JEAN FERRAT (1930-2010), JEAN-MARIE GUSTAVE LE CLEZIO (1940-...), LOUIS ARAGON (1897-1982), MIGRANTS, PALAIDOYER DE LE CLEZIO POUR LES MIGRANTS, POEME, POEME POUR LA PAIX, UN JOUR UN JOUR

Plaidoyer de Le Clézio pour les migrants

« Comment pouvons-nous les renvoyer à la mort? »

Le Plaidoyer de Le Clézio

3 JANV. 2018

Jean-Marie Gustave Le Clézio a lu à l’antenne de France Inter un texte inédit dans lequel l’écrivain prend position pour les migrants. Un texte « indispensable » à lire (et écouter).

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« La vérité, c’est que chaque drame de la migration en provenance des pays pauvres pose la question qui s’est posée jadis aux habitants de Roquebillière, lorsqu’ils ont offert l’asile à ma mère et à ses enfants : la question de la responsabilité.

Dans le monde contemporain, l’histoire ne répartit plus les populations entre factions guerrières. Elle met d’un côté ceux qui, par le hasard de leur situation géographique, par leur puissance économique acquise au long des siècles, par leur expériences, connaissent les bienfaits de la paix et de la prospérité. Et de l’autre, les peuples qui sont en manque de tout, mais surtout de démocratie.

La responsabilité, ce n’est pas une vague notion philosophique, c’est une réalité.

Car les situations que fuient ces déshérités, ce sont les nations riches qui les ont créées. Par la conquête violente des colonies, puis après l’indépendance, en soutenant les tyrannies, et enfin aux temps contemporains, en fomentant des guerres à outrances dans lesquelles la vie des uns ne vaut rien, quand la vie des autres est un précieux trésor.

Bombardements, frappes ciblées depuis le ciel, blocus économiques, tous les moyens ont été mis en oeuvre par les nations puissantes pour vaincre les ennemis qu’elles ont identifiées. Et qu’importe s’il y a des victimes collatérales, des erreurs de tirs, qu’importe si les frontières ont été tracées à coups de sabre par la colonisation sans tenir compte des réalités humaines.

La migration n’est pas, pour ceux qui l’entreprennent, une croisière en quête d’exotisme, ni même le leurre d’une vie de luxe dans nos banlieues de Paris ou de Californie. C’est une fuite de gens apeurés, harassés, en danger de mort dans leur propre pays.

Pouvons-nous les ignorer, détourner notre regard ?

Accepter qu’ils soient refoulés comme indésirables, comme si le malheur était un crime et la pauvreté une maladie ?

On entend souvent dire que ces situations sont inextricables, inévitables. que nous, les nantis, ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde. Qu’il faut bien des frontières pour nous protéger, que nous sommes sous la menace d’une invasion, comme s’il s’agissait de hordes barbares montant à l’assaut de nos quartiers, de nos coffre-forts, de nos vierges.

Quand bien même nous ne garderions que l’argument sécuritaire, n’est-il pas évident que nos murs, nos barbelés, nos miradors sont des protections illusoires ?

Si nous ne pouvons accueillir celles et ceux qui en ont besoin, si nous ne pouvons accéder à leur demande par charité ou par humanisme, ne pouvons-nous au moins le faire par raison, comme le dit la grande Aïcha Ech Chenna qui vient en aide aux enfants abandonnés du Maroc : « Donnez, car si vous ne le faites pas, un jour ces enfants viendront vous demander des comptes« .

L’histoire récente du monde nous met devant deux principes contradictoires mais non pas irréconciliables.

D’une part, l’espoir que nous avons de créer un jour un lieu commun à toute l’humanité. Un lieu où régnerait une constitution universelle et souvenons-nous que la première constitution affirmant l’égalité de tous les humains, fut écrite non pas en Grèce, ni dans la France des Lumières, mais en Afrique dans le Royaume du Mali d’avant la conquête.

Et d’autre part, la consolidation des barrières préventives contre guerres, épidémies et révolutions.

Entre ces deux extrêmes, la condition de migrants nous rappelle à une modestie plus réaliste. Elle nous remet en mémoire l’histoire déjà ancienne des conflits inégaux entre pays riche et pays sous équipé c’est le maréchal Mobutu qui, s’adressant aux Etats-Unis proposa une vraie échelle de valeur établie non pas sur le critère de la puissance économique ou militaire d’un pays mais sur sa capacité au partage des richesses et des services afin que soit banni le mot de « sous-développement » et qu’il soit remplacé par celui de « sous-équipement ».

Nous nous sommes habitués progressivement, depuis les guerres d’indépendances, à ce que des centaines de milliers d’être humains, en Afrique, au Proche Orient, en Amérique latine, naissent, vivent et meurent dans des villes de toiles et de tôles, en marge des pays prospères. Aujourd’hui avec l’aggravation de ces conflits, et la sous-alimentation dans les pays déshérités, on découvre que ces gens ne peuvent plus être confinés. Qu’il traversent forêts, déserts et mers pour tenter d’échapper à leur fatalité.

Ils frappent à notre porte, ils demandent à être reçus.

Comment pouvons-nous les renvoyer à la mort ?

