ECRIVAIN FRANÇAIS, EMMANUEL ROBLES (1914-1995), LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS, SUR LES HAUTEURS DE LA VILLE

Sur les hauteurs de la ville : un roman d’Emmanuel Roblès

Sur les hauteurs de la ville

Emmanuel Roblès

Paris, Le Livre de Poche 1960.

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Résumé

L’histoire débute par l’arrestation, pour acte de résistance, de Smaïl un jeune algérien pour dénoncer l’envoi en Allemagne de travailleurs au nom de l’opération Todt (organisation chargée de recruteur de jeunes français pour travailler au service de l’Allemagne pendant la Guerre de 1939-1945). Humilié par un certain Almaro, le colon français qui collabore avec les Allemands, le  jeune homme n’aura de cesse de se venger

 

Le sentiment d’humiliation et de désespoir qu’il ressent face à cette arrestation va faire naître en lui de la haine. La vengeance devient alors son leitmotiv, voire une raison d’être contre laquelle même l’amour ne peut rien.

A travers ce roman et son protagoniste, Emmanuel Roblès met en exergue le désarroi qui tourmente les jeunes Algériens dans les années 1946, le début de cette résistance contre le colonialisme…

 

 

Ce qu’en disait l’auteur lui-même en préfaçant son livre :

 

 » À l’époque où il fut écrit, c’est-à-dire dans les années 1946-47, ce récit avait le dessein de témoigner sur un aspect du désarroi qui tourmentait alors de jeunes Algériens. Il voulait également illistrer certaines aspirations, nées avec plus ou moins d’élan et de clarté, au feu des évènements qui transformaient le monde. Comment, en particulier, ne pas reconnaître que pour beaucoup de ces jeunes hommes, l’exemple de la Résistance française a été décisif ?

En mai 1945, je me trouvais du côté de Stuggart lorsque me parvinrent les premières rumeurs de la révolte algérienne dans le Constantinois. Un immense incendie s’éteignait à peine en Europe. Un autre s’allumait dans mon propre pays de l’autre côté de la mer. S’il n »était pas de même proportion, ses flammes en avaient déjà le même rougeoiement de malheur.

A mon retour en Algérie, l’année suivant, ce que j’ai constaté là-bas m’a fait vivre dans la certitude que le brasier noyé un peu plus tôt dans le sang de milliers de victimes reprendrait plus dévorant. On tue les hommes, on ne tue pas l’idée pour laquelle ils acceptent de mourir, chacun de nous le sait

Aux jeunes Algériens, l’avenir n’offrait aucun espoir. L’esprit comme les structures mêmes du régime colonial, les destinaient à buter contre un mur, sans la moindre possibilité de percée, d’ouverture sur un monde plis équitable. Une découverte de ce genre conduit déjà, presque à coup sûr, à la violence. Mais elle s’est complétée, pour les meilleurs, d’une conscience précise des forces qui, au mépris de toute justice, maintenaient ce mur.

Six ans à peine après la publication des Hauteurs de la ville, l’Algérie prenait son visage de guerre. Par milliers, des Smaïl, décidés à conquérir leur dignité, ont surgi du fond de leur nuit, la torche au poing.

À leur cri ont répondu, dans l’autre camp, des Montserrat qui, pour avoir douté de la légitimité du combat dans lequel la France les engageait, expient dans les prisons de Casabianda ou de Constantine.

Qu’on me croie, je ne cite pas mes personnages par complaisance tant je suis convaincu que tout écrivain, pour peu qu’il nourrisse sa création de vérité humaine, sait qu’il rencontrera tôt ou tard, à certains tournants de la vie, ses propres créatures, celles de « chair et d’os » dont se préoccupait Unamuo et qui « pèsent sur la terre ».

Mais si j’ai réunit ici, Smaïl et Monserrat, c’est qu’ils sont à mes yeux, sortis tout  brûlants d’un unique foyer : celui où la conscience de l’homme forge sa résistance à la plus grande défaite qui la menace qui est sa négation même.

 

Emmanuel Roblès ‘juillet 1960

CELA S'APPELLE L'AURORE, ECRIVAIN FRANÇAIS, EMMANUEL ROBLES (1914-1995), LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

Cela s’appelle l’aurore : un roman d’Emmanuel Roblès

Cela s’appelle l’aurore

 Emmanuel Roblès 

Paris, Cercle du bibliophile de Paris, 1964. 256 pages.

 

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Description du produit

Emmanuel Roblès Cela sappelle l’aurore Le Club du Bibliophile 1964–Luigi Valorio n’est pas le premier à se prendre au piège d’un joli minois masquant un coeur sec d’enfant gâtée ni à s’attacher à une autre répondant mieux à ses aspirations quand il s’aperçoit de son erreur. Il ne serait pas le premier à vivre entre deux femmes, mais le pourra-t-il ? Cette question l’obsède en relisant les lettres où sa jeune épouse Angola annonce son retour. Angola ne s’est jamais plu à Salina, en Sardaigne, où son mari est médecin. Elle ne rêve que de mener à Naples auprès de son père son existence mondaine de jeune fille – au point qu’elle a dépéri et que ‘Luigi l’a envoyée se soigner dans les Alpe s. Clara est alors entrée dans sa vie. S’en séparer ? Impensable. Et pourtant… Hantée par ce dilemme, presque en état second, il court d’un malade à l’autre. Sinon, il aurait ôté son arme à Sandro Galli qui menace de tuer son patron Gorzone si sa femme Magda meurt – ou mieux plaidé sa cause auprès de ce Gorzone, qui sait ? Magda meurt, Sandro tue Gorzone et se réfugie chez Luigi juste avant l’arrivée d’Angola. Les risques encourus sont énormes, mais c’est dans l’épreuve que se jugent les caractères ? et chacun aura donné sa mesure quand s’achève le beau roman d’Emmanuel Roblès.

 

Impressions de lecture

Luigi Valerio est médecin dans une petite ville perdue de Sardaigne et il soigne presque gratuitement ses clients qui sont tous d’un milieu pauvre comme Sandro ou Pietro. Mais s’il est apprécié de ses patients il est malheureux en ménage : quelques années auparavant, il a épousé Angela, fille d’un riche Napolitain, qui se révèle plutôt comme une femme enfant et qui s’ennuie terriblement dans cette île où elle ne trouve aucun divertissement ; alors tant son mari l’envoie en cure dans les Alpes. En son absence, il s’est épris de Clara, la jolie veuve habitant la maison voisine. Dans les bras de Clara, il découvre l’amour, un amour qui le réconforte au milieu des tracas que lui causent ses patients et qui se révèle bien plus que la tendre affection qu’il éprouve pour sa jeune épouse. Mais il doit faire face au retour de cette dernière qui se fait de plus en plus proche. Alors comment concilier le fait de devoir vivre entre deux femmes : sa femme et sa maitresse. C’est l’un des thèmes de ce roman qui ressemnble – mais qu’en apparence – à tant de roman d’amour.

Mais il y a bien plus et c’est ce qui fait tout l’intérêt de ce livre. Médecin, Valerio soigne Magda, la femme de son ami Sandro : il tente de la sauver mais il n’y parviendra pas. Magda meurt  et fou de douleur et de chagrin son mari abat le fort peu sympathique  Gorzone qui, dans sa grande jalousie (parce qu’il n’a pas pu obtenir la jolie et jeune Magda), n’a cessé de maltraiter le couple. Pour Valerio, lorsque Sandro vient se réfugier chez lui après le meurtre, la solution est vite trouver : il cachera Sandro car, depuis qu’il connait Clara, il sait jusqu’où peut aller l’amour et un amour peut pousser quelqu’un.
Que va-t-il advenir de tous ces secrets : la liaison avec Clara, Sandro caché dans l’ancienne chambre de bonne…? Qui sait quoi de tous ces secrets : la bonne ? l’inspecteur de police ? Les habitants du village ? Les découvrira-t-on?  Comment cela va-t-il finir pour tous les protagonistes du roman ?
Ainsi, Luigi Valerio se montre certes un homme infidèle envers sa femme, mais il y a sa soif d’absolu, sa volonté de vivre suivant ses valeurs et c’est tout cela qui le rend sympathique et que l’on arrive pas à lui en vouloir de tromper sa femme, de cacher un criminel dans sa maison sa volonté de vivre selon ses valeurs, suscite la sympathie et l’admiration. Il en est de même pour Sandro ou Pietro, deux hommes perdus
C’est le drame qui se joue dans ce livre qui rend cet ouvrage poignant et qui fait que l’on prend fait et cause pour les personnages. Même si l’histoire ne finit pas comme l’on souhaiterait malgré le triomphe de l’amour on se laisse emporter par ce petit livre haut en couleur.

®Claude-Marie T.

 

 

L’auteur : Emmanuel Roblès:

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Emmanuel Roblès est un écrivain français né à Oran (Algérie) en 1914 et décédé à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) en février 1995..

D’une famille ouvrière, il est reçu à l’Ecole Normale d’Alger.

Il obtient de faire son service militaire à Blida, puis à Alger où il se lie aux jeunes écrivains groupés autour du libraire-éditeur Edmond Charlot qui vient de publier « L’Envers et l’Endroit » d’Albert Camus.

Il s’inscrit à la Faculté des Lettres pour préparer une licence d’espagnol tout en collaborant à « l’Alger républicain » dont Albert Camus est rédacteur en chef et qui publiera « la Vallée du paradis« . Ce roman d’Emmanuel Robles (le second après l’Action) parut en feuilleton sous le pseudonyme d’Emmanuel Chênes.

La guerre oblige Emmanuel Robles à cesser ses études et il devient interprète auxiliaire de l’armée, puis officier-interprète jusqu’à ce que le général Bouscat, commandant l’air en Afrique du nord, le nomme correspondant de guerre en 1943. Cette période est pour lui très mouvementée et lui vaut, en particulier, les émotions fortes de plusieurs accidents d’avion.

Après la guerre il s’efforce de vivre de sa plume à Paris et collabore à divers quotidiens et hebdomadaires: Le Populaire, Gavroche, Combat, Aviation Française, etc. Repris pas la nostalgie d’Alger, il y retourne en 1947 et fonde une revue littéraire « Forge ».

Durant cette année 1947, et sous le coup de l’émotion soulevée par les évènements de mai 1945 en Algérie, il écrit « Les Hauteurs de la ville« , roman qui obtient le Prix Fémina l’année suivante. Il écrit également sa première pièce « Montserrat« .

Parallèlement à sa création littéraire, Robles voyage beaucoup. De son séjour au Mexique en 1954, il a rapporté le thème de son roman « Les Couteaux » et de son voyage au Japon en 1957, celui de son récit « L’homme d’Avril« .

Il se tournera ensuite vers le cinéma: il collaborera avec Luis Buñuel pour Cela s’appelle l’Aurore et Lucchino Visconti pour l’adaptation de l’Etranger de Camus ainsi que pour des dialogues et des adaptations télévisées.

Source : Wikipédia

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CHRISTOPHE RUFIN (1952-...), LES SEPT MARIAGES D'EDGAR ET DE LUDMILLA, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, Non classé

Les sept mariages d’Edgar et Ludmilla de Christophe Rufin

Les sept mariages d’Edgar et Ludmilla
Jean-Christophe Rufin
Paris, Éditions Gallimard, 2019. 384 pages.
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« Sept fois ils se sont dit oui. Dans des consulats obscurs, des mairies de quartier, des grandes cathédrales ou des chapelles du bout du monde. Tantôt pieds nus, tantôt en grand équipage. Il leur est même arrivé d’oublier les alliances. Sept fois, ils se sont engagés. Et six fois, l’éloignement, la séparation, le divorce… Edgar et Ludmilla… Le mariage sans fin d’un aventurier charmeur, un brin escroc, et d’une exilée un peu « perchée », devenue une sublime cantatrice acclamée sur toutes les scènes d’opéra du monde. Pour eux, c’était en somme : « ni avec toi, ni sans toi ». À cause de cette impossibilité, ils ont inventé une autre manière de s’aimer. Pour tenter de percer leur mystère, je les ai suivis partout, de Russie jusqu’en Amérique, du Maroc à l’Afrique du Sud. J’ai consulté les archives et reconstitué les étapes de leur vie pendant un demi-siècle palpitant, de l’après-guerre jusqu’aux années 2000. Surtout, je suis le seul à avoir recueilli leurs confidences, au point de savoir à peu près tout sur eux. Parfois, je me demande même s’ils existeraient sans moi »

Jean-Christophe Rufin (quatrième de couverture)

 

Divorcé quatre fois et marié trois fois à la même femme, Jean-Christophe Rufin s’est inspiré de son histoire personnelle pour rédiger celle d’Edgar et Ludmilla. « Je ne suis pas capable de parler de mon histoire directement, par pudeur, donc je passe par le détour de la fiction », a confié  l’auteur de Rouge Brésil. Comme Edgar qui arrache Ludmilla à un pays en guerre, Jean-Christophe Rufin a aussi vécu cet épisode. « Vous sauvez quelqu’un, mais ce ne sont pas des bases tellement bonnes pour démarrer une relation, cela introduit une inégalité et au bout d’un moment, soit la relation casse, soit elle se rééquilibre », fait savoir l’écrivain.

 

Lors d’un voyage en ex-URSS Edgar rencontre Ludmilla. C’est le coup de foudre qui va l’entraîner à un mariage blanc pour sortir la belle du pays. Arrivés en France, il rend sa liberté à son épouse et lui offre un vrai mariage d’opérette. Divorces et mariage vont alors se suivre, nous offrant une splendide traversée du siècle (de 1958 à nos jours) dans le monde des affaires et du spectacle. Et ce roman qui se déroule principalement en France va nous faire voyager  tout autour de la planète : de l’URSS à l’Amérique et aussi de l’Italie à  Afrique du Sud.

 

Avant de commencer ce roman l’auteur commence par mettre en garde son lecteur par cette introduction : «Avant de commencer ce périple, je voudrais vous adresser une discrète mise en garde: ne prenez pas tout cela trop au sérieux. Dans le récit de moments qui ont pu être tragiques comme dans l’évocation d’une gloire et d’un luxe qui pourront paraître écrasants, il ne faut jamais oublier que Ludmilla et Edgar se sont d’abord beaucoup amusés. Si je devais tirer une conclusion de leur vie, et il est singulier de le faire avant de la raconter, je dirais que malgré les chutes et les épreuves, indépendamment des succès et de la gloire éphémère, ce fut d’abord, et peut-être seulement, un voyage enchanté dans leur siècle. Il faut voir leur existence comme une sorte de parcours mozartien, aussi peu sérieux qu’on peut l’être quand on est convaincu que la vie est une tragédie. Et qu’il faut la jouer en riant.»

Tout commence par une idée de voyage en URSS par une bande de quatre amis, Paul et Nicole, Edgar et Soizic qui prennent un matin le volant de leur superbe Marly pour une expédition qui leur réservera bien des surprises. Et arrivé dans une village d’Ukraine ils assistent à une scène étonnante : cette jeune femme nue réfugiée dans un arbre dans un village d’Ukraine et dont Edgar va tomber éperdument amoureux. De retour en France notre Edgar toujours amoureux vzeut la sauver : pour lui le mariage étant la seule solution pour qu’elle puisse l’accompagner en France, une première union est scellée. Mais Edgar se rend vite compte qu’en vendant des livres comme courtier  en porte à porte, il ne peut offrir à son épouse la vie dont il rêve de pouvoir lui offrir  et préfère lui rendre sa liberté. Un divorce par amour si l’on peut dire !
Et une preuve supplémentaire que les épreuves et les crises peuvent avoir un côté salutaire parce qu’elles contraignent à agir pour s’en sortir,  Edgar se lance dans la vente avec l’aide de compares par très honnêtes de livres anciens et s’enrichit en suivant les ventes aux enchères pour le compte de bibliophiles tandis que  Ludmilla suit des cours de chant.
Il suit sa voie, elle suit sa voix. Ils finissent par se retrouver pour un deuxième mariage. Pour de bon, du moins le croient-ils. Mais alors que Ludmilla commence une carrière qui en fera une cantatrice renommée, les ennuis s’accumulent pour Edgar, accusé de malversations et qui ne veut pas entraîner Ludmilla dans sa chute. Alors un second divorce devrait la préserver…
Et ainsi de suite : à chaque crise il y a un nouveau divorce suivi d’un nouveau divorce. Comme une sorte de miroir de la société française des années 1980 on découvre Edgar qui se lance dans de nouvelles affaires qui vont le propulser en haut de l’échelle sociale : ’Edgar, une sorte de Bernard Tapie, qui après avoir monté une chaîne d’hôtels aux activités très rentables s’est lancé dans le BTP, a monté une équipe cycliste avant de se lancer sur le terrain du luxe et des médias. De son côté Ludmilla devient une diva, notamment après avoir été consacrée à Hollywood, où sont montrés tous les artifices de la vie d’artiste. Dans ce tourbillon, en dépit de la présence de leur fille, jusqu’à la chute leur couple va exposer. Ceci provoque un nouveau divorce plus douloureux que les précédents : leur notoriété va faire les affaires des avocats. Mais ils finiront par se retrouver pour se marier une fois encore jusqu’au septième mariage quelque temps avant la mort d’Edgar.

