ECRIVAIN FRANÇAIS, GEORGES DUBY (1919-1996), HISTORIEN FRANÇAIS, LIVRES

L’historien Georges Duby (1919-1996)

Georges Duby

citations_medievales_georges_duby_historien_medieviste_moyen-age_western_representations_modernes.jpg

Georges Duby (né le 7 octobre 1919 à Paris et mort le 3 décembre 1996 au Tholonet) est un historien français. Spécialiste du Moyen Âge, il est professeur au Collège de France de 1970 à 1991.

 

Biographie

 Famille et études

Georges Michel Claude André Duby est issu d’une famille d’artisans parisiens. Son père était teinturier et travaillait notamment pour le cinéma.

Il fait ses études secondaires à Mâcon et est lauréat du Concours général de dessin. Il fait ensuite des études supérieures d’histoire et de géographie à la faculté de lettres de Lyon et est reçu 9e (sur 12) à l’agrégation d’histoire et géographie en 1942.

 Carrière universitaire

Il commence sa carrière dans l’enseignement secondaire, puis est nommé assistant à la Faculté de lettres de l’université de Lyon à la Libération, enseigne quelque temps à Besançon, puis obtient la chaire d’histoire du Moyen Âge à la Faculté de lettres d’Aix-en-Provence en 1951. Il se fixe alors dans cette région.

Le samedi 21 juin 1952, Georges Duby soutient à la Sorbonne sa thèse de doctorat ès lettres, réalisée sous la direction de Charles-Edmond Perrin et intitulée La Société aux xie et xiie siècles dans la région mâconnaise (thèse qui sera ensuite publiée en 1953) ; sa thèse complémentaire étudie Les pancartes de l’abbaye cistercienne de la Ferté-sur-Grosne, 1113-1178. Outre Perrin, le jury est composé de Robert Fawtier et Pierre Petot, respectivement professeur d’histoire médiévale à la Sorbonne et professeur d’histoire du droit à la Faculté de droit de Paris. Dans sa thèse, Duby utilise la masse considérable des documents de l’abbaye de Cluny pour expliquer « à fond » un espace particulier, le Mâconnais, reprenant l’exemple des monographies régionales produites alors par l’école géographique française

En 1970, il est élu à la chaire d’histoire des sociétés médiévales du Collège de France, qu’il occupe jusqu’en 1991.

Les archives (manuscrits et tapuscrits) qu’il a constituées au cours de sa carrière sont réunies dans le « fonds Duby » déposé pour l’essentiel par sa veuve Andrée Duby depuis 20035 à l’Institut mémoires de l’édition contemporaine. Madame Andrée Duby est décédée le 19 août 2016 à l’âge de 96 ans.

 

Distinctions et hommages

Les honneurs officiels récompensent son enseignement et ses nombreuses publications, dont le rayonnement dépasse très largement le cercle des spécialistes.

En 1974, il est élu membre ordinaire de l’Académie des inscriptions et belles-lettres. Le 18 juin 1987, il est élu à l’Académie française, où il succède à Marcel Arland au 26è  fauteuil. Il est reçu sous la Coupole en 1988 par Alain Peyrefitte. La cérémonie est filmée intégralement par la télévision française et diffusée par la chaîne FR3.  Il fut également membre étranger de la British Academy, de la Royal Historical Society, de la Medieval Academy of America, de la Société américaine de philosophie, de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, de l’Accademia nazionale dei Lincei, de l’Académie royale espagnole, de l’Académie hongroise des sciences et de l’Academia Europaea.

En 1973, il est récompensé par le Prix des Ambassadeurs pour son livre Le dimanche de Bouvines. En 1977, il est aussi lauréat du Grand prix Gobert de l’Académie française pour son livre Le temps des cathédrales.

Apport à l’histoire du Moyen Âge

Georges Duby a su dès le début de sa carrière renouveler la perception du Moyen Âge en adoptant des points de vue originaux. Sa rencontre avec la géographie est importante dans sa formation d’historien. Elle est alors, à la fin des années 1940, selon ses mots, une discipline où l’on est « le plus attentif à ce qui se produisait de plus neuf parmi les sciences de l’homme ». Cette filiation (André Allix, Roger Dion) l’amène à étudier l’histoire médiévale, mais, plus encore, à prendre en compte les paysages et les sociétés rurales de cette époque.

Plus particulièrement spécialiste des Xè, XIè, XIIè et XIIIè siècles en Europe occidentales, Duby contribue tout au long de ses ouvrages à renouveler les méthodes et les objets de la discipline historique. Auteur de vastes études (Guerriers et Paysans en 1973, L’Europe au Moyen Âge en 1979), il pousse encore plus loin ses recherches sur la société médiévale en reprenant la célèbre trifonctionnalité de Georges Dumézil (Les Trois Ordres ou l’Imaginaire du féodalisme en 1978), tout en renouvelant l’archétype de l’événement historique dans un livre aujourd’hui célèbre par le paradoxe apparent qu’il affirme dans son titre : Le Dimanche de Bouvines, sur la Bataille de Bouvines, publié en 1973, est une célébration de l’événement, certes, mais surtout une analyse magistrale de son environnement et de ses conséquences.

Grand admirateur de Fernand Braudel, il appartient cependant à la troisième génération d’historiens de l’école des Annales, fondée en 1929 par Marc Bloch et par Lucien Febvre, notamment par ses apports à l’histoire des mentalités, constitutive de cette troisième génération.