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Dans son beau livre, le docteur Pietro Bartolo cite cette phrase de Martin Luther King, qui n’a jamais sonné aussi vraie : « Nous avons appris à voler comme des oiseaux et à nager comme des poissons, mais nous n’avons pas appris l’art tout simple de vivre ensemble comme des frères »

 

 

UN JOUR UN JOUR

 

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Tout ce que l’homme fut de grand et de sublime
Sa protestation ses chants et ses héros
Au dessus de ce corps et contre ses bourreaux
A Grenade aujourd’hui surgit devant le crime

Et cette bouche absente et Lorca qui s’est tu
Emplissant tout à coup l’univers de silence
Contre les violents tourne la violence
Dieu le fracas que fait un poète qu’on tue

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Ah je désespérais de mes frères sauvages
Je voyais je voyais l’avenir à genoux
La Bête triomphante et la pierre sur nous
Et le feu des soldats porté sur nos rivages

Quoi toujours ce serait par atroce marché
Un partage incessant que se font de la terre
Entre eux ces assassins que craignent les panthères
Et dont tremble un poignard quand leur main l’a touché

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Quoi toujours ce serait la guerre la querelle
Des manières de rois et des fronts prosternés
Et l’enfant de la femme inutilement né
Les blés déchiquetés toujours des sauterelles

Quoi les bagnes toujours et la chair sous la roue
Le massacre toujours justifié d’idoles
Aux cadavres jeté ce manteau de paroles
Le bâillon pour la bouche et pour la main le clou

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Poème de Louis Aragon, chanté par Jean Ferrat

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Film Le temps des égarés

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LE TEMPS DES ÉGARÉS

Le temps des égarés

De Virginie Sauveur

Avec Claudia Tagbo, Biyouna, Jean-Pierre Lorit

Date de sortie mai 2018 (Arte)

Drame français

Salon-de-Provence le 9 février à  17h00 au Cinéma Les Arcades (Place Gambettta – Tarif 5 €)

Une ancienne réfugiée, devenue traductrice de l’OFPRA, extorque sans scrupules les demandeurs d’asile pour inventer les récits de leurs vies. Film proposé par la CIMADE. Débat avec la scénariste, Gaëlle Bellan, et Marie Hélène Desfours, avocate spécialisée en droits des étrangers.

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SYNOPSIS ET DÉTAILS

Ancienne réfugiée, Sira est traductrice pour l’OFRPA, l’organisme chargé de l’attribution du droit d’Asile en France. Sans aucun scrupule vis-à-vis des demandeurs, elle leur vend au prix fort des odyssées mensongères mais susceptibles de convaincre les autorités. Un enchaînement de rencontres qui vont avoir raison de son cynisme.

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http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=258776.html

 

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Le temps des égarés

Sur Arte

“Le Temps des égarés”, un conte ultra-contemporain sur les réfugiés

Dans une fiction sur Arte, la réalisatrice Virginie Sauveur raconte avec humanité les épreuves qui attendent les migrants à leur arrivée en France. Et fustige ceux qui en profitent : en traductrice corrompue, la comique Claudia Tagbo se révèle impériale.

Ils sont un essaim, collés les uns aux autres dans la pénombre inconfortable d’un container. Ils sont une enfilade de silhouettes floues, courant à contre-jour vers l’eldorado qu’ils se sont imaginé. Un homme sort du lot qui s’éloigne et s’arrête. Dans son sac en plastique, le strict nécessaire : un bout de savon, une brosse à dents et un texte de Cyrano de Bergerac. Il commence une toilette de chat dans la mer, relève la tête, fixe la caméra. Maintenant, semble-t-il nous dire, regardez-moi dans les yeux et écoutez mon histoire.

Récits d’exilés à vendre

Ainsi commence Le Temps des égarés, sorte d’épopée contemporaine dans laquelle des héros venus de l’autre côté de la Méditerranée réussissent les exploits successifs de débarquer en France, de tracer leur chemin jusqu’à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) et, le cas échéant, de convaincre ceux qui les écoutent qu’ils méritent le droit d’asile. C’est à ce dernier stade de leur parcours que, dans ce téléfilm réalisé par Virginie Sauveur (Virage Nord), tout se joue.

Aider les réfugiés à dire l’indicible

« Quand j’ai découvert que le récit délivré à l’Ofpra, à l’écrit et à l’oral, primait sur les éventuelles pièces matérielles[souvent manquantes ou sujettes à caution, ndlr], j’ai immédiatement pensé à ceux qui, traumatisés ou craignant encore des représailles, n’étaient pas capables de raconter leur histoire », explique la scénariste Gaëlle Bellan. Dans la réalité, il arrive que des escrocs profitent des détresses pour faire commerce de leurs récits, qui fonctionnent tant que leur répétition ne saute pas aux oreilles des agents qui les collectent.

Dans la fiction, une traductrice (Claudia Tagbo) sature de billets de banque son existence vide de sens en vendant aux réfugiés les mots qui leur serviront de sésame. Gare à celui qui pense pouvoir s’en passer : rien n’est moins contestable que la chronique d’une destinée…

La réalité rejoint la fiction

Née il y a une dizaine d’années, l’idée de cette fiction mettant en scène des réfugiés (un terme que Gaëlle ­Bellan préfère à celui de « migrants ») trouve son aboutissement au moment où la loi asile-immigration, fraîchement votée, durcit les conditions d’entrée en France. « Lors d’une première projection du film, en janvier, un spectateur a fait remarquer que la présence d’une petite fille dans un centre de rétention n’était pas réaliste, poursuit la scénariste. L’un des personnages précise d’ailleurs que celle-ci est arrivée là “par erreur”. Or, désormais, ce cas de figure est parfaitement possible. » Désireuse de proposer « un film documenté mais pas documentaire », elle a rencontré des anciens agents de protection de l’Ofpra, et assisté à des audiences de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) pour rendre chaque situation incontestable.

