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Le consentement par Vanessa Spingora

Vanessa Springora

Le consentement

Paris, Grasset, 2020. 205 pages

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Résumé :

Au milieu des années 80, élevée par une mère divorcée, V. comble par la lecture le vide laissé par un père aux abonnés absents. A treize ans, dans un dîner, elle rencontre G. , un écrivain dont elle ignore la réputation sulfureuse. Dès le premier regard, elle est happée par le charisme de cet homme de cinquante ans aux faux airs de bonze, par ses oeillades énamourées et l’attention qu’il lui porte.
Plus tard, elle reçoit une lettre où il lui déclare son besoin  » impérieux  » de la revoir. Omniprésent, passionné, G. parvient à la rassurer : il l’aime et ne lui fera aucun mal. Alors qu’elle vient d’avoir quatorze ans, V. s’offre à lui corps et âme. Les menaces de la brigade des mineurs renforcent cette idylle dangereusement romanesque. Mais la désillusion est terrible quand V. comprend que G. collectionne depuis toujours les amours avec des adolescentes, et pratique le tourisme sexuel dans des pays où les mineurs sont vulnérables.
Derrière les apparences flatteuses de l’homme de lettres, se cache un prédateur, couvert par une partie du milieu littéraire.
V. tente de s’arracher à l’emprise qu’il exerce sur elle, tandis qu’il s’apprête à raconter leur histoire dans un roman. Après leur rupture, le calvaire continue, car l’écrivain ne cesse de réactiver la souffrance de V. à coup de publications et de harcèlement.
 » Depuis tant d’années, mes rêves sont peuplés de meurtres et de vengeance. Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre  » , écrit-elle en préambule de ce récit libérateur.

Plus de trente ans après les faits, Vanessa Springora livre ce texte fulgurant, d’une sidérante lucidité, écrit dans une langue remarquable. Elle y dépeint un processus de manipulation psychique implacable et l’ambiguïté effrayante dans laquelle est placée la victime consentante, amoureuse.
Mais au-delà de son histoire individuelle, elle questionne aussi les dérives d’une époque, et la complaisance d’un milieu aveuglé par le talent et la célébrité.

 

Vanessa Springora

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Vanessa Springora, née le 16 mars 1972, est une éditrice, écrivaine et réalisatrice française. Elle publie, début janvier 2020, l’ouvrage Le Consentement, témoignage de sa relation avec Gabriel Matzneff lorsqu’elle était adolescente.

 

Biographie

Situation personnelle

Vanessa Springora est élevée par une mère divorcée. Son père, qu’elle décrit comme absent dans Le Consentement, meurt en janvier 2020.

Après une scolarité au collège Jacques-Prévert, puis au lycée Fénelon, à Paris, et deux années en classe préparatoire, Vanessa Springora obtient un DEA de lettres modernes à l’université Paris-Sorbonne. Elle est réalisatrice-autrice en 2003 pour l’Institut national de l’audiovisuel avant de devenir assistante d’édition au sein des éditions Julliard en 2006. Elle en est la directrice depuis décembre 2019.

Elle coordonne parallèlement depuis 2010 la collection « Nouvelles Mythologies », dirigée par Mazarine Pingeot et Sophie Nordmann, pour les éditions Robert Laffont.

 

Le Consentement

Dans son livre intitulé Le Consentement, paru chez Grasset le 2 janvier 2020, Vanessa Springora décrit, en le désignant par ses seules initiales, l’emprise qu’a eue l’écrivain Gabriel Matzneff sur elle. Ce dernier n’a jamais caché son penchant pour les très jeunes adolescents ou les enfants : déjà en 1974, il écrit un essai titré Les Moins de seize ans, publié chez Julliard et « mode d’emploi pour les pédophiles » d’après Springora, abordant sa relation avec un garçon de douze ans, ses habitudes de tourisme sexuel, ainsi que d’autres frasques. Par la suite, il a lui-même retracé la relation avec Vanessa Springora dans le récit La Prunelle de mes yeux, volume de son journal paru en 1993, qui couvre la période allant du 13 mai 1986 au 22 décembre 1987, mais « avec sa version des faits », « du point de vue du chasseur » selon Vanessa Springora ; elle se voit à l’époque n’être qu’« une proie vulnérable » soumise à une prédation à la fois « sexuelle, littéraire et psychique ».

Les faits décrits dans ce livre remontent à la seconde partie des années 1980, durant son adolescence, et commencent alors qu’elle est âgée de 13 ans et lui de 49 : elle reconnait être à l’époque « encore vierge » mais avec « une envie d’aller vers la sexualité ». Alors qu’elle a accompagné sa mère, attachée de presse dans l’édition, à un dîner où l’écrivain était présent — le 6 novembre 1985 —, celui-ci la contacte plusieurs fois ensuite, l’attend à la sortie du collège presque chaque jour ; elle est alors en classe de quatrième. Les premières relations sexuelles, elles, arriveront malgré le fait que la jeune fille, âgée de 14 ans alors, n’ait donc pas encore atteint la majorité sexuelle de quinze ans en vigueur en France. L’écrivain loue une chambre d’hôtel à proximité et Vanessa Springora néglige alors le collège. « À quatorze ans, on n’est pas censée être attendue par un homme de cinquante ans à la sortie de son collège, on n’est pas supposée vivre à l’hôtel avec lui, ni se retrouver dans son lit, sa verge dans la bouche à l’heure du goûter » écrit-elle. Il partage avec elle sa vie parisienne dans le monde littéraire : dîners, théâtre, cinéma, visites, entretiens avec la presse, elle se joint à lui régulièrement. « Mais, en fait, notre activité principale, c’était le sexe » explique-t-elle. Quelque temps après, la Brigade des mineurs est alertée par lettres anonymes puis Vanessa Springora est admise à l’hôpital des enfants malades.

Elle explique que c’est notamment l’obtention du prix Renaudot par Gabriel Matzneff en 2013 qui la révolte et la pousse à écrire, souhaitant faire entendre sa version. Elle dit que c’est par l’écriture, alors qu’elle en a été longtemps incapable, qu’elle tente de se réapproprier cette histoire, après avoir souffert de celle des livres de Gabriel Matzneff. Elle précise qu’à l’époque, elle était « consentante », ce qui l’a empêché d’aller en justice alors que le statut d’écrivain de Matzneff l’aurait longtemps protégé.

 Répercussions

L’ouvrage obtient un retentissement médiatique international avant même sa parution, posant la question de la pédophilie, de la pédocriminalité et s’interrogeant sur le milieu littéraire français des années 1980. L’Express parle « d’un récit sans concession sur son expérience avec le romancier ». L’ouvrage est supposé avoir autant d’importance dans le milieu littéraire en France que le témoignage d’Adèle Haenel pour le cinéma. Dès sa sortie, après un premier tirage prudent, son éditeur Grasset lance rapidement cinq réimpressions consécutives ; 10 000 exemplaires sont écoulés en trois jours et l’ouvrage atteint immédiatement la première place des ventes « Essais-Documents » et la deuxième place en format Kindle sur Amazon.

À la suite de ces révélations, l’association Innocence en danger demande à ce que les ouvrages de Gabriel Matzneff soient retirés de la vente, alors que Vanessa Springora s’est elle-même exprimée contre cette action.

Quant à l’écrivaine québécoise Denise Bombardier, qui avait déjà publiquement réagi contre les agissements à caractère pédophile de Gabriel Matzneff lors de l’émission de télévision Apostrophes diffusée en mars 1990, elle salue un « livre remarquable, courageux, d’une écriture chirurgicale »

 

 

Gabriel Matzneff

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Gabriel Matzneff, né le 12 août 1936 à Neuilly-sur-Seine, est un écrivain français.

Pour ses œuvres littéraires, il reçoit les prix Mottart et Amic de l’Académie française, respectivement en 1987 et 2009, le prix Renaudot essai en 2013, les prix Cazes de la brasserie Lipp et du livre incorrect en 2015.

Alors qu’il décrit dans ses livres ses pratiques pédophiles, il reste longtemps à l’abri de toute poursuite pénale et bénéficie d’un important appui du monde littéraire. En 2019, l’annonce de la publication d’un livre témoignage de Vanessa Springora, qui était une adolescente au moment de leur liaison, déclenche une intense polémique sur la tolérance envers un pédophile assumé, et entraîne l’ouverture de deux procédures judiciaires contre lui ainsi que l’arrêt de la commercialisation de certaines de ses œuvres.

Biographie

Famille, jeunesse et formation

Gabriel Matzneff est issu d’une famille de hobereaux russes émigrée en France après 1917. Selon les informations disponibles sur son site officiel, « ses parents divorcent lorsqu’il a six mois ; de sa vie, il ne les verra dans la même pièce, et sera souvent séparé de sa sœur Alexandra, de ses frères André et Nicolas. Une petite enfance ballottée de droite et de gauche, assombrie par les déchirures familiales et la guerre. Une enfance dont il garde de très douloureux souvenirs ».

Sa famille l’élève dans un milieu culturel raffiné — il côtoie ainsi Léon Chestov et Nicolas Berdiaev —, où il découvre la littérature et la religion. Après un an à Gerson (1943-1944), deux à Saint-Louis-de-Gonzague (1944-1946), il est scolarisé à l’école Tannenberg (1946-1952), puis au lycée Carnot à partir de 1952. Il commence en 1954 des études de lettres classiques et de philosophie à la Sorbonne. Après avoir effectué son service militaire en Algérie en 1959-1960, Gabriel Matzneff rentre à Paris en 1961, s’inscrit en russe à l’Institut des langues orientales et commence une carrière de journaliste.

En juin 1957, il rencontre Henry de Montherlant et demeure pour lui un ami, en dépit de brouilles, jusqu’à son suicide, le 21 septembre 1972. Dans la nuit du 21 au 22 mars 1973, il disperse les cendres de Montherlant avec l’exécuteur testamentaire de ce dernier, Jean-Claude Barat, sur le Forum romain et dans le Tibre.

Il commence à tenir son journal intime le 1er août 1953 mais ne le publie qu’à partir de 1976. Dans le premier volume, il dessine de lui-même le visage d’un « réfractaire », adepte d’une pratique individualiste, opposée aux mœurs modernes. Français d’origine russe, et pédéraste — au vrai sens du terme, c’est-à-dire amateur de jeunes garçons, sans qu’il renonce aux femmes ni aux jeunes filles, — il se sent « un peu métèque », un peu exclu. « J’étais Athos, écrit-il, le grand seigneur misanthrope, secret, différent… »

 

Carrière littéraire

Philippe Tesson, alors directeur de publication du quotidien Combat, le remarque et lui propose en octobre 1962 d’écrire chaque jeudi en une du quotidien une chronique sur la télévision. À compter de cette période, Matzneff ne cesse d’écrire pour de nombreux organes de presse aux opinions politiques très contrastées : Aux écoutesNotre RépubliqueLa Nation françaisePariscopeLes Nouvelles littérairesMatuluLe Nouvel AdamLe Quotidien de ParisLe FigaroLe Monde (de 1977 à 1982), Impact Médecin, la Revue des Deux MondesNewmenL’Idiot internationalLe Choc du mois. De 2013 à décembre 2019, il tient une chronique irrégulière sur le site du Point.

En octobre 1964, à Montgeron, il participe au congrès fondateur du Comité de coordination de la jeunesse orthodoxe, où il rencontre la lycéenne Tatiana Scherbatcheff — « adolescente aux cheveux hirsutes, au visage un peu triangulaire, aux vastes et magnifiques yeux noirs, ensemble princesse et poulbot ». Il épouse le 8 janvier 1970 à Londres celle qui deviendra la Véronique d’Isaïe réjouis-toi (La Table ronde, 1974), avant d’en divorcer le 3 mars 1973. Ce divorce entraîne en lui une crise religieuse qui l’éloigne de l’Église : il quitte alors le Comité et se défait également de la coproduction de l’émission télévisée Orthodoxie, qu’il avait, avec le Prince Andronikov et le père Pierre Struve, contribué à créer en mai 1965. Il rencontre Hergé la même année, en décembre. Leur amitié ne cessera qu’à la mort de ce dernier, en mars 1983.

