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La Case de l’Oncle Tom

La Case de l’oncle Tom

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La Case de l’oncle Tom (Uncle Tom’s Cabin) est un roman de l’écrivain américaine Harriet Beecher Stowe. Publié d’abord sous forme de feuilleton en 1852, il vaut le succès immédiat à son auteur. Le roman eut un profond impact sur l’état d’esprit général vis-à-vis des Afro-Américains et de l’esclavage aux États-Unis ; il est un des facteurs de l’exacerbation des tensions qui menèrent à la Guerre de Sécession.

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Harriet Beecher-Stowe (1811-1896)

Stowe, née dans le Connecticut et pasteur à la Hartford Female Academy, était une abolitionniste convaincue. Elle centre son roman sur le personnage de l’oncle Tom, un esclave noir patient et tolérant autour duquel se déroulent les histoires d’autres personnages, aussi bien esclaves que blancs. Ce roman sentimental dépeint la réalité de l’esclavage tout en affirmant que l’amour chrétien peut surmonter une épreuve aussi destructrice que l’esclavage d’êtres humains.

La Case de l’oncle Tom est le roman le plus vendu du xixe siècle et le second livre le plus vendu de ce même siècle, derrière la Bible. On considère qu’il aida à l’émergence de la cause abolitionniste dans les années 1850. Dans l’année suivant sa parution, 300 000 exemplaires furent vendus aux États-Unis. L’impact du roman est tel qu’on attribue à Abraham Lincoln ces mots, prononcés lorsqu’il rencontre Harriet Stowe au début de la guerre de Sécession : « C’est donc cette petite dame qui est responsable de cette grande guerre. »

Le roman, et encore plus les pièces de théâtre qu’il inspira, contribuèrent également à la création de nombreux stéréotypes concernant les Noirs, dont beaucoup persistent encore aujourd’hui. On peut citer l’exemple de la mammy, servante noire placide et affectueuse, des enfants noirs à moitié habillés aux cheveux en bataille, et de l’oncle Tom, serviteur dévoué et endurant, fidèle à son maître ou sa maîtresse blancs. Plus récemment, les associations négatives avec le roman ont, dans une certaine mesure, éclipsé l’impact historique de La Case de l’oncle Tom en tant que livre antiesclavagiste

 

Inspiration et références

Harriet Stowe écrit ce roman en réponse à l’adoption en 1850 du second Fugitive Slave Act, qui entend punir ceux qui aident les esclaves fugitifs en diminuant leurs droits ainsi que ceux des esclaves libérés. La majeure partie du livre est écrite à Brunswick dans le Maine où le mari de Harriet, Calvin Ellis Stowe, enseigne au Bowdoin College.

Pour écrire La Case de l’oncle Tom, Stowe s’inspire en partie de l’autobiographie de Josiah Henson, un Noir qui vécut et travailla dans une plantation de tabac de 15 km² appartenant à Isaac Riley et située à North Bethesda dans le Maryland. Henson échappe à l’esclavage en 1830 en s’enfuyant dans la province du Haut-Canada (à présent l’Ontario), où il aida d’autres esclaves à s’échapper et à devenir autonomes, et où il écrivit ses mémoires, – et probablement encore plus de l’autobiographie de Frederick Douglass. Lorsque l’œuvre de Stowe devint célèbre, Henson publia à nouveau ses mémoires sous le titre Les Mémoires de l’oncle Tom, et voyagea aux États-Unis et en Europe.

Le roman de Stowe a donné son nom à la demeure de Henson, devenue Uncle Tom’s Cabin Historic Site, près de Dresden, en Ontario, et transformée en musée depuis les années 1940. La véritable cabane dans laquelle Henson vécut lorsqu’il était esclave existe toujours dans le comté de Montgomery, dans le Maryland.

American Slavery As It Is: Testimony of a Thousand Witnesses, un livre coécrit par Theodore Dwight Weld et les sœurs Angelina et Sarah Grimké, est également à l’origine d’une partie du contenu du roman. Stowe affirma également avoir fondé son livre sur des entretiens avec des esclaves fugitifs, rencontrés lorsqu’elle vivait à Cincinnati dans l’Ohio, ville proche du Kentucky qui était alors un état esclavagiste. Le chemin de fer clandestin avait des sympathisants abolitionnistes à Cincinnati. Ce réseau aidait activement les esclaves à s’échapper des États du Sud.

Harriet Stowe mentionne une partie des sources d’inspiration utilisées pour son roman dans A Key to Uncle Tom’s Cabin, publié en 1853. Ce livre, qui au contraire de La Case de l’oncle Tom n’est pas une fiction, est écrit pour soutenir les affirmations de Stowe concernant l’esclavage. Cependant, des études ultérieures ont tenté de démontrer que Stowe ne lut la plupart des œuvres mentionnées qu’après la publication de son roman.

Publication

La Case de l’oncle Tom est d’abord publié en feuilleton de 40 épisodes dans le National Era, un journal abolitionniste, à partir du 5 juin 1851. Au vu de la popularité de l’histoire, l’éditeur John Jewett propose à Harriet Stowe de transformer le feuilleton en roman pour une publication en volume. Bien que Stowe n’était pas du tout certaine que La Case de l’oncle Tom serait lu une fois publié en volume, elle consentit finalement à cette requête.

Convaincu que le livre serait aimé par le public, Jewett prend la décision (inhabituelle pour l’époque) de faire graver pour la première édition six illustrations pleine page par Hammatt Billings. Publié en volume le 20 mars 1852, le roman est bientôt épuisé et d’autres éditions sont imprimées peu après (en particulier une édition de luxe en 1853, comptant 117 illustrations de Hammatt Billings).

Pendant sa première année de publication, 300 000 exemplaires de La Case de l’oncle Tom sont vendus. Le livre est traduit dans de nombreuses langues et devient finalement le deuxième livre le plus vendu après la Bible.

La Case de l’oncle Tom se vend également bien en Grande-Bretagne, où la première édition est publiée en mai 1852 et s’écoule à 200 000 exemplaires. En quelques années, plus de 1,5 million d’exemplaires sont mis en circulation en Grande-Bretagne , la plupart étant des copies illégales (le même phénomène eut lieu aux États-Unis). Certaines des premières éditions contiennent une introduction par le révérend James Sherman, ministre du culte protestant londonien, bien connu pour ses convictions abolitionnistes.

Résumé

Elisa s’enfuit avec son fils, Tom est vendu sur le Mississippi

Au xixe siècle, dans le Kentucky, État sudiste, Mr Shelby, riche planteur, et son épouse, Emily, traitent leurs esclaves avec bonté. Mais le couple craint de perdre la plantation pour cause de dettes et décide alors de vendre deux de leurs esclaves : Oncle Tom, un homme d’âge moyen ayant une épouse et des enfants, et Henri , le fils d’Elisa, servante d’Emily. Cette idée répugne à Emily qui avait promis à sa servante que son fils ne serait jamais vendu ; et le mari d’Emily, George Shelby, ne souhaite pas voir partir Tom qu’il considère comme un ami et un mentor.

Lorsqu’Elisa surprend Mr et Mme Shelby en train de discuter de la vente prochaine de Tom et Henri, elle décide de s’enfuir avec son fils. Le roman précise que la décision d’Elisa vient du fait qu’elle craint de perdre son unique enfant survivant (elle a déjà perdu deux enfants en couches). Elisa part le soir même, laissant un mot d’excuse à sa maîtresse.

Pendant ce temps, Oncle Tom est vendu à Augustin St. Clare et embarque sur un bateau qui s’apprête à descendre le Mississippi. À bord, Tom rencontre une jeune fille blanche nommée Evangeline, qui est la fille de son maître, et se lie d’amitié avec elle. Lorsque Eva tombe à l’eau, Tom la sauve. Pour le remercier, le père d’Eva lui donne des biscuits.

La famille d’Elisa est pourchassée, tandis que Tom vit chez les St. Clare

Au cours de sa fuite, Elisa retrouve son mari Georges Harris, qui s’était échappé de sa plantation auparavant. Ils décident d’essayer de gagner le Canada. Ils sont cependant poursuivis par un chasseur d’esclaves nommé Tom Loker. Loker finit par piéger Elisa et sa famille, ce qui conduit Georges à tirer sur Loker. Ne souhaitant pas que Loker meure, Elisa convainc George d’amener le chasseur d’esclaves jusqu’à un village quaker proche pour qu’il y soit soigné.

De retour à La Nouvelle-Orléans, Augustin St. Clare discute de l’esclavage avec sa cousine nordiste Ophelia qui, bien qu’opposée à l’esclavage, a cependant des préjugés contre les Noirs. St. Clare considère que lui n’a pas de préjugés, bien que possédant des esclaves. Dans une tentative pour montrer à Ophelia que ses idées concernant les Noirs sont erronées, il achète Topsy, une jeune esclave noire, et demande à Ophelia de l’éduquer.

Deux ans après que Tom fut arrivé chez les St. Clare, Eva tombe gravement malade. Avant de mourir, elle a une vision du paradis, qu’elle partage avec les personnes qui l’entourent. En conséquence de cette vision et de la mort d’Eva, les autres personnages décident de modifier leur manière de vivre : Ophelia promet de se débarrasser de ses préjugés contre les Noirs, Topsy de s’améliorer et Augustin St. Clare d’affranchir (libérer) l’oncle Tom.

Tom est vendu à Simon Legree

Augustin St. Clare est poignardé en entrant dans une taverne de La Nouvelle-Orléans et meurt avant de pouvoir tenir sa promesse. Sa femme revient sur la promesse de son mari décédé et vend Tom aux enchères à un propriétaire malveillant nommé Simon Legree. Legree, originaire du nord, emmène Tom dans une région rurale de la Louisiane, où Tom fait la connaissance des autres esclaves de Legree, et en particulier d’Emmeline, que Legree a achetée en même temps que Tom. La haine de Legree pour Tom naît lorsque celui-ci refuse son ordre de fouetter un autre esclave. Legree bat sauvagement Tom, et décide de broyer la foi en Dieu de son nouvel esclave. Cependant, malgré la cruauté de Legree, Tom refuse de cesser de lire sa Bible et de réconforter les autres esclaves. À la plantation, Tom rencontre Cassy, une autre esclave de Legree, qui a été séparée de son fils et de sa fille lorsque ceux-ci ont été vendus ; incapable de supporter la vente d’un autre de ses enfants, elle a tué son troisième.

Tom Loker fait à ce moment sa réapparition dans l’histoire ; à la suite de sa guérison par les quakers, il a profondément changé. George, Elisa et Henry ont obtenu leur liberté après être parvenus au Canada. En Louisiane, l’oncle Tom succombe presque au désespoir alors que sa foi en Dieu est mise à l’épreuve par les rigueurs de la plantation. Il a cependant deux visions, une de Jésus et une d’Eva, qui renouvellent sa détermination à rester un chrétien fidèle, même si sa vie est en jeu. Il encourage Cassy à s’enfuir, ce qu’elle fait en emmenant Emmeline avec elle. Lorsque Tom refuse de révéler à Legree leur destination, ce dernier ordonne à ses employés de tuer Tom. Alors qu’il est mourant, Tom pardonne aux employés de l’avoir battu. Impressionnés par la personnalité de l’homme qu’ils ont tué, les deux hommes deviennent chrétiens. Juste avant la mort de Tom, Georges Shelby, le fils d’Arthur Shelby (le maître original de Tom), apparaît pour acheter la liberté de Tom, mais se rend compte qu’il arrive trop tard.

Dernière partie

Sur le bateau qui les emmène vers la liberté, Cassy et Lucy rencontrent la sœur de Georges Harris et l’accompagnent au Canada. Une fois arrivée, Cassy découvre que Elisa est sa fille, qui avait été vendue enfant et dont elle n’avait pas eu de nouvelles depuis. Leur famille enfin reconstituée, ils partent pour la France puis finalement pour le Liberia, nation africaine créée pour les anciens esclaves d’Amérique, où ils retrouvent le fils de Cassy, également perdu de vue depuis longtemps. Georges Shelby retourne dans sa plantation du Kentucky et libère tous ses esclaves, en leur disant de se souvenir du sacrifice de Tom et de sa foi dans la véritable signification du christianisme.

Personnages principaux

L’oncle Tom

L’oncle Tom, le personnage éponyme, est un esclave chrétien possédant patience et noblesse d’âme. Plus récemment, son nom est cependant devenu une épithète désignant les Afro-Américains accusés de s’être vendus aux Blancs. Pour Stowe, Tom est un héros noble et digne d’éloges. Tout au long du roman, bien loin de se laisser exploiter, Tom défend ses croyances et est même admiré à contrecœur par ses ennemis.

Eva

Eva, dont le véritable nom est Evangeline St. Clare est la fille d’Augustin St.Clare qui, durant une période, est le maître de Tom. Eva est gentille, souriante, généreuse, belle, compatissante et elle se lie d’amitié avec tous les esclaves de son père. Elle devient très vite amie de Tom

Simon Legree

Legree

Simon Legree est un maître cruel, né dans le Nord, dont le nom est devenu synonyme d’avidité. Son but est de démoraliser Tom au point de le faire abandonner sa foi religieuse ; il finit par battre Tom à mort par frustration devant la foi inébranlable de son esclave en Dieu. Le roman révèle qu’il a, dans sa jeunesse, abandonné sa mère malade pour partir en mer, et qu’il a ignoré sa lettre le priant de venir la voir une dernière fois sur son lit de mort. Il exploite sexuellement Cassy, qui le méprise, puis porte son désir sur Emmeline.

Personnages secondaires

La Case de l’oncle Tom met en scène un grand nombre de personnages secondaires. Parmi les plus importants, on peut citer :

Arthur Shelby, le maître de Tom dans le Kentucky. Shelby est présenté comme un « bon » maître, stéréotype du gentleman du Nord.

Emily Shelby, épouse d’Arthur Shelby. C’est une femme profondément croyante qui s’efforce d’exercer une influence bénéfique et morale sur ses esclaves. Elle est scandalisée lorsque son mari vend ses esclaves à un marchand, mais en tant que femme ne possède pas de moyen légal de s’y opposer puisque la propriété appartient à son mari.

Georges Shelby, fils d’Arthur et d’Emily, qui considère Tom comme un ami et comme le chrétien parfait.

Augustin St. Clare, second maître de Tom et père d’Eva. Le plus compréhensif des possesseurs d’esclaves rencontrés dans le roman. St. Clare est un personnage complexe, souvent sarcastique et à l’esprit vif. Après une cour difficile, il a épousé une femme qu’il a fini par mépriser, bien qu’il soit trop poli pour le montrer. St. Clare est conscient du mal que constitue l’esclavage, mais il ne veut pas renoncer à la richesse qu’il lui apporte. Après la mort de sa fille, il devient plus sincère dans ses convictions religieuses et commence à lire la Bible de Tom. Il compte finalement prendre parti contre l’esclavagisme en libérant ses esclaves, mais ses bonnes intentions ne sont pas concrétisées.

Topsy, une jeune esclave un peu vaurien. Lorsqu’on lui demande si elle sait qui l’a créée, elle professe son ignorance de Dieu et de sa mère, en disant : « J’pense que j’ai grandi. J’pense pas que quelqu’un m’ait créée. » Elle est transformée par l’amour de la petite Eva. Pendant la première moitié des années 1900, plusieurs fabricants de poupées créèrent des poupées à l’effigie de Topsy. L’expression « grandir comme Topsy », à présent un peu archaïque, est passée dans la langue anglaise, d’abord avec la notion de croissance imprévue puis juste celle de croissance impressionnante.

Mademoiselle Ophelia, cousine d’Augustin St. Clare venant du Vermont, personnage pieux, travailleur et abolitionniste. Elle met en évidence les sentiments ambigus des Nordistes envers les Afro-américains à l’époque. Elle est opposée à l’esclavage, mais l’idée d’esclave en tant qu’individu lui répugne, du moins au début.

