ECRIVAIN FRANÇAIS, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, MARCEL PROUST (1871-1922)

Comprendre l’oeuvre de Marcel Proust

Deux livres pour comprendre l’œuvre de Marcel Proust

Un recueil de nouvelles inédites de Marcel Proust et un livre de Jean-Yves Tadié apportent un éclairage au reste de son œuvre.

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Illustrations extraites de l’album à la recherche du temps perdu, 7e tome.STÉPHANE HUET/DELCOURT

 

  • Le mystérieux correspondant et autres nouvelles inédites, de Marcel Proust, Textes transcrits, annotés et présentés par Luc Fraisse, Éditions de Fallois, 174 p., 18,50 €
  • Marcel Proust – Croquis d’une épopée, de Jean-Yves Tadié, Gallimard, 372 p., 22 €

En 1919, le Goncourt était attribué à Marcel Proust pour son second roman À l’ombre des jeunes filles en fleur. Dans la multitude des livres publiés à l’occasion de cet anniversaire, deux ouvrages nous conduisent au plus près de ce que l’on tente indéfiniment de cerner : le cœur de La Recherche et son mystère.

Le premier rassemble des nouvelles inédites (à l’exception d’une) de Proust, contemporaines des Plaisirs et les Jours (1890), qu’il avait écartées de la publication. Comme Jean Santeuil et Contre Sainte-Beuve, ces nouvelles ont été retrouvées par Bernard de Fallois qui, le premier, à l’aube des années cinquante, refusant la légende d’un Proust uniquement mondain avant La Recherche, a ouvert les «corridors secrets» menant à son immense construction.

Les interrogations et hésitations de Françoise

Ces nouvelles que Proust voulait sans doute garder secrètes sont également centrées sur un secret : l’homosexualité. Impossible aveu d’un personnage à un autre, mais aussi d’un personnage à lui-même, et du narrateur au lecteur. Dans la nouvelle éponyme, construite sous la forme d’une énigme, l’héroïne, Françoise, se désole de voir Christiane, son amie, dépérir d’une maladie de langueur et reçoit en même temps des lettres passionnées d’un mystérieux correspondant lui disant qu’il se meurt d’amour pour elle.

Nourrie d’attente et de curiosité, la narration l’est aussi des interrogations et hésitations de Françoise, entre le prêtre qui la menace de la damnation éternelle si elle accepte – pour le sauver – l’amour du correspondant et le médecin qui prédit que Christiane va mourir, à moins de se marier ou de prendre un amant.

Le souvenir d’un visage

Aucun des trois n’a éclairci l’énigme, qui n’en est pas une. Et dans ces nouvelles on trouve, mêlées à ce que les personnages et l’auteur veulent cacher, des esquisses du «carnet de croquis», du «grimoire compliqué et fleuri» que le narrateur a dessinés à son insu et qu’il déchiffre en lui à la fin du Temps retrouvé.

Tout en retrouvant les situations, les figures de la nouvelle classique – le hasard d’une rencontre, une visite à une vieille amie, le secret caché dans une boîte – le lecteur voit apparaître en filigrane des images, des situations obsessionnelles qui deviendront plus tard récurrentes – l’angoisse à l’entrée d’un salon où personne ne connaît l’être aimé, le garçonnet qui pleure les jours de pluie parce qu’il ne peut retrouver aux Champs-Élysées la petite fille qui un jour le battra, la fascination pour le souvenir d’un visage dont les traits restent flous dans la mémoire…

Charlus, le double du narrateur

Dans C’est ainsi qu’il avait aimé, le retour sur la souffrance amoureuse, les progrès de l’oubli, le temps destructeur sont emportés dans le mouvement, le rythme de la phrase qui préfigure la fin d’Un amour de Swann. Dans ces nouvelles, Dieu est souvent présent : l’héroïne de Pauline de S., proche de la mort, ne veut pas s’y préparer, le narrateur anonyme d’Après la 8Symphonie de Beethoven, voulant atteindre « ces réalités invisibles qui sont le rêve de notre vie», déclare : « Il y a pourtant un royaume de ce monde où Dieu a voulu que la Grâce pût tenir les promesses qu’elle nous faisait…» Un peu effacée dans la Recherche, cette présence n’a pas disparu.

Le personnage le plus fascinant de l’œuvre, c’est Charlus, double du narrateur qui compare sa foi à celle des hommes du Moyen Âge. Athée, Proust ? Plutôt agnostique. Éprouvant la nostalgie de la foi.

L’histoire d’une vocation

Dans une lettre à une voisine (1) à propos d’un ami commun proche de la mort qui trouve des consolations dans la foi, il écrit : « Une chose que je vous dis en confidence car c’est un sujet délicat mais qui me rend très heureux parce que je crois que cela peut être pour lui une grande consolation: je veux dire un éveil de vie profondément religieuse, une foi ardente et profonde.»

 Cette phrase, Jean-Yves Tadié, le plus grand des proustiens vivants, l’a retenue. Après avoir exploré dans de très nombreux ouvrages l’univers du romancier, Tadié en regroupe dans Croquis d’une épopée des thèmes, des figures, des épisodes, à travers des constellations de signes et des « détails révélateurs ».

Et dans Jean Santeuil, dont il regrette que les proustiens le lisent peu et qui pour lui est une « autoanalyse » du jeune Proust, il repère les germes, les textes qui ont nourri sa technique narrative – Georges Eliot, Balzac, Flaubert – les processus de création romanesque et l’intuition de ce qui sera le thème essentiel de La Recherche: l’histoire d’une vocation.

(1) Lettres à sa voisine (Gallimard, dans La Croix du 17 octobre 2013)

https://www.la-croix.com/Culture/Livres-et-idees/Deux-livres-comprendre-loeuvre-Marcel-Proust-2019-11-06-1201058862

 

Marcel Proust (1871-1922)

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Valentin Louis Georges Eugène Marcel Proust est un auteur français qui a marqué le XXe siècle et la littérature mondiale par son œuvre éblouissante.

Issu d’un milieu bourgeois, cultivé et marqué par un entourage féminin, le jeune Marcel est de santé fragile ; il aura toute sa vie de graves difficultés respiratoires causées par l’asthme.

