CHRISTIANISME, EGLISE CATHOLIQUE, JOSEPH MOINGT (1915-2020), L'ESPRIT DU CHRISTIANISME, LITTERATURE CHRETIENNE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, THEOLOGIE, THEOLOGIEN

L’esprit du christianisme par Joseph Moingt

L’esprit du christianisme 

Joseph Moingt

Paris, Temps Présent, 2018. 282 pages.

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Théologien jésuite de réputation mondiale, Joseph Moingt est, à 102 ans, une voix libre et très écoutée du monde catholique. Face au constat d’une Eglise en difficulté, qui doit affronter les scandales à répétition et le recul des vocations, Joseph Moingt se demande comment maintenir vivants son héritage et son message. La solution, selon lui, passe par l’émancipation de la foi et par le maintien du lien entre christianisme et raison. Il développe ses arguments autour de trois grandes questions fondamentales qui structurent son livre : la religion, la révélation et le salut. Un thème très actuel surgit au coeur de ces réflexions, celui du rapport aux autres. Comment, en tant que croyant, peut-on être habité parla foi en l’Autre, habillé d’une majuscule sacrée, et rejeter les autres, devenus ennemis parce que différents d’origine, de culture ou de religion ? Pour Joseph Moingt, on ne peut dissocier l’identité de l’Autre et celle des autres. Elles sont une seule et même question qui rebondit de majuscule en minuscule, et inversement, puisque l’Esprit de Dieu se découvre dans l’esprit de l’homme, et réciproquement. Dans cet ouvrage exceptionnellement écrit à la première personne, qu’il présente comme son « livre-testament », l’auteur n’hésite pas à interroger sa propre foi. Si Joseph Moingt, dont le nom est inscrit dans la liste des « dossiers sensibles » du Vatican, prend à nouveau le risque de bousculer son Eglise, c’est avant tout pour l’aider et la rendre audible du plus grand nombre. En quoi il se rapproche de son frère jésuite et lecteur attentif, le pape François.

 

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 « L’Esprit du christianisme » par Joseph Moingt

Le théologien jésuite Joseph Moingt prolonge sa réflexion sur la foi chrétienne face à l’incroyance et au doute, en questionnant certaines formulations du dogme chrétien. Un ouvrage qui met la foi au travail.

 

Le théologien Joseph Moingt a aujourd’hui 103 ans et, pour la première fois, il prend la plume à la première personne du singulier. Ce « je » est essentiel à la compréhension de ce livre, qu’il présente comme son ultime écrit, où il poursuit et approfondit le projet qui est le sien depuis plusieurs décennies : repenser la foi chrétienne dans la situation de déclin et la menace d’effacement qu’elle affronte aujourd’hui, pour lui redonner un avenir.

Le jésuite a consacré sa vie à l’intelligence de la foi chrétienne, comme enseignant à l’Institut catholique de Paris et au Centre Sèvres, comme directeur de la revue Recherches de sciences religieuses (RSR) et, depuis trente ans, comme auteur de sommes théologiques essentielles (L’Homme qui venait de DieuDieu qui vient à l’homme…). S’il emploie dans cet ouvrage un ton plus personnel, c’est parce qu’il a conscience que ce livre est plus audacieux, plus risqué aussi, que les précédents dans son effort de concilier la foi et la raison.

Porter la foi vers demain

Le travail théologique de Joseph Moingt est marqué par une constante : le refus de surmonter les obstacles que l’intelligence rencontre dans l’acte de croire en glissant du côté de l’irrationnel ou en cédant à un sens du « mystère » frelaté. Son honnêteté intellectuelle est totale, parce qu’il prend en charge, pour lui-même d’abord, la question de l’incroyance et le défi que pose la perte du sens de la foi. L’importance qu’il confère à la raison humaine n’est pas une concession au rationalisme. Elle est un témoignage rendu au Dieu de Jésus-Christ qui jamais n’humilie l’homme qu’Il a créé à son image.

C’est avec cet arrière-plan qu’il convient d’aborder cet ouvrage où l’auteur confie chercher « à exprimer l’essentiel de ma foi et de ma vie religieuse dans un langage pleinement accessible à ma raison naturelle ». Pour répondre à une crise profonde où l’Église est interrogée sur « la question de sa propre vérité », Joseph Moingt recherche les « outres neuves », qui pourront porter la foi vers demain.

Retrouver « l’esprit du christianisme »

Pour cela, le théologien puise aux sources de la tradition apostolique, méditant essentiellement saint Paul et saint Jean pour retrouver « l’esprit du christianisme » et le libérer de la gangue religieuse qu’il a revêtue au tournant du IIIe siècle, pour faire face à la grave crise gnostique. Tournant qui le conduisit à adopter une théologie du sacrifice et de la rédemption, une Église hiérarchique et un corps de prêtres, un culte et un ritualisme que l’auteur juge étrangers aux sources scripturaires qu’il privilégie et qu’il veut nous faire entendre.

Cette lecture dessine clairement un avant et un après, une rupture nette sur laquelle historiens et théologiens auront matière à débattre. Toutefois, en différenciant la prédication apostolique de la tradition de l’Église qui lui succède, Joseph Moingt prend soin de ne pas les opposer. À ses yeux, cette dernière a conservé « l’essentiel » de la prédication apostolique. Il écrit aussi qu’elle l’a « recouvert » mais « pas au point de l’effacer ». En sorte que le théologien se voit « fondé à penser qu’il (lui) sera possible de dénoncer et d’amender les écarts de son discours par rapport à sa source apostolique en [se] recommandant de la même foi ».

 

Peu de théologiens font entendre aussi nettement la voix du Dieu

« Dénoncer et amender les écarts », Joseph Moingt le fait en revisitant vigoureusement les principaux dogmes de la foi (Incarnation, Trinité, Salut…), sans se soucier d’abord d’orthodoxie. Il questionne les héritages religieux, mythologiques et philosophiques qu’ils contiennent à la recherche d’un sens universellement partageable du salut chrétien. On pourra le lui reprocher, juger certaines propositions téméraires, contestables.

Prévenons le lecteur catholique : chacun d’entre nous trouvera dans ces pages une raison (ou plusieurs) d’être questionné, déplacé et/ou choqué. On pourra donc discuter cet ouvrage, le critiquer, l’amender, le prolonger, mais on aurait tort de le pourfendre ou de l’ignorer, car peu de théologiens font entendre aussi nettement la voix du Dieu qui « a tant aimé le monde » (Jean 3, 16).

 

https://www.la-croix.com/Culture/Livres-et-idees/LEsprit-christianisme-Joseph-Moingt-2019-01-17-1200996078

 

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Mort de Joseph Moingt, la foi en perpétuel questionnement

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Joseph Moingt, jésuite, est né en 1915 à Salbris (Loir-et-Cher). Après les études habituelles de philosophie et de théologie à la Compagnie de Jésus, il a suivi l’École Pratique des Hautes Études et a soutenu une thèse de théologie à l’Institut Catholique de Paris. Il a enseigné la théologie successivement à la Faculté jésuite de Lyon-Fourvière, à l’Institut Catholique de Paris et aux Facultés de Philosophie et de Théologie de la Compagnie de Jésus à Paris (Centre Sèvres). Il a dirigé la revue Recherches de Science religieuse de 1968 à 1997. Auteur d’un grand nombre d’articles et de divers livres, il a produit un remarquable travail de synthèse portant sur Jésus-Christ et qui s’intitule L’homme qui venait de Dieu (725 p., Cerf, 1993, plusieurs fois réimprimé). Le grand public connaît surtout J. Moingt par un livre de vulgarisation qui a connu un vif succès, La plus belle histoire de Dieu (Seuil, 1997, en collaboration avec J. Bottéro et M.-A. Ouaknin, réédité en format de poche), ainsi que par Les Trois Visiteurs (Desclée de Brouwer, 1999).

Le théologien jésuite, décédé mardi 28 juillet à 104 ans, a consacré toute sa vie à l’intelligence de la foi chrétienne, comme enseignant de théologie et comme auteur d’ouvrages essentiels. Sa pensée s’est toujours voulue libre, assumant sa puissance corrosive, quitte à choquer au sein même de l’Église.

À 103 ans, Joseph Moingt avait encore puisé dans son inaltérable vigueur intellectuelle pour définir « L’esprit du christianisme » dans ce que son éditeur présentait alors comme son livre testament (1). Écrit de manière inédite à la première personne, l’ouvrage résumait les questionnements d’une vie d’un théologien dont la liberté fut toujours le maître mot. Quitte à remettre en question des dogmes, à développer des théses qui contribuaient à la réflexion mais rarement à l’unanimité.

« Chacun d’entre nous trouvera dans ces pages une raison (ou plusieurs) d’être questionné, déplacé et/ou choqué, écrivait à cette occasion Élodie Maurot dans La Croix le 17 janvier 2019. On pourra donc discuter cet ouvrage, le critiquer, l’amender, le prolonger, mais on aurait tort de le pourfendre ou de l’ignorer, car peu de théologiens font entendre aussi nettement la voix du Dieu qui « a tant aimé le monde » (Jean 3, 16). »

C’est ce monde que le père Joseph Moingt a quitté, mardi 28 juillet, à l’âge de 104 ans. Ses obsèques seront célébrées samedi 1er août à 10 h 30 en l’église Saint François d’Assise de Vanves (Hauts-de-Seine).

 Il réconfortait les chrétiens ébranlés

Il y a tout juste dix ans, le théologien jésuite sillonnait encore la France, toujours vif et plein d’humour pour évoquer « Croire quand même » (2) publié sous le pontificat de Benoît XVI à une époque où de nombreux fidèles se sentaient mal à l’aise avec « l’option choisie par Rome d’un retour au passé », selon le vieux jésuite. Multipliant les conférences, il s’employait à fortifier des chrétiens ébranlés dans leur foi et parfois tentés de quitter l’Église. « Restez », leur disait-il.

Il pouvait se permettre d’aborder sans fard la crise du christianisme, s’appuyant sur la légitimité que confèrent des décennies de travail et d’engagement théologique. Né en 1915, à Salbris (Loir-et-Cher), et entré fin 1938, à 23 ans, dans la Compagnie de Jésus, le père Moingt aura consacré toute sa vie à l’intelligence de la foi chrétienne.

Il enseigna la théologie à partir de 1956, à la Faculté jésuite de Fourvière, à Lyon, puis à partir de 1968, à l’Institut catholique de Paris (ICP). En 1970, il fut engagé pour donner des cours de christologie dans le cadre du Cycle C (formation pour les laïcs en cours du soir à l’ICP), ainsi qu’au scolasticat jésuite de Chantilly (Oise). À partir de 1974, il livre sa pensée au Centre Sèvres, ne s’interrompant qu’en 2002, à 87 ans…

 

Rendre accessibles les sujets doctrinaux

Ayant pris sa retraite de la Catho de Paris à 65 ans, le jésuite continua ses recherches théologiques et la publication d’ouvrages importants, en particulier « Croire au Dieu qui vient » (2 tomes, Gallimard, 2014 et 2016) dans lequel il tentait de rendre accessibles les sujets doctrinaux sur lesquels il travaillait depuis plus de soixante ans : Comment dire l’humanité du Christ s’il est né d’une femme vierge ? Comment expliquer la Trinité si on ne peut différencier l’Esprit du Père de celui du Fils ?