Thèmes abordés

Un thème unique domine La Case de l’oncle Tom : celui du caractère maléfique et immoral de l’esclavage. Bien que Stowe aborde d’autres thèmes mineurs tout au long du roman, comme l’autorité morale de la mère de famille ou encore la possibilité de rédemption offerte par le christianisme, elle donne beaucoup d’importance à leurs liens avec les horreurs de l’esclavage. Elle aborde le thème de l’immoralité de l’esclavage quasiment à chaque page du livre, lui arrivant même parfois de changer de point de vue narratif afin de donner une véritable homélie sur la nature destructrice de l’esclavage (telle cette femme blanche sur le bateau conduisant Tom vers le sud : « La pire des choses dans l’esclavage, à mon avis, est son atrocité envers les sentiments et l’affection – la séparation des familles, par exemple. »). L’une des manières pour Stowe de dénoncer l’esclavage était de montrer comment cette « bizarre institution » forçait les familles à se séparer.

Harriet Stowe considérait le statut de mère comme « le modèle éthique et structurel pour toute l’Amérique » et pensait que seules les femmes avaient l’autorité morale pour sauver les États-Unis du démon de l’esclavage ; c’est pourquoi un autre thème majeur de La Case de l’oncle Tom est le pouvoir moral et le caractère saint de la femme. À travers des personnages comme Eliza, qui fuit l’esclavage pour sauver son jeune fils (et finit par réunir sa famille entière), ou Petite Eva, qui est considérée comme « la chrétienne idéale », Stowe montre de quelle manière elle pense que les femmes peuvent sauver leurs prochains des pires injustices. Bien que des critiques notèrent plus tardivement que les personnages féminins de Stowe constituent souvent des clichés domestiques plutôt que des femmes réalistes, le roman « réaffirma l’importance de l’influence des femmes » et ouvrit la voie aux mouvements pour les droits des femmes qui se manifestèrent dans les décennies suivantes.

Les croyances religieuses puritaines de Stowe se révèlent dans le thème général qui sous-tend le roman, qui n’est autre que l’exploration de la nature du christianisme et de la manière dont Stowe pense qu’il est fondamentalement incompatible avec l’esclavage. Ce thème est fortement présent lorsque Tom exhorte St. Clare à « regarder vers Jésus » après la mort de sa fille bien-aimée Eva. Après la mort de Tom, George Shelby fait l’éloge de Tom en disant : « C’est quelque chose que d’être chrétien ». De par le rôle important joué par les thèmes chrétiens dans La Case de l’oncle Tom – et à cause de l’utilisation répétée dans le roman d’interventions de l’auteur elle-même sur la religion et la foi – le livre prend souvent « la forme d’un sermon ».

Style

La Case de l’oncle Tom est écrit dans le style mélodramatique et sentimental commun aux romans sentimentaux et à la « fiction domestique » (ou fiction féminine) du xixe siècle. Ces genres de récits étaient parmi les plus populaires au temps de Stowe et mettaient en général en scène des personnages principaux féminins, dans un style visant à provoquer compassion et émotion chez le lecteur. Bien que le livre de Stowe diffère des romans sentimentaux en s’intéressant à un thème plus large, l’esclavage, et en ayant un homme comme personnage principal, il cherche cependant à susciter une forte émotion chez ses lecteurs (en provoquant par exemple les larmes lors de la mort de Petite Eva). La force de ce style d’écriture est manifeste lorsqu’on se réfère aux réactions des lecteurs contemporains de Stowe. Georgiana May, une amie de Stowe, écrit dans une lettre à l’auteur : « Je suis restée éveillée la nuit dernière bien après une heure du matin, pour finir La Case de l’oncle Tom. Je ne pouvais pas plus l’abandonner que je n’aurais pu abandonner un enfant mourant ». Un autre lecteur est décrit comme étant obsédé à tout moment par le livre et comme ayant pensé à renommer sa fille Eva. La mort de Petite Eva affecta de manière évidente un grand nombre de personnes à l’époque puisqu’à Boston, au cours de la seule année 1852, ce prénom fut donné à 300 petites filles.

Malgré ces réactions positives de la part des lecteurs, les critiques littéraires méprisèrent durant des années le style dans lequel La Case de l’oncle Tom et d’autres romans sentimentaux étaient écrits, du fait que ces livres étaient rédigés par des femmes et présentaient de manière si évidente un « sentimentalisme féminin ». Un critique littéraire affirma que si le roman n’avait pas abordé le thème de l’esclavage, « il n’aurait été qu’un autre roman sentimental », tandis qu’un autre décrivit le livre comme « l’œuvre d’un écrivaillon ».

Ce n’est pas l’avis de Jane Tompkins, professeur d’anglais à l’université de l’Illinois à Chicago. Dans son livre In Sensational Designs: The Cultural Work of American Fiction (1985). Tompkins fait l’éloge de ce style que tant d’autres critiques avaient méprisé, écrivant que les romans sentimentaux montraient comment les émotions féminines avaient le pouvoir d’améliorer le monde. Elle affirme également que les fictions domestiques populaires du xixe siècle, dont La Case de l’oncle Tom fait partie, étaient remarquables de par leur « complexité intellectuelle, leur ambition et leur ingéniosité » ; et que La Case de l’oncle Tom offrait « une critique de la société américaine bien plus dévastatrice que d’autres effectuées par des auteurs plus connus tels que Hawthorne ou Melville ».

Réactions et critiques

Dès sa publication, le livre a donné lieu à une importante controverse, suscitant des protestations de la part des défenseurs de l’esclavage (qui firent paraître un certain nombre d’autres livres en réponse à celui-ci) et des éloges de la part des abolitionnistesLe roman influença profondément des œuvres protestataires postérieures, telle La Jungle d’Upton Sinclair.

Réactions contemporaines

Dès sa publication, La Case de l’oncle Tom indigne les habitants du Sud américain. Le roman est également violemment critiqué par les partisans de l’esclavage .

L’écrivain sudiste William Gilmore Simms déclara que le livre était entièrement faux, tandis que d’autres qualifièrent le roman de criminel et diffamatoire. Les réactions allèrent d’un libraire de Mobile dans l’Alabama qui fut obligé de quitter la ville parce qu’il avait mis le roman en vent, à des lettres de menace adressées à Stowe elle-même (qui reçut même un paquet contenant une oreille coupée appartenant à un esclave). De nombreux écrivains sudistes, tel Simms, écrivirent peu après leur propre livre en réaction à celui de Stowe (voir la section anti-Tom ci-dessous).

Certains critiques soulignèrent le manque d’expérience de Stowe concernant la vie du Sud, affirmant que ce manque d’expérience l’avait poussée à produire des descriptions inexactes de la région. Elle n’avait quasiment jamais mis les pieds dans le Sud et n’avait jamais véritablement été dans une plantation sudiste. Stowe affirma cependant toujours qu’elle avait bâti ses personnages sur des récits faits par des esclaves fugitifs lorsqu’elle vivait à Cincinnati, dans l’Ohio. On rapporte que Stowe eut l’occasion d’assister à plusieurs incidents qui la poussèrent à écrire le roman. Des scènes qu’elle observa sur l’Ohio, en particulier un mari et une femme séparés au cours d’une vente, ainsi que des articles de journaux et des entretiens lui fournirent de la matière pour le développement de l’intrigue.

En réponse à ces critiques, Stowe publia en 1853 A Key to Uncle Tom’s Cabin, tentant de montrer la véracité de la description de l’esclavage faite dans La Case de l’oncle Tom à travers des documents historiques. Dans ce livre, Stowe considère chacun des principaux personnages du roman et cite des personnes équivalentes ayant réellement existé, tout en fustigeant à nouveau l’esclavagisme du Sud de manière plus agressive encore que dans le roman lui-même. Tout comme La Case de l’oncle TomA Key to Uncle Tom’s Cabin eut également un grand succès. Il doit cependant être noté que, bien que Harriet Stowe prétendit que A Key to Uncle Tom’s Cabin traitait des sources qu’elle avait consultées au moment d’écrire son roman, elle ne lut une grande partie des œuvres mentionnées qu’après la publication de celui-ci.

D’après le fils de l’auteur, lorsqu’Abraham Lincoln rencontra Stowe en 1862, il déclara : « C’est donc cette petite dame qui est responsable de cette grande guerre. » L’avis des historiens diverge sur la véracité de cette anecdote, et dans une lettre que Stowe écrivit à son mari quelques heures après avoir rencontré Lincoln on ne trouve mention nulle part de cette phrase. Par la suite, de nombreux spécialiste considérèrent que le roman concentra la colère du Nord sur les injustices de l’esclavage et sur le Fugitive Slave Act, et attisa les ardeurs du mouvement abolitionniste. Le général de l’Union et politicien James Baird Weaver affirma que le livre le persuada de devenir actif au sein du mouvement abolitionniste.

La Case de l’oncle Tom souleva également un grand intérêt en Grande-Bretagne. La première édition londonienne parut en mai 1852 et se vendit à 200 000 exemplaires. Une partie de cet intérêt était dû à l’antipathie éprouvée par les britanniques envers les États-Unis. Comme l’expliqua un écrivain de l’époque, « les sentiments que La Case de l’oncle Tom déchaîna en Angleterre n’étaient pas la vengeance ou la haine [de l’esclavage], mais plutôt une jalousie et une fierté nationale. Nous avons longtemps souffert de la suffisance de l’Amérique – nous sommes fatigués de l’entendre se vanter d’être le pays le plus libre et le plus éclairé qu’ait connu le monde. Notre clergé hait son système de volontariat – nos Tories haïssent ses démocrates – nos Whigs haïssent ses parvenus – nos radicaux haïssent ses manières procédurières, son insolence et son ambition. Tous les partis saluèrent Mme Stowe comme une insurgée au sein du camp ennemi ». Charles Francis Adams, ambassadeur des États-Unis en Angleterre durant la guerre, affirma plus tard que « La Case de l’oncle Tom, publié en 1852, exerça, grâce à des circonstances principalement fortuites, une influence sur le monde plus immédiate, plus considérable et plus spectaculaire qu’aucun autre livre jamais imprimé ».

Le livre a été traduit dans plusieurs langues, y compris en chinois (la traduction du roman par le traducteur Lin Shu fut la première traduction en chinois d’un roman américain) et en amharique (la traduction datant de 1930 fut effectuée dans le but de soutenir les efforts de l’Éthiopie visant à atténuer les souffrances des Noirs). Le livre fut lu par tant de personnes que Sigmund Freud rapporta un certain nombre de cas de tendances sado-masochistes chez des patients, qui selon lui avaient été influencés par la lecture de scènes de La Case de l’oncle Tom où des esclaves se faisaient fouetter.

À partir de 1845, l’usage s’établit au Carnaval de Paris de baptiser pour la fête les Bœufs Gras qui défilent à la promenade du Bœuf Gras. Le nom est choisi en fonction des œuvres littéraires à succès du moment, ou en rapport avec des événements importants récents, ou une chanson à la mode. Le premier Bœuf Gras baptisé ainsi s’appelera Le Père Goriot. En 1853, l’immense succès remporté en France par La Case de l’oncle Tom fait que les trois Bœufs Gras qui défilent du 6 au 8 février sont baptisés du nom de héros de ce livre : Père-TomShelby et Saint-Clare

Impact littéraire et critique

La Case de l’oncle Tom fut le premier roman à teneur politique à être lu par un grand nombre de personnes aux États-Unis. À ce titre, il influença grandement le développement non seulement de la littérature américaine mais aussi de la littérature engagée en général. Un certain nombre de livres publiés après La Case de l’oncle Tom doivent beaucoup au roman de Stowe ; on peut citer en particulier La Jungle d’Upton Sinclair et Printemps silencieux de Rachel Carson. (« L’histoire de la quarteronne » – Case de l’Oncle Tom, chap. 34 – a aussi d’étroites ressemblances avec la nouvelle Le Diable, de Léon Tolstoï.)

Malgré son importance incontestable, La Case de l’oncle Tom est perçu par l’opinion populaire comme « un mélange de conte pour enfants et de propagande ». Le roman a également été décrit par nombre de critiques littéraires comme étant « tout juste un roman sentimental » , tandis que le critique George Whicher affirma dans son Histoire littéraire des États-Unis que « Mme Stowe ou son ouvrage ne peuvent justifier du succès considérable du roman ; son talent en tant qu’écrivain amateur n’était en rien remarquable. Elle avait tout au plus une certaine maîtrise des stéréotypes en termes de mélodrame, d’humour et de pathos, et son livre est composé de ces éléments populaires .

D’autres critiques ont cependant fait l’éloge du roman : Edmund Wilson déclara que « démontrer une telle maturité dans l’écriture de La Case de l’oncle Tom prouve une expérience étonnante. » Jane Tompkins affirme que le roman est un classique de la littérature américaine et émet l’hypothèse que de nombreux critiques littéraires ont boudé le livre pour la simple raison qu’il fut extrêmement populaire en son temps

Certains commentateurs  affirment que Stowe considérait que son roman offrait une solution aux dilemmes politiques et moraux qui troublaient de nombreux opposants à l’esclavage. Stowe était une fervente chrétienne, et abolitionniste.

Léon Tolstoï « [citait] comme exemple de l’art religieux le plus élevé, né de l’amour de Dieu et du prochain, en littérature:… La Case de l’oncle Tom, etc. »

Les expertsconsidèrent également que le roman véhicule les valeurs et les idées du Parti du sol libre. Dans cette optique, le personnage de George Harris personnifie le principe du travail libre, tandis que le personnage complexe d’Ophelia représente les nordistes qui toléraient un compromis avec l’esclavage. À l’opposé d’Ophelia est Dinah, qui agit de manière passionnée. Au cours du roman Ophelia se transforme, de la même manière que le Parti Républicain qui proclama trois ans plus tard que le Nord devait se transformer et défendre ses principes antiesclavagistes.

Des théories féministes peuvent également être vues à l’œuvre dans le livre de Stowe, le roman constituant une critique de la nature patriarcale de l’esclavage. Pour l’auteur, les liens formant la famille étaient avant tout les liens du sang plutôt que les relations paternalistes entre maîtres et esclaves. De plus, Stowe considérait la solidarité nationale comme une extension de la famille, le sentiment d’appartenir à une nation ayant donc ses racines dans le fait de partager une race. Par conséquent, elle prêchait la colonisation de l’Afrique pour les esclaves libérés et non leur intégration dans la société américaine.

Le livre a également été considéré comme une tentative de redéfinition de la masculinité en tant qu’étape nécessaire vers l’abolition de l’esclavage. Dans cette optique, les abolitionnistes avaient commencé à rejeter la vision de l’homme agressif et dominant que la conquête et la colonisation du début du xixe siècle avaient mis en avant. Dans le but de modifier la notion de virilité de telle manière que les hommes puissent s’opposer à l’esclavage sans mettre en danger leur image ou leur place dans la société, certains abolitionnistes se rapprochèrent de principes tels que le droit de vote des femmes, la chrétienté ou la non-violence, et firent l’éloge de la compassion, de la coopération et de l’esprit civique. D’autres courants du mouvement abolitionniste prônaient une action masculine plus agressive et plus conventionnelle. Tous les hommes dans le roman de Stowe sont des représentants de l’un ou l’autre de ces courants.

Création et popularisation de stéréotypes

Au cours des dernières décennies, aussi bien lecteurs que spécialistes ont critiqué le roman pour ses descriptions racistes et condescendantes des personnages noirs, en particulier en ce qui concerne leur apparence, leur manière de parler et leur comportement, mais aussi la nature passive de l’oncle Tom face à son destin. L’importance de la création par le roman de nouveaux stéréotypes ainsi que son usage de stéréotypes déjà existants est d’autant plus grande que La Case de l’oncle Tom fut le roman le plus vendu au monde au xixe siècle. En conséquence, le livre (ainsi que les images l’illustrant et les pièces de théâtre associées) contribua grandement à implanter de manière permanente ces stéréotypes dans la mentalité américaine.