Son premier livre, Le Défi, qui est un recueil d’essais, paraît en 1965. Son premier roman, L’Archimandrite, dont il a commencé la rédaction pendant son service militaire, paraît en 1966. En avril 1967, il séjourne en URSS et en République populaire de Pologne. Il fait dans les années 1970, en particulier en 1970 et 1971, de nombreux voyages au Proche-Orient, en particulier au Liban, en Égypte, en Syrie et, plus tard, en Libye.

Le critique Pol Vandromme écrit de lui, en 1974, qu’il est « le premier écrivain de sa génération » Jean d’Ormesson lui rend hommage par la formule suivante : « C’est un sauteur latiniste, un séducteur intellectuel, un diététicien métaphysique »

En 1990, il entre chez Gallimard avec l’aide de Philippe Sollers, qui le publie dans sa collection « L’Infini ».

Gallimard arrête la commercialisation des Carnets noirs en janvier 2020.

 Politique et médias

D’un tempérament mondain, Gabriel Matzneff affiche, au fil des volumes publiés de son Journal, des relations avec un large spectre de personnalités politiques : dans les années 2000 et 2010, il rend visite au maire de Paris, Bertrand Delanoë, puis il déjeune avec Jean-Marie Le Pen en 2017. Dans les années 1960, il dit de François Mitterrand qu’il est « le seul homme d’État de la gauche ».

Selon l’historienne Anne-Claude Ambroise-Rendu, « porté par des écrivains, le discours pédophile est assez bien accueilli par la critique littéraire médiatique ». Ainsi, Gabriel Matzneff, pour son roman L’Archimandrite, reçoit en 1966 bon accueil du Figaro littéraire qui insiste surtout sur le fait qu’il est imprégné de théologie et renseigne sur les orthodoxes en France alors que le héros drague de très jeunes filles à la piscine. Pierre Viansson-Ponté, autre éditorialiste influent, reconnait aussi son talent dès 1969 dans Le Monde tout en sermonnant « un petit personnage parfaitement odieux » cherchant d’abord « à intriguer en se prétendant pêle-mêle nietzschéen, byronien et stendhalien » et « qui ira loin si la cabale ne lui brise pas les reins ».

Notre République remarque aussi qu’il apprécie « le commerce des femmes fort jeunes », sans non plus préciser leur âge, l’hebdomadaire gaulliste insistant surtout sur le désespoir que ne parvient pas à dissimuler ce « libertinage ».

Durant Mai 68, il séjourne à Llafranc, en Catalogne, du 25 avril au 15 juin, avec sa future épouse. En 1970, il participe au deuxième numéro de la revue Contrepoint, fondée en mai 1970 par Patrick Devedjian, qui veut « reprendre le flambeau de l’anticommunisme » avec un dossier « Où en est la Russie ? », coordonné par Kostas Papaïoannou.

En 1972, la publication de Nous n’irons plus au Luxembourg reçoit les critiques positives de Jean Dutourd dans Pariscope et de Jean d’Ormesson dans Le Point, pour qui le héros, « amateur de très jeunes personnes », a bien de « l’allure ». L’année suivante, sur le plateau de l’émission de l’ORTF Ouvrez les guillemets de Bernard Pivot, il accompagne Jean-Claude Barat, exécuteur testamentaire d’Henry de Montherlant, qui s’est suicidé en 1972, pour évoquer avec lui la dispersion des cendres de leur ami, faite lors d’un voyage à Rome. Le Monde venait d’ironiser sur son long récit de ce voyage dans Le Figaro, Matzneff l’accusant en retour de mettre « un point d’honneur à n’être ému de rien et à ricaner de tout ».

Son essai Les Moins de seize ans, dans lequel il fait l’apologie des relations sexuelles avec des mineurs, est l’objet dans Monde du 25 octobre 1974 d’une collaboration extérieure de son ami l’éditeur Roland Jaccard, futur cofondateur du magazine Causeur, qui tente d’inclure les deux visions opposées de Matzneff, à la fois apprécié par le signataire et réprouvé par bien d’autres : « un vilain monsieur heureux de l’être » qui « puise son équilibre [dans] la clandestinité, le danger, la transgression » car « la cause est entendue : psychiatres, juges, mères de famille, voire même les homosexuels respectables, c’est-à-dire ceux qui ne s’attaquent pas aux chères têtes blondes et qui réclament un statut honorable, le statut de Monsieur Tout-le-Monde, en conviennent ». Le Magazine littéraire se demande lui « où serait le scandale » sous le titre « Matzneff et la sexualité », pour constater simplement que « l’idée fixe de Matzneff est la gloire des enfants, garçons et filles de moins de seize ans ». Son propriétaire depuis 1970, Jean-Claude Fasquelle, refuse par la suite d’éditer le témoignage d’une victime de Matzneff ayant avorté, adolescente, avant la loi Veil de 1975.

En 1977, François Bott, responsable de la chronique littéraire du Monde et ami de Matzneff, allègue que ce dernier « indispose ou même irrite le milieu intellectuel, c’est un euphémisme, car ses livres et ses articles entraînent fréquemment des réponses hargneuses, quand ce n’est pas haineuses » et observe que « lui-même avoue être un outsider » Les Éditions Pygmalion accuseront sa critique dans le Monde des livres d’une adaptation d’un roman de Casanova de « procès d’intention […] purement et gratuitement diffamatoires ».

Quand Bernard Pivot invite Gabriel Matzneff le 12 septembre 1975 dans Apostrophes, pour Les Moins de seize ans, les thèses de ce livre sont mises en cause par deux auteurs également présents sur le plateau. Jeanne Delais, professeur de lycée, qui a fondé une association pour la défense des droits de l’enfant, s’efforce de ménager l’amour-propre de l’écrivain mais l’accuse de ne pas respecter les enfants et les adolescents, d’attenter à leur dignité, en les utilisant à son profit. Le biologiste Rémy Chauvin déclare, quant à lui, avoir été « gêné » par le livre de Matzneff, et conteste l’affirmation de celui-ci selon laquelle ses relations sexuelles avec « des petits garçons » ne causeraient en eux aucun traumatisme, déclarant notamment, à propos de tel ou tel de ces garçons : « Vous l’avez peut-être traumatisé pour la vie. » Matzneff révélera un an après qu’un téléspectateur a porté plainte contre lui « pour détournement de mineurs, actes contre nature et incitation de mineurs à la débauche », et s’inquiète du « silence » des intellectuels sur son sort, dans Le Monde, qui signale, lui, « de nombreuses réactions de nos lecteurs pour la plupart critiques, voire hostiles et quelquefois indignées » à cette « Tribune libre » de Gabriel Matzneff et en publie trois.

Entre-temps, le 4 février 1976, il signe dans Le Monde un appel titré « Des gaullistes s’élèvent contre l’élection du Parlement européen au suffrage universel ».

En 1981, Philippe Sollers se montre élogieux à l’égard du roman Ivre du vin perdu, l’un des succès commerciaux de Matzneff (20 000 exemplaires vendus). Dans les colonnes du Monde, Sollers félicite son confrère d’avoir écrit un roman qui « va beaucoup plus loin que ce qui pourrait rester, somme toute, un reportage amélioré sur une particularité, une marge ». Sollers le qualifie, son personnage ou lui, de « libertin métaphysique », car il se hisse « à la hauteur du mythe » et « réinvent[e] la transgression, le scandale, en se lançant à corps perdu dans l’aventure qui ne peut pas ne pas révulser la Loi : la chasse aux mineurs ». Sollers ajoute aussitôt : « Ce dernier point est probablement inacceptable. Il m’est complètement étranger. Je ne juge pas, je constate. […] J’essaie de comprendre cette fantaisie obstinée peinte par ses illustrateurs comme un paradis », et commente : « Il y a dans tout cela quelque chose d’odieux et de sympathiquement puéril ». Richard Garzarolli dépeint également Matzneff comme un « libertin sentimental »

En 1986, alors président de la République, François Mitterrand écrit sur Matzneff un article admiratif : « Ce séducteur impénitent, qui se définit lui-même comme un mélange de Dorian Gray et de Dracula, m’a toujours étonné par son goût extrême de la rigueur et par la densité de sa réflexion. La spontanéité de son jugement, exprimée dans un style limpide, s’allie à une exigence de vérité qui le mène souvent hors des limites considérées comme ordinaires. À sa vie et à son œuvre, il porte la même attention. »

Au cours des années 1980, Gabriel Matzneff est invité quatre fois dans Apostrophes : en 1980 pour Vénus et Junon (deuxième volume paru de son journal), en 1983 pour L’Archange aux pieds fourchus (troisième volume paru de son journal), en 1984 pour La Diététique de lord Byron, en 1987 pour son dictionnaire philosophique Le Taureau de Phalaris — émission au cours de laquelle il est complimenté pour ce livre par Bernard-Henri Lévy.

Il y est invité une sixième fois, le 2 mars 1990, à l’occasion de la sortie d’un nouveau volume de son journal, intitulé Mes amours décomposés, en compagnie de cinq autres écrivains : Alexandre Jardin, le couple catholique formé par Pierre et Denise Stagnara, Catherine Hermary-Vieille et Denise Bombardier. Au cours de l’émission, cette dernière, choquée par Mes amours décomposés, le prend vigoureusement à partie en déclarant notamment : « Moi, M. Matzneff me semble pitoyable. […] On sait bien que des petites filles peuvent être folles d’un monsieur qui a une certaine aura littéraire, d’ailleurs on sait que les vieux messieurs attirent les petits enfants avec des bonbons. M. Matzneff, lui, les attire avec sa réputation. » Elle ajoute : « Je ne comprends pas qu’on puisse publier des choses comme ça. […] La littérature ne peut pas servir d’alibi, il y a des limites même à la littérature. Et je crois que si M. Matzneff était plutôt un employé anonyme de n’importe quelle société, je crois qu’il aurait des comptes à rendre à la justice de ce pays. » Trente ans plus tard, Denise Bombardier dit avoir gardé en mémoire la pluie d’insultes et de chroniques d’opinion qui ont déferlé à son sujet dans les jours — et les années — qui suivirent la diffusion de l’émission. « J’ai été traitée de mal baisée partout. On m’a dit de retourner à ma banquise. » Le 19 mars sur France 3, Philippe Sollers, éditeur de Matzneff aux éditions Gallimard, traite Denise Bombardier de « connasse » et de « mal baisée ». Dans Le Monde du 30 mars, Josyane Savigneau encense l’écrivain, qui « ne viole personne », et raille la Canadienne : « Denise Bombardier a eu la sottise d’appeler quasiment à l’arrestation de Matzneff, au nom des “jeunes filles flétries” par lui… Découvrir en 1990 que des jeunes filles de 15 et 16 ans font l’amour à des hommes de trente ans de plus qu’elles, la belle affaire ! » Dans VSD, l’écrivain, scénariste et parolier Jacques Lanzmann s’étonne que Matzneff n’ait pas « aligné la Bombardier d’une grande baffe en pleine figure ».