« Mes parents sont dingues ! » lâchent un jour Ingrid leur fille ! Et cette traversée du siècle dans laquelle nous entraînent l’auteur est révélatrice d’une époque, de l’époque d’un vingtième siècle finissant. Mais cette histoire – où est l’histoire vraie et où la part e fiction ? – est aussi révélatrice d’une autre réalité : l’institution du mariage a totalement perdu  de sa valeur ! Une autre question : même si l’on sent tout au long du livre qu’Edgar et Ludmilla n’ont jamais cessé de s’aimer peut-on vraiment parler d’amour ?

 

Jean-Christophe Rufin

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Jean-Christophe Rufin, né le 28 juin 1952 à Bourges dans le Cher, est un médecinécrivain et diplomate français.

Il a été élu en 2008 à l’Académie française, dont il devient alors le plus jeune membre. Ancien président d’Action contre la faim, il a été ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie.

 

Biographie

Enfance et formation

Après le départ du père de Jean-Christophe Rufin, vétérinaire, sa mère part travailler à Paris comme publicitaire. Elle ne peut éduquer seule son fils qui est alors élevé par ses grands-parents. Le grand-père, médecin, qui avait soigné des combattants lors de la Première Guerre mondiale, fut, pendant la Seconde, déporté deux ans à Buchenwald pour faits de résistance — il avait caché des résistants en 1940 dans sa maison de Bourges.

Jean-Christophe a 15 ans lors de la première transplantation cardiaque réalisée par le professeur Christiaan Barnard en 1967. Selon lui, elle fait entrer la médecine dans la modernité et décide de sa vocation.

À 18 ans, il revoit son père par hasard. « J’avais choisi, à Bourges, le premier dispensaire venu pour me faire faire un vaccin. Une jeune femme qui y travaillait m’a demandé mon nom et a blêmi. C’était ma demi-sœur, elle m’a conduit auprès de notre père. Nos rapports ne furent jamais très bons. »

Après avoir fréquenté les lycées parisiens Janson de Sailly et Claude Bernars, Jean-Christophe Rufin entre à la faculté de médecine de La Pitié-Salpêtrière et à l’Institut d’études politiques de Paris. Il a affirmé avoir dérobé, durant cette période, avec un ami étudiant en médecine, la moitié de tête de Ravachol, conservée dans du formol à l’École de médecine de Paris, pour la déposer au pied du Panthéon. En 1975, il est reçu au concours d’internat à Paris – et choisit la neurologie comme spécialité – puis travaille à l’hôpital Rothschild, en salle commune. Pour son service militaire, il part en 1976 comme coopérant à Sousse en Tunisie où il exerce en obstétrique dans une maternité.

 

Carrière médicale

Interne de médecine en neurologie (1976-1981) principalement à La Salpêtrière, Jean-Christophe Rufin devient chef de clinique et assistant des hôpitaux de Paris (1981-1983), puis attaché (1983-1985) des hôpitaux de Paris. Ensuite, lors de ses passages en France, il pratique la médecine à l’hôpital de Nanterre (1994-1995) puis épisodiquement à l’hôpital Saint-Antoine à Paris (1995-1996). En 1997, il quitte son poste au Brésil et rentre en France pour diriger un pavillon de psychiatrie à l’hôpital Saint-Antoine.

 

Carrière dans l’humanitaire

Comme médecin, Jean-Christophe Rufin est l’un des pionniers du mouvement humanitaire Médecins sans frontières où il a été attiré par la personnalité de Bernard Kouchner et où il fréquentera Claude Malhuret. Pour MSF, il a dirigé de nombreuses missions en Afrique de l’Est et en Amérique latine. Sa première mission humanitaire est menée en 1976 en Érythrée, alors ravagé par la guerre. Il y pénètre incognito avec les forces rebelles érythréennes au sein des bataillons humanitaires. En Éthiopie, il rencontre Azeb, qui deviendra sa deuxième femme.

En 1985, Jean-Christophe Rufin devient le directeur médical d’ACF en Éthiopie. Entre 1991 et 1993, il est vice-président de Médecins sans frontières mais son conseil d’administration lui demande de quitter l’association en 1993, au moment où il entre au cabinet de François Léotard, alors ministre de la Défense.

Entre 1994 et 1996, il est administrateur de la Croix-Rouge française.

En 1999, il est en poste au Kosovo comme administrateur de l’association Première Urgence, et dirige à l’École de guerre un séminaire intitulé « ONU et maintien de la paix ». Président d’Action contre la faim (ACF) à partir de 2002, il quitte ses fonctions en juin 2006 pour se consacrer davantage à l’écriture. Il reste cependant président d’honneur de cette organisation non gouvernementale (ONG).

 

Carrière dans les ministères et la diplomatie

Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris en 1980, Jean-Christophe Rufin devient, de 1986 à 1988, conseiller du secrétaire d’État aux Droits de l’hommeClaude Malhuret. En 1989-1990, il s’expatrie au Brésil comme attaché culturel et de coopération auprès de l’ambassade de France. En 1993, il entre au cabinet de François Léotard, ministre de la Défense, comme conseiller spécialisé dans la réflexion stratégique sur les relations Nord-Sud. En 1995, après la naissance de Valentine, son troisième enfant, née le 3 février, il quitte le ministère de la Défense et devient attaché culturel à Recife au Nordeste brésilien.

Il collabore aux travaux de l’Institut de relations internationales et stratégiques en tant que directeur de recherche entre 1996 et 1999. C[onduisant la mission humanitaire française en Bosnie-Herzégovine, il fait libérer onze otages français de l’association Première Urgence Première Urgence  avec les geôliers et en s’obligeant à boire avec eux ».

Dans le « rapport Rufin » (Chantier sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme), sorti le 19 octobre 2004, il attire l’attention sur l’antisémitisme, qui n’a pas, selon lui, à être fondu dans le racisme ou la xénophobie en général.

Le 3 août 2007, il est nommé ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie sur la proposition du ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner. Il s’inscrit ainsi dans la tradition des écrivains-diplomates selon les journalistes de La Tribune.

Au premier semestre 2008, il participe avec les agents de la DGSE à la traque des fuyards d’Al-Qaïda après l’assassinat de touristes français en Mauritanie.

En décembre 2008, il déclare lors d’une conférence de presse : « Au Sénégal, il est très difficile de garder des secrets. Tout le monde sait tout, ou tout le monde croit tout savoir, donc dit n’importe quoi, et donc nous préférions dire les choses comme elles sont, le dire de façon transparente. » Cette remarque ne passe pas inaperçue, tant et si bien que la vice-présidente du Sénat sénégalais, Sokhna Dieng Mbacké, lui demande des excuses publiques pour ces propos « choquants, voire méprisants et insultants ». L’ambassadeur publie aussitôt un communiqué dans lequel il insiste sur « le caractère ironique et affectueux » de ces paroles « tenues sur le ton de la plaisanterie ». Il quitte ses fonctions d’ambassadeur au Sénégal le 30 juin 2010.

En juillet 2011, il intègre l’équipe de campagne de Martine Aubry pour l’élection présidentielle de 2012, chargé avec Jean-Michel Severino de la thématique « Nord-Sud, Coopération, Rayonnement ».

 

Carrière littéraire

Jean-Christophe Rufin a consacré plus de vingt ans de sa vie à travailler dans des ONG au Nicaragua, en Afghanistan, aux Philippines, au Rwanda et dans les Balkans. Cette expérience du terrain l’a conduit à examiner le rôle des ONG dans les situations de conflit, notamment dans son premier essai, Le Piège humanitaire (1986), un essai sur les enjeux politiques de l’action humanitaire et les paradoxes des mouvements « sans frontières » qui, en aidant les populations, font le jeu des dictateurs, et dans son troisième roman, Les Causes perdues (1999).

Ses romans d’aventures, historiques, politiques, s’apparentent à des récits de voyage, la plupart du temps de nature historique, ainsi qu’à des romans d’anticipation.

« J’ai été déformé dans le sens du visuel. […] Comme le disait Kundera, il y a deux sortes d’écrivains : l’écrivain musicien et l’écrivain peintre. Moi je suis peintre. […] Quand on écrit, soit on écoute, soit on voit. On ne peut pas faire les deux en même temps »

Pour son œuvre littéraire Jean-Christophe Rufin reçoit de nombreux prix dont le prix Goncourt en 2001 pour Rouge Brésil. Il est élu à l’Académie française le 19 juin 2008 par 14 voix, au fauteuil de l’écrivain Henri Troyat.

En mars 2018, le roman Le Collier rouge est adapté au cinéma par Jean Becker avec François Cluzet, Nicolas Duvauchelle et Sophie Verbeeck. Jean-Christophe Rufin participe au scénario.

 

Autres fonctions

Par ailleurs, Jean-Christophe Rufin a été maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris entre 1991 et 2002, puis à l’université Paris 13 (1993-1995) et à l’École de guerre (ancien Collège Interarmées de Défense).

Depuis 2005, il est aussi membre du conseil de surveillance du groupe Express-Expansion, et membre des conseils d’administration de l’Institut Pasteur, de France Télévisions et de l’OFPRA.

Il est par ailleurs membre du jury du prix Joseph-Kessel et a été en 2007 membre du jury du Festival du film documentaire de Monaco.

Le nom de Jean-Christophe Rufin a été attribué à la médiathèque municipale de Sens (Yonne) en mai 2013 car la ville souhaitait associer ce lieu à un écrivain reconnu. Un lien littéraire unit Sens à son roman Rouge Brésil grâce au personnage du chevalier de Malte Nicolas Durand de Villegagnon qui fut gouverneur de la Ville de Sens de 1567 à 1571.

 

Vie privée

Christophe Rufin a trois enfants. Sa première épouse était d’origine russe, avec laquelle il a eu un fils, Maurice. Puis, il rencontre en Érythrée Azeb, une Éthiopienne d’une grande famille amhara  qu’ol épousera quatre fois : 15 janvier 1986, 15 février 1986, 24 août 1999 et 25 août 2007 à Saint-Gervais-les-Bains après deux divorces. De cette deuxième union naissent deux filles : Gabrielle (en 1992) et Valentine (en 1995).

Azeb Rufin est agent littéraire chez Agence littéraire Ras Dashen.

Jean-Christophe Rufin réside les deux tiers de l’année à Saint-Nicolas-de-Véroce2 dans le massif du Mont-Blanc, dans une ancienne grange abandonnée du village entièrement démontée et remontée dans les années 1980 et qu’il a achetée au début des années 2000, où il s’enferme pour écrire durant l’hiver avant d’y revenir de juin à septembre.

 

Œuvre littéraire

 

Essais

Le Piège humanitaire – Quand l’humanitaire remplace la guerre,  éd. Jean-Claude Lattès, 1986.

L’Empire et les Nouveaux Barbares,  éd. Jean-Claude Lattès, 1991 ; nouvelle édition revue et augmentée Jean-Claude Lattès, 2001 (un essai de politique internationale qui compare l’Occident à l’Empire romain menacé par les barbares : « Aujourd’hui, c’est l’Est qui demande des aides pour son développement. Quant au Sud, il s’arme maintenant contre le Nord. »)

La Dictature libérale,  éd. Jean-Claude Lattès, 1994, prix Jean-Jacques-Rousseau 1994.

L’Aventure humanitaire, coll. « Découvertes Gallimard / Histoire » éd. Gallimard, 1994.

Géopolitique de la faim – Faim et responsabilité,  éd. PUF, 2004.

 

Romans, récits et nouvelles

L’Abyssinéditions Gallimard1997 – prix Goncourt du premier roman et prix Méditerranée.  

Sauver Ispahan, Gallimard, 1998.

Les Causes perdues, Gallimard 1999 – prix Interallié 1999, Prix littéraire de l’armée de terre – Erwan Bergot 1999 ; réédité avec le titre Asmara et les Causes perdues ».

Rouge Brésil, Gallimard, 2001 – prix Goncourt 2001 

Globalia, Gallimard, 2003 

La Salamandre, Gallimard, 2005 .

Le Parfum d’Adam. Editions Gallimard, 2007.

Un léopard sur le garrot, Gallimard, 2008 (autobiographie)

Katiba, Flammarion, 2010 .

Sept histoires qui reviennent de loin (nouvelles), Gallimard, 2011 (

Le Grand Cœur, Gallimard, 2012 

Immortelle Randonnée : Compostelle malgré moi, éditions Guérin, 2013 

Le Collier rouge, Gallimard, 2014 – prix Maurice-Genevoix

Check-point, Gallimard, 2015 

Le Tour du monde du roi Zibeline, Gallimard, 2017 

Le Suspendu de Conakryéditions Flammarion, 2018, 

Les Sept Mariages d’Edgar et de Ludmilla, Gallimard 

 

En collaboration

Économie des guerres civiles, avec François Jean, éditions Hachette1996.

Mondes rebelles, avec Arnaud de La Grange et Jean-Marc Balancie, éditions Michalon, 1996.

Qui est Daech?, avec Edgar MorinRégis DebrayMichel OnfrayTahar Ben JellounOlivier Weber et Gilles Kepel, éditions Philippe Rey, 2015.

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LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MELCHIOR, GASPAR & BALTHASAR, MICHEL TOURNIER (1924-2016), ROIS MAGES

Gaspar, Melchior & Balthasar : roman de Michel Tournier

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Gaspard, Melchior & Balthazar 

Michel Tournier

Paris, Gallimard, 1982. 277 pages.

 

 

Présentation de l’éditeur

L’épisode des Rois Mages venus d’Arabie Heureuse pour adorer l’Enfant Jésus, s’il ne fait l’objet que de quelques lignes d’un seul des quatre Évangiles, a magnifiquement inspiré la peinture occidentale. Mais qui étaient ces rois ? Pourquoi avaient-ils quitté leur royaume ? Qu’ont-ils trouvé à Jérusalem – chez Hérode le Grand – puis à Bethléem ? L’Histoire et la légende étant également muettes, il incombait à un romancier de répondre à ces questions. C’est ce qu’a tenté Michel Tournier avec ce récit naïf et violent qui plonge aux sources de la spiritualité occidentale qui en profite également pour camper un quatrième roi qui arrivera en retard après de multiples aventures mais grâce à quoi il boira au calice et se retrouvera au paradis auprès de Celui qu’il aura manqué sur terre pendant son périple.

