AMELIE NOTHOMB (1966-....), ECRIVAIN BELGE, LITTERATURE, LITTERATURE FRANCOPHONE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, SOIF, SOIF, LE DERNIER ROMAN D'AMELIE NOTHOMB

Soif, le dernier roman d’Amélie Nothomb

Soif

Amélie Nothomb

Paris, Albin Michel, 2019. 151 pages

e16f1852-c4e9-11e9-84dc-4ee2352ee44b_original.jpg

La  Passion du Christ revisitée par Amélie Nothomb

 

Soif, le dernier opus d’Amélie Nothomb, est en lice pour le prix Goncourt. La romancière donne la parole, dans un monologue intérieur, à Jésus dans ce récit de la Passion qui nous mène du Jardin de Gethsémani au Golgotha. se met dans la peau de Jésus juste avant sa crucifixion sur le ton du monologue intérieur. Mais les considérations du Christ virent très vite à la bêtise… 

Le dernier roman d’Amélie Nothomb figure, comme d’habitude, en tête des ventes de la rentrée littéraire. Et comme d’habitude, il a bénéficié d’une large communication enthousiaste de  la part des médias. L’auteur dit elle-même : « C’est tout simplement le livre de ma vie ! »

Ramener Jésus-Christ à ses pensées les plus intimes au-delà de ce que nous dévoilent les Evangiles : voilà le projet de Soif. Le récit de Nothomb prend la forme d’un monologue intérieur, qui commence au procès de Jésus et se termine après la résurrection. Cependant ce n’est pas la première fois que des romanciers s’attaquent à nous dire e qu’aurait pu être la vie de Jésus : tel La dernière tentation du Christ de Nikos Kazantzak. Comme bien souvent, en s’appuyant sur les évangiles apocryphes de Jacques, Amélie Nothomb s’attache à la fiction selon laquelle Jésus aurait été amoureux de Marie-Madeleine.

Même si l’auteur reprend certaines scènes que l’on connaît grâce au Evangiles elle s’en éloigne pour nous montrer un Jésus en révolte contre son Père, que son plan d’envoyer son fils sur la terre était tout sauf judicieux : bref Dieu aurait tout rater dans son projet ! Et Jésus subit cette passion sans comprendre de ce qu’elle a de salvateur pour l’humanité : en effet pour Amélie Nothomb cette souffrance acceptée par amour n’est qu’un scandale incompréhensible !

 

« Le corps, c’est bien ; l’esprit, c’est pas bien »

Le sujet du livre tourne en fait autour du corps : c’est par son corps que Jésus peut comprendre les autres, c’est les sensations qu’il éprouve par son corps qu’il peut vraiment exister ! En substance, toute la tradition chrétienne s’est trompée, et Dieu le Père (qui lui n’a pas de corps donc n’y comprend rien) La crucifixion est une « bévue »« nuisible jusqu’à l’épouvante », parce que « des théories d’hommes vont choisir le martyre à cause de [cet] exemple imbécile ». Au contraire de ce « mépris du corps », Jésus est Jésus parce qu’il est l’être « le plus incarné des humains » ; et d’ailleurs, Judas trahit parce qu’il est « très peu incarné » comme  nous le montre les rapports entre Jésus et Judas.

Ceci explique le titre du livre : la soif, pur besoin du corps, est à cultiver. Parce que « l’instant ineffable où l’assoiffé porte à ses lèvres un gobelet d’eau, c’est Dieu. […] Ce n’est pas la métaphore de Dieu, […] l’amour que vous éprouvez à cet instant précis pour la gorgée d’eau, c’est Dieu ». Pour Amélie Nothomb, le thème de la soif est central mais on peut se demander si cette « soif » est la même que celle éprouvée par les mystiques ou invoquée dans les écrits bibliques ? Pourtant certains journaux chrétiens et même catholiques Curieuse théologie (que ne renie cependant pas La Croix, se sont montrés enthousiastes dans cette évocation en notant « une belle méditation sur ce que signifie avoir un corps ».
Ainsi donc il ne faut s’étonner que Jésus vive une passion merveilleuse avec Marie-Madeleine, et qu’il proclame : « les plus grandes joies de ma vie, je les ai connues par le corps ». Il ne faut s’étonner non plus de la manière dont Jésus opère des miracles, ou même la façon dont il ressuscite !

 

Le christianisme vidé de son essence

Soif est finalement une expression quasi-achevée de ce que la postmodernité a conservé du christianisme : une croyance d’où les credos ont disparu au profit d’une posture dans l’air du temps : un Christ plus proche des religions orientales si en vogue pour prôner le « bien être » de chaque individu avec toutes les techniques du développement personnel. La tradition occidentale est rejeté au profit d’un hédoniste de la jouissance en même temps que toute idée de transcendance sur Dieu : toute la foi et  l’espérance chrétienne se trouvent de ce fait  balayée d’un revers de main par le Jésus de Nothomb : « Croire en Dieu, croire que Dieu s’est fait homme, avoir la foi en la résurrection, cela sonne bancal. […] On ne quitte pas le ras des pâquerettes, comme dans le pari de Pascal : croire en Dieu revient à miser ses jetons sur lui ». Non, ce qu’il faut désormais, c’est croire de façon « intransitive » ; croire tout court. Sans objet. Seul compte l’élan – seul compte le désir.