Denise Bombardier continue pendant des années d’être la cible occasionnelle de blâmes et même d’attaques parfois violentes, de la part d’écrivains et de critiques littéraires qui ne lui pardonnent pas sa spectaculaire intervention de mars 1990. Dans sa chronique de Libération en 1999, Pierre Marcelle écrit : « Un nom comme ça ne s’oublie pas. Voici déjà pas mal d’années, il me semble avoir entendu Mme Denise Bombardier franchir, chez M. Bernard Pivot, le mur du son. J’en conserve le souvenir, un peu flou mais encore suffisamment effrayant, d’éructations appuyées et de glapissements torquemadesques — il était question de pédophilie — dont ce pauvre Gabriel Matzneff, je crois, fut la cible. C’était bien avant l’affaire Dutroux, mais déjà Christine Boutin pointait sous Bombardier. » En 2001, dans Campus, autre émission littéraire télévisée, Christine Angot estime, pour sa part, qu’« elle prouve, cette femme [Denise Bombardier], que ce qui dérange, ce n’est pas ce qu’il fait dans la vie, c’est l’écriture. Elle lui reproche en fait d’être un écrivain, c’est ça qui la dérange. »

Dans Le Nouvel Observateur, le journaliste Guy Sitbon est un des rares à critiquer l’écrivain, qui « ne recule devant aucune goujaterie ». Patrick Besson y voit « un article de haine franche et même un peu hystérique ».

Matzneff raconte, dans Mes amours décomposés, avoir eu recours à des enfants prostitués en Asie : « Quel repos la prostitution ! Les gamines et les gamins qui couchent avec moi sans m’aimer, c’est-à-dire sans prétendre dévorer mon énergie et mon temps, quelle sinécure ! Oui, dès que possible, repartir pour l’Asie ! » Anne-Claude Ambroise-Rendu remarque que ce propos « ne semble troubler personne ».

Gabriel Matzneff reçoit encore, des années plus tard, des soutiens de la part d’une large partie de la presse française et des milieux intellectuels. Si le critique et écrivain Hugo Marsan le qualifie en 1993 de « dandy oublié », Matzneff continue de publier régulièrement et sera encore convié plus de douze fois à des émissions télévisées jusqu’en 2019. Thierry Ardisson, Franz-Olivier Giesbert, François Busnel, David Abiker tiennent des propos louangeurs à son égard. Ce dernier admire ainsi sur Paris Première début 2017 « une incroyable pulsion de vie dans l’écriture de Matzneff » qui lui a « toujours donné envie de boire, de lire et de baiser », bien qu’il ne partage « pas les mêmes goûts que lui ». Le 1er décembre 2019, Frédéric Taddeï l’accueille dans son émission Interdit d’interdire, sur RT France, pour parler du dernier tome de son journal L’Amante de l’Arsenal, expliquant que l’écrivain « n’a jamais été inquiété par la justice » et ajoutant : « je ne vois pas pourquoi je me montrerais plus sévère que le ministre de l’Intérieur en lui refusant la parole ». Cependant, Gabriel Matzneff est parfois vigoureusement interpellé : Frédéric Beigbeder évoque en novembre 2004 une « mise à mort télévisuelle » dans une émission de Michel Field. Dans l’émission Stupéfiant diffusée sur France 2 le 22 janvier 2018, Guillaume Auda le confronte à ses écrits « paraissant banaliser la prostitution infantile ».

L’année 2001 voit ces polémiques s’accentuer quand des citations de Daniel Cohn-Bendit datant de 1975 sont diffusées dans la presse européenne fin janvier par la journaliste allemande Bettina Röhl, dont la mère Ulrike Meinhof, cofondatrice de la Fraction armée rouge s’est suicidée quand elle avait 14 ans, les écrits pédophiles de Daniel Cohn-Bendit ayant été publiés peu après par son père. Daniel Cohn-Bendit évoque alors dans Le Monde du 22 février « le contexte des années 1970 » et des pages « dont nous devons avoir honte ». L’écrivain Sorj Chalandon rédige le lendemain un mea culpa de Libération sur des pétitions oubliées datant des années 1970 et L’Express publie des entretiens avec deux de leurs anciens signataires, Philippe Sollers, devenu entre-temps éditeur de Matzneff, faisant part de ses regrets et Bernard Muldworf assurant être déjà anti-pédophile à l’époque.

L’article de Libération cite le slogan Il est interdit d’interdire !, mais pas son auteur Jean Yanne, et celui des situationnistes de 1966 en version tronquée, lui aussi interprété au sens sexuel, pour présenter « plus qu’une période », un « laboratoire », qui aurait été « accoucheur » de « monstres ». Dans le même numéro, l’éditorial pourfend une « haine de Mai 68 » ; Romain Goupil, Serge July et Philippe Sollers dénoncent un « procès stalinien », Romain Goupil déclarant même : « J’ai envie de dire : oui, je suis pédophile ! ». La semaine d’après, une pétition indignée, titrée « Cohn-Bendit et mai 68 : quel procès ? », parle de naturisme, affirme que ses écrits relevaient d’une « nécessaire explosion de parole » et que « la révolution sexuelle a d’abord appris aux enfants, aux adolescentes, aux femmes à dire non ».

En août 2001, Le Monde défend un nouveau tome de son journal intime, Les Soleils révolus, par une critique clairement adressée aux « bien-pensants » qui voudraient renvoyer l’écrivain à l’oubli, selon Arrêt sur images : « N’en déplaise au diariste et à ses contempteurs, ce qui nous captive n’est pas l’inépuisable et récurrent défilé de jeunes filles amoureuses de l’homme de quarante ans », écrit le journal. Toujours en novembre 2001, Hugo Marsan, critique au Monde, écrit : « [Il est] l’éternel initiateur des jeunes filles intelligentes qui s’accordent la pleine découverte du plaisir, en toute sécurité. Gabriel et ses conquêtes créent ensemble un paradis éphémère, une enclave de beauté sous un soleil toujours printanier. Il n’est responsable que de leur plaisir. […] Esclave du personnage de son Journal, il a subi la vindicte de ceux qui ont voulu le cataloguer pédophile. On ne veut pas admettre qu’il est, parmi nous, un être du futur où les femmes iraient jusqu’au bout de leurs fantasmes et déchireraient les voiles dont on les recouvre pour mieux les asservir. ». Peu après, un chapitre du best-seller La Face cachée du Monde dénonce en 2003 les liens de connivence entre Le Monde des livres, dont Josyane Savigneau, proche de Matzneff, est rédactrice en chef, les grands éditeurs et les chroniqueurs littéraires d’autres médias.

Gabriel Matzneff a ainsi droit l’année suivante à un portrait admiratif de Luc Le Vaillant en dernière page de Libération, lequel écrit notamment : « Gabriel Matzneff, 67 ans, écrivain. Cet amateur de jeunes filles en fleur, qu’il couche aussi dans son journal, irrite une société au moralisme de plus en plus sourcilleux. […] Si le classicisme de l’écrivain est reconnu, le personnage continue à angoisser. Il faut dire que le lascar fait le maximum pour froisser les délicatesses de libellule des braves gens. ». Puis c’est au tour du Figaro d’estimer en 2009 que « Matzneff fut la proie d’un néopuritanisme conquérant. » Le thème de « l’artiste victime de la société » traverse les décennies.

À l’occasion de la parution de ses Carnets noirs 2007-2008, la critique du Monde le dépeint comme « un de ces jouisseurs désœuvrés qui d’une bouteille de vin ou d’une nuit d’amour font un combat contre l’ordre moral, le récit d’un martyr. Trahissant l’ordinaire, le banal de l’existence, il sublime l’insignifiant »

Gabriel Matzneff, après avoir été sympathisant de la Nouvelle Droite, déclare voter pour Jean-Luc Mélenchon en 2012 et 2017

 Reconnaissance, prix, distinctions

De l’Académie française, il reçoit en 1987 le prix Mottart et en 2009 le prix Amic.

En mars 1995, à l’occasion du Salon du livre, Jacques Toubon, ministre de la Culture du gouvernement Balladur, remet à Gabriel Matzneff l’insigne d’officier des Arts et des Lettres.

En décembre 2004, Gabriel Matzneff est invité au Palais-Bourbon par Jean-Louis Debré, président de l’Assemblée nationale, et par le Haut Conseil français à l’intégration à donner son témoignage lors du Forum sur la réussite des Français venus de loin

Il fait partie de la Société française des études byroniennes.

En 2013, après une quarantaine de livres publiés, il reçoit son premier prix notable, le Renaudot essai, pour Séraphin, c’est la fin !, recueil de textes rédigés entre 1964 et 2012, sur Schopenhauer, Kadhafi, les prêtres ou le viol. Ayant été tout près de lui décerner ce prix en 2009b, le jury le choisit, à sept voix contre trois, après qu’un de ses membres, Christian Giudicelli, ami et éditeur de Matzneff chez Gallimard, a plaidé sa cause. Fin 2019, Franz-Olivier Giesbert, directeur de publication du Point et président du jury en 2013, se défend de son appui à Gabriel Matzneff en expliquant, comme il l’avait déjà fait dans le passé, que « la pédophilie était très courante au temps des Grecs ». Frédéric Beigbeder — amateur de l’œuvre de Matzneff, qui, dans la liste de ses cent coups de cœur littéraires (2011), place celui-ci parmi les géants de la littérature mondiale, avant Truman Capote et juste derrière Scott Fitzgerald — justifie ce choix dans M, le magazine du Monde du 23 décembre 2019 en insistant sur le fait que « quand on juge une œuvre d’art, il ne faut pas avoir de critères moraux », puis fait valoir que Gabriel Matzneff était alors « un auteur ostracisé, jugé sulfureux et scandaleux depuis une vingtaine d’années et qui n’avait plus accès aux médias ». Patrick Besson abonde dans son sens : « Dans ce qu’il a pu écrire sur sa vie amoureuse, il y a des choses ahurissantes et inacceptables, mais c’est un vieux monsieur blacklisté et dans le besoin : on a fait la part des choses. » Aussitôt le prix annoncé, trois pétitions apparaissent pour qu’il lui soit retiré. Le livre ne se vend qu’à 3 800 exemplaires en six ans.

En 2015, il lui est attribué le prix Cazes de la brasserie Lipp pour La Lettre au capitaine Brunner. Thierry Clermont du Figaro littéraire note que Gabriel Matzneff fête également ce jour-là ses cinquante ans de vie littéraire : « Une bonne partie du monde germanopratin s’était réunie pour saluer l’œuvre de cet auteur aussi sulfureux qu’hors pair. […] On a ainsi pu croiser Patrick Besson, Christine Jordis et Joël Schmidt (membres du jury), la directrice de la Table Ronde, Alice Déon, le nouvel élu à l’Académie française Marc Lambron, Éric Neuhoff, Jean-Claude Lamy »

 

Revenus et train de vie

Gabriel Matzneff est mensualisé par le groupe Gal

Selon L’Express, Gabriel Matzneff perçoit entre 1984 et 2010 une « petite mensualité de la maison Gallimard » ; en 2013, l’un de ses livres reçoit le prix Séraphin, ce qui représente « la promesse d’une petite rentrée d’argent » ; ses ouvrages « se vendent très peu, entre 800 et 3 000 exemplaires en moyenne ». Le magazine précise : « Matzneff a toujours tiré le diable par la queue. Il a pu compter sur l’aide discrète de mécènes, comme Yves Saint Laurent, qui a pris en charge ses frais d’hôtel à l’époque de son aventure » avec Vanessa Springora.

Toujours selon L’Express, du 25 décembre 2019, l’écrivain bénéficie depuis une quinzaine d’années d’une allocation du Centre national du livre. Versée « en raison de sa situation sociale et de son apport global à la littérature », elle est estimée à un montant compris entre 7 000 et 8 000 euros par an.

Dans le dernier volume de son journal, L’Amante de l’Arsenal, paru en octobre 2019, il écrit qu’il reçoit 800 euros de minimum vieillesse par mois.

Selon L’Express, il bénéficierait également depuis 1994 d’un appartement de la Ville de Paris. Ce logement serait situé dans le 5e arrondissement et aurait une superficie de 33 m2. Il lui aurait été attribué sous le mandat de Jacques Chirac.