Des questions qu’il approfondissait pour repenser certaines formulations du dogme chrétien. Lui qui, pendant ses expériences paroissiales à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine), puis à Poissy (Yvelines) et Sarcelles (Val-d’Oise), avait mis en place « des groupes de laïcs fréquentant l’Eucharistie mais ayant besoin de se retrouver pour des partages d’Évangile ou des relectures de vie », annonçait une « Église en diaspora », fondée sur des chrétiens, certes bien moins nombreux, mais mieux formés et vivant une vie spirituelle et apostolique réelle.

Car pour Joseph Moingt, ce n’est pas en se focalisant sur l’institution ecclésiale que l’on pourra mener une réforme radicale du catholicisme, mais en revenant à l’Évangile. « Il y a urgence à repenser toute la foi chrétienne pour dire “Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme” dans le langage d’aujourd’hui et en continuité avec la Tradition », répétait-il en puisant sur son immense culture théologique et biblique pour confirmer que l’Église ne peut s’imaginer un avenir avec des réponses dogmatiques et qu’il faut qu’en son sein des théologiens « fassent du neuf sans être menacés d’excommunication ». En ce qui le concerne, sa plume n’a jamais été motivée par la peur d’une sanction ecclésiale, mais plutôt par le désir d’écrire en accord avec sa foi. Et puis, « à mon âge, on ne risque plus grand-chose ! ».

La liberté, toujours. Dans « Croire quand même », il disait : l’Église a un avenir, mais celui-ci n’est pas à chercher ailleurs que « dans la liberté que l’Évangile lui ouvre ».

 

(1) L’Esprit du christianisme, 2018, Temps présent, 282 p., 22 €

(2) Croire quand même, Libres entretiens sur le présent et le futur du catholicisme, avec Karim Mahmoud-Vintam et Lucienne Gouguenheim, Temps Présent, coll. « Semeurs d’avenir », 2010, 245 p., 19 €

HANS URS VON BLATHASAR, LITTERATURE CHRETIENNE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, LIVRES DE SPIRITUALITE, MEDITATIONS, SEUL L'AMOUR EST DIGNE DE FOI, SPIRITUALITE

Seul l’amour est digne de foi

L’amour seul est digne de foi

Hans-Urs von Balthasar

Saint-Maur, Parole et Silence, 1999. 125 pages

 

Résumé

 » Quel est, dans le christianisme, l’élément spécifiquement chrétien ? Le christianisme, dans sa réflexion sur lui-même, ne peut être considéré ni comme une doctrine de sagesse surélevant la sagesse religieuse de l’humanité grâce à un enseignement divin, ni comme un avènement définitif de l’homme personnel et social grâce à la révélation et à la rédemption. Il ne peut être compris que comme l’amour divin se glorifiant lui-même. Dans l’Ancien Testament, cette gloire est la présence de la majesté souveraine de Yahvé dans son Alliance ; dans le Nouveau Testament, cette gloire sacrée se manifeste comme le geste de Dieu qui dans le Christ aime « jusqu’à la fin », c’est-à-dire s’abaisse jusque dans la mort et dans les ténèbres. Cet amour qui va jusqu’à l’extrême et que le monde et l’homme ne peuvent même soupçonner, ne peut être perçu que s’il est reçu comme le « tout Autre ».  » Hans-Urs von Balthasar

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Hans Urs von Balthasar

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LE COEUR DU MONDE DE HANS URS VON BALTHASAR

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Beaucoup de livres dits «de spiritualité» déçoivent et laissent le lecteur sur sa faim. Il y a, bien sûr, quelques exceptions. Le « Cœur du Monde », de Hans Urs von Balthasar en est une. C’est un des quelques livres de spiritualité chrétienne qu’il m’ait été donné de découvrir récemment et que l’on aime reprendre…

Que dire de ce chef d’œuvre? C’est une œuvre «de jeunesse» du grand théologien suisse, sans doute très différente de ses grands ouvrages, en particulier de sa trilogie (esthétique, dramatique et théologique). Celui que le P. Henri de Lubac présentait comme l’homme «sans doute le plus cultivé de son temps» y médite le mystère chrétien sur un ton lyrique et poétique, qui emporte le lecteur comme un flot au-delà de lui-même !

En voici un extrait glané au cours de cette lecture…. mais dès les premières lignes on se laisse prendre au piège

«En quelle prison gémit tout être fini ! C’est en prison que l’homme, comme tout être, est né: son âme, son corps, sa pensée, sa volonté, ses aspirations, tout en lui est entouré d’une frontière, constitue même une frontière palpable, tout le sépare et l’isole. Par les ouvertures grillagées des sens, chacun regarde au-dehors vers une réalité étrangère à lui qu’il ne sera jamais. Et son esprit s’élancerait-il, comme l’oiseau, à travers les espaces du monde: lui-même n’est pas cet espace qu’il parcourt, et de son passage il ne subsiste aucune trace durable. D’un être à l’autre, quelle distance! Et même lorsqu’ils s’aiment et se font signe mutuellement de l’îlot qui leur sert de prison, même lorsqu’ils tentent de faire communiquer leurs solitudes et de se donner une illusoire unité, bien vite les surprend, d’autant plus douloureuse, la désillusion, lorsqu’ils retrouvent les barreaux invisibles, la froide paroi de verre contre laquelle ils viennent buter, pauvres oiseaux captifs… (p. 21).

Tu restes seul. Tu es tout en tous. Même si ton amour nous veut pour se déployer en nous et pour célébrer en nous le mystère de la génération et de la fécondité, c’est pourtant ici et là ton amour qui donne et qui est donné, qui est à la fois semence et terre féconde. Et l’enfant mis au monde, c’est toi encore. Lorsque l’amour a besoin de deux pieds pour marcher, celui qui marche est unique, et c’est toi. Et lorsque l’amour a besoin de deux êtres qui aiment, un amant et un aimé, alors il n’y a qu’un seul amour, et c’est toi qui es l’amour. Tout est ordonné à ton cœur qui bat éternellement. Maintenant encore, le temps et la durée battent la mesure de la création et, à grands coups douloureux, poussent en avant le monde et son histoire. C’est l’inquiétude de l’horloge, et ton cœur est inquiet jusqu’à ce que nous reposions en toi, et toi en nous, temps et éternité absorbés l’un dans l’autre. Mais soyez tranquilles: j’ai vaincu le monde. Le fracas du péché a disparu dans le silence de l’amour. Celui-ci en est devenu plus sombre, plus flamboyant, plus ardent, à cause de l’expérience de ce qu’est le monde. Mais l’abîme moins profond de la révolte a été englouti par la miséricorde insondable, et en battements majestueux règne paisiblement le Cœur divin» (p. 196-197).

Voilà, il ne vous reste plus qu’à lire les 175 pages qui séparent le début de la fin et découvrir comment nous sommes conduits de notre prison au Cœur du Christ

(*) Editions Saint-Paul, réédition 2014, 208

 

L’amour seul est digne de foi

Urs von Balthasar

Saint-Maur, Parole et Silence, 1999. 125 pages.

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Résumé

 » Quel est, dans le christianisme, l’élément spécifiquement chrétien ? Le christianisme, dans sa réflexion sur lui-même, ne peut être considéré ni comme une doctrine de sagesse surélevant la sagesse religieuse de l’humanité grâce à un enseignement divin, ni comme un avènement définitif de l’homme personnel et social grâce à la révélation et à la rédemption. Il ne peut être compris que comme l’amour divin se glorifiant lui-même. Dans l’Ancien Testament, cette gloire est la présence de la majesté souveraine de Yahvé dans son Alliance ; dans le Nouveau Testament, cette gloire sacrée se manifeste comme le geste de Dieu qui dans le Christ aime « jusqu’à la fin », c’est-à-dire s’abaisse jusque dans la mort et dans les ténèbres. Cet amour qui va jusqu’à l’extrême et que le monde et l’homme ne peuvent même soupçonner, ne peut être perçu que s’il est reçu comme le « tout Autre ».  » Hans-Urs von Balthasar.

 

La Prière contemplative 

Hans Urs von Balthasar

Paris, Parole et Silence, 2002. 280 pages.

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Présentation de l’éditeur

Bien des chrétiens connaissent la nécessité et la beauté de la prière contemplative et y aspirent sincèrement. Mais peu, en dehors d’essais tâtonnants, bientôt abandonnés, restent fidèles à cette prière, et moins nombreux encore sont ceux qui sont convaincus et satisfaits de leurs efforts propres en cette matière. Une atmosphère de découragement et de pusillanimité entoure, dans l’Eglise, la contemplation. Nous voudrions bien, mais nous n’y arrivons pas. L’heure de méditation projetée s’écoule dans la distraction et dans l’incohérence et, parce qu’elle ne produit aucun fruit visible, nous sommes tentés d’abandonner. Le présent livre tente, en partant d’une vue d’ensemble de la révélation chrétienne, de décrire la profondeur et la splendeur de cette forme de prière. Il cherche à éveiller la joie qu’elle fait naître, à faire éprouver sa nécessité, à affirmer son caractère indispensable pour la vie. La prière contemplative nous découvre et exalte cette dimension verticale de la vie chrétienne. Rien de critique ni de négatif en ces pages, mais la plus constructive, la plus belle, la plus stimulante des ascensions spirituelles.

Quatrième de couverture

Bien des chrétiens connaissent la nécessité et la beauté de la prière contemplative et y aspirent sincèrement. Mais peu, en dehors d’essais tâtonnants, bientôt abandonnés, restent fidèles à cette prière, et moins nombreux encore sont ceux qui sont convaincus et satisfaits de leurs efforts propres en cette matière. Une atmosphère de découragement et de pusillanimité entoure, dans l’Église, la contemplation. Nous voudrions bien, mais nous n’y arrivons pas. L’heure de méditation projetée s’écoule dans la distraction et dans l’incohérence et, parce qu’elle ne produit aucun fruit visible, nous sommes tentés d’abandonner.

Le présent livre tente, en partant d’une vue d’ensemble de la révélation chrétienne, de décrire la profondeur et la splendeur de cette forme de prière. Il cherche à éveiller la joie qu’elle fait naître, à faire éprouver sa nécessité, à affirmer son caractère indispensable pour la vie. La prière contemplative nous découvre et exalte cette dimension verticale de la vie chrétienne. Rien de critique ni de négatif en ces pages, mais la plus constructive, la plus belle, la plus stimulante des ascensions spirituelles.

 

 

L'EVANGILE INTERIEUR, LITTERATURE CHRETIENNE, LIVRES - RECENSION, LIVRES DE SPIRITUALITE, MAURIE ZUNDEL (1877-1975), MEDITATIONS, SPIRITUALITE

L’Evangile intérieur de Maurice Zundel

L’Evangile intérieur

Maurice Zundel

Editions Saint-Augustin, 2007. 151 pages

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Résumé :

« L’humanité n’a Jamais éprouvé plus tragiquement le besoin de Dieu. Elle ne semble repousser le plus souvent que pour avoir mis sous son nom des choses incompatibles avec l’idée que toute âme droite est appelée à s’en faire… Dieu n’est pas une invention, c’est une découverte. » Maurice Zundel situe le message chrétien dans la perspective intérieure qui fait saisir son rapport avec la vie spirituelle. L’Évangile intérieur relate les entretiens du Père Zundel diffusés sur Radio-Luxembourg en 1935. Le fruit de ces méditations lumineuses et prophétiques reçut un accueil unanime qui ne s’est jamais démenti.

Extrait

À la recherche de l’âme

Vous vous rappelez cette inscription que les pèlerins de la Grèce antique lisaient à Delphes sur le fron­ton du temple d’Apollon :
ΓΝΩΘΙ ΣΑΥΤΟΝ
«Connais-toi toi-même.»