Parmi les stéréotypes de Noirs présents dans La Case de l’oncle Tom se trouvent :

Le happy darky, incarné par le personnage paresseux et insouciant de Sam ;

Le mulâtre à la peau claire utilisé comme objet sexuel (personnages d’Eliza, Cassy et Emmeline) ;

La mammy à la peau noire, de nature affectueuse (à travers plusieurs personnages, en particulier Mammy, une cuisinière à la plantation St. Clare) ;

Le stéréotype de l’enfant Noir Pickaninny (personnage de Topsy) ;

L’oncle Tom, ou afro-américain trop désireux de plaire aux Blancs (personnage de l’oncle Tom). Stowe voyait Tom comme un « héros noble. » L’image de Tom représenté comme un « imbécile servile s’inclinant devant les Blancs » provient manifestement des adaptations scéniques du roman, sur lesquelles Stowe n’avait aucun contrôle.

Au cours des décennies récentes, ces associations négatives ont éclipsé de manière importante l’impact historique de La Case de l’oncle Tom en tant que « outil antiesclavagiste vital. » Ces changements dans la perception du roman prennent racine dans un essai de James Baldwin intitulé Everybody’s Protest Novel. Dans cet essai, Baldwin qualifie La Case de l’oncle Tom de « très mauvais roman », racialement stupide et à l’esthétique grossière.

Dans les années 1960 et 1970, les mouvements du Black Power et du Black Arts attaquèrent le roman, affirmant que le personnage de l’oncle Tom se livrait à une « trahison raciale » et que Tom faisait apparaître les esclaves comme étant pires que les maîtres. Les critiques visant les autres stéréotypes présents dans le livre augmentèrent également durant cette période.

Ces dernières années cependant, des spécialistes tels que Henry Louis Gates Jr. ont commencé à réévaluer La Case de l’oncle Tom, affirmant que le livre est « un document central dans les relations interraciales en Amérique et une importante exploration morale et politique des caractéristiques de ces relations. »

Littérature anti-Tom

En réponse à La Case de l’oncle Tom, certains écrivains du Sud des États-Unis produisirent des livres destinés à combattre le roman de Stowe. Cette littérature, ainsi appelée littérature anti-Tom, était en général pro-esclavagiste, soutenant que les questions portant sur l’esclavagisme telles qu’elles étaient posées dans le livre de Stowe étaient trop sentencieuses et incorrectes. Les romans de ce genre présentaient généralement un maître blanc patriarcal et bienveillant et une épouse à l’âme pure, gouvernant tous deux des esclaves semblables à des enfants au sein d’une plantation à l’atmosphère familiale et bienveillante. Les romans sous-entendaient ou affirmaient ouvertement que les Afro-Américains étaient semblables à des enfants, incapables de vivre sans être directement supervisés par des Blancs.

Parmi les plus célèbres livres anti-Tom se trouvent The Sword and the Distaff de William Gilmore Simms, Aunt Phillis’s Cabin de Mary Henderson Eastman et The Planter’s Northern Bride de Caroline Lee Hentz, cette dernière ayant été une amie proche de Stowe lorsqu’elles vivaient toutes deux à Cincinnati. Le livre de Simms fut publié quelques mois après le roman de Stowe et contient un certain nombre de discussions contestant le livre de Stowe et sa vision de l’esclavage. Le roman de Caroline Lee Hentz, paru en 1854, lu par de nombreuses personnes à l’époque mais à présent largement oublié, présente une défense de l’esclavage à travers les yeux d’une femme du Nord, fille d’un abolitionniste, qui épouse un propriétaire d’esclaves du Sud.

Durant la décennie s’étendant entre la publication de La Case de l’oncle Tom et le début de la guerre de Sécession, entre vingt et trente livres anti-Tom furent publiés. Parmi ces romans se trouvent deux livres intitulés Uncle Tom’s Cabin As It Is, l’un de W.L. Smith et l’autre de C.H. Wiley. Plus de la moitié de ces œuvres anti-Tom furent écrits par des femmes blanches, ce que Simms commenta en parlant de « l’apparente justice poétique du fait qu’une femme du Sud réponde à la femme du Nord (Stowe). »

Traductions et adaptations

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Nègres marrons surpris par des chiens (1893) aussi connu comme Esclaves repris par les chiens, est une œuvre de Louis Samain, sise à Bruxelles, qui évoque un épisode du roman La Case de l’oncle Tom.

La case de l’oncle Tom a été traduit en français, pour la première parution, par Émile de La Bédollière (La Case du père Tom ou Vie des nègres en Amérique, Barba, 1852) ; entre 1852 et 1856 La Case de l’Oncle Tom n’eut pas moins de huit traductions différentes en français et dix-neuf éditions. Louis Carion, Léon Pilatte, Léon de Wally et Edmond Auguste Texier… sont quelques-uns des traducteurs. En 1861, traduction de Louis Barré. (B. Renault, 1861) ; en 1862 (Michel Lévy) la traduction de Léon Pilatte est « augmentée d’une préface de l’auteur et d’une introduction par George Sand » ; en 1872, Harriet Beecher Stowe écrivit à Louise Swanton Belloc et Adélaïde de Montgolfier : « Je suis très-flattée, mesdames, que mon humble ami, Oncle Tom, ait des interprètes tels que vous pour le présenter aux lecteurs français. J’ai lu une traduction de mon livre en votre langue, et quoique assez peu familiarisée avec le français, j’ai pu voir qu’elle laissait beaucoup à désirer ; mais j’ai remarqué aussi dans la gracieuse et sociable flexibilité de la langue française une aptitude toute particulière à exprimer les sentiments variés de l’ouvrage, et je suis de plus convaincue qu’un esprit féminin prendra plus aisément l’empreinte du mien. »

Les Tom shows

Même si La Case de l’oncle Tom fut le livre le plus vendu du xixe siècle, à cette époque un nombre beaucoup plus important d’américains virent l’histoire sous forme de pièce de théâtre ou de comédie musicale que sous forme de livre. Eric Lott, dans son livre Uncle Tomitudes: Racial Melodrama and Modes of Production, estime qu’au moins 3 millions de personnes assistèrent à ces spectacles, ce qui représente dix fois les ventes du livre durant sa première année de parution.

Les lois de l’époque sur le copyright étant peu restrictives, des pièces de théâtre basées sur La Case de l’oncle Tom, appelées aussi Tom shows, commencèrent à apparaître alors que le roman n’était pas encore entièrement publié. Stowe refusa d’autoriser l’adaptation de son œuvre à cause de sa méfiance puritaine envers le théâtre (bien qu’elle finisse cependant par assister à la version de George Aiken et, selon Francis Underwood, fut charmée par l’interprétation par Caroline Howard du personnage de Topsy). Le refus de Stowe laissa le champ libre à nombre d’adaptations, certaines créées pour des raisons politiques et d’autres uniquement pour des raisons commerciales.

Il n’y avait à l’époque aucune loi sur le copyright international. Le livre et les pièces de théâtre furent traduits dans plusieurs langages ; Stowe ne reçut que peu d’argent et fut privée des trois quarts de ses revenus légitimes.

Tous les Tom shows semblent avoir incorporé des éléments de mélodrame et de minstrel show. Ces pièces variaient beaucoup dans leurs opinions politiques : certaines reflétaient de manière fidèle les vues antiesclavagistes de Stowe, tandis que d’autres étaient plus modérées, voire pro-esclavagistes. Beaucoup de productions présentaient des caricatures racistes et humiliantes des Noirs, tandis qu’un grand nombre d’entre elles utilisaient également des chansons de Stephen Foster (en particulier My Old Kentucky HomeOld Folks at Home, et Massa’s in the Cold Ground). Les Tom shows les plus connus furent ceux de George Aiken et H.J. Conway.

Les nombreuses variantes théâtrales de La Case de l’oncle Tom « dominèrent la culture populaire du Nord pendant plusieurs années » au cours du xixe siècle et les pièces étaient toujours jouées au début du xxe siècle.

L’une des variantes les plus originales et controversées fut Mickey’s Mellerdrammer de Walt Disney, un film distribué par United Artists sorti en 1933. Le titre est une corruption du mot melodrama (mélodrame), destiné à évoquer les premiers minstrel shows, et le film est un court métrage mettant en scène les personnages de Disney, Mickey Mouse et ses amis, montant leur propre adaptation de La Case de l’oncle Tom.

Mickey était déjà de couleur noire, mais l’affiche du film le montre habillé et maquillé en blackface avec des lèvres orange proéminentes, des rouflaquettes blanches et abondantes faites en coton et des gants blancs, qui font à présent partie de son costume habituel.

Les adaptations :

Cinéma

La Case de l’oncle Tom a été adapté de nombreuses fois au cinéma. La plupart des adaptations cinématographiques furent réalisées à l’ère du cinéma muet (La Case de l’oncle Tom est d’ailleurs l’histoire la plus souvent filmée durant cette période). Ceci était dû à la popularité toujours grande à la fois du roman et des Tom shows, ce qui signifiait que le public était déjà familier avec les personnages et l’histoire, rendant ainsi les films sans paroles plus compréhensibles.

La première version de La Case de l’oncle Tom fut l’un des premiers longs métrages (bien que le terme long métrage désignait à l’époque une durée comprise entre 10 et 14 minutes). Sorti en 1903 et réalisé par Edwin S. Porter, le film était joué par des acteurs blancs déguisés en Noirs pour les rôles principaux et n’utilisait des acteurs Noirs qu’en tant que figurants. Cette version était similaire à beaucoup des premiers Tom shows et faisait figurer un grand nombre de stéréotypes sur les Noirs (en faisant par exemple danser les esclaves dans n’importe quel contexte, en particulier à une vente d’esclaves).

En 1910, la Vitagraph Company of America produisit une adaptation réalisée par J. Stuart Blackton et adaptée par Eugene Mullin. Selon le Dramatic Mirror, ce film était une « innovation marquée » dans le domaine du cinéma et « la première fois qu’une compagnie américaine » faisait sortir un film en trois bobines. Jusque-là, les longs métrages de l’époque ne faisaient que 15 minutes de long et contenaient une seule bobine de film. Le film était joué par Clara Kimball Young, Marie Eline, Florence Turner, Mary Fuller, Charles Kent, Edwin R. Phillips, Flora Finch, Genevieve Tobin et Carlyle Blackwell.[80]

Au cours des deux décennies suivantes, plusieurs autres adaptations cinématographiques virent le jour :

en 1910 : Uncle Tom’s Cabin, film muet réalisé par Barry O’Neil, avec Frank Hall Crane et Anna Rosemond.

en 1913 : Uncle Tom’s Cabin, film muet réalisé par Sidney Olcott, avec Miriam Cooper.

en 1913 : Uncle Tom’s Cabin, film muet réalisé par Otis Turner, avec Margarita Fischer.

en 1914 : Uncle Tom’s Cabin, film muet réalisé par William Robert Daly, avec Paul Scardon.

en 1918 : Uncle Tom’s Cabin, film muet réalisé par J. Searle Dawley.

La dernière version muette est sortie en 1927. Réalisée par Harry A. Pollard (qui avait joué l’oncle Tom dans la version de 1913), ce film long de deux heures mit plus d’un an à être réalisé et fut le troisième film le plus cher de l’ère du cinéma muet (avec un budget de 1,8 million de dollars). L’acteur noir Charles Gilpin, d’abord choisi pour le rôle-titre, fut renvoyé lorsque le studio trouva sa performance « trop agressive ». Le rôle de Tom échut ensuite à James B. Lowe. Une différence entre ce film et le roman est qu’après la mort de Tom, celui-ci revient sous la forme d’un esprit vengeur et affronte Simon Legree, avant de le mener à la mort. Les médias Noirs de l’époque firent l’éloge du film, mais le studio, craignant une réaction de la part du public blanc et sudiste, finit par couper au montage les scènes prêtant à controverse, en particulier la séquence d’ouverture du film où une mère est arrachée à son enfant lors d’une vente d’esclaves. L’histoire fut adaptée par Pollard, Harvey F. Thew et A. P. Younger, avec des titres de Walter Anthony. Le film était joué par James B. Lowe, Stymie Beard, Raymond Massey, Virginia Grey, George Siegmann, Margarita Fischer, Mona Ray et Madame Sul-Te-Wan.[81]

Pendant plusieurs décennies après la fin du cinéma muet, la matière du roman de Stowe fut jugée trop sensible pour être à nouveau l’objet d’adaptations cinématographiques. En 1946, la Metro-Goldwyn-Mayer envisage de filmer l’histoire, mais arrête la production après des protestations de la part de la National Association for the Advancement of Colored People.

Une adaptation en allemand, Onkel Toms Hütte, réalisée par le hongrois Géza von Radványi, sort en 1965, avec Mylène Demongeot, O. W. Fischer, Herbert Lom. Elle fut distribuée aux États-Unis par Kroger Babb. Une version française de ce film existe : La Case de l’oncle Tom qui a été éditée en cassette VHS par René Chateau.

Télévision

En 1987 est diffusé Uncle Tom’s Cabin, un téléfilm réalisé par Stan Lathan, avec Avery Brooks, Phylicia Rashad, Edward Woodward, Jenny Lewis, Samuel L. Jackson et Endyia Kinney.

Dessins animés

En plus des adaptations en film, des versions de La Case de l’oncle Tom virent le jour sous forme de dessins animés : Mellerdrammer (1933) de Walt Disney, où Mickey Mouse joue la pièce de théâtre déguisé en Noir ; Southern Fried Rabbit (1953) avec Bugs Bunny, où Bugs se déguise en oncle Tom et chante My Old Kentucky Home afin de traverser la ligne Mason-Dixon ; Uncle Tom’s Bungalow (1937), un dessin animé des Warner Brothers supervisé par Tex Avery ; Eliza on Ice (1944), l’un des premiers dessins animés mettant en scène Mighty Mouse, produit par Paul Terry ; et Uncle Tom’s Cabaña (1947), un dessin animé de 8 minutes réalisé par Tex Avery.

Héritage et influence au cinéma

La Case de l’oncle Tom a également influencé un grand nombre de films, en particulier Naissance d’une nation. Cette œuvre controversée, sortie en 1915, utilisait une cabane similaire à la maison de l’oncle Tom pour le point culminant de l’action, où des Sudistes blancs s’unissent à leurs anciens ennemis (des soldats Yankees) pour défendre ce que la légende du film décrit comme leur « origine caucasienne ». Selon les experts, cette réutilisation d’une cabane familière aurait trouvé un écho auprès du public de l’époque.

Parmi les autres films influencés par La Case de l’oncle Tom ou utilisant le roman se trouvent Dimples (un film de 1936 avec Shirley Temple), Uncle Tom’s Uncle (un épisode des Petites Canailles de 1926), son remake de 1932 intitulé Spanky, la comédie musicale de Rodgers et Hammerstein Le Roi et moi (dans laquelle un ballet intitulé Small House of Uncle Thomas est joué dans le style traditionnel du Siam) et Gangs of New York (où les personnages de Leonardo DiCaprio et Daniel Day-Lewis assistent à une adaptation imaginaire de La Case de l’oncle Tom).