 

Biographie de l’auteur

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Michel Tournier est né en 1924, d’un père gascon et d’une mère bourguignonne, universitaires et germanistes. Les parents envoient chaque année leurs quatre enfants en vacances à Fribourg-en-Brisgau dans un foyer d’étudiants catholiques où ils peuvent pratiquer la langue. Michel Tournier est alors, selon ses dires, «un enfant hypernerveux, sujet à convulsions, un écorché imaginaire». En 1931, il est envoyé dans un home d’enfants, en Suisse, pour des raisons de santé. Il se passionne pour la musique. De ses séjours en Allemagne, il dit : «J’ai connu le nazisme à neuf ans, à dix ans, à onze ans, à douze ans. Ensuite ç’a été la guerre». Il se souvient des parades militaires du nazisme, des discours du Führer, dénoncés par son père. «Mauvais écolier», il est exclu de plusieurs établissements puis, dès 1935, fait ses études au collège Saint-Erembert de Saint-Germain-en-Laye avant d’être inscrit comme pensionnaire chez les pères d’Alençon. En 1941, la famille quitte la grande maison familiale de Saint-Germain-en-Laye, occupée par l’armée allemande, pour un appartement à Neuilly. Michel Tournier découvre alors la philosophie au lycée Pasteur de Neuilly, où il a pour maître Maurice de Gandillac et pour condisciple Roger Nimier. Les livres de Gaston Bachelard, découverts pendant les vacances, le décident à opter pour une licence de philosophie après le baccalauréat. Étudiant à la faculté des lettres de Paris, il soutient un diplôme de philosophie à la Sorbonne. En 1946, il obtient de se rendre en Allemagne, à Tübingen, où il rencontre Gilles Deleuze, pour apprendre la philosophie allemande. Il y reste quatre ans et, à son retour, se présente au concours de l’agrégation de philosophie, où il échoue. «Ma vie a été détruite, j’étais en morceaux» confie-t-il. Pour gagner sa vie, il fait des traductions chez Plon puis entre à la radio. En 1955, à la création d’Europe n° 1, il fait partie de l’équipe. Il rédige les messages publicitaires «de couches-culottes, de démaquillants et de la lessive». En 1959, il entre chez Plon. Il propose aussi à la télévision une émission mensuelle, Chambre noire, consacrée aux grands photographes. Il publie son premier roman en 1967, Vendredi ou les limbes du Pacifique, couronné par le grand prix de l’Académie française, d’après lequel il écrit par la suite Vendredi ou la vie sauvage, pour les jeunes lecteurs. Le Roi des Aulnes obtient le prix Goncourt en 1970. C’est le début d’une carrière entièrement dédiée à la littérature. Dès lors, Michel Tournier, dans son vieux presbytère de la vallée de Chevreuse, se consacre au «métier d’écrivain». Il voyage au Canada, en Afrique noire, au Sahara. Depuis 1972, il siège à l’Académie Goncourt, partage son temps entre écriture, articles, essais mais aussi rencontres avec son public, la jeunesse.

BORIS VIAN (1920-1959), ECRIVAIN FRANÇAIS, LITTERATURE FRANÇAISE

Boris Vian (1920-1959)

 

Boris Vian (1920-1959)

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Ingénieur, jour de jazz, écrivain, auteur de romans cultes tel que L’Écume des jours, éditeur, Boris Vian a participé à la légende de Saint-Germain-des-Près.

 

BREVE BIOGRAPGHIE DE BORIS VIAN

 Ingénieur et musicien de jazz, il fréquente les cafés de Saint-Germain-des-Prés. Le scandale provoqué par son pastiche des romans noirs américains, J’irai cracher sur vos tombes, sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, l’un des best-sellers de l’année 1947, occultera ses autres textes publiés sous son vrai nom et auxquels il accordait plus de valeur littéraire. Celui qui avait toujours dit qu’il n’aurait jamais quarante ans meurt à 39 ans pendant la projection du film J’irai cracher sur vos tombes au cinéma Marbeuf.

Bien que plébiscité par ses amis Raymond Queneau et Jean-Paul Sartre – le Jean-Sol Partre du roman –, qui en avait publié des extraits dans le numéro d’octobre 1946 des Temps modernesL’Écume des jours n’aura aucun succès du vivant de son auteur. Depuis, ce roman devenu culte a été lu par des millions d’adolescents dans le monde entier.

 

1920 – Naissance le 10 mars à Ville-d’Avray. Il est le second fils (Lélio est né en 1918) de Paul Vian, rentier, et d’Yvonne Ravenez. Famille aisée. Deux autres enfants, Alain en 1921 et Ninon en 1924.

1927 – Études primaires au lycée de Sèvre.

1929 – Ruine de la famille consécutive à la crise boursière. Ils sont obligés de louer leur maison à la famille Menuhin et s’installent dans une plus petite sur le domaine.

1932 – Santé fragile, premières manifestations de rhumatisme cardiaque. Entre au lycée Hoche de Versailles. Élève brillant malgré des absences liées à la maladie.

1933 – Paul Vian se reconvertit dans la vente de produits pharmaceutiques en banlieue parisienne.

1935 – Fièvre typhoïde. Il obtient néanmoins sa première partie du baccalauréat (latin-grec).

1936 – Lycée Condorcet à Paris.

1937 – Seconde partie du baccalauréat (philosophie et mathématiques). Opte pour des classes préparatoires en mathématiques. Se passionne pour le jazz et joue de la trompette. Adhère au Hot Club de France dont le président d’honneur est Louis Armstrong.

1939 – Réussit le concours d’entrée à l’École Centrale des arts et manufactures. Sa maladie lui évite d’être mobilisé

1940 – Études à Angoulême où s’est repliée l’École Centrale. Fermeture de l’école, la famille se retrouve à Capbreton dans les Landes. Rencontre Michelle Léglise et Jacques Loustalot, dit « Le Major ».

1941 – Mariage le 3 juillet de Boris Vian avec Michelle Léglise. Il commence à écrire Cent sonnets.

1942 – Naissance de leur fils Patrick le 12 avril. Rencontre Claude Abadie, polytechnicien et banquier et rejoint son orchestre de jazz amateur où jouent également ses frères Lélio et Alain. Diplômé de l’École Centrale. Entre en août à l’Association française de normalisation (Afnor) en qualité d’ingénieur affecté à la normalisation de la verrerie. Écrit Conte de fées à l’usage des moyennes personnes (publié en 1943) et Trouble dans les Andains (publié post-mortem en 1966).

1943 – Il écrit Vercoquin et le plancton.

1944 – En mai début de la rédaction du cycle de poésie Un seul Major, un Sol majeur. Son père est assassiné en novembre dans la maison de Ville d’Avray. Le crime ne sera jamais élucidé. Publie ses premiers textes dans le magazine Jazz Hot.

1945 – Collaboration à la revue Les amis des arts. Signature de son premier contrat chez Gallimard. Apparition dans le film de Jean de Marguenat, Madame et son flirt. L’orchestre Abadie triomphe au tournoi de jazz amateur de Bruxelles.

1946 – Démission de l’AFNOR pour l’Office du papier. Écrit L’écume des jours. La collaboration à Jazz Hot devient régulière. Fréquente Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir par l’intermédiaire de Raymond Queneau. Vian publie ses « Chroniques du menteur » dans la revue Les temps modernes, ainsi qu’une nouvelle, « Les fourmis » (fin de la collaboration à la revue en 1947 qu’il juge trop politique). En juin, candidat malheureux au Prix de la Pléiade, décerné sur manuscrit pour L’Écume des jours. Se consacre alors un temps à la peinture et expose ses toiles. Écrit en deux semaines, durant ses vacances d’août, sous le pseudonyme de Vernon Sullivan J’irai cracher sur vos tombes, roman qu’il prétend avoir traduit de l’américain. De septembre à novembre écrit L’Automne à Pékin.

1947 – Publication de son premier roman, Vercoquin et le Plancton, chez Gallimard, dans la collection La Plume au vent dirigée par Raymond Queneau. Scandale autour de  J’irai cracher sur vos tombes : représenté par Daniel Parker, le Cartel d’action sociale et morale dépose une plainte. Inauguration en avril du Tabou, un club qui sera emblématique de l’histoire de Saint-Germain-des-Prés. Parution le même mois de L’écume des jours. Écriture de sa première pièce de théâtre, L’Équarrissage pour tous, tout en concevant la version anglaise « originale » de J’irai cracher sur vos tombes pour tenter de calmer la polémique. Licencié, le 26 juin, de l’Office du papier. Il réalise alors ses premières traductions (Le Grand horlogerde Kenneth Fearing) et fonde avec Michel Arnaud et Raymond Queneau, la société de production de films Arquevit. Les éditions du Scorpion publient L’Automne à Pékin. Une loi d’amnistie, votée le 16 août, arrête les poursuites contre J’irai cracher sur vos tombes.

1948 – Parution du deuxième Sullivan, Les morts ont tous la même peau, aux éditions du Scorpion. Décès accidentel, le 7 janvier, de Jacques Loustalot, dit le Major. France-Dimanche publie les épisodes du troisième Vernon Sullivan, Et on tuera tous les affreux. Naissance le 16 avril de sa fille Carole. Le 22 avril, création au Théâtre Verlaine, de J’irai cracher sur vos tombes. Le 4 juin, au pavillon de Marsan, Vian prononce sa première conférence intitulée « Approche discrète de l’objet » qui sera publiée dans le n° 12 des Cahiers de ‘Pataphysique. Vian change de cave pour le Club Saint-Germain. Les éditions du Scorpion publient Et on tuera tous les affreux, les Deux Menteurs publient Barnum ‘5 Digest, dix poèmes illustrés par Jean Bouillet. Le Cartel d’action sociale et morale dépose d’une seconde plainte visant les éditions de J’irai cracher sur vos tombes parues après la loi d’amnistie et contre Les morts ont tous la même peau. Boris Vian est entendu en novembre par le juge d’instruction : il reconnaît être l’auteur des deux pastiches poursuivis. Après différents reports, le procès aura lieu à huis clos le 29 avril 1950. Il avouera entretemps être l’auteur de ces livres.

1949 – Présentation en mai au Club Saint-Germain, de Cantilènes en gelée, publié chez Rougerie éditeur. Sortie en juillet des Fourmis par les éditions du Scorpion. Un arrêté ministériel interdisant la vente de J’irai cracher sur vos tombes. En septembre, membre du jury, au Festival international du film amateur de Cannes. Henri Salvador crée la chanson C’est le be-bop.

1950 – Première, le 11 avril, de L’équarrissage pour tous au Théâtre des Noctambules. Le 13 mai Vian est condamné à une amende de 100 000 francs pour « outrage aux mœurs par la voie du livre ». Il rencontre le 8 juin, lors d’un cocktail chez Gallimard, Ursula Kübler, danseuse des Ballets Roland Petit. Parution aux éditions du Scorpion du quatrième et dernier Sullivan, Elles se rendent pas compte. Publication aux éditions Toutain de L’Herbe rouge, de L’équarrissage pour tous et du Dernier des métiers. En fin d’année, il écrit sa première comédie musicale : Giuliano.

1951 – Vian quitte sa femme Michelle pour vivre peu après avec Ursula. Il traduit L’Histoire d’un soldat (les Mémoires du général Bradley), et entame la rédaction du Goûter des généraux, du Traité de civisme et de Tête de méduse, son premier vaudeville. En collaboration avec Michel Pilotin, il lance en octobre dans Les temps modernes l’un des premiers manifestes en faveur de la science-fiction. Premières chroniques de jazz dans Arts. Création avec Michel Pilotin, Pierre Kast et Raymond Queneau du Club des Savanturiers.

1952 – Collabore à Constellation. En avril, création de Cinémassacre et les Cinquante ans du septième art à La Rose rouge sur un scénario et des dialogues de Vian. Admis le 8 juin au Collège de ‘Pataphysique. Divorce prononcé à ses torts. En septembre, au Théâtre Babylone, Mademoiselle Julie, une pièce d’August Strindberg, traduite par ses soins. Participe, en octobre, à la mise en scène de la revue Paris varie ou Fluctuat nec mergitur au night-club des Champs-Élysées.

1953 – Boris et Ursula s’installent au 6 bis, cité Véron. Publication, le 15 janvier, de L’Arrache-cœur, aux éditions Vrille. Collaboration à la revue de Jacques Laurent, La Parisienne. Devient membre, le 11 mai, du corps des Satrapes du Collège de ‘Pataphysique. Création en août du Chevalier de neige au Festival d’art dramatique de Caen.

1954 – Mariage le 8 février de Boris Vlan et d’Ursula Kübler. Écrit Le déserteur le 29 avril. Traduit L’Homme au bras d’or de Nelson Algren qui sera publié en feuilletons dans Les Temps modernes. Mise en scène à Nantes de sa pièce écrite vingt ans plus tôt, Série blême.

1955 – En janvier, premiers tours de chant au Théâtre des Trois Baudets puis à La Fontaine des Quatre Saisons. En mars, à la Rose rouge, Dernière heure, spectacle de science-fiction. Il enregistre au studio Apollo ses Chansons possibles et impossibles puis part en tournée agitée en province. Réalise chez Philips un catalogue de jazz. Écrit avec Michel Legrand, Alain Goraguer et Henri Salvador les premiers airs de rock français. En novembre, au cabaret L’Amiral, première revue nue de science-fiction, Ça c’est un monde.

1956 – Embauché au département variétés de la société Philips. Graves soucis de santé : œdèmes pulmonaires. Joue le rôle d’un cardinal dans Notre-Dame de Paris de Jean Delannoy.

1957 – Nommé le 1er janvier directeur artistique adjoint de la société Philips. En janvier, le Chevalier de neige, à Nancy, dans une version opéra. Écrit à Saint-Tropez Les Bâtisseurs d’empire. Commentaires et rôle dans La Joconde, film d’Henri Gruel. Tourne dans Un amour de poche de Pierre Kast. Nouvelle alerte cardiaque et œdème pulmonaire. Sortie chez Gallimard de sa traduction de Van Vogt, Les Joueurs du À. Écrit un opéra, Arne Saknussem ou Une regrettable histoire, sur une musique de Georges Delerue.

1958 – Directeur artistique chez Fontana, filiale de Philips. Publie en octobre, aux éditions du Livre contemporain, En avant la zizique… et par ici les gros sous. Création en octobre à l’Opéra de Berlin de Fiesta : musique de Darius Milhaud, livret de Vian. Collabore au Canard enchaîné.

1959 – Quitte Fontana en janvier. Problèmes autour de l’adaptation cinématographique de J’irai cracher sur vos tombes. Parution en février des Bâtisseurs d’empire dans les Cahiers du Collège de ‘Pataphysique. Joue le rôle de Preval dans Les liaisons dangereuses de Roger Vadim. En avril, directeur artistique des disques Barclay. En mai, diffusion d’une émission sur la ‘pataphysique à la radio. Fête ‘pataphysique, le 11 juin, sur la terrasse de la cité Véron. Le 23 juin, mort de Boris Vian, à 10 h 10, au cinéma Marbeuf, lors de la projection privée de J’irai cracher sur vos tombes.

 

Source L’internaute

 

 

CHRONOLOGIE DES ŒUVRES DE BORIS VIAN

 

Cette liste rassemble année par année, et dans la même année, tous les genres d’œuvres littéraires, musicales, critiques, journalistiques, radiophoniques, théâtrales ou cinématographiques produites par Boris Vian. Elle est tout naturellement incomplète puisqu’on continue à découvrir des choses ignorées. Elle est en grande partie issue de la liste établie par Noël Arnaud dans la dernière édition de Les Vies parallèles de Boris Vian. p. 483 à 509

 

1940

Cent sonnets, recueil de poèmes dont l’écriture se poursuit jusqu’en 1944

Livre d’or de Doublezon (alias Boris Vian), ouvrage de pseudo bibliophilie rédigé par Vian et Alfredo Jabès, juif d’origine italienne qui va expliquer à Boris la situation de juifs face aux nazis2. En justification du livre, on lit : « il a été tiré de cet ouvrage 10 000 exemplaires sur vergé Lafumellé et 30 exemplaires sur baudruche Olla, ainsi que 1 exemplaire numéroté de zéro à 1, non mis dans le commerce

 

1941 scénarios

Les scénarios de films de Boris n’ont jamais trouvé preneur du vivant de l’auteur. En revanche en 2013, ils ont été adaptés en courts métrages par des inconditionnels de Vian dont Philippe Torreton qui tient le rôle de Jean-Sol Partre dans L’Ecume des jours (2013)de Michek Gondry. Les scénarios ont été également publiés en ouvrage de librairie dès 1989 aux éditions Christian Bourgois, puis en collection 10/18 en 1992, puis dans la collection Le Livre de poche en 1998.

En 1941, Boris Vian en a écrit cinq :

Rencontres,

Le Devin,

La photo envoyée,

La Semeuse d’amour,

La Confession du méchant Monsieur X. (également intitulé Un Homme comme les autres).

D’autres scénarios (scenarii…) vont venir alimenter la collection au cours des années. On en retrouve presque chaque année.