Outre son intérêt non démenti pour la géographie relevé plus haut, Georges Duby s’illustre également par sa maîtrise de la langue française et par des apparitions à la télévision, dans le cadre d’émissions de vulgarisation inspirées par ses écrits, comme Le Temps des cathédrales (1976), ou dans le cadre de débats. Il a été président de la chaîne de télévision Arte France depuis sa création en 1986 jusqu’en 1989.

Georges Duby a beaucoup apporté au renouvellement de la compréhension de l’Histoire grâce au concept de représentation mentale. Avec d’autres penseurs, comme Marc Augé en anthropologie, il a reconnu et explicité la fonction de la représentation dans la constitution des ordres et des rapports sociaux, l’orientation des comportements collectifs et la transformation du monde social. À propos de l’imaginaire de la féodalité, Georges Duby parle de la représentation comme « membrure », « structure latente », « image simple » de l’organisation sociale assurant le passage vers différents systèmes symboliques.

 

Œuvres (sélection)

Note : une liste exhaustive des œuvres de Duby est disponible sur le site de l’Académie française

 Ouvrages universitaires

La Société aux xie et xiie siècles dans la région mâconnaise, Paris, Éditions de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, 1953. Thèse de doctorat d’État.

L’Économie rurale et la vie des campagnes dans l’Occident médiéval, Paris, Aubier, 1962, 2 volumes.

Hommes et structures du Moyen Âge, Paris, Mouton, 1973; rééd. en deux volumes : Seigneurs et Paysans et La Société chevaleresque, Paris, Flammarion, 1988.

Guerriers et Paysans, viiexiie siècles : premier essor de l’économie européenne, Paris, Gallimard, 1973.

Les Trois Ordres ou L’Imaginaire du féodalisme, Paris, Gallimard, 1978

Le Chevalier, la Femme et le Prêtre : le mariage dans la France féodale, Paris, Hachette, 1981

Guillaume le Maréchal ou Le meilleur chevalier du monde, Paris, Fayard, 1984 Biographie de Guillaume le Maréchal, qui s’élève dans la hiérarchie féodale par ses dons jusqu’à devenir l’un des hommes les plus puissants du royaume d’Angleterre.

Mâle Moyen Âge : de l’amour et autres essais, Paris, Flammarion, 1988, réédition de 2010,

Dames du xiie siècle, Paris, Gallimard, 1995-1996, 3 volumes:

  1. Héloïse, Aliénor, Iseut et quelques autres
  2. Le souvenir des aïeules

III. Ève et les prêtres

Les Femmes et le pouvoir au xiie siècle, conférence donnée au Collège de France le 17 février 1994, CD audio, Houilles, Le Livre qui parle, 2009.

 

Ouvrages grand public

L’An mil, Paris, col. « Archives », Julliard, 1967 (rééd. Gallimard, 1980

Le Dimanche de Bouvines (27 juillet 1214), Gallimard « Trente journées qui ont fait la France », Paris, Gallimard, 1973 Duby y montre qu’un historien des Annales peut aussi, à l’occasion, traiter d’un événement : la bataille de Bouvines.

Avec Andrée Duby, Les procès de Jeanne d’Arc, Paris, Gallimard, 1973.

L’Europe au Moyen Âge (art roman, art gothique), Paris, Arts et Métiers Graphiques, 1981.

Histoire de l’art

Adolescence de la chrétienté occidentaleL’Europe des cathédrales et Fondement d’un nouvel humanisme, Genève, Skira, 1966-1967, 3 volumes ; repris en un volume sous le titre Le Temps des cathédrales : l’art et la société (980–1420), Paris, Gallimard, 1976 (Grand Prix Gobert de l’Académie française 1977) (

Saint Bernard : l’art cistercien, Paris, Arts et Métiers Graphiques, 1976.

 

Compilations

Féodalité, Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 1996

L’Art et la société. Moyen Âge – XX siècle, Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 2002

Œuvres, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2019

pleiade-georges-duby-premier-historien-contemporain-a-faire_4818508_1000x526

 

 Participation à des ouvrages collectifs

(dir.) Atlas historique, Paris, Larousse, 1978. Nombreuses rééditions revues et augmentées.

Avec Robert Mandrou, Histoire de la civilisation française, Paris, A. Colin, 1958, 2 volumes.

(dir.) Histoire de la France, Des origines à nos jours, Paris, Larousse, 1970-1971, 3 volumes; rééd., Paris, Larousse, 2007, coll. « Bibliothèque historique »,

(codir. avec Armand Wallon) Histoire de la France rurale, Paris, Le Seuil, 1976, 4 volumes.

(dir.) Histoire de la France urbaine, Paris, Le Seuil, 1980-1985, 5 volumes

(codir. avec Philippe Ariès) Histoire de la vie privée, Paris, Le Seuil, 1985-1987, 5 volumes

(codir. avec Michelle Perrot) Histoire des femmes en Occident, Paris, Plon, 1990-1992, 5 volumes.

 Divers

Avec Guy Lardreau, Dialogues, Paris, Flammarion, 1980 (rééd. Les petits Platons, 2013

L’Histoire continue, Paris, Odile Jacob, 1991,

Mes ego-histoires (livre édité à titre posthume par Patrick Boucheron et Jacques Dalarun), Paris, Gallimard, 2015.

 

Bibliographie

Maurice Agulhon, « Duby Georges (1919-1996) » sur Encyclopædia Universalis.

Patrick Boucheron, « La lettre et la voix : aperçus sur le destin littéraire des cours de Georges Duby au Collège de France, à travers le témoignage des manuscrits conservés à l’IMEC », Le Moyen Âge, De Boeck, t. CXV,‎ 2009, p. 487-528 ).

Patrick Boucheron (dir.) et Jacques Dalarun (dir.), Georges Duby, portrait de l’historien en ses archives : colloque de la Fondation des Treilles, Paris, Gallimard, 2015, 472 p.

