CHASTETE, LA VIE EN ABONDANCE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, PRÊTRE, PRETRES, RELIGIEUX, SACERDOCE

La vie en abondance de Jean-Marie Guellette

La vie en abondance : la vertu de chasteté pour les prêtres et les religieux

 Jean-Marie Gueullette
Paris, Le Cerf, 2019. 288 pages

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« Avant d’envisager comment mener une vie chaste à la suite du Christ, il est indispensable de prendre la mesure de ce qui, dans le contexte occidental  actuel, marque cette question d’une manière nouvelle. On trouve peu de publications sur la chasteté et celles qui datent un peu apparaissent comme très décalées par rapport au style de vie et de relations qui sont les nôtres. L’accueil de plus jeunes dans des formes de vies où cette vertu est essentielle, de même que l’accompagnement de plus anciens confrontés à des difficultés inhabituelles, doivent tenir compte de ce contexte qui transforme notre rapport au monde et à notre propre corps » (page 29)

« La vie en abondance : la vertu de chasteté pour les prêtres et les religieux » : le titre de cet ouvrage peut paraître provocateur tant il semble en contradiction dans l’ambiance où baignent le monde en général et l’église en particulier aujourd’hui. Les récents scandales révélés ces derniers temps, leurs conséquences et les prises de position de certains (débats sur le mariage des prêtres, remise en question du célibat sacerdotal) ne plaident pas en faveur d’un tel ouvrage où la chasteté est érigée en vertu pour une « vie en abondance ». Si le titre peut également faire sourire tant les mots de « vertu » et de « chasteté » ne semblent plus faire partie du vocabulaire courant mais paraissent plutôt faire penser aux ouvrages de théologie morale du XIXè siècle, il faudrait plutôt saluer le courage de l’auteur pour avoir abordé sans tabou ni langue de bois un tel sujet : finalement c’est peut-être un ouvrage salvateur pour aujourd’hui tant pour les prêtres, les religieux que pour tous ceux qui le liront sans préjugés aucun.

L’auteur dit bien dès son introduction que son propos est de parler pour les prêtres et les religieux et tout son livre est d’en affirmer le bien-fondé. D’emblé il remarque combien les ouvrages s’ils sont peu nombreux aujourd’hui sur ce sujet ceux qui ont été écrits auparavant sont dépassés : il ne s’agit donc pas d’un traité de morale ou de spiritualité qui ignore le monde actuel mais qui s’encre résolument dans la réalité du monde tel qu’il est aujourd’hui, dans la réalité qu’affrontent dans ce début du XXIè siècles les prêtres et les religieux. Il s’agit moins de parler de leur sexualité que de tout ce qui concerne leur vie d’homme appelé à vivre leur célibat d’une façon la plus épanouissante possible et la plus féconde possible

Au fil du texte – et pour s’en convaincre il n’est qu’à ce reporter à la table des matières – il insiste sur le fait que ces consacrés n’en demeurent pas moins des hommes avec un corps qu’il faut apprendre à aimer et à en prendre soin afin de na pas tomber dans des pièges qui peuvent les précipiter vers des chutes désastreuses : tentation du « tout ou rien » qui provoque le découragement, négation ou mépris du corps, activisme pastoral menant au burn-aout, s’en tenir à une norme formelle, rigueur dans une attitude raide par peur de soi ou des autres, fuite dans une spiritualité éthérée. L’auteur pointe avec acuité toutes ces attitudes qui sont autant d’erreurs et de pièges à éviter ; le prêtre et le religieux restent des hommes dans leur psychologie comme dans leur corps : ce sont des êtres sexués avec des désirs et des tentations non à refoulés mais à assumer afin que ce don d’eux-mêmes soient tournés par amour vers les autres et vers Dieu.

L’auteur consacre toute une partie de son livre à une réalité que l’on ne saurait négliger : la prise de conscience du « manque ». En effet « la forme de vie que nous avons choisie […] est inlassablement confrontée à la solitude et au manque de ce qui constitue pourtant une dimension importante de la vie humaine : l’amour dans sa dimension sexuelle… Réduit à une privation absurde, le manque serait à court intenable à court terme » (page 185). C’est pourquoi l’auteur insiste sur le fait que la chasteté est au service de la charité : dans l’amour de Dieu, dans l’amour des autres, l’amour de soi également et que la chasteté est une vie vécue par anticipation en vue du Royaume.

Jean-Marie Guillemette pour conforter son propos cite à de nombreuses reprises les exemples donnés par saint Thomas d’Aquin, de certains Pères du désert ou de moines dont les propos sont pleins de bons sens : prendre du plaisir, avoir des relations amicales avec d’autres que le milieu ecclésial, savoir prendre du repos, savoir se détendre, une vie de prière. Les exemples et les conseils égrainés tout au long de cet ouvrage peuvent être une aide précieuse afin que ces vies données à Dieu et aux autres soient une « vie en abondance »

 

« La chasteté est une vertu » conclut le dominicain : « Vivre la chasteté dans la forme spécifique qu’elle prend dans la vie religieuse ou le sacerdoce, c’et accueillir la vie que Dieu nous donne, la vie en abondance ».

 

Au final c’est un ouvrage qui est à recommander non seulement aux prêtres, aux religieux, mais également aux séminaristes et à tous ceux qui désirent aller au-delà d’un discours convenu sur le sens du célibat et sur la valeur et la beauté même de la chasteté comme vertu et en comprendre tout le sens.

 

 

TABLE DES MATIERES

 

LE CONTEXTE D’UN ENGAGEMENT DEROUTANE

Entre « trop bien » et « trop nul », le réel

Le culte de la performance, jusqu’aux illusions de toute-puissance

Maîtriser sa vie, dans tous les domaines

 

Les mirages de l’immédiateté

Internet, le monde à portée de main

La pornographie accessible à tous

La vie spirituelle et ses effets

 

Recherches de présence dans un monde éclaté

La conscience peut-elle être pleine ?

La communication ou la parole ?

Etre en lien ou rester présent

Un contexte pour la chasteté

 

CHASTETE ET SEXUALITE

 

Un angle mort dans le propos sur la suite du Christ

Avons-nous banni le trouble de nos vies ?

Que faire avec son désir ?

Imaginaire et intelligence à l’œuvre dans la chasteté

 

Dans une vie chaste, où est le corps ?

Le déni du corps ?

Sortir de l’amalgame entre corporel et sexuel

En dehors du plaisir sexuel, quelle place pour le plaisir ?

