ANTIJUDAÏSME, ANTISEMITISME, ANTISIONISME, JUDAÏSME, L'ORIGINE DE L'ANTISEMITISME, RACISME, SIONISME

L’origine de l’antisémitisme

Antisémitisme, la convergence des haines

Enquête 

Les menaces et violences visant les juifs progressent depuis deux décennies. « La Croix » a enquêté sur ces antisémitismes très divers mais qui semblent désormais s’alimenter et même converger.

Deux « décennies noires ». L’expression n’est pas exagérée pour qualifier la situation des citoyens français de confession juive au début du XXIe siècle. Ils paient un lourd tribut au terrorisme djihadiste notamment avec les attentats de l’école de Toulouse, en 2012, puis de l’Hyper Cacher, en 2015.

La peur

« Savez-vous où sont enterrés vos arrière-grands-parents ? » Jacques Wolff met vite un terme à l’embarras qui suit la question et, tout en poussant la grille du cimetière, qu’il vient de décadenasser, il poursuit. « Pour moi, c’est simple. Il y a ici mes parents, mes grands-parents, mes arrière-grands-parents… » Les tombes sont là mais, comme des dizaines d’autres, celles de la famille Wolff gisent dans l’herbe, fracassées. En février 2015, le cimetière juif de Sarre-Union (Bas-Rhin) a été vandalisé par une poignée de jeunes de ce village alsacien. Ils ont été jugés en 2017, mais la procédure de réparation, elle, s’éternise, et ce beau cimetière qui domine les boucles de la Sarre a toujours des allures de champ de ruines (1). Une deuxième mort, pour ces défunts. Ou plutôt une énième mort, car le cimetière a déjà été profané à plusieurs reprises. Avant-guerre, Sarre-Union comptait environ 500 habitants de confession juive, le tiers de la population. Aujourd’hui, Jacques Wolff est le dernier des juifs. Il veille sur le cimetière, médite sur le silence de la population, et attend la prochaine profanation.

Ce sont également des pierres que nous montre Alain Bensimon sur le seuil de la synagogue de Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise), au nord de la capitale. Les fenêtres des premiers étages de l’immeuble qui fait face au lieu de culte sont murées. Bientôt, la barre sera détruite. Un soulagement pour la communauté juive. C’est de là que, régulièrement, partaient des projectiles. Au mieux des pots de yaourt, au pire des cocktails incendiaires. Les parents Bensimon, arrivés d’Algérie en 1954, s’étaient installés dans les premiers immeubles qui poussent alors au milieu des champs. Au début des années 1980, Alain Bensimon fait construire son pavillon à Garges, où vit une communauté juive de près de 800 familles. Ne restent plus, aujourd’hui, que les retraités. « Les autres sont partis à Sarcelles où la communauté est plus organisée, plus solide. Ici, depuis le début des années 2000, c’est devenu très difficile. Que ce soit en raison d’un événement en Palestine ou d’un accident de scooter dans le quartier, cela nous retombe toujours dessus. »

En Alsace comme dans le Val-d’Oise, bien des explications permettent d’éclairer la migration des communautés juives. Attrait de la ville des Ashkénazes ruraux du Grand Est, ascension sociale des Séfarades de région parisienne qui déménagent, quand ils le peuvent, vers l’Ouest parisien (la dernière synagogue consistoriale de Saint-Denis a fermé ses portes en 2018). Mais la somme des explications ne comble pas une faille qui mène aux abysses. Pourquoi, en ce XXIe siècle, se manifeste encore tant de haine des juifs ? « Si rien ne change, il n’y aura plus de juifs en France dans une génération », provoque à dessein Francis Kalifat, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). Après l’attentat de Toulouse en mars 2012, la France a connu un pic de départs de juifs vers Israël. En 2014, il étaient 7 200. L’alya a depuis retrouvé un rythme plus mesuré, environ 2 000 personnes par an. « Ce n’est pas le nombre de départs qui compte, mais le fait qu’il n’y a pas un seul juif qui ne s’est pas demandé s’il devrait partir un jour », insiste le sociologue Danny Trom.

La haine

Les enquêtes d’opinion montrent pourtant avec constance une progression de la bienveillance à leur égard. Selon l’édition 2017 du baromètre Ipsos pour la Commission nationale consultative des droits de l’homme, 91 % des personnes interrogées pensent que les juifs sont des Français comme les autres. La proportion n’est que de 81 % pour les musulmans et 64 % seulement pour les Roms. Selon Brice Teinturier, d’Ipsos, un élément vient toutefois atténuer cette évolution positive, la persistance des clichés sur les juifs censés former un groupe homogène, entretenant un fort rapport à l’argent et une proximité avec le pouvoir et les médias. « J’ai réalisé en 2005 une étude qui donnait exactement les mêmes résultats que vingt ans auparavant. Cela traduit bien une spécificité de l’antisémitisme par rapport aux autres formes de racisme. Les juifs sont à la fois un groupe qu’on peut être enclin à inférioriser, mais en même temps à surévaluer. »

Cette dimension psychologique apparaît comme une constante d’un antijudaïsme travaillé par la crainte, l’envie, la jalousie. Elle est un ressentiment paranoïaque, écrit l’historien Pierre-André Taguieff qui parle d’une haine « ontologique » : les juifs sont haïs parce qu’ils sont juifs, avant même de l’être pour telle ou telle raison. Le psychanalyste Daniel Sibony explique cette singularité par l’histoire même d’un peuple d’Israël qui « a apporté Dieu ». « Les juifs, dit-il, sont les premiers à prétendre que ce rôle les distingue, a fait d’eux des gens différents, et cela provoque chez les non juifs une forme de déni. On accepte mal de n’être pas à leur place»

Si l’antisémitisme est « aussi vieux que le judaïsme », comme le résume Danny Trom, il a toutefois pris, tout au long de l’histoire européenne, des formes différentes, à commencer par le vieil antijudaïsme chrétien. Au XVIIIe siècle, la pensée des Lumières qui portait en germe la sécularisation des Temps modernes, n’échappe pas non plus à l’examen : « Je ne suis pas contre les juifs mais contre le type de piété dont ils sont les inventeurs et qui trouve dans le christianisme sa forme la plus aboutie », écrit Voltaire. Avec la révolution industrielle du XIXe siècle, un antisémitisme économique se développe dans certains courants socialistes (Charles Fourier…) qui associent les juifs au capitalisme international et au pouvoir des banques, comme celle des frères Rothschild qui ouvre en 1817 à Paris. À droite, l’antirépublicain Édouard Drumont, auteur du best-seller La France juive (1886), est le héraut d’un nationalisme exacerbé qui s’exprime lors de l’affaire Dreyfus. Tout au long de ce siècle, le développement des idéologies racistes coïncide quant à lui avec le développement des grandes découvertes biologiques et fera le lit du nazisme en Allemagne.

L’entreprise d’extermination des juifs durant la Seconde Guerre offre ensuite une nouvelle prise à l’antisémitisme : le négationnisme. Les écrits de Robert Faurisson (mort en 2018) accompagnent ainsi l’essor du Front national de Jean-Marie Le Pen qui vit dans l’existence des chambres à gaz un « détail » de l’histoire. Enfin, la création de l’État d’Israël a nourri un antisionisme qui n’est pas seulement la critique de la politique de l’État hébreu mais sa négation.

Les antisémitismes se croisent, s’alimentent. Un exemple : Le Protocole des Sages de Sion, ce faux qui prête aux juifs un plan de domination du monde, rédigé par les services secrets du tsar russe au XIXe siècle, alimente désormais les thèses complotistes dans le monde arabo-musulman. Les thèses des uns nourrissent ainsi la propagande des autres. À l’heure où Internet permet une diffusion inédite des thèses haineuses ou complotistes, la coexistence des antisémitismes crée depuis maintenant deux décennies un contexte particulièrement anxiogène.

L’extrême droite

Le 5 novembre 2019, les gendarmes découvrent une centaine de tombes taguées de croix gammées dans le cimetière juif de Westhoffen, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Strasbourg. Il s’agit du troisième cimetière juif visé en un an. En février 2019, alors que le chef de l’État se rendait dans celui de Quatzenheim, France 3 Alsace a dû fermer sa couverture de l’événement sur sa page Facebook, ne parvenant plus à maîtriser les réactions haineuses contre les juifs. Maurice Dahan, président du consistoire du Bas-Rhin, s’inquiète de ce climat qui ne concerne pas seulement les cimetières ruraux. Ces derniers mois, des bâtiments publics ont été visés, le domicile d’un maire a été couvert d’inscriptions anti-migrants et antisémites, tandis que le préfet, Jean-Luc Marx, est pris à partie sur les réseaux sociaux. Le spécialiste du judaïsme alsacien Freddy Raphaël témoigne avoir été réveillé en pleine nuit par des coups de fil menaçants. Le sociologue reçoit aussi des lettres lui reprochant de « souiller » l’Alsace.

La région n’est pas la seule concernée, mais le phénomène y est plus sensible du fait de son passé et de la proximité avec l’Allemagne. « L’histoire de la bonne intégration des juifs en Alsace, qui fut une terre d’accueil, a basculé entre les deux guerres sous l’influence des mouvements antisémites germaniques », rappelle Freddy Raphaël. Après l’annexion de la région et sa soumission à une très forte propagande nazie, tous les liens tissés ont été rompus. Et à leur retour, en 1945, les juifs n’ont pas toujours été bien accueillis. Aujourd’hui, ce passé insuffisamment interrogé par un travail de mémoire et d’histoire continue de peser sur les consciences. « Après chaque profanation, il n’y a pas d’approbation de la collectivité environnante mais une volonté de se terrer dans le silence », explique Freddy Raphaël.

La situation de part et d’autre du Rhin n’est certes pas comparable. Les sympathisants des thèses nazies en Allemagne sont estimés à environ 25 000 personnes et constituent un réseau plus menaçant que chez nous, comme l’a illustré la récente attaque de la synagogue de Halle par un jeune de 27 ans, faisant deux morts. « Les groupes néonazis en France représentent environ 300 personnes », évalue le député du Vaucluse Adrien Morenas (LREM), rapporteur d’une commission d’enquête parlementaire sur le sujet. « Cette ultra-droite est résiduelle, analyse-t-il, mais c’est son audience qui interpelle. Les actifs sont des jeunes souvent de milieux populaires, peu structurés, mais ils sont récupérés par des têtes pensantes, qui ont un réel pouvoir d’influence. »

Lors des travaux de la mission d’enquête, l’une d’elles, Yvan Benedetti, porte-parole du Parti nationaliste français, a été auditionnée. Devant les députés, il affirme que Faurisson a fait « un travail très sérieux » avant de remettre en cause la Shoah. « C’est complètement bidon, ces six millions de morts ! », lance l’ex-président de l’association dissoute, L’Œuvre française. L’audition a eu lieu à huis clos mais la commission a décidé de transmettre à la justice ces propos négationnistes et la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) a saisi la justice.

À la tête de la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine LGBT (Dilcrah), le préfet Frédéric Potier souligne qu’en Allemagne, 90 % des actes antisémites sont le fait de l’extrême droite. Ce n’est pas le cas en France, mais il y a toute une nébuleuse active sur Internet qui répand les thèses suprémacistes (supériorité de la « race » blanche). « On assiste à une progression de l’extrême droite violente qui tient des discours de haine décomplexés », assure le préfet. Ces réseaux reprennent la thèse du « grand remplacement » popularisée en 2010 par l’écrivain Renaud Camus pour dénoncer l’immigration. Si les actions des militants identitaires visent d’abord les étrangers, ils s’en prennent aussi aux juifs supposés tirer les ficelles de ce complot contre l’Occident. Devant la commission parlementaire, le spécialiste de l’extrême droite Nicolas Lebourg a rappelé que le « grand remplacement » n’est pas une invention de Renaud Camus. « Ce sont d’anciens membres des Waffen SS qui, dans les années 1950, ont développé la théorie selon laquelle les juifs provoquent la destruction de l’Europe par le métissage et ainsi le remplacement de la population pour imposer la “dictature juive mondiale” par le biais de l’Organisation des Nations unies. »

Extrême gauche

L’antisémitisme trace aussi un sillon au sein de la gauche radicale. La prise en otages d’athlètes israéliens lors des JO de Munich en 1972 a marqué un tournant, explique l’historien Thomas Maineult, spécialiste de la question palestinienne. « Certains militants trotskistes ne condamnent pas alors l’attentat, publient des articles qui justifient le recours aux armes contre un État colonisateur. On ne peut pas qualifier ces intellectuels d’antisémites, mais ils sont à la limite. » En 1987 éclate la première Intifada suivie de la seconde­, en 2000, qui vont provoquer en France une montée des agressions antisémites, sous prétexte d’antisionisme. Les slogans « mort aux juifs » sont entendus dans les cortèges où se retrouvent militants de la cause palestinienne, antiracistes ou anti-impérialistes.

Les thèses négationnistes – à l’instar des écrits de Roger Garaudy, ancien catholique marxiste converti à l’islam – ont permis la construction de sombres syllogismes : il fallait l a Shoah pour justifier la création d’Israël­ et neutraliser les critiques. Mais comme la Shoah est une invention, alors rien ne légitime l’existence de cet État. Ou encore : les Palestiniens sont devenus les juifs de 1939. Donc les Israéliens sont les nazis d’aujourd’hui…

En 2002, le chercheur Pierre-André Taguieff publie le livre La Nouvelle Judéophobie. Il y analyse une « banalisation » des incidents antijuifs provoqués lors de ces manifestations. Plus largement, il dénonce un discours d’une partie de la gauche dans lequel la cause du migrant, en particulier musulman, a remplacé celle du prolétaire, et fait d’Israël la source de tous les maux. « Il y a eu une forme de cécité à gauche sur la vraie nature d’un antisémitisme qui ne se base plus sur une race, mais qui se confond avec un mouvement social », résume Danny Trom.

L’idée que l’antisionisme nourrit la haine des juifs doit toutefois être relativisée, comme le montre une étude Ipsos réalisée en 2017 pour la Fondation du judaïsme français : si 42 % des Français ont une perception négative d’Israël, ce score monte à 48 % dans l’électorat d’extrême droite et 58 % au sein de la gauche radicale (PCF, La France insoumise et extrême gauche). Mais, alors que l’adhésion aux préjugés antisémites est très forte à l’extrême droite, elle l’est beaucoup moins parmi les sympathisants de gauche. Exemple : le stéréotype selon lequel les juifs auraient beaucoup de pouvoir est approuvé par 63 % des premiers contre seulement 46 % des seconds (52 % pour l’ensemble des Français). « L’antisémitisme comme l’antisionisme sont des attitudes cohérentes entre elles, mais qui concernent le plus souvent des individus différents », conclut Ipsos.

Islam

Pour les Français juifs, la menace vient aujourd’hui essentiellement du monde arabo-musulman. Le terrorisme islamique a marqué cette dernière décennie, avec l’assassinat de quatre personnes dont trois enfants à l’école Ozar Hatorah à Toulouse, en 2012, ou la prise d’otages de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes en 2015 qui fit là aussi quatre victimes. Outre l’horreur des événements, c’est l’onde de choc qui produit de l’angoisse. Chaque attentat commis est suivi de multiples répliques dans les semaines qui suivent. Après l’attaque de l’école de Toulouse, 90 actes antisémites ont été recensés en dix jours. Les assassinats de deux retraitées à Paris, Sarah Halimi en 2017 et Mireille Knoll en 2018, pour lesquels le caractère antisémite a été retenu, témoignent de l’impact de l’actualité terroriste sur des esprits faibles ou malades (2). « L’attentat, ce n’est plus simplement être au mauvais moment au mauvais endroit, mais cela peut arriver tous les jours, dans notre vie privée, témoigne Marc Knobel, directeur des études du Crif. Nous sommes ciblés, on a peur pour nos enfants, pour nos vieux. »

Dans les quartiers et les villes où vit une importante population musulmane, beaucoup de familles juives ont décidé de déménager ou d’inscrire leurs enfants dans des établissements privés. D’après l’Observatoire du Fonds social juif unifié (FSJU), sur les 100 000 enfants juifs scolarisés, un premier tiers le sont désormais en écoles juives, un autre tiers dans le réseau public et un tiers dans des établissements privés sous contrat, laïcs et catholiques. « Lorsqu’on a dit qu’il n’y avait plus d’élèves juifs en Seine-Saint-Denis, certains ont voulu démontrer par quelques cas que c’était faux, explique Francis Kalifat. Pourtant le résultat est bien là, la Seine-Saint-Denis s’est vidée de sa population juive. »

En 2002 paraît l’ouvrage collectif Les Territoires perdus de la République dénonçant l’emprise du communautarisme musulman sur des établissements où il n’est plus possible d’enseigner la Shoah, où des professeurs juifs sont pris à partie. L’ouvrage provoquera une double polémique, sur l’omerta supposée de l’institution scolaire, et sur la nature de cet antisémitisme « culturel » des Français musulmans.

Enseignant depuis vingt ans dans le même collège de Saint-Denis, Iannis Roder est un acteur de terrain et un expert, membre du Conseil des sages de la laïcité de l’éducation nationale, et de la Fondation pour la mémoire de la Shoah. « La prise de conscience a été lente, reconnaît le professeur d’histoire. Il y a vingt ans, à gauche, on était inaudible. Les gamins étaient des victimes sociales et post-coloniales, le mot antisémite n’entrait pas dans le logiciel. Maintenant, les grands médias et les politiques ont compris, même s’il reste encore des intellectuels qui minimisent cette réalité. »

Le think tank Fondapol publie en 2017 une enquête reposant sur une série d’entretiens qualitatifs menés auprès de musulmans. Il en ressort qu’aucune des personnes interrogées ne se revendique d’une idéologie clairement constituée mais que l’antisémitisme relève du « bricolage identitaire », comme l’analyse l’universitaire Mehdi Ghouirgate. Clichés véhiculés dans les familles, affirmations floues puisées sur Internet alimentent des propos virulents sur les juifs, plus qu’une réflexion politique sur la situation au Proche-Orient ou des références au Coran qu’ils ignorent. Chez les jeunes générations, surtout, « la prise de position contre Israël ou encore l’hostilité déclarée aux juifs constituent, entre autres, des marqueurs d’une identité musulmane en devenir », souligne Mehdi Ghouirgate.

« Ces études confirment ce que je vois en classe depuis des années, témoigne Iannis Roder. Une vision communautaire des rapports sociaux de plus en plus forte. Il y a les juifs, les Français, et les musulmans… Tout doit rentrer dans une case. L’identité est en crise chez ces gamins qui ne savent au fond plus qui ils sont. »

Loin de se limiter au monde scolaire, ces vents mauvais ont aussi gagné le monde universitaire. En octobre 2018, une étudiante juive de Bobigny (Seine-Saint-Denis) porte sur la place publique les blagues de plus en plus stigmatisantes dont elle est la cible et porte plainte. La jeune fille a depuis changé d’université et ne souhaite plus communiquer. La présidente de l’Union des étudiants juifs de France, Noémie Madar, explique que cette affaire a provoqué d’autres témoignages similaires. « Cela a mis en lumière le problème des étudiants juifs isolés et qui se taisent. Beaucoup nous ont raconté la même histoire, ils préfèrent dissimuler leur identité juive de peur d’être ostracisés. »

L’amalgame

Ces différents antisémitismes contemporains pouvaient, jusqu’à des temps encore récents, évoluer dans leur propre sphère. Mais le développement d’Internet leur a donné depuis les années 2000 une caisse de résonance commune. Les théories conspirationnistes et fausses informations s’y développent et aucun tabou ne résiste au flot des opinions transgressives. La condamnation du « système », la dénonciation des « élites » sont des procédés rhétoriques qui ciblent les mêmes ennemis : les puissants et les riches… Et donc les juifs, puisqu’ils sont les deux à la fois ! « Le culte de l’instantanéité, de l’expression et de la diffusion illimitées favorise la post-vérité et les fake news », analyse le sociologue Michel Wieviorka. Il y a une demande de liberté d’expression totale et l’antisémitisme, parce qu’il est puni par la loi, représente un obstacle qui alimente la haine des juifs. Dans le monde de l’édition, les récentes publications d’écrits de Céline, de Rebatet ou encore de Mein Kampf, ou le passé antisémite de l’écrivain Yann Moix qui fit scandale à la rentrée, révèlent aussi cette « fascination pour la transgression qui marque la culture de l’époque », assure Michel Wieviorka.

