MEDITATIONS, NOUVEL AN, POUR L'ANNEE QUI S'ACHEVE, POUR L'ANNEE QUI VA COMMENCER, PRIERES

Pour l’année qui se termine, pour celle qui va commencer

Prières

pour l’année qui se termine et celle qui va commencer

prière

 

Seigneur Jésus,

Merci pour cette année qui finit

Et merci pour la nouvelle année qui vient.

Qu’elle apporte aux hommes de ce monde la paix

Qu’elle comble de grâces ceux que j’aime,

et qu’elle m’apporte la Force et l’Amour dont j’ai besoin.

 

Dans cette année qui finit,

Des hommes ont souffert;

Guérissez, si c’est possible,

Diminuez le mal ou le chagrin.

Faîtes que quelque chose

vienne apaiser leur peine,

Faites que quelqu’un s’en aille les aider,

et que cette nouvelle année leur fasse du bien.

 

Dans cette année qui finit,

Je n’ai pas été ce que j’aurais dû être.

Faites-moi meilleur, mon Dieu :

Moins dur avec les autres,

Plus patient, plus fort,

Plus exigeant avec moi-même,

Plus vrai dans mes paroles,

Plus actif dans mes travaux,

Plus obéissant, plus rieur aussi;

et que demain soit plus beau qu’aujourd’hui,

Plus grand.

 

Merci de cette année qui finit,

Merci pour cette nouvelle année qui vient.

 

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TERMINER L’ANNÉE AVEC JÉSUS     

« L’amour du Seigneur n’est pas épuisé,

sa compassion chaque matin se renouvelle. »

(antienne Office)   

Businessman jump between 2019 and 2020 years.

Me voici, Seigneur, une année s’achève,
Et en ce dernier jour, je veux passer un peu de temps avec toi.

Seigneur Jésus, je te contemple au dernier jour de ta vie ici-bas,
je t’adore et je t’aime !
Je te contemple en tes dernières pensées, paroles, actions,
En tes souffrances.
En ce dernier jour, je vois que tu aimes ton Père jusqu’au bout,
Tu le remercies des grâces qu’Il t’a faites, et par toi au monde entier !
Tu demandes pardon pour nous.

Béni sois tu !
Seigneur, je te remercie
pour tout ce que tu as fait pour moi et pour toute l’humanité,
au long de cette année.

Pardon de t’avoir si souvent déçu,
pardon pour toutes les fois où j’ai refusé
le « jusqu’au bout » de ton amour.
Pardon de l’indifférence des hommes.

Que le désir de t’appartenir désormais, à tout moment,
soit le plus fort, et que jamais je ne fasse obstacle à ton amour.
Que tout mon être, toute ma vie, soient une louange à ta gloire !

Ô Mère de Jésus, toi qui as tant aimé ton Fils,
Unis-moi aux dispositions de ton cœur au dernier jour de ta vie.
Prie pour moi, que le dernier soir de cette année,
et le dernier moment de ma vie
soient un acte d’amour envers Jésus.                 

À partir d’un texte de St Jean Eudes OCI, 366-369  

2020 

FRANÇOIS (pape), NOUVEL AN, VOEUX POUR 2019

Des voeux pour l’année 2019

Pour 2019 ; décider d’être heureux !

celebration_meilleurs-voeux-2019_chretienshowbiz3 «

ÊTRE HEUREUX N’EST PAS UNE FATALITÉ DU DESTIN, MAIS UNE RÉUSSITE POUR CEUX QUI PEUVENT VOYAGER EN EUX-MÊMES »

« Vous pouvez avoir des défauts, être anxieux et toujours en colère, mais n’oubliez pas que votre vie est la plus grande entreprise au monde. Seulement vous pouvez l’empêcher d’échouer. Beaucoup vous apprécient, vous admirent et vous aiment. Rappelez-vous qu’être heureux ce n’est pas avoir un ciel sans tempête, une route sans accidents, un travail sans fatigue, des relations sans déceptions.

Être heureux c’est trouver la force dans le pardon, l’espoir dans les batailles, la sécurité dans les moments de peur, l’amour dans la discorde. Ce n’est pas seulement de goûter au sourire, mais aussi de réfléchir à la tristesse. Ce n’est pas seulement pour célébrer les succès, mais pour apprendre les leçons des échecs. Ce n’est pas seulement de se sentir heureux avec les applaudissements, mais d’être heureux dans l’anonymat.

Être heureux n’est pas une fatalité du destin, mais une réussite pour ceux qui peuvent voyager en eux-mêmes. Être heureux c’est arrêter de devenir une victime et devenir l’auteur de votre destin. C’est traverser les déserts pour pouvoir encore trouver une oasis au fond de notre âme. C’est pour remercier Dieu pour chaque matin, pour le miracle de la vie.

 

Être heureux ne craint pas tes propres sentiments. C’est pouvoir parler de vous. C’est avoir le courage d’entendre un «non». La confiance est à l’affût des critiques, même si elles ne sont pas justifiées. C’est d’embrasser vos enfants, de choyer vos parents, de vivre des moments poétiques avec des amis, même s’ils nous blessent.

Être heureux c’est laisser vivre la créature qui vit dans chacun d’entre nous, libre, joyeuse et simple. Il faut avoir la maturité pour pouvoir dire: «J’ai fait des erreurs». C’est avoir le courage de dire « Je suis désolé ». C’est d’avoir la sensibilité de dire « J’ai besoin de toi ». C’est avoir la capacité de dire « Je t’aime ».

Que votre vie devienne un jardin d’opportunités pour le bonheur … Au printemps, un amoureux de la joie. En hiver, un amoureux de la sagesse. Et lorsque vous faites une erreur, recommencez. Car seulement alors, vous serez amoureux de la vie. Vous constaterez que le fait d’être heureux n’est pas d’avoir une vie parfaite. Mais utilisez les larmes pour irriguer la tolérance. Utilisez vos pertes pour raffermir la patience. Utilisez vos erreurs pour sculpter la sérénité. Utilisez la douleur comme plâtre du plaisir. Utilisez les obstacles pour ouvrir les fenêtres d’intelligence.

Ne jamais abandonner … Ne jamais abandonner les gens qui vous aiment. Ne jamais abandonner le bonheur, car la vie est une manifestation (performance) incroyable. »

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Pape François

DOCUMENTS PONTIFICAUX, FRANÇOIS (pape), JOURNEE MONDIALE DE LA PAIX, LA BONNE POLITIQUE AU SERVICE LA PAIX, NOUVEL AN

La bonne politique au service de la Paix

LA BONNE POLITIQUE EST AU SERVICE DE LA PAIX

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JOURNÉE MONDIALE DE LA PAIX

1er JANVIER 2019

 

Dans son message intitulé “La bonne politique est au service de la paix” le pape François insiste sur le respect des droits de l’homme et de la parole donnée dans les relations internationales.

La bonne politique est au service de la paix

 

  1. ‘‘Paix à cette maison !’’

En envoyant ses disciples en mission, Jésus leur dit : « Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : ‘‘Paix à cette maison’’. S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra vers vous » (Lc 10, 5-6).

Offrir la paix est au cœur de la mission des disciples du Christ. Et cette offre est adressée à tous ceux qui, hommes et femmes, aspirent à la paix au milieu des drames et des violences de l’histoire humaine[1]. La ‘‘maison’’ dont parle Jésus, c’est chaque famille, chaque communauté, chaque pays, chaque continent, dans sa particularité et dans son histoire ; c’est avant tout chaque personne, sans distinctions ni discriminations. C’est aussi notre ‘‘maison commune’’ : la planète où Dieu nous a mis pour y vivre et dont nous sommes appelés à prendre soin avec sollicitude.

C’est donc également mon vœu au début de l’année nouvelle : ‘‘Paix à cette maison !’’.

 

  1. Le défi de la bonne politique

 

La paix est comme l’espérance dont parle le poète Charles Péguy [2]; elle est comme une fleur fragile qui cherche à s’épanouir au milieu des pierres de la violence. Nous le savons : la recherche du pouvoir à tout prix porte à des abus et à des injustices. La politique est un moyen fondamental pour promouvoir la citoyenneté et les projets de l’homme, mais quand elle n’est pas vécue comme un service à la collectivité humaine par ceux qui l’exercent, elle peut devenir un instrument d’oppression, de marginalisation, voire de destruction.

« Si quelqu’un veut être le premier, dit Jésus, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous » (Mc 9, 35). Comme le soulignait saint Paul VI : « Prendre au sérieux la politique à ses divers niveaux – local, régional et mondial –, c’est affirmer le devoir de l’homme, de tout homme, de reconnaître la réalité concrète et la valeur de la liberté de choix qui lui est offerte pour chercher à réaliser ensemble le bien de la cité, de la nation, de l’humanité »[3].

En effet, la fonction et la responsabilité politique constituent un défi permanent pour tous ceux qui reçoivent le mandat de servir leur pays, de protéger les habitants et de travailler pour asseoir les conditions d’un avenir digne et juste. Accomplie dans le respect fondamental de la vie, de la liberté et de la dignité des personnes, la politique peut devenir vraiment une forme éminente de charité.

