ECRIVAIN AUTRICHIEN, LE LIVRE DE LA VIE MONASTIQUE, LE LIVRE DE LA VIE MONASTIQUE DE RAINER MARIA RILKE, LITTERATURE, LITTERATURE AUTRICHIENNE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, RAINER MARIA RILKE (1875-1926)

Le livre de la vie monastique de Rainer Maria Rilke

Le Livre de la vie monastique, par Rainer Maria Rilke

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LE LIVRE DE LA VIE MONASTIQUE

Das Buch vom mönchischen Leben

Traduit de l’allemand et présenté par Gérard Pfister. BILINGUE

 

Présentation de l’éditeur

Les éditions Arfuyen n’ont cessé d’explorer le rapport entre poésie et spiritualité chez Rainer Maria Rilke. Rapport fondateur qui donne à cette œuvre une dimension exceptionnellement forte dans l’ensemble de la littérature du XXe siècle.

Le Livre de la vie monastique (Das Buch vom mönchischen Leben) a été écrit par Rilke en 1899 au retour de son premier voyage en Russie (avril-juin 1899) avec Lou Andreas-Salomé, à qui il est dédié. Il constitue la première partie du Livre d’heures publié en 1905.

Lou Andreas-Salomé en conservait le manuscrit original qui sera publié en fac-similé en 1936 : y figurent à côté des poèmes de précieux commentaires sur les lieux, les circonstances et l’état d’esprit dans lesquels ils ont été écrits par le « moine » réputé en être l’auteur. Ils sont reproduits ici pour la première fois avec les poèmes.

Écrit dans des circonstances exceptionnelles, c’est sans doute le texte le plus « mystique » de Rilke, mais d’une mystique où se mêlent étrangement l’encens des monastères russes avec les audaces du Zarathoustra de Nietzsche. Etty Hillesum ne s’y est pas trompé qui cite ce texte plus abondamment qu’aucun autre dans les pages de son Journal.

Publiés pour la première intégralement en édition bilingue, les poèmes de Rilke sont aussi pour la première fois accompagnés des précieux commentaires donnés par Rilke dans le manuscrit original publié en fac-similé en 1936.

Rappelons que l’œuvre de Rilke n’a cessé d’accompagner les éditions Arfuyen depuis leur création. De Rilke elles ont publié six ouvrages, souvent réédités : Le Vent du retour, trad. Claude Vigée (1989, rééd. 2005) ; La Vie de Marie, trad. Claire Lucques (1989, rééd. 1992 et 2013) ; L’Amour de Madeleine (1992, rééd. 2000 et 2015) ; Le Livre de la Pauvreté et de la Mort, trad. Jacques Legrand (1997, rééd. 2016) ; « Donnez-nous des maîtres qui célèbrent l’Ici-Bas » (2006), enfin Ainsi parlait Rainer Maria Rilke, trad. Gérard Pfister (2018).

Coll. Les Carnets spirituels – 2019 – 200 p – ISBN 978-2-845-90290-9 – 16 €

 

Extrait

Tu vois, je veux beaucoup.
Je veux peut-être tout :
l’obscurité dans l’infini de chaque chute,
le jeu tremblant de lumière de chaque ascension.

Il y en a tant qui vivent et ne veulent rien
et que les plats sentiments de leur facile tribunal
font rois.

Mais toi, tu te réjouis de tout visage
qui sert et qui a soif.

Tu te réjouis de tous ceux qui ont besoin de toi
comme d’un ustensile.

Tu n’es pas encore froid, il n’est pas trop tard
pour plonger dans tes infinies profondeurs
où la vie paisible se révèle.

 Rainer Maria Rilke

 

Auteur des célèbres Lettres à un jeune poète, Rainer Maria Rilke écrit ce livre en 1899, au retour de son premier voyage en Russie en compagnie de Lou Andreas-Salomé. Il lui dédie ces écrits d’un moine imaginaire. Il y développe une mystique subtile, empruntant autant à l’âme slave qu’au Zarathoustra de Nietzsche, ancien compagnon de Lou. Rilke complétera plus tard ce recueil par le Livre du pèlerinage (1901) et le Livre de la pauvreté et de la mort (1903) pour constituer Le Livre d’heures, l’une de ses œuvres maîtresses. Poésie forte et épurée, ce texte est l’un des plus cités par Etty Hillesum dans son Journal.

