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Le sacré incestueux : les prêtres pédophiles. A propos d’un livre

 

Le sacré incestueux : Les prêtres pédophiles 

Olivier Bobineau, Joseph Merlet, Constance Lalo

Paris, Desclée de Brouwer, 2017. 256 pages.

 

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Présentation de l’éditeur

L’Église catholique est régulièrement secouée par des affaires de pédophilie dans ses rangs. Mais que cache en profondeur ce scandale à peine concevable d’un représentant de Dieu sur terre abusant la figure de l’innocence par excellence, l’enfant ?

Première enquête réalisée en France sur le sujet, Le sacré incestueux explore les dimensions culturelles, sociales, juridiques, religieuses et anthropologiques de ce scandale. L’Église fait face à une crise sans précédent et multiforme : crise de la formation du prêtre, dont le corps est censé ignorer toute sexualité ; crise du droit canonique et des institutions, en décalage avec les exigences de la société moderne dans la gestion des situations ; crise humaine pour les victimes, oubliées de l’Église. Mais c’est surtout une crise de sens : la pédophilie cléricale constitue un véritable choc entre deux figures sacrées, celle de la tradition, le prêtre, et celle de la modernité, l’enfant.

S’appuyant sur les témoignages de religieux coupables d’abus sexuels sur mineurs, de victimes, de leurs familles, de responsables ecclésiaux et d’experts, cette enquête menée par O. Bobineau, C. Lalo et J. Merlet interroge, déplace les lignes, bouscule le lecteur dans sa perception et sa compréhension du phénomène. Avec des propositions et sans ignorer la réalité des situations, elle ouvre un vaste chantier de réflexion autour de la pédophilie dans l’Église.

 

Olivier Bobineau, sociologue des religions et de la laïcité, est membre du Groupe Sociétés Religions Laïcités (Sorbonne-CNRS). Il est notamment l’auteur de L’empire des papes et de Notre laïcité ou les religions dans l’espace public. Il dirige un cabinet de sciences humaines appliquées à la pacification du lien social.

Constance Lalo est juriste et chargée d’enseignement à Sciences Po.

Joseph Merlet, sociologue et prêtre, a créé et dirigé le Centre d’études et d’action sociale de la Mayenne. Il travaille dans le secteur de la formation et de la recherche en développement

 

 

Olivier Bobineau pour Le Monde de la Bible

 «La pédophilie dans le clergé est une forme d’inceste»

 

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Le 3 octobre dernier, le « numéro 2 » du Vatican, le cardinal Pietro Parolin, ouvrait un congrès international sur la lutte contre la pédophilie sur Internet, à l’université pontificale grégorienne (Rome). Une manière de montrer que le Saint-Siège ne prend pas à la légère les récentes affaires de pédophilie qui ont à nouveau secoué l’Église catholique, de l’affaire Barbarin, en France – le cardinal Philippe Barbarin doit être jugé, en avril prochain, pour «non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs» commises par un prêtre dans son diocèse de Lyon, il y a 25 ans – au Vatican lui-même : le cardinal George Pell, « ministre de l’Économie » du pape François, est toujours en procès en Australie, accusé de « délits d’agressions sexuelles anciennes ». Il comparaît une seconde fois devant le tribunal de Melbourne ce 6 octobre. Des affaires qui ont mis au jour le malaise de l’Église, encore aujourd’hui, sur ces questions.

Comment expliquer ce phénomène de la pédophilie dans le clergé ? Comment la société en est-elle venue à prendre conscience de la gravité des abus sexuels sur mineurs, alors que la pédophilie était encore défendue par certains intellectuels dans les années 1980 ? Pour faire le point, Le Monde des Religions a rencontré Olivier Bobineau, sociologue spécialiste du fait religieux et co-auteur, avec Constance Lalo et Joseph Merlet, du livre Le Sacré incestueux. Les prêtres pédophiles (Desclée de Brouwer, 2017).

 

 La pédophilie dans le clergé, écrivez-vous, est la confrontation de deux formes de « sacré ». Le prêtre, appelé « père », et l’enfant, constituent le « sacré incestueux ». Qu’est-ce à dire ?

La figure du sacré, qui vient de la société traditionnelle, du passé, dont la légitimité vient « d’en haut », c’est le prêtre. Si l’on reprend la définition du sociologue Émile Durkheim, dans Les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912), le sacré est ce qui est « intouchable, à part ». Celui que l’on n’a pas le droit de toucher. Or, dans le cadre de la pédophilie, le prêtre abuse de la figure du sacré de la société moderne, dont la légitimité vient « d’en bas » – c’est-à-dire des démocraties où une loi est fabriquée par les hommes, libres, autonomes et égaux en droit – : l’enfant.

 

En quoi l’enfant est-il la figure sacrée des sociétés modernes ?

Tout d’abord, l’enfant, avant d’être conçu, est chéri et attendu. Ensuite, quand il est né, il devient la projection de ses parents, de leurs désirs, de leurs frustrations, etc. En outre, l’enfant fait l’objet de tous les investissements possibles et imaginables : financiers, psychologiques et en termes de temps. Surtout, l’enfant est intouchable ! Oser porter la main sur un enfant est aujourd’hui inenvisageable. La consécration de cette figure sacrée de l’enfant est illustrée par la Convention relative aux droits de l’enfant adoptée par les Nations unies en 1989. Le Parlement européen a même proposé d’interdire les gifles !

 

 Pourtant, la pédophilie n’est un scandale que depuis très récemment.

La pédophilie n’est un scandale que depuis les années 1980-90. Auparavant, certains intellectuels en faisaient l’apologie. L’écrivain Gabriel Matzneff, qui exposa dans plusieurs livres ses relations sexuelles avec des garçons et des filles mineures (dont Les moins de seize ans paru en 1974) était invité à l’émission de télévision de Bernard Pivot sans que cela ne fasse scandale.

Mais dans les années 1980, la figure du sacré qui s’impose est celle de l’enfant. Même après sa naissance, il est celui qui incarne l’avenir. On est prêt à tout faire pour l’enfant, d’autant plus qu’il est devenu, dans les sociétés démocratiques qui ont connu la transition démographique, une rareté. Dans les sociétés modernes, la stérilité a augmenté. Les couples sacrifient beaucoup pour avoir un enfant, y compris à leurs convictions : combien de catholiques ont eu recours aux moyens non naturels de fécondation, contrairement à la doctrine de l’Église ? Or, le prêtre pédophile touche à cette figure du sacré !

Dès lors, la pédophilie dans le clergé opère la rencontre de « deux sacrés » : le sacré qui vient du passé traditionnel, qui rencontre l’enfant, et le sacré qui vient des démocraties, des hommes, dans le moment présent. L’enfant est le sacré du présent.

 

Finalement, l’interdit majeur entourant le corps du prêtre, dans les sociétés traditionnelles, s’est déplacé et focalisé sur celui de l’enfant dans la société moderne…

 Le corps sacré du prêtre est enseigné dès le séminaire, où l’on apprend la fameuse formule : «Touche pas à son corps» – celui de la femme –, «Touche pas à ton corps» – interdiction de la masturbation – et «Touche pas à son corps» – interdiction de l’homosexualité. Qu’est-ce qui reste ? L’enfant.

 

Vous définissez aussi la pédophilie des prêtres comme un abus sexuel issu d’une asymétrie de pouvoir. C’est-à-dire ?

C’est fondamental : le prêtre a le pouvoir sacré. Cela impressionne déjà l’adulte, mais la relation entre un prêtre et un adulte peut faire l’objet d’un consentement mutuel. En revanche, face au pouvoir sacré, l’enfant est impressionné. Ensuite, le prêtre sait que s’il abuse de l’enfant, celui-ci n’osera en parler à personne. À qui va-t-il le dire ? Aux parents catholiques ? Aux autres paroissiens ? L’enfant va-t-il être cru ? D’un côté, on a ce pouvoir sacré du prêtre qui a la légitimité de sept années d’études, accompagné spirituellement… De l’autre, on a un enfant. Il n’est pas ou peu crédible. D’où cette asymétrie entre le pouvoir sacré et la candeur de l’enfant. On peut même parler d’un « abus de pouvoir sacré » !

 

De plus, le prêtre représente la figure du « père ». Un terme omniprésent dans l’Église catholique. Pourquoi ?

L’Église catholique romaine intègre dans sa structuration hiérarchique, dans l’ensemble de ses cadres, un lexique paternel : le pape – qui veut dire « papa » en grec –, l’évêque appelé « Monseigneur », qui vient de « senior » et signifiant « les pères ancêtres », les « Pères du déserts » – les moines –, les « Pères des Conciles », les « Pères de la foi »…, les prêtres qu’on appelle « mon père », et les chefs d’une abbaye qu’on appelle « abbé », de l’araméen abba signifiant « papa » !

L’Église catholique décline le « pater familias » à tous les niveaux. Le pater familias n’est pas une autorité biologique : chez les Romains et les Grecs, la biologie compte très peu. Ce qui compte, c’est l’autorité morale, politique et juridique. Lors de la romanisation de l’Église catholique, au Ve siècle, cette figure du « pater familias » va être intégrée. Ainsi, quand le prêtre commet un abus, 1500 ans de « pater familias » le poussent : le pouvoir de son « corps sacré ». Pourtant, Jésus dit dans l’Évangile de Matthieu : « (…) Vous êtes tous frères, un seul est votre Maître, n’appelez personne sur la terre votre père ; car un seul est votre Père, celui qui est aux cieux ». Et finalement, comme l’enfant appelle le prêtre « mon père », lequel lui répond « mon fils », il s’agit d’un inceste.

 

Ce « sacré incestueux », c’est aussi le « scandale des scandales », au regard de la définition qu’en donne l’Évangile. Expliquez-nous.

Jésus, dans l’Évangile de Matthieu, dit : « Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, il est préférable pour lui qu’on lui accroche au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’il soit englouti en pleine mer. » Pour l’exégèse, les enfants peuvent aussi représenter ceux qui commencent dans la foi, « ces petits ». Or souvent, les enfants victimes de pédophilie dans le clergé perdent la foi. C’est précisément le scandale des scandales condamné par Jésus !

 

 

Pourtant, les réactions sont différentes face au scandale de la pédophilie : la société moderne médiatise, quand l’Église reste plutôt bloquée dans le malaise, le silence, voire le déni.

 

La Curie romaine a été fondée en 1089. En 2011 fut éditée la circulaire de Benoît XVI qui oblige les Églises locales à s’en remettre à la justice des États. Une révolution. Durant 922 ans, la Curie, en cas de problèmes de mœurs, a choisi de les gérer en interne avec le droit canon. 2011, c’était il y a seulement six ans… La société moderne, elle, est scandalisée par la pédophilie depuis les années 1990 seulement. Cela reste récent à l’échelle de l’histoire.

 

 

N’y-a-t-il pas aussi une certaine culture qui perdure, entre prêtres, qui est celle de la « miséricorde », cette tendance à pardonner son « frère prêtre » avant même de laisser la justice œuvrer ?

 

Nous évoquons, dans Le Sacré incestueux, la « triple peine ». Souvent, les prêtres pédophiles purgent leur peine de prison. Ensuite, ils ont une peine « professionnelle » : ils n’ont plus de métier, ni de revenu. Puis, ils ont la peine sociale ! D’où l’intérêt du pardon. Le problème, c’est de pardonner avant la justice, avant la dette payée. Le pardon, disait Paul Ricœur, c’est le souvenir une fois que la dette est payée. Il faut une peine, mais pas la triple peine.

 

 

Que penser de l’attitude du pape François vis-à-vis de la pédophilie ? Ses propos à l’encontre de la pédophilie dans le clergé sont forts, mais, pour l’instant, sa politique est contestée : trois membres de sa commission pontificale pour la protection des mineurs ont démissionné. Plusieurs de ses « ministres » semblent visés, de près ou de loin, par des affaires d’abus sur mineurs…

 

Son attitude est très ambivalente. C’est un jésuite qui sait communiquer de manière opportune. S’il me semble sincère dans ses discours, il hérite de « patates chaudes » et ne peut se permettre, d’un point de vue institutionnel, de désavouer tout de suite son entourage à la Curie romaine qui a 922 ans d’existence !

 

 

http://www.lemondedesreligions.fr/une/olivier-bobineau-la-pedophilie-dans-le-clerge-est-une-forme-d-inceste-06-10-2017-6694_115.php

CHRISTIANISME, EGLISE CATHOLIQUE, JOSEPH MOINGT (1915-2020), L'ESPRIT DU CHRISTIANISME, LITTERATURE CHRETIENNE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, THEOLOGIE, THEOLOGIEN

L’esprit du christianisme par Joseph Moingt

L’esprit du christianisme 

Joseph Moingt

Paris, Temps Présent, 2018. 282 pages.

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Théologien jésuite de réputation mondiale, Joseph Moingt est, à 102 ans, une voix libre et très écoutée du monde catholique. Face au constat d’une Eglise en difficulté, qui doit affronter les scandales à répétition et le recul des vocations, Joseph Moingt se demande comment maintenir vivants son héritage et son message. La solution, selon lui, passe par l’émancipation de la foi et par le maintien du lien entre christianisme et raison. Il développe ses arguments autour de trois grandes questions fondamentales qui structurent son livre : la religion, la révélation et le salut. Un thème très actuel surgit au coeur de ces réflexions, celui du rapport aux autres. Comment, en tant que croyant, peut-on être habité parla foi en l’Autre, habillé d’une majuscule sacrée, et rejeter les autres, devenus ennemis parce que différents d’origine, de culture ou de religion ? Pour Joseph Moingt, on ne peut dissocier l’identité de l’Autre et celle des autres. Elles sont une seule et même question qui rebondit de majuscule en minuscule, et inversement, puisque l’Esprit de Dieu se découvre dans l’esprit de l’homme, et réciproquement. Dans cet ouvrage exceptionnellement écrit à la première personne, qu’il présente comme son « livre-testament », l’auteur n’hésite pas à interroger sa propre foi. Si Joseph Moingt, dont le nom est inscrit dans la liste des « dossiers sensibles » du Vatican, prend à nouveau le risque de bousculer son Eglise, c’est avant tout pour l’aider et la rendre audible du plus grand nombre. En quoi il se rapproche de son frère jésuite et lecteur attentif, le pape François.

 

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 « L’Esprit du christianisme » par Joseph Moingt

Le théologien jésuite Joseph Moingt prolonge sa réflexion sur la foi chrétienne face à l’incroyance et au doute, en questionnant certaines formulations du dogme chrétien. Un ouvrage qui met la foi au travail.

 

Le théologien Joseph Moingt a aujourd’hui 103 ans et, pour la première fois, il prend la plume à la première personne du singulier. Ce « je » est essentiel à la compréhension de ce livre, qu’il présente comme son ultime écrit, où il poursuit et approfondit le projet qui est le sien depuis plusieurs décennies : repenser la foi chrétienne dans la situation de déclin et la menace d’effacement qu’elle affronte aujourd’hui, pour lui redonner un avenir.

Le jésuite a consacré sa vie à l’intelligence de la foi chrétienne, comme enseignant à l’Institut catholique de Paris et au Centre Sèvres, comme directeur de la revue Recherches de sciences religieuses (RSR) et, depuis trente ans, comme auteur de sommes théologiques essentielles (L’Homme qui venait de DieuDieu qui vient à l’homme…). S’il emploie dans cet ouvrage un ton plus personnel, c’est parce qu’il a conscience que ce livre est plus audacieux, plus risqué aussi, que les précédents dans son effort de concilier la foi et la raison.

Porter la foi vers demain

Le travail théologique de Joseph Moingt est marqué par une constante : le refus de surmonter les obstacles que l’intelligence rencontre dans l’acte de croire en glissant du côté de l’irrationnel ou en cédant à un sens du « mystère » frelaté. Son honnêteté intellectuelle est totale, parce qu’il prend en charge, pour lui-même d’abord, la question de l’incroyance et le défi que pose la perte du sens de la foi. L’importance qu’il confère à la raison humaine n’est pas une concession au rationalisme. Elle est un témoignage rendu au Dieu de Jésus-Christ qui jamais n’humilie l’homme qu’Il a créé à son image.

C’est avec cet arrière-plan qu’il convient d’aborder cet ouvrage où l’auteur confie chercher « à exprimer l’essentiel de ma foi et de ma vie religieuse dans un langage pleinement accessible à ma raison naturelle ». Pour répondre à une crise profonde où l’Église est interrogée sur « la question de sa propre vérité », Joseph Moingt recherche les « outres neuves », qui pourront porter la foi vers demain.

Retrouver « l’esprit du christianisme »

Pour cela, le théologien puise aux sources de la tradition apostolique, méditant essentiellement saint Paul et saint Jean pour retrouver « l’esprit du christianisme » et le libérer de la gangue religieuse qu’il a revêtue au tournant du IIIe siècle, pour faire face à la grave crise gnostique. Tournant qui le conduisit à adopter une théologie du sacrifice et de la rédemption, une Église hiérarchique et un corps de prêtres, un culte et un ritualisme que l’auteur juge étrangers aux sources scripturaires qu’il privilégie et qu’il veut nous faire entendre.

Cette lecture dessine clairement un avant et un après, une rupture nette sur laquelle historiens et théologiens auront matière à débattre. Toutefois, en différenciant la prédication apostolique de la tradition de l’Église qui lui succède, Joseph Moingt prend soin de ne pas les opposer. À ses yeux, cette dernière a conservé « l’essentiel » de la prédication apostolique. Il écrit aussi qu’elle l’a « recouvert » mais « pas au point de l’effacer ». En sorte que le théologien se voit « fondé à penser qu’il (lui) sera possible de dénoncer et d’amender les écarts de son discours par rapport à sa source apostolique en [se] recommandant de la même foi ».

 

Peu de théologiens font entendre aussi nettement la voix du Dieu

« Dénoncer et amender les écarts », Joseph Moingt le fait en revisitant vigoureusement les principaux dogmes de la foi (Incarnation, Trinité, Salut…), sans se soucier d’abord d’orthodoxie. Il questionne les héritages religieux, mythologiques et philosophiques qu’ils contiennent à la recherche d’un sens universellement partageable du salut chrétien. On pourra le lui reprocher, juger certaines propositions téméraires, contestables.

Prévenons le lecteur catholique : chacun d’entre nous trouvera dans ces pages une raison (ou plusieurs) d’être questionné, déplacé et/ou choqué. On pourra donc discuter cet ouvrage, le critiquer, l’amender, le prolonger, mais on aurait tort de le pourfendre ou de l’ignorer, car peu de théologiens font entendre aussi nettement la voix du Dieu qui « a tant aimé le monde » (Jean 3, 16).

 

https://www.la-croix.com/Culture/Livres-et-idees/LEsprit-christianisme-Joseph-Moingt-2019-01-17-1200996078

 

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Mort de Joseph Moingt, la foi en perpétuel questionnement

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Joseph Moingt, jésuite, est né en 1915 à Salbris (Loir-et-Cher). Après les études habituelles de philosophie et de théologie à la Compagnie de Jésus, il a suivi l’École Pratique des Hautes Études et a soutenu une thèse de théologie à l’Institut Catholique de Paris. Il a enseigné la théologie successivement à la Faculté jésuite de Lyon-Fourvière, à l’Institut Catholique de Paris et aux Facultés de Philosophie et de Théologie de la Compagnie de Jésus à Paris (Centre Sèvres). Il a dirigé la revue Recherches de Science religieuse de 1968 à 1997. Auteur d’un grand nombre d’articles et de divers livres, il a produit un remarquable travail de synthèse portant sur Jésus-Christ et qui s’intitule L’homme qui venait de Dieu (725 p., Cerf, 1993, plusieurs fois réimprimé). Le grand public connaît surtout J. Moingt par un livre de vulgarisation qui a connu un vif succès, La plus belle histoire de Dieu (Seuil, 1997, en collaboration avec J. Bottéro et M.-A. Ouaknin, réédité en format de poche), ainsi que par Les Trois Visiteurs (Desclée de Brouwer, 1999).

Le théologien jésuite, décédé mardi 28 juillet à 104 ans, a consacré toute sa vie à l’intelligence de la foi chrétienne, comme enseignant de théologie et comme auteur d’ouvrages essentiels. Sa pensée s’est toujours voulue libre, assumant sa puissance corrosive, quitte à choquer au sein même de l’Église.

À 103 ans, Joseph Moingt avait encore puisé dans son inaltérable vigueur intellectuelle pour définir « L’esprit du christianisme » dans ce que son éditeur présentait alors comme son livre testament (1). Écrit de manière inédite à la première personne, l’ouvrage résumait les questionnements d’une vie d’un théologien dont la liberté fut toujours le maître mot. Quitte à remettre en question des dogmes, à développer des théses qui contribuaient à la réflexion mais rarement à l’unanimité.

« Chacun d’entre nous trouvera dans ces pages une raison (ou plusieurs) d’être questionné, déplacé et/ou choqué, écrivait à cette occasion Élodie Maurot dans La Croix le 17 janvier 2019. On pourra donc discuter cet ouvrage, le critiquer, l’amender, le prolonger, mais on aurait tort de le pourfendre ou de l’ignorer, car peu de théologiens font entendre aussi nettement la voix du Dieu qui « a tant aimé le monde » (Jean 3, 16). »

C’est ce monde que le père Joseph Moingt a quitté, mardi 28 juillet, à l’âge de 104 ans. Ses obsèques seront célébrées samedi 1er août à 10 h 30 en l’église Saint François d’Assise de Vanves (Hauts-de-Seine).

 Il réconfortait les chrétiens ébranlés

Il y a tout juste dix ans, le théologien jésuite sillonnait encore la France, toujours vif et plein d’humour pour évoquer « Croire quand même » (2) publié sous le pontificat de Benoît XVI à une époque où de nombreux fidèles se sentaient mal à l’aise avec « l’option choisie par Rome d’un retour au passé », selon le vieux jésuite. Multipliant les conférences, il s’employait à fortifier des chrétiens ébranlés dans leur foi et parfois tentés de quitter l’Église. « Restez », leur disait-il.

Il pouvait se permettre d’aborder sans fard la crise du christianisme, s’appuyant sur la légitimité que confèrent des décennies de travail et d’engagement théologique. Né en 1915, à Salbris (Loir-et-Cher), et entré fin 1938, à 23 ans, dans la Compagnie de Jésus, le père Moingt aura consacré toute sa vie à l’intelligence de la foi chrétienne.

Il enseigna la théologie à partir de 1956, à la Faculté jésuite de Fourvière, à Lyon, puis à partir de 1968, à l’Institut catholique de Paris (ICP). En 1970, il fut engagé pour donner des cours de christologie dans le cadre du Cycle C (formation pour les laïcs en cours du soir à l’ICP), ainsi qu’au scolasticat jésuite de Chantilly (Oise). À partir de 1974, il livre sa pensée au Centre Sèvres, ne s’interrompant qu’en 2002, à 87 ans…

 

Rendre accessibles les sujets doctrinaux

Ayant pris sa retraite de la Catho de Paris à 65 ans, le jésuite continua ses recherches théologiques et la publication d’ouvrages importants, en particulier « Croire au Dieu qui vient » (2 tomes, Gallimard, 2014 et 2016) dans lequel il tentait de rendre accessibles les sujets doctrinaux sur lesquels il travaillait depuis plus de soixante ans : Comment dire l’humanité du Christ s’il est né d’une femme vierge ? Comment expliquer la Trinité si on ne peut différencier l’Esprit du Père de celui du Fils ?

Des questions qu’il approfondissait pour repenser certaines formulations du dogme chrétien. Lui qui, pendant ses expériences paroissiales à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine), puis à Poissy (Yvelines) et Sarcelles (Val-d’Oise), avait mis en place « des groupes de laïcs fréquentant l’Eucharistie mais ayant besoin de se retrouver pour des partages d’Évangile ou des relectures de vie », annonçait une « Église en diaspora », fondée sur des chrétiens, certes bien moins nombreux, mais mieux formés et vivant une vie spirituelle et apostolique réelle.

Car pour Joseph Moingt, ce n’est pas en se focalisant sur l’institution ecclésiale que l’on pourra mener une réforme radicale du catholicisme, mais en revenant à l’Évangile. « Il y a urgence à repenser toute la foi chrétienne pour dire “Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme” dans le langage d’aujourd’hui et en continuité avec la Tradition », répétait-il en puisant sur son immense culture théologique et biblique pour confirmer que l’Église ne peut s’imaginer un avenir avec des réponses dogmatiques et qu’il faut qu’en son sein des théologiens « fassent du neuf sans être menacés d’excommunication ». En ce qui le concerne, sa plume n’a jamais été motivée par la peur d’une sanction ecclésiale, mais plutôt par le désir d’écrire en accord avec sa foi. Et puis, « à mon âge, on ne risque plus grand-chose ! ».

La liberté, toujours. Dans « Croire quand même », il disait : l’Église a un avenir, mais celui-ci n’est pas à chercher ailleurs que « dans la liberté que l’Évangile lui ouvre ».

 

(1) L’Esprit du christianisme, 2018, Temps présent, 282 p., 22 €

(2) Croire quand même, Libres entretiens sur le présent et le futur du catholicisme, avec Karim Mahmoud-Vintam et Lucienne Gouguenheim, Temps Présent, coll. « Semeurs d’avenir », 2010, 245 p., 19 €

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Lectures été 2020

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Lectures d’été en 2020

 

BAZIN, Réné. – Charles de Foucauld au Maroc, ermite au Sahara. Paris,  Nouvelle Cité, 2003. 543 pages.

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En écrivant cette biographie de Charles de Foucauld en 1921, l’auteur révélait au grand public une figure encore assez peu connue, même si certains milieux vantaient déjà sa science et sa foi missionnaire. L’auteur a fait un véritable travail d’enquête sur les lieux de la vie du Frère Charles. Convaincu qu’il était en présence d’un saint, il s’est contenté de tracer l’itinéraire de sa vie et de le faire parler. Ce livre qui fut un best-seller à sa sortie (200 000 exemplaires) reste une œuvre  majeure et un document fondamental pour mieux connaître l’ermite du Sahara, d’autant plus que la canonisation de Charles de Foucauld est proche.

 

BECK,  Béatrix. – Léon Morin, prêtre. – Paris, Gallimard, 1972. 215 pages.

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Un roman sorti en 1952 et qui a obtenu – peu le savent – le prix Goncourt cette même année. Le récit passionnant de la rencontre d’un prêtre intelligent et charismatique avec une jeune femme agnostique et rebelle. Une histoire adaptée au cinéma par Jean-Pierre Melville en 1961 (avec Jean-Paul Belmondo dans le rôle titre) puis dans le film sous le titre  « La Confession ». Comme souvent, le livre est encore bien mieux que le film

 

 

 

BENSON, Robert Hugh. – Le Maître de la terre : la crise des derniers temps. – Paris, Téqui, 1993. 420 pages.

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Un roman visionnaire, pourtant écrit en 1907. Une réflexion très actuelle sur les inévitables dérives d’un monde qui veut se construire sans Dieu.

« J’ai l’idée d’un livre si vaste que je n’ose y penser, écrit Hugh Benson en 1905. L’Antéchrist commence à m’obséder. Si jamais je l’écris, quel livre ce sera ! ». Un an plus tard, paraît Le Maître de la terre. Ce roman est une sorte de broderie flamboyante ; c’est un livre de mysticisme intense, un cri de foi éperdu. Véritable fresque de la fin des temps – spectacle fort et grandiose à la fois-, qui fait vibrer le lecteur au son des trompettes de l’Apocalypse. Ce remarquable récit contient une vision prophétique d’un monde coupé en deux empires apparemment antagonistes, mais bien unis dans la persécution des chrétiens. Ce livre, écrit par un des plus grands romanciers catholiques de son temps, est tout simplement passionnant ! L’auteur est né en 1871, au sein d’une famille anglicane (son père deviendra archevêque de Cantorbery). Pasteur anglican, sa quête de la vérité le pousse à s’interroger sur sa foi, et sa sincérité intellectuelle le conduit à la conversion. Il est reçu dans l’Église romaine en 1903. Ordonné prêtre, il partage son temps entre la prédication intense et la rédaction d’une trentaine d’ouvrages : uvres théâtrales, romans et essais apologétiques. Il meurt en 1914, au début d’une guerre qu’il pressentait déjà lorsqu’il rédigeait Le Maître de la terre. « Le Maître de la terre est une de mes lectures préférées. » « En le lisant, vous comprendrez le drame de la colonisation idéologique. » (Pape François) « La lecture du Maître de la terre fut pour moi un fait de grande importance. » (Benoît XVI)

 

BERNET,  Anne. – Père Jérôme  : un moine au croisement des temps. – Paris, Le Cerf, 2015. 608 pages.

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La biographie d’un homme dont le rayonnement a été immense et qui perdure encore, alors qu’il est décédé depuis quelque temps déjà, après une longue vie dans un cloître, vouée au silence, à la prière, au travail manuel et à l’étude.

La vie monastique est un chemin de vérité. Elle est une conquête, lente et quotidienne, de l’Évangile. C’est ce que prouve le récit de la vie de Père Jérôme (1907-1985), dans une époque où tout semble contrarier ce désir d’absolu. Moine trappiste de l’abbaye de Sept-Fons, en Bourbonnais, Père Jérôme a été révélé au public comme l’un des grands maîtres spirituels du xxe siècle. C’est tout le mérite d’Anne Bernet, à travers ce portrait vivant et habité, de nous faire découvrir le visage de cet homme de Dieu qui a offert à toute sa génération des sentiers dans un monde désorienté. Rédigée à partir d’archives inédites conservées à Sept-Fons, cette première biographie retrace une existence passée dans un cloître, vouée au silence et à la prière, au travail manuel et à l’étude. La vie simple d’un moine, à l’image des Pères du désert, qui fut, depuis son monastère, le contemporain et le pédagogue de ses frères chrétiens.
Un livre pour retrouver vivant, tel qu’en lui-même, Père Jérôme ; recueillir et accueillir sa parole jaillissante de la prière et de la foi.

BLOY,  Léon. – La femme pauvre : un épisode contemporain. – Paris, Gallimard, 1980. 448 pages.

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Un livre oublié et un livre habité ; ne serait-ce qu’à cause de ce constat final qu’il délivre : « Il n’y a qu’une tristesse, c’est de n’être pas des saints » 

Ce grand roman poétique, dominé par l’image du feu, glorifie la femme, identifiée au thème chrétien de la pauvreté. Clotilde, l’héroïne de La femme pauvre, parvient à la lumière lorsque, dépouillée de tout, elle est laissée à la totale solitude et à la misère absolue. Au-delà de toute tristesse et de tout malheur humain, elle accède alors à l’univers spirituel «et sa continuelle prière est une torche secouée contre les puissants…»

 

CANDIARD, Adrien. – Quand tu étais sous le figuier je t’ai vu. –  Paris, Le Cerf, 2017. 176 pages.

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Beaucoup ont du mal à prendre le temps de lire des bouquins spirituels, de peur de s’ennuyer au bout de trois phrases. Pourtant c’est bien nécessaire pour nourrir sa foi et ne pas faire du sur-place ! En voilà un, à conseiller vivement, simple, concret, profond et plein d’humour. Dès le lycée, on peut le lire avec profit et sans difficulté ; mais toutes les générations s’y retrouveront. Des pages utiles pour avancer sur un tas de sujets très quotidiens de notre vie chrétienne.

