AVOCATS, JUSTICE, PROCES, YVES DE TREGUIER (saint ; 1253-1303), YVES DE TREGUIER, PATRON DES AVOCATS

Yves de Tréguier, patron des avocats

Saint Yves de Tréguier, patron des avocats

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Prière par l’intercession de Saint Yves pour tous ceux qui ont des procès ou vivent des conflits de voisinage, familiaux et professionnels…

 

Seigneur je me tourne vers Toi avec confiance, appuyé sur la prière de ton serviteur saint Yves ;

Tu es le Dieu de l’amour et de la vérité, de la justice et de la paix, et Tu as donné à Yves Hélori en son temps de juger avec équité, d’assister les pauvres et de les défendre comme avocat dans leurs procès ; d’appeler l’Esprit Saint sur lui même et sur les plaideurs ; Tu as voulu que son sens de la justice et son aide aux plaideurs en difficulté perdurent à travers les siècles en confirmant par des miracles nombreux sa sainteté.

Aussi je prends aujourd’hui saint Yves comme mon avocat auprès de Toi afin qu’il Te supplie avec moi dans mes difficultés actuelles [1] de m’obtenir justice et paix, équité, miséricorde, réconciliation.

Et Toi, Seigneur Esprit Saint que Jésus nous a laissé comme avocat et défenseur, qui as assisté saint Yves durant son office de Juge, son service d’Avocat et son dévouement pour les pauvres et les malheureux,

donne-moi un bon avocat et défenseur, inspire-le ainsi que mes juges et aussi mes adversaires pour obtenir Justice et paix et si c’est possible réconciliation ;

viens visiter mon cœur, donne-moi de supporter sans haine les épreuves auxquelles je suis confronté ;

de ton huile de guérison guéris mon cœur ;

donne-moi la force de supporter comme tu l’as fait l’injustice des hommes ;

donne-moi le cas échéant de supporter la justice des hommes pour le mal que j’ai fait et obtiens-moi l’indulgence et la miséricorde ;

donne-moi l’Espérance ;

donne-moi s’il le faut un regard nouveau sur mon procès et mes griefs, la possibilité de transiger ;

donne-moi la grâce du pardon, dans le temps qui sera nécessaire, des blessures et injustices reçues et libère ainsi mon cœur ;

donne la paix dans cette famille (ou) dans ce village, (ou) dans cette communauté, (ou) dans cette entreprise (ou) ce groupe social ;

Saint Yves, grand saint patron et avocat des pauvres gens, avec toi je me confie (tel que je suis aujourd’hui) de tout mon cœur au Seigneur Dieu et à son Amour miséricordieux !

 

 

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Yves Hélory de Kermartin

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Yves Hélory de Kermartin (ou Yves de Tréguier, ou saint Yves dans la tradition catholique), né probablement le 17 octobre 1253 au manoir de Kermartin, à Minihy, près de Tréguier (aujourd’hui Minihy-Tréguier, Bretagne), où il est décédé le 19 mai 1303, est un prêtre et official du diocèse de Tréguier, sous le règne de Jean Ier de Bretagne. Il consacra sa vie à la justice et aux pauvres, aussi fut-il canonisé le 19 mai 1347 par le pape Clément VI. On le fête le 19 mai.

Saint Yves est le saint patron de toutes les professions de justice et de droit, notamment celle d’avocat. Il est également saint patron de la Bretagne et fait l’objet d’un grand pardon (une célébration annuelle à caractère religieux), dans la ville de Tréguier, près de laquelle il est né et où il a vécu.

 

Étymologie

En breton, saint Yves est appelé sant Erwan dans le Trégor,  IwanYouenn ou Eozen dans d’autres régions. Ces variantes proviennent de ses deux prototypes : Yves, emprunt au français, et Eozen issu du vieux breton Eudon (de eu, « bon, apprécié », et don, « faculté, grâce, pouvoir »)

Biographie

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Aucun récit contemporain de la Vie de saint Yves ne nous est parvenu, mais la procédure entamée en 1330 pour aboutir à sa canonisation a servi de document de référence. L’enquête de canonisation s’ouvre le 26 février 1330 et aboutit positivement le 19 mai 1347. Elle nous fournit un certain nombre de témoignages sur ce que fut sa vie et la manière dont les gens le percevaient. Ceux qui l’ont connu témoignent, ceux qu’il a guéris racontent. Après sa canonisation, plusieurs récits de sa vie ont été écrits en français, en latin, en breton, en italien.

