AIX-EN-PROVENCE (BOUCHES-DU-RHÔNE), AMBROISE-THOMAS ROUX-ALPHERAN (1776-1858), CHEVALIERS DE L'ORDRE DE MALTE, CHRONOLOGIE DES PRIEURS DE L'EGLISE SAINT-JEAN, EGLISE SAINT-JEAN-DE-MALTE (Aix-en-Provence), HISTORIEN FRANÇAIS, ORDRE DE MALTE, ORDRE DES HOSPITALIERS DU SAINT-ESPRIT, PAROISSE SAINT-JEAN-DE-MALTE (Bouches-du-Rhône)

Chronologie des prieurs de l’église Saint-Jean par Ambroise Roux-Alphéran

 

CHRONOLOGIE DES PRIEURS DE L’ÉGLISE DE SAINT-JEAN,

Sceau_des_Grands_Prieurs_des_St_Gilles_au_XIIIeme_siècle.

Chapelains conventuels de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. 1

 

Frère DIDIER vivait en 1251, lors de la consécration de l’église et mourut en 1264. C’est le plus ancien prieur dont on ait connaissance, car nous n’admettons pas qu’il ait été le premier. Les Hospitaliers étaient alors établis à Aix depuis environ un siècle, et puisqu’ils avaient bâti une chapelle avant la construction de l’église actuelle, les prêtres qui la desservaient devaient avoir un chef qui portait probablement le titre de prieur. Didier est représenté la mitre en tête sur le principal bas-relief du tombeau des comtes Alphonse II, et Raymond-Bérenger IV, qu’on voit à Saint-Jean.

