ECRIVAIN FRANÇAIS, JEAN RASPAIL (1925-2020), LITTERATURE, LITTERATURE FRANÇAISE

Jean Raspail (1925-2020)

Jean Raspail

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Jean Raspail, né le 5 juillet 1925 à Chemillé-sur-Dême (Indre-et-Loire) et mort le 13 juin 2020 à Paris, est un écrivain et explorateur français dont les romans portent principalement sur des personnages historiques, des explorations et des peuples autochtones. Il est lauréat des grand prix du roman et grand prix de littérature de l’Académie française.

Il est principalement connu, tant en France qu’à l’étranger, pour son roman dystopique Le Camp des Saints, publié en 1973, qui décrit une submersion de la civilisation occidentale, la France en particulier, par une immigration massive venue du tiers monde. Le livre connaît un succès progressif mais important, étant traduit en anglais et en espagnol (1975) puis dans la plupart des langues parlées en Occident. Il est réédité huit fois. Ce roman est qualifié de visionnaire par l’extrême droite française.

Jean Raspail est aussi connu pour son livre Moi, Antoine de Tounens, roi de Patagonie, publié en 1981.

Biographie

Fils d’Octave Raspail, président des Grands moulins de Corbeil et directeur général des mines de la Sarre, et de Marguerite Chaix, Jean Raspail fait ses études au collège Saint-Jean-de-Passy, à Paris, où il est élève de Marcel Jouhandeau, puis à l’Institution Sainte-Marie, à Antony, pour enfin aller à l’École des Roches à Verneuil-sur-Avre1 (Prairie-Colline 1936-1940).

Il se met tardivement à l’écriture, bien qu’il ait pensé devenir écrivain dès le lycée. Néanmoins, l’avis négatif d’un ami de son père, académicien de son état, à la lecture d’un premier roman de jeunesse, le bloque pendant plusieurs années.

Pendant ses vingt premières années de carrière, il court le monde à la découverte de populations menacées par la confrontation avec la modernité. Il est marqué par le scoutisme qu’il a connu jeune, et son premier voyage, en 1949, l’emmène en canoë de Québec à La Nouvelle-Orléans, sur les traces du père Marquette. Il rallie ensuite la Terre de Feu à l’Alaska en automobile (du 25 septembre 1951 au 8 mai 1952) puis dirige une expédition française sur les traces des Incas en 1954, avant de passer une année entière au Japon en 1956.

En 1970, l’Académie française lui remet le prix Jean Walter pour l’ensemble de son œuvre.

En 1973, il revient au roman et écrit son œuvre phare, Le Camp des Saints, dans lequel il décrit la submersion de la France par l’échouage sur la Côte d’Azur d’une flotte de bateaux en ruine venue d’Inde, chargée d’immigrés. Le roman sera traduit en anglais (1975), en espagnol (1975), en portugais (1977), en allemand (trad. part. 1985, trad. complète et autorisée 2015), en italien (1998), en polonais (2006), en tchèque (2010) et en néerlandais (2015).

Jean Raspail écrit par la suite de nombreux d’ouvrages ; un certain nombre d’entre eux seront primés, parmi lesquels SeptentrionSire et L’Anneau du pêcheur. Plusieurs évoquent la Patagonie, à travers la revendication du royaume d’Araucanie et de Patagonie par Orélie-Antoine de Tounens, avoué de Périgueux, dans la seconde moitié du xixe, tout autant que dans l’évocation de l’histoire et du destin de ces régions du bout du monde, notamment dans Qui se souvient des hommes… En 1981, il se proclame consul général de Patagonie, ultime représentant du royaume d’Orélie-Antoine Ier.

Il postule à l’Académie française le 22 juin 2000 et recueille 11 voix (6 pour Max Gallo et 4 pour Charles Dédéyan), sans toutefois obtenir la majorité requise pour être élu au siège vacant de Jean Guitton.

Il est membre de l’association Les Écrivains de marine, fondée par Jean-François Deniau.

Il meurt le 13 juin 2020 à l’hôpital Henri-Dunant de Paris. Ses obsèques sont célébrées le 17 juin en l’église Saint-Roch, suivies de l’inhumation au sein du caveau familial du cimetière du Montparnasse (division 7).

 

Œuvres 

Terre de Feu – Alaska (1952) – récit d’aventures.

Terres et Peuples Incas (1955).