1942 début de roman et scénarios

L’écriture de Trouble dans les andains commence pendant l’hiver 1942-1943, rendu selon la date manuscrite en mai 1943. Il a été édité après la mort de Boris par Les Éditions de la Jeune Parque en juin 1966, réédité en 10/18 en 1970, aux éditions André Sauret en 1981, et dans Le Livre de poche en 1997.

Les écrits de Boris, cette année-là, sont surtout des scénarios : Trop sérieux s’abstenirLe Vélo-taxiNotre terre ici-bas. Il produit aussi un conte : Conte de fées à l’usage des moyennes personnes, illustré de ses croquis et de dessins de Alfredo Jabès alias Bimbo. Le conte publié dans Obliques en 1976   a été édité en 1997 chez Jean-Jacques Pauvert.

 

1943 Manifeste du CO-CU

Sur lequel on n’a aucune information, excepté celle donnée par la conférence de Albert Labbouz qui révèle dans la liste des pseudonymes de Boris Vian, que le texte était signé du pseudonyme « Aimé Damour, Nous avons été trompés ! le Manifeste du Cocu (Comité d’organisation des consommateurs et usagers). »

 

1944 poèmes, scenario, injures

poèmes

Un seul major, un sol majeur, recueil de poèmes écrits en l’honneur de son ami très cher Jacques Loustalot, surnommé « le Major », qui se tuera le 6 janvier 1948 en passant par une fenêtre lors d’une surprise-partie. On ne sait pas s’il agit d’un accident ou d’un suicide. Deux de ces poèmes figurent dans Vercoquin et le Plancton, le plus ancien date de 1944, le plus récent de 1945. Tous les textes sont signés Bison Ravi « par le chantre spécial du major . »

Le premier texte de Boris Vian publié dans la presse est un poème paru en 1944 dans Jazz Hot (bulletin), intitulé Référendum en forme de ballade signé Bison Ravi. Il est paru avec Cent sonnets dans Le Livre de poche.

scénario

Histoire naturelle ou le marché noir ce scenario suit le même cheminement de publication que les précédents et se retrouve en 1998 dans la collection Le Livre de poche. Il s’agit encore d’une publication posthume

injures

Projet de norme française : gammes d’injures normalisées pour français moyen publié dans le dossier 16 du collège de Pataphysique en 1961, dans le livre de poche en 1981, et dont la FSU (Fédérations syndicale unitaire) fournit un fac-similé présenté ainsi « Du 17 avril 1943, jusqu’à sa démission le 15 février 1946, l’AFNOR a employé un certain Boris Vian. Il a proposé, en mars 1944, un projet de norme française « d’injures normalisées pour français moyen » dont nous fournissons le fac-similé au verso. Cette norme n’a jamais été adoptée 8. » Il donne la méthodologie, mais pas une liste d’injures. Il s’agit en fait d’une mystification et d’une classification publiée dans Les Vies parallèles de Boris Vian, faite selon les modèles en usage à L’AFNOR9.

 

1945 nouvelles, articles de presse

 

Martin m’a téléphoné à cinq heures, nouvelle écrite le 25 octobre 1945, publiée en 1970 et 1973 avec douze autres nouvelles dans le recueil Le Loup-garou aux éditions Christian Bourgois. Dernière édition Bourgois : 1993, repris dans le Livre de Poche sous le titre Le Loup-garou et autres nouvelles.

Sous le pseudonyme de Hugo Hachebuisson, adaptation du nom d’un personnage de Groucho-Marx le docteur Hugo Z Hackenbush vu dans le film Un jour aux courses, 1937,  il signe deux articles de presse. L’un dans le no 4 du bimensuel Les amis des Arts du 12 mars 1945 est intitulé Les Pères de Ubu-roi. C’était une réponse à Charles Chassé. Chassé prétendait dans son livre Sous le masque d’Alfred Jarry, les sources d’Ubu-Roi(1922) que Alfred Jarry, – dont Boris était un inconditionnel -, n’était pas le véritable inventeur d’Ubu roi. Le texte est reproduit dans Le Livre de poche dans un recueil de nouvelles La Belle époque, avec un autre article écrit cette même année : L’Étagère à livre, publié dans le même bimensuel no 5 du 1er avril.

1946 Le jazz, Bison Ravi et Vernon Sullivan

Cette année là commence sous le signe du jazz avec de nombreux articles publiés dans Jazz Hot dont il devient un collaborateur régulier à partir du no 5 de mars. Dans le numéro 11 de décembre il publie un entretien un peu fou avec Frank Ténot. Ses textes sont réunis dans l’ouvrage Écrits sur le jazz préfacé par Claude Rameil. Dans le no 8 de juillet-août, Boris fait un savoureux portrait d’Alix Combelle : « Il voulut d’abord être ingénieur. Mais, avec un père chef d’orchestre, allez donc rester insensible à la séduisante perfidie des anches vibrantes et ds accords septièmes diminués ou non. » Claude Rameil souligne qu’il est nécessaire de rappeler que la collaboration de Boris Vian à Jazz Hot fut toujours entièrement bénévole, qu’elle s’est poursuivi de mars 1946 à juillet 1958 sous plusieurs formes : articles, revue de presse, critique de disques, traductions

Le 25 décembre, Don Redman se produit à la salle Pleyel. Boris publie Opéra, le 25 décembre 1946 :

« Don Redman est un peu devin, voire météorologue, et son cœur généreux lui a dicté sa conduite : ils sont venus nous réchauffer. Ils n’y ont pas manqué, je pense en particulier à Peanuts Holland et à ce blues si joyeusement poignant qu’il chantait en première partie. »

« (…) Je n’ai pas parlé assez de Don Redman lui-même, du tout minuscule Don Redman, mais Don Redman n’a joué ni chanté assez non plus; et pourtant il a une voix sarcastique et il touche l’alto comme Don Redman lui-même »

Boris publie aussi des articles sur le jazz dans Combat, notamment dès septembre 1946 un article intitulé : « Le français Charles Delaunay est célèbre dans le monde entier pour avoir fait l’inventaire de tous les disques de jazz enregistrés à ce jour»

J’irai cracher sur vos tombes qui a été terminé la première quinzaine d’août 1946, paraît aux Éditions du Scorpion le 20 novembre avec des illustrations de Jean Boullet. Boris n’attendait pas la gloire de son roman le plus connu. En discutant avec un homme de lettres – un éditeur ou quelque autre de la catégorie de ceux qui observent ou publient les œuvres d’écrivains – celui-ci lui demanda, « Pour un tel résultat, il faut un best-seller. Comment faire ? » Boris lui dit simplement, « Un best-seller, on le fabrique. » Avec, entre autres circonstances favorables à la vente, l’affaire d’un meurtrier qui laissa à côté de sa victime le roman, ouvert à un passage des plus sinistres, le succès du roman fut assuré et, une des meilleures ventes de la maison d’édition, tandis que Boris avait démontré sa connaissance des rouages commerciaux de la littérature.

En février 1947, il écrit :

« Je vais être sincère, une fois n’est pas coutume. Voilà : Je serai content quand on dira, Au téléphone- s’il y en a-t-encore, Quand on dira, V comme Vian, J’ai de la veine que mon nom ne commence pas par un Q, Parce que Q comme Vian, ça me vexerait. »

Ce court poème donnera son titre à l’ouvrage de Marc Lapprand V comme Vian (2006).

De nombreux textes ont été remaniés et rédigés cette année là, ils seront mis en vente parfois plusieurs années après. C’est le cas de Vercoquin et le plancton écrit entre 1943 et 1944, remanié en 1945, et qui paraît en octobre 1946. L’ouvrage n’est mis en vente qu’en janvier 1947. Le titre initial était : « Vercoquin et le plancton, grand roman poliçon en quatre parties réunies formant au total un seul roman, par Bison Ravi, chantre especial du major » avec l’épitaphe : « Elle avait des goûts d’riche, Colombe… Paix à ses cendres. Vive le major. Ainsi soit Thill (Marcel) ».

À partir de 1946, Boris a tenu dans Jazz Hot créé en 1935 par Charles Delaunay, une « revue de la presse » à titre bénévole, jusqu’en mars 1959, année de sa mort . Il s’était inscrit très dès (1937) au Hot Club de France dont Jazz Hot est la revue. Il en a donné à de nombreuses revues Ses articles ont été rassemblés en deux volumes par Claude Rameil : Écrits sur le Jazz, paru en 1999 aux éditions Christian BourgoisLe Livre de poche, réédité en 2006 dans une version complétée et augmentée avec Autres écrits sur le jazz, déjà paru chez Christian Bourgois, 1994.

Parfois les textes ne seront pas publiés du tout du vivant de l’auteur. C’est le cas de Préface aux Lurettes fourrées recueil de nouvelles qui a été ensuite repris dans L’Arrache-cœurL’Herbe rouge et Les Lurettes fourrées (Jean-Jacques Pauvert). Mais aussi de Éléments d’une biographie de Boris Vian avantageusement connu sous le nom de Bison Ravi, non publié par Gallimard et paru en 1964 en plaquette accompagnant le coffret de disque Boris Vian intégrale, ainsi qu’un Prière d’insérer, non retenu chez Gallimard. Dans les Chroniques du menteur , la chronique Impression d’Amérique écrite en juin subit le même sort et paraît en 1984 chez Christian Bourgois, de même que : Les Remparts du Sud(nouvelle), Liberté, parodie du poème de Paul Éluard qui paraitra dans les Écrits pornographiques en 1980. La nouvelle Les Fourmis, dédicacée à Sidney Bechet en juin 1946 va rejoindre le recueil intitulé : Les Fourmis

Autres nouvelles publiées dans la presse et réunies dans le recueil Le Ratichon baigneur

Cinéclub et fanatisme devenu Divertissement culturels janvier 1946

Cinéma et amateurs ou Un métier de chien, janvier 1946

Le Premier rôle ou Une grande vedette, mars 1946

Le Ratichon baigneur, juillet 1946

 

1947 Vernon Sullivan, Boris Vian, le cinéma, le jazz

Après la tempête Vernon Sullivan, voici venir Boris Vian, poète, écrivain, auteur de L’Écume des jours, rédigé de mars à mai 1946, mis en vente en avril 1947, réédité une seule fois par Gallimard cette même année, puis par Jean-Jacques Pauvert en 1963, suivi de cinq éditions chez divers éditeurs pour paraître à partir de 1974 chez Christian Bourgois, édition suivie de dix éditions chez divers éditeurs dont Christian Bourgois en 1991. Le texte aboutit finalement au Livre de poche en 1997. Cette même année 1947, Boris Vian publie L’Automne à Pékin aux Éditions du Scorpion, livre réédité trois fois aux Éditions de Minuit puis dans sept rééditions chez divers éditeurs pour aboutir en 1991 dans La Pochothèque. En 1955, Alain Robbe-Grillet va lui proposer de rééditer l’Automne à Pékin aux Éditions de Minuit, mais Boris se méfie. « Depuis le temps que le sort s’acharne sur lui, il est las, fatigué de la connerie ambiante, de ce succès qui lui échappe depuis toujours », dit Robbe-Grillet.

Cependant l’américain Vernon Sullivan écrit cette année-là Les Morts ont tous la même peau « traduit » par Boris Vian avec une nouvelle : Les chiens, le désir, la mort, et suivi d’une postface de Boris Vian. Mis en vente en 1948, réédité aux éditions Bourgois en 1973, il aboutit en 1997 au Livre de poche-Hachette

L’écrivain « américain » se fait aussi traducteur sous son nom réel. Il traduit Le Grand Horloger (The Big Clock) de Kenneth Fearing, produit un avant-propos à une traduction de Michelle Vian du livre Le Travail, titre original : Let us now praise famous men traduit ensuite par Louons maintenant les grands hommes, cet avant-propos, refusé du vivant de l’auteur, aura une publication posthume dans Chroniques du menteur.

Boris Vian reprend aussi sa plume de scénariste. Il écrit en collaboration avec Michel Arnaud et Raymond Queneau   Zoneilles pour les Films Arquevit, publié par le collège de ’Pataphysique après la mort de l’auteur sous plusieurs formes dont celle-ci :

« Collège de ’Pataphysique, Grande Collection Inquisitive, n° 3, 89 E. P. [1962]. In-4 br., non paginé [30 p.]. Édition originale. Tirage limité à 777 ex. numérotés. Un des 144 ex. sur pur chiffon (n° 25). Ex-libris de Noël Arnaud. Exemplaire très frais. »

ou celle-ci

« Collège de ‘Pataphysique – Les Films Arquevit (pour ARnaud – QUeneau -VIan et le T pour la petite touche d’érotisme ! (1962), in-4 (27,3 x 21,2 cm) de 16 feuillets sous couv. à rabats. Édition originale tirée à 777 ex., un des 609 sur vélin acoustique (vergé ivoire). En raison de la faible épaisseur de l’ouvrage il est facilement pliable, notre ex. en porte une légère trace sur le coin gauche, hormis cette nécessaire précision, bel exemplaire au papier exempt de toute salissure ou rousseur  »

Le scénario est repris en 1961 dans Rue des ravissantes avec d’autres scénarios.

Les scénarios écrits en 1947 comprennent

Un mekton ravissant, publié aux Cahiers de l’Oronte (1965)

La Pissotière, publié dans le recueil Cinéma/Science fiction25

Festival de Cannes : quatre scénarios sur le Festival international du film. Publiés dans le recueil Cinéma/Science fiction, les films à naître de ces scénarios : « a) ne devaient pas être de plats documentaires, b)devaient comporter une trame suffisante, c) ne devaient pas embêter les gens, d) devaient donner une impression de richesse et d’aisance»

Isidore Lapalette trouve un client, publié dans le recueil Cinéma/Science fiction

Les Œufs du curé, publié dans le recueil Cinéma/Science fiction

Le Jazz est encore le centre d’intérêt principal de l’auteur qui publie régulièrement des chroniques que l’on trouve regroupées dans Autres écrits sur le jazz et qui comprend notamment un texte du romancier Robert Wilder, un article de Boris sur Les Amateurs II et l’orchestre de Claude Abadie, sur l’orchestre de Claude Luter et sur lui-même (il fait son propre éloge). Une nouvelle paraît dans Jazz 47 Méfie-toi de l’orchestre, elle sera reprise dans Le Ratichon baigneur. Ses chroniques de Jazz paraissent dans le journal Combat en octobre-novembre tandis qu’un article repris dans Dossier de l’affaire j’irai cracher sur vos tombes paraît dans Point de Vue. Boris annonce : « Je ne suis pas un assassin ».

Il est présent dans Jazz Hot au moment du différend entre Charles Delaunay et Hugues Panassié. Boris se rallie à Charles Delaunay, partisan du jazz progressiste. L’ensemble des écrits de Vian dans Jazz hot sur le jazz a été réuni par la Cohérie Boris Vian et publié dans Le Livre de poche en 2006 avec une préface et une introduction de Claude Rameil. L’essentiel des articles consiste en des présentations de musiciens de jazz Parmi ceux-là : Les concerts Ellington,  Billie HolidayBuck Clayton.

1948 Monstres, théâtre, nouvelles, poèmes, j’irai cracher (suite), critiques, chroniques

Et on tuera tous les affreux paraît en version « expurgée » dans France Dimanche du 1er février 1948, avant d’être publié dans son intégralité aux Éditions du Scorpion le 20 juin 1948, signé Vernon Sullivan traduit par Boris Vian. Il connaitra plusieurs éditions chez divers éditeurs notamment celle de 1965 chez Éric Losfeld illustré par Alain Tercinet qui a également illustré Les Fourmis en 1965 aux éditions Le Terrain vague . Le texte et les illustrations sont republiés en 1997 chez Jean-Jacques Pauvert.

I shall spit on your graves de Vernon Sullivan paraît en anglais, (Boris Vian s’est auto-traduit) publié chez Vendôme Press . Vernon Sullivan a même ajouté une introduction signée Boris Vian dans laquelle il prétend avoir rencontré le véritable Vernon Sullivan et reçu son manuscrit de ses mains. L’adaptation de J’irai cracher sur vos tombes en pièce de théâtre est écrite cette même année, elle sera publiée dans le Dossier de l’affaire j’irai cracher sur vos tombes par Noël Arnaud chez Christian Bourgois en 1974. Le traducteur Vian poursuit son œuvre avec sa femme Michelle pour La Dame du lac de (Série noire no 8), et seul pour Le Grand sommeil, Série noire no 13, de Raymond Chandler, vendu en livre de poche Folio depuis 1998. Il traduit aussi Là-bas près de la rivière de Richard Wright publié dans la collection l’Âge nouveau, repris par Marcel Duhamel dans le livre de poche 1950.