Qui est cette personne assise, dans l’Évangile, sous un figuier ? C’est vous, c’est moi, c’est chacune, chacun d’entre nous rêvant de vivre enfin notre vie en plénitude. Mais à quelle existence Dieu appelle-t-il Nathanaël ? En quoi l’accomplira-t-il en suivant Jésus ? Qu’est-ce qu’une vocation ? Nos vies sociale, intellectuelle, amoureuse, ne sont jamais que la recherche et la poursuite de la vie véritable. Jusqu’à la lumineuse évidence que la vie que nous désirons et la vie que Dieu veut pour nous ne sont qu’une. Explorant comme jamais le fil anodin de la quotidienneté anonyme, Adrien Candiard en délivre ici le miroitement secret au regard de l’éternité. Une grande leçon, sans leçon, de spiritualité simple et haute. Un livre pour se jeter sur la voie, après l’avoir lu et dévoré. Dominicain vivant au couvent du Caire, Adrien Candiard est l’auteur notamment de En finir avec la tolérance, Veilleur, où en est la nuit ?, Comprendre l’islam, ou plutôt : pourquoi on n’ycomprend rien.

 

 

CANDIARD, Adrien. – A Philémon, réflexions sur la liberté chrétienne. – Paris, Le Cerf, 2019. 144 pages.

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Même si la morale a mauvaise presse, le questionnement « obligé ou interdit ? » est plus présent que jamais. Ceux qui le posent ne sont pas des névrosés, mais des personnes estimables – croyants ou non croyants – qui s’efforcent de bien vivre et de bien faire. Pour cela, ils se débattent de leur mieux avec le grand bazar contradictoire de leurs désirs, de leurs convictions, de leurs attachements, de leurs devoirs, de leurs envies, de leurs fatigues… s’efforçant de faire rentrer le réel compliqué dans trois catégories simples : le permis, le défendu, l’obligatoire. Et si la réponse était plutôt dans un tout autre chemin : celui d’une authentique et exigeante liberté, sous la conduite de l’Esprit Saint ? Religieux dominicain, l’auteur a également publié d’autres ouvrages lumineux.

 

CHAUTARD,  Jean-Baptiste. – L’âme de tout apostolat. – Perpignan, Artège, 2010. 345 pages.

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Le pape saint Pie X en avait fait son livre de chevet. La description d’une recette intemporelle, toujours d’actualité : notre action et notre engagement dans ce monde doivent être le trop plein de notre vie intérieure. Un classique incontournable de la spiritualité chrétienne à mettre dans toutes les mains, rien que pour entendre cette belle parole : « Si le monde va de mal en pis, c’est qu’il y a plus de batailles que de prières »

 » Ceux qui prient font plus pour le monde que ceux quicombattent, et si le monde va de mal en pis, c’est qu’il y aplus de batailles que de prières. « L’âme de tout apostolat, classique parmi les classiques,propose des indications précieuses sur le sens de la viechrétienne. Dom Chautard rappelle que la mission du chrétien n’a de sens qu’enracinée dans une rencontrepersonnelle avec le Christ. Conformèment aux intuitionsde son époque et en particulier de l’Action Catholique,il encourage une évangélisation authentique qui se gardede tout activisme. Devenu le livre de chevet de nombreuxsaints, L’âme de tout apostolat répond aux préoccupationsde tous ceux qui vivent dans un monde en manque de repères. Dom Chautard, excellent guide spirituel, nous enseigneque l’apostolat authentique n’est qu’un déploiement de lavie intérieure.Jean-Baptiste Chautard (1858-1935), moine cistercien,entré l’age de 19 ans à l’abbaye d’Aiguebelle, fût tourà tour abbé de Chambarand puis de la Trappe de Sept-Fons. L’âme de tout apostolat, son principal ouvrage, a étéimprimé à plusieurs centaines de milliers d’exemplairesdepuis sa parution en 1907.

 

CHIRON, Yves. – Fatima : vérités et légendes. – Perpignan Artège, 2017. 248 pages.

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A l’occasion du centenaire des apparitions de la Vierge Marie à Fatima en 1917, voici un récit complet des événements, depuis les préparations (les apparitions de l’Ange en 1915 et 1916) jusqu’à aujourd’hui. Tout en s’appuyant sur les études les plus sérieuses consacrées à Fatima, l’auteur revient aux sources : les mémoires rédigés par sœur  Lucie, la biographie qu’ont publiée après sa mort les carmélites de Coïmbra et la vaste Documentação Crítica de Fátima – inédite en français – qui recueille toutes les pièces du dossier depuis les premiers interrogatoires des trois voyants jusqu’au long procès canonique. Les controverses sur Fatima n’ont pas cessé et l’auteur répond à toutes les objections. Il a aussi interrogé le pape émérite Benoît XVI et publie sa réponse, inédite

 

CISZEK,  Walter J.  – Avec Dieu au Goulag : témoignage d’un jésuite. – Paris, Editions des Béatitudes, 2010. 320 pages.

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Accusé d’être un espion du Vatican, un prêtre est interné 23 années en Sibérie durant les années les plus terribles de la guerre froide. On y découvre l’itinéraire spirituel impressionnant d’un jésuite qui surmonte une épreuve terrible, à travers désarroi et souffrances, qu’il ne cache pas. A lire comme une odyssée spirituelle et un acte de foi et d’abandon à la volonté de Dieu qui ne veut pas le mal mais le permet.

Traduit de l américain par Emilie Pecheul et Cathy Brenti Capturé par l armée russe durant la Seconde Guerre mondiale, accusé d être un « espion du Vatican », Walter J. Ciszek, prêtre jésuite américain, a passé vingt-trois ans dans les prisons soviétiques et les camps de travail de Sibérie entre 1940 et 1963. Son livre présente un intérêt historique certain car très peu de témoignages ont été édités sur le ministère des prêtres catholiques dans les camps soviétiques durant cette période. Mais il est avant tout le récit d un itinéraire spirituel impressionnant que le père Ciszek a accepté de rédiger parce qu après son retour aux Etats-Unis, on lui demandait comment il avait pu surmonter pareilles épreuves. Avec beaucoup de simplicité, il relate les événements auxquels il a été confronté les cinq ans d emprisonnement à la Lubianca, le travail dans les mines de sel en Sibérie, etc. et qui l on conduit à un long dépouillement, mais aussi à un abandon de plus en plus confiant à la Providence, à une sérénité intérieure grâce à laquelle il a pu se préserver de « l arrogance du mal » qui l entourait. Il rapporte son désarroi, ses souffrances mais aussi le cheminement intérieur qu il a été amené à faire jusqu à considérer tout événement, grâces ou épreuves, comme un don de Dieu et une expression de Sa volonté. Cela lui a donné la force de tenir bon et d exercer ensuite son ministère avec discrétion mais audace dans les conditions extrêmement éprouvantes des camps puis des villes de Sibérie. Un cheminement humain hors du commun et une odyssée spirituelle unique. Auteur: Prêtre américain, ce témoignage retrace la période où il a été capturé par les Russes durant la seconde guerre mondiale et sa détention pendant 23 ans

 

CUCHET,  Guillaume. – Comment notre monde a cessé d’être chrétien. – Paris, Le Seuil, 2018. 288 pages.

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Dans un ouvrage de haute qualité, cet universitaire analyse les raisons du déclin du catholicisme en France depuis les années 1960. Comment a-t-on pu arriver à une pratique dominicale inférieure à 2 %, le seuil sous lequel les enquêtes d’opinion sont discutables, tellement les indicateurs sont faibles ? Un livre qui offre une analyse sociologique et historique redoutable de la déchristianisation de notre pays

 

 

 

DAUZET, Dominique-Marie. – Claire de Castelbajac. – Paris, Presses de la Renaissance, 2010. 250 pages.

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L’histoire de cette jeune fille, disparue en 1975 qui découvre l’amour de Dieu, immense, étonnant, si simple. Une sainte pour notre temps ?

La première biographie de Claire de Castelbajac, dont l’existence, à la fois simple et fulgurante, est marquée par son aspiration à la sainteté.

Née en 1953, Claire de Castelbajac frappe ses proches par sa joie de vivre et sa confiance en Dieu. Étudiante, elle va au-delà des conventions de la bourgeoisie catholique : musicienne, douée pour le dessin, elle expérimente la difficulté d’aimer vraiment et d’être aimé, de rester fidèle à la foi de l’enfance, dans l’immédiat après-mai-68.
En 1973, elle est admise au concours d’un prestigieux institut de restauration de peinture et se retrouve projetée dans un milieu artistique, au cœur de la vie romaine, loin des siens. Claire s’étourdit du plaisir de vivre libre. Mais son cœur, d’amours en amitiés, cherche douloureusement sa voie.
À l’été 1974, elle fait un pèlerinage en Terre sainte qui la remet dans une quête spirituelle intense. À l’automne, elle restaure les fresques de la basilique inférieure de Saint-François à Assise. Deux mois de grâce qui la conduisent au terme de sa recherche : seule, désormais, compte la louange de Dieu par sa vie. Mais aux vacances de Noël, une méningo-encéphalite l’emporte en deux semaines. Claire meurt à Toulouse le 22 janvier 1975, elle a 21 ans.
Claire de Castelbajac est de plus en plus connue et aimée en France et au-delà, spécialement par les jeunes. Bien des grâces divines semblent passer par elle. L’enquête diocésaine pour son procès de béatification s’est terminée en février 2008. Le dossier a été ouvert à la Congrégation pour la cause des saints à Rome, le 3 juin 2008. Sans prétendre anticiper aucunement sur les conclusions romaines, le présent ouvrage retrace le parcours de Claire. Il s’agit de la première biographie exhaustive réalisée à partir des nombreuses sources disponibles.

 

DENIS,  Jean-Pierre. – Un catholique s’est échappé.- Paris, Le Cerf, 2019. 192 pages.

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 Dans la crise que traverse l’Eglise en Europe et en France, le rédacteur en chef du journal La Vie est convaincu – et nous aussi ! – que le christianisme représente encore aujourd’hui une contre-culture agissante. Entre la dilution ou la crispation, comment les catholiques peuvent-ils échapper aux deux grands pièges qui les guettent : être naïfs ou médiocres ? La démonstration est source d’espérance et exprime avec force ce qu’on peut (encore) attendre des chrétiens dans une société sécularisée. Stimulant !

 

DERVILLE, Tugdual. – Le temps de l’homme : pour une révolution de l’écologie humaine. – Paris, Plon, 2016. 320 pages.

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La menace de ce 21ième siècle est claire : c’est celle de ne plus être des hommes. Le fondateur de « A bras ouverts » et délégué général de « Alliance Vita » délivre un diagnostic et propose des remèdes. Un must read pour comprendre les enjeux d’une écologie humaine qui nous évitera l’avènement d’une société atomisée, remplie d’individus errants et sans racines

 

 

 

DERVILLE, Tugdual.  – La bataille de l’euthanasie : enquête sur les 7 affaires qui ont bouleversé la France. – Paris, Salvator, 2012. 230 pages.

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Une enquête minutieuse et captivante qui montre comment l’émotion médiatique peut être utilisée pour manipuler l’opinion. Un ouvrage qui se lit comme un roman policier. Une question d’actualité brûlante qui nous concerne tous, un jour ou l’autre …

 

 

DOSTOÏEVSKI, Fedor. – Les frères Karamazov. – Paris, Gallimard, 1994.  992 pages.

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L’odieux Féodor Karamazov est assassiné. De ses trois fils – Dimitri le débauché, Ivan le savant et l’ange Aliocha –, tous ont pu le tuer, tous ont au moins désiré sa mort.
Drame familial, drame de la conscience humaine, interrogations sur la raison d’être de l’homme, tableau de la misère, de l’orgueil, de l’innocence, de la Russie au lendemain des réformes de 1860, orgies, miracles, la richesse de ce roman de Dostoïevski, son dernier, et considéré comme son chef-d’œuvre, ne sera jamais épuisée.
Le génie de Dostoïevski est à ce point divers que Nabokov a même osé écrire : « N’oublions jamais que Dostoïevski est avant tout un auteur de romans policiers… un maître du suspens. »

Célèbre écrivain russe qui y fait la synthèse des problèmes philosophiques, religieux et moraux qui ont hanté son univers. Il aborde la question ultime de l’existence de Dieu, qui l’a tourmenté toute sa vie. De nombreux thèmes chers à l’auteur y sont développés : l’expiation des péchés dans la souffrance, l’absolue nécessité d’une force morale au sein d’un univers irrationnel et incompréhensible, la lutte éternelle entre le bien et le mal, la valeur suprême conférée à la liberté individuelle. C’est de cet ouvrage qu’on a tiré la célèbre citation : « Si Dieu n’existe pas, alors tout est permis »

 

GUEULETTE Jean-Marie. – La vie en abondance : la vertu de chasteté pour les prêtres et les religieux.- Paris, Le Cerf, 2019. 288 pages.

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La chasteté : mirage ou imposture ? Mal compris, le célibat sacerdotal suscite beaucoup de suspicion, à la lumière des récents scandales qui frappent l’Église. Les prêtres et les consacrés n’ont-ils pas d’autre choix que de tuer leurs désirs ? En mobilisant l’histoire, la théologie, la biologie ou encore la psychologie, c’est en religieux et en scientifique que l’auteur livre ici une réflexion concrète où la frustration s’efface devant la transfiguration. La réponse est simple : il ne s’agit pas de tuer le désir, mais de le vivre autrement. Et les centaines de milliers de consacrés heureux dans leur célibat, dont on parle beaucoup moins, sont là pour le prouver

 

GROSJEAN, Pierre-Hervé. – Catholiques, engageons-nous ! – Perpignan, Artège, 2018. 196 pages.

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Face à ce monde hostile ou indifférent, quelle marge entre démission ou exil ? Dilution ou repli sur soi ? Plein d’espérance, l’abbé nous explique qu’on ne peut se résigner à regarder ce monde comme un spectateur regarde un match depuis les tribunes ou le banc de touche. Il faut passer à l’action ! En montrant comment l’engagement des catholiques est possible, en particulier en politique, dans l’enseignement, les médias ou la culture, il appelle la génération qui vient à être celle des « témoins décomplexés » évoqués par le pape Benoît XVI et à « descendre du balcon » pour passer à l’action, comme le réclame le pape François

GROSJEAN, Pierre*Hervé. – Aimer en vérité. – Perpignan, Artège, 2014. 150 pages.

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Depuis des années qu’il rencontre et écoute des jeunes, l’abbé Grosjean les connaît bien. De son expérience d’accompagnement et de ses conférences, il a recueilli le meilleur pour répondre à toutes leurs questions sur la construction d’un amour vrai.Ni cours de morale, ni code de conduite, ce livre veut transmettre aux jeunes de 15 à 22 ans des convictions qui font grandir et encouragent, pour se préparer à aimer. Un ouvrage indispensable également pour tous ceux qui veulent donner à leurs ados et leurs aînés une vision juste et constructive de l’amour.

L’abbé Pierre-Hervé Grosjean est prêtre du diocèse de Versailles. Ordonné en 2004, il est aujourd’hui curé de paroisse à Saint-Cyr-l’école. Aumônier de lycée, il accompagne également beaucoup de jeunes, dans le cadre du scoutisme ou des Universités d’été « Acteurs d’Avenir » qu’il a fondées. Il anime Padreblog.fr avec d’autres cinfrères.

 

GROSJEAN, Pierre-Hervé. – Donner sa vie : Es-tu prêt à donner ta vie ? Si oui, pour qui et pour quoi ? – Perpigan, Artège, 2018. 168 pages.

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Voilà la question fondamentale qui se pose à tout jeune entre 15 et 30 ans au moment de discerner sa vocation, puis de faire ses choix de vie. Comment y répondre ? Comment vivre aujourd’hui cette joie du don de soi dans ses études, sa vie spirituelle ou le service des autres ? Et demain, comment discerner une vocation, quelle qu’elle soit ? Un discours franc et concret, très encourageant, qui nous rappelle que toute vie est belle quand elle est donnée

 

HADJADJ Fabrice . – Résurrection, mode d’emploi. – Paris, Magnificat, 2016. 192 pages.

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Vous souvenez-vous du brûlot intitulé : Suicide, mode d’emploi de C. GUILLON et Y. le BONNIEC ? Paru en 1982, il est désormais interdit à la vente en France. Cet essai est en quelque sorte la suite, en beaucoup mieux et pour cause ! Jésus revient parmi les siens (!) et sa vie a désormais une prise directe sur la nôtre : l’argent, la féminité, le service, l’attention aux autres, les repas, la Bible, le pardon, le martyre, la foi, la nouvelle évangélisation, l’amour… rien n’est oublié, le tout dans un style à la fois tonique et profond.

« Forcément, l’événement d’un Ressuscité paraît difficile à avaler pour un habitué des avatars, des profils, des objets 3D qui ne sont ni nés ni morts ni vivants. Mais pour un gars positif et manuel d’autrefois, un paysan, un meunier, un mégissier, c’était de l’invraisemblable, sans doute, et cependant à peine entendait-il : Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit (in 12, 24), ça devenait simple, c’était aussi vrai qu’avril, le renouveau de la verdure, l’or des moissons… » Que nous disent les apparitions du Christ après sa Résurrection ? Comment les comprendre aujourd’hui ? A travers une méditation à la fois profonde et légère, Fabrice Hadjadj pose un regard neuf et plein de finesse sur le mystère du Ressuscité.

 

HUMBRECHT Thierry-Dominique – Eloge de l’action politique. – Paris, Parole et Silence, 2015. 206 pages.

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Le théologien et philosophe y décrit l’avènement d’une génération politique qui se lève, composée de chrétiens et de non chrétiens. Elle veut passer à l’action et s’illustrer dans le débat. Des questions se posent : légitimité de l’ambition, fins du politique, équilibre du nécessaire et du possible, manipulation des passions publiques, rayonnement professionnel, disponibilité des acteurs, recherche des terrains d’entente. Avec en outre, pour les chrétiens, la place du témoignage dans une société sécularisée

 

 

 

UMBRECHT, Thierry-Dominique.L’évangélisation impertiente : guide du chrétien en pays postmoderne.Paris, Parole et Silence, 2012. 286 pages.

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Un ouvrage pour devenir un évangélisateur impertinent qui délivrera un message d’espérance par temps de relativisme.

Dans les débats de société, pourquoi le catholique se reconnaît-il surtout à son silence ? Intimidé, exclu de la culture, il se demande ce qui se passe. Le pays dans lequel il vit n’est plus chrétien, il est devenu celui des postmodernes. En a-t-il pris la mesure ? Les postmodernes ne cessent de s’affranchir de leur héritage chrétien. Leur nihilisme affiché masque une stratégie de pouvoir, parfois une nostalgie. Comment un chrétien peut-il se situer, entre compassion, complicité et contre-culture ? Par rupture de transmission, culture antichrétienne, dictature du relativisme, athéisme catholique, le paquebot est devenu barque. Les chrétiens eux-mêmes y trouvent leur compte :  » j’en prends et j’en laisse « . Comment, dans ces conditions, faire entendre l’Evangile ? Par la parole ou par l’exemple ? Dans quels lieux : famille, éducation, politique, culture ? Entre laïcité mal comprise et vains appels au miracle, le chemin est celui d’une providence qui compte sur notre courage public. Le chrétien aussi a quelque chose à dire à ses contemporains. Il n’y a pas d’Eglise sans évangélisateurs impertinents, qui délivrent un message d’espérance par temps de relativisme.

 

JEAN-PAUL II. – Mémoire et identité.- Paris, Flammarion, 2005. 250 pages.

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Le livre testament du Pape, publié à peine trois mois avant sa mort. Sous un ton très personnel, celui qui a été canonisé en 2014 décrit la mort d’un Occident qui perd sa mémoire et ne sait plus définir son identité. Un véritable bréviaire pour une Europe désincarnée

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JOURDAN ; François. – La Bible face au Coran : les vrais fondements de l’Islam. – Editions de l’Oeuvre, 2011. 160 pages.

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Après « Dieu des chrétiens, Dieu des musulmans », qui a connu un vrai retentissement, le père François Jourdan récidive avec cette nouvelle incursion du côté des fondements de l’islam. Ses conclusions sont révolutionnaires. Pas à pas, avec le sens de la formule et de la pédagogie, il démontre que la religion musulmane n’est pas biblique, qu’elle ne tire pas ses sources de l’Ancien Testament et que les musulmans ne sont pas des enfants d’Abraham. Un petit livre clair qui refuse la facilité et la paresse intellectuelle, et contribue à une meilleure compréhension des réalités de l’islam.

 

KESSEL,  Joseph. – Les mains du miracle. – Paris, Gallimard Folio, 2013. 416 pages.

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L’incroyable histoire du docteur finlandais Felix Kersten. À la veille de la seconde guerre mondiale, Felix Kersten est spécialisé dans les massages thérapeutiques. Parmi sa clientèle huppée figurent les grands d’Europe. Pris entre les principes qui constituent les fondements de sa profession et ses convictions, le docteur Kersten consent à examiner le puissant chef de la Gestapo : Heinrich Himmler. Affligé d’intolérables douleurs d’estomac, celui-ci en fait bientôt son médecin personnel. C’est le début d’une étonnante lutte, Felix Kersten utilisant la confiance du fanatique bourreau pour arracher des milliers de victimes à l’enfer nazi.

 

LYONNET, Pierre. – Traverser la souffrance avec le Christ. – Perpignan, Artège, 2014. 170 pages.

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Assumer les douleurs et les peines de la maladie oblige à descendre au plus profond de soi-même, là où Dieu est présent, pour puiser en lui le courage de continuer à avancer, malgré tout. Un ouvrage qui aidera les personnes éprouvées, et tous ceux qui se dévouent auprès d’elles, à traverser la souffrance avec le Christ.

 

 

 

 

MALEGUE Joseph. – Augustin ou le maître est là. – Paris, Le Cerf, 2014. 832 pages.

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Le « Proust catholique » des années 1930, écrivain lu avec ferveur par saint Paul VI comme le conteur de l’histoire de l’âme et par le pape François comme le grand romancier moderne des « classes moyennes de la sainteté ». Un magnifique roman d’une confondante actualité sur la crise religieuse des sociétés d’abondance.

L’heure est venue de redécouvrir Joseph Malègue, célébré comme le « Proust catholique » dans les années 1930, écrivain lu avec ferveur par le pape Paul VI comme le « conteur de l’histoire de l’âme », et par le pape François comme le grand romancier moderne des « classes moyennes de la sainteté. De 1876 à 1924, des monts d’Auvergne aux boulevards de Paris, de la France rurale des clochers à la France urbaine des usines et des universités, c’est tout un monde qui disparaît, marqué par la séparation de l’Église et de l’État, puis par la Grande Guerre, et que traverse Augustin Méridier, héros déchiré entre la foi et le doute, la transmission et la sécularisation, l’espérance et la mélancolie. De cette destinée tourmentée, hantée par les femmes, et de ce temps de convulsion, qui oppose les hommes, Malègue dresse superbement la double chronique où l’abandon à la transcendance ordinaire s’impose comme le seul héroïsme. Un magnifique roman-univers, d’une confondante actualité, sur la crise religieuse des sociétés d’abondance.

 

MANENT, Pierre. – Situation de la France. – Paris, Desclée de Brouwer, 2015. 176 pages.

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Un ouvrage réaliste qui n’a pas peur de dire que la laïcité française veut exclure de son champ de vision tous les phénomènes religieux pour se convaincre qu’il n’y a aucun problème d’intégration des populations arabo-musulmanes. L’auteur considère qu’une telle attitude est contre-productive et, à plus ou moins long terme, suicidaire pour notre pays. Il faut au contraire faire mémoire de nos origines et y retrouver la place singulière de la « marque chrétienne » pour fuir deux tentations : la résignation et le renoncement. On a très envie de lui donner raison.

 

 

MARION, Jean-Luc. – Brève apologie pour un moment catholique. – Paris, Grasset, 2017. 128 pages.

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De Descartes et de Heidegger (les « pères » de notre postmodernité), Jean-Luc Marion occupe le siège du cardinal Lustiger à l’Académie française. Alors qu’on dit les catholiques de France désunis, affaiblis et découragés, l’auteur remarque qu’ils n’ont jamais autant été à la fois courtisés et dénigrés. Preuve s’il en est, de leur place singulière ! Comme les Apôtres le jour de la Pentecôte, nous avons reçu un Esprit de douceur et de force, de créativité et d’unité, de lucidité et d’espérance. Que notre époque n’ait pas peur des chrétiens : leur amour d’une vérité toujours à approfondir, leur exigence éthique, leur rapport à l’universel peuvent être salutaires pour notre cité. Un livre qui donne du souffle

MENTHIERE, Guillaume de.- Dix raisons de croire. – Paris, Salvator, 2010. 240 pages.

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On ne peut aujourd’hui être un chrétien adulte sans l’avoir voulu et réfléchi. Un exposé simple et accessible qui montre que la foi ne relève pas d’une déficience mentale. Le livre qui pourra aider pour les discussions du soir entre amis.

Il y a dans ce monde des raisons de croire et des raisons de ne pas croire. Un grand nombre de nos contemporains se réfugient frileusement dans ce qu on appelle l agnosticisme. Mais Jésus n a-t-il pas dit : « Que votre oui soit oui, que votre non soit non, tout le reste vient du Malin » ? Les catholiques ont « la faiblesse de croire » ce que l Église enseigne. N est elle pas bien révélatrice cette étrange expression : « faiblesse de croire » ? Comme si la foi ne pouvait relever que d une déficience, d une asthénie mentale. Quelle force d âme, bien au contraire, n est-elle pas requise pour croire ! De nos jours on ne peut guère être un chrétien adulte sans l avoir voulu et réfléchi. Ne doit-on pas renouer avec cette vieille discipline par trop oubliée, l apologétique, en présentant simplement toutes les bonnes raisons qu il y a d adhérer à la vérité du christianisme ?

MOREAU, Denis. – Comment peut-on être catholique ?. – Paris, Le Seuil, 2018. 368 pages.

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Un livre à offrir à tous ceux qui vous ont dit un jour : « c’est drôle, t’es catho mais… t’es sympa ! ». Cet ouvrage ne convertira probablement personne au catholicisme. Mais à ceux qui ne croient pas, il suggérera qu’un catholique n’est pas nécessairement un imbécile. À ceux qui croient déjà, il fournira quelques arguments susceptibles d’affermir leur foi. À tous, il expliquera que lorsque se pose la seule question qui vaille vraiment — comment tenter de réussir sa vie ? — le catholicisme constitue une des bonnes réponses envisageables. Et même un choix de raison.

 

O’BRIEN Michael D. – Père Elijah : une apocalypse. – Paris, Salvator, 2008. 589 pages.

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« Père, dit le Pape, vous vous demandez pourquoi nous vous avons fait venir ici à Rome dans des circonstances si inhabituelles.
– Oui, Saint-Père.
– L’affaire qui nous échoit ne concerne que très superficiellement l’archéologie. C’est un sujet des plus délicats. Je vous demande de garder les choses dont nous allons parler dans la plus grande confidentialité.

Père Elijah est le récit d’un moine carme, ancien homme politique israélien et rescapé de la Shoah, appelé par le Pape à une mission particulièrement périlleuse. Sorti de son monastère du Mont Carmel, le Père Elijah se retrouve dans un tourbillon où se croisent les forces les plus ténébreuses. À qui pourra-t-il faire confiance et comment pourra-t-il accomplir sa mission ? L’épreuve à laquelle il est soumis prend au fil des pages une dimension politique et spirituelle des plus complexes et passionnantes.
Miroir du monde contemporain et aventure palpitante, Père Elijah donne une profondeur nouvelle aux thrillers du genre. Un récit d’exception écrit par un expert des âmes et un orfèvre des complots.

Un thriller par un vrai spécialiste du Vatican.

Les romans de Michael O’Brien sont puissants, chargés d’une réflexion métaphysique, psychologique et religieuse de haut vol. Ce bon connaisseur des âmes sait décrire à merveille la vie humaine et notre temps. Ce roman présente un monde où le mal a pris l’apparence d’un jeune dirigeant du monde, mâtiné de bons sentiments. Une histoire qui vous donnera certainement envie de lire l’ensemble des livres de l’auteur !

 

PAPPERT Aloysius. – Mémoires de guerre. – Paris, Salvator, 2017.  (tome 1 « une jeunesse volée » et tome 2 « Le sang des prisonniers »).

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Le récit authentique et troublant d’une épopée : celle d’Aloysius Pappert, né en Allemagne en 1924 dans une famille catholique et antinazie. Contre son gré, il doit partir en guerre en Russie alors qu’il a à peine 17 ans. Le jour de son départ, sa mère lui donne une médaille et le confie à la protection de la Vierge Marie pour qu’il revienne sain et sauf. Ses mémoires  évoquent son parcours en deux tomes. A travers l’épopée d’un jeune homme emporté dans le tourbillon d’une terrible guerre, on découvre une remarquable profession de foi qui transmet une force inégalable.

POLTAWSKA,  Wanda. – Journal d’une amitié : la famille Poltawski et Karol Wojtyla. – Paris, Médiaspaul, 2011. 624 pages.

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Peu de gens savent que le 2 avril 2005, jour de la mort de saint Jean-Paul II, deux personnes se trouvaient à ses côtés dans les appartements pontificaux : Mgr Stanisław Dziwisz, son fidèle secrétaire mais aussi une femme, sa « sœur spirituelle » de toujours : Wanda Połtawska. Ancienne résistante et médecin réputé, cette mère de quatre enfants a vécu 55 ans d’une amitié unique avec Karol Wojtyła. Elle est donc l’une des personnes au monde qui le connait le mieux. Cette amitié inédite, source d’élévation et de méditation, se nourrit d’une imposante correspondance mais aussi de randonnées au contact de la nature. Sorti en 2011, ce livre qui se lit par étapes, est le récit de la rencontre entre l’auteur et Karol Wojtyła, son guide spirituel et son ami. On y découvre avec intérêt le recueil d’une riche correspondance qui nous révèle l’intimité du pape polonais mais nous éclaire aussi sur une saine et sainte amitié entre un homme de Dieu et une femme

 

POTDEVIN Jean-Marc. – Les mots ne peuvent dire ce que j’ai vu : l’expérience mystique d’un business angel. – Paris, Editions de l’Emmanuel, 2012. 192 pages.

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Sous-titré « L’expérience mystique d’un business angel » cet ouvrage s’adresse à la fois aux non-chrétiens et aux chrétiens. L’auteur, baptisé et en fait « mal-croyant », raconte comment le Seigneur a employé de grands moyens pour le repêcher. Le récit d’une conversion assez radicale

 

 

 

 

RASPAIl, Jean. – Le jeu du roi. – Paris, Robert Laffont, 2003. 359 pages.

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Un petit garçon rêvait d’un royaume.
Un roi – réellement, légitimement roi, mais de Patagonie – vivait seul, face à l’océan, dans un fort délabré de la côte du Ponant, attendant l’héritier qui recueillerait son rêve avec sa royauté. Il choisit l’enfant. Il lui fit partager les mirages de cette Terre de Feu où il n’avait peut-être jamais mis les pieds, mais qui était toute sa vie, son être même ; il l’introduisit dans les mystères du royaume invisible qu’il portait en lui ; il le fit roi…
C’est le petit garçon devenu adulte qui nous raconte cette histoire, au lendemain de la mort d’Antoine IV,  » roi de Patagonie par la grâce de Dieu et la volonté des Indiens de l’extrême sud du continent américain « . Une histoire qui a un fondement historique vérifiable par tous, mais que la passion et l’imagination de Jean Raspail ont élevée au rang des grandes aventures de l’esprit. Tandis que le monde, notre monde, s’agite au rythme inquiétant des grandes foules contemporaines, le vieil homme et l’enfant contemplent l’horizon marin ; ils l’identifient à l’océan patagon hérissé de  » furies  » et aux archipels de la Terre de Feu, porteurs d’un certain destin dont l’homme d’aujourd’hui a perdu le chemin.
Là-bas, l’homme devient roi. Sa longue nuit s’illumine… Une grande et belle histoire, pleine de significations, comme on n’en écrit plus, comme seul pouvait l’écrire Jean Raspail.