 

Dans une vie chaste, où s’exprime la sexualité ?

Le déni du sexe

Le déni de la différence sexuelle

Une forme spécifique de chasteté pour les personnes homosexuelles ?

 

Peut-on encore parler de maîtrise de soi ?

Tous les renoncements semblent acceptables, sauf un

Connaissance de soi

Peut-on se donner vraiment sans exercer une certaine maîtrise de son désir ?

La place de la continence dans la vertu de chasteté

Où se situe le volontaire ?

 

CHASTETE ET TEMPERANCE UN CHEMIN D’UNIFICATION

 

La vertu de tempérance

Qu’est-ce que la tempérance ?

Le pire ennemi de la tempérance : l’insensibilité

L’amour de la beauté et la pudeur disposent à la tempérance

La chasteté passe-t-elle par l’abstention de tout contact corporel ?

 

La tempérance n’est pas la mort des passions

La chasteté est-elle contre nature ?

Vivre la tempérance n’est pas vivre à moitié

Le combat de la chasteté

 

Et si on parlait de Dieu ?

L’amour trinitaire principe et modèle

Suivre le Christ chaste

Dieu en qui la virginité retrouve un nouveau sens

Un don de Dieu

 

UN CHOIX MARQUE PAR LE MANQUE

 

L’engagement à la chasteté comme réponse à un don de Dieu

Vivre dans la chasteté : une décision accompagnée par la grâce

C’est au nom d’une relation qu’un tel renoncement est vécu

Le Christ, un choix prioritaire, exclusif, absolu ?

Le choix comporte un manque, il n’et pas le choix du manque

 

Comme toute vie humaine, notre vie est marquée par le manque

La finitude, la condition corporelle

Bienheureuses défaillances qui nous rappellent le réel

Le célibat : scandale ou condition commune

Marqués par un manque, et pourtant toujours des hommes

Marqués par le manque et pourtant disponibles

 

LE MANQUE SUSCITE UNE ELABORATION DE SENS

La solitude du désir

Au-delà de la conformité à la norme

Au-delà de la signification

Penser le manque à la lumière de la virginité

 

EVITER LE MANQUE, UNE TENTATION

Le comblement du manque

Par le travail, jusqu’au burn-aout

Par les responsabilités, les charges, mêmes minimes

Par la séduction

Par la vie spirituelle

Par la radicalité

 

La fuite du manque

En confondant chasteté et toute-puissance

En confondant impuissance et chasteté

En fuyant la complexité des relations humaines

 

 

LA CHASTETE AU SERVICE DE LA CHARITE

 

Amour de Dieu

Se donner à Dieu, une expérience amoureuse ?

La prière, un défi pour la chasteté

La liturgi, une expérience de chasteté

 

Amour des autres

La chasteté dans les relations humaines

La vie apostolique

La vie de communauté

L’amitié

La chasteté dans la parole

 

Amour de soi

Nul ne peut vivre sans plaisir

Aimer son propre corps

Aimer son corps d’homme

 

LE TEMPS DE LA CHASTETE

Une intégration progressive, qui prend du temps

Du bon usage des rechutes

Une contre-façon du temps de Dieu

La procrastination

La patience, sœur de la chasteté

 

La chasteté, anticipation du Royaume à venir

 

©Claude Tricoire

 

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Quatrième de couverture

Impossible de vivre sans sexe ? Un mirage, la chasteté ? Et, d’ailleurs, comment font-ils ces hommes qui se disent de Dieu ? Sans tabou et sans concession, un vrai guide.

La chasteté, comprise comme l’abstinence sexuelle volontaire pour des raisons religieuses, a toujours suscité beaucoup de suspicion. Les récents scandales qui frappent l’Église semblent donner raison à ceux qui y voient un mirage ou une imposture. Mais est-ce si vrai ? Ne serait-ce pas plutôt qu’il faut comprendre cette même chasteté dans un élan de vie consacré où la sexualité n’est pas amputée, refoulée, mais transcendée. Mais alors comment ? À quel prix ? Et par quels moyens ? L’enjeu spirituel de la chasteté est-il de l’ordre de la conformité à un modèle ou de l’humilité ?

Mobilisant l’histoire, la théologie, la biologie, la psychologie, c’est en religieux mais aussi en scientifique que Jean-Marie Gueullette livre ici une réflexion concrète où la frustration s’efface devant la transfiguration. Il ne s’agit pas de tuer le désir, mais de le vivre autrement.

Un traité libérateur.

 

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Comment la chasteté peut être une manière d’aimer

À la fois théologien et médecin, le dominicain Jean-Marie Gueullette explore avec simplicité et franchise les défis posés aux prêtres et religieux par la chasteté, « comprise comme l’abstinence sexuelle volontaire ».

Pourquoi la chasteté, lorsqu’elle est vécue dans le célibat, n’est-elle plus comprise comme un signe particulier de l’amour de Dieu ? Est-ce la conséquence d’une évolution de la société et de ses mœurs, d’un défaut d’explication par l’Église ? Ou encore de la manière dont elle est parfois vécue par les intéressés ?

C’est en dominicain, théologien et médecin à la fois, que Jean-Marie Gueullette s’affronte au beau est vaste sujet de la chasteté des prêtres et des religieux, « comprise comme l’abstinence sexuelle volontaire ». Sa parole, précise-t-il d’emblée, loin de se réduire au seul contexte des révélations d’agressions sexuelles commises par des clercs, s’adresse en priorité « à des hommes, prêtres ou religieux », car « la manière de vivre ces questions est profondément différente entre hommes et femmes ». Mais d’autres qu’eux pourront lire ses réflexions avec profit, tant les prises de paroles sur le sujet sont à la fois rares… et nécessaires. « La période douloureuse que traverse l’Église sur ces sujets a le mérite de faire prendre conscience de la pauvreté de son propos éducatif et théologique sur la chasteté », note-t-il au passage.

Soucieux de ne pas copier ces écrits « qui énoncent des principes respectables, voire de profondes pensées spirituelles, mais qui laissent leurs lecteurs sur leur faim car ils n’ont pas répondu à leur principale question – quotidienne parfois : dans cette vie que j’ai choisie, que faire avec mon désir, que faire avec mes émotions ? », Jean-Marie Gueullette n’esquive pas ni le combat et ni la souffrance. Il aborde les questions délicates comme cette « tendance vers un déni du corps » lorsque celui-ci n’est plus « investi dans le registre du travail manuel ou de la performance sportive », la recherche d’un « plaisir solitaire », ou plus récemment, ces règlements adoptés par des institutions religieuses en forme de « listes de gestes interdits » et qui confondent « corporel et sexuel ».