Le Vent des pins (1958).

Terres saintes et profanes (1960)) ; rééd. Paris, Via Romana, 2017.

Les Veuves de Santiago (1962) ; nouvelle édition illustrée par Yann Méot, 260 p., Via Romana, Versailles, 2010 ().

Hong-Kong, Chine en sursis (1963).

Secouons le cocotier (Robert Laffont, 1966) – récits de voyage ; nouvelle édition, Via Roman Versailles, 2012 .

Secouons le cocotier : 2, Punch Caraïbe (1970) – récits de voyage.

Bienvenue honorables visiteurs (le Vent des pins)(1970) – roman.

Le Tam-Tam de Jonathan (1971) – nouvelles.

L’Armada de la dernière chance (1972).

Le Camp des Saints (Robert Laffont, 1973) – roman. Nouvelle édition précédée de « Big Other », 2011(

La Hache des steppes (1974). Nouvelle édition Via Romana 2016  – récits de voyage.

Journal Peau-Rouge (1975) – récits de voyage.

Nuage Blanc et les Peaux-rouges d’aujourd’hui (1975) – signé Aliette et Jean Raspail.

Le Jeu du roi (1976) – roman.

Boulevard Raspail (1977) – chroniques.

Les Peaux-rouges aujourd’hui (1978).

Septentrion (1979) – roman.

Bleu caraïbe et citrons verts : mes derniers voyages aux Antilles (1980) – récits de voyage ; nouvelle édition, Via Romana Versailles, 2014(

Les Antilles, d’île en île (1980)

Moi, Antoine de Tounens, roi de Patagonie (1981) – roman.

Les Hussards : histoires exemplaires (1982).

Les Yeux d’Irène (1984) – roman.

Le Président (1985) – roman.

Qui se souvient des hommes… (1986) – roman.

L’Île bleue (1988) – roman.

Pêcheur de lunes (1990).

Sire (1991) – roman..

Vive Venise (1992) – signé Aliette et Jean Raspail.

Sept cavaliers quittèrent la ville au crépuscule par la porte de l’Ouest qui n’était plus gardée (1993) – roman (communément appelé Sept cavaliers…)..

L’Anneau du pêcheur (1995) – roman. 1995.
Prix Prince-Pierre-de-Monaco 1996.

Hurrah Zara ! (1998) – roman ; nouvelle édition en 2019 sous le titre Les Pikkendorff.Grand

Le Roi au-delà de la mer (2000) – roman.

Adios, Tierra del Fuego (2001) 

Le Son des tambours sur la neige et autres nouvelles d’ailleurs (2002).

Les Royaumes de Borée (2003) – roman, dont il a également scénarisé l’adaptation en bande dessinée (Le Royaume de Borée, 2011-2014)..

En canot sur les chemins d’eau du Roi : une aventure en Amérique (2005), éditions Albin Michel – récit de voyage.

Avec Alain Sanders, Armand de La Rouërie, l’« autre héros » des Deux Nations, Atelier Fol’Fer, 2013.

Là-bas, au loin, si loin (réédition de cinq romans suivis de la nouvelle inédite et inachevée La Miséricorde), Bouquins, 2015 (

La Miséricorde, Paris, Éditions des Équateurs (2019) – roman.

 Adaptations

Son œuvre a été plusieurs fois portée à l’écran, adaptations qui n’ont pas soulevé l’enthousiasme de l’auteur .

Les adaptations en bandes dessinées de ses romans (Sept cavaliers… et Le Royaume de Borée) par Jacques Terpant sont en revanche, tout à fait revendiquées par l’écrivain.

Au cinéma ou à la télévision

Le Roi de Patagonie (1990), mini-série TV dirigée par Georges Campana et Stéphane Kurc

Le Jeu du roi (1991), film télévisé dirigé par Marc Evans

L’Île bleue (2001), film télévisé dirigé par Nadine Trintignant

 

En bande dessinée

Par Jacques Terpant.

Sept Cavaliers

Le Margrave héréditaire (2008), éditions Robert Laffont puis Delcourt.

Le Prix du sang (2009), éditions Delcourt

Le Pont de Sépharée (2010), éditions Delcourt.

Le Royaume de Borée

Oktavius (2011), éditions Delcourt.

Henrick (2013), éditions Delcourt.

Tristan (2014), éditions Delcourt.