Elle signifiait : connais-toi mortel, et non point dieu.
Les Sages y virent une invitation à philosopher. Ils pensaient avec raison que la vie intérieure de l’homme est le premier sanctuaire de la divinité, et ils inscrivaient dans leur âme les mots qu’ils avaient lus sur la pierre :

ΓΝΩΘΙ ΣΑΥΤΟΝ
«Connais-toi toi-même.»

C’est là que commence la découverte de la vie, et rien n’est plus passionnant que cette recherche : savez-vous qui vous êtes et quel est votre vrai nom ?
Quand vous vous poserez sérieusement cette question, vous sentirez soudain tout ce qu’elle soulève de mystère.
Une mère ne peut oublier l’instant où, pour la première fois, son petit enfant a dit : Maman. Une voix enfin répondait à la sienne. Après tant de sourires, où silencieusement déjà s’épanchait la lumière de l’esprit, cet appel soudain jaillissait comme l’explosion de l’âme : le dedans venait au jour. Elle ne cessera plus d’écouter cette révélation. Elle voudra connaître ce cœur  qu’elle s’applique à former. Elle n’aura pourtant jamais fini de le découvrir : son secret est à lui, et peut-être un jour sera-t-elle atrocement meurtrie d’y demeurer étrangère : jusqu’à ce qu’elle comprenne qu’on ne rencontre une âme qu’en baissant les yeux.
Nous ne savons pas qui nous sommes, et chaque jour, nous voyons surgir en nous des régions inexplorées, des terres inconnues, des continents en dérive, des cités qui s’élèvent ou s’écroulent : tout un univers en perpétuelle gestation.
Et le mystère de notre vie : nos espoirs et nos rêves, nos douleurs et nos faiblesses, notre grandeur et notre misère, tout cela chacun de nos semblables, à sa manière, le vit.
Voici notre ami le plus cher ; nous lui serrons la main pour lui donner le bonjour. À peine réalisons-nous le contact matériel qui s’établit entre nous par ce geste : sa main n’est dans la nôtre que le symbole et le gage de son amitié. Notre intention se porte au-delà, c’est son cœur  que nous cherchons. Non point évidemment ce muscle de chair qui bat dans sa poitrine, mais ce cœur spirituel avec lequel il nous aime : ce cœur , qu’on ne peut situer nulle part, et que les mains ne saisiront jamais, ce cœur  qui est l’être même en sa source : toute sa vie intérieure et tout le mystère de sa personne.
Combien de tragédies d’amour s’exaspèrent dans cette impuissance à saisir ce dedans qu’on ne peut atteindre qu’en renonçant à le posséder, car il est infini comme le rêve d’une pensée libre.
Personne ne pourra jamais forcer notre estime, contraindre notre jugement ou violer notre cœur .

 

Maurice Zundel (1897-1975).

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Maurice Zundel est un prêtre et théologien catholique suisse.

Ordonné prêtre pour le diocèse de Lausanne-Genève en 1919, il passe quelques années à Rome pour y obtenir un doctorat en théologie. Il s’initie aux recherches de la science, de la littérature et des arts. En 1920 sa rencontre avec le philosophe Pascal Goofy le bouleversera.

Il mène ensuite une vie itinérante de conférencier qui le conduit de Suisse en France, en Israël, en Égypte et au Liban. C’est à Paris, en 1926, qu’il fait la connaissance de l’abbé Jean-Baptiste Montini qui deviendra le pape Paul VI. Une profonde amitié liera les deux hommes tout au long de leur vie. Paul VI invite Maurice Zundel à prêcher la retraite au Vatican en 1972.

Publiée sous le titre de « Quel homme et quel Dieu? » (1986), cette retraite est la synthèse de sa recherche personnelle.
Écrivain, poète, mystique et conférencier, Maurice Zundel a publié une trentaine de livres.

site : http://www.mauricezundel.com/fr/
Source : Wikipedia

CHJRISTIANISME, ECRITS SPIRITUELS, ECRITS SPIRITUELS DU MOYEN ÂGE, EGLISE CATHOLIQUE, LITTERATURE CHRETIENNE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MOYEN AGE

Ecrits spirituels du Moyen Âge

Ecrits spirituels du Moyen Âge

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La Pléiade publie un volume rassemblant des écrits spirituels médiévaux, témoignage de la quête de Dieu du XIau XVe siècle.

 

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Saint Bernard de Clairvaux écrivant à son bureau alors que près de lui, un démon s’agite. Miniature extraite du Livre d’heures du maître de Dunois, vers 1439-1450. / British Library/Leemage

  • Écrits spirituels du Moyen Âge, Textes traduits, présentés et annotés par Cédric Giraud, La Pléiade, 1 210 p., 58 € jusqu’au 31 mars 2020, 63 € ensuite

Un voyage intérieur et ascendant, voilà ce que proposent les quinze auteurs rassemblés dans le nouveau volume de la Pléiade, Écrits spirituels du Moyen Âge. Il rassemble une série de grands textes parmi ceux qui ont le plus compté dans la vie spirituelle médiévale de langue latine, entre le XIe et le XVe siècle.

Pour établir cette sélection, Cédric Giraud, ancien élève de l’École des chartes et professeur à l’université de Lorraine, s’est intéressé aux habitudes de lecture médiévale en croisant les listes de lecture recommandées aux moines et la diffusion des manuscrits dans les bibliothèques de l’époque.

Il a ainsi reconstitué un corpus représentatif de la spiritualité du Moyen Âge, où figurent de grands noms comme Bernard de Clairvaux, Bonaventure et Thomas d’Aquin et d’autres, moins lus aujourd’hui, comme Anselme de Cantorbéry et Hugues de Saint-Victor, le Pseudo-Bernard de Clairvaux et le Pseudo-Augustin, Jean Gerson et Thomas a Kempis. Tous jouèrent un rôle clé dans une spiritualité médiévale qui se pratiqua d’abord à l’abri des cloîtres, puis se diffusa au monde laïc à partir du XIIIe siècle.

Le témoignage d’une «civilisation du livre»

En proposant cette sélection, Cédric Giraud fait œuvre utile, car ce volume sort de l’ombre une culture à la fois intellectuelle et pratique souvent négligée ou oubliée. Il témoigne d’un art d’exister où religion et quête spirituelle, effort intellectuel et travail sur soi s’entrelacent et se nourrissent mutuellement.

Bien loin des clichés, encore tenaces, sur le sombre Moyen Âge, cet ouvrage montre que «le développement de la spiritualité médiévale, inséparable de l’essor d’une civilisation du livre, fit du texte le moyen privilégié pour comprendre le monde extérieur et se déchiffrer soi-même», souligne le médiéviste.

Grâce à une traduction très fluide, ces auteurs nous reviennent avec toute leur vitalité. Ils nous livrent le vibrant témoignage de leurs vies aimantées par le Très-Haut, en attente de «savourer Dieu» (Bernard de Clairvaux), dans une quête mystique infinie mais sans cesse renouvelée : «Toujours rassasié, toujours tu bois, car toujours il te plaît de boire et jamais tu ne t’en lasses. (…) Toujours en effet tu désires ce que toujours tu as et ce que tu es toujours assuré de toujours avoir. (…) Ô rassasiante béatitude et bienheureux rassasiement», décrit Anselme de Cantorbéry.

Pour atteindre ce but rayonnant, le spirituel médiéval est prêt à être émondé par un travail intérieur exigeant, à multiplier les exercices, à consentir aux sacrifices. Il est prêt à l’abandon du monde, voire au mépris de l’existence. «Plus nous vivons, plus nous péchons. Plus la vie est longue, plus la faute grandit», juge ainsi, très pessimiste, le Pseudo-Bernard de Clairvaux. «Pourquoi t’enorgueillir, poussière et cendre, toi dont la conception est une faute, la naissance un malheur, la vie une peine, la mort une angoisse?»

Les tréfonds de l’humanité

À la lecture de ce volume, on ressent combien les spirituels médiévaux sont parfois piégés par un imaginaire hiérarchique qui les conduit à opposer l’homme et Dieu alors même qu’ils souhaiteraient les réunir. La Renaissance, puis la Réforme et la modernité donneront heureusement d’autres nuances à la spiritualité chrétienne. Mais leur quête, radicale et parfois excessive, leur donne d’oser s’enfoncer dans les tréfonds de l’humanité, traversant ses doutes et ses angoisses, assumant ses espérances.

Ils cherchent à évaluer ce qui semble juste et porte à la croissance, jaugent les progrès, soutiennent un effort d’introspection parmi les plus puissants que l’histoire ait vu surgir. «Efforce-toi de te connaître: tu es bien meilleur et plus louable en te connaissant que si, en te négligeant, tu connaissais le cours des astres, les propriétés des herbes, la complexion humaine, la nature des êtres vivants et que si tu avais la science de tous les êtes célestes et terrestres», conseille ainsi le Pseudo-Bernard de Clairvaux.

 

ECRIVAIN CHRETIEN, ECRIVAIN FRANÇAIS, JEAN-PIERRE DE CAUSSADE (1675-1751), LITTERATURE CHRETIENNE, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, LIVRES DE SPIRITUALITE

L’Abandon à la divine providence : traité de spiritualité attribué à Jean-Pierre de Caussade

L’abandon à la divine providence

Autrefois attribué à Jean-Pierre de Caussade

Ed. et introd. D. Salin.

Paris, Desclée de Brouwer, coll. « Christus », 2005,202 pages

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Présentation de l’éditeur

Depuis un siècle et demi, ce petit traité est un des best-sellers de la littérature spirituelle.  » C’est un des livres dont je vis le plus « , disait Charles de Foucauld. Le théologien Urs von Balthasar voyait en lui un résumé de la mystique européenne,  » depuis les Rhénans jusqu’aux Français en passant par jean de la Croix, dans une unité d’une simplicité confondante « . Il est l’équivalent moderne de ce que fut, et demeure, l’Imitation de Jésus-Christ. La collection  » Christus  » en donne une édition entièrement nouvelle. L’introduction fait le point sur l’histoire mouvementée de ce texte, à la lumière des études récentes. Composé dans la première moitié du XVIIIe siècle, il ne peut plus être attribué au jésuite Jean-Pierre de Caussade, mais à une plume anonyme, disciple de Madame Guyon. L’introduction présente également la grande caractéristique de cette spiritualité de l’abandon dans  » le moment présent « , lorsque s’obscurcit le ciel de la foi. La lecture du texte est facilitée par une ponctuation moderne, qui en souligne la vigueur. Il s’agit aussi d’une édition critique : la leçon du manuscrit est indiquée en note lorsque le texte est corrigé.

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C’est en réalité une femme qui l’a écrit

 

  • «L’abandon à la Providence divine» a été pendant des années attribué au jésuite Jean-Pierre de Caussade. ·

2 mai 2012 L’Observatore Romano

Amantine Lucie Aurore Dupin publie ses romans, mais, pour qu’ils soient acceptés, elle les signe George Sand; Mary Ann Evans devient George Eliot. Currer Bell, Ellis Bell et Acton Bell ne sont autres que les pseudonymes masculins de Charlotte, Emily et Anna Brontë, obligées de les utiliser pour publier leurs romans. Ce n’est qu’après la mort de Maria Alphonsina Ghattas que l’on découvrit qu’elle était la véritable fondatrice, à Bethléem en 1880, de la Congrégation du Rosaire, dont l’aumônier de la communauté avait toujours été  considéré comme le fondateur. Et cela a été le cas pour de nombreux autres instituts religieux féminins.