L’auteur met aussi en garde contre une forme de chasteté qui « fermerait le cœur et nourrirait l’orgueil », consisterait « à élever une muraille autour de soi » au point d’être « incapable de se confier ou de se montrer vulnérable », ou encore comprise comme « un empire absolu exercé par l’esprit sur la chair ». Ses interrogations se font parfois provocantes : « Est-ce qu’on honore Dieu en ayant honte de la créature qu’on est ? (…) Comment se fait-il que les chrétiens aient de telles difficultés avec leur corps, alors qu’ils sont censés contempler inlassablement le mystère de leur création à l’image de Dieu  ? »

Mais si le chemin est parsemé de tant d’embûches, pourquoi exiger un tel renoncement de ceux qui choisissent la vie religieuse ou le ministère presbytéral  ? Parce que la chasteté, qui est une vertu et non un interdit, peut être « la source d’une manière de vivre et d’aimer » qui convient à certains, affirme ce disciple de Thomas d’Aquin, amusé de voir la surprise de ses interlocuteurs lorsqu’il leur répond qu’ils « n’ont aucune idée de ce dont ils sont privés »  ! « Ce n’est qu’une fois qu’elle est goûtée comme simplicité de vie, pureté et liberté du cœur, capacité à entrer en relation autrement que par la séduction que la chasteté peut devenir aimable et ne pas être vécue exclusivement comme une privation », témoigne-t-il.

« Oui, le célibat consacré est une croix »

Vingt ans après le frère Timothy Radcliffe, ancien maître de son ordre, Jean-Marie Gueullette prend à son tour son bâton de pèlerin pour rappeler que « le premier péché contre la chasteté, c’est le manque d’amour » (1). Pour construire leur équilibre personnel, prêtres et religieux doivent reconnaître que le choix d’une vie consacrée au Christ comporte un manque « que rien ni personne ne viendra combler ». Mais ce manque n’a de sens qu’orienté vers « un bien », qui n’est pas seulement la disponibilité à Dieu ou à l’Église : « Si nous avons fait le choix de vouer toute notre existence à son service, ce ne peut être que parce que nous voyons dans cette forme de vie une manière d’accueillir la vie, la vie qu’il nous offre en abondance. »

Cf. Je vous appelle amis, Entretiens avec G. Goubert. (Cerf, 2000).

La Croix du 27 mai 2019.

AMIN MAALOUF (1949-...), LE NAUFRAGE DES CIVILISATIONS, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

Le naugrage des civilisations par Amin Maalouf

Le naufrage des civilisations : essai 

Amin Maalouf

Paris, Grasset, 2019. 336 pages.

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Présentation de l’éditeur
Il faut prêter attention aux analyses d’Amin Maalouf  : ses intuitions se révèlent  des prédictions, tant il semble avoir la prescience des grands sujets avant qu’ils n’affleurent à la conscience universelle. Il s’inquiétait il y a vingt ans de la montée des Identités meurtrières  ; il y a dix ans du Dérèglement du monde. Il est aujourd’hui convaincu que nous arrivons au seuil d’un naufrage global, qui affecte toutes les aires de civilisation.
L’Amérique, bien qu’elle demeure l’unique superpuissance, est en train de perdre toute crédibilité morale. L’Europe, qui offrait à ses peuples comme au reste de l’humanité le projet le plus ambitieux et le plus réconfortant de notre époque, est en train de se disloquer. Le monde arabo-musulman est enfoncé dans une crise profonde qui plonge ses populations dans le désespoir, et qui a des répercussions calamiteuses sur l’ensemble de la planète. De grandes nations «  émergentes  » ou «  renaissantes  », telles la Chine, l’Inde ou la Russie, font irruption sur la scène mondiale dans une atmosphère délétère où règne le chacun-pour-soi et la loi du plus fort. Une nouvelle course aux armements paraît inéluctable. Sans compter les graves menaces (climat, environnement, santé) qui pèsent sur la planète et auxquelles on ne pourrait faire face que par une solidarité globale qui nous fait précisément défaut.
Depuis plus d’un demi-siècle, l’auteur observe le monde, et le parcourt. Il était à Saigon à la fin de la guerre du Vietnam, à Téhéran lors de l’avènement de la République islamique. Dans ce livre puissant et ample, il fait œuvre à la fois de spectateur engagé et de penseur, mêlant récits et réflexions, racontant parfois des événements majeurs dont il s’est trouvé être l’un des rares témoins oculaires, puis s’élevant en historien au-dessus de sa propre expérience afin de nous expliquer par quelles dérives successives l’humanité est passée pour se retrouver ainsi au seuil du naufrage.

 

Biographie de l’auteur

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Amin Maalouf a publié des romans, comme Léon l’AfricainSamarcandeLe rocher de Tanios (Prix Goncourt 1993) ou Les désorientés ; des ouvrages historiques comme OriginesUn fauteuil sur la Seine ou Les croisades vues par les Arabes ; ainsi que des essais, comme Les identités meurtrières ou Le dérèglement du monde. Ses livres sont traduits en une cinquantaine de langues. Il a été élu à l’Académie française en 2011, au fauteuil de Claude Lévi-Strauss.

 

 

 

 

 

 

CHASTETE, JEAN-MARIE GUEULETTE, LA VIE EN ABONDANCE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, PRETRE, PRETRES, RELIGIEUX

La vie en abondance : un livre de Jean-Marie Gueullette sur la chasteté des prêtres et des religieux

Comment la chasteté peut être une manière d’aimer

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À la fois théologien et médecin, le dominicain Jean-Marie Gueullette explore avec simplicité et franchise les défis posés aux prêtres et religieux par la chasteté, « comprise comme l’abstinence sexuelle volontaire ».

 La vie en abondance. la vertu de chasteté pour les prêtres et les religieux,

 Jean-Marie Gueullette,

Paris, Le Cerf, 2019. 290 pages

Pourquoi la chasteté, lorsqu’elle est vécue dans le célibat, n’est-elle plus comprise comme un signe particulier de l’amour de Dieu ? Est-ce la conséquence d’une évolution de la société et de ses mœurs, d’un défaut d’explication par l’Église ? Ou encore de la manière dont elle est parfois vécue par les intéressés ?

