Non classé

La composition picturale

Composition picturale

9 DEMO Angles LUINI

La composition picturale est l’organisation des formes à l’intérieur des limites d’une image, dans les arts graphiques, de la peinture au dessin, la gravure, la photographie, le cinéma, l’image numérique.

La composition s’envisage comme pratique et comme réflexion au moment de la réalisation de l’image, ou comme rubrique de l’analyse d’une image existante.

On appelle « canevas » ou « schème de composition2 » l’ensemble des lignes et figures géométriques, visuelles ou effectivement tracées, dans lesquelles s’inscrivent les éléments de l’image.

 

Théories de la composition picturale

Définitions

La composition picturale acquiert une importance particulière dans l’art européen à partir de la Renaissance, quand la peinture adopte le concept du point de vue. Dans d’autres contextes, on peut considérer que le regard parcourt l’image, sans se préoccuper de la considérer en entier, et la notion de composition n’a pas lieu. C’est le cas par exemple dans certains panneaux peints narratifs en Europe, et dans la peinture sur rouleaux en Extrême-Orient. La notion de composition picturale ne s’applique que très difficilement aux ouvrages que le regard ne peut embrasser d’un coup, comme la peinture de la chapelle Sixtine par Michel-Ange ou Les Nymphéas de Monet dans leur disposition de l’Orangerie3.

Dès ses débuts, la théorie artistique tente de définir la composition picturale et d’en discerner les règles. Pour Alberti, les trois parties constituantes de la peinture sont la circonscription, qui est la détermination des contours, la distribution des lumières, et la composition (picturale), qui les organise.

« La composition est une opération de la peinture par laquelle, dans une œuvre, on réunit les différentes parties. »

— AlbertiDe pictura, 1435.

Pour Alberti « l’œuvre la plus colossale ne consiste pas à représenter un colosse, mais un sujet » (p. 147). Cette condition énoncée en passant, l’auteur applique à l’image l’idée générale que l’art recherche la beauté, et que celle-ci réside dans les justes proportions.

Les époques suivantes ont établi, en concurrence avec cette approche, d’autres règles ou procédés pour d’autres objectifs. Si, en effet, la peinture vise à l’« effet », c’est-à-dire à éveiller une émotion, la théorie de la composition peut s’inverser entièrement. Ainsi, dans le Radeau de la MéduseGéricault présente-t-il, dans la plus grande partie du tableau, un disparate de laideurs évoquant l’horreur de la situation, dans un triangle vertical écrasant auquel répond le triangle oblique de la convergence des regards vers la toute petite voile à l’horizon, exprimant l’espoir pour les survivants.

Avant cette époque, Roger de Piles avait redéfini le concept de façon plus large : « la composition [picturale] comprend l’invention, et la disposition ; autre chose est d’inventer les objets, autre chose de les bien placer ». Cette conception se maintiendra dans l’enseignement académique jusqu’au xixe siècle

Développement et évolution

Baldassarre Orsini  publie en 1784 le premier traité consacré à la composition en peinture. Il formule des préceptes à l’attention des peintres7.

Au xixe siècle, la théorie de la peinture se détache du sujet pour s’intéresser plus à la représentation. Dans sa Théorie du beau pittoresque, Laurens écrit « l’impression produite par l’aspect de cette œuvre d’art a une cause double ; savoir : la disposition pittoresque de la composition, et la nature des objets et de la scène représentés ». À la fin du xxe siècle, la composition « constitue en soi un moyen d’expression ».

Avec le cubisme puis avec l’abstraction la peinture s’identifie à la composition10, comme dans les organisations rythmiques d’aplats de MondrianAndré Lhote définit la composition comme « arrangement d’objets ou de personnages en vue de décrire une action», une « organisation de semblables et de contraires » et insiste sur son rôle primordial dès la phase du croquis. Des artistes comme Kandinsky, qui affirme dans sa théorie artistique que la « peinture de composition » est « la troisième étape du développement pictural », intitulent leurs tableaux abstraits Composition suivi d’un numéro.

La construction d’une œuvre d’art, c’est-à-dire l’agencement de ses parties entre elles15, ne se différencie qu’à peine de la composition, dans le cas d’une œuvre picturale. Si intituler une tableau « Composition », dans l’art moderne, peut indiquer une notion musicaliste, l’usage du terme « construction » et le constructivisme évoquent l’architecture.

Application aux autres domaines que la peinture

Les arts graphiques, la photographie, la bande dessinée, les images numériques ont ainsi un vaste champ de théories et de procédés pour organiser leurs productions.

En photographie

En photographie d’extérieur, la composition est essentiellement un choix de point de vue, d’angle et de cadrage : « C’est en se déplaçant que le photographe compose », écrit un des premiers théoriciens de l’esthétique photographique18.

En photographie de studio (et au cinéma), la composition peut orienter et organiser toute la disposition du décor.

 

L’analyse de la composition picturale

Une partie considérable, peut-être principale, des écrits sur la composition picturale sont des analyses descriptives d’œuvres. Le critique examine l’image en recherchant, quelles que puissent avoir été les méthodes et les intentions de l’artiste, comment s’organisent, du point de vue du spectateur, les éléments de la composition picturale. Ces analyses s’appliquent indifféremment à tout type d’image. « C’est par son ordonnance que l’image devient composition picturale », écrit Jean Mitry à propos de l’image du cinéma

Le schéma de composition picturale, exprimant une analyse graphique d’une œuvre, qu’on rencontre de temps en temps au xixe siècle dans les études critiques, devient fréquent au xxe siècle, au point de susciter des parodies, produites par des artistes que la réduction de leur travail à quelques lignes directrices et préceptes abstraits irrite. Mais les conclusions de ces études se retrouvent fréquemment, mêlées aux préceptes académiques, dans les manuels d’enseignement des arts graphiques et de la photographie.

Récapitulant les réflexions sur la composition picturale, Heinrich Wölfflin distingue en 1915 cinq oppositions dans les principes de composition picturale :

définition des formes linéaire, par le contour ou picturale, par la surface ;

organisation en plans distincts ou en profondeur ;

fermeture ou ouverture des formes ;

unité ou pluralité des sujets ;

clarté absolue ou clarté relative.

 

Éléments de la composition picturale

Parmi les éléments visuels d’une composition picturale, on distingue :

la forme (rectangle, carré, cercle) du cadre et ses proportions ;

la ligne, droite ou courbe : le chemin visuel qui permet à l’œil de se déplacer dans le tableau ;

la direction : les itinéraires visuels qui prennent des chemins verticaux, horizontaux ou diagonaux ;

la forme : un espace géométrique ou organique ;

la couleur et le ton : avec leurs diverses valeurs et intensités, lumières et ombres ;

les dimensions et proportions des formes les unes avec les autres ;

la perspective : l’expression de la profondeur.

 

Méthode de composition picturale

L’artiste détermine ce que sera le centre d’intérêt de son ouvrage, et il dispose les éléments, généralement pour capter l’attention du spectateur, lui fournir une première sensation globale, puis guider son regard vers ce centre d’intérêt, « telle est la seule loi rigoureusement obligatoire de la composition pittoresque23 ». La composition utilise aussi bien des formes purement graphiques que des accessoires choisis pour leurs associations symboliques pour proposer au spectateur un cheminement entre divers éléments constitutifs de l’œuvre.