Loin pourtant d’asséner un propos, Le Temps des égarés ressemble plutôt à un conte, dissimulant derrière ses protagonistes mille pistes de réflexion. De la traductrice impénétrable à l’humaniste égoïste, tous ont de bonnes raisons d’agir comme ils le font ; tant pis s’ils se montrent cruels quand on attend de la bienveillance, ou vénaux quand on les espère moraux… Surtout, ils ne sont plus la masse indistincte qu’évoquent les journaux ou les textes de loi, mais des individus dotés de visages et confrontés à des dilemmes, qui suscitent réflexion et empathie.

A contre-emploi, l’humoriste Claudia Tagbo se révèle impériale dans un rôle marmoréen — une nouvelle fois, la réalisatrice Virginie Sauveur démontre qu’elle n’a pas sa pareille pour révéler les comédiens. C’est sans doute grâce à cette intégrité face au « sujet » et à ceux qui l’incarnent, mais aussi à la poésie dont il fait preuve parfois, que ce téléfilm délicat a reçu trois prix au dernier festival de Luchon (dont celui de la meilleure fiction) et le prix du public au Fipa.

Télérama du 25 mai 2018

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« Le temps des égarés »de Virginie Sauveur

 

Diffusé sur ARTE le vendredi 25 mai 2018, Le temps des égarés de Virginie Sauveur est un téléfilm sociétal fort et original sur le sujet polémique de l’accueil des migrants et réfugiés. L’avis et la critique de Bulles de Culture sur cette unitaire fiction coup de cœur, portée par une excellente Claudia Tagbo, ainsi que notre interview de l’équipe.

Synopsis :

Sira Diabate (Claudia Tagbo) travaille pour l’OFPRA, l’organisme chargé de lattribution du droit dasile en France. Elle-même issue de limmigration mais sans aucun scrupule vis-à-vis des migrants, elle leur vend au prix fort des odyssées mensongères, mais susceptibles de convaincre les autorités. Solitaire, elle amasse compulsivement de l’argent pour combler le vide de son existence. Un enchaînement de rencontres va avoir raison de son cynisme. Pendant ce temps-là, Abdul Yassin (Amer Alwan), réfugié irakien rescapé de Daech, débarque en France où il va devoir apprendre à survivre.

Le temps des égarés : le sujet sensible de l’accueil des migrants

L’arrivée d’un groupe d’immigrés clandestins dans un container qu’on imagine décharger d’un cargo ouvre le téléfilm Le temps des égarés. Abdul Yassin en fait partie. Puis direction l’OFPRA (Office Français de la Protection des Réfugiés et des Apatrides) où entre en scène Sira Diabate, une interprète qui y travaille. Enfin une petite fille, sauvée d’une excision par son père en fuite, fait son apparition… L’unitaire fiction Le temps des égarés « est un projet que je porte depuis 2009, nous a confié Gaëlle Bellan (Engrenages), la coscénariste au départ du projet. A l’origine, ce qui m’a interpellé, c’est une conversation avec une amie qui travaillait autour de l’univers de l’OFPRA et qui m’a expliqué comment fonctionnait l’obtention du droit d’asile. Elle m’a dit que tout reposait sur le récit du requérant et que c’était la qualité du récit qui permettait de donner ou non le statut. Évidemment, comme je suis une scénariste et que le récit est au cœur de mes préoccupations quotidiennes, j’ai trouvé que c’était incroyable qu’il y ait un enjeu de vie et de mort autour du récit. Donc à l’origine, il ne s’agissait pas de parler des mouvements migratoires et du statut de réfugié en lui-même. C’est venu après ».

Et c’est l’approche originale et inédite du téléfilm Le temps des égarés qui en fait toute la force. Surtout que de nous jours, l’accueil des migrants et réfugiés est un sujet hautement sensible. A tel point que la production s’est heurtée à de nombreuses difficultés lors du tournage. Ainsi, malgré le soutien de la région Ile-de-France, de nombreuses villes ont refusé d’être associés à ce projet. Que ce soit pour le tournage dans la cité tranquille où vit Sira, ou pour l’ouverture du film où Abdul et un groupe de migrants arrivent en bateau — face au refus des ports de Calais, Dunkerque ou Marseille, la scène a finalement été tournée avec un container sur un parking privé. Même fin de non-recevoir pour la séquence de l’hôtel de marchand de sommeil où séjourne Abdul qui aurait dû se dérouler en fait dans un « camp » de migrants reconstitué sous le métro de Paris. C’est dire l’importance de traiter aujourd’hui un tel sujet, même en fiction.

Des êtres confrontés à un système défaillant

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Dans l’unitaire fiction Le temps des égarés, la coscénariste et réalisatrice Virginie Sauveur (Virage NordQuelques jours entre nous) filme donc à hauteur d’homme plusieurs personnages confrontés à un système d’accueil de migrants et de réfugiés totalement défaillant. Il y a tout d’abord ceux qui le représentent et que le téléfilm, loin d’être à charge, n’oublie pas de souligner l’humanité mais aussi l’extrême désemparement face à des situations qui les dépassent complètement. C’est ainsi le cas d’Audrey, interprétée par la comédienne Géraldine Martineau (Le NouveauPetit Paysan), qui « est extrêmement désagréable mais on sent aussi que c’est une personne qui est tous les jours confrontés à la détresse, à des gens qui supplient, demandent… qui a une responsabilité inhumaine sur ses épaules, nous a expliqué la coscénariste et réalisatrice Virginie Sauveur. Cette personne est en charge de récupérer la parole mais en plus de décider aussi si oui ou non son interlocuteur peut rester ou pas en France ».