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Yves Hélory (ou Héloury selon l’enquête de canonisation) est né au milieu du xiiie siècle, probablement le 17 octobre 1253, dans une famille noble au manoir de Kermartin5 sur la paroisse de Minihy-Tréguier. Il est le fils d’Hélory, seigneur de Kermartin et d’Azo (ou Azou) de la maison du Kenquis (en français le Plessix). Sa mère prétendit qu’un songe lui aurait révélé que son fils serait un saint. En 1257, Jean de Kerhos (Kergoz ou Kerc’hoz), clerc de la paroisse de Pleubian, précepteur de l’enfant, l’accompagne à Paris où le jeune homme est envoyé pour suivre des études universitaires. Il y fait ses humanités, suivant des cours de théologie, probablement à la Sorbonne. À 18 ans, il obtient une licence, puis la maîtrise et le doctorat en théologie, ainsi qu’un doctorat en droit, à 24 ans. Il poursuit des études de droit à l’université d’Orléans dont la faculté est réputée à travers toute l’Europe à cette époque. Déjà, il se fait remarquer par sa vie de privation en faveur des pauvres.

Ses études achevées trois ans plus tard, il revient travailler en Bretagne à Rennes, où il devient conseiller juridique du diocèse. L’évêque de Tréguier remarque ses talents et le presse de revenir à Tréguier. Sa mère meurt en 1280. Étant le fils aîné de la famille Heloury, il hérite de tout le patrimoine familial. Invitant volontiers les indigents à sa table, il recueille deux orphelins, Derrien Guiomar, dominicain, et Olivier Floc’h.

En 1284, l’évêque de Tréguier Alain de Bruc le nomme official, l’ordonne prêtre. Il le nomme recteur de la paroisse de Trédrez puis en 1292 de celle de Louannec, proches des terres de son enfance. En 1293, il fait construire un refuge pour les indigents, Crech-Martin (ou Krech-Martin).

Alors que ses prédécesseurs prêchaient en latin, Yves étonne ses paroissiens en le faisant en breton, rendant ainsi accessible au peuple la compréhension de l’Évangile et de son message. Il se déplace beaucoup à pied dans la région de Tréguier, est vu plusieurs fois dans la même journée à des lieux différents et de bonne distance. Les gens l’apprécient pour sa façon de rendre la justice, il est réputé pour son sens de l’équité qui lui interdit de privilégier le riche sur le pauvre.

Un certain nombre de faits sont rapportés dans l’enquête de canonisation sur la manière dont Yves Hélory rendait justice. Ainsi à Rennes, doit-il traiter une affaire opposant un aubergiste à un mendiant. Ce dernier est accusé par le premier d’avoir été pris à rôder autour des cuisines ; comme l’aubergiste ne peut l’accuser d’avoir volé de la nourriture, il l’accuse de se nourrir des odeurs de sa cuisine… Yves Hélory prend quelques pièces dans sa bourse et les jette sur la table devant lui ; l’aubergiste tend la main pour les prendre mais saint Yves retient sa main. L’aubergiste s’exclame : « c’est à moi » Yves lui répond « ah non ! le son paye l’odeur, à cet homme l’odeur de ta cuisine, à toi le son de ces pièces ! ». En arrière-fond de ce petit épisode plutôt amusant, saint Yves sera reconnu par les démunis comme l’avocat qui fait justice aux pauvres et ne tient pas compte de la condition sociale. C’est ainsi qu’autrefois dans un vieux cantique populaire, on le fêtait en chantant « Sanctus Yvo erat brito; advocatus sed non latro, res mirabilis8 (miranda) populo », « Saint Yves était breton, avocat mais pas voleur, chose admirable pour le peuple ! ».

Son attachement aux pauvres et au soulagement de leur misère est de notoriété publique. Il a dû bien scandaliser sur le moment ces deux femmes qui bavardaient près de l’Hôtel-Dieu à Tréguier. Elles rapporteront le fait au procès de canonisation : entré environ une heure plus tôt dans l’hospice, Yves en sort à moitié nu et passe devant elles en courant vers Minihy où se trouve son manoir. Les femmes se demandent ce qui a bien pu se passer, elles entrent dans l’hôtel-Dieu et remarquent qu’un malade porte telle pièce des vêtements d’Yves, un autre telle autre, etc.