En 1948 Boris présente pour la première fois au Théâtre Verlaine l’adaptation de son roman J’irai cracher sur vos tombes qui sera littéralement massacrée par la critique mais qui bénéficie du battage provoqué par l’interdiction du roman. La pièce est expurgée de toute pornographie apparente.

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Toujours traducteur, Boris Vian rédige des poèmes intitulés Barnum’s Digest, théoriquement écrits par un poète américain, traduits par Vian. La plaquette comporte 10 monstres(illustrations) fabriqués par Jean Boullet, elle est publiée par les éditions Aux Deux menteurs, 68 avenue d’Italie, Paris avec cet achevé d’imprimer cité par Noël Arnaud : « Cette plaquinette illustrée de 10 monstres tous fabriqués par Jean Boullet a été tiraillée à deux cents cinquante exemplaires numismatés de un à deux cent cinquante. » Réédités dans Cantilènes en gelée en 1970 dans la collection 10/18, ils sont disponibles dans Le Livre de poche depuis 1997. Des extraits de Cantilènes en gelée ont été choisis par des lecteurs sur le site Booknode. Les poèmes du Barnum’s Digest sont tous dédicacés à Martine Barnum Carol et ceux de Cantilènes en gelée ont une dédicace par poème. L’ensemble est rassemblé par la Cohérie Boris Vian, préfacé par Noël Arnaud, augmenté de poèmes inédits et publié par la Librairie générale française en 1972 devenue Le Livre de poche .

L’Équarrissage pour tous est initialement une pièce en 3 actes. L’auteur envisageait d’en faire un roman dans ses premières notes jetées le 10 février 1947 Boris Vian opte finalement pour une pièce de théâtre en un seul acte et 57 scènes qu’il écrit en deux mois. Le texte de la pièce qui paraît en « version digérée dans les Cahiers de la Pléiade », c’est-à-dire toujours en un seul acte, mais raccourci à 25 pages selon la demande de Jean Paulhan, dans le numéro daté du printemps 1948. Vian y est en compagnie de Georges BernanosPierre BoutangJean Paulhan. Gilbert Pestureau considère la pièce comme une farce iconoclaste« C’était une grande audace cependant de mettre en 1947 tous les guerriers dans le même sac grotesque, la même fosse à équarrir si nauséabonde »

Adam, Ève et le serpent, texte commencé en février 1948, remanié en 1951, devient une pièce de théâtre dont deux versions sur trois sont publiées dans Petits spectacles chez Christian Bourgois en 1977, repris dans Le Livre de poche 1998. Le recueil réunit un ensemble de sketches et de petites pièces, dont beaucoup ont été interprétés par Yves Robert à La Rose rouge, notamment Cinémassacre en 1952, avec le personnage sombre : Alfred Hitchpoule et un sketch qui annonce Le Goûter des généraux, joué en 1955 et qui deviendra en 1965 La Guerre en 1965

Cette année-là Boris est aussi journaliste sous plusieurs formes. À la radio il se lance dans une série d’émissions radiophoniques en anglais sur le jazz dont les textes sont réunis et publiés par Gilbert Pestureau sous le titre Jazz in Paris (Jean-Jacques Pauvert 1997). À partir de janvier 1948, ses chroniques sur le Jazz paraissent dans Jazz Hot régulièrement jusqu’en décembre. En compagnie de Marc Doelnitz, il crée une revue radiophonique Christophe Colomb 48 ou Un américain à Paris sur laquelle on a peu d’informations. Il se rend à l’AFN (American Forces Network, la station de radio des forces armées américaines basées en Allemagne dont il fait le compte rendu dans Combat le 5 novembre et le 19 novembre 1948 : « Les studios sont rudimentaires, insonorisés avec du drap d’uniforme de la Luftwaffe, ça, c’est enfin un usag rationnel du drap d’uniforme, mais bien équipés »

Aux arts décoratifs il donne une conférence : Approche discrète de l’objet reproduite en 1960 dans le Dossier 12 du collège de ‘Pataphysique, rédige un article sur L’utilité d’une critique littéraire, ainsi une Chronique du menteur engagé reprise dans Chroniques du menteur aux éditions Julliard en 1966.

Les nouvelles de 1948 sont relativement moins nombreuses : Les Pas vernis reprise dans Le Loup-garou (Vian)Les Pompiers, reprise dans L’Herbe rougeLa Route déserte reprise dans Les Fourmis (Vian) avec quatre dessins de Boullet pour Barnum’s Digest.

La conférence : Utilité d’une littérature pornographique donnée le 14 juin 1948 au Club Saint-Germain a été publiée avec d’autres textes en 1980 dans : Écrits pornographiques

 

1949, Cantilènes en gelées, nouvelles, jazz toujours, activités diverses

Le morceau de bravoure de l’année 1949 est peut-être la publication de Cantilènes en gelée, recueil de poèmes édité en ouvrage de bibliophilie, dont le lancement à Paris fut hautement germanopratin et dont l’édition originale reste introuvable.  Réédité avec Barnum’s Digest et des poèmes inédits en collection 10/18 en 1972, les textes ont paru depuis chez divers éditeurs dont le Livre de poche en 1997. Il existe aussi une édition autographique avec les dessins de Chistiane Alanore chez Roger Borderie en 1978. L’autre recueil important est Les Fourmis, plus connu que le précédent, édité plusieurs fois depuis les éditions du Scorpion en 1949, réédité chez Jean-Jacques Pauvert en 1997.

D’autres nouvelles de 1949 ont été reprises dans divers recueils :

Dans Le Loup Garou : Marseille commençait à s’éveillerLe Penseur Un cœur d’orL’Amour est aveugle,

Dans Le Ratichon baigneur : La Valse MaternitéDivertissements culturels (juin 1949), Une grande vedette (août 1949), Les Filles d’avrilUn métier de chien (écrite en 1946, publiée en octobre 1949), L’Assassin.

D’autres nouvelles ont été extraites des Fourmis pour être publiées dans Paris-Tabou : L’Écrevissel’Oie bleue, ou bien seront publiées à titre posthume : Le Rappel successivement repris dans L’Arrache-cœurL’Herbe rougeLes Lurettes fourrées.

Le traducteur (le vrai cette fois) produit avec Michelle Vian Les Femmes s’en balancent (livre) de Peter Cheyney qui donnera lieu en 1954 à un film où ni le roman, ni l’auteur ni le traducteur sont inscrits au générique.

Le jazz occupe une grande part du temps de Boris Vian. Il écrit toujours une chronique pour le journal Combat, devient rédacteur en chef d’une revue de jazz : Jazz News dont il est aussi le principal rédacteur transformant la revue en un journal presque personnel.  La couverture des deux premiers numéros de la revue portent le sous-titre Blue Star Revue, Vian y collabore à partir du no 3, avec une annonce en gros caractères : « AVIS. Dès notre prochain numéro, Boris Vian sera le rédacteur en chef de Jazz News. Qu’on se le dise!.. », avec un rappel sur la page 21 du même numéro. Le journal a été entièrement aménagé pour lui

Dans la Gazette du Jazz, il signe deux articles sous le pseudonyme de Xavier Clarke (juin et juillet), et dans Jazz Hot, outre ses comptes-rendus habituels, il signe des critiques de disques sous divers pseudonymes (Otto Link, Michel Delaroche )

Dans l’hebdomadaire de Jean Guignebert Radio 49 – Radio 50 Boris livre des articles à partir du 13 mai 1949 jusqu’au 28 janvier 1950. Son premier article porte le titre : Ne crachez pas sur la musique noire

 

1950, l’Herbe rouge, l’Équarrissage, théâtre, cinéma, nouvelles, le dernier Sullivan et jazz toujours

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Le roman L’Herbe rouge daté de Frankfurt a/M, août 1948, puis Saint-Tropez septembre 1949, paraît aux éditions Toutain en juin 1950. Réédité dans un ouvrage qui comprend aussi L’Arrache-cœurLes Lurettes fourrées chez Jean-Jacques Pauvert en 1962, il connaît plusieurs éditions dont une est illustrée par Lars Bo en 1978, édition de bibliophilie par les Centraux bibliophiles. L’œuvre est actuellement en Pochothèque depuis 1991. C’est avec ce volume en main que Boris Vian se présente chez le diplomate Dick Eldridge qui loge sa future femme Ursula Kübler rue Poncelet. Cet ouvrage est encore un échec commercial cuisant. Les Éditions de Minuit voudront pourtant lui donner une deuxième chance en 1957, mais les difficultés financières de la maison de Jérôme Lindon empêcheront la réalisation de ce projet.

L’Équarrissage pour tous, en un acte, est créée le 11 avril 1950 au Théâtre des Noctambules  Le titre de la pièce a comme sous-titre : Vaudeville paramilitaire en un acte long avec une dédicace de Vian sous le pseudonyme de Charlemagne « À mon ennemi intime – Charlemagne. » Elle se trouve en publication posthume suivie d’une saynète Le Dernier des métiers et précédée de Salut à Boris Vian(texte de Jean Cocteau) en avant-propos. Dans une nouvelle édition, où le texte intégral est publié avec Tête de Méduse et Série blême, une introduction par Gilbert Pestureau présente la pièce comme « une farce iconoclaste ». Le metteur en scène André Reybaz apprend, à Boris Vian, au début de l’année, que sa compagnie (La Compagnie du Myrmidon) a réuni les moyens pour monter L’Équarrissage. Mais Elsa Trioletrefuse d’accorder une subvention au titre des arts et lettres. Elle a fait part de son hostilité au double de Vernon Sullivan. Ce n’était donc pas la pièce qui était en cause mais l’auteur « nous ne pouvons pas subventionner l’œuvre d’un étranger . » André Reybaz propose aux acteurs de J’irai cracher sur vos tombes, et à leurs amis, d’interpréter la pièce, mais tous se récusent sous divers prétextes. André Eybaz publiera cet épisode en 1975 dans Tête d’affiche

« Les excommunications, les lâchages, ne semblaient pas atteindre le sang-froid élégant de Boris, même son grand œil clair y gagnait quelque vibration. Mais je croyais déceler, sous son extrême pudeur, un givre sur son cœur . »

Dans la dernière édition 2006 en Livre de Poche, on trouve, un appareil critique de L’Équarrissage, une vingtaine de signatures, parmi lesquelles Boris Vian annonce : « Et voici qu’émerge la gracieuse silhouette de cette chère Madame Triolet le 20 avril 1950 » . Elsa Triolet commence par démolir Vian entièrement. Puis elle reconnaît l’humour de la pièce pour la démolir encore davantage : « Toute la première partie est drôle (…) c’est plein de gags et de mots drôles d’une drôlerie assez particulière et neuve (…) Mais (…) déjà à mi-chemin cela commence à foirer (sic). Cette peinture du monde « en mal », comme disait Paul Éluard, tourne court et cesse de faire rire » Le monarchiste Michel Déon, dans Aspects de la France déclare en contrepied 20 avril 1950 : « Je vois déjà d’ici quelques figures bien chagrines. Que va-t-il se passer si maintenant les hommes de théâtre entreprennent de nous faire rire? (…) Loin de moi de prêter à Boris Vian, l’auteur de la pièce des intentions politiques, religieuses, ou morales. Il se proclame anarchiste avec, au coin des lèvres, un sourire qui nous rassure : il n’y croit pas non plus. (…) Rien n’est certes plus à contre courant de notre temps que la tentative burlesque de Boris Vian. »

Le Dernier des métiers a été créée au théâtre de la Grande Séverine en octobre 1964. Pièce anticléricale, jugée hautement profanatoire par le directeur du théâtre des Noctambules qui l’a refusée parce qu’elle se moque d’un curé de show business, elle est donnée au théâtre l’année où Sœur Sourire devient une vedette internationale avec Dominique, nique, nique qui lui vaut deux Grammy award

Toujours pour le théâtre, Le Marquis de Lejanes, pièce en cinq actes restera sous forme de synopsis, publié chez Christian Bourgois de 1982 à 1987. Ce spectacle était destiné à rallonger la soirée théâtrale car L’Équarrisage pour tous se révélait trop court. Autres morceaux de théâtre : Un radical barbu pièce en un acte, sur laquelle Christelle Gonzalo indique que l’on a très peu de renseignements, Giuliano, comédie musicale, Deux heures de colle suite de sketches, Chroniques scientifiquesElle, Il, l’Autre ballet pour Roland Petit.

Pour le cinéma, plusieurs écrits sont repris dans Cinéma-Science fiction : Les RuesSaint-Cinéma-des-PrésOn en a marre de la vraie pierre, vivre le carton pâtePitié pour John Wayne, dans Rue des ravissantes : Marie-toi, « film musical gai pour orchestre de variété  »

Le Manuel de Saint-Germain-des-Prés écrit en 1950 publié l’année suivante aux éditions du Scorpion ne sera réédité qu’an 1974 aux Éditions du Chêne avec une préface, prépost face, et postface, puis repris en livre de poche en 2001. Selon Noël Arnaud, le manuscrit original du manuel comportait des illustrations qui ont été perdues et jamais retrouvée. L’actuel exemplaire du Manuel ne reflète pas exactement le manuscrit d’origine. Destiné au départ à être un véritable guide, commandé par Henri Pelletier le 3 octobre 1949 pour la collection Les Guides verts (12 rue de la Chaussée d’Antin) il ne sera jamais publié malgré une annonce parue dans L’Équarrissage pour tous

Les nouvelles de 1949-1950 sont reprises dans Le Ratichon baigneur : – Le Motif, ainsi que dans Le Loup garou: – Un Drôle de sport, -le Danger des classiques

Dans Jazz News, il signe entre autres un éloge de Duke Ellington, une méthode de be-bop et un éditorial : Blancs contre noirs : le racisme n’est pas mort

Dans le dernier « Sullivan », Boris Vian ne se donne même plus le rôle de traducteur. Édité le 12 juin 1950, Elles se rendent pas compte clos la série des romans « américains ». Sullivan a gagné beaucoup plus de notoriété et d’argent que Vian entre 1947 et 1950, même si les choses se terminent par une lourde amende de 100 000 fr pour Vian en mai 1950.  Mais Sullivan est beaucoup plus qu’un pseudonyme. C’est, pour l’écrivain, le sceau avec lequel il marque des écrits qu’il a classé par genre. Le choix des pseudonymes n’est pas sans signification.

1950 est aussi l’année où il commence à rédiger un Traité de civisme qu’il va remanier jusqu’à sa mort, changeant les titres, en racontant le contenu à ses amis, mais dont rien n’a été publié de son vivant. La première étude faite par Noël Arnaud avec Ursula Kübler est publiée dans Les vie parallèles de Boris Vian en 1970. Puis, au fur et à mesure que se poursuit la découverte des manuscrits de Vian, Ursula et Arnaud font appel à un jeune universitaire : Guy Laforêt qui classe et commente l’ensemble des inédits de 1974 à 1977 pour en faire sa thèse de doctorat. La thèse est publiée en 1979 chez Christian Bourgois, reprise en livre de poche. Les éléments complétés et remaniés sont publiés de nouveau sous le titre Traité de civisme en livre de poche par Nicole Bertolt

 

1951 Théâtre, nouvelles, traductions et poèmes

L’année commence mal, avec la traduction sur commande de Gallimard du livre d’un militaire américain auto-élogieux Histoire d’un soldat de Omar Bradley. pressé par le besoin d’argent, exaspéré par le sujet, l’écrivain anti-militariste expédie la traduction en trois semaines de calvaire. Le relecteur de Gallimard note que la traduction a été faite sans beaucoup de soins, et sur les quelques exemplaires que Vian dédicace à ses amis, il barre le mot soldat qu’il remplace par connard (Histoire d’un connard).