La grande et belle histoire, pleine de significations, entre un petit garçon et un roi. Il faut avoir lu au moins une fois ce roman écrit par l’auteur de Sire ou de L’Anneau du pêcheur qui signe ici une authentique aventure de l’esprit. Le résultat est immédiat ; le récit nous fait quitter la grisaille du monde pour nous faire entrer dans un royaume imaginaire : la Patagonie. Des milliers de Français se revendiquent aujourd’hui Patagons, une confrérie du cœur qui se vit comme une deuxième nationalité. Une manière décalée et pleine de fraîcheur pour résister aux temps présents.

 

RASPAIL, Jean.Le camp des saints. Précédé de Big Other – Paris, Robert Laffont, 2011.  372 pages

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 » Dans la nuit, au midi de notre pays, cent navires se sont échoués, chargés d’un million d’immigrants. Ils viennent chercher l’espérance. Ils inspirent la pitié. Ils sont faibles… Ils ont la puissance du nombre. Ils sont l’Autre, c’est-à-dire multitude, l’avant-garde de la multitude. À tous les niveaux de la conscience universelle, on se pose alors la question : que faire ? Il est trop tard ».
Paru pour la première fois en 1973, Le Camp des Saints, qui est un roman, relève en 2011 de la réalité. Nous sommes, tous, les acteurs du Camp des Saints. C’est notre destin que ce livre raconte, notre inconscience et notre acquiescement à ce qui va nous dissoudre.
C’est pourquoi, en guise de préface à cette nouvelle édition, dans un texte intitulé Big Other, j’ai voulu, une dernière fois, mettre un certain nombre de points sur les i. »
Pas très politiquement correct mais tellement bien écrit ! La réédition du roman qui prédit la troisième guerre mondiale, sans armes, entre une multitude affamée et une minorité de nantis. « Le récit de notre inconscience et de notre acquiescement face à ce qui va nous dissoudre » dit l’auteur.

 

RASPAIL, Jean. – Moi, Antoine de Tounens, roi de Patagonie. – Paris, Albin Michel, 1981. 316 pages.

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Sur une modeste tombe d’un petit cimetière du Périgord, on peut lire cette épitaphe: Ci-gît Orélie-Antoine Ier, roi de Patagonie, décédé le 18 septembre 1878. La plus étrange épopée qui se puisse concevoir… Durant les vingt-huit années du règne d’Orélie-Antoine, le rêve et la réalité se confondent aux bornes extrêmes du monde, là-bas, en Patagonie, au détroit de Magellan. Qui est Antoine de Tounens, roi de Patagonie, conquérant solitaire, obscur avoué périgourdin embarqué sur les flottes de la démesure, son pavillon bleu, blanc, vert claquant aux vents du cap Horn ? Un fou ? Un naïf ? Un mythomane ? Ou plus simplement un homme digne de ce nom, porteur d’un grand destin qu’il poursuivra toute sa vie en dépit des échecs, des trahisons, des sarcasmes qui peupleront son existence… Es-tu roi de Patagonie ? Je le suis! Il n’en démordra pas. Roi il fut, quelques jours au moins, et toute une vie. Des sujets, il en eut : Quillapan, cacique des Araucans, Calfucura, cacique des Patagons, mais aussi Verlaine, Charles Cros, le commodore Templeton, le général Chabrier, l’amiral Dumont d’Urville, l’astronome Camille Flammarion, le colonel von Pikkendorff, Véronique, reine de Patagonie, aux multiples visages, et tant d’autres, le cœur débordant d’émotion, qui se déclarèrent un jour ou l’autre, l’espace d’un instant, sujets du roi Orélie-Antoine. Car nous sommes tous des Patagons. Là-bas, en Patagonie, l’homme devient roi. Sa longue nuit s’illumine

 

RASPAIL, Jean. – La miséricorde. – Editions des Equateurs, 2019. 174 pages.

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A partir d’un fait divers particulièrement horrible, la réponse à la grande question du pardon et du salut.

À la fin des années 1950, l’affaire du curé d’Uruffe a été l’une des plus grandes histoires criminelles françaises de l’après guerre. Un jeune curé amateur de femmes avait tué sa maîtresse et l’enfant qu’elle portait, qu’il considérait comme « l’enfant du péché ». De ce fait divers terrifiant, Jean Raspail a écrit un roman sur le péché, le catholicisme et la miséricorde. Son narrateur est un avocat qui fut le secrétaire d’un as du barreau qui a défendu le curé criminel. Au hasard d’une promenade dans une église, il se retrouve dans le confessionnal avec ce curé criminel, l’occasion de raconter ce drame qui foudroya l’église.

 

RATZINGER,  Joseph. – Mon Concile Vatican II  : 1962-1965. – Perpigan, Edition Artège, 2011. 304 pages.

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Les divisions qui se sont fait jour au moment du Concile Vatican II ont resurgi avec l’élection de Benoît XVI. Considéré comme un tenant de la réaction conservatrice, beaucoup ignorent encore la place importante qu’a pu occuper le jeune abbé Ratzinger comme expert au Concile. Inédit en France, ce document exceptionnel rassemble les prises de positions du futur pape au cours de cette étape historique pour l’Église.

 

RATZINGER, Joseph. – Lumière du monde. – Paris, Bayard-Centurion, 2010. 300 pages.

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Une série d’entretiens où le pape se livre sans détours. On a l’impression d’être en face de Benoît XVI, assis dans un bon fauteuil, avec, dans la cheminée, le feu qui crépite ! Le ton est libre, simple, léger parfois, mais au fil de la « soirée », la conversation se fait plus profonde, embrassant les enjeux du monde et de l’Eglise ou les grandes interrogations spirituelles

 

 

SABOURDIN-PERRIN, Dominique. – Madame Elisabeth de France (1764-1794) : l »offrande d’une vie. – Paris, Salvator, 2017. 90 pages.

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Un livre pour découvrir la personnalité attachante de la sœur de Louis XVI, guillotinée pendant la Révolution française. D’une exigence spirituelle rare, comprenant qu’elle ne se mariera pas, elle trouve dans son célibat non-choisi une véritable fécondité, dans le soin des pauvres et la fidélité au devoir d’état. Son procès en béatification vient de connaître de singulières avancées, plus de deux cents ans après sa mort, redonnant toute sa valeur à une belle prière qu’elle aimait réciter chaque jour.

Née à Versailles le 3 mai 1764, Madame Élisabeth de France est la petite-fille de Louis XV, fille du dauphin et soeur du roi Louis XVI. Belle personnalité, cultivée, elle se montre très attentive aux autres et à l’exigence spirituelle. Comprenant qu’elle ne se mariera pas et qu’elle n’est pas appelée non plus à la vie religieuse, elle décide de mener son existence dans la prière et le soutien des pauvres. Sa réputation de bonté se répand. Dans le contexte dramatique de la Révolution, elle réactive la dévotion du Voeu Louis XIII et au Coeur de Marie. Pour son courage lors d’une émeute, on va même la surnommer la « sainte Geneviève des Tuileries » Emprisonnée au Temple, elle est exécutée sur l’échafaud le 10 mai 1794 en donnant jusqu’au bout un témoignage de foi exemplaire. Dominique Sabourdin-Perrin retrace ici son parcours au moment où le diocèse de Paris vient d’introduire sa cause de béatification.

 

SAINT-EXUPÉRY,  Antoine de. – Terre des hommes. – Paris, Gallimard, 1972. 181 pages.

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Un petit livre superbement écrit, tout en caresses et en légèreté, sur le dos des nuages. Un sublime morceau de littérature française qui offre des réponses à une question essentielle : qu’est-ce qui permet de devenir vraiment un homme ? L’occasion de redécouvrir la plume de l’écrivain-aviateur disparu trop vite.

« Nous habitons une planète errante. » Saint-Exupéry, qui vient d’être nommé pilote de ligne, découvre, admire, médite notre planète. Assurant désormais le courrier entre Toulouse et Dakar, il hérite d’une vaste responsabilité à l’égard des hommes, mais surtout de lui-même et de son rapport au monde. Tout en goûtant « la pulpe amère des nuits de vol », il apprend à habiter la planète et la condition d’homme, lit son chemin intérieur à travers les astres. En plus du langage universel, il jouit aussi chaque jour de la fraternité qui le lie à ses camarades du ciel. Il rend hommage à Mermoz ou à Guillaumet, à qui est dédicacé le roman, et dont il rappelle les célèbres paroles : « Ce que j’ai fait, je le jure, jamais aucune bête ne l’aurait fait. » Dès Courrier Sud et Vol de nuit, l’homme d’action a su admirablement se mettre au diapason de l’homme de pensée et de l’humaniste qu’était tout à la fois Saint-Exupéry. Dans Terre des hommes, l’aviateur-écrivain s’intéresse particulièrement à la rigueur qu’exigent les relations humaines. –Laure Anciel

 

SARAH, cardinal. Robert. – Dieu ou rien : entretien sur la foi. – Paris, Fayard,  2016. 424 pages.

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Dans ce livre d’entretien réalisé avec Nicolas DIAT, le préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des sacrements raconte avec humilité et profondeur son incroyable histoire. Un récit étayé de réflexions personnelles franches, argumentées et souvent directes, notamment sur le néo-colonialisme idéologique exercé en Afrique par l’Occident décadent. Décapant, émouvant, tonifiant

 

 

 

SARAH, cardinal Robert. – La force du silence. – Paris, Fayard, 2017. 378 pages.

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Un livre paradoxal puisqu’il nous parle en plus de 300 pages… du silence ! Le sous-titre éclaire déjà le propos : « Contre la dictature du bruit ». Il invite à l’action, peut-être même à un exercice spirituel, fait de pensées numérotées qui reflètent la richesse du silence : le lecteur peut butiner chacune pour en faire librement son miel .

 

 

 

 

SARAH, cardinal Robert. – Le soir approche et déjà le jour baisse. – Pari, Fayard, 2019. 448 pages.

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Comme d’habitude, l’auteur ne mâche pas ses mots et son constat est simple : notre monde est au bord du gouffre. Crise de la foi et dans l’Église, déclin de l’Occident, trahison de ses élites, relativisme moral, mondialisme sans limite, capitalisme débridé, nouvelles idéologies, épuisement politique, dérives d’un totalitarisme islamiste… Mais si le diagnostic est sans concession, le cardinal démontre aussi qu’il est possible d’éviter l’enfer d’un monde sans Dieu, sans homme et sans espérance. Il livre surtout une importante leçon spirituelle : il faut faire du chemin de notre vie l’expérience d’une élévation de l’âme et quitter ainsi l’existence en créature plus élevée qu’elle n’y était entrée.

 

 

STREB,  Blanche. – Bébés sur mesure : le meilleur des mondes. – Perpigan, Editions Artège, 2018. 266 pages.

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Le saviez-vous ? Les bébés génétiquement modifiés sont déjà nés. C’est ce qu’affirme, preuves à l’appui, cette jeune docteur en pharmacie dans un essai décapant qui nous révèle ce qui se trame dans le secret des labos. A quoi ressemblerait le monde des meilleurs, un monde où les êtres humains, en plus d’être triés, seraient améliorés, voire augmentés ? Les générations futures seront-elles encore libres de faire des bébés sous la couette ou allons-nous vers un avenir sans sexe où la fabrication des bébés serait confiée à des experts ? Ce livre accessible à tous aide à comprendre les basculements qui s’opèrent dans le domaine de la procréation artificielle et dénonce l’emballement technique qui se retournera contre l’homme.

 

STREB, Blanche. –  Eclats de vie : témoignages. – Paris, Editions de l’Emmanuel, 2019. 287 pages.

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Un petit concentré de vie, d’espérance et d’amour, à glisser dans toutes les mains. Alors qu’elle n’est pas épargnée par l’épreuve, notre pharmacienne connue pour d’autres écrits plus engagés (comme celui présenté juste au-dessus) parle ici de la souffrance avec une plume juste et sensible. En refermant son livre, on a envie de partager sa conviction : la vie est courte, fragile mais tellement belle !

 

 

 

SUREAU François. – Inigo : portrait. – Paris, Gallimard, 2010.150 pages.

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Comment un gentilhomme espagnol découvre l’enjeu de la vie : se divertir ou se convertir. Le boulet tranchera…

« J’ai longtemps détesté Ignace de Loyola, lui trouvant l’air d’un égaré baigné de larmes. nous appelant sans discrétion aux sacrifices qu’une imagination médiévale lui faisait concevoir. Je n’aimais ni sa phrase, ni ses deux étendards, ni son passé de soldat ni son avenir de général du pape, ni son visage au front étroit et fuyant. Son militarisme m’écoeurait, tout comme ses règles et ses disciplines et les mille arguties de sa correspondance. Je ne voyais pas comment le même homme qui avait voulu, selon la tradition orientale, devenir « fou pour le Christ », et méprisé. pouvait dans ses lettres peser à ce point le pour et le contre et composer avec les puissants ». En un portrait bref et acéré, François Sureau fait céder l’image trop lisse d’un homme auquel les livres pieux sont impuissants à rendre justice.

 

VERLINDE,  Joseph-Marie. – Initiation à la lectio divina . – Paris, Parole et Silence, 2002. 180 pages.

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Le livre qui vous permettra de suivre l’invitation du pape à prendre l’évangile dans vos bagages de vacances !

La Parole est le lieu privilégié de la rencontre avec le Dieu vivant qui s’est fait proche. L’Ecriture en effet n’annonce pas seulement le Verbe de Dieu; elle est le Verbe de Dieu, présent et agissant parmi nous, un des « lieux » privilégiés où se donne à contempler son Visage et où se communique sa grâce.

Le but de l’ouvrage est de faciliter l’accès à cette présence, en conviant le lecteur à l’école de la grande tradition monastique de lecture priante des Ecritures. Au fil des nombreuses citations puisées dans les écrits des Pères, il invite à une mise en pratique personnelle à partir d’exemples donnés par les auteurs anciens.

La lecture savoureuse des Ecritures, passant par les degrés de la lectio, la meditatio, l’oratio et la contemplatio, conduit à une intériorisation progressive de la Parole, qui peut dès lors accomplir son ouvre de transformation au plus intime de l’être.

En invitant à boire à la Source vive de la Parole, l’ouvrage rappelle de façon opportune la spécificité de la spiritualité chrétienne au milieu des multiples propositions qui sollicitent le pèlerin de l’Absolu en ce début de troisième millénaire.

Le Père Joseph-Marie Verlinde, docteur en sciences, docteur en philosophie et titulaire d’un DEA de théologie, enseigne à l’Université catholique de Lyon, au séminaire de Belley-Ars et au studium Intermonastique de France. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et a prêché les conférences du Carême 2002 à Notre-Dame. Il est également prieur de la fraternité monastique de la Famille de Saint Joseph, dont la spiritualité est centrée sur la lectio divina.

 

WARREN, Rick. – Une vie motivée par l’essentiel : pourquoi suis-je sur Terre ? – Ourania Editions, 2013.  400 pages.

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Pasteur baptiste, fondateur de la célèbre « Saddleback Church » en Californie aux Etats-Unis, Richard Warren est l’auteur de nombreux ouvrages chrétiens. Celui-ci est le plus connu et répond à une question essentielle : pourquoi ou pour quoi suis-je sur terre ?

Quel est le sens de notre vie? Dieu aurait-il des projets pour nous, pour notre vie et pour l éternité? Pendant 40 jours et autant de chapitres quotidiens, le pasteur Rick Warren propose de partir à la découverte du sens de la vie. «Pourquoi suis-je sur terre?»: la réponse à cette question permet de vivre l essentiel, d affronter la vie avec sérénité, et de se préparer pour l éternité. Une vie motivée par l essentiel est un guide de vie chrétienne pour les chrétiens du 21e siècle, pour une existence basée sur les plans éternels de Dieu et non sur les valeurs culturelles. A partir de plus de 1200 citations et références bibliques, il remet en question les définitions conventionnelles de l adoration, de la communion fraternelle, de la maturité, du ministère et de l évangélisation. Dans la tradition d Oswald Chambers, Rick Warren nous offre des explications judicieuses sur le vrai sens de la vie. C est un livre plein d espoir que vous allez lire et relire, et qui deviendra un classique apprécié des générations futures.

 

ZANOTTI-SORKINE,  Michel-Marie. – L’Amour, une affaire sacrée, une sacrée affaire. – Paris, Le Rocher, 2014. 120 pages.

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On y explique, avec flamboyance et vérité, comment s’aimer et s’aimer bien.

L’ Amour avec un grand A. Dans un très beau texte, parseméd’ exemples ancrés dans la réalité, Michel-Marie Zanotti-Sorkine entre avec délicatesse dans ce qu’ est l’ Amour, le grand, levrai. Sans jamais désespérer, il montre combien l’ Amour a besoind’un cadre et de temps, de patience et d’ écoute pour atteindreson plein épanouissement. De l’ enfance à l’ âge d’ homme enpassant par l’ adolescence, de la rencontre de l’ être aimé à la viecommune, comment s’ aimer et s’ aimer bien ? Michel-Marie Zanotti-Sorkine répond : « […] l’ Amour, le vrai,l’ enivrant, le fort, l’ éclatant, l’ absolu, l’ irrésistible et l’ immuable,vous désire depuis la nuit des temps, vous espionne à tous âgeset sur tous les fronts, vous guette sur chaque seconde, et surtout,vous espère, vous attend et vous veut, pour qu’ un brin d’ éternitédescende en votre temps. »

ZELLER, Guillaume. – La baraque des prêtres  : Dachau 1938-1945. – Paris, Tallandier, 2015. 424 pages.

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Le récit d’un drame méconnu : celui de milliers de religieux qui ont été déportés dans le camp de concentration de Dachau où beaucoup y laissèrent la vie. Outre les conditions de subsistance et de détention, l’auteur détaille la façon dont la vie spirituelle et sacerdotale a pu se maintenir dans le camp grâce à l’entretien d’une chapelle, la seule autorisée dans tout le système concentrationnaire nazi.

De 1938 à 1945, 2 720 prêtres, religieux et séminaristes sont déportés dans le camp de concentration de Dachau, près de Munich. Regroupés dans des « blocks » spécifiques – qui conserveront pour l’histoire le nom de « baraques des prêtres », 1 034 d’entre eux y laisseront la vie. Polonais, Belges, Allemands, Français, Italiens, Tchèques, Yougoslaves : derrière les barbelés de Dachau, l’ « universalité de l’Église » est palpable. Ces hommes qui, dans une Europe encore christianisée, jouissaient d’un statut respectable, parfois éminent, se retrouvent projetés dans une détresse absolue. La faim, le froid, les maladies, le travail harassant, les coups des SS et des kapos, les expériences médicales ou les transports d’invalides ont raison de ces hommes de tous les âges. Quelques-uns sombreront dans le désespoir et s’effondreront, d’autres – la grande majorité d’entre eux – ne fléchiront pas, peut-être soutenus par leur foi. Partageant le sort commun des déportés, les prêtres de Dachau s’efforcent de maintenir intacte leur vie spirituelle et sacerdotale. Une chapelle, la seule autorisée dans tout le système concentrationnaire, leur apporte un secours considérable. Cette expérience unique dans l’histoire de l’Église éclaire d’un jour nouveau les rapports entre le nazisme et le christianisme. Près de 70 ans après sa libération, le camp de concentration de Dachau demeure le plus grand cimetière de prêtres catholiques du monde.

 

 

 

 

Et pour terminer : L’évangile selon Saint Marc. 

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Oui, vous avez bien lu ! L’évangile, tout simplement… et celui de Saint Marc est le plus accessible. A travers le texte, d’une brièveté et d’une simplicité extrêmes (mais génial d’expressivité), Saint Marc nous fait percevoir le Christ et nous fait vivre auprès de lui. Il nous le donne à lire et à aimer ! Nous vous proposons une lecture lente, dans le silence, terminée – pourquoi pas ? – par une courte prière. Afin de comprendre que Jésus n’est pas un concept mais une personne : à connaître, à aimer et à suivre.

ECRIVAIN FRANÇAIS, JOSEPH KESSEL (1898-1979), L'OEUVRE DE JOSEPH KESSEL DANS LA PLEIADE, LITTERATURE, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES

L’oeuvre de Joseph Kessel dans la Pléiade

Joseph Kessel entre dans « La Pléiade » :

retour sur une aventure littéraire

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L’infatigable auteur des « Cavaliers », du « Lion », de « L’Armée des ombres » entre dans la prestigieuse collection de Gallimard. L’occasion d’éprouver à nouveau sa puissance évocatrice.

 

Joseph Kessel

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Joseph Kessel, en 1948.

 

Œuvres principales

L’Équipage (1923)

Belle de jour (1928)

Fortune carrée (1932)

Mermoz (1938)

L’Armée des ombres (1943)

Le Chant des partisans (1943)

Le Tour du malheur (1950)

Le Lion (1958)

Les Mains du miracle (1960)

Les Cavaliers (1967)

 

Joseph Kessel (dit parfois Jef), né le 31 janvier 1898 à Villa Clara (Entre Ríos, Argentine) et mort le 23 juillet 1979 à Avernes (Val-d’Oise), est un romancier français.

Engagé volontaire comme aviateur pendant la Première Guerre mondiale, il tire de cette expérience humaine son premier grand succès littéraire, L’Équipage, publié à 25 ans. Dès lors, son œuvre romanesque se nourrit de l’aventure humaine dans laquelle il s’immerge, à la recherche d’hommes exceptionnels. Après la guerre, il se consacre en parallèle au journalisme et à l’écriture romanesque. Il participe à la création de Gringoire, un hebdomadaire politique et littéraire qui devient l’un des plus importants de l’entre-deux-guerres, et signe des grands reportages à succès pour Paris-Soir que dirige alors Pierre Lazareff. Il publie notamment Belle de jour, qui fait scandale et reste entouré d’une réputation sulfureuse jusqu’à son adaptation cinématographique en 1967, et Fortune carrée, inspirée d’un périple en Mer Rouge où il fait la rencontre d’Henry de Monfreid.

Quand éclate la Seconde Guerre mondiale, il est correspondant de guerre, puis rejoint la Résistance et rallie le général de Gaulle à Londres. Il y compose alors avec son neveu Maurice Druon les paroles du Chant des partisans qui devient l’hymne de la Résistance, et écrit L’Armée des ombres, en hommage à ces combattants de l’ombre, puis finit la guerre comme capitaine dans l’aviation. Après la Libération, il retourne aux voyages dont il tire de grands reportages et la matière de romans, dont celui qui est considéré comme son chef d’œuvre romanesque, Les Cavaliers, ou encore Le Lion, qui rencontre un immense succès.

Il se consacre aussi au devoir de mémoire et d’amitié en écrivant la biographie d’hommes au destin hors du commun comme le Dr Kersten, dans Les Mains du miracle, ou Jean Mermoz.

Il est élu à l’Académie française en 1962.

 

Biographie

Origines

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Joseph debout au centre, assis, ses frères Lazare et George (Orenbourg, Russie, 1907/1908).

Joseph Kessel est le fils de Samuel Kessel, médecin juif d’origine lituanienne (à l’époque en Russie impériale) et de Raïssa Lesk, d’une famille juive établie à Orenbourg, en Russie, sur le fleuve Oural. Samuel Kessel, après avoir passé son doctorat à Montpellier, s’embarque avec son épouse pour l’Argentine où il a obtenu un poste pour trois ans. C’est dans ce pays que naît Joseph. La famille revient ensuite en Europe pour se rapprocher de la famille Lesk à Orenbourg où elle réside de 1905 à 1908. Cette année-là, elle vient s’installer en France, à Nice, rue Auber.

Joseph Kessel fait ainsi ses études secondaires à Nice au lycée Félix-Faure (aujourd’hui lycée Masséna), puis à Paris au lycée Louis-le-Grand.

Infirmier brancardier durant quelques mois en 1914, il obtient en 1915 sa licence de lettres et se trouve engagé, à dix-sept ans, au Journal des débats, dans le service de politique étrangère.

Dès 1920, il est envoyé à Londres par le Journal des débats pour son premier grand reportage. Mais comme il a alors un statut d’apatride, il se fait faire un faux passeport. Cela l’incite à demander l’année suivante la nationalité française en faisant intervenir Robert Dreyfus, conseiller haut placé au bureau du sceau, qu’il obtient en mars 1922.

Aviateur dans la Grande Guerre et premiers romans

Tenté un temps par le théâtre, reçu en 1916 au Conservatoire avec son jeune frère, Lazare (1899-1920) dit Lola — le père de Maurice Druon —, il fait quelques apparitions comme acteur sur la scène de l’Odéon. Mais à la fin de cette même année, Joseph Kessel choisit de prendre part aux combats, et s’enrôle comme engagé volontaire, d’abord dans l’artillerie, puis dans l’aviation. Il sert au sein de l’escadrille S.39, sous le commandement du Capitaine Thélis Vachon. Séduit par le charisme de cet homme à l’enthousiasme contagieux, il lui rend hommage à travers le personnage du capitaine Gabriel Thélis dans son premier grand succès, L’Équipage, publié en 1923. Il termine la guerre par une mission en Sibérie en passant par les États-Unis, puis Vladivostok.

Il se marie en 1921 avec Nadia-Alexandra Polizu-Michsunesti (d’origine roumaine et surnommée « Sandi »), qui décédera en 1928.

En 1926, il publie un roman intitulé Makhno et sa juive où il décrit le leader anarchiste ukrainien Nestor Makhno en tyran assoiffé de sang touché par la beauté d’une jeune juive. Sans trouver d’écho particulier, il provoque une vive réaction dans les milieux anarchistes et des réponses de Makhno lui même, en exil à Paris. La crédibilité du récit de Kessel, qu’il affirme basé sur le témoignage d’un officier blanc, est aujourd’hui considérée nulle.

De l’aventure littéraire à la littérature de l’aventure des hommes

Avec Georges Suarez et Horace de Carbuccia, il fonde en 1928, à Paris, un hebdomadaire politique et littéraire orienté à droite, Gringoire. Romain Gary, qui deviendra plus tard son ami, y publie deux nouvelles à ses débuts, L’Orage (le 15 février 1935) puis Une petite femme (le 24 mai 1935), sous son véritable nom, Roman Kacew. Joseph Kessel est également membre du jury du prix Gringoire, fondé par l’hebdomadaire, parmi d’autres écrivains de l’époque et sous la présidence de Marcel Prévost. Mais par la suite, Kessel, choqué par l’arrivée d’Hitler au pouvoir en Allemagne et par les persécutions antijuives qui s’ensuivent, quitte Gringoire quand le journal commence à adopter une ligne nettement antisémite. En 1936, il publie La Passante du Sans-Souci, un roman au ton antifasciste.

Il rencontre Catherine Gangardt (1903-1972) (d’origine lettone et surnommée « Katia ») avec qui il se marie en 1939 mais dont il divorcera ensuite.

Joseph Kessel appartient à la grande équipe réunie par Pierre Lazareff à Paris-Soir, et qui fait l’âge d’or des grands reporters. Il fait pour le journal de nombreux voyages dont il rapporte des reportages qui font monter le tirage du journal de plusieurs centaines de milliers d’exemplaires, et dont il tire la matière de romans.

Il est correspondant de guerre pendant la guerre d’Espagne, puis durant la drôle de guerre.

Engagé pour la France dans la Seconde Guerre mondiale

Après la défaite, il rejoint la Résistance au sein du réseau Carte, avec son neveu et ami Maurice Druon. C’est avec ce dernier qu’il franchit clandestinement les Pyrénées pour gagner Londres et s’engager dans les Forces aériennes françaises libres du général de Gaulle.

En mai 1943, dans l’enceinte du pub The White Swan, à Coulsdon dans la banlieue sud de Londres, il compose avec son neveu Maurice Druon les paroles françaises du Chant des Partisans qui deviendra le chant de ralliement de la Résistance. La même année, Kessel publie L’Armée des ombres en hommage à ces combattants de l’ombre. Il finit la guerre capitaine d’aviation dans une escadrille qui, la nuit, survole la France pour maintenir les liaisons avec la Résistance et lui donner des consignes.

C’est à cette époque qu’il rencontre à Londres Michèle O’Brien, une Irlandaise avec qui il se marie en 1949. Elle sombra par la suite dans une dépendance à l’alcool qui incitera Kessel à s’intéresser aux Alcooliques anonymes et aux méthodes de traitement, et à publier Avec les Alcooliques Anonymes, en 1960.

Grand reporter et retour aux voyages

À la Libération, il reprend son activité de grand reporter. Il est l’un des journalistes qui assistent au procès du maréchal Pétain en juillet-août 1945, et assiste ensuite au procès de Nuremberg, pour le compte de France-Soir. Il voyage en Palestine et reçoit le premier visa du tout nouvel État d’Israël quand il se pose à Haïfa, le 15 mai 1948.

Il continue ses voyages, ces fois-ci, en Afrique, en Birmanie, en Afghanistan. C’est ce dernier pays qui lui inspire son chef-d’œuvre romanesque, Les Cavaliers (1967).

Entre-temps, il publie Les Amants du TageLa Vallée des RubisLe LionTous n’étaient pas des anges, et il fait revivre, sous le titre Témoin parmi les hommes, les heures marquantes de son existence de journaliste.

En 1950 paraît Le Tour du malheur, livre comportant quatre volumes. Cette fresque épique, que l’auteur mit vingt ans à mûrir (voir l’avant-propos), contient de nombreux éléments de sa vie personnelle et occupe une place à part au sein de son œuvre. En s’attachant à des personnages sans commune mesure dans leurs excès, elle dépeint les tourments d’une époque (la Grande Guerre puis l’entre-deux-guerres) et recèle une analyse profonde des relations humaines. On peut y lire sous les relations entre le personnage principal et son jeune frère, Georges, celles qui liaient Joseph Kessel et son petit frère Lazare, qui se suicida en 1920, à 21 ans.

Élection à l’Académie française

Consécration ultime pour ce fils d’immigrés russes juifs, l’Académie française lui ouvre ses portes. Joseph Kessel y est élu le 22 novembre 1962, au fauteuil du duc de La Force, par 14 voix contre 10 à Marcel Brion, au premier tour de scrutin. Il tient à faire orner son épée d’académicien d’une étoile de David.

« Pour remplacer le compagnon dont le nom magnifique a résonné glorieusement pendant un millénaire dans les annales de la France, dont les ancêtres grands soldats, grands seigneurs, grands dignitaires, amis des princes et des rois, ont fait partie de son histoire d’une manière éclatante, pour le remplacer, qui avez-vous désigné ? Un Russe de naissance, et juif de surcroît. Un juif d’Europe orientale… vous avez marqué, par le contraste singulier de cette succession, que les origines d’un être humain n’ont rien à faire avec le jugement que l’on doit porter sur lui. De la sorte, messieurs, vous avez donné un nouvel et puissant appui à la foi obstinée et si belle de tous ceux qui, partout, tiennent leurs regards fixés sur les lumières de la France. »

En juin 2020, il entre dans la prestigieuse bibliothèque de la Pléiade.