  1. RAYMOND ISNARDI, élu en 1264, mort en 1276. Le prieur de Naberat se sert constamment du terme d’élu tant à l’égard d’Isnardi qu’à celui de ses successeurs, et c’est avec raison, puisqu’alors ils étaient nommés et choisis par les autres religieux composant la communauté. Le commandeur d’Aix, chef de la maison, approuvait ce choix, ce qui a eu lieu jusqu’au milieu du XVe siècle. Depuis cette dernière époque, les commandeurs nous paraissent s’être arrogés le droit de nommer eux-mêmes les prieurs, sauf quelques exceptions que nous fairons connaître
  2. BERTRAND LANCE, élu en 1276, mort en 1288. Naberat place à la suite de ce prieur, un Guillaume de Villars qui n’est autre que Guillaume de Villaret alors grand-prieur de Saint-Gilles et depuis grand-mitre, duquel nous avons parlé plus haut. Aussi de Haitze, qui sans doute avait reconnu l’erreur, ne fit-il aucune mention de ce Guillaume de Villars comme prieur.
  3. ANDRÉ BAROLI, élu en 1288, mort en 1299. Ce prieur a été omis dans le prétendu catalogue publié par l’historien moderne de Saint-Jean, dans le tome V des Mémoires de l’Académie d’Aix(pag. 301), où sont également omis les trois suivants.
  4. PIERRE DE MALAMORT, élu en 1299, mort en 1312. En 1306, F. Dragonet de Montdragon, grand-prieur de Saint-Gilles, fit en personne la visite de l’église et du prieuré de Saint-Jean et fit dresser un inventaire des reliques et objets qui se trouvaient dans la sacristie, parmi lesquels existaient déjà la mitre et la crosse en ivoire dont parle de Haitze dans ses Curiosités d’Aix, pag. 169. Cet inventaire fut fait en présence des frères de l’Ordre dont les noms suivent et qui desservaient l’église à cette époque, savoir : les frères Pierre de Malamort, prieur, Jean Picard, Pierre de Roquebrune (Rocabruna), Jean Folquerii, Rostaing de Fracha, Jacques Magne, Vincent de Chalansono, Raymond Sorloqui, Guillaume de Aludya , Raymond Simon, Raymond de Bouc (de Buco) et Jean Colombeti. Acte reçu par Guillaume Estienne, notaire institué par Chartes II, roi de Naples, comte de Provence, etc. 2
  5. VINCENT VERRIER , élu en 1312, mort au plus tard en 1322.
  6. PIERRE de CURISIO, élu vers 1322, mort au plus tard en 1328. Ce prieur est inconnu, à l’auteur dont nous parlons dans la pag. précédente, comme il l’a été à Naberat et à de Haitze.
    Nous avons trouvé dans les titres du prieuré (sac B., n° 8), découverts par le prieur Viany, un demi siècle après la mort de Naberat, un acte du 8 août 1322, passé devant Guillaume Cavaleri, notaire, par lequel Pierre de Curisio, prieur de Saint-Jean, permet à Jean Pagani de convertir en vignoble une terre labourable située au terroir d’Aix, quartier de Casanova, qui supportait une redevance à l’église de Saint-Jean, et ce en présence et du consentement de F. Geoffroi Rostang, commandeur d’Aix, ce qui nous autorise à placer ici ce prieur dans notre chronologie.
  7. JACQUES DE CLERIO, chapelain du grand-maître Hélion de Villeneuve, fut nommé prieur par ce prince en 1328, et mourut en 1347. De son temps eut lieu la réformation du prieuré par le même grand-maître, que nous avons rapportée plus haut, et frère Isnard de Albarno, grand-prieur de Capoue et commandeur d’Aix, fonda dans l’église de Saint-Jean la chapelle des onze mille vierges. C’est ce commandeur que l’historien moderne de Saint-Jean a pris pour un prieur et qu’il a compris comme tel dans son prétendu catalogue sous les noms d’Isnard de Grasse, entre Jacques de Clerio et Pierre Curti. Le prieur de Clerio fit dresser, en 1333, un inventaire des reliques et du mobilier qui existaient dans la maison de Calissane, dépendante du prieuré de Saint-Jean. 3Parmi les reliques se trouvait une caisse en cristal renfermant la chemise de la bienheureuse vierge Marie, au sujet de laquelle chemise on peut voir : 1° l’arrêt du parlement d’Aix, du 8 juillet 1683, en faveur du prieur de Saint-Jean, Viany, à qui cet arrêt adjuge la moitié des offrandes faites à cette sainte relique ; 2° le Dictionnaire géographique de la Provence, par Achard, au mot Berre, pag. 338 ; 3°et la Statistique de la ville de Berre et de son terroir, par M. Porte, pag. 73 et 74.
  8. BERTRAND AUDIBERT, chapelain du grand-maître Dieudonné de Gozon, fut nommé par celui-ci prieur de Saint-Jean, le 5 octobre 1347, et mourut en 1352. Il a été encore inconnu à l’historien moderne de Saint-Jean qui l’a omis dans son prétendu catalogue, de même que les cinq prieurs qui suivent.
  9. JEAN TRIPOLI, élu en 1352, mort en 1355.
  10. HUGUES DE ALERIO, élu en 1355, mort en 1375. Il est appelé de Clerio dans quelques titres, probablement par erreur.
  11. PIERRE AYCARDI, élu en 1375, mort en 1401. Sous lui le nombre des prêtres desservant l’église de Saint-Jean fut réduit à douze, attendu l’insuffisance des revenus, occasionnée par les guerres qui désolèrent la Provence pendant le règne de la reine Jeanne et celui des premiers comtes de la seconde maison d’Anjou. De son temps encore , F. Bernard Grassi, l’un des prêtres de Saint-Jean, fut élu grand-prieur de l’église de Rhodes, ainsi que nous l’avons dit ci-dessus d’après Naberat. 4
  12. RAYMOND ROSTINI, élu en 1401, mort en 1404.
  13. ROSTANG MALIPILI, élu en 1404, mort en 1408.
  14. PIERRE CURTI, était curé de la paroisse Saint-Sauveur d’Aix, 5lorsqu’il fut nommé prieur de Saint-Jean en 1408. Il mourut en 1434 et non en 1424 comme le disent Naberat et de Haitze, car on trouve dans les archives du prieuré une foule d’actes de reconnaissances passés en sa faveur dans le courant des années 1427, 1432 et 1433. Il assista au chapitre général de l’Ordre tenu dans son église en 1410, sous le grand-maître Philibert de Naillac. 6Il parait que c’était un saint personnage, puisque après sa mort, son portrait fut placé sur l’autel de la chapelle de Saint-Barthélemy où il se trouvait lors de la visite de 1613. 7 Ce portrait existait encore dans la sacristie de Saint-Jean au moment de la révolution et a disparu depuis. Le prieur Curti y était représenté à genoux, en robe et en manteau long, marqué d’une croix sur l’épaule gauche, sans colet, ayant la tête rase et une couronne de cheveux.. Tel était le costume des prieurs de Saint-Jean dans leur église, avant qu’ils prissent le camail.
  15. MATHIEU HONORAT, d’une famille d’Aix aujourd’hui éteinte, qui avait donné plusieurs consuls et deux conseillers au parlement au XVIIe siècle et possédé la seigneurie de Porcieux, fut nommé prieur de Saint-Jean le 27 janvier 1434 (Lantelmi, notaire), et non en 1424 comme le disent Naberat, de Haitze et l’historien moderne de Saint-Jean, par frère Elzéar de Glandevès, bailli de Manosque et lieutenant du grand-prieur de Saint-Gilles frère Bertrand d’Arpajon, avec le consentement des autres religieux desservant l’église. Il mourut en 1462.
  16. ANTOINE HONORAT, neveu du précédent, lui succéda en 1468, après six ans de vacance du prieuré, et mourut en 1472.
  17. HUGUES ARBAUD, fils de noble Arbaud d’Arbaud, premier syndic d’Aix en 1428, 8nommé par le pape Paul II, en 1470, mourut en 1483, suivant Naberat et de Haitze. Nous remarquerons encore ici une inexactitude de ces auteurs qui font élire ce prieur suivant les formes ordinaires en 1482 seulement. C’est qu’ils ne connaissaient pas, sans doute, la bulle du pape en date des ides de janvier 1469 (v. st.) qui commet Bérenger de Rupe, chanoine official de l’église cathédrale de Marseille, pour l’exécution d’une autre bulle en date du même jour, portant collation du prieuré de Saint-Jean vacant par le décès de F. Mathieu Honorat, en faveur de Hugues Arbaud ; lesdites bulles suivies de la procédure faite à ce sujet à Aix, dans la maison de noble Jean Gastinelli, le 22 juin 1470, en présence de magnifique Palamède de Fortin, seigneur de Soliès, et de Pierre de Guiramand, seigneur de La Pène. Il y a apparence que Hugues Arbaud, quoique nommé par le pape, ne voulut ou ne put prendre possession qu’en 1472, après la mort d’Antoine Honorat pourvu légalement depuis 1468 et antérieurement aux bulles du pape. 9
  18. GUILLAUME DE RONCHINOL, natif de Mâcon dans la langue d’Auvergne, fut nommé, en 1483, par honoré de Pontevès, seigneur de Bargème, en qualité de procureur fondé de frère Antoine de Pontevès, commandeur d’Aix, son frère, lequel approuva cette nomination le 24 septembre de la même année. 10Le grand-prieur de Saint-Gilles, Préjan de Pidoux, partant pour Rhodes au mois de mars 1518, l’établit son vicaire-général. 11Il parait qu’étant tombé malade, il se démit du prieuré en 1526 et alla mourir à Montpellier en 1528.
  19. FRANÇOIS LARISSE, l’un des quatre chapelains du grand-maître, Philippe Villiers de l’Isle-Adam, fut nommé par lui le 22 septembre 1526, lorsque le gouvernement de l’Ordre résidait momentanément à Nice après la perte de l’île de Rhodes. Il mourut en 1530, suivant Naberat et de Haitze, car l’historien moderne de Saint-Jean ne fait aucune mention de lui, non plus que de Hugues Arbaud nommé plus haut.
  20. VALENTIN DUBOIS (de Bosco), élu en 1530, mourut le 22 juillet 1555. Il était auparavant chanoine régulier de Saint-Ruf, et il appartenait à une famille noble alors établie en Savoie, transplantée depuis à Apt en Provence, où elle est plus connue sous le nom de Saint-Vincent, ce qu’on prouve par le sceau de ce prieur apposé au bas de diverses pièces signées de lui et conservées aux archives du prieuré. On voit sur ce sceau deux lances posées en sautoir qui sont les armes de la famille Dubois de Saint-Vincent. L’historien moderne de Saint-Jean place l’avènement de Valentin Dubois à l’année 1555 qui est celle de sa mort, et le fait succéder à un Géraud Dubois qui n’a jamais été prieur. Ce Géraud ou plutôt Giraud, était frère de Valentin et tous les deux, membres de l’ordre de Saint-Jean, étaient les neveux de F. Poncet d’Urre, bailli de Manosque et commandeur d’Aix, auquel ils firent élever au milieu du chœur de l’église de Saint-Jean, en 1548, un mausolée qui fut transporté, sous le prieur Viany, dans la chapelle de la reine Béatrix. 12
  21. JEAN NICOLAS, servant d’armes et commandeur de Joucas, fut commis en 1555, après la mort du prieur Dubois, à la garde du prieuré en qualité de capitaine avec garnison, à la charge de se faire ordonner prêtre lorsque les troubles occasionnés par les guerres de religion seraient appaisés ; de quoi il se fit décharger par le chapitre général tenu à Montpellier le 7 mai 1560, et plus tard il obtint du grand-maître Hugues de Loubenx de Verdalle, une bulle qui le confirma dans la jouissance du prieuré en 1583. En 1565, il avait été porteur des lettres que le grand-maître Jean de la Valette écrivit au roi Charles IX, à la reine mère et aux princes du sang, alors à Bayonne, pour leur donner avis du siège de Malte que les Turcs allaient entreprendre et solliciter des secours. 13C’est ce prieur que l’historien moderne de Saint-Jean place mal à propos après Guillaume de Ronchinol et avant le prétendu Géraud Dubois dont nous avons parlé sous le précédent prieur. Jean Nicolas mourut à Aix, le 24 février 1592.
  22. ANGELO PACE, Sicilien ou, selon d’autres, Calabrais, de la langue d’Italie, se trouvait à Rome lorsqu’il apprit la mort du prieur Nicolas. Il s’adressa au pape Clément VIII qui le pourvut, en 1595, 14du prieuré de Saint-Jean, en sa qualité de chef et supérieur suprême de l’Ordre. Mais ses bulles ne furent jamais enregistrées par l’effet des oppositions de F. Jean de Castellane d’Aluis, commandeur d’Aix, qui se mit en possession des revenus du prieuré. 15C’est ce commandeur d’Aluis, et non Dalvis, dont l’historien moderne de Saint-Jean fait un prieur sous le nom de Dalvis de Castellane. A sa mort, arrivée six ou sept ans après, le receveur de l’Ordre au grand-prieuré de Saint-Gilles, conféra le prieuré de Saint-Jean à F. Jacques Sallonis, servant d’armes, natif de Berre, lequel se mit en possession et jouit des revenus, jusqu’à ce que le prieur Pace, voyant ses poursuites inutiles, se rendit à Malte où il se démit, le 24 mai 1602, entre les mains du grand-maître Alof de Vignacourt.
  23. ANNE DE NABERAT, de la langue d’Auvergne, commandeur de Ville-Jésus et de Lieu-Dieu, ensuite prieur de Saint-Chartrier, vicaire et visiteur-général in spiritualibusdes grands-prieurés de Saint-Gilles et d’Auvergne, fut pourvu du prieuré de Saint-Jean le même jour 24 mai 1602, par provisions magistrales confirmées par le pape Clément VIII le 12 septembre suivant.
    En 1611, il échangea sa commanderie de Ville-Jésus pour celle du Temple d’Ayen et devînt successivement aumônier du roi, puis de la reine. Il mourut au mois de février 1630, âgé d’environ soixante-quatre ans, à Paris où il s’était rendu l’année précédente pour faire imprimer son dernier ouvrage, car c’était un homme de lettres qui a laissé plusieurs monuments de son savoir. 16Il avait puissamment contribué à relever le prieuré de Saint-Jean des pertes que les troubles du XVIe siècle lui avaient occasionnées.
  24. HONORÉ PELLEGRIN. porteur d’un bref apostolique de survivance de l’année 1623, fut mis en possession du prieuré de Saint-Jean, aussitôt après la mort de Naberat. La peste faisait alors les plus grands ravages dans Aix, en sorte que cette prise de possession eut lieu de visu, des hauteurs du Prignon, au pied de la tour dite de la Prouvenquoou de laKeirié17 Les désagréments qu’il eut à éprouver de la part de F. Jean de Berre, commandeur d’Aix, qui voulait le faire destituer pour mettre à sa place F. Hercules de Berre, son neveu, le forcèrent à se retirer à Malte où il mourut le 19 janvier 1649.
  25. HERCULES DE BERRE, des seigneurs de Collongue, protonotaire du Saint-Siége, nommé en survivance du précédent par le commandeur d’Aix, son oncle, depuis 1630, et par autres bulles du grand-maître Jean-Paul de Lascaris-Castellar, des 18 avril 1638 et 20 janvier 1649, prit possession le 19 février suivant. 18En 1653, il fut privé de l’administration du prieuré par la langue de Provence et rétabli l’année d’après. Mais en 1657, il fut suspendu de nouveau et F. Pierre de Chailan, qui fut depuis son successeur, administra le prieuré pendant son interdiction qui dura jusqu’à sa mort arrivée à Aix le 29 août 1666. Les divers auteurs des nobiliaires de Provence le nomment Jean de Berre au lieu d’Hercules ; c’est une erreur. Deux de ces auteurs ajoutent qu’il était d’une simplicité apostolique. 19
  26. PIERRE DE CHAILAN, des seigneurs de Villevieille, 20capiscol, puis infirmier de l’église collégiale de Saint-Gilles, fut nommé prieur de Saint-Jean le 10 septembre 1666, par F. Antoine de Glandevès-Castellet, bailli de Manosque et commandeur d’Aix, et prit possession, le 4 octobre suivant, 21du prieuré qu’il administrait depuis 1657. Il n’en jouit pas longtemps, étant mort à Malte au mois d’avril 1667. C’est le dernier prieur nommé par un commandeur d’Aix ; les suivants, au nombre de six, l’ont tous été par des grands-maîtres.
  27. JEAN-CLAUDE VIANY, frère consanguin de Pierre, grand-prieur de l’église de Malte dont nous avons parlé plus haut, né à Aix le 18 janvier 1659, 22fut nommé au prieuré de Saint-Jean, le 22 avril 1667, par le grand-maître Nicolas Cotoner, 23et prit possession le 15 juin suivant. 24 Il s’appliqua dès lors à restaurer son église qui lui doit ses principaux embellissements. Nous ne les rapporterons pas ici, pour ne pas nous répéter. Ils sont indiqués d’ailleurs avec le plus grand détail dans la notice publiée par l’historien moderne de St-Jean. En 1698 et le 10 mai, il obtint du pape Innocent XII, un bref qui lui donnait pour coadjuteur, F. Jacques-Christophle Viany, son neveu 25 ; mais celui-ci étant mort en 1703, et bien d’autres désagréments ayant été suscités au prieur Viany, par les ennemis que son caractère hautain et impérieux lui avait fait, notamment le bailli de Merles-Beauchamp, commandeur d’Aix, il se démit du prieuré en 1720, entre les mains du grand-maître Zondodari. Il vécut encore six ans et mourut à Aix, le 16 mars 1726 , âgé de quatre-vingt-sept ans et quelques mois. 26 Il était bon littérateur et lié avec les beaux esprits de son temps.
  28. PAUL ALPHERAN, neveu de Melchior alors grand-prieur de l’église de Malte duquel il a été parlé ci-dessus, né à Aix le 28 octobre 1686, fut pourvu du prieuré de Saint-Jean par le grand-maître Marc-Antoine Zondodari, le 13 juin 1720, et prit possession par procureur le 26 juillet suivant. 27L évêché de Malte étant venu à vaquer en 1727, le grand-maître Antoine-Manuel de Villhena, dont il était secrétaire en chef et qui l’avait employé en diverses négociations importantes auprès du vice-roi de Sicile, le porta, de concert avec le grand-conseil de l’Ordre, en tête de la liste des trois sujets qu’ils devaient présenter à l’empereur Charles VI, à qui appartenait en ce moment la nomination comme roi de Sicile. Il fut nommé en effet par ce monarque le 15 octobre de la même année, et le pape Benoît XIII, fit en personne la cérémonie de son sacre dans la chapelle de Saint-Pie au Vatican, le 14 mars 1728, le décorant le même jour du titre de prélat domestique et d’assistant au trône pontifical. 28
    Pendant près de trente ans qu’il gouverna le diocèse de Malte, il ne cessa de donner l’exemple de toutes les vertus. Il fit bâtir à ses dépens un séminaire qu’il dota de fonds suffisants pour élever et entretenir gratuitement vingt jeunes ecclésiastiques pauvres et y attacha une riche bibliothèque. C’est lui qui fit accorder par le pape aux chanoines du chapitre de Malte en 1749, le droit d’assister aux offices de la cathédrale avec la croix pectorale et la mitre. Il mourut dans son palais épiscopal le 20 avril 1757, et fut inhumé dans la chapelle souterraine de son église destinée à la sépulture des évêques. Le pape Benoît XIV, l’avait nommé archevêque de Damiete in partibuset se proposait, dit-on, de le décorer de la pourpre romaine lorsque la mort enleva l’évêque avec lequel il était lié d’une étroite amitié. 29 Celui-ci s’était démis, depuis le mois de juin 1729, du prieuré de Saint-Jean d’Aix, dont l’historien moderne de cette église le fait jouir jusqu’en 1754, on ne sait sur quel fondement.
  29. JEAN-MELCHIOR ALPHERAN, frère du précédent, né à Aix le 5 mai 1690, fut nommé prieur de Saint-Jean le 3 juillet 1729, par le grand-maître Antoine-Manuel de Villhena, et prit possession le 25 août suivant. 30Il eut à soutenir contre M. de Brancas, archevêque d’Aix, relativement à l’administration des sacrements dans son église, des démêlés dont on trouve une analyse dans les mémoires du clergé. 31Convaincu du néant de la vie humaine et de la vanité des grandeurs de ce monde, il résolut de se retirer dans la maison de Sept-Fonts, abbaye de l’ordre de Cîteaux, à quelques lieues de Moulins en Bourbonnais, célèbre par l’austérité de la règle qu’on y observait. Il y fit un premier voyage en 1740, et y retourna quatre ans plus tard pour y prendre l’habit qu’il revêtit en effet le 21 novembre 1743. Une lettre qu’il écrivit à sa famille le même jour pour lui faire connaître sa dernière résolution, est signée F. Joseph, prieur d’Aix, novice à Sept-Fonts, et ajoute par P. S.: M. l’abbé m’a donné ce nom à cause de son prédécesseur qui le portait.
    En 1750, il fut nommé prieur de cette sainte maison et au mois de mars 1755, l’abbé de Sept-Fonts était mort, le roi Louis XV nomma le frère Joseph pour lui succéder. Enfin, après une pénitence des plus rigides pendant environ quatorze ans, il mourut sur la cendre, en odeur de sainteté, le 11 août 1757, quelques mois après l’évêque de Malte son frère. Tel fut le saint personnage que l’historien moderne de Saint-Jean n’a pas même nommé dans son prétendu catalogue des prieurs de cette église.
    En quittant pour toujours sa ville natale, il avait passé par Rognes dont il avait été longtemps curé dans sa jeunesse et où il avait fait tant de bien pendant la peste de 1720 et 1721, et il avait déposé dans l’église paroissiale de ce lieu, une lampe en argent autour de laquelle on lisait cette inscription : ad dirigendos pedes nostros in viam pacis32 Nous ignorons ce qu’est devenue cette lampe. Dès le jour où il eut terminé son noviciat à Sept-Fonts, le frère Joseph avait envoyé à Malte sa démission du prieuré de Saint-Jean que le grand-maître Emmanuel Pinto, conféra, le 28 décembre 1744, au frère suivant.
  30. JEAN-BAPTISTE DE VIGUIER, ancien religieux Augustin de la maison d’Aix, d’une noble et ancienne famille d’Arles où il était né le 18 mars 1707. Il était frère du commandeur Paul-Antoine de Viguier, célèbre dans l’Ordre pour avoir découvert, en 1749, la conspiration ourdie par Mustapha, pacha de Rhodes, tendant à égorger le grand-maître ainsi que tous les chevaliers et à s’emparer de Malte où ce pacha était prisonnier. Le prieur de Viguier prit possession le 3 juin 1745, 33et ayant été appelé à Malte environ vingt-cinq ans plus tard, il y mourut au mois d’août 1773, ne laissant dans Aix que le souvenir de la reconstruction de la pointe du clocher que la foudre avait abattue en 1754, ainsi que nous l’avons dit plus haut. Le grand-maître François Ximenès de Texade, nomma pour lui succéder, le 23 du même mois d’août
  31. JOSEPH-FELIX ALPHERAN, cousin de Paul et de Jean-Melchior, né à Aix le 9 juillet 1720, fils de Félix, qui fut depuis dernier consul de cette ville en 1724, et petit-fils de François qui l’avait été en 1649 et 1650, après les troubles du Semestre. Il prit possession le 6 octobre 1773, 34et fut pourvu en 1782 de la commanderie de Gouts au grand-prieuré de Toulouse.
    S’étant démis du prieuré de Saint-Jean en 1788, il sortit de France quatre ans plus tard à cause des troubles et rentra peu de mois après pour se réfugier à Lyon où il se trouva pendant le fameux siége que cette ville soutint contre les républicains en 1793. Il se retira lors de la catastrophe du 18 fructidor, en Toscane, d’où il revint à Aix à la fin de 1801, et il y mourut le 11 février 1806. C’est lui qui avait donné à son église le grand tableau qu’on y voit encore, représentant la descente de croix, bonne copie du Barroche, qu’il avait acheté des pénitents noirs de celle ville après la dissolution de cette compagnie en 1771.
  32. JEAN-FRANÇOIS ALPHERAN, né à Aix le 29 avril 1753, neveu du précédent, lui fut donné pour successeur par le grand-maître Emmanuel de Rohan, le 26 août 1788, et prit possession le 1er décembre suivant. 35A la fin de février 1792, voyant ses jours menacés, il passa à Nice, de là à Tarin, puis en Toscane et en Angleterre, et enfin à Malte où il se trouvait, au mois de juin 1798, lors de la prise de cette île par le général Bonaparte. Proscrit en France comme émigré et comme frère de deux émigrés, 36l’un desquels était mort l’année précédente sous les drapeaux du prince de Condé ; dénué de toute ressource par l’anéantissement de son Ordre ; entraîné d’ailleurs par l’exemple de quelques amis intimes, 37 il ne vit de salut pour lui que dans les rangs de l’armée française qu’il suivit en Egypte, 38 avec le général du Muy son compatriote. Celui-ci étant retourné en Europe, le prieur Alpheran fut placé dans l’état-major du général Menou qui devint bientôt après général en chef de l’armée d’Egypte. Il rentra avec lui en France à la fin de l’année 1801. De puissantes protections auprès du général Bonaparte, alors premier consul, auraient pu lui faire obtenir un des évêchés nouvellement créés en vertu du Concordat conclu avec le pape Pie VII ; mais il se refusa à toute espèce de démarches, opposant ainsi aux détracteurs de sa conduite, un désintéressement noble et franc que tous ne surent pas imiter. Après quelques années de séjour à Paris et à Turin, il fit un dernier voyage à Aix, et y mourut le 5 octobre 1808.