 

Le Jésus d’Amélie Nothomb peut-il combler cette soif d’éternité qui est en tout être ? Restons avec les paroles de saint Jean : « Quiconque boit de cette eau aura encore soif ;  mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle ».  (Jn 4, 13-15)

ECRIVAIN FRANÇAIS, EMMANUEL ROBLES (1914-1995), LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS, SUR LES HAUTEURS DE LA VILLE

Sur les hauteurs de la ville : un roman d’Emmanuel Roblès

Sur les hauteurs de la ville

Emmanuel Roblès

Paris, Le Livre de Poche 1960.

les-hauteurs-de-la-ville-robles-emmanuel-ref.jpg

 

Résumé

L’histoire débute par l’arrestation, pour acte de résistance, de Smaïl un jeune algérien pour dénoncer l’envoi en Allemagne de travailleurs au nom de l’opération Todt (organisation chargée de recruteur de jeunes français pour travailler au service de l’Allemagne pendant la Guerre de 1939-1945). Humilié par un certain Almaro, le colon français qui collabore avec les Allemands, le  jeune homme n’aura de cesse de se venger

 

Le sentiment d’humiliation et de désespoir qu’il ressent face à cette arrestation va faire naître en lui de la haine. La vengeance devient alors son leitmotiv, voire une raison d’être contre laquelle même l’amour ne peut rien.

A travers ce roman et son protagoniste, Emmanuel Roblès met en exergue le désarroi qui tourmente les jeunes Algériens dans les années 1946, le début de cette résistance contre le colonialisme…

 

 

Ce qu’en disait l’auteur lui-même en préfaçant son livre :

 

 » À l’époque où il fut écrit, c’est-à-dire dans les années 1946-47, ce récit avait le dessein de témoigner sur un aspect du désarroi qui tourmentait alors de jeunes Algériens. Il voulait également illistrer certaines aspirations, nées avec plus ou moins d’élan et de clarté, au feu des évènements qui transformaient le monde. Comment, en particulier, ne pas reconnaître que pour beaucoup de ces jeunes hommes, l’exemple de la Résistance française a été décisif ?

En mai 1945, je me trouvais du côté de Stuggart lorsque me parvinrent les premières rumeurs de la révolte algérienne dans le Constantinois. Un immense incendie s’éteignait à peine en Europe. Un autre s’allumait dans mon propre pays de l’autre côté de la mer. S’il n »était pas de même proportion, ses flammes en avaient déjà le même rougeoiement de malheur.

A mon retour en Algérie, l’année suivant, ce que j’ai constaté là-bas m’a fait vivre dans la certitude que le brasier noyé un peu plus tôt dans le sang de milliers de victimes reprendrait plus dévorant. On tue les hommes, on ne tue pas l’idée pour laquelle ils acceptent de mourir, chacun de nous le sait

Aux jeunes Algériens, l’avenir n’offrait aucun espoir. L’esprit comme les structures mêmes du régime colonial, les destinaient à buter contre un mur, sans la moindre possibilité de percée, d’ouverture sur un monde plis équitable. Une découverte de ce genre conduit déjà, presque à coup sûr, à la violence. Mais elle s’est complétée, pour les meilleurs, d’une conscience précise des forces qui, au mépris de toute justice, maintenaient ce mur.

Six ans à peine après la publication des Hauteurs de la ville, l’Algérie prenait son visage de guerre. Par milliers, des Smaïl, décidés à conquérir leur dignité, ont surgi du fond de leur nuit, la torche au poing.

À leur cri ont répondu, dans l’autre camp, des Montserrat qui, pour avoir douté de la légitimité du combat dans lequel la France les engageait, expient dans les prisons de Casabianda ou de Constantine.

Qu’on me croie, je ne cite pas mes personnages par complaisance tant je suis convaincu que tout écrivain, pour peu qu’il nourrisse sa création de vérité humaine, sait qu’il rencontrera tôt ou tard, à certains tournants de la vie, ses propres créatures, celles de « chair et d’os » dont se préoccupait Unamuo et qui « pèsent sur la terre ».

Mais si j’ai réunit ici, Smaïl et Monserrat, c’est qu’ils sont à mes yeux, sortis tout  brûlants d’un unique foyer : celui où la conscience de l’homme forge sa résistance à la plus grande défaite qui la menace qui est sa négation même.

 

Emmanuel Roblès ‘juillet 1960

BIOETHQIE (lois), L'HOMME DESINCARNE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, SYLVIANE AGASINSKY (1945-....)

L’homme désincarné de Sylviane Agacinski

L’homme désincarné

Du corps charnel au corps fabriqué

IMG_20190817_0001

Avant le débat sur l’ouverture de la PMA (procréation médicale assistée) aux couples de femmes et aux femmes seules qui débute le 24 septembre 2019 à l’Assemblée Nationale, la philosophe Sylviane Agacinski publie L’Homme désincarné (Tracts Gallimard, 3,90€).
C’est un texte engagé sur la relation que l’homme entretient avec son corps. Elle y dénonce l’aliénation de ce dernier par des pratiques irréfléchies et lourdes de conséquences pour notre démocratie…

 

 « Dans un pays où il y a des loisla liberté consiste à pouvoir faire ce que les lois permettent, » écrit Montesquieu, en bon théoricien de la démocratie. Et si la PMA est ouverte aux couples de femmes et aux femmes seules, Sylviane Agacinski déplore que tout soit désormais justifié au nom « des intérêts individuels et des demandes sociétales ». Après « le rêve de l’enfant sur commande », quelle loi de la nature outrepassera-t-on ?

Car, il faut le rappeler, la PMA (procréation médicalement assistée) désigne les pratiques cliniques et biologiques permettant la conception in vitro, le transfert d’embryons et l’insémination artificielle ainsi que toutes les techniques permettant la procréation en dehors du processus naturel.

Depuis 1994, la France a autorisé la PMA par don de gamètes anonyme pour les couples homme-femme infertiles ou risquant de transmettre une maladie à l’enfant. Par ailleurs, la loi du 13 mai 2017 a ouvert aux couples homosexuels le mariage et l’adoption tout en leur interdisant le recours à la PMA.