Deux personnages, Alain Soral et Dieudonné, sont devenus les principaux diffuseurs de la haine antisémite en France. Le premier anime Égalité et Réconciliation, l’un des sites politiques les plus consultés. Il y vend des BD ou livres négationnistes, ou bien encore diffuse des vidéos sur lesquelles, à titre d’exemple, on l’entend traiter le Panthéon de « déchetterie casher ». Le deuxième, inventeur de la sinistre « quenelle », sorte de salut nazi inversé, avait notamment fait monter sur scène Robert Faurisson pour l’un de ses spectacles.

Les deux hommes ont été poursuivis à de multiples reprises en justice, grâce à la ténacité des associations. Une quinzaine de condamnations depuis 2014 pour Soral dont quatre peines de prison ferme prononcées en 2019. Presque autant pour Dieudonné qui n’a écopé au maximum que de prison avec sursis. Cernés sur le terrain judiciaire, Soral et Dieudonné ont pourtant largement contribué à banaliser dans les esprits un antisémitisme primaire. Au printemps 2019, lors d’un rassemblement national d’étudiants d’Instituts d’études politiques, une soirée arrosée a été l’occasion de slogans nazis et négationnistes. « Une banalisation du mal inacceptable » que condamne Gabriel Eckert, directeur de l’Institut d’études politiques de Strasbourg, dont les étudiants ont été mis en cause. La justice a été saisie.

Cette désinhibition trouva aussi à s’exprimer lors du mouvement des « gilets jaunes ». Gestes nazis, tags sur des devantures de magasins, banderoles antisémites visant le président Macron. De nombreux élus de la majorité et des journalistes ont été insultés sur ce même registre. La dégradation du climat social fait craindre à certains observateurs une convergence des antisémitismes. « Il y a un risque qu’ils s’additionnent, qu’ils s’amalgament », redoute le préfet Frédéric Potier. « Le juif coagule toutes les haines de la société, estime pour sa part le grand rabbin ­Korsia. Antisémitisme d’extrême droite ou d’extrême gauche, tout cela s’entretient. » En janvier, à Paris, le philosophe Alain Finkielkraut a été agressé par un gilet jaune. « Sale sioniste, rentre chez toi », hurle l’homme. Converti à un islam rigoriste, son profil n’est certainement pas représentatif des manifestants. Mais la scène interpelle, de même que la passivité d’un grand nombre de témoins. Danny Trom s’interroge sur la jonction possible de deux populismes qui alimentèrent le soulèvement des banlieues de 2005 et celui de la France périphérique, en 2018. « Ces deux mouvements ne se rejoignent pas mais ils ont entre eux un point commun, c’est la haine des juifs », résume-t-il.

Retour à Sarcelles

Mercredi 16 octobre, la communauté juive de Sarcelles (Val-d’Oise) se rassemble pour la fête de Souccot. Des canisses en osier couvrent la cour intérieure transformée, selon la tradition, en « cabane ». Les familles viennent y prendre leur repas. Certains dorment sur place. Ce jour-là, la communauté accueille une délégation de jeunes de cités voisines, parmi lesquels plusieurs portant un voile.

La présidente de l’UEJF, qui organise tous les ans ces « souccas ouvertes » dans les synagogues du pays, est venue présenter l’enjeu de la rencontre. Se connaître, ouvrir les lieux à des personnes qui n’auraient jamais osé pousser la porte. « Au début je n’ai pas voulu venir, explique une jeune femme coiffée d’un foulard fuchsia. Finalement je ne regrette pas. » Avec Raphaël, étudiant en gestion qui anime la table, les échanges portent sur les rites et les pratiques. « Vous vous tournez dans une direction particulière pour prier ? », lui demande-t-on. La rencontre se prolonge par une visite de la salle de prière.

Une initiative toute simple mais qui prend des allures d’exploit, quand on connaît l’histoire récente de Sarcelles. En juillet 2014, la synagogue a vu déferler, depuis la gare de RER, des centaines de manifestants pro-palestiniens qui, munis de cocktails Molotov, tentèrent de prendre d’assaut le lieu de culte. Les scènes d’émeute ont traumatisé pour longtemps les membres de la communauté, comme en témoigne Elie Tubiana, l’un de ses responsables. « Il y a trente ans, on vivait tous ensemble. À l’école, j’avais des copains arabes. C’est devenu difficile. Aujourd’hui, on a du mal à fixer les jeunes ici », témoigne ce père de six enfants. Ce que nous confirme Raphaël. Il aimerait un jour, comme ses deux copains étudiants, l’un en fac dentaire, l’autre dans l’intelligence artificielle, partir habiter dans la capitale. « C’est une marque de réussite, dit Raphaël. Et je ne me verrais pas élever mes enfants ici, à Sarcelles. » Cette ville où vivent toujours 12 000 juifs conservera-t-elle encore longtemps le joli surnom de « petite Jérusalem » ?

(1) Les travaux de réfection de sépultures doivent commencer en février. (2) Le 19 décembre 2019, la justice a déclaré « pénalement irresponsable » Kobili Traoré, le meurtrier de Sarah Halimi qui avait crié « Allah akbar » au moment des faits, « en raison d’un trouble psychique ». L’un des deux suspects de l’assassinat de Mireille Knoll est accusé par son complice d’avoir agi par antisémitisme.

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Du « peuple déicide » aux « frères aînés dans la foi »

Si on trouve un antisémitisme païen bien avant l’apparition du christianisme, l’antijudaïsme chrétien a prospéré pendant des siècles, jusqu’au tournant du concile Vatican II.

Comment le christianisme, fondé sur l’enseignement, la personne et la vie d’un juif, fils d’une juive, dont les premiers disciples étaient juifs, fut-il pendant des siècles responsable de ce que l’historien Jules Isaac a appelé « l’enseignement du mépris » vis-à-vis des juifs ?

Longtemps considéré comme « déicide », responsable de la crucifixion du Christ, le peuple juif fut aussi souvent vu par les chrétiens comme maudit. « La destruction du Temple et la dispersion des juifs ont été considérées comme les châtiments dus au refus du Christ, de la part du peuple élu, désormais errant jusqu’à la fin des temps », résume le père Louis-Marie Coudray, directeur du Service national pour les relations avec le judaïsme de la Conférence des évêques de France. Pourtant, saint Paul lui-même affirme dans son Épître aux Romains que Dieu n’a « pas rejeté son peuple » et que « les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance ».

Un besoin des premiers chrétiens de se différencier

Malgré cela, dès les premiers siècles de notre ère naît un antijudaïsme chrétien, du besoin des premiers chrétiens de se différencier des juifs. « Pour les chrétiens, la jalousie à l’égard d’Israël a très vite pris la forme de la revendication d’héritage. Éliminer l’autre si proche et pourtant si différent ! », décryptait le cardinal Lustiger (1). Si le magistère catholique n’emploie presque jamais le terme de « déicide » (seule mention, un paragraphe du concile de Trente au XVIe siècle qui réfute la thèse du peuple déicide), les sermons de saint Jean Chrysostome au IVe siècle martèlent l’idée que ce « peuple de chiens »« à la nuque raide », dont les synagogues sont des « tanières de bêtes impures », est collectivement responsable de la mort du Christ.

« Il s’agissait de convaincre les fidèles de ne pas participer aux fêtes juives, alors qu’une convivialité existait alors entre juifs et chrétiens d’Antioche et que ces derniers se rendaient volontiers à la synagogue », explique Jacqueline Cuche, présidente de l’Amitié judéo-chrétienne de France. Une théologie de la substitution, selon laquelle l’Église remplace Israël dans une nouvelle alliance avec Dieu, se répand chez les chrétiens, nourrissant cet antijudaïsme alimenté par ailleurs par certains textes du Nouveau Testament.

À l’époque médiévale se propage le mythe, déjà existant dans l’Antiquité, de meurtres rituels dont se rendraient coupables les juifs. On peut noter que le Saint-Siège se tient la plupart du temps à l’écart de ces rumeurs. Ainsi, alors que de nombreuses accusations attribuant des meurtres rituels à des juifs proviennent des pays germaniques, le pape Innocent IV s’insurge contre ces « machinations scélérates » par une bulle envoyée aux évêques allemands. Cependant, certains enfants dont l’assassinat est attribué à des juifs bénéficient d’une vénération publique, comme le petit Simon de Trente, disparu en 1475. Cette affaire, qui entraînera 15 exécutions dans la petite communauté juive de la ville, sera reconnue comme frauduleuse en 1965 par la Congrégation pour la cause des saints.

La haine est désormais de nature raciale

L’historien Carol Iancu décrit une attitude ambivalente des chrétiens médiévaux à l’égard des juifs, entre reconnaissance pour avoir donné un Dieu unique, le livre des livres et les apôtres, et un ressentiment pour leur résistance à l’Évangile. Certes, ils peuvent la plupart du temps s’établir en terre chrétienne, avec parfois même une protection particulière. Mais on leur impose le ghetto, un signe distinctif (la rouelle) accompagné d’un impôt, un serment infamant (2), et on leur interdit de posséder et travailler la terre, les cantonnant aux métiers médicaux ou de commerce, entretenant ainsi l’image du juif errant et cupide.

L’antisémitisme moderne se distingue toutefois nettement de l’« enseignement du mépris » tenu par l’Église pendant des siècles : la haine n’est plus de nature religieuse, mais raciale. Mais, selon Jacqueline Cuche, « les siècles d’antijudaïsme religieux qui ont précédé l’antisémitisme né au XIXe siècle ont permis à celui-ci de faire des ravages ». En pleine affaire Dreyfus, La Croix se proclame fièrement « le journal le plus antijuif de France »…

Il faudra attendre 1938 pour qu’un pape condamne sans ambages l’antisémitisme, « insupportable ». « Nous sommes spirituellement des Sémites », affirme Pie XI, à l’orée de la Seconde Guerre mondiale. La même année, Jacques Maritain décrit l’antisémitisme comme « une insulte à la religion chrétienne ». Mais, alors que le « statut des juifs » est mis en place en France en 1940, ce n’est qu’en 1942 que des évêques élèvent publiquement la voix contre les persécutions les visant.

Les 10 points de Seelisberg

Après la guerre, dans la sidération de la Shoah, se tient la conférence de Seelisberg, en Suisse. Soixante-dix protestants, catholiques et juifs se penchent sur l’enseignement religieux chrétien concernant les juifs, et publient un texte en 10 points qui insiste notamment sur le fait que le même Dieu parle dans l’Ancien et le Nouveau Testament, que le précepte fondamental du christianisme – celui de l’amour de Dieu et du prochain – se trouve déjà l’Ancien Testament…

Ces 10 points de Seelisberg, approuvés par le Vatican et par le Conseil œcuménique des Églises, ont inspiré la réflexion du concile Vatican II sur le judaïsme. Celle-ci se formalise dans la déclaration Nostra Aetate en 1965, qui affirme que le peuple juif n’est pas responsable de la mort de Jésus et que l’Église ne se substitue pas au peuple d’Israël dans l’alliance avec Dieu. Depuis, les papes ont tous rappelé que l’antisémitisme est un péché et qu’être à la fois chrétien et antisémite est incompatible. Devant la communauté juive d’Allemagne, le 17 novembre 1980, Jean-Paul II parle ainsi du « peuple de Dieu de l’ancienne Alliance, qui n’a jamais été révoquée »« Vous êtes nos frères préférés et, d’une certaine manière, on pourrait dire nos frères aînés », affirme le même pape en 1986 dans un discours à la synagogue de Rome.

Cependant, s’il n’existe plus au niveau institutionnel d’antijudaïsme chrétien, « on retrouve encore dans certains milieux catholiques des préjugés sur les juifs », regrette Louis-Marie Coudray, qui y voit la persistance d’un « marcionisme latent », du nom de cette hérésie des premiers siècles niant le lien du christianisme avec l’Ancien Testament.

(1) Allocution du 20 octobre 1998 en la synagogue Sutton Place à New York (États-Unis). (2) Lorsqu’ils prêtent le more judaico, les juifs doivent, selon les régions et les époques, l’accompagner de gestes obscènes ou humiliants, comme porter une couronne d’épines, se tenir sur une peau de truie ensanglantée, ou se tenir sur un trépied et payer une amende à chaque chute.

https://www.la-croix.com/Religion/peuple-deicide-freres-aines-foi-2020-01-10-1201070873

 

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Antisionisme, un sujet politique inflammable

L’Assemblée nationale a voté une résolution affirmant que l’antisionisme peut être une forme d’antisémitisme. L’initiative divise au sein même de la majorité.

L’Assemblée nationale a adopté, le 3 décembre 2019, une proposition de résolution LREM sur l’antisémitisme, soutenue par le gouvernement mais qui a provoqué une forte opposition au sein même de la majorité.

À l’initiative de Sylvain Maillard, président LREM du groupe d’études « antisémitisme » de l’Assemblée, cette résolution reprend la définition de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (Ihra), déjà validée par le Parlement européen et 16 pays de l’Union européenne : « Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme visent des individus juifs ou non et/ou leurs biens, des institutions communautaires et des lieux de culte. » Les termes choisis sont suffisamment larges pour viser certaines idées ou actions anti-israéliennes. Dans l’exposé des motifs de la résolution, il est précisé : « Cette définition permet de qualifier d’antisémites les attaques antisionistes motivées par la haine de juifs, elle ne reconnaît pas comme antisémites les critiques à l’égard des politiques menées par l’État d’Israël. »

Un texte à portée symbolique et politique

Ce texte n’est pas contraignant mais a une double portée. D’un point de vue symbolique, il permet de « mettre des mots sur ce qu’est le nouvel antisémitisme », assure Sylvain Maillard, évoquant des manifestations pro-palestiniennes où l’on entend des « morts aux sionistes ». D’un point de vue pratique, il doit permettre de donner des instructions aux policiers et magistrats ou encore de former les enseignants. En séance, le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, a salué un « outil opérationnel fort ».

 

Mais, politiquement, l’initiative a profondément divisé les élus. La droite et la gauche ont trouvé là l’occasion de réaffirmer les positions clivantes sur la question israélienne. Éric Coquerel, pour La France insoumise, estime que cette définition vise à interdire des campagnes de boycott de produits israéliens, qui sont l’expression d’une « critique radicale et légitime » de la politique de ce pays. « L’islam politique qui tue en Israël est le même que celui qui tue en France : c’est la réalité mais vous ne voulez pas l’avouer », lui rétorque Meyer Habib (UDI).

Sans aller si loin, nombre d’élus LREM et MoDem ne comprennent pas un texte ambigu, une approche qui conduit à hiérarchiser les discours de haine, en donnant un statut à part à l’antisémitisme. En réponse à ces critiques, Gilles Le Gendre, président du groupe LREM, a annoncé la création d’une prochaine mission d’information « sur l’émergence de nouvelles formes de racisme et de discrimination ». Le texte a finalement été adopté par seulement 154 voix. Si 84 députés LREM l’ont voté, 26 se sont prononcés contre et 22 se sont abstenus. Traduction d’une défiance inédite dans la majorité.

https://www.la-croix.com/France/Antisionisme-sujet-politique-inflammable-2020-01-10-1201070867

Blog Histoire Géo

Le journal La Croix du 10 janvier a publié un dossier pour tenter d’expliquer les origines de l’antisémitisme en Europe qui apporte des réponses aux questions que me pose chaque année les élèves de troisième quand nous abordons le nazisme. Vous le trouverez dans le pdf ci-dessous.

La Croix pages 15 – 22

Voir l’article original

ANCIEN TESTAMENT, JUDAÏSME, LIVRE D'ESTHER, POURIM

Livre d’Esther et fête de Pourim

Le livre d’Esther, « Résister à la persécution »

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Le livre d’Esther se présente comme un roman édifiant.

L’action se situe après la victoire des Perses sur les Babyloniens. Ce succès a permis le retour d’exil, mais tous les Juifs déportés à Babylone ne sont pas rentrés à Jérusalem. De nombreux juifs sont restés en Mésopotamie. L’héroïne du récit appartient à ces Juifs de la diaspora (la « dispersion ») établis à Suse. Remarquée par l’empereur des Perses, elle devient son épouse.

Devenue reine des Perses, Esther va œuvrer afin de protéger son peuple dont le statut demeure fragile. En effet, le ministre Aman désire éliminer la communauté juive qui, selon lui, ne le respecte pas assez. A la demande d’Aman, le roi donne l’autorisation de préparer le massacre des Juifs. Mais Esther, forte de son pouvoir de séduction auprès du roi, parvient à retarder l’échéance. Lors d’un banquet qu’elle organise, elle fait chuter Aman dans un piège. Une fois Aman exécuté, le roi autorise que les juifs puissent se défendre si on les attaque. Ces derniers vont ainsi assassiner tout le clan d’Aman sans que le roi ne les sanctionne. Ce triomphe sera ensuite commémoré dans la fête des Pourim.

Sens du livre d’Ester.

Esther se présente comme modèle de l’intégration des Juifs au sein des nations païennes chez qui elles vivent.

Bien que juive, elle devient reine des Perses et vit selon la coutume des Perses. Elle organise ainsi des festins sans paraître se soucier des interdits alimentaires.

Le message du livre d’Esther est à destination aussi bien des Juifs que des païens : chacun tire bénéfice à vivre ensemble :

  • grâce à Esther, la communauté juive est sauvée,
  • mais aussi, le roi perse lui est redevable d’avoir dévoilé la traîtrise de son ministre.

Esther est un personnage très proche du patriarche Joseph : elle représente le judaïsme implanté en Mésopotamie, comme Joseph représente le judaïsme installé en Égypte.

 

Les personnages principaux du Livre d’Esther : Esther, le roi, Aman, Mardochée.

 

Esther : le nom vient peut-être d’Ishtar, la déesse mésopotamienne, jolie juive vivant à Suse, elle épouse le roi Assuérus. A la demande de son cousin Mardochée, elle sauve le peuple juif d’un massacre que projetait le ministre Aman. Ce dernier est tué, les deux jours de réjouissance qui s’en suivent sont à l’origine de la fête de Pourim.

Le roi : Le roi achéménide de Perse, Khshayarsha Ier (485-465), est connu sous le nom grec de Xerxès, et dans l’Ancien Testament sous le nom hébreu latinisé d’Assuérus (le nom hébreu du roi est Ahashwérosh). Célèbre pour ses luttes contre les Grecs (victoire des Thermopyles, défaite de Salamine), il réprima une révolte en Égypte, et une autre à Babylone.

Aman : ministre du roi de Perse, il veut exterminer les Juifs, mais il sera finalement tué.

Mardochée : le nom vient peut-être de Marduk, dieu mésopotamien. Cousin et père adoptif d’Esther, c’est sur les conseils de ce Juif que la reine Esther va sauver les Juifs de Suse et de l’empire perse.

 

Histoire de la rédaction du Livre d’Esther.

La rédaction du texte est difficile à dater. Des différentes références qui sont faites, on peut supposer une rédaction au cours du deuxième siècle.

Le livre d’Esther présente une particularité : dans le texte hébreu, il ne comporte aucune mention du tétragramme divin (seul le texte grec incorpore une prière de Mardochée et d’Esther (en Est 4,17). Il a donc été longtemps considéré comme un livre profane, une sorte de roman sans valeur religieuse. Cela a beaucoup freiné son admission dans le canon des Ecritures (c’est à dire la liste des livres reconnus comme inspirés). C’est finalement sa popularité qui a forcé la main aux rabbins du IIème siècle.