On sait qu’après la prise de Malte par les Français, l’empereur de Russie Paul 1er, mit les débris de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem sous sa protection et s’en déclara grand-maître. Il fut dit dans le temps que, considérant le prieuré de Saint-Jean d’Aix comme vacant par la retraite du prieur Alpheran en Egypte, le nouveau grand-maître en avait conféré le titre à frère Auguste Bonnet de la Beaume, natif d’Aix, ancien conseiller-clerc au parlement de Provence, alors émigré, qui s’était fait affilier à l’Ordre. Faute de documents précis, nous n’affirmerons rien à cet égard ; mais nous rappellerons que depuis l’époque de la restauration en 1814, jusqu’à la mort de l’abbé de la Beaume, arrivée à Aix à la fin de janvier 1820, celui-ci, devenu chanoine de Saint-Sauveur, a porté publiquement la décoration de l’ordre de Malte et a étalé sur sa voiture l’écu de ses armes entouré du cordon de cet Ordre, sans y ajouter néanmoins la mitre et la crosse en cimier, comme il aurait pu le faire en qualité de prieur de Saint-Jean. Ainsi, doit-on le compter au nombre des prieurs, ou non ? Nous en laissons le choix à nos lecteurs, en leur faisant observer seulement que ce n’eût été pour lui qu’un titre sans attributs, l’église de Saint-Jean ayant cessé d’appartenir à l’ordre de Malte depuis 1792.

 

1 Cette chronologie, dressée par le prieur Anne de Naberat sur les titres du prieuré, fut par lui jointe au procès-verbal de la visite faite en 1613, dont nous avons parlé ci-dessus. Le prieur Viany la communiqua, un siècle plus tard, à son ami P. J. de Haitze qui l’a insérée, suivant l’ordre des dates, dans son Histoire d’Aix demeurée manuscrite. Il est vraiment surprenant que l’historien moderne de Saint-Jean n’ait su la voir là ni là, lui qui cite si souvent les archives du prieuré et l’ouvrage de de Haitze, dans sa Notice historique et archéologique imprimée au tom. V des Mém. de l’acad. d’Aix. Nous avons relevé dans le prétendu catalogue qui suit cette notice et qui comprend vingt-trois lignes seulement, l’omission de treize prieurs, la supposition de trois autres, la transposition d’un autre et une douzaine de dates fausses, ainsi que nous l’écrivîmes, le 10 septembre 1845, à l’éditeur du Mémorial d’Aix, qui inséra notre lettre dans sa feuille du lendemain 11 septembre. Il fut tiré de cette lettre quelques exemplaires séparés que nous distribuâmes à nos amis, uniquement, nous le répétons, par amour et dans l’intérêt de la vérité historique fortement compromise par la publication faite sous le patronage d’un corps savant et respectable, d’un travail rempli d’anachronismes au milieu d’une foule de passages vraiment dignes d’éloges, nous le répétons aussi, dut encore l’auteur répéter de son côté que nous amusons le public par nos petitesses. La chronologie de Naberat s’arrête à 1615 ; nous l’avons continuée jusqu’à la suppression du prieuré, en 1792. Retour

