du Goze dont parlent le comte de Borch et Ciantar dans les ouvrages que nous citons ci-dessous (***) .Nous nous proposons de donner un jour au public, si Dieu nous prête vie, une notice sur ce curieux monument absolument inconnu en France, et nous y exprimerons mieux que nous ne pouvons le faire ici, les sentiments de vive reconnaissance et de haute estime dont nous sommes pénétré envers lesdits MM. Miége, Portelli et Vassallo.

* Voyez notre 1er vol., pag. 471, 472 et 474.
** Histoire de Malte, par M. Miége, ancien consul de France à Malte, etc., Paris, 1840, 3 vol., in-8°.
*** Lettres sur la Sicile et sur l’île de Malte, par M. le comte de Borch, écrites en 1777 ; Turin, 1782, 2 vol. in-8°, tom. II, p. 10 et 11. – Malta illustrata, ovvero descrizione di Malta, etc., del Commandatore Giovanno Francisco Abela, correta,accresciutta et continovata dal conte Giovanno Antounio Ciantar. etc. Malta, 1772, in-f° Lib. I. not. X, pag. 358, et tav. XVIII. Retour

30 Acte reçu ledit jour par Thibaud, notaire à Aix. Retour

31 Recueil des Actes, titres et mémoires concernant les affaires du clergé de France, ou table raisonnée, formant le tom. XVI ; 2e partie, pag. 117.- Mais dans le procès-verbal de visite du prieuré d’Aix, du 30 décembre 1776, on voit que l’archevêque fut condamné par arrêt du conseil du roi, du 30 janvier 1760, et autre arrêt de défaut du 8 août 1761, signifié et devenu définitif faute d’opposition, portant qu’il y a abus dans l’ordonnance de l’archevêque, en ce qui touche les églises, chapelles et oratoires de l’ordre de Malte. Retour

32 Cantiq. de ZacharRetour

33 Acte reçu ledit jour, par Rambot, notaire à Aix. Retour

34 Acte reçu ledit jour, par Rambot, notaire à Aix. Retour

35 Acte reçu ledit jour, par Jean-Boniface Bremond, notaire à Aix. L’historien moderne de Saint-Jean dit (pag. 300) que le prieur Joseph-Félix Alpheran résigna son bénéfice en faveur de son neveu Jean-François. C’est encore une erreur. Dans l’ordre de Malte, les commanderies, prieurés et autres bénéfices ne pouvaient pas être résignés. Quand ils devenaient vacants, ce qui ne pouvait arriver que par mort, démission ou destitution du titulaire, il était pourvu au remplacement de celui-ci suivant les règles établies dans l’Ordre. Retour

36 François-Nicolas-Boniface Alpheran, avocat, assesseur d’Aix, procureur du pays de Provence en 1781 et 1782, émigré après la pendaison de M. Pascalis en 1790 ; rentré en France en 1801, mort étant professeur-directeur de l’Ecole de droit d’Aix, en juillet 1808 ; et François-Laurent-Félix Alpheran, officier au régiment de Soissonnais, chevalier de Saint-Louis mort à Venise en 1797 l’un et l’autre enfants, comme le prieur Jean- François, de François, ancien garde du corps du roi Louis XV, etc. Retour

37 Les chevaliers de Lascaris, d’Auray de St-Pois, de Brizon du Roure, de Cheffontaine, de Barras, etc. Retour

38 Voyez les ouvrages du chevalier de Boisgelin et du vicomte de Villeneuve- Bargemont, cités ci-dessus, pag. 135, not. 1 ; et pour le général du Muy, voy. Pag. 64 et la même 135. Retour

 

Les Rues d’Aix – Chronologie des prieurs de Saint Jean
Les Rues d’Aix ou recherches historiques sur l’ancienne capitale de Provence
par Roux-Alpheran en 2 tomes 1848 et 1851

 

https://laixois.fr/les-rues-d-aix-chronologie/

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Ambroise-Thomas Roux-Alphéran

Ambroise Thomas Roux-Alphéran, né le 29 décembre 1776 à Aix-en-Provence où il est mort le 8 février 1858, est un historien français et greffier à la cour d’Aix-en-Provence pendant la Restauration. Son œuvre principale, Les Rues d’Aix, publiée en 1846-1848, est considérée comme une référence sur l’histoire d’Aix-en-Provence.

Roux-Alpheran

Biographie

Fils de Jean-Baptiste Roux, avocat au parlement, secrétaire et greffier de la viguerie, et de Gabrielle d’Alphéran, il fait ses études au collège Bourbon puis à la faculté de droit d’Aix. Époux en 1801 de Marie Anne Antoinette Renoux, il entreprend la carrière d’avocat malgré une forte timidité qui l’entrave dans l’exercice de sa profession. Il décide donc de rentrer dans l’administration et devient secrétaire en chef de la mairie d’Aix en 1807, poste qu’il conserve jusqu’en 1815, date du retour de Louis XVIII. Grâce au soutien de député, il est nommé greffier en chef de la cour royale d’Aix jusqu’en 1830. Du 11 février 1808 à 1830, il exerce la fonction de membre de l’Académie des sciences, agriculture, arts et belles-lettres d’Aix et, de 1821 à 1830, celle de conseiller municipal. Il démissionne de tous les postes qu’il occupe en 1830 pour mieux se consacrer à sa passion : l’histoire.

En 1840, il reprend ses fonctions à l’Académie, est nommé greffier en chef de la cour royale d’Aix et entre, l’année suivante, à la Commission d’archéologie. Lorsque Louis-Philippe prend le pouvoir, il démissionne et s’adonne à l’étude et l’écriture de l’histoire d’Aix-en-Provence.

Par ordonnance royal du 20 septembre 1814, Ambroise Roux, fut autorisé à joindre à son nom, celui de sa mère, pour devenir Roux-Alphéran.

Il meurt le 8 février 1858, à l’âge de 82 ans, sans avoir obtenu aucune distinction pour son œuvre. Ce n’est qu’après sa mort qu’une rue du quartier Mazarin, la rue Longue-Saint-Jean, reçoit le nom de rue Roux-Alphéran, qu’elle porte toujours. Roux-Alphéran avait occupé, durant une partie de sa vie, une maison au n°9.