Plusieurs éléments sont à prendre en considération pour composer l’image :

la forme et les proportions ;

l’équilibre entre les différents éléments ;

l’harmonie, ou l’uniformité des éléments ;

l’orientation des éléments ;

la taille de l’image par rapport au champ visuel ;

le chemin ou la direction suivis par l’œil ;

l’espace négatif ;

la couleur ;

les contrastes, c’est-à-dire la valeur ou le degré de luminosité et d’obscurité, utilisé dans l’image ;

la géométrie : organisation des éléments selon des figures géométriques : cercle, triangle, etc. ;

le rythme, c’est-à-dire l’alternance d’éléments d’excitation et d’éléments de relâchement ;

l’illumination ou l’éclairage ;

la répétition ;

la perspective.

L’expérience et l’habitude permettent à de nombreux ouvrages de formaliser des conseils, qui reflètent à divers degrés les lois de la perception visuelle, les attentes d’un spectateur contemporain face à une image, et les programmes de l’enseignement académique.

 

Bibliographie

monographies

Michael Baxandall (trad. Maurice Brock, préf. Patrick Boucheron), Giotto et les humanistes : la découverte de la composition en peinture, 1340-1450 [« Giotto and the orators : humanist observers of painting in Italy and the discovery of pictorial composition, 1350-1450 »], Paris, Seuil, 2013

Duc, L’art de la composition et du cadrage : peinture, photographie, bande dessinée, publicité, Paris, Fleurus idées, 1992, 191 p.

Hajo Düchting (trad. Annette Stomberg), La composition, Dessain et Tolra, 1991

Sarah Kent (trad. Pascal Bonafoux), Le regard du peintre : la composition picturale [« Eyewitness art guide « composition » »], Paris, Gallimard, 1995

André Lhote, Traités du paysage et de la figure, Paris, Grasset, 1986 (regroupe le Traité du paysage (1939) et le Traité de la figure (1950). Les deux traités ont un chapitre « Composition »).

Jean-Joseph-Bonaventure Laurens, Théorie du beau pittoresque démontrée dans ses applications à la composition, au clair obscur, à la couleur et à l’interprétation de la nature par l’art : Essai d’un exposé des principes fondamentaux de la peinture, Montpellier, Sevalle, 1849

David Präkel (trad. Véronique Valentin), Composition visuelle, Paris, Pyramyd, coll. « Les essentiels photographie créative », 2014

Heinrich WölfflinPrincipes fondamentaux de l’histoire de l’art [« Kunstgeschichtliche Grundbegriffe »], Gérard Monfort, 1992 (1re éd. 1915) (réed. 2002)

Heinrich WölfflinRéflexions sur l’histoire de l’art, Flammarion, coll. « Champs Art », 2008

articles et chapitres

Ségolène Bergeon-Langle et Pierre Curie, « Composition. Image », dans Peinture et dessin, Vocabulaire typologique et technique, Paris, Editions du patrimoine, 2009, p. 86

Frédéric Chappey, « L’esquisse à l’école des Beaux-Arts : la création des concours de composition en 1816 », Revue de l’Art, no 104,‎ 1994, p. 9-14

Brenda Hoddinott, « 10. Un dessin, ça s’anticipe », dans Le dessin pour les nuls, First Editions, 2006, p. 145-164

Raphaël Rosenberg, « Le schéma de composition, outil et symptôme de la perception du tableau », dans Roland Recht et al., Histoire de l’art en France au xixe siècle, Paris, 2008 p. 419-431

Anne Souriau, Vocabulaire d’esthétique : par Étienne Souriau (1892-1979), Paris, PUF, coll. « Quadrige », 2010 (1re éd. 1990) (p. 469-470

 

 

Non classé, POEME, POEMES, POETE FRANÇAIS, SEPTEMBRE

Septembre de Henri de Régnier


Septembre

Septembre ! Septembre !
Cueilleur de fruits, teilleur de chanvre,
Aux clairs matins, aux soirs de sang,
Tu m’apparais
Debout et beau,
Sur l’or des feuilles de la forêt,
Au bord de l’eau.
En ta robe de brume et de soie,
Avec ta chevelure qui rougeoie
D’or, de cuivre, de sang et d’ambre
Septembre !
Avec l’outre de peau obèse,
Qui charge tes épaules et pèse,
Et suinte à ses coutures vermeilles
Où viennent bourdonner les dernières abeilles !
Septembre !
Le vin nouveau fermente et mousse de la tonne
Aux cruches ;
La cave embaume, le grenier ploie ;
La gerbe de l’été cède au cep de l’automne,
La meule luit des olives qu’elle broie.
Toi, Seigneur des pressoirs, des meules et des ruches,
O Septembre ! chanté de toutes les fontaines,
Ecoute la voix du poème.
Le soir est froid,
L’ombre s’allonge de la forêt
Et le soleil descend derrière les grands chênes.



Henri de REGNIER

CHRISTOPHE RUFIN (1952-...), LES SEPT MARIAGES D'EDGAR ET DE LUDMILLA, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, Non classé

Les sept mariages d’Edgar et Ludmilla de Christophe Rufin

Les sept mariages d’Edgar et Ludmilla
Jean-Christophe Rufin
Paris, Éditions Gallimard, 2019. 384 pages.
ob_32aa16_les-sept-mariages-rufin

 

« Sept fois ils se sont dit oui. Dans des consulats obscurs, des mairies de quartier, des grandes cathédrales ou des chapelles du bout du monde. Tantôt pieds nus, tantôt en grand équipage. Il leur est même arrivé d’oublier les alliances. Sept fois, ils se sont engagés. Et six fois, l’éloignement, la séparation, le divorce… Edgar et Ludmilla… Le mariage sans fin d’un aventurier charmeur, un brin escroc, et d’une exilée un peu « perchée », devenue une sublime cantatrice acclamée sur toutes les scènes d’opéra du monde. Pour eux, c’était en somme : « ni avec toi, ni sans toi ». À cause de cette impossibilité, ils ont inventé une autre manière de s’aimer. Pour tenter de percer leur mystère, je les ai suivis partout, de Russie jusqu’en Amérique, du Maroc à l’Afrique du Sud. J’ai consulté les archives et reconstitué les étapes de leur vie pendant un demi-siècle palpitant, de l’après-guerre jusqu’aux années 2000. Surtout, je suis le seul à avoir recueilli leurs confidences, au point de savoir à peu près tout sur eux. Parfois, je me demande même s’ils existeraient sans moi »

Jean-Christophe Rufin (quatrième de couverture)

 

Divorcé quatre fois et marié trois fois à la même femme, Jean-Christophe Rufin s’est inspiré de son histoire personnelle pour rédiger celle d’Edgar et Ludmilla. « Je ne suis pas capable de parler de mon histoire directement, par pudeur, donc je passe par le détour de la fiction », a confié  l’auteur de Rouge Brésil. Comme Edgar qui arrache Ludmilla à un pays en guerre, Jean-Christophe Rufin a aussi vécu cet épisode. « Vous sauvez quelqu’un, mais ce ne sont pas des bases tellement bonnes pour démarrer une relation, cela introduit une inégalité et au bout d’un moment, soit la relation casse, soit elle se rééquilibre », fait savoir l’écrivain.