Après une vie d’ascèse, de prière et de partage, mangeant très peu et vivant très pauvrement en distribuant ce qu’il a (il ne mangeait que deux œufs le jour de Pâques et tenait table ouverte pour les pauvres en son manoir), Yves Hélory abandonne sa charge au diocèse en 1298 pour se consacrer entièrement à la contemplation. Il s’éteint le 19 mai 1303. Ses obsèques à la cathédrale Saint-Tugdual de Tréguier où est érigé son mausolée, sont l’objet d’un faste et d’une ferveur populaire extraordinaire ; pour tous, il devient le « mirouër des ecclésiastiques, avocat et père des pauvres, veuves et orphelins ». Il meurt a Kermartin le 19 mai 1303.

Canonisation

Les premières démarches afin d’obtenir la reconnaissance officielle auprès de la papauté sont initiées par le duc de Bretagne Jean III. Le pape Jean XXII donne une bulle en date du 26 février 1330, décrétant l’ouverture d’une enquête sur la vie et les miracles d’Yves Hélory, et nomme à cet effet trois commissaires apostoliques chargés de se rendre sur place pour entendre les témoins. Leur audition de 300 témoins débute le 23 juin 1330 à Tréguier et s’achève le 4 août suivant. Le 4 juin 1331, les procès-verbaux des enquêtes sont présentés en plein consistoire au pape qui nomme, séance tenante, trois cardinaux chargés d’examiner la cause et de préparer la tenue d’un consistoire au terme duquel il donnera sa décision finale. Par acte du 19 mai 1347, le pape Clément VI, canonise officiellement Yves Hélory en l’inscrivant au catalogue des saints et en fixant au 19 mai le jour de la célébration de saint Yves. Le 29 mai 1347, à la levée du corps du saint, sa tête est placée dans un reliquaire et le reste des reliques mis dans un sépulcre que Jean V de Bretagne fait surmonter d’un monument, dans la cathédrale Saint-Tugdual de Tréguier.

 

Culte et iconographie

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Dès la première moitié du xve siècle, Mgr Alain de Coetivy obtient du pape Nicolas V la concession d’une église bâtie probablement au xiie siècle et placée alors sous le patronage de saint André. Par bulle du 16 septembre 1455, Calixte III, successeur de Nicolas V, ratifie cette décision. Cette vieille église (probablement dans le style de Santa Maria in Cosmedine à Rome) est détruite en 1875 pour cause de vétusté et reconstruite dans le même temps plus petite dans un style néo-renaissance florentine. Un tympan en terre cuite vernissée surmonte la porte d’entrée principale et représente au centre une Vierge à l’Enfant, à sa droite saint Yves et à sa gauche saint Bernard. L’ancienne église conservait de nombreuses pierres tombales de bretons décédés à Rome et enterrés dans l’église. Elles ornent aujourd’hui le cloître de Saint-Louis-des-Français à Rome. La façade a été restaurée pour l’année 2003, année du septième centenaire de la mort du saint. Cette petite église dite « Saint-Yves-des-Bretons » (Sant’Ivo dei Bretoni), située au no 8 Vicolo della Campana se visite sur demande auprès du recteur de Saint-Louis-des-Français. Le 19 mai, chaque année, une messe en français y est célébrée en l’honneur de saint Yves.

La seconde église dédiée au saint s’appelle Sant’Ivo alla Sapienza. Église originale en particulier par la tour qui la surmonte représentant la tour de Babel. Elle fut construite entre 1642 et 1660 par Borromini dans l’enceinte du Palazzo della Sapienza abritant alors le Studio Romano qui devint ensuite l’université de Rome (jusqu’en 1935). À l’intérieur de l’église se trouve un retable représentant saint Yves commencé par Pierre de Cortone (1596-1669) et achevé par un ou plusieurs de ses élèves.

D’autres églises sont consacrées à saint Yves à travers l’Europe où s’est répandu dans toute l’Europe : en Espagne, en Allemagne, et aux Pays-Bas.

