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Film documentaire : Mayotte, la déchirure

Mayotte : la déchirure

Documentaire de Stéphane Cazères (France – 2018 – 52′)

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Film proposé par la Clinique doctorale de droit international des droits de l’homme (Aix-Marseille Université). Débat avec le réalisateur Stéphane Cazère et Elodie Berenguer, psychiatre et animé par Bruno Canivenc, Amnesty International.

 

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Quotidiennnent des personnes disparaissent en mer pour rejoindre « l’île paradisiaque » de Mayotte, le département le plus pauvre de France.

21 762 personnes, soit près de 14% des habitants de Mayotte ont été expulsées de l’île en 2011. Des centaines d’hommes et de femmes ont péri en mer la même année en tentant d’y revenir. Et autant d’enfants sont restés seuls, livrés à eux-mêmes. Dans ce lointain département français, ils sont aujourd’hui des milliers à grandir sans leurs parents, victimes d’une véritable guerre contre les sans-papiers. Une jeunesse sans repère, une poudrière comme le dit une militante de La Cimade. Face à ces drames humains, trop nombreux, trop douloureux, ils sont une poignée de militants à essayer de défendre les droits et les principes d’une République qui semble avoir oublié ce territoire. Rapidement épuisés et découragés par la violence de cette lutte impossible, ils doivent encore faire face aux intimidations de l’administration qui tente, par tous moyens de les museler.
Reportage à Mayotte, entre colères et découragements.

 

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L’Île de Mayotte

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Qui a découvert Mayotte ? D’après les écrits connus, les premiers arrivés seraient originaires d’Asie du Sud-Est, de grands voyageurs assoiffés de nouvelles conquêtes dans l’océan Indien. On date leur arrivée aux Comores au Ve siècle ap. J.-C. Quatre cents ans plus tard, ce sont les Bantous qui débarquent depuis le continent africain. Les deux peuples se métissent rapidement.

Des commerçants arabes vont ensuite peupler l’île, d’autres viendront d’Indeou encore du golfe Persique (les Arabo-Shiraziens). C’est le début de l’ère Swahili, de l’islamisation (XIIe siècle), des sultans, puis la naissance des Comores : les îles de la Lune (composées de Mayotte, la Grande Comore, Anjouan et Mohéli).

Au XVIe siècle, les Malgaches débarquent aux Comores. Des conflits se créent. À partir de 1750, Madagascar vient semer la terreur sur l’archipel. Mayotte n’est pas épargnée. Les envahisseurs s’emparent d’esclaves pour le compte de la France et occupent une partie de l’île. La colonisation sauvera les Mahorais des Malgaches… pour les remettre aux mains des Anglais, puis des Français.

Le 25 août 1841, Mayotte devient une colonie française. L’esclavage est aboli quelques années plus tard (1846), mais perdurera officieusement (il faut de la main-d’œuvre pour entretenir les plans de canne à sucre). Au début du XXe siècle, la France met aussi la main sur Madagascar, à laquelle seront rattachées les Comores.

En 1946, les Comores, lasses d’être une « dépendance » de la grande île, obtiennent leur statut de Territoire d’Outre-Mer. Dzaoudzi, à Mayotte, devient la chef-lieu des Comores. S’ensuivra une vie politique très agitée, coup d’État sur coup d’État… Au fil des années, Mayotte se démarque de ses sœurs, désireuses de plus d’autonomie.

En 1975, les Comores proclament leur indépendance. Mayotte choisit de rester française (à la suite de deux référendums – 99 % de Mahorais favorables à la deuxième consultation). Dès lors, les relations avec le reste de l’archipel se tendent. L’écart se creuse. Mayotte la Française se développe, tandis que l’économie comorienne reste minée par l’instabilité politique.

Aujourd’hui, l’île française est devenue terre d’asile pour des Comoriens en proie à la pauvreté. L’Union des Comores revendique toujours Mayotte parmi les siens.

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https://www.routard.com/guide/mayotte/2510/histoire.htm

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L’immigration, un facteur important de la démographie à Mayotte

L’immigration à Mayotte est un problème majeur de l’île, secouée par une grève générale depuis trois semaines. La majorité des Mahorais sont étrangers ou enfants d’étrangers, et l’immigration clandestine y est très importante.

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Le Monde (8 mai 2018)

L’île de Mayotte est secouée depuis le 20 février par une « grève générale » contre l’insécurité et pour l’amélioration des conditions de vie. La ministre des outre-mer, Annick Girardin, est arrivée lundi 12 mars sur place pour tenter de trouver une issue à ce mouvement de contestation, en grande partie nourri par les tensions autour de la forte immigration clandestine.

13 000 à 23 000 migrants éloignés de Mayotte chaque année

L’afflux de migrants que subit Mayotte provient en particulier de l’archipel des Comores, dont les îles Anjouan, Mohéli et Grande Comore sont respectivement situées à 70, 130 et 190 kilomètres.Radars, patrouilles aériennes et maritimes et centres de rétention ont été installés à Mayotte par la métropole pour tenter d’endiguer l’immigration clandestine sur l’île.