 

Lors d’un voyage en ex-URSS Edgar rencontre Ludmilla. C’est le coup de foudre qui va l’entraîner à un mariage blanc pour sortir la belle du pays. Arrivés en France, il rend sa liberté à son épouse et lui offre un vrai mariage d’opérette. Divorces et mariage vont alors se suivre, nous offrant une splendide traversée du siècle (de 1958 à nos jours) dans le monde des affaires et du spectacle. Et ce roman qui se déroule principalement en France va nous faire voyager  tout autour de la planète : de l’URSS à l’Amérique et aussi de l’Italie à  Afrique du Sud.

 

Avant de commencer ce roman l’auteur commence par mettre en garde son lecteur par cette introduction : «Avant de commencer ce périple, je voudrais vous adresser une discrète mise en garde: ne prenez pas tout cela trop au sérieux. Dans le récit de moments qui ont pu être tragiques comme dans l’évocation d’une gloire et d’un luxe qui pourront paraître écrasants, il ne faut jamais oublier que Ludmilla et Edgar se sont d’abord beaucoup amusés. Si je devais tirer une conclusion de leur vie, et il est singulier de le faire avant de la raconter, je dirais que malgré les chutes et les épreuves, indépendamment des succès et de la gloire éphémère, ce fut d’abord, et peut-être seulement, un voyage enchanté dans leur siècle. Il faut voir leur existence comme une sorte de parcours mozartien, aussi peu sérieux qu’on peut l’être quand on est convaincu que la vie est une tragédie. Et qu’il faut la jouer en riant.»

Tout commence par une idée de voyage en URSS par une bande de quatre amis, Paul et Nicole, Edgar et Soizic qui prennent un matin le volant de leur superbe Marly pour une expédition qui leur réservera bien des surprises. Et arrivé dans une village d’Ukraine ils assistent à une scène étonnante : cette jeune femme nue réfugiée dans un arbre dans un village d’Ukraine et dont Edgar va tomber éperdument amoureux. De retour en France notre Edgar toujours amoureux vzeut la sauver : pour lui le mariage étant la seule solution pour qu’elle puisse l’accompagner en France, une première union est scellée. Mais Edgar se rend vite compte qu’en vendant des livres comme courtier  en porte à porte, il ne peut offrir à son épouse la vie dont il rêve de pouvoir lui offrir  et préfère lui rendre sa liberté. Un divorce par amour si l’on peut dire !
Et une preuve supplémentaire que les épreuves et les crises peuvent avoir un côté salutaire parce qu’elles contraignent à agir pour s’en sortir,  Edgar se lance dans la vente avec l’aide de compares par très honnêtes de livres anciens et s’enrichit en suivant les ventes aux enchères pour le compte de bibliophiles tandis que  Ludmilla suit des cours de chant.
Il suit sa voie, elle suit sa voix. Ils finissent par se retrouver pour un deuxième mariage. Pour de bon, du moins le croient-ils. Mais alors que Ludmilla commence une carrière qui en fera une cantatrice renommée, les ennuis s’accumulent pour Edgar, accusé de malversations et qui ne veut pas entraîner Ludmilla dans sa chute. Alors un second divorce devrait la préserver…
Et ainsi de suite : à chaque crise il y a un nouveau divorce suivi d’un nouveau divorce. Comme une sorte de miroir de la société française des années 1980 on découvre Edgar qui se lance dans de nouvelles affaires qui vont le propulser en haut de l’échelle sociale : ’Edgar, une sorte de Bernard Tapie, qui après avoir monté une chaîne d’hôtels aux activités très rentables s’est lancé dans le BTP, a monté une équipe cycliste avant de se lancer sur le terrain du luxe et des médias. De son côté Ludmilla devient une diva, notamment après avoir été consacrée à Hollywood, où sont montrés tous les artifices de la vie d’artiste. Dans ce tourbillon, en dépit de la présence de leur fille, jusqu’à la chute leur couple va exposer. Ceci provoque un nouveau divorce plus douloureux que les précédents : leur notoriété va faire les affaires des avocats. Mais ils finiront par se retrouver pour se marier une fois encore jusqu’au septième mariage quelque temps avant la mort d’Edgar.

« Mes parents sont dingues ! » lâchent un jour Ingrid leur fille ! Et cette traversée du siècle dans laquelle nous entraînent l’auteur est révélatrice d’une époque, de l’époque d’un vingtième siècle finissant. Mais cette histoire – où est l’histoire vraie et où la part e fiction ? – est aussi révélatrice d’une autre réalité : l’institution du mariage a totalement perdu  de sa valeur ! Une autre question : même si l’on sent tout au long du livre qu’Edgar et Ludmilla n’ont jamais cessé de s’aimer peut-on vraiment parler d’amour ?

 

Jean-Christophe Rufin

rufin_jean-christophe_photo_f._mantovani_gallimard_6260r_11.2016_0

Jean-Christophe Rufin, né le 28 juin 1952 à Bourges dans le Cher, est un médecinécrivain et diplomate français.

Il a été élu en 2008 à l’Académie française, dont il devient alors le plus jeune membre. Ancien président d’Action contre la faim, il a été ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie.

 

Biographie

Enfance et formation

Après le départ du père de Jean-Christophe Rufin, vétérinaire, sa mère part travailler à Paris comme publicitaire. Elle ne peut éduquer seule son fils qui est alors élevé par ses grands-parents. Le grand-père, médecin, qui avait soigné des combattants lors de la Première Guerre mondiale, fut, pendant la Seconde, déporté deux ans à Buchenwald pour faits de résistance — il avait caché des résistants en 1940 dans sa maison de Bourges.

Jean-Christophe a 15 ans lors de la première transplantation cardiaque réalisée par le professeur Christiaan Barnard en 1967. Selon lui, elle fait entrer la médecine dans la modernité et décide de sa vocation.

À 18 ans, il revoit son père par hasard. « J’avais choisi, à Bourges, le premier dispensaire venu pour me faire faire un vaccin. Une jeune femme qui y travaillait m’a demandé mon nom et a blêmi. C’était ma demi-sœur, elle m’a conduit auprès de notre père. Nos rapports ne furent jamais très bons. »

Après avoir fréquenté les lycées parisiens Janson de Sailly et Claude Bernars, Jean-Christophe Rufin entre à la faculté de médecine de La Pitié-Salpêtrière et à l’Institut d’études politiques de Paris. Il a affirmé avoir dérobé, durant cette période, avec un ami étudiant en médecine, la moitié de tête de Ravachol, conservée dans du formol à l’École de médecine de Paris, pour la déposer au pied du Panthéon. En 1975, il est reçu au concours d’internat à Paris – et choisit la neurologie comme spécialité – puis travaille à l’hôpital Rothschild, en salle commune. Pour son service militaire, il part en 1976 comme coopérant à Sousse en Tunisie où il exerce en obstétrique dans une maternité.

 

Carrière médicale

Interne de médecine en neurologie (1976-1981) principalement à La Salpêtrière, Jean-Christophe Rufin devient chef de clinique et assistant des hôpitaux de Paris (1981-1983), puis attaché (1983-1985) des hôpitaux de Paris. Ensuite, lors de ses passages en France, il pratique la médecine à l’hôpital de Nanterre (1994-1995) puis épisodiquement à l’hôpital Saint-Antoine à Paris (1995-1996). En 1997, il quitte son poste au Brésil et rentre en France pour diriger un pavillon de psychiatrie à l’hôpital Saint-Antoine.