Mort

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15 boulevard Lannes (Paris).

Il meurt d’une rupture d’anévrisme le 23 juillet 1979, à l’âge de 81 ans, quelques mois avant son épouse Michèle (sa troisième épouse, née O’Brien, irlandaise), décédée à Collioure en décembre 1980.

Il a vécu au 15 boulevard Lannes (16e arrondissement de Paris), où un panneau Histoire de Paris lui rend hommage.

François Mauriac lui rend hommage dans son Bloc-notes : « Il est de ces êtres à qui tout excès aura été permis, et d’abord dans la témérité du soldat et du résistant, et qui aura gagné l’univers sans avoir perdu son âme. »

 

Prix Joseph-Kessel

Un prix littéraire qui porte son nom récompense chaque année un écrivain qui s’inscrit dans sa lignée, le prix Joseph-Kessel. Son jury est composé de Tahar Ben Jelloun, Michèle Kahn, Pierre Haski, Gilles Lapouge, Jean-Marie Drot, Michel Le Bris, Erik Orsenna, Patrick Rambaud, Jean-Christophe Rufin et Olivier Weber.

 

Œuvres

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Tombe de Joseph Kessel au cimetière du Montparnasse à Paris.

Romans

La Steppe rouge, Gallimard, 1922.

L’Équipage, Gallimard, 1923 (nouvelle édition en 1969).

Au camp des vaincus, ou la Critique du 11 mai, Gallimard, 1924 (avec Georges Suarez).

Rencontre au restaurant, À l’Enseigne de la Porte Étroite, 1925.

Les Rois aveugles, Les Éditions de France, 1925.

Mary de Cork, Gallimard, 1925.

Mémoires d’un commissaire du peuple, Champion, 1925.

Le Triplace, Marcelle Lessage, 1926.

Makhno et sa Juive, EOS, 1926.

Moisson d’octobre, La Cité des livres, 1926.

Les Captifs, Gallimard (Grand prix du roman de l’Académie française), 1926.

Le Thé du capitaine Sogoub, Au Sans Pareil, 1926.

Naki le kourouma, 1926.

Terre d’amour, Les Éditions de France, 1927.

Nuits de princes, Les Éditions de France, 1927.

La Rage au ventre, EOS, 1927.

La Coupe fêlée. Un drôle de Noël, éditions Lemarget, 1929.

De la rue de Rome au chemin de Paradis, Les Editions du Cadran, 1927.

La Femme de maison ou Mariette au désert, Simon Kra, 1928.

Littérature rouge, Société de conférences de la Principauté de Monaco, 1927.

Dames de Californie, Émile Hazan, 1928.

Belle de jour, Gallimard, 1928.

Les Nuits de Sibérie, Flammarion, 1928.

La Règle de l’homme, Gallimard, 1928.

Secrets parisiens, Éditions des Cahiers Libres, 1928.

Le Coup de grâce, Les Éditions de France, 1931.

De la rue de Rome au chemin de Paradis, Éditions du Cadran, 1931.

Fortune carrée, Les Éditions de France, 1932.

Bas-fonds, Éditions des Portiques, 1932.

Wagon-lit, Gallimard, 1932.

Nuits de Montmartre, Les Éditions de France, 1932.

Les Nuits cruelles, Les Éditions de France, 1932.

Marchés d’esclaves, Les Éditions de France, 1933.

Les Cœurs purs, Gallimard, 1927.

Les Enfants de la chance, Gallimard, 1934.

Stavisky, l’homme que j’ai connu, Gallimard, 1934.

Le Repos de l’équipage, Gallimard, 1935.

Une balle perdue, Les Éditions de France, 1935.

Hollywood, ville mirage, Gallimard, 1936.

La Passante du Sans-Souci, Gallimard, 1936.

La Rose de Java, Gallimard, 1937.

Comment est mort le maréchal Pétain, France Forever, Executive office, 1942.

L’Armée des ombres, Charlot, 1943.

Les Maudru, Julliard-Séquana, 1945.

Le Bataillon du ciel, Julliard, 1947.

Le Tour du malheur, Gallimard, 1950.

La Fontaine Médicis,

L’Affaire Bernan,

Les Lauriers roses,

L’Homme de plâtre.

La Rage au ventre, La nouvelle société d’édition, 1950.

La Nagaïka. Trois récits, Julliard, 1951.

Le Procès des enfants perdus, Julliard, 1951.

Au Grand Socco, Gallimard, 1952.

Les Amants du Tage, Éditions du Milieu du monde, 1954.

La Piste fauve, Gallimard, 1954.

La Vallée des rubis, Gallimard, 1955.

Témoin parmi les hommes, Del Duca, 1956 et Presses d’aujourd’hui, 1974 (illustrations de Richard de Prémare).

Le Temps de l’espérance,

Les Jours de l’aventure,

L’Heure des châtiments,

La Nouvelle Saison,

Le Jeu du Roi,

Les Instants de vérité.

La Petite Démente, Gallimard, 1958.

Le Lion, Gallimard, 1958.

Avec les Alcooliques Anonymes, Gallimard, 1960.

Les Mains du miracle, Folio , 1960.

Inde, péninsule des dieux, Hachette, 1960.

Tous n’étaient pas des anges, Plon, 1963.

Pour l’honneur, Plon, 1964.

Nuits de princes, Éditions Lidis, 1965 (illustrations de Gabriel Zendel).

Les Cavaliers, Gallimard, 1967.

Un mur à Jérusalem, Éditions Premières, 1968.

Les Fils de l’impossible, Plon, 1970.

Des hommes, Gallimard, 1972.

Le Petit Âne blanc, Gallimard, 1975.

Les Temps sauvages, Gallimard, 1975.

Jugements derniers, Christian de Bartillat, 1995.

Autres publications

En Syrie, 1927.

Nouveaux contes. Le tocsin de pâques – Le typhique – Un tour du diable – Le commissaire de la mort – La loi des montagnes., Éditions des Cahiers.

Vent de sable, Gallimard, 1929.

Mermoz, Gallimard, 1938, biographie du pilote d’avion Jean Mermoz.

Paroles du Chant des partisans, avec son neveu Maurice Druon en 1943.

Hong-Kong et Macao, Gallimard, 1957.

Avec les Alcooliques Anonymes, Gallimard, 1960.

Les Mains du miracle, Gallimard 1960, biographie de Felix Kersten.

Israël que j’aime, Sun, 1967.

Terre d’amour et de feu. Israël 1925-1961, Plon, 1965.

Il pleut des étoiles… Portraits de Stars de cinéma, Gallimard, 2003.

Ami entends-tu… (propos recueillis par Jean-Marie Baron), La Table ronde, 2006.

Première Guerre mondiale, recueil de textes inédits annotés par Pascal Génot, préface Olivier Weber, Éditions Amok, 2017.

Cinéma et télévision

Adaptation et scénario

1935 : L’Équipage d’Anatole Litvak ;

1937 : Nuits de princes de Wladimir Strijewsky ;

1947 : Le Bataillon du ciel d’Alexandre Esway ;

1955 : Fortune carrée de Bernard Borderie.

Adaptation

1928 : L’Équipage de Maurice Tourneur (film muet français) ;

1937 : The Woman I Love d’Anatole Litvak, film américain, réadaptation de son film L’Équipage de 1935 ;

1937 : Les Secrets de la mer Rouge de Richard Pottier ;

1951 : Sirocco, film américain de Curtis Bernhardt avec Humphrey Bogart d’après Le Coup de grâce ;

1955 : Les Amants du Tage d’Henri Verneuil ;

1962 : Le Lion (The Lion) de Jack Cardiff, film américain avec William Holden et Trevor Howard ;

1967 : Belle de jour de Luis Buñuel ;

1969 : L’Armée des ombres de Jean-Pierre Melville ;

1971 : The Horsemen, film américain de John Frankenheimer avec Omar Sharif et Jack Palance d’après Les Cavaliers ;

1978 : L’Équipage d’André Michel (téléfilm) avec Bernard Giraudeau ;

1982 : La Passante du Sans-Souci de Jacques Rouffio ;

1989 : Mary de Cork de Robin Davis (téléfilm) avec Bernard-Pierre Donnadieu ;

1994 : La Règle de l’homme de Jean-Daniel Verhaeghe avec Virginie Ledoyen et Bernard Fresson ;

2003 : Le Lion de José Pinheiro (téléfilm) avec Alain Delon ;

Scénario ou dialogues

1934 : Cessez le feu de Jacques de Baroncelli ;

1936 : La Peur de Viktor Tourjansky ;

1936 : Les Bateliers de la Volga de Wladimir Strijewsky ;

1936 : Mayerling d’Anatole Litvak ;

1940 : L’Homme du Niger de Jacques de Baroncelli ;

1949 : Au grand balcon d’Henri Decoin ;

1950 : Le Grand Cirque de Georges Péclet ;

1953 : Un acte d’amour d’Anatole Litvak avec Kirk Douglas ;

1955 : L’Amant de lady Chatterley de Marc Allégret ;

1958 : La Passe du diable de Jacques Dupont et Pierre Schoendoerffer ;

1955 : Oasis d’Yves Allégret d’après le roman Le Commandant de John Knittel ;

1966 : La Nuit des généraux d’Anatole Litvak ;

1968 : Mayerling de Terence Young.

Texte

1968 : Un mur à Jérusalem de Frédéric Rossif et Albert Knobler, documentaire avec Richard Burton.

Le rôle de Joseph Kessel est interprété :

en 1994, dans Saint-Exupéry : La Dernière Mission, par Jean-François Poron.

 

Bibliographie

Denise Bourdet, « Joseph Kessel », Visages d’aujourd’hui, Paris, Plon, 1960.

Yves Courrière, Joseph Kessel : Sur la piste du lion, Paris, Plon, 1985, 960 p. 

Marc Alaux, Joseph Kessel, La vie jusqu’au bout, Transboréal, 2015.

André Asséo, Rêver Kessel, Monaco, Éditions du Rocher, 2004.

Olivier Weber, Dictionnaire amoureux de Joseph Kessel, Plon / Place des éditeurs, coll. « Dictionnaire amoureux », 23 mai 2019, 750 p. 

Georges Walter, Le Livre interdit : Le silence de Kessel, Le Cherche-midi, 2016.

Alexandre Boussageon, Joseph Kessel – Écrivain De L’aventure, Paulsen (Éditions), 2015

Olivier Weber, Kessel, le nomade éternel, Paris, Arthaud, 2006.

Olivier Weber, Lucien Bodard, un aventurier dans le siècle, Paris, Plon, 1997.

Jean-Marie Baron, Ami, entends-tu…, Paris, Gallimard, 2006.

Alain Tassel, Joseph Kessel, Paris, L’Harmattan, 1997.

Alexandre Boussageon, Joseph Kessel : écrivain de l’aventure, Paulsen, 2015.

Alexandre Eyriès, L’imaginaire de la guerre dans l’œuvre de Joseph Kessel, Éd. le Manuscrit, 2008.

Présence de Kessel, Alain Tassel (dir.), Association des publications de la Faculté des Lettres, série «Actes et Hommages» n°1, Nice, 1998.

Graham Daniels, L’Équipage de Joseph Kessel, Collection « Lire aujourd’hui », Classique Hachette, Paris, 1974.

Michel Lefebvre, Kessel et Moral deux reporters dans la guerre d’Espagne, Tallandier, Paris, 2006.

Alain Tassel, La création romanesque dans l’œuvre de Joseph Kessel, L’Harmattan, Paris, 1997.

Silvain Reiner, Mes saisons avec Joseph Kessel, Levallois-Perret, Manya, l993.

Dominique Missika, Un amour de Kessel, Seuil, 2020.

Journalisme et mondialisation, Les Ailleurs de l’Europe dans la presse et le reportage littéraires (XIXe-XXIe siècles), Marie-Astrid Charlier et Yvan Daniel (dir.), Presses Universitaires de Rennes, 2017.

Joseph Kessel, Romans et récits, tome I, Serge Linkès (dir.), Collection Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Parution mai 2020

Joseph Kessel, Romans et récits, tome II, Serge Linkès (dir.), Collection Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Parution mai 2020

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Les mots des femmes : un essai de l’historienne Mona Ozouf

Les mots des femmes : essai sur la singularité française

Mona Ozouf

Paris, Fayard, 1995. 397 pages

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La France a longtemps passé pour le pays des femmes. Elle a pourtant la réputation d’être aussi celui d’un féminisme timoré qui a tardé plus qu’ailleurs à asseoir ses conquêtes. D’où vient cette timidité? Et pourquoi le discours du féminisme extrémiste trouve-t-il en France si peu d’écho?

C’est ce paradoxe qu’explore le livre de Mona Ozouf, en cherchant à écouter et à faire entendre  » les mots des femmes « , ceux qu’elles ont choisis elles-mêmes pour décrire la féminité. Ainsi se succèdent les figures et les voix de Madame du Deffand, Madame de Charrière, Madame Roland, Madame de Staël, Madame de Rémusat, George Sand, Hubertine Auclert, Colette, Simone Weil, Simone de Beauvoir.

La traversée de cette galerie fait découvrir la diversité inventive des cheminements féminins. Elle met en valeur une singularité française dont l’essai qui clôt cet ouvrage restitue l’histoire et les contours.

Mona Ozouf, directeur de recherche au C.N.R.S., a consacré l’essentiel de son oeuvre à la Révolution française, à l’histoire de l’Ecole et à l’idée républicaine. Elle est l’auteur notamment de La Fête révolutionnaire (1976), de L’Ecole de la France (1984) et, avec Jacques Ozouf, de La République des instituteurs (1992).

 

Mona Ozouf

LIVRE SUR LA PLACE

Mona Ozouf, née Mona Annig Sohier le 24 février 1931 à Plourivo (Côtes-du-Nord) ou Lannilis (Finistère), est une historienne et philosophe française. Elle est directrice de recherche émérite à l’École des hautes études en sciences sociales et spécialiste de l’éducation et de la Révolution française.

 

Biographie

 Famille et études

Elle est la fille de Yann Sohier et de Anne Le Den, deux instituteurs bretonnants et militants de la cause bretonne, qui l’élèvent en langue bretonne. Son père décède d’une broncho-pneumonie alors qu’elle n’est âgée que de quatre ans.

Cette disparition précoce laisse sa mère, Anne, dans un profond chagrin. Mona Sohier vit dès lors une enfance, dit-elle, « claustrale » et « recluse ». La jeune fille se réfugie alors dans les études. Elle effectue d’abord sa scolarité primaire à Plouha, puis entre en secondaire au collège Ernest-Renan à Saint-Brieuc, une époque où elle côtoie les époux Guilloux, tous deux professeurs, qui auront une forte influence intellectuelle sur elle. Elle obtient, durant sa scolarité à Ernest Renan, le premier prix de français au concours général de 1947 et raconte durant l’inauguration de l’amphithéâtre qui lui est éponyme au Campus Mazier à Saint-Brieuc comment le deuxième conflit mondial l’a obligé, elle et ses camarades de classe, à migrer dans le salon de sa professeur afin de poursuivre les cours du fait de la réquisition par l’opposant nazi des locaux briochins de son école.

Toujours de nature studieuse, elle continue sa formation en classe d’hypokhâgne à Rennes au lycée Chateaubriand et effectue une khâgne à Versailles, où sa mère et sa grand-mère la suivent. Elle ne tient que quelques jours dans cette classe de khâgne où elle pense ses camarades de promotion plus fortes qu’elle, ce qui l’amène à s’inscrire en licence de philosophie à la Sorbonne. Mona Sohier retourne finalement l’année suivante en khâgne et arrive alors la consécration pour la jeune bretonne débarquée à Paris puisqu’elle est admise à l’École normale supérieure de jeunes filles  : elle y sort agrégée de philosophie en 1955. La même année, Mona Sohier rencontre l’historien Jacques Ozouf, avec qui elle aura deux enfants : Anne et Pierre-Antoine.

 

Carrière universitaire

Par l’intermédiaire de son mari, elle fait la connaissance des historiens Denis Richet, Emmanuel Le Roy Ladurie et François Furet. De nombreux ouvrages sont nés de la collaboration avec ce dernier. Membre du Centre de recherches politiques Raymond-Aron à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), elle est, jusqu’a sa retraite en 1997, directrice de recherche au CNRS. Elle est chroniqueuse au Nouvel Observateur et participe à la revue Le Débat. Ses travaux portent pour l’essentiel sur les questions relatives à l’école publique et à la Révolution française. Elle s’intéresse particulièrement aux rapports qu’entretiennent pédagogie, idéologie et politique.

Engagements

Comme beaucoup d’étudiants de son époque, elle milite au Parti communiste français, qu’elle quitte après l’insurrection de Budapest de 1956.

En 2003, elle est l’une des signataires de la pétition « Avec Washington et Londres, pour le soutien du peuple irakien » qui soutient la coalition anglo-américaine dans son intervention contre Saddam Hussein et en 2005 une promotrice de la pétition « Liberté pour l’histoire ».

 

Composition française

Dans le premier chapitre de son ouvrage Composition française, elle critique ouvertement le livre de Françoise Morvan, Le Monde comme si, qu’elle décrit comme « un injuste et talentueux pamphlet » qui s’en prend aux choix politiques de son père, Yann Sohier, ainsi qu’au mouvement breton et à la langue bretonne. Elle dénonce également le jacobinisme qui réprime la diversité culturelle et prône un universalisme abstrait.

 Les Mots des femmes

Dans son ouvrage Les Mots des femmes : essai sur la singularité française, Mona Ozouf critique le féminisme égalitaire dit « à l’américaine », en opposant un commerce heureux entre les sexes à la judiciarisation excessive de leurs rapports telle qu’elle existe aux États-Unis. Selon elle, ce féminisme serait un apport étranger, en décalage avec la singularité des mœurs françaises issues du modèle aristocratique de la galanterie française.

Publications

L’École, l’Église et la République 1871–1914, Paris, Armand Colin, 1962 ; réédition Points Histoire, 2007

La Fête révolutionnaire 1789–1799, Paris, Gallimard, 1976 

L’École de la France : essai sur la Révolution, l’utopie et l’enseignement (École laïque), Paris, Gallimard, 1984, br., ill., 424 p.,

Dictionnaire critique de la Révolution française, en coll. avec François Furet, Paris, Flammarion, 1988

Dictionnaire critique de la Révolution française Institutions et créations, en coll. avec François Furet, Paris, Flammarion, 1993 

Dictionnaire critique de la Révolution française Événements, en coll. avec François Furet, Paris, Flammarion, 1993 

Dictionnaire critique de la Révolution française Acteurs, en coll. avec François Furet, Paris, Flammarion, 1993 

L’Homme régénéré : essai sur la Révolution française, Paris, Gallimard, 1989 

Mona Ozouf et Jacques Ozouf, La République des instituteurs, Paris, Gallimard, 1989 

La Gironde et les Girondins, Paris, Payot, 1991, 

Le Siècle de l’avènement républicain, en coll. avec François Furet, Paris, Gallimard, 1993

Les Mots des femmes : essai sur la singularité française, Paris, Fayard, 1995, 

Das Pantheon, Wagenbach, 1996

La Muse démocratique, Henry James ou les pouvoirs du roman, Paris, Calmann-Lévy, 1998.

Un itinéraire intellectuel, en coll. avec François Furet, Paris, Calmann-Lévy, 1999 

Les Aveux du roman. Le xixe siècle entre Ancien Régime et Révolution, Paris, Fayard, 2001 

Le Langage blessé : reparler après un accident cérébral, Paris, Albin Michel, 2001 

Une autre République : 1791 : L’occasion et le destin d’une initiative républicaine, en coll. avec Laurence Cornu, Paris, L’Harmattan, 2004.

Varennes. La mort de la royauté, 21 juin 1791, Paris, Gallimard, 2005 

Jules Ferry, Paris, Bayard-Centurion, 2005 

Varennes, la mort de la royauté, Paris, Gallimard, 2006

Composition française : retour sur une enfance bretonne, Paris, Gallimard, 2009 

La Cause des livres, Paris, Gallimard, 2011 

Jules Ferry : La liberté et la tradition, Paris, Gallimard, 2014 

De Révolution en République : les chemins de la France, Paris, Gallimard, 2015 

L’autre George : À la rencontre de George Eliot, Paris, Gallimard, 2018 

Pour rendre la vie plus légère : les livres, les femmes, les manières, Stock, 2020 

ECRIVAIN FRANÇAIS, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, MARC FUMAROLI (1932-2020)

Marc Fumaroli (1932-2020)

Marc Fumaroli

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Marc Fumaroli, né le 10 juin 1932 à Marseille et décédé le 24 juin 2020 à Paris, est un critique littéraire et essayiste français.

Il fut professeur des universités, spécialiste du xviie siècle et membre de l’Académie française.

 

Biographie

 Jeunesse et formation

Marc Fumaroli passe son enfance et son adolescence à Fès. Il effectue des études secondaires au lycée mixte de cette ville (où il obtient un baccalauréat ès lettres) et des études supérieures au lycée Thiers à Marseille, à l’université d’Aix-Marseille et à la Sorbonne.

En 1959, il est reçu à l’agrégation de lettres. De septembre 1958 à janvier 1961, il effectue son service militaire à l’école militaire interarmes de Coëtquidan et dans le VIe régiment d’artillerie à Colbert (aujourd’hui Aïn Oulmene), dans le Constantinois. De septembre 1963 à août 1966, il est pensionnaire de la Fondation Thiers.

 Enseignement et institutions

Assistant à la faculté des lettres de Lille de 1966 à 1969, puis chargé d’enseignement à l’université Lille III de 1969 à 1976 il devient docteur ès lettres et maître de conférences à université Paris-Sorbonne en juin 1976 De 1978 à 1985, il est professeur à l’université Paris-Sorbonne

En 1986, il est élu professeur au Collège de France, chaire « Rhétorique et société en Europe (xvie – xviie siècles) ». De 1992 à 1997, il est désigné par l’assemblée des professeurs du Collège de France pour être membre du conseil d’administration de la fondation Hugot du Collège de France.

Il est élu à l’Académie française le 2 mars 1995 au fauteuil 6, succédant à Eugène Ionesco (il y est reçu le 25 janvier 1996 par Jean-Denis Bredin) et le 30 janvier 1998, à l’Académie des inscriptions et belles-lettres au fauteuil laissé par Georges Duby.

En 1996, il est élu président de la Société des amis du Louvre. Il aura en charge l’organisation du centenaire de la Société (dons d’une grande peinture de David et d’un exceptionnel dessin de Watteau). Après être resté vingt ans à sa tête, il en quitte la présidence en juin 2016. Son vice-président, Louis-Antoine Prat, le remplace.

Depuis 1997, il est Professor at large de l’université de Chicago au titre du Department of Romance Languages et du Committee on Social Thought.

Dès l’année 2000, il travaille avec ses collaborateurs Marianne Lion-Violet (CNRS) et Francesco Solinas (Collège de France) à la constitution d’un Institut consacré à l’étude de la République des Lettres, rattaché au CNRS sous la direction du professeur Antoine Compagnon. Cette même année, il est professeur invité au Conservatoire des arts et métiers et, depuis 2003, il est professeur émérite au Collège de France et fait partie de plusieurs commissions.

Par arrêté du 2 octobre 2006, Marc Fumaroli est nommé président de la Commission générale de terminologie et de néologie, en remplacement de Gabriel de Broglie, de l’Académie française, pour la durée du mandat restant à courir.

Depuis mars 2008, il fait partie de la Commission de nomination au poste de directeur de la Villa Médicis, à Rome.

Depuis 2009, il est membre du Comité de parrainage de l’Institut régional du cinéma et de l’audiovisuel présidé par le réalisateur Magà Ettori.

En octobre 2017, par le biais de l’Association française pour les arts qu’il a fondée et qu’il préside, il organise à la mairie du Ve arrondissement une exposition « Présence de la peinture en France, 1974-2016 », qui rend hommage à une série de peintres figuratifs contemporains, dont Sam Szafran, ainsi que de graveurs et de sculpteurs actuels, inscrits dans la tradition académique. Elle est présentée comme un plaidoyer pour réconcilier l’art et la beauté.

Il est membre d’honneur de l’Observatoire du patrimoine religieux (OPR), une association multiconfessionnelle qui œuvre à la préservation et au rayonnement du patrimoine cultuel français.

 Politique culturelle de la France

En 1991, dans L’État culturel, dont le titre a été repris dans celui de l’ouvrage de Jacques Donzelot, L’État animateur, Marc Fumaroli développe une critique très ferme de la politique culturelle française qui s’enracinerait dans le régime de Vichy, à travers André Malraux, pour atteindre son apogée en Jack Lang. Pour Marc Fumaroli,

« l’État compromet son propre rôle et égare ses propres ressources, toujours limitées, dès lors qu’il veut tout faire. »

La politique culturelle doit viser à développer l’excellence et non s’égarer dans une « conception inflationniste »

Dans ce même ouvrage, il insiste sur l’attachement des Français à la subvention des biens culturels. Cet attachement serait lié à une prise de position politique et économique : ne pas subventionner la culture serait admettre la victoire de l’« ultra-libéralisme », et serait le symbole de l’avènement de la fin du rayonnement et de la production culturelle française telle que nous la connaîtrions.

 Féminisation des noms de métiers en française

En 1998, alors que le gouvernement Jospin fait paraître une circulaire relative à la féminisation des noms de métiers en français, Marc Fumaroli rédige une tribune s’y opposant, « notairesse, mairesse, doctoresse, chefesse (…) riment fâcheusement avec fesse, borgnesse et drôlesse, n’évoquant la duchesse que de très loin. Tranchons entre recteuse, rectrice et rectale… » .

 Art contemporain

En 2009, Marc Fumaroli publie une volumineuse étude, Paris-New York et retour, qui critique ce qu’il estime être les impostures de l’art contemporain. Il y dénonce le goût de la provocation et la surenchère dans la laideur, l’obscénité et le blasphème. Avec pour guide et point d’appui Baudelaire, il part à la recherche de ces mouvements qui ont à maintes reprises traversé l’Atlantique. Il rappelle que le précurseur a été un Français, Marcel Duchamp, installé aux États-Unis et promoteur des ready-made, au moment où, à Paris, fleurissaient les mouvements dadaïste et surréaliste qui auront des conséquences si importantes sur les arts plastiques. Après la Seconde Guerre mondiale, l’art abstrait (Rothko, Pollock, de Kooning) a vite été supplanté par le pop art, dont l’artiste phare, Andy Warhol, est venu chercher une certaine forme de consécration à Paris. Par la suite, l’art contemporain a connu ce qu’il appelle une barnumisation, avec comme animateur principal Jeff Koons, très habile dans le marketing et adepte de grands défilés à travers New York. Marc Fumaroli rédige quelques pages féroces sur ces artistes et sur leur collègue britannique Damien Hirst  , qui n’avait pas prévu que son requin dans le formol se décomposerait ! Quant au mouvement de spéculation qui s’est emparé de ces productions, habilement entretenu par de grands galeristes, il semble éprouver un malin plaisir à contempler ces collectionneurs qui engloutissent des fortunes dans l’achat d’œuvres improbables, dont on n’a aucune certitude qu’elles pourront affronter sans dommage l’épreuve du temps.

L’évolution de la relation entre art et religion est hautement significative pour Marc Fumaroli. Le renouveau impulsé par les fondateurs de la revue L’Art sacré, Marie-Alain Couturier et Pie Raymond Régamey, a permis de faire appel à des peintres abstraits capables d’atteindre à une grande spiritualité, comme Jean Bazaine et Alfred Manessier. Mais les avatars de l’art contemporain se sont emparés de cette relation dans un sens diamétralement opposé car ils ont compris que le scandale faisait parler de soi et donc vendre. À l’origine de cette prise de conscience, Marc Fumaroli voit le rôle joué en Grande-Bretagne par les tabloïds qui ont fait bondir la cote des Young British Artists, promus par le publicitaire Charles Saatchi. En effet, chacun des scandales initiés par ces artistes, tels que les cadavres éventrés dans du formol de Damien Hirst, était du pain bénit pour ces journaux en mal de sensationnel, et en retour assurait la notoriété des artistes en cause. Dans le milieu des collectionneurs, il est vite devenu de bon ton d’accepter cette forme d’art :

« Être devenu capable de regarder l’horrible, l’ignoble, le hideux comme plus que beau, fascinant et intéressant, c’est avoir passé l’épreuve qui fait entrer dans le « saint des saints » des élégances du nihilisme contemporain. »

Vue par ces artistes, la religion devient prétexte à des performances d’automutilation voulant rappeler les stigmates, tel Michel Journiac, et à des représentations blasphématoires comme le Piss Christ d’Andres Serrano. Tous ces développements sont repris dans l’exposition « Traces du sacré » à Beaubourg en 2008, vaste panorama dont sont pourtant exclus les artistes que promouvait la revue L’Art sacré..

Il regrette également que la France ait cru devoir encourager, voire chercher à imposer cette forme d’art, en se lançant dans une sorte de concurrence avec les États-Unis au risque de perdre ses valeurs et en contradiction même avec le principe d’exception française défendu par le ministère. À ce titre, il remarque qu’à Paris comme à New York, de grands musées classiques ont cru opportun de faire une place à des spécialistes de la provocation tels que Damien Hirst   au Met et Jan Fabre au Louvre, et s’interroge sur les raisons de ces choix : désir de faire du « buzz » et d’attirer ainsi de nouveaux visiteurs, pressions des galeristes qui veulent faire monter la cote de leurs poulains ou, en France, intervention du ministère ?

Parmi les nombreuses analyses du livre parues en France et à l’étranger, on peut citer celle de Jean d’Ormesson dans Le Figaro, celle de Jean-Louis Jeannelle dans Le Monde, qui, en tant que spécialiste de Malraux, reproche à Marc Fumaroli son hostilité de principe à l’égard du ministre, ou celle, plus critique, du Magazine littéraire. Ce dernier regrette en particulier que les développements manquent au distinguo effectué par l’auteur entre cet art contemporain et les artistes véritables, alors que c’est un élément clé.

 Enseignement du latin et du grec

En 2015, Marc Fumaroli prend position contre la nouvelle réforme du collège présentée par Najat Vallaud-Belkacem, notamment pour ses effets concernant l’enseignement du latin et du grec, victimes, selon lui, du « fanatisme égalitariste »

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Publications

Héros et Orateurs, rhétorique et dramaturgie cornélienne, Droz, 1990

Le Poète et le Roi, Jean de La Fontaine et son siècle, Éditions de Fallois, 1997

L’État culturel : une religion moderne, Éditions de Fallois, 1991 ; rééd. Livre de Poche, 1999

L’Âge de l’éloquence : rhétorique et « res literaria » de la Renaissance au seuil de l’époque classique, Droz, 1980 ; rééd. Albin Michel, 1994

La Diplomatie de l’esprit : de Montaigne à La Fontaine, Hermann, 1995 ; rééd. 1998

Histoire de la rhétorique dans l’Europe moderne : 1450-1950, Presses universitaires de France, 1999

L’École du silence. Le sentiment des images au xviie siècle, Paris, Flammarion, 1999

Quand l’Europe parlait français, Éditions de Fallois, 2001 26e prix de la fondation Pierre-Lafue 2002.

Orgies et fééries, Chroniques du théâtre à Paris autour de 1968, Editions de Fallois, 2002

Chateaubriand : poésie et Terreur, Éditions de Fallois, 2003

Maurice Quentin de La Tour et le siècle de Louis XV, Éditions du Quesne, 2005

Exercices de lecture : de Rabelais à Paul Valéry, Gallimard, « Bibliothèque des idées », 2006, 778 p.