Cette nouvelle traduction commentée, en format poche et en version bilingue, permet pour la première fois de découvrir les commentaires ajoutés par Rilke sur le manuscrit original conservé par son amie. Ils permettent de lire ce livre comme un grand récit d’aventure intérieure.

La Croix du 6 novmbre 2019.

 

Rainer Maria Rilke (1875-1926

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Rainer Maria Rilke (René Karl Wilhelm Johann Josef Maria Rilke) est un écrivain autrichien.

Issu d’une famille désunie, Rainer Maria Rilke passe une enfance solitaire en Allemagne. Son père, un officier à la retraite, souhaite qu’il mène une carrière militaire. Il l’envoie pendant cinq ans dans les écoles militaires de Saint-Pölten et de Mährisch-Weisskirchen.

A Prague, Munich et Berlin, il étudie le droit et le commerce et publie des textes en prose et des poèmes, comme « Pour ma joie ».

Il est surtout connu pour ses œuvres poétiques (« Élégies de Duino », « Sonnets à Orphée ») bien qu’il ait écrit un roman, « Les cahiers de Malte Laurids Brigge », ainsi que des nouvelles et des pièces de théâtre. Il écrit essentiellement en allemand et traduit des poètes français comme Paul Valéry. Plus rarement, il compose en français, notamment une longue série de poèmes dédiée au canton du Valais (« Vergers » ou « Les Quatrains valaisans »).

Spirituel, il est convaincu de la présence divine, notamment dans son recueil « Histoires du bon Dieu ». Alors que dans « Le Livre de la pauvreté et de la mort »; il s’agit d’une une méditation sur la mort.

Il nourrit des amitiés avec quelques-uns des créateurs les plus remarquables de son époque, en particulier, Auguste Rodin, dont il est le secrétaire, et Marina Tsvetaieva, dont il décèle le génie avant tout le monde et avec qui il correspond. Pendant deux ans, Rilke entretient une liaison tumultueuse avec la femme peintre Lou Albert-Lasard.

La guerre de 1914-1918 est pour Rilke une cruelle épreuve. Pénétré de culture européenne, il souffre de cette lutte qu’il juge fratricide. Il reprend ensuite sa vie errante, revient à Paris en 1920 puis se réfugie dans le Valais.

En 1926, il se pique avec les épines d’une rose qu’il vient de couper. Quelque temps après, Rainer Maria Rilke décède d’une leucémie au sanatorium de Valmont refusant les soins thérapeutiques. Il est inhumé à Rarogne dans le canton du Valais.

 

 

 

CHJRISTIANISME, ECRITS SPIRITUELS, ECRITS SPIRITUELS DU MOYEN ÂGE, EGLISE CATHOLIQUE, LITTERATURE CHRETIENNE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MOYEN AGE

Ecrits spirituels du Moyen Âge

Ecrits spirituels du Moyen Âge

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La Pléiade publie un volume rassemblant des écrits spirituels médiévaux, témoignage de la quête de Dieu du XIau XVe siècle.

 

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Saint Bernard de Clairvaux écrivant à son bureau alors que près de lui, un démon s’agite. Miniature extraite du Livre d’heures du maître de Dunois, vers 1439-1450. / British Library/Leemage

  • Écrits spirituels du Moyen Âge, Textes traduits, présentés et annotés par Cédric Giraud, La Pléiade, 1 210 p., 58 € jusqu’au 31 mars 2020, 63 € ensuite

Un voyage intérieur et ascendant, voilà ce que proposent les quinze auteurs rassemblés dans le nouveau volume de la Pléiade, Écrits spirituels du Moyen Âge. Il rassemble une série de grands textes parmi ceux qui ont le plus compté dans la vie spirituelle médiévale de langue latine, entre le XIe et le XVe siècle.

Pour établir cette sélection, Cédric Giraud, ancien élève de l’École des chartes et professeur à l’université de Lorraine, s’est intéressé aux habitudes de lecture médiévale en croisant les listes de lecture recommandées aux moines et la diffusion des manuscrits dans les bibliothèques de l’époque.