Le Goûter des généraux, pièce de théâtre en trois actes écrite en 1951, publiée pour la première fois en 1962, créée au théâtre en langue allemande en 1964 au Staatstheater de Brunswick, puis au théâtre de la Gaîté-Montparnasse à Paris le 18 septembre 1965, porte le sous-titre tragédie lyrique et militaire. Cette pièce est en grande partie redevable à cette Histoire du soldat que Boris a tant détesté traduire. On y trouve parmi les militaires le général James Audubon Wilson de la Pétardière Frenouillou, le général Dupont d’Isigny et le général Lenvers de Laveste et Juillet’est le deuxième morceau de bravoure antimilitariste de Boris après L’Équarrissage pour tous.

Une grosse farce, Tête de Méduse, écrite la même année, est jouée pour la première fois à Abidjan (Côte d’Ivoire) le 29 janvier 1974 et à Poitiers le 17 janvier 1975. La pièce paraitra en édition posthume dans Théâtre inédit chez Christian Bourgois, puis en Livre de Poche avec l’Équarrissage pour touset Série Blême autre pièce de théâtre.

Boris Vian écrit aussi un spectacle pour La Rose rouge : Ça vient, Ça vient une anticipation de Boris Dupont sur des thèmes déjà dans l’air qui parait en publication posthume dans Petits spectacles.

Deux traductions lui sont beaucoup plus agréables que Soldier’s story. Dans la collection La Méridienne de Gallimard 1951 : Le Jeune homme à la trompette de Dorothy Baker, et Le Bluffeur de James M. Cain.

Nouvelle parue dans Écrits pornographiques : Les Gousses dans Le Loup garou : Le Voyeur (titre d’origine : Le Bonhomme de neige)

Ses chroniques régulières sur le Jazz sont reprises dans Écrits sur le Jazz et Autres écrits sur le jazz.

« 1951 est une année sombre pour Boris qui vint de quitter sa femme Michelle, qui vit mal de ses traductions, subit les assauts du fisc, vit dans un minuscule logis au dernier étage du 8 boulevard de Clichy  » C’est pendant cette période-là, qui s’étend jusqu’en 1953, qu’il commence à écrire les poèmes qui composeront le recueil Je voudrais pas crever. Si le poème-titre est bien daté de 1952, une grande partie des poèmes commence cette année-là.

Il y avait trois recueils classés par Boris selon un ordre à lui, que Noël Arnaud a rassemblés en un seul auquel il a ajouté divers écrits en prose de la période 1951-1953

 

1952 Tout sauf du roman

Pendant les derniers mois de 1951, Boris s’éparpille, mais ne cesse d’écrire : un journal, des « variations de plume . » Il multiplie les traductions, les piges, les articles sur le jazz. Il traduit notamment ‘Mademoiselle Juliepièce d’August StrindbergLes Vivisculpteurs, une nouvelle de science fiction de Wallace G. West parue dans France Dimanche. Il écrit aussi beaucoup de sketches pour le théâtre et enfin, un petit miracle vient lui remonter le moral : Cinémassacre, un des sketches qui sera repris ensuite dans Petits spectacles chez Christian Bourgois en 1977. est joué à La Rose rouge. C’est la bonne nouvelle de cette année 1952 : Nikos Papatakis, sur une idée de Pierre Kast et de Jean-Pierre Vivet, présente un spectacle à sketches sur le cinéma. Le scénario et les dialogues sont confiés à Boris Vian, Guillaume HanoteauAndré Roussin, Queneau, Desnos. Vian retrouve encore en 2011 un de ces poètes (Desnos), dans un spectacle lu par Jean-Louis Trintignant qui a connu environ trois ans de succès.

« Avec Cinémassacres Boris entre dans le petit cercle des auteurs parodiques, manieurs de vitriol, qui plaisent à Papatakis »

Parmi les très nombreux sketches de Vian, Yves Robert et sa compagnie en ont interprété beaucoup à partir d’avril 1952, date à laquelle a été créé Cinémassacre. Selon une lettre de Boris à Ursula, alors en tournée, le spectacle « était du tonnerre, les gens hurlaiens de joie (…) ». Yves Robert a repris avec Rosy VarteCinémassacre en juillet 1954 aux Trois Baudets

En théâtre et cinéma, Vian a écrit cette année-là :

Il est minuit docteur Popoff, scénario de film

Paris varie (autre titre : Fluctuar nec mergitur)

Cinq bals synopsis d’une comédie musicale

Odon et Dunœd ballet

Une nouvelle : Pénible histoire mais ses écrits sont surtout des articles bénévoles pour Jazz Hot, et des piges rémunérées pour Constellation et les Cahiers du disque.

 

1953, tout avec un roman

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Boris publie aux éditions Pro-Francia-Vrille, dirigées par Évrard Bourlon de Rouvre L’Arrache-cœur, avec un avant propos de Raymond Queneau. L’ouvrage paraît le 15 janvier 1953. Il a été commencé en 1947, revu réécrit, le manuscrit définitif et la copie dactylographiée sont datés de 1951. Il portait le titre Les Fillettes de la reine, tome I, Première manche. Jusqu’aux cages, que Gallimard a refusé en 1951. Édité chez Pro-Francia-Vrille en 1953, réédité par le même avec L’Herbe rouge et Les Lurettes fourrées en 1965, 1978, 1989, puis chez de nombreux éditeurs dont Christian Bourgois, il est dès 1991 dans La Pochothèque86.

Ce roman avait l’estime de son auteur qui l’avait classé sous le signe « R3 » dans son agenda de 1947. Le refus de Gallimard tombe comme un coup de poignard. Dans une lettre à Ursula, Boris annonce ainsi la mauvaise nouvelle : « Tu me demandes pourquoi ils ne prennent pas le livre chez Gallimard ? Queneau l’aurait pris je crois, c’est surtout Lemarchand qui ne veut pas. Je l’ai vu hier, ils sont terribles tous. Il ne veut pas parce qu’il me dit qu’il sait que je peux faire quelque chose de beaucoup mieux(…) Ils veulent me tuer tous (…) C’est drôle, quand j’écris des blagues, ça a l’air sincère, quand j’écris pour de vrai on croit que je blague »

En 1953, Queneau propose de nouveau L’Arrache-cœur en y ajoutant une préface de sa main. Véritable hommage à l’écrivain Boris Vian, cette préface donnera lieu à une très confidentielle parution, puis aux éditions Vrille la même année. Le livre passe inaperçu. Seul François Billetdoux lui consacre un article. L’attitude du monde littéraire, face à ce texte qui a donné tant de mal à son auteur, écœure Boris Vian qui dédicace un exemplaire à sa mère : « Mère Pouche, en vl’là encore un pour allumer l’feu. »

Boris ayant décidé d’abandonner la littérature, il se tourne vers le spectacle musical, puis l’opéra, qui sera, dans ses deux dernières années (entre 1957 et 1959) : « la grande affaire de sa vie. » Il commence avec Le Chevalier de neige. En tout, il va écrire sept opéras, dont deux resteront inachevés.

Le Chevalier de neige a été commandé à Boris et Georges Delerue par Jo Tréhard pour le Festival de dramatique de Caen. Bénéficiant de moyens exceptionnels, les deux auteurs bâtissent un spectacle démesuré qui sera présenté en août 1953 dans le château de Caen, puis en format plus large avec la cantatrice Jane Rhodes au théâtre de Nancy en 1957. Le texte est édité en 1974 chez Christian Bourgois. Boris Vian y découvre le pouvoir visuel de la musique, et dans la deuxième version destinée à l’opéra de Nancy en 1957, il va apporter force modifications au livret initial.

1954 Théâtre cinéma et jazz et les chansons

Toujours convaincu qu’il n’arrivera à rien en littérature, Boris Vian, après l’heureuse expérience du Club des savanturiers se lance, avec le soutien de Pierre Kast qui relit ses textes et les corrige au besoin, dans l’écriture de scénarios. Après Le Cow-boy de Normandie (1953,) Vian écrit Le Baron Annibal , récit d’espionnage, ainsi que Le Pacha (juillet 1954) paru en publication posthume dans Cinéma-Science fiction.

Pour le théâtre, il crée Série blême, une tragédie en trois actes et en alexandrins qui ne sera jouée qu’en 1972 à Nantes et que l’on retrouve dans un recueil de poche comprenant L’Équarrissage pour tous et Tête de Méduse, après avoir été publié dans Théâtre inédit chez Christian Bourgois en 1970, dans Théâtre II en 10/18 et en livre de poche en 1998.

La date de l’écriture de Série blême varie selon les sources. Le recueil en livre de poche préfacé par Gilbert Pestureau, qui comprend un texte de Jean Cocteau Salut à Boris VianL’Équarrissage pour tous et Tête de Méduse la situe en 1952, tandis que Noël Arnaud précise : Série blême est de 1954 en faisant allusion à la collection Série blême que Marcel Duhamel a dirigée en même temps que la Série noire. Toutefois la Série blême eut moins de succès que la série noire et disparu après quelques parutions

Cette année où Boris accumule les échecs et la fatigue. Il ne lui reste que le jazz pour se consoler : Jazz-hot où ses chroniques paraissent chaque mois (reprises dans Écrits sur le jazz et Autres écrits sur le jazz). Une nouvelle : Voyage en auto paraît dans le numéro cinq du journal Voyages, elle est reprise dans La Belle époque en livre de poche en 1998. Boris écrit aussi pour le magazine Arts, des chroniques sur le jazz toujours. On les retrouve désormais dans Autres écrits sur le jazz

L’aventure du Déserteur commence cette année-là. Le 15 février 1954, Boris dépose à la Sacem le texte et la musique d’une chanson contre la guerre, arrangée par le compositeur Harold Berg. Quelques mois avant Ðiện Biên Phủ. Boris pense sans doute à la guerre d’Indochine, mais peut-être aussi à une guerre non précisée, à Albert Camus qui souhaitait : Pas un jeune du contingent pour la guerre . Le 8 mai c’est Marcel Mouloudji qui la chante pour la première fois au théâtre de l’Œuvre.

Cette même année, Boris produit à une allure exceptionnelle un très grand nombre de chansons, avec Jimmy Walter, musicien qui accompagne Renée Lebas dans ses tournées. Les deux compères forme un duo gouailleur et provocateur qui produit notamment le Tango interminable des perceurs de coffre-fort et J’suis snob. Renée Lebas choisit pour elle-même : Moi, mon ParisSans blagueAu revoir mon enfanceNe te retourne pas.

En novembre 1954, Michel de Ré demande à Boris Vian de lui écrire quelques chansons pour le spectacle La Bande à Bonnot , d’Henri-François Rey, mis en scène par Michel de Ré qui doit être monté au minuscule théâtre du quartier latin. Bori se régale de l’univers des « bandits tragiques » et, avec Jimmy Walter il écrit entre autres Les Joyeux bouchers(avec, au refrain : faut que ça saigne…), La Java des chaussettes à clous, et la Complainte de Bonnot. « Les témoins hésitent sur le nombre de représentations de la comédie musicale. Une, deux ou trois. Retirée de l’affiche sans égards (…) Personne n’a entendu les chansons de Boris Vian. » Quinze d’entre elles font partie de la compilation 100 chansons, quatre coffretsdont Françoise Canetti, fille de Jacques Canetti qui avait eu l’initiative de cette réédition, regrette qu’ils ne soient plus proposés à la vente.

1955 Le Chasseur français, Drencula, et autres facéties

Boris sait maintenant qu’il est inconvenant dans le petit monde littéraire. Il ne cherche plus du tout à plaire mais à s’amuser. Dans la veine de Série blême et toujours dans le style de la Série noire, il produit une pièce de théâtre musicale qui, contrairement à ce qu’il annonce, n’est pas une transposition des spectacles de Broadway : Le Chasseur français , partiellement horrifique et angoissante. Elle présente le personnage d’Angélique qui se gave de romans policier « ceux de Gallimard sont les plus dégueulasses » dit-elle, et l’action se déroule dans une bourgade du Far West où tous les habitants sont morts de la dysenterie depuis cinquante ans. Ce lieu est un coupe-gorge. Mis en musique par Stéphane Carègue, l’ensemble a été créé en décembre 1975 par la Compagnie Pierre Peyrou-Arlette Thomas aux anciens abattoirs de la Villette, au Théâtre présent.

Suivront deux petites comédies ballets : Mademoiselle Bonsoir, et La Reine des garces, ainsi que des revues : Ça c’est un monde, créée à l’Amiral et mise en scène par Guy Pierrauld en novembre 1955. Morts en vitrine, commentaire de film va être réalisé en 1957 par Raymond Vogel

Un autre spectacle écrit avec Roger Rafal avec une musique de Jimmy Walter est joué à La Rose rouge le 18 mars 1955 : Dernière heure

La nouvelle Drencula va rejoindre les publications posthumes. On la retrouve dans Écrits pornographiques. Et L’Autostoppeur, scénario de film se retrouve dans le recueil Rue des ravissantes. Boris rédige aussi un Mémoire concernant le calcul numérique de Dieu par des méthodes simples et fausses ce dernier texte sera publié en 1977 par le collège de ‘pataphysique.

Mais Boris a aussi déclenché une grande agressivité du public et des autorités à son égard à cause de sa chanson Le Déserteur. Ce qui le pousse à écrire une lettre à Paul Faber, conseiller municipal, à propos de cette chanson. Lettre dans laquelle il demande à ce conseiller s’il est pour ou contre la guerre . Vian écrit encore beaucoup d’articles sur le jazz, toujours repris dans Écrits sur le jazz et Autres écrits sur le Jazz, et des Chansons pas correctes, comprenant : La Marche du concombrela Messe en Jean Mineur par J.S Bachique (célébrée dans l’intimité en 1957). La Marche du concombre a été enregistrée en 2011 par Jean-Claude Dreyfus.

 

1956 chansons, traductions, autres écrits

Année peu productive car Boris Vian a été atteint d’un œdème au poumon. Parti en convalescence à Saint-Tropez où il était devenu les années précédentes Le Prince de La Ponche et où les parisiens maintenant « se plaignent de l’invasion des parisiens, » Boris ne reconnaît plus le village qu’il aimait, il s’ennuie. Il a le plaisir de voir sa traduction de L’Homme au bras d’or, roman de Nelson Algren paru en feuilleton en 1954-1955 dans Les Temps modernes, passer dans la collection Du monde entier chez Gallimard (le contrat datait de 1950 chez cet éditeur.)

Il écrit l’argument d’un ballet de 17 minutes L’Aboyeur, qui aurait été représenté en 1955 sur une mise en scène de Jean Negroni selon ce site  et qui a été rédigé le 7 juillet 1956 selon Noël Arnaud. Vian commence aussi une revue de science-fiction En avant Mars destinée au théâtre des Trois Baudets dont la première version inclut La Java martienne sur une musique d’Alain Guoraguer, qui date selon les sources de 1952 ou 1955 ou 1957 selon Youtube . C’est probablement cette même année qu’il écrit Chambre de célibataire, vaudeville en un acte jamais édité, sur lequel on a peu d’informations, et dont Julie Caïn précise qu’il aurait pu figurer dans le tome 10 des Œuvres publié chez Fayard. Il est brièvement mentionné par Noël Arnaud avec cette même date sans autres précisions

Une nouvelle reprise dans Cantilènes en geléeCantate des boîtes, le texte de la chanson Le Déserteur publié dans le numéro 5 du Cahier des saisons, reprise ensuite dans Textes et chansons, puis un article : La Vérité sur le cinéma, repris dans Cinéma-science fiction, et L’Almanach du Canard enchaîné, ainsi que de nombreux écrits sur le jazz constituent l’essentiel de la production d’un écrivain « au fond du trou » car la réédition de L’Automne à Pékin est encore un échec. Jérôme Lindon et Alain Robbe-Grillet considèrent que cet échec est dû à l’ensemble de la critique qui refuse de se déjuger dix ans plus tard, alors qu’elle avait enterré l’ouvrage dix ans plus tôt

Pan, pan, pan, poireaux pomm’ de terre, est un texte remanié en chanson publicitaire ; présentée en public fin 1956 par Maurice Chevalier elle est largement diffusée et connaît un fort succès l’année suivante

 

1957 science-fiction, traduction, opéra et ballet

Encore une petite année pour l’écrivain, encore sous le choc de la maladie et qu’une ultime humiliation attend : Jean Paulhan croyant peut-être lui faire plaisir (?), lui écrit le 12 octobre 1957 une lettre enthousiaste dans laquelle il lui fait part d’une chronique élogieuse sur son œuvre, mais qui lui demande aussi (sans lui montrer la chronique) : « …Je voudrais bien lire L’Herbe rouge. Où la trouver?. »

Heureusement le début de l’année a été placé sous le signe de la rigolade. Boris admire A. E. van Vogt, écrivain canadien, et il a proposé aux éditions Gallimard de traduire, dans la collection Le Rayon fantastique les romans du Cycle du Ā, appuyé par Raymond Queneau, qui est aussi un admirateur de van Vogt. Les titres paraissent enfin en 1957 alors que les contrats avaient été signés en 1951 chez Gallimard : Le Monde des ĀLes Joueurs du ĀLa Fin du Ā. L’ensemble des traductions de Vian sont reprises en 1966 au Club du livre d’anticipation sous le titre : Les Joueurs du Ā, et en 1991 aux Éditions Omnibus.