Récemment, l’historien français Jacques Gagey a révélé que cela s’est produit également pour l’un des plus célèbres livres de spiritualité  catholique, L’abandon à la Providence divine, l’œuvre spirituelle la plus importante du XVIIIè siècle français, rédigée vers 1740 et publiée en 1861. Urs von Balthasar la considérait  «le livre charnière qui recueillait l’épopée mystique tout entière», un classique de la spiritualité et un livre à l’aspect unique qui accompagne constamment de nombreuses personnes spirituelles. Ces pages si célèbres et sans cesse rééditées ne sont donc pas l’œuvre du jésuite Jean-Pierre de Caussade, mais d’une femme. Gagey sait que, à cette époque, l’attribution de l’auteur n’avait pas d’importance. Mais faire aujourd’hui la lumière est un devoir de vérité historique, surtout lorsque tous pensent que l’auteur est un homme, et que cela rend plus difficile de découvrir qu’il s’agit en revanche d’une femme.

Il s’agit d’une autobiographie spirituelle, inscrite dans la culture spirituelle du siècle comme un texte cohérent, l’œuvre d’une seule main: «Seuls ceux qui ne connaissent pas suffisamment la littérature mystique peuvent mettre en doute que l’auteur est une femme». Egalement parce cet auteur parle souvent au féminin : «C’est à vous à tout régler: la sainteté, la perfection, le salut, la direction, la mortification, c’est votre affaire; la mienne est d’être contente de vous et de ne m’approprier aucune action ni passion, mais laisser tout à votre bon plaisir». L’auteure est une femme originaire de Lorraine, dirigée par le père de Caussade dont on ignore encore le nom, mais assurément d’une condition sociale élevée et proche de la Visitation de Nancy.

Appelons-la Dame Abandon, en absence d’un nom précis. Tout d’abord confidente, puis protectrice du père de Caussade, elle hérite de la grande tradition mystique mais elle connaît également, et elle fait sienne, la philosophie des Lumières, dans une acception positive. Précisément en assumant la responsabilité d’utiliser courageusement sa propre intelligence et de ne pas déléguer passivement sa vie intérieure à un livre ou à un directeur spirituel, l’auteure révèle son choix de liberté. Non pas en s’attardant sur des théories ou des abstractions, mais en allant directement, comme cela avait déjà été le cas de sainte Thérèse d’Avila, à sa propre expérience concrète.

Lorsqu’une innovation  apparaît dans la spiritualité, voilà alors se présenter des confesseurs ou des directeurs spirituels qui sentent le devoir de s’en approprier, peut-être pour lui faire parcourir  un chemin plus sûr grâce à leur supériorité intellectuelle et théologique. Ils ne considèrent donc la femme que comme la porteuse d’une intuition qui, pour être développée et portée à connaissance, demande l’autorité d’un homme et de ses instruments intellectuels.

A la moitié du XIXè siècle, la visitandine Marie-Cécile Fervel découvrit des fragments de lettres et elle eut la conviction qu’il s’agissait d’une correspondance spirituelle de la supérieure de son monastère, mère de Rottembourg. Elle composa une lettre avec  les différents morceaux, la faisant passer pour une lettre du père de Caussade, et elle fit de même  avec d’autres fragments, trompant ainsi le jésuite Ramière, pour faire en sorte que ces écrits puissent devenir une partie de la préparation spirituelle des monialesRamière, reconnaissant la valeur des textes, leur donna la forme d’un traité  divisé en chapitres, et il y ajouta aussi un titre, L’abandon à la Providence divine, pensé comme le moyen le plus facile de sanctification, œuvre posthume du père de Caussade, jésuite. Les sœurs se concentrèrent sur celui-ci, non pour continuer la tromperie, mais parce qu’il était habituel de présenter un texte de manière à le rendre adapté à un milieu spécifique. Les copistes modifiaient, coupaient et inséraient  en pleine liberté des passages adaptés à la vie du couvent, elles s’échangeaient les lettres et en copiaient  les passages les plus significatifs, laissant de côté le nom de celui qui avait écrit.

L’abandon est une véritable science, qui enseigne la confiance dans la vie et dans l’auteur de la vie. L’intériorité se déploie alors dans le chant de joie de la liberté spirituelle, l’amour pur et l’anéantissement de la propre volonté, car «l’action divine inonde l’univers, pénètre toutes les créatures, les submerge». Dame Abandon ne dit pas des choses nouvelles, ce n’est pas une innovatrice, elle ne se soucie pas des répétitions, mais elle est riche d’annotation psychologiques et, surtout, elle s’inspire d’une expérience vécue. Son principe de devenir spirituel prend le nom d’abandon et est ouvert à l’histoire, aux événements, à l’acceptation de tout ce qui a lieu, et de tout ce que nous devons souffrir. Elle observe que tout se meut selon une orientation providentielle: «Le moment présent est donc comme un désert où l’âme simple ne voit que Dieu seul, dont elle jouit, n’étant occupée que de ce qu’il veut d’elle: tout le reste est laissé, oublié, abandonné à la Providence».

L’auteure affronte le présent sans méthode particulière, mais elle se concentre sur  l’attitude profonde. L’objectif pointe précisément sur l’expérience quotidienne, dans le traumatisme permanent de l’abandon comme suspension de l’amour: dans la douceur transparaît l’audace. L’âme, dans la responsabilité de sa propre liberté, pratique l’intériorité avec la bonne volonté positive et sa conscience s’harmonise. A une époque moderne et avec d’autres connaissances scientifiques, Jung définit ce processus d’intégration de la conscience «le processus d’individuation».

Cristiana Dobner

 

http://www.osservatoreromano.va/fr/news/cest-en-realite-une-femme-qui-la-ecrit

 

L’Abandon à la providence divine d’une dame de Lorraine au 18e siècle, suivi des Lettres spirituelles de Jean-Pierre Caussade à cette dame. Édition critique établie par Jacques Gagey, 2001 

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L’histoire de L’abandon à la Providence divine, composé dans un milieu religieux fortement marqué par cette mystique laïque qu’était Madame Guyon, est extraordinaire Le P. Dominique Salin, jésuite, historien de la spiritualité et collaborateur assidu de Christus, en raconte avec brio, dans son introduction, les multiples péripéties. Comment cet ouvrage du début du XVIIe siècle, écrit juste après la rupture entre Bossuet et Fénelon qui scellera la fin du lien entre mystique et théologie, a-t-il pu connaître un succès jamais démenti depuis sa parution à la fin du XIXe siècle ? D’abord, le style de L’Abandon est résolument moderne et en parfaite adéquation avec son propos : on y voit précisément à l’oeuvre  l’abandon au moment présent constamment renouvelé, presque chaque paragraphe résumant à lui seul tout le livre. Après une première affirmation, l’auteur a coutume de laisser sa phrase s’écouler en de longues périodes, comme s’il l’abandonnait à l’inspiration divine Par instants toutefois, l’insaisissable semble se laisser saisir, et la phrase alors s’écourte, se densifie. 
Surtout, la perception de Dieu, telle que la propose ce petit livre, est très actuelle. L’auteur valorise la prévenance du Père à l’égard de l’homme qui n’a rien à craindre d’un quelconque châtiment divin . mieux vaut suivre l’exemple de la Sainte Famille dépendante du bon plaisir divin Sans doute, cinquante ans auparavant, aurait-on davantage mis en avant l’exemple du Christ. 
Déjà perceptible chez Madame Guyon, l’effacement du Christ comme médiateur, et a fortiori de l’Eglise, est ici extrême, comme chez nombre de nos contemporains. A partir de là, l’auteur n’emploie le terme d’abandon qu’avec circonspection, car lui aussi est devenu suspect. C’est pourquoi il ne l’applique pour l’essentiel qu’à propos de la moins suspecte des créatures : Marie. C’est à travers les mots du Magnificat que Jésus parle avec le plus d’aisance ; c’est par les seuls yeux de Marie que nous voyons Jésus dans la crèche et sur la croix, etc L’expérience intime de l’Esprit Saint, acquise comme à l’aveugle par ces saints cachés que sont, à l’image de Marie, les âmes les plus simples « sanctifie et surnaturalise » les temps que nous vivons. Ainsi, ces âmes complètent l’Ecriture sainte à travers « un livre de vie » où sont inscrits les plus beaux silences de l’humanité, pour peu qu’ils relèvent de l’ordre de Dieu, d’un « déjà là » qui ne souffre plus de « pas encore ». 
On devine aisément pourquoi un Charles de Foucauld et toute une foule de chrétiens anonymes depuis plus d’un siècle ont marqué la lecture de cet ouvrage d’une pierre blanche. Christus est heureuse d’en offrir une nouvelle édition entièrement refondue.

 

CHRISTUS N°210Avril 2006

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Jean-Pierre de Caussade

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Jean-Pierre Caussade, né le 7 mars 1675 à Cahors (France) et mort le 8 décembre 1751 à Toulouse (France) est un prêtre jésuite et maître spirituel.  

 Biographie

Entré dans la Compagnie de Jésus en 1693 et ordonné prêtre en 1704, Caussade fut d’abord enseignant dans différents collèges jésuites avant de consacrer la plus grande partie de son temps à la direction spirituelle. Il fut le recteur du collège de Perpignan (1739) et d’Albi (1743).

C’est comme guide spirituel qu’il trouve sa place dans l’histoire religieuse de la France. Il était directeur des religieuses visitandines et donnait les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola, lorsqu’il était directeur de la maison de retraite de Nancy. Son approche spirituelle, encourageant l’oraison de quiétude et poussant à la passivité dans la vie spirituelle, fit qu’on l’accusa de quiétisme.

Ses écrits authentiques, se ramènent à un certain nombre de Lettres de direction spirituelle et quelques petits textes spirituels. L’Abandon à la Providence divine, le célèbre livre de spiritualité qui a fait connaître le nom de Jean-Pierre de Caussade au public, n’est pas directement de sa plume. Composé dans la première moitié du XVIIIè siècle, possiblement par une femme, il fut lu et copié dans l’entourage de Madame Guyon, et ensuite chez les visitandines. Il ne fut publié qu’en 1860, lorsque le jésuite Henri Ramière en prit connaissance. Ramière fut trompé par des visitandines qui montèrent un stratagème pour le persuader d’attribuer ce livre à Caussade. Les visitandines voulaient mettre Caussade à l’honneur parce qu’il avait laissé un souvenir marquant comme directeur spirituel au couvent des Visitandines de Nancy.

D’autres textes spirituels ont été attribués à Caussade qui ne sont pas de lui ou de façon très lointaine.

 Écrits

Instructions spirituelles en forme de dialogue, Perpignan, 1741

Bossuet, maître d’oraison (édité par Henri Bremond), Paris, 1931

L’Abandon à la providence divine, Paris, Desclée de Brouwer

Traité sur l’oraison du cœur, Paris, 1981

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ECRIVAIN ANGLAIS, ECRIVAIN CHRETIEN, LE MAITRE DE LA TERRE, LITTERATURE CHRETIENNE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROBERT HUGH BENSON (1871-1914)

Le Maître de la terre de Robert Hugh Benson

Le Maître de la terre. La crise des derniers temps

Robert Hugh Benson

Paris, Téqui, rééd. 2000. 422 pages.

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Ce roman vieux d’un siècle en dit beaucoup sur notre époque

Parmi les œuvres originales de la littérature chrétienne du XXe siècle, figure « Le Maître de la Terre ». Ce roman apocalyptique imagine les temps modernes sous le règne d’une religion laïque universelle débarrassée du christianisme. Le pape François en a conseillé la lecture aux journalistes qui l’accompagnaient aux États-Unis pour comprendre ce qu’est la « colonisation idéologique ».