Les migrants refoulés en 2014 représentaient 10 % de la population

Près de 20 000 migrants en ont été refoulés en 2017. C’est l’équivalent de près de 10 % de la population totale de l’île, qui s’élève aujourd’hui à 256 500 individus. Chaque année, depuis 2006, entre 13 000 et 23 000 migrants, majoritairement comoriens, ont été éloignés du territoire mahorais.

L’Insee estime que de nombreux migrants ne sont pourtant pas comptabilisés. Sur une année moyenne, il y a plus d’éloignements à Mayotte que dans tous les autres départements d’outre-mer réunis.

La moitié des migrants à Mayotte sont en situation irrégulière, en particulier les Comoriens, dont 51 % à 53 % résident sur l’île sans titre de séjour, selon une étude de l’Insee. Le taux d’irrégularité administrative diminue fortement avec l’âge, passant de 74 % chez les moins de 25 ans à 30 % pour les 45 ans et plus.

On estime que 70 % des bébés nés dans la maternité de Mamoudzou, le chef-lieu de Mayotte, naissent de migrantes en situation irrégulière. Celles-ci donnent naissance à Mayotte dans l’espoir que leur enfant devienne français. Si un enfant né de parents étrangers en France vit plus de cinq ans sur le territoire, il obtient en effet la citoyenneté française à ses 18 ans.

Plus de la moitié de la population directement issue de l’immigration

Mayotte est le département français où la part d’étrangers dans la population est la plus importante. Seuls 45,1 % des Mahorais sont nés à Mayotte. Environ 30 % des personnes résidant à Mayotte sont nées à Anjouan, l’île comorienne la plus proche, et 12,4 % sont nées dans les autres îles des Comores.

Parmi les natifs de Mayotte, 21 % sont nés d’une mère ayant immigré, selon l’Insee. Ce phénomène est particulièrement marqué chez les jeunes : 48,3 % des Mahorais entre 18 et 24 ans sont nés d’une mère étrangère. Au moins 58,5 % des Mahorais sont donc immigrés de première ou de seconde génération, et 52,6 % sont d’origine comorienne.

L’immigration de jeunes et de femmes enceintes à Mayotte contribue à la jeunesse de la population. L’âge médian sur l’île est de 18 ans pour les hommes et de 16 ans pour les femmes (ce qui signifie qu’il y a autant de personnes de moins de 18 et 16 ans que de personnes plus âgées). Autre illustration de la proportion importante de jeunes : 46 % de la population a moins de 14 ans, et 30 % a moins de 10 ans. Cela fait de Mayotte le département le plus jeune de France, peuplé en grande partie de mineurs étrangers, nés à Mayotte, qui pourront accéder à la nationalité française à leur majorité.

Depuis le début des années 2000, le solde migratoire de Mayotte est pourtant négatif en raison d’un grand nombre de départs de jeunes Mahorais, principalement pour la France métropolitaine. Entre 2007 et 2012, on estime à 18 000 le nombre total de départs. En 2012, 26 % des Mahorais résidaient hors de Mayotte, et 56,7 % avaient vécu en France métropolitaine ou à La Réunion pendant une partie de leur vie. Seuls 15 % des natifs de Mayotte résident de façon permanente sur l’île.

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L’Archipel des  Comores

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L’archipel des Comores : un croisement de civilisations

Les différentes îles de l’archipel des Comores ont connu une histoire très voisine intimement liée à leur situation, dans le canal du Mozambique, lieu de passage et de transit maritime. Cette histoire est marquée par de multiples influences : A un premier peuplement bantou, originaire de la côte orientale de l’Afrique, se sont notamment mêlés des Perses qui apportèrent l’islam au XIVème siècle.

Proximité géographique et lien historique fort avec Madagascar

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Dès le XVIème siècle, des Malgaches envahissent les îles, pillent les villages et raflent des esclaves. Ils s’installent plus fermement à Mayotte, l’île la plus proche de Madagascar. Bien qu’elle soit devenue française, Mayotte est, depuis des années, le trait d’union entre Madagascar et les Comores : un tiers des Mahorais (habitants de Mayotte) parle malgache.

Les Comores sont considérées comme la septième province de Madagascar tant ces deux pays sont proches culturellement et socialement.
De 1908 à 1946, les Comores étaient administrativement rattachées à Madagascar. Ce lien officiel facilita l’obtention des visas pour les Comoriens qui sont venus s’installer principalement à Diego-Suarez (au nord), à Tananarive (au centre) et surtout à Mahajunga (au nord ouest) afin de travailler. Il n’y a pas de données chiffrées exactes sur la présence comorienne à Madagascar, mais on l’estime à 120 000 dont 4000 étudiants.
Le taux de pénétration entre les deux communautés est très fort, que ce soit aux Comores avec les Malgaches ou à Madagascar avec les Comoriens, certaines familles sont mixtes depuis plusieurs générations.
Les violents événements de 1976 [1], où 2000 Comoriens ont été tués à Mahajunga et plus de 16 000 ont du être rapatriés en urgence, n’ont pas affecté les relations entre les Comores et Madagascar et notamment l’immigration clandestine comorienne à destination de Madagascar.