Cette interdiction a donné lieu à débat et un rapport a été déposé à l’Assemblée Nationale en janvier 2019 par la Mission d’information sur la révision de la loi relative bioéthique. Il stipule que « l’ouverture de l’accès à l’AMP apparaît comme une nouvelle étape sur le long chemin de l’émancipation des femmes par le renforcement de « l’autonomie des choix reproductifs » et sur celui de la reconnaissance de toutes les familles ».

Mais « l’autonomie des choix reproductifs » revient à « dépasser les limites de la procréation » selon Sylviane Agacinski. « Le droit de fonder une famille » offrirait à tous les moyens de procréer. Faut-il y voir un progrès ou au contraire une dérive de l’ultralibéralisme, selon lequel tout est permis et tout se vend ? L’auteure a tranché : c’est une dérive.

 

À quoi rime l’infertilité d’un couple de femmes ?

Agrégée de philosophie, Sylviane Agacinski a enseigné au lycée Carnot à Paris et à l’École des Hautes-Études en Sciences Sociales (EHESS). Elle a aussi participé à l’ouvrage collectif La Plus Belle Histoire des Femmes avec Françoise Héritier ; Michelle Perrot et Nicole Bacharan (Seuil, 2011) et écrit Femmes entre sexe et genre, 2010 (Grand Prix Moron de l’Académie française) ainsi que Le Tiers-corps, réflexions sur le don d’organes, 2018.

Favorable à l’ouverture du mariage aux couples homosexuels, elle s’oppose cependant au concept d’« homoparenté » et considère comme indissociables les notions de « parent » et de « géniteur ». Les liens biologiques sont primordiaux. Un enfant a, selon elle, besoin de cet équilibre naturel qu’est la présence (ou du moins la connaissance) de ses deux parents qui lui ont offert la vie.

Quarante-sept députés de la majorité présidentielle déclaraient dans une tribune publiée par Libération le 29 mai 2018 : « L’extension de la PMA à toutes les femmes n’enlèvera aucun droit à personne ».  Sylviane Agacinski voit dans cette affirmation une tromperie :  il y a bien une personne qui est privée d’un droit essentiel par l’extension de la PMA, c’est l’enfant à naître. Il perd le droit de connaître l’identité de son donneur-géniteur dans le cas d’une PMA effectuée à la demande d’un couple de femmes homosexuelles. Dans le cas d’une  PMA effectuée à la demande d’une femme seule implique, la filiation étant exclusivement maternelle prive aussi l’enfant de père et de famille paternelle.

Cette privation de droit se ferait sous prétexte de « donner toute sa portée à la volonté des individus [sous-entendu des femmes] » comme l’a déclaré à l’Assemblée le rapporteur de la loi Jean-Louis Touraine (député LRM). L’intention fonderait donc la filiation.

À l’origine de cette dérive juridique, Sylviane Agacinski évoque un non-sens sur la notion d’infertilité, jusqu’alors seul critère de recours à la PMA. Car l’infertilité s’applique à des couples potentiellement fertiles et donc composés d’un homme et d’une femme en âge de procréer : « Parler de l’infertilité d’une personne seule, d’une femme ayant passé l’âge de la ménopause ou d’un couple de même sexe est un pur non-sens. »

L’une de ses principales craintes concernant l’élargissement de la PMA est la marchandisation de l’enfant, d’où l’emploi du terme « productivisme » : « À la veille d’un débat au Parlement, et alors que la « bioéthique » semble perdre tout repère, il me semble important de considérer la dimension morale et sociale d’un productivisme inquiétant, étendu à la vie elle-même. »

Dépassant le cadre de la PMA, la philosophe aborde le rapport de l’homme à son corps et à la vie. Elle cite Hannah Arendt dans The Human Condition (1958), qui évoque l’effort des chercheurs de son temps pour « fabriquer des êtres humains en éprouvette » comme si l’homme cherchait à « échanger sa vie, reçue de nulle part » contre « un ouvrage de ses propres mains ». Voilà, c’est fait. Le corps humain est fabriqué, développé en éprouvette. Alors pourquoi ne pas en faire un bien qu’on peut vendre ou échanger tant qu’on y est ?

 

Après la PMA pour toutes, la légalisation de la GPA (gestation pour autrui) ?

Sylviane Agacinski craint que l’extension de la PMA à toutes les femmes entraîne à terme la légalisation de la GPA (gestation pour autrui), autrement dit du recours à une mère porteuse par des couples infertiles, y compris homosexuels, ce qu’elle considère comme « une plaisanterie de mauvais goût ». Cette nouvelle dérive s’inscrit dans la logique du : « si je veux un enfant, je dois pouvoir l’avoir ».

Si la philosophe établit un lien direct entre PMA et GPA, c’est parce que le rapport de janvier 2019 recommande de légiférer pour assurer « la reconnaissance de plein droit du statut juridique du parent d’intention tel qu’il est légalement établi à l’étranger » et ainsi satisfaire les couples qui se sont rendus à l’étranger  (Espagne, Belgique) pour avoir recours à une mère porteuse.

La GPA soulève qui plus est d’immenses problèmes pratiques en entraînant un besoin croissant de ressources biologiques humaines comme les gamètes (cellules sexuelles aussi bien mâles que femelles). En France, l’accès à ces ressources n’est permis par la loi qu’à travers le don bénévole et gratuit. Malheureusement, cela risque de se révéler très insuffisant.

L’auteure fait le parallèle avec le don d’organes comme le rein qui connaît une importante pénurie. Au point qu’on ne meurt plus d’une maladie grave mais d’un manque de greffon. Pour combler ce manque, les hôpitaux vont être confronter à l’alternative de produire des greffons artificiels ou, à défaut, les acheter aux populations déshéritées. Ainsi le corps humain risque-t-il de devenir une marchandise comme une autre. Et le marché de la chair une véritable industrie.