Il y a des hommes visionnaires. L’intelligence de leur époque, de ses courants de pensée et de leurs conséquences à long terme présente indéniablement quelque chose d’impressionnant. L’auteur du Maître de la Terre est anglais, prêtre catholique (1871-1914) venu de l’anglicanisme en 1903 par souci de vérité intellectuelle quant à sa foi chrétienne. Prédicateur et écrivain, l’auteur de ce roman sur la crise des derniers temps est à la fin de sa vie, à la veille de la Grande Guerre, lorsqu’il tente de faire percevoir ce qui va arriver durant le siècle à venir si ce qu’il a compris de la pensée de son époque n’est arrêté par rien ni personne, par aucune force pouvant se mesurer à l’humanitarisme devenue religion universelle.

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Dans le style du roman d’aventure

L’intrigue se passe en Angleterre mais concerne toute l’Europe unifiée et la géopolitique mondiale. Sous le joug d’une pensée relativiste maximale, une nouvelle « religion » s’établit et s’impose, transcendant les frontières européennes : la religion de l’homme qui a pour seule doxa que « l’homme est dieu ». Immanentisme, panthéisme, universalisme et relativisme se mêlent pour guider toute action politique et économique sous l’autorité d’un maître adulé et mystérieux, un certain Felsenburgh. La religion « humanitariste » a ses temples et ses rites dans toute l’Europe. Le monde de l’Orient avec ses autres religions fait peur car on craint avec lui un affrontement mortel alors que le catholicisme, seul encore à croire en un surnaturel révélé, est en pleine décomposition dont on ne voit pas ce qui pourrait l’arrêter.

Dans ce trouble univers, Olivier Brand est un député anglais influent complétement épris par cette pensée mondialiste universelle. Sa femme Mabel n’en est pas moins férue que lui. Le décor de leur vie de couple sert de salon au dialogue sur les grands événements qui se préparent. Parallèlement, les échanges entre deux prêtres d’intelligence remarquable servent aussi la cause de cette mise en scène de l’avènement de l’humanitarisme. Le père Percy Franklin a pour mission d’informer l’archevêque de Westminster et le Saint Siège sur l’évolution des événements. Quant au père Francis, nous le voyons très vite passer à la nouvelle religion d’État pour quitter sa foi chrétienne et l’Église, comme tant d’autres prêtres.

Sur le sol des États pontificaux le Vatican est le seul reste d’un temps désormais révolu au sein de tous les pays européens. La foi chrétienne y demeure vivante comme sa pratique, ainsi qu’un style de vie qui dénote avec l’universalisme qui s’impose à tous au-delà des frontières du petit État des bords du Tibre.

 

Quand la machine se grippe

La machine parfaitement huilée de l’idéologie bien-pensante au goût de messianisme purement terrestre, vient tout de même se gripper au cœur du couple de la bonne société du nouveau monde. La mère d’Olivier, avant de mourir de mort naturelle, demande secrètement les derniers sacrements. Puis, devant la résistance opiniâtre et pleine de ferveur des fidèles restés proches du pape, le grand Maître décide l’anéantissement pur et simple des restes de l’Église catholique. Le pape se réfugie secrètement à Nazareth avec quelques cardinaux pour continuer son ministère à travers le monde par des voies secrètes dignes des liaisons militaires en temps de guerre.

Mabel, l’épouse fidèle du député, ne peut se résoudre à croire que la nouvelle religion dont elle était persuadée qu’elle allait établir un règne de paix et de lumière humano-divine puisse en arriver à une telle barbarie. Passe encore que la belle-mère soit restée accrochée aux superstitions du catholicisme, mais que le grand Maître ordonne la destruction impitoyable de ses pires ennemis, c’est tout l’ensemble de sa « foi » humanitariste qui s’écroule. Elle décide de sa fin en se rendant dans « une maison de l’euthanasie ». Pas si facile que cela d’aborder froidement la mort, en cachette de son mari, et en continuant de se persuader qu’au-delà, c’est le vide.

 

L’Homme de l’impiété

Le Pape quant à lui n’a pas d’autres armes à opposer à l’idéologie régnante sur la vieille Europe et ses prétentions mondialistes que la création d’un ordre religieux sans vœux particuliers : l’Ordre du Christ-Crucifié. Tout baptisé peut s’y engager en faisant simplement le vœu d’accepter le martyre. Les persécutions ouvertes ne manquent pas. Beaucoup versent leur sang. Sa Sainteté le Pape Sylvestre réfugié à Nazareth finira par être découvert par le grand Maître, lequel n’hésite pas à envoyer un commando « d’aériens » pour en finir définitivement avec le catholicisme. Mais ce sera sans compter avec le retour définitif du Christ… On croit lire saint Paul : « Ne laissez personne vous égarer d’aucune manière. Car il faut que vienne d’abord l’apostasie, et que se révèle l’Homme de l’impiété, le fils de perdition, celui qui s’oppose, et qui s’élève contre tout ce que l’on nomme Dieu ou que l’on vénère, et qui va jusqu’à siéger dans le temple de Dieu en se faisant passer lui-même pour Dieu. […] La venue de l’Impie, elle, se fera par la force de Satan avec une grande puissance, des signes et des prodiges trompeurs, avec toute la séduction du mal, pour ceux qui se perdent du fait qu’ils n’ont pas accueilli l’amour de la vérité, ce qui les aurait sauvés »  (2 Th 1-12).

 

L’excellence des martyrs

Les grands enseignements des derniers papes analysant l’époque contemporaine nous conduisent sans conteste à faire des rapprochements avec ce récit imaginaire. Benoît XVI dira que la lecture de ce roman fut pour lui « un fait de grande importance ». Qu’il nous suffise ici de reprendre les quatre fondamentaux donnés pas saint Jean-Paul II dans sa lettre d’entrée dans le IIIe millénaire. Pour être témoin aujourd’hui face à la culture de mort et à son relativisme absolu le pape en appelait à un regard toujours porté sur la personne du Christ, à la vocation de tout baptisé au martyre jointe à une prière continuelle et à une spiritualité de la communion, sans laquelle, ajoutait-il, tout ce que nous ferons ne servira pas à grand-chose. Au cardinal Jean-Marie Lustiger constatant l’apostasie généralisée de l’Europe actuelle, un évêque posa la question de savoir comment nous en sortirons. « Par une catastrophe ou par l’excellence des martyrs » répondit le cardinal.

Le roman de Robert Hugh Benson est une affirmation de foi digne du livre de l’Apocalypse de saint Jean, qui affirme la force du témoignage des martyrs et que c’est Dieu qui trône aux destinées de l’histoire du monde. De façon abrupte, le happy end de l’aventure pose la question de notre foi dans le retour du Christ. Ce roman, dont le pape François a fait l’« une de ses lectures préférées », explique puissamment la logique de ce qu’il appelle « le drame de la colonisation idéologique ». Autant dire que le Maître de la Terre, au regard de l’actualité, nous appelle à l’évangélisation des cultures loin des querelles religieuses stériles ou des luttes de pouvoir.

Source Aleteia

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Robert Hugh Benson

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Robert Hugh Benson, né le 18 novembre 1871 et mort le 19 octobre 1914 (à 42 ans), est un ecclésiastique et homme de lettres britannique. Il est le plus jeune fils d’Edward White Bensonarchevêque de Cantorbéry. Il est le frère cadet d’Arthur Christopher Benson et d’Edward Frederic Benson.

 

Biographie

Après ses études au collège d’Eton puis à Trinity College (Cambridge), Robert Hugh Benson fut ordonné prêtre dans l’Église anglicane par son propre père.

Lors d’un séjour au Proche-Orient, il commença à s’interroger sur les liens entre l’Église anglicane et le catholicisme. Attiré par la High Church, il finit par être admis dans la communauté de la Résurrection en 1901, sans avoir l’intention de se convertir au catholicisme. Puis, à mesure qu’il étudiait les différentes communautés anglicanes, Benson trouva sa place dans l’Église catholique, où il fut admis le 11 septembre 1903.

Ordonné prêtre l’année suivante, il fut envoyé à Cambridge, où il exerça son ministère sacerdotal tout en poursuivant une carrière littéraire.

 

Publications

Ouvrages traduits en français

La Lumière invisible, scènes et récits de la vie mystique, 1909, trad. de Téodor de Wyzewa

Le Maître de la terre, 1910, trad. de Téodor de Wyzewa

La Vocation de Frank Guiseley, 1912, trad. de Téodor de Wyzewa

Les Confessions d’un converti, 1914, trad. de Téodor de Wyzewa

L’Epreuve de Marion Tenterden, 1929, trad. de René Philippon et Maurice-Pierre Boyé

 

Ouvrages en langue anglaise

Science-fiction

The Light Invisible

The Mirror of Shalott

Lord of the World

Dawn of All 

 

Romans historiques

By What Authority?

Come Rack! Come Rope! 

Initiation.

Oddsfish! by Robert Hugh Benson .

The King’s Achievement . (Sir I. Pitman and sons, ltd., 1908)

The History of Richard Raynal, Solitary .

 

Fiction contemporaine

The Sentimentalists

The Conventionalists

The Necromancers . (B. Herder, 1909)

None Other Gods 

The Winnowing

Loneliness

 

Littérature pour la jeunesse

Alphabet of Saints, with Reginald Balfour and Charles Ritchie (Burns, Oates & Washbourne, 1905)

A Child’s Rule of Life, illustrated by Gabriel Pippet

Old Testament Rhymes, illustrated by Gabriel Pippet

Ouvrages religieux

Friendship of Christ

Life in the World unseen

More About Life in the World Unseen

More Light

Facts

Here and Hereafter

Apologétique

Confessions of a Convert

Religion of the Plain Man

Paradoxes of Catholicism.

Papers of a Pariah

Christ in the Church: A Volume of Religious Essays

Non-Catholic Denominations1

Théâtre

Cost of a Crown, a Story of Douay & Durham; a Sacred Drama in Three Acts

A Mystery Play in Honour of the Nativity of Our Lord (Longmans, Green, and Co., 1908)

The Upper Room, a drama of Christ’s passion

The Maid of Orleans, a drama of the life of Joan of Arc

 

Source : Wikipédia

 

ECRIVAIN CHRETIEN, ECRIVAIN FRANÇAIS, LITTERATURE CHRETIENNE, LITTERATURE FRANÇAISE, Non classé

Georges Bernanos (1888-1948)

Georges Bernanos

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Georges Bernanos est un écrivain français, né en février 1888 à Paris et mort en juillet 1948 à Neully-sur-Seine.

Georges Bernanos passe sa jeunesse à Fressin, en Artois, et cette région du Nord constituera le décor de la plupart de ses romans. Il participe à la Première Guerre mondiale et y est plusieurs fois blessé, puis mène une vie matérielle difficile et instable en s’essayant à la littérature. Il obtient le succès avec ses romans Sous le Soleil de Satan, en 1926, et Journal d’un curé de campagne, en 1936.

Dans ses œuvres, Georges Bernanos explore le combat spirituel du Bien et du Mal, en particulier à travers le personnage du prêtre catholique   tendu vers le salut de l’âme de ses paroissiens perdus, ou encore par des personnages au destin tragique comme dans Nouvelle histoire de Mouchette.