 

  1. Charité et vertus humaines pour une politique au service des droits humains et de la paix.

 

Le Pape Benoît XVI rappelait que « tout chrétien est appelé à vivre cette charité, selon sa vocation et selon ses possibilités d’influence au service de la pólis. […] L’engagement pour le bien commun, quand la charité l’anime, a une valeur supérieure à celle de l’engagement purement séculier et politique […] Quand elle est inspirée et animée par la charité, l’action de l’homme contribue à l’édification de cette cité de Dieu universelle vers laquelle avance l’histoire de la famille humaine »[4]. C’est un programme dans lequel peuvent se retrouver tous les politiciens, de n’importe quelle appartenance culturelle ou religieuse, qui souhaitent œuvrer ensemble pour le bien de la famille humaine, en pratiquant ces vertus humaines qui sous-tendent le bon agir politique : la justice, l’équité, le respect réciproque, la sincérité, l’honnêteté, la fidélité. 

À ce sujet, méritent d’être rappelées les ‘‘béatitudes du politique’’, proposées par le Cardinal vietnamien François-Xavier Nguyễn Văn Thuận, mort en 2002, qui a été un témoin fidèle de l’Évangile :

Heureux le politicien qui a une haute idée et une profonde conscience de son rôle.

Heureux le politicien dont la personne reflète la crédibilité.

Heureux le politicien qui travaille pour le bien commun et non pour son propre intérêt.

Heureux le politicien qui reste fidèlement cohérent.

Heureux le politicien qui réalise l’unité.

Heureux le politicien qui s’engage dans la réalisation d’un changement radical.

Heureux le politicien qui sait écouter.

Heureux le politicien qui n’a pas peur.[5]

Chaque renouvellement des fonctions électives, chaque échéance électorale, chaque étape de la vie publique constitue une occasion pour retourner à la source et aux repères qui inspirent la justice et le droit. Nous en sommes certains : la bonne politique est au service de la paix ; elle respecte et promeut les droits humains fondamentaux, qui sont aussi des devoirs réciproques, afin qu’entre les générations présentes et celles à venir se tisse un lien de confiance et de reconnaissance.

 

  1. Les vices de la politique

 

À côté des vertus, malheureusement, ne manquent pas non plus dans la politique les vices, dus soit à une inaptitude personnelle soit à des déformations dans l’entourage et dans les institutions. Il est clair pour tous que les vices de la vie politique ôtent de la crédibilité aux systèmes dans lesquels elle s’exerce, ainsi qu’à l’autorité, aux décisions et à l’action des personnes qui s’y consacrent. Ces vices, qui affaiblissent l’idéal d’une authentique démocratie, sont la honte de la vie publique et mettent en danger la paix sociale : la corruption – sous ses multiples formes d’appropriation indue des biens publics ou d’instrumentalisation des personnes –, la négation du droit, le non-respect des règles communautaires, l’enrichissement illégal, la justification du pouvoir par la force ou par le prétexte arbitraire de la ‘‘raison d’État’’, la tendance à s’accrocher au pouvoir, la xénophobie et le racisme, le refus de prendre soin de la Terre, l’exploitation illimitée des ressources naturelles en raison du profit immédiat, le mépris de ceux qui ont été contraints à l’exil.

 

  1. La bonne politique promeut la participation des jeunes et la confiance dans l’autre

 

Quand l’exercice du pouvoir politique vise uniquement à sauvegarder les intérêts de certains individus privilégiés, l’avenir est compromis et les jeunes peuvent être tentés par la méfiance, parce que condamnés à rester en marge de la société, sans possibilité de participer à un projet pour l’avenir. Quand, au contraire, la politique se traduit, concrètement, dans l’encouragement des jeunes talents et des vocations qui demandent à se réaliser, la paix se diffuse dans les consciences et sur les visages. Elle devient une confiance dynamique, qui veut dire ‘‘j’ai confiance en toi et je crois en toi’’, dans la possibilité de travailler ensemble pour le bien commun. La politique est pour la paix si elle se manifeste donc, dans la reconnaissance des charismes et des capacités de chaque personne. « Quoi de plus beau qu’une main tendue ? Elle a été voulue par Dieu pour offrir et recevoir. Dieu n’a pas voulu qu’elle tue (cf. Gn 4, 1sv) ou qu’elle fasse souffrir, mais qu’elle soigne et qu’elle aide à vivre. À côté du cœur et de l’intelligence, la main peut devenir, elle aussi, un instrument du dialogue »[6].

Chacun peut apporter sa pierre à la construction de la maison commune. La vie politique authentique, qui se fonde sur le droit et sur un dialogue loyal entre les personnes, se renouvelle avec la conviction que chaque femme, chaque homme et chaque génération portent en eux une promesse qui peut libérer de nouvelles énergies relationnelles, intellectuelles, culturelles et spirituelles. Une telle confiance n’est jamais facile à vivre, car les relations humaines sont complexes. En particulier, nous vivons ces temps-ci dans un climat de méfiance qui s’enracine dans la peur de l’autre ou de l’étranger, dans l’angoisse de perdre ses propres avantages, et qui se manifeste malheureusement aussi, au niveau politique, par des attitudes de fermeture ou des nationalismes qui remettent en cause cette fraternité dont notre monde globalisé a tant besoin. Aujourd’hui plus que jamais, nos sociétés ont besoin d’‘‘artisans de paix’’ qui puissent être des messagers et des témoins authentiques du Dieu Père, qui veut le bien et le bonheur de la famille humaine.

 

  1. Non à la guerre et à la stratégie de la peur

Cent ans après la fin de la Première Guerre Mondiale, alors que nous nous souvenons des jeunes tombés durant ces combats et des populations civiles lacérées, aujourd’hui plus qu’hier nous connaissons la terrible leçon des guerres fratricides, à savoir que la paix ne peut jamais être réduite au seul équilibre des forces et de la peur. Maintenir l’autre sous la menace veut dire le réduire à l’état d’objet et en nier la dignité. C’est pourquoi nous réaffirmons que l’escalade en termes d’intimidation et la prolifération incontrôlée des armes sont contraires à la morale ainsi qu’à la recherche d’une vraie concorde. La terreur exercée sur les personnes les plus vulnérables contribue à l’exil d’entières populations en quête d’une terre de paix. Les discours politiques qui tendent à accuser les migrants de tous les maux et à priver les pauvres de l’espérance ne sont pas justifiables. Au contraire, il faut réaffirmer que la paix se fonde sur le respect de chaque personne, quelle que soit son histoire, sur le respect du droit et du bien commun, de la création qui nous a été confiée et de la richesse morale transmise par les générations passées.

Notre pensée va aussi, à titre particulier, aux enfants qui vivent dans les zones actuelles de conflit, et à tous ceux qui s’engagent afin que leurs vies et leurs droits soient protégés. Dans le monde, un enfant sur six est touché par la violence de la guerre ou par ses conséquences, quand il n’est pas enrôlé pour devenir lui-même soldat ou otage de groupes armés. Le témoignage de ceux qui œuvrent pour défendre la dignité et le respect des enfants n’en est que plus précieux pour l’avenir de l’humanité.

  1. Un grand projet de paix

Nous célébrons ces jours-ci le soixante-dixième anniversaire de la Déclaration Universelle des droits de l’homme, adoptée au lendemain du deuxième conflit mondial. Souvenons-nous, à ce propos, de l’observation de saint Jean XXIII : « Maintenant, à mesure que l’homme devient conscient de ses droits, germe comme nécessairement en lui la conscience d’obligations correspondantes : ses propres droits, c’est avant tout comme autant d’expressions de sa dignité qu’il devra les faire valoir, et à tous les autres incombera l’obligation de reconnaître ces droits et de les respecter »[7].  

La paix, en effet, est le fruit d’un grand projet politique qui se fonde sur la responsabilité réciproque et sur l’interdépendance des êtres humains. Mais elle est aussi un défi qui demande à être accueilli jour après jour. La paix est une conversion du cœur et de l’âme ; et il est facile de reconnaître trois dimensions indissociables de cette paix intérieure et communautaire :

– la paix avec soi-même, en refusant l’intransigeance, la colère et l’impatience et, comme le conseillait saint François de Sales, en exerçant ‘‘un peu de douceur avec soi-même’’, afin d’offrir ‘‘un peu de douceur aux autres’’ ;

– la paix avec l’autre : le proche, l’ami, l’étranger, le pauvre, le souffrant… ; en osant la rencontre et en écoutant le message qu’elle porte avec elle ;

– la paix avec la création, en redécouvrant la grandeur du don de Dieu et la part de responsabilité qui revient à chacun d’entre nous, en tant qu’habitant du monde, citoyen et acteur de l’avenir.

La politique de la paix, qui connaît bien les fragilités humaines et les assume, peut toujours se ressourcer dans l’esprit du Magnificat que Marie, Mère du Christ Sauveur et Reine de la Paix, chante au nom de tous les hommes : « Sa miséricorde s’étend d’en âge en âge sur ceux qui le craignent. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles […] ; il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais » (Lc 1, 50-55).

 

Du Vatican, le 8 décembre 2018

François

 

[1] Cf. Lc 2, 14 : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’il aime ».

[2] Cf. Le Porche du mystère de la deuxième vertu, Paris 1986.