La colonisation française

1841 : Le sultan d’Anjouan, Adrian Souli, d’origine malgache, cède Mayotte à la France. Sur cette île, puis sur les autres îles de l’archipel, se développe une économie de plantations coloniales, notamment sucrières. Les colons accaparent les terres et font travailler les Comoriens dans les plantations. L’esclavage est aboli en 1846.

1886 : Les Comores sous protectorat français

1892 : Instauration par la France de la colonie de « Mayotte et dépendances » formée de la Grande Comore, Anjouan et Mayotte qui seront rattachées à la colonie française de Madagascar en 1912.

1942 : Comme Madagascar, les Comores passent sous administration anglaise jusqu’en 1946.

1946 : L’archipel des Comores devient un territoire d’outre-mer (TOM), avec une semi-autonomie administrative.

Le statut administratif de l’archipel fait débat

Tensions et débats dans l’archipel entre ceux qui veulent conserver le statut de TOM et ceux, surtout à Mayotte, qui souhaitent devenir un département d’outre–mer (DOM).

1958 : Référendum : les Comores refusent l’indépendance et la départementalisation. Les îles gardent le statut de TOM.

1961 : Loi du 22 décembre sur le régime d’autonomie de gestion. Les Comores sont dotées d’une Chambre de députés et un gouvernement autonome.

1962 : L’assemblée chargée de l’administration du Territoire transfert le chef-lieu de la ville de Dzaoudzi (Mayotte) à Moroni (Grande Comore) provoquant la colère des Mahorais.

Indépendance des Comores et fracture territoriale

1974 : La France consulte les habitants des 4 îles comoriennes sur l’avenir du territoire. 95% de l’ensemble des Comoriens choisissent l’indépendance. Mayotte se prononce à 65% pour son maintien dans la République française.

1975 :
6 juillet  : Proclamation de la République Fédérale islamique des Comores.
La France décide d’accorder à Mayotte le statut particulier de « collectivité territoriale française ».
13 octobre : Les Comores sont admises à l’Organisation des Nations Unies, la France n’a pas participé au vote d’admission.
2 novembre : Les Nations Unies condamnent la France pour non respect de l’unité et de l’intégrité territoriale de l’archipel des Comores. L’Etat comorien revendique la souveraineté de l’île de Mayotte.
novembre : Le retrait de tous les fonctionnaires français des Comores désorganise le pays.
Un coup d’Etat organisé par Ali Soilih renverse Ahmed Abdallah, chef du gouvernement depuis 1972, et porte le prince Jaffar au pouvoir.

1976 : Ali Soilih prend la tête du pays.

1978 : Retour au pouvoir d’Ahmed Abdallah à la faveur d’un coup d’Etat, aidé de mercenaires commandés par le Français Bob Denard. Instauration d’une République fédérale islamique.

1989 : Assassinat d’Ahmed Abdallah.

1995 : La France abolit la libre circulation entre Mayotte et les autres îles. Les Comoriens sont soumis au régime des visas (visa Balladur) pour se rendre sur Mayotte.

Des tensions internes

Depuis son indépendance, le pays a connu six régimes politiques différents. Il a vécu de nombreux coups d’Etat, plusieurs crises indépendantistes et de fortes tensions entre les îles.

2002 : La République islamique des Comores devient l‘Union des Comores (ou Comores) qui adopte une constitution accordant une grande autonomie à chaque île et instituant une présidence tournante entre les îles du pays.

2010 : Ikililou Dhoinine, originaire de Mohéli, est élu à la présidence du pays. Il succède au président Sambie, originaire d’Anjouan. En 2016 il est prévu qu’un Grand Comorien devienne président.

2011 : Mayotte devient le 101e département français par referendum (consultation des Mahorais le 31 mars 2011).
La circulation entre les Comores et Mayotte, soumise aux contrôles de la France, est devenue plus compliquée. Le visa Balladur est toujours en vigueur, les autorisations de séjour sont très difficiles à obtenir.

19 avril 2013 : tentative de coup d’Etat contre le président Dhoinine.

Juin 2013 : signature de la « Déclaration de Paris », entre les présidents de la République française et celui des Comores, sur l’amitié et la coopération entre la France et les Comores.
Malgré les tensions historiques entre les deux pays, ils s’engagent à « refonder les relations bilatérales, à créer des conditions d’un développement plus harmonieux et à mettre fin aux noyés en mer, en particulier entre les îles d’Anjouan et de Mayotte ».

29 octobre 2014 : journée « île morte » sur la Grande Comore pour dénoncer la pénurie persistante d’eau et d’électricité, à l’appel de plusieurs associations de la société civile et du patronat.

2015
février : les autorités élues des îles autonomes et le pouvoir fédéral entament un dialogue qui favorise un climat politique serein et apaisé pour la tenue des élections législatives, municipales et des conseils des îles.
7 mars : la Cour constitutionnelle annonce que le parti du président Ikililou Dhoinine a remporté d’une courte tête les législatives de février d’une courte tête, devant le parti populiste de l’ancien chef d’Etat Ahmed Abdallah Sambi.