 

Œuvres et thèmes

Les historiens lui attribuent un gros manuscrit anonyme rédigé pendant les années sanglantes de la Terreur Blanche à Aix en Provence (1795-1798). Titré Journal historique de tout ce qui s’est passé de remarquable dans Aix, depuis le dimanche 26 avril 1795 jusqu’au dimanche 31 décembre 1797, pour servir à rédiger des mémoires, ce manuscrit raconte d’un point de vue royaliste les années mouvementées du Directoire à Aix.

En 1846-1848, il publie Les Rues d’Aix. Ses nombreuses œuvres sont conservées à la bibliothèque Méjanes, à Aix.
En 2013, Aix sous la Terreur vient d’être édité en deux tomes par les éditions Desbaumes, d’après les archives de la bibliothèque Méjanes d’Aix-en-Provence.

 

 

ECRIVAIN FRANÇAIS, GEORGES DUBY (1919-1996), HISTORIEN FRANÇAIS, LIVRES

L’historien Georges Duby (1919-1996)

Georges Duby

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Georges Duby (né le 7 octobre 1919 à Paris et mort le 3 décembre 1996 au Tholonet) est un historien français. Spécialiste du Moyen Âge, il est professeur au Collège de France de 1970 à 1991.

 

Biographie

 Famille et études

Georges Michel Claude André Duby est issu d’une famille d’artisans parisiens. Son père était teinturier et travaillait notamment pour le cinéma.

Il fait ses études secondaires à Mâcon et est lauréat du Concours général de dessin. Il fait ensuite des études supérieures d’histoire et de géographie à la faculté de lettres de Lyon et est reçu 9e (sur 12) à l’agrégation d’histoire et géographie en 1942.

 Carrière universitaire

Il commence sa carrière dans l’enseignement secondaire, puis est nommé assistant à la Faculté de lettres de l’université de Lyon à la Libération, enseigne quelque temps à Besançon, puis obtient la chaire d’histoire du Moyen Âge à la Faculté de lettres d’Aix-en-Provence en 1951. Il se fixe alors dans cette région.

Le samedi 21 juin 1952, Georges Duby soutient à la Sorbonne sa thèse de doctorat ès lettres, réalisée sous la direction de Charles-Edmond Perrin et intitulée La Société aux xie et xiie siècles dans la région mâconnaise (thèse qui sera ensuite publiée en 1953) ; sa thèse complémentaire étudie Les pancartes de l’abbaye cistercienne de la Ferté-sur-Grosne, 1113-1178. Outre Perrin, le jury est composé de Robert Fawtier et Pierre Petot, respectivement professeur d’histoire médiévale à la Sorbonne et professeur d’histoire du droit à la Faculté de droit de Paris. Dans sa thèse, Duby utilise la masse considérable des documents de l’abbaye de Cluny pour expliquer « à fond » un espace particulier, le Mâconnais, reprenant l’exemple des monographies régionales produites alors par l’école géographique française

En 1970, il est élu à la chaire d’histoire des sociétés médiévales du Collège de France, qu’il occupe jusqu’en 1991.

Les archives (manuscrits et tapuscrits) qu’il a constituées au cours de sa carrière sont réunies dans le « fonds Duby » déposé pour l’essentiel par sa veuve Andrée Duby depuis 20035 à l’Institut mémoires de l’édition contemporaine. Madame Andrée Duby est décédée le 19 août 2016 à l’âge de 96 ans.

 

Distinctions et hommages

Les honneurs officiels récompensent son enseignement et ses nombreuses publications, dont le rayonnement dépasse très largement le cercle des spécialistes.

En 1974, il est élu membre ordinaire de l’Académie des inscriptions et belles-lettres. Le 18 juin 1987, il est élu à l’Académie française, où il succède à Marcel Arland au 26è  fauteuil. Il est reçu sous la Coupole en 1988 par Alain Peyrefitte. La cérémonie est filmée intégralement par la télévision française et diffusée par la chaîne FR3.  Il fut également membre étranger de la British Academy, de la Royal Historical Society, de la Medieval Academy of America, de la Société américaine de philosophie, de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, de l’Accademia nazionale dei Lincei, de l’Académie royale espagnole, de l’Académie hongroise des sciences et de l’Academia Europaea.

En 1973, il est récompensé par le Prix des Ambassadeurs pour son livre Le dimanche de Bouvines. En 1977, il est aussi lauréat du Grand prix Gobert de l’Académie française pour son livre Le temps des cathédrales.

Apport à l’histoire du Moyen Âge

Georges Duby a su dès le début de sa carrière renouveler la perception du Moyen Âge en adoptant des points de vue originaux. Sa rencontre avec la géographie est importante dans sa formation d’historien. Elle est alors, à la fin des années 1940, selon ses mots, une discipline où l’on est « le plus attentif à ce qui se produisait de plus neuf parmi les sciences de l’homme ». Cette filiation (André Allix, Roger Dion) l’amène à étudier l’histoire médiévale, mais, plus encore, à prendre en compte les paysages et les sociétés rurales de cette époque.

Plus particulièrement spécialiste des Xè, XIè, XIIè et XIIIè siècles en Europe occidentales, Duby contribue tout au long de ses ouvrages à renouveler les méthodes et les objets de la discipline historique. Auteur de vastes études (Guerriers et Paysans en 1973, L’Europe au Moyen Âge en 1979), il pousse encore plus loin ses recherches sur la société médiévale en reprenant la célèbre trifonctionnalité de Georges Dumézil (Les Trois Ordres ou l’Imaginaire du féodalisme en 1978), tout en renouvelant l’archétype de l’événement historique dans un livre aujourd’hui célèbre par le paradoxe apparent qu’il affirme dans son titre : Le Dimanche de Bouvines, sur la Bataille de Bouvines, publié en 1973, est une célébration de l’événement, certes, mais surtout une analyse magistrale de son environnement et de ses conséquences.

Grand admirateur de Fernand Braudel, il appartient cependant à la troisième génération d’historiens de l’école des Annales, fondée en 1929 par Marc Bloch et par Lucien Febvre, notamment par ses apports à l’histoire des mentalités, constitutive de cette troisième génération.

Outre son intérêt non démenti pour la géographie relevé plus haut, Georges Duby s’illustre également par sa maîtrise de la langue française et par des apparitions à la télévision, dans le cadre d’émissions de vulgarisation inspirées par ses écrits, comme Le Temps des cathédrales (1976), ou dans le cadre de débats. Il a été président de la chaîne de télévision Arte France depuis sa création en 1986 jusqu’en 1989.

