JOHN RONALD REUEL TOLKIEN (1892-1973), LE SEIGNEUR DES ANNEAUX, LITTERATURE BRITANNIQUE, LIVRE, LIVRES, ROMAN, ROMANS

Le Seigneur des anneaux de J.R.R Tolkien

Le Seigneur des anneaux

Cet article utilise autant que possible la traduction de Daniel Lauzon, ce qui explique par exemple que l’on parle de La Fraternité de l’Anneau ou de Frodo Bessac.

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Le Seigneur des anneaux (The Lord of the Rings) est un roman en trois volumes de J. R. R. Tolkien paru en 1954 et 1955.

Prenant place dans le monde de fiction de la Terre du Milieu, il suit la quête du hobbit Frodo Bessac, qui doit détruire l’Anneau unique afin que celui-ci ne tombe pas entre les mains de Sauron, le Seigneur des ténèbres. Plusieurs personnages lui viennent en aide, parmi lesquels son serviteur Sam, le mage Gandalf ou encore l’humain Aragorn, héritier d’une longue lignée de rois.

À la suite du succès critique et commercial du Hobbit, Tolkien entreprend la rédaction du Seigneur des anneaux à la fin des années 1930 à la demande de son éditeur, Allen & Unwin. Il lui faut douze ans pour parvenir à achever cette suite, qu’il truffe de références et d’allusions au monde du Silmarillion, la Terre du Milieu, sur lequel il travaille depuis 1917 et dans lequel Le Hobbit a été attiré « contre l’intention première » de son auteur.

À l’origine, Tolkien souhaite publier Le Seigneur des anneaux en un seul volume, mais le prix du papier étant trop élevé en cette période d’après-guerre, l’œuvre est divisée en trois volumes : La Fraternité de l’Anneau (The Fellowship of the Ring), Les Deux Tours (The Two Towers) et Le Retour du roi (The Return of the King). C’est un succès commercial immédiat qui ne se démentit pas tout au long de la deuxième moitié du xxe siècle et donne lieu à des adaptations sur plusieurs supports, dont une série de trois films à grand budget réalisés par Peter Jackson et sortis entre 2001 et 2003.

C’est une des œuvres fondamentales de la littérature dite de fantasy, terme que Tolkien explicite dans son essai Du conte de fées de 1939. Tolkien lui-même considérait son livre comme « un conte de fées […] pour des adultes », écrit « pour amuser (au sens noble) : pour être agréable à lire ».

 

 

Résumé

La Fraternité de l’Anneau

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Après un prologue décrivant les Hobbits et leurs mœurs, le passé de la Terre du Milieu et un rapide résumé des aventures de Bilbo Bessac, le livre I s’ouvre sur le cent onzième anniversaire de ce dernier, soixante années après les événements décrits dans Le Hobbit. Au cours de la réception, Bilbo s’éclipse grâce à l’invisibilité que lui confère son anneau magique et quitte Hobbiteville, laissant la plus grande partie de ses biens, anneau compris, à son neveu et héritier désigné, Frodo Bessac. Dix-sept ans plus tard, leur vieil ami, le magicien Gandalf le Gris, révèle à Frodo que son anneau est en réalité l’Anneau unique, instrument du pouvoir de Sauron, le Seigneur Sombre, qui l’a perdu jadis ; s’il devait le retrouver, son pouvoir deviendrait insurmontable. Gandalf presse Frodo de quitter le Comté, qui n’est plus sûr pour lui et de se mettre en route pour le refuge qu’est Fendeval, la demeure d’Elrond le Semi-elfe.

Frodo vend sa demeure de Cul-de-Sac, dissimulant son départ sous le prétexte d’un déménagement au Pays-de-Bouc, à la lisière orientale du Comté. Accompagné de son jardinier Sam Gamgie et d’un jeune ami, Peregrin Touc (Pippin), il échappe de justesse à plusieurs reprises aux Cavaliers noirs, serviteurs de Sauron chargés de retrouver l’Anneau unique. Les trois compagnons atteignent le Pays-de-Bouc, à l’est du Comté, où Meriadoc Brandibouc (Merry) les rejoint. Les quatre hobbits poursuivent leur route vers l’est, échappant aux dangers de la Vieille Forêt et des Coteaux des Tertres grâce à l’énigmatique Tom Bombadil. À Brie, ils font la connaissance de l’étrange Arpenteur, un ami de Gandalf, qui devient leur guide. Les Cavaliers noirs, toujours à leurs trousses, parviennent à blesser Frodo près de la colline de Montauvent, mais grâce à l’elfe Glorfindel, il parvient à franchir le gué de Bruinen. Les Cavaliers, qui le suivent de près, sont emportés par une crue soudaine de la rivière, et Frodo s’évanouit.

Au début du livre II, Frodo se réveille à Fendeval, où il a reçu les soins d’Elrond et où il retrouve Bilbo. S’ensuit le Conseil d’Elrond, auquel assistent des représentants des principales races de la Terre du Milieu : Elfes, Nains et Hommes. Gandalf leur apprend la trahison de Saruman, son supérieur dans l’Ordre des Mages, qui recherche l’Unique pour lui-même. Après avoir examiné toutes les possibilités qui s’offrent à eux, les participants au Conseil décident que le seul moyen de vaincre Sauron est de détruire l’Anneau en l’amenant au cœur du Mordor, pays de Sauron, et en le jetant dans la lave des Failles du Destin, là où il fut forgé. Frodo se déclare volontaire pour accomplir cette tâche, et une « Fraternité de l’Anneau » est formée pour l’accompagner et l’aider : elle comprend Frodo et ses trois compagnons hobbits, Gandalf, Aragorn, Boromir du Gondor, Gimli le nain et Legolas l’elfe.

La compagnie traverse l’Eregion déserte avant de tenter de franchir les Montagnes de Brume par le col enneigé du Caradhras. Après leur échec face aux éléments déchaînés, Gandalf conduit ses compagnons dans les mines de Moria, ancienne cité naine désormais peuplée par des gobelins, mais il tombe dans un gouffre en affrontant le Balrog, une antique créature démoniaque. La Fraternité, désormais menée par Aragorn, quitte la Moria et entre dans le pays elfique de Lothlórien, gouverné par Celeborn et Galadriel. Frodo regarde dans le miroir de Galadriel et voie des visions du passé, du présent et d’un possible futur. Terrifié par l’Œil de Sauron, Frodo propose de remettre l’Anneau à Galadriel, mais celle-ci surmonte la tentation. Les compagnons quittent la Lórien à bord de trois bateaux et descendent le grand fleuve Anduin. Arrivée à hauteur des chutes de Rauros, la Fraternité se sépare après une attaque d’Orques et Frodo et Sam partent seuls en direction du Mordor.

 Les Deux Tours

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Un cavalier de Rohan

Le deuxième volume suit les différents chemins empruntés par les membres de la Fraternité défunte.

Au début du livre III, Boromir meurt en tentant de défendre Merry et Pippin, qui sont enlevés par les Uruk-hai de Saruman. Après avoir offert des funérailles au capitaine du Gondor, Aragorn, Legolas et Gimli se lancent à leurs trousses à travers les plaines du Rohan. Aux abords de la forêt de Fangorn, ils retrouvent Gandalf, désormais le Blanc, qui a été renvoyé en Terre du Milieu pour achever sa mission après avoir péri en terrassant le Balrog. Les quatre compagnons se rendent à Edoras, où Gandalf libère le roi Théoden de l’emprise de son conseiller Gríma Langue de Serpent, un pantin de Saruman. Ils participent à la guerre du Rohan contre les armées de Saruman, qui sont vaincues lors de la bataille de la Ferté-au-Cor tandis qu’Orthanc, la forteresse de Saruman, est prise d’assaut par les Ents, des créatures à l’apparence d’arbres menées par Barbebois, auprès de qui Merry et Pippin ont trouvé refuge. Refusant de se repentir de ses erreurs, Saruman est exclu de l’Ordre des Mages par Gandalf.

Le livre IV suit Frodo et Sam sur la route du Mordor. Ils parviennent à capturer et à apprivoiser Gollum, l’ancien possesseur de l’Anneau, qui les suivait depuis la Moria. Il les guide vers une entrée secrète du Mordor, dans la vallée de Minas Morgul. Traversant l’Ithilien, ils sont capturés par Faramir, le frère de Boromir, qui les relâche lorsqu’il apprend l’importance de leur mission. À la fin du livre, Gollum trahit Frodo en le menant dans le repaire d’Araigne, l’araignée géante. Il survit, mais est fait prisonnier par les Orques de Cirith Ungol après que Sam lui a pris l’Anneau, le croyant mort empoisonné par le venin de l’araignée.

 

Le Retour du Roi

Le livre V relate la lutte entre le Gondor et le Mordor, vue par Merry aux côtés du roi Théoden et Pippin à Minas Tirith, capitale du Gondor. La Cité Blanche, assiégée par des milliers d’Orques, est sauvée par l’arrivée des cavaliers du Rohan, puis par celle d’Aragorn, qui a libéré le sud du Gondor grâce à l’armée des Morts et s’est emparé de la flotte des pirates d’Umbar, alliés de Sauron. La bataille des champs du Pelennor se conclut par une défaite des forces de Sauron, mais ce dernier dispose encore de forces prodigieuses dont ne peuvent espérer triompher les Peuples libres. Afin de détourner l’attention de Sauron de la quête de Frodo, Aragorn mène une armée devant la Morannon, la Porte Noire du Mordor, pour y livrer une bataille désespérée.

Le livre VI revient à Sam, qui libère Frodo des Orques de Cirith Ungol. Les deux hobbits traversent à grand-peine le désert du plateau de Gorgoroth et atteignent le Mont Destin, Gollum sur leurs talons. La tentation se révèle alors trop forte pour Frodo, qui revendique l’Anneau et le passe à son doigt. Il est attaqué par Gollum, qui lui tranche le doigt à coups de dents pour récupérer l’Unique avant de tomber dans les flammes de la montagne en fêtant son triomphe. Par ce retournement de situation eucatastrophique, l’Anneau est détruit, Sauron définitivement vaincu et ses armées en déroute. Aragorn est couronné roi du Gondor et épouse sa promise Arwen, la fille d’Elrond. Après plusieurs semaines de festivités, les membres de la Fraternité retournent chez eux. De retour dans le Comté, les quatre hobbits retrouvent leur pays ravagé par des brigands humains et des semi-orques. À Cul-de-Sac, après avoir mis les bandits en déroute, ils découvrent que le responsable de ce chaos n’est autre que Saruman, qui trouve peu après la mort aux mains de Gríma. Le Comté connaît par la suite une grande embellie, mais Frodo, blessé physiquement et mentalement, ne peut apprécier ce renouveau. Il finit par faire voile vers l’Ouest avec Bilbo pour y trouver la paix, accompagné des porteurs des Trois anneaux des Elfes, Galadriel, Elrond et Gandalf. Le Troisième Âge du Soleil et Le Seigneur des anneaux s’achèvent.

Le récit proprement dit est suivi de six appendices, visant à donner de plus amples informations sur des éléments passés de l’histoire des peuples présents dans le livre.

L’appendice A retrace brièvement l’histoire des royaumes des Hommes et des Nains.

L’appendice B est une chronologie des Deuxième et Troisième Âges.

L’appendice C contient les arbres généalogiques des principaux hobbits du récit.

L’appendice D étudie les divers calendriers employés par les Elfes, les Hommes et les Hobbits.

L’appendice E présente les deux principaux alphabets de la Terre du Milieu, les tengwar et les cirth, avec des précisions sur la prononciation des langues.

L’appendice F s’intéresse aux langues des peuples de la Terre du Milieu et discute de questions de traduction.

 

Histoire

Rédaction

Un mois après la publication du Hobbit, le 21 septembre 1937, Stamley Unwin,  septembre l’éditeur de Tolkien, lui écrit qu’un « large public réclamerait à cor et à cri dès l’année suivante qu’il leur en dise plus au sujet des Hobbits ! », ce à quoi Tolkien, « inquiet », répond qu’il « ne saurai[t] que dire de plus à propos des Hobbits », mais qu’il n’a « en revanche que trop de choses à dire […] à propos du monde dans lequel ce Hobbit a fait intrusion »4 : en effet, cela fait vingt ans qu’il travaille sur les textes du « Silmarillion ». Après une réponse encourageante d’Unwin, Tolkien promet qu’il commencera quelque chose dès que possible. Le 19 décembre, il écrit à C. A. Furth, de Allen & Unwin : « J’ai écrit le premier chapitre d’une nouvelle histoire sur les Hobbits — « Une réception depuis longtemps attendue ». » Dans ce chapitre, le héros est encore Bilbo Bessac, qui disparaît de Hobbiteville lors de la réception donnée pour son soixante-dixième anniversaire : le trésor qu’il a rapporté d’Erebor est épuisé, et il éprouve le désir de repartir à l’aventure

Après plusieurs faux départs, Tolkien décide de placer l’anneau trouvé par Bilbo lors de son aventure au centre de cette suite : à l’origine simple objet magique, il devient au fil des réécritures le terrible Anneau unique forgé par Sauron. L’histoire se met lentement en place : les hobbits Bingo, Frodo et Odo partent pour Fendeval, dans un récit au ton encore bon enfant, proche de celui du Hobbit, qui subsistera en grande partie dans la version définitive des premiers chapitres du Livre I. Sur leur route, les hobbits croisent un cavalier entièrement drapé dans un manteau. Après un bref moment d’angoisse, le cavalier éclate de rire : il s’agit du magicien Gandalf Mais Tolkien abandonne aussitôt cette idée au profit d’une autre, bien plus sinistre : Bingo et ses compagnons sont désormais poursuivis par des Cavaliers Noirs. Dans une lettre à Stanley Unwin, Tolkien indique alors que l’histoire a pris « un tour inattendu».

À la mi-septembre 1938, le récit atteint le milieu de la conversation entre Bingo, peu après rebaptisé Frodo, et le nain Glóin à Fendeval. Tolkien s’arrête alors un moment et retravaille les premiers chapitres, car l’histoire évolue alors même qu’il l’écrit, nécessitant de fréquentes corrections pour accorder les passages les plus anciens avec les plus récents. Le livre couvre alors 300 pages manuscrites et Tolkien, optimiste, estime qu’il en faudra encore 200 pour le terminer. Le récit est pourtant encore loin de sa version finale : par exemple, l’étranger que les hobbits rencontrent à Brie n’est pas encore Aragorn, Coureur descendant des rois de jadis, mais Trotter, un simple hobbit aventureux qui porte des chaussures de bois.

1939 est une année difficile pour Tolkien : un accident survenu au cours de l’été se solde par une commotion cérébrale, et le début de la Seconde Guerre mondiale entraîne un accroissement de ses responsabilités à Oxford. Il continue pourtant à travailler sur Le Seigneur des anneaux, qui atteint le chapitre « Les Mines de la Moria » (finalement « Un voyage dans le noir », chapitre 4 du Livre II) en décembre. Il n’y revient pas avant août 1940, mais se consacre à des corrections dans le texte déjà existant, et ne recommence à écrire qu’à la fin de l’année 1941. Il termine alors le Livre II et commence le III, dont les quatre premiers chapitres sont écrits fin janvier. À l’automne, le Livre III est terminé.

Le livre ne progresse plus avant le printemps 1944, lorsque Tolkien entame « dans la douleur » le Livre IV. Tolkien écrit les chapitres et les fait lire au fur et à mesure à son ami C. S. Lewis et à son fils Christopher, qui se trouve alors en Afrique du Sud pour s’entraîner avec la Royal Air Force. Tous deux sont très enthousiastes, ce qui motive Tolkien : il achève le Livre IV à la fin du mois de mai, avant de s’arrêter de nouveau. Le 12 août, il écrit à Christopher : « Toute inspiration pour [Le Seigneur des anneaux] s’est complètement tarie, et j’en suis au même point qu’au printemps, avec toute l’inertie à surmonter de nouveau. Quel soulagement ce serait d’en finir »

Tolkien commence le Livre V, persuadé qu’il s’agira du dernier, en octobre. Mais il n’avance guère, et ce n’est qu’en septembre 1946 qu’il progresse véritablement, après un long moment sans avoir travaillé sur le récit. Ce cinquième livre est achevé un peu plus d’un an plus tard, en octobre 1947, Tolkien ayant dans le même temps apporté le lot habituel de corrections aux premiers livres. Finalement, la rédaction du Seigneur des anneaux est achevée, du moins au brouillon, entre la mi-août et la mi-septembre 1948. Le livre inclut alors un épilogue centré sur Sam et ses enfants, mais Tolkien se laisse convaincre de l’omettre.

