CELA S'APPELLE L'AURORE, ECRIVAIN FRANÇAIS, EMMANUEL ROBLES (1914-1995), LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

Cela s’appelle l’aurore : un roman d’Emmanuel Roblès

Cela s’appelle l’aurore

 Emmanuel Roblès 

Paris, Cercle du bibliophile de Paris, 1964. 256 pages.

 

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Description du produit

Emmanuel Roblès Cela sappelle l’aurore Le Club du Bibliophile 1964–Luigi Valorio n’est pas le premier à se prendre au piège d’un joli minois masquant un coeur sec d’enfant gâtée ni à s’attacher à une autre répondant mieux à ses aspirations quand il s’aperçoit de son erreur. Il ne serait pas le premier à vivre entre deux femmes, mais le pourra-t-il ? Cette question l’obsède en relisant les lettres où sa jeune épouse Angola annonce son retour. Angola ne s’est jamais plu à Salina, en Sardaigne, où son mari est médecin. Elle ne rêve que de mener à Naples auprès de son père son existence mondaine de jeune fille – au point qu’elle a dépéri et que ‘Luigi l’a envoyée se soigner dans les Alpe s. Clara est alors entrée dans sa vie. S’en séparer ? Impensable. Et pourtant… Hantée par ce dilemme, presque en état second, il court d’un malade à l’autre. Sinon, il aurait ôté son arme à Sandro Galli qui menace de tuer son patron Gorzone si sa femme Magda meurt – ou mieux plaidé sa cause auprès de ce Gorzone, qui sait ? Magda meurt, Sandro tue Gorzone et se réfugie chez Luigi juste avant l’arrivée d’Angola. Les risques encourus sont énormes, mais c’est dans l’épreuve que se jugent les caractères ? et chacun aura donné sa mesure quand s’achève le beau roman d’Emmanuel Roblès.

 

Impressions de lecture

Luigi Valerio est médecin dans une petite ville perdue de Sardaigne et il soigne presque gratuitement ses clients qui sont tous d’un milieu pauvre comme Sandro ou Pietro. Mais s’il est apprécié de ses patients il est malheureux en ménage : quelques années auparavant, il a épousé Angela, fille d’un riche Napolitain, qui se révèle plutôt comme une femme enfant et qui s’ennuie terriblement dans cette île où elle ne trouve aucun divertissement ; alors tant son mari l’envoie en cure dans les Alpes. En son absence, il s’est épris de Clara, la jolie veuve habitant la maison voisine. Dans les bras de Clara, il découvre l’amour, un amour qui le réconforte au milieu des tracas que lui causent ses patients et qui se révèle bien plus que la tendre affection qu’il éprouve pour sa jeune épouse. Mais il doit faire face au retour de cette dernière qui se fait de plus en plus proche. Alors comment concilier le fait de devoir vivre entre deux femmes : sa femme et sa maitresse. C’est l’un des thèmes de ce roman qui ressemnble – mais qu’en apparence – à tant de roman d’amour.

Mais il y a bien plus et c’est ce qui fait tout l’intérêt de ce livre. Médecin, Valerio soigne Magda, la femme de son ami Sandro : il tente de la sauver mais il n’y parviendra pas. Magda meurt  et fou de douleur et de chagrin son mari abat le fort peu sympathique  Gorzone qui, dans sa grande jalousie (parce qu’il n’a pas pu obtenir la jolie et jeune Magda), n’a cessé de maltraiter le couple. Pour Valerio, lorsque Sandro vient se réfugier chez lui après le meurtre, la solution est vite trouver : il cachera Sandro car, depuis qu’il connait Clara, il sait jusqu’où peut aller l’amour et un amour peut pousser quelqu’un.
Que va-t-il advenir de tous ces secrets : la liaison avec Clara, Sandro caché dans l’ancienne chambre de bonne…? Qui sait quoi de tous ces secrets : la bonne ? l’inspecteur de police ? Les habitants du village ? Les découvrira-t-on?  Comment cela va-t-il finir pour tous les protagonistes du roman ?
Ainsi, Luigi Valerio se montre certes un homme infidèle envers sa femme, mais il y a sa soif d’absolu, sa volonté de vivre suivant ses valeurs et c’est tout cela qui le rend sympathique et que l’on arrive pas à lui en vouloir de tromper sa femme, de cacher un criminel dans sa maison sa volonté de vivre selon ses valeurs, suscite la sympathie et l’admiration. Il en est de même pour Sandro ou Pietro, deux hommes perdus
C’est le drame qui se joue dans ce livre qui rend cet ouvrage poignant et qui fait que l’on prend fait et cause pour les personnages. Même si l’histoire ne finit pas comme l’on souhaiterait malgré le triomphe de l’amour on se laisse emporter par ce petit livre haut en couleur.

®Claude-Marie T.

 

 

L’auteur : Emmanuel Roblès:

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Emmanuel Roblès est un écrivain français né à Oran (Algérie) en 1914 et décédé à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) en février 1995..

D’une famille ouvrière, il est reçu à l’Ecole Normale d’Alger.

Il obtient de faire son service militaire à Blida, puis à Alger où il se lie aux jeunes écrivains groupés autour du libraire-éditeur Edmond Charlot qui vient de publier « L’Envers et l’Endroit » d’Albert Camus.

Il s’inscrit à la Faculté des Lettres pour préparer une licence d’espagnol tout en collaborant à « l’Alger républicain » dont Albert Camus est rédacteur en chef et qui publiera « la Vallée du paradis« . Ce roman d’Emmanuel Robles (le second après l’Action) parut en feuilleton sous le pseudonyme d’Emmanuel Chênes.

La guerre oblige Emmanuel Robles à cesser ses études et il devient interprète auxiliaire de l’armée, puis officier-interprète jusqu’à ce que le général Bouscat, commandant l’air en Afrique du nord, le nomme correspondant de guerre en 1943. Cette période est pour lui très mouvementée et lui vaut, en particulier, les émotions fortes de plusieurs accidents d’avion.

Après la guerre il s’efforce de vivre de sa plume à Paris et collabore à divers quotidiens et hebdomadaires: Le Populaire, Gavroche, Combat, Aviation Française, etc. Repris pas la nostalgie d’Alger, il y retourne en 1947 et fonde une revue littéraire « Forge ».

Durant cette année 1947, et sous le coup de l’émotion soulevée par les évènements de mai 1945 en Algérie, il écrit « Les Hauteurs de la ville« , roman qui obtient le Prix Fémina l’année suivante. Il écrit également sa première pièce « Montserrat« .

Parallèlement à sa création littéraire, Robles voyage beaucoup. De son séjour au Mexique en 1954, il a rapporté le thème de son roman « Les Couteaux » et de son voyage au Japon en 1957, celui de son récit « L’homme d’Avril« .

Il se tournera ensuite vers le cinéma: il collaborera avec Luis Buñuel pour Cela s’appelle l’Aurore et Lucchino Visconti pour l’adaptation de l’Etranger de Camus ainsi que pour des dialogues et des adaptations télévisées.

Source : Wikipédia

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EGLISE CATHOLIQUE, ERIC DE MOULIN-BREAUFORT (1962-....), L'EGLISE FACE A SES DEFIS, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

L’Eglise face à ses défis de Mgr Eric de Moulin-Beaufort

L’ÉGLISE FACE À SES DÉFIS

Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France, publie jeudi 12 septembre, L’église face à ses défis (1), un recueil de réflexions sur les abus sexuels dans l’Église, le sens du sacerdoce, qui comporte un texte inédit sur la mission de la famille.

L’occasion de partager sa vision, comme sa méthode, à l’heure où « le monde et l’Église semblent s’éloigner inéluctablement ».

Quel témoignage singulier les familles chrétiennes sont-elles appelées à porter dans la société ? À l’heure où l’Assemblée nationale s’apprête à réviser la loi de bioéthique et à autoriser l’ouverture de la PMA aux couples de même sexe et aux femmes célibataires, Mgr Éric de Moulins Beaufort, archevêque de Reims et président de la Conférence des évêques de France, dévoile dans un recueil de réflexions, L’Église face à ses défis, un essai inédit sur les enjeux théologiques et pastoraux du mariage et de la famille.

Ses observations sont traversées par une interrogation structurante : dans un monde qui « se laisse emporter par ses prouesses techniques et technologiques », quelle voix exprimer comme membre d’une famille chrétienne ? Son premier élément de réponse vient comme une invitation à lutter contre une forme d’accusation simpliste : « Il ne serait pas spirituellement juste de ne vivre les secousses portées au mariage et à la famille que comme des attaques venues de l’extérieur », met en garde le président de la CEF qui appelle les chrétiens à se rappeler l’essentiel : « Le phénomène le plus important n’est pas que le mariage chrétien soit bousculé. Le plus décisif est que le mariage chrétien, ou plutôt l’idée chrétienne du mariage est un bouleversement dont les effets sont loin d’être digérés par l’humanité ». Pour l’archevêque de Reims, le mariage chrétien a en effet révolutionné l’institution matrimoniale, transfigurant l’union opportune de deux lignées en « la rencontre possible d’un homme et d’une femme, qui n’a pas à s’achever ».