François Bougard, « Genèse et réception du Mâconnais de Georges Duby », Bulletin du Centre d’études médiévales d’Auxerre, no hors-série no 1 « Georges Duby »,‎ 2008

Laurent Feller, « Georges Duby et les Études d’histoire rurale », Bulletin du Centre d’études médiévales d’Auxerre, no hors-série no 1 « Georges Duby »,‎ 2008

Jean-Claude Helas, « Le vocabulaire de Georges Duby dans L’économie rurale et la vie des campagnes dans l’Occident médiéval », dans Benoît Cursente et Mireille Mousnier (dir.), Les Territoires du médiéviste, Presses universitaires de Rennes, 2005 p. 45-70.

Jacques Le Goff, « Georges Duby (1919-1996) », Cahiers de civilisation médiévale, no 158,‎ 1997 (40e année), p. 199-209 (

Florian Mazel, « Pouvoir aristocratique et Église aux xe-xie siècles : retour sur la « révolution féodale » dans l’œuvre de Georges Duby », Bulletin du Centre d’études médiévales d’Auxerre, no hors-série no 1 « Georges Duby »,‎ 2008

(en) Leah Shopkow, « Georges Duby (1919-1996) », dans Philip Daileader et Philip Whalen (dir.), French Historians, 1900-2000 : New Historical Writing in Twentieth-Century France, Chichester / Malden (Massachusetts), Wiley-Blackwell, 2010, XXX-610 p. ,  p. 180-201.

Source : Wilipédia

ECRIVAIN FRANÇAIS, HISTORIEN FRANÇAIS, JULES MICHET (1798-1874)

Jules Michelet, historien français

Jules Michelet (Paris 1798-Hyères) 1874)

Écrivain et historien français 

L’apôtre romantique220px-jules_michelet

Jules Michelet appartenait à la génération, née avec le siècle, qui devait donner au romantisme français tout son éclat. Il était de l’âge de Vigny, de Balzac, de Hugo, de Dumas, de Sand et de Sainte-Beuve. De leur commune curiosité historique il fit une passion dont la culture moderne n’a pas fini de se nourrir. S’il « ressuscita » tout le passé du peuple qui avait pris la Bastille et qui continuait d’incarner, dans la légende de l’Occident, malgré ses erreurs et ses défaites, l’espérance révolutionnaire, il enseigna aussi une philosophie de l’histoire qui devint philosophie de la vie morale et de la nature. C’est pourquoi il fut, de son vivant, l’un des maîtres spirituels de la France et de l’Europe. L’autorité de sa parole s’imposa au Collège de France, où il occupa de 1838 à 1851 une chaire d’histoire et de morale. La jeunesse des écoles applaudissait bruyamment l’apôtre romantique, dont le gouvernement de Louis-Philippe, imité par celui de « Napoléon le Petit », jugea prudent d’interdire la prédication. Dans la génération qui, en France, prit part à l’insurrection de février 1848, refusa le second Empire et fonda la IIIe République ou qui, en Roumanie, en Pologne et en Italie, servit la cause de l’indépendance nationale et de la démocratie, Michelet compta beaucoup de fervents disciples. Que de rues et d’écoles, baptisées par leurs soins, ne portent-elles pas encore son nom !

Le combattant du Collège de France souffrit, outre-tombe, du discrédit que plusieurs générations jetèrent, au nom d’une idéologie positiviste, sur le romantisme. Il fut d’autant plus contesté que les historiens qui lui succédèrent crurent que leur discipline pouvait s’approprier l’objectivité des autres sciences. Son amour du peuple lui valut d’être accusé de partialité. Il éveilla aussi des haines politiques. Maurras accabla le « vieil esclave illuminé » qui s’était fait le « théologien des droits de la multitude ». Les marxistes méprisèrent ce contemporain de l’auteur du Capital qui avait espéré la réconciliation des classes et affirmé la pérennité des nations. Mais un carré de fidèles serrait les rangs. Aux yeux d’un Péguy, d’un Proust, d’un Barrès, d’un Malraux, Michelet demeura le fondateur de la moderne « magistrature » de Clio. Un historien (et quel historien !), Lucien Febvre, le cita en exemple quand il entreprit de régénérer la science du passé. Aujourd’hui, tout un procès de réhabilitation est en cours. L’évolution même de notre culture l’a rendu possible.

Le fils de la Révolution

page9-160px-michelet_-_oc,_histoire_de_la_révolution_française,_t._4.djvu

Michelet apparaît d’abord, et selon sa propre volonté, comme un fils de la Révolution et du Siècle des lumières. Il vit le jour le 21 août 1798, dans une chapelle désaffectée des Filles de Saint-Chaumont, au coin de la rue de Tracy et de la rue Saint-Denis. Ardennais par sa mère, picard par son père, qui, ouvrier à l’imprimerie des assignats, avait fondé après Thermidor un modeste atelier, il eut une enfance difficile. Élevé au milieu du petit peuple de Paris, il ne fut pas, comme Vigny et beaucoup de fils de l’aristocratie ou de la bourgeoisie, ébloui par les exploits militaires de Bonaparte. Il subit les épreuves de la pauvreté : le travail rare, le froid, la faim. Son père, après avoir risqué la prison lors de la conjuration des Égaux, fut enfermé pour dettes à Sainte-Pélagie en 1808, quand la réglementation impériale de l’imprimerie raréfia la commande. Il reporta sur son fils tous ses espoirs. Il lui conta les luttes civiles auxquelles il s’était trouvé mêlé, en homme de la rue. Il lui inculqua ses convictions jacobines et même babouvistes. Non content de l’initier à son métier, il voulut lui donner une éducation intellectuelle. L’enfant commença ses humanités sous la férule de grammairiens besogneux, installés dans des mansardes. Mais il les acheva sérieusement au collège Charlemagne, malgré l’hostilité de ses condisciples, au milieu desquels il se sentit, « comme un hibou en plein jour, tout effarouché ». Rien ne lui était plus agréable, les jours de congé, que de lire « deux fois, trois fois de suite un chant de Virgile, un livre d’Horace ». Au concours général de 1816, il remporta trois prix, dont deux de latin. Bachelier en 1817, licencié ès lettres en 1818, docteur en 1819, avec une thèse sur Plutarque, il fut reçu le troisième, en 1821, au premier concours de l’agrégation.