Son culte est resté particulièrement vivace en Bretagne: les chapelles qui lui sont dédiées, les statues le représentant sont innombrables ; les récits hagiographiques également comme, à titre d’exemple, celui-ci :

Quand les Bretons voyaient passer dans la campagne
Saint Yves revêtu de son grand manteau blanc
Ils se disaient que Dieu l’avait mis en Bretagne
Pour défendre des grands les faibles, les petits.
À son nom s’éveillaient, sur leurs couches funèbres
Des enfants dont les mères avaient fermé les yeux
Les marins l’invoquaient au milieu des ténèbres,
Et leurs barques passaient les brisants périlleux.

Saint Yves est le saint patron de toutes les professions de justice et de droit, notamment celle des avocats. Chaque 19 mai, à Tréguier (Côtes-d’Armor), lors de la Fête de la Saint-Yves, une délégation de ces professions accompagne le pardon à saint Yves qui est une des grandes fêtes religieuses bretonnes, au même titre que le pardon de Sainte-Anne-d’Auray.

La veille du Pardon, depuis 1993, le Barreau de Saint-Brieuc organise à Tréguier un Colloque, occasion de rencontre et de réflexion entre juristes sur un sujet d’actualité.

De même, de nombreuses associations de juristes et des facultés de droit ont pour saint patron Yves. Citons par exemple la Saint Yves Society (une ONG basée à Jérusalem), la Conférence Saint-Yves (une aumônerie d’avocats basée au Luxembourg), ou encore l’association Saint Yves Lyonnais.

On le représente généralement avec une bourse dans une main, pour signifier tout l’argent qu’il a donné aux pauvres dans sa vie, et un parchemin dans l’autre, qui rappelle sa charge de juge ecclésiastique. Il est également souvent figuré entre un homme riche et un homme pauvre.

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Saint-Yves-de-Vérité était, à l’origine, l’une des appellations officielles données à saint Yves, mais qui, au cours des siècles, a plus particulièrement été attribuée à des statues de ce saint qui étaient invoquées, selon des pratiques superstitieuses, en Bretagne afin de faire mourir d’autres personnes. À la fin du xxe siècle, le mouvement culturel breton lance l’idée d’une fête annuelle des Bretons (à l’instar de la Saint-Patrick pour les Irlandais) et retient le jour de la Saint-Yves comme date fédératrice. Désormais le 19 mai est l’occasion d’un grand pardon à Tréguier, mais aussi dans toute la Bretagne et partout où des Bretons sont installés, sous le nom de Gouel Erwan (litt.: « fête de Yves »). Le pardon est souvent encadré de festivités profanes qui peuvent durer plus d’une journée. En 2011, la Région Bretagne les reprend officiellement sous le nom de « Fête de la Bretagne ».

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Bibliographie

Michel Carrouges, Saint Yves, avocat des pauvres, mai 2010, 34 pages, Éditions du Cerf, coll. « Albums, fêtes et saisons».

Jean-Christophe Cassard, Saint Yves de Tréguier, Paris, Beauchesne, 1992.

Jean-Christophe Cassard, Jacques Dervilly et Daniel Giraudon, Les Chemins de saint Yves, Morlaix,  éd. Skol Vreizh, 1994.

Jean-Christophe Cassard (dir.) et Georges Provost (dir.), Saint Yves et les Bretons : Culte, images, mémoire (actes du colloque organisé à Tréguier du 18 au 20 septembre 2003), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2004, 368 p. 

René Couffon, La Confrérie de Saint-Yves à Paris et sa chapelle, Saint-Brieuc, Presses bretonnes, 1933.

François Falc’hun, Les Noms bretons de saint Yves, Rennes, impr. Oberthur (tiré à part des Annales de Bretagne), 1943, p. 18 (« Yves voudrait donc dire « fils d’Ésus », « de la race d’Ésus », et nous aurions là un nom gaulois réintroduit en France par les Bretons émigrés de Grande-Bretagne. C’est la mythologie celtique qui aurait fourni son nom au saint le plus populaire de la Bretagne armoricaine. »)

Pierre France, Saint Yves : Étude sur sa vie et son temps, Saint-Brieuc, impr. René Prud’homme, 1893, 2e éd. (1re éd. 1888), 556 p. 

Muriel Glaunec (dir.) et Erwan Le Bozec (dir.), conseil général des Côtes-d’Armor, D’Yves Hélory à saint Yves : Exposition itinérante (catalogue de l’exposition itinérante élaborée à partir de l’exposition présentée au domaine départemental de la Roche-Jagu du 17 mai au 1 novembre 2003), s. d. 