Peinture et pouvoirs aux XVIIe et XVIIIe siècles : de Rome à Paris, Faton, 2007, 397 p.

Paris-New York et retour : voyage dans les arts et les images : journal, 2007-2008, Fayard, 2009, 634 p.

Chateaubriand et Rousseau, conférence au Collège de France 1995, CD audio, éd. Le Livre Qui Parle, 2009

Discours de réception de Jean Clair à l’Académie française et réponse de Marc Fumaroli, Gallimard, 2009, 130 p.

Le Big bang et après ?, avec Alexandre Adler, Blandine Kriegel et Trinh Xuan Thuan, Albin Michel, 2010, 168 p. )

L’Homme de cour, préface-essai sur l’œuvre de Baltasar Gracián, Gallimard, « Folio Classique », 2011, 654 p.

Le livre des métaphores : essai sur la mémoire de la langue française, Robert Laffont, 2012

Des Modernes aux Anciens, Gallimard, « Tel », 2012

La République des Lettres, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des histoires », 2015

Mundus muliebris: Elisabeth Louise Vigée Le Brun, peintre de l’Ancien régime féminin, coll. Fall.Litt., Éditions de Fallois, 2015

Œuvres I-II, préface sur l’œuvre de Jean d’Ormesson, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2015

Le comte de Caylus et Edme Bouchardon : deux réformateurs du goût sous Louis XV, coll. Essai Somogy, Coédition Somogy, 2016

Madame du Deffand et son monde, préface de l’ouvrage de Benedetta Craveri, Coll. Au fil de l’histoire, Flammarion, 2017

Partis pris, coll. Bouquins, Robert Laffont, 2019

Le poète et l’empereur : et autres textes sur Chateaubriand, Les Belles lettres, 2019

Bibliographie

République des Lettres, République des Arts : mélanges en l’honneur de Marc Fumaroli, essais réunis et édités par Ch. Mouchel et C. Nativel, Genève, Droz, 2008

Maxence Caron, La Pensée de Marc Fumaroli, essai-préface du volume Partis pris de Marc Fumaroli, coll. « Bouquins », Paris, Robert Laffont, 1088 p., 2019

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L’historien de la littérature Marc Fumaroli est mort

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Professeur de renommée internationale, spécialiste des auteurs du Grand Siècle et du XIXe siècle, ce chercheur et académicien avait dénoncé les menaces pesant, selon lui, sur la culture par la dissolution de l’élitisme. Il est mort le 24 juin, à l’âge de 88 ans.

Universitaire et membre de l’Institut, l’historien de la littérature Marc Fumaroli est mort le 24 juin, à Paris, à l’âge de 88 ans. Né à Marseille le 10 juin 1932, au sein d’une famille corse, il grandit à Fès, au Maroc, où son père, Jean, est fonctionnaire et sa mère, institutrice. C’est elle qui lui apprend à lire et à écrire et qui lui communique cet amour du livre qui devait pour toujours circonscrire son univers. Sans distractions, l’enfant n’a d’horizon que la bibliothèque familiale. « Il n’y a pas meilleur pédagogue que l’ennui, aimait-il répéter. Grâce à lui, j’ai été converti à la littérature ! »

De cette cité marocaine « hors du temps », du propre aveu de l’essayiste, ce qui met les années sombres de la guerre hors champ, il revient achever ses études secondaires à Marseille, au lycée Thiers, à la fin des années 1940, avant d’entreprendre un cursus universitaire de lettres qui le conduit de la faculté d’Aix-en-Provence à la Sorbonne, à Paris. Reçu à l’agrégation de lettres en 1958, il part sous les drapeaux, en plein conflit algérien, effectuer son service militaire (septembre 1958-janvier 1961) à l’Ecole militaire interarmes (EMIA) de Saint-Cyr-Coëtquidan (Morbihan), où l’on forme les officiers de l’armée de terre, puis au VIrégiment d’artillerie à Colbert (aujourd’hui Aïn Oulmene), dans le Constantinois, au sud de Sétif.

 Pensionnaire de la Fondation Thiers

Mais l’épisode ne sera qu’une parenthèse et ne semble pas marquer l’universitaire, qui se souvient juste avoir dévoré tout Balzac en « Pléiade » dans les Aurès. Démobilisé, Marc Fumaroli renoue avec son projet littéraire, devient pensionnaire de la Fondation Thiers en 1962, qui accueille pour trois ans, dans un hôtel particulier du 16arrondissement de Paris, les étudiants français les plus brillants.

Elu assistant à la faculté de Lille en 1965, il y poursuit sa carrière lorsque, conformément à la loi Faure, elle devient Lille-III (1971), avant d’intégrer, sitôt obtenu son doctorat ès lettres en Sorbonne en juin 1976, l’université de Paris-IV, où il succède à Raymond Picard (1917-1975). Grand pourfendeur des « impostures de la nouvelle critique », ce spécialiste de Racine, adversaire résolu de Roland Barthes, aura en Fumaroli un successeur zélé.

Cette promotion démultiplie son activité : sitôt assurée la direction de la revue XVIIe siècle (1976-1986), il participe à la création à Zurich, en 1977, de la Société internationale pour l’histoire de la rhétorique, qu’il présidera en 1984-1985, et entre au comité de rédaction de la revue Commentaire, que fonde alors Raymond Aron (1978), pour n’en quitter l’équipe qu’en 2010. Parallèlement à son travail de spécialité, il s’engage donc sur les terrains où se joue l’avenir des enseignements littéraires classiques comme sur ceux qui fédèrent les adversaires d’une « modernité » jugée funeste – ce qui annonce les livres pamphlets qu’il signera bientôt.

 Entrée au Collège de France

Maître de conférences, puis professeur (1978), Marc Fumaroli exerce près de dix ans à Paris-IV, avant d’intégrer, à l’invitation du poète Yves Bonnefoy et de l’historien Jean Delumeau, le Collège de France où, élu en juin 1986, il occupe de 1987 à 2002 la chaire de « Rhétorique et société en Europe, XVIe – XVIIe siècle », dans le droit fil de sa thèse, éditée en 1980 chez Droz (« L’Age de l’éloquence. Rhétorique et “res litteraria” de la Renaissance au seuil de l’époque classique »).

Son engagement dans les sphères internationales n’en est pas même freiné. Juste mis entre parenthèses : visiting professor, à Princeton (1982), puis visiting fellow à Oxford (1983), il intervient dès 1997 à l’université de Chicago comme professor at large. Son champ de recherche, fortement focalisé sur le Grand Siècle, en fait un spécialiste reconnu de Corneille et plus encore de La Fontaine (son édition présentée et commentée des Fables fait autorité dès sa parution en 1985). Avant même sa magistrale synthèse sur celui qu’il considère comme le plus français des écrivains, Le Poète et le roi. Jean de La Fontaine en son siècle (Fallois, 1997), Marc Fumaroli recroise le fabuliste lorsqu’il définit La Diplomatie de l’esprit. De Montaigne à La Fontaine (Hermann, 1994).

En marge de l’esprit d’Ancien Régime, dont il proposa une forte synthèse dans sa dernière somme, La République des lettres (Gallimard, 2015), éloge et célébration d’une sociabilité fondée sur la connaissance et la courtoisie, Marc Fumaroli aborde un XIXe siècle qu’il a beaucoup fréquenté – et Balzac reste sa bible – pour camper un voyant au carrefour des mondes et des modes, Chateaubriand. Poésie et Terreur (Gallimard, 2003). Sans doute une façon de célébrer la stricte fidélité à des valeurs malmenées qui font, plus qu’un pont, un écho entre l’homme des Mémoires d’outre-tombe et Marc Fumaroli lui-même.

 Certes, il s’efforce d’abord de repenser les formes littéraires et civilisatrices de l’Ancien Régime hors des grilles et schémas imposés par la critique moderne, cherchant dans les conventions de la rhétorique humaniste une autre clé culturelle pour percer l’âme de l’ère classique, dont Histoire de la rhétorique dans l’Europe moderne 1450-1950, qu’il dirige (PUF, 1999) porte l’empreinte.

Verve vindicative

Mais le temps du règne de la parole ailée tient lieu, pour Marc Fumaroli, de repoussoir à un aujourd’hui dont l’engagement culturel l’accable. Dans un essai brillant et cruel, qui le révèle de fait à un public plus large que celui qu’il connaît d’ordinaire, L’Etat culturel. Essai sur une religion moderne (Fallois, 1991), l’essayiste stigmatise ce qu’il perçoit comme un dévoiement déshonorant de la notion même de culture, dont André Malraux, avant Jack Lang, fut le dangereux promoteur. Dénonçant un abaissement de l’esprit dans la promotion d’événements qui font du consumérisme culturel la nouvelle doxa, il prend la tête d’une croisade contre ce qu’il voit comme une « manipulation purement sociologique » dont l’image des ministres et politiques est seule bénéficiaire.

Ses tribunes libres et prises de position dont la verve vindicative fait souvent mouche en font un champion de l’académisme marmoréen, que son cursus honorum incarne. S’il ne cesse de multiplier les initiatives, avec notamment la constitution d’un institut consacré à l’étude de la république des lettres, rattaché au CNRS, Marc Fumaroli accumule les honneurs, de la présidence de la Société des amis du Louvre (1996) à celle de la Commission générale de terminologie et de néologie (2006), jusqu’aux distinctions universitaires internationales.

 

Tour de force

Nommé docteur honoris causa des universités de Naples (1994), Bologne (1999), Gênes (2004) et Madrid (2005), il réussit le tour de force de conquérir une double place à l’Institut de France, dans l’ordre inverse de l’usage, devenant immortel avant même d’être reconnu dans sa sphère de spécialité. Il succède ainsi le 2 mars 1995 à Eugène Ionesco, mort en mars 1994, au 6e fauteuil de l’Académie française, puis est élu le 30 janvier 1998 seulement à l’Académie des inscriptions et belles-lettres au siège laissé vacant par la disparition de Georges Duby en décembre 1996.

Titulaire d’un fauteuil qui fut celui d’Ernest Lavisse, de Pierre Benoît et de Jean Paulhan, Marc Fumaroli est aussi le successeur lointain de Boisrobert, secrétaire littéraire de Richelieu et membre fondateur actif de l’auguste compagnie, comme du moraliste Chamfort, commentateur de La Fontaine au demeurant, qui, dans la fièvre égalitariste de 1789, dénonça l’archaïque foyer d’aristocratie littéraire qui l’avait accueilli et appela dans un pamphlet cinglant de 1791 à la disparition de l’Académie (« la moins dispendieuse de toutes les inutilités »). Vœu exaucé dès 1793.

Successeur de celui qui la fit naître comme de celui qui l’aida à mourir, Marc Fumaroli est tout entier dans cette posture paradoxale, vigie impérieuse d’une culture menacée par la dissolution de l’élitisme, campée dans une posture fulminante et hiératique. Académique en somme, au sens ambivalent du terme.

Marc Fumaroli en quelques dates

10 juin 1932 Naissance à Marseille

1976 Docteur ès lettres (Paris IV-Sorbonne)

1980 Publication de sa thèse, « L’Age de l’éloquence. Rhétorique et “res litteraria” de la Renaissance au seuil de l’époque classique » (Droz)

1986 Election au Collège de France (chaire de « Rhétorique et société en Europe, XVIe – XVIIsiècle »)

1991 « L’Etat culturel. Essai sur une religion moderne » (Editions de Fallois)

1995 Election à l’Académie française

2003 « Chateaubriand. Poésie et terreur » (Editions de Fallois)

2012 « Le Livre des métaphores » (Robert Laffont)

2019 « Partis pris » (Robert Laffont)

24 juin 2020 Mort à Paris

 

https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2020/06/24/l-historien-de-la-litterature-marc-fumaroli-est-mort_6044035_3382.html

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La Case de l’Oncle Tom

La Case de l’oncle Tom

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La Case de l’oncle Tom (Uncle Tom’s Cabin) est un roman de l’écrivain américaine Harriet Beecher Stowe. Publié d’abord sous forme de feuilleton en 1852, il vaut le succès immédiat à son auteur. Le roman eut un profond impact sur l’état d’esprit général vis-à-vis des Afro-Américains et de l’esclavage aux États-Unis ; il est un des facteurs de l’exacerbation des tensions qui menèrent à la Guerre de Sécession.

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Harriet Beecher-Stowe (1811-1896)

Stowe, née dans le Connecticut et pasteur à la Hartford Female Academy, était une abolitionniste convaincue. Elle centre son roman sur le personnage de l’oncle Tom, un esclave noir patient et tolérant autour duquel se déroulent les histoires d’autres personnages, aussi bien esclaves que blancs. Ce roman sentimental dépeint la réalité de l’esclavage tout en affirmant que l’amour chrétien peut surmonter une épreuve aussi destructrice que l’esclavage d’êtres humains.

La Case de l’oncle Tom est le roman le plus vendu du xixe siècle et le second livre le plus vendu de ce même siècle, derrière la Bible. On considère qu’il aida à l’émergence de la cause abolitionniste dans les années 1850. Dans l’année suivant sa parution, 300 000 exemplaires furent vendus aux États-Unis. L’impact du roman est tel qu’on attribue à Abraham Lincoln ces mots, prononcés lorsqu’il rencontre Harriet Stowe au début de la guerre de Sécession : « C’est donc cette petite dame qui est responsable de cette grande guerre. »

Le roman, et encore plus les pièces de théâtre qu’il inspira, contribuèrent également à la création de nombreux stéréotypes concernant les Noirs, dont beaucoup persistent encore aujourd’hui. On peut citer l’exemple de la mammy, servante noire placide et affectueuse, des enfants noirs à moitié habillés aux cheveux en bataille, et de l’oncle Tom, serviteur dévoué et endurant, fidèle à son maître ou sa maîtresse blancs. Plus récemment, les associations négatives avec le roman ont, dans une certaine mesure, éclipsé l’impact historique de La Case de l’oncle Tom en tant que livre antiesclavagiste

 

Inspiration et références

Harriet Stowe écrit ce roman en réponse à l’adoption en 1850 du second Fugitive Slave Act, qui entend punir ceux qui aident les esclaves fugitifs en diminuant leurs droits ainsi que ceux des esclaves libérés. La majeure partie du livre est écrite à Brunswick dans le Maine où le mari de Harriet, Calvin Ellis Stowe, enseigne au Bowdoin College.

Pour écrire La Case de l’oncle Tom, Stowe s’inspire en partie de l’autobiographie de Josiah Henson, un Noir qui vécut et travailla dans une plantation de tabac de 15 km² appartenant à Isaac Riley et située à North Bethesda dans le Maryland. Henson échappe à l’esclavage en 1830 en s’enfuyant dans la province du Haut-Canada (à présent l’Ontario), où il aida d’autres esclaves à s’échapper et à devenir autonomes, et où il écrivit ses mémoires, – et probablement encore plus de l’autobiographie de Frederick Douglass. Lorsque l’œuvre de Stowe devint célèbre, Henson publia à nouveau ses mémoires sous le titre Les Mémoires de l’oncle Tom, et voyagea aux États-Unis et en Europe.

Le roman de Stowe a donné son nom à la demeure de Henson, devenue Uncle Tom’s Cabin Historic Site, près de Dresden, en Ontario, et transformée en musée depuis les années 1940. La véritable cabane dans laquelle Henson vécut lorsqu’il était esclave existe toujours dans le comté de Montgomery, dans le Maryland.

American Slavery As It Is: Testimony of a Thousand Witnesses, un livre coécrit par Theodore Dwight Weld et les sœurs Angelina et Sarah Grimké, est également à l’origine d’une partie du contenu du roman. Stowe affirma également avoir fondé son livre sur des entretiens avec des esclaves fugitifs, rencontrés lorsqu’elle vivait à Cincinnati dans l’Ohio, ville proche du Kentucky qui était alors un état esclavagiste. Le chemin de fer clandestin avait des sympathisants abolitionnistes à Cincinnati. Ce réseau aidait activement les esclaves à s’échapper des États du Sud.

Harriet Stowe mentionne une partie des sources d’inspiration utilisées pour son roman dans A Key to Uncle Tom’s Cabin, publié en 1853. Ce livre, qui au contraire de La Case de l’oncle Tom n’est pas une fiction, est écrit pour soutenir les affirmations de Stowe concernant l’esclavage. Cependant, des études ultérieures ont tenté de démontrer que Stowe ne lut la plupart des œuvres mentionnées qu’après la publication de son roman.

Publication

La Case de l’oncle Tom est d’abord publié en feuilleton de 40 épisodes dans le National Era, un journal abolitionniste, à partir du 5 juin 1851. Au vu de la popularité de l’histoire, l’éditeur John Jewett propose à Harriet Stowe de transformer le feuilleton en roman pour une publication en volume. Bien que Stowe n’était pas du tout certaine que La Case de l’oncle Tom serait lu une fois publié en volume, elle consentit finalement à cette requête.

Convaincu que le livre serait aimé par le public, Jewett prend la décision (inhabituelle pour l’époque) de faire graver pour la première édition six illustrations pleine page par Hammatt Billings. Publié en volume le 20 mars 1852, le roman est bientôt épuisé et d’autres éditions sont imprimées peu après (en particulier une édition de luxe en 1853, comptant 117 illustrations de Hammatt Billings).

Pendant sa première année de publication, 300 000 exemplaires de La Case de l’oncle Tom sont vendus. Le livre est traduit dans de nombreuses langues et devient finalement le deuxième livre le plus vendu après la Bible.

La Case de l’oncle Tom se vend également bien en Grande-Bretagne, où la première édition est publiée en mai 1852 et s’écoule à 200 000 exemplaires. En quelques années, plus de 1,5 million d’exemplaires sont mis en circulation en Grande-Bretagne , la plupart étant des copies illégales (le même phénomène eut lieu aux États-Unis). Certaines des premières éditions contiennent une introduction par le révérend James Sherman, ministre du culte protestant londonien, bien connu pour ses convictions abolitionnistes.

Résumé

Elisa s’enfuit avec son fils, Tom est vendu sur le Mississippi

Au xixe siècle, dans le Kentucky, État sudiste, Mr Shelby, riche planteur, et son épouse, Emily, traitent leurs esclaves avec bonté. Mais le couple craint de perdre la plantation pour cause de dettes et décide alors de vendre deux de leurs esclaves : Oncle Tom, un homme d’âge moyen ayant une épouse et des enfants, et Henri , le fils d’Elisa, servante d’Emily. Cette idée répugne à Emily qui avait promis à sa servante que son fils ne serait jamais vendu ; et le mari d’Emily, George Shelby, ne souhaite pas voir partir Tom qu’il considère comme un ami et un mentor.

Lorsqu’Elisa surprend Mr et Mme Shelby en train de discuter de la vente prochaine de Tom et Henri, elle décide de s’enfuir avec son fils. Le roman précise que la décision d’Elisa vient du fait qu’elle craint de perdre son unique enfant survivant (elle a déjà perdu deux enfants en couches). Elisa part le soir même, laissant un mot d’excuse à sa maîtresse.

Pendant ce temps, Oncle Tom est vendu à Augustin St. Clare et embarque sur un bateau qui s’apprête à descendre le Mississippi. À bord, Tom rencontre une jeune fille blanche nommée Evangeline, qui est la fille de son maître, et se lie d’amitié avec elle. Lorsque Eva tombe à l’eau, Tom la sauve. Pour le remercier, le père d’Eva lui donne des biscuits.

La famille d’Elisa est pourchassée, tandis que Tom vit chez les St. Clare

Au cours de sa fuite, Elisa retrouve son mari Georges Harris, qui s’était échappé de sa plantation auparavant. Ils décident d’essayer de gagner le Canada. Ils sont cependant poursuivis par un chasseur d’esclaves nommé Tom Loker. Loker finit par piéger Elisa et sa famille, ce qui conduit Georges à tirer sur Loker. Ne souhaitant pas que Loker meure, Elisa convainc George d’amener le chasseur d’esclaves jusqu’à un village quaker proche pour qu’il y soit soigné.

De retour à La Nouvelle-Orléans, Augustin St. Clare discute de l’esclavage avec sa cousine nordiste Ophelia qui, bien qu’opposée à l’esclavage, a cependant des préjugés contre les Noirs. St. Clare considère que lui n’a pas de préjugés, bien que possédant des esclaves. Dans une tentative pour montrer à Ophelia que ses idées concernant les Noirs sont erronées, il achète Topsy, une jeune esclave noire, et demande à Ophelia de l’éduquer.

Deux ans après que Tom fut arrivé chez les St. Clare, Eva tombe gravement malade. Avant de mourir, elle a une vision du paradis, qu’elle partage avec les personnes qui l’entourent. En conséquence de cette vision et de la mort d’Eva, les autres personnages décident de modifier leur manière de vivre : Ophelia promet de se débarrasser de ses préjugés contre les Noirs, Topsy de s’améliorer et Augustin St. Clare d’affranchir (libérer) l’oncle Tom.

Tom est vendu à Simon Legree

Augustin St. Clare est poignardé en entrant dans une taverne de La Nouvelle-Orléans et meurt avant de pouvoir tenir sa promesse. Sa femme revient sur la promesse de son mari décédé et vend Tom aux enchères à un propriétaire malveillant nommé Simon Legree. Legree, originaire du nord, emmène Tom dans une région rurale de la Louisiane, où Tom fait la connaissance des autres esclaves de Legree, et en particulier d’Emmeline, que Legree a achetée en même temps que Tom. La haine de Legree pour Tom naît lorsque celui-ci refuse son ordre de fouetter un autre esclave. Legree bat sauvagement Tom, et décide de broyer la foi en Dieu de son nouvel esclave. Cependant, malgré la cruauté de Legree, Tom refuse de cesser de lire sa Bible et de réconforter les autres esclaves. À la plantation, Tom rencontre Cassy, une autre esclave de Legree, qui a été séparée de son fils et de sa fille lorsque ceux-ci ont été vendus ; incapable de supporter la vente d’un autre de ses enfants, elle a tué son troisième.

Tom Loker fait à ce moment sa réapparition dans l’histoire ; à la suite de sa guérison par les quakers, il a profondément changé. George, Elisa et Henry ont obtenu leur liberté après être parvenus au Canada. En Louisiane, l’oncle Tom succombe presque au désespoir alors que sa foi en Dieu est mise à l’épreuve par les rigueurs de la plantation. Il a cependant deux visions, une de Jésus et une d’Eva, qui renouvellent sa détermination à rester un chrétien fidèle, même si sa vie est en jeu. Il encourage Cassy à s’enfuir, ce qu’elle fait en emmenant Emmeline avec elle. Lorsque Tom refuse de révéler à Legree leur destination, ce dernier ordonne à ses employés de tuer Tom. Alors qu’il est mourant, Tom pardonne aux employés de l’avoir battu. Impressionnés par la personnalité de l’homme qu’ils ont tué, les deux hommes deviennent chrétiens. Juste avant la mort de Tom, Georges Shelby, le fils d’Arthur Shelby (le maître original de Tom), apparaît pour acheter la liberté de Tom, mais se rend compte qu’il arrive trop tard.

Dernière partie

Sur le bateau qui les emmène vers la liberté, Cassy et Lucy rencontrent la sœur de Georges Harris et l’accompagnent au Canada. Une fois arrivée, Cassy découvre que Elisa est sa fille, qui avait été vendue enfant et dont elle n’avait pas eu de nouvelles depuis. Leur famille enfin reconstituée, ils partent pour la France puis finalement pour le Liberia, nation africaine créée pour les anciens esclaves d’Amérique, où ils retrouvent le fils de Cassy, également perdu de vue depuis longtemps. Georges Shelby retourne dans sa plantation du Kentucky et libère tous ses esclaves, en leur disant de se souvenir du sacrifice de Tom et de sa foi dans la véritable signification du christianisme.

Personnages principaux

L’oncle Tom

L’oncle Tom, le personnage éponyme, est un esclave chrétien possédant patience et noblesse d’âme. Plus récemment, son nom est cependant devenu une épithète désignant les Afro-Américains accusés de s’être vendus aux Blancs. Pour Stowe, Tom est un héros noble et digne d’éloges. Tout au long du roman, bien loin de se laisser exploiter, Tom défend ses croyances et est même admiré à contrecœur par ses ennemis.

Eva

Eva, dont le véritable nom est Evangeline St. Clare est la fille d’Augustin St.Clare qui, durant une période, est le maître de Tom. Eva est gentille, souriante, généreuse, belle, compatissante et elle se lie d’amitié avec tous les esclaves de son père. Elle devient très vite amie de Tom

Simon Legree

Legree

Simon Legree est un maître cruel, né dans le Nord, dont le nom est devenu synonyme d’avidité. Son but est de démoraliser Tom au point de le faire abandonner sa foi religieuse ; il finit par battre Tom à mort par frustration devant la foi inébranlable de son esclave en Dieu. Le roman révèle qu’il a, dans sa jeunesse, abandonné sa mère malade pour partir en mer, et qu’il a ignoré sa lettre le priant de venir la voir une dernière fois sur son lit de mort. Il exploite sexuellement Cassy, qui le méprise, puis porte son désir sur Emmeline.

Personnages secondaires

La Case de l’oncle Tom met en scène un grand nombre de personnages secondaires. Parmi les plus importants, on peut citer :

Arthur Shelby, le maître de Tom dans le Kentucky. Shelby est présenté comme un « bon » maître, stéréotype du gentleman du Nord.

Emily Shelby, épouse d’Arthur Shelby. C’est une femme profondément croyante qui s’efforce d’exercer une influence bénéfique et morale sur ses esclaves. Elle est scandalisée lorsque son mari vend ses esclaves à un marchand, mais en tant que femme ne possède pas de moyen légal de s’y opposer puisque la propriété appartient à son mari.

Georges Shelby, fils d’Arthur et d’Emily, qui considère Tom comme un ami et comme le chrétien parfait.

Augustin St. Clare, second maître de Tom et père d’Eva. Le plus compréhensif des possesseurs d’esclaves rencontrés dans le roman. St. Clare est un personnage complexe, souvent sarcastique et à l’esprit vif. Après une cour difficile, il a épousé une femme qu’il a fini par mépriser, bien qu’il soit trop poli pour le montrer. St. Clare est conscient du mal que constitue l’esclavage, mais il ne veut pas renoncer à la richesse qu’il lui apporte. Après la mort de sa fille, il devient plus sincère dans ses convictions religieuses et commence à lire la Bible de Tom. Il compte finalement prendre parti contre l’esclavagisme en libérant ses esclaves, mais ses bonnes intentions ne sont pas concrétisées.

Topsy, une jeune esclave un peu vaurien. Lorsqu’on lui demande si elle sait qui l’a créée, elle professe son ignorance de Dieu et de sa mère, en disant : « J’pense que j’ai grandi. J’pense pas que quelqu’un m’ait créée. » Elle est transformée par l’amour de la petite Eva. Pendant la première moitié des années 1900, plusieurs fabricants de poupées créèrent des poupées à l’effigie de Topsy. L’expression « grandir comme Topsy », à présent un peu archaïque, est passée dans la langue anglaise, d’abord avec la notion de croissance imprévue puis juste celle de croissance impressionnante.

Mademoiselle Ophelia, cousine d’Augustin St. Clare venant du Vermont, personnage pieux, travailleur et abolitionniste. Elle met en évidence les sentiments ambigus des Nordistes envers les Afro-américains à l’époque. Elle est opposée à l’esclavage, mais l’idée d’esclave en tant qu’individu lui répugne, du moins au début.

Thèmes abordés

Un thème unique domine La Case de l’oncle Tom : celui du caractère maléfique et immoral de l’esclavage. Bien que Stowe aborde d’autres thèmes mineurs tout au long du roman, comme l’autorité morale de la mère de famille ou encore la possibilité de rédemption offerte par le christianisme, elle donne beaucoup d’importance à leurs liens avec les horreurs de l’esclavage. Elle aborde le thème de l’immoralité de l’esclavage quasiment à chaque page du livre, lui arrivant même parfois de changer de point de vue narratif afin de donner une véritable homélie sur la nature destructrice de l’esclavage (telle cette femme blanche sur le bateau conduisant Tom vers le sud : « La pire des choses dans l’esclavage, à mon avis, est son atrocité envers les sentiments et l’affection – la séparation des familles, par exemple. »). L’une des manières pour Stowe de dénoncer l’esclavage était de montrer comment cette « bizarre institution » forçait les familles à se séparer.

Harriet Stowe considérait le statut de mère comme « le modèle éthique et structurel pour toute l’Amérique » et pensait que seules les femmes avaient l’autorité morale pour sauver les États-Unis du démon de l’esclavage ; c’est pourquoi un autre thème majeur de La Case de l’oncle Tom est le pouvoir moral et le caractère saint de la femme. À travers des personnages comme Eliza, qui fuit l’esclavage pour sauver son jeune fils (et finit par réunir sa famille entière), ou Petite Eva, qui est considérée comme « la chrétienne idéale », Stowe montre de quelle manière elle pense que les femmes peuvent sauver leurs prochains des pires injustices. Bien que des critiques notèrent plus tardivement que les personnages féminins de Stowe constituent souvent des clichés domestiques plutôt que des femmes réalistes, le roman « réaffirma l’importance de l’influence des femmes » et ouvrit la voie aux mouvements pour les droits des femmes qui se manifestèrent dans les décennies suivantes.

Les croyances religieuses puritaines de Stowe se révèlent dans le thème général qui sous-tend le roman, qui n’est autre que l’exploration de la nature du christianisme et de la manière dont Stowe pense qu’il est fondamentalement incompatible avec l’esclavage. Ce thème est fortement présent lorsque Tom exhorte St. Clare à « regarder vers Jésus » après la mort de sa fille bien-aimée Eva. Après la mort de Tom, George Shelby fait l’éloge de Tom en disant : « C’est quelque chose que d’être chrétien ». De par le rôle important joué par les thèmes chrétiens dans La Case de l’oncle Tom – et à cause de l’utilisation répétée dans le roman d’interventions de l’auteur elle-même sur la religion et la foi – le livre prend souvent « la forme d’un sermon ».

Style

La Case de l’oncle Tom est écrit dans le style mélodramatique et sentimental commun aux romans sentimentaux et à la « fiction domestique » (ou fiction féminine) du xixe siècle. Ces genres de récits étaient parmi les plus populaires au temps de Stowe et mettaient en général en scène des personnages principaux féminins, dans un style visant à provoquer compassion et émotion chez le lecteur. Bien que le livre de Stowe diffère des romans sentimentaux en s’intéressant à un thème plus large, l’esclavage, et en ayant un homme comme personnage principal, il cherche cependant à susciter une forte émotion chez ses lecteurs (en provoquant par exemple les larmes lors de la mort de Petite Eva). La force de ce style d’écriture est manifeste lorsqu’on se réfère aux réactions des lecteurs contemporains de Stowe. Georgiana May, une amie de Stowe, écrit dans une lettre à l’auteur : « Je suis restée éveillée la nuit dernière bien après une heure du matin, pour finir La Case de l’oncle Tom. Je ne pouvais pas plus l’abandonner que je n’aurais pu abandonner un enfant mourant ». Un autre lecteur est décrit comme étant obsédé à tout moment par le livre et comme ayant pensé à renommer sa fille Eva. La mort de Petite Eva affecta de manière évidente un grand nombre de personnes à l’époque puisqu’à Boston, au cours de la seule année 1852, ce prénom fut donné à 300 petites filles.