Les brouillons du Seigneur des anneaux ont été publiés et étudiés par Christopher Tolkien dans les tomes 6 à 9 de son Histoire de la Terre du Milieu, non traduits en français : The Return of the ShadowThe Treason of IsengardThe War of the Ring et Sauron Defeated (1988-1992).

En mai 1957, Tolkien vend les brouillons du Seigneur des anneaux (entre autres) pour 1 500 £ à l’université Marquette de Milwaukee, à la requête du bibliothécaire de cette dernière, William B. Ready. Avant de les envoyer, Tolkien entreprend de les annoter et de les classifier, mais la tâche se révèle trop longue, et en fin de compte, les papiers sont envoyés dans le désordre à Marquette en 1958. Tolkien s’aperçoit ultérieurement que certains papiers liés au Seigneur des anneaux (principalement parmi les brouillons les plus anciens) sont toujours en sa possession. Finalement, c’est son fils Christopher qui, après avoir étudié et publié ces brouillons dans le cadre de son Histoire de la Terre du Milieu, envoie ces documents à Marquette. L’université américaine possède plus de 9 200 pages concernant Le Seigneur des anneaux.

 

Influences de Tolkien

Le Seigneur des anneaux est né des passions de Tolkien : la philologie, les contes de fées ainsi que les sagas norroises, notamment Beowulf et les Eddas, et le Kalevala, l’épopée nationale finlandaise. L’idée de l’Anneau unique qui gouverne le monde et trompe son porteur est présente dans le cycle des Nibelungen, saga germanique médiévale reprise par Richard Wagner dans sa tétralogie de L’Anneau du Nibelung. Tolkien nie cependant cette influence : « Ces deux anneaux sont ronds, et c’est là leur seule ressemblance », répond-il à l’introduction de la traduction suédoise du Seigneur des anneaux qui affirme que « l’Anneau est, d’une certaine manière, « der Nibelungen Ring » ». Comme le soulignent Wayne G. Hammond et Christina Scull, l’anneau d’invisibilité est un objet courant dans la littérature, que l’on retrouve dans les contes de fées d’Andrew Lang, chez Chrétien de Troyes (Yvain ou le Chevalier au lion) et jusque dans La République de Platon avec l’anneau de Gygès.

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Première page du manuscrit de Beowulf

De la même façon, Tolkien réfute vigoureusement toute interprétation allégorique de son œuvre, en particulier celle visant à dresser un parallèle entre la guerre de l’Anneau et la Seconde Guerre mondiale :

« La vraie guerre ne ressemble en rien à la guerre légendaire, dans sa manière ou dans son déroulement. Si elle avait inspiré ou dicté le développement de la légende, l’Anneau aurait certainement été saisi et utilisé contre Sauron ; celui-ci n’aurait pas été anéanti, mais asservi, et Barad-dûr n’aurait pas été détruite, mais occupée. Saruman, n’ayant pas réussi à s’emparer de l’Anneau, aurait profité de la confusion et de la fourberie ambiantes pour trouver, au Mordor, le chaînon manquant de ses propres recherches dans la confection d’anneaux ; et bientôt il aurait fabriqué son propre Grand Anneau, de manière à défier le Maître autoproclamé de la Terre du Milieu. Dans un tel conflit, les deux camps n’auraient eu que de la haine et du mépris pour les hobbits, qui n’auraient pas survécu longtemps, même en tant qu’esclaves. »

— Avant-propos de la seconde édition du Seigneur des anneaux

Il ne nie toutefois pas avoir été influencé par la « noirceur » des années d’écriture du Seigneur des anneaux.

Dans une lettre au père Robert Murray, Tolkien décrit Le Seigneur des anneaux comme « une œuvre fondamentalement religieuse et catholique ; de manière inconsciente dans un premier temps, puis de manière consciente lorsque je l’ai retravaillée ». Plusieurs thèmes mythologiques et catholiques sous-tendent la narration : l’ennoblissement des humbles, la pitié, le libre arbitre, ainsi que l’attirance pour le pouvoir et la « tentation du Bien », celle qui vise à atteindre le Bien en usant de tous les moyens, même les plus mauvais, à laquelle Gandalf et Galadriel manquent de succomber. Mais pour Tolkien, l’élément au centre de son livre n’est autre que la Mort et le désir d’immortalité. Cet aspect est étudié par Vincent Ferré dans son livre Tolkien : sur les rivages de la Terre du Milieu (Christian Bourgois, 2001).

 

Publication

Le Seigneur des anneaux est globalement achevé en octobre 1949. En théorie, il devrait être publié par Allen & Unwin, à qui Tolkien avait promis une suite du Hobbit. Cependant, l’idée le prend de vouloir publier Le Seigneur des anneaux avec Le Silmarillion, qui avait été refusé par Allen & Unwin en 1937, lorsque Tolkien le leur avait soumis — refus qui, par ailleurs, a fait naître un certain ressentiment chez lui.

Durant l’automne 1949, Tolkien fait la connaissance de Milton Waldman, de la maison d’édition londonienne Collins, par l’entremise de Gervase Mathew, un membre des Inklings. Waldman propose à Tolkien d’éditer les deux livres ensemble, offre que Tolkien s’empresse d’accepter. En février 1950, il écrit à Stanley Unwin qu’il exige que Le Silmarillion soit édité avec Le Seigneur des anneaux. Après quelques mésaventures, notamment une note de Rayner Unwin que Tolkien n’aurait pas dû lire, dans laquelle le fils de Stanley propose à son père d’éditer Le Seigneur des anneaux, puis de « laisser tomber » Le Silmarillion, Tolkien pose un ultimatum à Unwin : soit il prend les deux ouvrages, soit il n’en a aucun. Unwin refuse, n’ayant même pas vu le manuscrit du Seigneur des anneaux.

Tolkien s’en remet alors à Waldman ; celui-ci l’assure que Collins éditera ses deux livres durant l’automne 1950. Mais Waldman, malade, est forcé de faire de fréquents séjours en Italie, et ses remplaçants sont beaucoup moins enthousiastes au sujet des deux volumineux livres de Tolkien. Au début de l’année 1952, rien n’est encore fait, si bien que Tolkien somme Collins de publier Le Seigneur des anneaux au plus tôt, sans quoi il se rapproprie le manuscrit. La longueur du texte affole les éditeurs, qui refusent net.

Rayner Unwin, au courant de ses démêlés avec Collins, reprend alors contact avec Tolkien, qui fait son mea culpa et demande s’il est encore possible de faire quelque chose « pour déverrouiller les portes que j’ai moi-même claquées ? », ce à quoi Unwin répond : « Nous voulons absolument vous publier — ce ne sont que les circonstances qui nous ont retenus. » S’ensuit un long travail de relecture et de correction, au cours duquel il est finalement décidé de publier le livre en trois volumes. Après beaucoup d’hésitations, les titres La Fraternité de l’Anneau (The Fellowship of the Ring), Les Deux Tours (The Two Towers) et Le Retour du Roi (The Return of the King) sont choisis, ce dernier contre l’avis de Tolkien qui préfère La Guerre de l’anneau (The War of the Ring), moins révélateur de l’issue du récit.

Ce découpage en trois tomes fait que l’on décrit souvent le Seigneur des anneaux comme une trilogie, mais ce terme est techniquement incorrect, car il a été écrit et conçu d’un seul tenant. Néanmoins, Tolkien lui-même reprend dans ses lettres, de temps à autre, le terme de « trilogie » lorsqu’il est employé par ses correspondants

La Fraternité de l’Anneau est publié au Royaume-Uni par Allen & Unwin le 29 juillet 1954, suivi par Les Deux Tours le 11 novembre 1954 et par Le Retour du Roi le 20 octobre 1955, ce tome ayant été retardé à cause des difficultés de Tolkien pour écrire les appendices. Aux États-Unis, Houghton Mifflin publie le volume 1 le 21 octobre 1954, le volume 2 le 21 avril 1955 et le volume 3 le 5 janvier 1956. Défiant les prévisions pessimistes de Rayner Unwin, le premier tirage des deux premiers volumes, assez faible (4 500 exemplaires pour La Fraternité de l’Anneau et 4 250 pour Les Deux Tours, couvrant les marchés britannique et américain) est rapidement épuisé, réclamant une réimpression rapide. Ce succès explique que le tirage initial du Retour du Roi, paru un an plus tard, ait été de 12 000 exemplaires

Au début des années 1960, Donald Wollheim, un auteur de science-fiction pour la maison d’édition Ace Books, estime que Le Seigneur des anneaux ne bénéficie pas de la protection du copyright américain  à l’intérieur des États-Unis, en raison de l’édition en couverture rigide (hardcover) du livre chez Houghton Mifflin, compilée à partir de pages imprimées au Royaume-Uni pour l’édition britannique. Ace Books publie une édition pirate, sans avoir obtenu d’autorisation de la part de Tolkien et sans lui offrir aucune compensation. Tolkien le fait savoir clairement aux fans américains qui lui écrivent et passe l’été 1965 à réviser le texte du livre, corrigeant les fautes, adaptant quelques éléments de la mythologie toujours mouvante du Silmarillion et rédigeant un nouvel avant-propos, disant à propos de celui de la première édition : « confondre (comme il le fait) de véritables éléments personnels avec la « machinerie » du Conte est une grave erreur ». Cette seconde édition du Seigneur des anneaux est publiée au format poche chez Ballantine Books  en octobre 1965. Ace Books finit par abandonner l’édition non autorisée et par signer un accord à l’amiable avec Tolkien, lui payant 4 % des bénéfices et s’engageant à ne pas réimprimer le livre. Par la suite, Wollheim continue cependant à affirmer qu’Ace Books était dans son droit en publiant cette édition pirate. Ce n’est qu’en 1992 que cette controverse est tranchée par une décision de justice, qui statue que la première édition américaine du Seigneur des anneaux chez Houghton Mifflin était bien soumise au copyright américain.

À l’occasion du cinquantième anniversaire de la publication du Seigneur des anneaux, une nouvelle édition du livre est parue, sous la direction de Wayne G. Hammond et Christina Scull. Un grand nombre de coquilles y sont corrigées, ainsi que certaines erreurs du texte lui-même. La liste des corrections se trouve dans l’ouvrage séparé The Lord of the Rings: A Reader’s Companion.

Avec la sortie de l’adaptation filmée, les ventes de livres grimpent. Selon David Brawn, l’éditeur de Tolkien chez HarperCollins, qui détient les droits pour le monde anglo-saxon, à l’exception des États-Unis : « En trois ans, de 2001 à 2003, il s’est vendu 25 millions d’exemplaires du Seigneur des anneaux – 15 millions en anglais et 10 millions dans les autres langues. Et au Royaume-Uni les ventes ont augmenté de 1000 % après la sortie du premier film de la trilogie ».

 

Traductions

Le livre a été traduit dans une trentaine de langues. La traduction initiale en français est due à Francis Ledoux et est publiée par l’éditeur Christian Bourgois en 1972-1973. Le premier tome reçoit le Prix du Meilleur livre étranger en 1973. Cette traduction est sujette à débat : si elle est d’une certaine qualité littéraire (Ledoux a également traduit Charles Dickens, Daniel Defoe, Edgar Allan Poe, entre autres), elle est truffée de coquilles et d’erreurs de traduction, certaines imputables au fait que Ledoux ne disposait pas du Silmarillion, notamment pour les pluriels des noms en quenya : the Valar est ainsi traduit par « le Valar » au lieu de « les Valar ». Le premier tome d’une nouvelle traduction, assurée par Daniel Lauzon, est paru chez Christian Bourgois en 2014 sous le titre La Fraternité de l’Anneau, suivi des Deux Tours en 2015 et du Retour du Roi en 2016.

Philologue, connaissant une douzaine de langues anciennes et modernes (parmi lesquelles le norrois, le gotique, le vieil anglais, le latin, le grec, l’espagnol, le français, le finnois, le gallois, le russe ou l’italien), Tolkien s’intéresse de près aux premières traductions de son livre (néerlandaise en 1956-1957, suédoise en 1959-1961) et émet plusieurs commentaires afin d’éclairer ses intentions dans la création de tel ou tel nom, en particulier les toponymes du Comté, dans lesquels Tolkien a glissé nombre de jeux de mots philologiques à plusieurs niveaux. Conscient des difficultés posées par les noms propres de son œuvre, Tolkien aborde la question dans un long essai, « Guide to the Names in The Lord of the Rings », publié à titre posthume dans le recueil A Tolkien Compass (1975). Les dernières éditions de ce recueil ne contiennent plus l’essai de Tolkien, mais une version augmentée est reprise dans The Lord of the Rings: A Reader’s Companion. Les problèmes posés par la traduction des livres de Tolkien ont par la suite été abordés par d’autres auteurs.

 

Accueil critique

Si la valeur littéraire du Seigneur des anneaux est reconnue presque universellement, le livre est longtemps l’objet d’un certain mépris universitaire qui s’inscrit dans un mouvement qu’Ursula K. Le Guin caractérise comme une « méfiance puritaine profonde à l’égard du fantastique ». Les accusations les plus récurrentes touchent au discours politique attribué au texte, tour à tour qualifié de paternaliste, réactionnaire, anti-intellectuel ou fasciste.

 

Dans le monde anglophone

À la parution de La Fraternité de l’Anneau, les critiques sont dans l’ensemble mitigées. La plus élogieuse est celle de C. S. Lewis, ami de Tolkien, qui déclare, dans sa critique pour Time and Tide :

« Ce livre est comme un éclair dans un ciel ensoleillé : aussi différent, aussi inattendu à notre époque que Les Chants d’Innocence l’étaient à la leur. Il est inadéquat de dire qu’à l’intérieur la romance héroïque, superbe, éloquente, et vierge de toute honte, a soudain réapparu dans une période à l’antiromantisme presque pathologique. Pour nous, qui vivons en ces étranges temps, le retour, et le soulagement pur qui en découle, est sans nul doute chose importante. Mais dans l’histoire du Roman elle-même, une histoire qui remonte jusqu’à l’Odyssée et au-delà, il ne s’agit pas d’un recul, mais d’une avancée et d’une révolution : la conquête de nouveaux territoires. »

— C. S. Lewis, « The Gods Return to Earth », dans Time and Tide, 14 août 1954

Néanmoins, Lewis, auteur controversé, prévient Tolkien que son soutien « peut [lui] faire plus de mal que de bien », et c’est effectivement ce qui se passe : plusieurs critiques préfèrent moquer l’enthousiasme de Lewis et sa comparaison du Seigneur des anneaux avec L’Arioste que s’attacher vraiment au livre de Tolkien. Beaucoup d’entre eux trouvent à redire au style : dans le Daily Telegraph, Peter Green trouve qu’il varie « du préraphaélite au Boy’s Own Paper [un journal pour enfants] », et ajoute que le livre « devrait être immensément populaire chez les enfants de 10 ans qui ne préfèrent pas la science-fiction ». Même ainsi, il reconnaît que « cet ouvrage informe exerce une fascination indéniable », et la plupart des critiques s’accordent avec lui : quels que soient les défauts qu’ils lui trouvent, Le Seigneur des anneaux possède quelque chose d’indéfinissable et de marquant, qui fait que « même une simple lecture ne sera pas oubliée de sitôt ».