Il a ainsi reconstitué un corpus représentatif de la spiritualité du Moyen Âge, où figurent de grands noms comme Bernard de Clairvaux, Bonaventure et Thomas d’Aquin et d’autres, moins lus aujourd’hui, comme Anselme de Cantorbéry et Hugues de Saint-Victor, le Pseudo-Bernard de Clairvaux et le Pseudo-Augustin, Jean Gerson et Thomas a Kempis. Tous jouèrent un rôle clé dans une spiritualité médiévale qui se pratiqua d’abord à l’abri des cloîtres, puis se diffusa au monde laïc à partir du XIIIe siècle.

Le témoignage d’une «civilisation du livre»

En proposant cette sélection, Cédric Giraud fait œuvre utile, car ce volume sort de l’ombre une culture à la fois intellectuelle et pratique souvent négligée ou oubliée. Il témoigne d’un art d’exister où religion et quête spirituelle, effort intellectuel et travail sur soi s’entrelacent et se nourrissent mutuellement.

Bien loin des clichés, encore tenaces, sur le sombre Moyen Âge, cet ouvrage montre que «le développement de la spiritualité médiévale, inséparable de l’essor d’une civilisation du livre, fit du texte le moyen privilégié pour comprendre le monde extérieur et se déchiffrer soi-même», souligne le médiéviste.

Grâce à une traduction très fluide, ces auteurs nous reviennent avec toute leur vitalité. Ils nous livrent le vibrant témoignage de leurs vies aimantées par le Très-Haut, en attente de «savourer Dieu» (Bernard de Clairvaux), dans une quête mystique infinie mais sans cesse renouvelée : «Toujours rassasié, toujours tu bois, car toujours il te plaît de boire et jamais tu ne t’en lasses. (…) Toujours en effet tu désires ce que toujours tu as et ce que tu es toujours assuré de toujours avoir. (…) Ô rassasiante béatitude et bienheureux rassasiement», décrit Anselme de Cantorbéry.

Pour atteindre ce but rayonnant, le spirituel médiéval est prêt à être émondé par un travail intérieur exigeant, à multiplier les exercices, à consentir aux sacrifices. Il est prêt à l’abandon du monde, voire au mépris de l’existence. «Plus nous vivons, plus nous péchons. Plus la vie est longue, plus la faute grandit», juge ainsi, très pessimiste, le Pseudo-Bernard de Clairvaux. «Pourquoi t’enorgueillir, poussière et cendre, toi dont la conception est une faute, la naissance un malheur, la vie une peine, la mort une angoisse?»

Les tréfonds de l’humanité

À la lecture de ce volume, on ressent combien les spirituels médiévaux sont parfois piégés par un imaginaire hiérarchique qui les conduit à opposer l’homme et Dieu alors même qu’ils souhaiteraient les réunir. La Renaissance, puis la Réforme et la modernité donneront heureusement d’autres nuances à la spiritualité chrétienne. Mais leur quête, radicale et parfois excessive, leur donne d’oser s’enfoncer dans les tréfonds de l’humanité, traversant ses doutes et ses angoisses, assumant ses espérances.

Ils cherchent à évaluer ce qui semble juste et porte à la croissance, jaugent les progrès, soutiennent un effort d’introspection parmi les plus puissants que l’histoire ait vu surgir. «Efforce-toi de te connaître: tu es bien meilleur et plus louable en te connaissant que si, en te négligeant, tu connaissais le cours des astres, les propriétés des herbes, la complexion humaine, la nature des êtres vivants et que si tu avais la science de tous les êtes célestes et terrestres», conseille ainsi le Pseudo-Bernard de Clairvaux.

 

EMMANUEL ROBLES (1914-1995), LE VESUVE, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS

Le Vésuve, roman d’Emmanuel Roblès

Le Vésuve

Emmanuel Roblès

Paris, Le Seuil, 1961.

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A Naples, au début de 1944, Serge Longereau, officier du Corps expéditionnaire français en Italie, bénéficie d’une permission de convalescence. Il s’éprend d’une jeune fille italienne qui longtemps lui résiste puis devient sa maîtresse. Or, cette Sylvia si réservée se révèle passionnée, éprise de bonheur absolu. Elle s’enferme aveuglément dans cet amour qui efface à ses yeux la ville affamée, terrorisée par les bombardements, le front tout proche, Cassino où se succèdent des batailles meurtrières, la terre entière livrée à la violence et au malheur. Quelques jours avant le départ de son amant pour les premières lignes, elle l’incite à déserter. Cependant, les laves ardentes vont s’éteindre, ne laisser que scories et cendres. C’est qu’à travers Serge et Sylvia, deux conceptions de la vie et du bonheur s’opposent et se détruisent.

