ANCIEN TESTAMENT, DEUXIEME LETTRE DE SAINT PAUL A TIMOTHEE, DEUXIEME LIVRE DES ROIS, EVANGILE SELON SAINT LUC, NOUVEAU TESTAMENT, PSAUME 97

Dimanche 13 octobre 2019 : 28ème dimanche du Temps Ordinaire : lectures et commentaires

Dimanche 13 octobre 2019 :

Vingt-huitième dimanche du Temps Ordinaire

 

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

 

PREMIERE LECTURE – deuxième livre des Rois 5, 14-17

En ces jours-là,
le général syrien Naaman, qui était lépreux,
14 descendit jusqu’au Jourdain et s’y plongea sept fois,
pour obéir à la parole d’Élisée, l’homme de Dieu ;
alors sa chair redevint semblable à celle d’un petit enfant :
il était purifié !
15 Il retourna chez l’homme de Dieu avec toute son escorte ;
il entra, se présenta devant lui et déclara :
« Désormais, je le sais :
il n’y a pas d’autre Dieu, sur toute la terre, que celui d’Israël !
Je t’en prie, accepte un présent de ton serviteur. »
16 Mais Élisée répondit :
« Par la vie du SEIGNEUR que je sers,
je n’accepterai rien. »
Naaman le pressa d’accepter, mais il refusa.
17 Naaman dit alors :
« Puisque c’est ainsi,
permets que ton serviteur emporte de la terre de ce pays
autant que deux mulets peuvent en transporter,
car je ne veux plus offrir ni holocauste ni sacrifice
à d’autres dieux qu’au SEIGNEUR Dieu d’Israël. »

La lecture de ce dimanche commence au moment où le général Naaman, apparemment doux comme un mouton, se plonge dans l’eau du Jourdain, sur l’ordre du prophète Elisée ; mais il nous manque le début de l’histoire : je vous la raconte : Naaman est un homme important, un général Syrien ; il a fait une très belle carrière militaire en Syrie, et il est bien vu du roi d’Aram (l’actuelle Damas) ; évidemment, pour le peuple d’Israël, il est un étranger, à certaines époques même, un ennemi ; mais surtout pour ce qui nous intéresse ici, il est un païen : il ne fait pas partie du peuple élu. Enfin, plus grave encore, il est lépreux, ce qui veut dire que d’ici peu, tout le monde le fuira ; pour lui donc, c’est une véritable malédiction.
Heureusement pour lui, sa femme a une petite esclave israélite (enlevée quelque temps auparavant au cours d’une razzia) : laquelle dit à sa maîtresse « Tu sais quoi ? A Samarie, il y a un grand prophète ; lui, pourrait sûrement guérir Naaman. » Dans un cas pareil, on est prêt à tout ! La nouvelle circule vite : l’esclave dit à sa maîtresse, qui dit à son mari Naaman, qui dit au roi d’Aram : le prophète de Samarie peut me guérir. Et comme Naaman est bien vu, le roi écrit une lettre d’introduction à son homologue, le roi de Samarie. La lettre dit quelque chose comme : « Je te recommande mon ami et loyal serviteur, mon général en chef des armées, Naaman ; il est atteint de la lèpre. Je te demande de faire tout ce qui est en ton pouvoir pour le guérir ». (Sous-entendu, envoie-le à ton grand prophète et guérisseur, Elisée, dont la réputation est venue jusqu’à nous). Et là il se passe quelque chose de très intéressant : c’est que, comme bien souvent, on ignore les trésors qu’on a à sa portée… Le roi d’Israël reçoit cette lettre et il ne lui vient pas à l’idée que le petit prophète Elisée est capable de guérir qui que ce soit ! Du coup, il est pris de panique : qu’est-ce qui lui prend au roi de Syrie d’exiger que je fasse des miracles ? Il cherche un prétexte pour me faire la guerre ? ou quoi ?
Heureusement, en Israël aussi, le bouche à oreille existe. Elisée apprend l’histoire, et il dit au roi : « On va voir ce qu’on va voir… Dis à Naaman de se présenter chez moi… et il va savoir qui est le vrai Dieu ». Naaman se présente donc chez Elisée avec toute son escorte et des cadeaux plein ses bagages pour le guérisseur, et il attend à la porte du prophète ; en fait, c’est un simple serviteur qui entrebâille la porte et se contente de lui dire : « Mon maître te fait dire que tu dois aller te plonger sept fois de suite dans l’eau du Jourdain et tu seras purifié ». C’est déjà un drôle d’accueil pour un général mais en plus, franchement, on se demande à quoi çà rime de se plonger dans le Jourdain : pas besoin de faire un tel voyage ! Des fleuves en Syrie, il y en a et des bien plus beaux que son petit Jourdain…
Naaman est furieux ! Et il reprend le chemin de Damas. Heureusement, il est bien entouré : ses serviteurs lui disent : « Tu t’attendais à ce que le prophète te demande des choses extraordinaires pour être guéri… tu les aurais faites… il te demande une chose ordinaire… tu peux bien la faire aussi ??? » Au passage, on voit que les serviteurs ont du bon ; la Bible ne manque jamais une occasion de le faire remarquer… En tout cas, dans le cas présent, Naaman les écoute… et c’est là que commence la lecture d’aujourd’hui.
Donc, Naaman, redevenu quelqu’un comme tout le monde, obéit tout simplement à un ordre tout simple… il se plonge sept fois dans le Jourdain , comme on le lui a dit et il est guéri. C’est tout simple à nos yeux et aux yeux de ses serviteurs, mais pour un grand général d’une armée étrangère, c’est cette obéissance même qui n’est pas simple ! La suite du texte le prouve. Voilà Naaman guéri ; il n’est pas un ingrat ; il retourne chez Elisée pour lui dire deux choses : la première, c’est « Je le sais désormais : il n’y a pas d’autre Dieu, sur toute la terre, que celui d’Israël » … (et un peu plus tard, il ira jusqu’à lui dire : quand je serai dans mon pays, c’est à lui désormais que j’offrirai des sacrifices). Soit dit en passant, l’auteur de ce passage en profite pour donner une petite leçon à ses compatriotes : quelque chose comme « vous bénéficiez depuis des siècles de la protection du Dieu unique, et bien, dites-vous que les bontés de Dieu sont aussi pour les étrangers et puis, vous que Dieu a choisis parmi tous, vous continuez pourtant à être tentés par l’idolâtrie… cet étranger, lui, a compris bien plus vite que vous d’où lui vient sa guérison ».
La deuxième chose que Naaman dit à Elisée, c’est je vais te faire un cadeau pour te remercier. Mais Elisée refuse énergiquement : on n’achète pas les dons de Dieu. Décidément Naaman va de surprise en surprise : la première fois qu’il s’est présenté chez Elisée, il avait tout prévu : Elisée le recevrait, le guérirait et en échange, lui, Naaman offrirait des cadeaux dignes de son rang, on serait quittes. Mais rien ne s’est passé comme prévu.
Enfin, on se demande pourquoi Naaman souhaite emporter un peu de la terre d’Israël ? Il justifie sa demande en disant : « Je ne veux plus offrir ni holocauste ni sacrifice à d’autres dieux qu’au SEIGNEUR Dieu d’Israël. » Cela s’explique par le fait que, à l’époque du prophète Elisée, la croyance largement répandue chez tous les peuples voisins d’Israël était que les divinités règnent sur des territoires. Pour pouvoir offrir des sacrifices au Dieu d’Israël, Naaman se croit donc obligé d’emporter de la terre sur laquelle règne ce Dieu.
Cela inspire trois remarques : premièrement, Naaman n’a même pas rencontré le prophète : car ce n’est pas le prophète qui guérit, c’est Dieu. Deuxièmement, il n’y a pas eu de geste spectaculaire ou magique, mais la chose la plus banale qui soit pour un homme de ces pays-là : se plonger dans le fleuve… et c’est dans ce geste banal fait par obéissance qu’il a rencontré la puissance de Dieu : celui-ci ne nous demande pas des choses extraordinaires, mais seulement notre confiance. Troisièmement, il n’y a pas eu de cadeau de remerciement : la seule manière de manifester à Dieu notre reconnaissance, c’est de reconnaître ce qui nous vient de lui. Quant au prophète, le serviteur de Dieu, il ne demande rien pour lui ; ce que Jésus traduira plus tard : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10, 8).
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Compléments
– Le rôle des serviteurs : on a souvent besoin d’un plus petit que soi. Sans les serviteurs, la petite esclave d’abord, ses conseillers ensuite, jamais Naaman n’aurait été guéri. En fait, on aurait dû y penser : pas étonnant que les petits soient les mieux placés pour nous enseigner le chemin de l’humilité.
– La terre : A l’époque du prophète Elisée, la croyance largement répandue chez tous les peuples voisins d’Israël est que les divinités règnent sur des territoires. Mais, en Israël au contraire, on expérimente déjà depuis plusieurs siècles que Dieu accompagne son peuple sur tous ses chemins.

 

PSAUME – 97 (98), 1-4

1 Chantez au SEIGNEUR un chant nouveau,
car il a fait des merveilles ;
par son bras très saint, par sa main puissante,
il s’est assuré la victoire.

2 Le SEIGNEUR a fait connaître sa victoire
et révélé sa justice aux nations :
3 il s’est rappelé sa fidélité, son amour,
en faveur de la maison d’Israël.

La terre tout entière a vu
la victoire de notre Dieu.
4 Acclamez le SEIGNEUR, terre entière.
Sonnez, chantez, jouez !

La première lecture de ce dimanche raconte comment Naaman, un général syrien, donc païen, a été guéri par le prophète Elisée et du coup il a découvert le Dieu d’Israël. Naaman serait donc tout-à-fait bien placé pour chanter ce psaume dans lequel il est question de l’amour de Dieu et pour les païens, ceux qui ne font pas partie du peuple élu (ceux que la Bible appelle les « nations ») et pour Israël. Je vous relis le verset 2 : « Le SEIGNEUR a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations. » Mais vient aussitôt le verset 3 : « Il s’est rappelé sa fidélité, son amour, en faveur de la maison d’Israël », ce qui est l’expression consacrée pour rappeler ce qu’on appelle « l’élection d’Israël », la relation tout-à-fait privilégiée qui existe entre ce petit peuple et le Dieu de l’univers.
Derrière ces mots, il faut deviner tout le poids d’histoire, tout le poids du passé : les simples mots « sa fidélité », « son amour » sont le rappel vibrant de l’Alliance : c’est par ces mots-là que, dans le désert, Dieu s’est fait connaître au peuple qu’il a choisi. « Dieu d’amour et de fidélité ». Cette phrase veut dire : oui, Israël est bien le peuple choisi, le peuple élu ; mais la phrase d’avant, (et ce n’est peut-être pas un hasard si elle est placée avant), rappelle bien que si Israël est choisi, ce n’est pas pour en jouir égoïstement, pour se considérer comme fils unique, mais pour se comporter en frère aîné. Son rôle c’est d’annoncer l’amour de Dieu POUR TOUS les hommes, afin d’intégrer peu à peu l’humanité tout entière dans l’Alliance.
Dans ce psaume, cette certitude marque la composition même du texte ; si on regarde d’un peu plus près, on remarque la construction en « inclusion » de ces deux versets 2 et 3. Pour mémoire, une inclusion est un procédé de style qu’on trouve souvent dans la Bible. C’est un peu comme un encadré, dans un journal ou dans une revue ; bien évidemment le but est de mettre en valeur le texte écrit dans le cadre. Dans une inclusion, c’est la même chose : le texte central est mis en valeur, « encadré » par deux phrases identiques, une avant, l’autre après… Ici, la phrase centrale parle d’Israël, le peuple élu, et elle est encadrée par deux phrases qui parlent des nations : première phrase : « Le SEIGNEUR a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations » … la deuxième phrase, elle, concerne Israël : « il s’est rappelé sa fidélité, son amour en faveur de la maison d’Israël »… et voici la troisième phrase : « La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu ». On n’y trouve pas le mot « nations » mais il est remplacé par l’expression « la terre tout entière ». La phrase centrale sur ce qu’on appelle « l’élection d’Israël » est donc encadrée par deux phrases sur l’humanité tout entière. Traduisez : L’élection d’Israël est centrale mais on n’oublie pas qu’elle doit rayonner sur l’humanité tout entière.
Et quand le peuple d’Israël, au cours de la fête des Tentes à Jérusalem, acclame Dieu comme roi, ce peuple sait bien qu’il le fait déjà au nom de l’humanité tout entière ; en chantant cela, on imagine déjà (parce qu’on sait qu’il viendra) le jour où Dieu sera vraiment le roi de toute la terre, c’est-à-dire reconnu par toute la terre. Naaman, le général syrien, païen, en est un précurseur.
Une deuxième insistance de ce psaume c’est la proclamation très appuyée de la royauté de Dieu. Par exemple, on chante au Temple de Jérusalem « Acclamez le SEIGNEUR, terre entière, acclamez votre roi, le SEIGNEUR. » Mais quand je dis « on chante », c’est trop faible ; en fait, par le vocabulaire employé en hébreu, ce psaume est un cri de victoire, le cri que l’on pousse sur le champ de bataille après la victoire, la « terouah » en l’honneur du vainqueur. Le mot de victoire revient trois fois dans les premiers versets. « Par son bras très saint, par sa main puissante, il s’est assuré la victoire… Le SEIGNEUR a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations… La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu ».
La victoire de Dieu dont on parle ici est double : c’est d’abord la victoire de la libération d’Egypte ; la mention « par son bras très saint, par sa main puissante » est une allusion au premier exploit de Dieu en faveur des fils d’Israël, la traversée miraculeuse de la mer qui les séparait définitivement de l’Egypte, leur terre de servitude. L’expression « Le SEIGNEUR t’a fait sortir de là d’une main forte et le bras étendu » (Dt 5,15) était devenue la formule-type de la libération d’Egypte ; on la retrouve par exemple dans le livre du Deutéronome et dans les psaumes. La formule « il a fait des merveilles » est aussi un rappel de la libération d’Egypte.
Mais quand on chante la victoire de Dieu, on chante également la victoire attendue pour la fin des temps, la victoire définitive de Dieu contre toutes les forces du mal. Et déjà on acclame Dieu comme jadis on acclamait le nouveau roi le jour de son sacre en poussant des cris de victoire au son des trompettes, des cornes et dans les applaudissements de la foule. Mais alors qu’avec les rois de la terre, on allait toujours vers une déception, cette fois, on sait qu’on ne sera pas déçus ; raison de plus pour que cette fois la « terouah » soit particulièrement vibrante !
Désormais les Chrétiens acclament Dieu avec encore plus de vigueur parce qu’ils ont vu de leurs yeux le roi du monde : depuis l’Incarnation du Fils, ils savent et ils affirment envers et contre tous les événements apparemment contraires que le Règne de Dieu, c’est-à-dire de l’amour est déjà commencé.

 

DEUXIEME LECTURE –

deuxième lettre de Saint Paul à Timothée 2, 8 – 13

Bien-aimé,
8 souviens-toi de Jésus Christ,
ressuscité d’entre les morts,
le descendant de David :
voilà mon évangile.
9 C’est pour lui que j’endure la souffrance,
jusqu’à être enchaîné comme un malfaiteur.
Mais on n’enchaîne pas la parole de Dieu !
10 C’est pourquoi je supporte tout
pour ceux que Dieu a choisis,
afin qu’ils obtiennent, eux aussi,
le salut qui est dans le Christ Jésus,
avec la gloire éternelle.
11 Voici une parole digne de foi :
Si nous sommes morts avec lui,
avec lui nous vivrons.
12 Si nous supportons l’épreuve,
avec lui nous régnerons.
Si nous le rejetons,
lui aussi nous rejettera.
13 Si nous manquons de foi,
lui reste fidèle à sa parole,
car il ne peut se rejeter lui-même.

Nous reconnaissons ce texte que nous chantons souvent : « Souviens-toi de Jésus-Christ, ressuscité d’entre les morts ; il est notre salut, notre gloire éternelle ». Ici, sous une forme à peine différente, nous le trouvons dans le contexte où il est né. Dans cette deuxième lettre à Timothée, le texte original, est : « Souviens-toi de Jésus-Christ, le descendant de David », c’est-à-dire le Messie promis, attendu depuis des siècles par nos ancêtres dans la foi. Dans un milieu d’origine juive, il était très important d’affirmer que Jésus était bien le descendant de David, sinon il n’aurait pas pu être reconnu comme le Messie. Et Paul continue : « Il est ressuscité d’entre les morts, voilà mon Evangile ».
De deux choses l’une… Ou Jésus est ressuscité, ou il ne l’est pas. Longtemps, Paul a refusé de croire aux affirmations des disciples de Jésus ; cela lui apparaissait comme une invention. A ses yeux, donc, il fallait à tout prix empêcher cette fable de se propager. Mais, depuis l’événement du chemin de Damas, Paul ne peut plus en douter : oui, Jésus est ressuscité, il l’a vu de ses yeux. Et alors la face du monde est changée : en ressuscitant Jésus, Dieu l’a reconnu comme son envoyé, il a authentifié ses paroles et ses actes : Jésus-Christ, vainqueur de la mort, l’est également de toutes les forces du mal. Et donc, le monde nouveau est déjà né : à nous de nous y engager par nos paroles et par toute notre vie. Avec le Christ, nous pouvons vaincre à notre tour les forces du mal. Paul va désormais consacrer toutes ses forces à annoncer l’évangile et c’est bien à cette tâche qu’il convie Timothée, sans lui cacher qu’il rencontrera des oppositions ; tous ces dimanches-ci, nous lisons des extraits des deux lettres à Timothée et plusieurs fois, on a bien senti un climat de conflit, sans que Paul précise clairement de quoi il s’agit ; mais à plusieurs reprises il engage Timothée à garder courage, à combattre le beau combat de la foi, il lui rappelle qu’il a reçu un esprit non de peur mais de force et il lui conseille de combattre ses contradicteurs par la douceur.
La Résurrection est donc le coeur de la foi chrétienne ; mais si, en milieu juif, la foi en la résurrection de la chair était chose acquise pour un grand nombre de personnes, en milieu grec, au contraire, cette affirmation était dure à entendre ; on se rappelle l’échec de la prédication de Paul à Athènes : on parlait de lui en disant « Que veut donc dire cette jacasse1 ? » C’est pour avoir clamé un peu trop haut, un peu trop fort, la foi en la résurrection dans un monde peu disposé à l’entendre que Paul a connu la prison à plusieurs reprises. « Christ est ressuscité d’entre les morts, voilà mon Evangile. C’est pour lui que je souffre, jusqu’à être enchaîné comme un malfaiteur. » Et il ne se fait pas d’illusion : Timothée, lui aussi, aura à souffrir pour affirmer sa foi ; quelques versets plus haut, Paul lui disait : « Prends ta part des souffrances liées à l’annonce de l’Evangile ».
Paul est enchaîné, mais cela n’empêche pas la vérité de se propager ; il a transmis le flambeau à Timothée qui le transmettra à d’autres à son tour. Ailleurs il lui dit : « Ce que tu as appris de moi, confie-le à des hommes fidèles, qui seront eux-mêmes capables de l’enseigner encore à d’autres ». On peut bien enchaîner un homme, on peut le forcer à se taire, mais on n’enchaîne pas la vérité. Tôt ou tard, elle brillera en pleine lumière. Paul dit « Je suis enchaîné comme un malfaiteur. Mais la parole de Dieu n’est pas enchaînée ». Jésus avait dit quelque chose d’analogue : un jour où la foule l’acclamait parce qu’elle l’avait fugitivement reconnu comme le Messie, on lui avait dit « fais taire ces gens »… Jésus avait répondu « S’ils se taisent, ce sont les pierres qui crieront ». Rien n’empêchera la vérité d’éclater.
Paul continue : « Je supporte tout pour ceux que Dieu a choisis, afin qu’ils obtiennent eux aussi le salut qui est dans le Christ Jésus, avec la gloire éternelle. » Nous retrouvons là les paroles de notre chant : « Souviens-toi de Jésus-Christ, ressuscité d’entre les morts ; il est notre salut, notre gloire éternelle ». Nous sommes ces élus qui avons obtenu par notre Baptême le salut, la gloire éternelle du Christ. Les versets suivants sont très probablement une hymne qu’on chantait pour les cérémonies de baptême. La formule « Voilà une parole digne de foi » introduit manifestement un texte déjà connu : « Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons, si nous supportons l’épreuve avec lui, avec lui nous régnerons. » C’est le mystère du Baptême, tel que Paul l’a développé dans la lettre aux Romains au chapitre 6. Par le Baptême, nous avons été plongés dans la mort et la résurrection du Christ, nous avons été greffés sur lui, plus rien ne peut nous séparer de lui. Passion, mort et Résurrection du Christ sont liées : c’est le même événement, celui qui a ouvert une ère nouvelle dans l’histoire de l’humanité.
Enfin, les deux dernières phrases peuvent paraître contradictoires à première vue : : « Si nous le rejetons, lui aussi nous rejettera… Si nous manquons de foi, lui reste fidèle à sa parole, car il ne peut se rejeter lui-même ». Ces derniers mots ne nous surprennent pas ; nous savons que « fidélité, c’est le nom même de Dieu : si nous manquons de foi, lui il demeure toujours fidèle, nous n’en doutons pas. Mais alors la phrase précédente vient-elle dire le contraire ? « Si nous le rejetons, lui aussi nous rejettera. » Ce qu’elle dit, en fait, c’est notre liberté… que Dieu ne force jamais : si nous le refusons sciemment, il ne nous contraint pas. Dans l’Evangile, quand il appelle quelqu’un, c’est toujours « Si tu veux…. ». Il y a une différence entre le rejeter et manquer de foi : le rejeter, c’est refuser sciemment son projet d’amour ; et lui nous aime assez pour respecter notre refus (c’est le sens de l’expression « lui aussi nous rejettera ») ; manquer de foi, ce n’est pas refuser le projet, c’est l’accepter mais avoir du mal à garder le cap. Heureusement « chaque fois que nous manquons de foi, lui reste fidèle à sa parole, car il ne peut se rejeter lui-même ».
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Note
1 – Jacasse (littéralement « ramasse-miettes ») étant le nom d’un oiseau nuisible et bavard, on appliquait ce sobriquet à des philosophes de pacotille qui grappillaient leurs idées n’importe où.
Compléments
–« On n’enchaîne pas la vérité » : au cours du procès de Pierre et de Jean devant le Sanhédrin, le pharisien Gamaliel avait dit équivalemment la même chose : « Si c’est des hommes que vient leur résolution ou leur entreprise, elle disparaîtra d’elle-même ; si c’est de Dieu, vous ne pourrez pas les faire disparaître. » (Ac 5, 38-39).
–Il faut entendre le mot « évangile » dans son sens étymologique, c’est-à-dire « bonne nouvelle ». Pour Paul, la grande nouvelle du christianisme tient en une phrase : « Jésus Christ est ressuscité ». Et du coup, on comprend mieux contre quels adversaires Paul se bat tout au long de ces deux lettres à Timothée. Qui sont ces contradicteurs ? Paul ne le dit pas vraiment… sauf ici justement peut-être. Car, quelques versets plus bas, Paul citera deux personnes, Hyménée et Philétos, qui nient la résurrection de la chair ; on se souvient que, dans la première lettre aux Corinthiens, Paul avait déjà été affronté à la même querelle ; à ses yeux, c’est très grave : tout l’édifice de la foi repose sur la Résurrection du Christ. Voici quelques versets de la première lettre aux Corinthiens, au chapitre 15 : « S’il n’y a pas de résurrection des morts, Christ non plus n’est pas ressuscité ; et si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide et vide aussi notre foi. »

 

EVANGILE – selon Saint Luc 17, 11-19

11 Jésus, marchant vers Jérusalem,
traversait la Samarie et la Galilée.
12 Comme il entrait dans un village,
dix lépreux vinrent à sa rencontre.
Ils s’arrêtèrent à distance
13 et lui crièrent :
« Jésus, maître,
prends pitié de nous. »
14 En les voyant, Jésus leur dit :
« Allez vous montrer aux prêtres. »
En cours de route, ils furent purifiés.
15 L’un d’eux, voyant qu’il était guéri,
revint sur ses pas en glorifiant Dieu à pleine voix.
16 Il se jeta la face contre terre aux pieds de Jésus
en lui rendant grâce.
Or, c’était un Samaritain.
17 Alors Jésus demanda :
« Est-ce que tous les dix n’ont pas été purifiés ?
Et les neuf autres, où sont-ils ?
18 On ne les a pas vus revenir pour rendre gloire à Dieu ;
il n’y a que cet étranger ! »
19 Jésus lui dit :
« Relève-toi et va :
ta foi t’a sauvé. »