Les critiques des deux autres volumes suivent peu ou prou le même modèle, mais la parution du Retour du Roi permet aux journalistes d’appréhender enfin Le Seigneur des anneaux dans son entièreté. C. S. Lewis publie une seconde critique dans Time and Tide, où il déclare que, s’il est encore trop tôt pour juger le livre, « il nous a fait quelque chose. Nous ne sommes plus tout à fait les mêmes » À l’opposé se trouve la critique fameuse d’Edmund Wilson pour The Nation, selon laquelle peu de choses, dans le livre, « dépasse[nt] l’entendement d’un enfant de sept ans », et que les compliments qui lui sont faits ne sont dus qu’au fait que « certaines personnes – peut-être en particulier en Grande-Bretagne – ont toute leur vie un goût pour des déchets juvéniles » ». Dans sa propre critique, W. H. Auden, qui a déjà déclaré au sujet de La Fraternité de l’Anneau qu’« aucune œuvre de fiction ne [lui] a donné autant de plaisir ces cinq dernières années », résume les réactions passionnées au Seigneur des anneaux : « Je ne me rappelle guère d’autre livre au sujet duquel nous ayons eu d’aussi violentes disputes. Personne ne semble avoir une opinion modérée ; soit, comme moi-même, les gens trouvent qu’il s’agit d’une œuvre maîtresse de son genre ou ils ne peuvent le supporter. » Amusé par ces querelles, Tolkien compose ce petit quatrain :

Le Seigneur des anneaux
Est une de ces choses :
Si vous l’aimez c’est bien
Sinon vous criez bah !

À la fin du xxe siècle, plusieurs sondages effectués au Royaume-Uni montrent l’engouement populaire suscité par Le Seigneur des anneaux : un sondage organisé par la chaîne de magasins Waterstone’s et la chaîne Channel 4 en 1996 l’élit « plus grand livre du siècle », loin devant 1984 de George Orwell. Ce résultat est confirmé peu après par des sondages réalisés par le Daily Telegraph et la Folio Society. En 2003, Le Seigneur des anneaux arrive encore en tête d’un sondage de la BBC concernant le livre favori des sondés.

 

En France

En France, le premier à évoquer Tolkien et son roman dans une publication est Jacques Bergier, tout d’abord par une mention dans Le Matin des magiciens (1960), puis plus longuement dans Admirations, en 1970. Celui-ci recommande ensuite Le Seigneur des anneaux à Christian Bourgois, qui le fait traduire et le publie en 1972-1973. La réception de la presse est alors bonne, tant locale (Le Républicain lorrain) que nationale : Le PointLe Figaro où Jean-Louis Curtis fait l’éloge d’un livre qu’il avait proposé à la publication chez Julliard.

Par la suite, outre la citation du Seigneur des anneaux comme source de La Gloire de l’Empire, de Jean d’Ormesson (1971) et l’admiration manifestée par Julien Gracq pour un livre « où la vertu romanesque ressurgissait intacte et neuve dans un domaine complètement inattendu », ou encore celle manifestée par le père Louis Bouyer, ami personnel de Tolkien, dans ses Lieux magiques de la légende du Graal, il faut attendre vingt ans pour qu’un premier ouvrage critique, écrit par Pierre Jourde, soit publié sur Tolkien, avant ceux d’Édouard Kloczko, de Nicolas Bonnal et de Vincent Ferré. À la suite de la sortie des films de Peter Jackson, de nombreux ouvrages ont par la suite été traduits ou publiés.

Avant cette occasion, les critiques restent rares : divers articles dans la presse lors de la sortie des différentes traductions suivantes, articles commentés par Vincent Ferré comme pleins d’erreurs, un article de l’essayiste « traditionaliste » Julius Evola dans la revue Totalité qui célèbre la dimension spirituelle du livre en 1981, ou Les Cahiers de l’imaginaire l’année suivante. Les critiques littéraires rouvrent en 2001 Le Seigneur des anneaux, comme Patrick Besson, qui publie dans Le Figaro un article titré « Le Seigneur des Fachos », auquel répondent des spécialistes de Tolkien, parlant de « critiques largement réfutées ». Du reste, Le Figaro littéraire fait sa une à la même époque sur « Tolkien : le dernier des magiciens » où Jean-Marie Rouart, de l’Académie française affirme que :

« Avec le retour de Tolkien, dont le succès brave tous les ukases de la littérature expérimentale ou minimaliste, le romanesque reprend sa revanche : une orgie de féerie, un bain dans l’imaginaire le plus débridé, un abandon dans l’irrationnel. »

— Jean-Marie Rouart

 

Postérité

Forrest J Ackerman est le premier à entrer en contact avec J. R. R. Tolkien, en 1957, pour lui proposer une adaptation cinématographique du Seigneur des anneaux, alors que les ventes du livre restent confidentielles : il obtient les droits pour un an et penche pour un film en prise de vues réelle alors que l’auteur privilégie un film d’animation ; mais aucun producteur ne se montre intéressé.

Durant les années 1960 et 1970, Le Seigneur des anneaux devient la base d’un véritable phénomène : le livre est considéré comme un symbole de la contreculture. On peut citer les slogans « Frodo Lives! » (« Frodo est vivant ») ou « Gandalf for President » (« Gandalf président »), très populaires chez les fans de Tolkien durant ces deux décennies, ou les nombreuses parodies dérivées de l’œuvre, dont la plus connue est sans doute Lord of the Ringards (Bored of the Rings), écrite par des rédacteurs du Harvard Lampoon et publiée en 1969.

En plein succès, les Beatles cherchent à monter une adaptation cinématographique sur l’impulsion de John Lennon ; ils s’accordent à ce que ce dernier joue le rôle de Gollum, Paul McCartney celui de Frodo, George Harrison celui de Gandalf et Ringo Starr celui de Sam ; Heinz Edelmann, qui travaille alors pour le quatuor sur leur film d’animation Yellow Submarine, imagine « un genre d’opéra, une sorte d’impression opératique […] une distillation de l’ambiance et de l’histoire qui n’aurait pas suivi chaque recoin de l’intrigue » ; mais Stanley Kubrick décline la proposition de réaliser ce projet et J. R. R. Tolkien n’est pas séduit par l’idée.

Le studio United Artists achète les droits d’adaptation en 1969 pour 250 000 dollars : John Boorman est chargé de mener le projet et collabore avec Rospo Pallenberg ; les Beatles sont toujours envisagés par le studio dans le rôle des Hobbits ; mais le scénario élaboré est finalement rejeté par United Artists, ainsi que par d’autres studios dont Disney. Boorman et Pallenberg s’inspirent cependant de leur travail pour produire Excalibur (1981).

Le succès populaire du Seigneur des anneaux a pour effet d’étendre la demande pour la science-fiction et la fantasy. L’évolution de ce genre dans les années 1960 et 1970 est largement due au Seigneur des anneaux. Un grand nombre de livres dans la même veine sont alors publiés, comme Le Cycle de Terremer de Ursula K. Le Guin ou les livres de Shannara de Terry Brooks.

L’industrie du jeu de rôle a aussi été fortement marquée par Le Seigneur des anneaux : Donjons et Dragons, l’ancêtre du genre, inclut de nombreuses races issues du roman : hobbits, elfes, nains, demi-elfes, orques et dragons. Gary Gygax, principal créateur du jeu, maintient cependant n’avoir été que peu influencé par Tolkien, n’ayant inclus ces éléments que pour rendre son jeu plus populaire. L’univers de Tolkien a connu deux adaptations directes en jeu de rôle, la première en 1984 (JRTM, édité par Iron Crown Enterprises), la seconde à la suite de l’adaptation de Peter Jackson, en 2002 (Jeu de rôle du Seigneur des Anneaux, édité par Decipher).

Le livre a également influencé de nombreux musiciens. Le groupe de rock anglais Led Zeppelin a composé plusieurs morceaux qui font explicitement référence au Seigneur des anneaux : Ramble On (sur Led Zeppelin II), The Battle of Evermore et Misty Mountain Hop (sur Led Zeppelin IV), et Over the Hills and Far Away (sur Houses of the Holy). Le Seigneur des anneaux est souvent considéré comme ayant eu une influence directe sur Stairway to Heaven, la plus célèbre composition du groupe, mais Robert Plant a déclaré qu’il n’en était rien. Le musicien suédois Bo Hansson   consacre l’intégralité de Music Inspired by Lord of the Rings, son premier album, au livre de Tolkien. Mirage, le second album du groupe Camel, contient trois morceaux inspirés par le livre (NimrodelThe Procession et The White Rider). Le pseudonyme de Steve Peregrin Took, percussionniste du groupe T. Rex, vient du nom du hobbit Peregrin Touc. Le groupe de rock progressif canadien Rush a été également influencé par l’œuvre de Tolkien, avec la chanson Rivendell, par exemple.

L’œuvre de Tolkien a beaucoup inspiré les groupes de metal. La quasi-totalité de la discographie du groupe Summoning se fonde sur celle-ci. Le groupe de power metal allemand Blind Guardian a composé un grand nombre de morceaux contenant des références à l’œuvre de Tolkien. Plusieurs groupes, comme Burzum, Gorgoroth ou Amon Amarth tirent leurs noms de termes forgés par J. R. R. Tolkien, en général associés au Mordor : le terme burzum (qui apparaît dans les vers gravés sur l’Anneau unique) signifierait « ténèbres » en noir parler, Gorgoroth est le nom d’une région du Mordor, et Amon Amarth est le nom sindarin du Mont Destin.

 

L’univers

L’histoire du Seigneur des anneaux se déroule sur la Terre du Milieu, principal continent d’Arda, univers créé de toutes pièces par l’auteur. J. R. R. Tolkien appelle ce travail littéraire « sous-création » (aussi traduit par « subcréation »). En réalité, Le Seigneur des anneaux n’a pas lieu sur une autre planète ou dans une autre dimension : il s’agit simplement d’un « passé imaginaire » de la Terre :

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L’univers de la Terre du Milieu

« J’ai construit, je le crois, une époque imaginaire, mais quant au lieu j’ai gardé les pieds sur ma propre Terre maternelle. Je préfère cela à la mode moderne qui consiste à rechercher des planètes lointaines dans « l’espace ». Quoique curieuses, elles nous sont étrangères, et l’on ne peut les aimer avec l’amour de ceux dont nous partageons le sang. »

— Lettre no 211 à Rhona Beare (14 octobre 1958)

Ce « passé imaginaire » est décrit avec une précision chirurgicale par son créateur, qui va jusqu’à réécrire des passages entiers du Seigneur des anneaux afin que les phases de la lune soient cohérentes. La géographie du récit a été soigneusement élaborée par l’auteur : « J’ai commencé, avec sagesse, par une carte, à laquelle j’ai subordonné l’histoire (globalement en apportant une attention minutieuse aux distances). Faire l’inverse est source de confusion et de contradictions. ». Les trois cartes que comprend Le Seigneur des anneaux (la carte générale, celle du Comté et celle représentant le Gondor, le Rohan et le Mordor à grande échelle) ont été dessinées par Christopher Tolkien d’après des croquis de son père.

Tolkien a doté la Terre du Milieu d’une histoire propre, de la création du monde à la naissance des hommes en passant par celle des Elfes et des Nains. Cette histoire, qui n’apparaît qu’en retrait dans le texte du livre, à travers les nombreuses allusions qui y sont faites et les poèmes qui émaillent le récit, est détaillée dans les Appendices, ainsi que dans Le Silmarillion. Elle sous-tend néanmoins Le Seigneur des anneaux tout entier, lui conférant une grande profondeur. Comme son auteur le reconnaît lui-même :

« Une partie de l’attrait du Seigneur des anneaux est due, je pense, aux aperçus d’une vaste Histoire qui se trouve à l’arrière-plan : un attrait comme celui que possède une île inviolée que l’on voit de très loin, ou des tours d’une ville lointaine miroitant dans un brouillard éclairé par le soleil. S’y rendre, c’est détruire la magie, à moins que n’apparaissent encore de nouvelles visions inaccessibles. »

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Menaçantes montagnes de Mordor

— Lettre no 247 au colonel Worskett (20 septembre 1963)

Pour maintenir cette fiction historique, Tolkien prétend ne pas être l’auteur du Seigneur des anneaux, mais simplement son traducteur et éditeur, sa source étant le fictif Livre Rouge de la Marche de l’Ouest, c’est-à-dire les mémoires de Bilbo, qui forment Le Hobbit, et de Frodo, qui constituent Le Seigneur des anneaux. Par un procédé de mise en abyme, la page de titre de ce Livre Rouge est visible dans le dernier chapitre du Seigneur des anneaux, « Les Havres Gris » : il s’intitule La Chute du Seigneur des anneaux et le Retour du Roi.

La richesse du développement de la Terre du Milieu se voit aussi dans des domaines plus inattendus. Elle est peuplée de nombreuses créatures plus ou moins fantastiques, des mouches du Mordor aux trolls des cavernes. L’auteur s’est également soucié de la flore d’Arda dont l’elanor ou le mallorn sont les exemples les plus évidents. Pour ce qui est de l’astronomie, si les constellations et les planètes visibles dans le ciel nocturne sont les mêmes que les nôtres, elles reçoivent de nouveaux noms : par exemple, la Grande Ourse devient Valacirca, la « Faucille des Valar », et la planète Mars   devient Carnil, « la Rouge ». Cette polyvalence ne va pas sans poser quelques problèmes à Tolkien, bien en peine de répondre à toutes les demandes de ses lecteurs :

« … beaucoup réclament comme vous des cartes, d’autres veulent des indications sur la géologie plutôt que sur les lieux ; beaucoup veulent des grammaires et phonologies elfiques et des exemples ; certains veulent de la métrique et de la prosodie […] Les musiciens veulent des mélodies et une notation musicale ; les archéologues veulent des précisions sur la céramique et la métallurgie. Les botanistes veulent une description plus précise des mallorn, elanor, niphredil, alfirin, mallos et symbelmynë ; et les historiens veulent davantage de détails sur la structure sociale et politique du Gondor ; ceux qui ont des questions plus générales veulent des informations sur les Chariotiers, le Harad, les origines des Nains, les Morts, les Béorniens et les deux mages (sur cinq) disparus. »

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Conception des langues et d’alphabets de fiction qui jouent un rôle central dans la Terre du Milieu

Le travail de Tolkien débute par la création de langues puis la mise en place d’un décor et de personnages parlant ces langues, élaborées pendant plus de soixante ans. Au début, les récits sont en quelque sorte là pour donner de la crédibilité aux langues et rendre leur existence plus vraisemblable : à un fâcheux, Tolkien répond que Le Seigneur des anneaux est « une tentative pour créer une situation dans laquelle on pourrait avoir comme phrase de salutation habituelle elen síla lúmenn’ omentielmo, et que cette phrase précédait de beaucoup le livre ». Il s’agit clairement d’une exagération : l’expression elen síla lúmenn’ omentielmo, qui signifie « une étoile brille sur l’heure de notre rencontre », n’est apparue qu’au cours de la rédaction du livre. Cette anecdote permet toutefois de saisir l’importance des langues dans l’œuvre de Tolkien, qu’il qualifie lui-même « d’inspiration fondamentalement linguistique».

 

 

Adaptations

 

Films

Après un premier projet de dessin animé avorté, dont le scénario a été abondamment commenté par Tolkien, suivi de tentatives plus ou moins abouties par les Beatles ou John Boorman, la première adaptation du Seigneur des anneaux sur grand écran sort en 1978. Ce film d’animation, réalisé par Ralph Bakshi, ne couvre qu’une partie du récit : il s’arrête à la bataille de la Ferté-au-Cor. Le réalisateur néo-zélandais Peter Jackson a réalisé une seconde adaptation, intégrale, dont les trois volets sont sortis en salles entre 2001 et 2003.

En 2014 la chaine Arte diffuse À la recherche du Hobbit, une série documentaire en cinq épisodes de 26 minutes, produite par Yannis Metzinger et Alexis Metzinger, et réalisée par Olivier Simonnet. La série amène le spectateur aux sources des légendes et des inspirations qui ont mené J. R. R. Tolkien à écrire les romans du Hobbit et du Seigneur des anneaux.

 

Série télévisée

En novembre 2017, Amazon acquiert les droits TV mondiaux du Seigneur des anneaux et annonce la production d’une série médiéval-fantastique adaptée

 

Radio

Deux versions radiophoniques du Seigneur des anneaux ont été produites par la BBC, en 1955 et en 1981. La première s’est faite sous le regard de Tolkien, qui a échangé une correspondance volumineuse avec le producteur Terence Tiller, tandis que la seconde, réalisée par Brian Sibley et Michael Bakewell, est généralement considérée comme la plus fidèle74. Une troisième adaptation a été réalisée aux États-Unis en 1979.