Georges Duby a beaucoup apporté au renouvellement de la compréhension de l’Histoire grâce au concept de représentation mentale. Avec d’autres penseurs, comme Marc Augé en anthropologie, il a reconnu et explicité la fonction de la représentation dans la constitution des ordres et des rapports sociaux, l’orientation des comportements collectifs et la transformation du monde social. À propos de l’imaginaire de la féodalité, Georges Duby parle de la représentation comme « membrure », « structure latente », « image simple » de l’organisation sociale assurant le passage vers différents systèmes symboliques.

 

Œuvres (sélection)

Note : une liste exhaustive des œuvres de Duby est disponible sur le site de l’Académie française

 Ouvrages universitaires

La Société aux xie et xiie siècles dans la région mâconnaise, Paris, Éditions de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, 1953. Thèse de doctorat d’État.

L’Économie rurale et la vie des campagnes dans l’Occident médiéval, Paris, Aubier, 1962, 2 volumes.

Hommes et structures du Moyen Âge, Paris, Mouton, 1973; rééd. en deux volumes : Seigneurs et Paysans et La Société chevaleresque, Paris, Flammarion, 1988.

Guerriers et Paysans, viiexiie siècles : premier essor de l’économie européenne, Paris, Gallimard, 1973.

Les Trois Ordres ou L’Imaginaire du féodalisme, Paris, Gallimard, 1978

Le Chevalier, la Femme et le Prêtre : le mariage dans la France féodale, Paris, Hachette, 1981

Guillaume le Maréchal ou Le meilleur chevalier du monde, Paris, Fayard, 1984 Biographie de Guillaume le Maréchal, qui s’élève dans la hiérarchie féodale par ses dons jusqu’à devenir l’un des hommes les plus puissants du royaume d’Angleterre.

Mâle Moyen Âge : de l’amour et autres essais, Paris, Flammarion, 1988, réédition de 2010,

Dames du xiie siècle, Paris, Gallimard, 1995-1996, 3 volumes:

  1. Héloïse, Aliénor, Iseut et quelques autres
  2. Le souvenir des aïeules

III. Ève et les prêtres

Les Femmes et le pouvoir au xiie siècle, conférence donnée au Collège de France le 17 février 1994, CD audio, Houilles, Le Livre qui parle, 2009.

 

Ouvrages grand public

L’An mil, Paris, col. « Archives », Julliard, 1967 (rééd. Gallimard, 1980

Le Dimanche de Bouvines (27 juillet 1214), Gallimard « Trente journées qui ont fait la France », Paris, Gallimard, 1973 Duby y montre qu’un historien des Annales peut aussi, à l’occasion, traiter d’un événement : la bataille de Bouvines.

Avec Andrée Duby, Les procès de Jeanne d’Arc, Paris, Gallimard, 1973.

L’Europe au Moyen Âge (art roman, art gothique), Paris, Arts et Métiers Graphiques, 1981.

Histoire de l’art

Adolescence de la chrétienté occidentaleL’Europe des cathédrales et Fondement d’un nouvel humanisme, Genève, Skira, 1966-1967, 3 volumes ; repris en un volume sous le titre Le Temps des cathédrales : l’art et la société (980–1420), Paris, Gallimard, 1976 (Grand Prix Gobert de l’Académie française 1977) (

Saint Bernard : l’art cistercien, Paris, Arts et Métiers Graphiques, 1976.

 

Compilations

Féodalité, Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 1996

L’Art et la société. Moyen Âge – XX siècle, Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 2002

Œuvres, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2019

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 Participation à des ouvrages collectifs

(dir.) Atlas historique, Paris, Larousse, 1978. Nombreuses rééditions revues et augmentées.

Avec Robert Mandrou, Histoire de la civilisation française, Paris, A. Colin, 1958, 2 volumes.

(dir.) Histoire de la France, Des origines à nos jours, Paris, Larousse, 1970-1971, 3 volumes; rééd., Paris, Larousse, 2007, coll. « Bibliothèque historique »,

(codir. avec Armand Wallon) Histoire de la France rurale, Paris, Le Seuil, 1976, 4 volumes.

(dir.) Histoire de la France urbaine, Paris, Le Seuil, 1980-1985, 5 volumes

(codir. avec Philippe Ariès) Histoire de la vie privée, Paris, Le Seuil, 1985-1987, 5 volumes

(codir. avec Michelle Perrot) Histoire des femmes en Occident, Paris, Plon, 1990-1992, 5 volumes.

 Divers

Avec Guy Lardreau, Dialogues, Paris, Flammarion, 1980 (rééd. Les petits Platons, 2013

L’Histoire continue, Paris, Odile Jacob, 1991,

Mes ego-histoires (livre édité à titre posthume par Patrick Boucheron et Jacques Dalarun), Paris, Gallimard, 2015.

 

Bibliographie

Maurice Agulhon, « Duby Georges (1919-1996) » sur Encyclopædia Universalis.

Patrick Boucheron, « La lettre et la voix : aperçus sur le destin littéraire des cours de Georges Duby au Collège de France, à travers le témoignage des manuscrits conservés à l’IMEC », Le Moyen Âge, De Boeck, t. CXV,‎ 2009, p. 487-528 ).

Patrick Boucheron (dir.) et Jacques Dalarun (dir.), Georges Duby, portrait de l’historien en ses archives : colloque de la Fondation des Treilles, Paris, Gallimard, 2015, 472 p.

François Bougard, « Genèse et réception du Mâconnais de Georges Duby », Bulletin du Centre d’études médiévales d’Auxerre, no hors-série no 1 « Georges Duby »,‎ 2008

Laurent Feller, « Georges Duby et les Études d’histoire rurale », Bulletin du Centre d’études médiévales d’Auxerre, no hors-série no 1 « Georges Duby »,‎ 2008

Jean-Claude Helas, « Le vocabulaire de Georges Duby dans L’économie rurale et la vie des campagnes dans l’Occident médiéval », dans Benoît Cursente et Mireille Mousnier (dir.), Les Territoires du médiéviste, Presses universitaires de Rennes, 2005 p. 45-70.

Jacques Le Goff, « Georges Duby (1919-1996) », Cahiers de civilisation médiévale, no 158,‎ 1997 (40e année), p. 199-209 (

Florian Mazel, « Pouvoir aristocratique et Église aux xe-xie siècles : retour sur la « révolution féodale » dans l’œuvre de Georges Duby », Bulletin du Centre d’études médiévales d’Auxerre, no hors-série no 1 « Georges Duby »,‎ 2008

(en) Leah Shopkow, « Georges Duby (1919-1996) », dans Philip Daileader et Philip Whalen (dir.), French Historians, 1900-2000 : New Historical Writing in Twentieth-Century France, Chichester / Malden (Massachusetts), Wiley-Blackwell, 2010, XXX-610 p. ,  p. 180-201.