Jésus est en route vers Jérusalem ; il sait que ce voyage le conduit à sa Passion, sa mort et sa Résurrection ; on peut penser que si Luc tient à nous parler de son itinéraire, c’est parce que ce qu’il va nous raconter maintenant a un lien direct avec le mystère du salut que le Christ apporte à l’humanité.
Donc Jésus traverse la Samarie et la Galilée ; dix lépreux viennent à sa rencontre, mais ils restent à distance : la Loi leur interdit de s’approcher de quiconque ; ils sont contagieux à tous points de vue ; la lèpre est une maladie très contagieuse et d’autre part, elle était, à l’époque, considérée comme le signe de la malédiction divine, car on croyait qu’elle était le signe du péché. Nos dix lépreux s’arrêtent donc à distance de Jésus et, de loin, ils crient vers lui. Ce cri et le titre « Maître » qu’ils décernent à Jésus sont à la fois l’aveu de leur faiblesse et de la confiance qu’ils mettent en lui. Jésus ne bouge pas, ne se rapproche pas d’eux. Déjà une fois Luc (chap. 5,12) avait raconté la guérison d’un lépreux par Jésus : l’homme était près de lui, Jésus avait tendu la main et l’avait touché pour le guérir ; cette fois, dans l’épisode des dix lépreux, c’est de loin que Jésus dit aux malades : « Allez vous montrer aux prêtres » ; se montrer aux prêtres, c’était la démarche que les lépreux devaient faire pour que leur guérison soit officiellement reconnue. Cet ordre de Jésus est donc en soi une promesse de guérison.
On peut rapprocher l’attitude de Jésus dans l’épisode des dix lépreux de celle du prophète Elisée envers Naaman dans la première lecture ; Elisée non plus n’avait pas fait un geste, il avait simplement fait dire par son serviteur : « Va te baigner sept fois dans l’eau du Jourdain et tu seras purifié. » Dans les deux cas, effectivement, l’obéissance à l’ordre reçu apporte aux lépreux la guérison. Dans l’épisode qui nous occupe, les lépreux se mettent en marche pour aller rencontrer le prêtre ; et c’est en marchant qu’ils voient leur lèpre disparaître ; réellement, leur confiance les a sauvés. La maladie avait rapproché ces dix hommes ; dans la guérison, ils vont révéler le fond de leur coeur : ils ne sont plus dix lépreux, dix exclus ; ils sont neuf bons Juifs et un Samaritain, c’est-à-dire plus ou moins un hérétique. Tout hérétique qu’il est, le Samaritain sait que la vie, la guérison viennent de Dieu ; alors il rebrousse chemin, il fait demi-tour et cette fois, purifié, il peut s’approcher de Jésus : Luc dit « il glorifie Dieu à pleine voix » et aussi « il se jette la face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce » ce qui est une attitude réservée à Dieu. Ce Samaritain vient de rencontrer le Messie et il le reconnaît. Implicitement, il vient également de reconnaître que pour rendre véritablement gloire à Dieu, ce n’est plus vers le Temple de Jérusalem qu’il faut se tourner, mais vers Jésus lui-même. Faire demi-tour, c’est précisément le sens du mot « conversion ». Et Jésus reconnaît publiquement cette conversion du Samaritain : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé ».
« Et les neuf autres ? » demande Jésus. Eux n’ont pas fait demi-tour ; ils ont pourtant rencontré le Messie, eux aussi… mais ils ne l’ont pas reconnu… Ou, en tout cas, ils ont considéré comme plus urgent de se mettre en règle avec la Loi en continuant leur chemin vers le Temple et les prêtres. Jésus leur avait dit d’aller se montrer aux prêtres, ils y vont sans même prendre le temps de l’action de grâce.
C’est un thème fréquent des Evangiles : le salut est pour tous les hommes et, bien souvent, ce ne sont pas ceux qui s’en croient les plus proches qui l’accueillent le mieux ! « Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reconnu » dit Saint Jean. L’Ancien Testament insistait déjà très fort sur ce qu’on appelle l’universalité du salut ; nous l’avons d’ailleurs entendu dans le psaume 97/98 de ce dimanche. Et la première lecture rapportait la conversion du général Syrien Naaman, lui aussi un étranger. Plus haut, dans le même évangile de Luc, Jésus a d’ailleurs commenté cet événement pour reprocher à ses compatriotes leur aveuglement à son sujet : il a commencé par constater « nul n’est prophète en son pays » puis il a ajouté : « Il y avait beaucoup de lépreux en Israël au temps du prophète Elisée ; pourtant aucun d’entre eux ne fut purifié, mais bien Naaman le Syrien ». Et à ces mots toute la synagogue s’était mise en colère (Luc 4,27). Et plus tard, dans les Actes des Apôtres, Luc insistera sur le refus opposé à l’évangile par toute une partie du peuple d’Israël en contraste avec le succès de la prédication chez les païens.
C’est une question qui troublait les premières générations chrétiennes ; quand Luc écrit son Evangile, par exemple, la jeune communauté chrétienne se divise sur un problème de fond : faut-il nécessairement être Juif pour être baptisé ? Ou bien peut-on admettre des non-Juifs, des païens, au Baptême ? Le récit de la guérison d’un Samaritain, d’un hérétique, et plus encore le récit de sa conversion profonde venaient à point nommé pour rappeler trois vérités à ne pas oublier : premièrement, le salut inauguré par Jésus-Christ dans sa passion, sa mort et sa Résurrection est offert à tous les hommes sans exception. Deuxièmement, rendre grâce à Dieu, c’est la vocation du peuple élu, mais parfois ce sont des étrangers considérés comme hérétiques qui le font le mieux. Troisièmement, ce sont bien souvent les pauvres qui ont le coeur le plus ouvert à la rencontre de Dieu. Pour le dire autrement : sur le chemin de Jérusalem, c’est-à-dire du salut, Jésus entraîne tous les hommes qui le veulent bien. Quelle que soit leur race, leur religion, il suffit qu’ils soient prêts à faire demi-tour.

 

ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, LA BIBLE : LIVRE PAR LIVRE, NOUVEAU TESTAMENT

La Bible : une approche livre par livre

LA BIBLE LIVRE PAR LIVRE

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Les 73  livres de la Bible forment un ensemble cohérent. Quand on la lit d’un bout à l’autre, se dégage une unité au niveau du contenu. Deux grandes parties sont facilement discernables: l’Ancien Testament, reconnu comme Ecriture sacrée par les juifs, et à leur suite par les chrétiens, et le Nouveau Testament, reconnu uniquement par les chrétiens.

 

L’Ancien Testament :

rouleau-bible

L’ordre des livres de l’Ancien Testament change selon que l’on suit le classement hébreu ou celui, plus traditionnel en milieu chrétien, de la traduction grecque (la version des Septante).

Ordre traditionnel (grec)

Pentateuque: Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome.

Livres historiques: Josué, Juges, 1 et 2 Samuel, 1 et 2 Rois, 1 et 2 Chroniques, Esdras, Néhémie, Tobie, Judith, Esther, 1 et 2 Maccabées.

Livres poétiques: Job, Psaumes, Proverbes, Ecclésiaste, Cantique des cantiques.

Livres prophétiques:

Grands prophètes: Esaïe, Jérémie, Lamentations, Ezéchiel, Daniel.

Petits prophètes: Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habakuk, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie.

 

Le Nouveau Testament:

Livres historiques: Matthieu, Marc, Luc, Jean, Actes

Epîtres:

Epîtres de Paul: Romains, 1 et 2 Corinthiens, Galates, Ephésiens, Philippiens, Colossiens, 1 et 2 Thessaloniciens, 1 et 2 Timothée, Tite, Philémon.

Epîtres catholiques ou générales: Hébreux, Jacques, 1 et 2 Pierre, 1, 2 et 3 Jean, Jude.

Apocalypse

 

Pentateuque

Genèse

50 chapitres

La Genèse (littéralement «origine»), c’est le livre des origines du monde, de l’humanité et du peuple juif. Le nom hébreu est Bereshit, «au commencement». Dieu crée le monde, puis le premier homme, Adam, et la première femme, Eve, qu’il installe dans le jardin d’Eden.
Dieu chasse Adam et Eve du jardin d’Eden suite à leur désobéissance. C’est le récit de la fameuse Chute (« ils croquèrent la pomme », qui n’en est pas une dans le texte biblique).

L’humanité se développe, mais dans le mauvais sens d’un point de vue moral, et Dieu décide d’envoyer le déluge, lors duquel Noé est épargné (grâce à son bateau, l’arche de Noé). La terre est repeuplée par les descendants de ce célèbre patriarche. Les hommes décident de former un projet auquel Dieu décide de mettre fin par la dispersion linguistique: c’est l’épisode de la tour de Babel. Enfin, Dieu fait alliance avec un individu, appelé Abram et auquel il donne le nom d’Abraham, en lui promettant un pays (le pays de Canaan) et une descendance, malgré le fait que sa femme est stérile. Cette alliance est scellée par le rite de la circoncision.
Deux enfants naîtront à Abraham: Ismaël, auquel se rattachent les Arabes, et Isaac, dont le fils Jacob aura douze fils, eux-mêmes ancêtres des douze tribus d’Israël. La Genèse se termine par l’histoire de Joseph, un des fils de Jacob, et la venue en Egypte de toute la famille dudit Jacob.

 

Exode

40 chapitres

Exode signifie «sortie» en grec. Il prend la suite de la Genèse: la famille de Jacob s’est développée et multipliée en Egypte, au point d’être ressentie comme une menace par le pharaon. Celui-ci applique une tactique qui n’est pas nouvelle pour tenter de maîtriser la croissance du peuple hébreu: l’oppression, le travail forcé, la purification ethnique (élimination des bébés de sexe masculin). Dans ce contexte, Dieu se révèle à un certain Moïse (épisode du buisson ardent) et l’utilise pour faire sortir d’Egypte les descendants de Jacob (épisode des dix plaies d’Egypte, de l’institution de la Pâque, des eaux qui s’ouvrent pour laisser passer le peuple). On se situe alors, selon les datations, au 15e ou au 13e siècle av. J.-C. Dans le désert, sur le mont Sinaï, Dieu conclut une alliance avec le peuple d’Israël et lui donne les dix commandements.
Dieu donne des lois de type civil, moral ou religieux au peuple d’Israël. Après une révolte des Israélites qui se fabriquent un veau d’or et le présentent comme leur dieu, il leur indique aussi les plans et le mobilier d’un sanctuaire portatif qu’ils doivent réaliser et dans lequel ils peuvent lui rendre un culte. On l’appelle couramment «tabernacle».

 

Lévitique

27 chapitres

«Lévitique» signifie «de Lévite» et reprend le nom de la tribu chargée du culte et des sacrifices au sein d’Israël. Autant le dire tout de suite, ce livre composé presque exclusivement de règles et de lois diverses suscite rarement les passions, d’autant plus que les premiers chapitres sont consacrés à la description des sacrifices à offrir à Dieu, que ce soit en signe de reconnaissance ou pour le pardon de péchés (c’est-à-dire des violations de la loi de Dieu) commis involontairement. Suivent de nombreuses règles civiles et morales, des prescriptions relatives au pur et à l’impur ainsi que des lois liées au culte, scandées par le refrain: «Vous serez saints, car je suis saint, moi, l’Eternel, votre Dieu.»

 

Nombres

36 chapitres

Le livre tire son nom grec des deux recensements du peuple d’Israël mentionnés dans le livre. Le peuple d’Israël n’a en effet toujours pas bougé du mont Sinaï, un an après y être arrivé. Il en repart pourtant au chapitre 10, en prenant la direction du pays promis à Abraham. Une mission de reconnaissance menée par 12 espions convainc le peuple qu’il n’aura pas la force de conquérir la terre promise et qu’il aurait mieux fait de rester en Egypte. En guise de sanction, Dieu annonce la mort de toute cette génération au cours de 40 années d’errance dans le désert.
Mais ce n’est pas la seule fois où Dieu punit son peuple: on dénombre pas moins de sept révoltes dans ce livre !

 

Deutéronome

34 chapitres
Littéralement «deuxième loi», le Deutéronome a une forme apparentée à celle des traités de suzeraineté hittites du 2e millénaire av. J.-C., qui réglaient les rapports entre un peuple conquis et son nouveau souverain (le souverain étant ici Dieu). Il répète l’ensemble de la loi sous la forme de discours adressés par Moïse au peuple d’Israël juste avant l’entrée dans le pays promis, le pays de Canaan. Le peuple est appelé à toujours adorer son Dieu et à ne pas imiter les autres peuples ni adopter leurs dieux. Le chapitre 6 contient le deuxième commandement le plus célèbre de la Bible ainsi que le fameux Shema (Ecoute, Israël) répété aujourd’hui encore par les juifs.
Après l’énoncé d’un certain nombre de bénédictions rattachées au respect de la loi, et de malédictions liées à son non-respect (parmi elles figure la sanction de l’exil), le livre se termine sur la mort de Moïse, à qui Dieu ne permet pas d’entrer dans le pays promis, mais seulement de le voir depuis le sommet d’une montagne. Ce sera son assistant, un dénommé Josué, qui lui succédera à la tête d’Israël.

 

Livres historiques

Josué

24 chapitres

Le livre de Josué, du nom de son personnage principal, relate l’entrée d’Israël dans le pays promis après la mort de Moïse. Le texte contient donc essentiellement des récits de conquête et de répartition du territoire entre les différentes tribus, sur une durée d’environ 25 ans. Une conquête restée fameuse est celle de la ville de Jéricho, qui est chantée par un non moins fameux gospel: «Joshua fit the battle of Jericho». Au début du livre, Josué est invité par Dieu à prendre courage et à respecter la loi laissée par Moïse; à la fin, juste avant de mourir, c’est lui qui invite le peuple d’Israël à rester fidèle à son engagement de servir l’Eternel plutôt que les autres dieux.

 

Juges

21 chapitres

La mort de Josué a laissé les Israélites quelque peu orphelins. Bien vite, ils oublient leur engagement de servir l’Eternel et se mettent à adorer d’autres dieux. Le corps du livre des Juges est formé de sept cycles similaires: les Israélites se détournent de l’Eternel; des ennemis les oppriment; les Israélites appellent à l’aide; l’Eternel leur envoie un libérateur (le juge). Douze de ces chefs sont mentionnés, les plus connus étant Samson (avec ses cheveux longs et la perverse Dalila), Débora (une femme) et Gédéon. Cette période de quatre siècles environ prépare l’instauration de la monarchie en constatant par quatre fois, dont une à la toute fin du livre: «A cette époque-là, il n’y avait pas de roi en Israël. Chacun faisait ce qui lui semblait bon» (Juges 21.25).

 

Ruth

4 chapitres

Le livre de Ruth était lu lors de la fête juive de la Pentecôte. Plutôt court (4 chapitres), il porte le nom de son personnage principal: une jeune femme moabite – c’est-à-dire issue d’un peuple exclu de toute possibilité d’entrer dans le peuple de Dieu – qui devient la grand-mère de David, le célèbre roi d’Israël.

 

1 et 2 Samuel

31 et 24 chapitres

1 et 2 Samuel constituaient à l’origine un seul volume. C’est la version des Septante qui a procédé à la division en deux. Là aussi, le livre porte le nom de l’un de ses personnages principaux, en commençant avec sa naissance: Samuel, prophète et juge, qui procède à l’onction (forme de consécration) des deux premiers rois d’Israël: Saül (intronisé en 1050 av. J.-C.) et David (oint en 1025 av. J.-C.). Le récit du règne de Saül, rejeté par Dieu et en lutte quasi incessante contre David, se termine à la fin de 1 Samuel. 2 Samuel commence avec le début du règne de David sur la tribu de Juda (1010 av. J.-C.), puis, sept ans plus tard, sur l’ensemble d’Israël. Le dernier chapitre le voit acheter le terrain sur lequel sera érigé plus tard le temple de Jérusalem. Malgré les fautes dont cet homme se rend coupable (adultère, meurtre, négligence vis-à-vis de ses enfants), il bénéficie d’une relation particulière avec l’Eternel, et celui-ci lui fait la promesse d’une royauté éternelle de sa famille. Cette promesse a été quasi unanimement interprétée comme annonçant le Messie-roi à venir, ce qui a donné lieu au titre messianique «fils de David».

 

1 et 2 Rois

22 et 25 chapitres

Les deux livres des Rois n’en formaient qu’un à l’origine. Le texte commence avec la désignation du successeur de David (970 av. J.-C.): Salomon, au règne d’abord flamboyant, qui construit le temple de Jérusalem. Il se poursuit avec l’histoire de 20 rois de Juda et 19 rois d’Israël. En effet, dès le règne de Roboam, le fils de Salomon, un schisme intervient, et les dix tribus du nord d’Israël se séparent de celles de Juda et Benjamin, qui seules restent fidèles à la dynastie davidique. Les divers règnes successifs des deux royaumes sont passés en revue avec un critère de jugement: le roi a fait ce qui est bon, ou au contraire ce qui est mal, aux yeux de l’Eternel. L’idolâtrie récurrente des Israélites du nord conduit à la prise de leur capitale, Samarie, par les Assyriens et à la déportation de la population (722 av. J.-C.). Le royaume de Juda connaît le même sort quelque temps plus tard, mais sous les coups des Babyloniens: prise de Jérusalem en 586 av. J.-C., destruction du temple et déportation d’une partie de la population en trois vagues successives.

 

1 et 2 Chroniques

29 et 36 chapitres

Appelés «Paroles des jours» dans la Bible hébraïque, «Paraleipomena» (c’est-à-dire «omissions») dans la Septante, les livres des Chroniques doivent leur nom français à la Vulgate. Certains attribuent leur rédaction à Esdras, au 5e siècle av. J.-C. Ils récapitulent toute l’histoire d’Israël, depuis Adam jusqu’au décret de Cyrus autorisant la reconstruction du temple de Jérusalem. L’intérêt de l’auteur porte essentiellement sur les aspects cultuels de cette histoire: les rois et les prophètes mentionnés avec force détails sont ceux qui ont contribué à la célébration d’un culte conforme aux exigences divines. L’objectif est probablement de rappeler aux exilés de retour de Babylone que leur Dieu est fidèle à ses promesses et souverain sur l’histoire et qu’il continue à agir pour les siens, pourvu qu’ils lui obéissent.

 

Esdras

10 chapitres

Pendant longtemps, le livre d’Esdras a été couplé avec celui de Néhémie. Plusieurs passages sont à la première personne du singulier, et le récit concerne le retour des exilés en Juda, avec la reconstruction du temple puis le rétablissement de l’ordre politique et religieux par Esdras, un scribe. On se situe donc entre 537 et 458 av. J.-C.

 

Néhémie

13 chapitres

Ecrit à la première personne, le livre a pour thème principal la reconstruction des murailles de Jérusalem, entre 444 et 431 av. J.-C., malgré l’opposition des peuples voisins, et la restauration civile et politique de la communauté rapatriée.

 

Livre de Tobie

Le Livre de Tobie, parfois appelé Livre de Tobit (Tobie étant le fils de Tobit dans la Septante), est un livre deutérocanonique de l’Ancien Testament. Il raconte l’histoire d’un Israélite de la tribu de Nephthali nommé Tobie (le texte latin de la Vulgate donne le même nom au père et au fils, Tobias). Déporté à Ninive, il devient aveugle après avoir reçu de la fiente d’oiseau dans les yeux et envoie son fils Tobie recouvrer une dette en Médie auprès de leur parent Gabaël.

Le texte est écrit en grec et figure dans la Septante. Rédigé sans doute initialement en hébreu ou en araméen, l’original a été perdu, mais un fragment en araméen avec un texte correspondant en grec a été retrouvé dans les années 1950, dans la grotte no 4 près des ruines de Qumrân parmi les manuscrits de la mer Morte. Ce livre ne figure pas au canon des Écritures hébraïques Il est déclaré canonique par l’Église au concile de Carthage III en 397, mais il était déjà largement utilisé par les différentes communautés chrétiennes.

 

Livre de Judith

Le Livre de Judith est un livre deutérocanonique de la Bible. Il relate comment la belle et jeune veuve Judith ( « Louée » ou « Juive ») écarte la menace d’une invasion assyrienne en décapitant le général ennemi Holopherne, et restaure du même coup la foi du peuple juif en la puissance salvatrice de son Dieu.

Il en existe trois versions en grec dans lesquelles on distingue la trace linguistique de l’original hébreu, plusieurs versions latines dont celle de la Vulgate  « hâtivement traduite » de l’araméen selon l’aveu de saint Jérôme – et plusieurs versions tardives en hébreu, dont une dans laquelle l’ennemi est séleucide et non assyrien.

Sa date de rédaction est en général située au iie siècle av. J.-C.. Il ferait partie des textes inspirés par la révolte des Maccabées3

Livres des Maccabées

Les livres de Maccabées sont des écrits juifs en langue grecque dont le thème est lié à la révolte des Maccabées qui eut lieu dans la Judée de l’époque hellénistique. Les Maccabées doivent leur nom à Judas Maccabée dont le frère Simon fonda la dynastie hasmonéenne qui régna sur la Judée de 140 à 37 av. J.-C.. Malgré le nom qui leur est traditionnellement appliqué, ces livres sont indépendants. Leurs dates de composition et leurs styles sont différents.

Le livre I couvre une période s’étendant du déclenchement de la révolte des Maccabées à l’accession au pouvoir de Jean Hyrcan. Ce récit constitue une épopée dynastique à la gloire des Hasmonéens. Il s’agit d’une traduction grecque d’un livre en hébreu.

le livre II se veut un abrégé d’une chronique de Jason de Cyrène. Il s’étend de la grande prêtrise d’Onias III à la victoire de Judas Maccabée contre Nicamor Il donne une large part au miraculeux et aux considérations théologiques.

le livre III relate une crise subie par les Juifs d’Égypte sous le règne de Ptolémée IV Philopator.

le livre IV est un ouvrage philosophique produit par le milieu juif d’Antioche .

 

Esther

10 chapitres

Le livre d’Esther était lu lors de la fête juive dont il relate l’origine: la fête des Pourim. Il porte le nom de son héroïne, une jeune Juive devenue l’épouse de Xerxès, souverain de l’Empire perse (486-465 av. J.-C.). Sa position lui permettra d’éviter le massacre des Juifs. L’une des particularités de ce texte est l’absence totale de mention de Dieu.

 

Livres poétiques

Job

42 chapitres

«Pauvre comme Job»: qui n’a jamais entendu cette expression? L’histoire de Job, c’est celle d’un homme juste qui est accablé par le malheur. Le thème du livre est donc celui de la souffrance, qui paraît difficilement conciliable avec la bonté de Dieu. Après un prologue qui présente les épreuves de Job comme le fruit d’une sorte de pari entre Dieu et Satan, la majeure partie du livre se compose de dialogues entre Job et trois de ses amis (auxquels vient s’ajouter un quatrième) qui ne parviennent pas à résoudre le problème de la souffrance. Il apparaît clairement qu’elle n’est pas nécessairement le fruit d’un péché. Dans l’épilogue, Dieu s’adresse à Job sans lui expliquer le pourquoi de son malheur, mais en montrant sa propre grandeur.

 

Psaumes

150 chapitres

Appelés Tehillim («louanges») en hébreu, les 150 Psaumes sont autant de cantiques ou prières de louange, de supplication ou d’imprécation. Composés entre les 15e et 6e siècles av. J.-C. dans des circonstances très diverses et par des auteurs différents (Moïse, le roi David, Asaph, Koré, Héman, Ethan et des anonymes), ils pouvaient être utilisés dans le culte familial ou au temple, parfois lors de fêtes religieuses. Certains sont appelés messianiques parce qu’ils contiennent des prophéties relatives à ce libérateur annoncé (Psaumes 22; 69; 110 par exemple).

 

Proverbes

31 chapitres

Trois auteurs sont mentionnés dans les Proverbes: le roi Salomon, Agur et Lemuel, ce qui implique une époque de rédaction qui va du 10e au 7e voire 5e siècle. La recherche de la sagesse était répandue dans l’Antiquité, sagesse qui consiste dans l’art de profiter de ses connaissances pour les appliquer dans la vie courante. Ces maximes touchent donc à tous les domaines de la vie. Elles prennent souvent la forme de pensées à deux vers.

 

Ecclésiaste

12 chapitres

L’Ecclésiaste était lu lors de la fête juive des Tabernacles (aussi appelée fête des Huttes, des Cabanes ou encore des Tentes). Son auteur se nomme Qohéleth, peut-être le chef de l’assemblée ou l’enseignant, et est assimilé par la tradition au roi Salomon. Le ton du livre surprend: l’auteur affirme et répète que tout manque de consistance sous le soleil; les différents objectifs que les hommes se fixent sont sans valeur, qu’il s’agisse des richesses, des plaisirs, de la sagesse ou de la moralité. Ils ne font pas le sens de la vie. L’homme doit penser à son Créateur.

 

Cantique des cantiques

8 chapitres
Ce livre controversé était lu lors de la fête juive de la Pâque. Il est attribué au roi Salomon (10e siècle av. J.-C.) et se compose de dialogues entre un homme et une femme, avec l’intervention d’autres personnages. On peut l’interpréter, au sens littéral, comme un texte qui chante les divers aspects de l’amour: joie de la présence de l’être aimé, jouissance partagée de la nature, attrait physique mutuel. Diverses interprétations allégoriques ont été proposées. La principale voit dans cette sorte de pièce théâtrale une évocation de l’amour entre Dieu et le peuple d’Israël.