Il fait d’abord des études de droit, puis de lettres, pour finir par intégrer le milieu artistique et mondain de Paris, ce qui lui vaut une réputation de dilettante mondain.
Il commence une carrière de journaliste-chroniqueur, travaillant aussi à un roman qui semble ne jamais pouvoir s’achever (« Jean Santeuil »).
En 1900, il voyage à Venise et à Padoue pour découvrir les œuvres d’art en suivant les pas de John Ruskin sur lequel il publie des articles et dont il traduit sans succès certains ouvrages.

La mort de sa mère déstabilise encore sa personnalité sensible et inquiète. Son activité littéraire devient plus intense, et c’est en 1907 que Marcel Proust commence l’écriture de son grand œuvre « À la recherche du temps perdu« , dans la solitude de sa chambre aseptisée. Il écrit l’un des romans occidentaux les plus achevés, dont les sept tomes sont publiés entre 1913 et 1927, c’est-à-dire en partie après sa mort.

Il s’insurge contre la méthode critique de Sainte-Beuve, alors très en vogue, selon laquelle l’œuvre d’un écrivain serait avant tout le reflet de sa vie et ne pourrait s’expliquer que par elle.
Tandis que la première partie, « Du côté de chez Swann« , passe inaperçue, « A l’ombre des jeunes filles en fleurs« , le deuxième volet de la « Recherche » reçoit en 1919 le prix Goncourt.

Dans l’ensemble de son œuvre, Proust questionne les rapports entre temps, mémoire et écriture. Connu pour la longueur de ses phrases parsemées de relatives au rythme dit « asthmatique », Marcel Proust reste une référence et un monument incontestable de la littérature française. Dans la « Recherche du Temps Perdu« , il réalisa une réflexion sur le sens de l’art et de la littérature, sur l’existence même du temps, sur sa relativité et sur l’incapacité à le saisir au présent.

Ses amis et relations utilisaient, pour qualifier sa manière d’écrire, le verbe « proustifier » .
Il meurt, épuisé, emporté par une bronchite mal soignée.

 

 

EMMANUEL ROBLES (1914-1995), LE VESUVE, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS

Le Vésuve, roman d’Emmanuel Roblès

Le Vésuve

Emmanuel Roblès

Paris, Le Seuil, 1961.

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A Naples, au début de 1944, Serge Longereau, officier du Corps expéditionnaire français en Italie, bénéficie d’une permission de convalescence. Il s’éprend d’une jeune fille italienne qui longtemps lui résiste puis devient sa maîtresse. Or, cette Sylvia si réservée se révèle passionnée, éprise de bonheur absolu. Elle s’enferme aveuglément dans cet amour qui efface à ses yeux la ville affamée, terrorisée par les bombardements, le front tout proche, Cassino où se succèdent des batailles meurtrières, la terre entière livrée à la violence et au malheur. Quelques jours avant le départ de son amant pour les premières lignes, elle l’incite à déserter. Cependant, les laves ardentes vont s’éteindre, ne laisser que scories et cendres. C’est qu’à travers Serge et Sylvia, deux conceptions de la vie et du bonheur s’opposent et se détruisent.

 

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« On sait gré à Roblès de croire, finalement, à une victoire possible pour ceux qui, quoi qu’il advienne, se refusent à toute tricherie et à toute ruse et savent, cependant, se reconnaître entre eux. L’espoir vient de cette foi même, de cette part inaliénable qu’il faut préserver et qui reste susceptible de vaincre tant de conjurations monstrueuses. »

G.-A. Astre, France-Observateur

FETE DE LA TOUSSAINT, LITTERATURE FRANÇAISE, PAUL VERLAINE, POEME, POEMES, POETE FRANÇAIS, TOUSSAINT

Toussaint : poème de Paul Verlaine

Toussaint

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Ces vrais vivants qui sont les saints,
Et les vrais morts qui seront nous,
C’est notre double fête à tous,
Comme la fleur de nos desseins,

Comme le drapeau symbolique
Que l’ouvrier plante gaîment
Au faite neuf du bâtiment,
Mais, au lieu de pierre et de brique,

C’est de notre chair qu’il s’agit,
Et de notre âme en ce nôtre œuvre
Qui, narguant la vieille couleuvre,
A force de travaux surgit.

Notre âme et notre chair domptées
Par la truelle et le ciment
Du patient renoncement
Et des heures dûment comptées.

Mais il est des âmes encor,
Il est des chairs encore comme
En chantier, qu’à tort on dénomme
Les morts, puisqu’ils vivent, trésor

Au repos, mais que nos prières
Seulement peuvent monnayer
Pour, l’architecte, l’employer
Aux grandes dépenses dernières.

Prions, entre les morts, pour maints
De la terre et du Purgatoire,
Prions de façon méritoire
Ceux de là-haut qui sont les saints.

 

Poète : Paul Verlaine (1844-1896)

Recueil : Liturgies intimes (1892).

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Paul Verlaine (1844-1896)

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Paul Marie Verlaine est un poète français.

Fils d’un officier napoléonien, Paul Verlaine fait ses études à Paris au lycée Bonaparte. Il travaille ensuite à l’hôtel de ville de la capitale. Ne pouvant supporter cet emploi médiocre, il fréquente les cafés et leurs poètes et commence à boire.

Ce rapport catastrophique à l’alcool est générateur de violence. Tout au long de sa vie, il est sujet, en état d’ivresse, à de très graves colères qui lui font commettre des actes brutaux.

Cette compagnie l’incite à rédiger ses premiers poèmes, empreints de mélancolie, où se mêlent préciosité et personnages de la commedia dell’arte (« Fêtes galantes » 1869) ainsi que son admiration pour Baudelaire (« Poèmes saturniens » 1866 à 22 ans) . En 1870, il fait la connaissance de Mathilde Mauté, qu’il épouse. Il écrit pour elle le recueil « La Bonne Chanson ».

En 1871, il rencontre Arthur Rimbaud pour lequel il sacrifie son couple et s’enfuit en Angleterre. A l’issue d’une dispute entre eux, il blesse à coups de pistolet le jeune poète. Condamné pour homosexualité, Verlaine est emprisonné pendant deux ans et c’est à cette époque qu’il rédige l’essentiel des recueils « Romance sans paroles » (1874) et « Sagesse » (1881). De retour à Paris, il sombre à nouveau dans l’alcoolisme. En 1884, paraît son recueil « Jadis et naguère » qui reprend des poèmes écrits une décennie plus tôt et que couronne Art poétique. La mort de sa mère en 1886, le condamne à la misère, malgré l’admiration des symbolistes.