 

Jeux

De nombreux jeux sont adaptés de l’univers du Seigneur des anneaux. En premier lieu, plusieurs jeux de rôle en ont été directement dérivés, notamment par Iron Crown Enterprises (JRTM) et Decipher (Jeu de rôle du Seigneur des Anneaux). Par la suite, de nombreux jeux vidéo se sont inspirés de l’œuvre, ainsi que des jeux de société et de figurines. Les années 2000 ont connu une accentuation du phénomène à la suite du succès des adaptations cinématographiques de Peter Jackson.

 

Musique

Dès 1965, Donald Swann met en musique six poèmes du Seigneur des anneaux et un des Aventures de Tom Bombadil, avec l’approbation de Tolkien, qui suggère un arrangement en plain-chant pour le Namárië. Les chansons sont publiées en 1967 dans le recueil The Road Goes Ever On: A Song Cycle, auquel Tolkien contribue en produisant des calligraphies des poèmes Namárië et A Elbereth Gilthoniel. La même année paraît chez Caedmon Records un enregistrement des chansons par William Elvin au chant et Donald Swann au piano.

Entre 1984 et 1988, le compositeur néerlandais Johan de Meij écrit sa Symphonie no 1 « Le Seigneur des anneaux » pour orchestre d’harmonie en cinq mouvements. Elle est créée le 15 mars 1988 à Bruxelles sous la direction de Nobert Nozy. En 2001, De Meij l’adapte pour orchestre symphonique, et cette nouvelle version est créée la même année par l’Orchestre philharmonique de Rotterdam.

L’ensemble danois du Tolkien Ensemble a publié quatre albums entre 1997 et 2005 qui reprennent l’intégralité des poèmes du Seigneur des anneaux, parfois avec la participation de l’acteur Christopher Lee.

 

Bibliographie

 

  1. R. R. Tolkien(trad. de l’anglais par Daniel Lauzon, ill. Alan Lee), Le Seigneur des Anneaux[« The Lord of the Rings »], vol. 1 : La Fraternité de l’Anneau, Christian Bourgois, 2014, 2268-3 éd. (1re éd. 1954), 515 p., broché
  2. R. R. Tolkien (trad. de l’anglais par Daniel Lauzon, ill. Alan Lee), Le Seigneur des Anneaux[« The Lord of the Rings »], vol. 2 : Les Deux Tours, Christian Bourgois, 2015, 2304-2 éd. (1re éd. 1954), 427 p., broché
  3. R. R. Tolkien (trad. de l’anglais par Daniel Lauzon, ill. Alan Lee), Le Seigneur des Anneaux[« The Lord of the Rings »], vol. 3 : Le Retour du Roi, Christian Bourgois, 2016, 2337e éd. (1re éd. 1955), 517 p., broché
  4. R. R.Tolkien(trad. Francis Ledoux, Tina Jolas), Le Seigneur des anneaux [« The Lord of the Rings »]

Humphrey Carpenter (trad. Pierre Alien), J. R. R. Tolkien, une biographie [« J. R. R. Tolkien: A biography »], Pocket, coll. « Littérature – Best », novembre 2004, 320 p.

Vincent Ferré, Tolkien : sur les rivages de la Terre du Milieu, Pocket, coll. « Agora », 2002, 354 p. .

Vincent Ferré (dir.), Tolkien, trente ans après (1973 – 2003), Christian Bourgois, 2004

J.R.R.. Tolkien, Christopher Tolkien et Humphrey Carpenter (trad. Delphine Martin et Vincent Ferré), Lettres [« Letters of J.R.R. Tolkien »]

 

Source Wikipédia

ECRIVAIN ANGLAIS, JOHN RONALD REUEL TOLKIEN (1892-1973), LITTERATURE, LITTERATURE BRITANNIQUE, LIVRES, ROMAN, ROMANS

John Ronald Reuel Tolkien (1892-1973)

John Ronald Reuel Tolkien

Nationalité : Royaume-Uni
Né(e) à : Bloemfontein (Afrique du Sud) , le 03/01/1892
Mort(e) à : Bournemouth , le 02/09/1973

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Biographie :

John Ronald Reuel Tolkien, plus connu sous sa signature : J. R. R. Tolkien, est un écrivain, poète, philologue et professeur d’université anglais.

Il est principalement connu en tant qu’auteur des romans de high fantasy « Bilbo le Hobbit » et « Le Seigneur des anneaux ».

Tolkien est professeur d’anglo-saxon à l’université d’Oxford (Pembroke) de 1925 à 1949, et professeur de langue et de littérature anglaise à Merton de 1945 à 1959. Durant sa carrière universitaire, il défend l’apprentissage des langues, surtout germaniques, et bouleverse l’étude du poème anglo-saxon Beowulf avec sa conférence « Beowulf : Les Monstres et les Critiques » (1936). Son essai « Du conte de fées » (1939) est également considéré comme un texte crucial dans l’étude de ce genre littéraire.

Ami proche de C. S. Lewis, qui fut plus tard l’auteur de la série du « Monde de Narnia », il est, comme lui, membre du groupe littéraire connu sous le nom d’Inklings. Tolkien est nommé commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique par la reine Élisabeth II le 28 mars 1972.

Après sa mort, son troisième fils Christopher publie plusieurs ouvrages basés sur les nombreuses notes et manuscrits inédits de son père, dont « Le Silmarillion ».

Avec « Bilbo le Hobbit » et « Le Seigneur des anneaux », ces livres forment un ensemble inspiré des légendes germaniques et celtiques, de récits, poèmes, essais et langues, concernant le monde imaginaire d’Arda, dont la Terre du Milieu est le continent principal. Dans les années 1950, Tolkien donne le nom de legendarium à ces écrits.

Ses ouvrages ont eu une influence majeure sur les écrivains de fantasy ultérieurs. En 2008, le Times l’a classé sixième d’une liste des « 50 plus grands écrivains britanniques depuis 1945 ». Ses romans « Le Hobbit » et « Le Seigneur des anneaux » ont connus des adaptations réalisées par Peter Jackson. Elles ont rencontré un grand succès, tant populaire que critique avec 17 Oscars (sur 36 nominations).

Bibliographie de J.R.R. Tolkien

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Par bibliographie, on entend tout ouvrage, texte ou recueil d’écrits ou d’illustrations de J.R.R. Tolkien, publiés avant ou après 1973, date de sa mort. Pour des raisons de simplicité, les ouvrages ayant trait à la Terre du Milieu ont été séparés du reste des contributions et présentés en deux sections : ouvrages publiés de son vivant et les ouvrages posthumes. Les autres ouvrages sont eux présentés par type (contes, réécritures, traductions, essais universitaires, etc.).

Le sigle (en) signifie que l’ouvrage ou le texte n’a pas été traduit en français.

 Ouvrages portant sur la Terre du Milieu

Ouvrages publiés de son vivant

1937 : Le Hobbit (The Hobbit, or there and back again).

1969 — traduction de Francis Ledoux : Bilbo le Hobbit.

2012 — traduction de Daniel Lauzon : Le Hobbit.

1954–1955 : Le Seigneur des Anneaux (The Lord of the Rings : The Fellowship of the Ring & The Two Towers en 1954 ; The Return of the King en 1955).

1972-1973 — traduction de Francis Ledoux : Le Seigneur des Anneaux.

La Communauté de l’Anneau.

Les Deux Tours.

Le Retour du Roi.

2014-2016 — traduction de Daniel Lauzon : Le Seigneur des Anneaux.

La Fraternité de l’Anneau.

Les Deux Tours.

Le Retour du Roi.

1962 : Les Aventures de Tom Bombadil (The Adventures of Tom Bombadil), traduit par Dashiell Hedayat (1975), revue par Céline Leroy (2003).

2014 : (en) The Adventures of Tom Bombadil Extended Edition, version étendue du volume The Adventures of Tom Bombadil publiée de façon posthume par Wayne Hammond & Christina Scull.

1965 : Il était une fois (Once Upon A Time), poème sur Tom Bombadil non intégré à The Adventures of Tom Bombadil et publié dans Winter’s Tales for Children 1, traduit par Stéphanie Loubechine.

2013 : Tom Bombadil’s Last Song: Tolkien’s “Once Upon A Time” in Tolkien Studies volume 10, réédition du poème Once Upon A Time et commentaire par Kris Swank.

1967 : (en) The Road Goes Ever On : A Song Cycle, édité en collaboration avec Donald Swann.

 

Ouvrages posthumes

Textes

1974 : L’Album de Bilbo (Bilbo’s Last Song), illustré par Pauline Baynes, traduit par Pierre de Laubier (1991).

1975 : (en) Guide to the Names in the Lord of the Rings — édité par Christopher Tolkien dans A Tolkien Compass de Jared Lobdell

2006 : Réédition sous le titre Nomenclature of the Lord of the Rings — éditée par Christina Scull & Wayne Hammond dans The Lord of the Rings, A Reader’s Companion

1977 : Le Silmarillion (The Silmarillion) — édité par Christopher Tolkien, traduit par Pierre Alien (1978).

1980 : Contes et légendes inachevés (Unfinished Tales) — édité par Christopher Tolkien, traduit par Tina Jolas (1982).

Le Premier Âge.

Le Second Âge.

Le Troisième Âge.

1983–1995 : L’Histoire de la Terre du Milieu (The History of Middle-earth) — édité par Christopher Tolkien.

1983 : Le Livre des Contes Perdus (The Book of Lost Tales), traduit par Adam Tolkien (1995).

1984 : Le Second Livre des Contes Perdus (The Book of Lost Tales 2), traduit par Adam Tolkien (1998).

1985 : Les Lais du Beleriand (The Lays of Beleriand), traduit par Daniel Lauzon & Elen Riot (2006).

1986 : La Formation de la Terre du Milieu (The Shaping of Middle-earth), traduit par Daniel Lauzon (2007).

1987 : La Route perdue (The Lost Road and Other Writings), traduit par Daniel Lauzon (2008).

2009 : Les Étymologies1), traduit par Daniel Lauzon (oct. 2008).

1988 : (en) The Return of the Shadow.

1989 : (en) The Treason of Isengard.

1990 : (en) The War of the Ring.

1992 : (en) Sauron Defeated.

1993 : (en) Morgoth’s Ring.

1994 : (en) The War of the Jewels.

1995 : (en) The Peoples of Middle-earth.

2007 : Les Enfants de Húrin (The Children of Húrin) — édité par Christopher Tolkien, traduit par Delphine Martin (fév. 2008).

2007 : (en) The History of The Hobbit, vol. 1: Mr. Baggins et vol. 2: Return to Bag-End — édité par John D. Rateliff.

2017 : Beren et Lúthien (Beren and Lúthien) — édité par Christopher Tolkien, traduit par Adam Tolkien, Elen Riot et Daniel Lauzon (oct. 2017).

2018 : La Chute de Gondolin (The Fall of Gondolin) — édité par Christopher Tolkien, traduit par Tina Jolas, Daniel Lauzon et Adam Tolkien (avr. 2019).

Illustrations

1976 : (en) Drawings of J.R.R. Tolkien – édité par Ian Lowe & Lady Diana Caroline Caithness.

1979 : Peintures et Aquarelles de J.R.R. Tolkien (Pictures by J.R.R. Tolkien) — édité par Christopher Tolkien, traduit par Adam Tolkien (1994).

1995 : J.R.R. Tolkien : Artiste & Illustrateur (J.R.R. Tolkien: Artist & Illustrator) — édité par Wayne Hammond & Christina Scull, traduit par Jacques Georgel (1996).

2011 : (en) The Art of the Hobbit — édité par Wayne Hammond & Christina Scull.

2015 : (en) The Art of the Lord of the Rings — édité par Wayne Hammond & Christina Scull.

2018 : Trésors de Tolkien (Tolkien: Treasures) — édité par Catherine McIlwaine, traduit par Vincent Ferré (oct. 2018).

2019 : Tolkien : Créateur de la Terre du Milieu — édité par Catherine McIlwaine (juin 2018).

2019 : Tolkien. Voyage en Terre du Milieu — édité par Vincent Ferré et Frédéric Manfrin.

 

Textes ou fragments publiés dans divers ouvrages

En français :

2014 : Fragments sur la réincarnation elfique in La Feuille de la Compagnie n°3 : Tolkien l’Effigie des Elfes.

En anglais :

(en) Vinyar Tengwar (13 numéros sur 50 reprenant des travaux de Tolkien sur ses langues imaginaires).

(en) Parma Eldalamberon (11 numéros sur 22 reprenant des travaux de Tolkien sur ses langues imaginaires).

2009 : (en) Fate and Free Will in Tolkien Studies: An Annual Scholarly Review, volume 6.

2005 : (en) The Lord of the Rings: A Reader’s Companion — Wayne G. Hammond & Christina Scull (contient de nombreux commentaires de Tolkien sur Le Seigneur des Anneaux, ainsi que la Nomenclature of the Lord of the Rings

 Autres publications

Les divers textes qui suivent ont connu une histoire de publication assez confuse, paraissant dans divers recueils, en anglais comme en français, dont le détail serait trop complexe à retracer dans le cadre de cette bibliographie qui se veut simple d’usage. Nous avons donc décidé de lister les textes plutôt que les compilations en retenant la date de leur première publication.

Concernant les éditions françaises, dans les listes qui suivent :

une obèle (†) indique que le texte a été publié dans le recueil Faërie (1974) ;

une double obèle (‡) indique que le texte a été publié dans le recueil Faërie et autres textes (2003), version révisée en augmentée de Faërie qui inclut également une version révisée des Aventures de Tom Bombadil ;

une astérisque (*) indique que le texte a été publié dans Les Monstres et les critiques (2006).

Lettres et contenu biographique

1977 : (en) J.R.R. Tolkien, une biographie — Humphrey Carpenter

1981 : (en) Lettres — édité par Humphrey Carpenter avec l’assistance de Christopher Tolkien, traduit par Delphine Martin & Vincent Ferré (2005).

1992 : The Tolkien Family Album — John Tolkien & Priscilla Tolkien

2003 : (en) Tolkien et la Grande Guerre — John Garth

2014 : (en) Tolkien at Exeter College: How an Oxford undergraduate created Middle-earth — John Garth

2017 : (en) The J.R.R. Tolkien Companion and Guide — Wayne G. Hammond & Christina Scull (contient de nombreux documents inédits, comme par exemple des extraits de lettres) 

2018 : (en) Trésors de Tolkien — Catherine McIlwaine, traduit par Vincent Ferré (2018).

2019 : (en)Tolkien : Créateur de la Terre du Milieu (catalogue de l’exposition éponyme de la Bodleian) — Catherine McIlwaine

2019 : (en) Tolkien. Voyage en Terre du Milieu (catalogue de l’exposition éponyme de la BnF) — Vincent Ferré et Frédéric Manfrin

Histoires et textes à destination des enfants

1976 : Lettres du Père Noël (The Father Christmas Letters) — édité par Baillie Tolkien, traduit par Gérard-Georges Lemaire, revue par Céline Leroy (2004).

1982 : Monsieur Merveille (Mr. Bliss), traduit par Pierre Grammont (fév. 2009).

1998 : Roverandom (Roverandom) — édité par Wayne Hammond & Christina Scull, traduit par Jacques Georgel (1999).

2018 : Conférence sur les Dragons — éditée par Wayne Hammond & Christina Scull dans l’édition Facsimile Gift Edition de The Hobbit.

Contes et poèmes

1911 : La bataille du Champ Oriental (The Battle of the Eastern Field) in The King Edward’s School Chronicle, poème parodiant The Lays of Ancient Rome de Thomas Babbington Macaulay, traduit par Damien Bador (2017).

2008 : The Battle of the Eastern Field in Mallorn volume 46 — réédition posthume et commentaire de Maggie Burns.

1922 : (en) The Clerkes Compleinte in The Gryphon, poème en moyen-anglais parodiant les textes de Chaucer et publié sous le pseudonyme de N.N.