Malgré ces réactions positives de la part des lecteurs, les critiques littéraires méprisèrent durant des années le style dans lequel La Case de l’oncle Tom et d’autres romans sentimentaux étaient écrits, du fait que ces livres étaient rédigés par des femmes et présentaient de manière si évidente un « sentimentalisme féminin ». Un critique littéraire affirma que si le roman n’avait pas abordé le thème de l’esclavage, « il n’aurait été qu’un autre roman sentimental », tandis qu’un autre décrivit le livre comme « l’œuvre d’un écrivaillon ».

Ce n’est pas l’avis de Jane Tompkins, professeur d’anglais à l’université de l’Illinois à Chicago. Dans son livre In Sensational Designs: The Cultural Work of American Fiction (1985). Tompkins fait l’éloge de ce style que tant d’autres critiques avaient méprisé, écrivant que les romans sentimentaux montraient comment les émotions féminines avaient le pouvoir d’améliorer le monde. Elle affirme également que les fictions domestiques populaires du xixe siècle, dont La Case de l’oncle Tom fait partie, étaient remarquables de par leur « complexité intellectuelle, leur ambition et leur ingéniosité » ; et que La Case de l’oncle Tom offrait « une critique de la société américaine bien plus dévastatrice que d’autres effectuées par des auteurs plus connus tels que Hawthorne ou Melville ».

Réactions et critiques

Dès sa publication, le livre a donné lieu à une importante controverse, suscitant des protestations de la part des défenseurs de l’esclavage (qui firent paraître un certain nombre d’autres livres en réponse à celui-ci) et des éloges de la part des abolitionnistesLe roman influença profondément des œuvres protestataires postérieures, telle La Jungle d’Upton Sinclair.

Réactions contemporaines

Dès sa publication, La Case de l’oncle Tom indigne les habitants du Sud américain. Le roman est également violemment critiqué par les partisans de l’esclavage .

L’écrivain sudiste William Gilmore Simms déclara que le livre était entièrement faux, tandis que d’autres qualifièrent le roman de criminel et diffamatoire. Les réactions allèrent d’un libraire de Mobile dans l’Alabama qui fut obligé de quitter la ville parce qu’il avait mis le roman en vent, à des lettres de menace adressées à Stowe elle-même (qui reçut même un paquet contenant une oreille coupée appartenant à un esclave). De nombreux écrivains sudistes, tel Simms, écrivirent peu après leur propre livre en réaction à celui de Stowe (voir la section anti-Tom ci-dessous).

Certains critiques soulignèrent le manque d’expérience de Stowe concernant la vie du Sud, affirmant que ce manque d’expérience l’avait poussée à produire des descriptions inexactes de la région. Elle n’avait quasiment jamais mis les pieds dans le Sud et n’avait jamais véritablement été dans une plantation sudiste. Stowe affirma cependant toujours qu’elle avait bâti ses personnages sur des récits faits par des esclaves fugitifs lorsqu’elle vivait à Cincinnati, dans l’Ohio. On rapporte que Stowe eut l’occasion d’assister à plusieurs incidents qui la poussèrent à écrire le roman. Des scènes qu’elle observa sur l’Ohio, en particulier un mari et une femme séparés au cours d’une vente, ainsi que des articles de journaux et des entretiens lui fournirent de la matière pour le développement de l’intrigue.

En réponse à ces critiques, Stowe publia en 1853 A Key to Uncle Tom’s Cabin, tentant de montrer la véracité de la description de l’esclavage faite dans La Case de l’oncle Tom à travers des documents historiques. Dans ce livre, Stowe considère chacun des principaux personnages du roman et cite des personnes équivalentes ayant réellement existé, tout en fustigeant à nouveau l’esclavagisme du Sud de manière plus agressive encore que dans le roman lui-même. Tout comme La Case de l’oncle TomA Key to Uncle Tom’s Cabin eut également un grand succès. Il doit cependant être noté que, bien que Harriet Stowe prétendit que A Key to Uncle Tom’s Cabin traitait des sources qu’elle avait consultées au moment d’écrire son roman, elle ne lut une grande partie des œuvres mentionnées qu’après la publication de celui-ci.

D’après le fils de l’auteur, lorsqu’Abraham Lincoln rencontra Stowe en 1862, il déclara : « C’est donc cette petite dame qui est responsable de cette grande guerre. » L’avis des historiens diverge sur la véracité de cette anecdote, et dans une lettre que Stowe écrivit à son mari quelques heures après avoir rencontré Lincoln on ne trouve mention nulle part de cette phrase. Par la suite, de nombreux spécialiste considérèrent que le roman concentra la colère du Nord sur les injustices de l’esclavage et sur le Fugitive Slave Act, et attisa les ardeurs du mouvement abolitionniste. Le général de l’Union et politicien James Baird Weaver affirma que le livre le persuada de devenir actif au sein du mouvement abolitionniste.

La Case de l’oncle Tom souleva également un grand intérêt en Grande-Bretagne. La première édition londonienne parut en mai 1852 et se vendit à 200 000 exemplaires. Une partie de cet intérêt était dû à l’antipathie éprouvée par les britanniques envers les États-Unis. Comme l’expliqua un écrivain de l’époque, « les sentiments que La Case de l’oncle Tom déchaîna en Angleterre n’étaient pas la vengeance ou la haine [de l’esclavage], mais plutôt une jalousie et une fierté nationale. Nous avons longtemps souffert de la suffisance de l’Amérique – nous sommes fatigués de l’entendre se vanter d’être le pays le plus libre et le plus éclairé qu’ait connu le monde. Notre clergé hait son système de volontariat – nos Tories haïssent ses démocrates – nos Whigs haïssent ses parvenus – nos radicaux haïssent ses manières procédurières, son insolence et son ambition. Tous les partis saluèrent Mme Stowe comme une insurgée au sein du camp ennemi ». Charles Francis Adams, ambassadeur des États-Unis en Angleterre durant la guerre, affirma plus tard que « La Case de l’oncle Tom, publié en 1852, exerça, grâce à des circonstances principalement fortuites, une influence sur le monde plus immédiate, plus considérable et plus spectaculaire qu’aucun autre livre jamais imprimé ».

Le livre a été traduit dans plusieurs langues, y compris en chinois (la traduction du roman par le traducteur Lin Shu fut la première traduction en chinois d’un roman américain) et en amharique (la traduction datant de 1930 fut effectuée dans le but de soutenir les efforts de l’Éthiopie visant à atténuer les souffrances des Noirs). Le livre fut lu par tant de personnes que Sigmund Freud rapporta un certain nombre de cas de tendances sado-masochistes chez des patients, qui selon lui avaient été influencés par la lecture de scènes de La Case de l’oncle Tom où des esclaves se faisaient fouetter.

À partir de 1845, l’usage s’établit au Carnaval de Paris de baptiser pour la fête les Bœufs Gras qui défilent à la promenade du Bœuf Gras. Le nom est choisi en fonction des œuvres littéraires à succès du moment, ou en rapport avec des événements importants récents, ou une chanson à la mode. Le premier Bœuf Gras baptisé ainsi s’appelera Le Père Goriot. En 1853, l’immense succès remporté en France par La Case de l’oncle Tom fait que les trois Bœufs Gras qui défilent du 6 au 8 février sont baptisés du nom de héros de ce livre : Père-TomShelby et Saint-Clare

Impact littéraire et critique

La Case de l’oncle Tom fut le premier roman à teneur politique à être lu par un grand nombre de personnes aux États-Unis. À ce titre, il influença grandement le développement non seulement de la littérature américaine mais aussi de la littérature engagée en général. Un certain nombre de livres publiés après La Case de l’oncle Tom doivent beaucoup au roman de Stowe ; on peut citer en particulier La Jungle d’Upton Sinclair et Printemps silencieux de Rachel Carson. (« L’histoire de la quarteronne » – Case de l’Oncle Tom, chap. 34 – a aussi d’étroites ressemblances avec la nouvelle Le Diable, de Léon Tolstoï.)

Malgré son importance incontestable, La Case de l’oncle Tom est perçu par l’opinion populaire comme « un mélange de conte pour enfants et de propagande ». Le roman a également été décrit par nombre de critiques littéraires comme étant « tout juste un roman sentimental » , tandis que le critique George Whicher affirma dans son Histoire littéraire des États-Unis que « Mme Stowe ou son ouvrage ne peuvent justifier du succès considérable du roman ; son talent en tant qu’écrivain amateur n’était en rien remarquable. Elle avait tout au plus une certaine maîtrise des stéréotypes en termes de mélodrame, d’humour et de pathos, et son livre est composé de ces éléments populaires .

D’autres critiques ont cependant fait l’éloge du roman : Edmund Wilson déclara que « démontrer une telle maturité dans l’écriture de La Case de l’oncle Tom prouve une expérience étonnante. » Jane Tompkins affirme que le roman est un classique de la littérature américaine et émet l’hypothèse que de nombreux critiques littéraires ont boudé le livre pour la simple raison qu’il fut extrêmement populaire en son temps

Certains commentateurs  affirment que Stowe considérait que son roman offrait une solution aux dilemmes politiques et moraux qui troublaient de nombreux opposants à l’esclavage. Stowe était une fervente chrétienne, et abolitionniste.

Léon Tolstoï « [citait] comme exemple de l’art religieux le plus élevé, né de l’amour de Dieu et du prochain, en littérature:… La Case de l’oncle Tom, etc. »

Les expertsconsidèrent également que le roman véhicule les valeurs et les idées du Parti du sol libre. Dans cette optique, le personnage de George Harris personnifie le principe du travail libre, tandis que le personnage complexe d’Ophelia représente les nordistes qui toléraient un compromis avec l’esclavage. À l’opposé d’Ophelia est Dinah, qui agit de manière passionnée. Au cours du roman Ophelia se transforme, de la même manière que le Parti Républicain qui proclama trois ans plus tard que le Nord devait se transformer et défendre ses principes antiesclavagistes.

Des théories féministes peuvent également être vues à l’œuvre dans le livre de Stowe, le roman constituant une critique de la nature patriarcale de l’esclavage. Pour l’auteur, les liens formant la famille étaient avant tout les liens du sang plutôt que les relations paternalistes entre maîtres et esclaves. De plus, Stowe considérait la solidarité nationale comme une extension de la famille, le sentiment d’appartenir à une nation ayant donc ses racines dans le fait de partager une race. Par conséquent, elle prêchait la colonisation de l’Afrique pour les esclaves libérés et non leur intégration dans la société américaine.

Le livre a également été considéré comme une tentative de redéfinition de la masculinité en tant qu’étape nécessaire vers l’abolition de l’esclavage. Dans cette optique, les abolitionnistes avaient commencé à rejeter la vision de l’homme agressif et dominant que la conquête et la colonisation du début du xixe siècle avaient mis en avant. Dans le but de modifier la notion de virilité de telle manière que les hommes puissent s’opposer à l’esclavage sans mettre en danger leur image ou leur place dans la société, certains abolitionnistes se rapprochèrent de principes tels que le droit de vote des femmes, la chrétienté ou la non-violence, et firent l’éloge de la compassion, de la coopération et de l’esprit civique. D’autres courants du mouvement abolitionniste prônaient une action masculine plus agressive et plus conventionnelle. Tous les hommes dans le roman de Stowe sont des représentants de l’un ou l’autre de ces courants.

Création et popularisation de stéréotypes

Au cours des dernières décennies, aussi bien lecteurs que spécialistes ont critiqué le roman pour ses descriptions racistes et condescendantes des personnages noirs, en particulier en ce qui concerne leur apparence, leur manière de parler et leur comportement, mais aussi la nature passive de l’oncle Tom face à son destin. L’importance de la création par le roman de nouveaux stéréotypes ainsi que son usage de stéréotypes déjà existants est d’autant plus grande que La Case de l’oncle Tom fut le roman le plus vendu au monde au xixe siècle. En conséquence, le livre (ainsi que les images l’illustrant et les pièces de théâtre associées) contribua grandement à implanter de manière permanente ces stéréotypes dans la mentalité américaine.

Parmi les stéréotypes de Noirs présents dans La Case de l’oncle Tom se trouvent :

Le happy darky, incarné par le personnage paresseux et insouciant de Sam ;

Le mulâtre à la peau claire utilisé comme objet sexuel (personnages d’Eliza, Cassy et Emmeline) ;

La mammy à la peau noire, de nature affectueuse (à travers plusieurs personnages, en particulier Mammy, une cuisinière à la plantation St. Clare) ;

Le stéréotype de l’enfant Noir Pickaninny (personnage de Topsy) ;

L’oncle Tom, ou afro-américain trop désireux de plaire aux Blancs (personnage de l’oncle Tom). Stowe voyait Tom comme un « héros noble. » L’image de Tom représenté comme un « imbécile servile s’inclinant devant les Blancs » provient manifestement des adaptations scéniques du roman, sur lesquelles Stowe n’avait aucun contrôle.

Au cours des décennies récentes, ces associations négatives ont éclipsé de manière importante l’impact historique de La Case de l’oncle Tom en tant que « outil antiesclavagiste vital. » Ces changements dans la perception du roman prennent racine dans un essai de James Baldwin intitulé Everybody’s Protest Novel. Dans cet essai, Baldwin qualifie La Case de l’oncle Tom de « très mauvais roman », racialement stupide et à l’esthétique grossière.

Dans les années 1960 et 1970, les mouvements du Black Power et du Black Arts attaquèrent le roman, affirmant que le personnage de l’oncle Tom se livrait à une « trahison raciale » et que Tom faisait apparaître les esclaves comme étant pires que les maîtres. Les critiques visant les autres stéréotypes présents dans le livre augmentèrent également durant cette période.

Ces dernières années cependant, des spécialistes tels que Henry Louis Gates Jr. ont commencé à réévaluer La Case de l’oncle Tom, affirmant que le livre est « un document central dans les relations interraciales en Amérique et une importante exploration morale et politique des caractéristiques de ces relations. »

Littérature anti-Tom

En réponse à La Case de l’oncle Tom, certains écrivains du Sud des États-Unis produisirent des livres destinés à combattre le roman de Stowe. Cette littérature, ainsi appelée littérature anti-Tom, était en général pro-esclavagiste, soutenant que les questions portant sur l’esclavagisme telles qu’elles étaient posées dans le livre de Stowe étaient trop sentencieuses et incorrectes. Les romans de ce genre présentaient généralement un maître blanc patriarcal et bienveillant et une épouse à l’âme pure, gouvernant tous deux des esclaves semblables à des enfants au sein d’une plantation à l’atmosphère familiale et bienveillante. Les romans sous-entendaient ou affirmaient ouvertement que les Afro-Américains étaient semblables à des enfants, incapables de vivre sans être directement supervisés par des Blancs.

Parmi les plus célèbres livres anti-Tom se trouvent The Sword and the Distaff de William Gilmore Simms, Aunt Phillis’s Cabin de Mary Henderson Eastman et The Planter’s Northern Bride de Caroline Lee Hentz, cette dernière ayant été une amie proche de Stowe lorsqu’elles vivaient toutes deux à Cincinnati. Le livre de Simms fut publié quelques mois après le roman de Stowe et contient un certain nombre de discussions contestant le livre de Stowe et sa vision de l’esclavage. Le roman de Caroline Lee Hentz, paru en 1854, lu par de nombreuses personnes à l’époque mais à présent largement oublié, présente une défense de l’esclavage à travers les yeux d’une femme du Nord, fille d’un abolitionniste, qui épouse un propriétaire d’esclaves du Sud.

Durant la décennie s’étendant entre la publication de La Case de l’oncle Tom et le début de la guerre de Sécession, entre vingt et trente livres anti-Tom furent publiés. Parmi ces romans se trouvent deux livres intitulés Uncle Tom’s Cabin As It Is, l’un de W.L. Smith et l’autre de C.H. Wiley. Plus de la moitié de ces œuvres anti-Tom furent écrits par des femmes blanches, ce que Simms commenta en parlant de « l’apparente justice poétique du fait qu’une femme du Sud réponde à la femme du Nord (Stowe). »

Traductions et adaptations

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Nègres marrons surpris par des chiens (1893) aussi connu comme Esclaves repris par les chiens, est une œuvre de Louis Samain, sise à Bruxelles, qui évoque un épisode du roman La Case de l’oncle Tom.

La case de l’oncle Tom a été traduit en français, pour la première parution, par Émile de La Bédollière (La Case du père Tom ou Vie des nègres en Amérique, Barba, 1852) ; entre 1852 et 1856 La Case de l’Oncle Tom n’eut pas moins de huit traductions différentes en français et dix-neuf éditions. Louis Carion, Léon Pilatte, Léon de Wally et Edmond Auguste Texier… sont quelques-uns des traducteurs. En 1861, traduction de Louis Barré. (B. Renault, 1861) ; en 1862 (Michel Lévy) la traduction de Léon Pilatte est « augmentée d’une préface de l’auteur et d’une introduction par George Sand » ; en 1872, Harriet Beecher Stowe écrivit à Louise Swanton Belloc et Adélaïde de Montgolfier : « Je suis très-flattée, mesdames, que mon humble ami, Oncle Tom, ait des interprètes tels que vous pour le présenter aux lecteurs français. J’ai lu une traduction de mon livre en votre langue, et quoique assez peu familiarisée avec le français, j’ai pu voir qu’elle laissait beaucoup à désirer ; mais j’ai remarqué aussi dans la gracieuse et sociable flexibilité de la langue française une aptitude toute particulière à exprimer les sentiments variés de l’ouvrage, et je suis de plus convaincue qu’un esprit féminin prendra plus aisément l’empreinte du mien. »

Les Tom shows

Même si La Case de l’oncle Tom fut le livre le plus vendu du xixe siècle, à cette époque un nombre beaucoup plus important d’américains virent l’histoire sous forme de pièce de théâtre ou de comédie musicale que sous forme de livre. Eric Lott, dans son livre Uncle Tomitudes: Racial Melodrama and Modes of Production, estime qu’au moins 3 millions de personnes assistèrent à ces spectacles, ce qui représente dix fois les ventes du livre durant sa première année de parution.

Les lois de l’époque sur le copyright étant peu restrictives, des pièces de théâtre basées sur La Case de l’oncle Tom, appelées aussi Tom shows, commencèrent à apparaître alors que le roman n’était pas encore entièrement publié. Stowe refusa d’autoriser l’adaptation de son œuvre à cause de sa méfiance puritaine envers le théâtre (bien qu’elle finisse cependant par assister à la version de George Aiken et, selon Francis Underwood, fut charmée par l’interprétation par Caroline Howard du personnage de Topsy). Le refus de Stowe laissa le champ libre à nombre d’adaptations, certaines créées pour des raisons politiques et d’autres uniquement pour des raisons commerciales.

Il n’y avait à l’époque aucune loi sur le copyright international. Le livre et les pièces de théâtre furent traduits dans plusieurs langages ; Stowe ne reçut que peu d’argent et fut privée des trois quarts de ses revenus légitimes.

Tous les Tom shows semblent avoir incorporé des éléments de mélodrame et de minstrel show. Ces pièces variaient beaucoup dans leurs opinions politiques : certaines reflétaient de manière fidèle les vues antiesclavagistes de Stowe, tandis que d’autres étaient plus modérées, voire pro-esclavagistes. Beaucoup de productions présentaient des caricatures racistes et humiliantes des Noirs, tandis qu’un grand nombre d’entre elles utilisaient également des chansons de Stephen Foster (en particulier My Old Kentucky HomeOld Folks at Home, et Massa’s in the Cold Ground). Les Tom shows les plus connus furent ceux de George Aiken et H.J. Conway.

Les nombreuses variantes théâtrales de La Case de l’oncle Tom « dominèrent la culture populaire du Nord pendant plusieurs années » au cours du xixe siècle et les pièces étaient toujours jouées au début du xxe siècle.

L’une des variantes les plus originales et controversées fut Mickey’s Mellerdrammer de Walt Disney, un film distribué par United Artists sorti en 1933. Le titre est une corruption du mot melodrama (mélodrame), destiné à évoquer les premiers minstrel shows, et le film est un court métrage mettant en scène les personnages de Disney, Mickey Mouse et ses amis, montant leur propre adaptation de La Case de l’oncle Tom.

Mickey était déjà de couleur noire, mais l’affiche du film le montre habillé et maquillé en blackface avec des lèvres orange proéminentes, des rouflaquettes blanches et abondantes faites en coton et des gants blancs, qui font à présent partie de son costume habituel.

Les adaptations :

Cinéma

La Case de l’oncle Tom a été adapté de nombreuses fois au cinéma. La plupart des adaptations cinématographiques furent réalisées à l’ère du cinéma muet (La Case de l’oncle Tom est d’ailleurs l’histoire la plus souvent filmée durant cette période). Ceci était dû à la popularité toujours grande à la fois du roman et des Tom shows, ce qui signifiait que le public était déjà familier avec les personnages et l’histoire, rendant ainsi les films sans paroles plus compréhensibles.

La première version de La Case de l’oncle Tom fut l’un des premiers longs métrages (bien que le terme long métrage désignait à l’époque une durée comprise entre 10 et 14 minutes). Sorti en 1903 et réalisé par Edwin S. Porter, le film était joué par des acteurs blancs déguisés en Noirs pour les rôles principaux et n’utilisait des acteurs Noirs qu’en tant que figurants. Cette version était similaire à beaucoup des premiers Tom shows et faisait figurer un grand nombre de stéréotypes sur les Noirs (en faisant par exemple danser les esclaves dans n’importe quel contexte, en particulier à une vente d’esclaves).

En 1910, la Vitagraph Company of America produisit une adaptation réalisée par J. Stuart Blackton et adaptée par Eugene Mullin. Selon le Dramatic Mirror, ce film était une « innovation marquée » dans le domaine du cinéma et « la première fois qu’une compagnie américaine » faisait sortir un film en trois bobines. Jusque-là, les longs métrages de l’époque ne faisaient que 15 minutes de long et contenaient une seule bobine de film. Le film était joué par Clara Kimball Young, Marie Eline, Florence Turner, Mary Fuller, Charles Kent, Edwin R. Phillips, Flora Finch, Genevieve Tobin et Carlyle Blackwell.[80]

Au cours des deux décennies suivantes, plusieurs autres adaptations cinématographiques virent le jour :

en 1910 : Uncle Tom’s Cabin, film muet réalisé par Barry O’Neil, avec Frank Hall Crane et Anna Rosemond.

en 1913 : Uncle Tom’s Cabin, film muet réalisé par Sidney Olcott, avec Miriam Cooper.

en 1913 : Uncle Tom’s Cabin, film muet réalisé par Otis Turner, avec Margarita Fischer.

en 1914 : Uncle Tom’s Cabin, film muet réalisé par William Robert Daly, avec Paul Scardon.

en 1918 : Uncle Tom’s Cabin, film muet réalisé par J. Searle Dawley.

La dernière version muette est sortie en 1927. Réalisée par Harry A. Pollard (qui avait joué l’oncle Tom dans la version de 1913), ce film long de deux heures mit plus d’un an à être réalisé et fut le troisième film le plus cher de l’ère du cinéma muet (avec un budget de 1,8 million de dollars). L’acteur noir Charles Gilpin, d’abord choisi pour le rôle-titre, fut renvoyé lorsque le studio trouva sa performance « trop agressive ». Le rôle de Tom échut ensuite à James B. Lowe. Une différence entre ce film et le roman est qu’après la mort de Tom, celui-ci revient sous la forme d’un esprit vengeur et affronte Simon Legree, avant de le mener à la mort. Les médias Noirs de l’époque firent l’éloge du film, mais le studio, craignant une réaction de la part du public blanc et sudiste, finit par couper au montage les scènes prêtant à controverse, en particulier la séquence d’ouverture du film où une mère est arrachée à son enfant lors d’une vente d’esclaves. L’histoire fut adaptée par Pollard, Harvey F. Thew et A. P. Younger, avec des titres de Walter Anthony. Le film était joué par James B. Lowe, Stymie Beard, Raymond Massey, Virginia Grey, George Siegmann, Margarita Fischer, Mona Ray et Madame Sul-Te-Wan.[81]

Pendant plusieurs décennies après la fin du cinéma muet, la matière du roman de Stowe fut jugée trop sensible pour être à nouveau l’objet d’adaptations cinématographiques. En 1946, la Metro-Goldwyn-Mayer envisage de filmer l’histoire, mais arrête la production après des protestations de la part de la National Association for the Advancement of Colored People.

Une adaptation en allemand, Onkel Toms Hütte, réalisée par le hongrois Géza von Radványi, sort en 1965, avec Mylène Demongeot, O. W. Fischer, Herbert Lom. Elle fut distribuée aux États-Unis par Kroger Babb. Une version française de ce film existe : La Case de l’oncle Tom qui a été éditée en cassette VHS par René Chateau.

Télévision

En 1987 est diffusé Uncle Tom’s Cabin, un téléfilm réalisé par Stan Lathan, avec Avery Brooks, Phylicia Rashad, Edward Woodward, Jenny Lewis, Samuel L. Jackson et Endyia Kinney.

Dessins animés

En plus des adaptations en film, des versions de La Case de l’oncle Tom virent le jour sous forme de dessins animés : Mellerdrammer (1933) de Walt Disney, où Mickey Mouse joue la pièce de théâtre déguisé en Noir ; Southern Fried Rabbit (1953) avec Bugs Bunny, où Bugs se déguise en oncle Tom et chante My Old Kentucky Home afin de traverser la ligne Mason-Dixon ; Uncle Tom’s Bungalow (1937), un dessin animé des Warner Brothers supervisé par Tex Avery ; Eliza on Ice (1944), l’un des premiers dessins animés mettant en scène Mighty Mouse, produit par Paul Terry ; et Uncle Tom’s Cabaña (1947), un dessin animé de 8 minutes réalisé par Tex Avery.

Héritage et influence au cinéma

La Case de l’oncle Tom a également influencé un grand nombre de films, en particulier Naissance d’une nation. Cette œuvre controversée, sortie en 1915, utilisait une cabane similaire à la maison de l’oncle Tom pour le point culminant de l’action, où des Sudistes blancs s’unissent à leurs anciens ennemis (des soldats Yankees) pour défendre ce que la légende du film décrit comme leur « origine caucasienne ». Selon les experts, cette réutilisation d’une cabane familière aurait trouvé un écho auprès du public de l’époque.

Parmi les autres films influencés par La Case de l’oncle Tom ou utilisant le roman se trouvent Dimples (un film de 1936 avec Shirley Temple), Uncle Tom’s Uncle (un épisode des Petites Canailles de 1926), son remake de 1932 intitulé Spanky, la comédie musicale de Rodgers et Hammerstein Le Roi et moi (dans laquelle un ballet intitulé Small House of Uncle Thomas est joué dans le style traditionnel du Siam) et Gangs of New York (où les personnages de Leonardo DiCaprio et Daniel Day-Lewis assistent à une adaptation imaginaire de La Case de l’oncle Tom).

 

Harriet Beecher Stowe (1811-1896)

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Elizabeth Harriet (ou Henriette) Beecher Stowe, née le 14 juin 1811 à Litchfield et morte le 1er juillet 1896 à Hartford, est une femme de lettres américaine, philanthrope, militante abolitionniste et féministe. Son roman d’inspiration chrétienne, humaniste et féministe, La Case de l’oncle Tom (1852), vendu à des millions d’exemplaires est reçu comme un électrochoc pour la conscience publique américaine, il dénonçait le commerce et l’institution de l’esclavage au moment où les tensions légales et sociales entre esclavagistes du Sud et abolitionnistes du Nord devenaient de plus en plus tendues. Elizabeth Harriet Beecher Stowe a écrit plus de vingt livres, dont des romans, trois mémoires de voyage et des collections d’articles et de lettres.

 

Biographie

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Portrait par David d’Angers

Jeunesse et formation

Elizabeth Harriet est septième de onze enfants de la fille de Lyman Beecher, un pasteur presbytérien, et de Roxana Foote Beecher Parmi les onze enfants, sept fils deviendront des pasteurs, dont Henry Ward Beecher, figure majeure de l’émancipation des Afro-Américains. Sa soeur aînée Catherine Beecher sera une pionnière du droit des femmes à l’éducation, et sa soeur cadette Isabella Beecher Hooker sera une des fondatrices de la National Women’s Suffrage Association

Bien que sa famille soit puritaine, elle est ouverte aux problèmes sociaux et à la réforme de la société. Sa mère meurt quand elle a cinq ans, son père se remarie avec Harriet Porter Beecher. Dès son enfance, elle est invitée à participer aux débats lors des repas, ce qui lui donne un maniement de l’argumentation, de la rhétorique.

En 1832, son père fonde un séminaire de théologie à Cincinnati dans l’Ohio. Elizabeth devient alors professeure et se lance dans l’écriture avec les Scènes et types descendant des pèlerins qu’elle publiera en 1843 sous le titre de The Mayflower (Fleur de mai, du nom du navire anglais (Mayflower) d’émigrants arrivé en Amérique du Nord en 1620).

Carrière

En 1833, elle publie son premier livre Primary Geography où elle célèbre les diverses cultures qu’elle pu connaître.

Avec son mari Calvin Stowe, collègue de son père, elle s’engage dans le combat abolitionniste. Leurs opinions anti-esclavagistes ouvertement déclarées font qu’ils doivent quitter la ville de Cincinnati pour se réfugier à Brunswick dans le Maine. La parution de La Case de l’oncle Tom en 1852 se vend la première année à 300 000 exemplaires, durcissant les tensions entre le Sud et le Nord en fustigeant la civilisation sudiste et enflamme les abolitionnistes.

Selon Wendell Phillips, Stowe a récolté une audience que les abolitionnistes avaient semé ; cependant, si après son succès littéraire Stowe est restée à l’écart des activités publiques des groupes abolitionnistes, elle a aussi développé une amitié réelle empreinte de respect et de confiance avec le célèbre abolitionniste William Lloyd Garrison.

Elle avait auparavant publié quelques contes ou nouvelles. Forte de ce succès, elle tente de publier une suite en 1856, Dred, histoire du grand marais maudit. Mais le titre ne rencontre pas la même ferveur populaire que La Case de L’oncle Tom qui restera son ouvrage incontournable, et qui connut un immense succès en Amérique et en Europe et fut traduit dans de nombreuses langues.

Avec son frère le révérend Henry Ward Beecher, elle soutient moralement et financièrement Myrtilla Miner qui a ouvert à Washington une académie d’enseignement supérieur pour former des jeunes femmes afro-américaines au métier d’institutrice malgré les vives oppositions rencontrées

Vie personnelle

En 1836, elle épouse un pasteur, le révérend Calvin Stowe, prenant ainsi le nom d’Harriet Beecher Stowe.

Elle repose au Phillips Academy Cemetrey d’Andover (Massachussetts)  aux côtés de son époux

 

Œuvres (sélections)

 Éditions contemporaines

Traductions françaises

Dès sa parution en 1852 La case de l’oncle Tom va être traduit en français

La case du Père Tom, ou Vie des nègres en Amérique (trad. Emile de La Bédollière), G. Barba (Paris), 1852, 112 p. (

traduction abrégée qui sera suivi en 1853 par une traduction en deux volumes :

La case de l’oncle Tom, ou Sort des nègres esclaves. (trad. Louis Carion), Dentu (Paris), 1853, volume 1 : 245 p, volume 2 : 220 p.

Ses oeuvres majeures seront régulièrement traduites et rééditées durant le XIX° siècle et début du XX° siècle dont la sélection suivante :

Fleur de mai, nouvelles américaines, par Henriette Beecher Stowe (trad. La Bédollière, ill. Janet-Lange), G. Barba, 1852, 32 p. 