 

« Pas de vérités toutes faites »

 

Alors que le président de la Conférence des évêques a plusieurs fois affirmé que « sa place n’était pas dans une manifestation », cet essai « témoigne » en creux de « sa méthode », assure le père jésuite Alban Massie, directeur de la Nouvelle revue théologique qui coédite l’ouvrage. « On reproche parfois aux évêques d’être trop timorés. Ce livre dit quelque chose de la manière dont il exerce sa mission : il ne donne pas de vérités toutes faites, mais des clés pour aider les chrétiens à se faire leur propre réflexion. Je le recommanderais volontiers à un couple engagé dans la voie du mariage. »

Au fil de ses considérations historiques et anthropologiques, le président de la CEF se propose d’analyser avec pédagogie comment l’idée chrétienne de la famille est mise en tension par « la société technicisée, mondialisée, démocratisée ». Selon lui, les points de divergence ne manquent pas entre le message des Évangiles et notre société moderne, devenue progressivement intolérante à la souffrance, où le plaisir gouverne à la place du devoir, et au sein de laquelle la dépendance est vécue comme un fardeau.

Le président de la CEF, appelle donc les chrétiens à vivre leurs différences avant tout dans le témoignage de leur vie. Témoigner que la famille, « communauté de personnes » peut-être un lieu où la souffrance est « affrontée, supportée et intégrée », « que le pardon est possible et même qu’avoir à pardonner fait partie de la grandeur humaine », que la famille puisse « intégrer les personnes âgées ou porteuses d’un handicap, ou atteintes par la maladie, en apprenant à voir en elles, par-delà les charges qu’elles représentent, l’invisible richesse de la capacité à faire le bien et à la recevoir ». Au fond, la mission que propose Mgr Éric de Moulins-Beaufort aux fidèles se trouve résumée dans la préface de son livre : « Les chrétiens fervents ont juste à en faire un peu plus que la plus grande part de leurs concitoyens. »

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CHRETIENS EN CHINE POPULAIRE, DAI SIJIE (1954-....), ECRIVAIN CHINOIS, L'EVANGILE SELON YONG SHENG, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

L’Evangile selon Yong Sheng

L’Evangile selon Yong Sheng

Dai Sijie

Paris, Gallimard, 2019. 438 pages.

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Un très beau roman qui relate l’histoire vraie, même si elle est quelque peu romancée. C’est l’histoire d’un des premiers pasteurs chinois dans la Chine d’avant l’arrivée du communisme au pouvoir jusqu’à la fin de la Révolution culturelle des années 1970. Après une conversion au christianisme Yong Shen devient pasteur. Son destin va basculer quand il apprend la trahison de sa femme puis la montée en puissance des communistes.  C’est ainsi que l’on traverse l’histoire de la Chine ; si c’est l’histoire d’un chrétien dans la Chine communiste c’est aussi l’histoire d’un homme trahi par sa femme, par sa fille et enfin par son petit fils. Une histoire de trahison mais aussi fait de pardons jusqu’à l’ultime sacrifice.

©Claude-Marie T.

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Quatrième de couverture

Dans un village proche de la ville côtière de Putian, en Chine méridionale, au début du vingtième siècle, Yong Sheng est le fils d’un menuisier-charpentier qui fabrique des sifflets pour colombes réputés. Les habitants raffolent de ces sifflets qui, accrochés aux rémiges des oiseaux, font entendre de merveilleuses symphonies en tournant au-dessus des maisons. Placé en pension chez un pasteur américain, le jeune Yong Sheng va suivre l’enseignement de sa fille Mary, institutrice de l’école chrétienne. C’est elle qui fait
naître la vocation du garçon : Yong Sheng, tout en fabriquant des sifflets comme son père, décide de devenir le premier pasteur chinois de la ville. Marié de force pour obéir à de vieilles superstitions, Yong Sheng fera des études de théologie à Nankin et, après bien des péripéties, le jeune pasteur reviendra à Putian pour une brève période de bonheur. Mais tout bascule en 1949 avec l’avènement de la République populaire, début pour lui comme pour tant d’autres Chinois d’une ère de tourments – qui culmineront lors de la Révolution culturelle.

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Dai Sijie, dans ce nouveau roman, renoue avec la veine autobiographique de son premier livre, Balzac et la petite tailleuse chinoise. Avec son exceptionnel talent de conteur, il retrace l’histoire surprenante de son propre grand-père, l’un des premiers pasteurs chrétiens en Chine.

Înspiré par son grand-père, Dai Sijie compose, en français, une vaste fresque romanesque et embrasse l’histoire mouvementée de l’empire du Milieu.

Après trente ans passés en France, l’écrivain et réalisateur, Dai Sijie est retourné en Chine sur les pas de son grand-père, l’un des premiers pasteurs protestants de l’empire du Milieu dont il voulait depuis longtemps raconter l’histoire. Il l’a certes romancée, pour les besoins du genre, mais sans trop s’en écarter, ni la travestir.

Yong Sheng était né à Putian, dans la province côtière du Fujian. Son père fabriquait des « sifflets pour colombe », objets artisanaux sophistiqués que l’on fixait à la queue des oiseaux et qui, pendant leur vol, produisaient « un concert polyphonique, une symphonie flamboyante ». Il avait nommé son fils Yong Sheng (« le son »). Un code d’honneur régissait la rivalité entre ces chefs d’orchestres colombophiles. Malheur à celui qui l’enfreignait.

D’une stupeur naît sa vocation

En ce temps-là, des baptistes américains, conduits par le pasteur Gu, étaient venus évangéliser ces villageois du bout du monde. Yong Sheng avait découvert, un soir, derrière une porte dérobée du temple, la statue d’un homme crucifié auquel son institutrice, Mary, la fille du pasteur, offrait le lait de son sein. De cette stupeur naîtra sa vocation.

Marié encore adolescent, bientôt père, Yong Sheng, fils de charpentier, comme Jésus, initié aux symboles christiques, fut désigné pour devenir le premier pasteur chinois de Putian. Pendant un mois, il traversa la Chine, avec un œuf pour toute pitance, afin de rejoindre la faculté de théologie de Nankin.

Dans cet exil lointain, Yong Sheng avait reproduit un dessin fascinant de précision, de Léonard de Vinci, d’un fœtus dans le ventre d’une femme. C’était son seul bien. Il le portait sur lui. Quand il apercevait un cerf-volant, il imaginait le fil invisible qui le reliait à son enfant. Mais une lettre laconique de son père le précipita au bord du suicide.

Au cœur de la tourmente de la Longue Marche

La grande Histoire allait l’arracher à sa déréliction. Au cœur de la tourmente de la Longue Marche, apprenant que le pasteur Gu était prisonnier de l’Armée rouge, il s’élança à la recherche de Mary. Chaque fois qu’il croyait s’en rapprocher, elle venait de s’évaporer. Dai Sijie égare volontairement le lecteur sur le sens de cette quête, révélé dans une scène dramatique, d’une grande puissance, où tout se joue en quelques minutes…

Revenu dans son village, seul et désespéré, Yong Sheng découvre sa fille. Il rebâtit la chaumière familiale dévastée en temple protestant, puis en orphelinat. Il peint longuement, avec un luxe de détails, une fresque colorée inspirée de la Bible, l’arche de Noé, où les oiseaux occupent une place de choix. Mais l’Armée populaire de libération l’arrête et le torture. Yong Sheng entame son chemin de croix.

Construite en quatre parties avec des sauts dans le temps, cette ambitieuse saga romanesque embrasse un siècle de l’histoire mouvementée de la Chine au cours de laquelle le peuple n’aura pas été à la fête. Et moins encore ceux qui s’affichaient chrétiens, fidèles à leur foi. Dans les années 1950, l’Armée rouge prend du galon et ne vénère que Mao. La révolution en action broie les paysans, mate les intellectuels. Les réfractaires à l’ordre nouveau sont balayés, rayés, réduits à néant.

 Le parfum ensorcelant d’un arbre mythique

Devenu ouvrier dans un pressoir à huile, semblable à l’instrument de torture des enfers chinois selon les représentations populaires, Yong Sheng est soudain humilié par ses ouailles, trahi par sa fille, jeté en pâture à la meute des villageois qui lui crachent à la figure et le frappent. Agenouillé, une plaque de ciment autour du cou, désigné, stigmatisé comme « agent secret de l’impérialisme, propagateur d’opium intellectuel, droitier irrécupérable ».

Cible du déchaînement de cette violence que les foules haineuses et hurlantes, au nom de causes qui les dépassent, et sans raison intime, savent mettre en œuvre et dont elles retirent une sombre jouissance, vite amère, passée la phase de démente exaltation.

Descendant symbolique de Judas, l’un de ses anciens tortionnaires, pris de remords, sur le point de devenir son gendre, utilisera in extremis pour le tirer d’affaire le parfum ensorcelant d’un arbre mythique, l’aguilaire. C’est dans ce climat, prélude et avant-goût de ce que sera l’effroyable Révolution culturelle, que réapparaît Mary… Le destin de Yong Sheng n’est pas achevé. Pas encore. Nous le suivrons jusqu’au début du XXIsiècle, jusqu’à un épilogue imprévisible.

 Du grand romanesque pour un parcours christique

Écrit en français, L’Évangile selon Yong Sheng est l’hommage magnifique et prolifique de Dai Sijie, témoin dévasté à 12 ans des exactions que subit son grand-père. Au lieu de le venger comme il en a longtemps nourri le projet, il transfigure son parcours christique dans un roman-somme poétique, sensuel, charnel, odorant, bercé par la musique des oiseaux, le chant de la terre, la polyphonie de la nature, les fragrances des plantes et des arbres. Vaste fresque historique d’une génération aventureuse, pris dans les convulsions sanglantes et sanguinaires du maoïsme. Un livre ample où palpitent le cœur et le sang des personnages. Du vrai, du grand romanesque, du souffle, de l’inspiration et de beaux personnages.