 

Livre de la Sagesse

Le Livre de la Sagesse (appelé en grec Sagesse de Salomon) est un livre de l’Ancien Testament.

Ce livre de rédaction grecque fait partie du canon des Ecritures dans le canon catholique et orthodoxe mais ne figure pas chez les protestants ni chez les Juifs.

Présentation

Le livre a reçu anciennement le titre de Sagesse de Salomon parce que les chapitres 7-9 font parler ce roi que la tradition juive considérait comme « le sage » par excellence.
Sa date est incertaine. Divers indices, tirés du vocabulaire et d’une allusion aux revendications contemporaines des Juifs d’Égypte à l’égalité civique (Sg 19, 16), invitent à ne pas remonter au-delà des années 50 av. J.-C. et même à descendre en période romaine, à partir de la prise d’Alexandrie par Auguste (30 av. J.-C.). Par sa date probable (ier siècle av. J.-C.), c’est sans doute le dernier en date des écrits de l’Ancien Testament. Il se compose de deux principales parties : le thème sapientiel de la sagesse (thème du juste souffrant, la sagesse pour épouse), et un long midrash des plaies d’Égypte.

Contenu

Le Livre de la Sagesse cherche à répondre au défi de la sagesse païenne (notamment, la philosophie) par rapport à la Révélation divine. On y trouve notamment, reprises de la philosophie grecque, les quatre vertus cardinales : « Aime-t-on la rectitude ? Les vertus sont les fruits de ses travaux, car elle enseigne tempérance et prudence, justice et force. » (Sg 8,7).

Dans une optique chrétienne, le livre est lu comme abordant, de façon cryptée, le thème de la résurrection de la chair, de la création nouvelle. De la même façon, ce livre comprend des affirmations qui préparent le Nouveau Testament, comme celle-ci : « Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité » (Sg 2,23). La Sagesse divine y est personnifiée au point de fournir aux apôtres Paul et Jean des formules théologiques que l’on retrouve, notamment, dans l’Épître aux Colossiens.

 

 

Siracide

Le Siracide, appelé aussi l’Ecclésiastique ou encore La Sagesse de Ben Sira, est l’un des livres sapientiaux de l’Ancien Testament écrit vers 200 av. J.-C. Le Siracide tient son nom de son auteur, Jésus Ben Sira (Ben Sira, Ben Sirakh, Ben Sirach).

L’ouvrage est un mélange de deux genres littéraires : tantôt des « proverbes », tantôt des développements structurés qui proposent des réflexions sur un sujet. Il s’agit toujours de la « Sagesse », représentée comme une personnification de la Sagesse divine. Elle est pour le disciple une mère, une épouse, une sœur. La rechercher, c’est atteindre Dieu. Vivre avec elle, c’est vivre avec Dieu.

La fin de l’ouvrage exalte des personnages historiques, comme le font les Livres des Maccabées. Vers la fin du ier siècle, il est exclu du canon biblique par les rabbins pharisiens. Il est cependant populaire parmi les Juifs et il est cité dans le Talmud et dans la littérature rabbinique qui en approuve certains passages.

 

Livres prophétiques

Les prophètes, des porte-parole de Dieu, sont mentionnés tout au long de l’histoire d’Israël, en particulier dès l’instauration de la monarchie. Ils invitent régulièrement le peuple à revenir à Dieu, parfois conseillent les rois. Certains ont laissé des écrits, de sorte que nous avons accès à leurs oracles. Ils nous permettent d’avoir un autre regard sur la période qui va du 9e au 5e siècle av. J.-C.

 

Grands prophètes

 

Esaïe

66 chapitres

Homme du 8e siècle avant J-C , Esaïe avait ses entrées à la cour royale, Il est l’un des plus grands prophètes, par la taille de son livre mais aussi par la conscience qu’il avait à la fois de la sainteté de Dieu et de son amour, de son salut. Il annonce la naissance d’un enfant-roi destiné à s’asseoir sur le trône davidique.
Esaïe annonce l’exil à venir pour le peuple de Juda en raison de l’immoralité, de l’injustice et de la violence qui règnent en son sein. Plusieurs de ses oracles concernent un personnage nommé le «serviteur de l’Eternel». L’un d’eux prédit son œuvre en rapport avec les péchés des hommes et le salut.

 

Jérémie

52 chapitres

Le prophète Jérémie est connu surtout pour ses lamentations (voir le livre qui porte ce nom), d’où le terme de «jérémiades». Après un temps d’influence à la cour de Juda, son ministère (entre 625 et 580 av. J.-C.) est en effet caractérisé par les brimades et le rejet. Il met sans cesse son peuple en garde contre les alliances avec l’Egypte, l’Assyrie et la Babylonie, les grandes puissances de l’époque. Il fustige aussi l’idolâtrie et la déchéance morale de ses compatriotes. Son message le plus original est celui dans lequel il annonce la conclusion d’une nouvelle alliance.
Jérémie connaîtra la chute de Jérusalem en 586 av. J.-C. et sera contraint par plusieurs de ses compatriotes de fuir en Egypte, non sans avoir prédit la venue et la durée de l’exil.

 

Lamentations

5 chapitres

Le livre des Lamentations de Jérémie était lu le neuvième jour du mois d’Ab, anniversaire de la destruction du temple de Jérusalem par les Babyloniens. Anonyme, il est attribué au prophète Jérémie par la tradition juive, y compris la version grecque des Septante. Le texte compte 5 élégies qui évoquent le siège de Jérusalem, la famine, la fuite du roi, la destruction du temple et des murailles, les massacres et les déportations, soit des événements survenus lors de la chute de la capitale du royaume de Juda en 586 av. J.-C.

 

Livre de Baruch
Le livre de Baruch se présente comme l’oeuvre du secrétaire de Jérémie (début du VIe siècle avant J.-C.), mais il n’a pas été rédigé avant le IIe siècle. Son attribution à Baruch est un procédé littéraire, d’ailleurs fréquent à cette époque.

L’ouvrage comporte quatre parties indépendantes, qui ne sont pas nécessairement du même auteur:

1) une introduction précisant dans quelles conditions ce livre, envoyé de Babylone par les déportés, devait être lu à Jérusalem lors d’une cérémonie de confession des péchés (1.1-14) ;

2) le texte même de cette confession des péchés (1.15-2.10), inspirée par celle de Daniel 9; elle est suivie d’une supplication (2.11-3.8), émaillée de nombreuses citations bibliques;

3) une méditation sur la Sagesse (3.9-4.4);

4) enfin un discours d’encouragement adressé à Jérusalem (4.5-5.9).

 

Ezéchiel

48 chapitres

Emmené en exil en Babylonie, Ezéchiel exerce son ministère prophétique de 593 à 571 av. J.-C. Il prononce des oracles de jugement contre les Judéens restés au pays, puis contre les nations qui contribuent à la chute de Jérusalem, avant d’ouvrir des perspectives d’avenir (retour au pays, restauration du temple).

 

Daniel

12 chapitres

Membre de l’aristocratie juive emmené en déportation à Babylone en 605 av. J.-C., Daniel y occupe des postes à haute responsabilité. Le livre qui porte son nom contient des récits narrant la vie de Daniel et de ses amis juifs à la cour babylonienne, puis perse, ainsi que des visions prophétiques relatives notamment aux divers Empires mondiaux successifs ou encore au Messie. Les chapitres 2 à 7 présentent la particularité d’être écrits en araméen, et non en hébreu comme le reste de l’Ancien Testament et du livre.

 

Petits prophètes

Osée

14 chapitres

Seul prophète né dans le royaume du nord, Osée exerce son ministère entre 786 et 724 av. J.-C. Son message est principalement dirigé contre l’idolâtrie qui accompagnait la prospérité matérielle en Israël. Les cultes païens de Baal et d’Ashéra étaient particulièrement marqués par la corruption: prostitution sacrée, violence, ivrognerie. Osée compare la relation entre Israël et son Dieu à une relation entre un mari et son épouse volage et adultère.

 

Joël

4 chapitres (3 dans certaines versions)

Particulièrement difficile à dater (entre les 9e et 4e siècles selon les commentateurs), Joël voit dans un fléau qui s’est abattu sur Juda (invasion de sauterelles et sécheresse) une manifestation de la colère de Dieu, un «jour de l’Eternel». Il annonce le jour où l’Esprit sera répandu sur toute créature.

 

Amos

9 chapitres

Paysan de Juda, Amos dénonce avec vigueur les injustices sociales qui voient les riches s’enrichir et les pauvres s’appauvrir dans une période de prospérité (entre 765 et 750 av. J.-C.).

 

Abdias

1 chapitre

Située entre les 9e et 6e siècles selon les commentateurs, la prophétie d’Abdias, très courte, porte essentiellement contre les Edomites. Il prononce leur condamnation en raison de l’attitude hostile dont ils ont fait preuve contre les Judéens.

 

Jonas

4 chapitres

Peut-être le plus connu des prophètes en raison de son séjour dans le ventre d’un grand poisson, Jonas présente la particularité d’adresser un appel à la repentance à des ennemis des Israélites, les habitants de Ninive, et de le faire de très mauvais gré! Ce livre prophétique contient plus de récits que d’oracles.

 

Michée

7 chapitres

Contemporain d’Esaïe et d’Osée (8e siècle), Michée est le seul prophète qui s’adresse à la fois à Israël et à Juda. Il dénonce leur mauvaise situation morale, sociale et spirituelle tout en encourageant les pauvres et les faibles à regarder à Dieu. Il annonce que le lieu de naissance du libérateur à venir, le Messie, sera Bethléhem.

 

Nahum

3 chapitres

Prophète du 7e siècle av. J.-C., Nahum nous a laissé un message centré sur l’annonce de la chute de Ninive, la capitale du tyrannique et cruel Empire assyrien. C’est le seul prophète dont le message ne se termine pas sur une parole de consolation ou d’espérance.

 

Habakuk

3 chapitres

La courte prophétie contenue dans le livre d’Habakuk semble dater de 609-608 av. J.-C. Elle prend la forme d’un dialogue entre le prophète, perplexe devant l’apparent silence de Dieu face au mal, et ce Dieu qui va utiliser les cruels Babyloniens pour punir son peuple.

 

Sophonie

3 chapitres

Sophonie est le premier des prophètes de Juda (vers 626-625 av. J.-C.) à inviter ses compatriotes à se repentir afin de ne pas connaître le même sort que l’Israël du nord. Il annonce le jugement contre Juda, mais aussi contre les autres nations, et les fruits positifs que ce jugement apportera: purification, joie.

 

Aggée

2 chapitres

Prononcées entre septembre et décembre 520 av. J.-C., les prophéties d’Aggée sont autant d’invitations adressées aux Judéens de retour d’exil pour qu’ils reprennent la construction du temple de Jérusalem.

 

Zacharie

14 chapitres

Probablement né en exil à Babylone, Zacharie commence de prophétiser en novembre 520 av. J.-C., en compagnie d’Aggée. Il rapporte une série de visions pour encourager les Judéens à la reconstruction du temple et les inviter à la purification, mais il annonce surtout la venue du Messie, d’abord dans l’humilité puis en gloire. C’est le prophète le plus souvent cité dans le Nouveau Testament après Esaïe.

 

Malachie

3 chapitres (4 dans certaines versions)

La prophétie de Malachie se situe au 5e siècle av. J.-C., à une période où l’Empire perse domine le Proche-Orient. Le temple de Jérusalem a été reconstruit et le culte y a repris, mais Malachie doit dénoncer le formalisme religieux et le relâchement de la moralité régnants. Sa prophétie se présente sous la forme de questions-réponses entre Dieu et son peuple.

 

 

Le Nouveau Testament

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Alors que la rédaction de l’Ancien Testament s’est étalée sur plusieurs siècles, le Nouveau Testament date tout entier du 1er siècle apr. J.-C. Il commence par quatre Evangiles – d’un mot grec signifiant «bonne nouvelle» – qui portent le nom de leur auteur. Tous les quatre relatent la vie d’un homme né au sein du peuple d’Israël, Jésus, en le présentant comme le Messie annoncé par l’Ancien Testament. Les trois premiers Evangiles, Matthieu, Marc et Luc, sont dits synoptiques car ils ont une perspective commune. Le quatrième, celui de Jean, semble avoir été écrit pour compléter les trois autres.

Livres historiques : Matthieu , Marc , Luc , Jean , Actes

Epîtres:
Epîtres de Paul : Romains, 1 et 2 Corinthiens, Galates, Ephésiens, Philippiens, Colossiens, 1 et 2 Thessaloniciens, 1 et 2 Timothée, Tite, Philémon.
Epîtres catholiques ou générales : Hébreux, Jacques, 1 et 2 Pierre, 1, 2 et 3 Jean, Jude.

Apocalypse

 

Livres historiques

 

Evangile selon Matthieu

28 chapitres

Etant l’un des douze disciples de Jésus, Matthieu était bien placé pour faire le récit de sa vie. Son texte contient de nombreuses allusions à l’Ancien Testament et plusieurs discours importants (dont le fameux sermon sur la montagne). Il utilise souvent l’expression «royaume des cieux» là où les autres Evangiles parlent de «royaume de Dieu», probablement pour respecter la coutume juive qui veut que l’on évite de prononcer le nom divin.

 

Evangile selon Marc

16 chapitres

L’Evangile de Marc est le plus court des quatre. Alors que Matthieu s’adressait plutôt à des Juifs, il vise apparemment plutôt un public romain. Le texte a probablement été rédigé sous l’autorité de l’apôtre Pierre. Il met l’accent sur ce que Jésus a fait plus que sur ce qu’il a dit. Un mot revient fréquemment: aussitôt.

 

Evangile selon Luc

24 chapitres

L’Evangile de Luc, écrit par un médecin non juif, est la première partie d’un ouvrage en deux volumes adressé aux Grecs et Romains cultivés. Il cherche à montrer que Jésus est venu pour être le Sauveur de tous les hommes, qu’ils soient juifs ou non, en relatant ses œuvres aussi bien que ses paroles.

 

Evangile selon Jean

21 chapitres

Apparemment écrit après les trois autres Evangiles pour les compléter, et ce par un disciple de Jésus, l’Evangile de Jean propose une sélection d’actes du Maître et contient de larges extraits de ses discours, et surtout l’un des versets les plus célèbres de la Bible:
Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle.

 

Actes des apôtres

28 chapitres

Deuxième volume de l’ouvrage écrit par Luc, les Actes constituent le dernier texte historique du Nouveau Testament. Ils relatent les événements consécutifs à la mort et l’ascension de Jésus: les débuts de l’Eglise, avec deux apôtres particulièrement en vue, Pierre puis Paul. Deux de ces événements ont donné lieu à des fêtes chrétiennes: l’Ascension et la Pentecôte, respectivement 40 et 50 jours après Pâques.
L’Evangile est annoncé à Jérusalem, puis dans toute la région, avant de gagner le reste de l’Empire romain, notamment grâce à l’important réseau routier existant. Le texte se termine avec les deux années de détention de l’apôtre Paul à Rome (vers 62-63 apr. J.-C.).

 

Epîtres de Paul

 

Epître aux Romains

16 chapitres

L’apôtre Paul est l’auteur de treize lettres qui ont été incluses dans le Nouveau Testament par ordre dégressif de grandeur. Sa lettre aux chrétiens de Rome, écrite avant sa visite chez eux, expose les raisons d’être de la venue et de la mort de Jésus-Christ: apporter le salut offert par Dieu. Elle montre qu’on n’obtient pas ce salut en accomplissant des œuvres, mais seulement en croyant au Christ.

 

Première épître aux Corinthiens

16 chapitres

Fondée par Paul en 51 apr. J.-C., l’Eglise de Corinthe, en Grèce, était marquée par les désordres et avait posé un certain nombre de questions à l’apôtre. Cinq ans après, absent de Corinthe, il cherche à montrer à ces jeunes chrétiens comment la doctrine de la croix de Christ devrait être appliquée à leur vie.

 

Deuxième épître aux Corinthiens

13 chapitres

2 Corinthiens a été écrite quelques mois après 1 Corinthiens (fin 56-début 57 apr. J.-C.). Certains lançaient des attaques contre l’apôtre Paul dans l’Eglise de Corinthe. Il se défend donc contre ces attaques afin de rétablir son autorité.

 

Epître aux Galates

6 chapitres

Adressée à des chrétiens d’Asie Mineure (leur localisation précise est discutée) par l’apôtre Paul, l’épître aux Galates oppose le véritable Evangile à un faux évangile prêché par les judaïsants. Certains voulaient en effet imposer le respect des rites juifs et de la loi juive aux chrétiens, même lorsqu’ils étaient d’origine non juive. Paul rappelle qu’on accède au salut par la foi.

 

Epître aux Ephésiens

6 chapitres

Probablement lettre circulaire destinée aux Eglises d’Asie Mineure, l’épître aux Ephésiens expose le plan de Dieu, d’avant la création jusqu’à l’éternité, en mettant l’accent sur l’Eglise. En prison à Rome, Paul montre que la venue de Jésus-Christ a fondé un nouveau «peuple» formé de Juifs et de non-Juifs: l’Eglise.

 

Epître aux Philippiens

4 chapitres

Fondée par Paul, l’Eglise de Philippes (en Macédoine) avait envoyé un don à l’apôtre en prison. Il écrit à ces chrétiens pour les remercier et, paradoxalement vu les circonstances qu’il rencontrait, il mentionne à de nombreuses reprises la joie.

 

Epître aux Colossiens

4 chapitres

Ecrite en même temps que l’épître aux Ephésiens, la lettre adressée par Paul aux Colossiens met un accent particulier sur la personne de Christ et sur l’œuvre de salut qu’il a accomplie, ainsi que sur les répercussions que cela a (ou devrait avoir) dans la vie des chrétiens.

 

Epîtres aux Thessaloniciens

5 et 3 chapitres

Fondée par Paul, l’Eglise de Thessalonique bénéficie, avec ces deux lettres que l’apôtre lui adresse à quelques mois d’intervalle (en 51 ou 52 apr. J.-C.), d’enseignements sur le retour de Christ.

 

Epîtres à Timothée

6 et 4 chapitres

Adressées par Paul à l’un de ses proches collaborateurs (d’où le nom d’épîtres pastorales qu’elles portent avec l’épître à Tite), les deux épîtres à Timothée contiennent des avertissements sur les dangers que court l’Eglise, en particulier du fait des fausses doctrines, et des instructions sur la manière de l’organiser et de se conduire en tant que responsable. Timothée était en effet responsable de l’Eglise d’Ephèse.

Epître à Tite

3 chapitres

Responsable de l’Eglise de Crète, Tite était un collaborateur de Paul. L’apôtre lui demande de le rejoindre tout en lui donnant des directives pour la vie dans l’Eglise, la vie en famille et la vie dans la société.

Epître à Philémon

1 chapitre

Brève missive de l’apôtre Paul à un membre de l’Eglise de Colosses, l’épître à Philémon traite des rapports entre le maître et l’esclave chrétiens. Un dénommé Onésime s’était en effet enfui de chez son maître Philémon avant de devenir chrétien au contact de Paul à Rome. L’apôtre invite Philémon à accueillir l’esclave fugitif comme un frère.

 

Epîtres catholiques ou générales

Epître aux Hébreux

13 chapitres

Ecrit anonyme, l’épître aux Hébreux s’adressait à des Juifs convertis au christianisme et peut-être tentés de retourner au judaïsme. Elément par élément, l’auteur montre que Christ et son œuvre sont supérieurs aux anges, à Moïse et à tout le système de sacrifices instauré par la loi de l’Ancien Testament. Le fait qu’il parle de ce système au présent indique que la lettre date d’avant la prise de Jérusalem et la destruction du temple par les Romains, événements survenus en 70 apr. J.-C.

 

Epître de Jacques

5 chapitres

Frère (ou plutôt demi-frère) de Jésus, Jacques montre dans sa lettre qu’une foi véritable est une foi qui se traduit dans des actes et qui ne reste pas au simple niveau d’un savoir théorique.

 

Première épître de Pierre

5 chapitres

Le disciple et apôtre Pierre écrit aux chrétiens de diverses provinces d’Asie Mineure pour les encourager à tenir ferme dans l’épreuve et à se comporter de manière conforme à l’appel que Dieu leur a adressé. Il montre que la souffrance n’est pas anormale et que le chrétien peut glorifier Dieu en son sein même.

 

Deuxième épître de Pierre

3 chapitres

La deuxième lettre de Pierre contenue dans le Nouveau Testament est un écrit d’avertissement contre la menace des faux docteurs et de leurs enseignements erronés. Il invite les chrétiens à s’appuyer sur la Parole de Dieu transmise par les apôtres et à vivre dans l’attente du retour de Christ.

 

Première épître de Jean

5 chapitres

Bien qu’anonyme, cette épître est unanimement, et dès le 2e siècle apr. J.-C., attribuée au disciple de Jésus nommé Jean. Dans un contexte (fin du 1er siècle) où les hérésies commencent à fleurir en Asie Mineure, il réaffirme l’identité de Jésus-Christ ainsi que le rôle de Dieu le Père et du Saint-Esprit, tout en définissant les critères d’une vie chrétienne authentique. L’amour pour les frères et l’obéissance aux commandements de Christ y figurent en bonne place.

 

Deuxième épître de Jean

1 chapitre

Très brève, la deuxième lettre de Jean, le disciple et apôtre, s’adresse à une dame. Certains y ont vu une personne en chair et en os, d’autres le symbole d’une Eglise. Toujours est-il que l’apôtre invite des chrétiens à faire preuve de discernement dans l’accueil qu’ils réservent aux prédicateurs itinérants: certains sont de faux docteurs. Le chrétien doit vivre dans la vérité et dans l’amour.

 

Troisième épître de Jean

1 chapitre

Très brève elle aussi, la troisième lettre de Jean est adressée à un certain Gaïus, responsable d’une Eglise d’Asie Mineure. L’apôtre félicite Gaïus et le met en garde contre un dénommé Diotrèphe, un homme au comportement dictatorial dans l’Eglise.

Epître de Jude

1 chapitre

Probablement demi-frère de Jésus, Jude met en garde ses destinataires, peut-être des chrétiens d’Asie Mineure ou d’Egypte, contre l’infiltration des hérétiques dans les Eglises. Dans ce bref écrit, il dénonce la conduite immorale des faux docteurs et le jugement qui les attend, en invitant les chrétiens à rester attachés à la foi transmise par les apôtres.

 

Apocalypse

22 chapitres

Souvent assimilée à des catastrophes et à des jugements, l’Apocalypse est avant tout une révélation de Jésus-Christ mise par écrit par l’apôtre Jean. Elle présente Christ dans sa position actuelle: non plus couché dans la crèche ou cloué sur une croix, mais dans le ciel à la droite de Dieu. Même si la question de l’interprétation de ce texte reste discutée, il est clair qu’il expose l’affrontement entre Dieu et Satan et la victoire finale de Dieu, après une série de jugements contre l’humanité révoltée contre lui. Les derniers chapitres dévoilent la fin de l’histoire, avec un nouveau ciel et une nouvelle terre.

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ANCIEN TESTAMENT, EVANGILE SELON SAINT LUC, LIVRE DU PROPHETE AMOS, NOUVEAU TESTAMENT, PREMIERE LETTRE DE SAINT PAUL A TIMOTHEE, PSAUME 145

Dimanche 29 septembre 2019 : 26ème dimanche du Temps Ordinaire : lectures et commentaires

Dimanche 29 septembre 2019 :

26è dimanche du Temps Ordinaire

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Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
dimanche 29 septembre 2019

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

 

PREMIERE LECTURE – livre du prophète Amos 6, 1…7

Ainsi parle le SEIGNEUR de l’univers :
1 Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Sion,
et à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie.
4 Couchés sur des lits d’ivoire,
vautrés sur leurs divans,
ils mangent les agneaux du troupeau,
les veaux les plus tendres de l’étable ;
5 ils improvisent au son de la harpe,
ils inventent, comme David, des instruments de musique ;
6 ils boivent le vin à même les amphores,
ils se frottent avec des parfums de luxe,
mais ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël !
7 C’est pourquoi maintenant ils vont être déportés,
ils seront les premiers des déportés ;
et la bande des vautrés n’existera plus.