La Clef de la « Case de l’oncle Tom », contenant les faits et les documents originaux sur lesquels le roman est fondé (trad. Adolphe Joanne et Émile Daurand Forgues), Bureaux du Magasin pittoresque, 1853, 399 p. 

Nouvelles américaines, (trad. Alphonse Viollet), Charpentier, 1853, 330 p.

Noirs et blancs, scènes d’esclavage, Lebrun, 1856, 104 p. 

Souvenirs heureux : voyage en angleterre, en France et en Suisse (trad. Eugène Forçade), Michel Lévy Frères, 1857, 288 p. 

Dred, Histoire du grand marais maudit (2 volumes), Librairie centrale des publications illustrées, 1857

La fiancée du ministre (trad. H. de L’Espine), Hachette, 1864, 316 p.

Les petits renards ou les petites fautes qui troublent le bonheur domestique (trad. Fanny Duval), Société des haités religieux, 1870 (

A propos d’un tapis, ou, La science du foyer domestique, Neuchâtel, J. Sandoz, 1870, 202 p

nie domestique [« Pink and white tyranny »], Lausanne, Payot, 1870, 226 p. (

Une poignée de contes (trad. Léontine Rousseau), Bazin et Girardot, 1870, 102 p

Pussy Willow, ou, Fleur des champs et fleur de serre : histoire pour les jeunes filles, Neuchatel, Sandoz, 1871, 109 p. ),

Ma femme et moi (3 volumes) (trad. Hélène Janin), Sandoz et Fischbache, 1872-1877

Marion Jones : nouvelle américaine (trad. Émile de La Bédollière), Limoges, C. Barbou, 1882, 72 p. 

La rose thé : nouvelle américaine (trad. Émile de La Bédollière), Limoges, C. Barbou, 1882, 124 p. 

Les fleurs sous la neige : nouvelles américaines, Limoges, C. Barbou, 1882, 167 p. 

Le Petit Édouard, nouvelle américaine, Limoges, E. Ardant,, 1885, 63 p. 

Evangéline, Paris, A. Méricant, 1902, 128 p.

Marchands et chasseurs d’esclaves, Paris, A. Méricant, 1902, 128 p. 

 

 

 

 

FRANCE, GUERRE MONDIALE 1939-1945, HISTOIRE DE FRANCE, HISTORIEN FRANÇAIS, L'ETRANGE DEFAITE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MARC BLOCH (1886-1944)

L’Etrange défaite de Marc Bloch

 

L’Étrange Défaite

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L’Étrange Défaite. Témoignage écrit en 1940 est un témoignage sur la bataille de France écrit en 1940 par Marc Bloch, officier et historien, qui a participé aux deux guerres mondiales. Dans ce livre, il ne raconte pas ses souvenirs personnels mais s’efforce, en témoin objectif, de comprendre les raisons de la défaite française lors de la bataille de France pendant la Seconde Guerre mondiale. Rédigé sur le moment, L’Étrange Défaite a marqué les esprits dès sa parution par la pertinence des constats qui y sont faits.

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Rédaction

L’ouvrage, rédigé de juillet à septembre 1940, est publié pour la première fois en 1946, aux éditions Franc-Tireur, deux ans après l’assassinat de Marc Bloch par la Gestapo. Une copie du manuscrit est confiée à Philippe Arbos, qui la cache dans la propriété du docteur Pierre Canque à Clermont-Ferrand. Découvert par une patrouille de la DCA allemande, alors installée sur cette propriété, le contenu du texte n’attire pas leur attention, ce qui permet à Pierre Canque de le récupérer et de l’enterrer dans le jardin de la propriété. À la Libération, il est rendu à la famille de Marc Bloch et, enfin, publié.

 

Contenu du texte

L’Étrange Défaite peut se voir comme la déposition d’un témoin face au tribunal de l’Histoire. Il comporte trois parties inégales. En guise d’introduction, Marc Bloch présente sa position personnelle et son action au cours de la campagne de 1940 dans une Présentation du témoin. La déposition de ce témoin constitue l’essentiel de l’ouvrage avec la partie intitulée La déposition d’un vaincu. Il y analyse les carences de l’armée française durant l’avant-guerre et la guerre. Il conclut par un Examen de conscience d’un Français, où il fait le lien entre les carences observées et celles qu’il identifie dans la société française de l’Entre-deux-guerres.

 

La déposition d’un vaincu

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Parade nazie sur l’avenue Foch déserte (1940).

L’analyse de l’armée française par Marc Bloch part de la base et remonte vers les niveaux de responsabilité supérieurs.

Une armée sclérosée

Il dénonce tout d’abord le caractère bureaucratique de l’armée, l’attribuant aux habitudes prises en temps de paix : en particulier le « culte du beau papier » mais aussi la « peur de mécontenter un puissant d’aujourd’hui ou de demain ». Ces habitudes conduisent à une dilution de la responsabilité entre un trop grand nombre de niveaux hiérarchiques et à un retard dans la transmission des ordres. Il y voit comme principale cause l’âge trop avancé des cadres de l’armée française, peu renouvelés, face à une armée allemande beaucoup plus jeune.

Cette organisation bureaucratique est fondée aussi, selon Marc Bloch, dans la formation même des officiers, qui tourne autour d’un culte de la théorie et des traditions. Le principal vecteur de cette formation est l’École de guerre, au concours d’admission de laquelle l’auteur n’avait pas souhaité se porter candidat, ce qu’il paie en ne dépassant pas le grade de capitaine. Fondé sur l’expérience de la Première Guerre mondiale, l’enseignement de cette école prônait en effet la supériorité de l’infanterie et de l’artillerie  par opposition aux unités motorisées (chars et avions, entre autres), supposées « trop lourdes à mouvoir » et supposées ne pouvant se déplacer que la nuit d’après la doctrine .

De même, l’enseignement stratégique est fondé sur des règles théoriques d’engagement, élégantes et abstraites, qui ne passent pas l’épreuve de la pratique. Cet enseignement est associé à un culte du secret, qui ralentit la transmission de l’information, et à un culte du commandement, par réaction à la remise en cause de l’autorité qui avait eu lieu en 1916 et 1917.

L’association entre la bureaucratie et une formation rigide entraîne, sur le terrain, un désordre général, avec trois capitaines qui se succèdent à son poste en quelques mois, et surtout de graves insuffisances dans la gestion des hommes et du matériel. Les soldats sont ainsi mal logés et surtout déplacés sans considération de leurs capacités, perdant leur énergie dans d’épuisantes marches et contre-marches. De même, le matériel manque face à une armée allemande bien équipée. Il manque en quantité, les budgets militaires ayant été engloutis dans la fortification de la frontière est (ligne Maginot, entre autres), laissant ouverte celle du nord. Il manque également en concentration, les chars d’assaut étant dispersés dans de nombreux corps d’armée, ce qui rend tout mouvement concerté impossible. Rapidement, ce désordre sur le terrain se retrouve à tous les niveaux, avec une rotation trop rapide des cadres, qui n’ont pas le temps d’apprendre leurs fonctions, en plus d’un laisser-aller dans la tenue des locaux et des dossiers qui, dans un contexte bureaucratique, achève de paralyser l’armée française.

L’incapacité des services de renseignement

L’armée s’épuise d’ailleurs le plus souvent faute de savoir où est l’ennemi. Marc Bloch blâme ainsi particulièrement l’insuffisance des services de renseignement. Elle est avant tout, estime-t-il, liée à une mauvaise organisation2. En tant que capitaine chargé des essences (approvisionnement en carburant et en munition des troupes), il ne reçoit que des bulletins d’information insignifiants, les informations pertinentes étant classés secrètes et communiquées trop haut dans la hiérarchie. La totalité des informations passe par des voies hiérarchiques très longues, et celles-ci finissent par être périmées quand elles arrivent aux personnes qui devraient les utiliser.

Il devient impossible de savoir dans quel délai un ordre pourra être exécuté, ce qui conduit à des manœuvres à contre-temps, comme la retraite des armées de la Meuse et de Sedan devant la percée allemande en Ardenne belge alors que la résistance belge avait offert deux jours de répit au commandement français, qui n’a pu s’organiser (comme l’avait craint le député français Pierre Taittinger, dès le début de 1940, dans un rapport parlementaire critiquant l’impréparation du secteur de Sedan). Le résultat a été que la percée de Sedan a exposé l’arrière des troupes belges, britanniques et françaises, ces dernières engagées en Belgique vers les Pays-Bas dans l’opération Breda.

Face à cette situation, chaque corps d’armée et presque chaque officier, y compris lui-même, mettent en place leur propre service de renseignement, ce qui conduit à une concurrence désastreuse des services et à des contacts insuffisants entre les différents échelons du commandement, au point que les officiers ignorent bien souvent où sont leurs propres troupes.

Les services de renseignement ont aussi gravement sous-estimé l’ampleur et la mobilité de l’armée allemande, et chaque jour les troupes sont envoyées en retard sur l’avancée allemande. L’auteur souligne, en particulier, une incapacité chronique à estimer convenablement la rapidité de déplacement ainsi que le nombre des chars et des avions par des services obsédés par l’infanterie et les canons. Cette inefficacité des renseignements se traduit par une grande surprise du commandement français.

Cette concentration des renseignements sur ce qui n’était pas le fer de lance de l’armée allemande est le signe d’une pensée stratégique rigide et passéiste de la part du commandement français. Plutôt que de prendre acte du changement de donne, les officiers supérieurs se sont continuellement étonnés que « les Allemands, tout simplement, avaient avancé plus vite qu’il ne semblait conforme à la règle », la règle en question étant fondée sur l’étude des campagnes napoléoniennes et sur la Première Guerre mondiale.

De même, les officiers s’enferrent souvent dans un plan de base qu’ils savaient caduc, faute d’avoir été formés à s’adapter à une situation nouvelle. « En un mot, parce que nos chefs, au milieu de beaucoup de contradictions, ont prétendu, avant tout, renouveler la guerre de 1915-1918. Les Allemands faisaient celle de 1940. »

Cette incurie a naturellement de graves conséquences sur le moral des troupes, abattues à la fois par un sentiment d’inutilité et de peur, l’ennemi n’étant jamais là où le commandement l’annonçait : l’homme supporte mieux le danger prévu que « le brusque surgissement d’une menace de mort, au détour d’un chemin prétendument paisible ».

La responsabilité du commandement

« Nous venons de subir une incroyable défaite. À qui la faute ? Au régime parlementaire, à la troupe, aux Anglais, à la cinquième colonne, répondent nos généraux. À tout le monde, en somme, sauf à eux. »

Le réquisitoire de Marc Bloch contre l’état-major français est particulièrement lourd puisqu’à ses yeux, il porte la responsabilité de son incapacité à s’adapter aux nouvelles réalités de la guerre de mouvement.

Il souligne d’abord une crise de l’autorité. Les grands chefs n’aiment ainsi pas changer de collaborateurs, ce qui entraîne un « divorce » entre commandement et exécutants. Il remarque surtout les incohérences au sein du commandement, où des chefs jouissent d’une impunité quasi totale malgré des manquements majeurs, tandis que des subalternes sont durement punis pour des fautes vénielles. Cette impunité conduit à déresponsabiliser les chefs, qui peuvent ainsi esquiver les solutions qui s’imposent, mais leur demandent de s’engager personnellement et de sortir des schémas de pensée de l’École de guerre. L’avancement privilégiant l’âge sur la compétence, rend la chose encore plus difficile par l’âge moyen des officiers. La coordination du commandement disparaît aussi en une guerre des chefs et de multiples rivalités entre bureaux et entre corps d’armée.

Les Alliés

Par son poste, Marc Bloch est souvent en situation de communiquer avec les forces alliées, et il en tire un bilan sombre. Il souligne d’abord les difficultés au niveau des soldats et des populations.

Bien que soldats de métier, les soldats britanniques ont apparemment une conduite désastreuse, de soldats « pillards et paillards ». Cela renforce, dans la population paysanne, qu’ils méprisent, une anglophobie latente, qui est liée à des réminiscences historiques. Ce sentiment est renforcé lorsqu’on s’aperçoit que les Britanniques fuient les premiers et jouent des coudes pour être évacués en faisant sauter des ponts pour couvrir leur retraite, sans souci des troupes françaises restées en arrière : « Ils refusaient, assez naturellement, de se laisser englober, corps et biens, dans un désastre dont ils ne se jugeaient pas responsables ».

Les Britanniques, de leur côté, jugent sans indulgence (« notre prestige avait vécu et on ne nous le cacha guère ») les insuffisances de l’armée française, qui mène une propagande anglophobe pour cacher ses propres échecs. Les Britanniques s’apprêtent, dès le 20 mai, à rembarquer à Dunkerque en abandonnant les Belges. Pendant quatre jours, du 24 au 28, l’armée du roi Léopold mène la bataille de la Lys mais est lâchée par les Britanniques, qui abandonnent la droite belge et n’ont rien prévu pour sauver même une partie de leur alliée.

De plus, à plusieurs occasions, comme la percée vers Arras, les Britanniques ne fournissent pas aux Français l’aide promise mais constatent les failles du plan stratégique français. En pratique, ces échecs entraînent un renoncement à la collaboration entre les états-majors et un échec de l’alliance. Les armées ne sont alors plus coordonnées par aucune autorité commune après l’encerclement du GQG (Grand Quartier Général). Sans liens efficaces ou camaraderie, l’armée française reste sans renseignement sur les faiblesses de l’armée britannique. Au Royaume-Uni, par la suite, la population accueille bien les soldats français réfugiés, mais les autorités ne se départissent pas d’une « raideur un peu soupçonneuse ».

Examen de conscience d’un Français

Marc Bloch n’attribue pas à l’armée toute la responsabilité de la défaite. Il met en relation les carences de la première avec l’impréparation et la myopie du peuple français dans son ensemble.

L’État et les partis

Sa première cible est l’État et les partis. Il dénonce « l’absurdité de notre propagande officielle, son irritant et grossier optimisme, sa timidité », et par-dessus tout, « l’impuissance de notre gouvernement à définir honnêtement ses buts de guerre ». L’immobilisme et la mollesse des ministres sont stigmatisés, et l’abandon de leurs responsabilités à des techniciens, recrutés sur la même base corporatiste (École Polytechnique et Sciences-Po, surtout). Tout ce petit monde avance à l’ancienneté dans une culture commune du mépris du peuple, dont on sous-estime les ressources.

Les partis politiques sont également stigmatisés dans leur contradictions. Ainsi, les partis de droite oublient leur germanophobie et s’inclinent devant la défaite en se posant en défenseurs de la démocratie et de la tradition, tandis que la gauche refuse les crédits militaires et prêche le pacifisme, tout en demandant des canons pour l’Espagne. Bloch reproche aux syndicats leur esprit petit-bourgeois, obsédés par leur intérêt immédiat, au détriment de leur avenir ou de l’intérêt du pays dans son ensemble. De même, il considère le pacifisme et l’internationalisme comme incompatibles avec le culte de la patrie, reprochant en particulier aux pacifistes leur discours selon lequel la guerre est l’affaire des riches et des puissants dont les pauvres n’ont pas à se mêler (une interprétation marxiste du conflit).

Ouvriers et bourgeois

Dans la population dans son ensemble, il renvoie dos à dos ouvriers et bourgeois. Il accuse les premiers de chercher « à fournir le moins d’efforts possibles, durant le moins de temps possible, pour le plus d’argent possible » au mépris des intérêts nationaux, ce qui entraîne des retards dans les fabrications de guerre.

Réciproquement, il accuse les bourgeois d’égoïsme et leur reproche de ne pas avoir éclairé l’homme de la rue et des champs sur les enjeux du pays ou même dans les enseignements de base (problème de la lecture). Il dépeint une bourgeoisie devenue rentière, faisant des études pour son seul plaisir et ne pensant ensuite qu’à s’amuser. « Le grand malentendu des Français » est ainsi dépeint mettant face à face une bourgeoisie dont les rentes diminuent, menacée par les nouvelles couches sociales, contrainte de payer de leur personne et trouvant que les ouvriers travaillent de moins en moins, et un peuple mal instruit, incapable de comprendre la gravité de la situation. Il souligne en particulier l’aigreur de la bourgeoisie, qui ne s’est jamais remise du Front populaire. En s’éloignant du peuple, le bourgeois « s’écarte sans le vouloir de la France tout court ».

Au niveau plus immédiat, il décrit un peuple mal préparé. La propagande entretient un sentiment de sécurité, alors qu’on sait depuis Guernica qu’il n’y a plus de « ciel sans menace ». Malgré les images de l’Espagne en ruines, « on n’en avait pas assez dit pour nous faire peur ; pas assez et pas dans les termes qu’il eût fallu pour que le sentiment commun acceptât l’inévitable, et sur les conditions nouvelles ou renouvelées de la guerre, consentît à remodeler le moral du civil ».

La classe de 1940 avait été à peine préparée, et comme on ne souhaitait pas la guerre, on y allait sans zèle, de façon résignée. Il suggère, au contraire, que face au péril national, il ne devrait pas y avoir d’immunité et que même les femmes pouvaient combattre. Mais la politique fut d’éviter les morts et les destructions de la guerre précédente : « On s’estima sage de tout accepter plutôt que de subir, à nouveau, ce double appauvrissement ». Dans ce cadre, l’exode marque la lâcheté commune et, surtout, l’absence d’effort du peuple pour comprendre, celui-ci préférant retourner à la campagne et refuser la modernité.

Conclusion

Marc Bloch constate ainsi une responsabilité partagée, qui conduit à un renoncement beaucoup trop rapide, la guerre pouvant être poursuivie. Peu de gens sont aveugles, mais seulement personne n’ose élever la voix et dénoncer les carences avant qu’elles ne soient révélées par le conflit et, dès lors, on n’ose remettre en cause les idées reçues.

Originalité et postérité de l’œuvre

Cet essai d’histoire immédiate est un témoignage sur les insuffisances des élites qui sombrent en mai 1940 dans la guerre. Il décrit la défaite et la débâcle françaises comme permises, voire voulues, par le « commandement » et le gouvernement, influencé par les élites militaires, économiques et sociales. Selon lui, ces élites françaises (avec le soutien de la presse) ont volontairement évité d’avoir armé assez efficacement le pays face à l’expansion nazie ou d’avoir fait jouer les alliances, notamment avec l’Union soviétique , qui auraient pu contrer l’hégémonie hitlérienne annoncée dans Mein Kampf.

Ces élites ont, en cela, été encouragées par l’égoïsme ou le cynisme économique de cette époque, où le syndicalisme s’est surtout confiné aux revendications matérielles et où le Front populaire n’a pas pu tenir ses promesses. Bloch témoigne de la guerre : « une chose à la fois horrible et stupide » mais aussi de faits politiques et sociologiques qu’il a observés durant les deux guerres mondiales. Il témoigne de son engagement et produit une analyse des événements guerriers du xxe siècle.

L’historienne marxiste-léniniste Annie Lacroix-Riz affirme reprendre les hypothèses de Marc Bloch lorsqu’elle avance la théorie d’un « complot Pétain » et d’un « pacte synarchique », qui inclurait également la Cagoule et des luttes occultes d’influences afin d’expliquer la défaite de 1940. Elle s’appuie notamment sur les « archives de police », en dépit des inexactitudes de celles-ci et des erreurs de perspective qu’elles peuvent entraîner, faute de méthodologie historique Précisément, ses théories de l’existence d’un complot synarchique sont rejetées par la communauté scientifique des historiens qui conteste sa méthodologie. Responsable éditorial des œuvres de Marc Bloch dans la collection « Quarto » chez Gallimard Jean-Louis Panné estime qu’Annie Lacroix-Riz a beau se réclamer de Bloch, elle « ne (…) respecte guère [les règles élémentaires du travail d’historien] » énoncées par ce dernier dans Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien :

« [Annie Lacroix-Riz] cite, comme un leitmotiv, un [des] derniers articles [de Marc Bloch] parus dans Franc-Tireur après son assassinat le 16 juin 1944. Analysant le livre du général Chauvineau,  paru en 1938, avec une préface de Pétain, Marc Bloch écrivait : « Un jour viendra en effet et peut-être bientôt où il sera possible de faire la lumière sur les intrigues menées chez nous de 1933 à 1939 en faveur de l’axe Rome-Berlin… » Et Bloch, liant les responsabilités des militaires et celles des politiciens, cite les noms de Laval, Brinon  et fait allusion aux hommes d’affaires comme « ceux du Creusot ». Une intrigue n’est pas un complot au sens où l’entend Annie Lacroix-Riz. On comprend quelle est la fonction de cette citation préventive : la légitimation de l’entreprise. Mais, là encore, on a affaire à une lecture partiale de Marc Bloch qui, s’il met en cause des hommes et des politiques, considère dans L’Étrange défaite que ce sont toutes les élites qui ont failli, celles de gauche comme celles de droite. Il y a fort à parier qu’Annie Lacroix-Riz ne citera jamais le passage suivant : « Les défaillances du syndicalisme ouvrier n’ont pas été, dans cette guerre-ci, plus niables que celles des états-majors […]. les foules syndicalisées n’ont pas su se pénétrer de l’idée que, pour elles, rien ne comptait plus devant la nécessité d’amener, le plus rapidement et le plus complètement possible, avec la victoire de la patrie, la défaite du nazisme et de tout ce que ses imitateurs, s’ils triomphaient, devaient nécessairement lui emprunter. […] À ce désarroi, les invraisemblables contradictions du communisme français ajoutèrent encore un nouveau ferment de troubles […]. Dans ses zigzags, sans grâce, reconnaissons la courbe que décrivirent, sous nos yeux émerveillés, les danseurs de cordes raides du communisme. »
Celui qui, membre du cercle de Montpellier en 1941, rêvait d’une Europe débarrassée du nazisme comme de la menace communiste, est victime d’une captation malhonnête simplement destinée à justifier une démarche aux antipodes de la pensée et du travail de Marc Bloch. Voilà qui illustre parfaitement la manière de faire d’Annie Lacroix-Riz. »

Citations

« Peut-être serait-ce un bienfait, pour un vieux peuple, de savoir plus facilement oublier : car le souvenir brouille parfois l’image du présent et l’homme, avant tout, a besoin de s’adapter au neuf. »

— Marc Bloch, L’Étrange Défaite

« Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la Fête de la Fédération. (Suivi d’un long développement sur le Front populaire – cette citation n’a pas été inventée par Marc Bloch en 1940 mais lors de la première guerre mondiale, que Marc Bloch accompagnait alors de la précision « pourquoi je ne suis pas conservateur » – source France culture jeudi 3 août 2017 « Avoir raison avec Marc Bloch – L’étrange défaite » ) »

— Marc Bloch, L’Étrange Défaite

« Beaucoup d’erreurs diverses, dont les effets s’accumulèrent, ont mené nos armées au désastre. Une grand carence, cependant, les domine toutes. Nos chefs ou ceux qui agissaient en leur nom n’ont pas su penser cette guerre. En d’autres termes, le triomphe des Allemands fut, essentiellement, une victoire intellectuelle et c’est peut-être là ce qu’il y a eu en lui de plus grave. »

— Marc Bloch, L’Étrange Défaite (1990), p. 66

« […] en un mot, parce que nos chefs, au milieu de beaucoup de contradictions, ont prétendu, avant tout, renouveler, en 1940, la guerre de 1915-1918. Les Allemands faisaient celle de 1940 »

— Marc Bloch, L’Étrange Défaite (1990), p. 93

« Les révolutions […] ont […] toutes une vertu, inhérente à leur élan : elles poussent en avant les vrais jeunes. J’abhorre le nazisme. Mais, comme la Révolution française, à laquelle on rougit de la comparer, la révolution nazie a mis aux commandes, que ce soit à la tête des troupes ou à la tête de l’État, des hommes qui, parce qu’ils avaient un cerveau frais et n’avaient pas été formés aux routines scolaires, étaient capables de comprendre ‘le surprenant et le nouveau’. Nous ne leur opposions guère que des messieurs chenus ou de jeunes vieillards. »

— Marc Bloch, L’Étrange Défaite (1990), p. 184

 

 

 

Marc Bloch

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Marc Léopold Benjamin Bloch, né le 6 juillet 1886 à Lyon (Rhône) et mort le 16 juin 1944 à Saint-Didier-de-Formans (Ain), est un historien français, fondateur avec Lucien Febvre des Annales d’histoire économique et sociale en 1929. Marc Bloch a donné à l’école historique française une renommée qui s’étend bien au-delà de l’Europe.

Ancien combattant de la Première Guerre mondiale et de la Seconde Guerre mondiale, il est décoré de la Légion d’honneur à titre militaire, de la croix de guerre 1914-1918 (avec quatre citations) et de la croix de guerre 1939-1945 (avec une citation). Membre de la Résistance durant l’Occupation, il est arrêté, torturé, puis exécuté par la Gestapo le 16 juin 1944.

 

Biographie

Famille et formation

Issu d’une famille juive d’optants, Marc Bloch est le fils de Gustave Bloch, professeur d’histoire ancienne à l’université de Lyon, puis à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm et à la Sorbonne, et lui-même fils d’un directeur d’école. Marc Bloch fait des études secondaires brillantes à Paris, au lycée Louis-le-Grand, puis entre à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm en 1904.

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Engagement de servir l’État signé par Marc Bloch à son entrée à Normale Sup, Archives nationales, 61 AJ.

Il est reçu à l’agrégation d’histoire et géographie en 1908. Marc Bloch suit de 1908 à 1909 les cours des facultés de Berlin et de Leipzig avant d’être pensionnaire à la Fondation Thiers (1909-1912).

En 1919, il épouse Simone Vidal (1894-1944), fille d’un polytechnicien dont la famille, depuis le xviiie siècle, était enracinée dans le Comtat Venaissin et en Alsace ; six enfants naissent de ce mariage, dont Étienne qui écrira en 1997 sa « biographie impossible ».

La Première Guerre mondiale

Professeur de lycée (Montpellier puis Amiens) quand éclate la Première Guerre mondiale, il est mobilisé comme sergent d’infanterie. Chef de section, il termine le conflit avec le grade de capitaine dans le Service des essences. Marc Bloch reçoit la croix de guerre avec quatre citations et est décoré de la Légion d’honneur pour ses faits de guerre.

Carrière universitaire

Marc Bloch est nommé professeur à la faculté de Strasbourg, redevenue française en 1919 ; ses qualités professorales et sa rigueur méthodologique contribuent alors au prestige de l’Université française. Il y rejoint des enseignants de premier ordre comme Lucien Febvre, André Piganiol, avec qui il noue des liens fructueux.

Premiers pas d’historien

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Plaque à l’Université de Strasbourg (Palais universitaire).

Il soutient une thèse de doctorat allégée, au propos déjà neuf, sur l’affranchissement des populations rurales de l’Île-de-France au Moyen Âge : Rois et Serfs, un chapitre d’histoire capétienne (1920).

Marc Bloch publie en 1924 son œuvre magistrale, Les Rois thaumaturges. Il y expérimente avec audace une méthode comparatiste empruntée aux maîtres de la linguistique (il parle lui-même une dizaine de langues).

En 1931, son ouvrage le plus maîtrisé, Les Caractères originaux de l’histoire rurale française, innove une fois encore, car il exploite une interdisciplinarité peu courante à cette époque (botanique, démographie, etc.) pour mieux comprendre l’évolution des structures agraires de l’Occident médiéval et moderne. En 1928, Marc Bloch présente sa candidature au Collège de France et propose d’enseigner une « histoire comparée des sociétés européennes ». Ce projet échoue. Il tente à nouveau sa chance en 1934-1935, mais toujours sans résultat.

L’aventure des Annales

Bloch participe en 1929, avec le « groupe strasbourgeois » dont Lucien Febvre, à la fondation des Annales d’histoire économique et sociale dont le titre est déjà en lui-même une rupture avec « l’histoire historisante »7, triomphante en France depuis l’école méthodique. Bloch y publie jusqu’à la guerre d’importants articles, et surtout de brillantes notes de lecture, dont l’impact méthodologique s’est fait encore sentir après sa mort, et jusqu’à aujourd’hui.

Un historien dans la guerre

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Plaque 17 rue de Sèvres (6e arrondissement de Paris), où il vit de 1936 jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

Alors qu’il venait de succéder à Henri Hauser à la Sorbonne en 1936 (chaire d’histoire économique), la Seconde Guerre mondiale le surprend dans la plénitude de sa carrière et de ses recherches. Malgré son âge (53 ans), une polyarthrite invalidante et une famille nombreuse, il a demandé à combattre. Il se déclarait « le plus vieux capitaine de l’armée française », grade auquel il était resté depuis 1918, n’ayant pas souhaité se porter candidat au concours d’admission de l’École de guerre. Il est affecté au Service des essences et sa conduite durant la guerre lui vaudra d’être cité à l’ordre du corps d’armée.

Il voit de très près le naufrage de la Troisième République. Marc Bloch a tiré de cet événement majeur, qui a bouleversé sa vie, L’Étrange Défaite, un livre posthume écrit dans la maison qu’il possédait au hameau de Fougères, commune du Bourg-d’Hem (Creuse), de juillet à septembre 1940. Ce livre, qu’il présente comme le témoignage d’un historien, est publié en 1946 et accrédite l’idée que l’échec de l’armée française face aux troupes d’Hitler est imputable aux plus hauts niveaux de commandement, autant à l’égard de la préparation qu’à celui des combats. Il ouvre ainsi la question de savoir dans quelle mesure les élites ont préféré une victoire du nazisme en France et en Europe face à la montée du communisme. En particulier, il exprime son écœurement devant l’attitude d’une partie de la bourgeoisie française, qui, à son avis, avait contribué de manière décisive à la défaite et ensuite s’était alliée au fascisme en collaborant activement avec les Allemands.

Après la Campagne de France et l’arrivée au pouvoir de Pétain en juin 1940, il est — en tant que Juif — exclu de la fonction publique par le gouvernement de Vichy en vertu du statut des Juifs du 3 octobre 1940. Son appartement parisien est réquisitionné par l’occupant, sa bibliothèque expédiée en Allemagne. Il est rétabli le 5 janvier 1941 dans ses fonctions pour services exceptionnels par le secrétaire d’État à l’Instruction publique, Jacques Chevalier – père de François Chevalier, élève de Marc Bloch, qui sera ultérieurement directeur de la Casa de Velázquez à Madrid – et nommé à la faculté de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand. Jacques Chevalier lui délivre, le 24 février 1941, un ordre de mission afin qu’il puisse se réfugier aux Etats-Unis, accompagné de sa mère, de son épouse et de ses six enfants. Il n’en fera pas usage, ne voulant pas abandonner sa mère, vieille et malade et incapable de supporter le voyage. Il y continue ses recherches dans des conditions de vie très difficiles et en proie aux pires inquiétudes. Du fait de la santé de sa femme, il demande et obtient une mutation à Montpellier en 1941. Le Doyen de la faculté des Lettres de Montpellier, Augustin Fliche, catholique maréchaliste, antisémite et conservateur, va essayer d’empêcher sa nomination, nourrissant un ressentiment à l’égard de l’historien. Il avertit ses supérieurs qu’un cours public de Marc Bloch peut provoquer des démonstrations hostiles, dont il ne veut pas être tenu pour responsable. Marc Bloch est chargé de cours sur l’histoire économique et monétaire de la France et de l’Europe moderne, mais ne peut travailler que dans des conditions très imparfaites, n’ayant pas accès à sa bibliothèque. En outre, les lois du régime de Vichy sur le statut des juifs (notamment celle du 21 juin 1941, qui impose entre autres un quota d’étudiants juifs dans l’enseignement supérieur, ce qui touche directement son fils) ne font que compliquer la vie de la famille Bloch, qui vit dans des conditions précaires à Montpellier.