 

Plan du livre d’Esther

 

I- Présentation de la situation

  • Le songe de Mardochée
  • La découverte du complot par Mardochée
  • Les circonstances qui amènent le roi perse Assuérus (Xerxès) à répudier la reine Vashti (1,1-22)
  • Le remplacement de la reine par Esther (2,1-18)
  • L’oncle d’Esther, Mardochée, dénonce un complot contre le roi (2,19-23)

 

II- Le complot

  • Aman, un important ministre, obtient du roi l’autorisation d’exterminer les Juifs. Il poursuit ainsi de sa haine Mardochée qui refuse de se soumettre à sa tyrannie (3,1-15).
  • Mardochée décide Esther à intervenir auprès du roi. Elle hésite à faire cette démarche car, selon la loi, elle risque sa vie si le roi ne lui accorde pas audience (4,1-17).
  • Esther invite Aman à un banquet afin de le mettre en confiance (5).
  • Le roi ordonne que Mardochée soit dignement récompensé du service autrefois rendu (raconté en 2,19-23). Il décide qu’on rende les honneurs à Mardochée, et charge (ironie !) Aman de cette mission ! Celui-ci, la mort dans l’âme, doit s’exécuter (6).
  • Esther organise un second banquet et y invite Aman et le roi. Le roi ayant proposé à Esther de lui donner ce qu’elle désire, celle-ci en profite pour dénoncer la tyrannie d’Aman. Aman, sentant le danger venir, supplie Esther de ne pas lui nuire davantage. Le roi interprète mal l’empressement d’Aman et croit que ce dernier veut violer la reine ! La sentence est immédiate : Aman est pendu sur le gibet qu’il avait fait dresser pour Mardochée (7).
  • Esther obtient du roi que les Juifs puissent se défendre, car Aman a donné des instructions pour agir contre eux (8).
  • Texte de l’édit royal.
  • Grâce à cette autorisation, les Juifs massacrent leurs ennemis (9,1-19).

 

III- Célébration de la victoire

  • La fête des Pourim est instituée pour commémorer l’événement (9,20-32).
  • Mardochée devient un personnage important (10,1-3).
  • Interprétation du songe de Mardochée et conclusion.

 

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La fête juive de Pourim

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Le fête de Pourim a lieu tous les ans, le 14 Adar (février- mars). Les juifs commémorent le salut des juifs de l’Empire perse qui ont échappé à la fureur d’Aman, premier ministre du roi.

Pourim vient de l’accadien pour qui signifie « tiré au sort ». Il fait référence aux dés lancés par Aman pour fixer la date du massacre des juifs. Le livre d’Esther raconte comment ce jour choisi pour l’extermination des juifs est devenu celui du massacre des ennemis d’Israël.

 

Comment les juifs célèbrent-ils Pourim ?

La fête est précédée d’un jeûne qui rappelle celui d’Esther avant son intercession auprès du roi Assuérus pour obtenir le salut des juifs. Le jeûne a lieu la veille de la fête. Le jour de la fête, aux offices du matin et du soir, on procède à la lecture du rouleau d’Esther. Pourim est marquée par une atmosphère joyeuse de carnaval : adultes et enfants assistent déguisés à la lecture. A chaque fois que le nom d’Aman est prononcé, les fidèles frappent du pied et agitent des crécelles. Cette pratique très ancienne du chahut vient de l’injonction d’ « effacer la mémoire d’Amaleq » (Dt 25, 19) dont on dit qu’il était l’ancêtre d’Aman (Est 3,1). Il est aussi de coutume d’offrir des cadeaux aux enfants.

 

Pourquoi se déguise-t-on ?

Se déguiser, s’habiller comme un autre au point qu’on ne puisse plus se reconnaître, est une manière de célébrer l’échange des sorts du juif Mardochée et d’Aman. Tous les ennemis d’Israël attendaient l’exécution du juif Mardochée. Pourtant c’est Aman, le puissant et l’ennemi d’Israël, qui sera sur la potence. Le déguisement, mais aussi le vin dont il est recommandé de faire large usage, est une façon de célébrer le vrai juste caché derrière les apparences.

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ANTIJUDAÏSME, ANTISEMITISME, JUDAÏSME

Le retour de l’antisémitisme ?

LE RETOUR DE L’ANTISEMITISME 

Un article de Hérodote.net suite à l’agression d’Alain Finkelkraut

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L’antijudaïsme médiéval, de 610 à 1492

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L’hostilité à l’égard des juifs n’est pas nouvelle. Néanmoins, l’antisémitisme proprement dit est récent, puisque ses origines remontent au XIXe siècle, époque où le mot a d’ailleurs été forgé. Il a été précédé par l’antijudaïsme, qui désigne l’aversion de la religion juive et de ses adeptes. L’antijudaïsme existe dès l’Antiquité gréco-latine, la religion juive faisant alors l’objet d’attaques de la part d’auteurs païens.

Cet antijudaïsme trouve un souffle nouveau lorsque le christianisme s’impose dans l’empire romain au IVe siècle. Peu à peu, les juifs perdent les avantages qu’ils avaient précédemment acquis. Jugés responsables de la condamnation à mort de Jésus, ils sont considérés au Moyen Âge comme des déicides (ceux qui ont tué Dieu).

Cela ne les empêche pas de pouvoir vivre en terre chrétienne, où la prospérité économique de quelques-uns suscite la jalousie de leurs voisins chrétiens mais fait aussi les affaires des seigneurs, qui ne se privent pas de les taxer.

À partir des croisades, au XIIe siècle, les relations entre juifs et chrétiens se détériorent. Les premiers deviennent la cible des souverains, qui durcissent leur statut (obligation de porter un signe distinctif, interdiction d’être armé…). À la merci des rois et princes, sous la menace permanente d’une expulsion ou d’une confiscation de leurs biens, les juifs sont périodiquement rançonnés pour renflouer les caisses des États.

Quand les choses vont mal, ils sont désignés comme boucs émissaires, livrés à la vindicte populaire, parfois forcés de se convertir, envoyés au bûcher ou massacrés. C’est particulièrement le cas lors des épidémies de peste qui ravagent l’Europe dans les derniers siècles du Moyen Âge.

Cette hostilité atteint des sommets avec l’expulsion en 1492 des juifs d’Espagne. Dans le même temps, les autres communautés juives d’Europe et du monde islamique sont forcées de vivre dans des quartiers réservés, souvent à l’extérieur des murailles des villes : ce sont les ghettos.

Il existe toutefois des havres de paix et de sécurité pour les juifs. C’est le cas du royaume de Pologne et des États du pape, qui accueillent des juifs expulsés ou fuyant la violence.

L’antijudaïsme au Moyen-Âge est complexe, mélangeant les raisons religieuses, la méfiance et la jalousie, mais aussi des motivations fiscales et politiques. Au fil du temps, il devient de plus en plus radical, posant les bases de l’antisémitisme, lequel repose sur des considérations raciales.

 

De la science à l’idéologie

Bien avant Wilhelm Marr, les linguistes européens ont identifié une origine commune aux langues hébraïque, arabe, araméenne, assyrienne et guèze (éthiopien ancien). En souvenir de la Bible, ils ont rangé toutes ces langues sous l’épithète sémitique.

Le mot tire son origine de Sem, fils de Noé et ancêtre d’Abraham. Selon la Bible, Abraham engendra Ismaël avec sa servante Agar et Isaac avec son épouse Sara. Du premier descendraient les Arabes et du second les Hébreux !

 

Les juifs en Europe

 

L’antisémitisme moderne, de 1492 à nos jours

Au Moyen Âge, les juifs d’Europe faisaient figure de boucs émissaires dans les périodes de crise et de doute. Toutefois, l’Église et les souverains leur laissaient la faculté de se faire baptiser pour se distingue radicalement de l’antisémitisme moderne (XIXe-XXe siècles) qui, contre toute évidence, présente les Juifs comme une race à part.

 Du philosémitisme des Lumières à l’antisémitismse « scientifique »

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De la fin du Moyen Âge jusqu’au dernier tiers du XIXe siècle, Espagne mise à part, l’Europe manifeste une plus grande tolérance à l’égard de ses minorités israélites. On peut de la sorte parler de philosémitisme (le contraire de l’antisémitisme) pour qualifier l’attitude dominante de l’opinion occidentale à l’égard des juifs jusque dans les années 1870. Les premiers dérapages se produisent à la fin du XIXe siècle.

La théorie de la sélection naturelle, exposée par Charles Darwin dans L’Origine des Espèces, en 1859, inspire un darwinisme social qui voit dans les luttes civiles, les inégalités sociales et les guerres de conquête rien moins que l’application de la sélection naturelle à l’espèce humaine.

Friedrich Engels, ami de Karl Marx, envisage comme un bienfait l’extermination de peuples arriérés d’Europe centrale. D’autres théoriciens scientistes prônent l’intervention de l’État pour améliorer l’espèce humaine. Leurs préceptes eugénistes seront mis en œuvre par les sociaux-démocrates suédois en 1922 puis par Hitler en 1933.

La défaite de la France dans la guerre franco-prussienne inspire aussi en 1886 au journaliste Édouard Drumont l’ouvrage le plus abject qui soit : La France juive, essai d’histoire contemporaine. Dans ce volumineux pamphlet, l’auteur oppose pour la première fois la race supérieure des prétendus « Aryens »aux Sémites (juifs).

 Chassé-croisé politique

Les premières violences antisémites surviennent en Russie où, dans les crises récurrentes, les communautés juives deviennent des boucs émissaires pratiques. La police tsariste commet un faux grossier, Le protocole des Sages de Sion, pour encourager les pogroms.. Beaucoup de juifs russes émigrent alors vers l’Allemagne, l’Autriche, les États-Unis ou encore la Palestine.

À la veille de la Grande Guerre (1914-1918), c’est encore en Allemagne que les juifs se sentent le mieux intégrés. Tout bascule après la défaite de l’Allemagne. On en vient, avec Hitler, aux lois antisémites   de Nuremberg (1935) et au génocide de 1941-1945.

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En 1953 encore, en dépit de l’horreur unanime suscitée par la Shoah, Staline accuse ses médecins juifs d’être à l’origine du « complot des bouses blanches » et c’est seulement la mort qui l’empêche de déporter tous les juifs de son pays.

On a pu croire dans les années 1970 que les horreurs du passé avaient vacciné les Européens contre l’antisémitisme. Mais un nouvel antisémitisme est en train d’émerger, sans lien idéologique avec le précédent mais tout aussi lourd de menaces. Une Histoire qui ne finit pas.

Vers un nouvel antisémitisme

 Après une succession de meurtres antisémites sans précédent sur le sol de la République française, chacun s’inquiète de la résurgence de l’antisémitisme en multipliant les références à l’extrême-droite des années 1930, voire au nazisme.
Illusion, le nouvel antisémitisme n’a rien à voir avec le passé. Il traduit le mal de vivre d’une jeunesse essentiellement musulmane et africaine et sa haine de la modernité occidentale à laquelle elle n’arrive pas à s’identifier. Ces nouveaux antisémites ont été rejoints par une jeunesse d’extrême-gauche mue par l’antisionisme, la dénonciation de la « ploutocratie juive » et le soutien de tous les « opprimés », forcément issus du tiers-monde.
Il a fallu quelques injures adressées au philosophe Alain Finkielkraut le 16 février 2019, en marge d’une manifestation des Gilets jaunes à Paris, pour que la classe dirigeante en vienne à s’indigner et même à lancer un appel à manifester, ce qu’elle n’avait pas fait après les crimes de Merah et de ses comparses ! La police ayant évité d’interpeller trop vite le principal coupable, un islamiste agissant à visage découvert, on s’est hâté d’attribuer ces injures à une résurgence de l’antisémitisme d’extrême-droite, avec l’avantage supplémentaire de disqualifier les Gilets jaunes et de faire l’impasse sur les racines sociales de leur malaise…

Dans les années 1970, l’opinion publique paraissait vaccinée contre l’antisémitisme en France et dans le reste du monde.

En marge de la société, des illuminés comme le « négationniste » Faurisson contestaient la réalité de la Shoah et quelques nostalgiques de l’Occupation ressassaient les préjugés antisémites habituels.

Mais peu à peu a émergé un nouvel antisémitisme qui a pris prétexte de la défense des Palestiniens pour condamner non seulement les Israéliens mais aussi un « lobby juif » auquel sont assimilés tous les juifs de France et des États-Unis.

Il a recueilli un écho favorable chez certains jeunes musulmans de France avant de devenir dans les années 2000 le facteur de ralliement d’une jeunesse pauvre et inculte en grande partie issue de l’immigration.

L’un de ses porte-parole est l’humoriste Dieudonné, métis franco-camérounais doté d’un réel talent de scène. Il a d’abord donné le change en revendiquant plus de place en France pour les minorités ethniques, dans un discours propre à séduire la gauche « morale ».

Puis il a jeté le masque en faisant des juifs l’obstacle à l’émancipation de ces minorités et en se rapprochant d’Alain Soral, un transfuge du parti communiste devenu le théoricien de l’antisémitisme. Il a même repris à son compte des inepties comme d’attribuer aux juifs la responsabilité de la traite atlantique.  Dieudonné a aussi fait mine de se rapprocher des antisémites traditionnels de l’extrême-droite, lesquels cultivent de vieux préjugés sur les rapports prétendus des juifs à l’argent et à la patrie sans partager pour autant le racisme criminel des nazis, fondé sur le culte d’une race supérieure de grands blonds aux yeux bleus.

Mais son public, ce sont les jeunes générations en rupture avec l’idée nationale, qui votent à gauche (du moins quand elles daignent voter). La sympathie que vouent aussi à Dieudonné quelques vedettes du showbiz comme Nicolas Anelka, footballeur antillais converti à l’islam, ajoute au trouble.

La gauche n’a trouvé à lui opposer que la censure a priori de ses spectacles, contestée à juste titre par Jack Lang, ancien ministre et professeur de droit, et les outrances d’un autre humoriste, Nicolas Bedos, grimé en mollah-Hitler (21 janvier 2014).

antisemitisme

 Haine des juifs, haine de l’Occident

Le nouvel antisémitisme ne se nourrit pas seulement de préjugés mais, ce qui est autrement plus grave, de la haine des juifs.

Cette haine des juifs est aujourd’hui devenue en France l’opinion la mieux partagée par les minorités ethniques des quartiers pauvres. Elle tient au fait que les juifs français, dont la majorité viennent d’Afrique du Nord, ont mieux réussi que ces autres minorités à s’intégrer à la communauté nationale.

Elle trouve un écho dans une fraction de la jeunesse française pauvre et en voie de déculturation, qui s’imprègne des préjugés de ses voisins de quartier.

Elle est aussi relayée par une extrême-gauche déboussolée qui ne se retrouve plus dans le néolibéralisme et l’européisme béat des grandes organisations dites de gauche. Faute de mieux, ces « antifas » (pour antifascistes) se jettent à corps perdu dans un antisionisme aux relents antisémites et dans un soutien inconditionnel aux thèses racialistes qui réduisent musulmans et noirs à l’état d’« éternels opprimés ».

Fait inédit, elle ne se cantonne pas à des insultes mais débouche sur des crimes. On en a eu de tragiques illustrations avec le calvaire du jeune israélite Ilan Halimi, torturé à mort en janvier 2006 par le « gang des barbares », l’assassinat de trois enfants juifs par l’islamiste d’origine algérienne Merah en mars 2012,  ou encore les violences subies par une famille juive de Créteil, en décembre 2014, du fait de « deux Blacks et un Nord-Africain » (Libération, 12 décembre 2014).

La liste s’est encore allongée avec les meurtres de Sarah Halimi (4 avril 2017) et de Mireille Knoll, rescapée de la Shoah (23 mars 2018) sans oublier les quatre victimes du Musée juif de Bruxelles, tuées le 24 mai 2014 par un Franco-Algérien.

Par son caractère violent et meurtrier, la haine antisémite apparue en France dans les années 2000 est sans précédent si l’on met à part l’occupation nazie.

Cette haine des juifs exprime le rejet de la société blanche et occidentale par le fait que les juifs en représentent la partie la plus accomplie, à tort ou à raison. À l’inverse des anciens antisémites qui reprochaient aux juifs de n’être pas assez intégrés, les nouveaux leur reprochent de l’être trop !

Aujourd’hui, s’attaquer aux juifs, c’est, sans en avoir l’air, se dresser contre les mœurs  occidentales et la modernité, voire contre les blancs.

 Criminelle complaisance

L’antisémitisme des banlieues ethniques a bénéficié jusqu’à ce jour d’une excessive mansuétude de la gauche « morale » comme de la droite mondialiste.

L’une et l’autre, qui se recrutent essentiellement dans la bonne bourgeoisie blanche, ont passé la nation par pertes et profits et renoncé à améliorer le sort des classes déshéritées. Pour conserver le pouvoir et leurs privilèges, elles ne voient plus d’autre banlieue parisienne, ne craignit pas de multiplier des propos haineux contre les homosexuels et les juifs mais en les signant d’un pseudo au nom bien français (Marcelin Deschamps) pour mieux les banaliser et répandre aussi l’idée fausse que la haine était partagée par tous. Malgré cela et son appel au « Grand Remplacement », il a conservé l’estime aussi bien des Inrockuptibles que d’honorables journalistes de la radio du service public.

L’Université de Saint-Denis a accueilli sans frémir un colloque explicitement réservé aux non-blancs (« Paroles non-blanches », 11-15 avril 2016)… Il serait à ce propos intéressant d’entendre la définition d’un « non-blanc » : à partir de combien de grands-parents blancs un métis sera-t-il renvoyé dans la catégorie honnie ? Suggérons aux organisateurs du colloque de trancher la question en reprenant à leur compte les lois de Nuremberg.

Notons que le maire de Verdun, de concert avec l’État, a invité le 29 mai 2016 aux cérémonies du Centenaire un chanteur « dieudonesque »  connu pour ses outrances antisémites, au prétexte qu’il était « plébiscité par les jeunes comme aucun autre artiste français ». Cet artiste à peau noire appartenait à un groupe de rap délicatement baptisé Sexion d’Assaut, en référence aux SA nazies ! N’était-ce pas un motif suffisant de le renvoyer à ses outrances ?

Mehdi Meklat est un autre exemple des dérives de la gauche « morale ». Cette vedette du Bondy Blog, un média de la banlieu perspective que ce soutien inconditionnel aux revendications racialistes, dussent se perdre elles-mêmes.

Sauver l’intégration « à la française »

Dans un pays, la France, qui compte la communauté israélite la plus nombreuse d’Europe et a accueilli plus de personnes des autres continents que tout autre pays européen, le nouvel antisémitisme consacre la faillite du « multiculturalisme » prôné par quelques grands esprits.

Il met en lumière la faillite de la gauche « morale » : celle-ci nourrit le mal-être français à force de gloser sur les supposées discriminations à l’égard des populations d’outre-mer : comment les enfants d’immigrants ne finiraient-ils pas par perdre le nord à force de s’entendre dire que toutes leurs difficultés viennent de la malfaisance des Français (colonisation, esclavage, discriminations…) ?

Il signe l’échec des socialistes qui, à l’instigation des penseurs de Terra Nova, ont parié sur l’alliance de la bourgeoisie mondialisée et du prolétariat immigré, contre les classes moyennes, les ouvriers et les employés. Ce pari a assuré l’élection de François Hollande en 2012 mais il se retourne aujourd’hui contre ses instigateurs en enterrant le traditionnel clivage gauche/droite. On a vu ainsi une ancienne égérie de la gauche « morale », Farida Belghoul, ex-figure de la Marche des beurs de 1983, rejoindre Dieudonné au nom de la défense des valeurs familiales et traditionnelles contre l’« homophilie » de la bourgeoisie.

Le nouvel antisémitisme annonce une société éclatée et fait planer de lourdes menaces sur la génération à venir… Mais qui sommes-nous pour en faire reproche à quiconque ? Pouvons-nous demander à de jeunes immigrés d’origine africaine ou musulmane d’aimer la France davantage que les rejetons des vieilles familles françaises qui la fuient par opportunisme fiscal et la dénigrent par pure bêtise ? Pouvons-nous leur demander d’aimer la langue française alors que l’enseignement supérieur, les jeunes diplômés et même le président de la République la rejettent au profit d’un anglais d’aéroport ?

Nous échapperons à la fatalité si nous inculquons à chacun, d’où qu’il vienne, à quelque classe qu’il appartienne, l’amour de la France, de son Histoire, de sa langue et de sa culture. Puissions-nous en avoir la volonté, la force et le courage.