Il y a ensuite ceux qui arrivent avec plein d’illusions et qui vont se heurter à la dure réalité. C’est le cas d’Abdul Yassin, un professeur de français irakien d’une cinquantaine d’années qui a fui son pays pour trouver refuge en France. Interprété par l’acteur et réalisateur irakien Amer Alwan (Zaman, l’homme des roseaux), cet homme qui idéalise tant la France va se heurter à la dure réalité de l’accueil des immigrés dans le pays supposé des droits de l’Homme. « Le personnage d’Abdul a quelque chose en lui qui se brise. Il avait une image en lui un peu romanesque de la France, des droits de l’Homme, de la culture, nous a ainsi expliqué Virginie Sauveur.C’est vrai qu’il se drape un peu dans sa souffrance mais à un moment donné, il va accepter. Lui aussi, il fait un chemin. Il ne fait pas simplement le chemin d’Irak à Paris mais aussi dans sa tête. Malgré son âge, il grandit. Car il avait appris la France dans les livres, par un prisme littéraire, pas du tout par la réalité« .

Il y a enfin ceux qui acceptent le « game », comme le dit si bien son interprète Claudia Tagbo, métamorphosée dans le rôle de ce fascinant personnage qu’est Sira Diabate. Avec un jeu sobre et tout de colère rentrée, la comédienne, plus connue du grand public pour ses talents d’humoriste comme dans la série OCS Holly Weed, interprète avec brio cette interprète misanthrope et solitaire. Contrairement à Abdul, celle-ci ne se fait plus d’illusions depuis longtemps et monnaie chèrement sa capacité à parler six langues — l’actrice a d’ailleurs dû apprendre phonétiquement le kurde, le tamoul et le bambara pour le rôle — pour raconter les histoires les plus à même de faire obtenir l’asile à des immigrés méritant ou non ce statut.

Heureusement, pour contrebalancer ces trois regards pessimistes sur la situation actuelle, l’auteure-réalisatrice Virginie Sauveur et la coscénariste Gaëlle Bellan ont introduit également deux autres personnages plus porteurs d’optimisme. Il y a tout d’abord Assa, une enfant interprétée par la jeune comédienne Hadja Traore (9 ans) que Sira va accueillir chez elle et qui va apporter poésie — très belle scène notamment de conte en ombres chinoises raconté par Sira — et espoir dans le téléfilm. « Ce qui était intéressant, c’est cette petite fille qui rappelle aussi à Sira ce à quoi elle a réussi à échapper, nous a confirmé Virginie Sauveur. Il y a aussi une transmission de la parole et de la force. Quand la petite fille est confrontée à Abdul, celui-ci lui enseigne quelque chose de plus doux, altruiste et positif. Puis un autre personnage va lui dire totalement l’inverse : il ne faut rien laisser passer, rien accepter. Et du coup, cette petite fille prend de tout et ramène la parole d’Abdul à Sira et inversement. C’est une sorte de témoin-humain ». Il y a ensuite le personnage de la jeune avocate incarnée par Alice Belaïdi(WorkingirlsLe Bureau des Légendes) qui laisse espérer que l’éloquence sera enfin au service des causes justes.

Un téléfilm fort et singulier sur un sujet contemporain

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A l’image du personnage de Jean-Paul Miller, l’ami journaliste d’Abdul joué par Jean-Pierre Lorit (Ceux de 14Sam), « on a envie d’aider tout le monde mais après concrètement, c’est plus compliqué, nous a glissé l’auteure-réalisatrice Virginie Sauveur. Et le téléfilm raconte ça aussi : concrètement, qu’est-ce qu’on fait nous aussi ? Pas grand chose finalement. Après il y a les lois qui nous empêchent d’aider… »

Coup de cœur de Bulles de Culture, le téléfilm Le temps des égarés offre donc un regard fort, singulier et actuel sur un sujet d’actualité qui nous concerne tous grâce à une réalisation juste et humaine ainsi que grâce à un casting où la comédienne Claudia Tagbo, telle une guerrière, crève l’écran. Et Virginie Sauveur de conclure : « J’aimerais qu’on est un regard plus doux sur les migrants (…) et les accueillir de manière plus digne ».

Source Programme TV  de Bulles de Culture

 

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Ce mercredi était l’ultime jour du tournage du film « Le temps des égarés », une fiction de 90mn produite par Delante Productions avec Arte. Le tournage a débuté le 22 août dernier en région parisienne et les dernières scènes tournées à Provence Studio et sur une friche industrielle de Port-de-Bouc – on y voit des migrants s’échapper d’un container et se sauver dans le paysage industriel – correspondent au début du film, écrit et réalisé par Virginie Sauveur (à qui l’on doit « Virage Nord »).

Le synopsis : Sira (interprétée par Claudia Tagbo) est traductrice pour l’Ofpra, l’organisme chargé de l’attribution du droit d’asile en France. Sans aucun scrupule vis-à-vis des demandeurs, elle leur vend au prix fort des odyssées mensongères mais susceptibles de convaincre les autorités. Un enchaînement de rencontres va avoir raison de son cynisme.

Le film est ancré dans la réalité d’aujourd’hui. On retrouve dans le casting Biyouna, Jean-Pierre Lorit, Hadja Traore avec la participation d’Alice Belaïdi. Amer Alwan est aussi de la partie en tant qu’acteur, lui qui est aussi réalisateur. En vidéo.