Source : Wilipédia

ECRIVAIN FRANÇAIS, HISTORIEN FRANÇAIS, JULES MICHET (1798-1874)

Jules Michelet, historien français

Jules Michelet (Paris 1798-Hyères) 1874)

Écrivain et historien français 

L’apôtre romantique220px-jules_michelet

Jules Michelet appartenait à la génération, née avec le siècle, qui devait donner au romantisme français tout son éclat. Il était de l’âge de Vigny, de Balzac, de Hugo, de Dumas, de Sand et de Sainte-Beuve. De leur commune curiosité historique il fit une passion dont la culture moderne n’a pas fini de se nourrir. S’il « ressuscita » tout le passé du peuple qui avait pris la Bastille et qui continuait d’incarner, dans la légende de l’Occident, malgré ses erreurs et ses défaites, l’espérance révolutionnaire, il enseigna aussi une philosophie de l’histoire qui devint philosophie de la vie morale et de la nature. C’est pourquoi il fut, de son vivant, l’un des maîtres spirituels de la France et de l’Europe. L’autorité de sa parole s’imposa au Collège de France, où il occupa de 1838 à 1851 une chaire d’histoire et de morale. La jeunesse des écoles applaudissait bruyamment l’apôtre romantique, dont le gouvernement de Louis-Philippe, imité par celui de « Napoléon le Petit », jugea prudent d’interdire la prédication. Dans la génération qui, en France, prit part à l’insurrection de février 1848, refusa le second Empire et fonda la IIIe République ou qui, en Roumanie, en Pologne et en Italie, servit la cause de l’indépendance nationale et de la démocratie, Michelet compta beaucoup de fervents disciples. Que de rues et d’écoles, baptisées par leurs soins, ne portent-elles pas encore son nom !

Le combattant du Collège de France souffrit, outre-tombe, du discrédit que plusieurs générations jetèrent, au nom d’une idéologie positiviste, sur le romantisme. Il fut d’autant plus contesté que les historiens qui lui succédèrent crurent que leur discipline pouvait s’approprier l’objectivité des autres sciences. Son amour du peuple lui valut d’être accusé de partialité. Il éveilla aussi des haines politiques. Maurras accabla le « vieil esclave illuminé » qui s’était fait le « théologien des droits de la multitude ». Les marxistes méprisèrent ce contemporain de l’auteur du Capital qui avait espéré la réconciliation des classes et affirmé la pérennité des nations. Mais un carré de fidèles serrait les rangs. Aux yeux d’un Péguy, d’un Proust, d’un Barrès, d’un Malraux, Michelet demeura le fondateur de la moderne « magistrature » de Clio. Un historien (et quel historien !), Lucien Febvre, le cita en exemple quand il entreprit de régénérer la science du passé. Aujourd’hui, tout un procès de réhabilitation est en cours. L’évolution même de notre culture l’a rendu possible.

Le fils de la Révolution

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Michelet apparaît d’abord, et selon sa propre volonté, comme un fils de la Révolution et du Siècle des lumières. Il vit le jour le 21 août 1798, dans une chapelle désaffectée des Filles de Saint-Chaumont, au coin de la rue de Tracy et de la rue Saint-Denis. Ardennais par sa mère, picard par son père, qui, ouvrier à l’imprimerie des assignats, avait fondé après Thermidor un modeste atelier, il eut une enfance difficile. Élevé au milieu du petit peuple de Paris, il ne fut pas, comme Vigny et beaucoup de fils de l’aristocratie ou de la bourgeoisie, ébloui par les exploits militaires de Bonaparte. Il subit les épreuves de la pauvreté : le travail rare, le froid, la faim. Son père, après avoir risqué la prison lors de la conjuration des Égaux, fut enfermé pour dettes à Sainte-Pélagie en 1808, quand la réglementation impériale de l’imprimerie raréfia la commande. Il reporta sur son fils tous ses espoirs. Il lui conta les luttes civiles auxquelles il s’était trouvé mêlé, en homme de la rue. Il lui inculqua ses convictions jacobines et même babouvistes. Non content de l’initier à son métier, il voulut lui donner une éducation intellectuelle. L’enfant commença ses humanités sous la férule de grammairiens besogneux, installés dans des mansardes. Mais il les acheva sérieusement au collège Charlemagne, malgré l’hostilité de ses condisciples, au milieu desquels il se sentit, « comme un hibou en plein jour, tout effarouché ». Rien ne lui était plus agréable, les jours de congé, que de lire « deux fois, trois fois de suite un chant de Virgile, un livre d’Horace ». Au concours général de 1816, il remporta trois prix, dont deux de latin. Bachelier en 1817, licencié ès lettres en 1818, docteur en 1819, avec une thèse sur Plutarque, il fut reçu le troisième, en 1821, au premier concours de l’agrégation.

Une philosophie de l’histoire

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Dans la profession qu’il avait choisie, Michelet voulut s’assurer un solide avenir. Nommé au collège Sainte-Barbe, il publia plusieurs manuels historiques : un Tableau chronologique de l’histoire moderne (1825), un Précis de l’histoire moderne (1828), qui devait être suivi d’un Précis d’histoire de France (1833). En 1827, il fut chargé d’enseigner l’histoire et la philosophie à l’École normale, et il devint en 1828 précepteur de la petite-fille de Louis XVIII, Louise de Berry. Cependant, il était dévoré par une prodigieuse curiosité intellectuelle, qu’il appela héroïsme de l’esprit et qu’il chercha à satisfaire par des lectures méthodiques. Héritier de Diderot et des encyclopédistes, il croyait à l’« unité de la science ». Il en traita dans un discours de distribution de prix, dont il fit une profession de foi (1825), ordonnant autour de l’homme tout le système des savoirs. Mais qui était l’homme ? Michelet emprunta aux diverses philosophies du Siècle des lumières le principe de sa vocation sociale. Plutôt qu’à la vérité que la conscience recherche dans le cogito cartésien, il s’intéressa dès lors à celle que la vie des nations pourrait manifester. Dans une telle perspective, l’histoire lui parut digne de devenir la première des sciences. Encore fallait-il la réformer. Michelet ne pouvait, en effet, s’accommoder ni de l’histoire providentialiste, qui subordonne les initiatives humaines à la volonté de Dieu, ni de l’histoire chronique, qui fait la part trop belle aux actions individualistes. Il prétendit fonder, au moment même où Comte jetait les bases de la sociologie, une histoire nouvelle, qui fût à la fois histoire des peuples et philosophie de leur histoire. Deux événements déterminèrent sa décision : la lecture de l’œuvre de Vico, Scienza nuova, qu’il traduisit en 1827, encouragé par Cousin, sous le titre de Principes de la philosophie de l’histoire et qui l’aida à mûrir ses propres projets, puis le spectacle des Trois Glorieuses, qui, confirmant la leçon des récits paternels, l’assura que « M. Tout le Monde » demeurait, sur la scène historique, le principal acteur.