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Alban Dignat

Publié ou mis à jour le : 2019-02-19 08:28:31 Hérodote.net

ANTISEMITISME, CONCILE VATICAN II, EGLISE CATHOLIQUE, ISRAËL, JUDAÏSME, NOSTRA AETATE (OCTOBRE 1965), VATICAN II (concile ; 1963-1965)

Religion juive dans Nostra Aetate

Ce que dit  Nostra Aetate sur la religion juive

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La religion juive

Scrutant le mystère de l’Église, le saint Concile rappelle le lien qui relie spirituellement le peuple du Nouveau Testament à la lignée d’Abraham.

L’Église du Christ, en effet, reconnaît que les prémices de sa foi et de son élection se trouvent, selon le mystère divin du salut, chez les patriarches, Moïse et les prophètes. Elle confesse que tous les fidèles du Christ, fils d’Abraham selon la foi sont inclus dans la vocation de ce patriarche, et que le salut de l’Église est mystérieusement préfiguré dans la sortie du peuple élu hors de la terre de servitude. C’est pourquoi l’Église ne peut oublier qu’elle a reçu la révélation de l’Ancien Testament par ce peuple avec lequel Dieu, dans sa miséricorde indicible, a daigné conclure l’antique Alliance, et qu’elle se nourrit de la racine de l’olivier franc sur lequel ont été greffés les rameaux de l’olivier sauvage que sont les Gentils L’Église croit, en effet, que le Christ, notre paix, a réconcilié les Juifs et les Gentils par sa croix et en lui-même, des deux, a fait un seul.

L’Église a toujours devant les yeux les paroles de l’apôtre Paul sur ceux de sa race « à qui appartiennent l’adoption filiale, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses et les patriarches, et de qui est né, selon la chair, le Christ » (Rm 9, 4-5), le Fils de la Vierge Marie. Elle rappelle aussi que les Apôtres, fondements et colonnes de l’Église, sont nés du peuple juif, ainsi qu’un grand nombre des premiers disciples qui annoncèrent au monde l’Évangile du Christ.

Selon le témoignage de l’Écriture Sainte, Jérusalem n’a pas reconnu le temps où elle fut visitée; les Juifs, en grande partie, n’acceptèrent pas l’Évangile, et même nombreux furent ceux qui s’opposèrent à sa diffusion Néanmoins, selon l’Apôtre, les Juifs restent encore, à cause de leurs pères, très chers à Dieu, dont les dons et l’appel sont sans repentance. Avec les prophètes et le même Apôtre, l’Église attend le jour, connu de Dieu seul, où tous les peuples invoqueront le Seigneur d’une seule voix et « le serviront sous un même joug » (So 3, 9).

Du fait d’un si grand patrimoine spirituel, commun aux chrétiens et aux Juifs, le saint Concile veut encourager et recommander la connaissance et l’estime mutuelles, qui naîtront surtout d’études bibliques et théologiques, ainsi que d’un dialogue fraternel. Encore que des autorités juives, avec leurs partisans, aient poussé à la mort du Christ ce qui a été commis durant sa Passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. S’il est vrai que l’Église est le nouveau Peuple de Dieu, les Juifs ne doivent pas, pour autant, être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits, comme si cela découlait de la Sainte Écriture. Que tous donc aient soin, dans la catéchèse et la prédication de la Parole de Dieu, de n’enseigner quoi que ce soit qui ne soit conforme à la vérité de l’Évangile et à l’esprit du Christ.

En outre, l’Église, qui réprouve toutes les persécutions contre tous les hommes, quels qu’ils soient, ne pouvant oublier le patrimoine qu’elle a en commun avec les Juifs, et poussée, non pas par des motifs politiques, mais par la charité religieuse de l’Évangile, déplore les haines, les persécutions et les manifestations d’antisémitisme, qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les Juifs.

D’ailleurs, comme l’Église l’a toujours tenu et comme elle le tient encore, le Christ, en vertu de son immense amour, s’est soumis volontairement à la Passion et à la mort à cause des péchés de tous les hommes et pour que tous les hommes obtiennent le salut. Le devoir de l’Église, dans sa prédication, est donc d’annoncer la croix du Christ comme signe de l’amour universel de Dieu et comme source de toute grâce.

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ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, FLAVIUS JOSEPHE, ISRAËL, JUDAÏSME, NOUVEAU TESTAMENT

La vie religieuse en Israël au temps de Jésus

  1.  Les 4 grandes Organisations Religieuses juive à l’époque de Jésus selon Flavius Josèphe

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Josèphe écrit qu’il y avait en Palestine vers l’an + 6 : quatre grandes Organisations religieuses :

  1. les zélotes – 2. les saducéens – 3. les pharisiens – 4. les esséniens

 
1 – Les Zélotes. Nous avons vu précédemment la naissance du mouvement zélote, une secte de partisans filiale du mouvement pharisien qui était né durant la guerre des Macchabées contre les syro-grecs. Encore plus radicale que la précédente cette secte puisait sa force dans la doctrine religieuse en utilisant souvent des méthodes fanatiques individuelles ou de guérillas, se déplaçant d’un maquis à l’autre. On appelait souvent leurs extrémistes intégristes des sicaires du nom des petits couteaux recourbés dont ils se servaient pour assassiner leurs victimes dans le dos !

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2 – Les Saduccéens. Ils formaient l’élite de la haute société juive composée essentiellement de familles aristocratiques qui honoraient souvent l’argent plus que la religion. Comme ils croyaient que Dieu est incapable de faire du mal, il ne prend pas garde à celui que les hommes font! Ils sont persuadés que les âmes meurent avec les corps et qu’il n’y a pas de vie éternelle ! Il faut donc bien vivre sur la Terre à condition d’observer la loi. Malgré leur nombre réduit, ils formaient un groupe très représentatif dans le Sanhédrin où rien ne pouvait se faire sans leur accord mais en aucun cas le peuple n’aurait souffert qu’ils n’entravent les principes des pharisiens.

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3 – Les Pharisiens. Ils prennent tous les versets de la LOI à la lettre et s’attachent obstinément à ce qu’ils veulent entreprendre. Ils honorent tellement les vieillards qu’ils n’osent pas les contredire. Ils attribuent au destin tout ce qui arrive, sans toutefois ôter à l’homme le pouvoir d’y consentir, en sorte que si tout se fait selon les ordres de Dieu, il dépend néanmoins de notre volonté de choisir entre le bien et le mal.

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Ils croient que les âmes sont immortelles et que dans l’autre monde elles seront jugées en fonction de leurs fautes ou de leurs mérites récompensés ou punis. Ils admettent aussi que certaines âmes peuvent être soit retenues prisonnières ou revenir dans un autre corps !

Exemple: les paroles des pharisiens à l’aveugle-né (guérit par Jésus UN JOUR DE SABBAT :

 » tu es né tout entier dans le péché  » et tu nous enseignes ? Comment un nouveau-né pouvait-il naître tout entier dans le péché ? Ils faisaient bien ici allusion aux péchés d’une vie précédente !

Jésus leur reprocha aussi souvent leur suffisance et leur arrogance, leur interprétation exagérée des règles de la dîme et celles du sabbat. Il leur reprocha leurs habits de luxe, leur manque de charité vis à vis des étrangers ou des gens de modestes conditions, l’usage des esclaves et leur esprit borné concernant ceux qu’ils  » jugent impurs  » : les collecteurs d’impôts, les étrangers à leur nation, les morts, le contact avec le sang, la mise à l’écart des gens malades et celle des samaritains qu’ils accusent d’être des possédés des démons etc…

Il leur reprochera encore leur égotisme, leur manière de donner leur aumône, leur maquillage pour indiquer les moments où ils jeûnent, leurs préjugés qui condamnent sans espoir de pardon et leur besoin d’être assis aux premières places d’honneur etc…

Et c’est parce qu’ils voudront trouver des failles dans l’enseignement du Christ qu’ils le suivront partout où il ira, ils noteront toutes ses paroles en espérant y trouver le moindre prétexte pour l’accuser et justifier leur intention préméditée de le condamner à mort rapidement.

Lorsqu’on sait que Flavius Josèphe a adhéré à cette secte à l’âge de dix neuf ans on comprend pourquoi il attaque les fils de Sadoc mais il persistera à conserver une image respectable des pharisiens.

(4)  54.  Les Esséniens ou MOINES de la MER MORTE

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Flavius semble très impressionné par leur règle, leur mode de vie, leur intégrité, leur détachement absolu aux biens matériels, leur obéissance à leur grand Maître, leur esprit de communauté et leur recherche d’un MONDE de lumière et de vérité.

Fondé vers l’an -150 lors de l’invasion d’Antioche Epiphane, 30 ans plus tard le mauvais roi Alexandre Jeannée entra en conflit avec les gardiens de l’Alliance qui lui reprochaient son attitude indigne d’un Grand Prêtre. Il fit exécuter leur Grand Maître, ils restèrent alors à Damas jusqu’en -63 puis revinrent à leur Maison-mère de Qumrân.

leur Habitat :

leur nombre dans une maison dépasse rarement les cent membres. L’ensemble de leur Ordre comportait environ quatre mille moines. Et comme leur Maison Mère était à Qumrân au bord de la Mer Morte on les appela souvent les Moines de la Mer Morte ou Esséniens.

ils se distinguent en quatre classes dont celle des plus jeunes a un tel respect des anciens qu’ils se sentent obligés de se laver s’il leur arrive de toucher un confrère très âgé. Ils n’admettent pas l’esclavage puisque Dieu a créé tous les hommes égaux.

leur seule occupation est de cultiver la terre et de prier ou de chanter les louanges du Seigneur le jour et même à certaines heures de la nuit.

 
 concernant les nouveaux membres :

ils doivent renoncer à tout leur patrimoine personnel et le donner à la communauté en faisant voeu de pauvreté et promettre de vivre dans un détachement complet pour tout partager avec leurs frères. Leurs biens appartiendront à la communauté et seront gérés par des économes et gens de biens

un postulant à la vie religieuse doit vivre un an en dehors de la communauté avec les mêmes habits dont une tunique blanche et une pioche qu’il emporte avec lui pour enterrer ses selles. Il ne mange pas avec les anciens et doit se laver comme eux à l’eau froide.

un novice n’a pas accès non plus au réfectoire commun durant ses deux années de mise à l’épreuve. Son admission au réfectoire commun est la preuve qu’il a subi avec succès toutes les épreuves et peut désormais s’asseoir avec ses frères, après avoir  » solennellement promis  » d’honorer Dieu et de le servir de tout son coeur, d’observer la justice envers les hommes et de ne jamais faire de mal à personne, même si on le lui ordonnerait. Qu’il aura un amour inviolable pour la vérité et reprendra sévèrement les menteurs. Qu’il partagera avec ses frères tous les mystères de la religion mais n’en révélera rien aux autres (!), même si on le menaçait de mort. Enfin qu’il n’enseignera que la doctrine qui lui a transmise et qu’il conservera soigneusement et avec respect les livres et les noms de l’Ordre.

la manière de vivre essénienne :

Flavius écrit que leur manière de vivre est semblable à celles dont vivent les Plistes parmi les Daces.

Ils rejettent le mariage, mais comme on a trouvé près de Qumrân un cimetière contenant des ossements féminins il n’est pas exclu que des femmes les assistaient aux travaux ménagers ou qu’une communauté féminine séparée existait à proximité de leur monastère.

Ils ne peuvent donc pas avoir d’enfants mais ils instruisaient ceux qu’on envoyait chez eux.

Ils méprisent les richesses et partagent tous les biens matériels entre chaque membre de la communauté.

Ils font des prières avant le lever du soleil, puis ils s’en vont travailler chacun à leur ouvrage selon qu’il leur a été commandé.

A onze heures ils se lavent à l’eau froide dans leur cellule, puis ils vont au réfectoire en habit sacré où un sacrificateur prononce une prière et un sacrificateur bénit les viandes, puis il mangent en silence pendant que l’un d’eux lit à voix haute des textes choisis. A la fin du repas on chante une louange à Dieu pour le remercier de ses libéralités. Puis les moines quittent leur habit sacré pour se mettre en tenue de travail. Le soir, ils font la même chose en invitant à leur table des hôtes qui sont de passage.

Ils sont toujours très sobres et ne mangent que la nourriture dont leur corps à besoin. Ils vivent dans le silence et lorsqu’ils sont ensembles se déplacent en rang en disant des prières.

lorsqu’ils sont dix ensemble personne n’ose parler d’un thème si les neuf autres ne l’approuvent.

Ils doivent à leur supérieur une obéissance absolue et ils ont pour règle d’assister bénévolement les pauvres et de soigner les malades.

Ils punissent de mort ceux qui outragent Dieu en parlant de lui avec mépris. Et lorsqu’ils doivent faire un voyage ils ne portent autre chose que des armes pour se défendre des voleurs.

la conviction spirituelle essénienne :

Ils observent le sabbat plus strictement que tous les autres juifs en cuisant leur viande la veille, et n’osent même satisfaire aux nécessités de la nature même s’ils y sont contraints. Aux autres jours ils font leur besoin dans un lieu écarté dans un trou qu’ils recouvrent de terre comme s’il s’agissait d’une impureté !

Ils ne vont pas au temple mais ils y envoient leurs offrandes de céréales sans sacrifices sanglants. Ils préfèrent assister aux cérémonies qu’ils célèbrent entre eux dans leur temple privé.

Ils étudient avec soin tous les écrits anciens concernant leur religion, la médecine, les plantes, les pierres et les métaux.

Ils croient en une vie meilleure et que nos corps sont mortels et corruptibles. Par contre ces corps contiennent une substance aérienne immortelle qui dès que la mort les délivre s’élève dans l’air et s’envole avec joie dans une région où il n’y a pas d’excès de températures mais où règne un doux zéphyr et des parfums délicats. Tandis que les âmes des méchants vont habiter dans des lieux glacés et agités par de continuelles tempêtes et gémissent éternellement dans des peines infinies.

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Hérode le grand et les Esséniens

 
Il y avait en Palestine un Essénien nommé MANAHEM qui menait une vie si vertueuse qu’il avait reçu de Dieu le don de prédire les choses futures. A l’époque où Hérode était encore très jeune, il était entrain de jouer avec ses camarades lorsque Manahem l’interpella et lui annonça qu’il régnerait un jour sur les juifs !

Hérode crut qu’il se moquait de lui et lui répondit qu’il était évident que par sa naissance il ne pouvait espérer un tel honneur !

Manahem lui dit en souriant en tapant légèrement sur son épaule :

 » Je vous l’ai dit et je vous le dis encore, vous serez ROI et vous régnerez heureusement parce que Dieu le veut ainsi. Souvenez vous alors de ce que je vous ai dit, afin de vous représenter en esprit les divers changements de la fortune. Et n’oubliez jamais qu’un roi doit avoir continuellement devant les yeux la piété que Dieu lui demande, la justice qu’il doit rendre à tout le monde et l’amour qu’il est obligé d’avoir pour ses sujets.

Mais je sais que vous ne le ferez pas lorsque vous serez arrivé à un si haut degré de puissance. Car autant vous serez heureux dans tout le reste et digne de la gloire immortelle, autant vous serez malheureux par votre impiété envers Dieu et par votre injustice envers les hommes. Mais vous ne vous déroberez pas à la vue du Souverain Maître de l’Univers, qui pénétrera vos pensées les plus secrètes et vous fera éprouver sur la fin de votre vie les effets de sa colère. « 

Longtemps plus tard lorsque Hérode fut Roi, il convoqua Manahem pour lui demander s’il régnerait dix ans ? Il répondit plus de trente ans! Depuis Hérode traita toujours avec estime tous les Esséniens.

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http://www.historel.net/flavius/herode6.htm

BIBLE, EVANGILE SELON SAINT LUC, JESUS CHRIST, JUDAÏSME, NOUVEAU TESTAMENT, VIERGE MARIE

La présentation de Jésus au Temple et la purification de la Vierge Marie

PRESENTATION DE JESUS AU TEMPLE ET PURIFICATION DE LA VIERGE MARIE

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L’Evangile, après avoir parlé de la rencontre du vieillard Siméon et d’Anne la prophétesse, ajoute seulement que Marie accomplit tout ce qui était prescrit par la loi, c’est-à-dire la cérémonie de la purification et le rachat de son premier-né. Nous emprunterons encore à saint Vincent Ferrier les pieuses considérations qu’il fait sur ces deux sujets.

« Il y avait dans le Temple, dit-il, et cet usage s’observe encore aujourd’hui parmi les Juifs, un endroit réservé pour les femmes nobles et riches, un autre pour les femmes de conditions médiocres, et un troisième pour les vierges. Marie, en entrant, examina pour voir à quel groupe elle devait se joindre. Elle appartenait à la plus haute noblesse, puisqu’elle était fille de David ; mais elle était pauvre et simplement vêtue, car elle avait donné pour l’amour de Dieu tout l’or que lui avait apporté les rois de l’Orient, et ne voulait vivre que du travail de ses mains. Si donc elle était allée du côté des riches, ces femmes hautaines auraient pu lui dire : « Allez à la place qui vous convient. Quoi ! la femme d’un artisan prétend prendre rang parmi nous ! » Elle avait droit de s’associer aux Vierges. Mais celles-ci lui auraient dit : « Comment pouvez-vous venir avec nous, vous qui avez reçu un époux et un fils ? »

« Elle alla donc se mettre avec les pauvres femmes du peuple. Et ainsi fut réalisée la prophétie du livre des Cantiques : Ma bien-aimée est entre les femmes comme le lis entre les épines. Et ce fut là le premier exemple d’humilité que Marie donna en ce jour.

Elle en donna un second non moins étonnant en se conformant aux prescriptions de la loi. Car la loi ordonnait que la femme, quarante jours après son enfantement, se présentât au Temple, et que fléchissant les genoux devant le prêtre, elle lui dit : « Voici mon oblation, offrez pour moi le sacrifice, afin que Dieu me remette mes péchés. » Le prêtre offrait le sacrifice, bénissait ensuite la femme, et celle-ci se retirait.

La Vierge Marie voulut passer par toutes ces observances. Elle dit au prêtre : « C’est aujourd’hui le quarantième jour depuis que j’ai enfanté ce fils ; il a été circoncis le huitième jour et a reçu le nom de Jésus. » Et elle lui remit son offrande de deux tourterelles et de deux colombes, en lui demandant de prier pour elle. O comble d’humilité ! La Très Sainte dit au pécheur : « Priez pour moi. » Et le prêtre ne la connaissait pas. Mais Isaïe la connaissait mieux lorsqu’il disait : « Voici que la Vierge concevra et enfantera un Fils, et son nom sera Emmanuel. »

Jésus ne le céda pas en humilité à sa mère lorsqu’il voulut être présenté à Dieu. Il n’en avait certes pas besoin, car il n’avait pas quitté son père pour venir sur la terre, mais il était descendu comme le rayon qui ne se sépare pas du soleil pour venir éclairer la terre. Il voulut cependant, lui, être présenté comme un étranger.

Il était né si pauvre, que sa mère ne put offrir pour lui un agneau au prêtre. Il ne convenait pas du reste qu’elle présentât cet agneau figuratif, quand elle portait dans ses bras le véritable Agneau de Dieu, et qu’elle venait offrir au Père céleste la grande Victime qui devait être immolée pour le salut de tous les hommes. Marie se contenta donc d’offrir comme les pauvres, deux tourterelles et deux colombes

http://viedessaints.free.fr/vds/purificationSainteVierge.html

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ÉVANGILE

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Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (2, 22-35)

Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi : Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur. Ils venaient aussi offrir le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelles ou deux petites colombes.

Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon. C’était un homme juste et religieux, qui attendait la Consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était sur lui. Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce
qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur. Sous l’action de l’Esprit, Syméon vint au Temple. Au moment où les parents présentaient l’enfant Jésus pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait, Syméon reçut l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant :
« Maintenant, ô Maître souverain,
tu peux laisser ton serviteur s’en aller
en paix, selon ta parole.
Car mes yeux ont vu le salut
que tu préparais à la face des peuples :
lumière qui se révèle aux nations
et donne gloire à ton peuple Israël. »
Le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qui était dit de lui.
Syméon les bénit, puis il dit à Marie sa mère :
« Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction – et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. »

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Présentation de Jésus au Temple

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La Présentation de Jésus au Temple est un événement de la vie de Jésus tel que relaté dans l’Evangile selon Luc Lc 2:22s). Accomplissant une prescription de la loi juive – « Tout mâle premier-né sera consacré au Seigneur » (Ex 13:2,11-13) – les parents de l’enfant Jésus le présentent et l’offrent au Temple de Jérusalem. Il y est reçu par le vieillard Syméon.  Ce récit lucanien a plus un caractère apocalyptique et théophanique qu’historique.