Dans la Bible, Amos est le premier prophète « écrivain », comme on dit, c’est-à-dire qu’il est le premier dont il nous reste un livre. D’autres grands prophètes antérieurs sont restés très célèbres : Elie par exemple ou Elisée, ou Natan… mais on ne possède pas leurs prédications par écrit. On a seulement des souvenirs de leur entourage. Amos a prêché vers 780–750 av. J.C. Combien de temps ? On ne le sait pas. Il a certainement été amené à dire des choses qui n’ont pas plu à tout le monde puisqu’il a fini par être expulsé sur dénonciation au roi. Vous vous rappelez que, originaire du Sud, il a prêché dans le Nord à un moment de grande prospérité économique. La semaine dernière, nous avions lu, déjà, un texte de lui, reprochant à certains riches de faire leur richesse au détriment des pauvres. Il suffit de lire le passage d’aujourd’hui pour imaginer le luxe qui régnait en Samarie : « Couchés sur des lits d’ivoire, ils mangent les meilleurs agneaux du troupeau, les veaux les plus tendres ; ils improvisent au son de la harpe… ils se frottent avec des parfums de luxe… ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël »… la politique de l’autruche, en somme. Les gouvernants ne savent pas ou ne veulent pas savoir qu’une terrible menace pèse sur eux. « Ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël ».
Il est vrai que, a posteriori, l’histoire nous apprend que cette confortable inconscience a été durement secouée quelques années plus tard. « Ils vont être déportés, ils seront les premiers des déportés ; et la bande des vautrés n’existera plus. » C’est très exactement ce qui s’est passé. On n’a pas écouté ce prophète de malheur qui essayait d’alerter le pouvoir et la classe dirigeante, et même on l’a fait taire en se débarrassant de lui. Mais ce qu’il craignait est arrivé.
C’est donc aux riches et aux puissants, aux responsables que le prophète Amos s’adresse ici. Que leur reproche-t-il au juste ? C’est la première phrase qui nous donne la clé : « Malheur à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie. » Manière de dire : vous êtes bien au chaud, tout contents dans votre confort et même votre luxe… eh bien moi, je ne partage pas votre inconscience, je vous plains. Je vous plains parce que vous n’avez rien compris : vous êtes comme des gens qui se mettraient sous leur couette pour ne pas voir le cyclone arriver. Le cyclone, ce sera l’écroulement de toute cette société, quelques années plus tard, l’écrasement par les Assyriens, la mort de beaucoup d’entre vous et la déportation de ceux qui restent… « Je vous plains », dit sur ce ton-là, c’est quelque chose qu’on n’aime pas entendre !
« Malheur à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie »… Mais, où est le mal ? Le mal, c’est de fonder sa sécurité sur ce qui passe : quelques succès militaires passagers, la prospérité économique, et les apparences de la piété… pour ne pas déplaire à Dieu et à son prophète. Ils se vantent même de leurs réussites, ils croient en avoir quelque mérite, alors que tout leur vient de Dieu. Or la seule sécurité d’Israël, c’est la fidélité à l’Alliance… C’est la grande insistance de tous les prophètes : rappelez-vous Michée (qui prêchera quelques années plus tard à Jérusalem) « On t’a fait savoir, ô homme, ce qui est bien… rien d’autre que de pratiquer le droit, rechercher la justice et marcher humblement avec ton Dieu ». C’est juste le contraire à Samarie ; pire encore, ils sont hypocrites : quand ils offrent des sacrifices, ils transforment le repas qui suit en beuverie… car les repas que Amos décrit sont probablement des repas sacrés, comme il y en avait après certains sacrifices. Maintenant, ces repas sont sacrilèges, et n’ont plus grand chose à voir avec l’Alliance.
Ce qui fait la difficulté de ce passage, c’est sa concision : car, pour comprendre ces quelques lignes, il faut avoir en tête la prédication prophétique dans son ensemble ; la logique d’Amos, comme celle de tous les prophètes est la suivante : le bonheur des hommes et des peuples passe inévitablement par la fidélité à l’Alliance avec Dieu ; et fidélité à l’Alliance veut dire justice sociale et confiance en Dieu. Dès que vous vous écartez de cette ligne de conduite, tôt ou tard, vous êtes perdus.
C’est précisément sur ces deux points que Amos a des choses à redire : la justice sociale, on sait ce qu’il en pense, il suffit de relire le chapitre de la semaine dernière où il reprochait à certains riches de faire leur fortune sur le dos des pauvres ; et dans le texte d’aujourd’hui, les repas de luxe qu’on nous décrit ne profitent évidemment pas à tout le monde ; quant à Dieu, on n’a plus besoin de lui… croit-on ; pire, on fait des simulacres de cérémonie ; comme le dit Isaïe : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son coeur est loin de moi » (Is 29,13). Il est probable qu’Amos, ce prophète venu d’ailleurs, puisqu’il venait du Sud, avait le regard d’autant plus aiguisé sur les faiblesses du royaume du Nord ; car au Sud, on ne connaissait pas encore une période aussi faste, et on conservait encore le style de vie des origines d’Israël ; tandis qu’au Nord, nous avons vu la semaine dernière que le règne de Jéroboam II était une période plus brillante. Mais la croissance économique exigeait une grande vigilance dans la transformation de la société. Malheureusement on s’éloignait de plus en plus de l’idéal des origines : au début, la Loi défendait l’égalité entre tous les citoyens et prévoyait donc la distribution égale de la terre entre tous. Or Samarie se couvrait de palais luxueux, construits par certains aux dépens des autres ; quand on s’était bien enrichi, grâce au commerce florissant, par exemple, on avait vite fait d’exproprier un petit propriétaire ; et nous avons vu que certains plus pauvres en étaient réduits à l’esclavage ; c’était notre texte de dimanche dernier.
L’archéologie apporte d’ailleurs sur ce point des précisions très intéressantes : alors qu’au dixième siècle, les maisons étaient toutes sur le même modèle et représentaient des trains de vie tout-à-fait identiques, au huitième siècle, au contraire, on distingue très bien des quartiers riches et des quartiers pauvres. Fini le bel idéal de la Terre Sainte, avec une société sans classes.
A bon entendeur, salut : si nous voulons être fidèles aujourd’hui à ce que représentait pour les hommes de la Bible l’idéal de la terre sainte, il nous est bon de relire le prophète Amos.
—————————
N.B. Les exégètes pensent que le verset 1a qui concerne Jérusalem est postérieur ; il serait une adaptation pour Jérusalem d’un texte écrit pour Samarie.

 

PSAUME – 145 (146), 6c.7, 8.9a, 9bc-10

6 Le SEIGNEUR garde à jamais sa fidélité,
7 il fait justice aux opprimés ;
aux affamés, il donne le pain ;
le SEIGNEUR délie les enchaînés.

8 Le SEIGNEUR ouvre les yeux des aveugles,
le SEIGNEUR redresse les accablés,
le SEIGNEUR aime les justes,
9 le SEIGNEUR protège l’étranger.

Il soutient la veuve et l’orphelin,
il égare les pas du méchant.
10 D’âge en âge, le SEIGNEUR régnera :
ton Dieu, ô Sion, pour toujours !

Cette litanie superbe n’est qu’une partie du psaume 145/146 ; et, malheureusement, la liturgie de ce dimanche ne nous fait pas entendre les Alleluia qui l’encadrent dans le texte hébreu. (On l’appelle un « Psaume alleluiatique »). C’est dire que nous sommes, comme dimanche dernier, en face d’un psaume de louange. Et la première strophe, c’est « Chante, ô mon âme, la louange du SEIGNEUR ! Je veux louer le SEIGNEUR tant que je vis, chanter mes hymnes pour mon Dieu tant que je dure. »
Qui parle au juste dans ce psaume ? Vous avez entendu : ce sont des opprimés, des affamés, des aveugles, des accablés, des étrangers, des veuves, des orphelins qui reconnaissent la sollicitude de Dieu pour eux. En réalité, c’est le peuple d’Israël qui parle de lui-même : c’est sa propre histoire qu’il raconte et il rend grâce pour la protection indéfectible de Dieu ; il a connu toutes ces situations : l’oppression en Egypte, dont Dieu l’a délivré « à main forte et à bras étendu » comme ils disent ; et aussi l’oppression à Babylone et, là encore, Dieu est intervenu. Israël a connu la faim, aussi, dans le désert et Dieu a envoyé la manne et les cailles.
Ils sont ces aveugles, encore, à qui Dieu ouvre les yeux, à qui Dieu se révèle progressivement, par ses prophètes, depuis des siècles ; ils sont ces accablés que Dieu redresse inlassablement, que Dieu fait tenir debout ; ils sont ce peuple en quête de justice que Dieu guide (« Dieu aime les justes »). C’est donc un chant de reconnaissance qu’ils chantent ici : « Le SEIGNEUR fait justice aux opprimés / Aux affamés, il donne le pain / Le SEIGNEUR délie les enchaînés / Le SEIGNEUR ouvre les yeux des aveugles / Le SEIGNEUR redresse les accablés / Le SEIGNEUR aime les justes / Le SEIGNEUR protège l’étranger / il soutient la veuve et l’orphelin. »
Ce nom « SEIGNEUR » qui revient si souvent, de manière litanique, c’est la traduction de ce fameux NOM de Dieu en 4 lettres que l’on appelle « Le Tétragramme » : « YHVH » qui dit sa présence agissante et libératrice. Le verset qui précède ceux d’aujourd’hui les résume tous : « Heureux qui s’appuie sur le Dieu de Jacob, qui met son espoir dans le SEIGNEUR (YHVH) son Dieu » : le secret du bonheur, c’est de s’appuyer sur Dieu, c’est-à-dire d’attendre tout de Lui, et de Lui seul. Là on voit bien pourquoi ce psaume a été choisi pour ce dimanche en réponse au texte d’Amos. Surtout, disait Amos aux gens de Samarie, faites attention à bien placer votre confiance : méfiez-vous des fausses sécurités. Dieu seul est digne de confiance. En écho, je vous relis quelques autres versets de ce psaume : « Ne comptez pas sur les puissants, (ce ne sont que) des fils d’homme qui ne peuvent sauver ! Leur souffle s’en va, ils retournent à la terre ; et ce jour-là, périssent leurs projets. Heureux qui s’appuie sur le Dieu de Jacob, qui met son espoir dans le SEIGNEUR son Dieu ».
Reconnaître notre dépendance fondamentale et la vivre en toute confiance parce que Dieu n’est que bienveillant… C’est la définition de la foi tout simplement. C’est le secret du bonheur, nous disent les prophètes. Je reprends l’épisode de la manne dont je parlais tout-à-l’heure : vous vous souvenez : en plein désert, ils avaient faim et Dieu avait envoyé la manne ; cette espèce de mince pellicule blanche qui recouvrait le sol… et Moïse avait bien dit : chacun ramasse le nécessaire pour la journée et rien de plus … les petits malins qui croyaient pouvoir faire des provisions voyaient le surplus se gâter… on était obligé d’en laisser pour les autres et de se contenter de son nécessaire… (on se prend à rêver : si nos sociétés fonctionnaient comme celà …?)
Mais surtout, plus tard, ils ont compris que de cette manière Dieu leur avait enseigné la confiance : il leur a appris à vivre au jour le jour sans s’inquiéter du lendemain… parce que ce lendemain lui appartient à lui, tout simplement, et pas à nous. Il ne faut jamais perdre de vue l’expérience unique dont les fils d’Israël ont eu le privilège : tout au long de leur combat pour la liberté, ils ont éprouvé à leurs côtés la présence de celui qu’ils ont reconnu comme leur SEIGNEUR. Et c’est lui qui les a emmenés toujours plus loin dans la recherche de la liberté et de la justice pour tous. Et des phrases comme « Le SEIGNEUR fait justice aux opprimés, aux affamés, il donne le pain, Le SEIGNEUR délie les enchaînés, Le SEIGNEUR ouvre les yeux des aveugles, Le SEIGNEUR redresse les accablés, Le SEIGNEUR aime les justes, Le SEIGNEUR protège l’étranger, il soutient la veuve et l’orphelin » résonnent pour eux comme des appels à plus de justice, plus de respect et de défense des petits et des faibles. Il en va pour eux du respect de l’Alliance. Si on y regarde de plus près, on constate que la Loi d’Israël n’a pas d’autre objectif : faire d’Israël un peuple libre, respectueux de la liberté d’autrui. C’est sur ce long chemin de libération que Dieu mène inlassablement son peuple.
A notre tour, il nous est bon de relire ce psaume : non seulement pour reconnaître la simple vérité de l’oeuvre de Dieu en faveur de son Peuple, mais aussi pour se donner une ligne de conduite : si Dieu a agi ainsi envers Israël, à notre tour, nous qui sommes héritiers de ce long chemin d’Alliance, nous sommes tenus d’en faire autant pour les autres.

 

DEUXIEME LECTURE – première lettre de Saint Paul à Timothée 6, 11-16

11 Toi, homme de Dieu,
recherche la justice, la piété, la foi, la charité,
la persévérance et la douceur.
12 Mène le bon combat, celui de la foi,
empare-toi de la vie éternelle !
C’est à elle que tu as été appelé,
c’est pour elle que tu as prononcé ta belle profession de foi
devant de nombreux témoins.
13 Et maintenant, en présence de Dieu qui donne vie à tous les êtres,
et en présence du Christ Jésus
qui a témoigné devant Ponce Pilate par une belle affirmation,
voici ce que je t’ordonne :
14 garde le commandement du Seigneur,
en demeurant sans tache, irréprochable
jusqu’à la Manifestation de notre Seigneur Jésus Christ.
15 Celui qui le fera paraître aux temps fixés, c’est Dieu,
Souverain unique et bienheureux,
Roi des rois et Seigneur des seigneurs,
16 lui seul possède l’immortalité,
habite une lumière inaccessible ;
aucun homme ne l’a jamais vu,
et nul ne peut le voir.
À lui, honneur et puissance éternelle. Amen.

On ne peut pas rêver une synthèse plus complète de tout ce qui fait la foi et la vie du Chrétien. En même temps on est surpris par la solennité des formules de Paul : par exemple « En présence de Dieu et en présence du Christ Jésus, voici ce que je t’ordonne… » Pourquoi Paul dessine-t-il cette espèce de fresque ?
A première lecture, on croit entendre les échos de difficultés dans la communauté d’Ephèse où Timothée avait des responsabilités : « Continue à bien te battre pour la foi ». Un peu plus haut, dans cette même lettre, Paul avait déjà parlé du « combat » pour la foi. Voici un verset du chapitre 1 : « Voilà l’instruction que je te confie, Timothée, mon enfant… afin que tu combattes le beau combat, avec foi et bonne conscience. Quelques-uns l’ont rejetée et leur foi a fait naufrage. » (1 Tm 1,18-19). Il y a donc un combat à mener pour oser affirmer sa foi. L’heure est grave et c’est ce qui explique ce ton solennel : il y va de la fidélité de la jeune communauté chrétienne à son Baptême.
Le passage que nous lisons aujourd’hui est encadré par deux textes tout à fait semblables qui précisent encore mieux les choses : les deux dangers à éviter, ce sont premièrement les fausses doctrines, deuxièmement la recherche des richesses. Sur le premier point, il faut croire qu’il y avait de réels problèmes : (en voici un passage) « O Timothée, garde le dépôt, évite les bavardages impies et les objections d’une pseudo-science. Pour l’avoir professée (sous-entendu cette pseudo-science), certains se sont écartés de la foi. » (1 Tm 6,20-21). Et, dans le même sens, quelques versets plus haut : « Si quelqu’un enseigne une autre doctrine, s’il ne s’attache pas aux saines paroles de notre Seigneur Jésus-Christ, et à la doctrine conforme à la piété, c’est qu’il se trouve aveuglé par l’orgueil. C’est un ignorant, un malade, en quête de controverses et de querelles de mots. » (1 Tm 6,3-4). Déjà ce problème était apparu dès le début de la lettre et Paul avait recommandé à Timothée de rester à Ephèse : « Selon ce que je t’ai recommandé… demeure à Ephèse pour enjoindre à certains de ne pas enseigner une autre doctrine, et de ne pas s’attacher à des légendes et à des généalogies sans fin ; cela favorise les discussions plutôt que le dessein de Dieu, qui se réalise dans la foi. » (1 Tm 1,3-4).
Sur le deuxième point, il insiste aussi fort : « La racine de tous les maux, c’est l’amour de l’argent… pour s’y être adonné, certains se sont égarés loin de la foi et se sont transpercé l’âme de tourments multiples. » (1 Tm 6,10).
Voilà les deux pires dangers pour la foi aux yeux de Paul. Timothée, quant à lui, doit rester fidèlement accroché à celle de son baptême. Ce n’est certainement pas un hasard si Paul emploie deux fois exactement la même expression ; à propos de Timothée d’abord, il dit : « Tu as été capable d’une si belle affirmation de ta foi devant de nombreux témoins » ; c’est un rappel de la célébration du Baptême de Timothée : à l’époque de Paul on sait que les Baptêmes étaient administrés devant la communauté tout entière, et, dans le déroulement même du Baptême, la profession de foi était un moment très important… Un peu plus loin, Paul reprend exactement la même phrase à propos de Jésus : « Le Christ Jésus a témoigné devant Ponce Pilate par une si belle affirmation » ; sous-entendu, c’est dans le témoignage de Jésus que tu puiseras la force de témoigner à ton tour. Le oui de ton Baptême est enraciné dans le oui du Christ à son Père.
Ce oui du Baptême, c’est une chose, mais, maintenant, il va falloir être capable de le redire au jour le jour. Apparemment, Timothée va avoir besoin de toutes ses forces et c’est pour cela que Paul multiplie les recommandations : « Continue à bien te battre pour la foi, et tu obtiendras la vie éternelle ; c’est à elle que tu as été appelé, c’est pour elle que tu as été capable d’une si belle affirmation de ta foi devant de nombreux témoins. » Les armes de ce combat, ce sont la foi, l’amour, la persévérance, la douceur ; curieux combat dont l’arme principale est la douceur ; le vrai combat de la foi, si l’on en croit Paul, n’a rien à voir avec des guerres de religion : il se vit dans l’amour, la douceur, la persévérance (littéralement la « constance »). Nous l’avons trop souvent oublié… et pourtant l’histoire de toutes les religions montre que les guerres de religion n’ont jamais converti personne.
Enfin, par trois fois, dans ce texte, Paul rappelle quel est le but sur lequel nous devons toujours garder les yeux fixés : dans d’autres lettres de lui, nous avons déjà remarqué que toute sa pensée est orientée vers l’avenir ; entendons-nous bien, il faut écrire le mot à-venir en deux mots ; cet à-venir, il l’appelle « vie éternelle » ou encore « manifestation » (« épiphanie ») du Christ : « Garde le commandement du Seigneur, en demeurant irréprochable et droit jusqu’au moment où se manifestera notre Seigneur Jésus-Christ…. le Christ paraîtra au temps fixé » (sous-entendu que Dieu seul connaît).
Paul termine ce passage par une sorte de profession de foi, qui est, précisément, ce que Timothée doit continuer à affirmer contre vents et marées, avec douceur mais avec constance et fermeté : Dieu est « le Souverain unique et bienheureux, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, lui seul possède l’immortalité, il habite la lumière inaccessible, personne ne l’a jamais vu, personne ne peut le voir ». On ne peut pas dire plus clairement que Dieu est le Tout-Autre : on ne peut pas mettre la main dessus et prétendre le connaître (comme le font les faux docteurs). Ce dernier paragraphe est superbe : on retrouve un thème très cher à l’Ancien Testament, ce qu’on appelle la transcendance de Dieu : Dieu est hors de notre portée, il est le Tout Autre, nous ne l’atteignons pas par nous-mêmes… Mais il se fait proche. C’est Lui qui « fera paraître le Christ au temps fixé ».

 

EVANGILE – selon Saint Luc 16, 19-31

En ce temps-là,
Jésus disait aux pharisiens :
19 « Il y avait un homme riche,
vêtu de pourpre et de lin fin,
qui faisait chaque jour des festins somptueux.
20 Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare,
qui était couvert d’ulcères.
21 Il aurait bien voulu se rassasier
de ce qui tombait de la table du riche ;
mais les chiens, eux, venaient lécher ses ulcères.
22 Or le pauvre mourut,
et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham.
Le riche mourut aussi,
et on l’enterra.
23 Au séjour des morts, il était en proie à la torture ;
levant les yeux, il vit Abraham de loin
et Lazare tout près de lui.
24 Alors il cria :
‘Père Abraham, prends pitié de moi
et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau
pour me rafraîchir la langue,
car je souffre terriblement dans cette fournaise.
25 – Mon enfant, répondit Abraham,
rappelle-toi :
tu as reçu le bonheur pendant ta vie,
et Lazare, le malheur pendant la sienne.
Maintenant, lui, il trouve ici la consolation,
et toi, la souffrance.
26 Et en plus de tout cela, un grand abîme
a été établi entre vous et nous,
pour que ceux qui voudraient passer vers vous
ne le puissent pas,
et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous.’
27 Le riche répliqua :
‘Eh bien ! père, je te prie d’envoyer Lazare
dans la maison de mon père.
28 En effet, j’ai cinq frères :
qu’il leur porte son témoignage,
de peur qu’eux aussi ne viennent
dans ce lieu de torture !’
29 Abraham lui dit :
‘Ils ont Moïse et les Prophètes :
qu’ils les écoutent !
30 – Non, père Abraham, dit-il,
mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver,
ils se convertiront.’
31 Abraham répondit :
‘S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes,
quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts :
ils ne seront pas convaincus.’ »

Elle est doublement terrible cette dernière phrase : « Quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus » ; d’abord elle semble désespérée, comme si rien ne pouvait forcer un coeur de pierre à changer ! Mais elle est plus terrible encore dans la bouche de Jésus : on peut se demander s’il pense à lui-même en disant cela ? « Quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts »… ? Et quand Luc écrit son évangile, il ne sait que trop bien que la Résurrection du Christ n’a pas converti tout le monde, loin de là, elle en a même endurci plus d’un.
Venons-en à l’histoire du riche et du pauvre Lazare : le riche, finalement, nous ne savons pas grand chose de lui, même pas son nom ; il n’est pas dit qu’il soit spécialement méchant, au contraire, puisqu’il pensera même plus tard à sauver ses frères du malheur dans l’au-delà. Simplement, il est dans son monde, dans son confort, « dans sa tour d’ivoire », pourrait-on dire, comme les Samaritains dont parlait Amos dans la première lecture. Tellement dans sa tour d’ivoire qu’il ne voit même pas à travers son portail, le mendiant qui crève de faim et qui se contenterait bien de ses poubelles.
Le mendiant, lui, a un nom « Lazare » qui veut dire « Dieu aide » et cela, déjà, est tout un programme : Dieu l’aide, non parce qu’il est vertueux, on n’en sait rien, mais parce qu’il est pauvre, tout simplement. Voilà peut-être la première surprise que Jésus fait à ses auditeurs en leur racontant cette parabole : car, en fait, cette histoire, ils la connaissaient déjà, c’était un conte bien connu, qui venait d’Egypte ; les deux personnages étaient un riche plein de péchés et un pauvre plein de vertus : arrivés dans l’au-delà, les deux passaient sur la balance : et on pesait leurs bonnes et leurs mauvaises actions. Et au fond la petite histoire ne dérangeait personne : les bons, qu’ils soient riches ou pauvres, étaient récompensés… les méchants, riches ou pauvres, étaient punis. Tout était dans l’ordre.
Les rabbins, eux aussi, avant Jésus, racontaient une histoire du même genre, elle aussi bien évidemment empruntée à l’Egypte. Le riche était un fils de publicain pécheur, le pauvre un homme très dévot ; eux aussi passaient sur une balance qui pesait soigneusement les mérites des uns et des autres ; très logiquement, le dévot était reconnu plus méritant que le fils du publicain.
Jésus bouscule un peu cette logique : il ne calcule pas les mérites et les bonnes actions ; car, encore une fois, il n’est dit nulle part que Lazare soit vertueux et le riche mauvais ; Jésus constate seulement que le riche est resté riche sa vie durant, pendant que le pauvre restait pauvre, à sa porte : c’est dire l’abîme d’indifférence, ou d’aveuglement si vous préférez, qui s’est creusé entre le riche et le pauvre, simplement parce que le riche n’a jamais entrouvert son portail.
Autre détail qui a son importance dans le récit de Jésus : il n’est pas tout-à-fait exact qu’on ne sait rien du riche ; en fait, on sait comment il était habillé : de pourpre et de lin, ce qui est une allusion évidente aux vêtements des prêtres !) ; la traduction que nous lisons ici parle de « vêtements de luxe », mais c’est plus que cela : la couleur pourpre qui était primitivement la couleur des vêtements royaux, était devenue la couleur des grands prêtres parce qu’ils servent le roi du monde ; quant au lin c’était le tissu de la tunique du grand prêtre ; là, dans la bouche de Jésus, il y a certainement une petite pointe à l’égard de ses auditeurs : très pieux mais peut-être indifférents à la misère des autres ; Jésus leur dit quelque chose comme « grand-prêtre ou pas, si vous méprisez vos frères, vous ne méritez pas votre titre de fils d’Abraham ».
Car, on l’aura remarqué : Abraham est cité sept fois dans cette page ; c’est donc certainement une clé du texte. Au fond, la question de Jésus c’est « qui est vraiment fils d’Abraham ? » et sa réponse : si vous n’écoutez pas la Loi et les Prophètes, si vous êtes indifférents à la souffrance de vos frères, vous n’êtes pas les fils d’Abraham. Jésus va encore plus loin : le pauvre aurait bien voulu manger les miettes du riche, mais c’étaient plutôt les chiens qui venaient lécher ses plaies ; or les chiens étaient des animaux impurs… ce qui fait que même si le riche pieux s’était donné la peine d’ouvrir son portail, il aurait été choqué de toute façon et il aurait fui cet homme impur léché par les chiens… la leçon de Jésus, là encore, c’est « vous attachez de l’importance aux mérites, vous veillez à rester purs, vous êtes fiers d’être les descendants d’Abraham… mais vous oubliez l’essentiel ». Cet essentiel est dit dans la loi et les prophètes ; et là, nous n’avons que l’embarras du choix, dans le livre d’Isaïe par exemple : « Les pauvres sans abri, tu les hébergeras, si tu vois quelqu’un nu, tu le couvriras, devant celui qui est ta propre chair, tu ne te déroberas pas… Si tu cèdes à l’affamé ta propre bouchée, si tu rassasies le gosier de l’humilié, ta lumière se lèvera dans les ténèbres… » (Isaïe 58,7-8). Pas besoin de signes extraordinaires pour nous convertir : nous avons la Loi, les Prophètes, les Evangiles : à nous de les écouter et d’en vivre !