Paul Verlaine est avant tout le poète des clairs-obscurs. L’emploi de rythmes impairs, d’assonances, de paysages en demi-teintes le confirment, rapprochant même, par exemple, l’univers des Romances sans paroles des plus belles réussites impressionnistes. Il s’ingénie à introduire le maximum de variété dans le rythme, initiant par là l’avènement du vers libre.

C’est lui qui a lancé la notion de « poètes maudits».

ECRIVAIN FRANÇAIS, EMMANUEL ROBLES (1914-1995), LA CROISERE, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

La croisère, Emmanuel Roblès

La croisère

Emmanuel Roblès

Paris, Le Seuil, 1968. 159 pages.

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Résumé :

Si Georges Maurer participe à cette longue croisière en Méditer-ranée à bord d’un yacht de luxe, c’est occasionnellement (il se trouvait sans travail) et en qualité de guide-interprète pour une agence de voyages.

Avec certains passagers, tout de suite ses rapports s’altèrent, mais en définitive ce qui compte à ses yeux, ce sont les liens qui l’unissent à ses camarades de l’équipage. Or, la force et la profondeur de ces liens se vérifieront à l’heure où, en pleine mer, une circonstance exceptionnelle créera un dramatique conflit entre les uns et les autres.

Ainsi, aux deux rendez-vous qui, pour Georges, étaient possibles à la prochaine escale de Palerme, soit avec Madeleine soit avec Marie-Louise, l’une des passagères, un troisième se substituera, que personne n’avait prévu. Mais ce troisième rendez-vous justifiera pour Georges son aspiration constante à demeurer, selon le vœu de Miguel de Unamuno : « rien qu’un homme mais tout un homme ».

Cette belle histoire de mer, ce carrefour de passions triomphantes, Emmanuel Roblès les montre avec une vérité qui n’exclut pas un appel au fantastique. Ainsi, La Croisière vient se placer tout naturellement dans la lignée des romans les plus romanesques d’aujourd’hui.

Source : Le Livre de Poche, LGF

Analyse du roman

Il y a dans cette histoire romanesque quelques éléments autobiographiques concernant l’auteur : « La guerre a perturbé mes études et mes projets » écrit Georges Maurer le héros de ce roman , pour Roblès, la guerre coupe court à ses études (licence d’espagnol) , Georges trouve un travail d’interprète comme le fut Roblès dans l’armée, pendant la Seconde guerre mondiale, … Des allusions aussi à l’Algérie, à Oran, sa ville natale, à une épidémie meurtrière qui sévit sur un paquebot, anecdote relatée par le commandant du bateau, Manuel, le père d’Emmanuel, mourut du typhus avant sa naissance, son épouse, Paulette fut, atteinte par cette même infection, en 1941, ces tristes souvenirs seront confiés à Camus qui s’en servit, très vraisemblablement pour enrichir La Peste, et puis ces rats qui pullulent à la fin du récit…
Georges Maurer sans travail , accepte la proposition d’une agence de voyage pour servir d’interprète à bord d’un yacht de luxe le Saint-Florent dans lequel ont embarqué deux riches couples , Marie-Louise et Michel Jonnard et Gerda et Erich Hartman (un couple allemand et un couple français que les affaires rapprochent au lendemain de la Guerre 39-45), une croisière en Méditerranée qui tient à la fois de voyage d’affaire et d’agrément de Cannes à Palerme en passant par  Monaco, San Remo, Gênes, Rome…
Au fur et à mesure des jours, le climat se tend… Le bateau doit accoster à Palerme, mais une tragédie survient en toute fin du voyage pour clore un récit qui est lent à se mettre en en place et le drame  qui se dévoile en fin du roman bouleverse la  vie de chacun des personnages et révéler leur vrai visage et les valeurs qui les animent.

C’est un ouvrage en forme d’appel pour réconcilier l’homme et ses semblables. La Croisère  illustre cette préoccupation de l’auteur où le personnage principal, dans une situation intensément dramatique parce qu’il la vit dans sa propre chair pour l’avoir épargnée à des camarades déshérités, pris d’hallucination et de délire lance «des paroles chargées d’un invincible espoir, d’une conviction passionnée!… «Dieu que j’ai soif!» dans une ivresse de fraternité, une ardeur de vivre, radieuse, flamboyante comme un soleil!»
Ces propos rappellent ceux déjà rencontrés dans d’autres romans d’Emmanuel Roblès : Les Hauteurs de la Ville, Cela s’appelle l’aurore, Monserrat.. Et c’est ce qu’on retrouve avec plus de clarté et moins d’artificialisme romanesque chez Georges Maurer.
«La Croisière», c’est donc l’histoire précisément d’un destin, celui de Georges Maurer qui se définit comme ceci dans une lettre à son ami Serge personnage déjà présent dans un autre roman «Le Vésuve» : «J’ai déjà abandonné plusieurs places. J’ai passé beaucoup de temps à cultiver en moi l’individu jusqu’à ce point extrême de ma jeunesse où la guerre m’a pris pendant trois ans. Je suis non à la recherche d’une autre guerre, mais d’une chaleur qui me manque… Comme toi je suis sorti de la guerre pour retourner à un monde où l’argent domine… Sache que j’ai rencontré une jeune personne du nom de Madeleine… Nous avons fait ensemble plusieurs sorties et juste avant de partir j’ai découvert que près d’elle tout semblait simple et beau comme une feuille d’arbre ou comme une plume d’oiseau». Voici un thème que Roblès aurait pu continuer avec cette poésie de tendresse et de vérité que nous avons aimée, par exemple, dans «La Vérité est morte» et dans «Montserrat». Ici, dans «La Croisière», il y a un humanisme viril à la limite des séquelles de la guerre contre les nazis.
Dans une série de P.S. de la même lettre, Georges Maurer se précise: «Tu crois que je souffre plus que bien d’autres de voir tourner le monde sans qu’il soit possible enfin de l’arrêter. Ce n’est pas ça, vieux. Je crois que je ne souffre même pas de mon incapacité à comprendre pourquoi il tourne. Je souffre en vérité de ne pas savoir du tout ce que j’y fais, moi. Georges Maurer, ancien étudiant, ancien manœuvre  d’usine, ancien pompiste, ancien veilleur de nuit, ancien secrétaire d’un agent théâtral merveilleusement filou et déjà ancien guide-interprète avant même d’avoir commencé, tant j’ai peu de vocation depuis la guerre pour garder prise sur l’avenir.» Dans le dernier P.S., il souligne: «Nous avons tué Dieu et nous voilà tous orphelins.»