Pierre de La Haye, Saint Yves de Tréguier, éditions d’art Jos Le Doaré, 1973.

Jean-Paul Le Guillou, Saint Yves : Ceux qui l’ont connu témoignent, ceux qu’il a guéris racontent : Enquête de canonisation, Imprimerie Henry, 1989, 2e éd., 2003, préf. Yann Talbot.

Jean Le Mappian, Saint Yves patron des juristes, Éditions Ouest-France, 1997.

Marie-Thérèse Le Moign-Klipffel, Saint Yves, Saint-Brieuc, Presses bretonnes, 1939.

Benoît Le Roux, Saint Yves, 158 p., Via Romana, Versailles, 2012 

Louis Mahé (préf. François Serrand, ill. Yves Le Meur, Janvier et Joseph Savin), Saint Yves : Son pardon à Tréguier, Octave-Louis Aubert, 1942, 68 p.

Louis Mahé, Monsieur Saint Yves : Sa vie, ses miracles, ses triomphes, Saint-Brieuc, René Prud’homme, 1949.

Alexandre Masseron, Saint Yves, Paris,  éd. Henri Laurens.

Henri Poisson, La Vie de saint Yves, Rennes, Éditions Ouest-France, 2003 

Henri Queffélec, Saint Yves, Paris, Ramsay, 1987 (réédition Éditions de la Seine, 1991).

Gildas Salaün, « Médailles de Saint-Yves », Annales de la Société Bretonne de Numismatique et d’Histoire 2003, pp. 73-75.

Marie-Paule Salonne, Saint Yves, patron des avocats, avocat des opprimés, Éditions franciscaines, Paris, 1945.

François Semur, Yves de Kermartin, magistrat et avocat du xiiie siècle : Nouveaux regards sur la vie et le culte du plus grand saint de Bretagne, patron des hommes de loi et universitaires, Bannalec, éditions Jos Le Doaré, 1983, 86 p. 

Anonyme, Dans les pas de Saint-Yves, Lannon, Impram, coll. « Le Trégor », 1989, 24 p., plaquette agrafée, in-8°, 21 x 15 cm, phot. noir et blanc dans le texte.

Octave-Louis Aubert, Le Pardon de Saint Yves de Tréguier (photos de Raphaël Binet) in La Bretagne Touristique no 62, mai 1927.

 

Bande dessinée

Gilles Chaillet, Vasco n°20, Le Dogue de Brocéliande. Publié par Le Lombard en 2003. 48p.

Nicolas de Beauregard, Sareph, Danevell-Destins trégorrois. Publié par Coop Breizh en 2017.

BIBLE, CORAN, JUSTICE, LOI DU TALION, RELIGIONS

La loi du talion

Loi du talion

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La loi du talion, une des lois les plus anciennes, consiste en la réciprocité du crime et de la peine. Cette loi est souvent symbolisée par l’expression « Œil pour œil, dent pour dent ».

Elle caractérise un état intermédiaire de la justice pénale entre le système de la vendettta et le recours à un juge comme tiers impartial et désintéressé.

Le mot talion a pour origine talis, ce qui en latin signifie « tel », « pareil », mais aussi « semblable ».

Origine

Les premiers signes de la loi du talion sont trouvés dans le Code de Hammurabi 1730 avant notre ère, en , dans leroyaume de Babylone.   Cette loi permet ainsi d’éviter que les personnes ne fassent justice elles-mêmes et introduit un début d’ordre dans la société en ce qui concerne le traitement des crimes. Le Code d’Hammurabi se présente sous la forme d’une liste de plus de deux cents jurisprudences et nombre d’entre elles sont empreintes de cette juste réciprocité du crime et de la peine. Comme dans les jurisprudences 229, 2302 et 231 où si l’effondrement d’une maison tue, respectivement, le propriétaire, le fils ou l’esclave du propriétaire, c’est le constructeur de la maison qui doit être condamné à mort dans le premier cas, le fils du constructeur dans le second et dans le dernier cas, le prix de l’esclave doit être versé au propriétaire.