Mais si l’on s’en tient à une approche humaniste et démocratique, le corps n’est pas un bien : « Dans l’ouvrage de 1970, Our Bodies, Ourselves, des féministes bostoniennes revendiquaient la liberté de leur vie sexuelle, de leur intimité et de leur fécondité. Elles disaient, elles aussi : « Nos corps, nous-mêmes. » Cette formule a été malheureusement transposée dans un slogan ambigu : « Mon corps m’appartient. » Ce n’est pas la même chose. » écrit-elle.

Sylviane Agacinski regrette cette confusion, entretenue par l’idéologie ultralibérale qui nous fait considérer notre corps comme un bien, une propriété que nous sommes libres d’aliéner. Elle nous éloigne de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 qui précisait qu’un homme « ne peut se vendre ni être vendu » et que « sa personne n’est pas une propriété aliénable » (Article 18).

Elle y voit une forme inédite de servitude et de « réduction en esclavage ». La GPA revient à s’approprier l’usage des organes d’une femme et le fruit de cet usage (l’enfant) et à s’approprier la vie de la personne elle-même pendant tout le temps de la grossesse. Elle représente « une sérieuse entorse au principe d’indisponibilité du corps humain » et implique « l’exploitation des femmes à un niveau international ».

Sylviane Agacinski met en avant un autre paradoxe concernant la GPA : « Au moment où, dans notre pays, on prétend s’attaquer sérieusement à toutes les « violences faites aux femmes », comment expliquer qu’on se montre si souvent complaisant à l’égard de la pratique des « ventres à louer » » ?

Les contradictions du rapport sur la PMA relèvent d’après elle d’une stratégie délibérée : satisfaire à terme le « droit à la GPA » revendiqué par un militantisme gay très actif tout en restant politiquement prudent pour ne pas effrayer une opinion de plus en plus convaincue que la GPA n’est pas humainement tolérable.

Aujourd’hui, notre corps est de moins en moins vulnérable aux maladies mais il est aussi de moins en moins vivant ! Le corps maternel n’est envisagé que comme un outil remplaçable. Il devient même facultatif dans le processus de « faire des enfants », « Faire » étant aujourd’hui employé dans le sens de « fabriquer » des enfants. « Si l’enfantement peut être confié à des machines, alors le ventre féminin n’est au fond qu’un incubateur. »

Il ne s’agit pas de mots en l’air pour l’auteure. Depuis plus de vingt ans, les chercheurs tentent d’externaliser la gestation de l’embryon dans une sorte de machine nommée Utérus artificiel (UA). C’est là le comble de la démesure. Et l’utérus n’est dès lors vu que comme un moyen de production. Cela revient à désincarner le processus de procréation et entrer dans Le Meilleur des Mondes, une société cauchemardesque dépeinte par le romancier Aldous Huxley.

  Sylviane-Agacinski.-L-Homme-desincarne_int_carrousel_news

tps://www.herodote.net/histoire/synthese.php?ID=2498&ID_dossier=40

https://www.herodote.net/articles/article.php?ID=2563&ID_dossier=40

CELA S'APPELLE L'AURORE, ECRIVAIN FRANÇAIS, EMMANUEL ROBLES (1914-1995), LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

Cela s’appelle l’aurore : un roman d’Emmanuel Roblès

Cela s’appelle l’aurore

 Emmanuel Roblès 

Paris, Cercle du bibliophile de Paris, 1964. 256 pages.

 

41H69KZ-WxL._SX353_BO1,204,203,200_

Description du produit

Emmanuel Roblès Cela sappelle l’aurore Le Club du Bibliophile 1964–Luigi Valorio n’est pas le premier à se prendre au piège d’un joli minois masquant un coeur sec d’enfant gâtée ni à s’attacher à une autre répondant mieux à ses aspirations quand il s’aperçoit de son erreur. Il ne serait pas le premier à vivre entre deux femmes, mais le pourra-t-il ? Cette question l’obsède en relisant les lettres où sa jeune épouse Angola annonce son retour. Angola ne s’est jamais plu à Salina, en Sardaigne, où son mari est médecin. Elle ne rêve que de mener à Naples auprès de son père son existence mondaine de jeune fille – au point qu’elle a dépéri et que ‘Luigi l’a envoyée se soigner dans les Alpe s. Clara est alors entrée dans sa vie. S’en séparer ? Impensable. Et pourtant… Hantée par ce dilemme, presque en état second, il court d’un malade à l’autre. Sinon, il aurait ôté son arme à Sandro Galli qui menace de tuer son patron Gorzone si sa femme Magda meurt – ou mieux plaidé sa cause auprès de ce Gorzone, qui sait ? Magda meurt, Sandro tue Gorzone et se réfugie chez Luigi juste avant l’arrivée d’Angola. Les risques encourus sont énormes, mais c’est dans l’épreuve que se jugent les caractères ? et chacun aura donné sa mesure quand s’achève le beau roman d’Emmanuel Roblès.

 

Impressions de lecture

Luigi Valerio est médecin dans une petite ville perdue de Sardaigne et il soigne presque gratuitement ses clients qui sont tous d’un milieu pauvre comme Sandro ou Pietro. Mais s’il est apprécié de ses patients il est malheureux en ménage : quelques années auparavant, il a épousé Angela, fille d’un riche Napolitain, qui se révèle plutôt comme une femme enfant et qui s’ennuie terriblement dans cette île où elle ne trouve aucun divertissement ; alors tant son mari l’envoie en cure dans les Alpes. En son absence, il s’est épris de Clara, la jolie veuve habitant la maison voisine. Dans les bras de Clara, il découvre l’amour, un amour qui le réconforte au milieu des tracas que lui causent ses patients et qui se révèle bien plus que la tendre affection qu’il éprouve pour sa jeune épouse. Mais il doit faire face au retour de cette dernière qui se fait de plus en plus proche. Alors comment concilier le fait de devoir vivre entre deux femmes : sa femme et sa maitresse. C’est l’un des thèmes de ce roman qui ressemnble – mais qu’en apparence – à tant de roman d’amour.