 

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« On sait gré à Roblès de croire, finalement, à une victoire possible pour ceux qui, quoi qu’il advienne, se refusent à toute tricherie et à toute ruse et savent, cependant, se reconnaître entre eux. L’espoir vient de cette foi même, de cette part inaliénable qu’il faut préserver et qui reste susceptible de vaincre tant de conjurations monstrueuses. »

G.-A. Astre, France-Observateur

ANNE-MARIE PELLETIER (1946-...), EGLISE CATHOLIQUE, L'EGLISE, DES FEMMES AVEC DES HOMMES, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

L’Eglise, des femmes avec des hommes

L’Eglise, des femmes avec des hommes 

Anne-Marie Pelletier

Paris, Le Cerf, 2019. 248 pages.

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Présentation de l’éditeur

La grande théologienne et bibliste française que le pape François a invité à prêcher au Vatican livre ici son manifeste le plus essentiel sur la place passée, présente et future de la femme dans le christianisme. Renversant.

En ces temps de crise profonde, la relation entre les hommes et les femmes à l’intérieur de l’institution ecclésiale impose plus que jamais son actualité. Certes, le magistère entend, depuis quelques décennies, valoriser la part féminine de l’Église. Mais le constat s’impose : stéréotypes et préjugés sont demeurés intacts, tout comme des pratiques de gouvernance qui maintiennent les femmes sous le pouvoir d’hommes – des clercs en l’occurrence. Sortant de ces ornières, il s’agit d’éprouver ce que le  » temps des femmes  » qui cherche à advenir peut apporter de renouvellement dans l’intelligence des textes scripturaires qui ont modelé l’imaginaire en monde chrétien. Il s’agit aussi de montrer combien la prise en compte des femmes questionne à frais nouveaux l’identité de l’Église, l’économie en son sein du sacerdoce des baptisés et du ministère presbytéral, donc également les modalités de sa gouvernance.
Un livre qui nous montre une série d' » éclats de féminin  » pour suggérer les gains qui seraient ceux de cette ouverture. Et si, la femme était l’avenir de… l’église !

Biographie de l’auteur

Agrégée de Lettres et docteur en Sciences des religions, Anne-Marie Pelletier travaille, entre autres, sur la question des femmes dans l’Église. Elle a publié à ce sujet Le christianisme et les femmes et Le signe de la femme . Elle a été lauréate du prix Ratzinger en 2014.

 

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 « L’Église, des femmes avec des hommes », c’est le titre d’un article du mensuel de novembre 2019 de L’Osservatore Romano sur la femme, dédié à un ouvrage de la bibliste française Anne-Marie Pelletier (Le Cerf, 2019).

L’auteur y évoque l’attribution du Prix Nobel de la paix 2018 à une femme yazidie – Nadia Murad – et à un médecin congolais – Denis Mukwege. Tous deux, écrit-elle, sont témoins d’une résistance d’humanité plus puissante que les forces du mal qui humilient, asservissent et détruisent.

Ce double prix Nobel invite à ne pas se limiter à « un face à face armé entre les sexes » ni à limiter la parité au partage des pouvoirs et des responsabilités. Les hommes et des femmes, estime Anne-Marie Pelletier, sont des partenaires et des collaborateurs, à la recherche commune de la vie heureuse.

Pour la théologienne, il est urgent de réparer la relation homme-femme : un travail en profondeur où l’Eglise peut et doit être prophétique, en répondant à l’appel du pape François à élaborer une théologie « intrinsèquement féminine ».

Anne-Marie Pelletier plaide, souligne L’Osservatore Romano, pour une plus grande présence des femmes dans les domaines de réflexion et de décision de l’Eglise, et pour une réflexion sur « le signe de la femme » : le fait qu’elle ne puisse pas être ordonnée souligne la centralité du « sacerdoce baptismal », comme annonce du Royaume de Dieu.