2016
10 avril  : Election présidentielle
15 avril  : La Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) déclare Azali Assoumani vainqueur de la présidentielle avec 40,98 % des suffrages.
30 avril : la Cour constitutionnelle ordonne la réorganisation de l’élection présidentielle dans 13 bureaux en raison d’« irrégularités » constatées lors du scrutin du 10 avril.
15 mai : la Cour constitutionnelle déclare Azali Assoumani président de l’Union des Comores. Investiture le 26 mai.

12 septembre 2017 : tenue du 5e Haut conseil paritaire coprésidé par M. Le Drian, Ministre des Affaires étrangères de la France et son homologue M. Mohamed Souef. Les autorités françaises annoncent leur volonté, tout en exerçant les contrôles normaux, de rendre gratuit le visa entre les Comores et Mayotte.

Notes

[1] En décembre 2016 à Majunga (ville au Nord-Ouest de Madagascar), une violente dispute entre des Comoriens et des Betsirebaka (Malgaches originaires du Sud-Ouest de l’île) dégénère en émeute anti-comorienne.

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https://www.ritimo.org/Chronologie-sur-les-Comores

  

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L’immigration clandestine à Mayotte

Article dans Outre-Terre 2012/3-4 (n° 3-34 (pp. 635-649)

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CIRCULER ENTRE MAYOTTE ET LES AUTRES ÎLES DES COMORES : UNE TRADITION HISTORIQUE

 1Le 25 avril 1841, le sultan de Mayotte, d’origine malgache, signait le traité de cession de Mayotte à la France. Dans un premier temps, les trois autres îles n’intéresseront pas la puissance coloniale. Contrairement à Mayotte, elles sont peuplées et administrées. C’est seulement en avril 1886 que la France décide d’étendre son influence exclusive sur MohéliAnjouan et la Grande Comore « en vue de tenir éloigné de ce nouvel établissement toute puissance maritime rivale »[2] [2] La Grande-Bretagne. La mise en place d’un protectorat n’empêche pas les populations de circuler d’une île à l’autre. Ce mouvement avait d’ailleurs été initialement encouragé par la France, toujours en quête de main-d’œuvre pour les plantations de canne à sucre de Mayotte. Ainsi, les travailleurs engagés, venus de Madagascar, du Mozambique, de Tanzanie et du Kenya, employés à Mayotte, transitent-ils généralement à partir de 1847 jusqu’en 1880 par les trois autres îles des Comores.

2Wa maoré (le peuple de Mayotte) est donc dès cette époque composite. C’est une mosaïque de cultures et de langues, d’hommes et de femmes venus chercher une vie meilleure.

3La loi du 9 mai 1946 érige l’archipel des Comores en un « territoire jouissant de l’autonomie administrative ». Le Conseil général est installé à Moroni en mars 1947.

 4En mai 1958, le président comorien Saïd Mohamed Cheikh prend la décision de faire transférer sur la Grande Comore les services administratifs qui étaient jusque-là à Mayotte. Au début des années 1960, la capitale n’est plus Dzaoudzi mais Moroni. Le contentieux et les antagonismes s’installent. La déception et les frustrations des Mahorais s’expriment dès lors au grand jour[3] [3] C’est à cette période que remondte un fort ressentiment nourri… . Les femmes s’organisent en un mouvement : « Les chatouilleuses ». Elles sont les premières sorodas (soldats) qui vont s’opposer aux « serrez-la main » favorables à l’administration comorienne. Le Mouvement populaire mahorais (MPP) qui est fondé en 1967 évoque déjà la départementalisation de Mayotte.

 5Le 2 octobre 1974, le MPP demande le droit à l’autodétermination de Mayotte. Le 12 novembre, le Parlement français adopte définitivement le projet de loi prévoyant l’organisation d’une consultation des populations des Comores. Le référendum sur l’indépendance est organisé le 22 décembre suivant. 63,8% des Mahorais se prononcent pour le maintien dans la République. Une écrasante majorité de la population de la Grande Comore, Mohéli et Anjouan, 94,56%, n’entendent cependant pas rester dans l’ensemble français. La France argue pour se maintenir à Mayotte d’un décompte île par île et ne tient pas compte des règles fixées par l’ONU concernant l’intangibilité des frontières. Mais l’ancienne puissance coloniale, préservant ses intérêts dans la zone, est devenue à son corps défendant l’arbitre des différends entre Mayotte et les trois autres îles de Comores.

 6Le 6 juillet 1975, le président du Conseil de gouvernement Ahmed Abdallah, furieux de cet état de fait, proclame unilatéralement l’indépendance de l’ensemble des Comores. Mayotte se démarque immédiatement et entend « être placée sous la protection de la France ». Le 17 décembre 1975, le Parlement français vote l’indépendance d’Anjouan, de Mohéli et de la Grande Comore, qui devient effective à partir du 1er janvier 1976. Les Mahorais consultés le 8 février 1976 et 99,4% des votants se prononcent contre l’indépendance. Après un second référendum en avril 1976, la question du statut reste délibérément en suspens.