 

https://www.maritima.info/depeches/culture/martigues/49821/encore-un-film-a-provence-studio.html

 

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Claudia Tagbo : « Et si  »le Temps des égarés » permettait aux spectateurs d’ouvrir les yeux sur les migrants ? »

Claudia Tagbo (Séverine Brigeot/Arte France)

Dans « le Temps des égarés », prix de la meilleure fiction unitaire au Festival de Luchon, Claudia Tagbo joue une interprète de l’Ofpra sans scrupules qui abuse de la faiblesse des migrants

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Viols, menace islamiste ou d’excision… Sira (Claudia Tagbo), interprète à l’Ofpra (Office français de Protection des Réfugiés et Apatrides), l’organisme chargé de l’attribution du droit d’asile en France, ficelle contre 500 euros l’odyssée inventée de toutes pièces de migrants qui jouent leur sort devant les fonctionnaires chargés de les écouter. Gaëlle Bellan, scénariste du “Temps des égarés” explique :

En enquêtant pendant près de huit ans sur le sujet, c’est leur récit, enjeu de vie ou de mort, qui m’a d’abord fascinée. Mais je me suis aussi rendu compte que la crise migratoire suscitait des métiers clandestins et pas très “réglos” comme celui de Sira. Ils “fonctionnent” un temps jusqu’à ce que l’Ofpra identifie les points de convergence des témoignages. »

Sira, elle-même exilée, misanthrope et pragmatique, « presque robotique « , selon l’actrice, s’est figée dans une colère et un cynisme doucement fissurés par l’irruption d’Assa (Hadja Traore), une gamine menacée d’expulsion. Tout au long de cette fiction chorale, où chacun – ami d’exilé d’abord accueillant puis démissionnaire, membre de l’Ofpra au bord du point de rupture, mais aussi assistantes sociales dévouées – fait ce qu’il peut, Assa trace les abscisses et les ordonnées de l’intrigue. Et noue le lien entre les personnages : Abdul (Amer Alwan), professeur irakien persécuté par Daech, lecteur de « Cyrano de Bergerac » et débarqué en container, qui a de la France une image romantique et subit à son arrivée ce que Virginie Sauveur, la réalisatrice, appelle un « choc thermique », Louise (Alice Belaïdi), avocate talentueuse appelée à découvrir sa vraie voie, et bien évidemment Sira.

Une nature électrique issue du stand-up

Cette Sira impassible au point que Claudia Tagbo devait se détendre les maxillaires entre chaque prise, la comédienne l’a aussitôt adoptée« Quand j’ai lu le scénario avec Arte marqué dessus, et ça comptait , dit-elle, je me suis écriée “waouh”, avant de songer : “Pourvu que Sira n’existe pas. ” On vient en France parce qu’on a faim dans tous les sensdu terme. On a donné tout ce qu’on avait à des passeurs pour payer le voyage. On a risqué sa vie. Et le premier contact avec le sol français serait quelqu’un d’“officiel” qui monnaye ses services et vous extorque ce qu’il vous reste, vous épuise, vous écrase… Impensable. J’espère que, d’une manière générale, “le Temps des égarés” permettra aux spectateurs d’ouvrir les yeux ou, du moins, de soulever une paupière. Aujourd’hui, les Etats entassent les réfugiés derrière des grillages. Ils tentent d’organiser la misère. C’est d’une violence absolue. Si personne n’a la solution, l’empathie est à la portée de tous. La France, mon cher pays, est une terre d’accueil, peut-être pouvons-nous essayer de nous montrer à la hauteur des valeurs que le monde nous prête. »

Pour incarner Sira, cette nature électrique issue du stand-up et du Jamel Comedy Club à l’abattage considérable (qui ne l’a vue sur scène imiter Beyoncé, le sprinter américain Maurice Greene ou un vendeur de la Fnac tire-au-flanc a raté quelque chose) n’a pas cherché à se documenter :

A quoi bon ? On pourrait réaliser un film avec l’histoire de chaque migrant échoué en bas de chez nous. »

Elle s’est donc contentée du scénario, de la confiance qui la liait à Virginie Sauveur, et d’apprendre phonétiquement le kurde, le tamoul et le bambara (la langue du Mali). « Dans le script , se souvient la réalisatrice, une didascalie précisait : “Sira traverse un couloir avec quelque chose de guerrier et de frontal. ” Claudia m’est apparue comme une évidence totale. »

Les mots sont plus forts que les maux

Née à Abidjan – elle y regarde en boucle à la télé le feuilleton « Sandokan » et la série des « Sissi », qui lui a donné envie de devenir actrice -, Claudia Tagbo suit son père à Chanac, en Lozère, où, « s’il vous arrive de croiser un voisin, vous faites un vœu. Le paternel aimait ce pays et voulait donner une chance à ses enfants. En Côte d’Ivoire, nous n’allions plus à l’école à cause d’une grève longue de six mois. Mais je possédais la langue française, ce cadeau. » A 12 ans, elle découvre le froid, les cols roulés, les collants qui grattent, les épinards et l’existence de fromages plus goûteux que La Vache qui rit. A l’heure où des actrices comme Aïssa Maïga ou Sonia Rolland dénoncent dans un livre, « Noire n’est pas mon métier » (Seuil, 2018), le racisme latent au sein du cinéma français, Claudia Tagbo assure avoir réglé le problème depuis très longtemps. « J’ai subi des préjugés, connu les castings où je n’étais pas prise. On peut y arriver lumineuse en ayant appris son texte sur le bout des doigts, si le directeur de casting est mal luné, il vous dira non sans vous expliquer pourquoi. Mon père ne nous a jamais menti. Lorsque j’objectais : “Je suis noire”, il me rétorquait : “Et alors, tu l’es ou pas ? Il faut y croire, ne pas baisser les bras. ” Et puis, moi, je suis noire et ronde. Inutile de dire que je partais avec deux sacs de sable autour des chevilles dans les starting-blocks », s‘esclaffe-t-elle.