La théologienne et bibliste française Anne-Marie Pelletier, Prix Ratzinger 2014, a été choisie par le pape François pour rédiger les méditations du Chemin de croix du Vendredi saint au Colisée en 2017. Elle a été nommée membre ordinaire de l’Académie pontificale pour la vie en 2017 pour un mandat de 5 ans.

Mme Pelletier a accompli sa carrière universitaire comme Maître de conférences puis comme Professeur en Sciences du langage et en Littérature (Université de Paris-X et Université de Marne-la-Vallée), enseignements multiples [Institut en Sciences des Religions (EPHE), STIM (Studium Inter-monastique), etc.]. Elle est Chargée d’enseignement à la Faculté Notre-Dame (Collège des Bernardins) depuis sa création.

Sa thèse de doctorat d’Etat en Sciences des religions (novembre 1986) a été soutenue à l’Université Paris VIII, et elle a été publiée par l’Institut biblique pontifical à Rome en 1989: Lectures du Cantique des cantiques, De l’énigme du sens aux figures du lecteur (coll. Analecta Biblica, 121).

 

https://fr.zenit.org/articles/mensuel-de-losservatore-romano-leglise-les-femmes-avec-les-hommes/?utm_medium=email&utm_campaign=5112019%20-%20LEglise%20des%20femmes%

ECRIVAIN FRANÇAIS, EMMANUEL ROBLES (1914-1995), LA CROISERE, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

La croisère, Emmanuel Roblès

La croisère

Emmanuel Roblès

Paris, Le Seuil, 1968. 159 pages.

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Résumé :

Si Georges Maurer participe à cette longue croisière en Méditer-ranée à bord d’un yacht de luxe, c’est occasionnellement (il se trouvait sans travail) et en qualité de guide-interprète pour une agence de voyages.

Avec certains passagers, tout de suite ses rapports s’altèrent, mais en définitive ce qui compte à ses yeux, ce sont les liens qui l’unissent à ses camarades de l’équipage. Or, la force et la profondeur de ces liens se vérifieront à l’heure où, en pleine mer, une circonstance exceptionnelle créera un dramatique conflit entre les uns et les autres.

Ainsi, aux deux rendez-vous qui, pour Georges, étaient possibles à la prochaine escale de Palerme, soit avec Madeleine soit avec Marie-Louise, l’une des passagères, un troisième se substituera, que personne n’avait prévu. Mais ce troisième rendez-vous justifiera pour Georges son aspiration constante à demeurer, selon le vœu de Miguel de Unamuno : « rien qu’un homme mais tout un homme ».

Cette belle histoire de mer, ce carrefour de passions triomphantes, Emmanuel Roblès les montre avec une vérité qui n’exclut pas un appel au fantastique. Ainsi, La Croisière vient se placer tout naturellement dans la lignée des romans les plus romanesques d’aujourd’hui.

Source : Le Livre de Poche, LGF

Analyse du roman

Il y a dans cette histoire romanesque quelques éléments autobiographiques concernant l’auteur : « La guerre a perturbé mes études et mes projets » écrit Georges Maurer le héros de ce roman , pour Roblès, la guerre coupe court à ses études (licence d’espagnol) , Georges trouve un travail d’interprète comme le fut Roblès dans l’armée, pendant la Seconde guerre mondiale, … Des allusions aussi à l’Algérie, à Oran, sa ville natale, à une épidémie meurtrière qui sévit sur un paquebot, anecdote relatée par le commandant du bateau, Manuel, le père d’Emmanuel, mourut du typhus avant sa naissance, son épouse, Paulette fut, atteinte par cette même infection, en 1941, ces tristes souvenirs seront confiés à Camus qui s’en servit, très vraisemblablement pour enrichir La Peste, et puis ces rats qui pullulent à la fin du récit…
Georges Maurer sans travail , accepte la proposition d’une agence de voyage pour servir d’interprète à bord d’un yacht de luxe le Saint-Florent dans lequel ont embarqué deux riches couples , Marie-Louise et Michel Jonnard et Gerda et Erich Hartman (un couple allemand et un couple français que les affaires rapprochent au lendemain de la Guerre 39-45), une croisière en Méditerranée qui tient à la fois de voyage d’affaire et d’agrément de Cannes à Palerme en passant par  Monaco, San Remo, Gênes, Rome…
Au fur et à mesure des jours, le climat se tend… Le bateau doit accoster à Palerme, mais une tragédie survient en toute fin du voyage pour clore un récit qui est lent à se mettre en en place et le drame  qui se dévoile en fin du roman bouleverse la  vie de chacun des personnages et révéler leur vrai visage et les valeurs qui les animent.