Une philosophie de l’histoire

3413-philosophie-de-l-histoire-par-jules-michelet_5753919

Dans la profession qu’il avait choisie, Michelet voulut s’assurer un solide avenir. Nommé au collège Sainte-Barbe, il publia plusieurs manuels historiques : un Tableau chronologique de l’histoire moderne (1825), un Précis de l’histoire moderne (1828), qui devait être suivi d’un Précis d’histoire de France (1833). En 1827, il fut chargé d’enseigner l’histoire et la philosophie à l’École normale, et il devint en 1828 précepteur de la petite-fille de Louis XVIII, Louise de Berry. Cependant, il était dévoré par une prodigieuse curiosité intellectuelle, qu’il appela héroïsme de l’esprit et qu’il chercha à satisfaire par des lectures méthodiques. Héritier de Diderot et des encyclopédistes, il croyait à l’« unité de la science ». Il en traita dans un discours de distribution de prix, dont il fit une profession de foi (1825), ordonnant autour de l’homme tout le système des savoirs. Mais qui était l’homme ? Michelet emprunta aux diverses philosophies du Siècle des lumières le principe de sa vocation sociale. Plutôt qu’à la vérité que la conscience recherche dans le cogito cartésien, il s’intéressa dès lors à celle que la vie des nations pourrait manifester. Dans une telle perspective, l’histoire lui parut digne de devenir la première des sciences. Encore fallait-il la réformer. Michelet ne pouvait, en effet, s’accommoder ni de l’histoire providentialiste, qui subordonne les initiatives humaines à la volonté de Dieu, ni de l’histoire chronique, qui fait la part trop belle aux actions individualistes. Il prétendit fonder, au moment même où Comte jetait les bases de la sociologie, une histoire nouvelle, qui fût à la fois histoire des peuples et philosophie de leur histoire. Deux événements déterminèrent sa décision : la lecture de l’œuvre de Vico, Scienza nuova, qu’il traduisit en 1827, encouragé par Cousin, sous le titre de Principes de la philosophie de l’histoire et qui l’aida à mûrir ses propres projets, puis le spectacle des Trois Glorieuses, qui, confirmant la leçon des récits paternels, l’assura que « M. Tout le Monde » demeurait, sur la scène historique, le principal acteur.

Coup sur coup, Michelet publia l’Histoire romaine (1830), l’Introduction à l’histoire universelle (1831) et les deux premiers volumes de l’Histoire de France (1833). Il appliquait à l’étude des origines de Rome la méthode qu’il avait déjà éprouvée à l’École normale, en prenant pour modèles non seulement Vico, mais Creuzer et Niebuhr ; cette méthode consistait à fonder l’histoire d’un peuple sur l’interprétation de ses légendes, de son droit, de sa religion et de sa langue. Michelet esquissait dans l’Introduction une philosophie de l’histoire : toute la suite des siècles et des cultures devenait le théâtre de la lutte menée par l’homme contre la nature, par la liberté contre la fatalité ; de cette révolution permanente, de ce « Juillet éternel », le peuple français était le héros accompli. L’Histoire de France, dès lors, pouvait être mise en chantier : il s’agissait d’y illustrer, à l’aide de la méthode de l’Histoire romaine, la philosophie de l’Introduction. Chateaubriand, après avoir lu les deux premiers volumes, apprécia en connaisseur l’entreprise : « L’homme de talent qui a fait renaître Vico, observa-t-il, ne peut manquer de jeter un nouveau jour sur l’histoire de France. »

Le « théologien-peuple »

images (2)

Une « voie royale » s’ouvrait devant Michelet. Celui-ci s’y avança résolument. Il s’enorgueillit de « poser contre tous la personnalité du peuple ». Il montra comment elle maîtrise, sans la renier, l’hérédité raciale, dont Augustin Thierry avait exagéré le déterminisme. Il l’enracina dans le sol nourricier, qui finit par lui ressembler sous l’effet du travail humain, dont il porte les marques. Il la reconnut, devenue consciente d’elle-même et de son droit, dans la nation, qui, affranchie de l’idolâtrie monarchique, devient un « miracle de la fraternité ». Nulle part, elle ne lui parut plus forte qu’au niveau de la foule des simples, où l’instinct de vie, altéré par l’égoïsme dans les classes possédantes, conserve toute sa vigueur. Michelet fit donc de son Histoire de France une histoire des Français, et il lui imprima un mouvement « de bas en haut ». Il interpréta les événements, il jugea les hommes ou les institutions en se fondant, chaque fois qu’il lui était permis de le reconstituer, sur le témoignage populaire : Vox populi, vox Dei. Il sut évoquer les grands élans collectifs de l’histoire : le départ des croisés, l’audace des bâtisseurs de cathédrales, le sursaut des Jacques, le ralliement des Français autour de Jeanne, la propagation de la Réforme, le coup de force de la Bastille ou le rassemblement des fédérés. Il loua ou condamna l’Église, la féodalité, la monarchie, la République elle-même, en considérant le rôle qui leur avait été dévolu dans la vie profonde d’une nation à la recherche de son unité et de son identité. S’il admit l’autorité de héros tels que la Pucelle, il salua en eux non des surhommes, mais des individus capables de partager, en s’oubliant, les douleurs et les attentes de leurs frères. Ainsi donna-t-il à la France, dont le génie lui semblait « prosaïque », l’épopée qu’aucun de ses poètes n’avait su composer.

