ADOLF HITLER (1889-1945), DANS LA TETE DES SS : LEURS DERNIERS AVEUX, FRANZ JAGERSTATTER (1907-1943), GUERRE MONDIALE 1939-1945, LA VIE CACHEE, NAZISME, SERGE DE CHAMPIGNY, TERENCE MALICK (1943-....)

Hitler et le régime nazi : Résistance et admiration

Résistance et fascination pour le régime hitlérien

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Une Vie cachée de Terrence Malick

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Un film de foi et d’amour

Cinéaste mystérieux autant que talentueux, l’Américain Terrence Malick (76 ans) s’est révélé avec Les Moissons du ciel (1978). Il nous offre ce 11 décembre 2019 un nouveau film à sa manière,  Une  Vie cachée.

C’est un film-fleuve (près de trois heures) à l’esthétique éblouissante, tant par l’image et la couleur que par la musique et la voix-off, sur un sujet ô combien sensible : que signifie de résister au Mal, quand il est incarné par Hitler, et comment rester un Homme dans une société totalitaire ?

On l’a compris, le film ne s’adresse pas particulièrement aux enfants.  Il  n’est pas destiné non plus à égayer les fêtes de fin d’année.  Mieux que cela, il a vocation à nous interpeller et élever notre conscience…

Film de foi et film d’amour, Une Vie cachée raconte l’histoire véridique d’un jeune paysan autrichien qui jouissait d’un parfait bonheur dans son village de Sankt-Ragedung (Sainte-Radegonde), non loin de Linz… et Braunau-am-Inn, lieu de naissance de Hitler.

Franz Jägerstätter a épousé en 1936 une jeune fille du village, Fani.

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Le couple vit avec ses trois fillettes ainsi que la mère de Franz et la sœur de Fani dans une ferme à l’orée du village. Très pieux, Franz s’inquiète quand Hitler annexe l’Autriche à l’Allemagne en mars 1938. Il est le seul homme de son village à voter Non au référendum qui suit l’annexion mais son charisme personnel lui évite l’opprobre.

Il fait ensuite ses classes dans une caserne.

Ce temps d’humiliations le renforce dans sa conviction du caractère profondément antichrétien du nazisme.

De retour au foyer, il tremble de devoir être appelé dans l’armée et participer aux horreurs dont il a pris conscience.

Il s’en ouvre au curé qui ne sait quoi lui répondre et le renvoie vers l’évêque, lequel l’invite à la soumission. Franz, porté par sa foi, excuse l’évêque en son for intérieur. Peut-être l’Éminence l’a-t-il suspecté d’être un espion ou craint-elle des représailles.

Dans le village, ses amis et le maire l’exhortent comme l’évêque à se soumettre avec le même argument : « À quoi cela sert-il de résister ? Tu vas faire ton malheur et celui de ta famille sans aucune utilité car personne ne saura rien de ton geste… »

Rejeter le Mal ou s’accommoder du moindre mal ?

Le drame se noue en février 1943 quand le facteur lui remet la lettre tant crainte (la Wehrmacht a besoin de toutes les forces vives du Reich suite à la défaite de Stalingrad, qui marque un tournant dans la guerre et signe la chute du nazisme).

Franz doit retourner à la caserne et prêter avec tous les autres appelés le serment de fidélité au Führer. Muet, figé, il s’y refuse. Il est aussitôt incarcéré.  C’est le début d’un long chemin de croix jusqu’à la guillotine (triste legs de la Révolution française à l’Allemagne et au IIIe Reich) et c’est la partie la plus éprouvante du film de Terrence Malick, lequel suit scrupuleusement les faits.

Gardiens, prêtres, juges, officiers… Tous ses interlocuteurs tiennent à Franz le même discours : « À quoi bon ? Après tout, un serment, ce ne sont que des mots… » Son avocat lui garantit l’indulgence du tribunal à une seule condition, prêter le serment au Führer.

Aux uns et aux autres, il fait la même  réponse, sobre : « Je ne me sens pas capable de faire ni de dire quelque chose que je sais être mal ». C’est aussi simple que cela.

À la différence des objecteurs de conscience qui s’opposent à la guerre quelle qu’elle soit, Franz Jägerstätter ne conteste pas le service militaire et sans doute aurait-il combattu s’il s’était agi de défendre son pays. Mais il s’est à juste titre convaincu que la guerre nazie incarnait le Mal et il ne veut pas en être. Pas par arrogance ou orgueil, ainsi qu’il le rappelle, mais par respect de lui-même et de ce à quoi il croit.