 

Harriet Beecher Stowe (1811-1896)

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Elizabeth Harriet (ou Henriette) Beecher Stowe, née le 14 juin 1811 à Litchfield et morte le 1er juillet 1896 à Hartford, est une femme de lettres américaine, philanthrope, militante abolitionniste et féministe. Son roman d’inspiration chrétienne, humaniste et féministe, La Case de l’oncle Tom (1852), vendu à des millions d’exemplaires est reçu comme un électrochoc pour la conscience publique américaine, il dénonçait le commerce et l’institution de l’esclavage au moment où les tensions légales et sociales entre esclavagistes du Sud et abolitionnistes du Nord devenaient de plus en plus tendues. Elizabeth Harriet Beecher Stowe a écrit plus de vingt livres, dont des romans, trois mémoires de voyage et des collections d’articles et de lettres.

 

Biographie

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Portrait par David d’Angers

Jeunesse et formation

Elizabeth Harriet est septième de onze enfants de la fille de Lyman Beecher, un pasteur presbytérien, et de Roxana Foote Beecher Parmi les onze enfants, sept fils deviendront des pasteurs, dont Henry Ward Beecher, figure majeure de l’émancipation des Afro-Américains. Sa soeur aînée Catherine Beecher sera une pionnière du droit des femmes à l’éducation, et sa soeur cadette Isabella Beecher Hooker sera une des fondatrices de la National Women’s Suffrage Association

Bien que sa famille soit puritaine, elle est ouverte aux problèmes sociaux et à la réforme de la société. Sa mère meurt quand elle a cinq ans, son père se remarie avec Harriet Porter Beecher. Dès son enfance, elle est invitée à participer aux débats lors des repas, ce qui lui donne un maniement de l’argumentation, de la rhétorique.

En 1832, son père fonde un séminaire de théologie à Cincinnati dans l’Ohio. Elizabeth devient alors professeure et se lance dans l’écriture avec les Scènes et types descendant des pèlerins qu’elle publiera en 1843 sous le titre de The Mayflower (Fleur de mai, du nom du navire anglais (Mayflower) d’émigrants arrivé en Amérique du Nord en 1620).

Carrière

En 1833, elle publie son premier livre Primary Geography où elle célèbre les diverses cultures qu’elle pu connaître.

Avec son mari Calvin Stowe, collègue de son père, elle s’engage dans le combat abolitionniste. Leurs opinions anti-esclavagistes ouvertement déclarées font qu’ils doivent quitter la ville de Cincinnati pour se réfugier à Brunswick dans le Maine. La parution de La Case de l’oncle Tom en 1852 se vend la première année à 300 000 exemplaires, durcissant les tensions entre le Sud et le Nord en fustigeant la civilisation sudiste et enflamme les abolitionnistes.

Selon Wendell Phillips, Stowe a récolté une audience que les abolitionnistes avaient semé ; cependant, si après son succès littéraire Stowe est restée à l’écart des activités publiques des groupes abolitionnistes, elle a aussi développé une amitié réelle empreinte de respect et de confiance avec le célèbre abolitionniste William Lloyd Garrison.

Elle avait auparavant publié quelques contes ou nouvelles. Forte de ce succès, elle tente de publier une suite en 1856, Dred, histoire du grand marais maudit. Mais le titre ne rencontre pas la même ferveur populaire que La Case de L’oncle Tom qui restera son ouvrage incontournable, et qui connut un immense succès en Amérique et en Europe et fut traduit dans de nombreuses langues.

Avec son frère le révérend Henry Ward Beecher, elle soutient moralement et financièrement Myrtilla Miner qui a ouvert à Washington une académie d’enseignement supérieur pour former des jeunes femmes afro-américaines au métier d’institutrice malgré les vives oppositions rencontrées

Vie personnelle

En 1836, elle épouse un pasteur, le révérend Calvin Stowe, prenant ainsi le nom d’Harriet Beecher Stowe.

Elle repose au Phillips Academy Cemetrey d’Andover (Massachussetts)  aux côtés de son époux

 

Œuvres (sélections)

 Éditions contemporaines

Traductions françaises

Dès sa parution en 1852 La case de l’oncle Tom va être traduit en français

La case du Père Tom, ou Vie des nègres en Amérique (trad. Emile de La Bédollière), G. Barba (Paris), 1852, 112 p. (

traduction abrégée qui sera suivi en 1853 par une traduction en deux volumes :

La case de l’oncle Tom, ou Sort des nègres esclaves. (trad. Louis Carion), Dentu (Paris), 1853, volume 1 : 245 p, volume 2 : 220 p.

Ses oeuvres majeures seront régulièrement traduites et rééditées durant le XIX° siècle et début du XX° siècle dont la sélection suivante :

Fleur de mai, nouvelles américaines, par Henriette Beecher Stowe (trad. La Bédollière, ill. Janet-Lange), G. Barba, 1852, 32 p. 

La Clef de la « Case de l’oncle Tom », contenant les faits et les documents originaux sur lesquels le roman est fondé (trad. Adolphe Joanne et Émile Daurand Forgues), Bureaux du Magasin pittoresque, 1853, 399 p. 

Nouvelles américaines, (trad. Alphonse Viollet), Charpentier, 1853, 330 p.

Noirs et blancs, scènes d’esclavage, Lebrun, 1856, 104 p. 

Souvenirs heureux : voyage en angleterre, en France et en Suisse (trad. Eugène Forçade), Michel Lévy Frères, 1857, 288 p. 

Dred, Histoire du grand marais maudit (2 volumes), Librairie centrale des publications illustrées, 1857

La fiancée du ministre (trad. H. de L’Espine), Hachette, 1864, 316 p.

Les petits renards ou les petites fautes qui troublent le bonheur domestique (trad. Fanny Duval), Société des haités religieux, 1870 (

A propos d’un tapis, ou, La science du foyer domestique, Neuchâtel, J. Sandoz, 1870, 202 p

nie domestique [« Pink and white tyranny »], Lausanne, Payot, 1870, 226 p. (

Une poignée de contes (trad. Léontine Rousseau), Bazin et Girardot, 1870, 102 p

Pussy Willow, ou, Fleur des champs et fleur de serre : histoire pour les jeunes filles, Neuchatel, Sandoz, 1871, 109 p. ),

Ma femme et moi (3 volumes) (trad. Hélène Janin), Sandoz et Fischbache, 1872-1877

Marion Jones : nouvelle américaine (trad. Émile de La Bédollière), Limoges, C. Barbou, 1882, 72 p. 

La rose thé : nouvelle américaine (trad. Émile de La Bédollière), Limoges, C. Barbou, 1882, 124 p. 

Les fleurs sous la neige : nouvelles américaines, Limoges, C. Barbou, 1882, 167 p. 

Le Petit Édouard, nouvelle américaine, Limoges, E. Ardant,, 1885, 63 p. 

Evangéline, Paris, A. Méricant, 1902, 128 p.

Marchands et chasseurs d’esclaves, Paris, A. Méricant, 1902, 128 p. 

 

 

 

 

AUTANT EN EMPORTE LE VENT, ETATS-UNIS, FILMS, HISTOIRE DE L'AMERIQUE, LITTERATURE, LITTERATURE AMERICAINE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MARGARET MITCHELL (1900-1949)

Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell

Autant en emporte le vent

Autant en emporte le vent (titre original en anglais Gone with the Wind) est un roman écrit par Margaret Mitchell au début du XXè siècle. Il est paru en 1936 et a reçu le prix Pulitzer en 1937.

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L’auteur

Durant son enfance, Margaret Mitchell a été bercée par des récits sur la Guerre de Sécession et sur les héros du Sud. Elle a vécu les conséquences de la guerre et a voulu transmettre ce que la Géorgie avait affronté. Le livre traduit aussi l’état d’esprit de l’auteur et de bon nombre de ses compatriotes sudistes : les Noirs sont présentés comme des êtres inférieurs.

 

L’histoire

Au printemps de l’année 1861, la vie s’écoule paisiblement en Géorgie. Des rumeurs de guerre circulent, car l’État de Géorgie a quitté l’Union pour devenir un État confédéré. Les Sudistes veulent garder leurs esclaves et ils sont sûrs d’être dans leur droit. Fiers et vaillants, ils ne se préoccupent de la guerre que pour alimenter leurs conversations. Ils sont persuadés que même si un conflit éclate, ils battront les Yankees en quelques mois. Malheureusement pour eux, la victoire n’aura existé que dans leurs rêves. Et la réalité, autant désastreuse pour les hommes sur le champ de bataille que pour les femmes, les enfants et les vieillards restés chez eux, ne tarde pas à se faire connaître.

À travers ce roman, nous partageons toute la désillusion de Scarlett O’Hara, jeune fille issue d’une riche famille de planteurs de coton.

Elle a 16 ans, elle est pleine de vie et de gaieté, et elle a plus de charme qu’aucune jeune fille du comté. Elle a toujours eu ce qu’elle voulait et les jeunes hommes qu’elle fréquente sont tous fous d’elle. Mais elle aime en secret Ashley Wilkes, le rêveur invétéré, passionné de littérature, de poésie et de musique. Lorsqu’elle apprend qu’il va épouser Mélanie Hamilton, elle est bouleversée et connaît son premier chagrin.

Telle une enfant gâtée, Scarlett va essayer de récupérer Ashley coûte que coûte, et elle prend en horreur Mélanie, la gentille Mélanie qui ne peut voir que ce qu’il y a de bien chez les gens. Le jour où elle apprend qu’Ashley va se marier, elle fait une rencontre peu commune. Dans ce monde où tout le monde respecte si bien les conventions, la voici face à face avec le ténébreux capitaine Rhett Butler : un homme qui se vante de ne pas être un gentleman, un homme que plus personne ne reçoit. Par dépit, ce même jour, elle accepte d’épouser Charles, frère de Mélanie.

Le mariage est de courte durée, son mari mourant de maladie, laissant Scarlett enceinte. Elle accouche d’un garçon (Wade) pour lequel elle n’éprouve guère de sentiments maternels. Écœurée de savoir sa vie de jeune femme joyeuse finie, elle est désespérée. Sa mère lui propose alors de rejoindre sa belle-sœur Mélanie à Atlanta. Elle accepte car c’est en vivant auprès de Mélanie qu’elle a le plus de chance de revoir Ashley, qu’elle espère toujours conquérir. Elle découvre là-bas les privations et doit participer aux soins aux blessés, ce qu’elle a en horreur. Ashley vient passer quelques jours de permission, et lorsqu’elle arrive enfin à passer un instant seule avec lui et espère qu’enfin il l’embrassera et se déclarera, celui-ci lui demande une faveur : prendre soin de Mélanie pendant son absence. En raison de la promesse qu’elle lui a faite ce jour-là, elle ne peut fuir lors du siège de la ville d’Atlanta car Mélanie est enceinte. L’accouchant dans des conditions pénibles, elle sollicite Rhett (qui en profite pour lui demander d’être sa maîtresse) pour l’aider à fuir la ville et regagner Tara. Elle a appris que sa mère était gravement malade et n’en peut plus d’être éloignée d’elle.

Scarlett revient chez elle pour découvrir sa mère morte et son père sombrant dans une folie douce. Le domaine a été ravagé et la famine guette. Scarlett se promet de sortir sa famille de cet état et devient déterminée, froide, calculatrice. Elle se bat pour sa survie et celle de sa famille. Sa plus fidèle alliée est Mélanie et Scarlett est impressionnée par son courage.

Pour être en mesure de payer les impôts démesurés qu’on lui demande pour Tara, elle retourne à Atlanta et sollicite en vain Rhett pour l’aider financièrement. Elle rencontre alors le fiancé de sa sœur Suellen, et découvrant qu’il a un peu d’argent de côté, lui ment en disant que sa sœur ne veut plus de lui et l’épouse. Ainsi elle sauve Tara sans se soucier des sentiments de sa sœur. Elle gère d’une main de fer les affaires de son mari tout en mettant au monde une petite fille (Ella) à laquelle elle n’accorde pas plus d’importance qu’à son frère. Bien qu’elle tente de le nier, elle éprouve de plus en plus de respect pour sa rivale Mélanie qui a partagé sa détresse à Tara. Parce qu’elle a été agressée physiquement, le mari de Scarlett, appartenant au Ku Klux Klan, organise une expédition punitive dans laquelle il perd la vie.

Bien que n’éprouvant aucun chagrin de ce nouveau veuvage, Scarlett a tendance à consommer de plus en plus d’alcool. Rhett la demande en mariage, et la perspective d’une vie à l’abri du besoin, et les plaisirs que pourront lui apporter la richesse la décident à dire oui. Elle met au monde Bonnie, pour laquelle elle éprouve plus de sentiments maternels que pour ses autres enfants et que Rhett adore. Cependant Ashley occupe encore trop souvent ses pensées, et elle fait comprendre à Rhett qu’elle ne veut plus de relations conjugales. Offensé, Rhett est contraint d’accepter. Scarlett, par avidité, accepte de commercer avec les profiteurs de guerre en anglais : les « carpetbaggers » et se met la bonne société d’Atlanta à dos. Lors d’évocations de moments du passé avec Ashley, celui-ci prend innocemment Scarlett dans ses bras, mais deux commères présentes répandent la rumeur de l’adultère. Le soir même, Rhett force Scarlett à se rendre chez Ashley et Mélanie pour une fête, dans l’intention de la voir affronter toute la société d’Atlanta qui la déteste déjà. Mélanie, candide et toujours prête à défendre Scarlett, quoi qu’il lui en coûte, se refuse à rien croire de tout ce qui lui a été rapporté et se pose comme un rempart entre Scarlett et la bonne société.

Scarlett rentre pour trouver son mari ivre qui l’entraîne dans la chambre conjugale. Scarlett se réveille métamorphosée et décidée à mener une vie familiale sereine (il faut lire entre les lignes de l’ouvrage écrit à une époque pudibonde : il est manifeste que Scarlett n’avait jamais éprouvé avant cette nuit de plaisir physique). Mais Rhett n’est pas du même avis et reproche à Scarlett d’être une mauvaise mère : il part plusieurs mois en voyage avec leur fille. La petite réclame malgré tout sa mère et quand il rentre, il trouve Scarlett enceinte. Goujat, il dit à Scarlett, furieuse de cette nouvelle grossesse, que des accidents arrivent, et qu’elle perdra peut-être l’enfant. Outrée, Scarlett veut le frapper mais elle tombe dans l’escalier. Elle fait une fausse couche et dans un délire plus ou moins conscient, réclame l’affection de Rhett. N’étant pas à ses côtés, il n’en sait rien. Lors de sa convalescence, Rhett effrayé d’avoir failli perdre Scarlett lui propose de reprendre le cours de leur vie conjugale : Scarlett accepte mais au même moment leur fille Bonnie fait une chute mortelle à cheval.

Rhett est anéanti et Scarlett l’accuse d’être responsable de la mort de Bonnie. Dès lors, aucune réconciliation n’est plus possible. Mélanie, enceinte, tombe gravement malade à la suite d’une fausse couche et agonise. Elle réclame la présence de Scarlett et lui recommande sur son lit de mort de prendre bien soin de Rhett, qui l’aime tant. C’est une révélation pour Scarlett : elle découvre enfin les sentiments qu’elle éprouve pour Mélanie sa rivale ainsi que son amour pour Rhett. Elle s’aperçoit aussi que ses sentiments pour Ashley ont disparu depuis longtemps. Comprenant qu’elle aime Rhett, elle se met à sa recherche, mais il a quitté la demeure des Wilkes car le spectacle de Mélanie, agonisante, lui est insupportable : Mélanie est la seule grande dame qu’il ait jamais connue, et il a beaucoup d’admiration et d’affection pour elle. Le retrouvant chez eux, Scarlett lui déclare enfin son amour mais il est trop tard. Rhett la quitte, lui signifiant clairement qu’il ne veut plus avoir affaire à elle. Conforme à son caractère, Scarlett n’accepte pas ce sort, et poussée par son nouvel amour, se promet de le reconquérir.