 

Carrière dans l’humanitaire

Comme médecin, Jean-Christophe Rufin est l’un des pionniers du mouvement humanitaire Médecins sans frontières où il a été attiré par la personnalité de Bernard Kouchner et où il fréquentera Claude Malhuret. Pour MSF, il a dirigé de nombreuses missions en Afrique de l’Est et en Amérique latine. Sa première mission humanitaire est menée en 1976 en Érythrée, alors ravagé par la guerre. Il y pénètre incognito avec les forces rebelles érythréennes au sein des bataillons humanitaires. En Éthiopie, il rencontre Azeb, qui deviendra sa deuxième femme.

En 1985, Jean-Christophe Rufin devient le directeur médical d’ACF en Éthiopie. Entre 1991 et 1993, il est vice-président de Médecins sans frontières mais son conseil d’administration lui demande de quitter l’association en 1993, au moment où il entre au cabinet de François Léotard, alors ministre de la Défense.

Entre 1994 et 1996, il est administrateur de la Croix-Rouge française.

En 1999, il est en poste au Kosovo comme administrateur de l’association Première Urgence, et dirige à l’École de guerre un séminaire intitulé « ONU et maintien de la paix ». Président d’Action contre la faim (ACF) à partir de 2002, il quitte ses fonctions en juin 2006 pour se consacrer davantage à l’écriture. Il reste cependant président d’honneur de cette organisation non gouvernementale (ONG).

 

Carrière dans les ministères et la diplomatie

Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris en 1980, Jean-Christophe Rufin devient, de 1986 à 1988, conseiller du secrétaire d’État aux Droits de l’hommeClaude Malhuret. En 1989-1990, il s’expatrie au Brésil comme attaché culturel et de coopération auprès de l’ambassade de France. En 1993, il entre au cabinet de François Léotard, ministre de la Défense, comme conseiller spécialisé dans la réflexion stratégique sur les relations Nord-Sud. En 1995, après la naissance de Valentine, son troisième enfant, née le 3 février, il quitte le ministère de la Défense et devient attaché culturel à Recife au Nordeste brésilien.

Il collabore aux travaux de l’Institut de relations internationales et stratégiques en tant que directeur de recherche entre 1996 et 1999. C[onduisant la mission humanitaire française en Bosnie-Herzégovine, il fait libérer onze otages français de l’association Première Urgence Première Urgence  avec les geôliers et en s’obligeant à boire avec eux ».

Dans le « rapport Rufin » (Chantier sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme), sorti le 19 octobre 2004, il attire l’attention sur l’antisémitisme, qui n’a pas, selon lui, à être fondu dans le racisme ou la xénophobie en général.

Le 3 août 2007, il est nommé ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie sur la proposition du ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner. Il s’inscrit ainsi dans la tradition des écrivains-diplomates selon les journalistes de La Tribune.

Au premier semestre 2008, il participe avec les agents de la DGSE à la traque des fuyards d’Al-Qaïda après l’assassinat de touristes français en Mauritanie.

En décembre 2008, il déclare lors d’une conférence de presse : « Au Sénégal, il est très difficile de garder des secrets. Tout le monde sait tout, ou tout le monde croit tout savoir, donc dit n’importe quoi, et donc nous préférions dire les choses comme elles sont, le dire de façon transparente. » Cette remarque ne passe pas inaperçue, tant et si bien que la vice-présidente du Sénat sénégalais, Sokhna Dieng Mbacké, lui demande des excuses publiques pour ces propos « choquants, voire méprisants et insultants ». L’ambassadeur publie aussitôt un communiqué dans lequel il insiste sur « le caractère ironique et affectueux » de ces paroles « tenues sur le ton de la plaisanterie ». Il quitte ses fonctions d’ambassadeur au Sénégal le 30 juin 2010.

En juillet 2011, il intègre l’équipe de campagne de Martine Aubry pour l’élection présidentielle de 2012, chargé avec Jean-Michel Severino de la thématique « Nord-Sud, Coopération, Rayonnement ».

 

Carrière littéraire

Jean-Christophe Rufin a consacré plus de vingt ans de sa vie à travailler dans des ONG au Nicaragua, en Afghanistan, aux Philippines, au Rwanda et dans les Balkans. Cette expérience du terrain l’a conduit à examiner le rôle des ONG dans les situations de conflit, notamment dans son premier essai, Le Piège humanitaire (1986), un essai sur les enjeux politiques de l’action humanitaire et les paradoxes des mouvements « sans frontières » qui, en aidant les populations, font le jeu des dictateurs, et dans son troisième roman, Les Causes perdues (1999).

Ses romans d’aventures, historiques, politiques, s’apparentent à des récits de voyage, la plupart du temps de nature historique, ainsi qu’à des romans d’anticipation.

« J’ai été déformé dans le sens du visuel. […] Comme le disait Kundera, il y a deux sortes d’écrivains : l’écrivain musicien et l’écrivain peintre. Moi je suis peintre. […] Quand on écrit, soit on écoute, soit on voit. On ne peut pas faire les deux en même temps »

Pour son œuvre littéraire Jean-Christophe Rufin reçoit de nombreux prix dont le prix Goncourt en 2001 pour Rouge Brésil. Il est élu à l’Académie française le 19 juin 2008 par 14 voix, au fauteuil de l’écrivain Henri Troyat.

En mars 2018, le roman Le Collier rouge est adapté au cinéma par Jean Becker avec François Cluzet, Nicolas Duvauchelle et Sophie Verbeeck. Jean-Christophe Rufin participe au scénario.

 

Autres fonctions

Par ailleurs, Jean-Christophe Rufin a été maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris entre 1991 et 2002, puis à l’université Paris 13 (1993-1995) et à l’École de guerre (ancien Collège Interarmées de Défense).

Depuis 2005, il est aussi membre du conseil de surveillance du groupe Express-Expansion, et membre des conseils d’administration de l’Institut Pasteur, de France Télévisions et de l’OFPRA.

Il est par ailleurs membre du jury du prix Joseph-Kessel et a été en 2007 membre du jury du Festival du film documentaire de Monaco.

Le nom de Jean-Christophe Rufin a été attribué à la médiathèque municipale de Sens (Yonne) en mai 2013 car la ville souhaitait associer ce lieu à un écrivain reconnu. Un lien littéraire unit Sens à son roman Rouge Brésil grâce au personnage du chevalier de Malte Nicolas Durand de Villegagnon qui fut gouverneur de la Ville de Sens de 1567 à 1571.

 

Vie privée

Christophe Rufin a trois enfants. Sa première épouse était d’origine russe, avec laquelle il a eu un fils, Maurice. Puis, il rencontre en Érythrée Azeb, une Éthiopienne d’une grande famille amhara  qu’ol épousera quatre fois : 15 janvier 1986, 15 février 1986, 24 août 1999 et 25 août 2007 à Saint-Gervais-les-Bains après deux divorces. De cette deuxième union naissent deux filles : Gabrielle (en 1992) et Valentine (en 1995).

Azeb Rufin est agent littéraire chez Agence littéraire Ras Dashen.