ECRIVAIN FRANÇAIS, EMMANUEL ROBLES (1914-1995), LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS, SUR LES HAUTEURS DE LA VILLE

Sur les hauteurs de la ville : un roman d’Emmanuel Roblès

Sur les hauteurs de la ville

Emmanuel Roblès

Paris, Le Livre de Poche 1960.

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Résumé

L’histoire débute par l’arrestation, pour acte de résistance, de Smaïl un jeune algérien pour dénoncer l’envoi en Allemagne de travailleurs au nom de l’opération Todt (organisation chargée de recruteur de jeunes français pour travailler au service de l’Allemagne pendant la Guerre de 1939-1945). Humilié par un certain Almaro, le colon français qui collabore avec les Allemands, le  jeune homme n’aura de cesse de se venger

 

Le sentiment d’humiliation et de désespoir qu’il ressent face à cette arrestation va faire naître en lui de la haine. La vengeance devient alors son leitmotiv, voire une raison d’être contre laquelle même l’amour ne peut rien.

A travers ce roman et son protagoniste, Emmanuel Roblès met en exergue le désarroi qui tourmente les jeunes Algériens dans les années 1946, le début de cette résistance contre le colonialisme…

 

 

Ce qu’en disait l’auteur lui-même en préfaçant son livre :

 

 » À l’époque où il fut écrit, c’est-à-dire dans les années 1946-47, ce récit avait le dessein de témoigner sur un aspect du désarroi qui tourmentait alors de jeunes Algériens. Il voulait également illistrer certaines aspirations, nées avec plus ou moins d’élan et de clarté, au feu des évènements qui transformaient le monde. Comment, en particulier, ne pas reconnaître que pour beaucoup de ces jeunes hommes, l’exemple de la Résistance française a été décisif ?

En mai 1945, je me trouvais du côté de Stuggart lorsque me parvinrent les premières rumeurs de la révolte algérienne dans le Constantinois. Un immense incendie s’éteignait à peine en Europe. Un autre s’allumait dans mon propre pays de l’autre côté de la mer. S’il n »était pas de même proportion, ses flammes en avaient déjà le même rougeoiement de malheur.

A mon retour en Algérie, l’année suivant, ce que j’ai constaté là-bas m’a fait vivre dans la certitude que le brasier noyé un peu plus tôt dans le sang de milliers de victimes reprendrait plus dévorant. On tue les hommes, on ne tue pas l’idée pour laquelle ils acceptent de mourir, chacun de nous le sait

Aux jeunes Algériens, l’avenir n’offrait aucun espoir. L’esprit comme les structures mêmes du régime colonial, les destinaient à buter contre un mur, sans la moindre possibilité de percée, d’ouverture sur un monde plis équitable. Une découverte de ce genre conduit déjà, presque à coup sûr, à la violence. Mais elle s’est complétée, pour les meilleurs, d’une conscience précise des forces qui, au mépris de toute justice, maintenaient ce mur.

Six ans à peine après la publication des Hauteurs de la ville, l’Algérie prenait son visage de guerre. Par milliers, des Smaïl, décidés à conquérir leur dignité, ont surgi du fond de leur nuit, la torche au poing.

À leur cri ont répondu, dans l’autre camp, des Montserrat qui, pour avoir douté de la légitimité du combat dans lequel la France les engageait, expient dans les prisons de Casabianda ou de Constantine.

Qu’on me croie, je ne cite pas mes personnages par complaisance tant je suis convaincu que tout écrivain, pour peu qu’il nourrisse sa création de vérité humaine, sait qu’il rencontrera tôt ou tard, à certains tournants de la vie, ses propres créatures, celles de « chair et d’os » dont se préoccupait Unamuo et qui « pèsent sur la terre ».

Mais si j’ai réunit ici, Smaïl et Monserrat, c’est qu’ils sont à mes yeux, sortis tout  brûlants d’un unique foyer : celui où la conscience de l’homme forge sa résistance à la plus grande défaite qui la menace qui est sa négation même.

 

Emmanuel Roblès ‘juillet 1960

CELA S'APPELLE L'AURORE, ECRIVAIN FRANÇAIS, EMMANUEL ROBLES (1914-1995), LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

Cela s’appelle l’aurore : un roman d’Emmanuel Roblès

Cela s’appelle l’aurore

 Emmanuel Roblès 

Paris, Cercle du bibliophile de Paris, 1964. 256 pages.

 

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Description du produit

Emmanuel Roblès Cela sappelle l’aurore Le Club du Bibliophile 1964–Luigi Valorio n’est pas le premier à se prendre au piège d’un joli minois masquant un coeur sec d’enfant gâtée ni à s’attacher à une autre répondant mieux à ses aspirations quand il s’aperçoit de son erreur. Il ne serait pas le premier à vivre entre deux femmes, mais le pourra-t-il ? Cette question l’obsède en relisant les lettres où sa jeune épouse Angola annonce son retour. Angola ne s’est jamais plu à Salina, en Sardaigne, où son mari est médecin. Elle ne rêve que de mener à Naples auprès de son père son existence mondaine de jeune fille – au point qu’elle a dépéri et que ‘Luigi l’a envoyée se soigner dans les Alpe s. Clara est alors entrée dans sa vie. S’en séparer ? Impensable. Et pourtant… Hantée par ce dilemme, presque en état second, il court d’un malade à l’autre. Sinon, il aurait ôté son arme à Sandro Galli qui menace de tuer son patron Gorzone si sa femme Magda meurt – ou mieux plaidé sa cause auprès de ce Gorzone, qui sait ? Magda meurt, Sandro tue Gorzone et se réfugie chez Luigi juste avant l’arrivée d’Angola. Les risques encourus sont énormes, mais c’est dans l’épreuve que se jugent les caractères ? et chacun aura donné sa mesure quand s’achève le beau roman d’Emmanuel Roblès.