C’est en dominicain, théologien et médecin à la fois, que Jean-Marie Gueullette s’affronte au beau est vaste sujet de la chasteté des prêtres et des religieux, « comprise comme l’abstinence sexuelle volontaire ». Sa parole, précise-t-il d’emblée, loin de se réduire au seul contexte des révélations d’agressions sexuelles commises par des clercs, s’adresse en priorité « à des hommes, prêtres ou religieux », car « la manière de vivre ces questions est profondément différente entre hommes et femmes ». Mais d’autres qu’eux pourront lire ses réflexions avec profit, tant les prises de paroles sur le sujet sont à la fois rares… et nécessaires.

« La période douloureuse que traverse l’Église sur ces sujets a le mérite de faire prendre conscience de la pauvreté de son propos éducatif et théologique sur la chasteté », note-t-il au passage.

Stéphane Joulain: la formation des prêtres doit aider « à faire la vérité sur eux-mêmes et leur sexualité »

Soucieux de ne pas copier ces écrits « qui énoncent des principes respectables, voire de profondes pensées spirituelles, mais qui laissent leurs lecteurs sur leur faim car ils n’ont pas répondu à leur principale question – quotidienne parfois : dans cette vie que j’ai choisie, que faire avec mon désir, que faire avec mes émotions ? », Jean-Marie Gueullette n’esquive pas ni le combat et ni la souffrance. Il aborde les questions délicates comme cette « tendance vers un déni du corps » lorsque celui-ci n’est plus « investi dans le registre du travail manuel ou de la performance sportive », la recherche d’un « plaisir solitaire », ou plus récemment, ces règlements adoptés par des institutions religieuses en forme de « listes de gestes interdits » et qui confondent « corporel et sexuel ».

L’auteur met aussi en garde contre une forme de chasteté qui « fermerait le cœur et nourrirait l’orgueil », consisterait « à élever une muraille autour de soi » au point d’être « incapable de se confier ou de se montrer vulnérable », ou encore comprise comme « un empire absolu exercé par l’esprit sur la chair ». Ses interrogations se font parfois provocantes : « Est-ce qu’on honore Dieu en ayant honte de la créature qu’on est ? (…) Comment se fait-il que les chrétiens aient de telles difficultés avec leur corps, alors qu’ils sont censés contempler inlassablement le mystère de leur création à l’image de Dieu ? »

Mais si le chemin est parsemé de tant d’embûches, pourquoi exiger un tel renoncement de ceux qui choisissent la vie religieuse ou le ministère presbytéral ? Parce que la chasteté, qui est une vertu et non un interdit, peut être « la source d’une manière de vivre et d’aimer » qui convient à certains, affirme ce disciple de Thomas d’Aquin, amusé de voir la surprise de ses interlocuteurs lorsqu’il leur répond qu’ils « n’ont aucune idée de ce dont ils sont privés » ! « Ce n’est qu’une fois qu’elle est goûtée comme simplicité de vie, pureté et liberté du cœur, capacité à entrer en relation autrement que par la séduction que la chasteté peut devenir aimable et ne pas être vécue exclusivement comme une privation », témoigne-t-il.

« Oui, le célibat consacré est une croix »

Vingt ans après le fr. Timothy Radcliffe, ancien maître de son ordre, Jean-Marie Gueullette prend à son tour son bâton de pèlerin pour rappeler que « le premier péché contre la chasteté, c’est le manque d’amour » (1). Pour construire leur équilibre personnel, prêtres et religieux doivent reconnaître que le choix d’une vie consacrée au Christ comporte un manque « que rien ni personne ne viendra combler ». Mais ce manque n’a de sens qu’orienté vers « un bien », qui n’est pas seulement la disponibilité à Dieu ou à l’Église : « Si nous avons fait le choix de vouer toute notre existence à son service, ce ne peut être que parce que nous voyons dans cette forme de vie une manière d’accueillir la vie, la vie qu’il nous offre en abondance. »

 

  • Je vous appelle amis, Entretiens avec G. Goubert. (Cerf, 2000

 

 

https://livre-religion.blogs.la-croix.com/spiritualite-comment-la-chastete-peut-etre-une-maniere-daimer/2019/05/27

).

CATHEDRALE DE PARIS, ECRIVAIN ANGLAIS, KEN FOLLETT (1949-...), LITTERATURE BRITANNIQUE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, NOTRE-DAME, NOTRE-DAME DE PARIS

Notre-Dame de Paris par Ken Follett

Notre-Dame

Ken Follett

Paris, Robert Laffont, 2019. 73 pages.

Notre-Dame

Tout ce que Ken Follett a mis dans « Notre-Dame »

D’abord « stupéfait » et « chaviré », Follett, l’émotion passée, s’est mis à raconter sa nuit du drame, et quelques épisodes marquants de l’histoire de Notre-Dame de Paris.

 

« Si les murs ne sont pas tombés, c’est qu’ils sont encore suffisamment forts. Suffisamment forts pour commencer la reconstruction. Aujourd’hui, je note la présence de grues. Ce qui veut dire que le travail énorme a déjà commencé. Ce sera difficile, mais pas impossible, du moins, je l’espère. » Ken Follett, deux mois après le drame, confiait, en ces termes, au micro de RTL « la tragédie » qu’avait été pour lui la nuit de l’embrasement de Notre-Dame. Au lendemain de ce traumatisme survenu le lundi 15 avril 2019, à la demande de son éditrice française, le maître ès cathédrales, auteur de la trilogie Les Piliers de la terre et Une colonne de feu, s’est attelé à lui dédier un petit livre. Les droits d’auteur et les bénéfices de ce récit, dont 100 000 euros versés par l’éditeur britannique Pinguin, seront reversés pour sa reconstruction à la Fondation du patrimoine.