2 Reg. intitulé Vita de Naberat fol. 100 et 101. Retour

3 Registre de Guillaume Ripert, notaire d’Aix, année 1333. Retour

4 Voyez ci-dessus, pag. 306 et suivRetour

5 Cette qualification lui est donnée dans le testament de Michel Picard , reçu le 22 avril 1405, par Jean de Turribus, notaire d’Aix Archives du Prieuré, sac R, n° 42. Retour

6 Voyez ci-dessus, pag. 310Retour

7 Voyez ci-dessus, pag. 320Retour

8 Voyez notre 1er vol. pag. 20 et 21Retour

9 Ces bulles, conservées aux archives du prieuré, sac EE n° 23, furent découvertes par le prieur Viany, longtemps après la mort de Naberat. Retour

10 Voyez ci-dessus ce qui est dit de la transaction passée entre le commandeur de Pontevès et le prieur de Ronchinol, au sujet du partage des biens de la commanderie d’Aix. Retour

11 Raybaud, Hist. du grand-prieuré de Saint-Gilles, tom. 1er, pag. 418. Retour

12 Voyez ci-dessus, pag. 317, ce qui est dit au sujet de ce tombeau qui, lors de sa translation dans la chapelle du transsept du sud, fut dépécé en plusieurs pièces. Les deux inscriptions rapportées dans le tom. V des Mém.. de l’Acad. d’Aix, pag. 242 et 268, n’en formaient qu’une sur l’un des fragments de laquelle on lit encore le mot prior appliqué à Valentin Dubois, et que l’historien moderne a cru pouvoir interpréter par priores qu’il applique ainsi tant à Valentin qu’à Géraud-Dubois, et c’est sur ce fondement, seul qu’il fait de celui-ci un prieur, contre toute vérité. Retour

13 Raybaud, Hist. du grand-prieuré de Saint-Gilles, tom. 1er , pag. 471. Retour

14 Archives, sac Z, n° 18. Retour

15 Archives du prieuré et mémoires imprimés du prieur Viany, contre le commandeur de Merles-Beauchamp. Retour

16 Voici la liste de ses ouvrages imprimés :
Advertissements chrestiens et politiques, recueillis de divers autheurs anciens et modernes, par F. A. de Naberat, commandeur de Ville-Jésus, prieur de Saint-Jean d’Aix et de Saint-Chartrier, conseiller et aumosnier ordinaire du roi. Aix, Tholosan, 1610, in-16.
Instruction pour faire les preuves de noblesse des chevaliers de Malte, la forme de donner l’habit, et faire les ameillorissements de leurs commanderies, colligée par F. A. de Naberat, etc. Aix,Tholosan, 1610, in-16. Se relie avec le précédent.
Malte suppliante aux pieds du roi, contre un mémoire pour la réunion de la grande-maîtrise à la couronne, par frère Anne de Naberat, conseiller aumosnier servant la reine, 1627, in-4°, sans nom de lieu (mais à Aix, chez Etienne David, gendre de Tholosan, ce qui se prouve par le papier et les caractères employés).
Sommaire des privilégies octroyés à l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, par F. A. de Naberat, avec les portraits des grands-maîtres. Paris, 1630, in-f° -Ce sommaire se trouve aussi à la suite de l’Histoire des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, traduite de l’Italien, de Bosio, par Boissat, avec les annotations de Baudoin, Paris, Soly, 1629, in-f° – On le trouve encore avec Malte suppliante et l’Instruction pour les preuves, etc., à la suite de l’Histoire des chevaliers, par Bosio, avec les annotations de Baudoin, Paris, 1643, in-f°. Retour

17 Cet acte, reçu à la date du 21 février 1630, par Jean-Gaspard Jaubert, notaire à Rians, nous a été communiqué avec beaucoup de politesse par M. Pailheiret, notaire dudit Rians, propriétaire actuel de la minute. Boniface Alpheran, notaire d’Aix, réfugié à Esparron de Pallières, attendu la contagion, y intervient comme procureur-fondé du prieur Pellegrin, alors à Malte, duquel il déclare ne pouvoir représenter les titres qui sont à Aix dans sa maison où la peste l’empêche d’aller les chercher ; et sur cet exposé le chevalier frère François d’Agoult-Seillon, met ledit Pellegrin en possession de son prieuré. Retour

18 PJ. de Haitze, Hist. d’Aix, manuscrite, liv. XVIII, § 19. Retour

19 Robert de Briançon, Etat de la Prov., etc., tom. 1er, pag. 385 ; -Maynier, Hist. de la principale nobl. de Prov., 1ère part., pag. 74 ; – Artefeuil, Hist. hér. et univ. de la nobl. de Prov., tom. 1er, pag. 138 ; – Barcilon de Mauvans. Critiq. du nobil. de Prov., mss., au mot BerreRetour

20 Tome III ou Supplém. au nobil. de Provence d’Artefeuil au mot Chailan, pag. 122, branche de Villevieille. Retour

21 P-J. de Haitze, Hist. d’Aix, manuscrite, liv. XXII, § 25. Retour

22 Sa mère s’appelait Louise de Albis et non Balbi, comme le dit l’historien moderne de Saint-Jean, pag. 264 du tom. V des Mémoires de l’Acad. d’Aix. La première femme de l’avocat Jacques Viany, mère du grand-prieur, se nommait Anne Vanel. Retour

23 Archives du Prieuré, sac DD, n° 30 et 31. Retour

24 P.-J. de Haitze, Hist. d’Aix, manuscrite, liv. XXII, § 28. Retour

25 Archives du Prieuré. Retour

26 C’est à tort que l’historien moderne de Saint-Jean le fait mourir à Malte (tom. V des Mém. de l’acad. d’Aix, pag. 293). Il fut enterré dans son église de Saint-Jean, au pied du maître-autel, et sur sa tombe fut placée une inscription sépulcrale que chacun a vue ou pu voir jusqu’en 1835, époque à laquelle elle fut recouverte par le nouveau pavé du chœur de l’église en carreaux de marbres gris et blanc. Cette épitaphe est rapportée d’ailleurs dans le manuscrit du P. Moulin, conservé à la bibliothèque Méjanes, où l’auteur dont nous parlons a puisé toutes les inscriptions qu’il a copiées dans sa notice et où il a dû voir celle-ci. – Les ouvrages imprimés du prieur Viany ne sont, en général, que des pièces fugitives en vers et quelques discours en prose aux ducs de Bourgogne et de Berri, au roi d’Espagne Philippe V, etc. Retour

27 Acte reçu ledit jour par Michel Jean, notaire à Aix, et non par Me Thibaud, comme il est dit par erreur au tom. V des Mém. de l’acad. d’Aix, pag. 295. Retour

28 Notice des Provençaux qui ont été élevés à l’épiscopat, par le P. Bicaïs, de l’Oratoire, mss. de la biblioth. Méjanes, pag. 334, où l’on trouve l’éloge de cet évêque. On ne peut dissimuler toutefois qu’il fut accusé d’ostentation et de vanité, plus qu’il ne convenait à son état. Le jour de son sacre, dans sa première lettre pastorale adressée à ses diocésains (datum Romae extra portam Flaminiam 14 martii M DCC XXVIII), il prit pour surnom le nom de Bussan, qui était celui de sa quatrième aïeule (*) et le fit prendre à son frère aîné Claude, ennobli quelques années auparavant. Les descendants de celui-ci l’ont porté constamment depuis lors et le portent encore de nos jours, en mémoire de cet illustre prélat. Ce dernier jouissait en sus de l’évêché de Malte, de la commanderie de Vahours, l’une des plus importantes de l’Ordre au grand-prieuré de Saint-Gilles, et de celle de Gabre et Capoulet au grand-prieuré de Toulouse, ce qui lui procurait des revenus très considérables dont il faisait un noble emploi, source peut-être de la jalousie que son élévation avait suscitée contre lui parmi les autres chapelains. -Voyez aussi les savants et curieux manuscrits du chevalier Louis de Boisgelin, concernant l’ordre de Malte, déposés à la bibliothèque Méjanes à Aix, par le chevalier Joseph de Boisgelin, neveu de l’auteur. Retour

29 Nous sommes redevable à M. le chevalier Miége, ancien consul de France à Malte, auteur d’une excellente histoire de cette île (**), aujourd’hui agent des affaires étrangères à Marseille, d’une foule de documents dont nous n’avions aucune connaissance sur les monuments élevés à Malte par l’évêque Paul Alpheran, les diverses inscriptions qui y existent encore en son honneur ou celui du grand-prieur de l’église, son oncle, etc., notamment sur un ancien cimetière de l’île du Goze où cet évêque pensait qu’avaient été enterrés une partie des compagnons de Saint-Louis, après la seconde croisade de ce prince en 1270. M. Miége a eu l’extrême obligeance d’en écrire à deux de ses amis, M. le chevalier Augustin Portelli, membre du conseil du gouvernement à Malte, et M. César Vassallo, bibliothécaire de cette ville, qui, à sa recommandation, nous ont fourni, avec toute l’honnêteté possible, les détails les plus étendus et même de très beaux dessins touchant ce cimetière du Goze dont parlent le comte de Borch et Ciantar dans les ouvrages que nous citons ci-dessous (***) .Nous nous proposons de donner un jour au public, si Dieu nous prête vie, une notice sur ce curieux monument absolument inconnu en France, et nous y exprimerons mieux que nous ne pouvons le faire ici, les sentiments de vive reconnaissance et de haute estime dont nous sommes pénétré envers lesdits MM. Miége, Portelli et Vassallo.