[3] Lett. ap. Octogesima adveniens (14 mai 1971), n. 46.

[4] Enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 7.

[5] Cf. Discours à l’exposition-colloque ‘‘Civitas’’ de Padoue, ‘’30 giorni’’, n. 5 de 2002.

[6] Benoît XVI, Discours aux Autorités du Bénin, 19 novembre 2011.

[7] Enc. Pacem in terris (11 avril 1963), n. 44.

 

MEDITATIONS, NOUVEL AN, UNE ANNEE POUR AIMER ET SE LAISSER AIMER, VOEUX DE NOUVEL AN

Une année pour aimer et se laisser aimer

Une année pour aimer et se laisser aimer

 

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Comment aimer ? Se laisser d’abord aimer !

 

Pourquoi l’homme se prend-il si fréquemment à douter de ce qui est vrai et à croire ce qui est faux ?

Les plus grandes évidences sont souvent les réalités les plus oubliées. Ainsi cette vérité : il n’y a qu’avec de l’amour que l’on peut aimer. Or celui-ci ne germe pas spontanément ni ne jaillit facilement de notre propre cœur. Il vient de plus loin et descend de plus haut. Dès lors, si cet amour, supérieur et antérieur, n’est pas accueilli en nous, avec quoi va-t-on aimer en retour ? Il faut donc commencer par se convaincre qu’on est aimé. Afin de vivre de cette grâce et de partager ce don reçu.

De même les plus grandes certitudes sont souvent les vérités les moins fondées. Ainsi la plus grande tentation de l’homme est de croire qu’il n’est pas aimé. Or rien n’est moins vrai ! Nul ne peut dire qu’il est laissé pour compte. On doit s’arracher de toute force à cette contre-vérité. Chacun doit même croire, à l’encontre des allégations de l’Adversaire, qu’il est follement aimé. « Qu’aimerions-nous si nous n’aimions pas l’amour ? » interroge Marthe Robin (‘Prends ma vie Seigneur’ B. Peyret). Et avec quel amour aimerions-nous si ce n’est avec celui qui en est la source en nous ? pourrait-on ajouter.

 

Il est frappant de voir combien, tout à la fois et paradoxalement, l’homme cherche désespérément à être aimé tout en refusant obstinément de se laisser aimer ! Comment dès lors pourrions-nous parvenir à nous aimer, tant entre nous qu’au-dedans de nous ? Là est pourtant la clef de l’amour. La source de la charité. Le secret de la vraie tendresse. Ce n’est pas en tout cas par hasard si après le premier impératif redisant simplement « Aime », il y a cette phrase « Accueille de tout ton être l’amour que Dieu te porte le premier. » (Livre de vie). Là est bien notre premier devoir de baptisés et le premier pas qui oriente la route de nos vies.

 

Nous sommes divinement aimés.

 

L’amour est si inscrit en nous qu’on pourrait le croire constitutif de notre être. Et il l’est effectivement. Mais il l’est, parce qu’il est Quelqu’un qui antérieurement l’a déposé en nous. « Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés le premier. » (1 Jn 4, 10.19). On peut donc dire que si « l’amour vient de Dieu, alors quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. » (4,7) C’est en revenant inlassablement à cette source originelle que chacun puisera la force et trouvera la manière d’aimer « en acte et en vérité ». (1 Jn 3,18)

 

Il faut se faire à cette vérité première. L’amour est plus que la caractéristique de l’homme créé, « l’incomparable remède à son incomplétude », comme on l’a dit. « Il nous est révélé que cet élan suprême est une réalité divine. » Oui, au cœur de Dieu où, entre le Père, le Fils et l’Esprit, tout est Amour, jaillit pour nous et jusqu’en nous la source de notre propre amour, non seulement pour cette vie mais encore en vie éternelle. Tel est le don que Dieu nous a fait (Jn 4, 10-14).

 

On peut donc dire : « Je suis parce que je suis aimé. » A partir de quoi on peut ajouter : « Je vis parce que j’aime. » Celui qui est aimé est donc bel et bien né de Dieu et devient d’autant plus qui il est qu’il connaît Dieu. La foi en son amour donne d’exister et d’aimer à notre tour. Telle est la source et la base de toute capacité humaine d’aimer qui fait dire si magnifiquement à l’apôtre Paul que nous devons toujours rester « enracinés et fondés sur l’amour » (Ep 3,17). Voilà la vérité première : nous sommes tous aimés en premier. Nous sommes vraiment et grandement aimés. Nous sommes divinement aimés !

 

Un Père de tendresse

 

Nous sommes tous nécessairement un peu frustrés et peut-être même déçus par l’amour imparfait que notre père de la terre nous a témoigné ou n’a pas su nous donner. Les sciences humaines nous disent à l’envi combien cela a pu nous blesser. Mais la vérité ultime n’est pas là ! Notre vrai Père est au-delà. Il est Celui « de qui toute paternité au ciel et sur la terre tire son nom » (Ep 3,15). Et ce Père-là, nous révèle Celui qui vient du ciel, oui, ce « Père lui-même nous aime » (Jn 16,27).

Il nous a tous « élus en lui, dès avant la création du monde, pour être saints et immaculés en sa présence dans l’amour » (Ep 1,4). Quelle révélation pour nos âmes et quelles racines pour nos vies ! L’amour n’a pas permis à Dieu de rester seul. En créant « l’homme à son image et comme sa ressemblance », Dieu n’a pu que mettre en nous une part de cet Amour qui, par nature, le constitue. « Et Dieu vit que cela était très bon » (Gn 1,26.31). On peut dire, avec saint Basile de Césarée, que « nul n’est exclu de la bonté de Dieu », puisque tous, sans exception aucune, nous sommes le fruit et le réceptacle de son propre amour. (Basile de Césarée, Petites Règles, 253). Chacun peut donc s’entendre dire par ce même Dieu Père : « Tu comptes beaucoup à mes yeux, car tu as du prix et moi je t’aime » (Is 43,4). Plus tendrement qu’une mère ne chérit l’enfant de ses entrailles, il nous aime. Notre propre nom est « gravé sur les paumes de ses mains divines » (49,14-16). Plus solide que les montagnes posées sur leur base, « son amour pour nous » ne saurait être ébranlé (54,10). Il est bien ce Dieu de tendresse qui a lui-même voulu livrer en ces termes à Moïse la révélation de son nom (Ex 34,6-7).

 

Comme il nous est bon d’entendre le Christ en personne nous révéler que « nul ne peut rien arracher de la main du Père » (Jn 10,29). Cette main divine « à l’ombre de laquelle il nous tient en sûreté » (Is 51,16). Ainsi entourés, habités, remplis d’un tel amour, comment ne pas le partager en retour et alentour ? « De quelque côté que je me tourne, constate enthousiasmée à cette pensée, sainte Catherine de Sienne, je ne trouve que l’abîme de feu de ton amour. » (Catherine de Sienne, ‘Dialogues’, p134) Et elle s’écrie dans un élan du cœur : « Je suis aimée ! Je suis cherchée ! » Avec saint Ambroise de Milan, chacun peut redire : « Si la mémoire m’a été donnée, c’est pour que je me souvienne de ton nom ». On ne peut oublier en effet qu’on est aimé. Paternellement. Tendrement. Pour ce temps et pour l’éternité !

La question de savoir comment aimer dès lors ne se pose déjà plus. Il suffit de laisser déborder l’amour dont Dieu veut nous combler. « Fais-toi capacité, je me ferai torrent ! » De ce faire un cœur filial pour aimer le Seigneur de toute notre âme et, par là même, un esprit fraternel pour aimer nos frères et sœurs du même amour dont il nous aime tous, lui qui préfère chacun. On sait au moins où puiser la force et l’élan d’une telle affection filiale et d’une telle charité fraternelle. Savoir que « rien alors ne peut nous séparer de l’amour de Dieu » (Rm 8,39), nous garde dans sa joie et nous grandit en sa paix. « J’ai rencontré bien des gens qui se sont repentis de n’avoir pas aimé Dieu », confie le saint curé d’Ars. Et il ajoute : « Je n’en ai jamais rencontré un seul qui fût triste et se repentir de l’aimer ! » (Nodet, ‘Le curé d’Ars’ p94). Au trop-plein de son amour, on apprend à aimer à son tour.

 

Un Frère de fol amour

 

Si d’aventure quelqu’un se plaisait à objecter – et à juste titre – que le Père, on ne l’a « jamais vu ni entendu », on pourrait répondre que, dans son Fils, ce même amour nous a été « manifesté ». Mieux encore qu’il nous a été « prouvé » (Rm 5,8).