 

Prosélytisme pédophile

Dans son œuvre

À la fin du mois d’octobre 1974, Gabriel Matzneff publie chez Julliard, dans la collection « Idée fixe » dirigée par Jacques Chancel, Les Moins de seize ans, un essai dans lequel il expose crûment son goût pour les « jeunes personnes », soit les mineurs des deux sexes, semant le trouble car utilisant le mot « enfant » de manière indifférenciée pour des enfants ou des adolescents. Il écrit : « Ce qui me captive, c’est moins un sexe déterminé que l’extrême jeunesse, celle qui s’étend de la dixième à la seizième année et qui me semble être — bien plus que ce que l’on entend d’ordinaire par cette formule — le véritable troisième sexe. Seize ans n’est toutefois pas un chiffre fatidique pour les femmes qui restent souvent désirables au-delà de cet âge. […] En revanche, je ne m’imagine pas ayant une relation sensuelle avec un garçon qui aurait franchi le cap de sa dix-septième année. […] Appelez-moi bissexuel ou, comme disaient les Anciens, ambidextre, je n’y vois pas d’inconvénient. Mais franchement je ne crois pas l’être. À mes yeux l’extrême jeunesse forme à soi seule un sexe particulier, unique. »

Gabriel Matzneff revendique pour lui-même la qualification de « pédéraste », soit un « amant des enfants », et utilise également le terme « philopède », employé pour la première fois dans les Passions schismatiques (Stock, 1977). Il dénonce par ailleurs le fait que le « charme érotique du jeune garçon » soit nié par la société occidentale moderne « qui rejette le pédéraste dans le non-être, royaume des ombres ». Il ajoute plus loin : « les deux êtres les plus sensuels que j’aie connus de ma vie sont un garçon de douze ans et une fille de quinze ».

Gabriel Matzneff admet cependant l’existence d’« ogres », d’abuseurs sadiques d’enfants : il se souvient avoir « toujours eu un faible pour les ogres » et avoir suscité la polémique en relativisant, le 30 juin 1964, dans les colonnes de Combat, le crime de Lucien Léger, qu’il appelle « un jeune homme seul », ou, le 21 avril 1966, l’affaire des meurtres de la lande au Royaume-Uni, achevant cependant son propos en dénonçant la « confusion » entre les criminels et l’ensemble des « pédérastes », qui apportent aux « enfants » « la joie d’être initiés au plaisir, seule “éducation sexuelle” qui ne soit pas une foutaise ». Pour l’universitaire américain Julian Bourg, la distinction opérée ainsi par Matzneff relève d’un désir de défendre les « pédophiles bien intentionnés comme lui ».

Si en 1974, il écrivait que la société française était « plutôt “permissive” » et que ses amours avec sa « merveilleuse maîtresse de quinze ans » — la protagoniste de La Passion Francesca (Gallimard, 1998) et l’Angiolina du roman Ivre du vin perdu (La Table ronde, 1981) — ne « semblent choquer personne », il qualifie en 1994, dans sa préface à la quatrième édition de son livre, celui-ci de « suicide mondain » et reconnaît : « C’est des Moins de seize ans que date ma réputation de débauché, de pervers, de diable. » Il déplore par ailleurs le fait que « les impostures de l’ordre moral n’ont jamais été aussi frétillantes et bruyantes. La cage où l’État, la société et la famille enferment les mineurs reste hystériquement verrouillée. »

Gabriel Matzneff, dont le terrain de chasse fut dans les années 1970 la piscine Deligny, revient sur ses goûts sexuels dans plusieurs de ses livres, notamment dans les différents tomes de son Journal. Déjà scandaleuses à l’époque de leur parution, ces confessions lui valent plus tard d’être un auteur controversé, surtout à partir des années 1990, durant lesquelles la pédophilie est de plus en plus ouvertement dénoncée par les psychologues et les psychiatres.

 

Pétitions de 1977

Le 26 janvier 1977, Gabriel Matzneff rédige un appel demandant au tribunal, à la veille de leur procès, de libérer trois hommes en détention préventive depuis trois ans et deux mois et inculpés d’attentat à la pudeur sans violence sur des mineurs de quinze ans, les signataires pensant qu’il n’y a eu que baisers et caresses, en raison du secret de l’instruction : c’est l’affaire de Versailles. Le texte est publié dans les pages « tribunes libres » du journal Le Monde puis le lendemain dans Libération, mais Gabriel Matzneff n’apparaît pas comme son auteur.

Le surlendemain, Le Monde prend ses distances avec cette pétition car il couvre le procès et découvre la réalité des faits, grâce à la décision de la cour d’assises de supprimer le huis clos, même si les victimes sont mineures, pour que les signataires de la pétition comprennent pourquoi l’enquête a duré plus de trois ans et son évolution : les victimes affirmaient certes avoir donné leur « consentement », mais les experts judiciaires montrent à l’audience qu’il s’avère très fragile vu leur âge et l’influence des adultes. Si la durée de la détention provisoire était « « inadmissible », là s’arrête l’indignation » écrit le journaliste envoyé par Le Monde. Il « est naturel de ne pas aimer cette forme d’amour et d’intérêt », conclut le journal.

Gabriel Matzneff ne révélera être l’auteur de cette pétition que trente-six ans plus tard. Mais il a déclaré, dans une « tribune libre » publiée le 8 novembre 1976 par le même journal (Le Monde), avoir rencontré un des trois hommes, arrêtés à l’automne 1973, dans cette affaire. Aucun journal ne connaissait les faits en raison du secret de l’instruction.

Le 23 mai de la même année, lorsque le jugement de affaire de Versailles est rendu, les signataires du texte de janvier en signent un second, plus prudent, qui tente de relativiser la portée du premier, en mettant surtout l’accent sur le fait que la majorité sexuelle est à 18 ans pour les homosexuels contre 15 ans pour les autres, afin de demander la fin de cette discrimination. C’est seulement en 1982 que la loi abolira cette discrimination, conformément à une promesse de campagne présidentielle de François Mitterrand.

Gabriel Matzneff signe — avec notamment Jean-Paul Sartre, Philippe Sollers, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, Alain Robbe-Grillet, Françoise Dolto, Jacques Derrida, Louis Althusser, Jean-Louis Bory, Gilles Deleuze, Michel Foucault et Christiane Rochefort — une lettre ouverte à la commission de révision du code pénal. Des extraits sont publiés par le seul journal Le Monde, qui cite les rappels des lois de 1810, 1836, 1863 et 1945 faits par la pétition. Le journal ne s’attarde pas sur la dizaine de lignes sur vingt consacrées à l’Affaire de Versailles, dont le verdict vient d’être rendu, cinq ans de prison avec sursis, pour s’en tenir à la conclusion des signataires, qui « demandent que le dispositif pénal soit allégé, pour que de telles affaires, aujourd’hui passibles de la cour d’assises, soit jugées par un tribunal correctionnel », car « la détention préventive, en matière correctionnelle, ne peut excéder six mois » Devant un tribunal correctionnel, la peine maximum encourue est de cinq ans de prison.

L’appel explique que l’affaire de Versailles, « jugée en audience publique, a posé le problème de savoir à quel âge des enfants ou des adolescents peuvent être considérés comme capables de donner librement leur consentement à une relation sexuelle. C’est là un problème de société. Il appartient à la commission de révision du code pénal d’y apporter la réponse de notre temps », pour des textes de loi « rajeunis et actuels ». Le texte propose explicitement de dépénaliser la pédophilie, puisqu’il proclame l’existence d’un prétendu « droit de l’enfant et de l’adolescent à entretenir des relations [sexuelles] avec des personnes de son choix ». Toutefois, selon l’historien Jean Bérard, l’une des signataires de cette pétition, Françoise Dolto, estime que les relations sexuelles entre mineurs et adultes sont toujours source de traumatisme.

Cependant, un mois après cet appel de mai 1977 sort le premier livre d’un autres des signataires, Pascal Bruckner, Le Nouveau Désordre amoureux, plaidoyer pour la diversité des sexualités, dont l’un des chapitres sera jugé « plus que complaisant » envers l’apologie de la pédocriminalité.

Ces pétitions « touchant à la norme et à la transgression dans des domaines aussi délicats que les rapports avec les enfants leur conféra parfois, par le ton utilisé, un caractère désinvolte […] qui les placera ensuite en porte-à-faux », expliquera en 2007 l’historien Jean-François Sirinelli, pour qui les motivations des signataires sont très différentes de l’un à l’autre.

 

Œuvres ultérieures

En 1982, Gabriel Matzneff est, comme René Schérer, impliqué à tort dans l’affaire du Coral, ce qui provoque son renvoi du journal Le Monde, où il tenait une chronique hebdomadaire depuis 1977. Le quotidien démentira qu’il y ait un lien de cause à effet entre cette mise en cause et le départ de Matzneff.

En 1990, il publie Mes amours décomposés, son journal intime pour les années 1983-1984, dans lequel il évoque sa vie quotidienne, ses amours avec de multiples partenaires dont plusieurs adolescentes âgées de quatorze à seize ans, et son renvoi du Monde à la suite de l’affaire du Coral. Il raconte également son voyage aux Philippines, au cours duquel il se livre au tourisme sexuel, draguant notamment ses victimes dans l’enceinte du principal centre commercial de Manille, le Harrison Plaza, et couchant avec des prostitués qui sont des « petits garçons de onze ou douze ans ». Il y fréquente des Occidentaux venus à la recherche de contacts sexuels, comme Edward Brongersma, juriste et homme politique néerlandais et défenseur connu de la pédophilie.

 

Premières accusations

En 1996, selon Antoine Garapon, secrétaire général de l’Institut des hautes études sur la justice, « l’affaire Dutroux provoque un phénomène de « panique morale » dans toutes les démocraties occidentales. […] On rentre désormais dans la vie collective par les victimes, on s’identifie à leur souffrance. La solidarité de fait qui existait entre la politique, la justice, la presse pour ne pas parler de ces affaires, se fissure. L’opinion y devient sensible. » En 1993, Le Nouvel Observateur prend à partie Gabriel Matzneff en parlant de « viol au nom de la littérature » et cite Marie-France Botte et Jean-Paul Mari, auteurs du livre Le Prix d’un enfant, consacré à la prostitution enfantine dans le tiers-monde ; ces derniers estiment que « Matzneff est un personnage public. Lui permettre d’exprimer au grand jour ses viols d’enfants sans prendre les mesures nécessaires pour que cela cesse, c’est donner à la pédophilie une tribune, c’est permettre à des adultes malades de violenter des enfants au nom de la littérature ».