Jean-Christophe Rufin réside les deux tiers de l’année à Saint-Nicolas-de-Véroce2 dans le massif du Mont-Blanc, dans une ancienne grange abandonnée du village entièrement démontée et remontée dans les années 1980 et qu’il a achetée au début des années 2000, où il s’enferme pour écrire durant l’hiver avant d’y revenir de juin à septembre.

 

Œuvre littéraire

 

Essais

Le Piège humanitaire – Quand l’humanitaire remplace la guerre,  éd. Jean-Claude Lattès, 1986.

L’Empire et les Nouveaux Barbares,  éd. Jean-Claude Lattès, 1991 ; nouvelle édition revue et augmentée Jean-Claude Lattès, 2001 (un essai de politique internationale qui compare l’Occident à l’Empire romain menacé par les barbares : « Aujourd’hui, c’est l’Est qui demande des aides pour son développement. Quant au Sud, il s’arme maintenant contre le Nord. »)

La Dictature libérale,  éd. Jean-Claude Lattès, 1994, prix Jean-Jacques-Rousseau 1994.

L’Aventure humanitaire, coll. « Découvertes Gallimard / Histoire » éd. Gallimard, 1994.

Géopolitique de la faim – Faim et responsabilité,  éd. PUF, 2004.

 

Romans, récits et nouvelles

L’Abyssinéditions Gallimard1997 – prix Goncourt du premier roman et prix Méditerranée.  

Sauver Ispahan, Gallimard, 1998.

Les Causes perdues, Gallimard 1999 – prix Interallié 1999, Prix littéraire de l’armée de terre – Erwan Bergot 1999 ; réédité avec le titre Asmara et les Causes perdues ».

Rouge Brésil, Gallimard, 2001 – prix Goncourt 2001 

Globalia, Gallimard, 2003 

La Salamandre, Gallimard, 2005 .

Le Parfum d’Adam. Editions Gallimard, 2007.

Un léopard sur le garrot, Gallimard, 2008 (autobiographie)

Katiba, Flammarion, 2010 .

Sept histoires qui reviennent de loin (nouvelles), Gallimard, 2011 (

Le Grand Cœur, Gallimard, 2012 

Immortelle Randonnée : Compostelle malgré moi, éditions Guérin, 2013 

Le Collier rouge, Gallimard, 2014 – prix Maurice-Genevoix

Check-point, Gallimard, 2015 

Le Tour du monde du roi Zibeline, Gallimard, 2017 

Le Suspendu de Conakryéditions Flammarion, 2018, 

Les Sept Mariages d’Edgar et de Ludmilla, Gallimard 

 

En collaboration

Économie des guerres civiles, avec François Jean, éditions Hachette1996.

Mondes rebelles, avec Arnaud de La Grange et Jean-Marc Balancie, éditions Michalon, 1996.

Qui est Daech?, avec Edgar MorinRégis DebrayMichel OnfrayTahar Ben JellounOlivier Weber et Gilles Kepel, éditions Philippe Rey, 2015.

19087095

 

 

CATHEDRALE DE PARIS, LITTERATURE, LIVRE, LIVRES, Non classé, NOTRE-DAME ; UNE ANTHOLOGIE DE TEXTES D'ECRIVAINS, NOTRE-DAME DE PARIS

Notre-Dame : une anthologie de textes d’écrivains

Notre-Dame. Une anthologie de textes d’écrivains

Paris, Points, 2019. 96 pages.

notre-dame-9782757881156_0.jpg

Notre-Dame ne cesse d’exercer son attraction magnétique sur les écrivains. Victor Hugo en fit le personnage central de son célèbre roman, Claudel raconta comment à son contact, dans la pénombre de cet immense vaisseau de pierres, se produisit l’expérience ineffable de Dieu qui «domine toute [sa] vie», Charles Péguy plaça la capitale sous le «commandement» de ses tours, plus récemment, Patrick Grainville se remémora «la grande Brocéliande de vitraux, de jambages et de piliers [qui] montait de [son] enfance». Et Sylvain Tesson, qui plus d’une fois escalada les parois du pachyderme s’inclina devant la « cathédrale du Christ» et «aussi temple du soleil». Tous les bénéfices de cette anthologie littéraire bienvenue contribueront à sa reconstruction.

APÔTRES, CHRISTIANISME, CHRISTIANISME (30-600), CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), Non classé, THOMAS (saint ; 1er siècle)

Saint Thomas, l’apôtre des Indes

Saint Thomas, Apôtre des Indes

ob_bac79d_saint-thomas-apotre

Thomas appelé Didyme (le Jumeau) fait partie du petit groupe de ces disciples que Jésus a choisis, dès les premiers jours de sa vie publique, pour en faire ses apôtres. Il est « l’un des Douze » comme le précise S. Jean (Jn 21). Le même Jean nous rapporte plusieurs interventions de Thomas, qui nous révèlent son caractère. Lorsque Jésus s’apprête à partir pour Béthanie au moment de la mort de Lazare, il y a danger et les disciples le lui rappellent: « Rabbi, tout récemment les Juifs cherchaient à te lapider. » Thomas dit alors aux autres disciples: « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui. »
 

A la dernière Cène, quand Jésus dit à ses disciples : « Je vais vous préparer une place, et quand je serai allé et vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et vous prendrai près de moi, afin que là où je suis, vous aussi vous soyez« , Tomas fit celui qui ne comprenait pas : « Seigneur, nous ne savons pas où vous allez, comment saurions-nous le chemin ? » Il s’attira cette merveilleuse réponse du Maître : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie, personne ne va à mon Père, si ce n’est par moi. » (Jn, 14, 6.)

Après sa résurrection, le Sauveur était apparu à plusieurs de ses disciples en l’absence de Thomas. Quand à son retour, on lui raconta cette apparition, Thomas fut si étonné d’une telle merveille, qu’il en douta et dit vivement: « Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, et si je ne mets mon doigt à la place des clous et ma main dans son côté, je ne croirai point. » (Jn 20, 25.) Voilà le second caractère de Thomas, esprit trop raisonneur. Mais son premier mouvement d’hésitation, en chose si grave, ne fut pas un crime et le bon Sauveur répondit à son défi: « Mets ici ton doigt, et regarde mes mains; approche aussi ta main, et mets-la dans mon côté; et ne sois plus incrédule, mais croyant. » (Jn, 20, 27.) Que fit alors Thomas? Nous le savons; un cri du coeur s’échappa de ses lèvres: « Mon Seigneur et mon Dieu!« 

 

L’Incrédulité de saint Thomas, Rembrandt, 1634.

ob_d23fb6_l-incredulite-de-saint-thomas-rembr

Dieu permit l’hésitation de cet Apôtre pour donner aux esprits difficiles une preuve de plus en faveur de la résurrection de Jésus-Christ.

Parmi les douze articles du Symbole, Saint Augustin attribue à saint Thomas celui qui concerna la Résurrection.

Quand les Apôtres se partagèrent le monde, les pays des Parthes et des Perses et les Indes furent le vaste lot de son apostolat. La tradition prétend qu’il rencontra les mages, les premiers adorateurs de Jésus parmi les Gentils, qu’il les instruisit, leur donna le Baptême et les associa à son ministère. Partout, sur son passage, l’Apôtre établissait des chrétientés, ordonnait des prêtres, consacrait des évêques.