 

Personnages

Gérald O’Hara : père de Scarlett. Irlandais arriviste, il parvint à épouser Ellen Robillard. Sa fille préférée est sans aucun doute Scarlett qui lui ressemble le plus par son caractère. Personnage colérique mais qui a en fait bon cœur, il se plaît à croire qu’il mène tout à la baguette. Il meurt à la suite d’une longue folie après la mort de sa femme, se brisant le cou en sautant à cheval par-dessus une clôture (sa petite fille, Bonnie, mourra de la même façon).

Ellen O’Hara : mère de Scarlett. C’est une femme douce et une grande dame, qui n’hésite pas à venir en aide à ses voisins et aux Noirs malades. Elle a vécu un grand chagrin d’amour lorsque son cousin Philippe Robillard, qu’elle aimait, est forcé de quitter le pays. Par dépit, elle épouse à la surprise de tous Gerald O’Hara.

Mélanie Hamilton : épouse et cousine d’Ashley. Elle est incapable de voir le mal en quelqu’un et est toujours prête à aider son prochain. Toute la bonne société d’Atlanta s’arrache son amitié. Elle aime sincèrement Scarlett et l’a toujours soutenue malgré les rumeurs.

Ashley Wilkes : amour secret de Scarlett et mari de Mélanie, il vit dans un monde « imaginaire » et n’arrive pas à accepter la mort du Sud. C’est un grand rêveur. Il repousse Scarlett car celle-ci est trop réelle. À la mort de Mélanie, il s’aperçoit que c’est celle-ci qu’il a toujours aimée et que Scarlett n’était qu’un désir charnel. Par cette révélation, Scarlett s’aperçoit à son tour qu’elle ne l’a jamais aimé.

Charles Hamilton : Frère de Mélanie Hamilton et premier mari de Scarlett. C’est un homme affectueux et assez gauche avec les femmes. Il meurt dans un camp d’entraînement de pneumonie, sans connaître son fils et sans vraiment connaître sa femme.

Frank Kennedy : 2e mari de Scarlett, ancien fiancé de Suellen. Croyant que celle-ci était déjà mariée, et devant la douceur de Scarlett, il épouse celle-ci et sera toujours déconcerté par le sens des affaires de Scarlett qu’il trouve mauvais pour une femme. Présenté comme nerveux et toujours malade, nous découvrons en même temps que Scarlett qu’il est apparenté au Ku Klux Klan. C’est au cours d’une descente du Klan pour défendre l’honneur de Scarlett que Frank sera tué d’une balle dans la tête.

Suellen O’Hara : sœur cadette de Scarlett, elle est jalouse d’elle et finit par la détester définitivement lorsque celle-ci se marie avec son fiancé, Frank Kennedy, usant pour ceci d’un mensonge. Elle se marie avec Will Benteen, un homme issu d’une famille pauvre mais qui a aidé Scarlett à relever Tara. Ils gèrent ensuite la plantation.

Carreen O’Hara : plus jeune sœur de Scarlett, elle est d’un tempérament docile et très doux, contrairement à Suellen. Après la mort de son soupirant lors de la guerre, elle se réfugie dans un couvent à Charleston, incapable de revenir au monde réel. Elle est très croyante et c’est sûrement ce qui la sauvera avec son entrée au couvent.

 

La famille Butler

Scarlett O’Hara : jeune fille populaire, gâtée et volontaire. Scarlett fera tout pour garder sa terre et obtenir ce qu’elle veut. Elle épousera successivement Charles Hamilton, Frank Kennedy et Rhett Butler. Ce n’est qu’à la fin du roman qu’elle prendra conscience que son inclination pour Ashley n’est qu’une chimère et que son véritable amour est Rhett.

Rhett Butler : éternel amoureux de Scarlett, il deviendra son troisième mari. Il est souvent critiqué pour son comportement malséant en société, mais son charme fait oublier cela. C’est un homme très rusé en matière de finances. Pendant longtemps, il aime tendrement Scarlett.

Wade Hampton Hamilton : le timide fils de Scarlett et Charles.

Ella Lorena Kennedy : la fille frivole et sans charme de Scarlett et Frank Kennedy.

Eugenie Victoria « Bonnie Blue » Butler : la fille de Scarlett et Rhett ; celui-ci l’adule. Comme sa mère, elle est très gâtée par son père qui comble le manque affectif entre lui et Scarlett avec elle. Elle meurt tragiquement d’une chute de poney, en sautant une haie trop haute, de la même façon que son grand-père à qui elle ressemble beaucoup du reste. Ceci plonge ses parents dans un immense chaos affectif.

 

Contexte

Publié en juin 1936, à Noël suivant plus d’un million d’exemplaires était vendu. Il sera traduit en 14 langues et publié à plus de 35 millions d’exemplaires dans le monde. Il fera l’objet d’un film dès1939, devenu lui aussi un film culte, vu par des centaines de millions de spectateurs.

Le succès exceptionnel du roman est dû à ce que pour la première fois depuis la fin de la guerre de Sécession (1865), le drame subi par les populations du Sud est décrit avec beaucoup de passion et de réalisme. En effet, cette guerre est la première guerre totale qui suit la Révolution industrielle, qui multiplie de manière exponentielle les moyens de destruction ; dans un contexte de type « napoléonien », ou de guerre européenne du type xviiie siècle, le Sud aurait dû l’emporter parce que la majorité des cadres de l’armée s’y étaient ralliés et que les sudistes, majoritairement d’origine paysanne, étaient plus habitués que ceux du Nord à la vie rurale et donc à une campagne militaire. Or l’industrie du Nord a produit en masse des quantités énormes d’armements et d’équipements logistiques, comme les chemins de fer, qui ont submergé les armées confédérées, mal équipées ; la prise et le sac d’Atlanta, le 1er septembre 1864, anticipe les batailles de Madrid, pendant la guerre d’Espagne (1936-1939) et celles de Stalingrad et Berlin, pendant la Seconde Guerre mondiale ; les ravages subis par les États du Sud, entre septembre 1864 et la fin de la guerre en avril 1865 anticipent les destructions subies par l’Europe au cours des deux guerres mondiales. Par la publication de ce roman, l’opinion américaine prend conscience de ce que plusieurs dizaines de millions d’américains ont subi et que l’unité de la nation américaine s’est forgée dans une épreuve très dure, loin de l’histoire officielle.

La présentation, très positive, de l’action du Ku Klux Klan dans ce contexte a été l’objet de fortes critiques, alors même que cette organisation met en œuvre une campagne d’actes terroristes sur le sol américain, envers l’organisation syndicale Congrès des organisations industrielles, qu’elle accuse d’être communiste

 

Éditions françaises

La première édition française est sortie en 1938 chez Gallimard, dans une traduction de Pierre-François Caillé récompensée par le Prix Halpérine-Kaminsky. Il y a eu depuis plusieurs rééditions, notamment depuis 1976 dans la collection Folio en trois tomes : t. I, n° 740 t. II, n° 741 t. III, n° 742 en 1989 dans la collection Biblos avec une préface de J. M. G. Le Clézio , ou en 2003 dans la collection Quarto en un volume illustré de 1 248 pages

La traduction du titre du livre a été trouvée par l’éditeur Jean Paulhan dans le refrain de la Ballade en vieil langage Françoys de François Villon.

En 2020, le roman, qui est tombé dans le domaine public, fait l’objet d’une nouvelle traduction en français par Josette Chicheportiche, publiée aux éditions Gallmeister.

 

 

 

Margaret Mitchell

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Margaret Munnerlyn Mitchell (née le 8 novembre 1900 à Atlanta (Etats-Unis) et morte dans la même ville le 16 août 1949) est une écrivaine américaine et l’auteure du célèbre roman Autant en emporte le vent.

Biographie

Margaret Munnerlyn Mitchell, appelée par les siens Peggy Mitchell, est née à Atlanta, Géorgie, le 8 novembre 1900, dans une famille sudiste. La jeune fille grandit dans une famille aisée, bercée par les récits des anciens confédérés sur la guerre de Sécession. Tout le long de son enfance, elle écrivit des nouvelles et des pièces de théâtre. En 1922, elle commença a écrire pour l’Atlanta Journal, où elle écrivit plus de 130 articles. Fortement marquée par l’histoire de ses ancêtres, Margaret Mitchell s’en est inspirée pour l’écriture de son célèbre roman. En 1926, quand elle se cassa la cheville, elle commença à écrire Autant en emporte le vent. Ce livre lui permit de gagner le Prix Pulitzer en 1937. Le livre sera traduit en plus de 27 langues, avec plus de 30 millions de copies vendues. Il fut longtemps considéré comme la seule et unique œuvre de Margaret Mitchell, mais plus récemment, quelques textes de jeunesse furent publiés, dont un bref roman, Lost Laysen, écrit avant ses 20 ans.

Malgré le succès d’Autant en emporte le vent, elle n’a pas écrit d’autres livres.

 

Familles et ancêtres

Son père est Eugene Muse Mitchell, un riche avocat, et sa mère, Mary Isabel Stephens, dite Maybelle, une militante féministe suffragiste.

La famille Mitchell est sudiste de longue date. Un ancêtre de Margaret Mitchell a quitté l’Écosse pour venir s’installer dans le Comté de Wilkes (Géorgie), en 1777. Son grand-père paternel, Russell Crawford Mitchell, s’engage dans l’armée confédérée en juillet 1861 et est sévèrement blessé à la bataille de Sharpsburg. Après la guerre civile, il fait fortune en vendant du bois de construction à Atlanta. Il eut 12 enfants de deux épouses, dont l’ainé est le père de Margaret Mitchell.

Du côté de sa mère, ses grands-parents sont John Stephens, un propriétaire terrien, capitaine dans l’armée confédérée pendant la guerre, ayant investi après la guerre civile dans la construction du tramway d’Atlanta, et Annie Fitzgerald, elle-même fille de Philip Fitzgerald, qui avait émigré d’Irlande et possédait une plantation dans le Comté de Clayton (Géorgie). L’histoire de Scarlett O’Hara semble calquée en partie sur l’histoire de cette grand-mère.

Vie sentimentale et œuvre littéraire

En 1916, âgée d’à peine 16 ans, elle écrit un premier roman, Last Laysen, dont le manuscrit original, récemment retrouvé, a été estimé (par une maison de vente aux enchères) à un montant compris entre 70 000 et 90 000 dollars. Il n’a jamais été publié.

En 1918, elle est bouleversée lorsqu’elle apprend que son fiancé, Clifford Henry, est mort pendant la Première Guerre mondiale. Peu de temps après, en janvier 1919, sa mère Maybelle s’éteint, victime de l’épidémie de grippe espagnole.

En 1922, devenue journaliste pour l’Atlanta Journal Magazine, Margaret Mitchell doit cependant composer avec une vie sentimentale tumultueuse, partagée entre deux hommes qu’elle aime et qu’elle finira par épouser à deux ans d’intervalle. Elle épouse en premières noces Red Upshaw, mais ils divorcent en 1924, et elle se remarie à John Marsh en 1925. Il semble que le personnage de Rhett Butler dans Autant en emporte le vent ait été inspiré par son premier mari qui la maltraitait et la brutalisait. Elle n’a eu aucun enfant de ses deux mariages.

En 1926, elle quitte le journalisme, en raison de problèmes de santé, et s’ennuie chez elle, jusqu’à ce que son époux lui conseille d’écrire un livre pour s’occuper. En 1936, après dix années d’un travail laborieux, dont trois d’écriture, elle met un point final à l’œuvre qui la rendra célèbre dans le monde entier : Gone with the wind, traduite dans l’édition française par Autant en emporte le vent. Récompensée l’année suivante par le prix Pulitzer, l’œuvre est adaptée au cinéma en 1939 par Victor Fleming dans le film homonyme.

Le 11 août 1949, après avoir été percutée par un chauffeur de taxi qui conduisait sa voiture personnelle, elle tombe dans le coma. Elle meurt cinq jours plus tard au Grady Memorial Hospital.

 

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Relire « Autant en emporte le vent »

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Critique 

Le grand roman populaire de Margaret Mitchell reparaît en deux nouvelles éditions, offrant un appui à la réflexion sur la question noire aux États-Unis, et faisant revivre le personnage fascinant et tragique de Scarlett O’Hara.

Autant en emporte le vent

de Margaret Mitchell ; Traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre-François Caillé, Folio, 784 et 832 p.,

Nouvelle traduction de l’anglais (États-Unis) par Josette Chicheportiche, Totem Gallmeister, 704 et 720 p.,

Il serait injuste de disqualifier le grand roman de Margaret Mitchell au prétexte des convictions portées par ses personnages et la société qu’il représente, éclatant théâtre de l’esclavage. Autres temps, autres mentalités que celles de ce monde crépusculaire de la fin de la guerre de Sécession, dont des scènes froissent nos esprits du XXIe siècle. Mais le livre fait précisément écho aux commencements d’une évolution, dont l’actualité présente montre qu’elle demande encore à s’accomplir.

 

Guerre civile américaine et racisme

Décrivant les rapports mêlés d’affection et de domination des familles géorgiennes avec leurs « gens de maison », il souligne par contraste que la guerre civile américaine a révélé une autre forme de racisme. Plus que dans le paternalisme des propriétaires terriens sudistes tels les O’Hara, le racisme d’aujourd’hui ne puise-t-il pas dans celui né à ce moment précis de l’après-1865, exprimé dans la contemption de certains Nordistes envers « les nègres » pour la libération desquels ils s’étaient battus, et dans les premières exactions des Sudistes fondateurs du Ku Klux Klan, en réaction à l’égalité des droits civiques des Afro-Américains ?

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De ce roman captivant dont beaucoup ne connaissent que le film de 1939 de Victor Fleming (avec Vivien Leigh et Clark Gable), on peut découvrir à la faveur de deux nouvelles éditions (1) qu’il est plus qu’une épopée romantique au mitan du XIXe siècle. Il est le tableau documenté d’une époque charnière de l’histoire des États-Unis, dans ses aspects économiques, politiques et sociologiques. Il fait vivre la guerre de Sécession depuis la double arrière-scène de la campagne – la plantation de coton de Tara – et de la ville d’Atlanta, toutes deux dans leurs spectaculaires et haletantes méta­morphoses : florissantes et insouciantes, puis détruites, puis reconstruites.

 

L’aventure d’une femme libre

Mais il s’agit bien sûr aussi et avant tout de la grande aventure d’un personnage fascinant et tragique, Scarlett O’Hara, jeune fille fière et déterminée dont l’intense liberté tranche avec les manières de ses contemporaines. Mariée trois fois, amoureuse d’Ashley Wilkes et de Rhett Butler­, farouche gardienne de Tara, entrepreneuse dans un monde taillé pour les hommes, Scarlett choque et éblouit, autant qu’elle suscite un sentiment de tristesse, dans sa pugnacité et son aveuglement. La brume épaisse de ce cauchemar récurrent qui la hante, dont elle comprendra le sens – son fourvoiement – dans un ultime sursaut.

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La nouvelle traduction (Gallmeister), si elle a le mérite d’offrir une nouvelle vie au roman, se révèle par endroits un peu décevante. La traduction historique de 1938 (Folio) n’a rien perdu de sa fraîcheur, même si certaines ellipses, dont les traducteurs étaient autrefois coutumiers, plaidaient pour une retraduction intégrale du livre.

 

https://www.la-croix.com/Culture/Livres-et-idees/Relire-Autant-emporte-vent-revenir-sources-racisme-Etats-Unis-2020-06-10-1201098537

ECRIVAIN AMERICAIN, LITTERATURE, LITTERATURE AMERICAINE, MARY HIGGINS CLARK (1927-2020), ROMANS, ROMANS POLICIERS

Mary Higgins Clark (1927-2020)

Mary Higgins Clark

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Biographie

Nationalité : États-Unis
Né(e) à : New-York , le 24/12/1927
Mort(e) à : Naples (Floride) , le 31/01/2020

Mary Theresa Eleanor Higgins connue sous le nom de Mary Higgins Clark est une écrivaine américaine.