APÔTRES, EVANGILE, EVANGILE SELON MATTHIEU, MATTHIEU (saint ; apôtre ; 1er siècle), NOUVEAU TESTAMENT

L’apôtre saint Matthieu

Saint Matthieu

Apôtre (Ier siècle)

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Saint Matthieu était probablement Galiléen de naissance. Il exerçait la profession de publicain ou de receveur des tributs pour les Romains, profession très odieuse parmi les Juifs. Son nom fut d’abord Lévi. Il était à son bureau, près du lac de Génésareth, où apparemment il recevait le droit de péage, lorsque Jésus-Christ l’aperçut et l’appela. Sa place était avantageuse ; mais aucune considération ne l’arrêta, et il se mit aussitôt à la suite du Sauveur. Celui qui l’appelait par Sa parole le touchait en même temps par l’action intérieure de Sa grâce.

Lévi, appelé Matthieu après sa conversion, invita Jésus-Christ et Ses disciples à manger chez lui ; il appela même au festin ses amis, espérant sans doute que les entretiens de Jésus les attireraient aussi à Lui. C’est à cette occasion que les Pharisiens dirent aux disciples du Sauveur : « Pourquoi votre Maître mange-t-Il avec les publicains et les pécheurs ? » Et Jésus, entendant leurs murmures, répondit ces belles paroles : « Les médecins sont pour les malades et non pour ceux qui sont en bonne santé. Sachez-le donc bien, Je veux la miséricorde et non le sacrifice ; car Je suis venu appeler, non les justes, mais les pécheurs. »

Après l’Ascension, saint Matthieu convertit un grand nombre d’âmes en Judée ; puis il alla prêcher en Orient, où il souffrit le martyre. Il est le premier qui ait écrit l’histoire de Notre-Seigneur et Sa doctrine, renfermées dans l’Évangile qui porte son nom. – On remarque, dans l’Évangile de saint Matthieu, qu’il se nomme le publicain, par humilité, aveu touchant, et qui nous montre bien le disciple fidèle de Celui qui a dit : « Apprenez de Moi que Je suis doux et humble de coeur. » On croit qu’il évangélisa l’Éthiopie. Là, il se rendit populaire par un miracle : il fit le signe de la Croix sur deux dragons très redoutés, les rendit doux comme des agneaux et leur commanda de s’enfuir dans leurs repaires.

Ce fut le signal de la conversion d’un grand nombre. La résurrection du fils du roi, au nom de Jésus-Christ, produisit un effet plus grand encore et fut la cause de la conversion de la maison royale et de tout le pays. On attribue à saint Matthieu l’institution du premier couvent des vierges. C’est en défendant contre les atteintes d’un prince une vierge consacrée au Seigneur, que le saint Apôtre reçut le coup de la mort sur les marches de l’autel.

 

L’évangile de Matthieu, « Tradition ou modernité, quelle voie choisir?»

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L’évangile de Matthieu consacre d’abord un long prologue aux origines, à la naissance et à la petite enfance de Jésus.

Il présente aussi la particularité d’avoir regroupé une partie des enseignements de Jésus-Christ en 5 grands discours.

Dans l’évangile selon Matthieu, Jésus-Christ apparait comme le Maître qui vient inaugurer le monde nouveau du Royaume. Il apporte à ceux qui le suivent l’enseignement dont ils ont besoin pour devenir à leur tour témoins auprès des autres hommes et les femmes.

 

Sens de l’évangile de Matthieu
Matthieu s’intéresse davantage aux discours qu’aux récits. Les faits sont réduits à l’essentiel, les détails superflus éliminés.

Tout le texte est au service des discours. En ce sens, l’évangile de Matthieu cherche à présenter et à organiser au mieux les enseignements de Jésus Christ. Dispersées dans les autres évangiles, ces paroles sont regroupées dans des compositions très structurées :

Discours Chapitres
Le sermon sur la montagne
La charte des envoyés du Royaume
Le discours en paraboles
Les relations entre les frères
Les invectives contre les ennemis du royaume
Le discours eschatologique
5-7
10
13
18
23
24-25

 

L’évangéliste connaît bien le judaïsme de son époque et a le souci d’enraciner Jésus dans la tradition millénaire d’Israël. Ce dernier est d’emblée présenté comme « fils de David, fils d’Abraham » (1,1). Il est bien celui qu’ont annoncé les prophètes, et l’évangéliste utilise nombre de citations de l’Ancien Testament pour le démontrer.

La première mission de Jésus est d’annoncer la venue du Royaume de Dieu. Ce Royaume est proposé en priorité à Israël. Les principaux adversaires de Jésus sont les Pharisiens et les Scribes. Face au refus d’Israël d’accueillir le don de Dieu, le Royaume est offert à ceux auxquels il n’était pas destiné en priorité. Ainsi, un peuple nouveau est en train d’émerger. Cet évangile possède ainsi une dimension très universelle : ceux qui suivent Jésus proviennent d’horizons variés (les mages orientaux, le centurion romain, la Cananéenne,…).

 

Histoire de la rédaction de l’évangile de Matthieu
L’auteur, la date de composition, et la communauté à qui il est destiné.

L’auteur
La tradition fait de l’apôtre Matthieu (10,3) l’auteur du premier évangile. Elle se fonde sur le texte d’Eusèbe de Césarée (265-340) qui cite le témoignage de Papias (vers 120 à Hiérapolis). Toutefois ce texte de Papias étant invérifiable du point de vue historique, il est impossible d’identifier avec précision l’auteur de cet évangile. Il est en revanche probable que l’auteur soit d’origine juive.

La date de composition
Le texte a probablement été écrit à la fin du premier siècle. En effet, l’auteur utilise l’évangile de Marc comme source. Or, celui-ci a été mis en forme autour de 70. De plus, le judaïsme de Matthieu s’assimile au judaïsme pharisien, ce qui sera le cas après la destruction de Jérusalem en 70.

La communauté à qui il est destiné
L’évangile s’adresse à une communauté de chrétiens d’origine juive. Cette communauté semble se situer en Syrie : il s’agit peut-être des chrétiens d’Antioche. Ces chrétiens se sont d’abord intéressés à la mission en Israël et se sont adressés en priorité au peuple juif. Après l’échec de cette mission et la chute de Jérusalem, ils se sont repliés en Syrie, ce qui aura été l’occasion de repenser la mission dans un cadre plus large d’ouverture aux païens.

 

Pour aller plus loin dans l’évangile de Matthieu

Plan de l’Évangile de Matthieu: 

L’évangile est extrêmement bien structuré, avec une alternance de sections narratives et de discours.

1 – Les récits de l’enfance

  • La généalogie de Jésus 1,1-17
    • La conception et la naissance de Jésus 1,18-25
    • La visite des mages 2,1-12
    • La fuite en Egypte 2,13-15
    • Le massacre des enfants 2,16-18
    • Le retour d’Egypte et l’installation à Nazareth 2,19-23

2 – La préparation au ministère public de Jésus

  • Le ministère de Jean-Baptiste 3,1-12
    • Le baptême de Jésus 3,13-17
    • La tentation au désert 4,1-11

3 – La mission en Galilée

  • Les débuts du ministère (4,12 – 4,25)
    • Le discours sur la montagne (5,1 – 7,27)
    • Jésus guérisseur (8,1 – 9,34)
    • Le discours missionnaire (9,35 – 11,1)
    • La foi et l’incrédulité (11,2 – 12,45)
    • Le discours en paraboles (13,1 – 13,52)
    • Les miracles et controverses (13,53 – 16,12)
    • La profession de foi de Pierre à Césarée (16,13-16,20)
    • Les enseignements à la communauté des disciples (16,21 – 18,35)

4 – La montée à Jérusalem

  • Le départ vers Jérusalem 19,1-2
    • L’enseignement sur le mariage 19,3-12
    • Jésus bénit les enfants 19,13-15
    • Le jeune homme riche 19,16-22
    • Le danger des richesses 19,23-26
    • La récompense de celui qui quitte tout pour suivre Jésus 19,27-30
    • La parabole des ouvriers envoyés à la vigne 20,1-16
    • La troisième annonce de la Passion 20,17-19
    • La demande de la mère des fils de Zébédée 20,20-28
    • La guérison de deux aveugles à Jéricho 20,29-34

5 – Le séjour à Jérusalem

  • L’entrée à Jérusalem 21,1-11
    • L’expulsion des marchands du Temple 21,12-13
    • Les acclamations des enfants 21,14-17
    • La malédiction du figuier 21,18-22
    • La mission de Jésus et le baptême de Jean-Baptiste 21,23-27
    • La parabole des deux enfants 21,28-32
    • La parabole des vignerons homicides 21,33-46
    • La parabole des noces royales 22,1-14
    • Le paiements du tribut 22,15-22
    • La parabole de la femme aux sept maris 22,23-33
    • Le plus grand commandement 22,34-40
    • L’enseignement sur le Messie et David 22,41-46
    • Le discours contre les Scribes et les Pharisiens 23,1-36
    • La parole sur Jérusalem 23,37-39
    • Le discours eschatologique 24-25

6 – La Passion

  • Le complot contre Jésus 26,1-5
    • L’onction à Béthanie 26,6-13
    • La trahison de Judas 26,14-16
    • Le repas pascal 26,17-29 (institution de l’Eucharistie)
    • L’annonce de l’abandon des disciples 26,30-35
    • La prière de Jésus à Gethsémani 26,36-46
    • L’arrestation de Jésus 26,47-56
    • La comparution devant le grand prêtre 26,57-68
    • Le reniement de Pierre 26,69-75
    • La séance du Sanhédrin 27,1-2
    • Le suicide de Judas 27,3-10
    • La comparution devant Pilate 27,11-26
    • Les outrages et le chemin de croix 27,27-34
    • La crucifixion 27,35-38
    • Jésus injurié sur la croix 27,39-44
    • Les dernières paroles et la mort de Jésus 27,45-50
    • La sépulture de Jésus et la garde du tombeau 27,51-66

7 – La Résurrection

  • Le tombeau vide et le message de l’ange 28,1-8
    • L’apparition de Jésus aux femmes 28,9-10
    • Le faux témoignage des gardes 28,11-15
    • L’apparition aux disciples et l’envoi en mission 28,16-20

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ANCIEN TESTAMENT, EVANGILE SELON SAINT LUC, LIVRE DU PROPHETE AMOS, NOUVEAU TESTAMENT, PREMIERE LETTRE DE SAINT PAUL A TIMOTHEE, PSAUME 112

Dimanche 22 septembre 2019 : 25ème dimanche du Temps Ordinaire : lectures et commentaires

Dimanche 22 septembre 2019 : 25ème dimanche du Temps Ordinaire

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Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
dimanche 22 septembre 2019

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

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PREMIERE LECTURE – livre du prophète Amos 8, 4-7

4 Écoutez ceci, vous qui écrasez le malheureux
pour anéantir les humbles du pays,
5 car vous dites :
« Quand donc la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée,
pour que nous puissions vendre notre blé ?
Quand donc le sabbat sera-t-il fini,
pour que nous puissions écouler notre froment ?
Nous allons diminuer les mesures,
augmenter les prix et fausser les balances.
6 Nous pourrons acheter le faible pour un peu d’argent,
le malheureux pour une paire de sandales.
Nous vendrons jusqu’aux déchets du froment ! »
7 Le SEIGNEUR le jure par la Fierté de Jacob :
Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits.

L’heure est sûrement grave puisque le prophète Amos termine par une formule extrêmement solennelle : « Le SEIGNEUR le jure par la Fierté d’Israël ». Or la « Fierté d’Israël », c’est Dieu lui-même ; car c’est lui qui est (ou qui devrait être) la seule fierté de son peuple ; en d’autres termes, le SEIGNEUR jure par lui-même. On trouve dans la Bible des expressions du même genre, par exemple « Le SEIGNEUR le jure par sa Sainteté » ou bien « Par mon Nom, dit le SEIGNEUR ». C’est logique : lorsque les hommes prêtent serment, ils le font au nom de quelqu’un qui les dépasse ; Dieu, lui, ne peut s’engager que par lui-même ! Qui pourrait-il invoquer de plus grand ?
Et à propos de quoi Dieu prête-t-il serment ? « Le SEIGNEUR le jure par la Fierté d’Israël : Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits. » Il s’agit des méfaits des gens qui ne cherchent qu’à s’enrichir aux dépens des autres. Amos est un prophète du huitième siècle av J.C. à l’époque où la terre d’Israël est partagée en deux royaumes. Petit berger d’un village du Sud, (Téqoa) près de Bethléem, il a été choisi par Dieu pour aller prêcher dans le royaume du Nord qu’on appelle aussi la Samarie, du nom de sa capitale. Nous sommes sous le règne de Jéroboam II, vers 750 av.J.C. : un règne faste à tout point de vue… du moins, c’est ce que tout le monde pense ; tous sauf un, le prophète Amos justement. La Samarie traverse une période de prospérité économique et, logiquement, c’est le niveau de vie de toute la population qui devrait s’améliorer… mais cette période faste ne profite pas à tout le monde ; au contraire Amos est bien obligé de constater que la richesse ne concerne qu’une catégorie privilégiée… mais, pire, cet enrichissement des uns naît de l’appauvrissement des autres ; tout simplement parce que les produits de première nécessité, le pain quotidien ou les sandales, sont entre les mains de vendeurs peu scrupuleux. Et alors on en arrive au point où des pauvres n’ont plus d’autre solution pour ne pas mourir de faim ou de froid que de se vendre comme esclaves : « Nous pourrons acheter le faible pour un peu d’argent, le malheureux pour une paire de sandales. »
Bien sûr, celui qui est lésé peut essayer de s’adresser à la justice ; oui, en théorie ; mais dans la pratique, chaque fois qu’il y a un procès pour des fraudes ou des escroqueries manifestes, les tribunaux prennent systématiquement le parti des riches contre les pauvres ; pourquoi ? Tout simplement parce que les riches paient les juges : Amos le dit très clairement dans son livre : « Ils changent le droit en poison et traînent la justice à terre ». La justice elle-même est faussée, corrompue ; le texte que nous avons entendu est donc l’un de ceux où Amos prend la parole pour annoncer le jugement de Dieu. Et il dresse un véritable réquisitoire : il énonce les faits, puis il rend son verdict. Les faits d’abord : « Vous écrasez les pauvres, vous anéantissez les humbles du pays ; vous dites : quand donc la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée, que nous puissions vendre notre blé ? » Ce qu’on appelle « la nouvelle lune », c’est le premier jour du mois ; notre calendrier à nous se fonde sur le cycle du soleil, si bien que nous savons à peine quand est la nouvelle lune ou la pleine lune ; en Israël au contraire le calendrier était lunaire ; dans les calendriers lunaires les mois sont de vingt-huit jours : ils débutent avec la nouvelle lune, et la pleine lune est au milieu du mois ; or la nouvelle lune, le premier jour du mois, (on l’appelait la « néoménie »), était un jour férié : ce qui veut dire que aucun travail, aucun déplacement, aucune activité commerciale n’étaient autorisés ; c’était par excellence le jour du repos et de la gratuité, exactement comme le sabbat (chaque samedi).
Ce répit dans les affaires visait à tourner l’homme vers Dieu. Mais ici il semble bien qu’il soit vécu avec impatience, car, désormais, l’homme a un autre maître, l’Argent. Evidemment pour quelqu’un dont le premier souci est de gagner de l’argent, un jour férié est sa bête noire : un jour de manque à gagner ; ce qui explique les reproches d’Amos : « Ecoutez ceci, vous qui écrasez le pauvre… car vous dites : quand donc la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée, pour que nous puissions vendre notre blé ? Quand donc le sabbat sera-t-il fini, pour que nous puissions écouler notre froment ? » Pour autant, Amos ne vise évidemment pas tous les commerçants, comme si la profession tout entière méritait des reproches ; il vise ici des vendeurs malhonnêtes, pour qui commerce rime non pas avec service mais avec prix exorbitants et balances truquées : puisqu’il leur dit « vous avez l’intention de diminuer les mesures, augmenter les prix et fausser les balances ». L’image de la balance faussée est à double sens : très concrètement, d’abord, on voit bien comment un balancier sournoisement tordu peut fausser une mesure ; mais, plus profondément, ce sont toutes les balances de cette société qui sont faussées ; au fond, Amos reproche au peuple de Samarie de vivre sa vie tout entière dans l’injustice : les balances sont faussées, la justice est dévoyée, on continue bien à respecter les jours fériés, mais à contre-coeur et avec une arrière-pensée ; tout est faussé en somme.
Et voici le jugement : « Le SEIGNEUR le jure par la Fierté d’Israël : jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits. » Traduisez « vous qui vous enrichissez injustement, vous oubliez bien facilement vos forfaits et les tribunaux vous suivent, mais le Seigneur vous déclare : ce sont des choses que l’on ne doit pas oublier. Vous ne devez pas vous habituer à l’injustice. » Pour autant, ne faisons pas dire à ce texte ce qu’il ne dit pas : la menace « Jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits » ne veut pas dire que Dieu gardera éternellement en mémoire nos fautes : toute la leçon de l’Ancien Testament sur le pardon de Dieu dit le contraire. Mais Amos prononce sa mise en garde volontairement de la façon la plus solennelle possible, parce qu’il y a là une leçon très grave : la première chose que Dieu demande à son peuple, c’est de vivre dans la justice ; un père de la terre ne supporterait pas que certains de ses enfants soient appauvris par leurs propres frères. A plus forte raison, notre société humaine fondée sur tant d’injustices et de misères de toute sorte, ne peut qu’offenser Dieu. Amos est d’autant plus virulent que, depuis cent ans, le royaume du Nord se vante d’avoir balayé l’idolâtrie en supprimant tous les cultes des divinités qu’on appelle les Baals ; en fait, ce qu’il reproche à ses contemporains, c’est d’être tombés dans une idolâtrie plus pernicieuse encore, celle de l’argent.
Peut-être faudrait-il aujourd’hui des Amos parmi nous ! Mais encore faudrait-il que nous les écoutions …

 

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PSAUME – 112 (113), 1-2, 5-6, 7-8

1 Alleluia !
Louez, serviteurs du SEIGNEUR,
louez le nom du SEIGNEUR!
2 Béni soit le nom du SEIGNEUR,
maintenant et pour les siècles des siècles !

5 Qui est semblable au SEIGNEUR notre Dieu ?
Lui, il siège là-haut.
6 Mais il abaisse son regard
vers le ciel et vers la terre.

7 De la poussière il relève le faible,
il retire le pauvre de la cendre
8 pour qu’il siège parmi les princes,
parmi les princes de son peuple.

Ce psaume est le premier de ceux que Jésus a récités le soir du Jeudi-Saint. Quand Saint Matthieu raconte dans son évangile qu’ils partirent vers le Mont des Oliviers après avoir chanté les psaumes, il s’agit en particulier de ce psaume d’aujourd’hui.
Si on le lit en entier, on s’aperçoit que sa composition est très intéressante ; d’abord, dans le texte hébreu, il commence et il finit par le mot « Alleluia » qui veut dire littéralement « Louez-Dieu ». Ensuite, il comporte deux parties de quatre versets chacune, qui encadrent un verset central ; ce verset central est une interrogation « Qui est semblable au SEIGNEUR notre Dieu ? » Et les deux parties contemplent les deux faces, si j’ose dire, du mystère de Dieu : sa Sainteté, d’une part, sa miséricorde, d’autre part. Une fois de plus, nous retrouvons cette double dimension de la Révélation : Dieu s’est fait connaître à la fois comme le TOUT-AUTRE (c’est ce que l’on appelle sa « transcendance » ou sa Sainteté, si vous préférez) ET comme le TOUT-PROCHE. Sa sainteté, c’est l’objet de la première partie ; il suffit de regarder d’un peu près le vocabulaire !
Pour manifester à quel point Il est le Tout-Autre, on répète inlassablement le fameux Nom, celui qu’on ne prononce jamais en entier, par respect. Vous savez pourquoi : pour l’homme de la Bible, dire le nom de quelqu’un, c’est déjà d’une certaine manière oser parler de lui, prétendre le connaître intimement ; et qui pourrait prétendre connaître Dieu ? Dieu seul peut parler de lui-même. Si bien que le Nom de Dieu, tel qu’il l’a révélé lui-même en quatre lettres, on ne le prononce jamais. Et vous savez bien que, dans la Bible, quand on rencontre ces fameuses quatre lettres, spontanément le lecteur juif les remplace par le mot hébreu « Adonaï » qui veut dire « Mon SEIGNEUR », mais qui ne prétend pas décrire ni définir Dieu.
Parfois aussi, pour parler de Dieu, on emploie l’expression « LE NOM » et il faut entendre tout le respect, toute la déférence que cela implique. Eh bien, pour glorifier la sainteté de Dieu, les quatre versets de la première partie sont une véritable broderie autour du Nom de Dieu et du verbe « louez ». Je vous la donne en entier : « Alleluia ! Louez, serviteurs du SEIGNEUR, louez le nom du SEIGNEUR ! Béni soit le nom du SEIGNEUR, maintenant et pour les siècles des siècles ! Du levant au couchant du soleil, loué soit le nom du SEIGNEUR ! Le SEIGNEUR domine tous les peuples, sa gloire domine les cieux. » Et la grandeur de Dieu rayonne sur la totalité du temps et de l’espace « Béni soit le Nom du SEIGNEUR maintenant et pour les siècles… Du levant au couchant du soleil, loué soit le Nom du SEIGNEUR ».
Cette insistance traduit également une résolution, une profession de foi, la décision d’abandonner définitivement toute idolâtrie : « Le SEIGNEUR domine tous les peuples, sa gloire domine les cieux. » Dernière remarque pour cette première partie : comme toujours dans les psaumes, c’est le peuple élu qui parle, mais il n’oublie pas le reste de l’humanité : « Le SEIGNEUR domine tous les peuples ».
Puis vient le verset central : « Qui est semblable au SEIGNEUR notre Dieu ? » Sous-entendu la grande découverte, c’est que le Dieu de gloire est tout autant le Dieu de miséricorde : « Lui, il siège là-haut. Mais il abaisse son regard vers le ciel et vers la terre. »
Et la fin de la deuxième partie détaille la miséricorde de Dieu, son action auprès des plus petits, des plus pauvres : « De la poussière il relève le faible, il retire le pauvre de la cendre ». En particulier, parmi les faibles et les pauvres, on comptait la femme stérile, qui vivait dans la crainte continuelle d’être répudiée et c’est l’objet du dernier verset : « Il installe en sa maison la femme stérile, heureuse mère au milieu de ses fils. » Ici, il y a un jeu de mots car en hébreu, le mot « maison » veut aussi dire « descendance ». Sara, la femme d’Abraham, a connu ce miraculeux renversement de situation ; Rachel également : on imagine sans peine l’éblouissement de celle qui a cru être stérile à tout jamais, et qui se retrouve quelques années plus tard, avec sa maison remplie d’enfants !
La Bible se plaît à noter de tels renversements de situation : car « rien n’est impossible à Dieu », on le sait bien, c’est même le leit-motiv des croyants. Le Magnificat de la Vierge Marie est tout plein de cette certitude confiante : « Il s’est penché sur son humble servante ; désormais, tous les âges me diront bienheureuse… Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. » Sans oublier que si tout ceci peut s’appliquer aux individus, les psaumes visent d’abord le peuple d’Israël dans son ensemble.
Revenons au soir de la Cène où Jésus a chanté ce psaume avec ses disciples ; nul doute qu’en prenant le chemin du mont des Oliviers le soir du Jeudi-Saint, il a entendu résonner tout particulièrement le verset « De la poussière il relève le faible » : lui qui partait vers sa Passion et vers sa mort a certainement entendu là une annonce de sa Résurrection ; poussière, nous sommes, à la poussière nous retournons ; mais « de la poussière Dieu relève (entendez il ressuscite) le faible pour qu’il siège parmi les princes »… C’est exactement ce qui s’est passé pour Jésus-Christ, et c’est ce qui nous attend.
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*Note – Ce psaume est le premier des psaumes du « Hallel » qui étaient chantés lors du repas pascal.