Rue des ravissantes, comédie musicale-ballet écrite en collaboration avec Pierre Kast ne sera jamais jouée du vivant de l’artiste. Elle donne son titre à un recueil de scénarios : Rue des ravissantes (recueil) dont cinq courts métrages tirés du livre de Vian ont été adaptés par Anne-Laure Daffis et Léo Marchand. Ils sont programmés pour l’automne en 2014 sur France 3 et France 2.

Un autre opéra intitulé Une regrettable histoire sur une musique de Georges Delerue, connaît une publication posthume dans le Dossier 12 du collège de ‘pataphysique en 1960. Après une création le 18 septembre 1961 sur France I-Paris inter, le texte vient grossir le recueil Opéras regroupant les livret en Livre de poche sous le titre Le Chevalier de neige et autres opéras. Cette même année, Vian traduit aussi pour les livres-disques Philipps des contes de Grimm et d’Andersen

 

1958 spectacles musiques et chansons

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Cette année-là, Boris continue d’abandonner tout projet de littérature et passe le plus clair de son temps avec l’ami Salvaduche, qui, malgré sa paresse, donne de l’énergie à Boris. Les chansons naissent dans l’heure ou même moins : Faut rigoler a été écrite en une demi-heure . Boris ne cesse de répéter qu’il veut partir de chez Fontana et en effet, il quitte la maison de disques car il a d’autres projets : des chansons qu’il écrit en grand nombre et des scénarios.

De quoi je me mêle scénario, sera repris dans Rue des ravissantesMise à mort et Faites sauter la banque publiés dans Cinéma/Science Fiction.

Les spectacles musicaux vont de l’opéra à la comédie musicale : Fiesta, opéra créé à Berlin en 1958, puis : Lily Strada, opéra en deux actes jamais créé de son vivant, et Faites-moi chanter, comédie musicale reprise en scénario dans Rue des ravissantes.

Et toujours : des articles. Dans Le Canard enchaîné, il défend Georges Brassens, dans la Gazette de Lausanne il publie des textes sur la belle époque de Saint-Germain-des-prés qui seront repris ensuite dans le Manuel de Saint-Germain-des-Prés.

Dans Le Canard enchaîné encore, il publie une chronique sur le disque de Serge Gainsbourg, Du chant à la une ! préfacé par Marcel Aymé, auteur qu’il admirait et qu’il a toujours voulu rencontrer. Mais Marcel Aymé ne voulait voir personne. « Boris a cherché à connaître Marcel Aymé, qu’il aimait beaucoup, mais ça n’a pas marché. Marcel Aymé ne voulait voir personne. Boris avait un petit espoir parce que Delaunay, du Hot Club de France, connaissait le tailleur de Marcel Aymé (…). [Boris] allait chez ce tailleur, du côté de Montmartre. Et il y allait d’autant plus que c’était celui de Marcel Aymé. Je crois qu’il lui a écrit, l’autre ne lui a jamais répondu. »

Il est aussi l’auteur d’un essai décryptant sur un ton mi-pédagogique, mi-pamphlétaire le fonctionnement du monde de la chanson, En avant la zizique… et par ici les gros sous.

 

1959, Boris Vian, dernière année

En janvier, tenu au repos à Goury, dans le Cotentin, Boris a adressé sa lettre de démission à Louis Hazan, directeur commercial de Fontana, mais il continue à faire quelques enregistrements avec Henri Salvador qui vient le rejoindre à Goury. Et il achève la dernière version de la traduction du Client du matin de Brendan Behan, qui Traduit en collaboration avec Jacqueline Sundstrom, publiée chez Gallimard dans la collection Le Manteau d’ArlequinLe Client du matin est jouée au Théâtre de l’Œuvre le 15 avril 1959, avec une mise en scène de Georges Wilson et une musique de Georges Delerue. Dans une lettre à Jacques Bens du 15 juin 1959, Vian dit brièvement ce qu’il en pense :

« Moi je n’ai pas d’opinion sur Le Client de matin. Je trouve juste que c’est chiant. »

Les Bâtisseurs d’empire, pièce écrite en 1957, publiée le 23 février 1959 dans les Cahiers du Collège de ‘Pataphysique, puis repris en volume le 19 pédale 86 (13 mars 1959). Le texte sera repris dans la Collection du Répertoire du TNP, à l’occasion de la création de la pièce le 22 décembre 1959 au Théâtre Récamier par Jean Vilar, musique de Georges Delerue. Texte réédité en 1965 chez Jean-Jacques Pauvert sous le titre Théâtre de Boris Vian.

Avant cette pièce, Boris Vian avait eu l’idée de faire un roman : Les Assiégés. Le Schmürz était une jeune fille qui céda la place dans le projet de pièce de théâtre entamée par Vian le 18 mars 1950, à un arabe. « 4 mecs sur cène et les deux, sitôt qu’ils parlent de quelque chose de sérieux se font cogner sur la gueule. Et un arabe s’y fait cogner tout le temps. »

Ainsi, les « critiques à courte vue » prirent le Schmürz pour un Arabe parce que la guerre d’Algérie battait son plein :

« … et qu’on cassait du bougnoul à tour de bras (…) alors que si le projet de 1950 s’était réalisé en 1950, ils eussent très certainement naturalisé l’Arabe Annamite car à l’époque, c’était du Viet qu’on cassait. »

En 1953 une amnistie avait effacé sa condamnation pour le roman J’irai cracher sur vos tombes. Boris avait demandé et reçu un extrait de son casier judiciaire vierge de toute condamnation, le 13 décembre 1953.

Mais en 1959, il était sous la pression d’une mise en demeure de la société SIPRO qui avait acheté le droits d’adaptation à l’écran du roman, dont l’auteur était chargé d’écrire un scénario qu’il tarde à donner à ses « nouveaux maîtres » au cinéma. Rentré à Paris dans sa Morgan, Vian se fait un plaisir de leur remettre les pages qu’on lui réclame, ce qui aboutit à un script de cent dix-sept pages d’ironie et de bouffonnerie que la Sipro n’apprécie guère. La société lui répond sur papier bleu : « Nous ne comprenons pas très bien ce que vous avez voulu faire (…) Nous sommes obligés de nous mettre en rapport avec un autre adaptateur pour ce travail. Nous faisons toute réserve quant au préjudice que vous nous causez (…) »

Considéré par les producteurs comme un scénario-bidon, le texte est remanié de façon à s’éloigner le plus possible du roman d’origine dont on a « élagué les incongruités faciles. »

Le scénario original de Boris Vian sera publié dans Le Dossier de l’affaire « J’irai cracher sur vos tombes », textes réunis et présentés par Noël ArnaudChristian Bourgois éditeur,

Cette année-là, Boris Vian écrit encore des sketches : Les Voitures et Salvador vend des disques qui seront repris dans Petits spectacles, ainsi qu’un un article sur Ricet Barrier, un sur Serge Gainsbourg et de nombreux article pour Constellation, dont certains paraîtront encore après sa mort jusqu’en août 1959 et juillet 1961. Certains sont signés Boris Vian, d’autres Adolphe Schmürz. Le 11 gidouille 86 (25 juin 1959), deux jours après sa mort, le collège de pataphysique publie sa Lettre à Sa magnificence le Vice-Curateur Baron sur les Truqueurs de la Guerre, reprise dans Cantilènes en gelée et Je voudrais pas crever (recueil)

ECRIVAIN CHRETIEN, ECRIVAIN FRANÇAIS, JEAN-PIERRE DE CAUSSADE (1675-1751), LITTERATURE CHRETIENNE, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, LIVRES DE SPIRITUALITE

L’Abandon à la divine providence : traité de spiritualité attribué à Jean-Pierre de Caussade

L’abandon à la divine providence

Autrefois attribué à Jean-Pierre de Caussade

Ed. et introd. D. Salin.

Paris, Desclée de Brouwer, coll. « Christus », 2005,202 pages

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Présentation de l’éditeur

Depuis un siècle et demi, ce petit traité est un des best-sellers de la littérature spirituelle.  » C’est un des livres dont je vis le plus « , disait Charles de Foucauld. Le théologien Urs von Balthasar voyait en lui un résumé de la mystique européenne,  » depuis les Rhénans jusqu’aux Français en passant par jean de la Croix, dans une unité d’une simplicité confondante « . Il est l’équivalent moderne de ce que fut, et demeure, l’Imitation de Jésus-Christ. La collection  » Christus  » en donne une édition entièrement nouvelle. L’introduction fait le point sur l’histoire mouvementée de ce texte, à la lumière des études récentes. Composé dans la première moitié du XVIIIe siècle, il ne peut plus être attribué au jésuite Jean-Pierre de Caussade, mais à une plume anonyme, disciple de Madame Guyon. L’introduction présente également la grande caractéristique de cette spiritualité de l’abandon dans  » le moment présent « , lorsque s’obscurcit le ciel de la foi. La lecture du texte est facilitée par une ponctuation moderne, qui en souligne la vigueur. Il s’agit aussi d’une édition critique : la leçon du manuscrit est indiquée en note lorsque le texte est corrigé.

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C’est en réalité une femme qui l’a écrit

 

  • «L’abandon à la Providence divine» a été pendant des années attribué au jésuite Jean-Pierre de Caussade. ·

2 mai 2012 L’Observatore Romano

Amantine Lucie Aurore Dupin publie ses romans, mais, pour qu’ils soient acceptés, elle les signe George Sand; Mary Ann Evans devient George Eliot. Currer Bell, Ellis Bell et Acton Bell ne sont autres que les pseudonymes masculins de Charlotte, Emily et Anna Brontë, obligées de les utiliser pour publier leurs romans. Ce n’est qu’après la mort de Maria Alphonsina Ghattas que l’on découvrit qu’elle était la véritable fondatrice, à Bethléem en 1880, de la Congrégation du Rosaire, dont l’aumônier de la communauté avait toujours été  considéré comme le fondateur. Et cela a été le cas pour de nombreux autres instituts religieux féminins.

Récemment, l’historien français Jacques Gagey a révélé que cela s’est produit également pour l’un des plus célèbres livres de spiritualité  catholique, L’abandon à la Providence divine, l’œuvre spirituelle la plus importante du XVIIIè siècle français, rédigée vers 1740 et publiée en 1861. Urs von Balthasar la considérait  «le livre charnière qui recueillait l’épopée mystique tout entière», un classique de la spiritualité et un livre à l’aspect unique qui accompagne constamment de nombreuses personnes spirituelles. Ces pages si célèbres et sans cesse rééditées ne sont donc pas l’œuvre du jésuite Jean-Pierre de Caussade, mais d’une femme. Gagey sait que, à cette époque, l’attribution de l’auteur n’avait pas d’importance. Mais faire aujourd’hui la lumière est un devoir de vérité historique, surtout lorsque tous pensent que l’auteur est un homme, et que cela rend plus difficile de découvrir qu’il s’agit en revanche d’une femme.

Il s’agit d’une autobiographie spirituelle, inscrite dans la culture spirituelle du siècle comme un texte cohérent, l’œuvre d’une seule main: «Seuls ceux qui ne connaissent pas suffisamment la littérature mystique peuvent mettre en doute que l’auteur est une femme». Egalement parce cet auteur parle souvent au féminin : «C’est à vous à tout régler: la sainteté, la perfection, le salut, la direction, la mortification, c’est votre affaire; la mienne est d’être contente de vous et de ne m’approprier aucune action ni passion, mais laisser tout à votre bon plaisir». L’auteure est une femme originaire de Lorraine, dirigée par le père de Caussade dont on ignore encore le nom, mais assurément d’une condition sociale élevée et proche de la Visitation de Nancy.

Appelons-la Dame Abandon, en absence d’un nom précis. Tout d’abord confidente, puis protectrice du père de Caussade, elle hérite de la grande tradition mystique mais elle connaît également, et elle fait sienne, la philosophie des Lumières, dans une acception positive. Précisément en assumant la responsabilité d’utiliser courageusement sa propre intelligence et de ne pas déléguer passivement sa vie intérieure à un livre ou à un directeur spirituel, l’auteure révèle son choix de liberté. Non pas en s’attardant sur des théories ou des abstractions, mais en allant directement, comme cela avait déjà été le cas de sainte Thérèse d’Avila, à sa propre expérience concrète.

Lorsqu’une innovation  apparaît dans la spiritualité, voilà alors se présenter des confesseurs ou des directeurs spirituels qui sentent le devoir de s’en approprier, peut-être pour lui faire parcourir  un chemin plus sûr grâce à leur supériorité intellectuelle et théologique. Ils ne considèrent donc la femme que comme la porteuse d’une intuition qui, pour être développée et portée à connaissance, demande l’autorité d’un homme et de ses instruments intellectuels.

A la moitié du XIXè siècle, la visitandine Marie-Cécile Fervel découvrit des fragments de lettres et elle eut la conviction qu’il s’agissait d’une correspondance spirituelle de la supérieure de son monastère, mère de Rottembourg. Elle composa une lettre avec  les différents morceaux, la faisant passer pour une lettre du père de Caussade, et elle fit de même  avec d’autres fragments, trompant ainsi le jésuite Ramière, pour faire en sorte que ces écrits puissent devenir une partie de la préparation spirituelle des monialesRamière, reconnaissant la valeur des textes, leur donna la forme d’un traité  divisé en chapitres, et il y ajouta aussi un titre, L’abandon à la Providence divine, pensé comme le moyen le plus facile de sanctification, œuvre posthume du père de Caussade, jésuite. Les sœurs se concentrèrent sur celui-ci, non pour continuer la tromperie, mais parce qu’il était habituel de présenter un texte de manière à le rendre adapté à un milieu spécifique. Les copistes modifiaient, coupaient et inséraient  en pleine liberté des passages adaptés à la vie du couvent, elles s’échangeaient les lettres et en copiaient  les passages les plus significatifs, laissant de côté le nom de celui qui avait écrit.

L’abandon est une véritable science, qui enseigne la confiance dans la vie et dans l’auteur de la vie. L’intériorité se déploie alors dans le chant de joie de la liberté spirituelle, l’amour pur et l’anéantissement de la propre volonté, car «l’action divine inonde l’univers, pénètre toutes les créatures, les submerge». Dame Abandon ne dit pas des choses nouvelles, ce n’est pas une innovatrice, elle ne se soucie pas des répétitions, mais elle est riche d’annotation psychologiques et, surtout, elle s’inspire d’une expérience vécue. Son principe de devenir spirituel prend le nom d’abandon et est ouvert à l’histoire, aux événements, à l’acceptation de tout ce qui a lieu, et de tout ce que nous devons souffrir. Elle observe que tout se meut selon une orientation providentielle: «Le moment présent est donc comme un désert où l’âme simple ne voit que Dieu seul, dont elle jouit, n’étant occupée que de ce qu’il veut d’elle: tout le reste est laissé, oublié, abandonné à la Providence».

L’auteure affronte le présent sans méthode particulière, mais elle se concentre sur  l’attitude profonde. L’objectif pointe précisément sur l’expérience quotidienne, dans le traumatisme permanent de l’abandon comme suspension de l’amour: dans la douceur transparaît l’audace. L’âme, dans la responsabilité de sa propre liberté, pratique l’intériorité avec la bonne volonté positive et sa conscience s’harmonise. A une époque moderne et avec d’autres connaissances scientifiques, Jung définit ce processus d’intégration de la conscience «le processus d’individuation».