Mary Higgins Clark est d’origine irlandaise. Orpheline de père à dix ans, elle arrête très jeune ses études pour exercer la profession de secrétaire, puis celle d’hôtesse de l’air.

Elle épouse ensuite Warren Clark, se consacre à sa famille (cinq enfants) et commence l’écriture de nouvelles. Après de nombreux refus, une première nouvelle est publiée en 1956 par un magazine. A la mort de son mari, en 1964, elle devient rédactrice de scripts pour une radio…

Parallèlement, elle continue à écrire. Son premier livre, une biographie de Georges Washington, est un échec. Elle décide alors de rédiger un roman à suspens : « La maison du guet » qui devient un best seller. En 1980, « La nuit du renard » obtient le Grand Prix du Roman Policier.

Tout en s’occupant de ses enfants, l’écrivain reprend ses études (elle obtient un doctorat de philosophie) et publie un roman par an. Aujourd’hui, elle co-écrit des livres avec sa fille, Carol Higgins Clark.

  

Œuvre

Romans

1975 La Maison du guet

1977 La Nuit du renard

1980 La Clinique du Docteur H.

1982 Un cri dans la nuit

1984 Le Démon du passé

1987 Ne pleure pas ma belle

1989 Dors ma jolie

1989 Le Billet gagnant

1991  Recherche jeune femme aimant danser

1992  Nous n’irons plus au bois

1993  Un jour tu verras…

1994  Souviens-toi

1995  Ce que vivent les roses  

1995  Douce Nuit

1996  La Maison du clair de lune

1997  L’Homme d’à côté

1997  Ni vue, ni connue

1998  Tu m’appartiens

1998  Une si longue nuit

1999  Et nous nous reverrons

2000  Avant de te dire adieu

2000  Trois jours avant Noël (en collaboration avec Carol Higgins Clark)    

2001  Dans la rue où vit celle que j’aime

2001  Ce soir je veillerai sur toi (en collaboration avec Carol Higgins Clark)

2002  Toi que j’aimais tant

2003  Une seconde chance

2004  La nuit est mon royaume

2004  Le Voleur de Noël (en collaboration avec Carol Higgins Clark)

2005  Rien ne vaut la douceur du foyer

2006  Deux petites filles en bleu

2006  La Croisière de Noël (en collaboration avec Carol Higgins Clark)       

2007  Cette chanson que je n’oublierai jamais

2008  Où es-tu maintenant ?

2008  Le Mystère de Noël (en collaboration avec Carol Higgins Clark)

2009  Je t’ai donné mon cœur

2010  L’Ombre de ton sourire

2011  Quand reviendras-tu ?

2012  Les Années perdues

2013  Une chanson douce

2014  Le Bleu de tes yeux

2014  L’Affaire Cendrillon (en collaboration avec Alafair Burke)

2015  La Boîte à musique

2015  La mariée était en blanc (en collaboration avec Alafair Burke)

2016  Le Temps des regret

2016  Le Piège de la Belle au bois dormant (en collaboration avec Alafair Burke)

2016  Noir comme la mer

2017  La Reine du bal (en collaboration avec Alafair Burke)        

2018  Dernière danse

2018  De si belles fiançaille (en collaboration avec Alafair Burke)

2019  En Secret

 

Recueils de nouvelles

1989  Le Fantôme de Lady Margaret

1995  Au commencement était le crime

1996  Joyeux Noël, Merry Christmas

2002  Le Billet gagnant

Nouvelles

1986  L’Ange perdu

1986  Un jour de chance

1987  Terreur dans le campus

1988  L’une pour l’autre

1989  Le Fantôme de Lady Margaret

1989  La Réserve à charbon

1989  Meurtre à Cape Cod

1989  Le Billet gagnant

1990  Le Cadavre dans le placard

1990  Ohé du Columbia !

1992  Recherche plombier désespérément        

1994  Comment rafler la mise

1994  Les Bijoux volés

1994  Le Nid d’ange

1996  On a enlevé la femme du président

1996  Un crime passionnel

1996  Joyeux Noël

Ouvrages de littérature d’enfance et de jeunesse

1969  Le Roman de George et Martha (biographie)

2007  Le Bateau fantôme

Mémoires

2003  Entre hier et demain

ECRIVAIN AMERICAIN, LITTERATURE, LITTERATURE AMERICAINE, TONI MORRISON (1931-2019)

Toni Morrison (1931-2019)

TONI MORRISON (1931-2019).

L’écrivaine américaine et Prix Nobel Toni Morrison est morte à l’âge de 88 ans

Première Afro-Américaine à recevoir le prix Nobel de littérature en 1993, l’écrivaine proposait dans « Beloved », qui a reçu le prix Pulitzer 1988, une plongée dans l’univers des Noirs américains au XIXe siècle.

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Toni Morrison à New York, en 1994. KATHY WILLENS / AP

Toni Morrison est morte dans la nuit du 5 au 6 août, à l’âge de 88 ans, avec un sentiment de révolte inentamé. L’écrivaine américaine est morte au Montefiore Medical Center de New York, a précisé son éditeur, Alfred A. Knopf, à Associated Press. Ni le succès international, ni le prix Nobel de littérature en 1993 – elle est la première Afro-Américaine à le recevoir –, ni les divers doctorats honoris causa et autres distinctions ne sont parvenus à altérer ses passions et son allure de guerrière. Certes, elle a vu un Afro-Américain accéder à la présidence des Etats-Unis. Mais huit ans plus tard, elle a assisté à l’élection de Donald Trump et au retour du racisme décomplexé.

Silhouette imposante, port de tête altier, tout en elle était impérial et impérieux. Petite-fille d’anciens esclaves, elle savait d’où elle venait. Et elle n’a jamais craint de choquer. Par exemple, en qualifiant, en octobre 1998, Bill Clinton, de « premier président noir des Etats-Unis »« Il présente toutes les caractéristiques des citoyens noirs, précisait-elle. Un foyer monoparental, une origine très modeste, une enfance dans la classe ouvrière, une grande connaissance du saxophone et un amour de la junk food digne d’un garçon de l’Arkansas. »

 Lire aussi  « Beloved », de Toni Morrison : l’amour à mort d’une mère au temps de l’esclavage

Plus récemment, en 2015, alors qu’elle faisait à Londres la promotion de son dernier livre, God Help the Child (en français Délivrances, aux éditions Christian Bourgois, comme la quasi-totalité de ses livres), elle déclarait au quotidien The Telegraph, à propos de plusieurs bavures policières qui venaient d’avoir lieu aux Etats-Unis : « Je veux voir un flic tirer sur un adolescent blanc et sans défense. Je veux voir un homme blanc incarcéré pour avoir violé une femme noire. Alors ­seulement, si vous me demandez : “En a-t-on fini avec les distinctions raciales ?”, je vous répondrai oui. »

Chloe Wofford naît le 18 février 1931, à Lorain (Ohio) dans une famille de quatre enfants. Elle passe son enfance dans le ghetto de cette petite ville sidérurgique proche de Cleveland. Son père est ouvrier soudeur et n’aime guère les Blancs. Sa mère est plus confiante en l’avenir. Sa grand-mère lui parle de tout le folklore des Noirs du Sud, des rites et des divinités. C’est en se convertissant au catholicisme que Chloe prend comme nom de baptême Anthony, que ses amis abrègent en Toni. Son grand-père est un fervent lecteur de la Bible, et, très vite, elle apprend à lire et à écrire.

Boursière, Chloe Anthony Wofford fait de brillantes études, soutient une thèse sur le thème du suicide chez Faulkner et Virginia Woolf, et commence une carrière d’enseignante. En 1958, elle épouse Harold Morrison. Ils ont deux enfants et divorcent en 1964, mais elle gardera Morrison comme nom de plume. Elle enseigne l’anglais à l’université d’Etat de New York et travaille comme éditrice chez Random House, où elle publiera notamment une anthologie d’écrivains noirs, The Black Book (1973).

 

Tout commence en 1970

Plus tard, de 1989 à 2006, elle enseignera la littérature à l’université de Princeton, longtemps interdite aux Noirs. En 1989, elle était déjà une écrivaine reconnu. Mais à l’époque où elle est professeure à New York, elle ne pense pas à écrire. « J’étais mariée à un architecte, j’avais deux enfants. Vous connaissez beaucoup d’écrivains qui ont des enfants ? », dira-t-elle souvent quand on lui demandera pourquoi elle a commencé à publier si tard, en 1970.

C’est donc en 1970 que tout commence, avec le premier de ses onze romans, L’Œil le plus bleu, qui n’a aucun succès et est diversement apprécié par la communauté noire. Une gamine de 11 ans, Pecola Breedlove, rêve d’avoir des yeux bleus et finit aveugle, folle et persuadée d’avoir un regard couleur cobalt, grâce à l’opération d’un charlatan noir. « Je m’étais inspirée d’une camarade de mon enfance, explique Toni Morrison au Monde en 2004. A 11 ans, elle ne croyait plus en Dieu, parce qu’elle l’avait supplié pendant deux ans, tous les jours, de lui donner des yeux bleus de petite Blanche. J’avais 32 ans, le silence des femmes noires me semblait assourdissant, jusqu’à l’intérieur de la communauté intellectuelle et militante noire. »

Suivront Sula (1973), Le Chant de Salomon (1977), Tar Baby (1981).Aux Etats-Unis, elle est déjà célèbre quand elle publie Beloved, en 1987, qui obtient un prix Pulitzer. Mais en France, c’est à partir de là qu’elle est vraiment connue, que l’on suivra toutes ses publications futures et que l’on republie ses anciens livres – les rares traductions étaient épuisées. Beloved, l’histoire tragique de Sethe, obsédée par le destin de sa fille, qu’elle a égorgée pour qu’elle échappe à sa condition d’esclave, a été inspirée à Toni Morrison par un article de journal intitulé « Visite à une esclave qui a tué son enfant », d’après un fait divers de 1855 sur une esclave du Kentucky.

Il faut s’arrêter un moment sur son essai de 1992, Playing in the Dark, tiré de ses conférences à Harvard, où l’on retrouve la radicalité de ses analyses et de ses observations : « Je parle de la construction de la blancheur en littérature. Comment la littérature devient “nationale”, comment Melville ou Twain avaient l’idée du Blanc qu’ils étaient en imaginant le Noir : son langage, étrange, différent, presque étranger ; la façon d’associer les Noirs avec certains traits : la violence, la sexualité, la colère ou bien, si c’est un bon Noir, la servilité, l’amour. Ce qui n’a rien à voir avec la réalité, mais qui est la façon dont les Blancs imaginent les Noirs. Par exemple, je l’étudie dans Benito Cereno, de Melville, où le Blanc ne peut pas imaginer que le Noir puisse faire quelque chose d’intelligent. Chez Hemingway (dans En avoir ou pasLe Jardin d’Eden), Saul Bellow, Flannery O’Connor, Willa Cather, Carson McCullers, Faulkner… ils contemplent des corps noirs afin de réfléchir sur eux-mêmes, sur leur propre moralité, leur propre violence, leur propre capacité d’aimer, d’avoir peur, etc. »

Novelist Morrison smiles with President Obama as he prepares to award her a 2012 Presidential Medal of Freedom at the White House in Washington

Toni Morrison avec Barack Obama, en mai 2012, lorsqu’il lui a décerné la médaille de la Liberté, la plus haute distinction civile américaine. KEVIN LAMARQUE / REUTERS

 

Prix Nobel

Toujours en 1992, Toni Morrison publie un nouveau roman, Jazz, avec succès. L’année suivante, elle obtient le Nobel. Et en 1994, quand sort Paradise, elle a une très mauvaise surprise. Le dernier volet de la trilogie commencée avec Beloved, est plus que fraîchement accueilli par la critique. C’est pourtant son œuvre la plus aboutie et la plus libre. Ceci expliquant peut-être cela.

Quand le livre a été publié en français, en 1998, sa colère n’était pas retombée. « Aujourd’hui, être moderne, c’est un crime ! », disait-elle au Monde. On l’accusait notamment de « ne pas respecter ce qui fonde tout roman véritable, l’unicité de la voix narrative »« Sans parler de ceux qui me collent l’étiquette “réalisme magique”, évoquant une proximité avec Garcia Marquez, qui n’a aucun sens. “Réalisme magique”, c’est ce qu’on dit quand on ne sait pas quoi dire, pour “littérature non blanche”. » Finalement, elle en riait, avant de reprendre son réquisitoire : « Il y a aussi, chez les critiques, cette manie de dire presque systématiquement “le précédent livre était meilleur”, à laquelle s’ajoute la mode actuelle de juger la personne plutôt que son texte, de prétendre délivrer des vérités définitives sur ce que doit être “un vrai roman”. Or, le roman, c’est le lieu même de la liberté. »

« Le sujet commun de la trilogie Beloved, JazzParadiseexpliquait-elle, c’est l’amour. Amour d’une mère pour son enfant dans Beloved, amour romantique dans Jazz, et ici un amour d’ordre spirituel. Je voulais réfléchir sur la différence entre le crime et le péché, entre la culpabilité et le sens de la faute. C’est une démarche morale, plus théologique que judiciaire, bien que ce ne soit pas, à mes yeux, un roman religieux. »

C’est l’histoire, au milieu des années 1970, d’un petit groupe de femmes aux destins contrariés qui ont fini par se rassembler dans une ancienne institution religieuse qu’on désigne comme le Couvent, aux environs de Ruby, une bourgade de l’Oklahoma. Ces femmes vivent seules, en dehors de la communauté de Ruby et sans hommes. Leur simple existence est comme une insulte. Elles doivent disparaître.

« Je ne donne pas d’indications raciales sur ce groupe de femmes. Dans ce pays, c’est mal accepté, commentait Toni Morrison. Aux Etats-Unis, la littérature écrite par des Africains-Américains est critiquée d’abord d’un point de vue sociologique ou bien elle est vue comme exotique… Serai-je autorisée, enfin, à écrire sur des Noirs sans avoir à dire qu’ils sont noirs, comme les Blancs écrivent sur les Blancs ? Serai-je débarrassée, enfin, de ces comparaisons insensées entre plusieurs livres sans aucun rapport entre eux, sauf d’avoir un auteur noir qu’on rassemble dans une même recension pour conclure : “Celui-ci est le meilleur, parce qu’il propose la vision la plus réaliste des Noirs américains.” Que pensez-vous qu’il arriverait si je proposais à des journaux un article se terminant par : “John Updike est un meilleur écrivain que John Cheever parce qu’il propose une vision plus réaliste des Blancs américains” ? Les rédacteurs en chef s’étrangleraient. »

 

Regard de l’autre

Elle voulait appeler ce roman War. Son éditeur a jugé que ce n’était pas assez vendeur. Pourtant War convenait mieux à cette combattante somptueuse d’une cause qui ne connaît pas de victoire définitive. Pour son onzième roman God Help the Child (2015), le seul situé à l’époque actuelle, les Français ont préféré le titre de Délivrances. Ce qui est bien le sujet du livre. Comment se délivre-t-on du regard de l’autre ? Comment sort-on de la prison des souvenirs et des traumatismes ? Dès sa naissance, Lula Ann Bridewell est jugée beaucoup trop noire par ses parents à la peau plus claire. Jeune femme, elle se fait appeler Bride et croit avoir réussi. Mais se remet-on d’une enfance dévastée ?

Comment se remet-on d’avoir été une enfant noire dans le ghetto de Lorain ? Comment se remet-on d’être une femme noire dans une société qui n’en a pas fini avec la question raciale ? Toutes ces questions, Toni Morrison n’a cessé de les poser, dans sa vie et dans son œuvre. Et même le prix Nobel « pour son art romanesque (…) qui dresse un tableau vivant d’une face essentielle de la réalité américaine » n’a pas apaisé ses interrogations.