On retrouve la référence à Œil pour œil, dent pour dent dans deux jurisprudences du Code d’Hammurabi, les 196 et 200

On lit chez Eschyle (Choéphores, 313) : « Qu’un coup meurtrier soit puni d’un coup meurtrier ; au coupable le châtiment ». Platon (Lois, X, 872 de), à propos du parricide, fait usage de l’argument d’autorité et d’antiquité, et il mêle autant la justice humaine que la Providence et la loi de la réincarnation des âmes :

« Voici donc la doctrine dont l’exposé précis remonte aux prêtres de l’Antiquité. La Justice, nous est-il enseigné, vengeresse toujours en éveil du sang familial, a recours à la loi dont nous avons parlé tout à l’heure, et elle a, dit-on, établi la nécessité, pour qui a commis quelque forfait de ce genre, de subir à son tour le forfait même qu’il a commis : a-t-on fait périr son père ? un jour viendra où soi-même on devra se résigner à subir par violence un sort identique de la part de ses enfants ; est-ce sa mère que l’on a tuée ? il est fatal qu’on renaisse soi-même en participant à la forme féminine et que, cela fait, on quitte la vie en un temps ultérieur sous les coups de ceux que l’on a mis au monde ; c’est que, de la souillure qui a contaminé le sang commun aux uns et aux autres, il n’y a point d’autre purification… »

Il se peut que la loi du talion entende lutter contre une escale de la violence individuelle en limitant celle-ci au niveau de la violence subie. La notion contemporaine de légitime défense   procède du même esprit en exigeant que toute riposte soit proportionnée à l’attaque.

Un flou d’interprétation subsiste, car il n’est nulle part précisé clairement que la loi du talion ne représente que le maximum autorisé de la riposte. Certaines interprétations la présentent au contraire comme la riposte adéquate, ce qui peut conduire à des violences et contre-violences n’ayant jamais de fin.

Considérée dans ce dernier cas comme barbare, injuste, et de toute façon contraire aux intérêts de l’ordre public, elle est remplacée pour certains crimes par des amendes pécuniaires ou des peines d’emprisonnement, que l’on peut considérer comme les premières peines alternatives.

Elles ne satisfont pas pour autant forcément la victime, et on peut sans doute repenser à la sagesse du pionnier Daniel Boone qui, élu juge par ses concitoyens, prononçait au contraire des peines de réparation, centrées sur la victime et non sur le malfaiteur. Ainsi, celui qui avait blessé un cheval se voyait condamné à tirer la charrue à sa place jusqu’à ce que la bête en soit à nouveau capable.

En anglais courant on retrouve le même principe dans le terme retaliation qui exprime bien le même sentiment de riposte et qui partage la même origine.

 

Dans la religion

Exode 21,23-25 : « Mais si malheur arrive, tu paieras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure. » Lévitique, 24,17-22 : « Si un homme frappe à mort un être humain, quel qu’il soit, il sera mis à mort. S’il frappe à mort un animal, il le remplacera – vie pour vie. Si un homme provoque une infirmité chez un compatriote, on lui fera ce qu’il a fait : fracture pour fracture, œil pour œil, dent pour dent; on provoquera chez lui la même infirmité qu’il a provoquée chez l’autre ».

 

Dans le Judaïsme

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 Dans la Torah

La formule « œil pour œil, dent pour dent » revient trois fois dans le Pentateuque :

« Mais si malheur arrive, tu paieras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure. »

— Exode 21,23-25

« Si un homme frappe à mort un être humain, quel qu’il soit, il sera mis à mort. S’il frappe à mort un animal, il le remplacera — vie pour vie. Si un homme provoque une infirmité chez un compatriote, on lui fera ce qu’il a fait : fracture pour fracture, œil pour œil, dent pour dent ; on provoquera chez lui la même infirmité qu’il a provoquée chez l’autre. Qui frappe un animal doit rembourser ; qui frappe un homme est mis à mort. Vous aurez une seule législation : la même pour l’émigré et pour l’indigène. »

— Lévitique 24,17-22

« Ton œil sera sans pitié : vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied. »

— Deutéronome, 19,21

À quoi s’ajoute :

« Si quelqu’un verse le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé. »

— Genèse IX:6

Mais contrairement aux codes légaux en vigueur à cette époque au Proche-Orient, dont le Code d’Hammourabi, la Torah indique clairement que :

« les pères ne seront pas mis à mort pour les fils et les fils ne seront pas mis à mort pour les pères : chacun sera mis à mort pour son propre péché. »

— Deutéronome, 24,16

Divers passages de la Bible prônent par ailleurs une morale de dépassement, quand la réconciliation est possible :