Biographie

Georges Bernanos est né au 26 rue Joubert (9è arrondissement de Paris), , bien qu’une plaque commémorative soit placée au no 28. Son père, Émile Bernanos (1854-1927), est un tapissier décorateur d’origine espagnole et lorraine. Sa mère, Clémence Moreau (1855-1930), est issue d’une famille de paysans berrichons originaire de Pellevoisin dans l’Indre.. Il garde de son éducation la la foi catholique et les convictions monarchistes de ses parents. Il passe sa jeunesse à Fressin et fréquente le collège Sainte-Marie d’Aire-sur-la-Lys, également en Artois. Cette région du Nord marque profondément son enfance et son adolescence, et constituera le décor de la plupart de ses romans.

 Premiers engagements et premières œuvres

Catholique fervent, monarchiste passionné, il milite très jeune dans les rangs de l’Action française en participant aux activités des Camelots du roi des  pendant ses études de lettres, puis à la tête du journal L’Avant-garde de Normandie jusqu’à la Grande Guerre. Réformé, il décide tout de même de participer à la guerre en se portant volontaire, d’abord dans l’aviation, en particulier à Issy-les-Moulineaux et sur la future base aérienne 122-Chartres-Champhol, puis dans le 6è régiment de dragons. Il est plusieurs fois blessé Après la guerre, il cesse de militer, rompant avec l’Action française, , avant de s’en rapprocher lors de la condamnation romaine de 1926 et de participer à certaines de ses activités culturelles.

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Ayant épousé en 1917 Jeanne Talbert d’Arc (1893-1960), lointaine descendante d’un frère de Jeanne d’Arc, il mène alors une vie matérielle difficile et instable (il travaille dans une compagnie d’assurances), dans laquelle il entraîne ses six enfants et son épouse à la santé fragile.

Par nécessité ou par goût, il est longtemps un adepte de la moto comme moyen de transport quotidien et cette pratique se retrouvera dans ses œuvres. Ainsi, dans Les Grands Cimetières sous la lune, il évoquera ses chevauchées à travers l’île de Majorque, pendant la guerre d’Espagne: « Comme à l’avant-dernier chapitre du Journal d’un curé de campagne, la haute moto rouge, tout étincelante, ronflait sous moi comme un petit avion ».

Ce n’est qu’après le succès de Sous le soleil de Satan   que Bernanos peut se consacrer entièrement à la littérature. En moins de vingt ans, il écrit l’essentiel d’une œuvre romanesque où s’expriment ses hantises : les péchés de l’humanité, la puissance du mal et le secours de la grâce.

 Sous le soleil de Satan

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Publié en 1926 aux éditions Plon, ce premier roman est à la fois un succès public et critique. André Gide place Bernanos dans la lignée de Barbey d’Aurevilly, mais « en diablement mieux » ! ajoute Malraux.

Sous le Soleil de Satan est, selon Bernanos, un « livre né de la guerre ». Il commence à l’écrire pendant un séjour à Bar-le-Duc, en 1920, époque où pour lui « le visage du monde devenait hideux ». Il confie « être malade » et « douter de vivre longtemps » mais ne pas vouloir « mourir sans témoigner ».

Inspiré du curé d’Ars, le personnage principal du livre, l’abbé Donissan, est un prêtre tourmenté qui doute de lui-même, jusqu’à se croire indigne d’exercer son ministère. Son supérieur et père spirituel, l’abbé Menou-Segrais, voit pourtant en lui un saint en devenir. Et en effet cet « athlète de Dieu » tel que le définit Paul Claudel   possède la faculté de transmettre la grâce divine autour de lui. Plus tard, il recevra même le don de « lire dans les âmes » au cours d’une rencontre nocturne extraordinaire avec Satan lui-même, celui dont la haine s’est « réservé les saints ». Son destin surnaturel va le confronter aussi à Mouchette, une jeune fille qu’il ne parviendra pas à sauver malgré un engagement total de lui-même.

L’adaptation cinématographique du roman vaudra à Maurice Pialat la Palme d’Or au Festival de Cannes 1987.

Sous le soleil de Satan est suivi de L’Imposture en 1927 et de sa suite La Joie, qui reçoit le prix Fémina en 1929.

La Grande Peur des bien-pensants

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Publié en 1931, ce livre polémique, considéré comme le premier pamphlet de Georges Bernanos, avait au départ comme titre Démission de la France. Bernanos commence par une condamnation sévère de la répression de la Commune pour poursuivre sur un violent réquisitoire contre son époque, la Troisième République et ses politiques, la bourgeoisie bien-pensante et surtout les puissances d’argent. Bernanos y rend hommage aussi à Edouard Drumont, avec lequel il partage sa détestation de la bourgeoisie, mais aussi l’association des juifs à la finance, aux banques, au pouvoir de l’argent au détriment du peuple, un thème qui fait florès dans la France de cette époque et qui suscite des propos antisémites de l’écrivain. Bernanos, qui a fait la guerre 1914-1918, fustige aussi un patriotisme perverti qui humilie l’ennemi allemand dans la défaite au lieu de le respecter, en trahissant ainsi l’honneur de ceux qui ont combattu et en hypothéquant l’avenir.

En 1932, sa collaboration au Figaro, racheté par le parfumeur François Coty, entraîne une violente polémique avec l’Action Française et sa rupture publique définitive avec Charles Maurras.

Le 31 juillet 1933, en se rendant d’Avallon en Suisse, où l’un de ses enfants est pensionnaire, il est renversé, à Montbéliard, par la voiture d’un instituteur en retraite qui lui barre le passage : le garde-boue lui entre dans la jambe, là même où il a été blessé en 14-18.

 Journal d’un curé de campagne

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En 1934, Bernanos s’installe aux Baléares, en partie pour des raisons financières. Il y écrit Journal d’un curé de campagne. Publié en 1936, le roman sera couronné par le Grand prix du roman de l’Académie française, puis adapté au cinéma sous le même titre par Robert Bresson (1950).

Ce livre est l’expression d’une très profonde spiritualité. Il témoigne d’un style limpide et épuré. La figure du curé d’Ambricourt rejoint celle de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, portée sur les autels par Pie Xi en 1925. Il est possible qu’elle soit aussi inspirée par un jeune prêtre (l’abbé Camier), mort de tuberculose à vingt-huit ans, que Bernanos a côtoyé dans son enfance. De Thérèse, son personnage suit la petite voie de l’enfance spirituelle. Le « Tout est grâce » final du roman n’est d’ailleurs pas de Bernanos lui-même, mais de la jeune carmélite de Lisieux. Ce roman lumineux, baigné par « l’extraordinaire dans l’ordinaire », est l’un des plus célèbres de son auteur, probablement parce qu’il s’y révèle lui-même, de manière profonde et bouleversante, à travers la présence du curé d’Ambricourt. Il est vrai que Bernanos a la particularité d’être toujours extrêmement proche de ses personnages, tel un accompagnateur témoignant d’une présence extrêmement attentive, et parfois fraternelle.

 Les Grands Cimetières sous la lune.

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C’est également lors de son exil que Bernanos rédige Les Grands Cimetières sous la lune, un violent pamphlet anti-franquiste qui aura en France un grand retentissement lors de sa publication, en 1938.

Bernanos séjourne à Majorque quand la guerre civile éclate. D’abord favorable au camp nationaliste pendant les trois premiers mois qui suivent le soulèvement (son fils Yves s’engage dans la Phalange, avant de déserter au bout de plusieurs semaines pour rejoindre le Maroc), l’écrivain est rapidement horrifié par la répression franquiste et désespéré par la complicité du clergé local. En janvier 1937, il évoque l’arrestation par les franquistes de « pauvres types simplement suspects de peu d’enthousiasme pour le mouvement […] Les autres camions amenaient le bétail. Les malheureux descendaient ayant à leur droite le mur expiatoire criblé de sang, et à leur gauche les cadavres flamboyants. L’ignoble évêque de Majorque laisse faire tout ça. »

Dans Les Grands Cimetières sous la lune, qui paraît d’abord dans une revue dominicaine, il ironise sur le « cardinal Goma » (Isidoro Goma y Tomas, archevêque de Tolède, qui identifiait le combat des franquistes à une véritable croisade catholique, dans une « guerre d’amour ou de haine envers la religion »). Le prélat est dépeint prêt à bénir la légalité, pour peu qu’elle soit devenue militaire, ou vantant l’esprit dans lequel, à ses dires, les républicains envoyés au mur accueillent les secours du « saint ministère ».

Alors qu’il réside encore à Palma de Majorque, il apprend que sa tête est mise à prix par Franco. Son pamphlet offre « un témoignage de combat » qui prend rapidement une actualité extraordinaire pour se révéler une prophétie des grandes catastrophes du siècle. Ce livre qui, comme L’Espoir d’André Malraux est un témoignage important sur la guerre d’Espagne,   lui vaudra l’hostilité d’une grande partie de la droite nationaliste, en particulier de son ancienne famille politique, l’Action française, avec laquelle il avait rompu définitivement en 1932.

 Exil au Brésil

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Bernanos quitte l’Espagne en mars 1937 (se rendant notamment aux conseils de José Bergamin, un ami républicain espagnol, qui le convainc que cette guerre n’est pas sa guerre) et retourne en France. Le 20 juillet 1938, deux mois avant les accords de Munich, la honte que lui inspire la faiblesse des hommes politiques français face à l’Allemagne de Hitler le conduit à s’exiler en Amérique du Sud. Réalisant un rêve d’enfance, il envisage d’abord de se rendre au Paraguay. Il fait escale à Rio de Janeiro, au Brésil, en août 1938. Enthousiasmé par le pays, il décide d’y demeurer et s’installe en août 1940 à Barbacena, dans une petite maison au flanc d’une colline dénommée « Cruz das almas », la « Croix-des-âmes ». Il y reçoit entre autres l’écrivain autrichien Stefan Zweig, peu avant le suicide de ce dernier.

Après la défaite de 1940, il se rallie à l’appel lancé le 18 juin 1940 depuis Londres par Charles de Gaulle et décide de soutenir l’action de la France libre dans de nombreux articles de presse où il emploie son talent de polémiste à l’encontre du régime de Vichy et au service de la Résistance. Il entretient alors une longue correspondance avec Albert Ledoux, le « représentant personnel » du général de Gaulle pour toute l’Amérique du Sud. Il qualifie Pétain de « vieux traître » et sa révolution nationale de « révolution des ratés ».

En 1941, son fils Yves rejoint les Forces françaises libres à Londres. Son autre fils, Michel, jugé trop jeune par le Comité national français de Rio, part l’année suivante ; il participera plus tard au débarquement de Normandie, tout comme son neveu Guy Hattu, second-maître dans les commandos Kieffer, qui prendra part à la prise de l’île hollandaise de Walcheren à la Toussaint 1944.

Avant de rentrer en France en juin 1945, Bernanos déclare aux Brésiliens :

« Le plus grand, le plus profond, le plus douloureux désir de mon cœur en ce qui me regarde c’est de vous revoir tous, de revoir votre pays, de reposer dans cette terre où j’ai tant souffert et tant espéré pour la France, d’y attendre la résurrection, comme j’y ai attendu la victoire. »

 La Libération

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Lors de son retour en France, Georges Bernanos est, en fait, écœuré par l’épuration et l’opportunisme qui prévaut à ses yeux dans le pays. Reprenant la plume, il devient chroniqueur dans La Bataille et dans Combat, et lance un avertissement solennel aux Français : avec l’avènement de l’ère atomique et la crise générale de la civilisation, la France semble avoir perdu sa place en même temps que son rôle vis-à-vis de l’humanisme chrétien. Il voyage en Europe pour y faire une série de conférences dans lesquelles il alerte ses auditeurs, et ses lecteurs, contre les dangers du monde de l’après-Yalta, l’inconséquence de l’homme face aux progrès techniques effrénés qu’il ne pourra maîtriser, et les perversions du capitalisme industriel (voir La Liberté pour quoi faire ? et La France contre les robots, 1947).