Complément
– A propos des renversements de situation : une toute petite étude de vocabulaire est très suggestive. En hébreu, à deux reprises, les mêmes mots sont employés pour parler de Dieu et pour parler des pauvres : malheureusement, notre traduction française ne peut pas toujours rendre toutes ces résonances ; par exemple le verbe « exalter » : une traduction littérale des versets 4a et 7b donnerait : « Que le SEIGNEUR soit exalté sur toutes les nations » / « Du fumier il exalte le pauvre » ; ou encore le verbe « siéger » ou « trôner » : une traduction littérale, là encore, des versets 5b et 8a donnerait : « Lui il trône là-haut » / « Pour qu’il (le pauvre) trône parmi les princes ».

 

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DEUXIEME LECTURE – première lettre de Saint Paul à Timothée 2, 1-8

Bien-aimé,
1 j’encourage, avant tout,
à faire des demandes, des prières,
des intercessions et des actions de grâce
pour tous les hommes,
2 pour les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité,
afin que nous puissions mener notre vie
dans la tranquillité et le calme,
en toute piété et dignité.
3 Cette prière est bonne et agréable
à Dieu notre Sauveur,
4 car il veut que tous les hommes soient sauvés
et parviennent à la pleine connaissance de la vérité.
5 En effet, il n’y a qu’un seul Dieu,
il n’y a aussi qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes :
un homme, le Christ Jésus,
6 qui s’est donné lui-même
en rançon pour tous.
Aux temps fixés, il a rendu ce témoignage,
7 pour lequel j’ai reçu la charge de messager et d’apôtre
– je dis vrai, je ne mens pas –
moi qui enseigne aux nations la foi et la vérité.
8 Je voudrais donc qu’en tout lieu les hommes prient
en élevant les mains,
saintement, sans colère ni dispute.

Il y a au milieu de ce texte une phrase qui résume toute la Bible, une phrase de lumière, si j’ose dire ; je vous la rappelle : « Dieu, notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité. » Elle est au centre de ce texte, mais elle est aussi au centre de la pensée de Paul, et surtout elle est le centre, la chose la plus importante de l’histoire de l’humanité ; « Dieu, notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés ». Tous les mots comptent : « Dieu veut » : c’est le mystère de sa volonté, ce « dessein bienveillant qu’il a d’avance arrêté en lui-même pour mener les temps à leur accomplissement », comme dit la lettre aux Ephésiens (1,9-10). La volonté de Dieu est une volonté de salut, et cette volonté de Dieu concerne tous les hommes : « Dieu, notre Sauveur, veut que tous les hommes soient sauvés ». Visiblement, Paul veut insister très fort sur la dimension universelle du projet de Dieu. Je reprends ses expressions : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés… j’insiste pour qu’on fasse des prières… pour tous les hommes… le Christ lui-même s’est donné en rançon pour tous les hommes ».
Je reprends notre fameuse phrase parce qu’elle nous donne la définition du salut : « Dieu, notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité. » On sait bien que dans ce genre de phrase, le mot ET peut être remplacé par « C’EST-A-DIRE » ; il faut donc entendre : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés c’est-à-dire arrivent à connaître pleinement la vérité. »
Et qu’est-ce que la vérité ? C’est que Dieu nous aime et est sans cesse auprès de nous pour nous combler de son amour ; être sauvé c’est connaître cette vérité, non pas d’une manière intellectuelle, mais connaître à la manière biblique, c’est-à-dire en vivre, se laisser aimer et combler. Tant que les hommes ne connaissent pas l’amour de Dieu pour eux, tant qu’ils n’en vivent pas, ils sont comme prisonniers. Le Christ est venu justement pour les libérer. D’où l’expression « il s’est donné en rançon » : chaque fois que nous rencontrons ce mot « rançon », nous pouvons le remplacer par le mot « libération ». Le Christ est venu pour annoncer en paroles et en actes l’amour de Dieu pour tous les hommes. Croire à cet amour, vivre de cet amour, c’est être sauvé.
Alors, la vraie prière, celle que Dieu peut accepter, comme dit Paul, c’est parler à Dieu de son projet, c’est entrer dans son projet, nous en imprégner, pour être capables ensuite de répandre la nouvelle comme une traînée de poudre. Dans ce sens-là, on peut comparer la messe du dimanche à une réunion de chantier, la réunion de chantier du royaume ; sur un chantier de construction, on fait le point chaque lundi matin sur l’avancement des travaux ; de la même manière, les Chrétiens se réunissent tous les dimanches pour faire le point sur l’avancement du chantier de Dieu. Et à en croire cette lettre à Timothée, le chantier de Dieu, c’est très clair, est à la dimension de l’univers tout entier. C’est bien pour cela que la prière autrefois appelée « prière des fidèles » s’appelle aujourd’hui « prière universelle » ; les deux termes devraient être équivalents.
« La Prière des fidèles », cela veut dire « la prière de ceux qui ont la foi » : c’est-à-dire ceux qui ont assez de foi pour croire que « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés ». Sûrs de cette foi, sûrs de l’amour de Dieu pour l’humanité tout entière, nous prions le Père : le texte officiel précise bien qu’il s’agit d’une prière de supplication ; mais il ne s’agit pas de mettre Dieu au courant des besoins du monde, comme s’il fallait lui apprendre quelque chose ; il s’agit d’une éducation de notre propre regard : nous apprenons à regarder le monde avec les yeux de Dieu. Les meilleurs outils pour préparer la Prière Universelle, ce sont le Livre de la Parole de Dieu dans une main, et dans l’autre, le journal qui nous tient au courant de l’actualité sur tous les continents. Ainsi armés, nous pourrons entendre l’Esprit nous souffler ce dont le monde a besoin, et dans quel sens orienter nos efforts pour le transformer.
Dernière remarque, on a ici une superbe description de ce qu’était la prière juive bien avant la prière chrétienne ; telle qu’on peut la découvrir dans l’Ancien Testament, elle est faite exactement comme dit Saint Paul « de demande, d’intercession et d’action de grâce pour tous les hommes ». On n’a pas attendu le Nouveau Testament ni pour prier, ni pour demander, ni pour rendre grâce ; on n’a pas non plus attendu le Nouveau Testament pour savoir que le projet de Dieu concerne l’humanité tout entière.
Et même la position de la prière les mains levées vers le ciel n’est pas une invention des Chrétiens. Il suffit de se rappeler la prière de Moïse, les bras levés, à Rephidim, dans le Sinaï. La prière chrétienne est vraiment la petite soeur, l’héritière de la prière juive. Et d’ailleurs, on trouve dans les catacombes des tombeaux sculptés représentant des hommes en prière dans cette position de Moïse, qu’on appelle la position de l’orant.
Notons que, dans la dernière phrase, l’insistance de Paul n’est pas sur la position à adopter, mais sur l’état d’esprit dans lequel on doit être pour la prière : « Je voudrais qu’en tout lieu, les hommes prient en levant les mains, saintement, sans colère ni dispute. » Comment entrer dans le projet d’amour de Dieu pour tous si on a le coeur plein de colère et de dispute ? Très certainement, là, on a une trace de difficultés graves, d’oppositions, de dissensions, de persécutions peut-être, dans la communauté à laquelle était destinée cette lettre. On ne peut pas aventurer d’hypothèses précises car on n’est pas très sûr de la date de composition de cette lettre, on n’est même pas sûr qu’elle soit de Paul lui-même, en tout ou en partie. Mais peu. importe la date de cette lettre : ce qui compte à toute époque et quelles que soient les difficultés que nous rencontrons, c’est de ne jamais oublier que « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité ».

L’Esprit Saint avait déjà soufflé aux prophètes de l’Ancien Testament que « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité»

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EVANGILE – selon Saint Luc 16, 1-13

En ce temps-là,
1 Jésus disait à ses disciples :
« Un homme riche avait un gérant
qui lui fut dénoncé comme dilapidant ses biens.
2 Il le convoqua et lui dit :
‘Qu’est-ce que j’apprends à ton sujet ?
Rends-moi les comptes de ta gestion,
car tu ne peux plus être mon gérant.’
3 Le gérant se dit en lui-même :
‘Que vais-je faire,
puisque mon maître me retire la gestion ?
Travailler la terre ? Je n’en ai pas la force.
Mendier ? J’aurais honte.
4 Je sais ce que je vais faire,
pour qu’une fois renvoyé de ma gérance,
des gens m’accueillent chez eux.’
5 Il fit alors venir, un par un,
ceux qui avaient des dettes envers son maître.
Il demanda au premier :
‘Combien dois-tu à mon maître ?’
6 Il répondit :
‘Cent barils d’huile.’
Le gérant lui dit :
‘Voici ton reçu ;
vite, assieds-toi et écris cinquante.’
7 Puis il demanda à un autre :
‘Et toi, combien dois-tu ?’
Il répondit :
‘Cent sacs de blé.’
Le gérant lui dit :
‘Voici ton reçu, écris 80’.
8 Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête
car il avait agi avec habileté ;
en effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux
que les fils de la lumière.
9 Eh bien moi, je vous le dis :
Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête,
afin que, le jour où il ne sera plus là,
ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.

10 Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose
est digne de confiance aussi dans une grande.
Celui qui est malhonnête dans la moindre chose
est malhonnête aussi dans une grande.
11 Si donc vous n’avez pas été dignes de confiance pour l’argent malhonnête,
qui vous confiera le bien véritable ?
12 Et si, pour ce qui est à autrui, vous n’avez pas été dignes de confiance,
ce qui vous revient, qui vous le donnera ?
13 Aucun domestique ne peut servir deux maîtres :
ou bien il haïra l’un et aimera l’autre,
ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre.
Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. »

Jésus dresse toute une série d’oppositions : comme souvent dans la Bible, on pourrait écrire ce passage en deux colonnes : c’est le fameux thème des deux voies en somme.
Dans la colonne de gauche, on classerait les fils de ce monde, l’Argent malhonnête, ce qui est à autrui, et tout cela n’est qu’une moindre chose, comme dit Jésus, c’est-à-dire sans valeur.
Dans la colonne de droite, au contraire, les fils de lumière que nous sommes, le bien véritable, « ce qui nous revient », c’est-à-dire le Royaume de Dieu, et c’est cela la grande affaire, c’est-à-dire la seule qui compte.
Toutes ces oppositions n’ont qu’un but, nous faire découvrir que l’Argent n’est qu’une tromperie et que consacrer sa vie à « faire de l’argent » comme on dit, c’est faire fausse route. C’est aussi grave que l’idolâtrie que les prophètes ont tellement pourchassée. Dans la phrase « Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent », le mot « servir » a un sens religieux, bien sûr. Il n’y a qu’un seul Dieu, ne vous faites pas d’idoles, car toute idolâtrie fait de vous un esclave ; nous avions déjà entendu très fort ce message dans le livre de l’Exode, par la bouche de Moïse, la semaine dernière, dans l’épisode du veau d’or. Dieu seul libère (tout l’Ancien Testament nous l’a appris)… les idoles asservissent. Or l’argent peut fort bien devenir une idole, c’est-à-dire devenir une fin en soi et non plus un moyen ; quand on est obsédé par l’envie de gagner de l’argent, on devient vite esclave : bientôt nous n’aurons plus le temps de penser à autre chose ! « Se méfier de ce qu’on possède pour ne pas être possédé », dit la Sagesse populaire, et c’est un bon principe. Justement, le sabbat était fait entre autres pour cela : retrouver une fois par semaine le goût de la gratuité. C’est une manière de rester libre.
L’Argent est malhonnête, c’est-à-dire trompeur, de deux manières : d’abord, il nous fait croire qu’il nous assurera le bonheur, mais viendra bien un jour, pourtant, où il nous faudra tout laisser. Dans la phrase de Jésus « Faites-vous des amis avec l’Argent malhonnête, afin que le jour où il ne sera plus là… », la formule « il ne sera plus là » est une allusion à la mort.
Ensuite, l’Argent nous trompe quand nous croyons qu’il nous appartient à nous tout seuls. Jésus ne nous pousse pas à mépriser l’argent, mais à le mettre au service du Royaume, c’est-à-dire des autres. Les richesses méritent bien leur nom et il serait stupide et hypocrite de les bouder. Mais nous n’en sommes pas propriétaires pour notre seul usage égoïste, nous en sommes intendants. C’est pour cela que Jésus parle de « bien étranger », c’est parce qu’il ne nous appartient pas. Il est bien vrai « qu’il n’y a pas grand intérêt à être le plus riche du cimetière », comme on dit, mais « il y a grand intérêt à être riche pour en faire profiter les autres ».
Dans la phrase « être digne de confiance pour l’Argent malhonnête », le mot « confiance » est très important : Dieu nous fait confiance ; cet argent nous est confié, nous en sommes intendants, responsables … toutes nos richesses, de tous ordres, nous sont confiées comme à des intendants pour que nous les partagions, pour que nous les transformions en bonheur pour ceux qui nous entourent. Alors on comprend mieux la parabole précédente : cet intendant menacé de licenciement et qui fait une dernière fois des cadeaux avec l’argent de son patron pour se faire des amis qui le lui rendront. Il est parfaitement malhonnête ; mais il a su trouver très vite une solution astucieuse pour assurer son avenir. Et l’astuce, ici, consiste à utiliser pour une fois l’Argent comme un moyen et non comme un but.
Ce n’est pas la malhonnêteté que Jésus admire, c’est l’habileté : qu’est-ce que nous attendons pour trouver des solutions astucieuses pour assurer l’avenir de tous ?… et il est vrai que l’envie de gagner de l’argent rend des quantités de gens très inventifs ; Jésus voudrait bien que l’ardeur pour la justice ou pour la paix nous rende aussi inventifs ! Le jour où nous consacrerons autant de temps et de matière grise à inventer des solutions de paix, de justice et de partage qu’à gagner de l’argent au-delà du nécessaire, la face du monde sera changée. Et déjà si nous passions autant de temps à parler de solidarité et de partage que nous passons de temps à parler d’argent, bien des choses changeraient, probablement.
Au fond la morale de l’histoire pourrait s’écrire ainsi : Choisissez Dieu, résolument, et mettez au service du Royaume l’habileté que vous mettriez à faire de l’argent. Les fils de la lumière savent que l’Argent n’est qu’une toute petite affaire, c’est le Royaume qui est la grande affaire. Ils ne « servent » pas l’Argent comme on sert une divinité, ils le mettent au service du Royaume.
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Note
– la formule « il ne sera plus là » (verset 9) est une allusion à la mort ; mais peut-être aussi à un renversement de situation toujours possible

ANCIEN TESTAMENT, EVANGILE SELON SAINT LUC, LIVRE DE L 'EXODE, NOUVEAU TESTAMENT, PREMIERE LETTRE DE SAINT PAUL A TIMOTHEE, PSAUME 50

Dimanche 15 septembre 2019 : 24ème dimanche du Temps Ordinaire : textes et commentaires

24éme dimanche du Temps Ordinaire

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Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
dimanche 15 septembre 2019

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

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PREMIERE LECTURE – livre de l’Exode 32, 7…14

En ces jours-là,
7 le SEIGNEUR parla à Moïse :
« Va, descends,
car ton peuple s’est corrompu,
lui que tu as fait monter du pays d’Égypte.
8 Ils n’auront pas mis longtemps
à s’écarter du chemin que je leur avais ordonné de suivre !
Ils se sont fait un veau en métal fondu
et se sont prosternés devant lui.
Ils lui ont offert des sacrifices en proclamant :
‘Israël, voici tes dieux,
qui t’ont fait monter du pays d’Égypte.’ »

9 Le SEIGNEUR dit encore à Moïse :
« Je vois que ce peuple
est un peuple à la nuque raide.
10 Maintenant, laisse-moi faire ;
ma colère va s’enflammer contre eux
et je vais les exterminer !
Mais, de toi, je ferai une grande nation. »
11 Moïse apaisa le visage du SEIGNEUR son Dieu
en disant :
« Pourquoi, SEIGNEUR,
ta colère s’enflammerait-elle contre ton peuple,
que tu as fait sortir du pays d’Égypte
par ta grande force et ta main puissante ?
13 Souviens-toi de tes serviteurs,
Abraham, Isaac et Israël,
à qui tu as juré par toi-même :
‘Je multiplierai votre descendance
comme les étoiles du ciel ;
je donnerai, comme je l’ai dit,
tout ce pays à vos descendants,
et il sera pour toujours leur héritage.’ »
14 Le SEIGNEUR renonça
au mal qu’il avait voulu faire à son peuple.

Je vous rappelle très rapidement le contexte (pour une présentation plus large, voir les compléments) : trois mois après la sortie d’Egypte, Dieu a proposé l’Alliance à Moïse et à son peuple : et le peuple, unanime, a accepté l’Alliance. Et puis, il y a eu l’extraordinaire manifestation de Dieu, dans les éclairs, le tonnerre, le feu, la nuée. Et, de nouveau, le peuple s’est engagé : « Toutes les paroles que le SEIGNEUR a dites, nous les mettrons en pratique. » Puis Moïse est remonté sur la montagne pour recevoir les tables de la Loi.
L’épisode du veau d’or se situe à ce moment-là : on trouve que Moïse est bien long à redescendre ; on vient de vivre une expérience religieuse extraordinaire, et nous voilà retombés dans le quotidien. On n’entend plus rien, on ne voit plus rien… Où donc est Dieu ? Où donc est Moïse ? Alors la tentation est trop forte ; on exige d’Aaron qu’il fabrique une statue. Quand Moïse, enfin, redescend de la montagne, les tables de la Loi à la main, il est accueilli par les cantiques adressés à la statue !
Clairement, cette fabrication d’une statue a été considérée par Dieu et par Moïse comme une faute. On peut se demander en quoi est-ce mal ? Pour comprendre ce que représentait l’interdiction des idoles, et en quoi la fabrication du veau d’or est une faute, il faut relire les commandements, ce qu’on appelle le Décalogue. La première phrase, on l’oublie souvent, ce n’est pas un commandement, c’est une affirmation : « C’est moi, le SEIGNEUR ton Dieu, qui t’ai fait sortir d’Egypte, la maison de servitude. » Affirmation qui précède les commandements et les justifie, elle en donne le sens. C’est parce que Dieu a libéré son peuple que, maintenant, il lui donne les commandements : ceux-ci n’ont pas d’autre but que d’indiquer la façon de rester un peuple libre et heureux.
Le premier de ces commandements tient en deux points : premièrement, tu n’auras pas d’autres dieux que moi ; deuxièmement, tu ne te feras pas d’idoles… C’est très clair : « Tu ne te feras pas d’idole, ni rien qui ait la forme de ce qui se trouve au ciel, là-haut, sur terre ici-bas ou dans les eaux sous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux et tu ne les serviras pas, car c’est moi, le SEIGNEUR… » Cette interdiction de fabriquer des idoles était très neuve pour ce peuple sorti d’Egypte, où pullulaient des statues de toutes sortes de dieux représentés sous des formes d’animaux. Et d’ailleurs, si les Hébreux à peine sortis d’Egypte ont eu l’idée de fabriquer un veau en or, c’est parce qu’ils en avaient déjà vus ! Par exemple, on a retrouvé sur une fresque de la nécropole de Thèbes un jeune veau d’or représentant le soleil à son lever. Cette interdiction toute nouvelle est donc très exigeante : la preuve, c’est que, irrésistiblement, le peuple désobéit ; ce serait tellement rassurant de pouvoir mettre la main sur Dieu : le toucher, le voir… mais aussi pouvoir s’en éloigner, s’en cacher…
Mais le culte des idoles n’est qu’une fausse piste et Dieu le sait mieux que nous ; d’abord, parce que toute tentative pour représenter Dieu, le Tout-Autre, est inexorablement vouée à l’échec ; on ne peut pas réduire Dieu à une statue, tout simplement parce que Dieu n’est pas à la mesure de l’homme. Ensuite, plus grave encore, toute tentative pour figer Dieu, le fixer, prétendre avoir un quelconque pouvoir sur lui, est une tromperie ; cela conduit immanquablement à la magie, au fétichisme, et aussi au pouvoir exorbitant du clergé puisque ce sont les prêtres qui sont en quelque sorte les servants de l’idole… (Entre parenthèses, c’est exactement ce qui se passait en Egypte avec le culte d’Amon).
Le culte des idoles est donc à jamais interdit au peuple qui, le premier, a rencontré le Dieu libérateur. Mieux encore, l’interdiction de fabriquer des idoles fait partie de l’entreprise de libération du peuple de Dieu : pour le dire autrement, cette interdiction signifiait un sens interdit, elle rappelait que l’idolâtrie est une fausse piste, une impasse. La liberté était à ce prix. Car notre liberté authentique exige que nous acceptions cette vérité fondamentale ; alors et alors seulement, nous pouvons entrer avec Dieu dans l’Alliance qu’il nous propose.
Le récit nous présente Dieu en colère et Moïse plaidant pour l’apaiser : Dieu dit à Moïse « ton peuple m’a désobéi » et Moïse supplie « Ne te mets pas en colère contre ton peuple ». Evidemment, c’est une façon de parler ! On sait aujourd’hui que Dieu n’est pas sujet à la colère comme n’importe lequel d’entre nous et qu’il n’a pas besoin de paroles d’apaisement pour se calmer. Mais, à l’époque de la sortie d’Egypte, on imaginait encore un Dieu qui ressemble fortement aux hommes avec les mêmes sentiments et les mêmes emportements. Il a fallu des siècles de révélation pour qu’on découvre le vrai visage de Dieu. Au bout du compte, quand la Bible parle de la colère de Dieu, c’est toujours pour exprimer son refus inlassable de nous laisser nous fourvoyer.
Même chose pour le pardon de Dieu : il a fallu des milliers d’années pour que les croyants découvrent que le pardon de Dieu n’est pas conditionné par nos plaidoiries ! La découverte de Dieu est très progressive et ce n’est que très lentement que nos façons de parler de lui évoluent : ce qui est extraordinaire dans ce texte, c’est que déjà le peuple fait l’expérience du pardon de Dieu : un Dieu qui persiste à proposer inlassablement son Alliance après chacune de nos infidélités.
Enfin le peuple gardera toujours en mémoire l’exemple de Moïse : lui, le bénéficiaire des faveurs de Dieu, puisqu’il est le seul à l’avoir rencontré face à face, il ne se désolidarise jamais de son peuple, même quand il est en faute !
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Compléments

1 – le contexte
Cela se passe pendant l’Exode, c’est-à-dire la marche du peuple hébreu dans le désert après la sortie d’Egypte : une période tellement importante qui a marqué profondément la mémoire du peuple. Il y a d’abord eu la sortie d’Egypte, la libération de l’esclavage égyptien sous la conduite de Moïse, et grâce à la protection miraculeuse de Dieu ; et ce fameux chant de victoire qui a suivi : c’était au chapitre 15 du livre de l’Exode ; et puis, tout de suite après, les premières étapes dans le désert ont été autant d’épreuves non seulement pour l’endurance du peuple, mais surtout pour sa foi : on n’était plus habitué à cette vie nomade et à l’insécurité du désert… le manque d’eau potable, la soif, la faim… à chaque nouvelle épreuve, le peuple se révolte contre Moïse qui les a entraînés dans cette folle aventure, et finalement contre ce Dieu qui a promis sa protection mais qui semble parfois les oublier… Ce Dieu de Moïse est à la fois si proche parfois et si insaisissable.
Et puis, trois mois après la sortie d’Egypte, Dieu a proposé l’Alliance à Moïse et à son peuple : « Vous avez vu vous-mêmes ce que j’ai fait à l’Egypte, comment je vous ai portés sur des ailes d’aigle et vous ai fait arriver jusqu’à moi. Et maintenant, si vous entendez ma voix et gardez mon alliance, vous serez ma part personnelle parmi tous les peuples… et vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte. » Et déjà, une première fois, le peuple, unanime, a accepté l’Alliance ; il a répondu : « Tout ce que le SEIGNEUR a dit, nous le mettrons en pratique ».
Puis Moïse, sur l’ordre de Dieu, est monté sur la montagne du Sinaï : et le peuple, ébloui et tremblant à la fois, a assisté à une extraordinaire manifestation de Dieu, dans les éclairs, le tonnerre, le feu, la nuée. Quand Moïse est redescendu de la montagne, le peuple a entendu la proclamation des commandements et a solennellement fait Alliance avec Dieu : au pied de la montagne, Moïse a bâti un autel et offert des sacrifices. Et, de nouveau, le peuple s’est engagé : « Toutes les paroles que le SEIGNEUR a dites, nous les mettrons en pratique. » Puis Moïse est remonté sur la montagne pour recevoir les tables de la Loi.
L’épisode du veau d’or se situe à ce moment-là : pour la suite, voir plus haut le commentaire § 2.
2 – Je reviens sur l’expression « tête dure » : je n’ai pas eu le temps de l’aborder dans les limites de l’émission ; nous la retrouverons pour la fête de la Trinité (année A). « Tête dure » ce sont les termes de notre traduction liturgique ; mais, en hébreu, l’expression originale est « peuple à la nuque raide » ; au passage d’une langue à l’autre, malheureusement, nous avons perdu la richesse de l’image sous-jacente.
Dans une civilisation essentiellement agricole, ce qui était le cas en Israël au temps bibliques, le spectacle de deux animaux attelés par un joug était habituel : nous savons ce qu’est le joug : c’est une pièce de bois, très lourde, très solide, qui attache deux animaux pour labourer. Le joug pèse sur leurs nuques et les deux animaux en viennent inévitablement à marcher du même pas.
Les auteurs bibliques ont le sens des images : ils ont appliqué cette image du joug à l’Alliance entre Dieu et Israël. Prendre le joug était donc synonyme de s’attacher à Dieu pour marcher à son pas. Mais voilà, le peuple d’Israël se raidit sans cesse sous ce joug de l’Alliance conclue avec Dieu au Sinaï. Au lieu de le considérer comme une faveur, il y voit un fardeau. Il se plaint des difficultés de la vie au désert, et finit même par trouver bien fade la manne quotidienne. Au point que Moïse a connu des jours de découragement. Au lieu de se laisser entraîner par la force de Dieu, l’attelage de l’Alliance, en effet, est perpétuellement freiné par les réticences de ce peuple à la nuque raide.