La fête chrétienne qui y est associée est célébrée quarante jours après Noël c’est-à-dire le 2 février dans le calendrier grégoriene. Dans les Églises d’Orient, elle est aussi célébrée le 2 février du calendrier julien, qui équivaut au 14 février du calendrier grégorien. Le 2 février fut longtemps une date importante pour les paysans ce qui est commémoré par un grand nombre de proverbes. Cette date est traditionnellement celle de la Chandeleur, originairement une fête païenne célébrant la lumière remplacée par la fête chrétienne.

Cette fête est également un thème de l’iconographie religieuse, aussi bien en peinture qu’en enluminures, sculpture, vitraux, tapisseries, etc. Elle s’inspire d’une scène décrite par l’Evangile de Lu II, 22-39 où le fils de la Vierge Marie est annoncé par Syméon comme le « Maître » et « la lumière qui portera la révélation aux païens », c’est-à-dire aux non-juifs.

Luc 2,21-40

« Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception. Quand arriva le jour fixé par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus le portèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi : Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur. Ils venaient aussi présenter en offrande le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelle ou deux petites colombes.. Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon. C’était un homme juste et religieux, qui attendait la consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était sur lui. L’Esprit lui avait révélé qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Messie du Seigneur. Poussé par l’Esprit, Syméon vint au Temple. Les parents y entraient avec l’enfant Jésus pour accomplir les rites de la Loi qui le concernaient. Syméon prit l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant : « Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s’en aller dans la paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples : lumière pour éclairer les nations païennes, et gloire d’Israël ton peuple. » Le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qu’on disait de lui. Syméon les bénit, puis il dit à Marie sa mère : « Vois, ton fils qui est là provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de division. – Et toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée. – Ainsi seront dévoilées les pensées secrètes d’un grand nombre. » Il y avait là une femme qui était prophète, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser. Demeurée veuve après sept ans de mariage, elle avait atteint l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière. S’approchant d’eux à ce moment, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. Lorsqu’ils eurent accompli tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth. L’enfant grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui. »

Éléments d’histoire et d’interprétation.

L’interprétation traditionnelle de cet épisode est que les parents de Jésus accomplissent le rite religieux de rachat du premier-né selon lequel les garçons premiers-nés devaient être « rachetés », à l’âge d’un mois, par un sacrifice animal (Nb, 18, 15) car ils étaient considérés comme appartenant à Dieu (Ex 13:2-12). Cependant, cette interprétation semble erronée, le sacrifice offert (deux colombes) étant celui de la purification du Marie (Lévitique 12, 1-8). Purification était le nom de la fête du 2 février dans l’Église latine jusqu’au moins le concile Vatican II.

La tradition orientale célèbre depuis au moins le IVè siècle la fête de la Présentation de Jésus au Temple, ou plus exactement, en grec, sa Rencontre avec Siméon et Anne. Elle apparaît en premier dans le rite de l’Eglise de Jérusalem. À l’origine elle se célébrait le 14 février, puisque Jérusalem célébrait la nativité de Jésus, à cette époque et jusqu’au milieu du VIè siècle, le 6 janvier. Des documents arméniens, géorgiens et grecs éclairent les circonstances historiques tragiques dans lequel s’est réalisé le passage du 14 au 2 février.

Cette fête portait, et porte encore, le nom de Chandeleur, fort appréciée des enfants, car on y faisait, ou fait encore des crêpes au sucre.

Prière de Syméon

Le récit rapporte le cantique de Syméon (le Nunc dimittis) :

« Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s’en aller dans la paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut. […]

Et sa prophétie sur Jésus et Marie :

 » Voici, cet enfant est destiné à amener la chute et le relèvement de plusieurs en Israël, et à devenir un signe qui provoquera la contradiction, et à toi-même une épée te transpercera l’âme » (Lc, 2:34-35).

Cette prière est récitée traditionnellement par les fidèles chrétiens avant le coucher du soir ou dans les offices funèbres.

Ce récit évoque aussi Anne la prophétesse (Lc, 2:36-38).

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Rite de la purification

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Les lois concernant la femme qui vient d’accoucher.

Si celle-ci accouche d’un garçon, elle reste impure pendant 40 jours, tandis que si elle accouche d’une fille, elle reste impure pendant 80 jours, soit deux fois plus longtemps.

 Impureté rituelle et perte de sang dans le judaïsme

L’impureté n’est pas un terme péjoratif, et ce n’est pas une punition ; c’est d’abord un état spirituel lié au religieux : on parle d’impureté rituelle. Une personne en état d’impureté ne peut pas participer au culte. Cet état d’impureté est provisoire, il prend fin par un rituel qui permet de redevenir pur.

La plus grande source d’impureté est la mort. Tout contact, même symbolique, avec la mort engendre l’impureté. Autrement dit, la pureté correspond à la vie tandis que l’impureté est liée à la mort.

Il existe un rapport très important entre le judaïsme et la sainteté de la vie, le respect et le choix de la vie, comme nous l’explique le verset où Moïse recommande aux enfants d’Israël de choisir la vie et non la mort et de donner un sens à la vie : « J’ai placé devant toi la vie et la mort, le bonheur et le malheur. Choisis la vie ! » – Deutéronome 30, 19 – Par ce commandement, nous ne devons pas nous contenter juste de vivre mais nous devons faire consciemment le choix de la vie.

Les règles sont la source la plus fréquente d’impureté de la femme. Le sang menstruel représente la vie, donc lorsqu’il est perdu, on suppose qu’il y a perte de la vie et l’on devient impur. Mais cet état d’impureté n’est pas définitif, d’ailleurs le rituel du Mikvé, accompli par la femme à la fin de ses règles, lui permet une renaissance symbolique et donc le retour à la vie.

 Impureté après l’accouchement

Il y a pourtant plusieurs raisons à l’état d’impureté qui suit l’accouchement.

Nous avons déjà signalé qu’après l’accouchement, la mère perd beaucoup de sang. La Paracha  dit : « elle sera impure pendant 7 jours comme au moment de ses règles ». La mère est donc impure à cause de cette perte de sang qui représente la vie, pendant 7 jours pour un garçon et 14 jours pour une fille. Elle est ensuite dans une période d’isolement entre la pureté et l’impureté pendant une période de 33 jours si le bébé est un garçon, et 66 jours si c’est une fille.

C’est cette période d’isolement où la mère n’a pas encore retrouvé son état de pureté qui est spécifique à l’accouchement. Il faut se souvenir qu’à une époque lointaine, la femme risquait sa vie en mettant au monde un enfant. L’état d’impureté découle en partie du fait qu’elle a échappé à la mort. Il lui faut du temps pour se remettre :

– physiquement

– spirituellement

– psychologiquement

– symboliquement

Pour redevenir pure, la mère doit offrir un sacrifice.

Lorsqu’un enfant naît, on sait qu’il est mortel puisque l’on sait qu’il va mourir un jour. Lorsqu’on n’a pas encore d’enfant, on se dit : « j’aimerais tellement avoir un bébé ! ». C’est comme s’il était immortel puisqu’on n’en a pas encore et qu’il ne mourra pas. La prise de conscience d’avoir donné naissance à un être mortel peut également expliquer l’impureté de la nouvelle maman.

Enfin, quand elle accouche, la mère doit faire le deuil du fœtus qu’elle portait en elle. Quand son enfant est né, elle n’a plus cette vie qu’elle gardait en elle. C’est ce que les psychologues appellent le baby- blues, et la mère doit surmonter cela.

Pourquoi alors la période d’isolement est-elle doublée pour une fille ?
Peut-être parce que la fille portera un jour elle-même la vie. Lorsqu’elle donne naissance à une petite fille, la mère portait doublement la vie et aura donc besoin, selon la Torah, de deux fois plus de temps que pour un garçon pour se reconstruire spirituellement.

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Cantique de Syméon

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Le Cantique de Syméon, appelé le Nunc dimittis dans le catholicisme le  et dans les œuvres musicales qu’il a inspirées, est une prière chrétienne traditionnelle. Il figure dans l’Evangile selon Luc (2:29-32) et appartient au Sondergut de ce texte.

Le texte biblique

La prière vient du passage de l’Evangile de Luc (Lc 2:29-32) dans lequel le vieillard Syméon (ou Siméon selon les translittérations) reconnaît en l’Enfant Jésus le Messie et annonce dans les versets suivants de Luc 2, 34-35 à Marie la souffrance qu’elle endurera :

νῦν ἀπολύεις τὸν δοῦλόν σου, δέσποτα, κατὰ τὸ ῥῆμά σου ἐν εἰρήνῃ, ὅτι εἶδον οἱ ὀφθαλμοί μου τὸ σωτήριόν σου, ὃ ἡτοίμασας κατὰ πρόσωπον πάντων τῶν λαῶν, φῶς εἰς ἀποκάλυψιν ἐθνῶν καὶ δόξαν λαοῦ σου Ἰσραήλ.

« Nunc dimittis servum tuum, Domine, secundum verbum tuum in pace. Quia viderunt oculi mei salutare tuum, quod parasti ante faciem omnium populorum. Lumen ad revelationem gentium et gloria plebis tuae Israel.»

« Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut, Salut que tu as préparé devant tous les peuples, Lumière pour éclairer les nations, et gloire d’Israël, ton peuple »

Catholicisme

Dans le catholicisme, cette prière caractérise en particulier l’office des complies, l’office qui précède le silence de la nuit de la liturgie des Heures.

Le nom de cette prière en latin lui vient de son incipit, dont le sens est Maintenant, laisse partir [ton serviteur].

En langage courant, l’expression «Nunc dimittis… » s’emploie pour signifier qu’on se retire, la satisfaction du devoir accompli ou pour reconnaitre que sa relève est assurée par une ou des personnes mieux qualifiées ou plus jeunes.

Dans le rite byzantin

Le texte du cantique est utilisé à deux reprises dans l’ensemble des offices liturgiques byzantins :

aux vêpres, après les apostiches et avant les prières du Trisaghion ; suivi peu après de la fin de l’office, ce chant est littéralement le congé pris par les fidèles à la fin du jour liturgique.

dans le rite de présentation de l’enfant dans l’église (aussi appelé ecclésialisation) peu après le baptême (généralement le lendemain, ou juste après, si le baptême est célébré au cours d’une liturgie), une fois que le prêtre est revenu à la soléa avec l’enfant dans les bras ; en reprenant le rite du temple et les paroles du prophète Syméon, le rite manifeste l’identité du nouveau baptisé avec le Christ.

Parmi les trois cantiques néotestamentaires, le cantique de Syméon est le seul qui n’est pas lu à la neuvième ode des matines.

Prophétie de Siméon

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La prophétie de Siméon est une prophétie dite par Syméon, personnage de la Bible, à la Vierge Marie.

Le récit biblique décrit Siméon comme un homme juste et pieux, qui attendait la consolation d’Israël et qui avait l’Esprit-Saint sur lui. Toujours dans le récit de saint Luc, Siméon avait été averti par Dieu qu’il ne mourrait point avant de voir le Christ. On écrit parfois Syméon pour épeler son nom.

Siméon est venu au temple de Jérusalem pour avertir Joseph et Marie que leur fils Jésus est la lumière des nations. Sa prophétie fait d’abord une allusion au récit de la Passion. Parlant à Marie, il lui annonce que son âme sera transpercée par une épée au pied de la croix.

Cette prophétie a fait pleurer la Vierge Marie. Les chrétiens prient Notre-Dame des Douleurs en méditant sur cet événement. Le chapelet des douleurs est consacré aux sept douleurs de Marie, et cet événement biblique constitue la première de ses sept douleurs. Selon Jean-Paul II, la prophétie de Siméon lui a semblé comme une seconde annonciation (cf. Redemptoris Mater). Avec Joseph, elle rencontre ensuite Anne la prophétesse..

Saint Jean ne dit pas que Marie fut transpercée par une épée dans son récit mais il ne l’exclut pas :

« Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. Jésus, voyant sa mère, et auprès d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : Femme, voilà ton fils. Puis il dit au disciple : Voilà ta mère. Et, dès ce moment, le disciple la prit chez lui. »

Le Stabat Mater est beaucoup plus clair là-dessus: « Alors, son âme gémissante, toute triste et toute dolente, un glaive la transperça ». Munificentissimus Deus reprend la prophétie de Siméon en proclamant le dogme de l’Assomption de la Vierge Marie.

Marie a survécu au glaive car l’Évangile dit qu’elle fut présente devant le Saint Sépulcre, où elle pleura de nouveau. Elle est également mentionnée dans le récit de la Pentecôte.

Les théologiens affirment qu’elle a accompagné les apôtres et qu’elle a vécu jusqu’à un âge avancé. Ils affirment aussi que Marie a subi une mort temporelle avant son Assomption. Ils sont cependant incertains sur le lieu de sa mort: soit Ephèse ou Jérusalem.

 

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La prophétesse Anne

La mention de la prophétesse Anne dans l’évangile de l’enfance de Luc apparaît effectivement surprenante. Les motifs sont d’ailleurs divers: il n’existe pas de précédents bibliques pour cette personne et son rôle, tel que l’auteur la décrit, ne présente pas les traits caractéristiques des prophètes: la vocation, les oracles de jugement, les messages de consolation, les actions symboliques, les visions… Qui est alors la prophétesse Anne? Et pourquoi l’auteur la nomme-t-il de cette manière? Etait-elle vraiment une prophétesse? Anne apparaît dans l’évangile selon Luc, avec le vieux Siméon qui accueille Jésus lors de la présentation au Temple (cf. 2, 22-38). Il s’agit du moment de la circoncision, un rituel commun chez les juifs, qui est réalisé le huitième jour sur chaque enfant de sexe masculin, selon la prescription de la Loi. Marie et Joseph apportèrent donc l’enfant à Jérusalem «pour l’offrir au Seigneur» (2, 22). Dans cette expression, l’évangéliste introduit le lecteur au coeur du rituel de la circoncision dont le sens profond consiste en effet à l’appartenance au Seigneur. Il est ainsi écrit dans la Loi: «Tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur » ( Luc 2, 23; cf. Exode 13, 2.12.15).

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Avec Marie et Joseph, deux figures lumineuses se trouvent dans le Temple: Siméon le juste et la prophétesse Anne; un homme juste et une femme prophétesse, deux figures qui sont donc unies par une tâche — la reconnaissance — extraordinairement significative. En effet, leur louange jaillit du plus profond de leur foi et de leur espérance. Tous les deux, Siméon et Anne, très âgés, sont habités par l’Esprit Saint. Et c’est précisément cet Esprit qui inspire leur louange, faite de chant et de prophétie, que personne, jusqu’à ce moment du récit évangélique, n’avait été capable de proclamer. Ces deux personnes âgées réagissent cependant de façon différente dans leur présentation de l’enfant, chacune selon son propre rôle.

Siméon est l’homme de l’attente (cf. Luc 2, 25). Dans le Temple, il veillait et attendait l’accomplissement de la promesse messianique (cf. 2, 26) annoncée par les antiques prophètes (cf. Isaïe 40, 1; 52, 9). Son cœur se réjouit, car il est capable de comprendre que Jésus est le salut promis par Dieu. En d’autres termes, la promesse divine s’est réalisée dans cet enfant offert au Seigneur. Plongé dans l’Esprit, Siméon est capable de voir et de comprendre la signification profonde de ce qu’il est en train de vivre: «Car mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples, lumière pour éclairer les nations et gloire de ton peuple Israël» (Luc 2, 30). L’évangéliste Luc nous offre la clé pour comprendre les faits racontés: la reconnaissance de Jésus comme réalisation de la promesse messianique dépend de la communion avec l’Esprit Saint, grâce auquel nous a été donnée la capacité de voir en profondeur (cf. Isaïe 52, 10).

La prophétesse Anne partage pleinement ce regard qui naît de la profondeur, toutefois l’auteur la présente comme une figure très particulière: une femme prophétesse, une veuve âgée, fille de Phanuel de la tribu d’Aser et qui vit dans le Temple de la ville sainte. Ces références ne sont pas un hasard. Phanuel rappelle le nom Peniel (“visage de Dieu”), que Jacob donne au lieu où se déroula sa lutte intérieure nocturne avec l’ange (cf. Genèse 32, 31). La tribu d’Aser rappelle en revanche une ascendance prestigieuse, c’est-à-dire le fils de la matriarche Lia (cf.Genèse 30, 13). Anna est donc une femme ayant d’importantes références bibliques, étroitement liées à l’histoire d’Israël. Ce qui surprend le plus est que, à la différence de Siméon, l’auteur ne lui fait rien dire, il la décrit simplement. Anne ne fait pas irruption, comme Siméon, avec un chant de louange, dans lequel sont rappelées et célébrées les espérances messianiques d’Israël. Nous devons la voir et l’imaginer là-bas, dans le Temple, avec Siméon, Marie et Joseph, à travers la présentation voilée de l’évangéliste.

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Il faut noter un détail: Anne «ne s’éloignait jamais du Temple» ( Luc 2, 37). Que veut nous dire Luc par cette image: une veuve qui utilisait le Temple comme sa maison? A notre avis, c’est une manière pour dire qu’Anne a passé sa longue vie (elle avait quatre-vingt quatre ans) en prière et donc en communion avec Dieu. Elle n’est pas là par hasard, elle est là parce qu’elle avait élu ce lieu — la demeure de Dieu — comme sa demeure habituelle: le Temple était le centre de sa vie. A ce point, l’évangéliste ajoute une information supplémentaire: Anne servait Dieu «nuit et jour dans le jeûne et la prière» ( Luc 2, 37). C’est une affirmation impressionnante, cette veuve âgée était “toujours” employée au même service, c’est-à-dire qu’elle se donnait de manière pleine et totale. L’affirmation frappe encore davantage quand on se rend compte que rien de semblable n’a jamais été dit, avant ou après, à propos d’une autre femme, pas même de Marie ou d’Elisabeth. Toutes les deux apparaissent dans un environnement familial. Elles ne se détachent pas de leur activité quotidienne, bien que restant concentrées sur leur propre intériorité et capables de s’ouvrir à la surprise de Dieu. Anne, en revanche, a fait du Temple sa maison. Elle reste là-bas nuit et jour, en louant, en jeûnant et en priant sans cesse. Nous pouvons comprendre que pour Anne cette lounage incessante est devenue le sens de sa vie, la raison d’être de son existence. Bien qu’étant une femme fragile, en tant qu’âgée et veuve, celle-ci fait l’expérience dans sa propre chair de la joie authentique et inépuisable que seul le Seigneur peut donner.

Nous ne savons pas pourquoi l’évangéliste l’appelle prophétesse. La compréhension que nous avons des prophètes est plutôt liée à l’écoute intérieure, à l’annonce du salut et à la dénonciation des méfaits; en somme, au fait de parler explicitement au nom de Dieu. Cela, Anne ne le fait pas. Le lecteur est étonné devant le silence d’Anne, il ne réussit pas à comprendre qu’une prophétesse ne prophétise pas. Et Houldah lui vient immédiatement à l’esprit, la prophétesse qui, outre confirmer l’authenticité du rouleau retrouvé dans le temple au cours du règne de Josias, annonça la chute du royaume du Sud (cf. 2 R 22). Alors, comment se fait-il que nous n’entendons pas la voix d’Anne? Pourquoi se tait-elle devant le sauveur du monde? Et bien, les réponses à ces questions doivent être recherchées dans la manière de raconter de Luc. Il présente la prophétie d’une manière différente de celle des auteurs des livres prophétiques. Pour Luc, la prophétie se déroule non sur la place publique ou à la cour des monarques, mais dans la présence et dans le rapport intime avec Dieu, devenant ainsi une totalité de vie, comme dans la cas de notre prophétesse. Anne répond parfaitement à ce “nouveau type” de prophétie.