 7Le 24 décembre 1976, la loi érige finalement Mayotte en « Collectivité territoriale transitoire ». Le développement économique doit être mis en œuvre et détermine désormais l’évolution statutaire. Les contrats de plan État-Mayotte (1987-1991, 1994-1998) permettent un réel rattrapage socio-économique. Pendant ce temps, la situation dans les trois autres îles des Comores se dégrade sensiblement. En 1989, le président Ahmed Abdallah est assassiné. En 1997 l’île d’Anjouan, vouée à la misère, tente de faire sécession pour redevenir française. Les relations entre Mayotte et les autres îles des Comores se tendent. L’ONU dénonce pour sa part les ingérences réitérées de la France aux Comores. Le 18 janvier 1995, consécutivement à des manifestations et à la demande des autorités mahoraises qui constatent un afflux continu de migrants comoriens, sera instauré le « visa Balladur »[4] [4] Pour entrer à Mayotte et y séjourner moins de trois mois, si…. Les déplacements entre les îles sont de plus en plus réglementés et donc difficiles. La France fige de fait, par intérêt et nécessité, les déplacements de populations qui possèdent un même fonds culturel, religieux et linguistique, alors que ceux-ci ont depuis toujours été régis par les usages, les relations familiales et interpersonnelles.

 8En toute logique, la plaque tournante de l’immigration se situe à Anjouan, puisque cette île, la plus proche de Mayotte, n’est située qu’à 70 kilomètres[5] [5] On l’aperçoit d’ailleurs par beau temps depuis Sada. . Les candidats au départ[6] [6] Ces candidats ne viennent pas seulement des Comores mais aussi..  qui peuvent circuler librement entre les différentes îles de la République comorienne viennent s’y regrouper et contactent des filières de passeurs[7] [7] L’une d’entre elles qui comprenait six membres a été démentelé. Le prix du passage est établi selon le nombre de passagers prévus dans chaque embarcation : kwassa-kwassa. Il varie de 250 euros pour une quarantaine de personnes à 1 000 euros s’il n’y en a que trois ou quatre à bord. Les côtes d’Anjouan sont officiellement surveillées, mais la police corrompue ferme opportunément les yeux.

 

9L’arrivée à Mayotte est pleine d’aléas liés aux conditions climatiques, à l’état de la mer, à la surveillance exercée. Les débarquements doivent s’opérer dans la plus grande discrétion. Ils ont de plus en plus tendance à se faire de nuit, sur les nombreux îlots qui parsèment le lagon. Les clandestins s’y cachent quelques heures ou quelques jours attendant à nouveau d’hypothétiques « sauveurs » intéressés qui exigent à leur tour l’équivalent ou presque du prix de la traversée Anjouan-Mayotte pour les transporter sur la terre ferme ! Enfin arrivés, les clandestins essaient de joindre par téléphone portable des membres de leur famille déjà installés à Mayotte. Des taxis eux aussi clandestins les prennent en charge contre rétribution pour les acheminer le plus généralement sur Mamoudzou où ils peuvent rejoindre des membres de leur famille. Les jeunes femmes clandestines qui n’ont pas de parents susceptibles de les accueillir à Mayotte sont particulièrement vulnérables. Elles peuvent en effet être accueillies par de futurs violeurs. Rares sont celles qui ont osé porter plainte. Les passeurs repartent vers Anjouan, emportant souvent du matériel volé, un fret qui échappe aux douanes comoriennes.

  

RECONDUITES À LA FRONTIÈRE

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10La surveillance exercée par la police des airs et des frontières est devenue, au fil des années, de plus en plus efficace. Les reconduites à la frontière n’ont cessé d’augmenter : 6 000 en 2005, 13 253 en 2006, 16 040 en 2008, 26 405 en 2010, 24 278 en 2011. Dans le même temps, les drames humains se sont multipliés[8] [8]Le 7 juin 2009, un kwassa se retourne : 2 morts, 34 disparus… . Les passeurs prennent de plus en plus de risques pour échapper à la surveillance aérienne par hélicoptère ou aux radars qui ont été progressivement installés[9] [9] En août 2011, un quatrième radar qui couvre le sud de Mayotte . À leur arrivée dans le lagon, les kwassa-kwassas sont souvent interceptés par la gendarmerie maritime[10] [10] D’autres migrands clandestins sont interpellés ultérieurement… . Les occupants sont conduits au tri sanitaire où ils sont examinés par un personnel de santé pour être ou bien soignés, ou bien envoyés au Centre de rétention administrative (CRA)

 11Le CRA est installé depuis 1996 à Pamandzi sur Petite Terre. IL s’agit d’un espace clos formé essentiellement de bungalows qui couvrent 200 m2. Sa capacité théorique est de 60 places[11] [11] Le CRA a été surchargé par raport à cette capacité durant les… . En 2011, le budget de fonctionnement et d’investissement du CRA s’élevait à 3 millions d’euros. La charge que constituent les reconduites aux frontières dépasse quant à elle les 50 millions d’euros[12] [12] Les personnes interceptées sont reconduites par bateau et . En 2009, le taux d’occupation était de 145% et le rapport d’information sénatoriale rendu public 18 juillet 2012 y qualifie les conditions de vie de « dégradantes ». Dès 2007 un nouveau centre avait été prévu, mais la situation perdurera. Un choix définitif sera adopté à la mi-juin 2012. L’installation d’une structure de plus de 130 places sur Petite Terre est prévue pour juillet 2015.