Cependant, l’œuvre qu’il accomplissait ne relevait pas plus, en dernière analyse, de la littérature que de la pure érudition. Du passé qu’il ressuscitait, il se sentit tenu de tirer des leçons destinées à ses contemporains. Politiques, celles-ci furent aussi et surtout religieuses. Michelet enseigna en effet une véritable foi aux enfants au siècle qui se pressaient au Collège de France et dont Musset ou Hugo avaient traduit le désarroi spirituel. En raison de son expérience historique, il s’estima mieux préparé à un pareil ministère que les utopistes saint-simoniens, fouriéristes, disciples de Cabet, accusés de « procéder par voie d’écart absolu ». Il opposa aux exercices de Loyola, qui mécanisent la vie religieuse (Des Jésuites, 1843) et aux manœuvres du confesseur, qui ruinent l’unité de la famille (Du prêtre, de la femme, de la famille, 1845), le sûr instinct des simples et la « tradition de la fraternité universelle » (le Peuple, 1846). Il data de 1789 la révélation des Temps modernes, qui avait fondé le règne de la justice, succédant à celui de la grâce ; il présenta l’Histoire de la Révolution française (1847-1853) comme un nouveau récit évangélique. Il devint, selon le mot de son gendre, Alfred Dumesnil, le « théologien-peuple ».

Au lendemain des journées de Février 1848, il ne revendiqua aucune autre fonction ; il refusa de solliciter les suffrages des électeurs ardennais et il décerna volontiers à Lamartine le titre de « premier des premiers ». Il édifia tout un plan d’éducation démocratique, auquel il tenta sans succès d’associer Béranger, et il projeta d’écrire une Bible du peuple. Quelle ne fut pas sa douleur lorsque les soldats de la République tirèrent, en juin 1848, sur les ouvriers du faubourg Saint-Antoine et sa déception lorsque les Français, aveuglés par la « manie des incarnations », plébiscitèrent Charles Louis Napoléon Bonaparte ! Après le 2-Décembre, qu’il accueillit sans surprise, il se livra à un sévère examen de conscience : « Je m’en veux du 2-Décembre, écrivit-il dans son Journal ; je le reproche et à moi et à toute la classe lettrée, écrivante ou parlante, aux gens de lettres, à la presse et au Parlement. Nous n’avons rien fait pour le peuple et nous en sommes punis […]. Entrons, s’il se peut, dans de meilleures voies. »

Michelet, afin d’entrer librement « dans de meilleures voies », refusa de prêter serment à l’empereur. Il perdit à la fois sa chaire du Collège de France et la direction de la section historique des Archives, qui lui avait été confiée en 1830. S’il ne chercha point refuge à l’étranger, comme Hugo et les républicains frappés de proscription, il s’éloigna de Paris, sa ville natale, où il ne pouvait plus supporter de vivre avec ses espoirs trompés. L’amour d’Athénaïs Mialaret (Montauban 1826-Paris 1899), une jeune institutrice qui avait l’âge de ses étudiants et qu’il avait épousée en 1849, l’aida à se ressaisir. À Nantes, entouré de Vendéens fidèles à la République, parmi lesquels se trouvait le père de Clemenceau, Michelet rédigea de juin 1852 à juillet 1853 les deux derniers tomes de l’Histoire de la Révolution française. 

Puis il reprit, sous d’autres cieux, la construction du monument de l’Histoire de France, qu’il avait interrompue en 1844 au sortir des ténèbres de la guerre de Cent Ans, pour annoncer plus vite la révélation de 1789. Il se fit historien de la Renaissance et de la Réforme, selon l’un des vœux les plus chers de sa jeunesse, exaucé partiellement grâce à la publication des Mémoires de Luther (1835), au moment précis où un nouvel homme s’éveillait en lui, avec des forces neuves. Une telle rencontre ne pouvait le prendre au dépourvu. Ne savait-il pas, depuis longtemps, que « ses passions » et les « généralités » de l’histoire, sous l’effet d’une singulière « alchimie morale », participaient d’une même vie, qui ne lui appartenait qu’à demi ?

La traversée des temps qui le séparaient encore de la chute de la monarchie lui fut souvent moins propice. Michelet étouffait dans les salons, au cœur des intrigues de la Cour. Mais il reprit son souffle pour accompagner les camisards dans leur refuge cévenol ou pour professer, avec le Credo du XVIIIe s., la foi que Voltaire, Diderot et Rousseau lui avaient prêchée. En 1869, l’Histoire de France achevée, il lui donna une préface à sa mesure, dans laquelle, s’adressant à sa patrie, il s’écria : « Eh bien ! ma grande France, s’il a fallu pour retrouver ta vie qu’un homme se donnât, passât et repassât tant de fois le fleuve des morts, il s’en console, te remercie encore. Et son plus grand chagrin, c’est qu’il faut te quitter ici. »