* Voyez notre 1er vol., pag. 471, 472 et 474.
** Histoire de Malte, par M. Miége, ancien consul de France à Malte, etc., Paris, 1840, 3 vol., in-8°.
*** Lettres sur la Sicile et sur l’île de Malte, par M. le comte de Borch, écrites en 1777 ; Turin, 1782, 2 vol. in-8°, tom. II, p. 10 et 11. – Malta illustrata, ovvero descrizione di Malta, etc., del Commandatore Giovanno Francisco Abela, correta,accresciutta et continovata dal conte Giovanno Antounio Ciantar. etc. Malta, 1772, in-f° Lib. I. not. X, pag. 358, et tav. XVIII. Retour

30 Acte reçu ledit jour par Thibaud, notaire à Aix. Retour

31 Recueil des Actes, titres et mémoires concernant les affaires du clergé de France, ou table raisonnée, formant le tom. XVI ; 2e partie, pag. 117.- Mais dans le procès-verbal de visite du prieuré d’Aix, du 30 décembre 1776, on voit que l’archevêque fut condamné par arrêt du conseil du roi, du 30 janvier 1760, et autre arrêt de défaut du 8 août 1761, signifié et devenu définitif faute d’opposition, portant qu’il y a abus dans l’ordonnance de l’archevêque, en ce qui touche les églises, chapelles et oratoires de l’ordre de Malte. Retour

32 Cantiq. de ZacharRetour

33 Acte reçu ledit jour, par Rambot, notaire à Aix. Retour

34 Acte reçu ledit jour, par Rambot, notaire à Aix. Retour

35 Acte reçu ledit jour, par Jean-Boniface Bremond, notaire à Aix. L’historien moderne de Saint-Jean dit (pag. 300) que le prieur Joseph-Félix Alpheran résigna son bénéfice en faveur de son neveu Jean-François. C’est encore une erreur. Dans l’ordre de Malte, les commanderies, prieurés et autres bénéfices ne pouvaient pas être résignés. Quand ils devenaient vacants, ce qui ne pouvait arriver que par mort, démission ou destitution du titulaire, il était pourvu au remplacement de celui-ci suivant les règles établies dans l’Ordre. Retour

36 François-Nicolas-Boniface Alpheran, avocat, assesseur d’Aix, procureur du pays de Provence en 1781 et 1782, émigré après la pendaison de M. Pascalis en 1790 ; rentré en France en 1801, mort étant professeur-directeur de l’Ecole de droit d’Aix, en juillet 1808 ; et François-Laurent-Félix Alpheran, officier au régiment de Soissonnais, chevalier de Saint-Louis mort à Venise en 1797 l’un et l’autre enfants, comme le prieur Jean- François, de François, ancien garde du corps du roi Louis XV, etc. Retour

37 Les chevaliers de Lascaris, d’Auray de St-Pois, de Brizon du Roure, de Cheffontaine, de Barras, etc. Retour

38 Voyez les ouvrages du chevalier de Boisgelin et du vicomte de Villeneuve- Bargemont, cités ci-dessus, pag. 135, not. 1 ; et pour le général du Muy, voy. Pag. 64 et la même 135. Retour

 

Les Rues d’Aix – Chronologie des prieurs de Saint Jean
Les Rues d’Aix ou recherches historiques sur l’ancienne capitale de Provence
par Roux-Alpheran en 2 tomes 1848 et 1851

 

https://laixois.fr/les-rues-d-aix-chronologie/

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Ambroise-Thomas Roux-Alphéran

Ambroise Thomas Roux-Alphéran, né le 29 décembre 1776 à Aix-en-Provence où il est mort le 8 février 1858, est un historien français et greffier à la cour d’Aix-en-Provence pendant la Restauration. Son œuvre principale, Les Rues d’Aix, publiée en 1846-1848, est considérée comme une référence sur l’histoire d’Aix-en-Provence.

Roux-Alpheran

Biographie

Fils de Jean-Baptiste Roux, avocat au parlement, secrétaire et greffier de la viguerie, et de Gabrielle d’Alphéran, il fait ses études au collège Bourbon puis à la faculté de droit d’Aix. Époux en 1801 de Marie Anne Antoinette Renoux, il entreprend la carrière d’avocat malgré une forte timidité qui l’entrave dans l’exercice de sa profession. Il décide donc de rentrer dans l’administration et devient secrétaire en chef de la mairie d’Aix en 1807, poste qu’il conserve jusqu’en 1815, date du retour de Louis XVIII. Grâce au soutien de député, il est nommé greffier en chef de la cour royale d’Aix jusqu’en 1830. Du 11 février 1808 à 1830, il exerce la fonction de membre de l’Académie des sciences, agriculture, arts et belles-lettres d’Aix et, de 1821 à 1830, celle de conseiller municipal. Il démissionne de tous les postes qu’il occupe en 1830 pour mieux se consacrer à sa passion : l’histoire.

En 1840, il reprend ses fonctions à l’Académie, est nommé greffier en chef de la cour royale d’Aix et entre, l’année suivante, à la Commission d’archéologie. Lorsque Louis-Philippe prend le pouvoir, il démissionne et s’adonne à l’étude et l’écriture de l’histoire d’Aix-en-Provence.

Par ordonnance royal du 20 septembre 1814, Ambroise Roux, fut autorisé à joindre à son nom, celui de sa mère, pour devenir Roux-Alphéran.

Il meurt le 8 février 1858, à l’âge de 82 ans, sans avoir obtenu aucune distinction pour son œuvre. Ce n’est qu’après sa mort qu’une rue du quartier Mazarin, la rue Longue-Saint-Jean, reçoit le nom de rue Roux-Alphéran, qu’elle porte toujours. Roux-Alphéran avait occupé, durant une partie de sa vie, une maison au n°9.

 

Œuvres et thèmes

Les historiens lui attribuent un gros manuscrit anonyme rédigé pendant les années sanglantes de la Terreur Blanche à Aix en Provence (1795-1798). Titré Journal historique de tout ce qui s’est passé de remarquable dans Aix, depuis le dimanche 26 avril 1795 jusqu’au dimanche 31 décembre 1797, pour servir à rédiger des mémoires, ce manuscrit raconte d’un point de vue royaliste les années mouvementées du Directoire à Aix.

En 1846-1848, il publie Les Rues d’Aix. Ses nombreuses œuvres sont conservées à la bibliothèque Méjanes, à Aix.
En 2013, Aix sous la Terreur vient d’être édité en deux tomes par les éditions Desbaumes, d’après les archives de la bibliothèque Méjanes d’Aix-en-Provence.

 

 

EGLISE CATHOLIQUE, FRERE GERARD, GERARD TENQUE, ORDRE DE MALTE, ORDRE DE SAINT JEAN DE JERUSALEM, ORDRE DES HOSPITALIERS DU SAINT-ESPRIT, ORDRE SOUVERAIN MILITAIRE HOSPITALIER DE SAINT JEAN DE JERUSALEM RODHES ET MALTR, ORDRES HOSPILATIERS ET MILITAIRES, PROVENCE

Frère Gérard (1047-1120)

Frère Gérard

Frère Gérard ou Gérard l’Hospitalier, né vers 1047 dans une famille de la région d’Amalfi (Italie), et mort le 3 septembre 1120, est le fondateur d’une congrégation, les Hospitaliers de Saint-Jean, qui deviendra par la suite l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

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Origine

Frère Gérard est quelquefois appelé Pierre-Gérard de Martigues pour appuyer son lieu de naissance à Martigues en Provence. Mais cette origine n’est pas établie. Une autre version voudrait que frère Gérard soit originaire d’Amalfi ce qui parait plus probable. L’écrivain et historien italien Gian Francesco Galeani Napione et l’historien de la ville d’Amalfi, Giuseppe Gargano, auraient retrouvé frère Gérard dans un certain Gerardo Sasso ou Saxus, mais les preuves apportées ne sont pas convaincantes.

 

Gérard Tenque

Appelé souvent par erreur Gérard Tenque ou Tum, Tune, ou encore Thom, cette confusion vient d’une erreur de traduction de Pierre-Joseph de Haitze qui traduit des textes latins, entre autres, pour l’écriture de son Histoire de la vie et du culte du bienheureux Gérard Tenque, fondateur de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Il aurait appelé le frère Gérard, Gérard Tenque : « Fr. Gerardus tunc Hospitalis praefectus cum a Christianis duce Godefredo Hyerusalem capta est anno domini MLXXXIX » où tunc doit se traduire par « à l’époque » ou « alors » : « Frère Gérard, à l’époque administrateur des Hospitaliers… » et non « Frère Gérard Tenque, administrateur des Hospitaliers… ». C’est Ferdinand de Hellwald qui a relevé l’erreur de traduction en 1885.

 

Biographie

 

Guillaume de Tyr donne pour origine une famille d’Amalfi. Il attribue la construction d’origine à Pantalone di Mauro commerçant amalfitain à Constantinople. Son commerce le menait régulièrement à Jérusalem où il allait prier au Saint-Sépulcre, partiellement reconstruit en 1048. Mauro aurait obtenu du calife fatimide du Caire, gardien des lieux, l’autorisation de construire une maison. L’autorisation obtenue, il fit construire, en plus d’une maison, un monastère et une église, Sainte-Marie-Latine. Il en confia la gestion à des moines bénédictins. Quelque temps plus tard, il fit construire un couvent et un oratoire dédiée à Marie-Madeleine réservée aux femmes. Enfin, il fit construire un xenodochium pour accueillir des pèlerins. Lorsque les croisés prirent Jérusalem ils trouvèrent Agnès, l’abbesse du couvent féminin, et Gérard qui n’était sans doute pas un religieux

C’est comme oblat des moines bénédictins de Sainte-Marie-Latine qu’il soignait, et dirigeait sous leur autorité, les malades au xenodochium (hôpital en grec) de Jérusalem que des marchands d’Amalfi avaient construit entre 1068 et 1071 et dédié au bienheureux Jean l’Aumônier. Lors du siège de Jérusalem par les croisés de Godefroy de Bouillon, il est suspecté d’entente avec l’ennemi, et, à la prise de la ville, il se met à la disposition de tous les blessés.

À la suite de la conquête latine de la première croisade, le xenodochium et son recteur Gérard se séparent des moines bénédictins de Sainte-Marie-Latine, et changent de patronage en le dédiant désormais à saint Jean-Baptiste. Gérard se consacre aux pauvres et aux pèlerins, recrutant du personnel et recevant de nombreux dons de toute la chrétienté. Il fit construire une église dédiée à Jean le Baptiste et un monastère lui aussi dédié au même saint. Ses premiers compagnons dans la congrégation qu’il fonde seront les aides des malades, impressionnés par son engagement et sa foi.

Frère Gérard institua peut être une règle pour régir l’Hospital en s’inspirant de celle de saint Augustin et de saint Benoît mais il n’en a pas laissé trace. La première règle connue date de Raymond du Puy.