Mais il y a bien plus et c’est ce qui fait tout l’intérêt de ce livre. Médecin, Valerio soigne Magda, la femme de son ami Sandro : il tente de la sauver mais il n’y parviendra pas. Magda meurt  et fou de douleur et de chagrin son mari abat le fort peu sympathique  Gorzone qui, dans sa grande jalousie (parce qu’il n’a pas pu obtenir la jolie et jeune Magda), n’a cessé de maltraiter le couple. Pour Valerio, lorsque Sandro vient se réfugier chez lui après le meurtre, la solution est vite trouver : il cachera Sandro car, depuis qu’il connait Clara, il sait jusqu’où peut aller l’amour et un amour peut pousser quelqu’un.
Que va-t-il advenir de tous ces secrets : la liaison avec Clara, Sandro caché dans l’ancienne chambre de bonne…? Qui sait quoi de tous ces secrets : la bonne ? l’inspecteur de police ? Les habitants du village ? Les découvrira-t-on?  Comment cela va-t-il finir pour tous les protagonistes du roman ?
Ainsi, Luigi Valerio se montre certes un homme infidèle envers sa femme, mais il y a sa soif d’absolu, sa volonté de vivre suivant ses valeurs et c’est tout cela qui le rend sympathique et que l’on arrive pas à lui en vouloir de tromper sa femme, de cacher un criminel dans sa maison sa volonté de vivre selon ses valeurs, suscite la sympathie et l’admiration. Il en est de même pour Sandro ou Pietro, deux hommes perdus
C’est le drame qui se joue dans ce livre qui rend cet ouvrage poignant et qui fait que l’on prend fait et cause pour les personnages. Même si l’histoire ne finit pas comme l’on souhaiterait malgré le triomphe de l’amour on se laisse emporter par ce petit livre haut en couleur.

®Claude-Marie T.

 

 

L’auteur : Emmanuel Roblès:

1813208.jpeg

Emmanuel Roblès est un écrivain français né à Oran (Algérie) en 1914 et décédé à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) en février 1995..

D’une famille ouvrière, il est reçu à l’Ecole Normale d’Alger.

Il obtient de faire son service militaire à Blida, puis à Alger où il se lie aux jeunes écrivains groupés autour du libraire-éditeur Edmond Charlot qui vient de publier « L’Envers et l’Endroit » d’Albert Camus.

Il s’inscrit à la Faculté des Lettres pour préparer une licence d’espagnol tout en collaborant à « l’Alger républicain » dont Albert Camus est rédacteur en chef et qui publiera « la Vallée du paradis« . Ce roman d’Emmanuel Robles (le second après l’Action) parut en feuilleton sous le pseudonyme d’Emmanuel Chênes.

La guerre oblige Emmanuel Robles à cesser ses études et il devient interprète auxiliaire de l’armée, puis officier-interprète jusqu’à ce que le général Bouscat, commandant l’air en Afrique du nord, le nomme correspondant de guerre en 1943. Cette période est pour lui très mouvementée et lui vaut, en particulier, les émotions fortes de plusieurs accidents d’avion.

Après la guerre il s’efforce de vivre de sa plume à Paris et collabore à divers quotidiens et hebdomadaires: Le Populaire, Gavroche, Combat, Aviation Française, etc. Repris pas la nostalgie d’Alger, il y retourne en 1947 et fonde une revue littéraire « Forge ».

Durant cette année 1947, et sous le coup de l’émotion soulevée par les évènements de mai 1945 en Algérie, il écrit « Les Hauteurs de la ville« , roman qui obtient le Prix Fémina l’année suivante. Il écrit également sa première pièce « Montserrat« .

Parallèlement à sa création littéraire, Robles voyage beaucoup. De son séjour au Mexique en 1954, il a rapporté le thème de son roman « Les Couteaux » et de son voyage au Japon en 1957, celui de son récit « L’homme d’Avril« .

Il se tournera ensuite vers le cinéma: il collaborera avec Luis Buñuel pour Cela s’appelle l’Aurore et Lucchino Visconti pour l’adaptation de l’Etranger de Camus ainsi que pour des dialogues et des adaptations télévisées.

Source : Wikipédia

51q-MsnPDNL._SY445_.jpg

EGLISE CATHOLIQUE, ERIC DE MOULIN-BREAUFORT (1962-....), L'EGLISE FACE A SES DEFIS, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

L’Eglise face à ses défis de Mgr Eric de Moulin-Beaufort

L’ÉGLISE FACE À SES DÉFIS

Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France, publie jeudi 12 septembre, L’église face à ses défis (1), un recueil de réflexions sur les abus sexuels dans l’Église, le sens du sacerdoce, qui comporte un texte inédit sur la mission de la famille.

L’occasion de partager sa vision, comme sa méthode, à l’heure où « le monde et l’Église semblent s’éloigner inéluctablement ».

Quel témoignage singulier les familles chrétiennes sont-elles appelées à porter dans la société ? À l’heure où l’Assemblée nationale s’apprête à réviser la loi de bioéthique et à autoriser l’ouverture de la PMA aux couples de même sexe et aux femmes célibataires, Mgr Éric de Moulins Beaufort, archevêque de Reims et président de la Conférence des évêques de France, dévoile dans un recueil de réflexions, L’Église face à ses défis, un essai inédit sur les enjeux théologiques et pastoraux du mariage et de la famille.