Coup sur coup, Michelet publia l’Histoire romaine (1830), l’Introduction à l’histoire universelle (1831) et les deux premiers volumes de l’Histoire de France (1833). Il appliquait à l’étude des origines de Rome la méthode qu’il avait déjà éprouvée à l’École normale, en prenant pour modèles non seulement Vico, mais Creuzer et Niebuhr ; cette méthode consistait à fonder l’histoire d’un peuple sur l’interprétation de ses légendes, de son droit, de sa religion et de sa langue. Michelet esquissait dans l’Introduction une philosophie de l’histoire : toute la suite des siècles et des cultures devenait le théâtre de la lutte menée par l’homme contre la nature, par la liberté contre la fatalité ; de cette révolution permanente, de ce « Juillet éternel », le peuple français était le héros accompli. L’Histoire de France, dès lors, pouvait être mise en chantier : il s’agissait d’y illustrer, à l’aide de la méthode de l’Histoire romaine, la philosophie de l’Introduction. Chateaubriand, après avoir lu les deux premiers volumes, apprécia en connaisseur l’entreprise : « L’homme de talent qui a fait renaître Vico, observa-t-il, ne peut manquer de jeter un nouveau jour sur l’histoire de France. »

Le « théologien-peuple »

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Une « voie royale » s’ouvrait devant Michelet. Celui-ci s’y avança résolument. Il s’enorgueillit de « poser contre tous la personnalité du peuple ». Il montra comment elle maîtrise, sans la renier, l’hérédité raciale, dont Augustin Thierry avait exagéré le déterminisme. Il l’enracina dans le sol nourricier, qui finit par lui ressembler sous l’effet du travail humain, dont il porte les marques. Il la reconnut, devenue consciente d’elle-même et de son droit, dans la nation, qui, affranchie de l’idolâtrie monarchique, devient un « miracle de la fraternité ». Nulle part, elle ne lui parut plus forte qu’au niveau de la foule des simples, où l’instinct de vie, altéré par l’égoïsme dans les classes possédantes, conserve toute sa vigueur. Michelet fit donc de son Histoire de France une histoire des Français, et il lui imprima un mouvement « de bas en haut ». Il interpréta les événements, il jugea les hommes ou les institutions en se fondant, chaque fois qu’il lui était permis de le reconstituer, sur le témoignage populaire : Vox populi, vox Dei. Il sut évoquer les grands élans collectifs de l’histoire : le départ des croisés, l’audace des bâtisseurs de cathédrales, le sursaut des Jacques, le ralliement des Français autour de Jeanne, la propagation de la Réforme, le coup de force de la Bastille ou le rassemblement des fédérés. Il loua ou condamna l’Église, la féodalité, la monarchie, la République elle-même, en considérant le rôle qui leur avait été dévolu dans la vie profonde d’une nation à la recherche de son unité et de son identité. S’il admit l’autorité de héros tels que la Pucelle, il salua en eux non des surhommes, mais des individus capables de partager, en s’oubliant, les douleurs et les attentes de leurs frères. Ainsi donna-t-il à la France, dont le génie lui semblait « prosaïque », l’épopée qu’aucun de ses poètes n’avait su composer.

Cependant, l’œuvre qu’il accomplissait ne relevait pas plus, en dernière analyse, de la littérature que de la pure érudition. Du passé qu’il ressuscitait, il se sentit tenu de tirer des leçons destinées à ses contemporains. Politiques, celles-ci furent aussi et surtout religieuses. Michelet enseigna en effet une véritable foi aux enfants au siècle qui se pressaient au Collège de France et dont Musset ou Hugo avaient traduit le désarroi spirituel. En raison de son expérience historique, il s’estima mieux préparé à un pareil ministère que les utopistes saint-simoniens, fouriéristes, disciples de Cabet, accusés de « procéder par voie d’écart absolu ». Il opposa aux exercices de Loyola, qui mécanisent la vie religieuse (Des Jésuites, 1843) et aux manœuvres du confesseur, qui ruinent l’unité de la famille (Du prêtre, de la femme, de la famille, 1845), le sûr instinct des simples et la « tradition de la fraternité universelle » (le Peuple, 1846). Il data de 1789 la révélation des Temps modernes, qui avait fondé le règne de la justice, succédant à celui de la grâce ; il présenta l’Histoire de la Révolution française (1847-1853) comme un nouveau récit évangélique. Il devint, selon le mot de son gendre, Alfred Dumesnil, le « théologien-peuple ».

Au lendemain des journées de Février 1848, il ne revendiqua aucune autre fonction ; il refusa de solliciter les suffrages des électeurs ardennais et il décerna volontiers à Lamartine le titre de « premier des premiers ». Il édifia tout un plan d’éducation démocratique, auquel il tenta sans succès d’associer Béranger, et il projeta d’écrire une Bible du peuple. Quelle ne fut pas sa douleur lorsque les soldats de la République tirèrent, en juin 1848, sur les ouvriers du faubourg Saint-Antoine et sa déception lorsque les Français, aveuglés par la « manie des incarnations », plébiscitèrent Charles Louis Napoléon Bonaparte ! Après le 2-Décembre, qu’il accueillit sans surprise, il se livra à un sévère examen de conscience : « Je m’en veux du 2-Décembre, écrivit-il dans son Journal ; je le reproche et à moi et à toute la classe lettrée, écrivante ou parlante, aux gens de lettres, à la presse et au Parlement. Nous n’avons rien fait pour le peuple et nous en sommes punis […]. Entrons, s’il se peut, dans de meilleures voies. »

Michelet, afin d’entrer librement « dans de meilleures voies », refusa de prêter serment à l’empereur. Il perdit à la fois sa chaire du Collège de France et la direction de la section historique des Archives, qui lui avait été confiée en 1830. S’il ne chercha point refuge à l’étranger, comme Hugo et les républicains frappés de proscription, il s’éloigna de Paris, sa ville natale, où il ne pouvait plus supporter de vivre avec ses espoirs trompés. L’amour d’Athénaïs Mialaret (Montauban 1826-Paris 1899), une jeune institutrice qui avait l’âge de ses étudiants et qu’il avait épousée en 1849, l’aida à se ressaisir. À Nantes, entouré de Vendéens fidèles à la République, parmi lesquels se trouvait le père de Clemenceau, Michelet rédigea de juin 1852 à juillet 1853 les deux derniers tomes de l’Histoire de la Révolution française. 