Frère Gérard meurt à Jérusalem le 3 septembre 1120, il est considéré comme bienheureux par l’Église catholique.

 

Les donations à L’Hospital

Les premiers dons viennent d’abord de Godefroy de Bouillon qui va faire donation aux Hospitaliers de frère Gérard d’un casal à Hessilia et de deux tours à Jérusalem, le premier patriarche d’Antioche lui cède un emplacement face à l’hôpital d’Antioche puis le roi de Jérusalem Baudouin de Boulogne qui confirme, en 1110, toutes les possessions de L’Hospital à Jérusalem, Naplouse, Jaffa, Acre, Ascalon, Azot, Césarée, Qaqoum, dans le Soeth, à Haïfa, Capharnaüm, Ramallah, Saint-Georges, Saint-Abraham et Jéricho ; en 1118, l’archevêque d’Apamée, pour le comté de Tripoli et Roger de Salerne, régent d’Antioche, confirment à leur tour les possessions hospitalière. L’Église ne veut pas être en reste et en 1112 elle exempt les Hospitaliers du paiement des dimes dans le patriarcat de Jérusalem et dans l’évêché de Césarée. Mais cela ne s’arrête pas à la Terre sainte mais aussi en Angleterre à Clerkenwell vers 1100 ; en Espagne à Seron, Angglerilium,  Lhorens et Biosea en 1109, d’une dime à Benaias en 1110, des églises de Cireza, Llorach  en 1111, Guillaume Arnal de Perbes donne avec l’accord d’Arnal Mir, comte de Pallars, le huitième de la dime qu’il perçoit de Roger et de Bernard de Sotsterres en 1113, donations à Balaguer, Iborra, Vallesa et Bóveda en 1116, de Taniol et de Mamez en 1118 ; au Portugal, d’Idanha a Velha en 1114 ; en Italie, d’hôpitaux à Asti, Pise, Bari, Otrante et Messine en 1113.  

La reconnaissance papale

C’est le pape Pascal II dans une bulle Pie postulatio voluntatis datant du 15 février 11137 qui fait du fondateur, le recteur Gérard, « instituteur et prévôt du xenodochium de Jérusalem » Il obtient divers privilèges, avantages et exceptions pour L’Hospital, une institution, une sorte de congrégation, sous la tutelle et protection exclusive du pape. La bulle précise également qu’à la mort de frère Gérard, les frères éliront entre eux son successeur15. Elle confirme aussi toutes les donations faites aux Hospitaliers et les autorisent à lever la dîme sur leurs terres.

Le 19 juin 1119, le pape Calixte II, par la bulle Ad hoc nos disponente, confirme toutes les possessions et privilèges de L’Hospital en l’étendant aux dîmes et églises récemment acquises dans l’évêché de Tripoli.

 

Les Hospitaliers ne sont pas des gents d’armes

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Il faut se poser la question aux regards de son évolution ultérieur et la réponse est non. Gérard, involontairement sans doute, en payant des gents d’armes et des chevaliers pour protéger les pèlerins sur les chemins de la Méditerranée à Jérusalem, engagea l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem dans la direction de la militarisation qui ne sera effective que le 15 mai 1179 sous Roger de Moulins. Si les Hospitaliers avaient participé en tant que gents d’armes, il n’aurait pas manqué d’historiens pour relater les faits comme ils le feront plus tard quand ce sera le cas.

Le miracle de Gérard

Gérard est resté dans Jérusalem lors de l’attaque de la ville par les croisés. Il aidait ceux-ci en leur jetant du haut de la muraille des miches de pain. Surpris, il fut conduit devant le gouverneur de la ville. Les miches de pain s’étaient transformées en pierres. Le gouverneur n’y vit pas malice et renvoya Gérard lapider les croisés avec … des miches de pain

Les reliques de la chapelle du château de Manosque

Il ressort d’un longue étude d’Alain Beltjens au sujet des différentes reliques qui, avant et après la révolution française, ont été attribuées à Gérard l’Hospitalier, elles ne seraient en fait que celles de saint Géraud d’Aurillac. Géraud fut déclaré saint par la voix populaire. C’est un des premiers exemples de saint à avoir été canonisé sans avoir subi le martyre ou être entré dans les ordres. Beltjens dénie la béatification de frère Gérard , car les Hospitaliers auraient profité de la confusion entretenue entre Géraud et frère Gérard qui lui, n’aurait jamais été déclaré saint par la voix populaire

 

Mémoire

A Martigues, dans le quartier de Jonquières, se trouve la Place Gérard Tenque.

À Manosque se trouve la rue Gérard Tenque.

À Saint-Mitre-les-Remparts se trouve l’impasse Gérard Tenque.

À Gimeaux, dans la banlieue d’Arles, se trouve le chemin Gérard Tenque.

 

Sources bibliographiques

Alain Beltjens, « Trois questions à propos de l’hospitalier Gérard : les reliques, qui ont reposé pendant plusieurs siècles dans la chapelle du château de Manosque, appartenaient-elles au premier chef de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem ? Dans la négative, de qui étaient-elles et sommes nous encore en droit de décerner à l’hospitalier Gérard le titre de bienheureux ? », Revue de la société de l’histoire et du patrimoine de l’ordre de Malte, nos 19 et 20,‎ 2008 et 2009

Alain Beltjens, Aux origines de l’ordre de Malte. De la fondation de l’Hôpital de Jérusalem à sa transformation en ordre militaire, Alain Beltjens, 1995

Nicole Bériou (dir. et rédacteur), Philippe Josserand (dir.) et al. (préf. Anthony Luttrel & Alain Demurger), Prier et combattre : Dictionnaire européen des ordres militaires au Moyen Âge, Fayard, 2009, 1029 p.

Lucien Dégut et Octave Vigné, Martigues, Uzès, La Capitelle, 1964, p. 252

Joseph Delaville Le Roulx, Les Hospitaliers en Terre sainte et à Chypre, 1100-1310, Paris, Ernest Leroux éditeur, 1904

Alain Demurger, Les Hospitaliers, de Jérusalem à Rhodes, 1050-1317, Paris, Tallandier, 2013, 574 p. )

Bertrand Galimard Flavigny, Histoire de l’ordre de Malte, Paris, Perrin, 2006

Eugène Harot, Essai d’armorial des Grands-Maîtres de l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem, Rome, Collegio Araldico, 1911

 

Bibliographie

Giacomo Bosio Dell’istoria della sacra Religione, dell’illustrissima milizia di Santo Giovanni Gierosolimitano, Rome, 1621

Abbé de Vertot, Histoire des chevaliers hospitaliers de S. Jean de Jerusalem, appellez depuis les chevaliers de Rhodes, et aujourd’hui les chevaliers de Malte, À Paris, chez Rollin, Quillau, Desaint, 1726,

CONFRERIES RELIGIEUSES, EGLISE CATHOLIQUE, MOYEN-ÂGE (hustoire religieuse), ORDRE DES HOSPITALIERS DU SAINT-ESPRIT

L’Ordre des Hospitaliers du Saint-Esprit

Ordre des Hospitaliers du Saint-Esprit

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L’ordre des Hospitaliers du Saint-Esprit ou ordre du Saint Esprit de Montpellier (ou encore « ordre du Saint Esprit in Sassia »en Italie, « Ordo sancti Spiritus » en latin), a été fondé à Montpellier vers 1180  par Guy de Montpellier dans le but d’aider « tous les déshérités de la vie».

L’ordre, reconnu officiellement par le pape Innocent III le 23 avril 1198, a connu son apogée au xve siècle (avec mille hôpitaux à travers l’Europe) puis disparut presque totalement au xviiie siècle pour ne subsister aujourd’hui principalement qu’en Espagne et en Pologne.

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Origines

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Guy de Montpellier est le fondateur de l’ordre des Hospitaliers du Saint-Esprit (aussi dénommé ordre des Hospitaliers du Saint-Esprit de Montpellier) reconnu par le pape en 1198.

Les bases sont fondées par le grand-père de Guy de Montpellier, Guilhem V de Montpellier, vers 1149, et sa règle est d’abord approuvée par l’évêque de Maguelonepuis le 23 avril 1198 par une bulle du pape Innocent III « dès la première année de son pontificat ».

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L’ordre était, à l’origine, une confrérie destinée au service d’un hôpital, mais, en 1198, à la veille de la croisade contre les Albigeois, le pape Innocent III la transforma en « ordre hospitalier, religieux et militaire ».

Le but de Guy était de reproduire le divin idéal de la charité universelle par un soulagement de toutes les misères (corps, âme et esprit) d’un caractère holistique (c.à.d. global). Il recueillait les enfants abandonnés, s’occupait de l’éducation de la jeunesse recueillie par l’ordre, de l’assistance de toutes les misères et de l’hospitalité aux personnes de toutes conditions.

Sa foi en acte était, au-delà de l’aspect purement caritatif d’exercer la charité en faveur du prochain, préconisée comme acte de justice.

Dès le xiie siècle, l’hôpital du Saint-Esprit fondé par Gui accueille et soigne toutes les misères. Cet établissement, le premier construit à Montpellier, était situé à proximité de la porte du Pila Saint Gély et fut détruit en 1562 par les calvinistes durant les guerres de religion.

En 1203, Eudes IIIduc de Bourgogne fit en faveur des frères hospitaliers plusieurs fondations et créa un hôpital à Dijon.

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En 1204, le pape Innocent III fit construire à Rome, un hôpital appelé « Santa Maria de Sassia (ou Saxia) » et appela à Rome Guy de Montpellierpour le diriger. Il en devint donc le premier magister et l’hôpital s’appela dès lors le « Santo Spirito de Sassia (ou Saxia) ». Il disposait de 300 lits et soignait plus de 1 000 personnes par jour9. Il reste de nos jours l’un des plus grands hôpitaux de Rome.

Grâce à l’appui important d’Innocent III, l’ordre essaima rapidement partout en Europe.