Dans un excellent dossier que l’hebdomadaire La Vie (5 décembre 2019) consacre au film et à son héros, le théologien Olivier Bonnewijn met en évidence le dilemme contenu dans cet acte de foi. On peut comme Franz rejeter le Mal sans concession ou bien conclure s’accommoder avec sa conscience en cherchant le moindre mal.

Le théologien donne pour exemple un officier allemand qui s’indigne de ce qu’un SS veuille fusiller dix enfants.  À quoi le SS lui répond : « D’accord, j’en épargne neuf à condition que tu tues toi-même le dixième ».  Qu’aurions-nous fait à la place de cet officier ? Glaçante question. C’est au nom du moindre mal, pour éviter des représailles, que l’Église s’est tue pendant que s’accomplissait l’irréparable. C’est aussi au nom du moindre mal, pour préserver les juifs français, que le gouvernement Laval a livré aux nazis les juifs étrangers… ou que les stratèges anglo-américains, pour faire fléchir les nazis, ont écrasé sous les bombes les villes allemandes.

Franz Jägerstätter est guillotiné le 9 août 1943 dans le camp de Brandebourg-sur-Havel avec plusieurs compagnons d’infortune parmi lesquels des opposants et des témoins de Jéhovah objecteurs de conscience.  Il laisse des carnets qui seront publiés plus tard et mis à profit pour sa béatification le 26 octobre 2007 à Linz par Benoît XVI.

Ces carnets serviront aussi de guide à Terrence Malick pour traduire en voix-off les tourments, les doutes et la foi du jeune paysan. Le génie du cinéaste et la magie de l’image nous transmettent aussi tout ce que le texte peine à dire. Il y a le trouble des personnages, villageois, officiers, juges… confrontés à l’entêtement moral de Franz.  Combien auront basculé dans le camp du Bien après son martyre, l’histoire ne le dit pas. Il y a plus encore l’amour indicible qui lie Franz et Fani son épouse.

Autant qu’un film de foi, Une Vie cachée est un film d’amour. Tout au long du film, on ne sait pas ce que pense Fani de la situation géopolitique. Aussi pieuse que son mari, partage-t-elle son intransigeance ou serait-elle portée au compromis comme tous les autres ? Elle se garde de le dire à son mari car elle ne veut pas altérer sa liberté, elle ne veut pas l’amener à faire un choix de confort au risque de le briser moralement à jamais.  Quelle plus belle preuve d’amour ?…

Pour toutes ces raisons et pour la beauté des images, ces trois heures de projection apparaissent revigorantes et propres à nous faire aimer la condition humaine.

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Dans la tête des SS : Leurs derniers aveux

Serge de Sampigny

Paris, Albin Michel, 2019. 259 pages

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Mais que se passe-t-il dans la tête des derniers SS encore en vie aujourd’hui ? Le journaliste Serge de Sampigny est allé à leur recherche et les a contactés. Certains d’entre eux ont accepté de témoigner… Un récit troublant qu’il livre dans son ouvragDans la tête des SS, leurs deniers aveux.

Non, ils ne regrettent rien. Les vétérans des SS (abréviation de l’allemand Schutzstaffel, échelon de protection), rares nonagénaires encore en vie, finissent leur existence dans le déni, le plus souvent sous l’apparence d’honorables vieillards.

Sans honte des atrocités qu’ils ont commises durant la Seconde guerre mondiale sous l’uniforme de cette organisation paramilitaire et policière destinée à des opérations de répression, au combat sur divers fronts, affectée aussi à la surveillance des camps de concentration, et qui procédait impitoyablement à des massacres partout où elle passait comme à Oradour-sur-Glane.

L’ahurissante indécence de ces vétérans de « l’Ordre noir », encore imprégnés de leur sinistre cause, s’avère le principal enseignement du livre du journaliste Serge de Sampigny Dans la tête des SS, leurs derniers aveux.

Pendant plusieurs années, l’auteur aidé d’une équipe d’enquêteurs, s’est efforcé de retrouver les traces de ces survivants du nazisme à travers le monde, y compris en France car la SS s’est ouverte à des étrangers à partir de 1943. Il a réussi à en contacter une quarantaine, dont la moitié a accepté de se confier avec plus ou moins de réticence.

Si certains se cachent ou se fondent discrètement dans la population, d’autres font encore leur propre publicité sans complexe comme ce Finlandais engagé dans la division SS Wiking, qui a collé sur sa voiture la couverture de son livre de Mémoires récemment édité. Ainsi toute la ville d’Helsinki pouvait le voir en grand uniforme de SS…

Hitler, un modèle toujours d’actualité

Quelques-uns s’expriment à visage découvert devant la caméra pour les besoins d’un documentaire produit parallèlement par de Sampigny. En fait, cet ouvrage est tout autant un témoignage historique qu’un démontage des mécanismes du fanatisme que l’auteur rapproche de ceux de Daech. De manière didactique, il rappelle le contexte historique dans lequel ces inconditionnels d’Hitler se sont engagés pour le servir aveuglément, et il complète son enquête par les témoignages recueillis dans d’autres documentaires d’archives.