 

Impressions de lecture

Luigi Valerio est médecin dans une petite ville perdue de Sardaigne et il soigne presque gratuitement ses clients qui sont tous d’un milieu pauvre comme Sandro ou Pietro. Mais s’il est apprécié de ses patients il est malheureux en ménage : quelques années auparavant, il a épousé Angela, fille d’un riche Napolitain, qui se révèle plutôt comme une femme enfant et qui s’ennuie terriblement dans cette île où elle ne trouve aucun divertissement ; alors tant son mari l’envoie en cure dans les Alpes. En son absence, il s’est épris de Clara, la jolie veuve habitant la maison voisine. Dans les bras de Clara, il découvre l’amour, un amour qui le réconforte au milieu des tracas que lui causent ses patients et qui se révèle bien plus que la tendre affection qu’il éprouve pour sa jeune épouse. Mais il doit faire face au retour de cette dernière qui se fait de plus en plus proche. Alors comment concilier le fait de devoir vivre entre deux femmes : sa femme et sa maitresse. C’est l’un des thèmes de ce roman qui ressemnble – mais qu’en apparence – à tant de roman d’amour.

Mais il y a bien plus et c’est ce qui fait tout l’intérêt de ce livre. Médecin, Valerio soigne Magda, la femme de son ami Sandro : il tente de la sauver mais il n’y parviendra pas. Magda meurt  et fou de douleur et de chagrin son mari abat le fort peu sympathique  Gorzone qui, dans sa grande jalousie (parce qu’il n’a pas pu obtenir la jolie et jeune Magda), n’a cessé de maltraiter le couple. Pour Valerio, lorsque Sandro vient se réfugier chez lui après le meurtre, la solution est vite trouver : il cachera Sandro car, depuis qu’il connait Clara, il sait jusqu’où peut aller l’amour et un amour peut pousser quelqu’un.
Que va-t-il advenir de tous ces secrets : la liaison avec Clara, Sandro caché dans l’ancienne chambre de bonne…? Qui sait quoi de tous ces secrets : la bonne ? l’inspecteur de police ? Les habitants du village ? Les découvrira-t-on?  Comment cela va-t-il finir pour tous les protagonistes du roman ?
Ainsi, Luigi Valerio se montre certes un homme infidèle envers sa femme, mais il y a sa soif d’absolu, sa volonté de vivre suivant ses valeurs et c’est tout cela qui le rend sympathique et que l’on arrive pas à lui en vouloir de tromper sa femme, de cacher un criminel dans sa maison sa volonté de vivre selon ses valeurs, suscite la sympathie et l’admiration. Il en est de même pour Sandro ou Pietro, deux hommes perdus
C’est le drame qui se joue dans ce livre qui rend cet ouvrage poignant et qui fait que l’on prend fait et cause pour les personnages. Même si l’histoire ne finit pas comme l’on souhaiterait malgré le triomphe de l’amour on se laisse emporter par ce petit livre haut en couleur.

®Claude-Marie T.

 

 

L’auteur : Emmanuel Roblès:

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Emmanuel Roblès est un écrivain français né à Oran (Algérie) en 1914 et décédé à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) en février 1995..

D’une famille ouvrière, il est reçu à l’Ecole Normale d’Alger.

Il obtient de faire son service militaire à Blida, puis à Alger où il se lie aux jeunes écrivains groupés autour du libraire-éditeur Edmond Charlot qui vient de publier « L’Envers et l’Endroit » d’Albert Camus.

Il s’inscrit à la Faculté des Lettres pour préparer une licence d’espagnol tout en collaborant à « l’Alger républicain » dont Albert Camus est rédacteur en chef et qui publiera « la Vallée du paradis« . Ce roman d’Emmanuel Robles (le second après l’Action) parut en feuilleton sous le pseudonyme d’Emmanuel Chênes.

La guerre oblige Emmanuel Robles à cesser ses études et il devient interprète auxiliaire de l’armée, puis officier-interprète jusqu’à ce que le général Bouscat, commandant l’air en Afrique du nord, le nomme correspondant de guerre en 1943. Cette période est pour lui très mouvementée et lui vaut, en particulier, les émotions fortes de plusieurs accidents d’avion.

Après la guerre il s’efforce de vivre de sa plume à Paris et collabore à divers quotidiens et hebdomadaires: Le Populaire, Gavroche, Combat, Aviation Française, etc. Repris pas la nostalgie d’Alger, il y retourne en 1947 et fonde une revue littéraire « Forge ».

Durant cette année 1947, et sous le coup de l’émotion soulevée par les évènements de mai 1945 en Algérie, il écrit « Les Hauteurs de la ville« , roman qui obtient le Prix Fémina l’année suivante. Il écrit également sa première pièce « Montserrat« .

Parallèlement à sa création littéraire, Robles voyage beaucoup. De son séjour au Mexique en 1954, il a rapporté le thème de son roman « Les Couteaux » et de son voyage au Japon en 1957, celui de son récit « L’homme d’Avril« .

Il se tournera ensuite vers le cinéma: il collaborera avec Luis Buñuel pour Cela s’appelle l’Aurore et Lucchino Visconti pour l’adaptation de l’Etranger de Camus ainsi que pour des dialogues et des adaptations télévisées.

Source : Wikipédia

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CHRISTOPHE RUFIN (1952-...), LES SEPT MARIAGES D'EDGAR ET DE LUDMILLA, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, Non classé

Les sept mariages d’Edgar et Ludmilla de Christophe Rufin

Les sept mariages d’Edgar et Ludmilla
Jean-Christophe Rufin
Paris, Éditions Gallimard, 2019. 384 pages.
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« Sept fois ils se sont dit oui. Dans des consulats obscurs, des mairies de quartier, des grandes cathédrales ou des chapelles du bout du monde. Tantôt pieds nus, tantôt en grand équipage. Il leur est même arrivé d’oublier les alliances. Sept fois, ils se sont engagés. Et six fois, l’éloignement, la séparation, le divorce… Edgar et Ludmilla… Le mariage sans fin d’un aventurier charmeur, un brin escroc, et d’une exilée un peu « perchée », devenue une sublime cantatrice acclamée sur toutes les scènes d’opéra du monde. Pour eux, c’était en somme : « ni avec toi, ni sans toi ». À cause de cette impossibilité, ils ont inventé une autre manière de s’aimer. Pour tenter de percer leur mystère, je les ai suivis partout, de Russie jusqu’en Amérique, du Maroc à l’Afrique du Sud. J’ai consulté les archives et reconstitué les étapes de leur vie pendant un demi-siècle palpitant, de l’après-guerre jusqu’aux années 2000. Surtout, je suis le seul à avoir recueilli leurs confidences, au point de savoir à peu près tout sur eux. Parfois, je me demande même s’ils existeraient sans moi »