1984 & 1986 : The Clerkes Compleinte & The Clerkes Compleinte Revisited in Arda volumes IV & VI — réédition posthume et commentaire du poème par Anders Strenström, Tom Shippey et Christopher Tolkien.

2009 : A “Clerkes Compleinte”: Tolkien and the Division of Lit. and Lang. in Tolkien Studies volume 6 — réédition posthume et commentaire par Jill Fitzgerald.

1936 : (en) Songs for the Philologists, recueil de textes en vers édité avec E.V. Gordon.

1936 : (en) Noel, poème publié dans Annual of Our Lady’s School.

1945 : Feuille, de Niggle (Leaf, by Niggle) †‡

1945 : Le Lai d’Aotrou et Itroun (The Lay of Aotrou and Itroun) in The Welsh Review volume IV, n°4.

2016 : (en) The Lay of Aotrou and Itroun — réédition posthume augmentée commentée par Verlyn Flieger

1949 : Le Fermier Gilles de Ham (Farmer Giles of Ham) †‡.

1999 : (en) Farmer Giles of Ham (50th Anniversary Edition) — version étendue publiée de façon posthume par Wayne Hammond & Christina Scull.

1953 : Le Retour de Beorhtnoth fils de Beorhthelm (The Homecoming of Beorhtnoth Beorhthelm’s Son.

1967 : Smith de Grand Wootton (Smith of Wootton Major) †‡.

2005 : (en) Smith of Wootton Major Extended Edition — version étendue publiée de façon posthume par Verlyn Flieger.

1967 : For W.H.A, in Shenandoah: The Washington and Lee University Review volume 18, n°2, poème en vieil-anglais et anglais moderne en l’honneur du 60ème anniversaire du poète W.H. Auden.

1975 : (en) Doworst publié de façon incomplète dans Monash Review volume 3.

1988 : Mythopoeia ‡.

Réécritures et traductions

1975 : (en) Sir Gawain and the Green Knight, Pearl and Sir Orfeo (traduction) — édition posthume de Christopher Tolkien.

1982 : (en) The Old English Exodus (traduction) — édition posthume de Joan Turville-Petre.

1983 : (en) Finn and Hengest: the Fragment and the Episode (traduction) — édition posthume d’Alan Bliss.

2009 : La Légende de Sigurd et Gudrún (The Legend of Sigurd and Gudrún) — édition posthume de Christopher Tolkien, traduit par Christine Laferrière (2010).

2013 : La Chute d’Arthur (The Fall of Arthur) — édition posthume de Christopher Tolkien, traduit par Christine Laferrière (2013).

2014 : (en) The Book of Jonah (traduction) — édition posthume de Brendan N. Wolfe publié dans The Journal of Inklings Studies, volume 4, n°2.

2014 : Beowulf : Traduction et commentaire (Beowulf: translation and commentary) — édition posthume de Christopher Tolkien, traduit par Christine Laferrière (2015).

2015 : (en) The Story of Kullervo — édition posthume de Verlyn Flieger.

Essais, conférences et diverses publications universitaires

1922 : (en) A Middle English Vocabulary, un glossaire de vocabulaire moyen-anglais publié comme complément au Fourteenth Century Verse and Prose, un recueil de textes moyen-anglais de Kenneth Sisam (1921).

1925 : (en) Some Contributions to Middle-English Lexicography in The Review of English Studies, volume 1, n°2.

1925 : (en) The Devil’s Coach-Horses in The Review of English Studies, volume 1, n°3.

1925 : (en) Sir Gawain and the Green Knight, co-édition avec E.V. Gordon du texte moyen-anglais.

1929 : (en) Ancrene Wisse and Hali Meiðhad in Essays and Studies by Members of the English Association.

1931 : Un vice secret (A Secret Vice)*.

2016 : (en) A Secret Vice — édition étendue posthume par Andrew Higgins et Dimitra Fimi.

1932 : (en) The Name “Nodens” in Report on the Excavation of the Prehistoric, Roman, and Post-Roman Site in Lydney Park, Gloucestershire, R.E.M. Wheeler and T.V. Wheeler.

2007 : The Name “Nodens” in Tolkien Studies volume 4 — réédition posthume.

1932 : (en) Sigelwara Land Part 1 in Medium Ævum volume 1, n°3.

1934 : (en) Sigelwara Land Part 2 in Medium Ævum volume 2, n°2.

1934 : (en) Chaucer as a Philologist: The Reeve’s Tale in Transactions of the Philological Society 1934.

2008 : Chaucer as a Philologist: The Reeve’s Tale (avec The Reeve’s Tale) in Tolkien Studies volume 5 — réédition posthume.

1936 : Beowulf : les monstres et les critiques (Beowulf: The Monsters and the Critics)*.

2002 : (en) Beowulf and the Critics — édition étendue posthume par Michael D.C. Drout.

1939 : (en) The Reeve’s Tale: Version Prepared for Recitation at the ‘Summer Diversions’, publication privée (?).

2008 : The Reeve’s Tale (avec Chaucer as a Philologist: The Reeve’s Tale) in Tolkien Studies volume 5 — réédition posthume.

1940 : Traduire Beowulf (On Translating Beowulf ou Prefatory Remarks on Prose Translation of ‘Beowulf’)*.

1944 : (en) Sir Orfeo, édition du texte moyen-anglais.

2004 : “Sir Orfeo”: A Middle English Version in Tolkien Studies volume 1 — réédition posthume de Carl Hostetter.

1947 : Du Conte de Fées (On Fairy-Stories)†‡*.

2008 : (en) Tolkien On Fairy-stories — édition étendue posthume par Douglas Anderson & Verlyn Flieger.

1947 : (en) “iþþlen” in Sawles Warde in English Studies, co-écrit par Simonne d’Ardenne.

1948 : (en) MS. Bodley 34: A re-collation of a collation in Studia Neophilologica volume 20, n°1—2, co-écrit avec Simonne d’Ardenne.

1953 : (en) Middle English ‘Losenger’ in Essais de philologie moderne (1951).

1953 : Essai sur Sire Gauvain et le Chevalier vert (Sir Gawain and the Green Knight)*.

1962 : (en) Ancrene Wisse: The English Text of the Ancrene Riwle, édition du texte.

1963 : L’anglais et le gallois (English and Welsh)*.

1979 : Discours d’adieu à l’université d’Oxford (Valedictory Adress to the University of Oxford)* — édition posthume de Christopher Tolkien.

2010 : (en) Essays on Kalevala in ‘The Story of Kullervo’ and Essays on KalevalaTolkien Studies volume 7 — édition posthume de Verlyn Flieger (réédité en 2015 dans The Story of Kullervo).

2019 : (en) Tolkien’s Lost Chaucer — édition posthume de John M. Bowers

Divers

1923 : (en) Henry Bradley, 3 Dec. 1845-23 May 1923, nécrologie de Henry Bradley, superviseur de Tolkien lors de son travail à l’Oxford English DictionaryBulletin of the Modern Humanities Research Association, octobre 1923.

2015 : Henry Bradley, 3 Dec. 1845-23 May 1923 in Tolkien Studies volume 12 — réédition posthume avec un commentaire de Tom Shippey et Peter Gilliver.

1932 : (en) A Philologist on Esperanto in The British Esperantist, volume 28 ; lettre de Tolkien au secrétaire du comité éducatif de l’association britannique espérantiste.

2000 : Tolkien and Esperanto in SEVEN: An Anglo-American Literary Review, volume 17 — réédition posthume avec un commentaire de Arden R. Smith et Patrick Wynne.

2017 : Tolkien and Esperanto in J.R.R. Tolkien the Esperantist. Before the arrival of Bilbo Baggins d’Oronzo Cilli — réédition de la contribution précédente de Arden R. Smith et Patrick Wynne.

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CATHEDRALE DE PARIS, ECRIVAIN ANGLAIS, KEN FOLLETT (1949-...), LITTERATURE BRITANNIQUE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, NOTRE-DAME, NOTRE-DAME DE PARIS

Notre-Dame de Paris par Ken Follett

Notre-Dame

Ken Follett

Paris, Robert Laffont, 2019. 73 pages.

Notre-Dame

Tout ce que Ken Follett a mis dans « Notre-Dame »

D’abord « stupéfait » et « chaviré », Follett, l’émotion passée, s’est mis à raconter sa nuit du drame, et quelques épisodes marquants de l’histoire de Notre-Dame de Paris.

 

« Si les murs ne sont pas tombés, c’est qu’ils sont encore suffisamment forts. Suffisamment forts pour commencer la reconstruction. Aujourd’hui, je note la présence de grues. Ce qui veut dire que le travail énorme a déjà commencé. Ce sera difficile, mais pas impossible, du moins, je l’espère. » Ken Follett, deux mois après le drame, confiait, en ces termes, au micro de RTL « la tragédie » qu’avait été pour lui la nuit de l’embrasement de Notre-Dame. Au lendemain de ce traumatisme survenu le lundi 15 avril 2019, à la demande de son éditrice française, le maître ès cathédrales, auteur de la trilogie Les Piliers de la terre et Une colonne de feu, s’est attelé à lui dédier un petit livre. Les droits d’auteur et les bénéfices de ce récit, dont 100 000 euros versés par l’éditeur britannique Pinguin, seront reversés pour sa reconstruction à la Fondation du patrimoine.

 

Ce que Follett a choisi de mettre dans son Notre-Dame  ? De l’histoire, de l’héroïsme, des envolées, et une bonne dose d’humour british, fidèle à son habitude, dont voici 5 temps forts :

Tweet nocturne « Le tweet qui a suscité la réaction la plus sincère des abonnés cette nuit-là disait simplement : Français, Françaises, nous partagons votre tristesse. J’aurais dû écrire nous partageons, avec un e, mais personne ne m’en a fait grief. »

La taille, ça compte : « La cathédrale était trop petite en 1163. La population parisienne s’accroissait. Sur la rive droite du fleuve, le commerce prenait un essor sans égal dans le reste de l’Europe médiévale, tandis que, sur la rive gauche, l’université attirait des étudiants de nombreux pays. Entre les deux, sur une île du fleuve, se dressait la cathédrale, et l’évêque Maurice de Sully regrettait qu’elle ne fût pas plus grande. »

La victoire de Hugo : « Les descriptions dithyrambiques de Victor Hugo, bouleversé par la beauté de Notre-Dame, et ses protestations outragées à propos de son état d’abandon émurent les lecteurs de son livre. Ce best-seller mondial attira touristes et pèlerins vers la cathédrale, et le bâtiment délabré qu’ils découvrirent fit honte à la ville. L’indignation d’Hugo fut contagieuse. Le gouvernement décida d’agir. »

Viollet-le-Duc et des reproches : « Ses gargouilles n’étaient pas très médiévales. […] Le déambulatoire et ses chapelles étaient, déclara-t-on, surchargés de décors, un curieux reproche à faire à une cathédrale gothique, un peu comme si on regrettait qu’une robe de soirée soit trop jolie. […] Pis encore, la nouvelle flèche était résolument moderne. »

De Gaulle le magnifique, en 1944 : « Ayant atteint la place de la Concorde, de Gaulle d’approchait d’une Hotchkiss décapotable – une voiture de luxe de fabrication française – qui l’attendait pour le conduire à Notre-Dame, quand on entendit des coups de feu. Des milliers de spectateurs se jetèrent à plat ventre. […] De Gaulle demeura impavide. Il ne se baissa pas, ne se mit pas à couvert et n’interrompit même pas sa progression majestueuse. […] Ce fut un chef-d’œuvre de théâtre politique. »

 

Ken Follett (1949-…)

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Nationalité : Royaume-Uni 
Né(e) à : Cardiff, Pays de Galles , le 05/06/1949

Ken Follett est un écrivain gallois spécialisé dans les romans d’espionnage et historiques.

Il fait des études de philosophie à l’University College de Londres dont il sort titulaire d’une licence en 1970. En septembre 1970, il entreprend les études de journaliste et obtient le diplôme après un cours accéléré de trois mois. Il commence à travailler en tant que reporter au « South Wales Echo » à Cardiff et ensuite travaillera pour l’ « Evening News » à Londres. N’étant pas arrivé à être un reporter d’investigation reconnu, Ken Follett se met à écrire des romans de fiction la nuit et pendant les week-ends ; en 1974, il quitte définitivement ses emplois de journaliste et rejoint les éditions « Everest Books ».

Ses ouvrages littéraires, rédigés après ses heures de travail, l’ont amené à publier plusieurs livres se vendant relativement bien et ce, grâce aux conseils de son agent littéraire. Puis arrive enfin LE roman à succès « Eye of the Needle » (L’Arme à l’œil), par lequel Follett acquiert le statut d’auteur reconnu ; le livre publié en 1978 gagna le Prix Edgar et fut vendu à plus de 10 millions d’exemplaires. Il déménage ensuite à Grasse en France où il vit pendant trois ans avec sa famille. 

De retour en Angleterre en 1982, il s’installe à Surrey et travaille pour le Parti travailliste. Il rencontre la secrétaire du parti, Barbara Broer, qu’il épousera en 1985. Il est déjà père de deux enfants issus d’un premier mariage, de 1968 à 1985.

En 1989, il publie un roman historique, « Les Piliers de la Terre » (The Pillars of the Earth). Deux suites, intitulées « Un monde sans fin » (World Without End) et « Une colonne de feu » (A Column of Fire), sont parues en 2007 et 2017. « Les Piliers de la Terre » a été vendu à 15 millions d’exemplaires à travers le monde, ce qui en fait un best-seller. 

La technique narrative mise au point par Ken Follett est parfaitement contemporaine, elle s’apparente à l’écriture du cinéma et des séries télévisées. Les effets narratifs sont très visuels avec des descriptions détaillées, la psychologie des personnages est aisément mémorisable, et le découpage s’accélère progressivement jusqu’au dénouement final.
Ken Follett ne s’est pas cantonné à un genre ni à une époque, outre des romans d’espionnage comme « Le Réseau Corneille » et des fresques historiques, il a signé des thrillers très actuels.

ECRIVAIN ANGLAIS, LITTERATURE BRITANNIQUE, Vidiadhar Surajprasad Naipaul (1932-2018)

Vidiadhar Surajprasad Naipaul (1932-2018)

 

Vidiadhar Surajprasad Naipaul (1932-2018)

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Sir Vidiadhar Surajprasad Naipaul, plus connu sous la signature V. S. Naipaul, né en août 1932 à Chaguanas (Trinité et Tobago) et mort le 11 août à Londres (Royaume-Uni). C’était un écrivain britannique, lauréat du prix Noble de littérature en 2001.

 

Biographie

Né à Trinitad dans une famille d’ascendance hindoue (ses ancêtres provenaient de l’Inde du Nord et ont émigré vers les Antilles afin de remplacer, sur les plantations, les esclaves noirs affranchis à partir de 1834), Vidiadhar Surajprasad Naipaul se rend à 18 ans en Angleterre pour suivre des études littéraires. Il obtient une licence de lettres au University College d’Oxford en 1953 et devient journaliste, collaborant avec plusieurs magazines. Il assure également une chronique littéraire pour la BBC

Il se consacre ensuite à l’écriture de romans et de nouvelles   mais publie aussi des récits documentaires.

Ses premiers romans se déroulent aux Antilles. Le Masseur mystique (The Mystic Masseur, 1957) et The Suffrage of Elvira (1958) qui ont pour cadre la Trinidad, exposent les ravages causés par des politiciens locaux incultes et cyniques. Le recueil de nouvelles Miguel Street (1959) révèle son talent d’humoriste et de peintre du quotidien dans une série de vignettes inspirées de Rue de la sardine de John Steinbeck. Il met en scène plusieurs habitants d’un quartier populaire de Port-of-Spain, illuminés, rusés, attachants ou hauts en couleur mais aliénés par la pensée coloniale.  Naipaul connaît ensuite un énorme succès avec Une maison pour Monsieur Biswas (A House for Mr. Biswas, 1961), roman biographique inspiré par la figure de son père. Dans La Traversée du milieu (The Middle Passage, 1962), il livre plusieurs brefs aperçus des sociétés postcoloniales britannique, française et néerlandaise aux Caraïbes et de leur dérive vers une américanisation galopante.