Dai Sijie renoue avec la veine autobiographique de Balzac et la Petite Tailleuse chinoise, qui nous enchanta quand il parut. Il réussit à mêler, avec art et délicatesse de tissage, la cruauté de temps troublés avec du merveilleux, des épisodes fantaisistes, voire comiques, pour exorciser le traumatisme de son enfance et se comporter, au fond, comme son grand-père qui, jamais, n’eut de haine dans son cœur. Imprégné du message évangélique, il pardonnait à ceux qui l’avaient offensé.

 

https://www.la-croix.com/Culture/Livres-et-idees/LEvangile-selon-Yong-Sheng-Dai-Sijie-2019-03-07- Dai Sijie, entre deux mondes

 

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Portrait de l’auteur

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L’écrivain et réalisateur chinois a connu, adolescent, les camps de rééducation. L’auteur à succès de Balzac et la petite tailleuse chinoise écrit directement en français.

« J’avais douze ans. En revenant de l’école, j’ai vu sur la place du village mon grand-père, un pasteur protestant, que j’aimais tant, un homme bon et généreux, agenouillé, une plaque de ciment autour du cou, recevant insultes et crachats de la foule. Je reconnaissais nos voisins et les fidèles du temple qui le frappaient. Sa fille l’avait dénoncé. Pendant longtemps, j’ai pensé que je le vengerais.

Contraint de cohabiter sous le même toit avec sa fille, je ne lui ai plus jamais adressé la parole. Après des mois de détention, quand mon grand-père est revenu, il s’est assis à table, sans la moindre allusion. Il parlait normalement à sa fille, comme si rien ne s’était passé. J’ai fini par comprendre et accepter sa grandeur d’âme: le pardon et l’amour sont supérieurs à la haine et la vengeance. »

 

Dans les salons de Gallimard, son éditeur, Dai Sijie, 65 ans, parle un français mâtiné d’accent chinois, appris chez nous à la fin des années 1970, quand les autorités ont expédié en France ce brillant étudiant en histoire de l’art chinois. « J’avais presque trente ans et je ne possédais de votre langue que quelques rudiments. À l’université, je passais des journées entières à ne rien comprendre. J’ai dû m’accrocher. »

Il apprend le français, à 30 ans, en France

Adolescent pendant la terrible Révolution culturelle, Dai Sijie, « coupable » d’être fils de médecin, a été déporté en camp de rééducation, dans les montagnes du Sichuan, loin de chez lui. Il n’en est sorti que trois ans plus tard.

En France, après un passage à Bordeaux, Dai Sijie a intégré l’IDHEC­, la meilleure école de cinéma en France. « Nous devions écrire en permanence des scénarios et tourner des courts métrages. Mon premier film, Chine ma douleur, m’a valu d’être banni, avec interdiction de rentrer dans mon pays jusqu’en 1995. Mes deux films suivants ont été des échecs. Je pensais que c’était fini pour moi. »

Dai Sijie se lance alors dans l’écriture en français d’un « petit roman, modeste, sans ambition littéraire ». L’histoire est celle de sa génération, découvrant en secret la littérature française et lui vouant un culte. Quand Balzac et la Petite Tailleuse chinoise paraît, la critique s’emballe. Bernard Pivot, à « Apostrophes », le recommande vivement. Les ventes s’envolent (250 000 exemplaires, traduit en 25 langues, sauf en chinois). Le film qu’en tire son auteur est aussi un succès. Il recevra même le prix Femina pour son livre suivant.

Si Dai Sijie a pu, comme son aïeul persécuté, se libérer du besoin de vengeance, il le doit à ce grand-père qui, par son exemple, lui a démontré la puissance du pardon. « Il m’enseignait que tout être humain avait une âme, quelque chose de plus grand que l’esprit, de plus intime que le corps. Cette croyance soutient toute ma vie. J’ai aussi écrit ce livre pour témoigner de l’existence de l’âme. »

 La Chine dans une frénésie de consommation

Aujourd’hui, Dai Sijie qui avait quitté un pays prohibant la propriété privée, découvre une Chine capitaliste, prise dans une frénésie de consommation, exaltant l’enrichissement personnel. « C’est très fragile, soupire-t-il. Nos valeurs millénaires ont disparu. Seule la famille tient encore. Et la main de fer du Parti communiste. »

Il constate aussi la folie autour des nouvelles technologies. « Un robot peut toujours gagner une partie d’échecs, admet-il. Mais jamais il ne pourra écrire un roman. Il lui manquera d’éprouver des sentiments, de connaître la peine et la joie, d’avoir le goût des mots pour forger un style personnel, intime. »

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Le parcours de Dai Sijie

Né le 2 mars 1954 à Putian (sud-est de la Chine).

  1. Pendant la Révolution culturelle, il passe trois ans en camp de rééducation, dans les montagnes du Sichuan.
  2. Il suit études sur l’histoire de l’art chinois à l’Université de Pékin. 1984. Études de cinéma à Paris à l’IDHEC­.

► Ses films

  1. Chine ma douleur,prix Jean-Vigo
  2. Le Mangeur de lune
  3. Tang le onzième
  4. Balzac et la Petite Tailleuse chinoise
  5. Les Filles du botaniste
  6. Le Paon de nuit

► Ses livres

  1. Balzac et la Petite Tailleuse chinoise,plusieurs fois primé.
  2. Le Complexe de Di, prix Femina.
  3. 2007. Par une nuit où la lune ne s’est pas levée.
  4. L’Acrobatie aérienne de Confucius.
  5. Trois vies chinoises.
  6. L’Évangile selon Yong Sheng.

CHINA. Shanxi Province. 1995. Old church member engraving figure of Jesus.

https://www.la-croix.com/Culture/Livres-et-idees/Dai-Sijie-entre-deux-mondes-2019-03-07-1201007053

CHRISTOPHE RUFIN (1952-...), LES SEPT MARIAGES D'EDGAR ET DE LUDMILLA, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, Non classé

Les sept mariages d’Edgar et Ludmilla de Christophe Rufin

Les sept mariages d’Edgar et Ludmilla
Jean-Christophe Rufin
Paris, Éditions Gallimard, 2019. 384 pages.
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« Sept fois ils se sont dit oui. Dans des consulats obscurs, des mairies de quartier, des grandes cathédrales ou des chapelles du bout du monde. Tantôt pieds nus, tantôt en grand équipage. Il leur est même arrivé d’oublier les alliances. Sept fois, ils se sont engagés. Et six fois, l’éloignement, la séparation, le divorce… Edgar et Ludmilla… Le mariage sans fin d’un aventurier charmeur, un brin escroc, et d’une exilée un peu « perchée », devenue une sublime cantatrice acclamée sur toutes les scènes d’opéra du monde. Pour eux, c’était en somme : « ni avec toi, ni sans toi ». À cause de cette impossibilité, ils ont inventé une autre manière de s’aimer. Pour tenter de percer leur mystère, je les ai suivis partout, de Russie jusqu’en Amérique, du Maroc à l’Afrique du Sud. J’ai consulté les archives et reconstitué les étapes de leur vie pendant un demi-siècle palpitant, de l’après-guerre jusqu’aux années 2000. Surtout, je suis le seul à avoir recueilli leurs confidences, au point de savoir à peu près tout sur eux. Parfois, je me demande même s’ils existeraient sans moi »

Jean-Christophe Rufin (quatrième de couverture)

 

Divorcé quatre fois et marié trois fois à la même femme, Jean-Christophe Rufin s’est inspiré de son histoire personnelle pour rédiger celle d’Edgar et Ludmilla. « Je ne suis pas capable de parler de mon histoire directement, par pudeur, donc je passe par le détour de la fiction », a confié  l’auteur de Rouge Brésil. Comme Edgar qui arrache Ludmilla à un pays en guerre, Jean-Christophe Rufin a aussi vécu cet épisode. « Vous sauvez quelqu’un, mais ce ne sont pas des bases tellement bonnes pour démarrer une relation, cela introduit une inégalité et au bout d’un moment, soit la relation casse, soit elle se rééquilibre », fait savoir l’écrivain.

 

Lors d’un voyage en ex-URSS Edgar rencontre Ludmilla. C’est le coup de foudre qui va l’entraîner à un mariage blanc pour sortir la belle du pays. Arrivés en France, il rend sa liberté à son épouse et lui offre un vrai mariage d’opérette. Divorces et mariage vont alors se suivre, nous offrant une splendide traversée du siècle (de 1958 à nos jours) dans le monde des affaires et du spectacle. Et ce roman qui se déroule principalement en France va nous faire voyager  tout autour de la planète : de l’URSS à l’Amérique et aussi de l’Italie à  Afrique du Sud.

 

Avant de commencer ce roman l’auteur commence par mettre en garde son lecteur par cette introduction : «Avant de commencer ce périple, je voudrais vous adresser une discrète mise en garde: ne prenez pas tout cela trop au sérieux. Dans le récit de moments qui ont pu être tragiques comme dans l’évocation d’une gloire et d’un luxe qui pourront paraître écrasants, il ne faut jamais oublier que Ludmilla et Edgar se sont d’abord beaucoup amusés. Si je devais tirer une conclusion de leur vie, et il est singulier de le faire avant de la raconter, je dirais que malgré les chutes et les épreuves, indépendamment des succès et de la gloire éphémère, ce fut d’abord, et peut-être seulement, un voyage enchanté dans leur siècle. Il faut voir leur existence comme une sorte de parcours mozartien, aussi peu sérieux qu’on peut l’être quand on est convaincu que la vie est une tragédie. Et qu’il faut la jouer en riant.»