  

POPULATION CACHÉE ET TRAVAIL DISSIMULÉ

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12Il faut le constater, Mayotte apparaît de plus en plus comme une oasis de prospérité dans un océan de misère. La France a octroyé aux Mahorais des avantages qui attisent une légitime convoitise[13] [13] Allocations familiales, RSA… En 2010, le PIB par habitant atteignait 6 575 euros. Il est huit fois supérieur à celui des Comores qui s’établit à moins de 800 euros[14] [14] Le salaire de base, lorsqu’on travaille, ne dépassant guère . De plus, Mayotte offre la possibilité d’être éduqué[15] [15] Aux Comores où l’école officielles reste défaillante, les .., de se soigner[16] [16] La simple occupation d’un lit d’hôpital, aux Comores, coûte aux  . Envoyer un seul de ses membres à Mayotte, c’est espérer une vie meilleure pour toute une famille.

 13La population clandestine est par définition difficile à évaluer. Le nombre de clandestins est aujourd’hui estimé entre 40 000 et 50 000 personnes[17] [17] Pour un total de 250 000 habitants. Le prochain recensement…. Il semble que la fourchette haute puisse être retenue. Les clandestins construisent, sans reconnaissance officielle, le département. Hommes et femmes sont employés mais naturellement pas déclarés dans le bâtiment, l’agriculture, la pêche mais aussi les garages, la restauration… Ce sont bien des habitants de Mayotte qui les « embauchent ». Le bâtiment, principal pourvoyeur de cette main-d’œuvre est en plein boom. Pour déjouer la surveillance éventuelle par l’inspection du travail qui se met peu à peu en place, de nombreux chantiers œuvrent parfois la nuit, le week-end et les jours fériés. D’aucuns, personnels de maison, ne quittent guère le lieu où ils sont employés. Ces clandestins perçoivent mensuellement des « salaires » compris entre 100 et 500 euros. D’autres sont, pour leur propre compte, marchands à la sauvette, vendent des articles de bazar, cultivent sur des terrains loués des fruits et des légumes, fabriquent du charbon de bois. Les hauts de l’île, inhabités, permettant cette dernière activité[18] [18] Activité très néfaste à l’environnement, déjouée ces derniers…  On peut parler d’un esclavage moderne. Sans conteste, l’économie parallèle soutient ou mine selon les cas l’économie réelle et enrichit quelques-uns. Les clandestins sont pour la plupart installés dans des logements informels à la périphérie des villages[19] [19] Les bidonvilles s’étendent à la vue de tous sur les hauts de la  ou bien la proie de marchands de sommeil sans scrupules. L’absence d’hygiène, la difficulté à se soigner, la méconnaissance et la peur conduisent à une recrudescence des maladies « de la misère. »

 

LA DRAMATIQUE SITUATION DES MINEURS ISOLÉS

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14Lorsque les clandestins sont interpellés, ils ne réclament pas toujours leurs enfants. Les mères préfèrent la plupart du temps les laisser seuls à Mayotte où ils pourront, croient-elles, avoir un avenir meilleur[20] [20] 60 % décident de repartir sans leurs enfants…. Elles espèrent surtout revenir le plus rapidement possible et éviter ainsi d’imposer à leur progéniture une nouvelle traversée et un autre séjour au CRA[21] [21] En 2011, ce sont 5000 enfants qui sont passés par le centre de …  Mais leur retour n’est pas toujours possible. Ainsi des mineurs étrangers se retrouvent-ils isolés ou tout simplement abandonnés. N’importe quel quidam peut remarquer à Mamoudzou et ailleurs des groupes d’enfants en guenilles, non scolarisés, fouillant les poubelles, mendiant à l’occasion ou se livrant à une petite délinquance de survie. Pour tenter d’appréhender cette situation préoccupante, un Observatoire des mineurs isolés (OMI) a été mis en place en novembre 2010. Il s’est entre autre donné pour mission « de recueillir et d’analyser les données quantitatives et qualitatives relatives à ce phénomène et également d’être lieu d’étude des situations particulières et force de propositions »[22] [22] Le sociologue David Guyot a pu recenser 2 922 enfants mineurs… Pour autant, les moyens manquent pour venir en aide à ces enfants en situation d’extrême dénuement. Le problème devient d’autant plus inextricable que certains mineurs sont des enfants non reconnus de père mahorais et de mère comorienne[23] [23] Une enquête de l’insee EN 2004 montrait que la moitié des….

 15La population de Mayotte et les autorités françaises elles-mêmes sont divisées sur la conduite à tenir par rapport au « visa Balladur ». Le rapport sénatorial d’information en date du 18 juillet 2012 le remet en cause[24] [24] Comme de nombreuses associations, Les Indignés de Mayotte, La . Le 9 août, les élus du Conseil général sont pris à partie par un collectif d’associations mahoraises qui exigent son maintien. Le 16, après un débat houleux les élus votent à la majorité, moins deux voix, une motion allant dans ce sens. Le 1er septembre, les femmes défilent à Mamoudzou pour réaffirmer leur volonté de voir « le visa Balladur » prorogé. Mais le « visa Balladur » ne résoudra pas tous les problèmes. Loin s’en faut. D’un côté, les trafics constatés à Mayotte perdurent ce qui va, tout comme le maintien du statu quo en matière de reconduites à la frontière à l’encontre des déclarations de bonnes intentions[25] [25] Le seul fait d’avoir choisi la France par un vote, sans que … . D’un autre côté, la pression migratoire a pris des proportions telles que la société mahoraise, si elle était abandonnée au laxisme, ne pourrait qu’être encore plus ébranlée dans ses fondements et sa cohérence[26] [26] Les services publics : hôpitaux, établissements scolaires.. . Que faire dans ces conditions ?