Mais le « théologien-peuple » ne pouvait se contenter de rendre à Clio son dû. Il tenta d’accomplir l’œuvre militante qu’il se reprochait d’avoir trop longtemps négligée. Il mit en chantier une « Légende d’or de la démocratie », dont il publia de 1851 à 1854 plusieurs épisodes (KosciuskoMadame Rosetti [la Roumaine], les Martyrs de la Russieles Femmes de la Révolution) et dont un autre fragment, les Soldats de la Révolution, demeura inédit. L’un des grands rêves littéraires du romantisme le hantait, celui qui inspira à Hugo la Légende des siècles : retrouver la simplicité d’une langue primitive, dont les Origines du droit français (1837) avaient catalogué les formules. Il lui dicta dans Nos fils (1869) cet aveu d’impuissance : « Si l’on ouvre mon cœur à ma mort, on lira l’idée qui m’a suivi : Comment viendront les livres populaires ? […]. O problème ! être vieux et jeune, tout à la fois, être un sage et un enfant ! J’ai roulé ces pensées toute ma vie. Elles se représentaient toujours et m’accablaient. »

À défaut d’une innocence seconde qui lui aurait évité l’« alibi » de l’art, Michelet acquit, avec les ans, une sagesse. Il la communiqua à ses disciples sous la forme d’une « philosophie religieuse du peuple ». Il enrichit et nuança l’idée qu’il s’était faite de la justice en écrivant l’Histoire de la Révolution française. Sans doute continua-t-il d’opposer radicalement le droit à la grâce. Travailleur invétéré, homme né de ses œuvres, il admirait Prométhée, dont il fit dans la Bible de l’Humanité (1864) le héros de l’« émancipation juste ». Après le 2-Décembre, il se rapprocha des socialistes, remit en cause le régime de la propriété des biens, reconnut que « le vrai point de départ démocratique » était « celui de Chaumette, Babeuf : la suffisante vie » et rappela, en dressant la table immense du Banquet (1854), le mot d’ordre des hussites : « La coupe au peuple ! » Mais quelle curieuse justice ne servait-il pas ainsi ! Elle réclamait, plutôt que le secours des armes ou des décrets, le consentement des volontés et l’union des cœurs. Elle s’appelait fraternité.

L’amour, comme matrice de toute vie sociale

81yFhE6fElL.jpg

Michelet comprit qu’il lui appartenait de « réconcilier la loi et la grâce dans un vrai mariage des deux principes qui avaient alterné et combattu jusqu’ici ». Il le comprit d’autant mieux qu’il découvrait pour la première fois, au sein de son foyer, l’égalité supérieure que l’amour instaure entre deux êtres. Sa volonté, naguère si impérieuse, s’affirmait désormais dans la prévenance et le sacrifice de chaque jour. Il voulut rendre exemplaire, en la publiant, la conversion qui s’opérait au plus profond de lui-même. Il s’étonna que, dans la culture occidentale, l’amour fût dénaturé par toute une rhétorique de la grivoiserie ou du romanesque. Il appela de ses vœux « une langue nouvelle, non celle de l’innocence barbare, qui disait tout sans rougir, n’en sentant pas les profondeurs, non celle de la fière Antiquité, qui usait et abusait, méprisait l’humanité, mais celle de la tendresse moderne, qui, dans les choses du corps, sert et aime l’âme, ou plutôt ni l’âme ni le corps, mais partout l’esprit : la langue d’un Rabelais sérieux et aimant ».

Il se risqua à la parler dans l’Amour (1859), qui scandalisa autant les champions de la bienséance que Madame Bovary ou les Fleurs du mal. Il réhabilita avec la Femme (1860) et la Sorcière (1862) la victime de l’injustice, que l’idée reçue de l’inégalité des sexes avait perpétuée. S’il composait ainsi son Cantique des cantiques, ce n’était pas sans songer à la « philosophie religieuse du peuple », devenue depuis dix années la principale de ses préoccupations. La « communion d’amour », matrice de toute vie sociale, lui apparut aussi comme le modèle mystique de la Cité de l’avenir. Il relisait le Dernier Homme de Jean-Baptiste Grainville (1746-1805), y retrouvant avec gratitude « l’idée sublime et tendre que l’amour est la vie même du monde, toute sa raison d’être, que le monde ne peut mourir tant que l’homme aime encore ».

La « vie même du monde » gouvernée par l’amour, telle fut précisément la pensée généreuse que Michelet détailla dans l’Oiseau (1856), l’Insecte (1857), la Mer (1861) et la Montagne (1868). Elle ne lui était pas venue d’un coup. Le Peuple n’exaltait-il pas déjà la « tradition de la fraternité universelle », fondée par le Ramayana et le Mahabharata ? Quand le « théologien-peuple », nouveau François d’Assise, se fit l’apôtre des animaux, Taine observa justement, après avoir lu l’Oiseau : « L’auteur ne sort pas de sa carrière ; il élargit sa carrière. Il avait plaidé pour les petits, pour les simples, pour les enfants, pour le peuple. Il plaide pour les bêtes et les oiseaux. » Mais la plaidoirie de Michelet ne relevait pas de la seule éloquence. Celui-ci s’appuya en effet sur l’enseignement de Darwin et de Geoffroy Saint-Hilaire pour rapprocher les unes des autres, au nom du transformisme, toutes les créatures. Il réduisit leur infinie diversité à l’unité en adoptant l’« hypothèse de la métamorphose ». Celle-ci lui permit de soutenir que, dans l’ordre de la vie, il n’y avait « rien de grand et rien de petit » et qu’« un simple cheveu » pouvait valoir « autant, souvent plus qu’un monde ».