Écrivain cosmopolite, Naipaul élargit ensuite son champ d’inspiration géographique, évoquant les effets pervers de l’impérialisme américain et du nationalisme dans le tiers monde, notamment dans Guérilleros (Guerillas, 1975) et À la courbe du fleuve (A Bend in a River, 1979), comparé à l’époque par certains critiques au Cœur des Ténèbres Heart of Darkness) de Joseph Conrad.

L’auteur relate ses impressions de voyage en Inde dans L’Inde : un million de révoltes (India: A Million Mutinies Now, 1990) et livre une analyse critique et désabusée de l’intégrisme musulman dans les pays non arabes comme l’Indonésie, l’Iran, la Malaisie, et le Pakistan et le  am (Among the Believers, 1981) puis Jusqu’au bout de la foi(Beyond Belief, 1998).

Son roman L’Énigme de l’arrivée (The Enigma of Arrival, 1984) et son recueil de nouvelles Un chemin dans le monde (A Way in the World, 1994) sont largement autobiographiques. Dans le premier, Naipaul relate avec le souci d’un anthropologue le déclin puis l’anéantissement d’un domaine du sud de l’Angleterre et de son propriétaire : événement qui reflète l’effondrement de la culture colonialiste dominante dans les sociétés européennes. Le second évoque le mélange des traditions antillaise et indienne et de la culture occidentale que l’auteur découvrit lorsqu’il s’installa en Angleterre. Le recueil Letters Between a Father and Son (1999) replace dans un contexte intime la relation trouble avec son père Seepersad Naipaul, journaliste et auteur de Port of Spain Les ouvrages de Naipaul n’hésitent pas à pointer les ravages de la corruption politique et de l’aliénation au fondamentalisme dans les États postcoloniaux. Souvent, ses œuvres ont désespéré les tiers-mondistes et la critique littéraire qui lui reprochaient leur pessimisme et leur point de vue conservateur, voire raciste. Edward Said et Derek Walcott les ont même qualifiées de néo-colonialistes. Maintenant, nombreux sont ceux qui ont reconnu leur triste caractère prémonitoire. L’auteur a affirmé, quant à lui, ne s’en tenir qu’à la rigueur de ses observations et à l’authenticité des témoignages recueillis, niant avoir des opinions politiques car « celles-ci sont préjudiciables. ». Il a pourtant parlé de l’ancien premier ministre Tony Blair comme d’un « pirate à la tête d’une révolution socialiste » qui a « détruit toute idée de civilisation en Grande-Bretagne » ayant laissé libre cours à une « insupportable culture de la plèbe. »

En mai 2011, il tient, dans une interview, des propos jugés misogynes : « Les femmes écrivains sont différentes […] Je lis un extrait de texte et en un paragraphe ou deux, je sais si c’est de la main d’une femme ou non. Je pense que ce n’est pas à mon niveau », ajoutant qu’aucune d’elles, y compris Jane Austen n’a la compétence pour écrire car trop « sentimentales » et empêtrées dans leur condition.

Naipaul est reconnaissable pour un style singulier, alliant le réalisme documentaire à une vision satirique du monde contemporain. Moraliste et tourmondiste éloigné des modes littéraires, l’écrivain se saisit au plus près du réel et donne à sa matière historique et ethnique une forme romanesque qui perpétue la tradition des Lettres persanes dans le besoin d’exprimer, avec l’approche d’un conteur, les disparités culturelles et politiques d’une société mondiale marquée par l’instabilité et le chaos. Il a aussi été rapproché de Conrad pour sa peinture de l’effondrement des empires coloniaux.

Naipaul a reçu plusieurs prix littéraires dont en 2001 le prix Nobel de littérature, « pour avoir mêlé narration perceptive et observation incorruptible dans des œuvres qui nous condamnent à voir la présence de l’histoire refoulée. ».

 

Œuvre

 Romans et nouvelles

The Mystic Masseur (1957)

Publié en français sous le titre Le Masseur mystique, traduit par Marie-Lise Marlière, Paris, Gallimard, 1965 ; réédition, Paris, 10/18 no 2468, 1994 ; réédition, Paris, Grasset, « Les Cahiers rouges », 2009

The Suffrage of Elvira (1958)

Miguel Street (1959)

Publié en français sous le titre Miguel Street, traduit par Pauline Verdun, Paris, Gallimard, « Du monde entier », 1971 ; réédition, Paris, 10/18 no 2530, 1994 ; réédition, Paris, Gallimard, « L’Imaginaire » no 410, 1999 ; réédition dans une traduction révisée par Claude Demanuelli, Paris, Gallimard, « L’Imaginaire » no 620, 1999

A House for Mr Biswas (1961)

Publié en français sous le titre Une maison pour monsieur Biswas, traduit par Louise Servicen, Paris, Gallimard, « Du monde entier », 1967 ; réédition, Paris, Gallimard, no 152, 1985

Mr. Stone and the Knights Companion (1963)

Publié en français sous le titre Mr. Stone, traduit par Annie Saumont, Paris, Albin Michel, 1985 ; réédition, Paris, Seuil, Points. Roman no 588, 1993

The Mimic Men (1967)

Publié en français sous le titre Les Hommes de paille, traduit par Suzanne Mayoux, Christian Bourgois, 1981; réédition, Paris, Grasset, « Les Cahiers rouges », 2014

A Flag on the Island (1967)

Publié en français sous le titre Un drapeau sur l’île, traduit par Pauline Verdun, Paris, Gallimard, « Du monde entier », 1971 ; réédition, Paris, Gallimard, « L’Imaginaire » no 648, 2013

In a Free State (1971)

Publié en français sous le titre Dis-moi qui tuer, traduit par Annie Saumont, Paris, Albin Michel, « Les Grandes Traductions », 1983 ; réédition, Paris, Seuil, Points. Roman no 644, 1994 ; réédition, Paris, 10/18 no 2682, 1995 ; réédition sous le titre Dans un État libre, Paris, 10/18 no 2948, 1998 ; réédition sous le nouveau titre, Paris, Albin Michel, « Les Grandes Traductions », 2001 ; réédition sous le nouveau titre dans Œuvres romanesques choisies, Paris, Robert Laffont, « Bouquins », 2009

Guerrillas (1975)

Publié en français sous le titre Guérilleros, traduit par Annie Saumont, Paris, Albin Michel, « Les Grandes Traductions », 1981 ; réédition dans Œuvres romanesques choisies, Paris, Robert Laffont, « Bouquins », 2009 ; réédition, Paris, Grasset, « Les Cahiers rouges », 2012

A Bend in the River (1979)

Publié en français sous le titre A la courbe du fleuve, traduit par Gérard Clarence, Paris, Albin Michel, « Les Grandes Traductions », 1982 ; réédition, Paris, Le Livre de poche no 5879, 1984 ; réédition, Paris, 10/18 no 2616, 1995 ; réédition dans Œuvres romanesques choisies, Paris, Robert Laffont, « Bouquins », 2009

The Enigma of Arrival (1987)

Publié en français sous le titre L’Énigme de l’arrivée, traduit par Suzanne Mayoux, Paris, C. Bourgois, 1991 ; réédition, Paris, 10/18 no 2282, 1992 ; réédition, Paris, Le Livre de poche no 5665, 1982; réédition dans Œuvres romanesques choisies, Paris, Robert Laffont, « Bouquins », 2009

A Way in the World (1994)

Publié en français sous le titre Un chemin dans le monde, traduit par Suzanne V. Mayoux, Paris, Plon, « Feux croisés » 1995 ; réédition, Paris, 10/18 no 3348, 2001

Half a Life (2001)

Publié en français sous le titre La Moitié d’une vie, traduit par Suzanne V. Mayoux, Paris, Plon, « Feux croisés » 2002 ; réédition, Paris, 10/18 no 3700, 2004; Réédition, Grasset, « Les Cahiers rouges », 2014

The Nightwatchman’s Occurrence Book: And Other Comic Inventions (2002)

Magic Seeds (2004)

Publié en français sous le titre Semences magiques, traduit par Suzanne V. Mayoux, Paris, Plon, « Feux croisés » 2005

 

Autres publications

The Middle Passage: Impressions of Five Societies – British, French and Dutch in the West Indies and South America (1962)

Publié en français sous le titre La Traversée du milieu : aperçus de cinq sociétés, britanniques, françaises et hollandaises, aux Indes occidentales et en Amérique, traduit par Marc Cholodenko, Paris, Plon, « Feux croisés », 1994 ; réédition, Paris, 10/18. no 3068, 1999

An Area of Darkness (1964)

Publié en français sous le titre L’Inde sans espoir, traduit par Jeanine Michel et révisée par Gabrielle Rolin, Paris, Gallimard, « Témoins » no 8, 1968 ; réédition sous le titre L’Illusion des ténèbres, Paris, 10/18 no 2006, 1989

The Loss of El Dorado (1969)

The Overcrowded Barracoon and Other Articles (1972)

India: A Wounded Civilization (1977)

Publié en français sous le titre L’Inde brisée, traduit par Bernard Géniès, Paris, Christian Bourgois, 1989

North of South: an African Journey, (1980)

Publié en français sous le titre Au nord du Sud, traduit par Valérie Barranger et Catherine Belvaude, Monaco, Éditions du Rocher, 1992 ; réédition sous le titre Sortilège africain, Montpelier, « Anatolia », 1995 ; réédition, Paris, 10/18. Odysées no 2864, 1992

A Congo Diary (1980)

The Return of Eva Perón and the Killings in Trinidad (1980)

Publié en français sous le titre Le Retour d’Eva Peron, traduit par Isabelle di Natale, Paris, 10/18 no 2005, 1989

Among the Believers: An Islamic Journey (1981)

Publié en français sous le titre Crépuscule sur l’islam : voyage au pays des croyants, traduit par Natalie Zimmermann et Lorris Murail, Paris, Albin Michel, 1981 ; réédition, Paris, Grasset, « Les Cahiers rouges », 2011

Finding the Centre: Two Narratives (1984)

A Turn in the South (1989)

Publié en français sous le titre Une virée dans le Sud, traduit par Béatrice Vienne, Paris, 10/18 no 2301, 1992

India: A Million Mutinies Now (1990)

Publié en français sous le titre L’Inde : un million de révoltes, traduit par Béatrice Vienne, Paris, Plon, 1992 ; réédition, Paris, 10/18. Odyssées no 2521, 1994

Beyond Belief: Islamic Excursions among the Converted Peoples (1998)

Publié en français sous le titre Jusqu’au bout de la foi, traduit par Philippe Delamare, Paris, Plon, « Feux croisés » 1998 ; réédition, Paris, 10/18 no 3569, 2003 ; réédition, Paris, Grasset, « Les Cahiers rouges », 2013

Between Father and Son: Family Letters (1999)

Reading and Writing, a personal account, (2001)

Publié en français sous le titre Comment je suis devenu écrivain, traduit par Philippe Delamare, Paris, 10/18 no 3467, 2002

Looking ans Not Seeing : the Indian Way (2007)

Publié en français sous le titre Le Regard de l’Inde, traduit par François Rosso, Paris, Grasset, 2009

A Writer’s People (2007)

Publié en français sous le titre Le Regard et l’Écrit, traduit par Bernard Turle et François Rosso, Paris, Grasset, 2013

The Masque of Africa (2010)

Publié en français sous le titre Le Masque de l’Afrique, traduit par Philippe Delamare, Paris, Grasset, 2011.

Source : Wikipedia

HISTOIRE DU XXè SIECLE, LITTERATURE BRITANNIQUE, LIVRES - RECENSION, RETOUR A KILLYBEGGS, SORJ CHALANDON (1952-....)

Retour à Killibeggs de Sorj Chalandon

Retour à Killibeggs

Sorj Chalandon

Paris, Grasset, 2011.  388 pages.

9782253164562-001-T

 

« Maintenant que tout est découvert, ils vont parler à ma place. L’IRA, les Britanniques, ma famille, mes proches, des journalistes que je n’ai même jamais rencontrés. Certains oseront vous expliquer pourquoi et comment j’en suis venu à trahir. Des livres seront peut-être écrits sur moi, et j’enrage. N’écoutez rien de ce qu’ils prétendront. Ne vous fiez pas à mes ennemis, encore moins à mes amis. Détournez-vous de ceux qui diront m’avoir connu. Personne n’a jamais été dans mon ventre, personne. Si je parle aujourd’hui, c’est parce que je suis le seul à pouvoir dire la vérité. Parce qu’après moi, j’espère le silence. »

Après avoir écrit Mon traitre Sorj Chalandon revient sur l’un des personnages de l’histoire d’Irlande durant la guerre qui oppose les irlandais catholiques  regroupés dans l’IRA (Armée Républicaine Irlandaise)  et le gouvernement britannique. On y retrouve tous les ingrédients de ce qui fait une lutte de civils contre un gouvernement considéré comme un « corps étranger » : attentats, action contre les intérêts britanniques, vie clandestine des membres de l’IRA.

A travers le personnage de Tyrone Meehan c’est l’histoire de Denis Donaldson qui est au cœur de ce roman. L’on suit avec sympathie ces terroristes qui luttent pour leur indépendance contre les britanniques, contre les unionistes protestants. Chassés de partout,  vivant tant bien que mal ils entrent dans l’IRA comme on entre en religion. Toutes ses années de luttes, de clandestinité  avec ses membres dans les prisons anglaises, ses morts, ses martyrs (surtout quand est évoqué la mort des prisonniers irlandais dans les prisons britanniques – comme Bobby Sands sous le gouvernement  de Margaret Thatcher après une longue grève de la faim.

Pourtant tout n’est ni tout noir ni tout blanc. Et tout comme Denis Donaldson Tyrone Meehan sera « retourné » par les services secrets britanniques quand ceux-ci découvriront qu’il a tué accidentellement l’un de ses chefs et amis. Pendant vingt années il va mentir à ses amis, jouer double-jeu en renseignant  les britanniques sur les activités de l’IRA. Au moment des accords de paix qui mettent fin officiellement à cette lutte en 1998 sous le mandat de Tony Blair il avoue tout : sa trahison, son double-jeu. Il se sait alors condamné par ses anciens amis qui ne lui pardonneront jamais sa trahison. Alors il retourne en Killibegg le village de son enfance ;  il y retourne avec ses souvenirs : souvenirs d’un père violent mais fier d’être irlandais, souvenirs de la misère après la mort du père, souvenirs de ses premières armes dans cette armée, souvenirs des attentats, souvenirs aussi des années de prisons.

Tyrone Meehan « le traitre » sera finalement assassiné en 2007 par un commando qui l’avait condamné à mort.C’est la vie et la mort d’un homme usé par tant de luttes et qui est las : « Je  n’en pouvais plus de cette guerre, de ces héros, de cette communauté étouffante. J’étais fatigué. Fatigué de combattre, de manifester, fatigué de prison, fatigué de clandestinité et de silence, fatigué des prières répétées depuis l’enfance, fatigué de haine, de colère et de peur, fatigué de nos peaux terreuses, de nos chaussures percées, de nos manteaux de pluie mouillés à l’intérieur. »

 

 Né en 1952, Sorj Chalandon est un écrivain et journaliste français. Après avoir travaillé pendant 34 ans à Libération, il devient membre de la rédaction du Canard enchaîné. Ses reportages sur l’Irlande du Nord et le procès Klaus Barbie lui ont valu le prix Albert-Londres en 1988. Il est notamment l’auteur du Petit Bonzi, d’Une promesse (prix Médicis en 2006), de Mon traitre, de La Légende de nos pères, de Retour à Killyberg (prix Goncourt des lycéens en 2013 et prix des lecteurs du Livre de Poche en 2015.)