Tout commence par une idée de voyage en URSS par une bande de quatre amis, Paul et Nicole, Edgar et Soizic qui prennent un matin le volant de leur superbe Marly pour une expédition qui leur réservera bien des surprises. Et arrivé dans une village d’Ukraine ils assistent à une scène étonnante : cette jeune femme nue réfugiée dans un arbre dans un village d’Ukraine et dont Edgar va tomber éperdument amoureux. De retour en France notre Edgar toujours amoureux vzeut la sauver : pour lui le mariage étant la seule solution pour qu’elle puisse l’accompagner en France, une première union est scellée. Mais Edgar se rend vite compte qu’en vendant des livres comme courtier  en porte à porte, il ne peut offrir à son épouse la vie dont il rêve de pouvoir lui offrir  et préfère lui rendre sa liberté. Un divorce par amour si l’on peut dire !
Et une preuve supplémentaire que les épreuves et les crises peuvent avoir un côté salutaire parce qu’elles contraignent à agir pour s’en sortir,  Edgar se lance dans la vente avec l’aide de compares par très honnêtes de livres anciens et s’enrichit en suivant les ventes aux enchères pour le compte de bibliophiles tandis que  Ludmilla suit des cours de chant.
Il suit sa voie, elle suit sa voix. Ils finissent par se retrouver pour un deuxième mariage. Pour de bon, du moins le croient-ils. Mais alors que Ludmilla commence une carrière qui en fera une cantatrice renommée, les ennuis s’accumulent pour Edgar, accusé de malversations et qui ne veut pas entraîner Ludmilla dans sa chute. Alors un second divorce devrait la préserver…
Et ainsi de suite : à chaque crise il y a un nouveau divorce suivi d’un nouveau divorce. Comme une sorte de miroir de la société française des années 1980 on découvre Edgar qui se lance dans de nouvelles affaires qui vont le propulser en haut de l’échelle sociale : ’Edgar, une sorte de Bernard Tapie, qui après avoir monté une chaîne d’hôtels aux activités très rentables s’est lancé dans le BTP, a monté une équipe cycliste avant de se lancer sur le terrain du luxe et des médias. De son côté Ludmilla devient une diva, notamment après avoir été consacrée à Hollywood, où sont montrés tous les artifices de la vie d’artiste. Dans ce tourbillon, en dépit de la présence de leur fille, jusqu’à la chute leur couple va exposer. Ceci provoque un nouveau divorce plus douloureux que les précédents : leur notoriété va faire les affaires des avocats. Mais ils finiront par se retrouver pour se marier une fois encore jusqu’au septième mariage quelque temps avant la mort d’Edgar.

« Mes parents sont dingues ! » lâchent un jour Ingrid leur fille ! Et cette traversée du siècle dans laquelle nous entraînent l’auteur est révélatrice d’une époque, de l’époque d’un vingtième siècle finissant. Mais cette histoire – où est l’histoire vraie et où la part e fiction ? – est aussi révélatrice d’une autre réalité : l’institution du mariage a totalement perdu  de sa valeur ! Une autre question : même si l’on sent tout au long du livre qu’Edgar et Ludmilla n’ont jamais cessé de s’aimer peut-on vraiment parler d’amour ?

 

Jean-Christophe Rufin

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Jean-Christophe Rufin, né le 28 juin 1952 à Bourges dans le Cher, est un médecinécrivain et diplomate français.

Il a été élu en 2008 à l’Académie française, dont il devient alors le plus jeune membre. Ancien président d’Action contre la faim, il a été ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie.

 

Biographie

Enfance et formation

Après le départ du père de Jean-Christophe Rufin, vétérinaire, sa mère part travailler à Paris comme publicitaire. Elle ne peut éduquer seule son fils qui est alors élevé par ses grands-parents. Le grand-père, médecin, qui avait soigné des combattants lors de la Première Guerre mondiale, fut, pendant la Seconde, déporté deux ans à Buchenwald pour faits de résistance — il avait caché des résistants en 1940 dans sa maison de Bourges.

Jean-Christophe a 15 ans lors de la première transplantation cardiaque réalisée par le professeur Christiaan Barnard en 1967. Selon lui, elle fait entrer la médecine dans la modernité et décide de sa vocation.

À 18 ans, il revoit son père par hasard. « J’avais choisi, à Bourges, le premier dispensaire venu pour me faire faire un vaccin. Une jeune femme qui y travaillait m’a demandé mon nom et a blêmi. C’était ma demi-sœur, elle m’a conduit auprès de notre père. Nos rapports ne furent jamais très bons. »

Après avoir fréquenté les lycées parisiens Janson de Sailly et Claude Bernars, Jean-Christophe Rufin entre à la faculté de médecine de La Pitié-Salpêtrière et à l’Institut d’études politiques de Paris. Il a affirmé avoir dérobé, durant cette période, avec un ami étudiant en médecine, la moitié de tête de Ravachol, conservée dans du formol à l’École de médecine de Paris, pour la déposer au pied du Panthéon. En 1975, il est reçu au concours d’internat à Paris – et choisit la neurologie comme spécialité – puis travaille à l’hôpital Rothschild, en salle commune. Pour son service militaire, il part en 1976 comme coopérant à Sousse en Tunisie où il exerce en obstétrique dans une maternité.

 

Carrière médicale

Interne de médecine en neurologie (1976-1981) principalement à La Salpêtrière, Jean-Christophe Rufin devient chef de clinique et assistant des hôpitaux de Paris (1981-1983), puis attaché (1983-1985) des hôpitaux de Paris. Ensuite, lors de ses passages en France, il pratique la médecine à l’hôpital de Nanterre (1994-1995) puis épisodiquement à l’hôpital Saint-Antoine à Paris (1995-1996). En 1997, il quitte son poste au Brésil et rentre en France pour diriger un pavillon de psychiatrie à l’hôpital Saint-Antoine.

 

Carrière dans l’humanitaire

Comme médecin, Jean-Christophe Rufin est l’un des pionniers du mouvement humanitaire Médecins sans frontières où il a été attiré par la personnalité de Bernard Kouchner et où il fréquentera Claude Malhuret. Pour MSF, il a dirigé de nombreuses missions en Afrique de l’Est et en Amérique latine. Sa première mission humanitaire est menée en 1976 en Érythrée, alors ravagé par la guerre. Il y pénètre incognito avec les forces rebelles érythréennes au sein des bataillons humanitaires. En Éthiopie, il rencontre Azeb, qui deviendra sa deuxième femme.

En 1985, Jean-Christophe Rufin devient le directeur médical d’ACF en Éthiopie. Entre 1991 et 1993, il est vice-président de Médecins sans frontières mais son conseil d’administration lui demande de quitter l’association en 1993, au moment où il entre au cabinet de François Léotard, alors ministre de la Défense.

Entre 1994 et 1996, il est administrateur de la Croix-Rouge française.

En 1999, il est en poste au Kosovo comme administrateur de l’association Première Urgence, et dirige à l’École de guerre un séminaire intitulé « ONU et maintien de la paix ». Président d’Action contre la faim (ACF) à partir de 2002, il quitte ses fonctions en juin 2006 pour se consacrer davantage à l’écriture. Il reste cependant président d’honneur de cette organisation non gouvernementale (ONG).

 

Carrière dans les ministères et la diplomatie

Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris en 1980, Jean-Christophe Rufin devient, de 1986 à 1988, conseiller du secrétaire d’État aux Droits de l’hommeClaude Malhuret. En 1989-1990, il s’expatrie au Brésil comme attaché culturel et de coopération auprès de l’ambassade de France. En 1993, il entre au cabinet de François Léotard, ministre de la Défense, comme conseiller spécialisé dans la réflexion stratégique sur les relations Nord-Sud. En 1995, après la naissance de Valentine, son troisième enfant, née le 3 février, il quitte le ministère de la Défense et devient attaché culturel à Recife au Nordeste brésilien.

Il collabore aux travaux de l’Institut de relations internationales et stratégiques en tant que directeur de recherche entre 1996 et 1999. C[onduisant la mission humanitaire française en Bosnie-Herzégovine, il fait libérer onze otages français de l’association Première Urgence Première Urgence  avec les geôliers et en s’obligeant à boire avec eux ».

Dans le « rapport Rufin » (Chantier sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme), sorti le 19 octobre 2004, il attire l’attention sur l’antisémitisme, qui n’a pas, selon lui, à être fondu dans le racisme ou la xénophobie en général.

Le 3 août 2007, il est nommé ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie sur la proposition du ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner. Il s’inscrit ainsi dans la tradition des écrivains-diplomates selon les journalistes de La Tribune.

Au premier semestre 2008, il participe avec les agents de la DGSE à la traque des fuyards d’Al-Qaïda après l’assassinat de touristes français en Mauritanie.

En décembre 2008, il déclare lors d’une conférence de presse : « Au Sénégal, il est très difficile de garder des secrets. Tout le monde sait tout, ou tout le monde croit tout savoir, donc dit n’importe quoi, et donc nous préférions dire les choses comme elles sont, le dire de façon transparente. » Cette remarque ne passe pas inaperçue, tant et si bien que la vice-présidente du Sénat sénégalais, Sokhna Dieng Mbacké, lui demande des excuses publiques pour ces propos « choquants, voire méprisants et insultants ». L’ambassadeur publie aussitôt un communiqué dans lequel il insiste sur « le caractère ironique et affectueux » de ces paroles « tenues sur le ton de la plaisanterie ». Il quitte ses fonctions d’ambassadeur au Sénégal le 30 juin 2010.

En juillet 2011, il intègre l’équipe de campagne de Martine Aubry pour l’élection présidentielle de 2012, chargé avec Jean-Michel Severino de la thématique « Nord-Sud, Coopération, Rayonnement ».