En 1995, le psychiatre Bernard Cordier estime que, contrairement à Gide ou à Montherlant : « un écrivain comme Gabriel Matzneff n’hésite pas à faire du prosélytisme. Il est pédophile et s’en vante dans des récits qui ressemblent à des modes d’emploi. Or cet écrivain bénéficie d’une immunité qui constitue un fait nouveau dans notre société. Il est relayé par les médias, invité sur les plateaux de télévision, soutenu dans le milieu littéraire. […] D’ailleurs, les pédophiles sont très attentifs aux réactions de la société française à l’égard du cas Matzneff. Les intellectuels complaisants leur fournissent un alibi et des arguments : si des gens éclairés défendent cet écrivain, n’est-ce pas la preuve que les adversaires des pédophiles sont des coincés, menant des combats d’arrière-garde ? »

Le psychothérapeute Pierre Lassus déclare quant à lui, en 2003 : « Matzneff n’écrit pas de romans, mais des journaux, comme il est spécifié, qu’il rend publics, et où il raconte avec délectation des viols sur des enfants de douze ans. » Pierre Lassus a plusieurs fois dénoncé la complaisance culturelle et médiatique dont bénéficie Gabriel Matzneff, faisant notamment campagne en 2000 pour que l’écrivain n’obtienne pas le prix de l’Académie française (finalement remporté cette année-là par Pascal Quignard

Gabriel Matzneff récuse pour sa part l’amalgame de l’amour des adolescents avec la pédophilie et déclare en 2002 : « Lorsque les gens parlent de « pédophilie », ils mettent dans le même sac le salaud qui viole un enfant de huit ans et celui qui vit une belle histoire d’amour avec une adolescente ou un adolescent de quinze ans. Pour ma part, je méprise les salauds qui abusent des enfants et je suis partisan de la plus grande sévérité à leur égard. Mais les gens confondent tout. Pour eux, le mot “enfance” est un mot générique qui désigne aussi bien un bambin de trois ans à la crèche qu’un élève de première au lycée. Les gens ont de la bouillie dans la tête. S’ils n’avaient pas de la bouillie dans la tête, ils ne confondraient pas des petits enfants qui ne sont pas maîtres de leurs décisions, qui peuvent être abusés et violés, avec des adolescents de l’un et l’autre sexe qui ont le droit de découvrir le plaisir, l’amour, la passion. »

Ainsi, à ce moment de sa vie, Matzneff intègre dans l’exégèse de son œuvre ou de sa pensée une distinction entre l’abus sur les plus jeunes et les rapports consentis avec des adolescents aptes, selon lui, à avoir des relations sexuelles. Toutefois, cette tentative de mise au point n’efface pas ses positions extrêmes — rapports sexuels avec des petits garçons de dix ans lors de séjours à Manille, aux Philippines, soutien au pédophile Jacques Dugué —, et l’attribution le 4 novembre 2013 du prix Renaudot de l’essai pour son ouvrage Séraphin c’est la fin ! relance la polémique au sujet de sa pédophilie, ce qui mène l’association de protection de l’enfance Innocence en danger à déposer une plainte contre X pour apologie d’agression sexuelle. La plainte aboutit à un non-lieu.

 Témoignage de Vanessa Springora

En décembre 2019, Vanessa Springora, devenue directrice des éditions Julliard, raconte leur relation dans son ouvrage Le Consentement, relation qu’il avait lui-même retracée dans La Prunelle de mes yeux — volume de son journal paru en 1993 dans la collection « L’Infini », dirigée par Philippe Sollers, et qui couvre la période allant du 13 mai 1986 au 22 décembre 1987 —, ainsi que dans le roman Harrison Plaza (La Table ronde, 1988), où elle est Allegra. Elle relate son histoire avec Matzneff et l’emprise qu’il aurait exercée sur elle : elle rencontre l’écrivain lors d’un dîner alors qu’elle a 13 ans et lui 49 ; puis quelque temps après Matzneff lui envoie une lettre et tente de la rencontrer ; elle est alors « transie d’amour » et la relation sexuelle débute lorsqu’elle a 14 ans. L’auteure dénonce aussi l’utilisation par l’écrivain, dans son journal paru en 1993, d’extraits de lettres écrites lorsqu’elle était encore adolescente et les descriptions crues de leurs rapports sexuels. Elle affirme avoir étudié avec un avocat une procédure pour dénoncer la publication par Matzneff sur son blog de photos d’elle adolescente. Vanessa Springora se déclare également choquée qu’il ait déclaré dans son discours de réception du Prix Renaudot 2013 être récompensé ainsi de toute son œuvre et non seulement pour le livre primé. Les 20 000 exemplaires mis en place le 2 janvier sont quasiment écoulés en quatre jours. Le Monde décrit « un vrai tsunami » dans le monde de l’édition, où les opinions sur elle s’inversent en une semaine.

Avant même la publication du roman autobiographique, plusieurs articles critiquent les soutiens dont a bénéficié Gabriel Matzneff pendant des années au sein des médias et du monde des lettres.

Partant du principe que cette relation avait été, selon lui, consentie et épanouissante des deux côtés, Gabriel Matzneff fait part de « la tristesse » que lui inspire un ouvrage qu’il ne lira pas car selon lui « hostile, méchant, dénigrant, destiné à [lui] nuire, un triste mixte de réquisitoire de procureur et de diagnostic concocté dans le cabinet d’un psychanalyste ». Le 2 janvier, il fait parvenir une longue réaction à L’Express, dans laquelle, note l’hebdomadaire, l’écrivain ne fait aucun mea culpa ni ne demande le pardon, mais livre le récit de sa liaison avec la jeune fille. Dans une chronique du 14 mars 2009 sur le site qui lui est consacré, il écrivait : « Que des ex-amantes telles que Vanessa et Aouatife, qui n’ont plus de passion pour moi, qui renient celui qui fut le grand amour de leur adolescence, qui mènent à présent des existences bourgeoises et ont soif de respectabilité, payent des avocats pour écrire à mes éditeurs des lettres menaçantes, c’est dégueulasse, indigne d’elles et de ce que nous avons vécu, c’est triste et décevant, mais vu le peu de goût qu’ont les femmes pour leur passé amoureux, vu que leur rêve secret est d’être lobotomisées, c’est, hélas, explicable et plutôt banal. »

Le témoignage de Vanessa Springora, paru le 2 janvier 2020, décrit au contraire des violences sexuelles qui furent suivies, après la rupture de leurs relations, d’un harcèlement subi par la jeune fille encore lycéenne, sous forme de lettres puis de courriers électroniques à son premier employeur . Vanessa Springora positionne sa problématique ainsi : « Comment admettre qu’on a été abusé, quand on ne peut nier avoir été consentant ? Quand on a ressenti du désir pour cet adulte qui s’est empressé d’en profiter ? » Elle y répond ainsi : « Ce n’est pas mon attirance à moi qu’il fallait interroger, mais la sienne. » Vanessa Springora dénonce un dysfonctionnement des institutions, scolaire, policière, hospitalière, etc. La Brigade des mineurs avaient reçu des lettres de dénonciation, mais n’avait pas inquiété l’écrivain. Vanessa Springora raconte que deux policiers de la Brigade des mineurs l’ont croisée elle et l’écrivain dans son escalier, mais sont repartis après un échange courtois avec lui, sans un regard pour elle. Elle dit que cela a été un « bouleversement total » lorsqu’elle a pris connaissance des journaux intimes de l’écrivain : « J’ai pris conscience que la personne dont j’étais amoureuse était malade, pathologiquement malade. ». Elle déclare : « Une histoire d’amour entre une jeune fille de 14 ans et un homme de 50 ans, ça peut arriver, pourquoi pas. Le problème, c’est le caractère systématique et pathologique de son attirance pour les adolescents. Et le mal qu’il fait. ».

Ce témoignage déclenche des réactions d’intellectuels ayant croisé l’écrivain. La bienveillance dont il a bénéficié dans les années 1980 « n’est en rien le reflet d’une société et des années », souligne le 1er janvier 2020 Sylvie Brunel, qui préparait dans les années 1980 l’agrégation de géographie. Dans une tribune au Monde, l’écrivaine fustige, « ceux qui réécrivent l’histoire » peu après la parution d’une réaction de Bernard Pivot où celui-ci s’expliquait sur le fait que Gabriel Matzneff eût été invité six fois dans son émission Apostrophes. « Laisser penser que les années 1980 étaient celles de l’acceptation de la pédophilie serait un mensonge. Les jeunes que nous étions alors ressentions ces écrits et ces paroles comme d’insupportables offenses », rappelle-t-elle. Bernard Pivot avait estimé quatre jours avant que « la littérature passait avant la morale » dans les années 1970 et 1980, alors que « la morale passe avant la littérature » aujourd’hui, pour conclure : « Moralement, c’est un progrès ». La vidéo de l’émission Apostrophes de 1990 est vue deux millions de fois sur Internet au début de l’année 2019. L’alibi des années 1970 et 1980, utilisé en 2001 avec succès par Daniel Cohn-Bendit, ne réussit plus à Bernard Pivot, la numérisation progressive des archives de la télévision et des grands journaux au xxie siècle ayant entre-temps permis au grand public des vérifications rapides amenant à relativiser cet argument.

Les minimisations des « amours adolescentes » de Gabriel Matzneff ne « prennent plus auprès d’un public qui fouille et déterre les textes, pour les amener sous la lumière crue », observe le quotidien 20 Minutes, pour qui la « popularisation du web et des réseaux sociaux » a contribué au « consensus autour de la question de la pédophilie ». Au lendemain des articles annonçant le témoignage de Vanessa Springora, le journal exhume un extrait d’Un galop d’enfer, journal de Gabriel Matzneff sur ses années 1977-1978, publié en 1985, dans lequel l’écrivain raconte qu’il lui arrivait d’avoir « jusqu’à quatre gamins — âgés de 8 à 14 ans — dans [s]on lit en même temps, et de [s]e livrer avec eux aux ébats les plus exquis, tandis qu’à la porte d’autres gosses, impatients de se joindre à [eux] ou de prendre la place de leurs camarades, font « toc-toc » ».

Le 3 janvier 2020, le parquet de Paris ouvre une enquête contre Gabriel Matzneff pour « viols commis sur mineur de 15 ans ». Le 8 janvier, L’Ange bleu, association de prévention contre la pédophilie, annonce l’attaquer en justice « pour provocation à commettre des atteintes sexuelles et des viols sur mineurs ainsi que pour apologie de crime ». Le même mois, quatre éditeurs, Gallimard, La Table ronde, Léo Scheer, puis Stock, annoncent qu’ils ne commercialiseront plus certains de ses livres, notamment les volumes de son journal intime (Carnets noirs) et Les Moins de seize ans.

Le 30 janvier 2020, Vanessa Springora déclare que son audition la veille dans cette affaire n’aura pour elle « qu’une portée symbolique », mais salue une enquête judiciaire qui constitue « un message fort pour les potentielles autres victimes » La veille, dans deux entretiens qu’il a accordés à BFM TV à condition que son visage ne fût pas filmé, Gabriel Matzneff a déclaré « regretter » ses pratiques pédophiles du passé, aux Philippines, en disant : « Un touriste, un étranger, ne doit pas se comporter comme ça »

 

Œuvres

Journaux intimes

Le titre originel de la série, jusqu’en 2009, était « Journal », aussi bien aux éditions de la Table ronde, de 1976 à 1991, qu’aux éditions Gallimard, de 1990 à 2007. Selon le catalogue général de la Bibliothèque nationale de France, à partir de 2009, avec la publication aux éditions Léo Scheer, un nouveau titre d’ensemble aurait été adopté : « Carnets noirs ».

 

« Carnets noirs

Cette camisole de flammes : 1953-1962, Éditions de la Table ronde, 1976, 262 p.

L’Archange aux pieds fourchus : 1963-1964, éditions de la Table ronde, 1982, 233 p.

Vénus et Junon : 1965-1969, éditions de la Table ronde, 1979, 307 p

Élie et Phaéton : 1970-1973, éditions de la Table ronde, 1991, 386 p.

La Passion Francesca : 1974-1976, éditions Gallimard, coll. « L’infini », 1998, 339 p.

 Un galop d’enfer : 1977-1978, éditions de la Table ronde, 1985, 294 p.

Les Soleils révolus : 1979-1982, éditions Gallimard, coll. « L’infini », 2001, 544 p. (

Mes amours décomposés : 1983-1984, éditions Gallimard, coll. « L’infini », 1990, 381 p.

Calamity Gab : janvier 1985 – avril 1986, éditions Gallimard, coll. « L’infini », 2004, 361 p.

La Prunelle de mes yeux : 1986-1987, éditions Gallimard, coll. « L’infini », 1993, 337 p.

Les Demoiselles du Taranne : journal 1988, éditions Gallimard, coll. « L’infini », 2007, 396 p.

Carnets noirs 2007-2008, Éditions Léo Scheer, 2009, 512 p.