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Monument des Roussilles, Saint-Didier-de-Formans rappelant l’assassinat de trente Résistants, dont Marc Bloch, à cet emplacement. Deux survivants : Jean Crespo et Charles Perrin.

Il rédige entre la fin 1940 et début 1943, sans documentation et dans des conditions difficiles, Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, publié en 1949 par les soins de Lucien Febvre, livre « testament » dans lequel il résume les exigences singulières du métier d’historien.

Pendant l’Occupation, Lucien Febvre, cofondateur des Annales, souhaite la reparution de la revue alors que Bloch s’y oppose. Sous la pression de Febvre, Bloch finit par accepter. L’autorisation de reparaître sous un autre titre est accordée par l’occupant et Bloch, frappé par le statut des juifs d’octobre 1940, y publie sous un pseudonyme.

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Éléments du mobilier de bureau de Marc Bloch exposés au CHRD.

Il entre dans la clandestinité fin 1942, quand les Allemands envahissent la zone libre. En 1943, après l’invasion de la zone sud qui ne le laisse en sécurité nulle part, il s’engage dans la Résistance, dont il devient un des chefs pour la région lyonnaise au sein de Franc-Tireur, puis dans les Mouvements unis de la Résistance (MUR). Il est arrêté à Lyon le 8 mars 1944 par la Gestapo, interné à la prison Montluc et torturé par Klaus Barbie et ses hommes

Il meurt le 16 juin 1944, fusillé aux côtés de vingt-sept autres résistants « qu’il animait de son courage », non loin de Saint-Didier-de-Formans comme le rapporte Georges Altman. Celui-ci mentionne également qu’un garçon de seize ans tremblait près de lui : « Ça va faire mal ? ». Marc Bloch lui aurait pris affectueusement le bras en disant seulement : « Mais non, petit, cela ne fait pas mal », avant de tomber en criant, le premier : « Vive la France ! ». Cette dernière phrase reste cependant incertaine, Georges Altman n’ayant pas assisté directement à l’exécution. En outre, Etienne Bloch souligne que les conditions de la mise à mort du convoi rendent ce cri peu probable, d’autant plus que les deux seuls survivants n’ont pas rapporté ce fait. Son épouse Simone, dont la santé s’est détériorée, meurt le 2 juillet 1944, à l’hôpital de Lyon.

En 1977, les cendres de Marc Bloch ont été transportées au cimetière du Bourg-d’Hem.

Apport à l’histoire du Moyen Âge : un legs considérable

Marc Bloch, moins polémique que son aîné Lucien Febvre, le rejoint cependant par la rigueur de ses analyses et sa volonté d’ouvrir le champ de l’histoire aux autres disciplines scientifiques. De plus, sa contribution à l‘histoire médiévale, par la variété de ses sources et la rigueur de son analyse, reste encore aujourd’hui largement utilisée par les chercheurs.

À l’instar de ses collègues de l’École des Annales, Marc Bloch suggère de ne pas utiliser exclusivement les documents écrits et de recourir à d’autres matériaux, artistiques, archéologiques, numismatiques… Plus qu’aucun autre responsable des Annales, il s’oriente vers l’analyse des faits économiques. Également partisan d’une unicité des sciences de l’homme, il cherchera un recours permanent à la méthode comparative, favorisera la pluridisciplinarité et le travail collectif chez les historiens.

Un réformateur de l’enseignement

A partir d’avril 1943, Marc Bloch devient rédacteur en chef de la revue Les Cahiers politiques de la France combattante, dont la mission est de diffuser les recherches menées par le Comité Général d’Etudes (CGE), groupe d’experts constitués par Jean Moulin au sein du Conseil national de la Résistance. Il s’agit de réfléchir aux réformes constitutionnelle, politique, économique et sociale ainsi qu’à l’organisation administrative au lendemain de la Libération .

Marc Bloch fustige l’enseignement, dont l’objectif premier, à ses yeux, est de repérer, favoriser, former « les futurs gardiens de l’orthodoxie » et de repousser ce qu’il appelle « les têtes folles »  Il en découle fatalement « la crainte de toute initiative, chez les maîtres comme chez les élèves ; la négation de toute libre curiosité ; le culte du succès substitué au goût de la connaissance.  » Seules importent la préparation et la réussite aux examens et concours. Dans un article paru en 1937, Marc Bloch écrivait déjà : « l’agrégation tire en arrières toutes nos facultés.  » Il ne faut alors pas s’étonner de l’existence d’« une des tares les plus pernicieuses de notre système actuel : celui de bachotage », tout juste bon à fabriquer des « chiens savants.  » Il est donc impératif et urgent de réformer la formation des élèves et étudiants, des maîtres, des cadres de la haute administration en développant la curiosité intellectuelle et la culture générale, tout en revalorisant les salaires des enseignants afin d’attirer vers la carrière les jeunes attirés par des métiers plus lucratifs

 

Publications

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Première édition des Caractères originaux en deux volumes chez Armand Colin.

Rois et Serfs, un chapitre d’histoire capétienne ; thèse soutenue en 1920.

Réflexions d’un historien sur les fausses nouvelles de la guerre, 1921 (extrait des Écrits de guerre) rééd. Allia, 2010.

Les Rois thaumaturges, 1924 ; dernière réédition, Gallimard en 1998.

Les Caractères originaux de l’histoire rurale française, Armand Colin, 1931 ; dernière réédition, Pocket, 2006, avec une préface de Pierre Toubert,

La Société féodale, 2 vol., 1939-1940 ; dernière réédition, Albin Michel, en un seul volume, 1998, .

L’Étrange Défaite, 1940 ; première publication en 1946 ; Folio, 1990

Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, 1941 ; première publication en 1949.

Ces deux derniers textes sont réédités avec de nombreux autres dans le recueil établi par Annette Becker et Étienne Bloch, L’Histoire, la Guerre, la Résistance, Gallimard, collection « Quarto », 2006.

La France sous les derniers Capétiens (1223-1328),

 La Terre et le Paysan. Agriculture et vie rurale aux xviie et xviiie siècles, Armand Colin, 1999, recueil d’articles avec une préface d’Emmanuel Le Roy Ladurie.

Mélanges historiques, CNRS éd., 2011.

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CARLOS RUIZ ZAFON, ECRIVAIN ESPAGNOL, LITTERATURE, LITTERATURE ESPAGOLE, LIVRE, LIVRES

Carlos Ruiz Zafon (1964 – 2020) — Blog Histoire Géo

L’écrivain espagnol Carlos Ruiz Zafon, connu pour son roman L’Ombre du vent, est décédé. Il est notamment l’auteur d’une tétralogie intitulée Le Cimetière des livres oubliés, publiée entre 2001 et 2016, qui comprend les romans L’Ombre du vent, Le Jeu de l’ange, Le Prisonnier du ciel et Le Labyrinthe des esprits.

via Carlos Ruiz Zafon (1964 – 2020) — Blog Histoire Géo

AUTANT EN EMPORTE LE VENT, ETATS-UNIS, FILMS, HISTOIRE DE L'AMERIQUE, LITTERATURE, LITTERATURE AMERICAINE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MARGARET MITCHELL (1900-1949)

Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell

Autant en emporte le vent

Autant en emporte le vent (titre original en anglais Gone with the Wind) est un roman écrit par Margaret Mitchell au début du XXè siècle. Il est paru en 1936 et a reçu le prix Pulitzer en 1937.

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L’auteur

Durant son enfance, Margaret Mitchell a été bercée par des récits sur la Guerre de Sécession et sur les héros du Sud. Elle a vécu les conséquences de la guerre et a voulu transmettre ce que la Géorgie avait affronté. Le livre traduit aussi l’état d’esprit de l’auteur et de bon nombre de ses compatriotes sudistes : les Noirs sont présentés comme des êtres inférieurs.

 

L’histoire

Au printemps de l’année 1861, la vie s’écoule paisiblement en Géorgie. Des rumeurs de guerre circulent, car l’État de Géorgie a quitté l’Union pour devenir un État confédéré. Les Sudistes veulent garder leurs esclaves et ils sont sûrs d’être dans leur droit. Fiers et vaillants, ils ne se préoccupent de la guerre que pour alimenter leurs conversations. Ils sont persuadés que même si un conflit éclate, ils battront les Yankees en quelques mois. Malheureusement pour eux, la victoire n’aura existé que dans leurs rêves. Et la réalité, autant désastreuse pour les hommes sur le champ de bataille que pour les femmes, les enfants et les vieillards restés chez eux, ne tarde pas à se faire connaître.

À travers ce roman, nous partageons toute la désillusion de Scarlett O’Hara, jeune fille issue d’une riche famille de planteurs de coton.

Elle a 16 ans, elle est pleine de vie et de gaieté, et elle a plus de charme qu’aucune jeune fille du comté. Elle a toujours eu ce qu’elle voulait et les jeunes hommes qu’elle fréquente sont tous fous d’elle. Mais elle aime en secret Ashley Wilkes, le rêveur invétéré, passionné de littérature, de poésie et de musique. Lorsqu’elle apprend qu’il va épouser Mélanie Hamilton, elle est bouleversée et connaît son premier chagrin.

Telle une enfant gâtée, Scarlett va essayer de récupérer Ashley coûte que coûte, et elle prend en horreur Mélanie, la gentille Mélanie qui ne peut voir que ce qu’il y a de bien chez les gens. Le jour où elle apprend qu’Ashley va se marier, elle fait une rencontre peu commune. Dans ce monde où tout le monde respecte si bien les conventions, la voici face à face avec le ténébreux capitaine Rhett Butler : un homme qui se vante de ne pas être un gentleman, un homme que plus personne ne reçoit. Par dépit, ce même jour, elle accepte d’épouser Charles, frère de Mélanie.

Le mariage est de courte durée, son mari mourant de maladie, laissant Scarlett enceinte. Elle accouche d’un garçon (Wade) pour lequel elle n’éprouve guère de sentiments maternels. Écœurée de savoir sa vie de jeune femme joyeuse finie, elle est désespérée. Sa mère lui propose alors de rejoindre sa belle-sœur Mélanie à Atlanta. Elle accepte car c’est en vivant auprès de Mélanie qu’elle a le plus de chance de revoir Ashley, qu’elle espère toujours conquérir. Elle découvre là-bas les privations et doit participer aux soins aux blessés, ce qu’elle a en horreur. Ashley vient passer quelques jours de permission, et lorsqu’elle arrive enfin à passer un instant seule avec lui et espère qu’enfin il l’embrassera et se déclarera, celui-ci lui demande une faveur : prendre soin de Mélanie pendant son absence. En raison de la promesse qu’elle lui a faite ce jour-là, elle ne peut fuir lors du siège de la ville d’Atlanta car Mélanie est enceinte. L’accouchant dans des conditions pénibles, elle sollicite Rhett (qui en profite pour lui demander d’être sa maîtresse) pour l’aider à fuir la ville et regagner Tara. Elle a appris que sa mère était gravement malade et n’en peut plus d’être éloignée d’elle.

Scarlett revient chez elle pour découvrir sa mère morte et son père sombrant dans une folie douce. Le domaine a été ravagé et la famine guette. Scarlett se promet de sortir sa famille de cet état et devient déterminée, froide, calculatrice. Elle se bat pour sa survie et celle de sa famille. Sa plus fidèle alliée est Mélanie et Scarlett est impressionnée par son courage.

Pour être en mesure de payer les impôts démesurés qu’on lui demande pour Tara, elle retourne à Atlanta et sollicite en vain Rhett pour l’aider financièrement. Elle rencontre alors le fiancé de sa sœur Suellen, et découvrant qu’il a un peu d’argent de côté, lui ment en disant que sa sœur ne veut plus de lui et l’épouse. Ainsi elle sauve Tara sans se soucier des sentiments de sa sœur. Elle gère d’une main de fer les affaires de son mari tout en mettant au monde une petite fille (Ella) à laquelle elle n’accorde pas plus d’importance qu’à son frère. Bien qu’elle tente de le nier, elle éprouve de plus en plus de respect pour sa rivale Mélanie qui a partagé sa détresse à Tara. Parce qu’elle a été agressée physiquement, le mari de Scarlett, appartenant au Ku Klux Klan, organise une expédition punitive dans laquelle il perd la vie.

Bien que n’éprouvant aucun chagrin de ce nouveau veuvage, Scarlett a tendance à consommer de plus en plus d’alcool. Rhett la demande en mariage, et la perspective d’une vie à l’abri du besoin, et les plaisirs que pourront lui apporter la richesse la décident à dire oui. Elle met au monde Bonnie, pour laquelle elle éprouve plus de sentiments maternels que pour ses autres enfants et que Rhett adore. Cependant Ashley occupe encore trop souvent ses pensées, et elle fait comprendre à Rhett qu’elle ne veut plus de relations conjugales. Offensé, Rhett est contraint d’accepter. Scarlett, par avidité, accepte de commercer avec les profiteurs de guerre en anglais : les « carpetbaggers » et se met la bonne société d’Atlanta à dos. Lors d’évocations de moments du passé avec Ashley, celui-ci prend innocemment Scarlett dans ses bras, mais deux commères présentes répandent la rumeur de l’adultère. Le soir même, Rhett force Scarlett à se rendre chez Ashley et Mélanie pour une fête, dans l’intention de la voir affronter toute la société d’Atlanta qui la déteste déjà. Mélanie, candide et toujours prête à défendre Scarlett, quoi qu’il lui en coûte, se refuse à rien croire de tout ce qui lui a été rapporté et se pose comme un rempart entre Scarlett et la bonne société.

Scarlett rentre pour trouver son mari ivre qui l’entraîne dans la chambre conjugale. Scarlett se réveille métamorphosée et décidée à mener une vie familiale sereine (il faut lire entre les lignes de l’ouvrage écrit à une époque pudibonde : il est manifeste que Scarlett n’avait jamais éprouvé avant cette nuit de plaisir physique). Mais Rhett n’est pas du même avis et reproche à Scarlett d’être une mauvaise mère : il part plusieurs mois en voyage avec leur fille. La petite réclame malgré tout sa mère et quand il rentre, il trouve Scarlett enceinte. Goujat, il dit à Scarlett, furieuse de cette nouvelle grossesse, que des accidents arrivent, et qu’elle perdra peut-être l’enfant. Outrée, Scarlett veut le frapper mais elle tombe dans l’escalier. Elle fait une fausse couche et dans un délire plus ou moins conscient, réclame l’affection de Rhett. N’étant pas à ses côtés, il n’en sait rien. Lors de sa convalescence, Rhett effrayé d’avoir failli perdre Scarlett lui propose de reprendre le cours de leur vie conjugale : Scarlett accepte mais au même moment leur fille Bonnie fait une chute mortelle à cheval.

Rhett est anéanti et Scarlett l’accuse d’être responsable de la mort de Bonnie. Dès lors, aucune réconciliation n’est plus possible. Mélanie, enceinte, tombe gravement malade à la suite d’une fausse couche et agonise. Elle réclame la présence de Scarlett et lui recommande sur son lit de mort de prendre bien soin de Rhett, qui l’aime tant. C’est une révélation pour Scarlett : elle découvre enfin les sentiments qu’elle éprouve pour Mélanie sa rivale ainsi que son amour pour Rhett. Elle s’aperçoit aussi que ses sentiments pour Ashley ont disparu depuis longtemps. Comprenant qu’elle aime Rhett, elle se met à sa recherche, mais il a quitté la demeure des Wilkes car le spectacle de Mélanie, agonisante, lui est insupportable : Mélanie est la seule grande dame qu’il ait jamais connue, et il a beaucoup d’admiration et d’affection pour elle. Le retrouvant chez eux, Scarlett lui déclare enfin son amour mais il est trop tard. Rhett la quitte, lui signifiant clairement qu’il ne veut plus avoir affaire à elle. Conforme à son caractère, Scarlett n’accepte pas ce sort, et poussée par son nouvel amour, se promet de le reconquérir.

 

Personnages

Gérald O’Hara : père de Scarlett. Irlandais arriviste, il parvint à épouser Ellen Robillard. Sa fille préférée est sans aucun doute Scarlett qui lui ressemble le plus par son caractère. Personnage colérique mais qui a en fait bon cœur, il se plaît à croire qu’il mène tout à la baguette. Il meurt à la suite d’une longue folie après la mort de sa femme, se brisant le cou en sautant à cheval par-dessus une clôture (sa petite fille, Bonnie, mourra de la même façon).

Ellen O’Hara : mère de Scarlett. C’est une femme douce et une grande dame, qui n’hésite pas à venir en aide à ses voisins et aux Noirs malades. Elle a vécu un grand chagrin d’amour lorsque son cousin Philippe Robillard, qu’elle aimait, est forcé de quitter le pays. Par dépit, elle épouse à la surprise de tous Gerald O’Hara.

Mélanie Hamilton : épouse et cousine d’Ashley. Elle est incapable de voir le mal en quelqu’un et est toujours prête à aider son prochain. Toute la bonne société d’Atlanta s’arrache son amitié. Elle aime sincèrement Scarlett et l’a toujours soutenue malgré les rumeurs.

Ashley Wilkes : amour secret de Scarlett et mari de Mélanie, il vit dans un monde « imaginaire » et n’arrive pas à accepter la mort du Sud. C’est un grand rêveur. Il repousse Scarlett car celle-ci est trop réelle. À la mort de Mélanie, il s’aperçoit que c’est celle-ci qu’il a toujours aimée et que Scarlett n’était qu’un désir charnel. Par cette révélation, Scarlett s’aperçoit à son tour qu’elle ne l’a jamais aimé.

Charles Hamilton : Frère de Mélanie Hamilton et premier mari de Scarlett. C’est un homme affectueux et assez gauche avec les femmes. Il meurt dans un camp d’entraînement de pneumonie, sans connaître son fils et sans vraiment connaître sa femme.

Frank Kennedy : 2e mari de Scarlett, ancien fiancé de Suellen. Croyant que celle-ci était déjà mariée, et devant la douceur de Scarlett, il épouse celle-ci et sera toujours déconcerté par le sens des affaires de Scarlett qu’il trouve mauvais pour une femme. Présenté comme nerveux et toujours malade, nous découvrons en même temps que Scarlett qu’il est apparenté au Ku Klux Klan. C’est au cours d’une descente du Klan pour défendre l’honneur de Scarlett que Frank sera tué d’une balle dans la tête.

Suellen O’Hara : sœur cadette de Scarlett, elle est jalouse d’elle et finit par la détester définitivement lorsque celle-ci se marie avec son fiancé, Frank Kennedy, usant pour ceci d’un mensonge. Elle se marie avec Will Benteen, un homme issu d’une famille pauvre mais qui a aidé Scarlett à relever Tara. Ils gèrent ensuite la plantation.

Carreen O’Hara : plus jeune sœur de Scarlett, elle est d’un tempérament docile et très doux, contrairement à Suellen. Après la mort de son soupirant lors de la guerre, elle se réfugie dans un couvent à Charleston, incapable de revenir au monde réel. Elle est très croyante et c’est sûrement ce qui la sauvera avec son entrée au couvent.

 

La famille Butler

Scarlett O’Hara : jeune fille populaire, gâtée et volontaire. Scarlett fera tout pour garder sa terre et obtenir ce qu’elle veut. Elle épousera successivement Charles Hamilton, Frank Kennedy et Rhett Butler. Ce n’est qu’à la fin du roman qu’elle prendra conscience que son inclination pour Ashley n’est qu’une chimère et que son véritable amour est Rhett.

Rhett Butler : éternel amoureux de Scarlett, il deviendra son troisième mari. Il est souvent critiqué pour son comportement malséant en société, mais son charme fait oublier cela. C’est un homme très rusé en matière de finances. Pendant longtemps, il aime tendrement Scarlett.

Wade Hampton Hamilton : le timide fils de Scarlett et Charles.

Ella Lorena Kennedy : la fille frivole et sans charme de Scarlett et Frank Kennedy.

Eugenie Victoria « Bonnie Blue » Butler : la fille de Scarlett et Rhett ; celui-ci l’adule. Comme sa mère, elle est très gâtée par son père qui comble le manque affectif entre lui et Scarlett avec elle. Elle meurt tragiquement d’une chute de poney, en sautant une haie trop haute, de la même façon que son grand-père à qui elle ressemble beaucoup du reste. Ceci plonge ses parents dans un immense chaos affectif.

 

Contexte

Publié en juin 1936, à Noël suivant plus d’un million d’exemplaires était vendu. Il sera traduit en 14 langues et publié à plus de 35 millions d’exemplaires dans le monde. Il fera l’objet d’un film dès1939, devenu lui aussi un film culte, vu par des centaines de millions de spectateurs.

Le succès exceptionnel du roman est dû à ce que pour la première fois depuis la fin de la guerre de Sécession (1865), le drame subi par les populations du Sud est décrit avec beaucoup de passion et de réalisme. En effet, cette guerre est la première guerre totale qui suit la Révolution industrielle, qui multiplie de manière exponentielle les moyens de destruction ; dans un contexte de type « napoléonien », ou de guerre européenne du type xviiie siècle, le Sud aurait dû l’emporter parce que la majorité des cadres de l’armée s’y étaient ralliés et que les sudistes, majoritairement d’origine paysanne, étaient plus habitués que ceux du Nord à la vie rurale et donc à une campagne militaire. Or l’industrie du Nord a produit en masse des quantités énormes d’armements et d’équipements logistiques, comme les chemins de fer, qui ont submergé les armées confédérées, mal équipées ; la prise et le sac d’Atlanta, le 1er septembre 1864, anticipe les batailles de Madrid, pendant la guerre d’Espagne (1936-1939) et celles de Stalingrad et Berlin, pendant la Seconde Guerre mondiale ; les ravages subis par les États du Sud, entre septembre 1864 et la fin de la guerre en avril 1865 anticipent les destructions subies par l’Europe au cours des deux guerres mondiales. Par la publication de ce roman, l’opinion américaine prend conscience de ce que plusieurs dizaines de millions d’américains ont subi et que l’unité de la nation américaine s’est forgée dans une épreuve très dure, loin de l’histoire officielle.

La présentation, très positive, de l’action du Ku Klux Klan dans ce contexte a été l’objet de fortes critiques, alors même que cette organisation met en œuvre une campagne d’actes terroristes sur le sol américain, envers l’organisation syndicale Congrès des organisations industrielles, qu’elle accuse d’être communiste

 

Éditions françaises

La première édition française est sortie en 1938 chez Gallimard, dans une traduction de Pierre-François Caillé récompensée par le Prix Halpérine-Kaminsky. Il y a eu depuis plusieurs rééditions, notamment depuis 1976 dans la collection Folio en trois tomes : t. I, n° 740 t. II, n° 741 t. III, n° 742 en 1989 dans la collection Biblos avec une préface de J. M. G. Le Clézio , ou en 2003 dans la collection Quarto en un volume illustré de 1 248 pages

La traduction du titre du livre a été trouvée par l’éditeur Jean Paulhan dans le refrain de la Ballade en vieil langage Françoys de François Villon.

En 2020, le roman, qui est tombé dans le domaine public, fait l’objet d’une nouvelle traduction en français par Josette Chicheportiche, publiée aux éditions Gallmeister.

 

 

 

Margaret Mitchell

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Margaret Munnerlyn Mitchell (née le 8 novembre 1900 à Atlanta (Etats-Unis) et morte dans la même ville le 16 août 1949) est une écrivaine américaine et l’auteure du célèbre roman Autant en emporte le vent.

Biographie

Margaret Munnerlyn Mitchell, appelée par les siens Peggy Mitchell, est née à Atlanta, Géorgie, le 8 novembre 1900, dans une famille sudiste. La jeune fille grandit dans une famille aisée, bercée par les récits des anciens confédérés sur la guerre de Sécession. Tout le long de son enfance, elle écrivit des nouvelles et des pièces de théâtre. En 1922, elle commença a écrire pour l’Atlanta Journal, où elle écrivit plus de 130 articles. Fortement marquée par l’histoire de ses ancêtres, Margaret Mitchell s’en est inspirée pour l’écriture de son célèbre roman. En 1926, quand elle se cassa la cheville, elle commença à écrire Autant en emporte le vent. Ce livre lui permit de gagner le Prix Pulitzer en 1937. Le livre sera traduit en plus de 27 langues, avec plus de 30 millions de copies vendues. Il fut longtemps considéré comme la seule et unique œuvre de Margaret Mitchell, mais plus récemment, quelques textes de jeunesse furent publiés, dont un bref roman, Lost Laysen, écrit avant ses 20 ans.

Malgré le succès d’Autant en emporte le vent, elle n’a pas écrit d’autres livres.

 

Familles et ancêtres

Son père est Eugene Muse Mitchell, un riche avocat, et sa mère, Mary Isabel Stephens, dite Maybelle, une militante féministe suffragiste.

La famille Mitchell est sudiste de longue date. Un ancêtre de Margaret Mitchell a quitté l’Écosse pour venir s’installer dans le Comté de Wilkes (Géorgie), en 1777. Son grand-père paternel, Russell Crawford Mitchell, s’engage dans l’armée confédérée en juillet 1861 et est sévèrement blessé à la bataille de Sharpsburg. Après la guerre civile, il fait fortune en vendant du bois de construction à Atlanta. Il eut 12 enfants de deux épouses, dont l’ainé est le père de Margaret Mitchell.

Du côté de sa mère, ses grands-parents sont John Stephens, un propriétaire terrien, capitaine dans l’armée confédérée pendant la guerre, ayant investi après la guerre civile dans la construction du tramway d’Atlanta, et Annie Fitzgerald, elle-même fille de Philip Fitzgerald, qui avait émigré d’Irlande et possédait une plantation dans le Comté de Clayton (Géorgie). L’histoire de Scarlett O’Hara semble calquée en partie sur l’histoire de cette grand-mère.

Vie sentimentale et œuvre littéraire

En 1916, âgée d’à peine 16 ans, elle écrit un premier roman, Last Laysen, dont le manuscrit original, récemment retrouvé, a été estimé (par une maison de vente aux enchères) à un montant compris entre 70 000 et 90 000 dollars. Il n’a jamais été publié.

En 1918, elle est bouleversée lorsqu’elle apprend que son fiancé, Clifford Henry, est mort pendant la Première Guerre mondiale. Peu de temps après, en janvier 1919, sa mère Maybelle s’éteint, victime de l’épidémie de grippe espagnole.

En 1922, devenue journaliste pour l’Atlanta Journal Magazine, Margaret Mitchell doit cependant composer avec une vie sentimentale tumultueuse, partagée entre deux hommes qu’elle aime et qu’elle finira par épouser à deux ans d’intervalle. Elle épouse en premières noces Red Upshaw, mais ils divorcent en 1924, et elle se remarie à John Marsh en 1925. Il semble que le personnage de Rhett Butler dans Autant en emporte le vent ait été inspiré par son premier mari qui la maltraitait et la brutalisait. Elle n’a eu aucun enfant de ses deux mariages.

En 1926, elle quitte le journalisme, en raison de problèmes de santé, et s’ennuie chez elle, jusqu’à ce que son époux lui conseille d’écrire un livre pour s’occuper. En 1936, après dix années d’un travail laborieux, dont trois d’écriture, elle met un point final à l’œuvre qui la rendra célèbre dans le monde entier : Gone with the wind, traduite dans l’édition française par Autant en emporte le vent. Récompensée l’année suivante par le prix Pulitzer, l’œuvre est adaptée au cinéma en 1939 par Victor Fleming dans le film homonyme.

Le 11 août 1949, après avoir été percutée par un chauffeur de taxi qui conduisait sa voiture personnelle, elle tombe dans le coma. Elle meurt cinq jours plus tard au Grady Memorial Hospital.

 

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Relire « Autant en emporte le vent »

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Critique 

Le grand roman populaire de Margaret Mitchell reparaît en deux nouvelles éditions, offrant un appui à la réflexion sur la question noire aux États-Unis, et faisant revivre le personnage fascinant et tragique de Scarlett O’Hara.

Autant en emporte le vent

de Margaret Mitchell ; Traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre-François Caillé, Folio, 784 et 832 p.,

Nouvelle traduction de l’anglais (États-Unis) par Josette Chicheportiche, Totem Gallmeister, 704 et 720 p.,

Il serait injuste de disqualifier le grand roman de Margaret Mitchell au prétexte des convictions portées par ses personnages et la société qu’il représente, éclatant théâtre de l’esclavage. Autres temps, autres mentalités que celles de ce monde crépusculaire de la fin de la guerre de Sécession, dont des scènes froissent nos esprits du XXIe siècle. Mais le livre fait précisément écho aux commencements d’une évolution, dont l’actualité présente montre qu’elle demande encore à s’accomplir.

 

Guerre civile américaine et racisme

Décrivant les rapports mêlés d’affection et de domination des familles géorgiennes avec leurs « gens de maison », il souligne par contraste que la guerre civile américaine a révélé une autre forme de racisme. Plus que dans le paternalisme des propriétaires terriens sudistes tels les O’Hara, le racisme d’aujourd’hui ne puise-t-il pas dans celui né à ce moment précis de l’après-1865, exprimé dans la contemption de certains Nordistes envers « les nègres » pour la libération desquels ils s’étaient battus, et dans les premières exactions des Sudistes fondateurs du Ku Klux Klan, en réaction à l’égalité des droits civiques des Afro-Américains ?

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De ce roman captivant dont beaucoup ne connaissent que le film de 1939 de Victor Fleming (avec Vivien Leigh et Clark Gable), on peut découvrir à la faveur de deux nouvelles éditions (1) qu’il est plus qu’une épopée romantique au mitan du XIXe siècle. Il est le tableau documenté d’une époque charnière de l’histoire des États-Unis, dans ses aspects économiques, politiques et sociologiques. Il fait vivre la guerre de Sécession depuis la double arrière-scène de la campagne – la plantation de coton de Tara – et de la ville d’Atlanta, toutes deux dans leurs spectaculaires et haletantes méta­morphoses : florissantes et insouciantes, puis détruites, puis reconstruites.

 

L’aventure d’une femme libre

Mais il s’agit bien sûr aussi et avant tout de la grande aventure d’un personnage fascinant et tragique, Scarlett O’Hara, jeune fille fière et déterminée dont l’intense liberté tranche avec les manières de ses contemporaines. Mariée trois fois, amoureuse d’Ashley Wilkes et de Rhett Butler­, farouche gardienne de Tara, entrepreneuse dans un monde taillé pour les hommes, Scarlett choque et éblouit, autant qu’elle suscite un sentiment de tristesse, dans sa pugnacité et son aveuglement. La brume épaisse de ce cauchemar récurrent qui la hante, dont elle comprendra le sens – son fourvoiement – dans un ultime sursaut.

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La nouvelle traduction (Gallmeister), si elle a le mérite d’offrir une nouvelle vie au roman, se révèle par endroits un peu décevante. La traduction historique de 1938 (Folio) n’a rien perdu de sa fraîcheur, même si certaines ellipses, dont les traducteurs étaient autrefois coutumiers, plaidaient pour une retraduction intégrale du livre.

 

https://www.la-croix.com/Culture/Livres-et-idees/Relire-Autant-emporte-vent-revenir-sources-racisme-Etats-Unis-2020-06-10-1201098537