Ses observations sont traversées par une interrogation structurante : dans un monde qui « se laisse emporter par ses prouesses techniques et technologiques », quelle voix exprimer comme membre d’une famille chrétienne ? Son premier élément de réponse vient comme une invitation à lutter contre une forme d’accusation simpliste : « Il ne serait pas spirituellement juste de ne vivre les secousses portées au mariage et à la famille que comme des attaques venues de l’extérieur », met en garde le président de la CEF qui appelle les chrétiens à se rappeler l’essentiel : « Le phénomène le plus important n’est pas que le mariage chrétien soit bousculé. Le plus décisif est que le mariage chrétien, ou plutôt l’idée chrétienne du mariage est un bouleversement dont les effets sont loin d’être digérés par l’humanité ». Pour l’archevêque de Reims, le mariage chrétien a en effet révolutionné l’institution matrimoniale, transfigurant l’union opportune de deux lignées en « la rencontre possible d’un homme et d’une femme, qui n’a pas à s’achever ».

 

« Pas de vérités toutes faites »

 

Alors que le président de la Conférence des évêques a plusieurs fois affirmé que « sa place n’était pas dans une manifestation », cet essai « témoigne » en creux de « sa méthode », assure le père jésuite Alban Massie, directeur de la Nouvelle revue théologique qui coédite l’ouvrage. « On reproche parfois aux évêques d’être trop timorés. Ce livre dit quelque chose de la manière dont il exerce sa mission : il ne donne pas de vérités toutes faites, mais des clés pour aider les chrétiens à se faire leur propre réflexion. Je le recommanderais volontiers à un couple engagé dans la voie du mariage. »

Au fil de ses considérations historiques et anthropologiques, le président de la CEF se propose d’analyser avec pédagogie comment l’idée chrétienne de la famille est mise en tension par « la société technicisée, mondialisée, démocratisée ». Selon lui, les points de divergence ne manquent pas entre le message des Évangiles et notre société moderne, devenue progressivement intolérante à la souffrance, où le plaisir gouverne à la place du devoir, et au sein de laquelle la dépendance est vécue comme un fardeau.

Le président de la CEF, appelle donc les chrétiens à vivre leurs différences avant tout dans le témoignage de leur vie. Témoigner que la famille, « communauté de personnes » peut-être un lieu où la souffrance est « affrontée, supportée et intégrée », « que le pardon est possible et même qu’avoir à pardonner fait partie de la grandeur humaine », que la famille puisse « intégrer les personnes âgées ou porteuses d’un handicap, ou atteintes par la maladie, en apprenant à voir en elles, par-delà les charges qu’elles représentent, l’invisible richesse de la capacité à faire le bien et à la recevoir ». Au fond, la mission que propose Mgr Éric de Moulins-Beaufort aux fidèles se trouve résumée dans la préface de son livre : « Les chrétiens fervents ont juste à en faire un peu plus que la plus grande part de leurs concitoyens. »

ob_ec9a23_c06bc616-ebb3-4c53-9897-715616e866b3

 

CHRETIENS EN CHINE POPULAIRE, DAI SIJIE (1954-....), ECRIVAIN CHINOIS, L'EVANGILE SELON YONG SHENG, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

L’Evangile selon Yong Sheng

L’Evangile selon Yong Sheng

Dai Sijie

Paris, Gallimard, 2019. 438 pages.

l-evangile-selon-yong-sheng-tea-9782072836398_0

Un très beau roman qui relate l’histoire vraie, même si elle est quelque peu romancée. C’est l’histoire d’un des premiers pasteurs chinois dans la Chine d’avant l’arrivée du communisme au pouvoir jusqu’à la fin de la Révolution culturelle des années 1970. Après une conversion au christianisme Yong Shen devient pasteur. Son destin va basculer quand il apprend la trahison de sa femme puis la montée en puissance des communistes.  C’est ainsi que l’on traverse l’histoire de la Chine ; si c’est l’histoire d’un chrétien dans la Chine communiste c’est aussi l’histoire d’un homme trahi par sa femme, par sa fille et enfin par son petit fils. Une histoire de trahison mais aussi fait de pardons jusqu’à l’ultime sacrifice.

©Claude-Marie T.

¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨

Quatrième de couverture

Dans un village proche de la ville côtière de Putian, en Chine méridionale, au début du vingtième siècle, Yong Sheng est le fils d’un menuisier-charpentier qui fabrique des sifflets pour colombes réputés. Les habitants raffolent de ces sifflets qui, accrochés aux rémiges des oiseaux, font entendre de merveilleuses symphonies en tournant au-dessus des maisons. Placé en pension chez un pasteur américain, le jeune Yong Sheng va suivre l’enseignement de sa fille Mary, institutrice de l’école chrétienne. C’est elle qui fait
naître la vocation du garçon : Yong Sheng, tout en fabriquant des sifflets comme son père, décide de devenir le premier pasteur chinois de la ville. Marié de force pour obéir à de vieilles superstitions, Yong Sheng fera des études de théologie à Nankin et, après bien des péripéties, le jeune pasteur reviendra à Putian pour une brève période de bonheur. Mais tout bascule en 1949 avec l’avènement de la République populaire, début pour lui comme pour tant d’autres Chinois d’une ère de tourments – qui culmineront lors de la Révolution culturelle.

^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^
Dai Sijie, dans ce nouveau roman, renoue avec la veine autobiographique de son premier livre, Balzac et la petite tailleuse chinoise. Avec son exceptionnel talent de conteur, il retrace l’histoire surprenante de son propre grand-père, l’un des premiers pasteurs chrétiens en Chine.

Înspiré par son grand-père, Dai Sijie compose, en français, une vaste fresque romanesque et embrasse l’histoire mouvementée de l’empire du Milieu.

Après trente ans passés en France, l’écrivain et réalisateur, Dai Sijie est retourné en Chine sur les pas de son grand-père, l’un des premiers pasteurs protestants de l’empire du Milieu dont il voulait depuis longtemps raconter l’histoire. Il l’a certes romancée, pour les besoins du genre, mais sans trop s’en écarter, ni la travestir.