Jean-Christophe Rufin (quatrième de couverture)

 

Divorcé quatre fois et marié trois fois à la même femme, Jean-Christophe Rufin s’est inspiré de son histoire personnelle pour rédiger celle d’Edgar et Ludmilla. « Je ne suis pas capable de parler de mon histoire directement, par pudeur, donc je passe par le détour de la fiction », a confié  l’auteur de Rouge Brésil. Comme Edgar qui arrache Ludmilla à un pays en guerre, Jean-Christophe Rufin a aussi vécu cet épisode. « Vous sauvez quelqu’un, mais ce ne sont pas des bases tellement bonnes pour démarrer une relation, cela introduit une inégalité et au bout d’un moment, soit la relation casse, soit elle se rééquilibre », fait savoir l’écrivain.

 

Lors d’un voyage en ex-URSS Edgar rencontre Ludmilla. C’est le coup de foudre qui va l’entraîner à un mariage blanc pour sortir la belle du pays. Arrivés en France, il rend sa liberté à son épouse et lui offre un vrai mariage d’opérette. Divorces et mariage vont alors se suivre, nous offrant une splendide traversée du siècle (de 1958 à nos jours) dans le monde des affaires et du spectacle. Et ce roman qui se déroule principalement en France va nous faire voyager  tout autour de la planète : de l’URSS à l’Amérique et aussi de l’Italie à  Afrique du Sud.

 

Avant de commencer ce roman l’auteur commence par mettre en garde son lecteur par cette introduction : «Avant de commencer ce périple, je voudrais vous adresser une discrète mise en garde: ne prenez pas tout cela trop au sérieux. Dans le récit de moments qui ont pu être tragiques comme dans l’évocation d’une gloire et d’un luxe qui pourront paraître écrasants, il ne faut jamais oublier que Ludmilla et Edgar se sont d’abord beaucoup amusés. Si je devais tirer une conclusion de leur vie, et il est singulier de le faire avant de la raconter, je dirais que malgré les chutes et les épreuves, indépendamment des succès et de la gloire éphémère, ce fut d’abord, et peut-être seulement, un voyage enchanté dans leur siècle. Il faut voir leur existence comme une sorte de parcours mozartien, aussi peu sérieux qu’on peut l’être quand on est convaincu que la vie est une tragédie. Et qu’il faut la jouer en riant.»

Tout commence par une idée de voyage en URSS par une bande de quatre amis, Paul et Nicole, Edgar et Soizic qui prennent un matin le volant de leur superbe Marly pour une expédition qui leur réservera bien des surprises. Et arrivé dans une village d’Ukraine ils assistent à une scène étonnante : cette jeune femme nue réfugiée dans un arbre dans un village d’Ukraine et dont Edgar va tomber éperdument amoureux. De retour en France notre Edgar toujours amoureux vzeut la sauver : pour lui le mariage étant la seule solution pour qu’elle puisse l’accompagner en France, une première union est scellée. Mais Edgar se rend vite compte qu’en vendant des livres comme courtier  en porte à porte, il ne peut offrir à son épouse la vie dont il rêve de pouvoir lui offrir  et préfère lui rendre sa liberté. Un divorce par amour si l’on peut dire !
Et une preuve supplémentaire que les épreuves et les crises peuvent avoir un côté salutaire parce qu’elles contraignent à agir pour s’en sortir,  Edgar se lance dans la vente avec l’aide de compares par très honnêtes de livres anciens et s’enrichit en suivant les ventes aux enchères pour le compte de bibliophiles tandis que  Ludmilla suit des cours de chant.
Il suit sa voie, elle suit sa voix. Ils finissent par se retrouver pour un deuxième mariage. Pour de bon, du moins le croient-ils. Mais alors que Ludmilla commence une carrière qui en fera une cantatrice renommée, les ennuis s’accumulent pour Edgar, accusé de malversations et qui ne veut pas entraîner Ludmilla dans sa chute. Alors un second divorce devrait la préserver…
Et ainsi de suite : à chaque crise il y a un nouveau divorce suivi d’un nouveau divorce. Comme une sorte de miroir de la société française des années 1980 on découvre Edgar qui se lance dans de nouvelles affaires qui vont le propulser en haut de l’échelle sociale : ’Edgar, une sorte de Bernard Tapie, qui après avoir monté une chaîne d’hôtels aux activités très rentables s’est lancé dans le BTP, a monté une équipe cycliste avant de se lancer sur le terrain du luxe et des médias. De son côté Ludmilla devient une diva, notamment après avoir été consacrée à Hollywood, où sont montrés tous les artifices de la vie d’artiste. Dans ce tourbillon, en dépit de la présence de leur fille, jusqu’à la chute leur couple va exposer. Ceci provoque un nouveau divorce plus douloureux que les précédents : leur notoriété va faire les affaires des avocats. Mais ils finiront par se retrouver pour se marier une fois encore jusqu’au septième mariage quelque temps avant la mort d’Edgar.

« Mes parents sont dingues ! » lâchent un jour Ingrid leur fille ! Et cette traversée du siècle dans laquelle nous entraînent l’auteur est révélatrice d’une époque, de l’époque d’un vingtième siècle finissant. Mais cette histoire – où est l’histoire vraie et où la part e fiction ? – est aussi révélatrice d’une autre réalité : l’institution du mariage a totalement perdu  de sa valeur ! Une autre question : même si l’on sent tout au long du livre qu’Edgar et Ludmilla n’ont jamais cessé de s’aimer peut-on vraiment parler d’amour ?

 

Jean-Christophe Rufin

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Jean-Christophe Rufin, né le 28 juin 1952 à Bourges dans le Cher, est un médecinécrivain et diplomate français.