 

Journal

Mais la musique soudain s’est tue : Journal 2009-2013, éditions Gallimard, coll. « Blanche », Paris, 2015, 528 p. ().

La Jeune Moabite : Journal 2013-2016, éditions Gallimard, coll. « Blanche », Paris, 2017, 702 p. (

L’Amante de l’Arsenal : Journal 2016-2018, éditions Gallimard, coll. « Blanche », Paris, 2019, 432 p. .

 Romans

Gabriel Matzneff est l’auteur de plusieurs romans ayant le même héros, Nil Kolytcheff. Ce sont : Isaïe réjouis-toiIvre du vin perduHarrison PlazaMamma, li Turchi!Voici venir le fiancéLa Lettre au capitaine Brunner.

L’Archimandrite, éditions de la Table ronde, Paris, 1966, 222 p.  (réimpression 2005) (

Nous n’irons plus au Luxembourg, éditions de la Table ronde, Paris, 1972 (première édition), 245 p.

Isaïe réjouis-toi, éditions de la Table ronde, Paris, 1974, 251 p.

Ivre du vin perdu, éditions de la Table ronde, Paris, 1981, 323 p.

Harrison Plaza, éditions de la Table ronde, Paris, 1988, 235 p.

Les Lèvres menteuses, éditions de la Table ronde, Paris, 1992, 207 p. (Les Aventures de Nil Kolytcheff, éditions Jean-Claude Lattès, coll. « Les romanesques », Paris, 1994, 805 p. ) — Regroupe les romans : Isaïe réjouis-toiIvre du vin perdu et Harrison Plaza

Mamma, li Turchi!, éditions de la Table ronde, Paris, 2000, 271 p.

Voici venir le fiancé, éditions de la Table ronde, Paris, 2006, 313 p. ()

Les Émiles de Gab la Rafale, roman électronique, Paris, Éditions Léo Scheer, 2010

La Lettre au capitaine Brunner, la Table Ronde, Paris, 2015, 208 p.

 Essais

Le Défi, éditions de la Table ronde, Paris, 1965. Nouvelle édition, revue et augmentée, éditions de la Table ronde, Paris, 1977, 207 p.

La Caracole, éditions de la Table ronde, Paris, 1969

Les Moins de seize ans, éditions Julliard, coll. « Idée fixe », Paris, 1974 (première édition), 125 p.

Les Passions schismatiques, éditions Stock, coll. « Le Monde ouvert », Paris, 1977, 160 p.

La Diététique de lord Byron, éditions de la Table ronde, Paris, 1984, 215 p.

Le Sabre de Didi : pamphlet, éditions de la Table ronde, Paris, 1986, 266 p. . — Édition revue et augmentée de La Caracole. — Recueil de textes de diverses provenances, parus entre 1963 et 1986

Le Taureau de Phalaris : dictionnaire philosophique, éditions de la Table ronde, Paris, 1987, 300 p.. Réédition en 1994 en coll. « La Petite Vermillon »

Maîtres et complices, éditions Jean-Claude Lattès, Paris, 1994, 313 p. (. — Réédition : coll. « La Petite Vermillon »

Le Dîner des mousquetaires, éditions de la Table ronde, Paris, 1995, 408 p. . — Recueil d’articles de diverses provenances, parus entre 1961 et 1993

De la rupture, éditions Payot & Rivages, coll. « Manuels Payot », Paris, 1997, 167 p. (

C’est la gloire, Pierre-François !, éditions de la Table ronde, Paris, 2002, 284 p. . — Recueil de textes, de provenances diverses, parus entre 1962 et 2001

Yogourt et yoga, éditions de la Table ronde, coll. « Vermillon », Paris, 2004, 267 p— Recueil de textes, de provenances diverses, parus entre 1962 et 2003

Vous avez dit métèque ?, éditions de la Table ronde, Paris, 2008, 415 p. . — Recueil de 107 chroniques publiées entre 1958 et 2007

La Séquence de l’énergumène, éditions Léo Sheer, 2012, 340 p.  – Chroniques sur les émissions de télévision des années 1960

Séraphin c’est la fin !, Paris, La Table Ronde, 2013, 266 p.  qui obtient le prix Renaudot de l’essai 2013

Un diable dans le bénitier, Éditions Stock, Paris, 2017, 380 p. (

 

Récits

Le Carnet arabe, éditions de la Table ronde, Paris, 1971, 231 p. . — Réédition : coll. « La Petite Vermillon »

Comme le feu mêlé d’aromates : récit, éditions de la Table ronde, Paris, 1989, 176 p.

Boulevard Saint-Germain, éditions du Rocher, coll. « La fantaisie du voyageur », Monaco et Paris, 1998, 194 p.

Monsieur le comte monte en ballon, Paris, Éditions Léo Scheer, 2012, 72 p.

 

Poèmes

Le no 37 de la revue Recherches, alors dirigée par Félix Guattari, contient un poème de Gabriel Matzneff dans son dossier Fous d’enfance : qui a peur des pédophiles ? (autres contributeurs : Luc Rosenzweig, Gilbert Villerot, Jean-Luc Hennig, René Schérer, Bernard Faucon, Guy Hocquenghem…), Éditions Recherches, 1979.

Douze poèmes pour Francesca, éditions A. Eibel, coll. « Lettres » no 5, Lausanne, 1977, 41 p.

 Super Flumina Babylonis : poèmes, éditions de la Table ronde, Paris, 2000, 97 p.

 

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ECRIVAIN FRANÇAIS, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, MARCEL PROUST (1871-1922)

Comprendre l’oeuvre de Marcel Proust

Deux livres pour comprendre l’œuvre de Marcel Proust

Un recueil de nouvelles inédites de Marcel Proust et un livre de Jean-Yves Tadié apportent un éclairage au reste de son œuvre.

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Illustrations extraites de l’album à la recherche du temps perdu, 7e tome.STÉPHANE HUET/DELCOURT

 

  • Le mystérieux correspondant et autres nouvelles inédites, de Marcel Proust, Textes transcrits, annotés et présentés par Luc Fraisse, Éditions de Fallois, 174 p., 18,50 €
  • Marcel Proust – Croquis d’une épopée, de Jean-Yves Tadié, Gallimard, 372 p., 22 €

En 1919, le Goncourt était attribué à Marcel Proust pour son second roman À l’ombre des jeunes filles en fleur. Dans la multitude des livres publiés à l’occasion de cet anniversaire, deux ouvrages nous conduisent au plus près de ce que l’on tente indéfiniment de cerner : le cœur de La Recherche et son mystère.

Le premier rassemble des nouvelles inédites (à l’exception d’une) de Proust, contemporaines des Plaisirs et les Jours (1890), qu’il avait écartées de la publication. Comme Jean Santeuil et Contre Sainte-Beuve, ces nouvelles ont été retrouvées par Bernard de Fallois qui, le premier, à l’aube des années cinquante, refusant la légende d’un Proust uniquement mondain avant La Recherche, a ouvert les «corridors secrets» menant à son immense construction.

Les interrogations et hésitations de Françoise

Ces nouvelles que Proust voulait sans doute garder secrètes sont également centrées sur un secret : l’homosexualité. Impossible aveu d’un personnage à un autre, mais aussi d’un personnage à lui-même, et du narrateur au lecteur. Dans la nouvelle éponyme, construite sous la forme d’une énigme, l’héroïne, Françoise, se désole de voir Christiane, son amie, dépérir d’une maladie de langueur et reçoit en même temps des lettres passionnées d’un mystérieux correspondant lui disant qu’il se meurt d’amour pour elle.

Nourrie d’attente et de curiosité, la narration l’est aussi des interrogations et hésitations de Françoise, entre le prêtre qui la menace de la damnation éternelle si elle accepte – pour le sauver – l’amour du correspondant et le médecin qui prédit que Christiane va mourir, à moins de se marier ou de prendre un amant.

Le souvenir d’un visage

Aucun des trois n’a éclairci l’énigme, qui n’en est pas une. Et dans ces nouvelles on trouve, mêlées à ce que les personnages et l’auteur veulent cacher, des esquisses du «carnet de croquis», du «grimoire compliqué et fleuri» que le narrateur a dessinés à son insu et qu’il déchiffre en lui à la fin du Temps retrouvé.

Tout en retrouvant les situations, les figures de la nouvelle classique – le hasard d’une rencontre, une visite à une vieille amie, le secret caché dans une boîte – le lecteur voit apparaître en filigrane des images, des situations obsessionnelles qui deviendront plus tard récurrentes – l’angoisse à l’entrée d’un salon où personne ne connaît l’être aimé, le garçonnet qui pleure les jours de pluie parce qu’il ne peut retrouver aux Champs-Élysées la petite fille qui un jour le battra, la fascination pour le souvenir d’un visage dont les traits restent flous dans la mémoire…

Charlus, le double du narrateur

Dans C’est ainsi qu’il avait aimé, le retour sur la souffrance amoureuse, les progrès de l’oubli, le temps destructeur sont emportés dans le mouvement, le rythme de la phrase qui préfigure la fin d’Un amour de Swann. Dans ces nouvelles, Dieu est souvent présent : l’héroïne de Pauline de S., proche de la mort, ne veut pas s’y préparer, le narrateur anonyme d’Après la 8Symphonie de Beethoven, voulant atteindre « ces réalités invisibles qui sont le rêve de notre vie», déclare : « Il y a pourtant un royaume de ce monde où Dieu a voulu que la Grâce pût tenir les promesses qu’elle nous faisait…» Un peu effacée dans la Recherche, cette présence n’a pas disparu.

Le personnage le plus fascinant de l’œuvre, c’est Charlus, double du narrateur qui compare sa foi à celle des hommes du Moyen Âge. Athée, Proust ? Plutôt agnostique. Éprouvant la nostalgie de la foi.

L’histoire d’une vocation

Dans une lettre à une voisine (1) à propos d’un ami commun proche de la mort qui trouve des consolations dans la foi, il écrit : « Une chose que je vous dis en confidence car c’est un sujet délicat mais qui me rend très heureux parce que je crois que cela peut être pour lui une grande consolation: je veux dire un éveil de vie profondément religieuse, une foi ardente et profonde.»

 Cette phrase, Jean-Yves Tadié, le plus grand des proustiens vivants, l’a retenue. Après avoir exploré dans de très nombreux ouvrages l’univers du romancier, Tadié en regroupe dans Croquis d’une épopée des thèmes, des figures, des épisodes, à travers des constellations de signes et des « détails révélateurs ».

Et dans Jean Santeuil, dont il regrette que les proustiens le lisent peu et qui pour lui est une « autoanalyse » du jeune Proust, il repère les germes, les textes qui ont nourri sa technique narrative – Georges Eliot, Balzac, Flaubert – les processus de création romanesque et l’intuition de ce qui sera le thème essentiel de La Recherche: l’histoire d’une vocation.

(1) Lettres à sa voisine (Gallimard, dans La Croix du 17 octobre 2013)

https://www.la-croix.com/Culture/Livres-et-idees/Deux-livres-comprendre-loeuvre-Marcel-Proust-2019-11-06-1201058862

 

Marcel Proust (1871-1922)

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Valentin Louis Georges Eugène Marcel Proust est un auteur français qui a marqué le XXe siècle et la littérature mondiale par son œuvre éblouissante.

Issu d’un milieu bourgeois, cultivé et marqué par un entourage féminin, le jeune Marcel est de santé fragile ; il aura toute sa vie de graves difficultés respiratoires causées par l’asthme.

Il fait d’abord des études de droit, puis de lettres, pour finir par intégrer le milieu artistique et mondain de Paris, ce qui lui vaut une réputation de dilettante mondain.
Il commence une carrière de journaliste-chroniqueur, travaillant aussi à un roman qui semble ne jamais pouvoir s’achever (« Jean Santeuil »).
En 1900, il voyage à Venise et à Padoue pour découvrir les œuvres d’art en suivant les pas de John Ruskin sur lequel il publie des articles et dont il traduit sans succès certains ouvrages.