Puis il reprit, sous d’autres cieux, la construction du monument de l’Histoire de France, qu’il avait interrompue en 1844 au sortir des ténèbres de la guerre de Cent Ans, pour annoncer plus vite la révélation de 1789. Il se fit historien de la Renaissance et de la Réforme, selon l’un des vœux les plus chers de sa jeunesse, exaucé partiellement grâce à la publication des Mémoires de Luther (1835), au moment précis où un nouvel homme s’éveillait en lui, avec des forces neuves. Une telle rencontre ne pouvait le prendre au dépourvu. Ne savait-il pas, depuis longtemps, que « ses passions » et les « généralités » de l’histoire, sous l’effet d’une singulière « alchimie morale », participaient d’une même vie, qui ne lui appartenait qu’à demi ?

La traversée des temps qui le séparaient encore de la chute de la monarchie lui fut souvent moins propice. Michelet étouffait dans les salons, au cœur des intrigues de la Cour. Mais il reprit son souffle pour accompagner les camisards dans leur refuge cévenol ou pour professer, avec le Credo du XVIIIe s., la foi que Voltaire, Diderot et Rousseau lui avaient prêchée. En 1869, l’Histoire de France achevée, il lui donna une préface à sa mesure, dans laquelle, s’adressant à sa patrie, il s’écria : « Eh bien ! ma grande France, s’il a fallu pour retrouver ta vie qu’un homme se donnât, passât et repassât tant de fois le fleuve des morts, il s’en console, te remercie encore. Et son plus grand chagrin, c’est qu’il faut te quitter ici. »

Mais le « théologien-peuple » ne pouvait se contenter de rendre à Clio son dû. Il tenta d’accomplir l’œuvre militante qu’il se reprochait d’avoir trop longtemps négligée. Il mit en chantier une « Légende d’or de la démocratie », dont il publia de 1851 à 1854 plusieurs épisodes (KosciuskoMadame Rosetti [la Roumaine], les Martyrs de la Russieles Femmes de la Révolution) et dont un autre fragment, les Soldats de la Révolution, demeura inédit. L’un des grands rêves littéraires du romantisme le hantait, celui qui inspira à Hugo la Légende des siècles : retrouver la simplicité d’une langue primitive, dont les Origines du droit français (1837) avaient catalogué les formules. Il lui dicta dans Nos fils (1869) cet aveu d’impuissance : « Si l’on ouvre mon cœur à ma mort, on lira l’idée qui m’a suivi : Comment viendront les livres populaires ? […]. O problème ! être vieux et jeune, tout à la fois, être un sage et un enfant ! J’ai roulé ces pensées toute ma vie. Elles se représentaient toujours et m’accablaient. »

À défaut d’une innocence seconde qui lui aurait évité l’« alibi » de l’art, Michelet acquit, avec les ans, une sagesse. Il la communiqua à ses disciples sous la forme d’une « philosophie religieuse du peuple ». Il enrichit et nuança l’idée qu’il s’était faite de la justice en écrivant l’Histoire de la Révolution française. Sans doute continua-t-il d’opposer radicalement le droit à la grâce. Travailleur invétéré, homme né de ses œuvres, il admirait Prométhée, dont il fit dans la Bible de l’Humanité (1864) le héros de l’« émancipation juste ». Après le 2-Décembre, il se rapprocha des socialistes, remit en cause le régime de la propriété des biens, reconnut que « le vrai point de départ démocratique » était « celui de Chaumette, Babeuf : la suffisante vie » et rappela, en dressant la table immense du Banquet (1854), le mot d’ordre des hussites : « La coupe au peuple ! » Mais quelle curieuse justice ne servait-il pas ainsi ! Elle réclamait, plutôt que le secours des armes ou des décrets, le consentement des volontés et l’union des cœurs. Elle s’appelait fraternité.

L’amour, comme matrice de toute vie sociale

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Michelet comprit qu’il lui appartenait de « réconcilier la loi et la grâce dans un vrai mariage des deux principes qui avaient alterné et combattu jusqu’ici ». Il le comprit d’autant mieux qu’il découvrait pour la première fois, au sein de son foyer, l’égalité supérieure que l’amour instaure entre deux êtres. Sa volonté, naguère si impérieuse, s’affirmait désormais dans la prévenance et le sacrifice de chaque jour. Il voulut rendre exemplaire, en la publiant, la conversion qui s’opérait au plus profond de lui-même. Il s’étonna que, dans la culture occidentale, l’amour fût dénaturé par toute une rhétorique de la grivoiserie ou du romanesque. Il appela de ses vœux « une langue nouvelle, non celle de l’innocence barbare, qui disait tout sans rougir, n’en sentant pas les profondeurs, non celle de la fière Antiquité, qui usait et abusait, méprisait l’humanité, mais celle de la tendresse moderne, qui, dans les choses du corps, sert et aime l’âme, ou plutôt ni l’âme ni le corps, mais partout l’esprit : la langue d’un Rabelais sérieux et aimant ».

Il se risqua à la parler dans l’Amour (1859), qui scandalisa autant les champions de la bienséance que Madame Bovary ou les Fleurs du mal. Il réhabilita avec la Femme (1860) et la Sorcière (1862) la victime de l’injustice, que l’idée reçue de l’inégalité des sexes avait perpétuée. S’il composait ainsi son Cantique des cantiques, ce n’était pas sans songer à la « philosophie religieuse du peuple », devenue depuis dix années la principale de ses préoccupations. La « communion d’amour », matrice de toute vie sociale, lui apparut aussi comme le modèle mystique de la Cité de l’avenir. Il relisait le Dernier Homme de Jean-Baptiste Grainville (1746-1805), y retrouvant avec gratitude « l’idée sublime et tendre que l’amour est la vie même du monde, toute sa raison d’être, que le monde ne peut mourir tant que l’homme aime encore ».