Michelet étendit au monde physique l’application d’une hypothèse qui, bien qu’elle lui donnât quelquefois le vertige, ne cessait de le fasciner. Il vit dans la mer le lieu privilégié des « transitions de l’universelle métamorphose », où une vie de plus en plus centralisée s’était affirmée, des amibes aux mollusques, des mollusques aux poissons, des poissons aux mammifères, sans rupture ni conflit. Il crut contempler dans le spectacle des Alpes suisses, reconstitué à l’intention des lecteurs de la Montagne, « la solidarité de la vie, la circulation de la nature, la bienveillance de ses éléments ». Il oublia, en prenant, à Acqui Terme, des bains de boue, la guerre qu’il avait déclarée à la nature dans l’Introduction à l’histoire universelle. Il adora la « nymphe universelle, la force d’amour qui semble vouloir toujours monter à nous, du fond de l’existence, nous bénir et nous ranimer ». La « gravitation vers l’unité » qu’il percevait partout lui inspira le dernier mot de sa « philosophie religieuse » : « Je ne puis me passer de Dieu » (la Femme).

Michelet, cependant, demeurait trop attentif aux luttes dans lesquelles la destinée des peuples s’accomplit pour succomber à la tentation d’une mystique plus ou moins quiétiste. En 1870, lorsque l’Allemagne, patrie des rêves de sa jeunesse, déchaîna les mauvais démons qu’elle avait couvés en son sein, son sang ne fit qu’un tour. La France devant l’Europe (1871) dénonça dans le militarisme de Bismarck une perversion du sentiment national, la folie d’une « unité sauvage, violente, indignement forcée ». La défaite de Sedan, la guerre civile de la Commune rappelèrent brutalement l’historien à ses devoirs. Il voulut comprendre les temps nouveaux qui s’annonçaient, si contraires à ses espérances. Il réussit à rédiger, malgré le rapide déclin de ses forces, trois tomes de l’Histoire du XIXe siècle (1872-1875). C’était une suite assombrie de l’Histoire de la Révolution française, le tableau d’un siècle qui, depuis peu, « regardait vers la fatalité », après avoir cru en la liberté. Le vieux lutteur mourut réconcilié avec la nature, avec la vie, avec Dieu, mais tourmenté, jusqu’à son dernier souffle, par les tragédies de l’histoire.

432093.jpg

Source : Encyclopédie Larousse

 

BIBLIOGRAPHIE, BIOGRAPHIES, HISTORIEN FRANÇAIS, MICHEL VOVELLE (1933-2018)

Michel Vovelle (1933-2018)

MICHEL VOVELLE (1933-2018).

 

f42ce2059573bbc09ff8b44335d2b939_L

Michel Vovelle, né le en février 1933 à Gallardon est mort le 6 octobre 2018. C’était un historien français, notamment spécialiste de la Révolution française et successeur de Albert Soboul à la tête de l’Institut d’histoire de la Révolution française de 1981 à 1993.

 

Biographie

Origines et formation

Michel Vovelle est le fils de Gaëtan Vovelle, instituteur, partie prenante du groupe d’éducation nouvelle d’Eure et Loir.

Ancien élève de l’Ecole normale supérieure de Saint-Cloud (où il est reçu major en 1953), il obtient l’agrégation d’histoire en 1956, puis soutient un doctorat d’État à Lyon-II en 1971

  

Carrière

Les premières recherches de Michel Vovelle ne portèrent pas directement sur la Révolution française, mais sur l’anthropologie et l’histoire religieuse en France à l’époque moderne. Sa thèse, soutenue en 1971 porte en effet sur la déchristianisation en Provence et mêle une recherche archivistique sur les testaments et une approche de l’iconographie sacrée. Il entend ainsi réfléchir sur la vision du salut et de l’au-delà et sur le rapport à la mort et à la religion dans les populations provençales de l’époque moderne. Après cette « première carrière » d’historien de la mort, il s’engage dans l’histoire de la Révolution dans ses aspects religieux, s’attachant notamment au concept de déchristianisation, intégrant les acquis de l’histoire des mentalités.

Appartenant au courant marxiste, il a réhabilité dans les années 1990 le rôle de l’acteur individuel, jusque-là écrasé par les contraintes économiques et sociales. D’abord professeur d’histoire moderne à l’Université Aix-Marseille I, il devient ensuite professeur d’histoire de la Révolution française à l’Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne et, succédant à Albert Soboul, directeur de l’Institut d’Histoire de la Révolution française.. En 1983, Michel Vovelle devient président du conseil scientifique et technique du musée de la Révolution française.. Selon Michel Vovelle, la Révolution n’est « pas terminée », il s’agit d’un événement « chaud » qu’il faut « aimer » pour le comprendre. Il entremêle ainsi histoire récente, vulgarisation et histoire de la Révolution au gré de ses ouvrages, comme par exemple avec « Les Jacobins de Robespierre à Chevènement » publié en 1999 ou « La Révolution française expliquée à ma petite-fille » en 2006. Son dernier ouvrage, « La Bataille du bicentenaire de la Révolution française », peut être considéré comme un travail d’ego d’histoire et est un retour réflexif sur le moment du bicentenaire.

Michel Vovelle incarne une forme d’histoire culturelle de la Révolution qui intègre les acquis de l’histoire des mentalités (il est d’ailleurs rattaché à l’« école d’Aix »), et s’affiche comme complémentaire de l’histoire sociale.. À en juger par les prises de position qu’elle aura suscitées son œuvre aura culminé dans son histoire de la déchristianisation de l’an II. Elle a joué un rôle central dans les célébrations du bicentenaire de la Révolution en 1989 quand il présida la Commission nationale de recherche historique pour le bicentenaire de la Révolution française à la suite d’Ernest Labrousse. Dans le cadre du bicentenaire de la Révolution, au gré des changements de gouvernements, ses positions reçurent la vive opposition de la droite française ainsi que celle du courant des historiens critiques de la Révolution mené par François Furet .