 

Présentation de deux de ses oeuvres

Moi Antoine de Tounes, roi de Patagonie

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Sur une modeste tombe d’un petit cimetière du Périgord, on peut lire cette épitaphe: Ci-gît Orélie-Antoine Ier, roi de Patagonie, décédé le 18 septembre 1878. La plus étrange épopée qui se puisse concevoir… Durant les vingt-huit années du règne d’Orélie-Antoine, le rêve et la réalité se confondent aux bornes extrêmes du monde, là-bas, en Patagonie, au détroit de Magellan. Qui est Antoine de Tounens, roi de Patagonie, conquérant solitaire, obscur avoué périgourdin embarqué sur les flottes de la démesure, son pavillon bleu, blanc, vert claquant aux vents du cap Horn ? Un fou ? Un naïf ? Un mythomane ? Ou plus simplement un homme digne de ce nom, porteur d’un grand destin qu’il poursuivra toute sa vie en dépit des échecs, des trahisons, des sarcasmes qui peupleront son existence… Es-tu roi de Patagonie ? Je le suis! Il n’en démordra pas. Roi il fut, quelques jours au moins, et toute une vie. Des sujets, il en eut : Quillapan, cacique des Araucans, Calfucura, cacique des Patagons, mais aussi Verlaine, Charles Cros, le commodore Templeton, le général Chabrier, l’amiral Dumont d’Urville, l’astronome Camille Flammarion, le colonel von Pikkendorff, Véronique, reine de Patagonie, aux multiples visages, et tant d’autres, le cœur débordant d’émotion, qui se déclarèrent un jour ou l’autre, l’espace d’un instant, sujets du roi Orélie-Antoine. Car nous sommes tous des Patagons. Là-bas, en Patagonie, l’homme devient roi. Sa longue nuit s’illumine

Le Camp des Saints

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Ce livre est le plus grand succès de l’auteur. Édité en 1973, ce roman est un succès progressif, et atteint 40 000 ventes en 1975. Il devient un des grands succès des ventes dans les années 1980. Accueilli favorablement à cette époque par des critiques littéraires de droite, il sera qualifié par plusieurs de prophétique. Il est traduit dans de nombreuses langues occidentales dans les années 1980. En février 2011, le roman est réédité avec une nouvelle préface, titrée Big Other.

Dans la nuit, sur les côtes du Midi de la France, cent navires à bout de souffle se sont échoués, chargés d’un million d’immigrants.
Ils sont l’avant-garde du Tiers-Monde qui envahit pacifiquement l’Occident pour y retrouver l’espérance. A tous les niveaux, conscience universelle, gouvernements, équilibre des civilisations, et surtout chacun en soi-même, on se pose la question, mais trop tard: que faire? C’est ce choc inéluctable que raconte Le Camp des Saints. Le thème de ce livre prophétique, paru pour la première fois en 1973, relève aujourd’hui de la réalité.
Ce qu’avait imaginé l’auteur il y a vingt ans, nous commençons dès à présent à le vivre. Nous sommes tous les acteurs du Camp des Saints. C’est notre destin, celui de l’homme blanc, qu’il nous raconte. Le Camp des Saints a fait l’objet de nombreuses éditions étrangères.

Dans la préface de la troisième édition, rédigée en 2006, Raspail estime ne rien avoir à regretter de ce qu’il avait écrit. En 2011, il explique :

« Ne l’ayant pas ouvert depuis un quart de siècle, je vous avouerai qu’en le relisant pour sa réédition, j’ai sursauté moi-même, car avec l’arsenal de nouvelles lois, la circonspection s’est installée, les esprits ont été formatés. Dans une certaine mesure, je n’y échappe pas non plus. Ce qui est un comble ! Mais je ne retire rien. Pas un iota. Je me réjouis d’avoir écrit ce roman dans la force de l’âge et des convictions. C’est un livre impétueux, désespérant sans doute, mais tonique, que je ne pourrais plus refaire aujourd’hui. J’aurais probablement la même colère, mais plus le tonus. C’est un livre à part de tous mes autres écrits. On y trouve des accents à la Marcel Aymé, une dose de Shakespeare pour la bouffonnerie tragique, un peu de Céline, un peu d’Abellio, une touche de Jacques Perret. D’où vient cette histoire ? Elle m’appartient, et pourtant, elle m’échappe, comme elle échappera aux possibles poursuites : quelles que soient les procédures, ce roman existe. »

 

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