 

Carrière littéraire

Jean-Christophe Rufin a consacré plus de vingt ans de sa vie à travailler dans des ONG au Nicaragua, en Afghanistan, aux Philippines, au Rwanda et dans les Balkans. Cette expérience du terrain l’a conduit à examiner le rôle des ONG dans les situations de conflit, notamment dans son premier essai, Le Piège humanitaire (1986), un essai sur les enjeux politiques de l’action humanitaire et les paradoxes des mouvements « sans frontières » qui, en aidant les populations, font le jeu des dictateurs, et dans son troisième roman, Les Causes perdues (1999).

Ses romans d’aventures, historiques, politiques, s’apparentent à des récits de voyage, la plupart du temps de nature historique, ainsi qu’à des romans d’anticipation.

« J’ai été déformé dans le sens du visuel. […] Comme le disait Kundera, il y a deux sortes d’écrivains : l’écrivain musicien et l’écrivain peintre. Moi je suis peintre. […] Quand on écrit, soit on écoute, soit on voit. On ne peut pas faire les deux en même temps »

Pour son œuvre littéraire Jean-Christophe Rufin reçoit de nombreux prix dont le prix Goncourt en 2001 pour Rouge Brésil. Il est élu à l’Académie française le 19 juin 2008 par 14 voix, au fauteuil de l’écrivain Henri Troyat.

En mars 2018, le roman Le Collier rouge est adapté au cinéma par Jean Becker avec François Cluzet, Nicolas Duvauchelle et Sophie Verbeeck. Jean-Christophe Rufin participe au scénario.

 

Autres fonctions

Par ailleurs, Jean-Christophe Rufin a été maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris entre 1991 et 2002, puis à l’université Paris 13 (1993-1995) et à l’École de guerre (ancien Collège Interarmées de Défense).

Depuis 2005, il est aussi membre du conseil de surveillance du groupe Express-Expansion, et membre des conseils d’administration de l’Institut Pasteur, de France Télévisions et de l’OFPRA.

Il est par ailleurs membre du jury du prix Joseph-Kessel et a été en 2007 membre du jury du Festival du film documentaire de Monaco.

Le nom de Jean-Christophe Rufin a été attribué à la médiathèque municipale de Sens (Yonne) en mai 2013 car la ville souhaitait associer ce lieu à un écrivain reconnu. Un lien littéraire unit Sens à son roman Rouge Brésil grâce au personnage du chevalier de Malte Nicolas Durand de Villegagnon qui fut gouverneur de la Ville de Sens de 1567 à 1571.

 

Vie privée

Christophe Rufin a trois enfants. Sa première épouse était d’origine russe, avec laquelle il a eu un fils, Maurice. Puis, il rencontre en Érythrée Azeb, une Éthiopienne d’une grande famille amhara  qu’ol épousera quatre fois : 15 janvier 1986, 15 février 1986, 24 août 1999 et 25 août 2007 à Saint-Gervais-les-Bains après deux divorces. De cette deuxième union naissent deux filles : Gabrielle (en 1992) et Valentine (en 1995).

Azeb Rufin est agent littéraire chez Agence littéraire Ras Dashen.

Jean-Christophe Rufin réside les deux tiers de l’année à Saint-Nicolas-de-Véroce2 dans le massif du Mont-Blanc, dans une ancienne grange abandonnée du village entièrement démontée et remontée dans les années 1980 et qu’il a achetée au début des années 2000, où il s’enferme pour écrire durant l’hiver avant d’y revenir de juin à septembre.

 

Œuvre littéraire

 

Essais

Le Piège humanitaire – Quand l’humanitaire remplace la guerre,  éd. Jean-Claude Lattès, 1986.

L’Empire et les Nouveaux Barbares,  éd. Jean-Claude Lattès, 1991 ; nouvelle édition revue et augmentée Jean-Claude Lattès, 2001 (un essai de politique internationale qui compare l’Occident à l’Empire romain menacé par les barbares : « Aujourd’hui, c’est l’Est qui demande des aides pour son développement. Quant au Sud, il s’arme maintenant contre le Nord. »)

La Dictature libérale,  éd. Jean-Claude Lattès, 1994, prix Jean-Jacques-Rousseau 1994.

L’Aventure humanitaire, coll. « Découvertes Gallimard / Histoire » éd. Gallimard, 1994.

Géopolitique de la faim – Faim et responsabilité,  éd. PUF, 2004.

 

Romans, récits et nouvelles

L’Abyssinéditions Gallimard1997 – prix Goncourt du premier roman et prix Méditerranée.  

Sauver Ispahan, Gallimard, 1998.

Les Causes perdues, Gallimard 1999 – prix Interallié 1999, Prix littéraire de l’armée de terre – Erwan Bergot 1999 ; réédité avec le titre Asmara et les Causes perdues ».

Rouge Brésil, Gallimard, 2001 – prix Goncourt 2001 

Globalia, Gallimard, 2003 

La Salamandre, Gallimard, 2005 .

Le Parfum d’Adam. Editions Gallimard, 2007.

Un léopard sur le garrot, Gallimard, 2008 (autobiographie)

Katiba, Flammarion, 2010 .

Sept histoires qui reviennent de loin (nouvelles), Gallimard, 2011 (

Le Grand Cœur, Gallimard, 2012 

Immortelle Randonnée : Compostelle malgré moi, éditions Guérin, 2013 

Le Collier rouge, Gallimard, 2014 – prix Maurice-Genevoix

Check-point, Gallimard, 2015 

Le Tour du monde du roi Zibeline, Gallimard, 2017 

Le Suspendu de Conakryéditions Flammarion, 2018, 

Les Sept Mariages d’Edgar et de Ludmilla, Gallimard 

 

En collaboration

Économie des guerres civiles, avec François Jean, éditions Hachette1996.

Mondes rebelles, avec Arnaud de La Grange et Jean-Marc Balancie, éditions Michalon, 1996.

Qui est Daech?, avec Edgar MorinRégis DebrayMichel OnfrayTahar Ben JellounOlivier Weber et Gilles Kepel, éditions Philippe Rey, 2015.

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ACTION CATHOLIQUE (mouvement d'), EGLISE CATHOLIQUE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MICHEL LAUNAY, PIE XI (Pape ; 1857-1939), PIE XI, LE PAPE DE L'ACTION CATHOLIQUE

Pie XI, le Pape de l’Action catholique

Pie XI, le Pape de l’action catholique 

Marcel Launay

Paris, Le Cerf, 2018. 267 pages.

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Présentation de l’éditeur

On lui doit la consécration de Jeanne d’Arc comme sainte patronne de la France, la canonisation de Bernadette Soubirous, de Thérèse de Lisieux ou encore du curé d’Ars, la condamnation de Charles Maurras, la réprobation du communisme, du fascisme et du nazisme. Cet homme, c’était Pie XI (1857-1939) ; et il régna près de vingt ans avec autorité et courage en combattant toutes les formes du mal. C’est en s’appuyant sur les archives vaticanes mises à la disposition du public en 2003 que Marcel Launay reconstitue la vie et l’oeuvre de ce pape. Dans un contexte de colère et de haine, il n’a cessé de rappeler les fondamentaux de l’humanisme chrétien. Jalon essentiel de cette mission : un retour au Christ et à son message premier : la vie avant tout, face au fascisme qui exalte, par définition, la mort. Ce livre, c’est enfin un constat sans appel : Pie XI a été l’artisan du retour du Saint-Siège sur la scène internationale. Après quarante années de maladresse, d’hésitation et d’atermoiement, le Vatican retrouve son rôle de guide et protecteur de l’Europe éternelle. Professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Nantes, Marcel Launay est spécialiste d’histoire du catholicisme. Il est notamment l’auteur d’un ouvrage majeur sur Benoît XV, un pape pour la paix (2015).

Biographie de l’auteur

Professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Nantes, Marcel Launay est spécialiste d’histoire du catholicisme. Il est notamment l’auteur d’un ouvrage majeur sur Benoît XV, un pape pour la paix (2015).

 

BIOGRAPHIE :

 

Pie XI, l’artisan du retour du Saint-Siège sur la scène internationale

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Pie XI (1857-1939) régna près de vingt ans avec autorité et courage en combattant toutes les formes du mal.

Depuis sa mort, en 1939, seulement une petite-douzaine de biographies du pape Pie XI (1857-1939) sont parues en français, la dernière en date étant, en 2004, chez Perrin, celle d’Yves Chiron, spécialiste des papes (Pie IX, Pie X, Paul VI). Environ deux fois moins longue, cette récente biographie est le fruit du travail de l’historien Marcel Launay, professeur honoraire d’histoire contemporaine à l’université de Nantes, qui, lui, parmi une abondante bibliographie axée sur l’histoire religieuse contemporaine, a déjà commis voici peu une biographie de Benoît XV fort appréciée (Cerf, 2014).

Passionné par les livres et l’alpinisme
A la différence de Chiron, Launay passe assez vite sur les années précédent avant l’élection du Milanais Achille Ratti sur le trône de Pierre, qui représentent néanmoins 80 % de son existence. Érudit passionné par les livres, il deviendra préfet de la Bibliothèque Ambrosienne de Milan (1888) puis vice-préfet (1911) et préfet (1914) de la Bibliothèque vaticane. Mais sa carrière ecclésiastique prendra ensuite un cours beaucoup plus pastoral quand il deviendra visiteur apostolique en Pologne (1918) puis nonce dans ce pays (1919) avant d’être en juin 1921 créé cardinal par Benoît XV et nommé archevêque de Milan. Mais il ne restera que quelques mois à ce poste puisque, dès février 1922, il sera élu pape au quatorzième tour de scrutin, candidat de compromis entre un conservateur (Merry del Val) et un libéral (Gasparri) qu’il conservera ensuite comme secrétaire d’État jusqu’en 1930. Cette biographie traite surtout du personnage public, pas suffisamment sans doute de l’homme privé, duquel pointent parcimonieusement quelques traits, comme sa passion pour l’alpinisme !