C’est un ouvrage en forme d’appel pour réconcilier l’homme et ses semblables. La Croisère  illustre cette préoccupation de l’auteur où le personnage principal, dans une situation intensément dramatique parce qu’il la vit dans sa propre chair pour l’avoir épargnée à des camarades déshérités, pris d’hallucination et de délire lance «des paroles chargées d’un invincible espoir, d’une conviction passionnée!… «Dieu que j’ai soif!» dans une ivresse de fraternité, une ardeur de vivre, radieuse, flamboyante comme un soleil!»
Ces propos rappellent ceux déjà rencontrés dans d’autres romans d’Emmanuel Roblès : Les Hauteurs de la Ville, Cela s’appelle l’aurore, Monserrat.. Et c’est ce qu’on retrouve avec plus de clarté et moins d’artificialisme romanesque chez Georges Maurer.
«La Croisière», c’est donc l’histoire précisément d’un destin, celui de Georges Maurer qui se définit comme ceci dans une lettre à son ami Serge personnage déjà présent dans un autre roman «Le Vésuve» : «J’ai déjà abandonné plusieurs places. J’ai passé beaucoup de temps à cultiver en moi l’individu jusqu’à ce point extrême de ma jeunesse où la guerre m’a pris pendant trois ans. Je suis non à la recherche d’une autre guerre, mais d’une chaleur qui me manque… Comme toi je suis sorti de la guerre pour retourner à un monde où l’argent domine… Sache que j’ai rencontré une jeune personne du nom de Madeleine… Nous avons fait ensemble plusieurs sorties et juste avant de partir j’ai découvert que près d’elle tout semblait simple et beau comme une feuille d’arbre ou comme une plume d’oiseau». Voici un thème que Roblès aurait pu continuer avec cette poésie de tendresse et de vérité que nous avons aimée, par exemple, dans «La Vérité est morte» et dans «Montserrat». Ici, dans «La Croisière», il y a un humanisme viril à la limite des séquelles de la guerre contre les nazis.
Dans une série de P.S. de la même lettre, Georges Maurer se précise: «Tu crois que je souffre plus que bien d’autres de voir tourner le monde sans qu’il soit possible enfin de l’arrêter. Ce n’est pas ça, vieux. Je crois que je ne souffre même pas de mon incapacité à comprendre pourquoi il tourne. Je souffre en vérité de ne pas savoir du tout ce que j’y fais, moi. Georges Maurer, ancien étudiant, ancien manœuvre  d’usine, ancien pompiste, ancien veilleur de nuit, ancien secrétaire d’un agent théâtral merveilleusement filou et déjà ancien guide-interprète avant même d’avoir commencé, tant j’ai peu de vocation depuis la guerre pour garder prise sur l’avenir.» Dans le dernier P.S., il souligne: «Nous avons tué Dieu et nous voilà tous orphelins.»

AMELIE NOTHOMB (1966-....), ECRIVAIN BELGE, LITTERATURE, LITTERATURE FRANCOPHONE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, SOIF, SOIF, LE DERNIER ROMAN D'AMELIE NOTHOMB

Soif, le dernier roman d’Amélie Nothomb

Soif

Amélie Nothomb

Paris, Albin Michel, 2019. 151 pages

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La  Passion du Christ revisitée par Amélie Nothomb

 

Soif, le dernier opus d’Amélie Nothomb, est en lice pour le prix Goncourt. La romancière donne la parole, dans un monologue intérieur, à Jésus dans ce récit de la Passion qui nous mène du Jardin de Gethsémani au Golgotha. se met dans la peau de Jésus juste avant sa crucifixion sur le ton du monologue intérieur. Mais les considérations du Christ virent très vite à la bêtise… 

Le dernier roman d’Amélie Nothomb figure, comme d’habitude, en tête des ventes de la rentrée littéraire. Et comme d’habitude, il a bénéficié d’une large communication enthousiaste de  la part des médias. L’auteur dit elle-même : « C’est tout simplement le livre de ma vie ! »