 

Ce que Follett a choisi de mettre dans son Notre-Dame  ? De l’histoire, de l’héroïsme, des envolées, et une bonne dose d’humour british, fidèle à son habitude, dont voici 5 temps forts :

Tweet nocturne « Le tweet qui a suscité la réaction la plus sincère des abonnés cette nuit-là disait simplement : Français, Françaises, nous partagons votre tristesse. J’aurais dû écrire nous partageons, avec un e, mais personne ne m’en a fait grief. »

La taille, ça compte : « La cathédrale était trop petite en 1163. La population parisienne s’accroissait. Sur la rive droite du fleuve, le commerce prenait un essor sans égal dans le reste de l’Europe médiévale, tandis que, sur la rive gauche, l’université attirait des étudiants de nombreux pays. Entre les deux, sur une île du fleuve, se dressait la cathédrale, et l’évêque Maurice de Sully regrettait qu’elle ne fût pas plus grande. »

La victoire de Hugo : « Les descriptions dithyrambiques de Victor Hugo, bouleversé par la beauté de Notre-Dame, et ses protestations outragées à propos de son état d’abandon émurent les lecteurs de son livre. Ce best-seller mondial attira touristes et pèlerins vers la cathédrale, et le bâtiment délabré qu’ils découvrirent fit honte à la ville. L’indignation d’Hugo fut contagieuse. Le gouvernement décida d’agir. »

Viollet-le-Duc et des reproches : « Ses gargouilles n’étaient pas très médiévales. […] Le déambulatoire et ses chapelles étaient, déclara-t-on, surchargés de décors, un curieux reproche à faire à une cathédrale gothique, un peu comme si on regrettait qu’une robe de soirée soit trop jolie. […] Pis encore, la nouvelle flèche était résolument moderne. »

De Gaulle le magnifique, en 1944 : « Ayant atteint la place de la Concorde, de Gaulle d’approchait d’une Hotchkiss décapotable – une voiture de luxe de fabrication française – qui l’attendait pour le conduire à Notre-Dame, quand on entendit des coups de feu. Des milliers de spectateurs se jetèrent à plat ventre. […] De Gaulle demeura impavide. Il ne se baissa pas, ne se mit pas à couvert et n’interrompit même pas sa progression majestueuse. […] Ce fut un chef-d’œuvre de théâtre politique. »

 

Ken Follett (1949-…)

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Nationalité : Royaume-Uni 
Né(e) à : Cardiff, Pays de Galles , le 05/06/1949

Ken Follett est un écrivain gallois spécialisé dans les romans d’espionnage et historiques.

Il fait des études de philosophie à l’University College de Londres dont il sort titulaire d’une licence en 1970. En septembre 1970, il entreprend les études de journaliste et obtient le diplôme après un cours accéléré de trois mois. Il commence à travailler en tant que reporter au « South Wales Echo » à Cardiff et ensuite travaillera pour l’ « Evening News » à Londres. N’étant pas arrivé à être un reporter d’investigation reconnu, Ken Follett se met à écrire des romans de fiction la nuit et pendant les week-ends ; en 1974, il quitte définitivement ses emplois de journaliste et rejoint les éditions « Everest Books ».

Ses ouvrages littéraires, rédigés après ses heures de travail, l’ont amené à publier plusieurs livres se vendant relativement bien et ce, grâce aux conseils de son agent littéraire. Puis arrive enfin LE roman à succès « Eye of the Needle » (L’Arme à l’œil), par lequel Follett acquiert le statut d’auteur reconnu ; le livre publié en 1978 gagna le Prix Edgar et fut vendu à plus de 10 millions d’exemplaires. Il déménage ensuite à Grasse en France où il vit pendant trois ans avec sa famille. 

De retour en Angleterre en 1982, il s’installe à Surrey et travaille pour le Parti travailliste. Il rencontre la secrétaire du parti, Barbara Broer, qu’il épousera en 1985. Il est déjà père de deux enfants issus d’un premier mariage, de 1968 à 1985.

En 1989, il publie un roman historique, « Les Piliers de la Terre » (The Pillars of the Earth). Deux suites, intitulées « Un monde sans fin » (World Without End) et « Une colonne de feu » (A Column of Fire), sont parues en 2007 et 2017. « Les Piliers de la Terre » a été vendu à 15 millions d’exemplaires à travers le monde, ce qui en fait un best-seller. 

La technique narrative mise au point par Ken Follett est parfaitement contemporaine, elle s’apparente à l’écriture du cinéma et des séries télévisées. Les effets narratifs sont très visuels avec des descriptions détaillées, la psychologie des personnages est aisément mémorisable, et le découpage s’accélère progressivement jusqu’au dénouement final.
Ken Follett ne s’est pas cantonné à un genre ni à une époque, outre des romans d’espionnage comme « Le Réseau Corneille » et des fresques historiques, il a signé des thrillers très actuels.

CLAIRE ASTOLFI, IGNACE DE LOYOLA (saint ; 1491-1556), IGNACE DE LOYOLA : L'APPEL DU ROI, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, SAINTETE, SAINTS

La vocation d’Ignace de Loyola

Ignace de Loyola : l’appel du roi

Claire Astolfi

Paris, Salvator, 2019. 214 pages.

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A partir de 11 ans. Comment Inigo Lopez de Loyola, gentilhomme d une illustre famille basque espagnole, est-il devenu Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus ? Tout commence par un boulet de canon qui le cloue au lit pendant des mois. Cette expérience le pousse à changer radicalement de vie. Chose plus facile à dire qu à faire… Inigo n est-il pas avant tout amateur de chevalerie, soucieux de plaire et de séduire, fier, orgueilleux ? Un pèlerinage épique et intérieur l entraîne alors en Espagne, en Italie, à Jérusalem, jusqu à Paris. Excessif, impétueux, radical, il ne craindra ni les tempêtes, ni la peste, ni les armées ennemies, ni l Inquisition. Dans ce XVIe siècle où les souverains européens soumettent le monde, Inigo, chevalier dans l âme, se cherche un Roi exigeant et amoureux des hommes. Car immobilisé dans son lit à Loyola, il a entendu un appel… C est l appel du Roi. 

Claire Astolfi, diplômée d histoire et de sciences politiques et membre de la communauté du Chemin Neuf, a publié de nombreux ouvrages pour la jeunesse, dont Jean-Paul II, le roman de sa vie (Bayard, 2011).

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Comment Inigo Lopez de Loyola, gentilhomme d’une illustre famille basque espagnole, est-il devenu Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus ?

Tout commence par un boulet de canon qui le cloue au lit pendant des mois. Cette expérience le pousse à changer radicalement de vie. Chose plus facile à dire qu’à faire… Inigo n’est-il pas avant tout amateur de chevalerie, soucieux de plaire et de séduire, fier, orgueilleux ? Un pèlerinage épique et intérieur l’entraîne alors en Espagne, en Italie, à Jérusalem, jusqu’à Paris. Excessif, impétueux, radical, il ne craindra ni les tempêtes, ni la peste, ni les armées ennemies, ni l’Inquisition. Dans ce XVIe siècle où les souverains européens soumettent le monde, Inigo, chevalier dans l’âme, se cherche un Roi exigeant et amoureux des hommes. Car immobilisé dans son lit à Loyola, il a entendu un appel… C’est l’appel du Roi.