Évangélisateur des Indes, c’est pour avoir construit un palais pour un roi que Thomas est représenté avec une équerre d’architecte. Il est parfois également représenté avec la lance qui fut l’instrument de sa mise à mort.

Son tombeau ravagé par les musulmans, restauré par les Portugais, gardait encore quand on l’a ouvert au XXe siècle, des restes de ses os et le fer de la lance qui l’avait frappé, ainsi que des monnaies du règne de Néron.

Les chrétiens de l’Inde attribuent à S. Thomas leur évangélisation et se donnent eux-mêmes le nom de « chrétiens de saint Thomas », et prétendent en garder la tombe.

 

 Saint Thomas, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 177

A PHILEMON : REFLEXIONS SUR LA LIBERTE CHRERIENNE, ADRIEN CANDIARD, CHJRISTIANISME, ECRIVAIN CHRETIEN, EGLISE CATHOLIQUE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, LIVRES DE SPIRITUALITE, Non classé

A Philémon : réflexions sur la liberté chrétienne

 

A Philémon. Réflexions sur la liberté chrétienne

Adien Candiard

Paris, Le Cerf 2019. 144 pages.

41BM+8UzAPL._SX319_BO1,204,203,200_

Qu’est-ce qu’un chrétien est obligé de faire ? Qu’est-ce qui lui est interdit ? Et qu’est-ce que cela signifie pour ceux qui ne croient pas ? La morale a aujourd’hui mauvaise presse, mais ce questionnement est plus présent que jamais. Les prêtres le savent bien, à qui on ne cesse de poser ce genre de questions. Ceux qui les posent ne sont pas des névrosés, mais des personnes estimables – croyants ou non croyants – qui s’efforcent de bien vivre, de bien faire, et qui pour cela se débattent de leur mieux avec le grand bazar contradictoire de leurs désirs, de leurs convictions, de leurs attachements, de leurs devoirs, de leurs envies, de leurs fatigues, s’efforçant de faire rentrer le réel compliqué dans des catégories simples : le permis, le défendu, l’obligatoire.

Dans un des livres les plus courts de la Bible, la lettre qu’il écrit à son ami Philémon à propos de la liberté d’un esclave, l’apôtre saint Paul ouvre pourtant un tout autre chemin : celui d’une authentique et exigeante liberté, sous la conduite de l’Esprit Saint.

C’est ce chemin magnifique que ce livre redécouvre.

Dominicain vivant au couvent du Caire, Adrien Candiard est notamment l’auteur de Veilleur, où en est la nuit ?Comprendre l’islam, ou plutôt : pourquoi on n’y comprend rien, et Quand tu étais sous le figuier… Il est l’une des voix majeures de la spiritualité d’aujourd’hui.

¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨

 

Contre le cléricalisme, le frère Adrien Candiard plaide pour la conscience

Candiard_29_03_2019.jpg

Une méditation sur la place irremplaçable de la conscience dans la foi chrétienne, y compris dans sa dimension morale.

Dans sa Lettre au peuple de Dieu, le pape François dénonce vigoureusement le cléricalisme, à la source selon lui des « abus sexuels, abus de pouvoir et de conscience ». Pour le vaincre, une« transformation ecclésiale et sociale » est nécessaire, pour laquelle il ne ménage pas ses efforts. Mais il ne s’en tient pas là. « Sois le changement que tu veux pour le monde », disait Gandhi. « Réveillons notre conscience », lance le pape dans sa lettre.

Cette révolution à laquelle appelle ce pape jésuite trouve un pertinent appui dans le petit livre que publie le frère Adrien Candiard : À Philémon. Réflexions sur la liberté chrétienne (Cerf, 2019). Que va donc rechercher le jeune dominicain dans cette épître de Paul, la plus courte et sans doute la moins connue, adressée à son ami Philémon, et relative à l’esclave de ce dernier, Onésime ? Une phrase surtout : « Je n’ai rien voulu faire sans ton accord, pour que tu accomplisses ce bien non pas sous la contrainte mais librement ».

Forcer une conscience

« On l’a connu plus direct, et même plus sanguin », convient Adrien Candiard. « Mais il y a une chose que Paul ne peut pas faire (tout apôtre et converti et fondateur de communautés chrétiennes, etc., etc. qu’il est, pourrait-on ajouter): forcer une conscience ».

Paul est bien conscient de ce qu’il demande à son ami Philémon : non seulement affranchir Onésime, qui – après s’être enfui de chez lui – est venu visiter Paul en prison et lui a finalement demandé le baptême, et même l’accueillir en « frère bien aimé »… Ce n’est pas rien. Et pourtant l’apôtre refuse de prendre la décision à la place de l’intéressé. « Il se souvient sans doute trop bien de quel pharisaïsme scrupuleux il a été libéré sur le chemin de Damas, et c’est ce qui motive son refus brutal de toutes les formes d’asservissement à la Loi sous lesquels nous aimons nous réfugier », avance l’auteur.

Mais alors, comment se fait-il que tant d’entre nous aujourd’hui – « jeune catholique pratiquant qui se demande comment bien vivre son désir d’aimer; quadragénaire New Age rencontrée en auto-stop s’interrogeant sur la suite de sa carrière; jeune retraité s’essayant depuis peu à l’art d’être grand-père; mère de famille jonglant de son mieux entre la famille et son travail » – en venions à demander à un jeune prêtre, dominicain ou pas, comment nous devons vivre ? Aurions-nous collectivement oublié ce trésor de la foi chrétienne qui fait de la sainteté non pas « l’accomplissement de telle ou telle consigne impérative, (ou) l’ascension héroïque et épuisante vers des sommets de perfection qui le défient, mais l’alliance, l’amitié avec le Christ, la vie avec Dieu » ?

Nous donner envie d’accomplir ce qui est bon

« Voilà pourquoi il n’y a pas, dans la foi chrétienne, de vie morale sans vie spirituelle », insiste Adrien Candiard un peu plus loin. « Parce que c’est l’amitié avec le Christ, c’est la présence de Dieu en nous – que nous appelons l’Esprit Saint – qui peut à la fois nous éclairer sur ce qui est bon, nous donner envie de l’accomplir et nous libérer patiemment de tout ce qui nous retient. »

Cette approche vaut même en matière de sexualité, domaine dans lequel l’Église a pris l’habitude de manier l’interdit, ou au moins la mise en garde, parfois culpabilisante.

Pour l’auteur, c’est là faire fausse route. Car « l’inhibition n’est pas la vertu mais sa caricature, peut-être son cadavre ». Faire du plaisir un bien désirable « mais interdit » risque surtout d’enfermer le fidèle « dans une nasse de culpabilité morbide ».

« Je ne suis pas sûr que ce soit un objectif souhaitable, ni une manière saine et chrétienne d’envisager la sexualité », écrit-il dans des pages qui résonnent fortement avec le sommet qui a lieu ces jours-ci à Rome sur la lutte contre les abus sexuels. « Le bien est-il si peu attirant qu’il nous faille jouer sur la peur du mal? »

Invité par la présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France à parler devant leurs 400 supérieurs majeurs réunis à Lourdes en novembre, le frère Adrien Candiard les avait déjà invités à méditer sur cette épître à Philémon et ses implications dans leurs pratiques pastorales ou d’accompagnement spirituel, dans leur manière d’approcher « le sanctuaire inviolable et sacré de la conscience humaine ».