Les différents chapitres traitent, chacun, des grands thèmes qui ont marqué ce pontificat situé entre les deux grandes guerres du vingtième siècle et, comme le dit Launay, « la hantise de la Première Guerre mondiale et l’obsession de la Seconde caractérisent l’ensemble du pontificat ». Il détaille alors les relations avec l’État italien, qui devient fasciste et signe les accords du Latran en 1929 créant un État du Vatican, petit mais indépendant.

L’aspiration à « étendre le Règne du Christ dans le monde »

De même, le pape réussit à passer des accords avec l’Allemagne de Weimar en 1925 (continués par le concordat de 1933) ou avec la France de la Troisième République. Mais, quand vient la montée des périls un peu partout en Europe au cours de la décennie suivante, Pie XI, dont l’aspiration profonde était depuis le début de son pontificat d’étendre le Règne du Christ dans le monde (il a d’ailleurs institué la fête du Christ Roi de l’univers dès 1925), réagit en s’opposant fortement tant au nazisme qu’au communisme, les deux encycliques promulguées à cinq jours de distance en mars 1937 en sont la preuve (Mit brennender Sorge et Divini Redemptoris). Et en mai 1938, quand Hitler visite la ville éternelle, il quitte ostensiblement Rome pour Castelgondolfo. Il meurt au début de l’année même (10 février) qui verra le commencement de la terrible Deuxième guerre mondiale,  » à la veille de ce qu’on a qualifié de ‘crépuscule de la civilisation’ ».

A côté de ce rôle du pape dans le cours politique du monde, dans une époque si lourde de menaces, Launay développe quelques autres aspects importants du pontificat, très centralisé sur la figure et le ministère du pape : un véritable « élan missionnaire » avec de nouveaux engagements partout dans le monde, en particulier en Asie – un « mirage unioniste » qui voulait faire revenir dans le giron de l’Église romaine tous les chrétiens dissidents, s’opposant donc à l’œcuménisme naissant contre lequel Pie XI écrivit d’ailleurs en 1928 une encyclique, Mortalium animos – un intérêt marqué pour la recherche scientifique avec la réforme des universités romaines et la création de l’Académie pontificale des sciences où furent admis, c’était une première, des non catholiques et même des non chrétiens – enfin, et ce n’est pas le moins important, le sous-titre du présent ouvrage en témoigne, le soutien sans faille du pape à l’Action catholique qu’il qualifia de « prunelle de ses yeux », « mais cet apostolat est d’abord spirituel, un moyen de sanctification personnelle et collective en vue de la rechristianisation des mœurs et de l’instauration d’une nouvelle chrétienté par l’adhésion de tous ceux qui se reconnaissent dans les enseignements de l’Eglise » et, un peu plus loin, notre auteur précise : « Dans cette perspective, sans faire de la politique au sens stricte (sic) du terme, selon le message aux Portugais de 1923, l’Action catholique devra ‘préparer ses militants à faire de la bonne politique, c’est-à-dire une politique qui en toutes choses devra obéir aux principes du christianisme, les seuls qui puissent apporter aux peuples la prospérité et la paix’. »

Malgré ses nombreuses fautes de français et de ponctuation pénibles pour le lecteur, cet ouvrage bien mené peut permettre à ce dernier une (re)découverte de ce pape qui a vécu à une époque de grands périls pour la société et le monde de son temps !

 

https://livre-religion.blogs.la-croix.com/biographie-pie-xi/2018/06/15/
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Biographie: Pie XI¨(1857-1939)

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Achille Ratti naît à Desio en 1857 ; il est ordonné prêtre en 1889. L’année 1921 est capitale pour lui puisqu’il devient archevêque de Milan et cardinal. Quelques mois plus tard, en 1922, il succéde à Benoît XV sous le nom de Pie XI. C’est un érudit mais aussi un sportif accompli qui pratique l’alpinisme. Son pontificat est marqué par plusieurs encycliques « sociales » sur l’éducation, le mariage, la question sociale, la crise économique, le rôle du cinéma…

Le fait politiquement le plus marquant de son pontificat est la signature des accords du Latran avec Mussolini le 11 février 1929. Il établit aussi de nombreux concordats (aussi appelés modus vivendi) avec le Portugal, la Tchécoslovaquie et le IIIè Reich en 1933. 

Mais malgré ce dernier concordat, Pie XI condamne très fermement toutes formes de totalitarismes : en 1926 il condamne l’Action française, en 1931 le fascisme (« Non abbiamo bisogno »), en 1937 le nazisme (« Mite brennender Sorge ») et en 1938 le communisme. Il dira : « spirituellement, nous sommes tous des sémites ». Pourtant il apporte son soutien à Franco lors de la guerre civile d’Espagne et ses relations avec le gouvernement mussolinien étaient loin d’être mauvaises. 

Il soutient activement le clergé missionnaire en ordonnant des prêtes chinois, japonais, indiens, vietnamiens. Il encourage fortement l’Action catholique et aide notamment l’École biblique de Jérusalem, il crée la Commission de la Vulgate, l’Académie pontificale des sciences et la station de radio-Vatican. « Une Église formée seulement de riches n’est plus l’Église de Notre-Seigneur. C’est surtout pour les pauvres qu’il a fondé son Église. »

Il décède le 10 février 1939.

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Action catholique

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L’Action catholique est le nom d’ensemble des mouvements créés par l’Église catholique au xxe siècle dans le cadre du catholicisme social à destination de catégories précises de la société. Créée en 1924, la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) constitue l’un de ses exemples célèbres.

 

Histoire et objectif

L’objectif de l’Action catholique est double :

constituer de nouveaux outils pour christianiser ou entretenir la foi de ces milieux ;

apporter dans ces derniers la doctrine humaniste et sociale de l’Église.

En Italie, l’Action catholique italienne (1922) est organisée par Pie XI au sein de quatre branches (hommes, femmes, jeunes hommes, jeunes filles) qui donnera naissance à l’Action catholique générale.

En France, l’Association catholique de la jeunesse française (ACJF) est créée en 1886 par Albert de Mun et présidée par Henri Savatier. Puis l’ACJF se scinde en formations spécialisées : la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC, 1927), la Jeunesse agricole catholique (JAC, 1929), la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC, 1929), la Jeunesse maritime catholique (JMC, 1932), la Jeunesse indépendante chrétienne (JIC, 1935), la Jeunesse indépendante chrétienne féminine (JICF, 1935). Chacune de ces formations prenant son autonomie, l’ACJF se dissout en 1956.

Le mouvement est porté principalement par des laïcs, bien que soutenus par des théologiens et philosophes tels que Yves CongarMarie-Dominique ChenuEmmanuel Mounier et Jacques Maritain (L’humanisme intégral, 1936). Il s’oriente rapidement à gauche de l’échiquier politique, Mounier, fondateur du personnalisme, allant jusqu’à proclamer que « le capitalisme doit être supprimé et remplacé par une organisation socialiste de la production et de la consommation » (Qu’est-ce que le personnalisme ?, 1946).

En 1938Pie XI créait un office central pour l’Action catholique. À partir de 1950, une quarantaine de mouvements s’organisent au sein de la conférence des Organisations internationales catholiques (OIC).

Jean XXIII crée une commission préparatoire pour l’apostolat des laïcs en 1960.

Les différents mouvements d’Action catholique

La Fédération nationale catholique (FNC), créée par le général Édouard de Castelnau en 1924 devient le mouvement d’Action catholique générale pour les hommes (ACGH), avec l’encouragement de Pie XI. L’Action catholique générale est construite sur le maillage paroissial et pas par « milieu social ». Le général de Castelnau préside la FNC jusqu’à sa mort en 1944. Elle devient alors la FNAC (Fédération nationale d’Action catholique) présidée par Jean Le Cour Grandmaison. Le mouvement se transforme ensuite en ACGH (Action catholique générale des hommes) ;

Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), créée par un jeune prêtre belge, l’abbé Cardijn en Belgique (1924) puis en France (1927) ;

Jeunesse agricole catholique (JAC), créée en 1929, qui deviendra le Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC) en 1963 ;

Jeunesse étudiante chrétienne (JEC), créée en 1929 ;

Jeunesse maritime chrétienne (JMC), créée en 1930 ;

Jeunesse indépendante chrétienne (JIC), créée en 1935 ;

Jeunesse indépendante chrétienne féminine (JICF), créée en 1935 ;

Cœurs vaillants-Âmes vaillantes (1936), qui devient en 1956 l’Action catholique des enfants (ACE) ;

Les Focolari, lancés par l’Italienne Chiara Lubich (1944) ;

Action catholique des milieux indépendants (ACI), fondée en France en 1941 par Marie-Louise Monnet, sœur de Jean Monnet ;

Action catholique ouvrière (ACO), créée en France en 1950 ;

Jeunesse ouvrière chrétienne internationale (JOC Internationale), créée en 1957 ;

Vivre ensemble l’Évangile Aujourd’hui (VEA), mouvement d’Action catholique générale (1975), mouvement mixte issu de l’ACGH ;

Chrétiens dans le monde rural (CMR), qui porte ce nom depuis 1966 (mouvement créé en 1939 sous le nom de Ligue agricole catholique) ;

Mouvement chrétien des retraités (MCR) ;

Mouvement chrétien des cadres et dirigeants (MCC).

LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MELCHIOR, GASPAR & BALTHASAR, MICHEL TOURNIER (1924-2016), ROIS MAGES

Gaspar, Melchior & Balthasar : roman de Michel Tournier

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Gaspard, Melchior & Balthazar 

Michel Tournier

Paris, Gallimard, 1982. 277 pages.