C’est précisément en cela que consiste la dimension prophétique de nombreux chrétiens, des premiers temps et de tous les temps. Autrement dit, la prophétie est une décision libre d’être et de demeurer dans un rapport personnel et intime avec Dieu; un rapport d’amour duquel apparaît le témoignage éloquent de foi et de louange. Peut-être l’auteur a-t-il compris qu’au témoignage de Siméon manquait celui d’Anne; à la parole prophétique de Siméon qui annonce le destin dramatique de son fils et le sien comme mère (cf. Luc 2, 34-35), manquait le témoignage de foi d’Anne, mûri dans l’incommensurable intériorité d’une vie. Anne est la première d’une longue liste de prophètes et de prophétesses qui joueront un rôle fondamental dans l’annonce de Jésus Christ, bien que restant jusqu’à aujourd’hui ignorés et inconnus de nombreux chrétiens.

Comme Elisabeth et Marie, Anne est une femme qui communique une vérité qui ne se confond ps avec les autres: la reconnaissance de Jésus comme don de salut a besoin d’un cœur capable d’attendre dans le silence et dans l’intériorité, nuit et jour. Le rôle de Anne n’a pas la nouveauté de celui d’Elisabeth ou la grandeur de celui de Marie, mais en elle sont anticipés les traits les plus importants des disciples, homme et femmes, de Jésus. En tant que prophétesse, Anne continue la longue tradition des femmes prophétesses de l’Ancien Testament dont la présence, bien que très discrète, est attestée dans divers écrits bibliques et doit être interprétée à l’intérieur du contexte général de la prophétie d’Israël. Pensons à Myriam, la sœur de Moïse et d’Aaron (cf. Exode 15, 20), une figure très admirée dans la littérature rabbinique; à Deborah, prophétesse et juge, qui annonça à Barak la victoire d’Israël par la volonté de Dieu (cf. Juges 4, 4.9); à Houldah, dont nous avons parlé précédemment (cf. 2 R 22, 14); ou même à la femme d’Isaïe, appelée la prophétesse (cf. Isaïe 8, 3). Mais notre protagoniste, en faisant du Temple sa demeure, dépasse le seuil de l’Ancien Testament, anticipant le rôle des femmes prophétesses des premiers temps de l’Eglise (cf. Actes des apôtres 2, 17; 21, 9; 1 Corinthiens 11, 5). Sa bénédiction consiste à louer Dieu et à parler de l’enfant «à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem» ( Luc 2, 38). En effet, Joseph et Marie, dans leur désir d’obéir à la Loi à propos de la circoncision de l’enfant et de la purification de la mère, reçoivent la bénédiction de Dieu par l’intermédiaire de Siméon et d’Anne. Toutefois, ce qui est souligné est leur attitude d’attente et de louange. Marie et Joseph restent dans l’ombre. Il semble que Luc veuille avertir ses lecteurs qu’un temps nouveau va commencer, un temps où la louange et l’annonce prennent le dessus.

Le récit biblique est imprégné, d’une part, de la beauté du rituel hébraïque et, de l’autre, de la foi et de Marie et Joseph à travers les paroles de Siméon et la présence de la prophétesse Anne. Les paroles du vieux Siméon constituent le centre du récit, bien qu’elles apparaissent dans un contexte marqué par des éléments théologiques riches de signification: obéissance à la Loi, célébration d’une naissance, adoration dans le Temple et reconnaissance que la promesse de Dieu s’est réalisée. La célébration dans le Temple ne représente pas une intrusion dans leur vie, mais la réalisation de leur foi. Marie et Joseph vivaient dans un contexte d’alliance et voulaient introduire leur fils dans le même contexte. Siméon et Anne, sensibles à la présence de Dieu dans les événements du passé d’Israël, répondent à l’obéissance de Joseph et Marie par des paroles de bénédiction. Leur bénédiction a donné à la célébration de la présentation de l’enfant une signification qu’elle n’aurait jamais eue autrement. Nous imaginons que Marie et Joseph se sont toujours rappelés de cette bénédiction, signe d’un Dieu qui est parmi nous, mais cela reste un mystère indicible. Jésus est un Dieu qui est venu dans l’histoire pour nous donner la joie, mais il reste dans l’attente de notre intimité et de notre espérance.

Luísa Maria Almendra

L’auteure

Luísa Maria Almendra, titulaire d’un doctorat en théologie biblique, dans le domaine des Ecrits sapientiels, enseigne à la faculté de théologie de l’Université catholique portugaise. Elle tient des cours et des séminaires sur l’Ancien et le Nouveau Testament et enseigne les langues bibliques. Elle est membre de la Society for the Study of Biblical and Semitic Rhetoric, de l’Association Catholique Française pour l’étude de la Bible et della Society of Biblical Literature. Elle est responsable du cours de théologie de la faculté et des relations internationales de cette même faculté.

 http://www.osservatoreromano.va/fr/news/la-prophetesse-anne

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PURIFICATION DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE.

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La Purification de la Vierge Marie eut lieu quarante jours après la Nativité du Seigneur. Cette fêté a été nommée ordinairement de trois manières, la Purification, Hypopante ou rencontre, et la Chandeleur. On la nomme Purification parce que, quarante jours après la naissance du Seigneur, la Vierge vint au Temple se purifier, selon la coutume introduite par la loi, quoique cette loi ne l’obligeât point. En effet au Lévitique (XII), la loi ordonnait que là femme qui, ayant usé du mariage, enfanterait un fils, serait impure pendant sept jours, impure au point de s’abstenir de toute espèce de commerce avec les hommes, et de l’entrée du temple:

Mais après les sept jours; elle redevenait pure ; en sorte qu’elle pouvait se trouver avec les hommes mais elle avait encore trente trois jours a passer avant de pouvoir entrer’ dans le temple à raison de son impureté. Enfin après quarante jours, elle entrait dans le temple et offrait son enfant avec des présents. Que si elle avait enfanté une femme, les jours étaient doublés pour ses rapports avec les hommes et pour l’entrée du temple. Pourquoi donc le Seigneur a-t-il ordonné que, au 40e jour, l’enfant fût offert dans le temple ? on peut en donner trois raisons. La première afin que l’on comprenne par là que (271) comme l’enfant est introduit au 40e jour dans le temple matériel, de même 40 jours après sa conception, pour le plus souvent, son âme est infuse dans le corps comme dans son temple. Ceci est rapporté dans l’Histoire scholastique *, quoique les physiciens (médecins) disent que le corps est perfectionné en 46 jours. La seconde, que comme l’âme infuse au 40e jour dans le corps, est souillée par le corps lui-même, de même au 40e jour, en entrant dans le temple, l’âme est désormais lavée de cette tache par les offrandes. La troisième, pour donner à comprendre que; ceux-là mériteront d’entrer dans le temple céleste qui auront voulu observer les dix commandements avec la, foi aux quatre Evangiles. Pour celle qui enfantait une femme, ces jours sont doubles, quant à l’entrée dans le temple, comme ils sont doublés pour la formation de son corps : car ainsi que le corps d’un homme est organisé et rendu parfait en 40 jours. et que pour le plus souvent, l’âme est infuse au 40e jour, ainsi le corps d’une femme est achevé en 80 jours et au 80e jour, pour le plus souvent, l’âme anime son corps. Pourquoi donc le corps d’une femme met-il plus de temps à se parfaire et l’âme à l’animer que le corps d’un homme ? Sans parler des raisons prises de la nature, on peut en assigner trois autres. La première, c’est que J.-C.; devant prendre chair dans le sexe viril, afin d’honorer, ce sexe et lui octroyer une plus grande grâce, il voulut que l’enfant fût formé plus tôt et que la femme fut purifié plus vite.

* Ch. XVIII. C’est l’œuvre de Pierre Comestor, auteur du XIIe siècle, qui eut une vogue immense a peu près égale à celle de la Légende dorée.

272

La seconde, que la femme ayant plus péché que l’homme, ses infirmités fussent doubles des infirmités de l’homme extérieurement en ce mondé, de même alors, elles ont dû être doublées intérieurement dans le sein. La troisième, pour donner à comprendre par là que la femme a été d’une certaine manière plus à charge à Dieu que l’homme, puisqu’elle a failli davantage. En effet Dieu est en quelque sorte fatigué par nos actions mauvaises, ce qui lui fait dire dans Isaïe (XLIII) : «Vous  m’avez rendu comme votre esclave par vos péchés. » Et ailleurs il dit encore par Jérémie (VI) : « J’ai travaillé avec grand effort. » La bienheureuse Vierge n’était donc pas tenue à cette loi de la purification, puisqu’elle n’a pas conçu en usant du mariage, mais par un souffle mystique. Aussi Moïse a ajouté : « en usant du mariage, » ce qui n’était pas nécessaire par rapport aux autres femmes qui conçoivent toutes , de cette manière, mais Moïse a ajouté ces mots, dit saint Bernard, parce qu’il venait de faire injure à la mère du Seigneur. Cependant elle voulut se soumettre à la loi pour quatre raisons. La première, pour donner l’exemple de l’humilité. Ce qui fait dire à saint Bernard : «O Vierge vraiment bienheureuse, vous n’aviez aucun motif ni aucun besoin de vous purifier ; mais est-ce que votre Fils avait besoin de la circoncision? Soyez au milieu des femmes comme l’une d’elles, car vôtre fils aussi se rend semblable aux autres enfants. » Or, cette humilité ne vint pas seulement de la mère, mais encore du Fils, qui voulut ici, comme elle, se soumettre à la loi. En effet, dans sa naissance, il se posa en homme (273) pauvre, dans sa circoncision en homme pauvre et pécheur, mais aujourd’hui il se traite en homme pauvre, et pécheur et esclave; en pauvre, puisqu’il choisit l’offrande des pauvres; en pécheur, puisqu’il veut être purifié avec sa mère; en esclave, puisqu’il a voulu être racheté, et même peu après il voulut être baptisé, non pour effacer en sondes fautes, mais pour offrir au monde l’exemple de la plus grande humilité, et pour donner des preuves que ces remèdes ont été bons au temps où on les employait.. Car cinq remèdes furent institués, dans une certaine succession de temps, contre le péché originel. Trois d’entre eux, selon Hugues de Saint-Victor, ont été institués sous la’ loi ancienne les oblations, les dîmes et les immolations des sacrifices, qui signifiaient merveilleusement l’œuvre de notre rédemption. Car le mode de rachat était exprimé par l’oblation; le prix lui-même de l’oblation, par le sacrifice, où il y avait effusion de sang; celui-là même, qui était racheté, par la dîme, parce que l’homme est figuré par la dixième dragme : Le premier remède fut l’offrande : ainsi l’on voit Caïn offrir à Dieu des présents de ses fruits,  et Abel, de ses troupeaux. Le second fut la dîme, comme dans Abraham qui offre la dîme au prêtre. Melchisédech : car selon saint Augustin, on dîmait sur tout ce dont on prenait soin. Le troisième fut l’immolation des sacrifices : car, d’après saint Grégoire, les sacrifices étaient établis contre le péché originel. Mais parce qu’il était de rigueur, eût au moins l’un ou l’autre des parents eût la foi et qu’il pouvait se faire quelquefois que tous les deux fussent infidèles, alors vint le quatrième remède, (274) savoir : la circoncision qui avait sa valeur, soit que les parents fussent fidèles, soit qu’ils ne le fussent point. Mais ce remède ne pouvant convenir seulement qu’aux mâles, et ne pouvant pas ouvrir les portes du paradis, alors à la circoncision succéda comme cinquième remède le baptême qui est commun à tous et qui ouvre la porte du ciel. J.-C. donc paraît avoir reçu, en quelque manière, le premier remède quand il fut offert dans le temple par ses parents; le second, quand il jeûna 40 jours et 40 nuits, parce que n’ayant point de biens avec quoi il pût payer la dîme, il offrit du moins à Dieu la dîme de ses jours. J.-C., s’est appliqué le troisième remède, quand sa mère offrit pour lui une paire de tourterelles, ou deux petits de colombes pour en faire un sacrifice, ou bien encore, quand il s’offrit lui-même en sacrifice sur la croix. Le quatrième, quand il se laissa circoncire, et le cinquième en recevant le baptême de saint Jean. — La seconde raison était d’accomplir la loi. Le Seigneur en effet n’était pas venu pour détruire la loi mais pour l’accomplir : car si en cela il se fût exempté de la loi, les Juifs auraient pu apporter cette excuse : « Nous ne recevons pas votre doctrine puisque vous n’êtes pas semblable à nos pères et que vous n’observez pas les traditions de la loi. » Mais aujourd’hui J.-C. et la Vierge se soumettent à une triple loi : 1° à la loi de la purification comme des modèles de vertu, afin que nous disions, après, avoir fait le bien, en tout, que nous sommes dès serviteurs inutiles ; 2° à la loi de la rédemption, pour donner un exemple d’humilité ; 3° à la loi de l’offrande, pour servir de modèle de pauvreté. —  La (275) troisième raison est pour mettre fin à la loi de la purification ; car comme au premier rayon de la lumière, les ténèbres disparaissent et que, au lever du soleil, l’ombre s’enfuit; de même, après la véritable purification, a cessé la purification figurative. Or, ici a en lieu la véritable purification dans J.-C. qui est réellement appelé la purification par excellence, puisqu’il nous purifie par la foi, selon qu’il est dit (Act., XV) : « Dieu purifie nos coeurs par la foi. » De là encore il sait que désormais les pères ne sont pas tenus à l’accomplissement de cette loi, ni les mères à la purification ou à l’entrée du temple, ni les enfants à ce rachat. —  La quatrième raison, c’est pour nous apprendre à nous purifier. Selon le droit, il y a cinq manières de se purger dès l’enfance, quoiqu’il n’y en ait que trois de prescrites; et nous devons les employer savoir, par le jurement, qui marque le renoncement au péché; par l’eau qui indique l’ablution baptismale; par le feu, qui désigne l’infusion de la’ grâce spirituelle; parles témoins, qui montrent la multitude des bonnes oeuvres; parla guerre, qui signifie la tentation. Or, la sainte Vierge, en venant au temple a offert son fils et l’a racheté avec cinq sicles. Il faut aussi remarquer que certains premiers-nés étaient rachetés comme les premiers-nés des onze tribus moyennant cinq sicles; quelques autres ne pouvaient être rachetés, par exemple, les premiers-nés des lévites, qui jamais n’étaient rachetables;- mais, parvenus à l’âge des adultes; ils servaient constamment le Seigneur dans le temple; de même encore les premiers-nés des animaux purs ils pouvaient être rachetés; mais ils étaient offerts au (276) Seigneur. Quelques autres devaient être échangés, comme le premier-né de l’âne qui était remplacé par une brebis; d’autres étaient tués, par exemple, le premier-né du chien. Or, puisque J.-C. était de la tribu de Juda, l’une des douze, il est clair qu’il a dû être racheté. « Et ils offrirent pour lui au Seigneur une paire de tourterelles ou deux petits de colombes. » C’était l’offrande des pauvres, tandis que l’agneau était celle des riches. L’Ecriture ne dit pas des petits de tourterelles, mais des petits de colombes, parce qu’on trouve toujours des petits de colombes, mais qu’on ne trouve pas toujours des petits de tourterelles, bien que l’on trouve toujours des tourterelles ; on ne dit pas non plus une paire de colombes, comme on dit une paire de tourterelles, parce que la colombe est un oiseau voluptueux, et pour cela Dieu n’a pas voulu qu’il lui en fût offert en sacrifice, mais la tourterelle est un oiseau pudique. — Cependant la Sainte Vierge Marie n’avait-elle pas, peu auparavant, reçu des mages une grosse somme d’or ? il est évident donc qu’elle a bien pu acheter un agneau. A cela on répond, qu’il n’est pas douteux, comme le dit saint Bernard, que les mages aient offert une grosse somme d’or, parce qu’il n’est pas vraisemblable, que des rois de cette importance aient offert à un tel Enfant de maigres présents; toutefois, d’après une opinion, elle ne garda pas cet or pour soi, mais elle le distribua de suite aux pauvres, ou bien peut-être, elle le garda pour pourvoir aux frais de son voyage de sept ans en Egypte ; ou encore, les mages n’offrirent pas une grande quantité d’or, car leur offrande avait une signification (277) mystique. — On distingue trois offrandes touchant le Seigneur : La première quand ses parents l’offrirent; la seconde quand on offrit pour lui des oiseaux; il fit lui-même la troisième pour les hommes sur la croix. La première montre son humilité, puisque le maître de la loi se soumet à la foi; la seconde, sa pauvreté, puisqu’il a choisi l’offrande des pauvres ; la troisième, sa charité, puisqu’il s’est livré pour les pécheurs. Voici les propriétés de la tourterelle : son vol est élevé ; ses chants sont dés gémissements; elle annonce le printemps; elle vit chastement; elle reste isolée; la nuit elle réchauffe ses petits elle s’éloigne des cadavres. Voici les propriétés de la colombe :

Elle ramasse le grain ; elle vole en troupe ; elle évite les cadavres ; elle n’a pas de fiel ; elle gémit elle caresse son compagnon de ses baisers ; la pierre lui fournit un nid; elle fuit son ennemi qu’elle a vu sur le fleuve ; elle ne blesse pas avec son bec; elle nourrit ses deux petits avec soin.

Secondement; cette fête a reçu le nom d’Hypapante, ce qui est la même chose que Présentation, parce que J.-C. a été présenté au temple: Hypapante veut encore dire rencontre *, parce que Siméon et Anne se rencontrèrent avec le Seigneur, qu’on offrait dans le temple. Alors donc Siméon le prit dans ses bras. Notons ici trois sortes d’ombres, trois anéantissements de notre Sauveur: 1° l’anéantissement de la vérité : car celui qui est. la vérité, par laquelle l’homme est conduit, qui est aussi la voie, laquelle conduit l’homme à Dieu qui est la vie, a permit que d’autres le conduisent aujourd’hui :

* De hypa, qui veut dire aller, et anti, contre.

278     

Alors, dit-il, qu’ils introduisaient Jésus enfant. » 2° L’anéantissement de la bonté, puisque lui qui est le seul bon, le seul saint, a voulu être purifié avec sa mère, comme un homme immonde. 3° C’est l’anéantissement de sa majesté, puisque celui qui porte tout par la parole de sa force; s’est laissé prendre et porter entre lés bras d’un vieillard, qui cependant portait celui qui le portait lui-même;, d’après cette parole de la liturgie : « Le vieillard portait l’enfant, mais l’enfant dirigeait le vieillard. » Alors Siméon le bénit en disant : « Vous laisserez maintenant, Seigneur, aller votre serviteur en paix, etc. » Et Siméon lui donne trois noms, savoir : le salut, la lumière et la gloire du peuple d’Israël. On peut entendre ces trois noms de quatre manières : 1° comme notre justification; et il est appelé sauveur, en remettant la faute, parce que Jésus veut dire sauveur, par cela qu’il sauvera le peuple de ses péchés; lumière, en donnant sa grâce.; gloire, il la donne à son peuple; 2° comme notre régénération, car 1° l’enfant est exorcisé et baptisé, et il est ainsi purifié du péché; 2° on lui donne un cierge allumé ; 3° il est présenté à l’autel; 4° la procession qui se fait en ce jour, car 1° les cierges sont bénits et exorcisés ; 2° ils sont allumés et distribués entre lés mains des fidèles; 3° on entre à l’église, en chantant, des cantiques ; 4° à cause du triple nom de la fête : on 1’appelle.Purifrcation, et c’est parce que la faute est purifiée, que Siméon appelle Jésus le salut. On l’appelle chandeleur, pour l’illumination de la grâce ; de là le nom de lumière. On l’appelle Hypapante, (279) pour la collation de la gloire: de là le nom de gloire du peuple d’Israël. « Alors en effet nous viendrons au-devant de J.-C. dans les airs » (saint Paul). On petit dire encore que par ce cantique de Siméon, J.-C. est loué comme paix, comme salut, comme lumière, comme gloire. Comme paix, car il est médiateur; comme salut, car il est rédempteur; comme lumière, car il est docteur; comme gloire, car il est récompense.