Cette fois, il interpelle tout un chacun, parfois trop heureux « qu’une parole d’autorité (nous) tombe du ciel, non pour (nous) aider à éclairer laborieusement (notre) conscience, mais pour la remplacer ». L’exact opposé de ce que demande le pape François.

https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/France/Contre-clericalisme-frere-Adrien-Candiard-plaide-conscience-2019-02-21-1201004165

¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨

Épître à Philémon

250px-Fragmento_filemon

L’Épître à Philémon est un livre canonique du Nouveau Testament dont l’auteur est l’apôtre Paul de Tarse (« Saint Paul »). C’est une brève lettre personnelle de Paul adressée à Philémon, un chrétien de Colosse et l’un de ses disciples.

 

Le document

L’apôtre Paul écrit cette lettre ‘de sa propre main’ (Phm. v19) pendant son premier emprisonnement à Rome. Elle est envoyée à son disciple Philémon, chrétien de Colosse. Très brève elle n’est pas divisée en chapitres et est considérée comme la plus personnelle de Paul. Bien que ‘personnelle’, la lettre n’en est pas strictement privée pour autant car Paul y salue la communauté chrétienne : « l’église qui s’assemble dans ta maison » (Phm. v2)

 Origine et datation

Les mentions répétées de la captivité de Paul de Tarse peuvent laisser penser que la lettre a été composée à Rome, Césarée ou Ephèse, , cette dernière étant la meilleure candidate dans la mesure où elle répond le mieux à l’épisode du refuge d’Onésime chez Paul tandis que la tradition manuscrite inclinerait davantage vers Rome. La date de rédaction de la lettre est vraisemblablement à situer lors du séjour de Paul en Asie Mineure entre 51 et 55.

 Contenu

Paul a un problème à régler avec Philémon. Onésime, esclave de  Philémon, à la suite d’une ‘indélicatesse’ (« s’il t’a fait quelque tort… » : Phm. v18) a pris la fuite. Rencontrant Paul il s’est attaché à lui, s’est converti et en a reçu le baptême. Il est même devenu un collaborateur. Paul sait cependant que la loi romaine l’oblige à rendre l’esclave fugitif à son maître. Ce qu’il fait.

Paul renvoie donc Onésime à Colosse en compagnie de Tychique (Col 4,9. Il est porteur de cette lettre où la personnalité de Paul apparaît sous un jour très humain. Il ne force rien, n’ordonne rien, mais invite Philémon à recevoir son ancien esclave comme un frère bien-aimé (« Il l’est tellement pour moi. Reçois-le comme si c’était moi » : Phm v16). Si tort lui a été fait, que cela soit mis sur le compte de Paul (« C’est moi qui paierai… » : Phm v19). Paul se fait presque suppliant : « je sais que tu feras encore plus que je ne dis… » Phm v21).

Paul conclut la lettre par l’annonce de sa visite et les salutations d’usage aux proches de Philémon et autres membres de l’église (communauté chrétienne) de Colosse.

CORPS ET SANG DU CHRIST, EUCHARISTIE, FETE DU CORPS ET DU SANG DU CHRIST, JESUS-CHRIST, Non classé, SACREMENTS, THOMAS D'AQUIN

L’Eucharistie expliquée par saint Thomas d’Aquin

 

Ceci est mon Corps, par saint Thomas d’Aquin

Père Cantalamessa, Ceci est mon Corps
Dans son commentaire sur la première épître aux Corinthiens, saint Thomas d’Aquin nous donne l’interprétation juste des paroles de Jésus à la dernière Cène lorsqu’il a dit à ses disciples en tenant le pain qu’il venait de rompre : « Ceci est mon Corps ». Écoutons-le :

Sur ces paroles, nous avons trois choses à considérer :

A) ce qui est exprimé par ces paroles, à savoir que le corps de Jésus-Christ s’y trouve ;
B) la vérité de cette manière de parler ;
C) si cette forme est convenable pour ce sacrement.

A) Sur le premier de ces points, il faut observer qu’il a été dit par quelques auteurs que le corps de Jésus-Christ ne se trouve point en vérité dans ce sacrement, mais seulement que ce sacrement en est le signe. Ils font dire à ces paroles : « Ceci est mon corps » ceci : c’est le signe et la figure de mon corps ; ainsi qu’il a été dit ci-dessus (X, 4) : Or cette pierre était le Christ, c’est-à-dire la figure du Christ. Mais cette interprétation est hérétique, puisque le Sauveur dit expressément (Jean VI, 56) : « Ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage. » D’autres auteurs ont dit qu’il y a dans le Sacrement véritablement le corps de Jésus-Christ, mais qu’il y est conjointement avec la substance du pain ; ce qui est impossible, comme il a été dit plus haut. D’autres encore ont prétendu qu’il y a seulement dans le Sacrement le corps de Jésus-Christ, la substance du pain ne demeurant pas, soit parce qu’elle serait anéantie, soit parce qu’elle serait absorbée par la matière qui reste ; mais cela ne peut être, parce que, comme dit saint Augustin (livre des 83 Questions) : Dieu n’est pas l’auteur de ce qui tend à n’être pas. D’ailleurs, cette supposition détruirait encore ceci que la substance du pain est changée au corps de Jésus-Christ. Ainsi, le corps de Jésus-Christ ne commençant pas à être dans le Sacrement par le changement d’une autre substance en la sienne, il faut admettre qu’il commence à s’y trouver par un changement de lieu, ce qui est impossible, comme il a été dit. Il faut donc dire que le corps de Jésus-Christ est dans le Sacrement par le changement du pain en Lui-même. Toutefois il faut remarquer que ce changement diffère de tous ceux qu’on voit dans la nature, car l’action de la nature présuppose la matière, et par conséquent son action ne peut aller au-delà d’un changement partiel quant à la forme substantielle ou accidentelle : aussi tout changement naturel s’appelle-t-il un changement de formeMais Dieu, qui opère le changement dont nous parlons, est l’auteur de la matière et de la forme ; par conséquent, la substance entière du pain, la matière ne subsistant plus, peut être changée en la substance entière du corps de Jésus-Christ. Et parce que la matière est le principe de l’individualisation des êtres, ce tout individuel et déterminé, qui est une substance particulière, est en entier changé en une autre substance particulière : c’est de là que ce changement est appelé substantiel ou transsubstantiation. Il arrive donc dans ce changement le contraire de ce qui a lieu dans les changements naturels : dans ceux-ci le sujet demeure, et la transmutation se fait parfois quant aux accidents ; mais dans l’Eucharistie la substance subit la transmutation, et les accidents demeurent sans sujet, par un effet de la puissance divine, qui, en tant que cause première, les soutient sans cause matérielle. Elle devient substance à cette fin que le corps et le sang de Jésus-Christ puissent être reçus sous deux espèces pour les raisons exposées ci-dessus. Mais parce que, dans un certain ordre, les accidents se rapportent à la substance, les dimensions, pour ce motif, demeurent sans sujet, et les autres accidents demeurent dans les dimensions elles-mêmes qui leur servent de sujet. Si cependant, sous ces dimensions, il ne se trouve aucune autre substance que le corps du Christ, on peut élever une difficulté à l’occasion de la fraction de l’hostie consacrée, attendu que le corps de Jésus-Christ est glorifié, et par conséquent ne saurait être rompu. Il ne pourrait donc se trouver sous cette fraction ; d’ailleurs, on ne peut supposer que quel qu’autre sujet s’y trouve, parce que nulle fiction ne saurait être compatible avec le Sacrement de vérité. Rien donc n’est perçu par les sens dans ce sacrement qui n’y soit en vérité ; car ce qui est en soi sensible, ce sont les qualités, qui demeurent dans ce sacrement telles qu’elles étaient auparavant, ainsi qu’il a été dit. C’est ce qui a fait dire à d’autres auteurs qu’il y a véritablement fraction, mais sans sujet, et qu’ainsi rien n’est rompu dans le Sacrement. Mais cela n’est pas admissible, car, la fraction supposant l’état passif, état inférieur à la qualité, elle ne peut pas plus se trouver dans ce sacrement sans sujet, que la qualitéIl reste donc à dire que la fraction porte sur les dimensions du pain et du vin, qui demeurent là comme sujet, mais qu’elle n’atteint pas le corps de Jésus-Christ, parce qu’il réside sous chaque partie des dimensions après la division. On peut expliquer ainsi ce point : le corps de Jésus-Christ réside dans le sacrement de l’Eucharistie par le changement de la substance du pain en sa propre substance ; or ce changement ne se fait pas à raison des dimensions, puis- qu’elles demeurent, mais seulement à raison de la substance ; donc le corps de Jésus-Christ y est présent, à raison de sa propre substance, et non à raison de ses dimensions, bien que ces dimensions s’y trouvent par voie de conséquence, en tant qu’elles ne sont pas séparées de la substance de Jésus-Christ. Mais, pour ce qui est de la nature de la substance, elle est tout entière sous chaque partie des dimensionsAinsi, de même qu’avant la consécration toute la vérité de la substance et la nature du pain subsistent sous chaque partie des dimensions, ainsi, après la consécration, tout le corps de Jésus-Christ est sous chaque partie du pain divisé. La division de l’hostie consacrée marque : premièrement, la passion de Jésus-Christ, dans laquelle son corps fut brisé par ses blessures, suivant cette parole (Psaume XXI, 17) : « Ils ont percé mes mains et mes pieds » ; deuxièmement, la distribution des dons de Jésus-Christ, qui sortent de lui comme de leur source, suivant ce qui est dit (ci-après, XII, 4) : Il y a diversité de grâces ; troisièmement, les diverses parties de l’Eglise : car parmi ceux qui sont les membres de Jésus-Christ, les uns sont encore en pèlerinage dans ce monde ; les autres vivent déjà dans la gloire avec Jésus-Christ, et quant à l’âme et quant au corps ; d’autres, enfin, attendent à la fin du monde la résurrection dernière : c’est ce que signifie la division de l’hostie en trois parties.