ECRIVAIN ANGLAIS, LITTERATURE BRITANNIQUE, LIVRES

GEORGE ORWELL (1903-1950)

George Orwell

Œuvres principales
Hommage à la Catalogne (1938)
La Ferme des animaux (1945)
1984 (1948)

George Orwell, nom de plume d’Eric Arthur Blair, né le 25 juin 1903 à Motihari (Inde) pendant la période du Raj britannique et mort le 21 janvier 1950 à Londres, est un écrivain et journaliste anglais.
Son œuvre porte la marque de ses engagements, qui trouvent eux-mêmes pour une large part leur source dans l’expérience personnelle de l’auteur : contre l’impérialisme britannique, après son engagement de jeunesse comme représentant des forces de l’ordre colonial en Birmanie ; pour la justice sociale et le socialisme, après avoir observé et partagé les conditions d’existence des classes laborieuses à Londres et à Paris ; contre les totalitarismes nazi et soviétique, après sa participation à la guerre d’Espagne. Parfois qualifié d’« anarchiste conservateur », il est parfois comparé à la philosophe Simone Weil, en raison de ses prises de positions originales pour un socialiste.
Témoin de son époque, Orwell est dans les années 1930 et 1940 chroniqueur, critique littéraire et romancier. De cette production variée, les deux œuvres au succès le plus durable sont deux textes publiés après la Seconde Guerre mondiale :La Ferme des animaux et surtout 1984, roman dans lequel il crée le concept de Big Brother, depuis passé dans le langage courant de la critique des techniques modernes de surveillance. L’adjectif « orwellien » est également fréquemment utilisé en référence à l’univers totalitaire imaginé par l’écrivain anglais.

Biographie
Une éducation anglaise
Eric Arthur Blair naît le 25 juin 1903 à Motihari, dans l’État de l’actuel Bihar, en Inde sous l’ancienne présidence du Bengale, dans une famille appartenant à la moyenne bourgeoisie anglaise. Il est le fils de Richard Walmesley Blair, un fonctionnaire de l’administration des Indes chargé de la Régie de l’opium (le commerce de l’opium, essentiellement en direction de la Chine, est à l’époque un monopole d’État) et d’Ida Mabel Blair. Il a deux sœurs, Marjorie (l’aînée) et Avril (la cadette). Il retourne en Angleterre en 1904 en compagnie de sa mère et de sa sœur. Éric ne revoit son père qu’en 1907, lors d’une permission de trois mois accordée à ce dernier, qui ne rejoint définitivement sa famille qu’en 1911, après sa mise à la retraite.
À cette époque, le jeune Eric Blair est déjà pensionnaire de la preparatory school de St Cyprien, qui lui inspire bien plus tard, dans les années 1946-1947, un récit, qu’il présente comme autobiographique, publié seulement après sa mort : Such, Such were the Joys. Il y décrit quel « épouvantable cauchemar » furent pour lui ces années d’internat Éric Blair est néanmoins un élève brillant et travailleur (il passe auprès de ses camarades pour un « intellectuel»), que ses maîtres motivent en lui rappelant que c’est à une bourse qu’il doit son admission à St Cyprien.
Signe de son excellence scolaire, Blair obtient une bourse au collège d’Eton, la plus réputée des public schools, où il étudie de 1917 à 1921. Orwell garde un assez bon souvenir de ces années, durant lesquelles il travaille peu, passant graduellement du statut d’élève brillant à celui d’élève médiocre, et faisant montre d’un tempérament volontiers rebelle (rébellion qui semble-t-il n’est aucunement liée à des revendications d’ordre politique ou idéologique). À cette époque, il a deux ambitions : devenir un écrivain célèbre (il écrit des nouvelles et des poèmes – banals – dans une revue du college), et retourner en Orient, qu’il connaît surtout par l’intermédiaire des souvenirs de sa mère.

Au service de l’Empire
La (relative) prospérité de la famille Blair est étroitement liée à l’Impérialisme britannique : outre son père, on peut citer l’arrière-grand-père paternel du futur George Orwell (propriétaire d’esclaves en Jamaïque) ou encore son grand-père maternel (marchand de teck en Birmanie). Aussi, même s’il s’agit d’une peu glorieuse conclusion à une scolarité effectuée dans d’aussi prestigieux établissements, est-ce donc tout naturellement que le jeune Eric Blair endosse l’uniforme et retourne aux Indes en 1922 pour devenir sergent dans la police impériale en Birmanie.
La situation sur place est à ce moment, sinon toujours explosive, du moins souvent tendueentre les Birmans et leurs colonisateurs : le nationalisme birman prend alors son essor, marqué par plusieurs mouvements de grève, en général violemment réprimés. La mission des Britanniques est, selon le mot d’un ancien gouverneur adjoint de Birmanie, de « faire régner la loi et l’ordre dans des régions barbares »
Orwell qualifie plus tard son temps de service comme ayant consisté en « cinq années d’ennui au son des clairons ». Après avoir effectué ses neuf mois réglementaires à l’école d’entraînement de la police, il connaît six lieux d’affectation différents, en général peu reluisants (notamment Moulmein). Il laisse l’image d’un grand jeune homme taciturne et solitaire, occupant la majeure partie de son temps libre à la lecture. Parmi les anecdotes concernant cette période, il aurait un jour assisté à une exécution capitale, ce qui lui inspire l’essai Une pendaison, « son premier écrit qui témoigne d’un style distinctif et du talent d’Orwell.
On ne connaît pas non plus avec certitude le détail de l’évolution intérieure qui le fait passer de l’ennui au dégoût de sa fonction comme rouage de l’administration coloniale. Mais il est permis de penser que ces propos de Flory, l’antihéros de Une histoire birmane, ne doivent pas être très éloignés de ce que pense le fonctionnaire de police Eric Blair vers 1927 : « le fonctionnaire maintient le Birman à terre pendant que l’homme d’affaires lui fait les poches. »
Quoi qu’il en soit, à la fin de l’année 1927, il jette l’éponge : arguant de raisons de santé (sur lesquelles nous ne savons rien), il rentre en Angleterre et donne sa démission. Il annonce alors à sa famille qu’il a décidé de se consacrer à l’écriture. Tout au long des vingt-deux ans qu’il lui reste à vivre, il reste un ennemi déclaré de l’impérialisme britannique.

Des débuts d’écrivain difficiles
Eric Blair semble n’avoir guère eu de dons particuliers pour l’écriture, si l’on en croit le témoignage de ceux qu’il fréquente à l’époque : il travaille donc d’arrache-pied, écrit poèmes sur nouvelles et multiplie les ébauches de romans.
En parallèle, à l’automne 1927, il explore les bas-fonds londoniens, enquêtant sur les conditions de vie des plus démunis, les suit sur les routes et dans les sinistres asiles de nuit : il espère en tirer la matière d’un ouvrage sur les conditions de vie des pauvres. Il tente par- là d’exorciser la culpabilité qui le ronge d’avoir « été l’exécutant d’un système d’exploitation et d’oppression» en Birmanie.
Au printemps 1928, il décide d’aller s’installer à Paris (où vit l’une de ses tantes) pour écrire. Il y reste dix-huit mois, au cours desquels nous ne savons pas grand-chose de sa vie, si ce n’est qu’à l’automne 1929, à court d’argent et après avoir donné quelques leçons d’anglais, il fait la plonge durant quelques semaines dans un hôtel de luxe de la rue de Rivoli. Durant cette période, il publie épisodiquement des articles dans des journaux communistes (tel que Monde, revue fondée et dirigée par Henri Barbusse). De la quasi-totalité de ses écrits de cette période, il ne reste rien. Il retourne en Angleterre en décembre 1929, juste à temps pour passer les fêtes de Noël avec sa famille. Fauché, n’ayant rien publié de prometteur, sa santé mise à mal par une pneumonie contractée l’hiver précédent, l’équipée parisienne apparaît comme un fiasco intégral.
Il reprend son exploration des bas-fonds de la société anglaise au printemps suivant, partageant la vie des vagabonds et des clochards, tantôt quelques jours, tantôt une semaine ou deux Mais il est contraint de mettre un terme à ses expéditions quelques mois plus tard : il n’a plus les moyens financiers de poursuivre ses vagabondages.
Il se décide à accepter un poste d’enseignant dans une école privée, dans une petite ville où il s’ennuie (Hayes, dans le Middlesex). Il en profite pour achever Dans la Dèche à Paris et à Londres, qui paraît au début de l’année 1933. C’est à cette occasion qu’il prend le pseudonyme de George Orwell. Même si les critiques sont bonnes, les ventes sont médiocres. Qui plus est, l’éditeur d’Orwell (Victor Gollancz) craint le procès en diffamation pour Une histoire birmane dont la rédaction est achevée à l’automne 1934 et qui, pour cette raison, est tout d’abord publié aux États-Unis puis, avec quelques changements de noms, en Angleterre en 1935. À cette période, Orwell s’enthousiasme pour l’Ulysse de James Joyce et contracte une nouvelle pneumonie, qui l’oblige à abandonner sa charge d’enseignant (ou plutôt, qui l’en libère).

À la rencontre du prolétariat
À la fin de l’automne 1934, Orwell termine dans la douleur la rédaction de son deuxième roman, Une fille de pasteur, dont il se montre peu satisfait : « C’était une bonne idée, explique-t-il à un de ses correspondants, mais je crains de l’avoir complètement gâchée ». Là encore, la précision des références à des lieux et des personnages réels fait craindre à Victor Gollancz que l’ouvrage ne soit poursuivi en diffamation. Il se décide toutefois à le publier, assorti de corrections mineures, au début de l’année 1935.
Entre temps, Orwell s’est installé à Londres, où il trouve un emploi à la librairie « Booklover’s Corner », dans le quartier d’Hampstead, « qui était, et demeure, un quartier d’intellectuels (réels ou prétendus) ». Il rencontre Eileen O’Shaughnessy, qu’il épouse en juin 1936. Orwell a auparavant publié un autre roman, « le dernier de ses livres consciemment « littéraires » », selon Bernard Crick Et vive l’Aspidistra ! Il se rend aussi dans le nord de l’Angleterre où, pour honorer une commande que lui a passée Victor Gollancz, il étudie les conditions de vie des mineurs des régions industrielles. Il tire de ce reportage un livre, Le Quai de Wigan, qui sera publié alors qu’Orwell est en Espagne. Très polémique dans sa seconde partie, dans laquelle l’auteur analyse les raisons de l’échec de la gauche à gagner les classes laborieuses à la cause socialiste il paraît avec une mise au point hostile de Victor Gollancz qui, initiateur du projet, se désolidarise de son aboutissement.
Cette rencontre avec le prolétariat des régions minières marque surtout la « conversion27 » d’Orwell à la cause socialiste. Celle-ci survient brutalement, comme une évidence, face au spectacle de l’injustice sociale et de la misère du prolétariat anglais.

Orwell en Espagne
Fin 1936, alors que fait rage la guerre d’Espagne qui met aux prises les républicains avec la tentative de coup d’État militaire menée par Francisco Franco, Orwell et son épouse rejoignent, par l’intermédiaire de l’Independent Labour Party (ILP), qui leur a remis des lettres de recommandation, les milices du POUM, après un bref détour par Paris, où Orwell rend visite à Henry Miller qui tente en vain de le dissuader de se rendre en Espagne.
Orwell, à son arrivée à Barcelone, est fasciné par l’atmosphère qu’il y trouve : lui qui l’année précédente se désolait de ne pouvoir rompre la barrière de classe qui sépare le bourgeois qu’il est de ces prolétaires qu’il était allé rencontrer, empêchant toute rencontre véritable entre les uns et les autres, découvre une société dans laquelle cette barrière, à ce qu’il lui semble, est en train de s’effondrer. Les milices du POUM, notamment, dans lesquelles il est nommé instructeur (grâce à l’expérience acquise dans ce domaine lors de ses années birmanes), lui apparaissent comme étant « une sorte de microcosme de société sans classes ».
Après avoir passé quelque temps sur le front d’Aragon, Orwell retourne à Barcelone, où il participe aux « troubles de mai » qui opposent les forces révolutionnaires au gouvernement catalan et au PSUC et qui verront la victoire de ces derniers. Il retourne au front où il est blessé à la gorge. Démobilisé, contraint de quitter clandestinement l’Espagne pour ne pas être arrêté (le POUM, dénoncé comme un « parti fasciste » par la propagande du PSUC, est déclaré illégal le 16 juin 1937), Orwell et son épouse gagnent la France, d’où ils rejoignent l’Angleterre.
Orwell, à son retour à Londres, est atterré par la manière dont les intellectuels de gauche (en particulier ceux qui appartiennent au Parti communiste ou en sont proches) rendent compte de ce qui se passe en Espagne, et notamment par les calomnies répandues sur le compte du POUM, systématiquement accusé d’être soit une organisation fasciste, soit une organisation manipulée par les fascistes : c’est dans l’optique de rétablir la vérité quant aux événements dont il a été témoin qu’il entreprend alors de rédiger son Hommage à la Catalogne qu’il fait paraître, avec quelques difficultés, en avril 1938. À partir de ce moment, écrira-t-il en 1946, « tout ce [qu’il] a écrit de sérieux […] a été écrit, directement ou indirectement, et jusque dans la moindre ligne, contre le totalitarisme et pour le socialisme démocratique »35. Dans cette perspective, il se décide à adhérer à l’ILP au mois de juin 1938, estimant que « le seul régime qui, à long terme, peut accorder la liberté de parole est un régime socialiste »

Le patriotisme révolutionnaire
Alors que la menace d’un nouveau conflit européen se fait de plus en plus précise, Orwell défend une position antiguerre et critique l’antifascisme des fronts populaires : cette guerre ne servirait, selon lui, qu’à renforcer les impérialismes européens, qui ont beau jeu de se présenter, face à la menace fasciste, comme des démocraties, alors qu’ils exploitent sans vergogne « six cents millions d’êtres humains privés de tous droits ».
Quelques mois plus tard, pourtant, il change radicalement de position sur le sujet : alors que le Parti communiste (qui appelait auparavant à la lutte contre les dictatures fascistes) se découvre pacifiste à la suite du Pacte germano-soviétique, Orwell découvre que, dans le fond, il a toujours été un patriote Il distingue cependant le patriotisme du nationalisme et l’oppose au conservatisme. De ce fait, il s’éloigne « sur la pointe des pieds » de l’ILP, qui persiste dans le pacifisme, et s’oppose à l’engagement dans le conflit.
Contrariant le désir qu’il avait de s’engager dans l’armée, sa faible santé le fait réformer. Malgré celle-ci, il s’engage en 1940 dans la Home Guard (milice de volontaires organisée par l’État et créée dans le but de résister à l’invasion nazie dans le cas où les Allemands parviendraient à débarquer en Grande-Bretagne). Par ailleurs, en 1941, il est engagé comme producteur à la BBC, diffusant émissions culturelles et commentaires de guerre à destination des Indes
Parallèlement à ces activités, Orwell envoie entre 1941 et 1946 seize articles (« Les Lettres de Londres ») à la revue américaine d’inspiration trotskiste Partisan Review. En effet, le patriotisme dont il fait preuve depuis le début de la guerre ne lui a pas pour autant fait abandonner ses aspirations révolutionnaires. Bien au contraire, il estime que la victoire de la Grande-Bretagne sur les dictatures fascistes passera nécessairement par la révolution sociale en Angleterre, révolution dont il voit les signes avant-coureurs dans le mécontentement croissant des classes populaires face aux privations dues à l’état de guerre (qui ne frappent pas les couches supérieures de la société) et aux revers militaires de l’armée anglaise, revers causés selon lui par l’incurie des dirigeants militaires et politiques. De ce point de vue, la Home Guard lui apparaît comme étant ce peuple en armes qui renversera, au besoin par la force, le pouvoir en place avant de défaire les armées hitlériennes (il développe ces points de vue dans son essai intitulé Le Lion et la Licorne, qui parait en 1941 dans la collection « Searchlight », dont il est le cofondateur).
En novembre 1943, Orwell démissionne de son poste à la BBC43. Il devient alors directeur des pages littéraires de l’hebdomadaire de la gauche travailliste The Tribune et entame la rédaction de La Ferme des animaux.