« Tu ne te vengeras pas, ni ne garderas rancune aux enfants de ton peuple, mais tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis l’Éternel. »

— Lévitique, 19,18

« Ne dis pas : Comme il m’a traité, je le traiterai, je rends à chacun selon ses œuvres. »

— Proverbes, 24,29

 

Dans le Talmud  

Cette règle indique la nécessité d’une équivalence compensatrice dans le châtiment. Le Talmud dans l’ordre Nézikin, traité Baba Kama, fait valoir l’idée que les versets Exode 21, 23-25 ; Lévitique, 24,17-22 et Deutéronome, 19,21 précités ne sauraient être pris à la lettre étant donné qu’il est impossible de déterminer si, par exemple, les conséquences de la perte d’un œil par une personne équivaudront aux conséquences de la perte d’un œil pour une autre.

Le principe général retenu par la loi Juive pour tout dommage physique reçu est le paiement de dédommagements pour :

Nezek, la valeur de l’incapacité physique permanente mesurée en termes de manque à gagner professionnel ;

Shevet, la perte de revenu pendant la récupération de la blessure subie ;

Tzaar, le prix de la douleur ;

Ripouy, le coût des frais médicaux ;

Boshet, la honte infligée.

La valeur exacte de ces dédommagements doit être jugée au cas par cas par un tribunal rabbinique.

Le judaïsme rabbinique ne retient ainsi de la loi du talion que l’idée de juste compensation financière, sauf pour les crimes capitaux en vertu du principe que la vie humaine n’a pas de prix et ne peut donc pas être compensée financièrement.

 

Dans le Christianisme

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Jésus dans le Nouveau Testament reprend cette attitude et recommande de s’y opposer :

« Vous avez appris qu’il a été dit : ‘œil pour œil et dent pour dent’. Et moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Au contraire, si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre. À qui veut te mener devant le juge pour prendre ta tunique, laisse aussi ton manteau. Si quelqu’un te force à faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. À qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos. »

— Matthieu 5,38-42

 

Dans l’Islam

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Le Coran  s’exprime ainsi :

« Ô les croyants ! On vous a prescrit le talion au sujet des tués : homme libre pour homme libre, esclave pour esclave, femme pour femme. Mais celui à qui son frère aura pardonné en quelque façon doit faire face à une requête convenable et doit payer des dommages de bonne grâce. Ceci est un allègement de la part de votre Seigneur et une miséricorde. Donc, quiconque après cela transgresse, aura un châtiment douloureux. »

— Sourate II, verset 178

« C’est dans le talion que vous aurez la préservation de la vie, ô vous doués d’intelligence, ainsi atteindrez-vous la piété. »

— Sourate II, verset 179

« Nous avons fait descendre la Thora dans laquelle il y a guide et lumière. C’est sur sa base que les prophètes qui se sont soumis à Allah, ainsi que les rabbins et les docteurs jugent les affaires des Juifs. Car on leur a confié la garde du Livre d’Allah, et ils en sont les témoins. Ne craignez donc pas les gens, mais craignez Moi. Et ne vendez pas Mes enseignements à vil prix. Et ceux qui ne jugent pas d’après ce qu’Allah a fait descendre, les voilà les mécréants. »

« Et Nous y avons prescrit pour eux vie pour vie, œil pour œil, nez pour nez, oreille pour oreille, dent pour dent. Les blessures tombent sous la loi du talion. Après, quiconque y renonce par charité, cela lui vaudra une expiation. Et ceux qui ne jugent pas d’après ce qu’Allah a fait descendre, ceux-là sont des injustes. »

— Sourate V, verset 44-45

« Âme pour âme, œil pour œil, nez pour nez, oreille pour oreille, dent pour dent, le talion pour les blessures. »

— Sourath V, verset 45

Le droit musulman – Le fiqh établit quatre conditions pour que la peine de mort pour le meurtrier soit applicable :

Que la peine de mort soit réclamée par les familles des victimes : Les juristes musulmans se basent sur une tradition prophétique (hadith) du Prophète Mahomet : « Celui dont (un proche) a été tué, ou celui qui a été blessé, a le choix entre trois possibilités : soit il demande la loi du talion, soit il pardonne, soit il prend le dédommagement financier ».