 

Activités

L’emploi de ses membres était d’entretenir les enfants exposés et orphelins de l’un et de l’autre sexe, les estropiés et invalides, les insensés et troublés d’esprit ; d’assister les vieillards pauvres, les familles tombées en nécessité par quelque accident de la vie, qu’on appelait les pauvres honteux, mais aussi les malades de la peste et c’est pourquoi ses membres faisaient aussi un vœu de martyre. Ils logeaient les pèlerins, leur tenaient les passages libres sur mer et sur terre lorsqu’ils allaient aux lieux saints, rachetaient les esclaves détenus chez les infidèles, dotaient les filles pauvres, enseignaient les arts libéraux et mécaniques aux orphelins afin qu’ils ne fussent pas à charge à personne et qu’ils puissent servir le public ; enfin ils exerçaient, disent leurs statuts, tous les actes de miséricorde et de charité, méprisant leur propre vie pour le salut de leur prochain.

Les religieux de l’Ordre était soumis à la règle de Saint Augustin : « Pour tous les cas qui n’étaient pas spécialement prévus par la règle, l’ordre du Saint-Esprit devait s’inspirer du catalogue des sept œuvres de miséricorde. Voici en quoi consistent les sept œuvres de miséricorde, dont la nomenclature, n’est peut-être pas aussi familière à beaucoup de monde qu’elle l’était dans les siècles précédents », dit Gabriel Peignot :

Donner à manger à ceux qui ont faim ;

Donner à boire à ceux qui ont soif ;

Exercer l’hospitalité envers les étrangers ;

Donner des vêtements à ceux qui sont nus ;

Prendre soin des malades;

Délivrer les captifs;

Ensevelir les morts.

« Outre ces sept œuvres de miséricorde, que l’église nomme corporelles, il en est sept autres qu’elle désigne sous le nom de spirituelles. Voici en quoi elles consistent » :

Donner des conseils salutaires à ceux qui en ont besoin ;

Corriger ceux qui manquent ;

Instruire les ignorants ;

Consoler les affligés ;

Pardonner les injures ;

Supporter les peines ;

Prier pour les autres (les morts, les vivants, ceux qui nous persécutent).

 

Membres et composantes

« L’ordre du Saint Esprit se composait de religieux obligés par un vœu, et de laïcs qu’on regardait comme chevaliers. Les chefs des hôpitaux s’appelaient précepteurs ou commandeurs, et, comme dans les ordres militaires, on nommait responsio la contribution annuelle que payait les commandeurs au grand-maître ou général, c’est-à-dire au commandeur de Montpellier ». Malgré l’utilisation de mot responsio utilisé uniquement dans les ordres militaires, l’ordre des Hospitaliers du Saint-Esprit ne semble pas avoir été militaire (hormis sa milice crée au xiiie siècle et dissoute en 1459 par Pie II, puis réapparue en France, dans un grand désordre, au xviie siècle par une décision d’Urbain VIII).

Le fondateur de l’ordre, Guy de Montpellier, était un frère laïc. Il est probable que les frères et les sœurs de l’ordre à l’origine n’avaient pas prononcé de vœux solennels

L’ordre hospitalier comprenait donc quatre catégories :

Les religieux 

L’ordre comprenait principalement des religieux : frères (devenus chanoines réguliers), sœurs, clercs et oblats. Ceux qui gouvernaient un hôpital portait le titre de commandeur, titre donné dans une bulle d’Alexandre IV de l’an 1256 et de Nicolas IV en 1291

Les laïcs

Il était composé de personnes laïques, qui ne faisaient que des vœux simples, et s’occupaient des pauvres et des malades comme les religieux

La confrérie

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Les sympathisants de l’Ordre étaient réunis dans une confrérie (fondée en même temps que l’ordre), la confrérie de l’Arche du Saint-Esprit, érigée dans l’hôpital de Rome au xiiie siècle et confirmée par les trois Papes Eugène IVSixte IV et Jules III. Elle était entièrement composée de laïcs sans aucun vœu religieux et de nombreuses personnalités : Charles VIII (roi de France), Henri VII (roi d’Angleterre), la reine Elisabeth d’York, Marie de Bourgogne, Jean et Chrsitine de Danemark, Jacques IV d’Ecosse, l’empereur Maximilien Ier, Hedwige Ière (reine de Pologne à la fin xive siècle), le roi Louis XII de France, Marguerite de Savoie (reine d’Italie à la fin xixe), etc., furent par exemple membres de la confrérie.

La milice

Quelques laïcs furent aussi réunis dans une milice de l’ordre, fondée au xiiie et disparue au xve siècle. Ces laïcs portaient parfois le titre de chevalier (cité dans une bulle du pape Alexandre IV de 1256.  Elle fut totalement supprimée en Italie en 1459 par le pape Pie II. Rétablie en France au début du xviie siècle par plusieurs groupes rivaux après la décision du pape Paul V en 1619 de séparer de nouveau la branche française de la branche italienne (la qualité de Général pour la France et toutes les autres provinces de la chrétienté (excepté l’Italie, la Sicile, la Hongrie et l’Angleterre) revint au commandeur de Montpellier et non plus à celui de Rome) ; Grégoire XV confirma ceci en 1621 mais ce ne fut qu’à condition qu’ils dépendraient encore de celui de l’hôpital de RomeLouis XIII obtint du pape Urbain VIII que le général de France soit indépendant de celui de Rome en 1625. Plusieurs nouveaux Généraux de Montpellier apparurent, nombreux et rivaux, et tentèrent de rétablir la milice dissoute en 1459 en créant de nouveaux chevaliers laïcs et même mariés, mais ne restaurèrent pas du tout l’ordre « dans son ancien lustre et ancienne splendeur, ce ne fut au contraire qu’une confusion et qu’un chaos depuis l’an 1602 jusqu’en 1700 que le Roi Louis XIV développa (mis fin à) ce chaos en déclarant cet Ordre purement régulier et nullement militaire ».

 

Costumes

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Guy de Montpellier choisit pour son ordre la couleur bleue. Ses religieux portaient une soutane bleu ciel, devenue noire à partir de la seconde moitié du xve siècle, et un manteau noir avec capuche de même couleur, la double croix cousue sur le côté gauche de leur robe et de leur manteau..

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Du xiie au xvie siècle : au chœur, ils portaient l’été un surplis avec une aumusse de drap noir doublée de drap bleu et sur le bleu une croix de l’Ordre. L’hiver, ils portaient un grand camail avec une chape noire doublée d’une étoffe bleue et les boutons du grand camail bleus aussi. En France, ils mettaient toujours l’aumusse sur le bras, cette dernière étant composée de drap noir doublée et bordée d’une fourrure noire.  En Italie, ils la portaient quelques fois sur les épaules, et en Pologne, ils ne se servaient pas d’aumusse ; mais ils mettaient sur leurs surplis une espèce de mosette de couleur violette, qui n’avait pas de capuce et n’était pas ronde comme les autres, mais descendait en pointe par derrière. Les commandeurs avaient à la boutonnière de leur soutane une croix d’or émaillée de blanc, et au chœur de l’église une aumusse de moire violette, l’été, ou un camail de même couleur, l’hiver. Ce costume se maintint sans changement notable jusqu’au xvie siècle.

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À partir de la réforme opérée par S. Charles Borromée (xvie siècle), les religieux du Saint-Esprit adoptèrent le costume ecclésiastique ordinaire, de couleur noire. Au chœur, ils étaient vêtus d’un surplis, qui dans la saison d’hiver disparaissait sous une grande cape de drap noir, doublée d’étoffe bleue, avec camail à boutons et retroussis bleus. En été, la cape était remplacée par une aumusse en drap noir, doublée de bleu céleste et bordée de fourrure noire, qui se portait sur le bras.

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Les religieuses portent au chœur de l’église un grand manteau noir avec une croix blanche de l’Ordre sur leur robe avec un voile noir ou une cape mais hors l’église un voile blanc. Les religieuses de l’Ordre, à Bar-sur-Aube, ont dans les cérémonies et au chœur de l’église un voile noir d’étamine avec la croix de l’Ordre.

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Vers 1515, le pape accorda au grand maître de Rome l’habit des prélats romains violet avec la mosette et le mantelet, habit qu’ils porteront toujours par la suite.

 

Reconnaissance par les papes et les rois de France

Au sujet de l’Ordre, Innocent III déclara en 1198 « l’hôpital du Saint-Esprit […] brille, entre les autres hôpitaux nouvellement institués, par l’éclat de la religion autant que par l’exercice d’une immense charité […] les frères de cette maison seraient plus justement nommés les serviteurs que les hôtes des indigents, et les seuls véritables indigents, parmi les pauvres de l’hôpital, sont ceux qui administrent aux pauvres les secours de la charité ».

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L’ordre est confirmé en 1204 par une bulle du pape Innocent III. En 1217, les hôpitaux de Montpellier et de Rome sont séparés par une autre bulle d’Honoré IIIGrégoire XI, par une bulle de 1372, reconnut la maison de Montpellier pour la maison générale de l’Ordre avec la règle de saint Augustin. En 1446, le pape Eugène IV, par sa bulle, assimile les religieux du Saint-Esprit aux chanoines réguliers de Saint-Augustin.

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Il y a des lettres patentes des rois Henri II de 1553, Charles IX de 1562, Henri IV de 1608 et 1609, Louis XIII de 1610, 1612 et 1618, de Louis XIV données à Paris le 9 septembre 1647 et à Dunkerque en 1671 enregistrées au Grand Conseil à Paris, le 18 juin de la même année, pour la direction des hôpitaux, maladreries et lieux pieux de cet ordre et milice du Saint-Esprit.

 

Les commanderies

Il n’y eut au début de l’ordre que la commanderie de Montpellier, puis celle de Rome, puis plus d’une trentaine en France au xve siècle à l’apogée de l’ordre.

Chacune de ces commanderies était une maison magistrale (ou commanderie magistrale) dirigée par un commandeur dont dépendaient plusieurs plus petites maisons de l’ordre. Certaines maisons composées de plusieurs membres dépendaient tout de même d’une commanderie.