Le général de Gaulle, qui l’a invité à revenir en France (« Votre place est parmi nous », lui a-t-il fait savoir dans un câble daté du 16 février 1945), veut lui donner une place au gouvernement. En dépit d’une profonde admiration pour le dirigeant, le romancier décline l’offre. De Gaulle confiera plus tard, à propos de Bernanos : « Celui-là, je ne suis jamais parvenu à l’attacher à mon char. »

Pour la troisième fois, on lui propose alors la Légion d’honneur, qu’il refuse à nouveau. Lorsque l’Académie française lui ouvre ses portes, il répond : « Quand je n’aurai plus qu’une paire de fesses pour penser, j’irai l’asseoir à l’Académie. »

En 1946 paraît « La France contre les robots« , aux éditions de la France libre, un essai dans lequel Bernanos dénonce la « civilisation des machines » et les nouveaux totalitarismes économiques qui commencent à se construire dans l’après-guerre.

 Dialogues des Carmélites

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Bernanos part pour la Tunisie en 1947. Il y rédige, sur l’idée du père Bruckberger, un scénario cinématographique adapté du récit La Dernière à l’échafaud, de Gertrud von Le Fort, lui-même inspiré de l’histoire véridique des carmélites de Compiègne guillotinées à Paris sur la place du Trône le 17 juillet 1794. Bernanos y traite de la grâce, de la peur, du martyre.

Bien plus qu’un scénario, Dialogues des carmélites est considéré comme le « testament spirituel de Bernanos ». Publié de façon posthume en 1949, il est d’abord adapté au théâtre par Jacques Hébertot et créé le 23 mai 1952 au théâtre Hébertot avant de devenir le livret de l’opéra homonyme du compositeur Francis Poulenc, représenté en 1957 à la Scala de Milan.

Le scénario original a par la suite servi de base au film Le Dialogue des Carmélites, réalisé en 1960 par Philippe Agostini et le père Bruckberger, puis en 1984 à un téléfilm de Pierre Cardinal qui fut, entre autres, primé à la Cinémathèque française.

Georges Bernanos meurt d’un cancer du foie, en 1948, à l’hôpital américian de Neully.

Il est enterré au cimetière de Pellevoisin (Indres).

Postérité

Dans l’immédiat après-guerre, Georges Bernanos est devenu une figure tutélaire pour une nouvelle génération d’écrivains. Ceux que Bernard Frank a baptisés les Hussards ont ainsi placé dans leur Panthéon, aux côtés de Stendhal, Joseph Conrad ou Marel Aymé, celui à qui Roger Nimier dédia son livre Le Grand d’Espagne (La Table ronde, 1950), dont le titre est une allusion et un hommage à la position iconoclaste que Bernanos adopta face à la guerre d’Espagne, à rebours de celle de son ancienne famille intellectuelle et politique.

 

Analyse de l’œuvre

 Mouchette

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Bernanos a donné le nom de Mouchette à deux personnages de son œuvre romanesque. La première « Mouchette », qui figure dans Sous le Soleil de Satan (1926), a pour nom Germaine Malhorty. C’est une adolescente de seize ans, vive et orgueilleuse, victime de l’égoïsme des hommes qui la désirent sans parvenir à l’aimer, ce qui attise son mépris d’elle-même et sa révolte envers l’ordre établi. La seconde « Mouchette » n’a pour appellation que ce surnom. Elle a treize ans et apparaît dans Nouvelle histoire de Mouchette (1937).

En ce personnage s’incarnent tous les misérables qui subissent l’acharnement du sort sans jamais parvenir à comprendre le malheur de leur condition. Mouchette n’existe ici que par sa seule et unique sensibilité, aussi aiguë que douloureuse pour elle-même. Le miracle, pour ainsi dire, de cette « Mouchette »-là, c’est la vérité qui en émane. Une vérité d’autant plus étonnante qu’elle est l’œuvre d’un homme qui avait cinquante ans lorsqu’il conçut ce personnage, découvrant les mouvements les plus profonds et les plus inexprimables d’une féminité qui s’éveille et s’affirme.

Bernanos signe ici un portrait intemporel et poétique de gamine « désespérée ». Seul le regard de l’écrivain, dans sa justesse et son humanité, semble laisser entrouvrir une perspective de salut possible pour la jeune fille. En réalité, « Mouchette » (malgré l’absence de toute référence religieuse directe) rejoint la figure des martyrs de Bernanos, ceux qui, écrira-t-il plus tard dans Dialogues des carmélites, ne peuvent « tomber qu’en Dieu ». En dépit des apparences (celles du réel), on peut considérer que Mouchette suit le même parcours.

Nouvelle histoire de Mouchette a été adaptée au cinéma par Robert Bresson en 1967, sous le titre Mouchette.

 Monde romanesque

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Bernanos situe souvent l’action de ses romans dans les villages de l’Artois de son enfance, en en faisant ressortir les traits sombres. La figure du prêtre catholique s’avère très présente dans son œuvre. Elle en est parfois le personnage central, comme dans Journal d’un curé de campagne. Autour de lui, gravitent les notables locaux (châtelains nobles ou bourgeois), les petits commerçants et les paysans. Bernanos fouille la psychologie de ses personnages et fait ressortir leur âme en tant que siège du combat entre le Bien et le Mal. Il n’hésite pas à faire parfois appel au divin et au surnaturel. Jamais de réelle diabolisation chez lui, mais au contraire, comme chez Mauriac, un souci de comprendre ce qui se passe dans l’âme humaine derrière les apparences.

 Combat des idées

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Georges Bernanos est un auteur paradoxal et anti-conformiste. Pour lui, la France est fondamentalement dépositaire des valeurs humanistes issues du christianisme, dont elle est responsable à la face du monde. Royaliste, il applaudit pourtant « l’esprit de révolte » de 1789 : un « grand élan […] inspiré par une foi religieuse dans l’homme » et développe une pensée qui constitue, selon les mots de Jacques Julliard, « un rempart de la démocratie, même à son corps défendant ». Un moment proche de Maurras, il déclare ne s’être « jamais senti pour autant maurrassien », et dit du nationalisme qu’il « déshonore l’idée de patrie ». Catholique, Bernanos attaque violemment Franco et l’attitude conciliante de l’Église d’Espagne à son égard dans Les Grands Cimetières sous la lune. .

Il ne manquera pas de sujets durant les dix dernières années de sa vie et avouera lui-même que « les romans peuvent mourir à la guerre »  car il lui faut témoigner coûte que coûte. Révolté par les accords de Munich, il fustige ensuite le gouvernement de Vichy qu’il définit comme le promoteur de « la France potagère.  Dans La France contre les robots, il alerte sa patrie, et le monde à travers elle, sur les dangers de l’aliénation par la technique et l’argent : convaincu que le monde moderne est une « conspiration contre toute espèce de vie intérieure », il y dénonce « la dépossession progressive des États au profit des forces anonymes de l’Industrie et de la Banque, cet avènement triomphal de l’argent, qui renverse l’ordre des valeurs humaines et met en péril tout l’essentiel de notre civilisation ».

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Celui dont Antonin Artaud disait qu’il était son « frère en désolation » et qui fut taxé parfois de pessimisme dans l’après-guerre, notamment par Raymond Aron dans ses 18 leçons sur la société industrielle, a été considéré plus récemment et par d’autres comme un visionnaire, associé sur ce plan à l’écrivain Georges Orwell. Jacques Julliard écrit ainsi, en 2008 : « Lorsque Bernanos prédit que la multiplication des machines développera de manière inimaginable l’esprit de cupidité, il tape dans le mille » La dénonciation, dans La France contre les robots, de la « Civilisation des Machines » et de sa « tyrannie abjecte du Nombre » vaut aussi à l’écrivain d’être cité parmi les inspirateurs de la décroissance.

 Style pamphlétaire

Georges Bernanos s’adresse souvent directement, dans une écriture nerveuse, parfois véhémente, à des lecteurs futurs (les fameux « imbéciles » qu’il cherche à sortir de leur léthargie par cette « injure fraternelle »), interpellés parfois comme des contradicteurs, tel le clergé complice de Franco dans Les Grands Cimetières sous la lune. Passionné souvent, excessif voire injuste à ses heures, son style est engagé, incisif et percutant, souvent dicté par la révolte et l’indignation.

Se détachant progressivement des clivages hérités pour affirmer sa liberté de conscience, Bernanos affirme ne pas se reconnaître dans les notions de « droite » et de « gauche » et déclare : « démocrate ni républicain, homme de gauche non plus qu’homme de droite, que voulez-vous que je sois ? Je suis chrétien ». Il revendique la Commune et vitupère la bourgeoisie, mais dénonce le communisme comme un totalitarisme. Il se dit monarchiste, mais se voit rejeté par la droite après Les Grands Cimetières sous la lune et par l’Action française après sa rupture avec Maurras. Il règle ses comptes avec certains mots en vogue chez les politiques, comme « conservatisme » (« Qui dit conservateur dit surtout conservateur de soi-même ») ou « réalisme » (« Le Réalisme est précisément le bon sens des salauds »).

 La question de l’antisémitisme

Même si l’antisémitisme ne constitue pas un thème directeur de la pensée et de l’œuvre de Georges Bernanos (aucun de ses romans n’y fait référence), il y a bien matière à question et la polémique reste encore vive. La personnalité complexe de l’écrivain transparaît dans ce débat avec lui-même et si on relève chez lui des propos antisémites jusqu’au milieu des années 1930, ses écrits contre l’antisémitisme entre 1938 et 1946 révèlent une évolution véritable.

Selon l’historien Michel Winock, l’antisémitisme de Bernanos s’analyse comme « la combinaison de l’antijudaïsme chrétien et du social-antisémitisme » qui associe les juifs à la finance, aux banques et au pouvoir de l’argent. Présent déjà dans certains articles de l’Avant-garde de Normandie, c’est dans La Grande Peur des bien-pensants, publié en 1931 dans une France déchirée à ce sujet, qu’il trouve véritablement son expression. Dans cet ouvrage, Bernanos affiche son admiration pour Edouard Drumont : « Le vieil écrivain de La France juive fut moins obsédé par les juifs que par la puissance de l’Argent, dont le juif était à ses yeux le symbole ou pour ainsi dire l’incarnation ». Il y tient aussi certains propos clairement antisémites : « Devenus maîtres de l’or ils [les juifs] s’assurent bientôt qu’en pleine démocratie égalitaire, ils peuvent être du même coup maîtres de l’opinion, c’est-à-dire des mœurs. »

Quant à qualifier Bernanos de raciste certaines phrases de La Grande Peur des bien-pensants peuvent y inciter. Ainsi, « [les juifs] traînent nonchalamment sur les colonnes de chiffres et les cotes un regard de biche en amour » ou « ces bonshommes étranges qui parlent avec leurs mains comme des singes ». Pour critiquables que soient de tels propos, on n’en retrouve cependant plus de semblables dans la suite de ses écrits. Max Milner, Michel Estève et Michel Winock lui-même considèrent dans leurs ouvrages qu’il s’agit d’emportement polémique, mais qu’il n’y a fondamentalement pas de racisme chez Bernanos.