La mort de sa mère déstabilise encore sa personnalité sensible et inquiète. Son activité littéraire devient plus intense, et c’est en 1907 que Marcel Proust commence l’écriture de son grand œuvre « À la recherche du temps perdu« , dans la solitude de sa chambre aseptisée. Il écrit l’un des romans occidentaux les plus achevés, dont les sept tomes sont publiés entre 1913 et 1927, c’est-à-dire en partie après sa mort.

Il s’insurge contre la méthode critique de Sainte-Beuve, alors très en vogue, selon laquelle l’œuvre d’un écrivain serait avant tout le reflet de sa vie et ne pourrait s’expliquer que par elle.
Tandis que la première partie, « Du côté de chez Swann« , passe inaperçue, « A l’ombre des jeunes filles en fleurs« , le deuxième volet de la « Recherche » reçoit en 1919 le prix Goncourt.

Dans l’ensemble de son œuvre, Proust questionne les rapports entre temps, mémoire et écriture. Connu pour la longueur de ses phrases parsemées de relatives au rythme dit « asthmatique », Marcel Proust reste une référence et un monument incontestable de la littérature française. Dans la « Recherche du Temps Perdu« , il réalisa une réflexion sur le sens de l’art et de la littérature, sur l’existence même du temps, sur sa relativité et sur l’incapacité à le saisir au présent.

Ses amis et relations utilisaient, pour qualifier sa manière d’écrire, le verbe « proustifier » .
Il meurt, épuisé, emporté par une bronchite mal soignée.

 

 

EMMANUEL ROBLES (1914-1995), LE VESUVE, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS

Le Vésuve, roman d’Emmanuel Roblès

Le Vésuve

Emmanuel Roblès

Paris, Le Seuil, 1961.

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A Naples, au début de 1944, Serge Longereau, officier du Corps expéditionnaire français en Italie, bénéficie d’une permission de convalescence. Il s’éprend d’une jeune fille italienne qui longtemps lui résiste puis devient sa maîtresse. Or, cette Sylvia si réservée se révèle passionnée, éprise de bonheur absolu. Elle s’enferme aveuglément dans cet amour qui efface à ses yeux la ville affamée, terrorisée par les bombardements, le front tout proche, Cassino où se succèdent des batailles meurtrières, la terre entière livrée à la violence et au malheur. Quelques jours avant le départ de son amant pour les premières lignes, elle l’incite à déserter. Cependant, les laves ardentes vont s’éteindre, ne laisser que scories et cendres. C’est qu’à travers Serge et Sylvia, deux conceptions de la vie et du bonheur s’opposent et se détruisent.

 

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« On sait gré à Roblès de croire, finalement, à une victoire possible pour ceux qui, quoi qu’il advienne, se refusent à toute tricherie et à toute ruse et savent, cependant, se reconnaître entre eux. L’espoir vient de cette foi même, de cette part inaliénable qu’il faut préserver et qui reste susceptible de vaincre tant de conjurations monstrueuses. »

G.-A. Astre, France-Observateur

FETE DE LA TOUSSAINT, LITTERATURE FRANÇAISE, PAUL VERLAINE, POEME, POEMES, POETE FRANÇAIS, TOUSSAINT

Toussaint : poème de Paul Verlaine

Toussaint

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Ces vrais vivants qui sont les saints,
Et les vrais morts qui seront nous,
C’est notre double fête à tous,
Comme la fleur de nos desseins,

Comme le drapeau symbolique
Que l’ouvrier plante gaîment
Au faite neuf du bâtiment,
Mais, au lieu de pierre et de brique,

C’est de notre chair qu’il s’agit,
Et de notre âme en ce nôtre œuvre
Qui, narguant la vieille couleuvre,
A force de travaux surgit.

Notre âme et notre chair domptées
Par la truelle et le ciment
Du patient renoncement
Et des heures dûment comptées.

Mais il est des âmes encor,
Il est des chairs encore comme
En chantier, qu’à tort on dénomme
Les morts, puisqu’ils vivent, trésor

Au repos, mais que nos prières
Seulement peuvent monnayer
Pour, l’architecte, l’employer
Aux grandes dépenses dernières.

Prions, entre les morts, pour maints
De la terre et du Purgatoire,
Prions de façon méritoire
Ceux de là-haut qui sont les saints.

 

Poète : Paul Verlaine (1844-1896)

Recueil : Liturgies intimes (1892).

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Paul Verlaine (1844-1896)

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Paul Marie Verlaine est un poète français.

Fils d’un officier napoléonien, Paul Verlaine fait ses études à Paris au lycée Bonaparte. Il travaille ensuite à l’hôtel de ville de la capitale. Ne pouvant supporter cet emploi médiocre, il fréquente les cafés et leurs poètes et commence à boire.

Ce rapport catastrophique à l’alcool est générateur de violence. Tout au long de sa vie, il est sujet, en état d’ivresse, à de très graves colères qui lui font commettre des actes brutaux.

Cette compagnie l’incite à rédiger ses premiers poèmes, empreints de mélancolie, où se mêlent préciosité et personnages de la commedia dell’arte (« Fêtes galantes » 1869) ainsi que son admiration pour Baudelaire (« Poèmes saturniens » 1866 à 22 ans) . En 1870, il fait la connaissance de Mathilde Mauté, qu’il épouse. Il écrit pour elle le recueil « La Bonne Chanson ».

En 1871, il rencontre Arthur Rimbaud pour lequel il sacrifie son couple et s’enfuit en Angleterre. A l’issue d’une dispute entre eux, il blesse à coups de pistolet le jeune poète. Condamné pour homosexualité, Verlaine est emprisonné pendant deux ans et c’est à cette époque qu’il rédige l’essentiel des recueils « Romance sans paroles » (1874) et « Sagesse » (1881). De retour à Paris, il sombre à nouveau dans l’alcoolisme. En 1884, paraît son recueil « Jadis et naguère » qui reprend des poèmes écrits une décennie plus tôt et que couronne Art poétique. La mort de sa mère en 1886, le condamne à la misère, malgré l’admiration des symbolistes.

Paul Verlaine est avant tout le poète des clairs-obscurs. L’emploi de rythmes impairs, d’assonances, de paysages en demi-teintes le confirment, rapprochant même, par exemple, l’univers des Romances sans paroles des plus belles réussites impressionnistes. Il s’ingénie à introduire le maximum de variété dans le rythme, initiant par là l’avènement du vers libre.

C’est lui qui a lancé la notion de « poètes maudits».

ECRIVAIN FRANÇAIS, EMMANUEL ROBLES (1914-1995), LA CROISERE, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

La croisère, Emmanuel Roblès

La croisère

Emmanuel Roblès

Paris, Le Seuil, 1968. 159 pages.

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Résumé :

Si Georges Maurer participe à cette longue croisière en Méditer-ranée à bord d’un yacht de luxe, c’est occasionnellement (il se trouvait sans travail) et en qualité de guide-interprète pour une agence de voyages.

Avec certains passagers, tout de suite ses rapports s’altèrent, mais en définitive ce qui compte à ses yeux, ce sont les liens qui l’unissent à ses camarades de l’équipage. Or, la force et la profondeur de ces liens se vérifieront à l’heure où, en pleine mer, une circonstance exceptionnelle créera un dramatique conflit entre les uns et les autres.

Ainsi, aux deux rendez-vous qui, pour Georges, étaient possibles à la prochaine escale de Palerme, soit avec Madeleine soit avec Marie-Louise, l’une des passagères, un troisième se substituera, que personne n’avait prévu. Mais ce troisième rendez-vous justifiera pour Georges son aspiration constante à demeurer, selon le vœu de Miguel de Unamuno : « rien qu’un homme mais tout un homme ».

Cette belle histoire de mer, ce carrefour de passions triomphantes, Emmanuel Roblès les montre avec une vérité qui n’exclut pas un appel au fantastique. Ainsi, La Croisière vient se placer tout naturellement dans la lignée des romans les plus romanesques d’aujourd’hui.

Source : Le Livre de Poche, LGF

Analyse du roman

Il y a dans cette histoire romanesque quelques éléments autobiographiques concernant l’auteur : « La guerre a perturbé mes études et mes projets » écrit Georges Maurer le héros de ce roman , pour Roblès, la guerre coupe court à ses études (licence d’espagnol) , Georges trouve un travail d’interprète comme le fut Roblès dans l’armée, pendant la Seconde guerre mondiale, … Des allusions aussi à l’Algérie, à Oran, sa ville natale, à une épidémie meurtrière qui sévit sur un paquebot, anecdote relatée par le commandant du bateau, Manuel, le père d’Emmanuel, mourut du typhus avant sa naissance, son épouse, Paulette fut, atteinte par cette même infection, en 1941, ces tristes souvenirs seront confiés à Camus qui s’en servit, très vraisemblablement pour enrichir La Peste, et puis ces rats qui pullulent à la fin du récit…
Georges Maurer sans travail , accepte la proposition d’une agence de voyage pour servir d’interprète à bord d’un yacht de luxe le Saint-Florent dans lequel ont embarqué deux riches couples , Marie-Louise et Michel Jonnard et Gerda et Erich Hartman (un couple allemand et un couple français que les affaires rapprochent au lendemain de la Guerre 39-45), une croisière en Méditerranée qui tient à la fois de voyage d’affaire et d’agrément de Cannes à Palerme en passant par  Monaco, San Remo, Gênes, Rome…
Au fur et à mesure des jours, le climat se tend… Le bateau doit accoster à Palerme, mais une tragédie survient en toute fin du voyage pour clore un récit qui est lent à se mettre en en place et le drame  qui se dévoile en fin du roman bouleverse la  vie de chacun des personnages et révéler leur vrai visage et les valeurs qui les animent.

C’est un ouvrage en forme d’appel pour réconcilier l’homme et ses semblables. La Croisère  illustre cette préoccupation de l’auteur où le personnage principal, dans une situation intensément dramatique parce qu’il la vit dans sa propre chair pour l’avoir épargnée à des camarades déshérités, pris d’hallucination et de délire lance «des paroles chargées d’un invincible espoir, d’une conviction passionnée!… «Dieu que j’ai soif!» dans une ivresse de fraternité, une ardeur de vivre, radieuse, flamboyante comme un soleil!»
Ces propos rappellent ceux déjà rencontrés dans d’autres romans d’Emmanuel Roblès : Les Hauteurs de la Ville, Cela s’appelle l’aurore, Monserrat.. Et c’est ce qu’on retrouve avec plus de clarté et moins d’artificialisme romanesque chez Georges Maurer.
«La Croisière», c’est donc l’histoire précisément d’un destin, celui de Georges Maurer qui se définit comme ceci dans une lettre à son ami Serge personnage déjà présent dans un autre roman «Le Vésuve» : «J’ai déjà abandonné plusieurs places. J’ai passé beaucoup de temps à cultiver en moi l’individu jusqu’à ce point extrême de ma jeunesse où la guerre m’a pris pendant trois ans. Je suis non à la recherche d’une autre guerre, mais d’une chaleur qui me manque… Comme toi je suis sorti de la guerre pour retourner à un monde où l’argent domine… Sache que j’ai rencontré une jeune personne du nom de Madeleine… Nous avons fait ensemble plusieurs sorties et juste avant de partir j’ai découvert que près d’elle tout semblait simple et beau comme une feuille d’arbre ou comme une plume d’oiseau». Voici un thème que Roblès aurait pu continuer avec cette poésie de tendresse et de vérité que nous avons aimée, par exemple, dans «La Vérité est morte» et dans «Montserrat». Ici, dans «La Croisière», il y a un humanisme viril à la limite des séquelles de la guerre contre les nazis.
Dans une série de P.S. de la même lettre, Georges Maurer se précise: «Tu crois que je souffre plus que bien d’autres de voir tourner le monde sans qu’il soit possible enfin de l’arrêter. Ce n’est pas ça, vieux. Je crois que je ne souffre même pas de mon incapacité à comprendre pourquoi il tourne. Je souffre en vérité de ne pas savoir du tout ce que j’y fais, moi. Georges Maurer, ancien étudiant, ancien manœuvre  d’usine, ancien pompiste, ancien veilleur de nuit, ancien secrétaire d’un agent théâtral merveilleusement filou et déjà ancien guide-interprète avant même d’avoir commencé, tant j’ai peu de vocation depuis la guerre pour garder prise sur l’avenir.» Dans le dernier P.S., il souligne: «Nous avons tué Dieu et nous voilà tous orphelins.»