La « vie même du monde » gouvernée par l’amour, telle fut précisément la pensée généreuse que Michelet détailla dans l’Oiseau (1856), l’Insecte (1857), la Mer (1861) et la Montagne (1868). Elle ne lui était pas venue d’un coup. Le Peuple n’exaltait-il pas déjà la « tradition de la fraternité universelle », fondée par le Ramayana et le Mahabharata ? Quand le « théologien-peuple », nouveau François d’Assise, se fit l’apôtre des animaux, Taine observa justement, après avoir lu l’Oiseau : « L’auteur ne sort pas de sa carrière ; il élargit sa carrière. Il avait plaidé pour les petits, pour les simples, pour les enfants, pour le peuple. Il plaide pour les bêtes et les oiseaux. » Mais la plaidoirie de Michelet ne relevait pas de la seule éloquence. Celui-ci s’appuya en effet sur l’enseignement de Darwin et de Geoffroy Saint-Hilaire pour rapprocher les unes des autres, au nom du transformisme, toutes les créatures. Il réduisit leur infinie diversité à l’unité en adoptant l’« hypothèse de la métamorphose ». Celle-ci lui permit de soutenir que, dans l’ordre de la vie, il n’y avait « rien de grand et rien de petit » et qu’« un simple cheveu » pouvait valoir « autant, souvent plus qu’un monde ».

Michelet étendit au monde physique l’application d’une hypothèse qui, bien qu’elle lui donnât quelquefois le vertige, ne cessait de le fasciner. Il vit dans la mer le lieu privilégié des « transitions de l’universelle métamorphose », où une vie de plus en plus centralisée s’était affirmée, des amibes aux mollusques, des mollusques aux poissons, des poissons aux mammifères, sans rupture ni conflit. Il crut contempler dans le spectacle des Alpes suisses, reconstitué à l’intention des lecteurs de la Montagne, « la solidarité de la vie, la circulation de la nature, la bienveillance de ses éléments ». Il oublia, en prenant, à Acqui Terme, des bains de boue, la guerre qu’il avait déclarée à la nature dans l’Introduction à l’histoire universelle. Il adora la « nymphe universelle, la force d’amour qui semble vouloir toujours monter à nous, du fond de l’existence, nous bénir et nous ranimer ». La « gravitation vers l’unité » qu’il percevait partout lui inspira le dernier mot de sa « philosophie religieuse » : « Je ne puis me passer de Dieu » (la Femme).

Michelet, cependant, demeurait trop attentif aux luttes dans lesquelles la destinée des peuples s’accomplit pour succomber à la tentation d’une mystique plus ou moins quiétiste. En 1870, lorsque l’Allemagne, patrie des rêves de sa jeunesse, déchaîna les mauvais démons qu’elle avait couvés en son sein, son sang ne fit qu’un tour. La France devant l’Europe (1871) dénonça dans le militarisme de Bismarck une perversion du sentiment national, la folie d’une « unité sauvage, violente, indignement forcée ». La défaite de Sedan, la guerre civile de la Commune rappelèrent brutalement l’historien à ses devoirs. Il voulut comprendre les temps nouveaux qui s’annonçaient, si contraires à ses espérances. Il réussit à rédiger, malgré le rapide déclin de ses forces, trois tomes de l’Histoire du XIXe siècle (1872-1875). C’était une suite assombrie de l’Histoire de la Révolution française, le tableau d’un siècle qui, depuis peu, « regardait vers la fatalité », après avoir cru en la liberté. Le vieux lutteur mourut réconcilié avec la nature, avec la vie, avec Dieu, mais tourmenté, jusqu’à son dernier souffle, par les tragédies de l’histoire.

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Source : Encyclopédie Larousse

 

BIBLIOGRAPHIE, BIOGRAPHIES, HISTORIEN FRANÇAIS, MICHEL VOVELLE (1933-2018)

Michel Vovelle (1933-2018)

MICHEL VOVELLE (1933-2018).

 

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Michel Vovelle, né le en février 1933 à Gallardon est mort le 6 octobre 2018. C’était un historien français, notamment spécialiste de la Révolution française et successeur de Albert Soboul à la tête de l’Institut d’histoire de la Révolution française de 1981 à 1993.

 

Biographie

Origines et formation

Michel Vovelle est le fils de Gaëtan Vovelle, instituteur, partie prenante du groupe d’éducation nouvelle d’Eure et Loir.

Ancien élève de l’Ecole normale supérieure de Saint-Cloud (où il est reçu major en 1953), il obtient l’agrégation d’histoire en 1956, puis soutient un doctorat d’État à Lyon-II en 1971

  

Carrière

Les premières recherches de Michel Vovelle ne portèrent pas directement sur la Révolution française, mais sur l’anthropologie et l’histoire religieuse en France à l’époque moderne. Sa thèse, soutenue en 1971 porte en effet sur la déchristianisation en Provence et mêle une recherche archivistique sur les testaments et une approche de l’iconographie sacrée. Il entend ainsi réfléchir sur la vision du salut et de l’au-delà et sur le rapport à la mort et à la religion dans les populations provençales de l’époque moderne. Après cette « première carrière » d’historien de la mort, il s’engage dans l’histoire de la Révolution dans ses aspects religieux, s’attachant notamment au concept de déchristianisation, intégrant les acquis de l’histoire des mentalités.

Appartenant au courant marxiste, il a réhabilité dans les années 1990 le rôle de l’acteur individuel, jusque-là écrasé par les contraintes économiques et sociales. D’abord professeur d’histoire moderne à l’Université Aix-Marseille I, il devient ensuite professeur d’histoire de la Révolution française à l’Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne et, succédant à Albert Soboul, directeur de l’Institut d’Histoire de la Révolution française.. En 1983, Michel Vovelle devient président du conseil scientifique et technique du musée de la Révolution française.. Selon Michel Vovelle, la Révolution n’est « pas terminée », il s’agit d’un événement « chaud » qu’il faut « aimer » pour le comprendre. Il entremêle ainsi histoire récente, vulgarisation et histoire de la Révolution au gré de ses ouvrages, comme par exemple avec « Les Jacobins de Robespierre à Chevènement » publié en 1999 ou « La Révolution française expliquée à ma petite-fille » en 2006. Son dernier ouvrage, « La Bataille du bicentenaire de la Révolution française », peut être considéré comme un travail d’ego d’histoire et est un retour réflexif sur le moment du bicentenaire.