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PSAUME – 50 (51), 3-4, 12-13, 17.19

3 Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
4 Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie-moi de mon offense.

12 Crée en moi un coeur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
13 Ne me chasse pas loin de ta face,
ne me reprends pas ton esprit saint.

17 Seigneur, ouvre mes lèvres,
et ma bouche annoncera ta louange.
19 Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ;
tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un coeur brisé et broyé.

La dernière phrase de ce psaume peut prêter à d’abominables contresens : « Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un coeur brisé et broyé. » Dieu pourrait-il se réjouir de voir des coeurs brisés ? Comment concilier cette formule avec d’autres phrases de la Bible ? Par exemple, dans le livre de l’Exode, Dieu se définit lui-même comme le « Dieu miséricordieux et bienveillant, lent à la colère, plein de fidélité et de loyauté » (et cette formule, on la retrouve telle quelle dans plusieurs psaumes, par ex. ps 86,15) ; ou encore toutes les affirmations que Dieu est Père et qu’il est amour et pardon… Et ces affirmations, on les trouve dès l’Ancien Testament car on n’a pas attendu le Nouveau Testament pour découvrir que Dieu est Amour.
Il ne s’agit donc pas d’imaginer que Dieu pourrait trouver une quelconque satisfaction à nous voir souffrir ; penser une chose pareille, c’est lui faire injure : nous qui sommes des parents bien imparfaits, nous ne supportons pas de voir souffrir nos enfants… comment imaginer que le Père par excellence pourrait y prendre plaisir… et si une telle idée nous choque, si j’ose dire, c’est tant mieux !
Et pourtant elle est bien là cette phrase « Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un coeur brisé et broyé. » En fait, l’expression « coeur brisé » ne veut pas dire ce que nous croyons : il faut savoir qu’elle n’a pas été inventée par l’auteur du psaume ; on ne peut pas dire exactement quand le psaume 50/51 a été écrit mais il est certain que ses derniers versets au moins ont été écrits très tard, après l’Exil à Babylone : la preuve, c’est qu’ils parlent de la destruction de Jérusalem par Nabuchodonosor et prient pour sa reconstruction, ce qui, évidemment, n’était pas le souci de David ! Voici les derniers versets : « Accorde à Sion le bonheur, relève les murs de Jérusalem. » Nous sommes donc après le retour de l’Exil à Babylone ; or c’est pendant l’Exil que le prophète Ezéchiel a développé l’expression « coeur de pierre, coeur de chair »… C’est au chapitre 36 d’Ezéchiel : « Je vous donnerai un coeur neuf et je mettrai en vous un esprit neuf ; j’enlèverai de votre corps le coeur de pierre et je vous donnerai un coeur de chair. » (Ez 36,26).
L’auteur de notre psaume reprend l’image d’Ezéchiel : ce qu’il appelle un « coeur brisé », c’est le coeur de chair qui apparaît quand notre coeur de pierre, notre carapace, est enfin brisé : un peu comme la coque dure de l’amande, quand on la casse, laisse apparaître l’amande elle-même qui est bonne. Dans le même sens, Jésus, à son tour, employait l’expression « doux et humble de coeur » : cela se traduit dans notre relation à Dieu et dans notre relation aux autres ; dans notre relation à Dieu, le coeur de chair, c’est tout le contraire des nuques raides dont parlait Moïse pendant l’Exode (voir supra la première lecture). Dans notre relation aux autres, le coeur brisé, ou le coeur de chair, c’est celui qui est compatissant et miséricordieux, un coeur tendre, aimant.
Si l’image « coeur de pierre, coeur de chair, coeur brisé » est nouvelle, l’affirmation que le sacrifice est avant tout affaire de coeur, elle, ne l’est pas. Car, si la Loi prévoyait bien des sacrifices d’action de grâce, les prophètes étaient depuis bien longtemps passés par là pour critiquer violemment l’attitude un peu facile qui consiste à offrir des sacrifices au Temple sans changer son coeur. C’est Isaïe, par exemple, qui disait de la part de Dieu : « Ce peuple m’honore des lèvres mais son coeur est loin de moi » (Is 29,13). Et Osée : « C’est la miséricorde que je veux et non les sacrifices »… Ou encore Michée qui s’adressait justement à des gens qui cherchaient à plaire à Dieu et se demandaient quelle sorte de sacrifice Dieu préfère, des veaux, des béliers ou encore de l’huile? : « Avec quoi me présenter devant le SEIGNEUR ?… Me présenterai-je devant lui avec des holocaustes ? Avec des veaux d’un an ? Le SEIGNEUR voudra-t-il des milliers de béliers ? Des quantités de torrents d’huile ? Donnerai-je mon premier-né pour prix de ma révolte ? Et l’enfant de ma chair pour mon propre péché ? » Rien de tout cela, répondait Michée, dans une phrase superbe : « On t’a fait savoir, ô homme, ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR exige de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. » (Mi 6,6-8).
Visiblement, l’auteur du psaume 50/51 a retenu la leçon des prophètes ; et il la dédie au peuple qui se rend au Temple de Jérusalem pour une célébration pénitentielle, et qui, lui aussi, se demande ce qui pourrait plaire à Dieu. Pour célébrer le pardon de Dieu, le peuple se compare au roi David : lui aussi avait péché et pourtant il était le roi, il avait tout reçu de Dieu, il lui devait tout, lui le petit berger de rien du tout, choisi, protégé, comblé par Dieu… (vous vous souvenez de ce qu’on appelle le péché de David : c’est l’histoire de la trop belle Bethsabée que David avait aperçue par la fenêtre ; il l’avait fait venir au palais en l’absence du mari ; un peu plus tard, quand il avait appris que Bethsabée attendait un enfant de lui, David s’était arrangé pour faire tuer sur le champ de bataille le mari gênant, pour pouvoir épouser Bethsabée et reconnaître l’enfant)… Après sa faute, David, rappelé à l’ordre par le prophète Natan, est resté célèbre pour son repentir.
A son tour, le peuple, qui, lui aussi, doit tout à Dieu, se reconnaît pécheur et annonce la miséricorde de Dieu. Et il veut rendre grâce… et c’est là qu’il se demande quelle est la meilleure manière de rendre grâce ; qu’est-ce qui plaît à Dieu ? C’est là que le psaume répond : « Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un coeur brisé et broyé. » La leçon est magnifique et encourageante : plaire à Dieu, au fond, c’est bien facile : il suffit d’aimer.

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DEUXIEME LECTURE – première lettre de Saint Paul à Timothée 1, 12-17

Bien-aimé,
12 je suis plein de gratitude
envers celui qui me donne la force,
le Christ Jésus notre Seigneur,
car il m’a estimé digne de confiance lorsqu’il m’a chargé du ministère,
13 moi qui étais autrefois blasphémateur, persécuteur, violent.
Mais il m’a été fait miséricorde,
car j’avais agi par ignorance,
n’ayant pas encore la foi ;
14 la grâce de notre Seigneur a été encore plus abondante,
avec la foi, et avec l’amour qui est dans le Christ Jésus.
15 Voici une parole digne de foi,
et qui mérite d’être accueillie sans réserve :
le Christ Jésus est venu dans le monde
pour sauver les pécheurs ;
et moi, je suis le premier des pécheurs.
16 Mais s’il m’a été fait miséricorde,
c’est afin qu’en moi le premier,
le Christ Jésus montre toute sa patience,
pour donner un exemple à ceux qui devaient croire en lui,
en vue de la vie éternelle.
17 Au roi des siècles,
au Dieu immortel, invisible et unique,
honneur et gloire pour les siècles des siècles. Amen.

Ce texte de Paul est, à lui tout seul, une superbe célébration pénitentielle ; rien n’y manque : l’aveu, le repentir, la proclamation de l’amour et du pardon de Dieu, et enfin le départ en mission pour annoncer à la face du monde la miséricorde de Dieu. La première phrase dit bien le sens du texte : « Je suis plein de reconnaissance » ; et c’est doublement vrai. C’est parce qu’il se reconnaît pécheur pardonné, lui l’ancien persécuteur, qu’il peut accueillir et reconnaître le pardon reçu et qu’il est du coup plein de reconnaissance, d’action de grâce. Et ces quelques lignes débordent littéralement de joie et de reconnaissance : « Il m’a fait confiance, moi qui ne savais que blasphémer, persécuter, insulter… » C’est cela l’inouï de l’amour de Dieu : il n’a pas attendu que Paul ait fait ses preuves pour lui confier un ministère. Il lui a fait confiance ; et c’est cette confiance qui a converti Paul et qui désormais le remplit de reconnaissance et d’énergie pour sa mission… « Je suis plein de reconnaissance pour celui qui me donne la force, car il m’a fait confiance ». Et cet amour et ce pardon que le Christ a prodigués à Paul, nous pouvons être certains qu’il nous les prodigue à nous aussi ; il n’y a pas des traitements différents pour les uns et les autres. Dieu n’est que miséricorde, il ne faut jamais l’oublier : quel que soit notre passé, il est toujours possible d’accueillir son pardon ; à chaque instant il nous fait confiance.
« Il m’a été fait miséricorde, car j’avais agi par ignorance… » : on entend ici en écho la phrase du Christ en croix, « Père, pardonne-leur… ils ne savent pas ce qu’ils font ». Nous devrions toujours penser que ceux qui font le mal le font par ignorance. Pierre dit exactement la même chose aux Juifs de Jérusalem dans les Actes des Apôtres : « Je sais, frères, que c’est par ignorance que vous avez agi, ainsi d’ailleurs que vos chefs ». Paul était d’une parfaite bonne foi quand il persécutait les Chrétiens ; il croyait défendre le vrai Dieu, la pureté de la religion juive. Mais sans qu’il s’en aperçoive, il avait fini par se tromper de Dieu. A sa manière, il était devenu à son tour idolâtre, comme les Hébreux, dans le désert, avec leur veau d’or ; il dit lui-même « Je ne savais que blasphémer », et cette erreur le poussait jusqu’au meurtre, puisque son seul objectif était d’emprisonner et de faire condamner les Chrétiens.
Paul est très lucide sur tout cela et d’autant plus émerveillé du pardon reçu ; un pardon accordé gratuitement ; encore une chose très forte dans ces lignes et que l’on retrouve dans l’histoire de David, (dans le psaume 50/51) comme dans celle de l’enfant prodigue (dans l’évangile de Luc), c’est que Dieu n’attend pas notre aveu, notre repentir pour nous pardonner ! Paul sur le chemin de Damas n’avait que haine au coeur pour les Chrétiens ; il n’a pas eu le temps de demander pardon qu’il était déjà tout baigné dans la lumière et la grâce du Christ. David a vécu la même expérience : le prophète Natan venu le trouver après sa faute a commencé par lui renouveler la confiance et la protection et les bienfaits de Dieu avant de lui demander « Alors, pourquoi as-tu fait ce qui est mal aux yeux du SEIGNEUR? » L’enfant prodigue, quant à lui, n’a pas eu des sentiments bien admirables : c’est seulement la faim qui lui a fait reprendre le chemin de la maison et il n’a même pas eu le temps de réciter en entier sa petite formule toute faite que le Père l’étouffait de baisers et commandait la fête !
L’aveu est utile, pourtant, me direz-vous ; oui, mais non pas pour nous contempler nous ; ce que nous découvre l’aveu, ce n’est pas d’abord notre faiblesse, qui n’est plus à prouver, mais l’immensité de l’amour de Dieu qu’aucune faiblesse, aucune noirceur ne décourage. L’aveu est utile surtout pour nous faire mesurer la grandeur de celui qui nous pardonne (et aussi pour nous éclairer sur les conversions nécessaires) ; ce n’est pas la petitesse du pécheur qui compte, c’est la grandeur de Dieu. D’ailleurs le Rituel du sacrement de pénitence et de réconciliation nous le dit bien : quand il emploie le mot « confesser », il précise : le pénitent confesse d’abord l’amour de Dieu ; et le mot « confesser » veut dire « proclamer ». Donc le pénitent « proclame » d’abord l’amour de Dieu. Et là encore Paul nous donne une leçon : dans cette démarche pénitentielle à laquelle il se livre devant nous, ce n’est pas lui, Paul, qui est au centre, c’est le Christ : le Christ qui lui fait confiance, le Christ qui lui pardonne et lui donne la force, désormais, d’annoncer au monde la générosité de Dieu.
Autre élément très important de l’expérience du croyant, la responsabilité que nous donne le pardon reçu : « Si le Christ Jésus m’a pardonné, c’est pour que je sois le premier en qui toute sa générosité se manifesterait » ; pour le dire autrement, le pardon reçu ne nous engage qu’à une chose : le faire savoir. C’est une chose qu’il ne faut surtout pas garder secrète, mais qu’il faut crier sur les toits ! Là encore on croit entendre le psaume 50/51 : « SEIGNEUR, ouvre mes lèvres et ma bouche annoncera ta louange ! » sous-entendu « annoncera au monde ». Celui qui se reconnaît sauvé devient un témoignage pour le reste du monde : depuis la libération d’Egypte, le peuple libéré est devenu à la face du monde un témoin et une preuve vivante de l’existence de ce Dieu libérateur. De la même manière, Paul, pécheur pardonné, est devenu à la face du monde témoin et preuve vivante du pardon de Dieu accordé à tous les pécheurs : « Voici une parole sûre et qui mérite d’être accueillie sans réserve : le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ; et moi le premier je suis pécheur, mais si le Christ Jésus m’a pardonné, c’est pour que je sois le premier en qui toute sa générosité se manifesterait ; je devais être le premier exemple de ceux qui croiraient en lui pour la vie éternelle. » Et réellement, ce pardon reçu a ouvert les lèvres de Paul et il annonce au monde la louange de Dieu : précisément, la dernière phrase de ce passage est une pure louange de Dieu : « Honneur et gloire au roi des siècles, au Dieu unique, invisible et immortel, pour les siècles des siècles. Amen . »
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N.B. Beaucoup d’exégètes pensent que cette lettre ne serait pas de Paul, et même bien postérieure à sa mort. Cela ne change rien à la leçon : la communauté destinataire est invitée à méditer l’exemple du grand apôtre, le pécheur-pardonné par excellence.

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EVANGILE – selon Saint Luc 15, 1-32

En ce temps-là,
1 les publicains et les pécheurs
venaient tous à Jésus pour l’écouter.
2 Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui :
« Cet homme fait bon accueil aux pécheurs,
et il mange avec eux ! »
3 Alors Jésus leur dit cette parabole :
4 « Si l’un de vous a cent brebis et qu’il en perd une,
n’abandonne-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert
pour aller chercher celle qui est perdue,
jusqu’à ce qu’il la retrouve ?
5 Quand il l’a retrouvée,
il la prend sur ses épaules, tout joyeux,
6 et, de retour chez lui, il rassemble ses amis et ses voisins
pour leur dire :
‘Réjouissez-vous avec moi,
car j’ai retrouvé ma brebis,
celle qui était perdue !’
7 Je vous le dis :
C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel
pour un seul pécheur qui se convertit,
plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes
qui n’ont pas besoin de conversion.
8 Ou encore, si une femme a dix pièces d’argent et qu’elle en perd une,
ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison,
et chercher avec soin jusqu’à ce qu’elle la retrouve ?
9 Quand elle l’a retrouvée,
elle rassemble ses amies et ses voisines
pour leur dire :
‘Réjouissez-vous avec moi,
car j’ai retrouvé la pièce d’argent que j’avais perdue !’
10 Ainsi je vous le dis :
Il y a de la joie devant les anges de Dieu
pour un seul pécheur qui se convertit. »
11 Jésus dit encore :
« Un homme avait deux fils.
12 Le plus jeune dit à son père :
‘Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.’
Et le père leur partagea ses biens.
13 Peu de jours après,
le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait,
et partit pour un pays lointain
où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre.
14 Il avait tout dépensé,
quand une grande famine survint dans ce pays,
et il commença à se trouver dans le besoin.
15 Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays,
qui l’envoya dans ses champs garder les porcs.
16 Il aurait bien voulu se remplir le ventre
avec les gousses que mangeaient les porcs,
mais personne ne lui donnait rien.
17 Alors il rentra en lui-même et se dit :
‘Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance,
et moi, ici, je meurs de faim !
18 Je me lèverai, j’irai vers mon père,
et je lui dirai :
Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.
19 Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.
Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.’
20 Il se leva et s’en alla vers son père.
Comme il était encore loin,
son père l’aperçut et fut saisi de compassion ;
il courut se jeter à son cou
et le couvrit de baisers.
21 Le fils lui dit :
‘Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.
Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.’
22 Mais le père dit à ses serviteurs :
‘Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller,
mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds,
23 allez chercher le veau gras, tuez-le,
mangeons et festoyons,
24 car mon fils que voilà était mort,
et il est revenu à la vie ;
il était perdu,
et il est retrouvé.’
Et ils commencèrent à festoyer.
25 Or le fils aîné était aux champs.
Quand il revint et fut près de la maison,
il entendit la musique et les danses.
26 Appelant un des serviteurs,
il s’informa de ce qui se passait.
27 Celui-ci répondit :
‘Ton frère est arrivé,
et ton père a tué le veau gras,
parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.’
28 Alors le fils aîné se mit en colère,
et il refusait d’entrer.
Son père sortit le supplier.
29 Mais il répliqua à son père :
‘Il y a tant d’années que je suis à ton service
sans avoir jamais transgressé tes ordres,
et jamais tu ne m’as donné un chevreau
pour festoyer avec mes amis.
30 Mais, quand ton fils que voilà est revenu
après avoir dévoré ton bien avec des prostituées,
tu as fait tuer pour lui le veau gras !’
31 Le père répondit :
‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi,
et tout ce qui est à moi est à toi.
32 Il fallait festoyer et se réjouir ;
car ton frère que voilà était mort,
et il est revenu à la vie ;
il était perdu,
et il est retrouvé ! »

« Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » Dans la bouche des scribes et des Pharisiens, c’est un reproche ; au contraire, pour l’évangéliste et pour nous-mêmes, comme pour Paul dans la lettre à Timothée (notre deuxième lecture), c’est, bien sûr, un sujet d’émerveillement ! Pourquoi ? Parce que nous n’aurions pas l’audace, ni les uns ni les autres, de nous compter parmi les quatre-vingt-dix-neuf justes de la première parabole. Chacun de nous est ce pécheur invité à donner de la joie au ciel par sa conversion. Entendons-nous bien : le mot « conversion » ne signifie pas changement de religion, mais un changement de direction, un véritable demi-tour : nous tournions le dos à Dieu, et nous nous retournons vers lui. Eh bien, nous pouvons nous dire que chaque fois que nous avons pris la décision de faire demi-tour, nous avons donné de la joie au ciel.
La joie est bien la tonalité majeure de ces trois paraboles : la joie de Dieu s’entend. Une fois encore, on est dans la droite ligne de l’Ancien Testament ; là où nous entendions Sophonie parler de la « danse » de Dieu : « Le SEIGNEUR ton Dieu est au milieu de toi… Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ; il dansera pour toi avec des cris de joie, comme aux jours de fête. » (So 3,17-18). Pourquoi une telle joie quand nous prenons le chemin de la réconciliation ? Parce que Dieu tient à nous comme à la prunelle de ses yeux. Et l’expression n’est pas trop forte, elle aussi nous vient tout droit de l’Ancien Testament, plus précisément du livre du Deutéronome : « Le SEIGNEUR rencontre son peuple au pays du désert… Il l’entoure, il l’instruit, il veille sur lui comme sur la prunelle de son oeil. » (Dt 32,10).
Il veille, en effet, au point de partir lui-même à la recherche de la brebis perdue, car il sait bien qu’elle ne reviendra pas toute seule ; il veille au point de mettre la maison sens dessus dessous pour retrouver la pièce ; et s’il ne part pas lui-même à la recherche du prodigue, c’est pour respecter sa liberté ; mais il veille, là encore, au point d’attendre sur le pas de la porte l’ingrat qui est parti au loin et de l’accueillir par une fête sans s’interroger sur les véritables sentiments de son fils : car on peut quand même se demander si la contrition du garçon est vraiment parfaite ? Et, plus tard, il supplie le fils aîné parce que, pour lui, la fête n’est pas complète s’il en manque un.
Dernière remarque : Jésus fait appel à notre expérience : « Lequel d’entre vous n’irait pas chercher sa brebis perdue…? » Ce qui veut dire que, quelque part, nous lui ressemblons, ce qui n’est pas étonnant. Ne peut-on pas en déduire que chaque fois que nous avons fait la fête pour l’enfant qui revient, chaque fois que nous avons pardonné à l’ami, à l’époux, à l’épouse, (à l’ennemi aussi !), chaque fois que nous avons remué ciel et terre pour essayer d’empêcher quelqu’un de sombrer, physiquement ou moralement, nous avons ressemblé à Dieu ; nous avons été son image : ce qui est, après tout, notre vocation, n’est-il pas vrai ?
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NB. La troisième parabole, celle de l’enfant prodigue est proposée pour le Quatrième dimanche de Carême, de l’Année C ; on ne trouve donc ici que quelques remarques sur l’ensemble des trois paraboles, puisque, cette fois, elles nous sont proposées en une seule et même lecture.

ANCIEN TESTAMENT, EVANGILE SELON SAINT LUC, LIVRE DE LA SAGESSE, NOUVEAU TESTAMENT, PSAUME

Dimanche 8 septembre 2019 : 23ème dimanche du Temps Ordinaire : Lectures et commentaires

Dimanche 8 septembre 2019 : 23ème  dimanche du Temps Ordinaire

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile


 

PREMIERE LECTURE – livre de la Sagesse 9, 13-18

13 Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ?
Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ?
14 Les réflexions des mortels sont incertaines,
et nos pensées, instables ;
15 car un corps périssable appesantit notre âme,
et cette enveloppe d’argile
alourdit notre esprit aux mille pensées.
16 Nous avons peine à nous représenter ce qui est sur terre,
et nous trouvons avec effort ce qui est à notre portée ;
ce qui est dans les cieux, qui donc l’a découvert ?
17 Et qui aurait connu ta volonté,
si tu n’avais pas donné la Sagesse
et envoyé d’en haut ton Esprit Saint ?
C’est ainsi que les sentiers des habitants de la terre
sont devenus droits ;
18 c’est ainsi que les hommes ont appris ce qui te plaît
et, par la Sagesse, ont été sauvés.