Les dernières années
Orwell achève l’écriture de La Ferme des animaux en février 1944. L’ouvrage ne paraît pourtant qu’un an plus tard, en août 1945. Entre-temps, le livre est refusé par quatre éditeurs : la mise en cause radicale de l’URSS semble prématurée, à un moment où la guerre contre l’Allemagne hitlérienne n’est pas terminée.
En 1945 toujours, Orwell, qui a démissionné de son poste au Tribune, devient envoyé spécial de The Observer en France et en Allemagne, où il est chargé de commenter la vie politique. Il est à Cologne, en mars, lorsqu’il apprend que sa femme, atteinte d’un cancer, vient de mourir. Il rentre à Londres et entame la rédaction de ce qui va devenir son œuvre la plus célèbre : 1984.
En parallèle, à partir d’août 1945, il devient vice-président du « Freedom Defense Committee » (présidé par le poète anarchiste Herbert Read), qui s’est fixé pour tâche de « défendre les libertés fondamentales des individus et des organisations, et [de] venir en aide à ceux qui sont persécutés pour avoir exercé leurs droits à la liberté de s’exprimer, d’écrire et d’agir » Orwell soutient le comité jusqu’à sa dissolution en 1949.
En cette même année 1949, il publie 1984, qu’il a achevé à la fin de l’année précédente. Il épouse en secondes noces Sonia Brownell le 13 octobre, alors que, gravement malade de la tuberculose, il a été admis le mois précédent à l’University College Hospital de Londres, où il prend des notes en vue d’un futur roman. Il y meurt le 21 janvier 1950.
Orwell est enterré dans le petit cimetière de l’église de Sutton Courtenay, près d’Abingdon dans l’Oxfordshire, bien que n’ayant aucun lien avec ce village. Il a pourtant laissé comme instructions : « Après ma mort, je ne veux pas être brûlé. Je veux simplement être enterré dans le cimetière le plus proche du lieu de mon décès. » Mais son décès ayant eu lieu au centre de Londres et aucun des cimetières londoniens n’ayant assez de place pour l’enterrer, sa veuve, Sonia Brownell, craignant que son corps ne soit incinéré, a demandé à tous ses amis de contacter le curé de leur village d’origine pour voir si leur église disposerait dans son cimetière d’une place pour l’y enterrer. C’est ainsi qu’il a été, par pur hasard, inhumé à Sutton Courtenay.

Sur sa tombe ces simples mots :
Eric Arthur Blair
né le 25 juin 1903,
mort le 21 janvier 1950
Sans aucune mention ni de ses œuvres, ni de son nom de plume « George Orwell ». Après sa mort, sa veuve a fait publier une collection de ses articles, essais, correspondances ainsi que quelques nouvelles sous le titre de Collected Essays, Journalism, and Letters (1968).
The Complete Works of George Orwell (vingt volumes), première édition des œuvres complètes d’Orwell sous la direction de Peter Davison, a été achevée de publication en Angleterre en 1998.
En janvier 2008, le Times l’a classé second dans sa liste des « 50 plus grands écrivains britanniques depuis 1945 »

À la marge
Polémique relative à la liste de noms de « communistes » fournie à l’Information Research Department
Le 11 juillet 1996, un article publié dans le quotidien anglais The Guardian révèle que George Orwell a livré en 1949 une liste de noms de journalistes et d’intellectuels « cryptocommunistes », « compagnons de route » ou « sympathisants » de l’Union soviétique à un fonctionnaire de l’Information Research Department (une section du ministère des Affaires étrangères britannique liée aux services de renseignements), Celia Kirwan. La réalité de cette collaboration est prouvée par un document déclassifié la veille par lePublic Record Office.
L’information est relayée en France principalement par les quotidiens Le Monde (12 et 13 juillet 1996) et Libération (15 juillet 1996). Le public français apprend ainsi que l’auteur de 1984 « dénonçait au Foreign Office les « cryptocommunistes » » (Le Monde, 13 juillet 1996). Dans son numéro d’octobre 1996, le magazine L’Histoire va plus loin encore, expliquant qu’Orwell aurait « spontanément participé à la chasse aux sorcières » organisée contre les intellectuels communistes par le Foreign Office.
Ces articles français oublient de mentionner plusieurs informations essentielles. D’abord, Kirwan, belle-sœur de l’écrivain Arthur Koestler, était une amie intime d’Orwell, dont elle avait repoussé la demande en mariage en 1945, alors que l’écrivain était veuf depuis quelques mois. Ensuite, la remise des informations a eu lieu à l’occasion d’une visite de Kirwan à Orwell, peu avant la mort de ce dernier, qui était déjà dans un sanatorium. Kirwan lui confie alors qu’elle travaille pour un service gouvernemental chargé de recruter des écrivains et des intellectuels susceptibles de produire de la propagande antisoviétique. Orwell, après lui avoir donné les noms de quelques personnes de sa connaissance lui paraissant aptes à être recrutées, propose de lui indiquer, à titre privé, les noms d’autres personnes qu’il est inutile d’approcher, en raison de leurs convictions politiques (lesquelles sont souvent de notoriété publique).
La fameuse liste, déclassifiée en 2003 – mais déjà mentionnée dans la biographie de Bernard Crick parue en 1980 ; celui-ci en ayant tout simplement consulté la copie disponible dans les Archives Orwell– confirme ce qui précède. Bernard Crick signale que « quelques-uns (des individus), recensés comme ayant simplement des opinions « proches », semblent sélectionnés pour des raisons tirées par les cheveux et peu pertinentes ». Simon Leys répond à cela que la liste établie pour Kirwan n’est pas établie uniquement en fonction de critères politiques, mais signale également des individus dont il est inapproprié de solliciter la collaboration en raison de leur « malhonnêteté » ou de leur « stupidité »
Dans sa biographie politique d’Orwell, John Newsinger mentionne que l’auteur a manifesté à plusieurs reprises à la fin des années 1940, son hostilité à toute tentative d’instaurer un « maccarthysme anglais». Il indique aussi que, « lorsque l’IRD a été créé par le gouvernement travailliste, son but affiché est de mener des activités de propagande en faveur d’une troisième voie entre le communisme soviétique et le capitalisme américain. Il n’est absolument pas évident à l’époque qu’il s’agissait d’une arme des services secrets britanniques »
Pour terminer, il faut indiquer que 1949 est l’une des années les plus terribles de la guerre froide. Staline est vieillissant et sa paranoïa ne cesse de s’aggraver ; l’URSS a mis au point l’arme atomique et termine son processus de satellisation des pays d’Europe de l’Est ; la guerre de Corée est sur le point de débuter ; et l’Angleterre grouille littéralement d’espions du NKVD (notamment les fameux Cinq de Cambridge).
Orwell, lui, très loin des sympathies soviétiques d’une partie de l’intelligentsia occidentale, a pu voir pendant la guerre civile espagnole le stalinisme au pouvoir à Barcelone, lors de l’élimination des anarchistes qui contrôlaient la ville.
Le détail de cette affaire se retrouve dans le pamphlet Orwell devant ses calomniateurs, publié en 1997 par L’Encyclopédie des nuisances aux éditions Ivrea. De manière plus succincte, Simon Leys aborde la question dans la réédition de son essai Orwell ou l’horreur de la politique (2006).
Orwell à Eton
Aldous Huxley, le futur auteur du Meilleur des mondes, enseigna brièvement le français à Eton (en remplacement d’un professeur titulaire parti à la guerre), où parmi ses élèves figurait le futur auteur de 1984. Apparemment, Orwell appréciait Huxley, qui leur apprenait « des mots rares et étranges, de manière assez concertée », se souvient Steven Runciman (ami et condisciple d’Orwell à cette époque), qui ajoute qu’il était « un professeur d’une totale incompétence. Il n’arrivait pas à faire respecter la discipline et était tellement myope qu’il ne voyait pas ce qui se passait, si bien qu’il était constamment chahuté », ce qui énervait passablement Orwell « qui trouvait que c’était cruel ». Si Huxley et Orwell s’estimaient mutuellement, il faut reconnaître que Huxley n’a jamais compris la nécessité interne et la force de 1984, sans doute à cause de sa technophilie
Runciman conclut pourtant que les cours dispensés par Aldous Huxley ne furent pas inutiles aux jeunes gens : « Le goût des mots, de leur usage précis et signifiant nous resta. En cela, nous avons une grande dette envers lui».

Orwell et l’espéranto
Selon une information publiée par le centre d’espéranto de Londres en 1984, qui serait en partie vraie et en partie mythique, Orwell n’aurait pas apprécié l’espéranto et l’aurait utilisé comme modèle pour le novlangue de son roman 1984. Trois affaires ayant eu lieu pendant la jeunesse d’Orwell pourraient avoir eu une certaine importance. La première, en 1927, quand Orwell visita sa tante Nellie Limouzin, celle-ci logeait avec le fameux espérantiste Eugène Adam (connu sous le pseudonyme de Lanti, l’un des fondateurs de l’Association mondiale anationale – abréviation SAT en espéranto). Limouzin et Lanti utilisaient l’espéranto à la maison. La deuxième, un ami d’Orwell, voyageant à Paris et voulant apprendre le français dut quitter son logement pour cause de mésentente avec les autres résidents qui ne s’exprimaient qu’en espéranto et vivaient selon l’idéologie espérantiste de l’époque. La troisième, les époux Westrope, amis de Lanti possédaient une librairie à Hampstead, où Orwell travailla pendant sa jeunesse. L’espéranto comme source du novlangue demeure douteux. Le but du novlangue, fut clairement défini par Orwell, comme appauvrissement de la langue pour empêcher toute critique contre le système (selon l’idée, que l’on ne peut concevoir quelque chose, que si on peut l’exprimer). Cela diffère de l’espéranto, dont la possibilité d’associer racines et affixes, multiplie au contraire le nombre de mots, et en conséquence nuance, presque sans limite les manières de s’exprimer. Par ailleurs, si Orwell avait vraiment voulu s’attaquer à l’espéranto, il n’aurait sans doute pas eu besoin d’un tel détour.

Œuvres
La Vache enragée (Down and Out in London and Paris, Londres, Victor Gollancz, 1933), trad. R.N. Raimbault et Gwen Gilbert, préface de Panaït Istrati, Paris, NRF Gallimard, 1935 ; réédité sous le titre Dans la dèche à Paris et à Londres, trad. Michel Pétris, Paris, Champ libre, 1982
Une histoire birmane (Burmese Days, New York, Harper Collins, 1935), Paris, Champ libre, 1984.
Une fille de pasteur (A Clergyman’s Daughter, Londres, Victor Gollancz, 1935), Paris, Le Serpent à plumes, 2007.
Et vive l’Aspidistra ! (en) (Keep the Aspidistra Flying, Londres, Victor Gollancz, 1936), Paris, Champ libre, 1982 (ISBN 2-85184-134-3).
Le Quai de Wigan (The Road to Wigan Pier, Londres, Victor Gollancz, 1937), Paris, Champ libre, 1982
Hommage à la Catalogne (Homage to Catalonia, Londres, Secker and Warburg, 1938), Paris, Champ libre, 1982 (ISBN 2-85184-130-0) ; traduit aussi sous le titre Catalogne libre
Un peu d’air frais (Coming Up for Air, Londres, Victor Gollancz, 1939), Paris, Champ libre, 1983 .
La Ferme des animaux (Animal Farm, Londres, Secker and Warburg, 1945), Paris, Champ Libre, 1981 (ISBN 2-85184-120-3) ; traduit aussi sous les titres Les Animaux partout !et La République des animaux.
1984 (Nineteen Eighty-Four, Londres, Secker and Warburg, 1949).

Autres écrits
Chroniques du temps de la guerre (1941-1943) (The War Broadcasts / The War Commentaries, Londres, 1985 – posthume), Paris, éd. G. Lebovici, 1988 .
Essais, articles et lettres (Collected Essays, Journalism, and Letters, New York, Harcourt, Brace & World, 1968 – posthume), 4 vol., Paris, éd. Ivrea et éd. de l’Encyclopédie des Nuisances, 1995-2001.
Édition originale établie par Sonia Orwell et Ian Angus.
Dans le ventre de la baleine et autres essais (1931-1943), Paris, éd. Ivrea et Encyclopédie des nuisances, 2005 (
Édition abrégée des Essais, articles et lettres.
Tels, tels étaient nos plaisirs et autres essais (1944-1949), Paris, éd. Ivrea et Encyclopédie des nuisances, 2005.
Édition abrégée des Essais, articles et lettres.
Correspondance avec son traducteur René-Noël Raimbault : correspondance inédite, 1934-1935, Paris, éd. Jean-Michel Place, 2006.
À ma guise : Chroniques (1943-1947), Marseille, Agone, 2008.
Écrits politiques (1928-1949) : Sur le socialisme, les intellectuels et la démocratie, Marseille, Agone, 2009.
Une vie en lettres. Correspondance (1903-1950), Agone, 2014.

Articles
Georges Orwell, « A Nice Cup of Tea », Evening Standard,‎ 12 janvier 1946

Bibliographie
Ne figurent ci-dessous que des ouvrages en français.
« George Orwell critique du machinisme », Les Amis de Ludd, Bulletin d’information anti-industriel, Éditions la Lenteur, 2009.
« Autour d’Orwell », sous la dir. de Gilbert Bonifas, Revue Cycnos, tome 11, fascicule 2, Nice, université de Nice, 1994, 163 p.
« George Orwell », sous la dir. de Jean-Jacques Courtine et Catherine Rihoit, Revue L’Arc, no 94, Saint-Étienne-les-Orgues, Éd. Le Jas, 1984, 105 p.
« George Orwell », Revue Les années 1930, no 10, Nantes, université de Nantes, 1989, 79 p.
George Orwell devant ses calomniateurs : quelques observations, Paris, Éd. Ivrea & Éd. de l’Encyclopédie des Nuisances, 1997, 27 p.
Collectif, « Orwell, entre littérature et politique », Agone no 45, Marseille, 2011.
Bruce Bégout, De la décence ordinaire : court essai sur une idée fondamentale de la pensée politique de George Orwell, Paris, Allia, 2008, 124 p.
Alain Besançon, La falsification du bien : Soloviev et Orwell, Paris, Julliard, 1985, 222 p.
Gilbert Bonifas, George Orwell : l’engagement, Paris, Didier, 1984, 502 p.
François Brune, Sous le soleil de Big Brother : précis sur « 1984 » à l’usage des années 2000 : une relecture d’Orwell, Paris, L’Harmattan, 2000, 167 p
Bernard Crick, George Orwell : une vie, trad. par Jean Clem, Paris, Balland, 1982, 502 p. (ISBN 2-7158-0381-8). L’original anglais date de 1980.
Bernard Crick, George Orwell : une vie, trad. par Stéphanie Carretero et Frédéric Joly, Castelnau-le-Lez, Éd. Climats, 2003, 656 p.. Rééd. révisée : Paris, Flammarion, 2008, 712 p. L’original anglais date de 1980.
Jean-Pierre Devroey, L’âme de cristal : Georges Orwell au présent, Bruxelles, Éd. de l’université de Bruxelles, 1985, 244 p.
Bernard Gensane, George Orwell : vie et écriture, Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1994, 243 p.
Louis Gill, George Orwell : de la guerre civile espagnole à « 1984 », Québec, Éd. Lux, 2005, 175 p.
Isabelle Jarry, George Orwell : cent ans d’anticipation, Paris, Stock, 2003, 209 p.
Jean-Daniel Jurgensen, Orwell ou La route de « 1984 », Paris, Laffont, 1983, 208 p
Simon Leys, Orwell ou L’horreur de la politique, Paris, Plon,‎ 2006 (1re éd. 1984), 115 porwell,
Jean-Pierre Martin, L’autre vie d’Orwell, Gallimard, « L’un et l’autre », 2013.
Jean-Claude Michéa, Orwell, anarchiste tory, Castelnau-le-Lez, Éd. Climats, 1995, 139 p. (ISBN 2-84158-000-8). Rééd. augmentée : Orwell, anarchiste tory ; suivi de À propos de « 1984 », Castelnau-le-Lez, Éd. Climats, 2008, 176 p.
Jean-Claude Michéa, Orwell éducateur, Castelnau-le-Lez, Éd. Climats, 2003, 167 p.
John Newsinger, La politique selon Orwell, trad. par Bernard Gensane, Marseille, Agone, 2006, XXVI-332 p. L’original anglais date de 1999.
Jean-Jacques Rosat, Chroniques orwelliennes, mars 2012
Raymond Williams, George Orwell, trad. par Michel Morvan, Paris, Seghers, 1972, 159 p. L’original anglais date de 1971.