À partir de 1938, on peut lire chez Bernanos les prémices d’une profonde évolution : « Aucun de ceux qui m’ont fait l’honneur de me lire ne peut me croire associé à la hideuse propagande antisémite qui se déchaîne aujourd’hui dans la presse dite nationale, sur l’ordre de l’étranger ». En 1939, il écrit dans Nous autres Français : « J’aimerais mieux être fouetté par le rabbin d’Alger que faire souffrir une femme ou un enfant juif ». Qu’il s’agisse de son engagement en février 1943 en faveur de Georges Mandel ou de sa rencontre au Brésil avec Stefan Zweig, les actions de l’écrivain témoignent de son changement d’attitude. Mais plus significative encore, peut-être, est la netteté avec laquelle il mesure lui-même le chemin parcouru en reconnaissant que la chrétienté médiévale n’a pas compris l’honneur juif : « Elle fermait obstinément les yeux sur les causes réelles de la survivance du peuple juif à travers l’Histoire, sur la fidélité à lui-même, à sa loi, à ses ancêtres, fidélité qui avait pourtant de quoi émouvoir son âme ».

Pourtant, lorsque Bernanos affirme en 1944 « Antisémite : ce mot me fait de plus en plus horreur. Hitler l’a déshonoré à jamais. Tous les mots, d’ailleurs, qui commencent par “anti” sont malfaisants et stupides», on s’interroge sur le sens de la formule, demeurée célèbre. Alors que Jacques Julliard ironise en se demandant s’il y a jamais eu « un antisémitisme honorable », Adrien Barrot, reprenant une réflexion d’Alain Finkielkraut répond : « C’est vraiment comprendre la formule de Bernanos à l’envers. Celle-ci marque indubitablement une véritable crise et une véritable prise de conscience chez Bernanos et ne mérite pas un tel procès d’intention. »

Elie Wiesel, dans un livre d’entretiens avec Michaël de Saint-Cheron, , salue en Bernanos un écrivain « qui eut le courage de s’opposer au fascisme, de dénoncer l’antisémitisme et de dire justement ce qu’il a dit et écrit de la beauté d’être juif, de l’honneur d’être juif, et du devoir de rester juif ». Il explique : « J’admire beaucoup Bernanos, l’écrivain. […] C’est l’antisémitisme qui m’a gêné au départ chez lui, ainsi que son amitié pour Édouard Drumont bien entendu. Mais un écrivain de « droite » qui a le courage de prendre les positions qu’il a prises pendant la guerre d’Espagne fait preuve d’une attitude prémonitoire. Il était clair que Bernanos allait venir vers nous. Sa découverte de ce que représentent les Juifs témoigne de son ouverture, de sa générosité. »

Malgré tout, le débat demeure entre des historiens comme Alexandre Aldler ou des essayistes comme Bernard Henri-Lévy ou Jean-Paul Enthoven, , qui considèrent que Bernanos n’a jamais vraiment renoncé totalement à son antisémitisme, notamment en ne reniant pas Drumont, et ceux qui insistent au contraire sur l’évolution de sa pensée, comme Elie Wiesel, l’académicien Alain Finkielkraut, le journaliste Philippe Lançon ou l’historien Simon Epstein.

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Œuvre

 Romans

Georges Bernanos, Sous le soleil de Satan. Paris, Plon, , 1926 )

Les Ténèbres (dilogie)

Georges Bernanos, L’imposture, Paris, Plon, 1927, 318  p.

La Joie La Revue universelle, 1928 ; Paris, Plon, 1929.

Un crime. Paris, Plon, 1935.

Journal d’un curé de campagne. La Revue hebdomadaire, 1935, 1936 : Paris, Plon, 1936.

Nouvelle histoire de Mouchette. Paris, Plon, 1937 (rééd. Le Castor Astral, 2010).

Monsieur Ouine. Rio de Janeiro, 1943 ;; Paris, Plon, 1946 (rééd. Le Castor Astral, 2008.).

Un mauvais rêve, édition posthume, Paris, Plon, 1950.

 Nouvelles et premiers écrits

Dialogue d’ombres, Paris, Seuil, 1955, complété en 1991.

 Théâtre

Dialogues des carmélites., Paris, Seuil, 1949.

 Essais et « écrits de combat »

La Grande Peur des bien-pensants, Paris, Grasset, 1931.

Les Grands Cimetières sous la lune. Paris, Plon, 1938 ; rééd. Le Castor Astral, 2008 ; rééd. Points, 2014.

Scandale de la vérité, Gallimrd, Paris, 1939.

Nous autres Français, Gallimard, 1939.

Lettre aux Anglais, Atlântica editora, Rio de Janeiro 1942.

La France contre les robots. Rio de Janeiro, 1944, puis Robert Laffont, 1947 ; rééd. Le Castor Astral, 2009.

Le Chemin de la croix-des-âmes, Rio de Janeiro de 1943 à 1945. 4 volumes, puis Gallimard, 1948 ; rééd. augmentée : Le Rocher, Paris, 1987.

Français, si vous saviez… (Recueil d’articles écrits entre 1945 et 1948). Paris, Gallimard, 1961 ; rééd.: Collection Idées nrf, en 1969.

Les Enfants humiliés, Gallimard, 1949.

La Liberté, pour quoi faire ? (cinq conférences prononcées en 1946 et 1947), Gallimard, 1953.

Le Crépuscule des vieux, Gallimard, NRF, 1956 (recueil de textes qui s’échelonnent de 1909 à 1939: explication de son œuvre de romancier, commentaires de lecture, notes sur la poésie, sur l’histoire contemporaine…).

Le lendemain, c’est vous !, Plon, 1969 (recueil d’articles et de textes extraits de divers journaux et publications, 1940-1947)

Brésil, terre d’amitié, choix de lettres et de textes consacrés au Brésil présentés par Sébastien Lapaque,   coll. « La petite vermillon », La Table Ronde, Paris, 2009.

La révolte de l’esprit, Les Belles Lettres, 2017, 426 p. Livre rassemblant des articles de presse et radiodiffusés de Georges Bernanos.

Bernanos. Scandale de la vérité, recueil d’essais, de pamphlets, d’articles et de témoignages, préface de Romain Debluë, Robert Laffont / Bouquins, 2019, 1376 p.

 Intégrales publiées

Romans suivis de Dialogues des carmélites, coll. La Pléiade, Gallimard, 1961 ; nouv. éd. : Œuvres romanesques complètes, chronologie par Gilles Bernanos, préface par Gilles Philippe, 2 t., 2015.

Essais et écrits de combat, tome 1, coll. La Pléiade, Gallimard, 1971.

Essais et écrits de combat, tome 2, coll. La Pléiade, Gallimard, 1995.

 Correspondance

Combat pour la vérité. Correspondance inédite, tome 1 (1904-1934), Paris, Plon, 1971.

Combat pour la liberté. Correspondance inédite, tome 2 (1934-1948), Paris, Plon, 1971.

Lettres retrouvées. Correspondance inédite, tome III (1904-1948), Paris, Plon, 1983.

 

Bibliographie

 Monographies

Hans Urs von Balthasar. Le Chrétien Bernanos, traduit de l’allemand par Maurice de Gandillac. Paris, Seuil, 1956.

Albert Béguin. Bernanos par lui-même, Paris, Seuil, 1958.

Jean-Loup Bernanos, Georges Bernanos, à la merci des passants, Paris, Plon, 1986 (réimpr. 2015), 505 p.

Jean-Loup Bernanos, Georges Bernanos, Paris, Plon, 1988. Iconographie.

Jean Botherel. Bernanos : Le Mal-pensant, Grasset, 1998, 400 p.  Louis Chaigne. Bernanos, éd. universitaires, 1954 ; rééd. 1970.

Michel Esteve, Georges Bernanos: un triple itineraire., Hachette, 1981.

Jean de Fabrègues. Bernanos tel qu’il etait., Mame, 1965.

Monique Gosselin-Noat, Max Milner, Bernanos et le Monde moderne, Presses universitaires de Lille, 1989 (actes du colloque organisé pour le centenaire de la naissance de Bernanos)

Monique Gosselin-Noat, Bernanos : militant de l’éternel, Paris, Michalon, 2007, 123 p.

Monique Gosselin-Noat, Bernanos, romancier du surnaturel : essai, Paris, Pierre-Guillaume de Roux, 2015, 260 p.

Joseph Jurt, Les Attitudes politiques de Georges Bernanos jusqu’en 1931, Fribourg, éditions Universitaires, 1968, 359 p.

Sébastien Lapaque. Georges Bernanos encore une fois, Lausanne, L’Âge d’homme, Les Provinciales, coll. « Essais », 1998 (réimpr. 2002), 126 p. ,

Sébastien Lapaque, Sous le soleil de l’exil : Georges Bernanos au Brésil, 1938-1945, Paris, Grasset, 2003, 300 p.

Frédéric  Lefèvre. Georges Bernanos., La Tour d’Ivoire, 1926.

Dominique Millet-Gérard. Bernanos : un sacerdoce de l’écriture, Versailles, Via Romana, 2009, 133 p. , .

Max Milner. Georges Bernanos, Paris, Librairie Séguier, 1989 (1re éd. 1967), 389 p. ,

Timour Muhidine (photogr. Philippe Dupuich), Sous le soleil de Bernanos : itinéraire en Artois avec Tahsin Yücel, Paris, Empreinte temps présent, 2010, 135 p.

Thomas Renaud, Georges Bernanos, éditions Pardès, 2018, 128 p.

Tahsin-Yücel. Bernanos et Balzac. éditions Lettres modernes, Minard, 1974.

 Études

Léa Moch, La Sainteté dans les romans de Georges Bernanos, Les Belles Lettres, 1962

Paul Grégor, La Conscience du temps chez Georges Bernanos, Zürich, Juris Druck + Verlag, 1966

Henri Guillemin. Regards sur Bernanos, Paris, Gallimard, 1976.

Yvon Rivard. L’Imaginaire et le Quotidien, essai sur les romans de Bernanos. Bibliothèque des lettres modernes 21, 1978.

Philippe Le Touzé, Le Mystère du réel dans les romans de Georges Bernanos, Nizet, 1979.

Michel Estève, Le Christ, les Symboles christiques et l’Incarnation dans les romans de G. Bernanos, 1982

Leopold Peeters, Une Prose du monde : essai sur le langage de l’adhésion dans l’œuvre de Bernanos. Paris : Lettres modernes : Minard , 1984.

jean-Louis Loubet del Bayle. L’Illusion politique au xxe siècle. Des écrivains témoins au xxe siècle, Paris, Économica, 1999.

Juan Asensio. La Littérature à contre-nuit, Paris, Sulliver, 2007 (contient Monsieur Ouine de Georges Bernanos et Les Ténèbres de Dieu.)

Marie Gil. Les Deux Écritures. Étude sur Bernanos, Paris, éditions du Cerf, 2008.

Odile Felgine, L’Écriture en exil, Dianoïa, PUF, 2014.

Philippe Richard, L’écriture de l’abandon : esthétique carmélitaine de l’œuvre romanesque de Georges Bernanos, Paris, Honoré Champion éditeur, coll. « Poétiques et esthétiques XXe-XXIe siècle » (no 23), 2015, 631 p.

Œuvres collectives

Cahier Bernanos, dirigé par Dominique de Roux, Paris, L’Herne, 1963.

Cahiers de l’Herne :: Bernanos, dirigé par Dominique de Roux, avec des textes de Thomas Molnar, Michel Estève et al., Paris, Pierre Belfond, 1967.

Études bernanosiennes, revue éditée par Minard.

« Une parole prophétique dans le champ littéraire », dans Europe, no 789-790, janvier–février 1995, p. 75-88.

Georges Bernanos témoin, recueil publié sous la dir. de Dominique Millet-Gérard, Via Romana, 2009.

9782204089197