  

Vie privée

Son épouse, Gabrielle Vovelle (née Cerino), une comparatiste avec qui il rédige son premier ouvrage, meurt prématurément en 1969. Il se remarie par la suite avec Monique Rebotier, géographe, disparue en 2008 ; elle joua un rôle important dans l’animation et l’organisation de la vie du cercle intellectuel que Michel Vovelle réunissait dans le cadre des préparatifs du bicentenaire.

 Engagement politique

« Communiste hétérodoxe »8, membre de la « cellule Duclos » du Parti communiste français  à partir de 1956, il soutient en 2012 Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à l’élection présidentielle.

 

Ouvrages

Vision de la mort et de l’au-delà en Provence du xve au xixe siècle d’après les autels des âmes du purgatoire, (en collaboration avec Gaby Vovelle), Paris, A. Colin, 1970.

Piété baroque et déchristianisation en Provence au xviiie siècle. Les attitudes devant la mort d’après les clauses de testaments, Paris, Seuil, 1973.

Mourir autrefois, Paris, Gallimard / Julliard, 1974 ; rééd. coll. Folio, 1990.

L’Irrésistible Ascension de Joseph Sec bourgeois d’Aix, Aix, Edisud, 1975.

La Métamorphose de la fête en Provence de 1750 à 1820, Paris, Flammarion, 1976.

Religion et Révolution : la déchristianisation de l’an II, Paris, Hachette, 1976.

La Mort et l’Occident de 1300 à nos jours, Paris, Gallimard, 1983 ; réed. 2001.

La Ville des morts, essai sur l’imaginaire collectif urbain d’après les cimetières provençaux, 1800-1980 (en collaboration avec Régis Bertrand), Marseille, Editions du CNRS, 1983.

Images et récits de la Révolution française, Paris, Messidor, 1984-1989. Direction de l’ouvrage.

Théodore Desorgues ou la désorganisation : Aix-Paris, 1763-1808, Paris, Seuil, 1985.

La Mentalité révolutionnaire : société et mentalités sous la Révolution française, Paris, Éd. sociales, 1986.

1793, la Révolution enontre l’Eglise : de la raison à l’être suprême. Paris, Complexe, 1988.

Les Aventures de la raison (entretiens avec Richard Figuier), Paris, Belfond, 1989.

1789 l’héritage et la mémoire, Privat, 1989.

De la cave au grenier, Serge Fleury Éd., Canada, 1980.

Histoires figurales : des monstres médiévaux à Wonderwoman, Paris, Usher, 1989.

La Révolution française, Paris, A. Colin, 1992-2002.

L’heure du grand passage : Chronique de la mort, coll. « Découvertes Gallimard/ Culture et société », Gallimard, 1993.

Les Âmes du purgatoire ou le travail du deuil, Paris, Gallimard, 1996.

Le Siècle des lumières, Paris, PUF, 1997.

Les Jacobins de Robespierre à Chevènement, Paris, La Découverte, 1999.

Les Républiques sœurs sous les regards de la grande nation, Paris, L’Harmattan, 2001.

Combats pour la Révolution française, Paris, La Découverte, 1993-2001.

Les Folies d’Aix ou la fin d’un monde, Éd. Le temps des cerises, Pantin, 2003.

La Révolution française expliquée à ma petite-fille, Seuil, 2006

La Bataille du bicentenaire de la Révolution française, La Découverte, 2017 

Source : Wikipedia

 

OUVRAGES A LA BIBLIOTHEQUE DIOCESAINE D’AIX ET ARLES.

 

Les aventures de la raison : entretiens avec Richard Figuier. Paris, Belfond, 1989. 190 pages.

Piété baroque et déchristianisation en Provence au XVIIIè siècle. – Paris, Le Seuil, 1978. 346 pages.

BARDET, Claude ; préface de Michel Vovelle. –  La Révolution en Provence : images & histoire. – Avignon, Editions A. Barthélémy, 1989. 99 pages.

Provence et dictions provençaux : Provençal/Français. Avec une préface de Michel Vovelle. – Paris, Rivages, 1983. 84 pages.

L’Irrésistible ascension de Joseph Sec bourgeois d’Aix. Suivi de : Quelques clefs pour la lecture des « Naïfs ». – Aix-en-Provence, Edisud, 1975. 95 pages.

La mort et l’Occident. – Paris, Gallimard, 1983. 793 pages.

RUBENSTEIN, E. ; avec une préface de Michel Vovelle. – Le jour où Jésus devint Dieu : L’ »affaire Arius » ou la grande querelle sur la divinité du Christ au dernier siècle de l’Empire romain. – Paris, La Découverte, 2001. 285 pages.

En collaboration avec Philippe BOUTRY, Philippe JOUTARD, Dominique JULIA, Claude LANGLOIS, Freddy RAPHAËL. – Du roi Très Chrétien à la laïcité républicaine : XVIII-XIXè siècle. – Paris, Le Seuil, 1991. 556 pages.

DEROBERT-RATEL, Christiane ; avec une préface de Michel Vovelle. – Institutions et vie municipale à Aix-en-Provence sous la Révolution (1789-An VIII. – Aix-en-Provence, Edisud, 1976. XII-672 pages.

La chute de la monarchie : 1787-1792. – Paris, Le Seuil, 1972. 282 pages.

Idéologies et mentalités. – Paris, Maspero, 1982. 358 pages.

http://pro.diocese.biblibre.com/cgi-bin/koha/catalogue/search.pl?q=MICHEL+VOVELLE