Nous n’en finirons pas de contempler celui qui « s’est fait en tout semblable à nous» et a été assez fou d’amour pour se faire « péché pour nous ». (1 Co 1, 21.25 ; 2 Co 5,21 ; Ph 2,6-8 ; He 2,17). En une phrase qui évoque tout, l’apôtre Paul sur ce plan répond effectivement à tout : « Il m’a aimé et s’est livré pour moi (Ga 2,20). » « Que dire après cela ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rm 8,31). Voilà jusqu’où nous avons été aimés et à partir de quoi nous pouvons, à notre tour, apprendre à aimer. « Chrétiens, s’exclame saint Bernard de Clairvaux, apprenez du Christ de quelle manière il vous faut aimer Jésus-Christ. Apprenez à l’aimer tendrement, prudemment, fortement. Tendrement pour ne pas être charmés par la volupté ; prudemment, pour ne pas être trompés par l’erreur ; fortement pour ne pas être abattus par la souffrance. Afin que vous ne soyez pas entraînés par la gloire du monde aussi bien que par les plaisirs de la chair, il faut que Jésus-Christ, qui est la sagesse même, ait pour vous un charme plus sensible que ces choses passagères. » (Saint Bernard ‘Sermon 20 sur le Cantique des Cantiques’)

Nous savoir aimés ne peut que nous stimuler pour aimer à notre tour. Lui qui « reste avec nous jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20) ; lui qui, en son eucharistie, nous assure qu’il « demeure en nous et nous en lui » (Jn 6,56) ; lui qui marche devant nous puisqu’il nous dit : « Si quelqu’un m’aime, qu’il me suive » (Jn 12,26), il est sûr que Celui-là nous a aimés ! Et s’il nous a aimés au prix fort, nous ne pouvons l’aimer à bas prix. Lui aussi nous en donne la certitude : « Je connais mes brebis et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle ; elles ne périront jamais et nul ne les arrachera de ma main » (Jn 10,27-28).

Au trop-plein de son amour, nous puisons donc la force d’aimer à notre tour. Au contact de l’amour du Père, nous nous sommes faits un cœur filial. Au contact de l’amour du Fils, nous nous faisons une âme fraternelle. Ce Jésus peut vraiment nous dire de le faire car : « Vous êtes tous frères » (Mt 23,8). Ce n’est qu’à partir du moment où l’on reconnaît dans la foi qu’il est présent dans « le plus petit de ses frères » (25,40) que l’on apprend du Christ comment aimer en acte et en vérité. Avoir le cœur bouleversé de se savoir et de se voir, par lui, autant aimés, ne peut que nous conduire à notre tour à « nous aimer les uns les autres comme lui nous a aimés » (Jn 15,12). Il est certain en tout cas qu’il n’est de plus sûr et de meilleur chemin que lui pour nous conduire à l’amour et de son Père et notre Père, et de ses frères qui sont nos frères.

 

Un Esprit plus intime à nous-mêmes que nous

 

Comme nous voilà comblés ! Non seulement le Père nous a créés de sa tendresse, non seulement le Fils nous a sauvés dans son amour, mais encore, voici que l’Esprit habite au plus intime de nous ! Fils et filles du Père, frères et sœurs du Fils, nous sommes aussi les amis du Saint Esprit. Lui-même, nous est-il dit, « se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu et cohéritiers du Christ » (Rm 8, 16-17).

Nous n’avons plus à nous demander davantage d’où peut venir cet amour dont on sent la présence, le mouvement, le désir ou l’élan en nous. La réponse nous est donnée par l’Ecriture et confirmée par ce que chacun peut ressentir, par l’expérience, au plus profond de son être : « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous a été donné » (Rm 5,5). La conclusion logique qui en ressort est donc bien : « Puisque l’Esprit est votre vie, que l’Esprit aussi vous fasse agir ! (Ga 5,25). Il restera sans doute assez difficile d’aimer. Mais cela n’est plus compliqué. Il suffit de laisser aimer en nous Celui qui est, en nous, plus nous-mêmes que nous. Comme dit Bossuet : « L’amour s’apprend par l’amour, il ne faut pas se mettre en peine de ce que c’est ». (Devroye, ‘Bossuet directeur d’âmes’, p164)

 

L’Esprit est là qui peut nous aider autant à aimer qu’il nous apprend à prier. Encore faut-il le laisser remonter du tréfonds de notre cœur pour nous conduire à être cet « homme spirituel pour qui l’amour est ce don supérieur et cette voie qui les dépasse toutes. » (1 Co 2,15). Nul ne saurait mieux aimer alors, par nous, que le Dieu qui habite en nous. Ainsi que le dit tout simplement Guy de Larigaudie : « Il faut avoir le cœur plein de Dieu comme un fiancé a le cœur plein de la femme qu’il aime ». N’est-il pas là en effet, avec la plénitude de ses neuf fruits (Is 11,2 ; 1 Co 13, 4-7 ; 2 Co 6,6 ; Ga 5,22 ; Ep 5,9 ; 1 Tm 4,12 ; 2 P 1,5-7) qui ne sont au total que des variantes concrètes du seul Amour « en qui se noue la perfection » (Col 3,14) ?   

La conclusion qui ressort de tout cela est fort simple. Mais elle est extrêmement forte. Nous sommes tous, personnellement, infiniment et éternellement aimés. Si vraiment nous le croyons au point de pouvoir redire avec saint Jean : « Nous aussi nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous et nous y avons cru » (1 Jn 4,16), alors nous ne pouvons pas ne pas désirer aimer à notre tour.

Etant créés par l’amour, nous sommes faits pour aimer. Voilà la clé première et dernière. Il n’y a qu’auprès de Dieu que l’on peut vraiment apprendre à aimer. La pire tentation du diable serait de nous faire croire que nous ne sommes pas aimés. Car alors, il est sûr que rien ne nous pousserait à aimer Dieu et ne nous inciterait à aimer les hommes. Mais non ! Ce n’est pas vrai. Rien n’est plus faux. Si ! Nous sommes aimés. Rien n’est plus vrai.

Pour savoir comment aimer, il faut donc d’abord, et peut-être essentiellement, se laisser aimer. Par celui-là même qui, le premier, nous a aimés, chaque jour continue de nous aimer et, éternellement, nous aimera à tout jamais. Alors, peu à peu, pas à pas, le Seigneur en personne nous donne envie d’aimer et nous apprend à le faire. « C’est un fait naturel, écrit magnifiquement saint Thomas d’Aquin, que le cœur aimant est habité par ce qu’il aime. Qui aime Dieu le possède en soi. Car qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui. » Et il conclut par cette belle formule : « Telle est la nature de l’amour : il transforme en l’être aimé. Aimez Dieu et vous serez tout divins ». (St Thomas d’Aquin, ‘Sermon sur la charité’) Qu’importe alors si Dieu seul, en finale, sait véritablement aimer. De cet amour authentique et parfait qui consiste à « donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15,13). Le débordement de son amour, accueilli en nous, finit par nous faire un peu participer à sa grande œuvre d’amour. Il suffit de se laisser aimer. Car c’est déjà l’aimer et par là même, aimer. Alors comme dit si joliment saint Jean de la Croix, « l’âme ennamourée ni ne fatigue ni ne se fatigue. » (Saint Jean de la Croix, ‘Maximes’)

 

Frère Pierre Marie (1995)

 

ANTONIO GRAMSCI (1891-1937), ECRIVAIN ITALIEN, JE HAIS LE NOUVEL AN, NOUVEL AN

Je hais le nouvel an par Antonio Gramsci

JE HAIS LE NOUVEL AN, PAR ANTONIO GRAMSCI.

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Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je hais ces nouvel an à échéance fixe qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. On finit par croire sérieusement que d’une année à l’autre existe une solution de continuité et que commence une nouvelle histoire, on fait des résolutions et l’on regrette ses erreurs etc. etc. C’est un travers des dates en général. On dit que la chronologie est l’ossature de l’Histoire; on peut l’admettre. Mais il faut admettre aussi qu’il y a quatre ou cinq dates fondamentales que toute personne bien élevée conserve fichée dans un coin de son cerveau et qui ont joué de vilains tours à l’Histoire. Elles aussi sont des nouvels ans. Le nouvel an de l’Histoire romaine, ou du Moyen Âge, ou de l’Époque moderne. Et elles sont devenues tellement envahissantes et fossilisantes que nous nous surprenons nous-mêmes à penser quelquefois que la vie en Italie a commencé en 752, et que 1490 ou 1492 sont comme des montagnes que l’humanité a franchies d’un seul coup en se retrouvant dans un nouveau monde, en entrant dans une nouvelle vie. Ainsi la  date devient un obstacle, un parapet qui empêche de voir que l’histoire continue de se dérouler avec la même ligne fondamentale et inchangée, sans arrêts brusques, comme lorsque au cinéma la pellicule se déchire et laisse place à un intervalle de lumière éblouissante. Voilà pourquoi je déteste le nouvel an. Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle. Chaque jour je veux faire les comptes avec moi-même, et me renouveler chaque jour. Aucun jour prévu pour le repos. Les pauses je les choisis moi-même, quand je me sens ivre de vie intense et que je veux faire un plongeon dans l’animalité pour en retirer une vigueur nouvelle. Pas de ronds-de-cuir spirituels. Chaque heure de ma vie je la voudrais neuve, fût-ce en la rattachant à celles déjà parcourues. Pas de jour de jubilation aux rimes obligées collectives, à partager avec des étrangers qui ne m’intéressent pas. Parce qu’ont jubilé les grands-parents de nos grands-parents etc., nous devrions nous aussi ressentir le besoin de la jubilation. Tout cela est écœurant.

 

(Antonio Gramsci, 1er janvier 1916 sur l’Avanti!, édition de Turin, rubrique « Sotto la Mole ») Traduit par Olivier Favier.