Qu’il y ait des preuves irréfutables de la culpabilité : En effet, une simple présomption est rejetée par les juristes ou la présence d’indices réels mais insuffisants. Les juristes musulmans établissent la règle suivante : « Les peines et le talion sont caducs dès qu’un doute est présent ».

Qu’il soit prouvé qu’il y avait intention de tuer : l’homicide involontaire ou les coups et blessures ayant entrainé la mort sans intention de la donner ne sont pas sujet à la peine capitale en Islam.

Qu’il n’y ait pas présence de circonstances atténuantes : Le droit musulman rend caduque l’application de la peine capitale s’il y a présence de circonstances atténuantes malgré la présence des trois conditions précédentes. Ainsi en est-il du cas de légitime défense.

 

De nos jours

BU010579

Le Droit moderne occidental n’applique plus la Loi du talion en matière criminelle, ainsi l’article 2 de la Convention européenne des droits de ne permet le recours à la force que lorsqu’elle est absolument nécessaire. Elle est considérée comme relevant plus de la vengeance privée que de la justice. En principe, les peines prononcées aujourd’hui servent à punir le coupable, mais elles sont doublées d’une volonté de préparer le condamné à sa réinsertion dans la société  après une période de réadaptation. Parallèlement, en matière civile, le concept de dommages-intérêts constitue la réparation financière, à laquelle peut prétendre la personne ayant subi un préjudice moral et/ou une atteinte dans son patrimoine (préjudice matériel).

On peut par contre la rencontrer dans certains États appliquant le droit islamique, comme au Nigéria, où la restauration dans les États du nord de la charia a vu l’introduction d’une loi du talion en matière de blessures ou d’homicide, avec faculté pour la victime ou ses héritiers d’y renoncer, au profit d’une indemnité financière.

 

Loi du talion et la peine de mort

La Loi du talion est utilisée comme argument par des partisans de la peine de mort,  partageant l’idée de Joseph de Maistre, qui considère qu’une personne qui a tué mérite la mort, seule peine équitable. Le point de vue opposé a été largement défendu par Beccaria et Victor Hugo (« Que dit la loi ? Tu ne tueras pas ! Comment le dit-elle ? En tuant ! »).

Dans l’arrêt VINTER ET AUTRES contre ROYAUME-UNI du 9 juillet 2013 la cour européenne des droits de l’homme a considéré que les peines de perpétuité réelle obligatoires instituées pour certains crimes par le Royaume-Uni relevaient de la loi du Talion et étaient incompatibles avec l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme et la jurisprudence de droit pénal international proscrivant les peines disproportionnées.

 

Loi du talion et légitime défense

Le concept contemporain de légitime défense, qui doit être proportionnée à l’attaque, peut sembler être un héritage de la Loi du Talion dans son acception limitative. La légitime défense consiste à se protéger soi-même, protéger autrui, ou un bien de l’attaque d’un tiers. Toutefois, dans le cadre de la légitime défense, il n’est pas question d’une réponse a posteriori consistant en une vengeance permise et encadrée par la Loi (comme dans le cadre de la Loi du Talion), mais d’un acte préventif visant à protéger la personne, autrui, ou un bien devant une atteinte injustifiée ou illégale.

Code Pénal français, article 122-5 :

« N’est pas pénalement responsable la personne qui, devant une atteinte injustifiée envers elle-même ou autrui, accomplit, dans le même temps, un acte commandé par la nécessité de la légitime défense d’elle-même ou d’autrui, sauf s’il y a disproportion entre les moyens de défense employés et la gravité de l’atteinte.

N’est pas pénalement responsable la personne qui, pour interrompre l’exécution d’un crime ou d’un délit contre un bien, accomplit un acte de défense, autre qu’un homicide volontaire, lorsque cet acte est strictement nécessaire au but poursuivi dès lors que les moyens employés sont proportionnés à la gravité de l’infraction. »

 

Loi du talion et Théorie des jeux

Il n’y a pas de stratégie optimale dans le problème du Dilemme du prisonnier réitéré. Toutefois de nombreuses expérimentations amènent à la conclusion qu’il ne semble pas y avoir de stratégie qui soit systématiquement meilleure que celle, dite Tit-for-Tat, basée sur la loi du talion, et que si celle-ci est rarement la meilleure, elle se classe systématiquement parmi les meilleures. La plupart des interactions dans une société pouvant se ramener à un jeu de somme non nulle  

 

Source : wikipédia