 16Le respect du droit du travail, la nécessaire coopération régionale[27] [27] Le Budget de la France pour la coopération avec l’Union des… , la prise en compte « des enfants des rues » doivent être vite reconsidérés pour empêcher les inquiétantes dérives constatées dans le 101edépartement français. L’évolution des mentalités, l’éducation joueront leur rôle à moyen terme, mais à court terme c’est la mise en place de garde-fous et de contrôles qui se révèle indispensable.

 17Plus généralement se trouve posé ici, avec acuité, le problème des relations ambiguës entre pays du Tiers-Monde et pays riches. La France a-t-elle pris dans cet espace la mesure des considérables efforts à consentir en cette période de restriction budgétaire ?

 

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Notes

[2]

La Grande-Bretagne

[3]

C’est à cette période que remonte un fort ressentiment nourri par l’ostracisme et la xénophobie.

[4]

Pour entrer à Mayotte et y séjourner moins de trois mois, si l’on n’est pas ressortissant de l’Union européenne ou d’un État ayant signé les accords de Schengen, il est indispensable de faire une demande à l’ambassade de France et de s’acquitter de 9 euros. Il faut en outre présenter un justificatif d’hébergement, certifier que son hôte vous prendra à sa charge, prouver par des bulletins de salaire que l’on est muni d’un billet de retour… Dans le cas d’un séjour excédant les trois mois, il faudra qui plus est détenir un titre de séjour et débourser 99 euros. Autant de conditions que les migrants comoriens sont dans l’incapacité de remplir.

[5]

On l’aperçoit d’ailleurs par beau temps depuis Sada.

[6]

Ces candidats ne viennent pas seulement des Comores mais aussi du Rwanda, du Burundi, du Congo, de Somalie, de Madagascar… Mayotte n’est pas régie par le droit commun en matière de droit des étrangers.

[7]

L’une d’entre elles qui comprenait dix membres a été démantelée en janvier 2011 et jugée en novembre de la même année. Deux autres responsables de filières ont été interpellés la même année. Des dizaines de passeurs, souvent mineurs, sont arrêtés chaque année

[8]

Le 7 juin 2009, un kwassa se retourne : 2 morts, 34 disparus. Le 23 novembre 2009, ce sont 21 personnes qui périssent. En mars 2010, cinq bébés et quatre femmes se noient lors d’un naufrage sur un récif dans le sud de l’île. En octobre 2010, deux femmes et un nourrisson décèdent entre Mayotte et Anjouan. Le 21 mai, 20 personnes sur 39 trouvent la mort. Les 23 et 24 juin 2012, quatorze kwassa sont interceptés en arrivant à Mayotte : 250 personnes sont conduites au centre de rétention… Depuis 1995, 7 000 à 10 000 personnes seraient mortes en mer en tentant la traversée.

[9]

En août 2011, un quatrième radar qui couvre le sud de Mayotte a été mis en place.

[10]

D’autres migrants clandestins sont interpellés ultérieurement lors de contrôles inopinés effectués sur les grands axes de circulation ou à domicile par les forces de sécurité.

[11]

Le CRA a été surchargé par rapport là cette capacité durant les deux tiers de l’année 2012. Le centre administratif de rétention est géré par 45 fonctionnaires.

[12]

Les personnes interceptées sont reconduites par bateau et depuis peu également par avion.

[13]

Allocations familiales, RSA…

[14]

Le salaire de base, lorsqu’on a du travail, ne dépassant guère les 60 euros.

[15]

Aux Comores où l’école officielle reste défaillante, les parents sont contraints d’envoyer leurs enfants pour leur assurer une éducation digne de ce qualificatif dans des écoles privées qui coûtent l’équivalent de 25 euros par mois.

[16]

La simple occupation d’un lit d’hôpital, aux Comores, coûte aux familles 10 euros par jour. Les soins et les opérations chirurgicales sont payants. Une simple urgence médicale peut être fatale.

[17]

Pour un total de 250 000 habitants. Le prochain recensement devait avoir lieu du 21 août au 17 septembre 2012. Mayotte a d’ores et déjà une des densités de population les plus élevées de l’océan Indien : 511 h/km2.

[18]

Activité très néfaste à l’environnement, déjouée ces derniers temps par l’observation aérienne.

[19]

Les bidonvilles s’étendent à la vue de tous sur les hauts de la zone industrielle de Kawéni. Ils existent aussi à Trévani (surnommé par dérision Dubaï), commune de Koungou et ailleurs.

[20]

60% décident de repartir sans leurs enfants.