Troisièmement cette fête a reçu le nom de Chandeleur, parce qu’on porte à la main des chandelles allumées. Pourquoi l’Eglise a-t-elle établi qu’on porterait à la main des chandelles allumées ? On en peut assigner quatre raisons : 1° pour détruire une coutume mauvaise. En effet, autrefois, aux calendes de février, en l’honneur de Februa, mère de Mars; dieu de la guerre, les Romains illuminaient la ville de cinq en cinq ans avec des cierges et des flambeaux pendant toute la nuit, afin que Mars leur accordât la victoire sur leurs ennemis, en raison des honneurs qu’ils rendaient à sa mère ; et cet espace de temps était un lustre. Au mois de février encore les Romains offraient des sacrifices à Febvrius c’est-à-dire à Pluton et aux autres dieux infernaux, pour les âmes de leurs ancêtres : afin donc qu’ils eussent pitié d’eux, ils leur offraient des victimes solennelles, et toute la nuit. ils veillaient en chantant leurs louanges et tenaient des cierges et des torches allumées. Le pape Innocent dit encore que les femmes romaines célébraient en ce jour la fête des lumières, dont l’origine est tirée des fables des poètes. Ceux-ci rapportent que Proserpine était si belle que Pluton, dieu des enfers, en devint épris, (280) qu’il l’enleva et en fit une déesse. Ses parents la cherchèrent longtemps dans les forêts, et les bois avec des torches et des flambeaux, et c’est ce souvenir que rappelaient les femmes de Rome. Or, parce qu’il est difficile d’abandonner une coutume, les chrétiens nouvellement convertis a la foi ne savaient pas s’y résoudre alors le pape Sergius lui donna un but meilleur, en ordonnant aux chrétiens de célébrer, chaque année, à pareil jour, par tout, l’univers, une fête en l’honneur de la sainte Mère du Seigneur, avec cierges allumes et chandelles bénites. De cette manière la solennité restait, mais la fin était toute autre. 2° Pour montrer la pureté de la Vierge. En entendant que la Vierge s’était purifiée, quelques personnes pourraient penser qu’elle avait besoin de purification : afin donc de montrer que toute sa personne fut très pure et toute brillante, l’Eglise nous a ordonné de porter des flambeaux allumés, comme si. par le fait elle disait : « O bienheureuse Vierge, vous n’avez pas besoin de purification, mais vous êtes toute brillante, toute resplendissante. » De vrai, elle n’avait pas besoin de purification, elle qui avait conçu, sans user du mariage, elle qui avait été purifiée d’une manière très parfaite, et qui avait été sanctifiée dans le sein de sa mère. Or, elle avait tellement été glorifiée et purifiée dans le sein de sa mère et dans la venue du Saint-Esprit que, nom seulement il ne resta en elle aucune inclination au péché; mais l’effet de sa sainteté se communiquait et s’épanchait dans les autres, en sorte qu’elle éteignait tous les mouvements de charnelle concupiscence en tous. Ce qui fait dire aux Juifs que quoique Marie ait (281) été d’une extrême beauté, elle ne put cependant jamais être convoitée par personne; et la raison en est que la vertu de sa chasteté pénétrait tous ceux qui la regardaient et écartait d’eux toute concupiscence. Ce qui l’a fait comparer au cidre dont l’odeur fait mourir les serpents ; sa sainteté projetait comme des rayons sur les autres, de manière à étouffer tous les mouvements qui se glissaient en la chair. On la compare encore à la myrrhe; car de même que la myrrhe fait périr les vers, de même aussi sa sainteté détruisait toute concupiscence charnelle ; et elle jouit de cette prérogative dans un degré plus éminent que ceux qui ont été sanctifiés dès le sein de leur mère, ou qui sont restés vierges; dont la sainteté et la chasteté ne se transmettaient pas aux autres, ni n’éteignait en eux les mouvements de la chair, tandis que la force de la chasteté de la Vierge pénétrait jusqu’au fond même du coeur des impudiques et qu’elle les rendait tout aussitôt chastes à son égard. 3° A cause de la procession qui eut lieu à pareil jour : car Marie, Joseph, Siméon et Anne firent aujourd’hui une procession digne d’honneur, et présentèrent l’enfant Jésus au temple. De même encore, nous faisons la procession et portons à la main un cierge allumé, figure de Jésus-Christ, et nous le tenons jusque dans les églises. Il y a trois choses dans le cierge, savoir, la cire, la mèche et le feu, qui sont la figure des trois substances qui existèrent en J.-C. : la cire est la figure de sa chair qui est née de la Vierge Marie sans la corruption de la chair, comme les abeilles composent la cire sans mélange ; la mèche cachée dans le cierge est la figure (282) de son âme très candide cachée dans sa chair; et le feu ou la lumière est la figure de la divinité, parce que notre Dieu est un feu qui consume. Ce qui a fait dire à un poète : « Cette chandelle, je la porte en l’honneur de la pieuse Marie. Par la cire voyez une chair véritable née d’une Vierge ; par la lumière, la divinité et l’excellence de la majesté ; la mèche, c’est somme infiniment riche se cachant dans la chair. » 4° Pour notre instruction. Tout nous instruit : que si nous voulons être purs et nets, nous devons avoir en nous trois dispositions, savoir : une foi véritable, une conduite sainte, et une intention droite. La chandelle allumée à la main, c’est la foi avec les bonnes œuvres; et de même que la chandelle sans lumière est réputée morte, et que la lumière par elle-même ne brille pas sans chandelle, mais paraît être morte, de même les œuvres sans la foi et la foi sans les bonnes œuvres sont appelées mortes. Quant à la mèche enfermée dans la cire, c’est l’intention droite; ce qui fait dire à saint Grégoire : « L’action se fait devant le publie, mais l’intention reste cachée dans le secret. »

Une noble dame avait une très’ grande dévotion envers la sainte Vierge. Ayant fait construire une chapelle auprès de sa maison, elle y entretenait un chapelain, et voulait entendre chaque jour une messe de la Bienheureuse Vierge. Alors que la fête de la Purification de la Sainte Vierge était proche, le prêtre fit un voyage au loin pour une affaire particulière, et la dame ne put avoir une messe ce jour-là; ou bien, comme on le lit autre part, elle avait donné tout ce qu’elle avait jusqu’à ses vêtements pour l’amour de la (283) Vierge; or, comme elle avait donné sa robe et qu’elle ne pouvait aller à l’église il lui fallait rester sans messe en ce jour. Sous l’impression d’une vive douleur elle entra dans son oratoire ou sa chambre et se prosterna devant un autel de la Sainte Vierge. Tout à coup elle fut transportée hors d’elle-même, et il lui semblait être dans une église magnifique et toute resplendissante ; alors elle vit, entrer une foule extraordinaire de vierges, que, précédait une Vierge d’une admirable beauté, dont la tête était couronnée d’un diadème. Après que toutes se furent assises, voici venir une autre foule de jeunes gens qui prirent place chacun selon son rang. Alors quelqu’un qui portait une grande quantité de cierges, en donna d’abord un à la vierge qui avait le pas sur les autres; il en distribua ensuite aux autres vierges ut aux jeunes gens, enfin il vint auprès de la dame et lui offrit un cierge qu’elle accepta volontiers. Elle tourna alors les yeux vers le chœur et vit deux céroféraires, un sous-diacre, un diacre et un prêtre revêtus de leurs ornements sacrés s’avancer vers l’autel comme pour célébrer une messe solennelle. Il lui semblait que les acolytes étaient saint Vincent et saint Laurent; que le diacre. et le sous-diacre étaient deux anges; quant au prêtre, c’était J.-C. Après la confession, deux jeunes gens d’une rare beauté allèrent au milieu du chœur, commencèrent à haute voix et fort dévotement l’office de la, messe, que poursuivirent ceux qui étaient dans le tuteur. Quand on fut à l’offrande, la reine dés Vierges et toutes les vierges avec ceux qui étaient dans le chœur, vinrent offrir, comme de coutume, leurs cierges (284) au prêtre en fléchissant les genoux. Or, comme le prêtre attendait que la dame vînt lui offrir son cierge, et que celle-ci ne le voulait pas faire, la.reine des vierges lui envoya dire par un exprès qu’elle manquait de savoir-vivre, en faisant attendre le prêtre si longtemps. Elle répondit que le prêtre continuât sa messe parce qu’elle -ne lui offrirait pas son cierge. Alors la reine lui envoya encore un autre exprès à qui la dame répondit qu’elle ne donnerait à personne. le cierge qu’elle avait reçu, mais qu’elle le garderait par dévotion. Toutefois la reine des vierges donna cet ordre à l’exprès.: « Allez la prier de nouveau d’offrir son cierge, sinon vous le lui enlèverez par force, de ses mains. » Le messager étant venu et la dame refusant d’accéder à sa prière, il dit qu’il avait ordre de le lui arracher de force. Alors il saisit le cierge avec une grande violence et s’efforça de l’enlever. La dame le tenait plus fortement. encore et se défendait comme un homme. Le débat traînait en longueur, le cierge était tiré avec force deçà, de-là, quand tout à coup le cierge se cassa, une moitié restant entre les mains du messager, l’autre moitié danses mains de la dame. Au moment où le cierge se brisa avec bruit, elle revint tout aussitôt à elle et se trouva devant l’autel, où elle s’était placée, avec le cierge brisé à la main. Elle en fut dans l’admiration et rendit d’immenses actions de grâces à la Sainte Vierge qui n’avait pas permis qu’elle restât sans messe en ce jour, mais qui l’avait fait assister à un tel office. Elle eut grand soin de son cierge et le garda comme les plus précieuses reliques. On dit que tous ceux qui en étaient touchés étaient aussitôt guéris des (285) infirmités qui ses tourmentaient. — Une autre dame enceinte vit en songe qu’elle portait un étendard teint de couleur sanguine. En s’éveillant elle perdit de suite les sens : le démon se jouait tellement d’elle qu’il lui semblait qu’elle portait entre ses mamelles la foi chrétienne à laquelle elle avait été jusque-là fort attachée, et qu’elle la perdait à chaque instant. Rien ne la pouvant guérir, elle passa dans une église de la Sainte Vierge la nuit de la Purification et fut guérie parfaitement.

 

La légende dorée de Jacques de Vorogine, nouvellement traduite en français, avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l’Abbé J.-B.-M. Roze, … – Paris, Edouard Rouveyre Editeur, 1942.

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ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, CIRCONCISION DE JESUS, ISRAËL, JESUS CHRIST, JUDAÏSME

La circoncision de Jésus

LA CIRCONCISION DU SEIGNEUR

SDJ01JAN LA CIRCONCISION DE NOTRE SEIGNEUR

Marie et Joseph au huitième jour de la naissance Jésus vont accomplir ce que dit la loi de Moïse : il sera circoncit et à cette occasion il recevra officiellement le nom de « Jésus ». Joseph ne fait que ce que tout père de famille accomplit lors de la naissance d’un fils : lui donner un nom et le faire circoncire ; et s’il obéit à la loi, il obéit ausi à Dieu qui lui a dit « Tu lui donneras le nom de Jéus ! ».

Jésus entre ainsi pleinement dans la communauté juive : il fait partie désormais pleinement du peuple élu. Marie et Joseph n’ont pas discuté les commandements de Dieu. Jésus est pleinement juif dans toute son humanité : de sa naissance à sa mort. Il n’échappe à son Peuple que lors de la Résurrection.

On peut sans conteste dire comme saint Paul : « Reconnu homme à son aspect il n’a pas revendiqué le rang qui l’égalait à Dieu, mais il s’est abaissé devenu semblable aux hommes excepté le péché. Il s’est fait obéissant … » (Philippiens 2, 7-8).

En venant au monde, Jésus tout en gardant sa divinité, s’est fait pleinement homme. Il a en tout partagé la condition humaine. Jésus n’a pas fait semblant.

©Claude-Marie T.

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« Quand fu arrivé le  huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception ». ‘(Evangile selon Luc 2, 21)

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Quatre circonstances rendent la Circoncision du Seigneur célèbre et solennelle : la première est l’octave de Noël ; la seconde, l’imposition d’un nom nouveau et annonçant le salut; la troisième, l’effusion du sang, et la quatrième le signe de la Circoncision.

 

Premièrement, c’est l’octave de la Nativité du Seigneur. Si les octaves des autres saints sont solennelles, à plus forte raison le sera l’octave du Saint des saints. Mais il ne semble pas que la naissance du Seigneur doive avoir une octave, parce que sa naissance menait à la mort. Or, les morts des saints ont des octaves, parce qu’alors ils naissent pour arriver à une vie éternelle, et pour ressusciter ensuite dans des corps glorieux. Par la même raison, il semble qu’il ne doive pas y avoir d’octave à la Nativité de la bienheureuse Vierge et de saint Jean-Baptiste, pas plus qu’à la résurrection du Seigneur, puisque cette résurrection a eu lieu réellement. Mais il faut observer, d’après le Prépositif *, qu’il y a des octaves de surérogation, comme est l’octave du Seigneur, dans laquelle nous suppléons à ce qui n’a pas été convenablement fait dans la fête, savoir, l’office de celle qui met au monde. Aussi autrefois c’était la coutume de chanter la messe Vultum tuum, etc., en l’honneur de la sainte Vierge. Il v a encore des octaves de vénération, comme à Pâques, à la Pentecôte, pour la sainte Vierge, et pour saint Jean-Baptiste ; d’autres de dévotion, comme il peut s’en trouver pour chaque saint; d’autres enfin qui sont symboliques, comme sont les octaves instituées en l’honneur des saints et qui signifient l’octave de la résurrection.

* Ou Maître Prévost, chancelier de Paris, qui vivait en 1217; il a laissé une Somme Théologique qui n’a pas été imprimée.

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Secondement, c’est l’imposition d’un nom nouveau et salutaire. Aujourd’hui en effet il fut imposé au Sauveur un nom nouveau que la bouche du Seigneur a donné : « Aucun autre nom sous le ciel n’a été donné aux hommes, par lequel nous dévions être sauvés. » « C’est un nom, dit saint Bernard, qui est un miel à la bouche, une mélodie à l’oreille, une jubilation au cœur. » « C’est un nom, dit encore le même Père, qui, comme l’huile, brille aussitôt qu’on l’emploie, nourrit, quand on le médite ; il oint et il adoucit les maux à l’instant qu’on l’invoque. » Or, J.-C. a eu trois noms, comme l’évangile le dit, savoir, Fils de Dieu, Christ et Jésus. Il est appelé Fils de Dieu, en tant qu’il est Dieu de Dieu; Christ, en tant qu’il est homme dont la personne divine a pris lia nature humaine; Jésus, en tant qu’il est Dieu uni à l’humanité. Au sujet de ces trois noms, écoutons saint Bernard: « Vous qui êtes dans la poussière, réveillez-vous et chantez les louanges de Dieu. Voici que le Seigneur vient avec le salut; il vient avec des parfums, il vient avec gloire. En effet Jésus ne vient pas sans sauver, ni le Christ sans oindre. Le fils de Dieu ne vient pas sans gloire, puisqu’il est lui-même le salut ; il est lui-même le parfum, lui-même la gloire. » Mais il n’était pas connu parfaitement sous ce nom avant la passion. Quant au premier en effet, il n’était connu de quelques-uns que par conjecturé, par exemple, des démons qui le disaient Fils de Dieu; quant au second, il n’était connu qu’en particulier, c’est-à-dire de quelques-uns, mais en petit nombre, comme étant le Christ. Quant au troisième, il n’était connu que quant au mot, Jésus n’était pas (135) compris d’après sa véritable signification qui est sauveur. Mais après la résurrection, ce triple nom fut clairement manifesté : le premier par certitude, le second par diffusion, le troisième par signification. Or, le premier nom c’est Fils de Dieu. Et pour prouver que ce nom lui convient à bon droit, voici ce que dit saint Hilaire en son livre de la Trinité : « On connut de plusieurs manières que le Fils unique de Dieu est N.-S. J.-C. Le Père l’atteste ; il s’en avantage, luimême; les apôtres le prêchent; les hommes religieux le croient ; les démons l’avouent ; les juifs le nient ; les gentils l’apprennent dans sa passion. » Le même père dit encore : « Nous connaissons N.-S. J.-C., de ces différentes manières, par le nom, par la naissance, par la nature, par la puissance et par la- manifestation. » Le second nom c’est Christ, qui signifie oint. En effet, il fut oint d’une huile de joie au-dessus de tous ceux qui participeront à sa gloire » (saint Paul aux Hébr.). En le disant oint, on insinue qu’il fut prophète, athlète, prêtre et roi. Or, ces quatre sortes de personnes recevaient autrefois des onctions. Il fut prophète dans l’enseignement de la doctrine, athlète en déformant le diable, Prêtre en réconciliant les hommes avec son père, roi en rétribuant des récompenses. C’est de ce second nom que vient le nôtre. Nous sommes appelés chrétiens de Christ. Voici ce que saint Augustin dit de ce nom: « Chrétien, c’est un nom de justice, de bonté, d’intégrité, de patience, de chasteté, de pudeur, d’humanité, d’innocence, de piété. Et toi, comment le revendiques-tu ? comment te l’appropries-tu; quand c’est à peine s’il te reste quelques-unes de ces (136) qualités? Celui-là est chrétien qui ne l’est pas seulement par le nom, mais encore par les œuvres  » (saint Augustin). Le troisième nom c’est Jésus. Or, ce nom de Jésus, d’après saint Bernard, veut dire nourriture, fontaine, remède et lumière. Mais ici la nourriture a des effets multiples; c’est une nourriture confortable, elle engraisse, elle endurcit et elle donne la vigueur. Ecoutons saint Bernard sur ces qualités : «C’est une nourriture que ce nom de Jésus. Est-ce que vous ne vous sentez pas fortifiés, toutes les fois que vous vous en souvenez? Qu’y a-t-il qui nourrisse tant l’esprit de celui qui y pense? quoi de plus substantiel pour réparer les sens fatigués, rendre les vertus plus mâles, fomenter les bonnes mœurs , entretenir les affections chastes? » Secondement; c’est une fontaine. Saint Bernard en donne la raison. « Jésus est la fontaine scellée de la vie, qui se répand dans les plaines par quatre ruisseaux, qui sont pour nous sagesse, justice, sanctification, et rédemption : sagesse dans la prédication, justice dans l’absolution des péchés, sanctification dans la conversation ou la conversion, rédemption, dans la passion. » En un autre endroit ce père dit encore : « Trois ruisseaux émanèrent de Jésus : la parole de douleur, c’est la confession ; le sang de l’aspersion, c’est l’affliction; l’eau de purification, c’est la componction. » Troisièmement c’est un remède. Voici ce que le même Bernard dit : « Ce nom de Jésus est encore un remède. En effet rien comme lui ne calme l’impétuosité de la colère, ne déprime l’enflure de l’orgueil, ne guérit les plaies de l’envie, ne repousse les assauts de la luxure, n’éteint la flamme de la convoitise, (137) n’apaise la soif de l’avarice et ne bannit tous les désirs honteux et déréglés. » Quatrièmement, c’est une lumière, dit-il: « D’où croyez-vous qu’ait éclaté sur l’univers entier la si grande et si subite lumière de la foi, si ce n’est de la prédication du nom de Jésus ? C’est ce nom que Paul portait devant les nations et les rois comme un flambeau sur un candélabre. » En outre ce nom est d’une bien brande suavité. « Si vous écrivez un livre, dit saint Bernard, je ne suis pas content si je n’y lis Jésus ; si vous discutez, si vous conférez, je ne suis pas content, si je n’entends nommer Jésus. » Et Richard de Saint-Victor : « Jésus, dit-il; est un nom suave, un nom délectable, un nom qui ‘conforte le pécheur, et un nom d’un bon espoir. Eh bien donc, Jésus, soyez-moi Jésus. » Secondement c’est nu nom d’une grande vertu. Voici les paroles de Pierre de Ravesne : « Vous lui imposerez le nom de Jésus, c’est-à-dire, le nom qui a donné aux aveugles la vue, aux sourds l’ouïe, aux boiteux le marcher; aux muets la parole, aux morts la vie, et la vertu de ce nom a mis en fuite toute la puissance du diable sur les corps obsédés. » Troisièmement, il est d’une haute excellence et sublimité. Saint Bernard : « C’est le nom de mon Sauveur, de mon frère, de ma chair, de mon sang; c’est le nom caché au siècle, mais qui a été révélé à 1a fin des siècles: nom admirable, nom ineffable, nom inestimable, et d’autant plus admirable qu’il est inestimable, d’autant plus gracieux qu’il est gratuit. » Ce nom de Jésus lui a été imposé par l’Eternel, par l’ange, par Joseph, son père putatif. En effet Jésus signifie Sauveur. Or, Sauveur se dit de trois manières : de la puissance de (138)  sauver, de l’aptitude à sauver, de l’action de sauver.