 

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Saint Ignace de Loyola

Fondateur de la Compagnie de Jésus (« Jésuites »)

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Saint Ignace naquit au château de Loyola, en Espagne. Il fut d’abord page du roi Ferdinand V ; puis il embrassa la carrière des armes. Il ne le céda en courage à personne, mais négligea complètement de vivre en chrétien, dirigé uniquement par l’orgueil et l’amour des plaisirs. De ce chevalier mondain, Dieu allait faire l’un des premiers chevaliers chrétiens de tous les âges.

Au siège de Pampelune, un boulet de canon brisa la jambe droite du jeune officier, qui en peu de jours fut réduit à l’extrémité et reçut les derniers sacrements. Il s’endormit ensuite et crut voir en songe saint Pierre, qui lui rendait la santé en touchant sa blessure. A son réveil, il se trouva hors de danger, quoique perclus de sa jambe.

Pour se distraire, il demanda des livres ; on lui apporta la Vie de Jésus-Christ et la Vie des Saints. Il les lut d’abord sans attention, puis avec une émotion profonde. Il se livra en lui un violent combat ; mais enfin la grâce l’emporta, et comme des hommes de cette valeur ne font rien à demi, il devint, dans sa résolution, un grand Saint dès ce même jour. Il commença à traiter son corps avec la plus grande rigueur ; il se levait toutes les nuits pour pleurer ses péchés. Une nuit, il se consacra à Jésus-Christ par l’entremise de la Sainte Vierge, refuge des pécheurs, et Lui jura une fidélité inviolable. Une autre nuit, Marie lui apparut environnée de lumière, tenant en Ses bras l’Enfant Jésus.

Peu après, Ignace fit une confession générale et se retira à Manrèze, pour s’y livrer à des austérités qui n’ont guère d’exemple que dans la vie des plus célèbres anachorètes : vivant d’aumônes, jeûnant au pain et à l’eau, portant le cilice, il demeurait tous les jours six ou sept heures à genoux en oraison. Le démon fit en vain des efforts étonnants pour le décourager. C’est dans cette solitude qu’il composa ses Exercices spirituels, l’un des livres les plus sublimes qui aient été écrits par la main des hommes.

Passons sous silence son pèlerinage en Terre Sainte et différents faits merveilleux de sa vie, pour rappeler celui qui en est de beaucoup le plus important, la fondation de la Compagnie de Jésus (1534), que l’on pourrait appeler la chevalerie du Christ et le boulevard de la chrétienté. Cette fondation est assurément l’une des plus grandes gloires de l’Église catholique ; sciences profanes et sciences sacrées, enseignement, apostolat, rien ne devait être étranger à la Compagnie d’Ignace.

Les vertus du fondateur égalaient ses grandes œuvres  ; elles avaient toutes pour inspiratrice cette devise digne de lui : Ad majorem Dei gloriam ! « A la plus grande gloire de Dieu ! »

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A Philémon : réflexions sur la liberté chrétienne

 

A Philémon. Réflexions sur la liberté chrétienne

Adien Candiard

Paris, Le Cerf 2019. 144 pages.

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Qu’est-ce qu’un chrétien est obligé de faire ? Qu’est-ce qui lui est interdit ? Et qu’est-ce que cela signifie pour ceux qui ne croient pas ? La morale a aujourd’hui mauvaise presse, mais ce questionnement est plus présent que jamais. Les prêtres le savent bien, à qui on ne cesse de poser ce genre de questions. Ceux qui les posent ne sont pas des névrosés, mais des personnes estimables – croyants ou non croyants – qui s’efforcent de bien vivre, de bien faire, et qui pour cela se débattent de leur mieux avec le grand bazar contradictoire de leurs désirs, de leurs convictions, de leurs attachements, de leurs devoirs, de leurs envies, de leurs fatigues, s’efforçant de faire rentrer le réel compliqué dans des catégories simples : le permis, le défendu, l’obligatoire.

Dans un des livres les plus courts de la Bible, la lettre qu’il écrit à son ami Philémon à propos de la liberté d’un esclave, l’apôtre saint Paul ouvre pourtant un tout autre chemin : celui d’une authentique et exigeante liberté, sous la conduite de l’Esprit Saint.

C’est ce chemin magnifique que ce livre redécouvre.

Dominicain vivant au couvent du Caire, Adrien Candiard est notamment l’auteur de Veilleur, où en est la nuit ?Comprendre l’islam, ou plutôt : pourquoi on n’y comprend rien, et Quand tu étais sous le figuier… Il est l’une des voix majeures de la spiritualité d’aujourd’hui.

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Contre le cléricalisme, le frère Adrien Candiard plaide pour la conscience

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Une méditation sur la place irremplaçable de la conscience dans la foi chrétienne, y compris dans sa dimension morale.

Dans sa Lettre au peuple de Dieu, le pape François dénonce vigoureusement le cléricalisme, à la source selon lui des « abus sexuels, abus de pouvoir et de conscience ». Pour le vaincre, une« transformation ecclésiale et sociale » est nécessaire, pour laquelle il ne ménage pas ses efforts. Mais il ne s’en tient pas là. « Sois le changement que tu veux pour le monde », disait Gandhi. « Réveillons notre conscience », lance le pape dans sa lettre.

Cette révolution à laquelle appelle ce pape jésuite trouve un pertinent appui dans le petit livre que publie le frère Adrien Candiard : À Philémon. Réflexions sur la liberté chrétienne (Cerf, 2019). Que va donc rechercher le jeune dominicain dans cette épître de Paul, la plus courte et sans doute la moins connue, adressée à son ami Philémon, et relative à l’esclave de ce dernier, Onésime ? Une phrase surtout : « Je n’ai rien voulu faire sans ton accord, pour que tu accomplisses ce bien non pas sous la contrainte mais librement ».

Forcer une conscience

« On l’a connu plus direct, et même plus sanguin », convient Adrien Candiard. « Mais il y a une chose que Paul ne peut pas faire (tout apôtre et converti et fondateur de communautés chrétiennes, etc., etc. qu’il est, pourrait-on ajouter): forcer une conscience ».

Paul est bien conscient de ce qu’il demande à son ami Philémon : non seulement affranchir Onésime, qui – après s’être enfui de chez lui – est venu visiter Paul en prison et lui a finalement demandé le baptême, et même l’accueillir en « frère bien aimé »… Ce n’est pas rien. Et pourtant l’apôtre refuse de prendre la décision à la place de l’intéressé. « Il se souvient sans doute trop bien de quel pharisaïsme scrupuleux il a été libéré sur le chemin de Damas, et c’est ce qui motive son refus brutal de toutes les formes d’asservissement à la Loi sous lesquels nous aimons nous réfugier », avance l’auteur.