Aujourd’hui, son engagement passe par Léopold Sédar Senghor dont elle cite un poème dans « Lucky », son deuxième one-woman-show -« Cet homme avait oublié qu’il était noir, il était juste humain » -, mais aussi par le souvenir des attentats de Paris qui ont servi de genèse au même spectacle. « Dès le lendemain, je suis allée voir Patrick Timsit puis Elie Semoun sur scène, c’était la première fois qu’on fermait les grilles d’un théâtre derrière moi, mais je me disais : “Bouge, c’est ton lieu d’expression. ” Pour moi, les mots sont plus forts que les maux. »

Les mots, justement, tiennent une grande place dans ce « Temps des égarés » aux allures de conte où la vérité n’est pas forcément gage de passeport pour l’avenir. Où Sira lance des phrases que Claudia Tagbo a eu du mal à prononcer comme : « Dans la vie, il ne faut compter sur personne. » Où on peut avouer un traumatisme passé grâce à des ombres chinoises, avec une poésie qui rappelle celle de Michel Ocelot, le créateur de « Kirikou et la sorcière ». « Le Temps des égarés » n’a pas été simple à tourner. « La ville où nous avions domicilié Sira ne souhaitait pas forcément voir son nom accolé à une fiction sur cette question-là , explique Virginie Sauveur. Nous voulions aussi filmer un camp de migrants, que nous imaginions sous un métro aérien, mais il a fallu changer le décor et opter pour un squat. Nous n’avons, enfin, pas obtenu les autorisations pour faire des plans d’un homme sur un ferry, les ports nous ayant tous signifié leur refus. » 

La fin de ce film exempt de sentimentalisme et soucieux de donner une voix à ceux qui n’en ont pas s’en est trouvée modifiée.

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Publié dans le Nouvel observateur du 25 mai 23018

 

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IMMIGRATION, MIGRANTS, POEME, POEMES, TOI, MON AMI LE MIGRANT

Toi, mon ami le migrant

Toi mon ami le migrant

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Toi mon ami le migrant

Venu d’on ne sait où

Venu on ne sait pourquoi

Tu jailli soudain

Avec ton baluchon rempli de hardes

Le cœur encore dans ton pays

Les yeux plein de paysages lointains

Les yeux remplis de rêves impossibles

 

Toi mon ami le migrant

Tu sens encore le sable chaud

Tu sens encore l’odeur de la mer

Tu as franchi combien de frontières

Tu as traversé combien de barbelés

Tu as sauté combien de murs

Tu as rencontré combien de gardes chiourmes

Avant d’échouer tel un mort vivant

 

Toi mon ami le migrant

Tu connaîtras peut-être encore une prison

Et tu retourneras errer de par le monde

Tu auras peut-être un bout de papier

Et tu resteras quelque temps

Et l’on te fera une âme blanche

Et l’on te fera une histoire européenne

Et l’on te fera une vie bien de chez nous

 

Toi mon ami l’émigré

Big Brother saura tes pensées

Big Brother saura tes espoirs déçus

Big Brother sauras tes amours aussi

Big Brother saura tout de toi

Mais ne t’en fais pas surtout

Ce sera sans amour et sans haine

C’est ainsi maintenant

 

Toi mon ami mon frère

Le sans papier l’émigré

La police est prévenue

La police arrive t’arracher à tes rêves

Il te faut partir encore

Nous ne pouvons plus voir

Toute la misère du monde

Envahir notre confort

Je te le dis

Sans amour et sans haine

Car c’est comme ça maintenant

Toi mon ami mon frère

Le sans papier l’émigré

Je te dis sans amour et sans haine

Pars…. Pars au plus vite

Reprends ton baluchon

Et cours vers d’autres cieux

Le monde est assez vaste

Tu y trouveras peut-être un coin de terre

Pour accueillir ton corps fatigué

Tu y trouveras peut-être l’espoir

Toi mon ami mon frère

Le sans papier l’émigré

Nous t’avons chassé bien sûr

Je te le redis encore une fois

C’’était sans amour sans haine

Alors quand le moment viendra

Pardonne si tu peux

Pardonne si tu en la force

 ©Claude-Marie T.

14 janvier 2019

CINEMA, DOCUMENTAIRES, DROITS DE L'HOMME, FILMS, J'AI MARCHE JUSQ'A VOUS, MIGRANTS, RENCONTRES CINEMATOGRAPHIQUES DES DROITS DE L'HOMME

Documentaire : J’ai marché jusqu’à vous

J’ai marché jusqu‘à vous – RÉCITS D’UNE JEUNESSE EXILÉE À MARSEILLE

Documentaire de Rachid Oujdi 52 min – 2016

AIX-EN-PCE ● 22 janvier ● 18h00

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Récit d’une jeunesse exilée à Marseille : ces enfants sans visa, au terme d’un éprouvante périple, débarque à Marseille qui ne  veut pas d’eux.