B) Il faut examiner la vérité de ce qui précède, car cette façon de parler (verset 24) : Ceci est mon corps, ne parait pas être vraie. En effet, le changement du pain au corps de Jésus-Christ se fait au moment même où ces paroles sont proférées, car alors se complète la signification de ces termes, la forme des sacrements opérant suivant sa signification ; il s’ensuit donc qu’au commencement de cette phrase, quand on dit que là n’est pas le corps Jésus-Christ, mais la seule substance du pain désignée par ce pronom « ceci » qui est alors démonstratif de la substance, ce pronom « ceci » signifie, dans ces paroles Ceci est mon corps, que la substance du pain est mon corps : ce qui est faux manifestement. Quelques auteurs disent que le prêtre prononce ces paroles matériellement, et en forme de récit, au nom de Jésus-Christ, et par conséquent, ce pronom, en tant qu’il est démonstratif, ne se rapporte pas à. la matière présente : ce serait une manière de parler fausse, qui favoriserait l’objection formulée plus haut. Mais cette explication ne peut se soutenir. D’abord, si cette locution ne s’applique pas à la matière présente, elle ne s’y rapportera en aucune façon : ce qui est faux. En effet, saint Augustin dit (Traité sur Jean, LXXX) : « La parole vient se joindre à l’élément, et le sacrement a lieu. » Il faut donc reconnaître que ces paroles sont prises dans leur sens formel, et qu’il les faut rapporter à la matière présente. Or le prêtre les profère au nom du Christ, de qui elles tiennent leur efficacité, afin de montrer qu’elles ont encore maintenant la vertu qu’elles avaient alors que Jésus-Christ les a prononcées. Car la puissance qui leur a été donnée ne s’évanouit ni par la diversité des temps ni par la différence des ministres. D’ailleurs, la même difficulté reste sur la première fois où Jésus a prononcé ces paroles. Voilà pourquoi d’autres auteurs ont dit que ces mots : Ceci est mon corps, signifient : ce pain désigne mon corps, en sorte que cette expression « Ceci » désigne ce qui est indiqué au commencement de la phrase. Mais cette explication n’est pas non plus admissible, car, les sacrements effectuant réellement ce qu’ils figurent, ces paroles ne peuvent produire que ce qu’elles signifient. De plus, il s’ensuivrait que ces paroles n’opéreraient rien autre chose que de rendre le corps de Jésus-Christ présent comme sous un signe, ce à quoi il a été répondu plus haut. On a dit encore que cette expression : « Ceci » est une démonstration pour l’intelligence, et exprime ce qui sera à la fin de la phrase, à savoir le corps de Jésus-Christ. Mais cette explication ne parait pas non plus convenable, car alors tel serait le sens : Mon corps est mon corps : ce qui ne se réalise pas par ces paroles, attendu que cela était vrai avant les paroles de la consécrationIl faut donc répondre autrement et dire que la forme du sacrement est non seulement significative, mais encore effective, car en signifiant elle opère. Or, dans toute opération active, il est nécessaire de reconnaître quelque chose de commun et comme un principe. Ce qui est commun dans le changement qui nous occupe, ce n’est pas une substance, ce sont les accidents qui subsistaient auparavant et subsistent après : voilà pourquoi, du côté du sujet, dans cette phrase, le nom n’est pas exprimé, parce qu’il marque une espèce de substance déterminée, mais le pronom seulement, qui marque la substance indéterminée et sans désignation spécifique. Le sens est donc : Ceci, à savoir ce qui est contenu sous ces accidents, est mon corps. C’est ce qui s’opère par les paroles de la consécration ; car, avant la consécration, ce qui était contenu sous les accidents n’était pas le corps de Jésus-Christ, mais il devient le corps de Jésus-Christ par la consécration.

C) Il faut examiner la convenance de cette forme du sacrement. Ce sacrement consiste, comme il a été dit, non dans l’usage de la matière, mais dans sa consécration. Or cette consécration ne s’opère pas en ce sens que la matière consacrée reçoit seulement une vertu spirituelle, mais en ce que la transsubstantiation de la matière se réalise, quant à son être, au corps de Jésus-Christ, en sorte qu’il n’a pas été possible de se servir d’aucun autre mot que de l’expression substantive pour dire : Ceci est mon corps. En effet, on marque par là ce qui est la fin, ce qui s’opère au même instant qu’en est donnée la signification.

Saint Thomas d’Aquin, Commentaire de la première épître de saint Paul aux Corinthiens, 1 Corinthiens XI, 23-24 — L’eucharistie

St-thomas-aquin.jpg

 

%d blogueurs aiment cette page :