Michel Vovelle incarne une forme d’histoire culturelle de la Révolution qui intègre les acquis de l’histoire des mentalités (il est d’ailleurs rattaché à l’« école d’Aix »), et s’affiche comme complémentaire de l’histoire sociale.. À en juger par les prises de position qu’elle aura suscitées son œuvre aura culminé dans son histoire de la déchristianisation de l’an II. Elle a joué un rôle central dans les célébrations du bicentenaire de la Révolution en 1989 quand il présida la Commission nationale de recherche historique pour le bicentenaire de la Révolution française à la suite d’Ernest Labrousse. Dans le cadre du bicentenaire de la Révolution, au gré des changements de gouvernements, ses positions reçurent la vive opposition de la droite française ainsi que celle du courant des historiens critiques de la Révolution mené par François Furet .

  

Vie privée

Son épouse, Gabrielle Vovelle (née Cerino), une comparatiste avec qui il rédige son premier ouvrage, meurt prématurément en 1969. Il se remarie par la suite avec Monique Rebotier, géographe, disparue en 2008 ; elle joua un rôle important dans l’animation et l’organisation de la vie du cercle intellectuel que Michel Vovelle réunissait dans le cadre des préparatifs du bicentenaire.

 Engagement politique

« Communiste hétérodoxe »8, membre de la « cellule Duclos » du Parti communiste français  à partir de 1956, il soutient en 2012 Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à l’élection présidentielle.

 

Ouvrages

Vision de la mort et de l’au-delà en Provence du xve au xixe siècle d’après les autels des âmes du purgatoire, (en collaboration avec Gaby Vovelle), Paris, A. Colin, 1970.

Piété baroque et déchristianisation en Provence au xviiie siècle. Les attitudes devant la mort d’après les clauses de testaments, Paris, Seuil, 1973.

Mourir autrefois, Paris, Gallimard / Julliard, 1974 ; rééd. coll. Folio, 1990.

L’Irrésistible Ascension de Joseph Sec bourgeois d’Aix, Aix, Edisud, 1975.

La Métamorphose de la fête en Provence de 1750 à 1820, Paris, Flammarion, 1976.

Religion et Révolution : la déchristianisation de l’an II, Paris, Hachette, 1976.

La Mort et l’Occident de 1300 à nos jours, Paris, Gallimard, 1983 ; réed. 2001.

La Ville des morts, essai sur l’imaginaire collectif urbain d’après les cimetières provençaux, 1800-1980 (en collaboration avec Régis Bertrand), Marseille, Editions du CNRS, 1983.

Images et récits de la Révolution française, Paris, Messidor, 1984-1989. Direction de l’ouvrage.

Théodore Desorgues ou la désorganisation : Aix-Paris, 1763-1808, Paris, Seuil, 1985.

La Mentalité révolutionnaire : société et mentalités sous la Révolution française, Paris, Éd. sociales, 1986.

1793, la Révolution enontre l’Eglise : de la raison à l’être suprême. Paris, Complexe, 1988.

Les Aventures de la raison (entretiens avec Richard Figuier), Paris, Belfond, 1989.

1789 l’héritage et la mémoire, Privat, 1989.

De la cave au grenier, Serge Fleury Éd., Canada, 1980.

Histoires figurales : des monstres médiévaux à Wonderwoman, Paris, Usher, 1989.

La Révolution française, Paris, A. Colin, 1992-2002.

L’heure du grand passage : Chronique de la mort, coll. « Découvertes Gallimard/ Culture et société », Gallimard, 1993.

Les Âmes du purgatoire ou le travail du deuil, Paris, Gallimard, 1996.

Le Siècle des lumières, Paris, PUF, 1997.

Les Jacobins de Robespierre à Chevènement, Paris, La Découverte, 1999.

Les Républiques sœurs sous les regards de la grande nation, Paris, L’Harmattan, 2001.

Combats pour la Révolution française, Paris, La Découverte, 1993-2001.

Les Folies d’Aix ou la fin d’un monde, Éd. Le temps des cerises, Pantin, 2003.

La Révolution française expliquée à ma petite-fille, Seuil, 2006

La Bataille du bicentenaire de la Révolution française, La Découverte, 2017 

Source : Wikipedia

 

OUVRAGES A LA BIBLIOTHEQUE DIOCESAINE D’AIX ET ARLES.

 

Les aventures de la raison : entretiens avec Richard Figuier. Paris, Belfond, 1989. 190 pages.

Piété baroque et déchristianisation en Provence au XVIIIè siècle. – Paris, Le Seuil, 1978. 346 pages.

BARDET, Claude ; préface de Michel Vovelle. –  La Révolution en Provence : images & histoire. – Avignon, Editions A. Barthélémy, 1989. 99 pages.

Provence et dictions provençaux : Provençal/Français. Avec une préface de Michel Vovelle. – Paris, Rivages, 1983. 84 pages.

L’Irrésistible ascension de Joseph Sec bourgeois d’Aix. Suivi de : Quelques clefs pour la lecture des « Naïfs ». – Aix-en-Provence, Edisud, 1975. 95 pages.

La mort et l’Occident. – Paris, Gallimard, 1983. 793 pages.

RUBENSTEIN, E. ; avec une préface de Michel Vovelle. – Le jour où Jésus devint Dieu : L’ »affaire Arius » ou la grande querelle sur la divinité du Christ au dernier siècle de l’Empire romain. – Paris, La Découverte, 2001. 285 pages.

En collaboration avec Philippe BOUTRY, Philippe JOUTARD, Dominique JULIA, Claude LANGLOIS, Freddy RAPHAËL. – Du roi Très Chrétien à la laïcité républicaine : XVIII-XIXè siècle. – Paris, Le Seuil, 1991. 556 pages.

DEROBERT-RATEL, Christiane ; avec une préface de Michel Vovelle. – Institutions et vie municipale à Aix-en-Provence sous la Révolution (1789-An VIII. – Aix-en-Provence, Edisud, 1976. XII-672 pages.

La chute de la monarchie : 1787-1792. – Paris, Le Seuil, 1972. 282 pages.

Idéologies et mentalités. – Paris, Maspero, 1982. 358 pages.

http://pro.diocese.biblibre.com/cgi-bin/koha/catalogue/search.pl?q=MICHEL+VOVELLE