Yong Sheng était né à Putian, dans la province côtière du Fujian. Son père fabriquait des « sifflets pour colombe », objets artisanaux sophistiqués que l’on fixait à la queue des oiseaux et qui, pendant leur vol, produisaient « un concert polyphonique, une symphonie flamboyante ». Il avait nommé son fils Yong Sheng (« le son »). Un code d’honneur régissait la rivalité entre ces chefs d’orchestres colombophiles. Malheur à celui qui l’enfreignait.

D’une stupeur naît sa vocation

En ce temps-là, des baptistes américains, conduits par le pasteur Gu, étaient venus évangéliser ces villageois du bout du monde. Yong Sheng avait découvert, un soir, derrière une porte dérobée du temple, la statue d’un homme crucifié auquel son institutrice, Mary, la fille du pasteur, offrait le lait de son sein. De cette stupeur naîtra sa vocation.

Marié encore adolescent, bientôt père, Yong Sheng, fils de charpentier, comme Jésus, initié aux symboles christiques, fut désigné pour devenir le premier pasteur chinois de Putian. Pendant un mois, il traversa la Chine, avec un œuf pour toute pitance, afin de rejoindre la faculté de théologie de Nankin.

Dans cet exil lointain, Yong Sheng avait reproduit un dessin fascinant de précision, de Léonard de Vinci, d’un fœtus dans le ventre d’une femme. C’était son seul bien. Il le portait sur lui. Quand il apercevait un cerf-volant, il imaginait le fil invisible qui le reliait à son enfant. Mais une lettre laconique de son père le précipita au bord du suicide.

Au cœur de la tourmente de la Longue Marche

La grande Histoire allait l’arracher à sa déréliction. Au cœur de la tourmente de la Longue Marche, apprenant que le pasteur Gu était prisonnier de l’Armée rouge, il s’élança à la recherche de Mary. Chaque fois qu’il croyait s’en rapprocher, elle venait de s’évaporer. Dai Sijie égare volontairement le lecteur sur le sens de cette quête, révélé dans une scène dramatique, d’une grande puissance, où tout se joue en quelques minutes…

Revenu dans son village, seul et désespéré, Yong Sheng découvre sa fille. Il rebâtit la chaumière familiale dévastée en temple protestant, puis en orphelinat. Il peint longuement, avec un luxe de détails, une fresque colorée inspirée de la Bible, l’arche de Noé, où les oiseaux occupent une place de choix. Mais l’Armée populaire de libération l’arrête et le torture. Yong Sheng entame son chemin de croix.

Construite en quatre parties avec des sauts dans le temps, cette ambitieuse saga romanesque embrasse un siècle de l’histoire mouvementée de la Chine au cours de laquelle le peuple n’aura pas été à la fête. Et moins encore ceux qui s’affichaient chrétiens, fidèles à leur foi. Dans les années 1950, l’Armée rouge prend du galon et ne vénère que Mao. La révolution en action broie les paysans, mate les intellectuels. Les réfractaires à l’ordre nouveau sont balayés, rayés, réduits à néant.

 Le parfum ensorcelant d’un arbre mythique

Devenu ouvrier dans un pressoir à huile, semblable à l’instrument de torture des enfers chinois selon les représentations populaires, Yong Sheng est soudain humilié par ses ouailles, trahi par sa fille, jeté en pâture à la meute des villageois qui lui crachent à la figure et le frappent. Agenouillé, une plaque de ciment autour du cou, désigné, stigmatisé comme « agent secret de l’impérialisme, propagateur d’opium intellectuel, droitier irrécupérable ».

Cible du déchaînement de cette violence que les foules haineuses et hurlantes, au nom de causes qui les dépassent, et sans raison intime, savent mettre en œuvre et dont elles retirent une sombre jouissance, vite amère, passée la phase de démente exaltation.

Descendant symbolique de Judas, l’un de ses anciens tortionnaires, pris de remords, sur le point de devenir son gendre, utilisera in extremis pour le tirer d’affaire le parfum ensorcelant d’un arbre mythique, l’aguilaire. C’est dans ce climat, prélude et avant-goût de ce que sera l’effroyable Révolution culturelle, que réapparaît Mary… Le destin de Yong Sheng n’est pas achevé. Pas encore. Nous le suivrons jusqu’au début du XXIsiècle, jusqu’à un épilogue imprévisible.

 Du grand romanesque pour un parcours christique

Écrit en français, L’Évangile selon Yong Sheng est l’hommage magnifique et prolifique de Dai Sijie, témoin dévasté à 12 ans des exactions que subit son grand-père. Au lieu de le venger comme il en a longtemps nourri le projet, il transfigure son parcours christique dans un roman-somme poétique, sensuel, charnel, odorant, bercé par la musique des oiseaux, le chant de la terre, la polyphonie de la nature, les fragrances des plantes et des arbres. Vaste fresque historique d’une génération aventureuse, pris dans les convulsions sanglantes et sanguinaires du maoïsme. Un livre ample où palpitent le cœur et le sang des personnages. Du vrai, du grand romanesque, du souffle, de l’inspiration et de beaux personnages.

Dai Sijie renoue avec la veine autobiographique de Balzac et la Petite Tailleuse chinoise, qui nous enchanta quand il parut. Il réussit à mêler, avec art et délicatesse de tissage, la cruauté de temps troublés avec du merveilleux, des épisodes fantaisistes, voire comiques, pour exorciser le traumatisme de son enfance et se comporter, au fond, comme son grand-père qui, jamais, n’eut de haine dans son cœur. Imprégné du message évangélique, il pardonnait à ceux qui l’avaient offensé.

 

https://www.la-croix.com/Culture/Livres-et-idees/LEvangile-selon-Yong-Sheng-Dai-Sijie-2019-03-07- Dai Sijie, entre deux mondes

 

^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^

Portrait de l’auteur

Dai-Sijie.-L-evangile-selon-Yong-Sheng_large

L’écrivain et réalisateur chinois a connu, adolescent, les camps de rééducation. L’auteur à succès de Balzac et la petite tailleuse chinoise écrit directement en français.