Cristiana Dobner

 

http://www.osservatoreromano.va/fr/news/cest-en-realite-une-femme-qui-la-ecrit

 

L’Abandon à la providence divine d’une dame de Lorraine au 18e siècle, suivi des Lettres spirituelles de Jean-Pierre Caussade à cette dame. Édition critique établie par Jacques Gagey, 2001 

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L’histoire de L’abandon à la Providence divine, composé dans un milieu religieux fortement marqué par cette mystique laïque qu’était Madame Guyon, est extraordinaire Le P. Dominique Salin, jésuite, historien de la spiritualité et collaborateur assidu de Christus, en raconte avec brio, dans son introduction, les multiples péripéties. Comment cet ouvrage du début du XVIIe siècle, écrit juste après la rupture entre Bossuet et Fénelon qui scellera la fin du lien entre mystique et théologie, a-t-il pu connaître un succès jamais démenti depuis sa parution à la fin du XIXe siècle ? D’abord, le style de L’Abandon est résolument moderne et en parfaite adéquation avec son propos : on y voit précisément à l’oeuvre  l’abandon au moment présent constamment renouvelé, presque chaque paragraphe résumant à lui seul tout le livre. Après une première affirmation, l’auteur a coutume de laisser sa phrase s’écouler en de longues périodes, comme s’il l’abandonnait à l’inspiration divine Par instants toutefois, l’insaisissable semble se laisser saisir, et la phrase alors s’écourte, se densifie. 
Surtout, la perception de Dieu, telle que la propose ce petit livre, est très actuelle. L’auteur valorise la prévenance du Père à l’égard de l’homme qui n’a rien à craindre d’un quelconque châtiment divin . mieux vaut suivre l’exemple de la Sainte Famille dépendante du bon plaisir divin Sans doute, cinquante ans auparavant, aurait-on davantage mis en avant l’exemple du Christ. 
Déjà perceptible chez Madame Guyon, l’effacement du Christ comme médiateur, et a fortiori de l’Eglise, est ici extrême, comme chez nombre de nos contemporains. A partir de là, l’auteur n’emploie le terme d’abandon qu’avec circonspection, car lui aussi est devenu suspect. C’est pourquoi il ne l’applique pour l’essentiel qu’à propos de la moins suspecte des créatures : Marie. C’est à travers les mots du Magnificat que Jésus parle avec le plus d’aisance ; c’est par les seuls yeux de Marie que nous voyons Jésus dans la crèche et sur la croix, etc L’expérience intime de l’Esprit Saint, acquise comme à l’aveugle par ces saints cachés que sont, à l’image de Marie, les âmes les plus simples « sanctifie et surnaturalise » les temps que nous vivons. Ainsi, ces âmes complètent l’Ecriture sainte à travers « un livre de vie » où sont inscrits les plus beaux silences de l’humanité, pour peu qu’ils relèvent de l’ordre de Dieu, d’un « déjà là » qui ne souffre plus de « pas encore ». 
On devine aisément pourquoi un Charles de Foucauld et toute une foule de chrétiens anonymes depuis plus d’un siècle ont marqué la lecture de cet ouvrage d’une pierre blanche. Christus est heureuse d’en offrir une nouvelle édition entièrement refondue.

 

CHRISTUS N°210Avril 2006

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Jean-Pierre de Caussade

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Jean-Pierre Caussade, né le 7 mars 1675 à Cahors (France) et mort le 8 décembre 1751 à Toulouse (France) est un prêtre jésuite et maître spirituel.  

 Biographie

Entré dans la Compagnie de Jésus en 1693 et ordonné prêtre en 1704, Caussade fut d’abord enseignant dans différents collèges jésuites avant de consacrer la plus grande partie de son temps à la direction spirituelle. Il fut le recteur du collège de Perpignan (1739) et d’Albi (1743).

C’est comme guide spirituel qu’il trouve sa place dans l’histoire religieuse de la France. Il était directeur des religieuses visitandines et donnait les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola, lorsqu’il était directeur de la maison de retraite de Nancy. Son approche spirituelle, encourageant l’oraison de quiétude et poussant à la passivité dans la vie spirituelle, fit qu’on l’accusa de quiétisme.

Ses écrits authentiques, se ramènent à un certain nombre de Lettres de direction spirituelle et quelques petits textes spirituels. L’Abandon à la Providence divine, le célèbre livre de spiritualité qui a fait connaître le nom de Jean-Pierre de Caussade au public, n’est pas directement de sa plume. Composé dans la première moitié du XVIIIè siècle, possiblement par une femme, il fut lu et copié dans l’entourage de Madame Guyon, et ensuite chez les visitandines. Il ne fut publié qu’en 1860, lorsque le jésuite Henri Ramière en prit connaissance. Ramière fut trompé par des visitandines qui montèrent un stratagème pour le persuader d’attribuer ce livre à Caussade. Les visitandines voulaient mettre Caussade à l’honneur parce qu’il avait laissé un souvenir marquant comme directeur spirituel au couvent des Visitandines de Nancy.

D’autres textes spirituels ont été attribués à Caussade qui ne sont pas de lui ou de façon très lointaine.

 Écrits

Instructions spirituelles en forme de dialogue, Perpignan, 1741

Bossuet, maître d’oraison (édité par Henri Bremond), Paris, 1931

L’Abandon à la providence divine, Paris, Desclée de Brouwer

Traité sur l’oraison du cœur, Paris, 1981

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ECRIVAIN FRANÇAIS, FRANÇOIS WEYEGANS (1941-2019), LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRES

François Weyegans (1941-2019)

Mort de François Weyergans,

romancier, académicien et lauréat du Goncourt

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Le romancier franco-belge, qui était âgé de 77 ans, avait obtenu à la fois le prix Renaudot pour « La Démence du boxeur » et le prix Goncourt pour « Trois jours chez ma mère ».

L’écrivain et académicien François Weyergans, ici en juin 2011 à Paris, est mort à l’âge de 77 ans. 

L’écrivain et académicien François Weyergans, qui avait obtenu à la fois le prix Renaudot et le prix Goncourt, est mort à l’âge de 77 ans, ont annoncé lundi 27 mai son éditeur et l’Académie française. « Le secrétaire perpétuel et les membres de l’Académie française ont la tristesse de faire part de la disparition de leur confrère M. François Weyergans décédé le 27 mai 2019 à Paris », a indiqué l’Académie dans un communiqué.

Né à Bruxelles en 1941, le romancier franco-belge avait obtenu le Renaudot en 1992 pour La Démence du boxeur, puis le Goncourt en 2005 pour Trois jours chez ma mère. Ecrivain facétieux et inclassable, il avait été élu le 26 mars 2009 à l’Académie française au siège d’Alain Robbe-Grillet. Son œuvre littéraire compte une quinzaine de livres parmi lesquels La Vie d’un bébé, dont le héros est un enfant dans le ventre de sa mère.

 « Les critiques me traitent de clown »

François Weyergans était le fils de l’écrivain belge d’inspiration chrétienne Franz Weyergans. Il a essentiellement vécu en France, ne rejoignant sa Belgique natale que pour ses études à l’institut Saint-Boniface-Parnasse, qui fut aussi le lycée d’Hergé.

De son histoire personnelle, Weyergans reconnaissait une double source d’inspiration : Tintin et les Evangiles. Passionné de cinéma, il était entré au début des années 1960 à l’Institut des hautes études cinématographiques (Idhec, devenu la Fémis) et a réalisé plusieurs films sur Maurice Béjart, son ami qu’il accompagnera jusqu’à son dernier souffle en 2007. Son long-métrage Un film sur quelqu’un avait été sélectionné en 1972 à la Mostra de Venise.

Remarqué dès son premier livre, Le Pitre, prix Roger Nimier 1973, une histoire de psychanalyste, il se consacre alors à la littérature, avec parfois de longs moments de doute et de silence. « Les critiques ne cessent de me traiter de clown. J’aime bien ça (…). Mais je suis un clown à message », déclarait-il en 1989 à la sortie d’un livre intitulé Je suis écrivain.

https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2019/05/27/l-ecrivain-et-academicien-francois-weyergans-est-mort_5468231_3382.html

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Mort de l’académicien François Weyergans

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L’Académie française a annoncé lundi 27 mai, le décès du prix Goncourt et académicien François Weyergans à 77 ans. « La Croix » l’avait rencontré en avril 2012.

François Weyergans, la finesse de l’hébété

Article paru dans La Croix du 19 avril 2012

Cet homme est un hibou bien luné. Il a l’air sur le qui-vive et nonchalant, attentif et ailleurs. Il écrit avec difficulté. Ou plutôt, il remet au surlendemain ce qu’il aurait dû rédiger la veille : François Weyergans est donc un « procrastinateur ». Brouillon et fignoleur. Son perfectionnisme haletant le pousse à retravailler ses manuscrits chez les imprimeurs, jusqu’à la dernière minute. Si cet écrivain sombrait dans l’océan électronique, avec la disparition du « bon à tirer », donc de la notion d’achèvement, son œuvre en progrès jamais ne cesserait. Il lui faudrait toujours compléter, infléchir, nuancer, transformer, ajouter un zag à un zig…

Son oral obéit à une dynamique inverse. Les premières phrases jaillissent, étincelantes, tandis que la suite s’emberlificote et vient presque ternir ce qui précéda. On devrait lui clouer le bec sitôt les fulgurances originelles recueillies ; comme durant le tournage d’un film, marqué par les claquements du clap de fin.

Charme entêtant et fragile

Bref, François Weyergans s’avère aussi disponible que dysthymique (du grec dusthumicos : porté au vague à l’âme). Ce préfixe « dys – », qui entre dans la composition de bien des mots savants, va comme un gant au romancier : il exprime l’idée de difficulté, d’anomalie, de trouble. Souvent incompris des autres, question singularité, étrangeté, voire bizarrerie, M. Weyergans aura toujours 10 sur dys !

Voilà ce qui lui donne ce charme entêtant et fragile, auquel chacun cède. Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle de l’Académie française, affichait certes une mine maussade lorsque notre homme, plus oiseau de nuit que jamais – mais grand-duc cette fois ! –, déboula en retard sous la Coupole, le 16 juin 2011. C’était le jour de sa réception et François Weyergans, sortant d’une automobile dans laquelle il griffonnait encore son discours, apparut en habit vert impeccable, mais que chacun ne put s’empêcher de trouver chiffonné. Et son chant délicieusement dysharmonique, son exquis bafouillage, ses fascinants coq-à-l’âne, sortirent les Immortels de l’ennui mortel.

Le lecteur de ses œuvres fronce parfois le sourcil, à la manière de Mme Carrère d’Encausse. Que de légèreté lourde d’angoisses ! Pourquoi tant de brisures, de ruptures, de détours, d’attentes et d’hésitations, pour finalement vivre, en filigrane, une fidélité à soi-même et aux siens ? Et puis la monogamie le reposerait peut-être un peu, est-on parfois tenté de glisser à cet auteur débridé…

Cependant, le mouvement de sourcil du lecteur laisse, au fil des pages, place au sourire ; d’abord navré, puis bienveillant et enfin complice. L’homme de lettres gagne notre indulgence et notre admiration à la force des mots. Il subjugue du fond du gouffre. Un gouffre qu’il creuse à longueur de livres et sans doute à longueur de vie. Difficile à démêler.

Pour tenter de clarifier certains points, rendez-vous avait été pris avec l’écrivain. Cet ado de septante années vit dans un hôtel aussi impersonnel que fonctionnel, sur les quais, à Paris (6e). Il fait attendre son visiteur, s’en excuse ensuite avec une insistance confondante, quitte les lieux pour le patio d’un établissement voisin beaucoup plus grand genre, où il commande un whisky. Vieille habitude, même s’il est plutôt question de cocktails, ou du thé vert, dans Royal Romance, son dernier roman. Promesse datant d’un autre siècle : « J’avais signé un contrat en 1995 avec l’éditeur Bernard Barrault, qui venait d’arriver chez Julliard, mais il m’a fallu d’abord remettre, en vertu de clauses plus anciennes, deux romans à Grasset. Je pensais que tout cela se ferait en quelques mois… »

Incertitudes spatio-temporelles

Cela donna Franz et François (1997), puis Trois jours chez ma mère(2005). La maman, née en 1914, est toujours de ce monde. Le père, Franz Weyergans, auteur chrétien, avait composé La Bibliothèque idéale des jeunes, avec une préface précisant que l’acte de lecture « n’est pas fuite mais présence ». Franz Weyergans n’a pu supporter le premier roman de son fils, Le Pitre, en 1973. Il rompit et mourut l’année suivante.

Dans Royal Romance, le père du narrateur décède le 7 février 1987. Une référence cryptée ? « Non. Mon père est mort un 4 février 1974. Je ne glisse pas trop de dates, pour ne pas perturber, mais je tiens à celles qui tombent dans le livre en y mettant de l’ordre: la catastrophe duKoursk en Russie, celle de Bhopal en Inde… Ce genre d’informations m’aide à construire l’essentiel, même si je les enlève, pour la plupart, une fois le récit accompli. Il ne faut pas imposer nos échafaudages aux lecteurs. Trop de livres oublient de les enlever. Comme écrivait Cocteau à propos de Rameau: “Il est difficile d’avoir l’air facile.” Je suis resté fidèle à certaines phrases qui ont marqué mon adolescence. »

À la page 126 de Royal Romance, gît la devise des 16 ans du narrateur : « Ne rien refuser de ce que vous offrira la vie. » François Weyergans marque une pause et lâche : « Là, je vais vous dire la vérité », comme si sa réponse, sur le 7 février 1987, avait gardé sa part de mystère… L’écrivain raconte alors comment une telle devise lui fut soufflée par Albert Camus, avec lequel il entretint une correspondance, à l’âge de 14 ans : « Je trichais en lui faisant croire que j’en avais 16. Quand j’ai appris à mon père cette relation épistolaire, il s’est inquiété: “Fais attention, c’est un existentialiste!”… »

Les incertitudes spatio-temporelles dans lesquelles semble vivre François Weyergans, tranchent avec les points de certitude qui le relient à son adolescence. Chaque mot lu alors reste en lui gravé. Comme cette phrase de Mallarmé : « Un grand écrivain se remarque au nombre de pages qu’il ne publie pas. »

 « Ne jamais voyager en terrain plat »

En « cousin du sociologue », à l’affût des êtres et des choses pour en tirer de rares paragraphes, où des personnages inoubliables passent comme des silhouettes, l’académicien enfantin, tout whisky bu, rit dans sa barbe de trois jours : « Les mauvais romans expliquent, vous avez remarqué? »

Quelle est la règle d’un bon roman ? « Ne jamais voyager en terrain plat. C’est comme pour le Tour de France: quand arrive une étape de montagne, tout le monde s’excite! Alors je change d’angle et de focale, je ménage les ruptures… »

Le jour tombe, le verre est vide, l’oiseau de nuit se lève. Il est prêt à en voir tant, toujours et à nouveau, du crépuscule à l’aube, avant de se coucher à l’heure où Paris s’éveille, puis d’écrire ; peut-être, sûrement, quand il le faudra : « On vit dans du rattrapage permanent; on passe son temps à se corriger, non? »

 

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Repères

2 août 1941 : naissance en Belgique. Son père Franz Weyergans (1912-1974) est éditeur, écrivain, libraire et critique (à La Croix, notamment).

1960 : reçu premier à l’Idhec (Institut des hautes études cinématographiques), dont il est renvoyé pour avoir réalisé un film sur Maurice Béjart au lieu d’étudier.

1965 : Documentaire : Robert Bresson: ni vu ni connu, pour la série Cinéastes de notre temps à la télévision.

1968 : Salomé, tout premier récit (publié en 2005 par Léo Scheer).

1973 : Le Pitre (prix Roger-Nimier), premier livre édité, qui évoque sa psychanalyse avec Jacques Lacan.

Dix autres livres suivront dont :

1981 : Macaire le copte.

1989 : Je suis un écrivain.

1992 : La Démence du boxeur (prix Renaudot).

1997 : Franz et François.

2005 : Trois jours chez ma mère (prix Goncourt).

26 mars 2009 : élection à l’Académie française

https://www.la-croix.com/Archives/2012-04-19/Francois-Weyergans-la-finesse-de-l-hebete.-RENCONTRE.-Francois-Weyergans-la-finesse-de-l-hebete-_NP_-2012-04-19

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