Ramener Jésus-Christ à ses pensées les plus intimes au-delà de ce que nous dévoilent les Evangiles : voilà le projet de Soif. Le récit de Nothomb prend la forme d’un monologue intérieur, qui commence au procès de Jésus et se termine après la résurrection. Cependant ce n’est pas la première fois que des romanciers s’attaquent à nous dire e qu’aurait pu être la vie de Jésus : tel La dernière tentation du Christ de Nikos Kazantzak. Comme bien souvent, en s’appuyant sur les évangiles apocryphes de Jacques, Amélie Nothomb s’attache à la fiction selon laquelle Jésus aurait été amoureux de Marie-Madeleine.

Même si l’auteur reprend certaines scènes que l’on connaît grâce au Evangiles elle s’en éloigne pour nous montrer un Jésus en révolte contre son Père, que son plan d’envoyer son fils sur la terre était tout sauf judicieux : bref Dieu aurait tout rater dans son projet ! Et Jésus subit cette passion sans comprendre de ce qu’elle a de salvateur pour l’humanité : en effet pour Amélie Nothomb cette souffrance acceptée par amour n’est qu’un scandale incompréhensible !

 

« Le corps, c’est bien ; l’esprit, c’est pas bien »

Le sujet du livre tourne en fait autour du corps : c’est par son corps que Jésus peut comprendre les autres, c’est les sensations qu’il éprouve par son corps qu’il peut vraiment exister ! En substance, toute la tradition chrétienne s’est trompée, et Dieu le Père (qui lui n’a pas de corps donc n’y comprend rien) La crucifixion est une « bévue »« nuisible jusqu’à l’épouvante », parce que « des théories d’hommes vont choisir le martyre à cause de [cet] exemple imbécile ». Au contraire de ce « mépris du corps », Jésus est Jésus parce qu’il est l’être « le plus incarné des humains » ; et d’ailleurs, Judas trahit parce qu’il est « très peu incarné » comme  nous le montre les rapports entre Jésus et Judas.

Ceci explique le titre du livre : la soif, pur besoin du corps, est à cultiver. Parce que « l’instant ineffable où l’assoiffé porte à ses lèvres un gobelet d’eau, c’est Dieu. […] Ce n’est pas la métaphore de Dieu, […] l’amour que vous éprouvez à cet instant précis pour la gorgée d’eau, c’est Dieu ». Pour Amélie Nothomb, le thème de la soif est central mais on peut se demander si cette « soif » est la même que celle éprouvée par les mystiques ou invoquée dans les écrits bibliques ? Pourtant certains journaux chrétiens et même catholiques Curieuse théologie (que ne renie cependant pas La Croix, se sont montrés enthousiastes dans cette évocation en notant « une belle méditation sur ce que signifie avoir un corps ».
Ainsi donc il ne faut s’étonner que Jésus vive une passion merveilleuse avec Marie-Madeleine, et qu’il proclame : « les plus grandes joies de ma vie, je les ai connues par le corps ». Il ne faut s’étonner non plus de la manière dont Jésus opère des miracles, ou même la façon dont il ressuscite !

 

Le christianisme vidé de son essence

Soif est finalement une expression quasi-achevée de ce que la postmodernité a conservé du christianisme : une croyance d’où les credos ont disparu au profit d’une posture dans l’air du temps : un Christ plus proche des religions orientales si en vogue pour prôner le « bien être » de chaque individu avec toutes les techniques du développement personnel. La tradition occidentale est rejeté au profit d’un hédoniste de la jouissance en même temps que toute idée de transcendance sur Dieu : toute la foi et  l’espérance chrétienne se trouvent de ce fait  balayée d’un revers de main par le Jésus de Nothomb : « Croire en Dieu, croire que Dieu s’est fait homme, avoir la foi en la résurrection, cela sonne bancal. […] On ne quitte pas le ras des pâquerettes, comme dans le pari de Pascal : croire en Dieu revient à miser ses jetons sur lui ». Non, ce qu’il faut désormais, c’est croire de façon « intransitive » ; croire tout court. Sans objet. Seul compte l’élan – seul compte le désir.