ECRIVAIN FRANÇAIS, EMMANUEL ROBLES (1914-1995), LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS, SUR LES HAUTEURS DE LA VILLE

Sur les hauteurs de la ville : un roman d’Emmanuel Roblès

Sur les hauteurs de la ville

Emmanuel Roblès

Paris, Le Livre de Poche 1960.

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Résumé

L’histoire débute par l’arrestation, pour acte de résistance, de Smaïl un jeune algérien pour dénoncer l’envoi en Allemagne de travailleurs au nom de l’opération Todt (organisation chargée de recruteur de jeunes français pour travailler au service de l’Allemagne pendant la Guerre de 1939-1945). Humilié par un certain Almaro, le colon français qui collabore avec les Allemands, le  jeune homme n’aura de cesse de se venger

 

Le sentiment d’humiliation et de désespoir qu’il ressent face à cette arrestation va faire naître en lui de la haine. La vengeance devient alors son leitmotiv, voire une raison d’être contre laquelle même l’amour ne peut rien.

A travers ce roman et son protagoniste, Emmanuel Roblès met en exergue le désarroi qui tourmente les jeunes Algériens dans les années 1946, le début de cette résistance contre le colonialisme…

 

 

Ce qu’en disait l’auteur lui-même en préfaçant son livre :

 

 » À l’époque où il fut écrit, c’est-à-dire dans les années 1946-47, ce récit avait le dessein de témoigner sur un aspect du désarroi qui tourmentait alors de jeunes Algériens. Il voulait également illistrer certaines aspirations, nées avec plus ou moins d’élan et de clarté, au feu des évènements qui transformaient le monde. Comment, en particulier, ne pas reconnaître que pour beaucoup de ces jeunes hommes, l’exemple de la Résistance française a été décisif ?

En mai 1945, je me trouvais du côté de Stuggart lorsque me parvinrent les premières rumeurs de la révolte algérienne dans le Constantinois. Un immense incendie s’éteignait à peine en Europe. Un autre s’allumait dans mon propre pays de l’autre côté de la mer. S’il n »était pas de même proportion, ses flammes en avaient déjà le même rougeoiement de malheur.

A mon retour en Algérie, l’année suivant, ce que j’ai constaté là-bas m’a fait vivre dans la certitude que le brasier noyé un peu plus tôt dans le sang de milliers de victimes reprendrait plus dévorant. On tue les hommes, on ne tue pas l’idée pour laquelle ils acceptent de mourir, chacun de nous le sait

Aux jeunes Algériens, l’avenir n’offrait aucun espoir. L’esprit comme les structures mêmes du régime colonial, les destinaient à buter contre un mur, sans la moindre possibilité de percée, d’ouverture sur un monde plis équitable. Une découverte de ce genre conduit déjà, presque à coup sûr, à la violence. Mais elle s’est complétée, pour les meilleurs, d’une conscience précise des forces qui, au mépris de toute justice, maintenaient ce mur.

Six ans à peine après la publication des Hauteurs de la ville, l’Algérie prenait son visage de guerre. Par milliers, des Smaïl, décidés à conquérir leur dignité, ont surgi du fond de leur nuit, la torche au poing.

À leur cri ont répondu, dans l’autre camp, des Montserrat qui, pour avoir douté de la légitimité du combat dans lequel la France les engageait, expient dans les prisons de Casabianda ou de Constantine.

Qu’on me croie, je ne cite pas mes personnages par complaisance tant je suis convaincu que tout écrivain, pour peu qu’il nourrisse sa création de vérité humaine, sait qu’il rencontrera tôt ou tard, à certains tournants de la vie, ses propres créatures, celles de « chair et d’os » dont se préoccupait Unamuo et qui « pèsent sur la terre ».

Mais si j’ai réunit ici, Smaïl et Monserrat, c’est qu’ils sont à mes yeux, sortis tout  brûlants d’un unique foyer : celui où la conscience de l’homme forge sa résistance à la plus grande défaite qui la menace qui est sa négation même.

 

Emmanuel Roblès ‘juillet 1960

CELA S'APPELLE L'AURORE, ECRIVAIN FRANÇAIS, EMMANUEL ROBLES (1914-1995), LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

Cela s’appelle l’aurore : un roman d’Emmanuel Roblès

Cela s’appelle l’aurore

 Emmanuel Roblès 

Paris, Cercle du bibliophile de Paris, 1964. 256 pages.

 

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Description du produit

Emmanuel Roblès Cela sappelle l’aurore Le Club du Bibliophile 1964–Luigi Valorio n’est pas le premier à se prendre au piège d’un joli minois masquant un coeur sec d’enfant gâtée ni à s’attacher à une autre répondant mieux à ses aspirations quand il s’aperçoit de son erreur. Il ne serait pas le premier à vivre entre deux femmes, mais le pourra-t-il ? Cette question l’obsède en relisant les lettres où sa jeune épouse Angola annonce son retour. Angola ne s’est jamais plu à Salina, en Sardaigne, où son mari est médecin. Elle ne rêve que de mener à Naples auprès de son père son existence mondaine de jeune fille – au point qu’elle a dépéri et que ‘Luigi l’a envoyée se soigner dans les Alpe s. Clara est alors entrée dans sa vie. S’en séparer ? Impensable. Et pourtant… Hantée par ce dilemme, presque en état second, il court d’un malade à l’autre. Sinon, il aurait ôté son arme à Sandro Galli qui menace de tuer son patron Gorzone si sa femme Magda meurt – ou mieux plaidé sa cause auprès de ce Gorzone, qui sait ? Magda meurt, Sandro tue Gorzone et se réfugie chez Luigi juste avant l’arrivée d’Angola. Les risques encourus sont énormes, mais c’est dans l’épreuve que se jugent les caractères ? et chacun aura donné sa mesure quand s’achève le beau roman d’Emmanuel Roblès.

 

Impressions de lecture

Luigi Valerio est médecin dans une petite ville perdue de Sardaigne et il soigne presque gratuitement ses clients qui sont tous d’un milieu pauvre comme Sandro ou Pietro. Mais s’il est apprécié de ses patients il est malheureux en ménage : quelques années auparavant, il a épousé Angela, fille d’un riche Napolitain, qui se révèle plutôt comme une femme enfant et qui s’ennuie terriblement dans cette île où elle ne trouve aucun divertissement ; alors tant son mari l’envoie en cure dans les Alpes. En son absence, il s’est épris de Clara, la jolie veuve habitant la maison voisine. Dans les bras de Clara, il découvre l’amour, un amour qui le réconforte au milieu des tracas que lui causent ses patients et qui se révèle bien plus que la tendre affection qu’il éprouve pour sa jeune épouse. Mais il doit faire face au retour de cette dernière qui se fait de plus en plus proche. Alors comment concilier le fait de devoir vivre entre deux femmes : sa femme et sa maitresse. C’est l’un des thèmes de ce roman qui ressemnble – mais qu’en apparence – à tant de roman d’amour.

Mais il y a bien plus et c’est ce qui fait tout l’intérêt de ce livre. Médecin, Valerio soigne Magda, la femme de son ami Sandro : il tente de la sauver mais il n’y parviendra pas. Magda meurt  et fou de douleur et de chagrin son mari abat le fort peu sympathique  Gorzone qui, dans sa grande jalousie (parce qu’il n’a pas pu obtenir la jolie et jeune Magda), n’a cessé de maltraiter le couple. Pour Valerio, lorsque Sandro vient se réfugier chez lui après le meurtre, la solution est vite trouver : il cachera Sandro car, depuis qu’il connait Clara, il sait jusqu’où peut aller l’amour et un amour peut pousser quelqu’un.
Que va-t-il advenir de tous ces secrets : la liaison avec Clara, Sandro caché dans l’ancienne chambre de bonne…? Qui sait quoi de tous ces secrets : la bonne ? l’inspecteur de police ? Les habitants du village ? Les découvrira-t-on?  Comment cela va-t-il finir pour tous les protagonistes du roman ?
Ainsi, Luigi Valerio se montre certes un homme infidèle envers sa femme, mais il y a sa soif d’absolu, sa volonté de vivre suivant ses valeurs et c’est tout cela qui le rend sympathique et que l’on arrive pas à lui en vouloir de tromper sa femme, de cacher un criminel dans sa maison sa volonté de vivre selon ses valeurs, suscite la sympathie et l’admiration. Il en est de même pour Sandro ou Pietro, deux hommes perdus
C’est le drame qui se joue dans ce livre qui rend cet ouvrage poignant et qui fait que l’on prend fait et cause pour les personnages. Même si l’histoire ne finit pas comme l’on souhaiterait malgré le triomphe de l’amour on se laisse emporter par ce petit livre haut en couleur.

®Claude-Marie T.

 

 

L’auteur : Emmanuel Roblès:

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Emmanuel Roblès est un écrivain français né à Oran (Algérie) en 1914 et décédé à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) en février 1995..

D’une famille ouvrière, il est reçu à l’Ecole Normale d’Alger.

Il obtient de faire son service militaire à Blida, puis à Alger où il se lie aux jeunes écrivains groupés autour du libraire-éditeur Edmond Charlot qui vient de publier « L’Envers et l’Endroit » d’Albert Camus.

Il s’inscrit à la Faculté des Lettres pour préparer une licence d’espagnol tout en collaborant à « l’Alger républicain » dont Albert Camus est rédacteur en chef et qui publiera « la Vallée du paradis« . Ce roman d’Emmanuel Robles (le second après l’Action) parut en feuilleton sous le pseudonyme d’Emmanuel Chênes.

La guerre oblige Emmanuel Robles à cesser ses études et il devient interprète auxiliaire de l’armée, puis officier-interprète jusqu’à ce que le général Bouscat, commandant l’air en Afrique du nord, le nomme correspondant de guerre en 1943. Cette période est pour lui très mouvementée et lui vaut, en particulier, les émotions fortes de plusieurs accidents d’avion.

Après la guerre il s’efforce de vivre de sa plume à Paris et collabore à divers quotidiens et hebdomadaires: Le Populaire, Gavroche, Combat, Aviation Française, etc. Repris pas la nostalgie d’Alger, il y retourne en 1947 et fonde une revue littéraire « Forge ».

Durant cette année 1947, et sous le coup de l’émotion soulevée par les évènements de mai 1945 en Algérie, il écrit « Les Hauteurs de la ville« , roman qui obtient le Prix Fémina l’année suivante. Il écrit également sa première pièce « Montserrat« .

Parallèlement à sa création littéraire, Robles voyage beaucoup. De son séjour au Mexique en 1954, il a rapporté le thème de son roman « Les Couteaux » et de son voyage au Japon en 1957, celui de son récit « L’homme d’Avril« .

Il se tournera ensuite vers le cinéma: il collaborera avec Luis Buñuel pour Cela s’appelle l’Aurore et Lucchino Visconti pour l’adaptation de l’Etranger de Camus ainsi que pour des dialogues et des adaptations télévisées.

Source : Wikipédia

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