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Antonio Gramsci (1891-1937) est un écrivain et théoricien politique italien d’origine albanaise.

En 1911, ayant obtenu une bourse, il entame des études de philologie à l’université de Turin. Il fréquente les cercles socialistes dans lesquels se regroupent les émigrants sardes.

Au cours de l’été 1913, il adhère à la fédération de la jeunesse du Parti socialiste, puis au Parti socialiste italien l’année suivante. Dès 1914, il écrit dans des revues socialistes comme Il Grido del Popolo.

À partir de 1915, il s’investit dans le combat politique au travers de la formation politique des jeunes ouvriers. Il est parmi les plus fervents fondateurs du Parti communiste d’Italie (PCd’I), section italienne de la IIIe internationale.

Gramsci devient le Secrétaire général du Parti communiste italien en 1925. Il est élu député de Turin de 1924 à 1926 et crée le quotidien l’Unità. 

Il est arrêté par les fascistes le 8 novembre 1926 et condamné pour conspiration. En captivité pendant onze années, il écrit ses Carnets de prison. 

Malade, il meurt quelques jours après être sorti de prison, dans la nuit du 26 au 27 avril 1937. 

Sa conception de l’hégémonie culturelle comme moyen du maintien de l’État dans une société capitaliste a fait date.

Elsa Morante lui rend hommage dans son roman « La Storia ». 

IL PLEURERA DES LARMES DE JOIE, NOUVEL AN, POEME, POEMES

Il pleurera des larmes de joie

DES LARMES DE JOIE …. POUR UNE NOUVELLE ANNEE !

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Il pleurera des larmes de joie

Dans le jardin du monde

Pour tous les matins du monde

Pour la rosée du matin

Pour le soleil accroché au firmament

Pour la nature qui sort du sommeil

Pour la fleur qui s’épanouit

Pour l’Angélus qui sonne au loin

Pour qui sort de la torpeur de la nuit

Pour qui découvre la beauté du monde

Pour qui s’émerveille d’être

 

Il pleurera des larmes de joie

Au cœur du monde

Pour un amour naissant

Pour le rire de l’enfant

Pour un sourire partagé

Pour le réfugié qui retrouve une patrie

Pour le sans-abri qui trouve un toit

Pour toutes mains ouvertes largement

Pour les armes qui se taisent

Pour la paix retrouvée

Pour un pardon donné

Pour une Espérance retrouvée

 

Il pleurera des larmes de joie

Au cœur de l’homme

Pour l’Eternité reçue

  

Claude-Marie T.

29 décembre 2017monde de joie

NOUVEL AN, POEME, POEMES

les souhaits pour une nouvelle année

année 2016

 

Je vous souhaite de souhaiter. Je vous souhaite de désirer. Le bonheur, c’est déjà vouloir. Comme en droit pénal, l’intention vaut l’action. Le seul fait de rêver est déjà très important. Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d’en réaliser quelques uns. Je vous souhaite d’aimer ce qu’il faut aimer et d’oublier ce qu’il faut oublier. Je vous souhaite des passions. Je vous souhaite des silences. Je vous souhaite des chants d’oiseaux au réveil et des rires d’enfants. Je vous souhaite de résister à l’enlisement, à l’indifférence, aux vertus négatives de notre époque. Je vous souhaite surtout d’être vous. 

Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d’en réaliser quelques uns. Je vous souhaite d’aimer ce qu’il faut aimer et d’oublier ce qu’il faut oublier. Je vous souhaite des passions, je vous souhaite des silences, Je vous souhaite des chants d’oiseaux au réveil et des rires d’enfants. Je vous souhaite de respecter les différences des autres, parce que le mérite et la valeur de chacun sont souvent à découvrir. Je vous souhaite de résister à l’enlisement, à l’indifférence et aux vertus négatives de notre époque, Je vous souhaite enfin de ne jamais renoncer à la recherche, à l’aventure, à la vie, à l’amour, car la vie est une magnifique aventure et nul de raisonnable ne doit y renoncer sans livrer une rude bataille. Je vous souhaite surtout d’être vous, fier de l’être et heureux, car le bonheur est notre destin véritable.

Jacques Brel

NOUVEL AN, PAPE FRANÇOIS

JOURNEE DE LA PAIX

Message pour la paix 2016 – Pape François

 

Gagne sur l’indifférence et remporte la paix !

Préserver les raisons de l’espérance Certaines formes d’indifférence La paix menacée par l’indifférence globalisée De l’indifférence à la miséricorde : la conversion du cœur Promouvoir une culture de solidarité et de miséricorde pour vaincre l’indifférence La paix : fruit d’une culture de solidarité, de miséricorde et de compassion La paix dans le signe du Jubilé de la Miséricorde

Gagne sur l’indifférence et remporte la paix !

 

  1. Dieu n’est pas indifférent ! Dieu accorde de l’importance à l’humanité, Dieu ne l’abandonne pas ! Au début de l’année nouvelle, je voudrais accompagner de cette profonde conviction les vœux d’abondantes bénédictions et de paix, sous le signe de l’espérance, pour l’avenir de tout homme et de toute femme, de toute famille, peuple et nation du monde, ainsi que des Chefs d’État et de Gouvernement et des Responsables des religions. En effet, ne perdons pas l’espérance de voir en 2016 chacun, engagé fermement et avec confiance, à différents niveaux, à réaliser la justice et à œuvrer pour la paix. Oui, celle-ci est don de Dieu et œuvre des hommes. La paix est don de Dieu, mais don confié à tous les hommes et à toutes les femmes qui sont appelés à le réaliser.

 

Préserver les raisons de l’espérance

  1. Les guerres et les actions terroristes, avec leurs tragiques conséquences, les séquestrations de personnes, les persécutions pour des motifs ethniques ou religieux, les prévarications, ont marqué l’année passée du début à la fin, se multipliant douloureusement en de nombreuses régions du monde, au point de prendre les traits de ce qu’on pourrait appeler une « troisième guerre mondiale par morceaux ». Mais certains événements des années passées et de l’année qui vient de s’achever m’invitent, dans la perspective de l’année nouvelle, à renouveler l’exhortation à ne pas perdre l’espérance dans la capacité de l’homme, avec la grâce de Dieu, à vaincre le mal et à ne pas s’abandonner à la résignation et à l’indifférence. Les événements auxquels je me réfère représentent la capacité de l’humanité à œuvrer dans la solidarité au-delà des intérêts individuels, de l’apathie et de l’indifférence vis-à-vis des situations critiques.

Parmi ceux-ci je voudrais rappeler l’effort fait pour favoriser la rencontre des leaders mondiaux, dans le cadre de la COP 21, afin de chercher de nouvelles voies pour affronter les changements climatiques et sauvegarder le bien être de la Terre, notre maison commune. Et cela renvoie à deux événements précédents au niveau global : le Sommet d’Addis Abeba pour réunir des fonds pour le développement durable du monde ; et l’adoption par les Nations Unies de l’Agenda 2030 pour le Développement Durable, visant à assurer, avant cette date, une existence plus digne à tous, surtout aux populations pauvres de la planète.

2015 a été aussi une année spéciale pour l’Église, parce qu’elle a été marquée par le 50ème anniversaire de la publication de deux documents du Concile Vatican II qui expriment de manière très éloquente le sens de la solidarité de l’Église avec le monde. Le Pape Jean XXIII, au début du Concile, a voulu ouvrir tout grand les fenêtres de l’Église pour que la communication entre elle et le monde soit plus ouverte. Les deux documents, Nostra aetate et Gaudium et spes, sont des expressions emblématiques de la nouvelle relation de dialogue, de solidarité et d’accompagnement que l’Église veut introduire à l’intérieur de l’humanité. Dans la Déclaration Nostra aetate, l’Église a été appelée à s’ouvrir au dialogue avec les expressions religieuses non chrétiennes. Dans la Constitution pastorale Gaudium et spes, puisque « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ »[1], l’Église désire instaurer un dialogue avec la famille humaine sur les problèmes du monde, en signe de solidarité et de respectueuse affection.[2]

Dans cette même perspective, avec le Jubilé de la Miséricorde, je veux inviter l’Église à prier et à travailler pour que tout chrétien puisse mûrir un cœur humble et compatissant, capable d’annoncer et de témoigner la miséricorde, de « pardonner et de donner », de s’ouvrir « à ceux qui vivent dans les périphéries existentielles les plus différentes, que le monde moderne a souvent créées de façon dramatique » sans tomber « dans l’indifférence qui humilie, dans l’habitude qui anesthésie l’âme et empêche de découvrir la nouveauté dans le cynisme destructeur»[3].

Il y a de multiples raisons pour croire en la capacité de l’humanité à agir ensemble, en solidarité, dans la reconnaissance de sa propre interconnexion et interdépendance, ayant à cœur les membres les plus fragiles et la sauvegarde du bien commun. Cette attitude de coresponsabilité solidaire est à la racine de la vocation fondamentale à la fraternité et à la vie commune. La dignité et les relations interpersonnelles nous constituent comme êtres humains, voulus par Dieu à son image et ressemblance. En tant que créatures dotées d’une inaliénable dignité, nous existons en relation avec nos frères et sœurs, envers lesquels nous avons une responsabilité, et avec lesquels nous agissons en solidarité. En dehors de cette relation, nous serions des êtres moins humains. C’est justement ainsi que l’indifférence constitue une menace pour la famille humaine. Alors que nous nous mettons en marche vers une année nouvelle, je voudrais inviter chacun à reconnaître ce fait, pour vaincre l’indifférence et conquérir la paix.