 

Le Jésus d’Amélie Nothomb peut-il combler cette soif d’éternité qui est en tout être ? Restons avec les paroles de saint Jean : « Quiconque boit de cette eau aura encore soif ;  mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle ».  (Jn 4, 13-15)

ECRIVAIN FRANÇAIS, EMMANUEL ROBLES (1914-1995), LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS, SUR LES HAUTEURS DE LA VILLE

Sur les hauteurs de la ville : un roman d’Emmanuel Roblès

Sur les hauteurs de la ville

Emmanuel Roblès

Paris, Le Livre de Poche 1960.

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Résumé

L’histoire débute par l’arrestation, pour acte de résistance, de Smaïl un jeune algérien pour dénoncer l’envoi en Allemagne de travailleurs au nom de l’opération Todt (organisation chargée de recruteur de jeunes français pour travailler au service de l’Allemagne pendant la Guerre de 1939-1945). Humilié par un certain Almaro, le colon français qui collabore avec les Allemands, le  jeune homme n’aura de cesse de se venger

 

Le sentiment d’humiliation et de désespoir qu’il ressent face à cette arrestation va faire naître en lui de la haine. La vengeance devient alors son leitmotiv, voire une raison d’être contre laquelle même l’amour ne peut rien.

A travers ce roman et son protagoniste, Emmanuel Roblès met en exergue le désarroi qui tourmente les jeunes Algériens dans les années 1946, le début de cette résistance contre le colonialisme…

 

 

Ce qu’en disait l’auteur lui-même en préfaçant son livre :

 

 » À l’époque où il fut écrit, c’est-à-dire dans les années 1946-47, ce récit avait le dessein de témoigner sur un aspect du désarroi qui tourmentait alors de jeunes Algériens. Il voulait également illistrer certaines aspirations, nées avec plus ou moins d’élan et de clarté, au feu des évènements qui transformaient le monde. Comment, en particulier, ne pas reconnaître que pour beaucoup de ces jeunes hommes, l’exemple de la Résistance française a été décisif ?

En mai 1945, je me trouvais du côté de Stuggart lorsque me parvinrent les premières rumeurs de la révolte algérienne dans le Constantinois. Un immense incendie s’éteignait à peine en Europe. Un autre s’allumait dans mon propre pays de l’autre côté de la mer. S’il n »était pas de même proportion, ses flammes en avaient déjà le même rougeoiement de malheur.

A mon retour en Algérie, l’année suivant, ce que j’ai constaté là-bas m’a fait vivre dans la certitude que le brasier noyé un peu plus tôt dans le sang de milliers de victimes reprendrait plus dévorant. On tue les hommes, on ne tue pas l’idée pour laquelle ils acceptent de mourir, chacun de nous le sait

Aux jeunes Algériens, l’avenir n’offrait aucun espoir. L’esprit comme les structures mêmes du régime colonial, les destinaient à buter contre un mur, sans la moindre possibilité de percée, d’ouverture sur un monde plis équitable. Une découverte de ce genre conduit déjà, presque à coup sûr, à la violence. Mais elle s’est complétée, pour les meilleurs, d’une conscience précise des forces qui, au mépris de toute justice, maintenaient ce mur.

Six ans à peine après la publication des Hauteurs de la ville, l’Algérie prenait son visage de guerre. Par milliers, des Smaïl, décidés à conquérir leur dignité, ont surgi du fond de leur nuit, la torche au poing.

À leur cri ont répondu, dans l’autre camp, des Montserrat qui, pour avoir douté de la légitimité du combat dans lequel la France les engageait, expient dans les prisons de Casabianda ou de Constantine.

Qu’on me croie, je ne cite pas mes personnages par complaisance tant je suis convaincu que tout écrivain, pour peu qu’il nourrisse sa création de vérité humaine, sait qu’il rencontrera tôt ou tard, à certains tournants de la vie, ses propres créatures, celles de « chair et d’os » dont se préoccupait Unamuo et qui « pèsent sur la terre ».

Mais si j’ai réunit ici, Smaïl et Monserrat, c’est qu’ils sont à mes yeux, sortis tout  brûlants d’un unique foyer : celui où la conscience de l’homme forge sa résistance à la plus grande défaite qui la menace qui est sa négation même.

 

Emmanuel Roblès ‘juillet 1960