 

 

Présentation de l’éditeur

L’épisode des Rois Mages venus d’Arabie Heureuse pour adorer l’Enfant Jésus, s’il ne fait l’objet que de quelques lignes d’un seul des quatre Évangiles, a magnifiquement inspiré la peinture occidentale. Mais qui étaient ces rois ? Pourquoi avaient-ils quitté leur royaume ? Qu’ont-ils trouvé à Jérusalem – chez Hérode le Grand – puis à Bethléem ? L’Histoire et la légende étant également muettes, il incombait à un romancier de répondre à ces questions. C’est ce qu’a tenté Michel Tournier avec ce récit naïf et violent qui plonge aux sources de la spiritualité occidentale qui en profite également pour camper un quatrième roi qui arrivera en retard après de multiples aventures mais grâce à quoi il boira au calice et se retrouvera au paradis auprès de Celui qu’il aura manqué sur terre pendant son périple.

 

Biographie de l’auteur

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Michel Tournier est né en 1924, d’un père gascon et d’une mère bourguignonne, universitaires et germanistes. Les parents envoient chaque année leurs quatre enfants en vacances à Fribourg-en-Brisgau dans un foyer d’étudiants catholiques où ils peuvent pratiquer la langue. Michel Tournier est alors, selon ses dires, «un enfant hypernerveux, sujet à convulsions, un écorché imaginaire». En 1931, il est envoyé dans un home d’enfants, en Suisse, pour des raisons de santé. Il se passionne pour la musique. De ses séjours en Allemagne, il dit : «J’ai connu le nazisme à neuf ans, à dix ans, à onze ans, à douze ans. Ensuite ç’a été la guerre». Il se souvient des parades militaires du nazisme, des discours du Führer, dénoncés par son père. «Mauvais écolier», il est exclu de plusieurs établissements puis, dès 1935, fait ses études au collège Saint-Erembert de Saint-Germain-en-Laye avant d’être inscrit comme pensionnaire chez les pères d’Alençon. En 1941, la famille quitte la grande maison familiale de Saint-Germain-en-Laye, occupée par l’armée allemande, pour un appartement à Neuilly. Michel Tournier découvre alors la philosophie au lycée Pasteur de Neuilly, où il a pour maître Maurice de Gandillac et pour condisciple Roger Nimier. Les livres de Gaston Bachelard, découverts pendant les vacances, le décident à opter pour une licence de philosophie après le baccalauréat. Étudiant à la faculté des lettres de Paris, il soutient un diplôme de philosophie à la Sorbonne. En 1946, il obtient de se rendre en Allemagne, à Tübingen, où il rencontre Gilles Deleuze, pour apprendre la philosophie allemande. Il y reste quatre ans et, à son retour, se présente au concours de l’agrégation de philosophie, où il échoue. «Ma vie a été détruite, j’étais en morceaux» confie-t-il. Pour gagner sa vie, il fait des traductions chez Plon puis entre à la radio. En 1955, à la création d’Europe n° 1, il fait partie de l’équipe. Il rédige les messages publicitaires «de couches-culottes, de démaquillants et de la lessive». En 1959, il entre chez Plon. Il propose aussi à la télévision une émission mensuelle, Chambre noire, consacrée aux grands photographes. Il publie son premier roman en 1967, Vendredi ou les limbes du Pacifique, couronné par le grand prix de l’Académie française, d’après lequel il écrit par la suite Vendredi ou la vie sauvage, pour les jeunes lecteurs. Le Roi des Aulnes obtient le prix Goncourt en 1970. C’est le début d’une carrière entièrement dédiée à la littérature. Dès lors, Michel Tournier, dans son vieux presbytère de la vallée de Chevreuse, se consacre au «métier d’écrivain». Il voyage au Canada, en Afrique noire, au Sahara. Depuis 1972, il siège à l’Académie Goncourt, partage son temps entre écriture, articles, essais mais aussi rencontres avec son public, la jeunesse.

CHASTETE, LA VIE EN ABONDANCE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, PRÊTRE, PRETRES, RELIGIEUX, SACERDOCE

La vie en abondance de Jean-Marie Guellette

La vie en abondance : la vertu de chasteté pour les prêtres et les religieux

 Jean-Marie Gueullette
Paris, Le Cerf, 2019. 288 pages

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« Avant d’envisager comment mener une vie chaste à la suite du Christ, il est indispensable de prendre la mesure de ce qui, dans le contexte occidental  actuel, marque cette question d’une manière nouvelle. On trouve peu de publications sur la chasteté et celles qui datent un peu apparaissent comme très décalées par rapport au style de vie et de relations qui sont les nôtres. L’accueil de plus jeunes dans des formes de vies où cette vertu est essentielle, de même que l’accompagnement de plus anciens confrontés à des difficultés inhabituelles, doivent tenir compte de ce contexte qui transforme notre rapport au monde et à notre propre corps » (page 29)

« La vie en abondance : la vertu de chasteté pour les prêtres et les religieux » : le titre de cet ouvrage peut paraître provocateur tant il semble en contradiction dans l’ambiance où baignent le monde en général et l’église en particulier aujourd’hui. Les récents scandales révélés ces derniers temps, leurs conséquences et les prises de position de certains (débats sur le mariage des prêtres, remise en question du célibat sacerdotal) ne plaident pas en faveur d’un tel ouvrage où la chasteté est érigée en vertu pour une « vie en abondance ». Si le titre peut également faire sourire tant les mots de « vertu » et de « chasteté » ne semblent plus faire partie du vocabulaire courant mais paraissent plutôt faire penser aux ouvrages de théologie morale du XIXè siècle, il faudrait plutôt saluer le courage de l’auteur pour avoir abordé sans tabou ni langue de bois un tel sujet : finalement c’est peut-être un ouvrage salvateur pour aujourd’hui tant pour les prêtres, les religieux que pour tous ceux qui le liront sans préjugés aucun.

L’auteur dit bien dès son introduction que son propos est de parler pour les prêtres et les religieux et tout son livre est d’en affirmer le bien-fondé. D’emblé il remarque combien les ouvrages s’ils sont peu nombreux aujourd’hui sur ce sujet ceux qui ont été écrits auparavant sont dépassés : il ne s’agit donc pas d’un traité de morale ou de spiritualité qui ignore le monde actuel mais qui s’encre résolument dans la réalité du monde tel qu’il est aujourd’hui, dans la réalité qu’affrontent dans ce début du XXIè siècles les prêtres et les religieux. Il s’agit moins de parler de leur sexualité que de tout ce qui concerne leur vie d’homme appelé à vivre leur célibat d’une façon la plus épanouissante possible et la plus féconde possible

Au fil du texte – et pour s’en convaincre il n’est qu’à ce reporter à la table des matières – il insiste sur le fait que ces consacrés n’en demeurent pas moins des hommes avec un corps qu’il faut apprendre à aimer et à en prendre soin afin de na pas tomber dans des pièges qui peuvent les précipiter vers des chutes désastreuses : tentation du « tout ou rien » qui provoque le découragement, négation ou mépris du corps, activisme pastoral menant au burn-aout, s’en tenir à une norme formelle, rigueur dans une attitude raide par peur de soi ou des autres, fuite dans une spiritualité éthérée. L’auteur pointe avec acuité toutes ces attitudes qui sont autant d’erreurs et de pièges à éviter ; le prêtre et le religieux restent des hommes dans leur psychologie comme dans leur corps : ce sont des êtres sexués avec des désirs et des tentations non à refoulés mais à assumer afin que ce don d’eux-mêmes soient tournés par amour vers les autres et vers Dieu.

L’auteur consacre toute une partie de son livre à une réalité que l’on ne saurait négliger : la prise de conscience du « manque ». En effet « la forme de vie que nous avons choisie […] est inlassablement confrontée à la solitude et au manque de ce qui constitue pourtant une dimension importante de la vie humaine : l’amour dans sa dimension sexuelle… Réduit à une privation absurde, le manque serait à court intenable à court terme » (page 185). C’est pourquoi l’auteur insiste sur le fait que la chasteté est au service de la charité : dans l’amour de Dieu, dans l’amour des autres, l’amour de soi également et que la chasteté est une vie vécue par anticipation en vue du Royaume.

Jean-Marie Guillemette pour conforter son propos cite à de nombreuses reprises les exemples donnés par saint Thomas d’Aquin, de certains Pères du désert ou de moines dont les propos sont pleins de bons sens : prendre du plaisir, avoir des relations amicales avec d’autres que le milieu ecclésial, savoir prendre du repos, savoir se détendre, une vie de prière. Les exemples et les conseils égrainés tout au long de cet ouvrage peuvent être une aide précieuse afin que ces vies données à Dieu et aux autres soient une « vie en abondance »

 

« La chasteté est une vertu » conclut le dominicain : « Vivre la chasteté dans la forme spécifique qu’elle prend dans la vie religieuse ou le sacerdoce, c’et accueillir la vie que Dieu nous donne, la vie en abondance ».

 

Au final c’est un ouvrage qui est à recommander non seulement aux prêtres, aux religieux, mais également aux séminaristes et à tous ceux qui désirent aller au-delà d’un discours convenu sur le sens du célibat et sur la valeur et la beauté même de la chasteté comme vertu et en comprendre tout le sens.

 

 

TABLE DES MATIERES

 

LE CONTEXTE D’UN ENGAGEMENT DEROUTANE

Entre « trop bien » et « trop nul », le réel

Le culte de la performance, jusqu’aux illusions de toute-puissance

Maîtriser sa vie, dans tous les domaines

 

Les mirages de l’immédiateté

Internet, le monde à portée de main

La pornographie accessible à tous

La vie spirituelle et ses effets

 

Recherches de présence dans un monde éclaté

La conscience peut-elle être pleine ?