 

Certaines formes d’indifférence

  1. Il est certain que l’attitude de l’indifférent, de celui qui ferme le cœur pour ne pas prendre en considération les autres, de celui qui ferme les yeux pour ne pas voir ce qui l’entoure ou qui s’esquive pour ne pas être touché par les problèmes des autres, caractérise une typologie humaine assez répandue et présente à chaque époque de l’histoire. Cependant, de nos jours, cela a dépassé nettement le domaine individuel pour prendre une dimension globale et produire ce phénomène de la « globalisation de l’indifférence ».

La première forme d’indifférence dans la société humaine est l’indifférence envers Dieu, dont procède l’indifférence envers le prochain et envers la création. Et ceci est l’un des graves effets d’un faux humanisme et d’un matérialisme pratique, combinés à une pensée relativiste et nihiliste. L’homme pense être l’auteur de lui-même, de sa propre vie et de la société ; il se sent autosuffisant, et il cherche non seulement à se substituer à Dieu, mais à le faire disparaître complètement ; par conséquent, il pense ne rien devoir à personne, excepté à lui-même, et il prétend avoir seulement des droits[4]. Contre cette auto-compréhension erronée de la personne, Benoît XVI rappelait que ni l’homme ni son développement sont capables de se donner à soi-même leur propre signification ultime[5]. Et avant lui, Paul VI avait affirmé qu’« il n’est d’humanisme vrai qu’ouvert à l’Absolu, dans la reconnaissance d’une vocation, qui donne l’idée vraie de la vie humaine»[6].

L’indifférence envers le prochain prend différents visages. Il y a celui qui est bien informé, écoute la radio, lit les journaux ou assiste aux programmes télévisés, mais il le fait de manière tiède, presque dans une condition d’accoutumance : ces personnes connaissent vaguement les drames qui affligent l’humanité mais elles ne se sentent pas impliquées, elles ne vivent pas la compassion. Cela, c’est l’attitude de celui qui sait mais, qui garde son regard, sa pensée et son action tournés vers lui-même. Malheureusement, nous devons constater que l’augmentation des informations, propre à notre époque, ne signifie pas, en soi, une augmentation d’attention aux problèmes, si elle n’est pas accompagnée d’une ouverture des consciences dans un sens solidaire[7]. Bien plus, elle peut entraîner une certaine saturation qui anesthésie et, dans une certaine mesure, relativise la gravité des problèmes. « Certains se satisfont simplement en accusant les pauvres et les pays pauvres de leurs maux, avec des généralisations indues, et prétendent trouver la solution dans une “éducation” qui les rassure et les transforme en êtres apprivoisés et inoffensifs. Cela devient encore plus irritant si ceux qui sont exclus voient croître ce cancer social qui est la corruption profondément enracinée dans de nombreux pays – dans les gouvernements, dans l’entreprise et dans les institutions – quelle que soit l’idéologie politique des gouvernants»[8].

Dans d’autres cas, l’indifférence se manifeste comme un manque d’attention vis-à-vis de la réalité environnante, surtout la plus lointaine. Certaines personnes préfèrent ne pas chercher, ne pas s’informer, et vivent leur bien-être et leur confort, sourdes au cri de douleur de l’humanité souffrante. Presque sans nous en apercevoir, nous sommes devenus incapables d’éprouver de la compassion pour les autres, pour leurs drames ; prendre soin d’eux ne nous intéresse pas, comme si ce qui leur arrive était d’une responsabilité extérieure à nous, qui ne nous revient pas[9]. « Quand nous allons bien et nous prenons nos aises, nous oublions sûrement de penser aux autres (ce que Dieu le Père ne fait jamais), nous ne nous intéressons plus à leurs problèmes, à leurs souffrances et aux injustices qu’ils subissent… Alors notre cœur tombe dans l’indifférence : alors que je vais relativement bien et que tout me réussit, j’oublie ceux qui ne vont pas bien »[10].

En vivant dans une maison commune, nous ne pouvons pas ne pas nous interroger sur son état de santé, comme j’ai cherché à le faire dans Laudato si’. La pollution des eaux et de l’air, l’exploitation sans discernement des forêts, la destruction de l’environnement, sont souvent le fruit de l’indifférence de l’homme envers les autres, parce que tout est lié. Comme, aussi, le comportement de l’homme avec les animaux a une influence sur ses relations avec les autres[11] , pour ne pas parler de celui qui se permet de faire ailleurs ce qu’il n’ose pas faire chez lui[12].

Dans ces cas, et dans d’autres, l’indifférence provoque surtout une fermeture et un désengagement, et finit ainsi par contribuer à l’absence de paix avec Dieu, avec le prochain et avec la création.

 

La paix menacée par l’indifférence globalisée

  1. L’indifférence envers Dieu dépasse la sphère intime et spirituelle de la personne individuelle, et elle investit la sphère publique et sociale. Comme l’affirmait Benoît XVI, « il existe un lien intime entre la glorification de Dieu et la paix des hommes sur la terre»[13]. En effet, « sans une ouverture transcendante, l’homme devient facilement la proie du relativisme et, ensuite, il réussit difficilement à agir selon la justice et à s’engager pour la paix»[14]. L’oubli et la négation de Dieu qui conduisent l’homme à ne plus reconnaître aucune norme au-dessus de lui et à se prendre lui-même comme seule norme, ont produit des cruautés et des violences sans mesure[15].

Au niveau individuel et communautaire l’indifférence envers le prochain, fille de l’indifférence envers Dieu, prend l’aspect de l’inertie et du désengagement qui alimentent la prolongation de situations d’injustice et de grave déséquilibre social. Ces situations, à leur tour, peuvent conduire à des conflits, ou en tout cas, générer un climat d’insatisfaction qui risque de déboucher tôt ou tard sur des violences et de l’insécurité.

En ce sens, l’indifférence et le désengagement qui en est la conséquence constituent un manque grave au devoir que toute personne a de contribuer, dans la mesure de ses capacités et de son rôle dans la société, au bien commun, en particulier à la paix, qui est l’un des biens les plus précieux de l’humanité[16].

Quand, ensuite, l’indifférence envers l’autre, envers sa dignité, ses droits fondamentaux et sa liberté, investit le niveau institutionnel, dans une culture imprégnée de profit et d’hédonisme, elle favorise et parfois justifie des actions et des politiques qui finissent par constituer des menaces à la paix. Un tel comportement d’indifférence peut aussi en arriver à justifier certaines politiques économiques déplorables, annonciatrices d’injustices, de divisions et de violences, en vue de l’obtention de son propre bien être ou de celui de la nation. Souvent, en effet, les projets économiques et politiques des hommes ont pour fin la conquête ou le maintien du pouvoir et des richesses, même au prix de piétiner les droits et les exigences fondamentales des autres. Quand les populations voient leurs propres droits élémentaires niés, comme la nourriture, l’eau, l’assistance sanitaire ou le travail, elles sont tentées de se les procurer par la force[17].

De plus, l’indifférence vis-à-vis de l’environnement naturel, qui favorise la déforestation, la pollution et les catastrophes naturelles qui déracinent des communautés entières de leur milieu de vie en les contraignant à la précarité et à l’insécurité, crée de nouvelles pauvretés, de nouvelles situations d’injustice aux conséquences souvent néfastes en termes de sécurité et de paix sociale. Combien de guerres ont été conduites et combien seront encore faites à cause du manque de ressources ou pour répondre à l’insatiable recherche de ressources naturelles[18] ?

 

De l’indifférence à la miséricorde : la conversion du cœur

  1. Quand, il y a un an, dans le Message pour la Journée Mondiale de la Paix, “Non plus esclaves mais frères”, j’évoquais la première icône biblique de la fraternité humaine, celle de Caïn et Abel (cf. Gn 4, 1-16), c’était pour attirer l’attention sur la manière dont cette première fraternité a été trahie. Caïn et Abel sont frères. Ils proviennent tous deux du même sein, ils sont égaux en dignité et créés à l’image et ressemblance de Dieu ; mais leur fraternité de créature est rompue. « Non seulement Caïn ne supporte pas son frère Abel, mais il le tue par envie »[19]. Le fratricide devient alors la forme de trahison, et le refus par Caïn de la fraternité d’Abel est la première rupture dans les relations familiales de fraternité, de solidarité et de respect réciproque.

Dieu intervient alors, pour appeler l’homme à la responsabilité à l’égard de son semblable, comme il a fait lorsqu’Adam et Ève, les premiers parents, ont rompu la communion avec le Créateur. « Le Seigneur dit à Caïn : “Où est ton frère Abel ?”. Il répondit : “Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère ? ”. Le Seigneur reprit : “Qu’as-tu fait ! Écoute le sang de ton frère crier vers moi du sol ! ” (Gn 4, 9-10).