La Sagesse, au sens biblique, c’est la connaissance de ce qui rend heureux ou malheureux, l’art de vivre en quelque sorte. Le peuple d’Israël, comme tous ses voisins, a développé toute une réflexion sur ce sujet, à partir du règne de Salomon, dit-on. Mais l’apport d’Israël, dans ce domaine, est tout à fait original ; il tient en deux points : pour les hommes de la Bible, premièrement, Dieu seul connaît les secrets du bonheur de l’humanité ; et quand l’homme prétend les découvrir par lui-même, il s’engage immanquablement sur des fausses pistes : c’est la leçon du jardin d’Eden. Mais deuxièmement (et très heureusement), Dieu révèle à son peuple d’abord (pour toute l’humanité ensuite) ce secret du bonheur.
C’est exactement le sens du texte que nous lisons ici : premier message, une leçon d’humilité. Isaïe avait déjà dit quelque chose du même genre : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, dit Dieu… Mes chemins ne sont pas vos chemins » (Is 55, 8). C’était clair. Le livre de la Sagesse est écrit bien longtemps après le prophète Isaïe, il a un style tout différent, mais il dit la même chose : « Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ?… Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ? » En d’autres termes, par nous-mêmes, il ne faut pas se leurrer, nous sommes à cent lieues d’imaginer ce que Dieu pense… Cela devrait nous rendre modestes : nous croyons facilement que nous avons tout compris et nous risquons de parler avec assurance… Eh bien non, il faut reconnaître humblement que nous n’avons pas la moindre idée de ce que Dieu pense ! En dehors de ce qu’il nous a dit expressément par la bouche de ses prophètes, bien sûr ! On croit entendre ici comme un écho du livre de Job : « La Sagesse, où la trouver ? Où réside l’intelligence ? On en ignore le prix chez les hommes et elle ne se trouve pas au pays des vivants… (mais) Dieu en a discerné le chemin, il a su, lui, où elle réside. » (Jb 28, 12. 23). Un peu plus loin, dans ce même livre (chapitres 38 à 41) Dieu rappelle à Job ses limites : à la fin de la démonstration, Job a compris, il s’incline, il avoue : « J’ai abordé sans le savoir des mystères qui me confondent. » (Jb 42,3).
Pour revenir à notre texte du livre de la Sagesse, il est intéressant de constater que cette relativisation des connaissances de l’esprit humain se développe dans le milieu le plus intellectuel qui soit : le livre de la Sagesse a été écrit à Alexandrie qui était certainement à l’époque la capitale de l’intelligence ! Les disciplines scientifiques et philosophiques y étaient très développées et la bibliothèque d’Alexandrie est restée célèbre. C’est à ces grands esprits que l’auteur croyant vient rappeler les limites du savoir humain : « Les réflexions des mortels sont incertaines, et nos pensées instables. »
Petite précision sur le verset 16 : « Nous avons peine à nous représenter ce qui est sur terre, et nous trouvons avec effort ce qui est à notre portée ; ce qui est dans les cieux, qui donc l’a découvert ? » A première lecture on croirait que cela veut dire : quand on aura fini de découvrir la terre, on pourra chercher à comprendre ce qui est au ciel ; c’est seulement une question de distance ou de niveau de connaissances. Mais l’auteur du Livre de la Sagesse nous dit en réalité tout autre chose : ce n’est pas seulement une question de niveau de connaissances comme si un jour ou l’autre, on devait atteindre le bon niveau et découvrir les mystères de Dieu au bout de nos raisonnements et de nos recherches. C’est une affaire de nature : nous ne sommes que des hommes, il y a un abîme entre Dieu et nous. De la part de l’auteur inspiré, il y a là une affirmation de ce qu’on appelle la transcendance de Dieu : c’est-à-dire que Dieu est le Tout-Autre.
Il faut donc avoir la lucidité de le reconnaître et abandonner nos prétentions orgueilleuses à tout comprendre et tout expliquer : Dieu est le Tout-Autre ; ses pensées ne sont pas nos pensées, comme dit Isaïe, elles sont hors de notre portée ; c’est pourquoi l’on parle de mystères, au sens des secrets de Dieu. Mais précisément, deuxième leçon de ce texte, c’est quand nous reconnaissons notre impuissance que Dieu lui-même nous révèle ce que nous ne découvrons pas tout seuls. Il nous donne son Esprit : « Qui aurait connu ta volonté, si tu n’avais pas donné la Sagesse et envoyé d’en-haut ton Esprit Saint ? » Ce que la lettre aux Ephésiens traduit ainsi : « Dieu nous a fait connaître le mystère de sa volonté… » (Ep 1, 9). Pour nous, baptisés, confirmés, ce passage prend un relief particulier ! Les autres lectures de ce dimanche nous diront quels comportements nouveaux nous inspire l’Esprit de Dieu qui nous habite.
Pour le reste, il semble que ce texte développe une conception de l’homme qui n’est pas habituelle dans la Bible ; il décrit l’homme comme un être divisé, composé de deux éléments : un esprit immatériel et une enveloppe matérielle qui le contient : « Un corps périssable appesantit notre âme, et cette enveloppe d’argile alourdit notre esprit aux mille pensées. » Nous ne sommes pas habitués à ce type de langage, apparemment dualiste, dans la Bible qui, habituellement, insiste plutôt sur l’unité de l’être humain. En réalité, si l’auteur du livre de la Sagesse (qui écrit en milieu grec, ne l’oublions pas) utilise un vocabulaire qui ne rebutera pas ses lecteurs grecs, ce n’est pas un dualisme de l’être humain qu’il décrit, mais le combat intérieur qui se livre en chacun de nous et que Saint Paul décrit si bien : « Le bien que je veux, je ne le fais pas et le mal que je ne veux pas, je le fais. » (Rm 7, 19).
En définitive, ce texte apporte sa contribution propre à la grande découverte biblique qui est double : Dieu est à la fois le Tout-Autre ET le Tout Proche. Dieu est le Tout-Autre : « Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ? Qui peut comprendre les intentions du Seigneur ? »… En même temps, il se fait le Tout Proche de l’homme : « Tu as donné la Sagesse et envoyé d’en-haut ton Esprit Saint… Ainsi les hommes ont appris ce qui te plaît et, par la Sagesse, ont été sauvés. »


 

PSAUME – 89 (90), 3-4, 5-6, 12-13, 14.17

3 Tu fais retourner l’homme à la poussière ;
tu as dit : « Retournez, fils d’Adam ! »

4 À tes yeux, mille ans sont comme hier,
c’est un jour qui s’en va, une heure dans la nuit.

5 Tu les as balayés : ce n’est qu’un songe ;
dès le matin, c’est une herbe changeante :

6 elle fleurit le matin, elle change ;
le soir, elle est fanée, desséchée.

12 Apprends-nous la vraie mesure de nos jours :
que nos cœurs pénètrent la sagesse.

13 Reviens, SEIGNEUR, pourquoi tarder ?
Ravise-toi par égard pour tes serviteurs.

14 Rassasie-nous de ton amour au matin,
que nous passions nos jours dans la joie et les chants.

17 Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu !
Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains.


On ne peut qu’être frappés de l’extraordinaire cohérence entre ce psaume et la première lecture de ce dimanche, qui est un passage du livre de la Sagesse ; le psaume vient nous donner en écho une définition superbe de la sagesse : « Apprends-nous la vraie mesure de nos jours, que nos coeurs  pénètrent la sagesse »…
Nous n’avons pas lu la totalité de ce psaume (qui comporte dix-sept versets) mais ceux que nous avons lus nous donnent déjà une bonne idée de l’ambiance générale. En particulier, nous avons ici une formule tout à fait inhabituelle : « Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ? Ravise-toi par égard pour tes serviteurs ». Et la phrase qui a été traduite par « pourquoi tarder ? », en hébreu, c’est « jusques à quand ? » Sous-entendu « en ce moment, nous sommes malheureux, nous sommes punis pour nos fautes ; pardonne-nous et lève la punition ». C’est une formule typique d’une liturgie pénitentielle. Nous l’avons déjà rencontrée dans le même psaume il y a quelques semaines.
Nous sommes donc dans le cadre d’une cérémonie pénitentielle au Temple de Jérusalem. Mais pourquoi le peuple d’Israël demande-t-il pardon ? Les premiers versets nous suggèrent une réponse : « Tu fais retourner l’homme à la poussière ; tu as dit retournez, fils d’Adam ! » Le problème est donc là d’abord, dans la faute d’Adam, c’est-à-dire dans notre condition d’hommes pécheurs. Et tout le psaume médite sur le récit de la faute d’Adam dans le livre de la Genèse. Au commencement Dieu et l’homme étaient face à face : Dieu, créateur, dans son éternité… l’homme, mortel, sa créature, sortie de la poussière, dans sa petitesse…
L’un des premiers versets de notre psaume dit justement « Avant que naissent les montagnes, que tu enfantes la terre et le monde, de toujours à toujours, toi tu es Dieu ». Face à lui, nous, nous ne sommes rien… rien qu’un peu de poussière dans sa main. Et voilà que l’homme s’est pris pour quelque chose… il a osé braver Dieu… il ne lui reste plus qu’à méditer maintenant sur sa véritable condition : « Le nombre de nos années ? Soixante-dix, quatre-vingts pour les plus vigoureux ! Leur plus grand nombre n’est que peine et misère ; elles s’enfuient, nous nous envolons. »
Face à cette petitesse de l’homme il faut réentendre l’affirmation du verset 4 : « A tes yeux, mille ans sont comme hier, c’est un jour qui s’en va, une heure dans la nuit. » Et vous connaissez la reprise que Saint Pierre a faite de cette phrase : « Il y a une chose en tout cas, mes amis, que vous ne devez pas oublier : pour le Seigneur un seul jour est comme mille ans et mille ans comme un jour. » (2 Pi 3,8). Nous voilà remis à notre vraie place, c’est-à-dire toute petite !
Voilà donc pour la prise de conscience ; puis vient la supplication : « Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos coeurs pénètrent la sagesse. Reviens, SEIGNEUR, pourquoi tarder ? Ravise-toi par égard pour tes serviteurs. Rassasie-nous de ton amour au matin, que nous passions nos jours dans la joie et les chants. » (v.12-14).
« Apprends-nous la vraie mesure de nos jours », c’est juste l’inverse du Péché originel : la vraie sagesse, c’est d’être à notre place, toute petite devant Dieu ; le psaume use d’une image qui devrait nous aider à trouver notre juste place : il compare la durée de la vie humaine à celle de l’herbe : « Une herbe changeante, qui fleurit le matin, et qui change, mais le soir, se fane et se dessèche. » Il est bien vrai que notre fragilité, notre précarité devraient nous rendre humbles : et devant un décès inattendu, il nous arrive de dire que nous ne sommes pas grand chose !
Il ne s’agit pas de s’humilier pour le plaisir, mais d’être lucides tout simplement. Alors nous pourrons être heureux sereinement dans la main de Dieu. « Rassasie-nous de ton amour au matin, que nous passions nos jours dans la joie et les chants » (v.14), ce n’est pas une parole en l’air ! C’est vraiment l’expérience du croyant.
Car, nous avons déjà eu l’occasion de le noter, dans la Bible, la conscience de la petitesse de l’homme n’est jamais humiliante puisqu’on est dans la main de Dieu : c’est une petitesse confiante, filiale. Tellement filiale et assurée de l’amour du Père qu’on peut lui demander en toute confiance : (versets 16-17a) : « Fais connaître ton oeuvre à tes serviteurs et ta splendeur à leurs fils. Que vienne sur nous la splendeur du Seigneur notre Dieu. »
La dernière phrase est encore plus audacieuse ! « Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains » : il s’agit peut-être de l’œuvre  entreprise avec tant de difficultés au retour de l’Exil, c’est-à-dire la reconstruction du Temple de Jérusalem, au milieu d’oppositions de toute sorte. Mais, plus généralement, elle dit bien l’œuvre  commune de Dieu et de l’homme dans l’achèvement de la création ; l’homme agit véritablement, il œuvre  dans la création, et c’est Dieu qui donne à l’œuvre  humaine sa solidité, son efficacité. C’est le commentaire de Saint Pierre qui nous permettra le mieux de l’apprécier. Je reprends sa première phrase que je citais tout à l’heure, mais cette fois j’irai plus loin : « Il y a une chose en tout cas, mes amis, que vous ne devez pas oublier : pour le Seigneur un seul jour est comme mille ans et mille ans comme un jour. Non, le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard, mais il fait preuve de patience envers vous, ne voulant pas que quelques-uns périssent mais que tous parviennent à la conversion… Dites-vous bien que la longue patience du Seigneur, c’est votre salut ! » (2 Pi 3, 8…15). Quand Pierre dit que Dieu fait preuve de patience, il veut dire que Dieu attend notre participation à la construction du royaume ! Alors c’est le coeur plein d’émerveillement que nous pouvons prier : « Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains. »


DEUXIEME LECTURE – lettre de Saint Paul à Philémon 9b… 17

Bien-aimé,
9 moi, Paul, tel que je suis, un vieil homme
et, qui plus est, prisonnier maintenant à cause du Christ Jésus,
10 j’ai quelque chose à te demander pour Onésime,
mon enfant à qui, en prison, j’ai donné la vie dans le Christ.
12 Je te le renvoie,
lui qui est comme mon cœur.
13 Je l’aurais volontiers gardé auprès de moi,
pour qu’il me rende des services en ton nom,
à moi qui suis en prison à cause de l’Évangile.
14 Mais je n’ai rien voulu faire sans ton accord,
pour que tu accomplisses ce qui est bien,
non par contrainte mais volontiers.
15 S’il a été éloigné de toi pendant quelque temps,
c’est peut-être pour que tu le retrouves définitivement,
16 non plus comme un esclave,
mais, mieux qu’un esclave, comme un frère bien-aimé :
il l’est vraiment pour moi,
combien plus le sera-t-il pour toi,
aussi bien humainement que dans le Seigneur.
17 Si donc tu estimes que je suis en communion avec toi,
accueille-le comme si c’était moi.


Nous avons lu cet été des extraits de la lettre de Paul aux Colossiens : elle était adressée aux Chrétiens de la ville de Colosses en Turquie. Cette fois, nous lisons une lettre adressée à UN Colossien bien précis alors que Paul est en prison, sans qu’on sache exactement où. Ce correspondant est probablement un homme important, dont l’attitude compte aux yeux des autres. Il s’appelle Philémon, il est chrétien. Il a donc le grand privilège de recevoir de Paul une lettre personnelle, pleine de diplomatie, sur un sujet, il faut le dire, très délicat. Ce Philémon avait probablement plusieurs esclaves, l’histoire ne le dit pas ; en tout cas, il en avait un, du nom d’Onésime. Un beau jour, Onésime s’est enfui de chez son maître : ce qui était totalement interdit en droit romain. Un esclave appartenait à son maître comme un objet ; il ne pouvait disposer de lui-même, et la fuite même était sévèrement châtiée.
Au cours de son escapade, Onésime a rencontré Paul, il s’est converti au Christianisme et s’est mis au service de Paul. La situation est très délicate : si Paul garde Onésime auprès de lui, il se fait le complice de son abandon de poste ; normalement, cela ne devrait pas être du goût de Philémon ; si Paul renvoie Onésime à Philémon, les choses risquent d’aller très mal pour l’esclave ; peut-être bien, d’ailleurs, n’est-il pas parti en odeur de sainteté, puisque Paul reconnaît un peu plus loin dans sa lettre que Onésime a peut-être des dettes vis-à-vis de son patron.
Paul a choisi sa position : il renvoie Onésime à son maître, muni d’une lettre de demande de pardon ; il lui reste à convaincre Philémon : il déploie pour cela toutes les richesses de sa persuasion : « Moi qui suis un vieil homme en prison, j’ai quelque chose à te demander »… mais en précisant bien que la décision finale revient à Philémon : « Je te renvoie Onésime, je l’aurais volontiers gardé auprès de moi, pour qu’il me rende des services en ton nom… mais je n’ai rien voulu faire sans ton accord, pour que tu accomplisses ce qui est bien, non par contrainte mais volontiers. » Paul affirme qu’il ne veut pas forcer la main de Philémon, mais il sait bien ce qu’il veut obtenir : c’est très progressivement qu’il le dévoile ; il commence par demander à Philémon de pardonner la fugue ; puis, plus que le pardon accordé à l’esclave, ce que Paul suggère, c’est une véritable conversion : désormais, puisqu’Onésime est baptisé, il est un frère pour son ancien maître : « Si Onésime a été éloigné de toi pendant quelque temps, c’est peut-être pour que tu le retrouves définitivement, non plus comme un esclave, mais, bien mieux qu’un esclave, comme un frère bien-aimé. » Pour finir, Paul va encore plus loin : « Si tu estimes que je suis en communion avec moi, accueille-le comme si c’était moi. »
On est donc là dans une affaire très personnelle, et pourtant cette toute petite lettre de Paul à Philémon, qui remplit à peine une page, a été conservée au même titre que les autres dans la Bible ; ce qui revient à dire qu’on la reconnaît comme Parole de Dieu, comme Révélation.
On peut se demander pourquoi : si je peux me permettre de risquer une réponse, je dirais trois choses : c’est premièrement, ce que l’Eglise appelle « l’égale dignité des Baptisés ». Comme le dit Paul dans la lettre aux Galates : « Il n’y a plus ni juif ni grec ; il n’y a plus ni esclave ni homme libre ; il n’y a plus l’homme et la femme ; car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus-Christ. » (Ga 3, 28). Autrement dit, il n’y a plus que des Baptisés ; le baptême a fait de nous des frères en Jésus-Christ : et cette union intime en Jésus-Christ supprime toutes les distinctions antérieures. Il y a là un enseignement très fort sur le Baptême : la robe blanche du baptisé est là pour nous rappeler cette transformation intime ; désormais le baptisé n’est pas d’abord noir ou blanc, français ou étranger, patron ou employé, homme ou femme… il est d’abord un frère, un autre membre du Corps du Christ.
Deuxième point fort de cette lettre à Philémon, l’importance du quotidien de nos vies, de nos situations concrètes. Parce que, dans l’histoire d’Onésime, nous sommes presque au niveau du fait divers, on pourrait être tenté de dire : que chacun fasse bien comme il veut. Sur ce point, on pourrait s’interroger sur une phrase qu’on entend souvent : « Chacun fait ce qu’il veut de sa vie ». Je ne suis pas sûre que Jésus la signerait ! Car la lettre de Paul, justement, montre bien que notre manière de mener notre vie fait un tout : on n’est pas Chrétien à certaines heures seulement.
Enfin Paul intervient dans un domaine parfaitement régi par la loi pour demander à Philémon de ne pas appliquer à son esclave les peines légales, et tout cela au nom de la charité chrétienne. Il n’empêche que si Philémon punit très sévèrement Onésime, il sera dans son plus parfait bon droit ! Ce qui revient à dire, et c’est là une troisième leçon : on peut être dans son droit et n’être pas selon l’Evangile ! Car nos lois ne sont pas toujours inspirées par l’Evangile ! A l’inverse, on voit dans cette lettre à Philémon que l’Esprit Saint dicte à Paul des comportements tout à fait contraires à la pratique légale de l’esclavage à son époque, mais dictés par la perspective de la création nouvelle.


 

EVANGILE – selon Saint Luc 14, 25 – 33

En ce temps-là,
25 de grandes foules faisaient route avec Jésus ;
il se retourna et leur dit :
26 « Si quelqu’un vient à moi
sans me préférer à son père, sa mère, sa femme,
ses enfants, ses frères et sœurs,
et même à sa propre vie,
il ne peut pas être mon disciple.
27 Celui qui ne porte pas sa croix
pour marcher à ma suite
ne peut pas être mon disciple.
28 Quel est celui d’entre vous
qui, voulant bâtir une tour,
ne commence par s’asseoir
pour calculer la dépense
et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ?
29 Car, si jamais il pose les fondations et n’est pas capable d’achever,
tous ceux qui le verront vont se moquer de lui :
30 ‘Voilà un homme qui a commencé à bâtir
et n’a pas été capable d’achever !’
31 Et quel est le roi
qui, partant en guerre contre un autre roi,
ne commence par s’asseoir
pour voir s’il peut, avec dix mille hommes,
affronter l’autre qui marche contre lui avec vingt mille ?
32 S’il ne le peut pas,
il envoie, pendant que l’autre est encore loin,
une délégation pour demander les conditions de paix.
33 Ainsi donc, celui d’entre vous qui ne renonce pas
à tout ce qui lui appartient
ne peut pas être mon disciple. »


Commençons par la phrase de Jésus concernant nos attachements familiaux ; il ne nous dit pas de les compter pour rien désormais : ce serait injustement et inutilement cruel pour ceux qui nous entourent ; et ce serait contraire à tout son enseignement d’amour et tout simplement aux commandements (« tu honoreras ton père et ta mère ») ; cela veut sans doute dire : ces attachements sont bons, mais ils ne doivent pas être des entraves ; un attachement qui nous empêcherait de suivre le Christ ne serait pas un véritable amour. Désormais, le lien qui nous unit au Christ par le Baptême est plus fort que tout autre lien terrestre. On a vu quelque chose de tout à fait semblable dans la lettre de Paul à Philémon qui est notre deuxième lecture de ce dimanche.
Mais la difficulté de cet évangile est ailleurs : car, à première vue, on ne voit pas très bien le rapport entre les différentes parties ; première phrase de Jésus : « Si quelqu’un vient à moi, sans me préférer à son père, sa mère… , il ne peut pas être mon disciple… » Ce qui sera repris en écho (en inclusion) dans la dernière phrase : « Celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple. » Entre ces deux phrases, deux petites paraboles : celle de l’homme qui veut bâtir une tour, et celle du roi qui part en guerre ; leurs leçons se ressemblent : quand on veut bâtir une tour, il faut commencer par faire ses comptes si on ne veut pas s’embarquer dans une folie ; quant au roi qui envisage une guerre, lui aussi, ferait bien de faire d’abord l’inventaire de ses possibilités : la sagesse consiste à ajuster ses ambitions au niveau de ses moyens ; c’est vrai dans tous les domaines, apparemment. Que d’entreprises avortées parce que lancées trop vite, sans réfléchir ; savoir compter, savoir prévoir, savoir calculer ses risques, c’est la sagesse élémentaire, le secret de la réussite.
On dit « gouverner, c’est prévoir »… et ne peut-on penser que l’on devient adulte le jour où, justement, enfin, on a appris à calculer les conséquences de ses actes ?
Mais ceci n’est-il pas contradictoire avec le message des phrases qui encadrent les deux paraboles ? Car elles semblent tenir un langage qui n’a rien de sage et mesuré : première exigence, pour être disciple du Christ, il faut le préférer à tout autre, s’engager corps et âme à sa suite ; pourtant, la sagesse et même la simple justice nous commandent au contraire de respecter les attachements naturels de la famille et de l’entourage… et d’ailleurs, on pourrait bien avoir besoin plus tard, les uns des autres. Deuxième exigence, ensuite, il faut porter résolument sa croix (c’est-à-dire accepter le risque de la persécution) ; troisième exigence enfin, il faut renoncer à tous ses biens. Tout ceci revient à quitter pour lui toutes nos sécurités affectives et matérielles ; est-ce bien prudent ? On est loin apparemment des calculs arithmétiques dont nous parlent les deux paraboles !
Et pourtant, il est bien évident que Jésus ne s’amuse pas à cultiver le paradoxe ; il ne se contredit pas ; à nous de comprendre son message et en quoi les deux petites paraboles éclairent les choix que nous avons à faire pour le suivre. En fait, Jésus dit bien la même chose tout au long de ce passage : il dit « avant de vous lancer (que ce soit à ma suite, ou pour bâtir une tour, ou pour partir en guerre), faites bien vos comptes… seulement voilà, ne vous trompez pas de comptes ! » Celui qui bâtit une tour calcule le prix de revient ; celui qui part en guerre évalue ses forces en hommes et en munitions… celui qui marche à la suite du Christ doit aussi faire ses comptes, mais ce ne sont pas les mêmes ! Il renonce à tout ce qui pourrait l’entraver pour pouvoir mettre au service du Royaume ses richesses de toute sorte, y compris affectives et matérielles. Et, par-dessus tout, il compte sur la puissance de l’Esprit qui est à l’oeuvre dans le monde pour achever toute sanctification, comme le dit la quatrième prière eucharistique.
On est bien, là aussi, dans une optique de risque calculé ; pour suivre Jésus, il nous dit les risques : savoir tout quitter, accepter l’incompréhension et parfois la persécution, accepter de renoncer à la rentabilité immédiate. Pour être Chrétien, le vrai calcul, la vraie sagesse, c’est de ne compter sur aucune de nos sécurités de la terre ; c’est un peu comme s’il nous disait : « Acceptez de n’avoir pas de sécurités : ma grâce vous suffit. » Déjà, la première lecture tirée précisément du livre de la Sagesse nous l’avait bien dit : la sagesse de Dieu n’est pas celle des hommes ; ce qui paraîtrait une folie aux yeux des hommes est la seule sagesse valable aux yeux de Dieu. Avec lui, on est bien toujours dans la logique du grain de blé : il accepte d’être enfoui, mais c’est à ce prix qu’il germe et donne du fruit.
Bienheureux donc ceux qui sauront se désencombrer des fausses précautions… C’est peut-être cela se préparer à passer par la porte étroite dont il était question au vingt-et-unième dimanche (Lc 13,24) ?

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Complément
– Ce que Jésus développe ici, c’est ce qu’on appellerait aujourd’hui le « principe de précaution ». Dans les deux paraboles, c’est évident : « s’asseoir » pour calculer les risques et la dépense relève de la plus élémentaire sagesse.
Dans le troisième cas, celui des disciples, les données du calcul sont toutes différentes. Nous parlions richesses, rapport de forces… Nous savons bien que notre seule richesse est en lui, nos seules forces également. Et même l’évaluation des risques et des enjeux nous échappe : comme dit le livre de la Sagesse : « Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ? Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ? Les réflexions des mortels sont mesquines, et nos pensées, chancelantes ».