Mais alors, comment se fait-il que tant d’entre nous aujourd’hui – « jeune catholique pratiquant qui se demande comment bien vivre son désir d’aimer; quadragénaire New Age rencontrée en auto-stop s’interrogeant sur la suite de sa carrière; jeune retraité s’essayant depuis peu à l’art d’être grand-père; mère de famille jonglant de son mieux entre la famille et son travail » – en venions à demander à un jeune prêtre, dominicain ou pas, comment nous devons vivre ? Aurions-nous collectivement oublié ce trésor de la foi chrétienne qui fait de la sainteté non pas « l’accomplissement de telle ou telle consigne impérative, (ou) l’ascension héroïque et épuisante vers des sommets de perfection qui le défient, mais l’alliance, l’amitié avec le Christ, la vie avec Dieu » ?

Nous donner envie d’accomplir ce qui est bon

« Voilà pourquoi il n’y a pas, dans la foi chrétienne, de vie morale sans vie spirituelle », insiste Adrien Candiard un peu plus loin. « Parce que c’est l’amitié avec le Christ, c’est la présence de Dieu en nous – que nous appelons l’Esprit Saint – qui peut à la fois nous éclairer sur ce qui est bon, nous donner envie de l’accomplir et nous libérer patiemment de tout ce qui nous retient. »

Cette approche vaut même en matière de sexualité, domaine dans lequel l’Église a pris l’habitude de manier l’interdit, ou au moins la mise en garde, parfois culpabilisante.

Pour l’auteur, c’est là faire fausse route. Car « l’inhibition n’est pas la vertu mais sa caricature, peut-être son cadavre ». Faire du plaisir un bien désirable « mais interdit » risque surtout d’enfermer le fidèle « dans une nasse de culpabilité morbide ».

« Je ne suis pas sûr que ce soit un objectif souhaitable, ni une manière saine et chrétienne d’envisager la sexualité », écrit-il dans des pages qui résonnent fortement avec le sommet qui a lieu ces jours-ci à Rome sur la lutte contre les abus sexuels. « Le bien est-il si peu attirant qu’il nous faille jouer sur la peur du mal? »

Invité par la présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France à parler devant leurs 400 supérieurs majeurs réunis à Lourdes en novembre, le frère Adrien Candiard les avait déjà invités à méditer sur cette épître à Philémon et ses implications dans leurs pratiques pastorales ou d’accompagnement spirituel, dans leur manière d’approcher « le sanctuaire inviolable et sacré de la conscience humaine ».

Cette fois, il interpelle tout un chacun, parfois trop heureux « qu’une parole d’autorité (nous) tombe du ciel, non pour (nous) aider à éclairer laborieusement (notre) conscience, mais pour la remplacer ». L’exact opposé de ce que demande le pape François.

https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/France/Contre-clericalisme-frere-Adrien-Candiard-plaide-conscience-2019-02-21-1201004165

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Épître à Philémon

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L’Épître à Philémon est un livre canonique du Nouveau Testament dont l’auteur est l’apôtre Paul de Tarse (« Saint Paul »). C’est une brève lettre personnelle de Paul adressée à Philémon, un chrétien de Colosse et l’un de ses disciples.

 

Le document

L’apôtre Paul écrit cette lettre ‘de sa propre main’ (Phm. v19) pendant son premier emprisonnement à Rome. Elle est envoyée à son disciple Philémon, chrétien de Colosse. Très brève elle n’est pas divisée en chapitres et est considérée comme la plus personnelle de Paul. Bien que ‘personnelle’, la lettre n’en est pas strictement privée pour autant car Paul y salue la communauté chrétienne : « l’église qui s’assemble dans ta maison » (Phm. v2)

 Origine et datation

Les mentions répétées de la captivité de Paul de Tarse peuvent laisser penser que la lettre a été composée à Rome, Césarée ou Ephèse, , cette dernière étant la meilleure candidate dans la mesure où elle répond le mieux à l’épisode du refuge d’Onésime chez Paul tandis que la tradition manuscrite inclinerait davantage vers Rome. La date de rédaction de la lettre est vraisemblablement à situer lors du séjour de Paul en Asie Mineure entre 51 et 55.

 Contenu

Paul a un problème à régler avec Philémon. Onésime, esclave de  Philémon, à la suite d’une ‘indélicatesse’ (« s’il t’a fait quelque tort… » : Phm. v18) a pris la fuite. Rencontrant Paul il s’est attaché à lui, s’est converti et en a reçu le baptême. Il est même devenu un collaborateur. Paul sait cependant que la loi romaine l’oblige à rendre l’esclave fugitif à son maître. Ce qu’il fait.

Paul renvoie donc Onésime à Colosse en compagnie de Tychique (Col 4,9. Il est porteur de cette lettre où la personnalité de Paul apparaît sous un jour très humain. Il ne force rien, n’ordonne rien, mais invite Philémon à recevoir son ancien esclave comme un frère bien-aimé (« Il l’est tellement pour moi. Reçois-le comme si c’était moi » : Phm v16). Si tort lui a été fait, que cela soit mis sur le compte de Paul (« C’est moi qui paierai… » : Phm v19). Paul se fait presque suppliant : « je sais que tu feras encore plus que je ne dis… » Phm v21).

Paul conclut la lettre par l’annonce de sa visite et les salutations d’usage aux proches de Philémon et autres membres de l’église (communauté chrétienne) de Colosse.

CATECHESE, EGLISE CATHOLIQUE, JEAN-MARIE BRAUNS, L'INITIATION CHRETIENNE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

L’initiation chrétienne : de l’anthropologie à la théologie

L’initiation des chrétiens : de l’anthropologie à la théologie

Jean Marie Brauns

Paris, Artège-Lethielleux, 2019. 513 pages

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La pratique et la notion d’initiation ont des racines plus vieilles que le christianisme. Elles naissent en milieu païen, dans la Grèce archaïque. Depuis, la notion a été reprise et réinterprétée dans diverses traditions, dès l’Antiquité et jusqu’à nos jours. Actuellement, l’idée d’initiation désigne tout à fait globalement « les premiers pas » dans à peu près n’importe quelle discipline ou activité.
Or, à voir de plus près, il s’agit plus précisément « du premier pas » , « le pas décisif » , essentiellement cultuel et communautaire, par lequel un sujet est agrégé à un nouveau corps social. La notion d’initiation n’est pas biblique, et les auteurs chrétiens des premiers siècles paraissent éviter délibérément le vocabulaire typique lié aux pratiques d’un paganisme encore bien vivant, alors qu’à la même époque les modalités d’intégration de la communauté chrétienne – essentiellement rituelles et communautaires – se fixent.
Le thème de l’initiation chrétienne est relativement récent : il date de la fin du XIXe siècle. L’un des rituels majeurs de l’Eglise catholique en porte d’ores et déjà le nom. Cette étude se pose trois questions : qu’est-ce que l’initiation en tant qu’acte humain, en-deçà de la polyvalence actuelle du terme ? En quoi la pratique appelée « initiation chrétienne » est-elle une initiation ? Comment la Révélation de Dieu en Jésus Christ appelle-t-elle une pratique de ce genre ?