Film proposé par le collectif avec la participation de Sciences Po Aix. Débat avec le réalisateur Rachid Oujdi, Giovanni Privitera, enseignant à Sciences Po et Jeanne Hutin, association étudiante C.A.S.A. et animé par Roxane Nadim, enseignante et responsable des affaires culturelles à Sciences Po.

Sciences Po Aix / Amphithéâtre René Cassin (25, rue de Saporta, Aix-en-Provence (participation libre).

 

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Documentaire (France). Produit en 2016. Distribué par Comic Strip Production.

Synopsis

Ils ont moins de 18 ans, on les appelle les « Mineurs Isolés Etrangers ». Venus seuls, principalement d’Afrique et du Moyen Orient, ces voyageurs sans visas débarquent à Marseille, au terme d’un long périple. En attendant leur majorité, ils sont censés se trouver sous la protection de l’Aide Sociale à l’Enfance. Mais avant cette « mise à l’abri » rarement immédiate, ces jeunes subissent la rue, les réseaux malveillants et la suspicion des institutions. Prix du public, Festival Amnesty International.

 

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Ils sont invisibles parce que la ville préfère fermer les yeux. Autour de la gare Saint-Charles de Marseille, pourtant, la caméra de Rachid Oujdi a su débusquer les nouveaux enfants des rues. Ceux qui n’ont même pas un sac de couchage, parce qu’ils débarquent ici sans bagage, hagards après avoir traversé deux, trois ou six pays. On les appelle les « MIE ». Ces « mineurs isolés étrangers » seraient 8 000 en France. Le réalisateur de ce Récit d’une jeunesse exilée a suivi un petit groupe, les a vus se présenter au Service d’accueil et d’accompagnement des mineurs étrangers non accompagnés et en repartir souvent sans solution.

Sans fioritures ni sanglots, celui qui avait déjà raconté les chibanis, ces travailleurs immigrés maghrébins retraités (Perdus entre deux rives, les chibanis oubliés, 2014), comme des hommes entre deux mondes, raconte ces gamins en souffrance. Tous ressentent combien il est dur d’arriver en France seuls, en 2017, quand on a 13 ou 15 ans ; combien la rue est dangereuse pour eux, proies si faciles des réseaux.

Révolte citoyenne

Ils s’appellent Omar, ou Roméo, viennent d’Afghanistan ou d’Afrique et se retrouvent dehors dans ce pays qu’ils croyaient accueillant. Les images sont belles comme est belle l’éternelle Marseille, mais, pour eux, elles sont dures, comme sont durs l’exclusion, la faim, le froid, le manque de sommeil. S’ils redeviennent parfois des enfants l’espace d’un instant, souriant aux chanceux qui ont trouvé place dans la grande roue du Vieux-Port, ou se réjouissent de ceux qui sont au chaud dans le monde de la consommation de l’autre côté des vitrines, leur enfance est une longue blessure que Rachid Oujdi effleure, donnant à réfléchir sur ce que signifie aujourd’hui avoir signé la Convention des droits de l’enfant.

Engagé, ce documentaire inclut aussi la révolte citoyenne de ceux qui se heurtent au mur de l’administration. Le médecin, l’éducateur… tous arrivent à la même conclusion : seule une mobilisation citoyenne pourra permettre d’héberger les quelques dizaines d’enfants que l’administration n’a pas prévu de mettre à l’abri. Pourquoi celle-ci pousse-t-elle à « agir aux marges », s’interroge l’un d’eux ? S’il n’apporte pas de réponse, le beau travail de Rachid Oujdi a le mérite de poser la question.

 

Le Monde 11 juillet 2017

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 « J’ai marché vers vous » un documentaire tourné à Marseille , qui fait oeuvre de sensibilisation. N.V.

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« J’ai marché jusqu’à vous », ce documentaire de Rachid Oujdi, livre au coeur du débat, ses récits d’une jeunesse exilée. Cette rencontre a questionné une société en rupture d’humanité.

« Tout mineur doit être protégé quel que soit son sexe, sa religion, ses origines, sa nationalité », stipule la Convention internationale des Droits de l’Enfant du 20 novembre 1989. La réalité est en France bien loin d’adhérer à ce droit fondamental. Caméra au poing, Rachid Oujdi s’est penché à Marseille sur le quotidien de jeunes contraints à l’exil, qui sur le sol des « droits de l’homme », ne sont pas arrivés au bout de leur peine sans fin. La Ligue des Droits de l’Homme, Amnesty international, l’Assemblée citoyenne du Bassin Manosquin, avec le soutien des réseaux Éducation Sans Frontières et Hospitalité Solidaire, ont proposé un débat sur la situation de ces mineurs étrangers isolés. Mardi dernier, salle comble pour des échanges inspirés de ce documentaire poignant, « J’ai marché jusqu’à vous – Récits d’une jeunesse exilée » .

Ils ont entre 13 et 18 ans. Depuis le Moyen-Orient ou l’Afrique, ils ont marché jusqu’à nous pour venir se heurter à un double paradoxe politico-institutionnel. Les conditions de la protection ne sont pas à la mesure de la nécessité et de l’application du droit. Ces jeunes à la rue des semaines durant, voire des mois, quand il en sortent, ne rentrent dans aucun cadre juridique. En tant que mineurs ils ne peuvent pas prétendre au statut de réfugié. Des milliers de kilomètres leur ont ouvert ce seul horizon : survivre dans ce no man’s land identitaire. Le carcan du processus d’intégration, les lourdeurs administratives anéantissent tout espoir pour ceux qui approchent l’âge de la majorité. A quoi , à qui, à combien peut répondre le 115 ?