La communication ou la parole ?

Etre en lien ou rester présent

Un contexte pour la chasteté

 

CHASTETE ET SEXUALITE

 

Un angle mort dans le propos sur la suite du Christ

Avons-nous banni le trouble de nos vies ?

Que faire avec son désir ?

Imaginaire et intelligence à l’œuvre dans la chasteté

 

Dans une vie chaste, où est le corps ?

Le déni du corps ?

Sortir de l’amalgame entre corporel et sexuel

En dehors du plaisir sexuel, quelle place pour le plaisir ?

 

Dans une vie chaste, où s’exprime la sexualité ?

Le déni du sexe

Le déni de la différence sexuelle

Une forme spécifique de chasteté pour les personnes homosexuelles ?

 

Peut-on encore parler de maîtrise de soi ?

Tous les renoncements semblent acceptables, sauf un

Connaissance de soi

Peut-on se donner vraiment sans exercer une certaine maîtrise de son désir ?

La place de la continence dans la vertu de chasteté

Où se situe le volontaire ?

 

CHASTETE ET TEMPERANCE UN CHEMIN D’UNIFICATION

 

La vertu de tempérance

Qu’est-ce que la tempérance ?

Le pire ennemi de la tempérance : l’insensibilité

L’amour de la beauté et la pudeur disposent à la tempérance

La chasteté passe-t-elle par l’abstention de tout contact corporel ?

 

La tempérance n’est pas la mort des passions

La chasteté est-elle contre nature ?

Vivre la tempérance n’est pas vivre à moitié

Le combat de la chasteté

 

Et si on parlait de Dieu ?

L’amour trinitaire principe et modèle

Suivre le Christ chaste

Dieu en qui la virginité retrouve un nouveau sens

Un don de Dieu

 

UN CHOIX MARQUE PAR LE MANQUE

 

L’engagement à la chasteté comme réponse à un don de Dieu

Vivre dans la chasteté : une décision accompagnée par la grâce

C’est au nom d’une relation qu’un tel renoncement est vécu

Le Christ, un choix prioritaire, exclusif, absolu ?

Le choix comporte un manque, il n’et pas le choix du manque

 

Comme toute vie humaine, notre vie est marquée par le manque

La finitude, la condition corporelle

Bienheureuses défaillances qui nous rappellent le réel

Le célibat : scandale ou condition commune

Marqués par un manque, et pourtant toujours des hommes

Marqués par le manque et pourtant disponibles

 

LE MANQUE SUSCITE UNE ELABORATION DE SENS

La solitude du désir

Au-delà de la conformité à la norme

Au-delà de la signification

Penser le manque à la lumière de la virginité

 

EVITER LE MANQUE, UNE TENTATION

Le comblement du manque

Par le travail, jusqu’au burn-aout

Par les responsabilités, les charges, mêmes minimes

Par la séduction

Par la vie spirituelle

Par la radicalité

 

La fuite du manque

En confondant chasteté et toute-puissance

En confondant impuissance et chasteté

En fuyant la complexité des relations humaines

 

 

LA CHASTETE AU SERVICE DE LA CHARITE

 

Amour de Dieu

Se donner à Dieu, une expérience amoureuse ?

La prière, un défi pour la chasteté

La liturgi, une expérience de chasteté

 

Amour des autres

La chasteté dans les relations humaines

La vie apostolique

La vie de communauté

L’amitié

La chasteté dans la parole

 

Amour de soi

Nul ne peut vivre sans plaisir

Aimer son propre corps

Aimer son corps d’homme

 

LE TEMPS DE LA CHASTETE

Une intégration progressive, qui prend du temps

Du bon usage des rechutes

Une contre-façon du temps de Dieu

La procrastination

La patience, sœur de la chasteté

 

La chasteté, anticipation du Royaume à venir

 

©Claude Tricoire

 

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Quatrième de couverture

Impossible de vivre sans sexe ? Un mirage, la chasteté ? Et, d’ailleurs, comment font-ils ces hommes qui se disent de Dieu ? Sans tabou et sans concession, un vrai guide.

La chasteté, comprise comme l’abstinence sexuelle volontaire pour des raisons religieuses, a toujours suscité beaucoup de suspicion. Les récents scandales qui frappent l’Église semblent donner raison à ceux qui y voient un mirage ou une imposture. Mais est-ce si vrai ? Ne serait-ce pas plutôt qu’il faut comprendre cette même chasteté dans un élan de vie consacré où la sexualité n’est pas amputée, refoulée, mais transcendée. Mais alors comment ? À quel prix ? Et par quels moyens ? L’enjeu spirituel de la chasteté est-il de l’ordre de la conformité à un modèle ou de l’humilité ?

Mobilisant l’histoire, la théologie, la biologie, la psychologie, c’est en religieux mais aussi en scientifique que Jean-Marie Gueullette livre ici une réflexion concrète où la frustration s’efface devant la transfiguration. Il ne s’agit pas de tuer le désir, mais de le vivre autrement.

Un traité libérateur.

 

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Comment la chasteté peut être une manière d’aimer

À la fois théologien et médecin, le dominicain Jean-Marie Gueullette explore avec simplicité et franchise les défis posés aux prêtres et religieux par la chasteté, « comprise comme l’abstinence sexuelle volontaire ».

Pourquoi la chasteté, lorsqu’elle est vécue dans le célibat, n’est-elle plus comprise comme un signe particulier de l’amour de Dieu ? Est-ce la conséquence d’une évolution de la société et de ses mœurs, d’un défaut d’explication par l’Église ? Ou encore de la manière dont elle est parfois vécue par les intéressés ?

C’est en dominicain, théologien et médecin à la fois, que Jean-Marie Gueullette s’affronte au beau est vaste sujet de la chasteté des prêtres et des religieux, « comprise comme l’abstinence sexuelle volontaire ». Sa parole, précise-t-il d’emblée, loin de se réduire au seul contexte des révélations d’agressions sexuelles commises par des clercs, s’adresse en priorité « à des hommes, prêtres ou religieux », car « la manière de vivre ces questions est profondément différente entre hommes et femmes ». Mais d’autres qu’eux pourront lire ses réflexions avec profit, tant les prises de paroles sur le sujet sont à la fois rares… et nécessaires. « La période douloureuse que traverse l’Église sur ces sujets a le mérite de faire prendre conscience de la pauvreté de son propos éducatif et théologique sur la chasteté », note-t-il au passage.

Soucieux de ne pas copier ces écrits « qui énoncent des principes respectables, voire de profondes pensées spirituelles, mais qui laissent leurs lecteurs sur leur faim car ils n’ont pas répondu à leur principale question – quotidienne parfois : dans cette vie que j’ai choisie, que faire avec mon désir, que faire avec mes émotions ? », Jean-Marie Gueullette n’esquive pas ni le combat et ni la souffrance. Il aborde les questions délicates comme cette « tendance vers un déni du corps » lorsque celui-ci n’est plus « investi dans le registre du travail manuel ou de la performance sportive », la recherche d’un « plaisir solitaire », ou plus récemment, ces règlements adoptés par des institutions religieuses en forme de « listes de gestes interdits » et qui confondent « corporel et sexuel ».

L’auteur met aussi en garde contre une forme de chasteté qui « fermerait le cœur et nourrirait l’orgueil », consisterait « à élever une muraille autour de soi » au point d’être « incapable de se confier ou de se montrer vulnérable », ou encore comprise comme « un empire absolu exercé par l’esprit sur la chair ». Ses interrogations se font parfois provocantes : « Est-ce qu’on honore Dieu en ayant honte de la créature qu’on est ? (…) Comment se fait-il que les chrétiens aient de telles difficultés avec leur corps, alors qu’ils sont censés contempler inlassablement le mystère de leur création à l’image de Dieu  ? »

Mais si le chemin est parsemé de tant d’embûches, pourquoi exiger un tel renoncement de ceux qui choisissent la vie religieuse ou le ministère presbytéral  ? Parce que la chasteté, qui est une vertu et non un interdit, peut être « la source d’une manière de vivre et d’aimer » qui convient à certains, affirme ce disciple de Thomas d’Aquin, amusé de voir la surprise de ses interlocuteurs lorsqu’il leur répond qu’ils « n’ont aucune idée de ce dont ils sont privés »  ! « Ce n’est qu’une fois qu’elle est goûtée comme simplicité de vie, pureté et liberté du cœur, capacité à entrer en relation autrement que par la séduction que la chasteté peut devenir aimable et ne pas être vécue exclusivement comme une privation », témoigne-t-il.

« Oui, le célibat consacré est une croix »

Vingt ans après le frère Timothy Radcliffe, ancien maître de son ordre, Jean-Marie Gueullette prend à son tour son bâton de pèlerin pour rappeler que « le premier péché contre la chasteté, c’est le manque d’amour » (1). Pour construire leur équilibre personnel, prêtres et religieux doivent reconnaître que le choix d’une vie consacrée au Christ comporte un manque « que rien ni personne ne viendra combler ». Mais ce manque n’a de sens qu’orienté vers « un bien », qui n’est pas seulement la disponibilité à Dieu ou à l’Église : « Si nous avons fait le choix de vouer toute notre existence à son service, ce ne peut être que parce que nous voyons dans cette forme de vie une manière d’accueillir la vie, la vie qu’il nous offre en abondance. »

Cf. Je vous appelle amis, Entretiens avec G. Goubert. (Cerf, 2000).

La Croix du 27 mai 2019.

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