[21]

En 2011, ce sont 5 000 enfants qui sont passés par le centre de rétention.

[22]

Le sociologue David Guyot a pu recenser 2 922 enfants mineurs isolés, 1 666 mineurs avec adulte apparenté, 584 sans adulte non apparenté, 555 sans adulte. On peut raisonnablement estimer que les chiffres sont supérieurs, beaucoup d’enfants restant en fait invisibles.

[23]

Une enquête de l’INSEE en 2004 montrait que la moitié des enfants nés à l’hôpital de Mamoudzou étaient de mère étrangère et de père français.

[24]

Comme de nombreuses associations : Les indignés de Mayotte, La Cimade, SOS démocratie… l’affirment : « le visa Balladur » a normalisé l’exception et conduit à des situations inhumaines

[25]

Le seul fait d’avoir choisi la France par un vote, sans que d’autres mérites particuliers interviennent, peut-il justifier une telle différence de traitement des populations comoriennes en déshérence à Mayotte ?

[26]

Les services publics : hôpitaux, établissements scolaires, poste… sont débordés.

[27]

Le budget de la France pour la coopération avec l’Union des Comores est aujourd’hui de 20 millions d’euros par an. Il apparaît dérisoire si on le compare au coût des reconduites à la frontière qui dépasse les 50 millions d’euros. La venue de Christian Christnacht à Mayotte le 28 août 2012 et sa visite dans les Comores une semaine plus tard, ont eu un double but : intensifier l’indispensable coopération régionale et réexaminer le « visa Balladur. » Le rapport sénatorial propose en effet la mise en place d’un nouveau visa qui permettrait une entrée régulière sur le territoire pour une durée limitée, sans accès au travail. Cet éventuel dispositif est qualifié de « réaliste et rigoureux afin de mieux maîtriser l’immigration ».

  

Mis en ligne sur Cairn.info le 30/01/2013

https://doi.org/10.3917/oute.033.0635

 

https://www.cairn.info/revue-outre-terre1-2012-3-page-635.htm

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Mayotte, ce joyau de l’Océan Indien, n’attire pas que les touristes malheureusement. Depuis quelques années, le nombre de morts s’accumulent dans la mer entre les Comores et Mayotte. Be You s’intéresse de plus près à ce fléau qui ne cesse de prendre de l’ampleur de jour en jour. 

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70 km seulement séparent Anjouan de Mayotte.. Et pourtant les migrants comoriens prennent leur courage à deux mains et affrontent la mer aussi agitée soit-elle, quitte à y laisser leur vie. Rejoindre Mayotte oui, et à n’importe quel prix. Considéré comme un des plus beaux lagons au monde, Mayotte offrent des paysages insulaires à couper le souffle. Parallèlement, Mayotte c’est aussi le plus grand cimetière marin du monde. L’immigration clandestine à Mayotte est devenue monnaie courante. Les Comoriens affluent régulièrement vers le 101e département français, pour fuir les écueils de la vie aux Comores. Une économie à la ramasse dans l’archipel comorien, qui plonge les habitants dans une misère extrême. Une solution envisagée pour certains ? Se rendre à Mayotte avec ou sans sa famille, en kwassa-kwassa (pirogues de fortune, qu’utilisent les passeurs pour faire le trajet Anjouan- Mayotte) et se construire un avenir plus solide. Hommes, Femmes, enfants en bas âge, tous s’entassent dans ces kwassas, sans aucune mesure de sécurité réelle. La traversée coûte entre 300€ et 500€, le prix n’est pas un frein pour les migrants.Un rapport sénatorial de 2012 fait état de 7.000 à 10.000 morts depuis 1995. En 2015, on a comptabilisé 20 000 reconduites à la frontière. Objectif ? Mayotte et s’en sortir.

  

Kwassa-kwassa en direction de Mayotte

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La tension est à son comble à Mayotte. Les Maorais jugent la présence des immigrants clandestins trop présente sur l’île. Le 19 janvier, l’ancien député UMP Mansour Kamardine s’insurge « Mayotte est au bord de la guerre civile ». Il rajoute « la population d’origine mahoraise est aujourd’hui minoritaire ». C’est la ministre des Outre-mer George Pau-Langevin qui lui a répondu indignée. Elle juge la déclaration du député « irresponsable ». À titre indicatif, Mayotte faisait partie de l’archipel des Comores, ancienne colonie française. Pour favoriser l’émancipation des îles, le président Ahmed Abdallah Abdérémane a  déclaré l’ indépendance des Comores en 1975. Mayotte a décidé quant à elle, de rester française. La déchirure entre les Comores et Mayotte est bien réelle. Les conflits et les tensions se ressentent. Et pourtant, les comoriens et les mahorais partagent la même culture, la même langue et  il faut le dire « le même territoire ». L’État comorien ne peut faire face à cette immigration clandestine abondante, faute de moyens. Doit-on fermer les yeux sur l’immigration clandestine à Mayotte et entretenir ce cimetière marin ? L’humanité prime ! Le bonheur pour les comoriens se trouve t-il réellement à Mayotte ?

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http://www.outremersbeyou.com/mayotte-leldorado-des-comoriens/

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