Il a été élu en 2008 à l’Académie française, dont il devient alors le plus jeune membre. Ancien président d’Action contre la faim, il a été ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie.

 

Biographie

Enfance et formation

Après le départ du père de Jean-Christophe Rufin, vétérinaire, sa mère part travailler à Paris comme publicitaire. Elle ne peut éduquer seule son fils qui est alors élevé par ses grands-parents. Le grand-père, médecin, qui avait soigné des combattants lors de la Première Guerre mondiale, fut, pendant la Seconde, déporté deux ans à Buchenwald pour faits de résistance — il avait caché des résistants en 1940 dans sa maison de Bourges.

Jean-Christophe a 15 ans lors de la première transplantation cardiaque réalisée par le professeur Christiaan Barnard en 1967. Selon lui, elle fait entrer la médecine dans la modernité et décide de sa vocation.

À 18 ans, il revoit son père par hasard. « J’avais choisi, à Bourges, le premier dispensaire venu pour me faire faire un vaccin. Une jeune femme qui y travaillait m’a demandé mon nom et a blêmi. C’était ma demi-sœur, elle m’a conduit auprès de notre père. Nos rapports ne furent jamais très bons. »

Après avoir fréquenté les lycées parisiens Janson de Sailly et Claude Bernars, Jean-Christophe Rufin entre à la faculté de médecine de La Pitié-Salpêtrière et à l’Institut d’études politiques de Paris. Il a affirmé avoir dérobé, durant cette période, avec un ami étudiant en médecine, la moitié de tête de Ravachol, conservée dans du formol à l’École de médecine de Paris, pour la déposer au pied du Panthéon. En 1975, il est reçu au concours d’internat à Paris – et choisit la neurologie comme spécialité – puis travaille à l’hôpital Rothschild, en salle commune. Pour son service militaire, il part en 1976 comme coopérant à Sousse en Tunisie où il exerce en obstétrique dans une maternité.

 

Carrière médicale

Interne de médecine en neurologie (1976-1981) principalement à La Salpêtrière, Jean-Christophe Rufin devient chef de clinique et assistant des hôpitaux de Paris (1981-1983), puis attaché (1983-1985) des hôpitaux de Paris. Ensuite, lors de ses passages en France, il pratique la médecine à l’hôpital de Nanterre (1994-1995) puis épisodiquement à l’hôpital Saint-Antoine à Paris (1995-1996). En 1997, il quitte son poste au Brésil et rentre en France pour diriger un pavillon de psychiatrie à l’hôpital Saint-Antoine.

 

Carrière dans l’humanitaire

Comme médecin, Jean-Christophe Rufin est l’un des pionniers du mouvement humanitaire Médecins sans frontières où il a été attiré par la personnalité de Bernard Kouchner et où il fréquentera Claude Malhuret. Pour MSF, il a dirigé de nombreuses missions en Afrique de l’Est et en Amérique latine. Sa première mission humanitaire est menée en 1976 en Érythrée, alors ravagé par la guerre. Il y pénètre incognito avec les forces rebelles érythréennes au sein des bataillons humanitaires. En Éthiopie, il rencontre Azeb, qui deviendra sa deuxième femme.

En 1985, Jean-Christophe Rufin devient le directeur médical d’ACF en Éthiopie. Entre 1991 et 1993, il est vice-président de Médecins sans frontières mais son conseil d’administration lui demande de quitter l’association en 1993, au moment où il entre au cabinet de François Léotard, alors ministre de la Défense.

Entre 1994 et 1996, il est administrateur de la Croix-Rouge française.

En 1999, il est en poste au Kosovo comme administrateur de l’association Première Urgence, et dirige à l’École de guerre un séminaire intitulé « ONU et maintien de la paix ». Président d’Action contre la faim (ACF) à partir de 2002, il quitte ses fonctions en juin 2006 pour se consacrer davantage à l’écriture. Il reste cependant président d’honneur de cette organisation non gouvernementale (ONG).

 

Carrière dans les ministères et la diplomatie

Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris en 1980, Jean-Christophe Rufin devient, de 1986 à 1988, conseiller du secrétaire d’État aux Droits de l’hommeClaude Malhuret. En 1989-1990, il s’expatrie au Brésil comme attaché culturel et de coopération auprès de l’ambassade de France. En 1993, il entre au cabinet de François Léotard, ministre de la Défense, comme conseiller spécialisé dans la réflexion stratégique sur les relations Nord-Sud. En 1995, après la naissance de Valentine, son troisième enfant, née le 3 février, il quitte le ministère de la Défense et devient attaché culturel à Recife au Nordeste brésilien.

Il collabore aux travaux de l’Institut de relations internationales et stratégiques en tant que directeur de recherche entre 1996 et 1999. C[onduisant la mission humanitaire française en Bosnie-Herzégovine, il fait libérer onze otages français de l’association Première Urgence Première Urgence  avec les geôliers et en s’obligeant à boire avec eux ».

Dans le « rapport Rufin » (Chantier sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme), sorti le 19 octobre 2004, il attire l’attention sur l’antisémitisme, qui n’a pas, selon lui, à être fondu dans le racisme ou la xénophobie en général.

Le 3 août 2007, il est nommé ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie sur la proposition du ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner. Il s’inscrit ainsi dans la tradition des écrivains-diplomates selon les journalistes de La Tribune.

Au premier semestre 2008, il participe avec les agents de la DGSE à la traque des fuyards d’Al-Qaïda après l’assassinat de touristes français en Mauritanie.

En décembre 2008, il déclare lors d’une conférence de presse : « Au Sénégal, il est très difficile de garder des secrets. Tout le monde sait tout, ou tout le monde croit tout savoir, donc dit n’importe quoi, et donc nous préférions dire les choses comme elles sont, le dire de façon transparente. » Cette remarque ne passe pas inaperçue, tant et si bien que la vice-présidente du Sénat sénégalais, Sokhna Dieng Mbacké, lui demande des excuses publiques pour ces propos « choquants, voire méprisants et insultants ». L’ambassadeur publie aussitôt un communiqué dans lequel il insiste sur « le caractère ironique et affectueux » de ces paroles « tenues sur le ton de la plaisanterie ». Il quitte ses fonctions d’ambassadeur au Sénégal le 30 juin 2010.