Caïn dit ne pas savoir ce qui est arrivé à son frère, il dit ne pas être son gardien. Il ne se sent pas responsable de sa vie, de son sort. Il ne se sent pas impliqué. Il est indifférent envers son frère, bien qu’ils soient liés par l’origine commune. Quelle tristesse ! Quel drame fraternel, familial, humain ! C’est la première manifestation de l’indifférence entre frères. Dieu, au contraire, n’est pas indifférent : le sang d’Abel a grande valeur à ses yeux et il demande à Caïn d’en rendre compte. Donc Dieu se révèle depuis les débuts de l’humanité comme Celui qui s’intéresse au sort de l’homme. Quand plus tard, les fils d’Israël se trouvent en esclavage en Égypte, Dieu intervient à nouveau. Il dit à Moïse : « J’ai vu, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte. J’ai entendu son cri devant ses oppresseurs ; oui, je connais ses angoisses. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter de cette terre vers une terre plantureuse et vaste, vers une terre qui ruisselle de lait et de miel » (Ex 3, 7-8). Il est important de noter les verbes qui décrivent l’intervention de Dieu : il observe, il entend, il connaît, il descend, il libère. Dieu n’est pas indifférent. Il est attentif et il agit.

De la même façon, en son Fils Jésus, Dieu est descendu parmi les hommes, il s’est incarné et il s’est montré solidaire de l’humanité, en toute chose, excepté le péché. Jésus s’identifie avec l’humanité : « l’aîné d’une multitude de frères » (Rm 8, 29). Il ne se contente pas d’enseigner aux foules, mais il se préoccupe d’elles, spécialement quand il les voyait affamées (cf. Mc 6, 34-44) ou sans travail (cf. Mt 20, 3). Son regard n’était pas tourné seulement vers les hommes, mais aussi vers les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les plantes et les arbres, petits et grands ; il embrassait le créé tout entier. Il voit, certainement, mais il ne se limite pas à cela, parce qu’il touche les personnes, il parle avec elles, agit en leur faveur et fait du bien à celui qui est dans le besoin. Non seulement, mais il se laisse émouvoir et il pleure (cf. Jn 11, 33-44). Et il agit pour mettre fin à la souffrance, à la tristesse, à la misère et à la mort.

Jésus nous enseigne à être miséricordieux comme le Père (cf. Lc 6, 36). Dans la parabole du bon samaritain (cf. Lc 10, 29-37), il dénonce l’omission d’aide devant l’urgente nécessité de ses semblables : « Il le vit et passa outre » (cf. Lc 10, 31.32). En même temps, à l’aide de cet exemple, il invite ses auditeurs, et en particulier ses disciples, à apprendre à s’arrêter devant les souffrances de ce monde pour les soulager, devant les blessures des autres pour les soigner, avec les moyens dont on dispose, à commencer par son temps, malgré les nombreuses occupations. L’indifférence, en effet, cherche souvent des prétextes : dans l’observance des préceptes rituels, dans la quantité de choses qu’il faut faire, dans les antagonismes qui nous tienne éloignés les uns des autres, dans les préjudices de tout genre qui nous empêchent de nous faire proche.

La miséricorde est le cœur de Dieu. Elle doit donc être aussi le cœur de tous ceux qui se reconnaissent membres de l’unique grande famille de ses enfants ; un cœur qui bat fort partout où la dignité humaine – reflet du visage de Dieu dans ses créatures – est en jeu. Jésus nous avertit : l’amour pour les autres – les étrangers, les malades, les prisonniers, les sans-domicile-fixe, même les ennemis – est l’unité de mesure de Dieu pour juger nos actions. De cela dépend notre destin éternel. Il n’y a pas à s’étonner que l’apôtre Paul invite les chrétiens de Rome à se réjouir avec ceux qui se réjouissent et à pleurer avec ceux qui pleurent (cf. Rm 12, 15), ou qu’il recommande à ceux de Corinthe d’organiser des collectes en signe de solidarité avec les membres souffrants de l’Église (cf. 1 Co 16, 2-3). Et saint Jean écrit : « Si quelqu’un, jouissant des biens de ce monde, voit son frère dans la nécessité et lui ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeurait-il en lui ? » (1 Jn 3, 17 ; cf. Jc 2, 15-16).

Voilà pourquoi « il est déterminant pour l’Eglise et pour la crédibilité de son annonce de vivre et de témoigner elle-même de la miséricorde. Son langage et ses gestes doivent transmettre la miséricorde pour pénétrer le cœur des personnes et les inciter à retrouver le chemin du retour au Père. La vérité première de l’Eglise est l’amour du Christ. De cet amour, qui va jusqu’au pardon et au don de soi, l’Eglise se fait servante et médiatrice auprès des hommes. En conséquence, là où l’Eglise est présente, la miséricorde du Père doit être manifeste. Dans nos paroisses, les communautés, les associations et les mouvements, en bref, là où il y a des chrétiens, quiconque doit pouvoir trouver une “oasis de miséricorde”»[20].

Ainsi, nous aussi, nous sommes appelés à faire de l’amour, de la compassion, de la miséricorde et de la solidarité un vrai programme de vie, un style de comportement dans nos relations les uns avec les autres[21]. Cela demande la conversion du cœur : c’est à dire que la grâce de Dieu transforme notre cœur de pierre en un cœur de chair (cf. Ex 36, 26), capables de s’ouvrir aux autres avec une solidarité authentique. Cela en effet, est beaucoup plus qu’un « sentiment de compassion vague ou d’attendrissement superficiel pour les maux subis par tant de personnes, proches ou lointaines »[22]. La solidarité « est la détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien commun, c’est-à-dire pour le bien de tous et de chacun parce que tous nous sommes vraiment responsables de tous »[23], parce que la compassion jaillit de la fraternité.

Ainsi comprise, la solidarité constitue l’attitude morale et sociale qui répond le mieux à la prise de conscience des plaies de notre temps et de l’incontestable interdépendance qui existe toujours plus, spécialement dans un monde globalisé, entre la vie de l’individu et de sa communauté dans un lieu déterminé et celle des autres hommes et femmes dans le reste du monde[24].

 

Promouvoir une culture de solidarité et de miséricorde pour vaincre l’indifférence

  1. La solidarité comme vertu morale et attitude sociale, fruit de la conversion personnelle, exige un engagement d’une multiplicité de sujets, qui ont une responsabilité de caractère éducatif et formateur.

Ma première pensée va aux familles, appelées à une mission éducative première et incontournable. Elles constituent le premier lieu où se vivent et se transmettent les valeurs de l’amour et de la fraternité, de la convivialité et du partage, de l’attention et du soin de l’autre. Elles sont aussi le milieu privilégié pour la transmission de la foi, en commençant par ces simples gestes de dévotion que les mères enseignent à leurs enfants[25].

Pour ce qui concerne les éducateurs et les formateurs qui, à l’école ou dans les différents centres de socialisation infantile et juvénile, ont la tâche exigeante d’éduquer des enfants et des jeunes, ils sont appelés à être conscients que leur responsabilité regarde les dimensions morales, spirituelles et sociales de la personne. Les valeurs de la liberté, du respect réciproque et de la solidarité peuvent être transmises dès le plus jeune âge. S’adressant aux responsables des institutions qui ont des tâches éducatives, Benoît XVI a affirmé : « Que chaque structure éducative puisse être un lieu d’ouverture au transcendant et aux autres ; un lieu de dialogue, de cohésion et d’écoute, où le jeune se sente valorisé dans ses propres potentialités et ses richesses intérieures, et apprenne à estimer vraiment ses frères. Que ce lieu puisse enseigner aussi à goûter la joie qui jaillit du fait de vivre, jour après jour, dans la charité et dans la compassion envers le prochain, et dans la participation active à la construction d’une société plus humaine et fraternelle »[26].

Les agents culturels et des moyens de communication sociale ont aussi une responsabilité dans le domaine de l’éducation et de la formation, spécialement dans la société contemporaine, où l’accès aux instruments d’information et de communication est toujours plus répandu. C’est leur tâche de se mettre par-dessus tout au service de la vérité et non d’intérêts particuliers. Les moyens de communication en effet, « non seulement informent, mais ils façonnent aussi l’esprit de leurs destinataires et ils peuvent donc contribuer de façon notable à l’éducation des jeunes. Il est important de retenir que le lien entre éducation et communication est très étroit : l’éducation advient en effet par les moyens de communication, qui influent sur la formation de la personne d’une manière positive ou négative »[27]. Les agents culturels et des media devraient être aussi vigilants afin que la manière dont ils obtiennent et diffusent les informations soit toujours juridiquement et moralement licite.

 

La paix : fruit d’une culture de solidarité, de miséricorde et de compassion

  1. Conscients de la menace d’une globalisation de l’indifférence, nous ne pouvons pas ne pas reconnaître que, dans le scenario décrit ci-dessus, s’insèrent aussi de nombreuses intiatives et actions positives qui témoignent la compassion, la miséricorde et la solidarité dont l’homme est capable.

Je voudrais rappeler quelques exemples d’engagement louable, qui montrent comment chacun peut vaincre l’indifférence lorsqu’il choisit de ne pas détourner le regard de son prochain, et qui constituent de bonnes pratiques sur le chemin vers une société plus humaine.