Les propos les plus sidérants recueillis par l’auteur proviennent de Herbert von Mildenburg, ancien officier de la division SS de montagne Nordland, 91 ans, vivant en Autriche. Il avoue avoir été « hypnotisé » quand Hitler est passé pour la première fois devant lui. : « Hitler c’est l’homme de ma vie à 100%. On avait attendu un sauveur et il était arrivé. » Depuis, son admiration n’a pas failli.

Sa maison est encore décorée d’un buste du Führer, de croix gammées, du poignard qu’il portait durant la guerre, posé près d’une statuette d’un Juif tel que les nazis se les représentaient physiquement et tenant une pièce de monnaie… La cible est encore toute désignée. Mildenburg est toujours habité par son antisémitisme : « Les Juifs sont partout où il y a de l’argent ! Aujourd’hui nous sommes gouvernés par trois groupes : les Rockfeller, les Rothschild et le Fonds monétaire international. Qu’il y en ait un seul qui vienne me prouver le contraire ! Quand j’étais volontaire à la Waffen-SS, nous voulions un État pur et nous devions veiller à ce qu’il n’y ait pas de Juifs dans le IIIe Reich ! Pas au sein de notre peuple ! C’est tout. »

Dans la foulée, il profère des énormités sur l’inégalité des races avec une placidité stupéfiante et n’omet pas un couplet négationniste : « Le mot « Auschwitz » pour moi n’existe pas. Je l’ignore complètement. Qu’il y ait des fosses ou pas de fosses, qu’ils aient été tués avec tel ou tel produit, qu’ils étaient gazés ou fusillés, cela ne m’intéresse pas ! »

Et quand ces SS sont confondus aux images filmées à l’ouverture des camps à la fin de la guerre, faute de pouvoir nier les évidences, ils s’efforcent de les relativiser ou de les minimiser…

Des hommes dans le plus grand déni

Soixante-dix ans après la guerre, ces combattants d’Hitler sont encore persuadés qu’ils étaient dans leur bon droit, mus par une sorte de légitime défense, aussi aberrant que cela puisse paraître. De bourreaux, ils veulent se faire passer pour des victimes. Des victimes de qui ? Au fil du temps, la liste s’allonge. Bien sûr des Juifs et des communistes dans les années 1930 selon les clichés antisémites et anticommunistes de l’époque, puis des journalistes, des historiens, des démocrates qui, selon eux, ont réécrit l’Histoire.

« Dans le cas de la SS, on extermine tout en estimant défendre sa patrie, son foyer, sa famille, ses enfants », décrypte l’auteur. Il rappelle que le chef de la SS, Heinrich Himmler pensait que si les Juifs n’étaient pas exterminés, ce sont eux qui extermineraient plus tard le peuple allemand ;  il concluait sa démonstration par une interrogation propre à galvaniser ses troupes : « Avons-nous le droit de laisser notre peuple courir ce risque ? »  Dans une interview à la BBC, un ancien SS, Oskar Gröning, un des responsables d’Auschwitz, expliquait il y a quelques années : « Nous étions convaincus -c’était notre vision du monde- que nous, les Allemands, avions été trahis par le monde entier et qu’il y avait une énorme conspiration des Juifs contre nous. »

Mais au-delà des raisons idéologiques, Serge de Sampigny montre que l’adhésion à la SS, relevait aussi de raisons plus prosaïques. « A l’époque, appartenir à cette organisation d’élite, c’était faire carrière, réussir sa vie, c’était un facteur de promotion sociale. » Comme l’affirme Fernand Kaisergruber, ancien de la division SS Wallonie : « Entrer à la Waffen-SS, c’était une promotion pour nous. Ne pouvait pas y rentrer n’importe qui. Nous avions un idéal chevaleresque. On s’engageait à ramener la victoire, avec la possibilité de donner sa vie. »

Serge de Sampigny est frappé de constater qu’outre le fanatisme idéologique produit par la propagande à laquelle ils étaient nourris depuis leur enfance, « tous m’ont dit leur aspiration à réussir leur vie, à progresser dans la société, à rejoindre l’élite nationale-socialiste, cette nouvelle aristocratie à laquelle l’avenir semblait réservé. » Ils n’ont réussi qu’à semer la mort.

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