 

Dates

18 février 1931 Naissance à Lorain (Ohio)

1970 Premier roman, L’Œil le plus bleu

1987 Beloved, prix Pulitzer

1993 Prix Nobel de littérature

2015 Délivrances

Dans la nuit du 5 au 6 août 2019 Mort à l’âge de 88 ans

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https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2019/08/06/l-ecrivaine-americaine-toni-morrison-prix-nobel-de-litterature-est-morte_5497118_3382.html

ECRIVAIN AMERICAIN, LITTERATURE AMERICAINE, PHILIP ROTH (1933-2018)

Philip Roth (1933-2018)

Philip Roth (1933-2018)

 

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Œuvres principales

Pornoy et son complexe (1969)

Ma vie d’homme (1976)

La Contrevie (1989)

Le Théâtre de Sabbath (1997)

Pastorale américaine (1999)

La Tâche (2002)

Un homme (2007)

 Philip Roth, né en mars 1933 à Newzrk (New Jersey) est mort le 19 mai 2018 à Manathtan (New York) est un écrivain américain.

 

Biographie

Jeunesse et formation

Petit-fils d’immigrés juifs originaires de Galicie arrivés aux Etats-Unis   au tournant du xxe siècle, fils d’un agent d’assurances le jeune Philip a une enfance heureuse à Weequahic, quartier de la petite classe moyenne juive de Newark, qui sera la scène principale d’un grand nombre de ses livres. Après des études à l’Université Rutgers de Newark, à l’université Bucknelle en Pensylvanie, puis à l’université de Chicago, il y enseigne les lettres, puis la composition à l’université de l’Yowa jusqu’au début des années 1960  lorsqu’il s’établit à New York pour se consacrer à l’écriture. Il reprendra ses activités d’enseignant de manière intermittente, en littérature comparée, à Princeton et l’université de Pensylvanie, jusqu’en 1992.

 

Débuts littéraires

Les influences les plus fortes sur l’écriture de Philip Roth sont les réalistes du xixe siècle, particulièrement Henry James et Gustave Flaubert, les grands romanciers juifs-américains de la génération précédente, Saul Bellow et Bernard Malamud, ainsi que les humoristes du circuit des cabarets de New York et des hôtels de Catskill, berceau de l’humour Borschtt Belt, où Henry Youngman, Lenny Bruce et autres Woody Allen firent leurs débuts.

Roth publie avec succès un premier recueil de nouvelles, Goodbye, Columbus en 1959. Dix ans plus tard, il obtient une célébrité phénoménale avec la publication de Portnoy et son complexe roman comique en forme de monologue d’un jeune avocat juif traumatisé par une mère à l’amour étouffant sur le divan de son psychanalyste. Satires vives et crues des mœurs de la petite bourgeoisie   juive-américaine, ces deux livres suscitent la controverse au sein de la communauté juive, et valent à l’auteur d’être considéré comme l’« enfant terrible » du roman juif-américain jusqu’aux années 1990. Roth reviendra avec humour sur les attaques de ses plus virulents détracteurs dans son autobiographie Les Faits, et dans les premiers romans du « cycle Zuckerman », L’Ecrivain des ombres, Zukerman délivré  et La Leçon d’anatomie, qui transposent ses débuts d’écrivain par le biais de son double fictionnel de prédilection, Nathan Zuckerman, auteur du scandaleux Carnovsky, qui n’est pas sans faire penser à Portnoy et son complexe.

Années 1970

Au début des années 1970 Roth s’essaie successivement à la satire politique (dans Tricard Dixon et ses copains), à la parodie), à la parodie kafkaïenne (dans Le Sein) et à la fable postmoderniste (dans Le Grand Roman américain), avant de revenir à un registre intimiste, avec Ma vie d’homme   (1974), et à l’alliage ambigu d’autobiographie et de fantaisie romanesque qui faisait toute la réussite de Portnoy et son complexe et qui, dans Operation Shylock (1993), puis dans Le Complot contre l’Amérique (2004), l’imposera comme le maître de l’autofiction contemporaine.

Se prenant de passion pour Franz Kafka il se rend régulièrement à Prague où il se lie aux dissidents et romanciers tchèques, parmi lesquels Milan Kundera et Ivan Klima, ce qui lui vaut d’être interdit de séjour en Tchécoslovaquie en 1975. L’épisode inspirera l’intrigue de L’Orgie de Prague (1985), et Roth contribuera néanmoins à faire découvrir ces écrivains ainsi que d’autres romanciers d’Europe de l’Est, tel que Bruno Schulz, dans le monde anglophone en tant que directeur de collection pour les éditions Penguin.

 

Années 1980 et 1990

Jusqu’au milieu des années 1980 Roth partage sa vie entre les Etats-Unis et Londres, avec sa compagne, l’actrice britannique Claire Bloom (en couple à partir de 1975, ils divorcent en 19943). Il livre les sentiments mêlés que lui inspire la société anglaise dans La Contrevie (1986) et Tromperie, et rédige deux livres autobiographiques, Les Faits et Patrimoines (1991) qui conte la dernière année de la vie de son père, Herman.

Ayant renoué avec le succès critique et commercial grâce à son livre Théatre de Sabbath (1995), portrait crépusculaire, cocasse et bouleversant d’un vieux marionnettiste nihiliste et lubrique, Roth entame l’une des périodes les plus prolifiques de son œuvre, et lui donne, depuis Pastorale américaine (1997), une inflexion historique, pour se pencher sur quelques-uns des grands moments de crise de la gauche américaine au xxe siècle et l’histoire de l’acculturation des Juifs originaires d’Europe de l’Est aux Etats-Unis.

 

Dernier roman

En octobre 2012, il annonce, lors d’un entretien avec Nelly Kaprièllian   pour Les Incockuptibles, qu’il arrête l’écriture et que Némésis restera comme son dernier roman.

 

Analyse de l’œuvre

Thématiques

Comme celle de Thomas Wolfe, lecture qui le marqua quand il était adolescent, l’œuvre de Philip Roth forme une vaste fresque à la lisière de la fiction et de l’autobiographie, qui traite dans une prose aux qualités uniques d’ironie et de clairvoyance des thèmes aussi puissants que les tumultes de la sexualité et de la psychologie masculines, le poids de l’Histoire et de l’héritage, la hantise de la désagrégation du corps et de la mort, et la place du judaïsme et de la littérature dans la civilisation occidentale.

 

Notoriété et reconnaissance critique

Philip Roth accède à la reconnaissance internationale avec le recueil de nouvelles Goodbye, Colombus, qui remporte le National Book Award en 1960 et grâce à son best-seller Portoy et son complexe (Portnoy’s Complaint), paru en 1969. Son œuvre est notamment dédiée à son personnage et alter ego Nathan Zuckerman, dont le cycle débute avec L’Ecrivain des ombres (Ghost Writer, 1979) et s’achève avec Exit le fantôme en 2007.. Les romans de Zuckerman comptent neuf volumes, notamment les trois romans universellement célébrés de la « trilogie américaine » : Pastorale américaine (American Pastoral, 1997) qui remporte le prix Pulitzer ; J’ai épousé un communiste (I Married a Communist, 1998) ; et La Tâche (The Human Stain, 2000). Auteur de vingt-huit romans, Philip Roth a également été acclamé pour Opération Shylock (Operation Shylock, 1993) et Le Complot contre l’Amérique (The Plot Against America, 2004).

Cité parmi les quatre principaux auteurs américains vivants, avec Cornac McCarthy, Don DeLillo et Thomas Pynchin, il est avec ces deux derniers l’un des principaux représentants du courant postmoderne, mais son œuvre variée ne s’y résume pas. Adoptant un style satirique aussi bien que plus sérieux, mêlant souvent à ses romans des aspects autobiographiques, parfois même de façon avouée comme dans Tromperie (Deception, 1990) et Opération Shylock, Philip Roth est célébré comme l’un des grands auteurs juifs américains avec Saul Bellow et Bernard Malamud, identité qui nourrit souvent ses intrigues sur un ton humoristique (Portnoy et son complexe), et dans lequel évoluent le plus souvent ses personnages (à commencer par Nathan Zuckerman).

La réflexion de Roth sur l’identité américaine, notamment à travers l’histoire des années 1940 à 1960, nourrit ses œuvres les plus récentes (Pastorale américaineLe Complot contre l’Amérique). Philip Roth est souvent cité parmi les favoris du prix Nobel de littérature, mais ne l’a pour l’instant pas reçu, fait qualifié d’anomalie par diverses autorités comme le New York Times ou encore Toni Morrison, dernier lauréat américain. Philip Roth est enfin le seul auteur américain vivant à voir son œuvre faire l’objet d’une édition par la Library of America, ce qui n’est arrivé que deux fois par le passé, avec Eudora Welty et Saul Bellow ; la publication des huit volumes devrait s’achever à l’occasion du quatre-vingtième anniversaire de l’écrivain, en 2013.

 

Œuvres

 

Romans et nouvelles (1959-1977), trad. de l’anglais (États-Unis) par Georges Magnane, Henri Robillot et Céline Zins et révisé par Brigitte Félix, Aurélie Guillain, Paule Lévy et Ada Savin. Édition de Brigitte Félix, Aurélie Guillain, Paule Lévy et Ada Savin. Préface de Philippe Jaworski, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2017, 1280 p.

 

Cycle Nathan Zuckerman

Première apparition de Nathan Zuckerman dans My Life as a Man, 1974, trad. Georges Magnane, Ma vie d’homme, 1976.

L’Ecrivain des ombres, 1981. The Ghost Writer, 1979), trad. Henri Robillot

Réédité sous le titre L’Écrivain fantôme dans Zuckerman enchaîné en 1987

Zuckerman délivré, 1982 (en) Zuckerman Unbound, 1981), trad. Henri Robillot

La Leçon d’anatomie, 1985 (The Anatomy Lesson, 1983), trad. Jean-Pierre Carasso

L’Orgie de Prague, 1987 (The Prague Orgy, 1985), trad. Henri Robillot et Jean-Pierre Carasso

Publié dans Zuckerman enchaîné en 1987

Les quatre romans ci-dessus sont réunis dans Zuckerman Bound (Zuckerman enchaîné)trilogie et épilogue.

La Contrevue, 1989 (The Counterlife, 1986), trad. Michel Waldberg

Nouvelle traduction par Josée Kamoun en 2004.

Pastorale américaine, 1999  (American Pastoral, 1997), trad. Josée Kamoun

J’ai épousé un communiste, 2001 (I Married a Communist, 1998)), trad. Josée Kamoun

La Tâche , 2002  (The Human Stain, 2000), trad. Josée Kamoun

Exit le fantôme, 2009 (Exit Ghost, 2007), trad. Marie-Claire Pasquier

 

Cycle David Kepesh

Le Sein, 1975 (The Breast, 1972), trad. Georges Magnane

Professeur de désir, 1979 (The Professor of Desire, 1977), trad. Henri Robillot

La Bête qui meurt, 2004 (The Dying Animal, 2001), trad. Josée Kamoun

 

Cycle Nemesis

Un homme, 2007 (Everyman, 2006), trad. Josée Kamoun

Indignation, 2010 (Indignation, 2008), trad. Marie-Claire Pasquier

Le Rabaissement, 2011 ( The Humbling, 2009), trad. Marie-Claire Pasquier

Némésis, 2012 (Nemesis, 2010) trad. Marie-Claire Pasquier

 

Romans indépendants

Laisser courir, 1966 (Letting Go, 1962), trad. Jean Rosenthal

Quand elle érait gentille, 1971 (When She Was Good, 1967), trad. Jean Rosenthal

Portnoy et son complexe, 1970 ( Portnoy’s Complaint, 1969), trad. Henri Robillot

Tricard Dixon et ses copains, 1972 (Our Gang, 1971), trad. Jean-René Major

Le Grand Roman américain, 1980 (The Great American Novel, 1973), trad. Sylvie Salade

Ma vie d’homme, 1976 (My Life as a Man, 1974)

Tromperie, 1994 (Deception, 1990), trad. Maurice Rambaud

Opération Shylock : Une confession,1995 (Operation Shylock: a Confession, 1993), trad. Lazare Bitoun

Le Théâtre de Sabbath, 1997  (Sabbath’s Theater, 1995), trad. Lazare Bitoun

Le complot contre l’Amérique 2006 (The Plot against America, 2004), trad. Josée Kamoun

 

Recueil de nouvelles

Goodbye, Columbus, 1962 (Goodbye, Columbus, 1959

 

Mémoires et essais

Du côté de Portnoy et autres essais, 1978 (Reading Myself and Others, 1975), trad. Michel et Philippe Jaworski

Les Faits : Autobiographie d’un romancier, 1990 (The Facts: a Novelist’s Autobiography, 1988), trad. Michel Waldberg

Patrimoine : Une histoire vraie, 1992 (Patrimony: a True Story, 1991), trad. Mirèse Akar et Maurice Rambaud

Parlons travail, 2004 (Shop Talk: a Writer and His Colleagues and Their Work, 2001), trad. Josée Kamoun

 

Bibliographie

Rémi Astruc, Le Renouveau du grotesque dans le roman du xxe siècle, Paris, Classiques-Garnier, 2010

Patrick Badonnel, Daniel Royot et Derek Parker Royal, Philip Roth,

Entretien avec Philip Roth, Le Magazine Littéraire,  n° 512, octobre 2011

Roth délivré : Un écrivain et son œuvre, Claudia Roth-Pierpont, trad. Juliette Bourdin, Paris, Éditions Gallimard, coll. « Hors série Littérature », 2016.

 

Source : Wikipedia

ECRIVAIN AMERICAIN, LITTERATURE AMERICAINE, PHILIP ROTH (1933-2018)

Philip Roth (1933-2018)

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Dans une interview donné au magazine Télérama en 2007 pour la sortie de son livre Un homme

Provocateur, subversif, Philip Roth posait un regard féroce sur la société américaine.

 

En 1959, la parution aux Etats-Unis de Goodbye, Columbus, son premier livre, propulsait d’emblée le tout jeune Philip Roth — né en 1933, il avait 26 ans — au firmament du roman mondial. Manipulateur ironique et virtuose des codes romanesques établis, bousculant les règles de la fiction et celles de l’autobiographie, il s’est affirmé aussi très vite comme un observateur féroce, lucide et sarcastique de la société américaine et de ses mœurs , à travers des livres — Portnoy et son complexe (1969), Professeur de désir (1977), Zuckerman enchaîné (1981), La Contrevie (1986), Opération Shylock (1993), Le Théâtre de Sabbath (1995)… — qui lui ont valu une solide réputation d’écrivain iconoclaste, voire obscène. Dans ses fictions, il s’est incarné en divers personnages, dont le plus marquant et le plus récurrent est Nathan Zuckerman, son alter ego, son double — comme lui écrivain juif américain, comme lui né dans la petite ville de Newark, New Jersey, comme lui New-Yorkais d’adoption et englué dans des relations de couple à jamais conflictuelles. Salué par la critique, des deux côtés de l’Atlantique, comme l’un des grands romanciers contemporains, Philip Roth a dû attendre, en France, la publication de Pastorale américaine, en 1999, et surtout de La Tache (2002, plus de 300 000 exemplaires vendus) pour accéder à un large public. Alors qu’Exit Ghost, son vingt-huitième livre, vient tout juste de paraître aux Etats-Unis, on découvre en France Un homme, un admirable roman, intense et poignante réflexion sur la maladie, qui atteste que Roth, le grand persifleur, est aussi le témoin grave et pénétrant de l’humaine condition.