« J’avais douze ans. En revenant de l’école, j’ai vu sur la place du village mon grand-père, un pasteur protestant, que j’aimais tant, un homme bon et généreux, agenouillé, une plaque de ciment autour du cou, recevant insultes et crachats de la foule. Je reconnaissais nos voisins et les fidèles du temple qui le frappaient. Sa fille l’avait dénoncé. Pendant longtemps, j’ai pensé que je le vengerais.

Contraint de cohabiter sous le même toit avec sa fille, je ne lui ai plus jamais adressé la parole. Après des mois de détention, quand mon grand-père est revenu, il s’est assis à table, sans la moindre allusion. Il parlait normalement à sa fille, comme si rien ne s’était passé. J’ai fini par comprendre et accepter sa grandeur d’âme: le pardon et l’amour sont supérieurs à la haine et la vengeance. »

 

Dans les salons de Gallimard, son éditeur, Dai Sijie, 65 ans, parle un français mâtiné d’accent chinois, appris chez nous à la fin des années 1970, quand les autorités ont expédié en France ce brillant étudiant en histoire de l’art chinois. « J’avais presque trente ans et je ne possédais de votre langue que quelques rudiments. À l’université, je passais des journées entières à ne rien comprendre. J’ai dû m’accrocher. »

Il apprend le français, à 30 ans, en France

Adolescent pendant la terrible Révolution culturelle, Dai Sijie, « coupable » d’être fils de médecin, a été déporté en camp de rééducation, dans les montagnes du Sichuan, loin de chez lui. Il n’en est sorti que trois ans plus tard.

En France, après un passage à Bordeaux, Dai Sijie a intégré l’IDHEC­, la meilleure école de cinéma en France. « Nous devions écrire en permanence des scénarios et tourner des courts métrages. Mon premier film, Chine ma douleur, m’a valu d’être banni, avec interdiction de rentrer dans mon pays jusqu’en 1995. Mes deux films suivants ont été des échecs. Je pensais que c’était fini pour moi. »

Dai Sijie se lance alors dans l’écriture en français d’un « petit roman, modeste, sans ambition littéraire ». L’histoire est celle de sa génération, découvrant en secret la littérature française et lui vouant un culte. Quand Balzac et la Petite Tailleuse chinoise paraît, la critique s’emballe. Bernard Pivot, à « Apostrophes », le recommande vivement. Les ventes s’envolent (250 000 exemplaires, traduit en 25 langues, sauf en chinois). Le film qu’en tire son auteur est aussi un succès. Il recevra même le prix Femina pour son livre suivant.

Si Dai Sijie a pu, comme son aïeul persécuté, se libérer du besoin de vengeance, il le doit à ce grand-père qui, par son exemple, lui a démontré la puissance du pardon. « Il m’enseignait que tout être humain avait une âme, quelque chose de plus grand que l’esprit, de plus intime que le corps. Cette croyance soutient toute ma vie. J’ai aussi écrit ce livre pour témoigner de l’existence de l’âme. »

 La Chine dans une frénésie de consommation

Aujourd’hui, Dai Sijie qui avait quitté un pays prohibant la propriété privée, découvre une Chine capitaliste, prise dans une frénésie de consommation, exaltant l’enrichissement personnel. « C’est très fragile, soupire-t-il. Nos valeurs millénaires ont disparu. Seule la famille tient encore. Et la main de fer du Parti communiste. »

Il constate aussi la folie autour des nouvelles technologies. « Un robot peut toujours gagner une partie d’échecs, admet-il. Mais jamais il ne pourra écrire un roman. Il lui manquera d’éprouver des sentiments, de connaître la peine et la joie, d’avoir le goût des mots pour forger un style personnel, intime. »

—————-

Le parcours de Dai Sijie

Né le 2 mars 1954 à Putian (sud-est de la Chine).

  1. Pendant la Révolution culturelle, il passe trois ans en camp de rééducation, dans les montagnes du Sichuan.
  2. Il suit études sur l’histoire de l’art chinois à l’Université de Pékin. 1984. Études de cinéma à Paris à l’IDHEC­.

► Ses films

  1. Chine ma douleur,prix Jean-Vigo
  2. Le Mangeur de lune
  3. Tang le onzième
  4. Balzac et la Petite Tailleuse chinoise
  5. Les Filles du botaniste
  6. Le Paon de nuit

► Ses livres

  1. Balzac et la Petite Tailleuse chinoise,plusieurs fois primé.
  2. Le Complexe de Di, prix Femina.
  3. 2007. Par une nuit où la lune ne s’est pas levée.
  4. L’Acrobatie aérienne de Confucius.
  5. Trois vies chinoises.
  6. L’Évangile selon Yong Sheng.

CHINA. Shanxi Province. 1995. Old church member engraving figure of Jesus.

https://www.la-croix.com/Culture/Livres-et-idees/Dai-Sijie-entre-deux-mondes-2019-03-07-1201007053

LIVRE, LIVRES

Livres : « L’Église en procès » de Jean Sévillia se glisse en tête des ventes — Aleteia : un regard chrétien sur l’actualité, la spiritualité et le lifestyle

bible-1166260_960_720

Essais, romans, biographies… Retrouvez chaque semaine sur Aleteia le classement des meilleures ventes de La Procure. De quoi vous donner des idées de lectures divertissantes et enrichissantes ! Résumé : Quinze historiens répondent à diverses questions sur l’histoire de l’Église catholique en remettant chaque sujet dans son contexte historique. Ils abordent notamment les preuves de…

via Livres : « L’Église en procès » de Jean Sévillia se glisse en tête des ventes — Aleteia : un regard chrétien sur l’actualité, la spiritualité et le lifestyle