En juillet 2011, il intègre l’équipe de campagne de Martine Aubry pour l’élection présidentielle de 2012, chargé avec Jean-Michel Severino de la thématique « Nord-Sud, Coopération, Rayonnement ».

 

Carrière littéraire

Jean-Christophe Rufin a consacré plus de vingt ans de sa vie à travailler dans des ONG au Nicaragua, en Afghanistan, aux Philippines, au Rwanda et dans les Balkans. Cette expérience du terrain l’a conduit à examiner le rôle des ONG dans les situations de conflit, notamment dans son premier essai, Le Piège humanitaire (1986), un essai sur les enjeux politiques de l’action humanitaire et les paradoxes des mouvements « sans frontières » qui, en aidant les populations, font le jeu des dictateurs, et dans son troisième roman, Les Causes perdues (1999).

Ses romans d’aventures, historiques, politiques, s’apparentent à des récits de voyage, la plupart du temps de nature historique, ainsi qu’à des romans d’anticipation.

« J’ai été déformé dans le sens du visuel. […] Comme le disait Kundera, il y a deux sortes d’écrivains : l’écrivain musicien et l’écrivain peintre. Moi je suis peintre. […] Quand on écrit, soit on écoute, soit on voit. On ne peut pas faire les deux en même temps »

Pour son œuvre littéraire Jean-Christophe Rufin reçoit de nombreux prix dont le prix Goncourt en 2001 pour Rouge Brésil. Il est élu à l’Académie française le 19 juin 2008 par 14 voix, au fauteuil de l’écrivain Henri Troyat.

En mars 2018, le roman Le Collier rouge est adapté au cinéma par Jean Becker avec François Cluzet, Nicolas Duvauchelle et Sophie Verbeeck. Jean-Christophe Rufin participe au scénario.

 

Autres fonctions

Par ailleurs, Jean-Christophe Rufin a été maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris entre 1991 et 2002, puis à l’université Paris 13 (1993-1995) et à l’École de guerre (ancien Collège Interarmées de Défense).

Depuis 2005, il est aussi membre du conseil de surveillance du groupe Express-Expansion, et membre des conseils d’administration de l’Institut Pasteur, de France Télévisions et de l’OFPRA.

Il est par ailleurs membre du jury du prix Joseph-Kessel et a été en 2007 membre du jury du Festival du film documentaire de Monaco.

Le nom de Jean-Christophe Rufin a été attribué à la médiathèque municipale de Sens (Yonne) en mai 2013 car la ville souhaitait associer ce lieu à un écrivain reconnu. Un lien littéraire unit Sens à son roman Rouge Brésil grâce au personnage du chevalier de Malte Nicolas Durand de Villegagnon qui fut gouverneur de la Ville de Sens de 1567 à 1571.

 

Vie privée

Christophe Rufin a trois enfants. Sa première épouse était d’origine russe, avec laquelle il a eu un fils, Maurice. Puis, il rencontre en Érythrée Azeb, une Éthiopienne d’une grande famille amhara  qu’ol épousera quatre fois : 15 janvier 1986, 15 février 1986, 24 août 1999 et 25 août 2007 à Saint-Gervais-les-Bains après deux divorces. De cette deuxième union naissent deux filles : Gabrielle (en 1992) et Valentine (en 1995).

Azeb Rufin est agent littéraire chez Agence littéraire Ras Dashen.

Jean-Christophe Rufin réside les deux tiers de l’année à Saint-Nicolas-de-Véroce2 dans le massif du Mont-Blanc, dans une ancienne grange abandonnée du village entièrement démontée et remontée dans les années 1980 et qu’il a achetée au début des années 2000, où il s’enferme pour écrire durant l’hiver avant d’y revenir de juin à septembre.

 

Œuvre littéraire

 

Essais

Le Piège humanitaire – Quand l’humanitaire remplace la guerre,  éd. Jean-Claude Lattès, 1986.

L’Empire et les Nouveaux Barbares,  éd. Jean-Claude Lattès, 1991 ; nouvelle édition revue et augmentée Jean-Claude Lattès, 2001 (un essai de politique internationale qui compare l’Occident à l’Empire romain menacé par les barbares : « Aujourd’hui, c’est l’Est qui demande des aides pour son développement. Quant au Sud, il s’arme maintenant contre le Nord. »)

La Dictature libérale,  éd. Jean-Claude Lattès, 1994, prix Jean-Jacques-Rousseau 1994.

L’Aventure humanitaire, coll. « Découvertes Gallimard / Histoire » éd. Gallimard, 1994.

Géopolitique de la faim – Faim et responsabilité,  éd. PUF, 2004.

 

Romans, récits et nouvelles

L’Abyssinéditions Gallimard1997 – prix Goncourt du premier roman et prix Méditerranée.  

Sauver Ispahan, Gallimard, 1998.

Les Causes perdues, Gallimard 1999 – prix Interallié 1999, Prix littéraire de l’armée de terre – Erwan Bergot 1999 ; réédité avec le titre Asmara et les Causes perdues ».

Rouge Brésil, Gallimard, 2001 – prix Goncourt 2001 

Globalia, Gallimard, 2003 

La Salamandre, Gallimard, 2005 .

Le Parfum d’Adam. Editions Gallimard, 2007.

Un léopard sur le garrot, Gallimard, 2008 (autobiographie)

Katiba, Flammarion, 2010 .

Sept histoires qui reviennent de loin (nouvelles), Gallimard, 2011 (

Le Grand Cœur, Gallimard, 2012 

Immortelle Randonnée : Compostelle malgré moi, éditions Guérin, 2013 

Le Collier rouge, Gallimard, 2014 – prix Maurice-Genevoix

Check-point, Gallimard, 2015 

Le Tour du monde du roi Zibeline, Gallimard, 2017 

Le Suspendu de Conakryéditions Flammarion, 2018, 

Les Sept Mariages d’Edgar et de Ludmilla, Gallimard 

 

En collaboration

Économie des guerres civiles, avec François Jean, éditions Hachette1996.

Mondes rebelles, avec Arnaud de La Grange et Jean-Marc Balancie, éditions Michalon, 1996.

Qui est Daech?, avec Edgar MorinRégis DebrayMichel OnfrayTahar Ben JellounOlivier Weber et Gilles Kepel, éditions Philippe Rey, 2015.

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