 

Lors de la parution d’Un homme aux Etats-Unis, vous avez expliqué avoir commencé à écrire ce roman au lendemain de la mort de votre ami le romancier Saul Bellow (1915-2005), dont vous avez dit par ailleurs qu’il était celui qui vous a « permis de devenir un écrivain américain ».
Je ne me souviens pas avoir dit cela de Saul, et dans la citation que vous faites, j’ôterais volontiers le mot « américain ». Concernant Un homme, je l’ai commencé au retour de ses funérailles, très précisément. C’est vrai, Saul m’a permis de devenir un écrivain, il m’a rendu ambitieux. Son influence a été très libératrice pour moi, et plus généralement pour les écrivains de ma génération. Spécialement à travers son troisième livre, Les Aventures d’Augie March (1953). Ses deux premiers livres sont très bons, mais le grand impact est venu de ce roman-là. Je devais avoir 21 ou 22 ans lorsque je l’ai lu, et ce fut une révélation. La langue, notamment, ce mélange exubérant d’anglais intellectuel et d’anglais de la rue : c’est peut-être ce qui était le plus frappant, le plus fort. Et puis il y avait aussi la liberté et la fantaisie avec lesquelles Bellow enchaînait les scènes, passant d’un décor à un autre, d’un personnage à un autre. Et il y avait encore la magnitude de ses personnages. Bellow était, sur ce point, dans la lignée de Rembrandt : ses personnages ont la profondeur des portraits de ce peintre. Et je pourrais citer encore son engagement dans la réalité de la vie américaine, l’ampleur de son intérêt pour tous les aspects de cette vie, de cette société. Tout cela était extraordinairement excitant.

Outre Bellow, l’autre grand écrivain américain du XXe siècle est, selon vous, Faulkner. De ce dernier, qu’avez-vous appris ?

De lui, je n’ai rien appris. Mais en présence de ses livres, la grandeur est là. Face à des romans tels que Tandis que j’agonise, Le Bruit et la Fureur, Absalon, Absalon !, Lumière d’août, on sait que l’on est en présence d’un génie.

 

“Je ne suis pas d’une nature impressionnable

Ce qui n’est pas impressionnant, inhibant, pour un jeune écrivain ?
Non, je ne suis pas d’une nature impressionnable. Une telle grandeur, c’est juste inspirant.
 
En lisant Un homme, il est difficile de ne pas penser à Tolstoï et à La Mort d’Ivan Ilitch. L’aviez-vous en tête en écrivant ?

Je ne l’ai pas relu avant de me mettre au travail, mais oui, bien sûr, j’y pensais. En écrivant ce roman, je m’interrogeais : quels sont les grands livres dont le thème central est la maladie ? J’en ai trouvé très peu, et cela m’a surpris, tant la maladie est un élément important de la vie, de l’expérience humaine. La Mort d’Ivan Ilitch, La Montagne magique, de Thomas Mann, ou encore Le Pavillon des cancéreux, d’Alexandre Soljenitsyne, qui est un vrai grand livre. Mais une fois pris en compte ces trois monuments, je ne voyais plus rien. Il y a bien entendu des romans où la maladie est présente de façon accessoire, comme un thème secondaire, mais pas de livres où elle est le sujet majeur. Je ne m’explique pas pourquoi.
  
Un homme face à la maladie, aux défaillances de son corps, c’était le sujet du livre dès le départ ?

Oui, c’est l’idée initiale du roman. Ecouter le corps malade, raconter la vie d’un homme non pas à travers ses succès ou ses amours, mais à travers les différentes maladies qui l’ont affecté tout au long de sa vie et qui le mènent finalement à la mort.
 
C’est une façon de placer le corps au centre du roman.

Le corps est le paysage de ce livre.
 
Le corps de l’homme n’a-t-il pas toujours été très présent dans vos romans, autant que son esprit ou son âme, alors même qu’il est souvent oublié ou traité de façon accessoire par la littérature en général ?

Je ne peux pas parler pour les autres romanciers. Et, dans mon cas, je n’irais pas jusqu’à dire que le corps de l’homme est plus présent dans mes romans que ne l’est son esprit, mais il est vrai que cette dimension physique de l’individu est bien là, et que cela dure au moins depuis Portnoy et son complexe. J’ai toujours essayé de traiter du corps d’un point de vue romanesque, de la même façon qu’il existe dans la vie de chacun de nous : votre corps n’est pas au centre de vos préoccupations, vous n’y pensez pas tous les jours, mais une grande souffrance ou un grand plaisir physique vous rappelle régulièrement son existence.

 
En choisissant ce titre, en anglais Everyman – soit « chaque homme » en traduction française littérale -, et en laissant le personnage central sans nom ni prénom, cherchez-vous à dire qu’il y a une destinée humaine unique, une expérience partagée, au-delà de la singularité des destins individuels ?
Il y a une destinée commune à tous les individus, qui est la mort. Et c’est ce que veut signifier ce titre. La destination est toujours et pour tous la même.

“Il est clair que je ne suis pas un fanatique !”

 La singularité de chaque existence n’a donc pas tant d’importance ?

La singularité est indéniable, mais si remarquablement différentes que soient les vies des individus, elles sont toutes vouées à connaître une fin identique, et elles sont toutes hantées par cette destination effrayante et inéluctable qu’est la mort.
 
Dans un texte qu’il vous consacre, Milan Kundera évoque les deux écueils entre lesquels est contraint d’évoluer un romancier : le fanatisme et le scepticisme radical. Penchez-vous du côté du scepticisme ?

Il est clair que je ne suis pas un fanatique ! Un sceptique, alors ? Mais sceptique vis-à-vis de quoi ? Vis-à-vis de la religion ? Là, la réponse est oui. Vis-à-vis des idéologies, quelles qu’elles soient ? La réponse est encore oui.

 
Y a-t-il un sujet sur lequel vous répondriez non à cette même question ?

Je ne suis pas sceptique sur la mort qui m’est promise, comme à chacun — c’est la seule chose, j’avoue, qui me vienne à l’esprit.
 
Dans ce roman comme dans nombre de vos livres, notamment le Complot contre l’Amérique (2004), il y a une très forte présence de l’enfance. La vôtre est-elle très vivace en vous ?
L’enfance apparaît dans certains de mes livres, pas dans tous. C’est vrai que mon enfance est très proche de moi, mais je ne crois pas que cette proximité soit exceptionnelle pour un écrivain, ni pour un homme en général. Mon enfance telle que je l’ai vécue, j’y pense occasionnellement, et me la rappeler avec une grande vivacité fait en quelque sorte partie de mon travail. Tout ce dont je parle dans mes livres doit être très vivant, irrigué, inervé, intense. L’enfance est un de ces motifs, parmi d’autres.

“La plupart des écrivains sont redevables de leurs origines, très peu nombreux sont ceux qui en font abstraction dans leur travail”

 Sans exagérer la dimension autobiographique de vos romans, ne peut-on dire que cette enfance à Newark, dans le New Jersey, vous lui manifestez une vraie fidélité ?
Bien sûr. L’endroit d’où je viens, le milieu dont je suis issu, je les ai utilisés de façon répétitive. Mais la plupart des écrivains sont ainsi redevables de leurs origines, très peu nombreux sont ceux qui en font abstraction dans leur travail.
 
Pourtant, à côté de cette fidélité à l’enfance, il y a cette réputation d’écrivain iconoclaste, voire rebelle, que vos romans, notamment les premiers, Goodbye, Columbus, Portnoy et son complexe ou Le Sein, vous ont bâtie…
Je ne me vois vraiment pas comme un rebelle – même pas dans les romans de mes débuts, considérés souvent comme irrévérencieux.

 
Quel thème fédérateur pourrait-on trouver, selon vous, entre vos livres ? La vulnérabilité de l’homme face au désordre de l’Histoire, à la brutalité des relations entre individus, à la violence du temps qui passe ?

Je ne parviens pas à penser à tous mes livres comme à un ensemble. Un homme est certainement un livre sur la fragilité de l’homme face à la maladie, face à la décadence physique et à la mort. Parmi les précédents les plus récents, La Bête qui meurt évoque la fragilité d’un homme confronté à la maladie d’une femme qu’il a aimée. Et certainement Le Complot contre l’Amérique parle-t-il de la vulnérabilité de l’individu face à l’Histoire et aux événements politiques majeurs. Alors, oui, la vulnérabilité de l’homme est le sujet de nombre de mes romans. Mais ce n’est pas très original : cette fragilité humaine est au coeur du travail de nombre de romanciers.
  
L’originalité est peut-être dans la forme, même si, depuis une dizaine d’années, et notamment votre trilogie dite « de Newark » (Pastorale américaine, J’ai épousé un communiste et La Tache, 1997 à 2000), vous semblez avoir évolué vers des constructions romanesques plus classiques, des romans plus linéaires, moins turbulents et moins ironiques…

Il est vrai que des romans antérieurs comme La Contrevie, Opération Shylock ou Le Théâtre de Sabbath sont des livres sauvages, indécents parfois, extravagants, picaresques. Alors que les romans qui ont suivi ont pris une structure différente — vous dites « classique », c’est peut-être le cas. Mais la forme suit l’écriture. Je ne la théorise pas, je ne commence jamais un roman en me demandant quelle forme il doit prendre, c’est le sujet qui dicte ce qu’elle doit être. Le sujet de la trilogie de Newark, c’est l’impact des événements politiques et des moments historiques des trois dernières décennies sur la vie des individus qui s’y sont trouvés plongés. Chaque roman a sa propre histoire, mais l’optique générale est celle-là, c’est dans cet esprit que je travaille.
 
A travers vos romans, depuis Goodbye, Columbus jusqu’à Un homme, se dessine une vision de la société américaine des années 50 à nos jours. Est-ce important, pour vous, cet ancrage dans le réel et cette représentation que vous en donnez ?
C’est essentiel, c’est mon travail d’essayer d’écrire cela, même si je ne suis pas certain de donner une vision de la société dans son intégralité, mais plutôt d’un segment de la société, celui que je connais, plutôt urbain, plutôt bourgeois.

“Ecrire, c’est mon travail quotidien, je ne saurais pas que faire de moi et de ma vie si j’arrêtais

 Là serait l’unité de votre œuvre romanesque ?

Je ne sais pas si cette unité existe. Les choses changent au fur et à mesure que vous vieillissez. J’ai écrit, je crois, vingt-huit livres, mais d’une certaine manière, l’écrivain qui a écrit le roman numéro 5 sur la liste n’est pas le même que celui qui a écrit le numéro 10, qui lui-même n’est pas celui qui a écrit le quinzième. Au fil des ans, votre âge, votre vie évoluent, vous devenez un meilleur écrivain. Puis, à partir de 70 ou 80 ans, vous êtes fatigué, voire épuisé. Vos facultés mentales déclinent. Enfin, et c’est le plus important : votre mémoire s’érode, elle rouille et vous perdez le lien direct avec elle. Ces trois phénomènes combinés font du grand âge un moment où l’écrivain devient généralement mauvais.
 
Vous pourriez vous arrêter d’écrire ?

Non, je ne souffre encore d’aucun de ces symptômes, me semble-t-il. Et puis, écrire, c’est mon travail quotidien, je ne saurais pas que faire de moi et de ma vie si j’arrêtais. L’écriture, cela vous soutient, vous porte.
 
Vous avez toujours un roman en tête ?

J’aimerais bien, mais non. Actuellement, je viens d’achever un livre, et je dois trouver le moyen d’en commencer un autre. C’est une situation très déplaisante : vous vous sentez rempli d’énergie pour écrire, mais il vous manque le sujet. Et le sujet est essentiel. Et bien plus difficile à trouver que le désir d’écrire.

 
Quel est pour vous, en général, le tout début d’un processus d’écriture romanesque ?

C’est un personnage, assez vague. Et tandis que vous commencez à écrire, tandis que votre histoire prend vie, le personnage se précise et le sujet du livre se déploie naturellement. Cela dit, ce processus me demeure largement énigmatique.

 
Il suppose de l’inspiration ? Du travail ?

Le travail est essentiel. Seuls les amateurs attendent l’inspiration.
 
En cinquante ans d’écriture, avez-vous appris quelque chose ?

J’espère bien, mais je ne saurais pas dire quoi. Me poser cette question, cela revient à me demander ce qui a justifié ma vie. J’ai accumulé une connaissance, de l’expérience, j’ai appris de mes erreurs – exactement comme dans la vie. J’ai écrit des livres, tous différents, je crois, et sans cesse meilleurs au fil des années. A mes yeux, mes premiers livres ne sont pas des erreurs ni des livres faibles, mais simplement des romans de jeunesse.
  
En France, la critique vous considère comme un écrivain majeur depuis Pastorale américaine et La Tache, qui vous ont fait connaître d’un large public. Qu’en est-il aux Etats-Unis ?

Je ne sais pas qui sont mes lecteurs aux Etats-Unis, ni combien ils sont. Je sais simplement qu’ils ne forment pas une vaste communauté. Et je suis pessimiste sur l’avenir de la lecture. Je ne peux pas parler pour d’autres pays que le mien, mais aux Etats-Unis, la lecture sérieuse, concentrée, intelligente, est une activité qui ne cesse de reculer. Face à l’écran et à son pouvoir hypnotique, la lecture de romans est un art désormais mourant. La forme romanesque, comme vecteur d’informations sur le monde et l’expérience humaine, et comme plaisir, est devenue obsolète. Cela ne me rend pas triste – c’est dommage mais c’est ainsi. Paradoxalement, l’écriture romanesque, elle, va très bien. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la fiction américaine est même en très, très grande forme. Tandis que leur lectorat diminue, les écrivains gagnent de moins en moins bien leur vie, mais ils ne sont pas découragés d’écrire. On n’écrit pas forcément pour toucher un grand nombre de lecteurs. Quand vous écrivez, le lecteur le plus important, celui qui compte, c’est vous-même.

 

http://www.telerama.fr/livre/philip-roth-en-2007-le-travail-est-essentiel.-seuls-les-amateurs-attendent-linspiration,n5661536.php?utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Fac

ECRIVAIN AMERICAIN, LITTERATURE AMERICAINE, TOM WOLFE (1931-2018)

Tom Wolfe (1931-2018)

TOM WOLFE (1931-2018)

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Nationalité : États-Unis 
Né(e) à : Richmond,Virginie , le 02/03/1931
Biographie : 

L’homme à l’éternel costume blanc a grandi en Virginie, dans le Sud américain. A la sortie de Yale, en 1956,Tom Wolfe a entamé à New York une carrière de journaliste et d’essayiste. Dans les années soixante, il devient (avec Norman Mailer, Truman Capote, J. Didion, Hunter S. Thompson) un des créateurs de ce qu’on a appelé le « Nouveau Journalisme » aux États-Unis. Ses reportages et ses articles présentent une critique implicite de différents aspects de la société américaine.
Son premier roman, Le Bûcher des vanités « Bonfire of vanities » (1987) est devenu un best-seller mondial. Brian de Palma a réalisé une adaptation de ce roman en 1990. Tom Hanks, Melanie Griffith et Bruce Willis y tiennent les rôles principaux.

Son deuxième roman, Un homme, un vrai « A Man in Full« , dépeint les tensions raciales sous-jacentes dans la ville d’Atlanta, au Sud des États-Unis.

Son troisième roman, « Moi, Charlotte Simmons » (I Am Charlotte Simmons), paru en 2004 (traduction française en 2006) offre une image réaliste de la vie sur le campus d’une grande université américaine.

Son quatrième roman « Bloody Miami » (« Back to Blood« ) analyse les rapports entre les différentes communautés de Miami, déchirées entre les Cubains, les Blancs, les Haïtiens et les Afro-Américains.

Ses ouvrages, et notamment The Electric Kool-Aid Acid Test, issu de son enquête sur l’élaboration du LSD, ont ironiquement fait de lui un emblème des Sixties et du mouvement hippie, alors qu’il est conservateur à bien des égards. 

https://www.babelio.com/auteur/Tom-Wolfe/3626