Jean-Marie Brauns (1969) est Docteur en théologie.
Prêtre de la Compagnie de Saint-Sulpice, il enseigne au séminaire Saint-Sulpice d’Issy les Moulineaux.

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L’expression ‘initiation chrétienne’ est aujourd’hui complètement passée dans le langage courant de notre pastorale catholique. Deux exemples suffisent pour le prouver : d’une part, le rituel pour les sacrements de baptême, confirmation et eucharistie des adultes, le fameux RICA paru en 1997, porte son nom ; d’autre part, les évêques de France, dans leur texte pour l’orientation de la catéchèse en France de 2006, ont pris comme fil rouge la ‘pédagogie de l’initiation’.

Or, assez bizarrement, il n’existait pas jusqu’à ce jour d’étude un peu consistante sur ce concept qui a gagné du terrain en France récemment (le livre du Père Louis Bouyer de 1958, réédité en 2012, intitulé Initiation chrétienne, ne portant pas sur le processus rituel tel que nous l’entendons aujourd’hui). Il faut donc remercier le Père Jean-Marie Brauns, sulpicien, actuellement enseignant au séminaire d’Issy-les-Moulineaux, d’avoir consacré beaucoup de temps et d’énergie à une pareille étude menée dans la cadre d’une thèse en théologie soutenue à la Catho de Toulouse fin 2017.

 Spécificité de l’initiation  chrétienne

Son but est très clair : « Déterminer, dans une perspective théologique, comment l’initiation chrétienne est une initiation, et en quoi cette initiation est chrétienne », indique-t-il dans son introduction. Son plan ne l’est pas moins, assez classique, presque scolaire. Il commence par étudier ce qu’est l’initiation, au sens le plus large du terme. Pour cela, il a choisi quatre champs (qu’il préfère appeler ‘faisceaux’), bien distincts : les cultes à mystère de l’Antiquité – les coutumes des populations dites primitives – la maîtrise d’un artisanat, notamment dans les compagnonnages – le gnosticisme.

Au terme d’une analyse fouillée, il en arrive à la conclusion que, dans tous les cas, l’initiation « a pour effet un changement (qui) s’explicite selon les registres de l’agrégation ou de l’illumination ou, encore, plus typiquement, par combinaison de l’une et de l’autre ». Suivent alors des études, aussi très minutieuses, à partir de l’Ancien Testament, du Nouveau et des Pères de l’Église, avant et après l’Édit de Milan. Dans la toute dernière partie, il tente de ressaisir théologiquement tout ce qu’ont pu lui apporter la sociologie, l’exégèse et la patristique.

On peut retenir deux séries de conclusions, à partir du but initial de l’auteur : les premières portent sur le rapport de l’initiation chrétienne à toutes les autres initiations, au sens large. Monsieur Brauns affirme ceci : « Le baptême chrétien apparaît comme une initiation, au même titre anthropologique que les autres traditions qualifiées du même vocable. Ses spécificités ne le font pas sortir du genre. En sens inverse, présenter l’initiation chrétienne, implicitement ou explicitement, comme le modèle définitif du genre reviendrait à lui méconnaître cet enracinement anthropologique, et relèverait par ailleurs de l’anachronisme. »

 « Une nouvelle incarnation »

Ensuite, touchant à la théologie même de l’initiation chrétienne, notre auteur rattache à cette dernière deux concepts importants (qui figuraient d’ailleurs dans le titre de la thèse originaire) : le corps et le mystère et, d’ailleurs, dans ses recherches bibliques et patristiques, il a longuement scruté tout ce qui relève de ces deux mots-là.  Et, dans ce livre, le treizième et ultime chapitre s’intitule « Corps et mystère » ! D’un côté, le corps (avec ou sans majuscule !) fait bien sûr référence aussi bien au Christ lui-même qu’à l’Église et le baptême nécessite une action concrète, physique sur le corps du nouveau baptisé alors que l’on aurait bien pu, finalement, se passer de cette action-là. C’est que, dit notre théologien, « à l’inverse des initiations mystériques et gnostiques, l’initiation chrétienne n’est pas un moyen présumé de désincarnation, mais une nouvelle incarnation par agrégation au Corps du Christ, le ‘revêtement’ ou l’engloutissement de l’incarnation naturelle et corruptible – le ‘vieil homme’ – par la condition incarnée mais incorruptible du Christ » ! Brauns attache peut-être davantage d’importance encore au ‘mystère’, véritable fil rouge qui traverse tout son épais ouvrage ! Il peut ainsi indiquer sur le sujet dans sa conclusion : « Toute la spécificité de l’initiation chrétienne en tant qu’initiation relève du μυστήρίόν, c’est-à-dire de la volonté de Dieu de se réconcilier et d’unir toute la création, volonté exécutée dans l’économie de l’incarnation et de l’offrande pascale du Fils ». Et, un peu plus loin, il affirme très clairement : « La compréhension chrétienne de l’initiation baptismale dépend en dernière instance de la façon dont le μυστήρίόν est perçu » !

Voici donc un livre vraiment intéressant, qui traite d’une façon originale un sujet qui n’avait jamais encore été traité de manière aussi systématique ; le lecteur pourra néanmoins regretter une certaine lourdeur de style, avec force répétitions d’un chapitre à l’autre, ce qui rend la lecture parfois fastidieuse, presque indigeste. De plus, l’auteur use et abuse de mots ou de phrases en latin ou en grec directement dans son texte, souvent sans traduction, ce qui ne facilitera pas la lecture à celui qui ne connaît rien de ces deux langues anciennes !

https://livre-religion.blogs.la-croix.com/theologie-une-recherche-sur-les-fondements-anthropologiques-de-linitiation-chretienne/2019/06/10/