Quant à la puissance, ce nom lui convient de toute éternité; à l’aptitude de sauver, il lui fut imposé ainsi par l’ange et il lui convient dès le principe de sa conception; à l’action de sauver, Joseph le lui imposa en raison de sa passion future, et la glose sur ces paroles, « vous l’appellerez Jésus », dit : Vous imposerez un nom qui a été imposé par l’ange ou par l’Eternel ; et la glose touche ici la triple dénomination qu’on vient d’établir. Quand on dit : vous imposerez le nom, on veut faire entendre la dénomination par Joseph ; quand on dit: qui a été imposé par l’ange ou par l’Eternel, on veut faire entendre les deux autres. Donc c’est à bon droit qu’au jour qui commence l’année, selon la constitution de Rome, la capitale du monde, au jour qui est marqué de la lettre capitale de l’alphabet *; le Christ, le chef de l’Eglise est circoncis, qu’un nom lui est donné et qu’on célèbre le jour de l’octave de sa naissance.

Troisièmement, l’effusion du sang de J.-C. C’est aujourd’hui en effet que la première fois, pour nous, il a commencé à verser son sang, lui qui plus tard a voulu le répandre plus d’une fois. Car il a versé pour nous son sang à cinq reprises différentes : 1° dans la circoncision, et ce fut le commencement de notre rédemption ; 2° dans la prière (du jardin) où il manifesta son désir de notre rédemption; 3° dans la flagellation, et cette effusion fut le mérite de notre rédemption,

 

*Dans le calendrier, chaque jour de la semaine est distingué par une des sept premières lettres de l’alphabet, et le premier jour est marqué de l’A capitale ou majuscule.

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parce que nous avons été guéris par sa lividité; 4° dans la crucifixion, et ce fut le prix de notre rédemption, car il a payé alors ce qu’il n’a pas pris (Ps. LXVIII, 5); 5° dans l’ouverture de son côté, et ce fut le sacrement de notre rédemption. En effet, il en est sorti du sang et; de l’eau, ce qui figurait due nous devions être purifiés par l’eau du baptême, lequel devait tirer toute son efficacité du sang de J.-C.

Quatrièmement enfin, le signe de la circoncision que J.-C. a daigné recevoir aujourd’hui. Or, le Seigneur voulut être circoncis pour beaucoup de motifs. 1° Pour lui-même, afin de montrer qu’il avait pris véritablement une chair d’homme. Il savait du resté qu’on devait soutenir qu’il avait pris non pas un vrai corps, mais un corps fantastique, et c’est pour confondre cette erreur qu’il a voulu être circoncis et répandre alors de son sang ; en effet un corps fantastique ne jette pas de sang. 2° Pour nous-mêmes, afin de nous montrer l’obligation de nous circoncire spirituellement. Selon saint Bernard, « il y a deux sortes de circoncision qui doivent être faites par nous, l’extérieure dans la chair et l’intérieure dans l’esprit. La circoncision extérieure consiste en trois choses : dans notre manière d’être, afin qu’elle ne soit pas singulière; dans nos actions, pour qu’elles ne soient pas répréhensibles ; dans nos discours, afin qu’ils n’encourent pas le mépris. Semblablement, l’intérieure consiste en trois choses : savoir, dans la pensée, pour qu’elle soit sainte, dans l’affection pure, dans l’intention » (Saint Bernard). Par un autre motif, il a voulu être circoncis pour nous sauver. De même en effet que l’on cautérise un membre afin de (140) guérir tout le corps, de même J.-C. a voulu supporter 1a cautérisation de la circoncision pour que tout le corps mystique fût sauvé (Coloss., II). « Vous avez été circoncis d’une circoncision qui n’est pas faite de main d’homme, mais qui consiste dans le dépouillement du corps charnel, c’est-à-dire de la circoncision de J.-C. ; » la glose ajoute, dans le dépouillement des vices, comme par une pierre très aiguë, «or, la pierre était 1è Christ. » Dans l’Exode (IV, 25) on lit : « Séphora prit aussitôt une pierre très aiguë, et circoncit le prépuce de son fils. » Sur quoi la glose donne deux explications. La première : vous avez été circoncis, dis-je, d’une circoncision qui n’est pas faite de main d’homme, c’est-à-dire que ce n’est pas couvre d’homme, mais couvre de Dieu, c’est-à-dire circoncision spirituelle. Cette circoncision se fait par le dépouillement du corps charnel, savoir, le dépouillement de la chair de l’homme, c’est-à-dire des vices et des désirs charnels, d’après le sens qu’on attribue au mot chair, dans ce passage de saint Paul (1 Corinth., VIII) : « La chair et le sang ne posséderont pas le royaume de Dieu, etc… » Vous êtes, dis-je, circoncis d’une circoncision qui n’est pas faite par la main, mais d’une circoncision spirituelle. La deuxième explication de la glose est celle-ci : vous avez été circoncis, dis-je, en J.-C., et cela d’une circoncision qui n’est pas faite par la main, c’est-à-dire d’une circoncision légale : cette circoncision qui vient de la main, se fait dans le dépouillement du corps charnel, savoir, du corps qui est chair, c’est-à-dire de la peau de la chair qui est enlevée dans la circoncision légale. Vous n’êtes pas, dis-je, circoncis de (141) cette circoncision, mais de la circoncision » de J.-C., c’est-à-dire spirituelle, dans laquelle tous les vices sont retranchés. Aussi on lit dans saint Paul aux Romains (II, 28) : « Le juif n’est pas celui qui l’est au dehors, et la véritable circoncision n’est pas celle qui se fait dans la chair et qui n’est qu’extérieure; mais le juif est celui qui l’est intérieurement ; et la circoncision du coeur se fait par l’esprit et non selon la lettre de la loi ; et ce juif tire sa louange, non des hommes, mais de Dieu. Vous avez été circoncis d’une circoncision qui n’est pas faite de main d’homme par le dépouillement du corps charnel, mais de la circoncision de J.-C. » 3° J.-C. a voulu être circoncis par rapport aux Juifs, afin qu’ils fussent inexcusables. Car s’il n’avait pas été circoncis, les Juifs auraient pu s’excuser et dire : Ce pourquoi nous ne vous recevons pas, c’est que vous n’êtes pas semblable à nos pères. 4° Par rapport aux démons, afin qu’ils ne connussent pas le mystère de l’incarnation. En effet, comme la circoncision était faite contre le péché originel, le diable crut que J.-C., qui était circoncis lui-même, était un pécheur semblable aux autres, puisqu’il avait besoin du remède de la circoncision. C’est pour cela aussi qu’il a voulu que sa mère fût mariée, quoiqu’elle soit toujours restée vierge. 5° Pour accomplir toute justice. Car, de même qu’il a voulu être baptisé pour accomplir toute justice, c’est-à-dire toute humilité, laquelle consiste à se soumettre à moindre : que soi, de même aussi il a voulu être circoncis afin de nous offrir un modèle d’humilité, puisque lui, l’auteur et le maître de la loi, a voulu se soumettre à la loi. 6° Pour (142) approuver la loi mosaïque qui était bonne et sainte, et qui devait être accomplie, parce qu’il n’était pas venu détruire la loi, mais l’accomplir. Et saint Paul a dit aux Romains (XV, 8) : « Je vous déclaré que J.-C. a été le ministre des circoncis afin que Dieu fût reconnu véritable par l’accomplissement des promesses faites à leurs pères. »

Quant aux raisons pour lesquelles la circoncision se faisait le huitième jour, on peut en assigner un grand nombre. 1° Selon le sens historique ou littéral. D’après le rabbin Moïse, profond philosophe et théologien, quoique juif, l’enfant, dans les sept jours qui suivent sa naissance, a les chairs aussi molles qu’il les avait dans le sein de sa mère, mais à huit jours il s’est fortifié et affermi, et c’est pour cela, ajoute-t-il, que le Seigneur n’a pas voulu que les petits enfants fussent circoncis, de peur qu’à cause de cette trop grande mollesse, ils ne fussent par trop blessés ; et il n’a pas voulu que la circoncision eût lieu plus tard que le huitième jour, pour trois causes que ce philosophe énumère : 1° afin d’éviter le péril de mourir auquel aurait, pu être exposé l’enfant, si on l’avait différée davantage ; 2° pour épargner la douleur à l’enfant : dans la circoncision, en effet, cette douleur est très vive ; aussi le Seigneur a-t-il voulu que la circoncision se fit alors que l’imagination des enfants est peu développée pour qu’ils en ressentissent une moindre douleur ; 3° pour épargner du chagrin aux parents, car comme la plupart des petits enfants mouraient de la circoncision, s’ils avaient été circoncis quand ils seraient devenus grands et qu’ils en fussent morts, le chagrin des (143) parents eût été plus grand que s’ils eussent succombé à huit jours seulement. 2° Selon le sens anagogique ou, céleste. La circoncision avait lieu au huitième jour pour donner à comprendre que dans l’octave de la résurrection, nous serions circoncis de toute peine et misère. Et d’après cela, ces huit jours seront les huit âges : le 1er d’Adam à Noë , le 2e de Noë à Abraham ; le 3e d’Abraham à Moïse ; le 4e de Moïse à David; le 5e de David à J.-C. ; le 6e de J.-C. à la fin du monde ; le 7e de la mort; le 8e de la résurrection. Ou bien encore par les huit jours, on entend les huit qualités que nous posséderons dans la vie éternelle et que saint Augustin énumère ainsi : « Je serai leur Dieu, c’est-à-dire, je serai ce qui les rassasiera. Je serai tout ce qu’on peut honnêtement désirer : vie, salut, force, abondance, gloire, honneur, paix et tout bien. Par les sept jours, on entend encore l’homme composé du corps et de l’âme. Il y a quatre jours qui sont les quatre éléments dont se compose le corps, et les trois jours sont les trois puissances de l’âme qui sont le concupiscible, l’irascible et le rationnel. L’homme donc qui maintenant a les sept jours, dès lors qu’il sera conjoint avec l’unité clé l’éternelle incommutabilité, aura alors huit jours, et dans ce huitième jour, il sera circoncis et délivré de toute peine et de toute coulpe. 3° Selon le sens tropologique ou moral, d’après lequel les huit jours peuvent être expliqués de diverses manières. Le premier peut être la connaissance du péché, d’après le Psalmiste : « Voici que je connais mon iniquité » (Ps. L). Le second c’est le bon propos de quitter le mal et de faire le bien; il est indiqué par l’enfant prodigue qui (144) dit : «Je me lèverai et j’irai à mon père. » Le troisième c’est la honte du péché, sur quoi l’apôtre dit : « Quel fruit avez-vous donc retiré de ce qui vous fait maintenant rougir. » Le quatrième, c’est la crainte du jugement futur. « J’ai craint Dieu comme des flots suspendus au-dessus de moi » (Job). « Soit que je mange, soit que je boive, soit que je fasse quelque autre chose, il me semble toujours entendre résonner. à mes oreilles, cette parole : « Levez-vous; morts, et venez au jugement » (Saint Jérôme). Le cinquième, c’est la contrition, ce qu’a dit Jérémie (VI, 26) : « Pleurez comme une mère qui pleure son fils unique. » Le sixième, c’est la confession (Ps. XXXI, 5) : « J’ai dit : je confesserai contre moi-même mon injustice au Seigneur. » Le septième, c’est l’espoir du pardon. Car quoique Judas eût confessé son péché, il ne l’a cependant pas fait avec espoir de pardon, aussi n’a-t-il pas obtenu miséricorde. Le huitième, c’est la satisfaction : et ce jour-là, l’homme est circoncis spirituellement, non seulement de la coulpe, mais encore de tout châtiment. Ou bien les deux premiers jours sont la douleur de l’action du péché et le désir de s’en corriger : les deux suivants, de confesser le mal que nous avons fait et le bien que nous avons omis ; les quatre autres sont la prière, l’effusion des larmes, l’affliction du corps et les aumônes. Ces huit jours peuvent fournir encore huit considérations sérieuses pour détruire en nous toute volonté de pécher; en sorte qu’une seule opérera une grande abstinence. Saint Bernard en énumère sept en disant : « Il y a sept choses qui sont de l’essence de l’homme; s’il les considérait, il ne (145) pécherait jamais, savoir, une matière vile, une action honteuse, un effet déplorable, un état chancelant, une mort triste, une dissolution misérable et une damnation détestable. La huitième peut offrir la considération d’une gloire ineffable. » 4° Selon le sens allégorique ou spirituel. Alors cinq jours seront les cinq livres de Moïse, qui contiennent la loi, les deux autres seront les prophètes et les psaumes ; le huitième jour sera la doctrine évangélique. Mais dans les sept premiers jours, il n’y avait pas circoncision parfaite, tandis que dans le huitième, il se fait une circoncision parfaite de toute coulpe et de toute peine; c’est maintenant l’objet de notre espérance, mais enfin elle sera réalisée. Quels motifs a-t-on pu avoir en circoncisant ? On en assigne six que voici : « caustique, signe, mérite, remède, figure, exemple. »

 

Quant à la chair de la circoncision du Seigneur, un ange l’apporta, dit-on, à Charlemagne qui la déposa avec honneur à Aix-la-Chapelle dans l’église de Sainte-Marie. Il l’aurait portée plus tard à Charroux *, et elle serait maintenant à Rome dans l’église qu’on appelle le Saint des Saints, où l’on voit cette inscription : « Ici se trouvent la chair circoncise de J.-C., son nombril et ses sandales. » C’est ce qui fait qu’il y a une station au Saint des Saints. Si tout cela est vrai, il faut avouer que c’est bien admirable. Car comme la chair est vraiment de la nature humaine, nous croyons que, J.-C. ressuscitant, elle est retournée à son lieu avec gloire. Cette assertion serait vraie dans l’opinion de ceux qui avancent que cela appartient seulement  la nature humaine véritable reçue d’Adam, et celle-ci ressuscitera seule

 

* Histoire scholast., Ev. c. VI, note.

146     

Il ne faut pas passer sous silence qu’autrefois les païens et les gentils se livraient en ces calendes à bon nombre de superstitions que les saints eurent de la peine à extirper même parmi les chrétiens, et dont saint Augustin parle en un sermon. « On croyait, dit-il, que Janus était Dieu ; on lui rendait de grands honneurs en ce jour : il était représenté avec deux visages, l’un derrière et l’autre par-devant, parce qu’il était le terme de l’année passée et le commencement de la suivante. En outre, en ce premier jour, on prenait des formes monstrueuses ; les uns se revêtaient de peaux d’animaux, d’autres mettaient des têtes de bêtes, et ils prouvaient par là qu’ils n’avaient pas seulement l’apparence de bêtes, mais qu’ils en avaient le fonds. D’autres s’habillaient avec des vêtements de femmes, sans rougir de fourrer dans les tuniques des femmes des bras accoutumés à porter l’épée. D’autres observaient si scrupuleusement les augures, que si quelqu’un leur demandait du feu de leur maison ou réclamait un autre service, ils ne le lui accordaient pas. On se donne encore et on se rend mutuellement des étrennes diaboliques. D’autres font préparer des tables splendides pendant la nuit, et les laissent servies dans la croyance que, pendant toute l’année, leurs repas auront toujours la même abondance. » Saint Augustin ajoute : « Celui qui veut observer en quelque point la coutume des païens, il est à craindre que le nom de chrétien ne lui serve à rien. Car celui qui met de la (147) condescendance pour partager les jeux de quelques insensés, ne doit pas douter qu’il ne participe à leur péché. Pour vous, mes frères, qu’il ne vous suffise pas de ne pas commettre cette faute, mais partout où vous la verrez commettre, reprenez, corrigez et châtiez. » (Saint Augustin.)

 

 La Légende dorée de Jacques de Vorogine, nouvellement traduite en français, avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l’Abbé J.-B.-M. Roze. – Paris, Editeur Edouard Rouveyre, 1942.

 

LA CIRCONCISION CHEZ LES JUIFS

la-circoncision

Brit Milah

La brit milah (hébreu), « alliance [par la] circoncision », est un rite de passage du judaïsme réalisé par un péritomiste (mohel) qui excise définitivement le prépuce du pénis, , et découvre donc perpétuellement le gland. Il peut parfois aussi enlever tout ou partie du frein du pénis. Le rite est traditionnellement pratiqué au huitième jour de vie d’un nouveau-né mâle ou lors de la conversion d’u individu au judaïsme. La brit milah est suivie par un festin de célébration (seoudat mitzva).

 

La brit milah dans la Bible

La première référence biblique se trouve le récit d’Abraham (Genèse 17, 11) auquel Dieu prescrit de se circoncire en signe d’alliance, à 99 ans.

Ensuite, son fils Isaac fut le premier circoncis à huit jours, alors que son frère aîné, Ismaël ne fut circoncis qu’à l’adolescence.

L’obligation de la circoncision est mentionnée dans la Torah :

Dans le livre de la Genèse (versets 17:9-14), comme le signe de l’Alliance entre Dieu et la descendance d’Abraham. « Toi et tes descendants, de génération en génération, vous devrez respecter mon alliance. Voici l’obligation que je vous impose et à laquelle vous vous soumettrez, toi et tes descendants : Quiconque est parmi vous de sexe masculin devra être circoncis. Votre circoncision sera le signe de l’alliance établie entre vous et moi. De génération en génération, tous vos garçons seront circoncis quand ils auront huit jours. De même pour les esclaves nés chez toi ou pour les esclaves étrangers que tu as achetés et qui ne sont donc pas membres de ton clan. Ainsi l’esclave né chez toi et celui que tu auras acheté seront circoncis, afin que mon alliance soit inscrite dans votre chair comme une alliance perpétuelle. Quant à l’homme non circoncis, il sera exclu du peuple pour n’avoir pas respecté les obligations de mon alliance ».

Dans le Lévitique, il est rappelé qu’après l’accouchement d’une femme, « Le huitième jour, on circoncit l’enfant ».

Dans le Talmud de Babylone (Yebamoth 64b), il est précisé que l’enfant est exempté de circoncision si 2 ou 3 de ses frères ou 2 ou 3 de ses cousins (nés de sœurs différentes) sont morts de leur circoncision

Déroulement de la Brit Milah

La circoncision est un rituel obligatoire pour les Juifs. Fidèles à la tradition millénaire de leurs ancêtres, les garçons Juifs sont circoncis au huitième jour à partir du jour de la naissance inclus, avant le crépuscule.

La Brit peut se passer pendant les jours de fêtes et le Shabbat

En cas de suspicion médicale (poids faible, maladie, ictère ou autre), la brit milah peut être repoussée jusqu’à une date ultérieure.

C’est au père qu’il incombe de circoncire son fils, le plus tôt, le matin. Toutefois, il peut déléguer l’exécution de la circoncision à un Mohel.

L’enfant repose sur les genoux du Sandaq (du grec syndic) qui aide le mohel en exposant la zone opératoire en maintenant les membres inférieurs de l’enfant.

Le Sandaq est préférentiellement le grand-père paternel, puis le grand-père maternel puis tout autre personne respectable, de préférence une personne sage (Talmid Hakham).

Chaque mohel a sa technique selon sa formation initiale et son expérience. Toute milah doit être pratiquée ou supervisée par un Mohel expérimenté qui connaît la halakha et maîtrise toutes les phases de la milah et de ses complications éventuelles.

Les grands principes sont :

la Milah proprement dite : section du prépuce tout en protégeant le gland ;

la Perya ou déchirure : ablation de la muqueuse interne du prépuce accolé au gland ;

la Metsitsa ou succion post Perya ; dans la pratique ultra orthodoxe le mohel suce le sang en appliquant sa bouche sur le pénis du bébé afin de nettoyer la plaie.

la Havisha ou pansement antihémorragique qui suit une hemostase parfaite ;

la Bakara Rishona ou visite de contrôle le soir de la Milah ;

la Bakara Chenia ou retrait final du pansement, de 24 heures à 72 heures après selon la décision du Mohel.

Si une hémorragie même légère persiste 15 minutes après le pansement, il faut sans délai consulter un médecin