Lorsque l’institution doute de l’âge annoncé, les adolescents sont livrés à des tests infâmes, examens osseux ou des parties génitales.

Sur le terrain les professionnels sont eux-mêmes dans l’impasse du chaînon manquant. La loi interdit l’hébergement d’un mineur par des personnes de la société civile. L’institution dans l’illégalité est ainsi à même de poursuivre un citoyen accueillant. C’est l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance) qui a pour mission la protection de l’enfance, soumise à une gestion politique très disparate d’un département à l’autre.

Des filets d’humanité contournent la règle, entrent en désobéissance civile. Quarante collectifs solidaires s’organisent en Région Paca. Des citoyens s’impliquent aussi à titre individuel

Le film de Rachid Oujdi n’est pas une oeuvre militante, c’est une démarche engagée qui questionne notre humanité : « qu’en avons-nous fait au plus profond de nous ? » La distance choisie par le cinéaste pose un regard de subjectivité assumé. De la tendresse, de la subtilité sans tomber dans le pathos ou le voyeurisme. L’obscure réalité ainsi mise en lumière positionne le spectateur face à lui-même.

Le documentaire se termine sur une note claire. Mais depuis son tournage , il y a un an, le réalisateur décrit une situation qui à Marseille s’est assombrie plus encore, qui a gravement empiré.

« J’ai marché jusqu’à vous », le film fait oeuvre de sensibilisation, circule dans les collèges et les lycées, relayé par des enseignants du RESF. Visible en replay sur la chaîne LCP.

Journal La Marseillaise 9 janvier 2019.

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Récits d’une jeunesse exilée. J’ai marché jusqu’à vous

Ils viennent d’Afghanistan, de Turquie, d’Algérie, du Mali, du Nigeria… Ils ont entre 13 et 17 ans et sont arrivés en France. Pris en charge par les éducateurs de l’Addap-Saamena, un service spécialisé dans l’accompagnement des mineurs isolés, Muhammad, Ibrahim, Omo ou encore Sega regagnent un peu de lien social et bénéficient d’une aide administrative et médicale. Difficile en revanche pour eux de trouver un hébergement… Devant la caméra de Rachid Oujdi, ils racontent leur histoire, celle qui les a amenés à quitter clandestinement leur pays d’origine pour se retrouver, livrés à eux-mêmes, à Marseille. Ibrahim, 16 ans, a fui la Turquie. « Je suis venu en France parce qu’on y respecte les droits de l’homme », confie le jeune homme. Omo, quant à elle, a entrepris le voyage après avoir perdu ses parents dans un bombardement : « Je suis venue car je n’avais nulle part où aller. » Guerre, pauvreté, absence de perspectives, père violent… Les raisons avancées sont nombreuses et témoignent d’une grande détresse. Des récits forts et poignants, qui font de ce reportage en immersion un document indispensable pour mieux comprendre la réalité de ces jeunes migrants.

http://www.lavie.fr/culture/television/recits-d-une-jeunesse-exilee-j-ai-marche-jusqu-a-vous-11-04-2018-89449_31.php

 

 

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« J’ai marché jusqu’à vous » HK (Kaddour Hadadi) – Clip de Rachid …

 

Paroles

Les coups de sang, les coups du sort
Les coups de points, les coups encore
J’en ai reçu jusqu’à mon tour
J’en ai reçu jusqu’à ce jour
J’ai quitté mon petit village
En portant pour seul bagage
Des restes de rêves d’enfants
Des gentils qui gagnent à la fin

J’ai marché jusqu’à vous
J’ai eu peur je l’avoue
À chaque pause chaque trêve
Mille fois j’ai fait ce rêve
Je lisais mon nom sur vos lèvres
J’ai marché jusqu’à vous
Je suis là voyez vous
Mille fois j’ai fait le voeu
je vous en fait l’aveu
De me voir un jour dans vos yeux

Les petits chemins retiré
Les routes fleuves et les forêts
Les vastes plaine et les plateaux
Les grandes villes comme en photo
J’ai marché tant que j’ai pu
Tant de fois je me suis perdu
Les trains les camions les bateaux
Les coups de blues, les coups de couteaux

J’ai marché jusqu’à vous
J’ai eu peur je l’avoue
À chaque pause chaque trêve
Mille fois j’ai fait ce rêve
Je lisais mon nom sur vos lèvres
J’ai marché jusqu’à vous
Je suis là voyez vous
Mille fois j’ai fait le voeu
je vous en fait l’aveu
De me voir un jour dans vos yeux

 

Combien de pays traversé?
Combien de frontières dépassées?
Et me voilà m’en voulez vous?
Je n’avais pas pris rendez-vous
De mon histoire vous savez tout
Arrivé seul et sans dessous
Mais surtout arrivé en vie
Comprenez pourquoi je souris

J’ai marché jusqu’à vous
J’y ai cru je l’avoue
À chaque pause chaque trêve
Mille fois j’ai fait ce rêve
Je lisais mon nom sur vos levres
J’ai marché jusqu’à vous
Je suis là voyez vous
Mille fois j’ai fait le voeu
je vous en fait l’aveu
De me voir un jour dans vos yeux

J’ai marché jusqu’à vous
J’ai eu peur je l’avoue
Mille fois j’ai fait ce rêve
Mille fois j’ai fait ce rêve
Je lisais mon nom sur vos levres
J’ai marché jusqu’à vous
J’ai marché jusqu’à vous
J’ai marché jusqu’à vous…

Paroles de Kaddour Hadadi

Album : L’Empire de papier (2017)

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