Il y a beaucoup d’organisations non grouvernementales et de groupes caritatifs, à l’intérieur de l’Église et en dehors d’elle, dont les membres, à l’occasion d’épidémies, de calamités ou de conflits armés, affrontent difficultés et dangers pour soigner les blessés et les malades et pour enterrer les défunts. À côté d’elles, je voudrais mentionner les personnes et les associations qui portent secours aux migrants qui traversent des déserts et sillonnent des mers à la recherche de meilleures conditions de vie. Ces actions sont des oeuvres de miséricorde corporelle et spirituelle, sur lesquelles nous serons jugés à la fin de notre vie.

Ma pensée va aux journalistes et aux photographes qui informent l’opinion publique sur les situations difficiles qui interpellent les consciences, et à ceux qui s’engagent pour la défense des droits humains, en particulier ceux des minorités ethniques et religieuses, des peuples indigènes, des femmes et des enfants, et de tous ceux qui vivent dans des conditions de plus grande vulnérabilité. Parmi eux, il y a aussi beaucoup de prêtres et de missionnaires qui, comme des bons pasteurs, restent à côté de leurs fidèles et les soutiennent malgré les dangers et les difficultés, en particulier durant les conflits armés.

Combien de familles, ensuite, au milieu de nombreuses difficultés sociales et de travail, s’engagent concrètement pour éduquer leurs enfants “à contre-courant”, au prix de beaucoup de sacrifices, aux valeurs de la solidarité, de la compassion et de la fraternité ! Combien de familles ouvrent leurs cœurs et leurs maisons à celui qui est dans le besoin, comme aux réfugiés et aux migrants ! Je veux remercier de façon particulière toutes les personnes, les familles, les paroisses, les communautés religieuses, les monastères et les sanctuaires, qui ont répondu rapidement à mon appel à accueillir une famille de réfugiés[28].

Enfin, je voudrais mentionner les jeunes qui s’unissent pour réaliser des projets de solidarité et tous ceux qui ouvrent leurs mains pour aider le prochain dans le besoin dans leurs villes, dans leurs pays ou dans d’autres régions du monde. Je veux remercier et encourager tous ceux qui s’engagent dans des actions de ce genre, même si elles ne font pas l’objet de publicité : leur faim et soif de justice sera rassasiée, leur miséricorde leur fera trouver miséricorde et, en tant qu’artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu (cf. Mt 5, 6-9).

 

La paix dans le signe du Jubilé de la Miséricorde

  1. Dans l’esprit du Jubilé de la Miséricorde, chacun est appeler à reconnaître comment l’indifférence se manifeste dans sa propre vie, et à adopter un engagement concret pour contribuer à améliorer la réalité dans laquelle il vit, à partir de sa propre famille, de son voisinage ou de son milieu de travail.

Les États sont aussi appelés à des gestes concrets, à des actes de courage à l’égard des personnes les plus fragiles de leurs sociétés, comme les prisonniers, les migrants, les chômeurs et les malades.

Pour ce qui concerne les détenus, dans beaucoup de cas, il semble urgent d’adopter des mesures concrètes pour améliorer leurs conditions de vie dans les prisons, accordant une attention spéciale à ceux qui sont privés de liberté en attente de jugement[29], ayant à l’esprit la finalité de rééducation de la sanction pénale et évaluant la possibilité d’insérer dans les législations nationales des peines alternatives à la détention carcérale. Dans ce contexte, je désire renouveler l’appel aux autorités étatiques pour l’abolition de la peine de mort, là où elle est encore en vigueur, et à considérer la possibilité d’une amnistie.

En ce qui concerne les migrants, je voudrais inviter à repenser les législations sur les migrations, afin qu’elles soient animées par la volonté de l’accueil, dans le respect des devoirs et des responsabilités réciproques, et puissent faciliter l’intégration des migrants. Dans cette perspective, une attention spéciale devrait être portée aux conditions de séjour des migrants, se rappelant que la clandestinité risque de les entraîner vers la criminalité.

Je désire, en outre, en cette Année jubilaire, formuler un appel pressant aux responsables des États à accomplir des gestes concrets en faveur de nos frères et sœurs qui souffrent à cause du manque de travail, de terre et de toit. Je pense à la création de postes de travail décent, pour lutter contre la plaie sociale du chômage, qui écrase un grand nombre de familles et de jeunes et a des conséquences très importantes sur le maintien de la société tout entière. Le manque de travail entame lourdement le sens de la dignité et de l’espérance, et peut être compensé seulement partiellement par des subsides, également nécessaires, destinés aux chômeurs et à leurs familles. Une attention spéciale devrait être donnée aux femmes – malheureusement encore discriminées dans le domaine du travail – et à certaines catégories de travailleurs, dont les conditions sont précaires ou dangereuses et dont les rétributions ne sont pas proportionnées à l’importance de leur mission sociale.

Enfin, je voudrais inviter à accomplir des actions efficaces pour améliorer les conditions de vie des malades, garantissant à tous l’accès à des soins médicaux et aux médicaments indispensables à la vie, y compris la possibilité de soins à domicile.

Tournant leur regard au-delà de leurs propres frontières, les responsables des États sont aussi appelés à renouveler leurs relations avec les autres peuples, permettant à tous une participation effective et une inclusion à la vie de la communauté internationale, afin que la fraternité se réalise également à l’intérieur de la famille des nations.

Dans cette perspective, je désire adresser un triple appel à s’abstenir d’entraîner les autres peuples dans des conflits ou des guerres qui en détruisent non seulement les richesses matérielles, culturelles et sociales, mais aussi – et pour longtemps – l’intégrité morale et spirituelle ; à l’effacement ou à la gestion soutenable de la dette internationale des pays les plus pauvres ; à l’adoption de politiques de coopération qui, au lieu de se plier à la dictature de certaines idéologies, soient respectueuses des valeurs des populations locales et qui, dans chaque cas, ne portent pas atteinte au droit fondamental et inaliénable des enfants à naître à la vie.

Je confie ces réflexions, ainsi que mes meilleurs vœux pour la nouvelle année, à l’intercession de Marie, la Très Sainte, Mère attentive aux besoins de l’humanité, afin qu’elle obtienne de son Fils Jésus, Prince de la Paix, d’exaucer nos supplications et de bénir notre engagement quotidien pour un monde fraternel et solidaire.

 

Du Vatican, le 8 décembre 2015

Pape François

[1] Conc. Oecum. Vat. II, Const. Past. Gaudium et spes, n.1. [2] Cf. Ibid. n.3. [3] Bulle d’indiction du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde, Misericordiae Vultus, nn. 14-15. [4] Cf. Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate, n. 43. [5] Cf. Ibid., n. 16. [6] Lett. enc. Populorum progressio, n.42. [7] « La société toujours plus globalisée nous rapproche, mais elle ne nous rend pas frères. La raison, à elle seule, est capable de comprendre l’égalité entre les hommes et d’établir une communauté de vie civique, mais elle ne parvient pas à créer la fraternité » (Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate, n.19). [8] Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 60. [9] Cf. Ibid. n. 54. [10] Message pour le Carême 2015. [11] Cf. Lett. enc. Laudato si’, n.92. [12] Cf. Ibid. n. 51. [13] Discours à l’occasion des vœux au Corps Diplomatique accrédité près le Saint-Siège, 7 janvier 2013. [14] Ibidem. [15] Cf. Benoît XVI, Intervention pendant la Journée de réflexion, de dialogue et de prière pour la paix et la justice dans le monde, Assise, 27 octobre 2011. [16] Cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, nn. 217-237. [17] « Tant que ne s’éliminent pas l’exclusion sociale et la disparité sociale, dans la société et entre les divers peuples, il sera impossible d’éradiquer la violence. On accuse les pauvres et les populations les plus pauvres de la violence, mais, sans égalité de chances, les différentes formes d’agression et de guerre trouveront un terrain fertile qui tôt ou tard provoquera l’explosion. Quand la société – locale, nationale ou mondiale – abandonne dans la périphérie une partie d’elle-même, il n’y a ni programmes politiques, ni forces de l’ordre ou d’intelligence qui puissent assurer sans fin la tranquillité. Cela n’arrive pas seulement parce que la disparité sociale provoque la réaction violente de ceux qui sont exclus du système, mais parce que le système social et économique est injuste à sa racine. De même que le bien tend à se communiquer, de même le mal auquel on consent, c’est-à-dire l’injustice, tend à répandre sa force nuisible et à démolir silencieusement les bases de tout système politique et social, quelle que soit sa solidité » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 59). [18] Cf. Lett. enc. Laudato si’, nn. 31.48. [19] Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2015, n. 2. [20] Bulle d’indiction du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde Misericordiae Vultus, n. 12. [21] Cf. ibid. n. 13. [22] Jean-Paul II, Lett. enc. Sollecitudo rei socialis, n. 38. [23] Ibid. [24] Cf. Ibid. [25] Cf. Catéchèse de l’Audience générale du 7 janvier 2015. [26] Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2012, n. 2. [27] Ibid. [28] Cf. Angelus du 6 septembre 2015. [29] Cf. Discours à la délégation de l’Association internationale de droit pénal, 23 octobre 2014.

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