Les vingt principales commanderies de France furent:

Auray, la plus importante à la tête de vingt-neuf hôpitaux, dont quatre avaient, elles aussi, de nombreuses dépendances : au total, cinquante maisons relevant de son autorité (bien que située en Bretagne, Auray avait des maisons jusqu’en Bourgogne et en Provence : ses possessions étaient trop disséminées et elles se rendirent rapidement indépendantes) ;

Besançon : trente-quatre dépendances et un certain nombre de maladreries. Plus heureuse que la maison d’Auray, elle sut faire respecter son autorité jusqu’à la fin; le commandeur de Besançon jouit à peu près invariablement de la charge de vicaire et visiteur général des pays ultramontains, honneur qui marque sa situation prépondérante ;

la commanderie de Steffansfeld en Alsace, qui avait en France la plupart de ses dépendances, au nombre de vingt ;

Angers : dix-huit maisons ;

Saulx : neuf, dont quatre hôpitaux et cinq maladreries ;

Dijon : huit dont la principale, Angers, se détacha plus tard pour former « une province à elle seule » ;

Montpellier fut éclipsé de très bonne heure par Auray et Besançon: sept maisons seulement demeurèrent sous sa juridiction immédiate ;

Marseille et Aix-en-Provence : sept maisons chacune ;

AgenBordeaux, Aix, MontaubanNîmesToulouseFréjus et Toulon : quatre maisons chacune ;

Clermont, Angoulême, Draguignan, Confolens, et d’autres encore : deux maisons chacune.

Aux xive et xve siècles, il y avait plus de trente commandeurs en France, dont une petite minorité n’étaient que recteurs de maisons non magistrales.

 

Du xiie au xvie siècle

À la fin du xiie siècle, Gui construisit donc le premier hôpital de Montpellier.

En 1203, le comte de Champagne instaurait l’Hôpital du Saint-Esprit de Troyes et, en 1204, le duc de Bourgogne, Eudes III fit venir des Frères et créa un hôpital à Dijon.

Puis le Pape Innocent III fait construire en 1204 à Rome l’hôpital du Saint-Esprit et en confie la direction à Gui de Montpellier, après avoir reconnu son ordre en 1198.

L’exemple donné par le Pape fut imité dans toute l’Europe. À la fin du xiiie siècle, on comptera une centaine de filiales de l’Ordre en Italie, ainsi que de nombreuses autres principalement en France (spécialement en Bourgogne et en Franche-Comté) mais aussi en BelgiqueSuisseAllemagnePologneAngleterreIrlandeEspagne, etc.

L’arrière-petit-fils de Guy, Jacques Ier, roi d’Aragon, seigneur de Montpellier (1208-1276) s’étant servi de ces chevaliers pour reconquérir la Murcie leur fit bâtir plusieurs maisons dans ses états en 1265.

Au xve siècle, l’ordre compte plus d’un millier d’hôpitaux, dont 400 en France. Pour certains ce n’était plus devenu qu’un patronage .

 

Du xvie au xixe siècle

Au xvie siècle, l’ordre est décimé lors des guerres de religions. Puis il renait au xviie siècle, à GrayNeufchâteauPoligny, etc., mais son homonymie avec le plus prestigieux ordre de la monarchie, l’Ordre du Saint-Esprit créé en 1578 par le roi Henri III, fut une source de convoitise et de conflits. Plusieurs laïcs se proclamèrent indument maîtres de l’ordre, se querellant entre eux, créant de nombreux chevaliers dans le désordre et affrontant les religieux de l’ordre. Les rois de France cherchèrent à faire cesser cette situation allant jusqu’à anéantir l’ordre au mépris des religieux, qui finiront par s’allier parfois aux laïcs pour mieux se défendre. En 1700, Louis XIV trancha en faveur des religieux et interdit aux laïcs de prendre des qualités de chevaliers, officiers, etc. Ces chaos dureront tout le xviie siècle et entraineront la ruine partielle de l’ordre.

En 1619, le pape Paul V scinda en deux la grande maîtrise de l’Ordre, une à Rome (depuis le xiiie siècle) et l’autre en France. Dès la création de cette nouvelle branche française, plusieurs groupes de laïcs ne cessèrent de s’affronter. Il y en eut jusqu’à cinq à la fois, « des personnes qui n’avaient aucun droit légitime, sous prétexte des titres de vicaire général, de chancelier, de vice-chancelier et même de vicaire généralissime, qu’ils s’attribuaient, créaient de nouveaux chevaliers ». Les procès innombrables qui opposèrent ces groupes, notamment sur les choix des grands maîtres, durèrent près d’un siècle.

De plus, Louvois, alors grand maître de l’Ordre de Saint-Lazare, obtint du roi de France, en 1672, un édit lui permettant de réunir à son ordre les biens d’autres ordres hospitaliers et militaires comme ceux de l’ordre du Saint-Esprit. Cette réunion devait permettre de servir les pensions des officiers des armés royales. Le roi disposait ainsi de biens qui appartenaient en fait au Saint-Siège. Mais se dessina dans l’ordre du Saint-Esprit une résistance vigoureuse et opiniâtre, notamment de la part des chevaliers qui protestèrent vigoureusement. « Au bout de vingt ans, et malgré plus de 3 000 arrêts rendus en faveur de l’ordre de Saint-Lazare, la prise de possession était encore peu avancée». Par son nouvel édit de 1693, Louis XIV révoqua son édit de 1672 et l’Ordre du Saint-Esprit fut rétabli dans toutes ses prérogatives et se fit rendre ses biens annexés par l’ordre de Saint-Lazare.

Le 1er août 1693, Louis XIV nomma grand maître de l’Ordre, l’abbé Pierre-Henri de Montmorency-Luxembourg(connu sous le nom d’abbé de Luxembourg, abbé commendataire des abbayes d’Orcamp et de Saint-Michel. Un nouvel arrêt du roi, de 1700, rendit l’ordre purement religieux, soumis à une règle, et destitua le grand maître l’abbé de Luxembourg.

Les membres restés fidèles au grand maître de Rome et les nombreux groupes rivaux trouvèrent un accord grâce au duc de Châtillon, Paul Sigismond de Montmorency, frère de l’abbé de Luxembourg, qui malgré son statut de laïque, demanda au roi la grande maîtrise de l’ordre en 1707. Sa demande fut accueillie par tous, et notamment par les religieux « qui consentaient que cet ordre fût, comme il avait été dans son institution, composé de religieux de deux sortes de conditions, les uns laïques pour l’administration du temporel […] et les autres, clercs, pour l’administration du spirituel ». Frère Dupont, le représentant des religieux réguliers, accepta « que l’Ordre fut mixte, c’est-à-dire composé de chevaliers et de réguliers, qui auraient à leur tète un grand maître séculier, assisté d’un grand prieur ecclésiastique, nommé par les religieux et confirmé par le pape ». Mais en 1708, Louis XIV prononça malgré tout un énième arrêt, définitif celui-ci, qui assura la conservation des derniers hôpitaux du Saint-Esprit, mais rendit l’ordre purement religieux et soumis à un grand maître régulier. Le cardinal de Polignac reçut son brevet de grand maître le 3 novembre 1716, mais seulement en 1733 par le pape du fait de l’opposition du cardinal Doria, grand maître de l’ordre à Rome.

À la mort du cardinal de Polignac, l’abbé Pépin du Montet intrigue pour être l’administrateur généra de la branche française de l’Ordre dans le même temps où le roi de France était proclamé protecteur de l’Ordre. Cherchant à faire disparaitre l’ordre, il inséra une clause spéciale, « la défense absolue de recevoir des novices, le meilleur moyen de faire s’éteindre l’ordre à brève échéance. Pépin du Montet dénia encore à l’ordre la qualité de régulier (soumis à une Règle) pour le déclarer comme au siècle précédent, noble et militaire ».

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Le recteur de Dijon tenta un dernier effort et implora l’intervention de Benoit XIV, par l’intermédiaire du grand maître romain. Le pape connaissait la situation misérable faite à l’Ordre ; il recommanda à son nonce de tout faire pour obtenir que l’interdiction de recevoir des novices fut levée. Malheureusement, c’était en 1750, dans le moment où l’assemblée du clergé était aux prises avec la cour au sujet de la déclaration du clergé ; le nonce jugea que toutes ses remontrances seraient inutiles : il se tut.

L’ordre est supprimé en France en 1776 par Mgr de Malide, au nom de Pie VI et de Louis XVI. Le dernier religieux de l’ordre, le commandeur Nicolas Bardenet, meurt en 1780. « Ainsi finit en France […] cet ordre si longtemps illustré par sa splendeur et surtout par ses bienfaits ». Cependant l’ordre ne périt pas tout entier et les hôpitaux de Lorraine et de Franche-Comté continuèrent leurs activités bienfaisantes.

De leur côté, les sœurs du Saint-Esprit, demeurées seules, continuèrent leur mission de charité, qu’auparavant elles partageaient avec leurs frères. Dans l’impossibilité de se rattacher au grand maître romain, elles prirent le parti de rentrer dans le droit commun, en se plaçant sous la sauvegarde et la juridiction de leurs évêques diocésains à l’exemple des religieuses de Poligny. Elles furent suivi par celles de Gray, en 1771, et de Besançon, l’année suivante, lors de la retraite du dernier commandeur. Cinq ans plus tard, l’évêque de Toul reçut celles de Neufchâteau et de Vaucouleurs.

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Aujourd’hui

La branche religieuse masculine de l’ordre existe encore de nos jours en Pologne

La branche féminine existe aujourd’hui en Pologne (fondée en 1221 par l’évêque de Cracovie et restaurées en 1851) qui comptent environ 230 religieuses, ainsi qu’en Espagne. Des laïcs sont toujours réunis au sein de la confrérie de l’Arche du Saint-Esprit.

En revanche, en France, la branche masculine de l’ordre s’est éteinte définitivement à la fin du xviiie ; elle continua un temps en Italie jusqu’au jour où Pie IX l’abolit en 1846.

Quant à la branche féminine française, elle existe encore dans le diocèse de Saint-Dié avec les Religieuses hospitalières du Saint-Esprit de Rouceux, implantées à Neufchâteau et à Ville-sur-Illon. L’autre branche subsistante, les Religieuses du Saint-Esprit de Poligny ont fusionné en 2003 avec les Filles du Saint-Esprit.

 

La règle de l’ordre

La règle de l’ordre du Saint-Esprit a été conservée dans un manuscrit qui existe encore aujourd’hui. Ce manuscrit est orné de lettres enluminées et de superbes miniatures représentant les frères et les sœurs de l’Ordre dans l’exercice de leurs fonctions; ses caractères paléographiques le font remonter au xiiie siècle.

La règle débute par la promulgation des deux cardinaux délégués par le pape Innocent III. Vient ensuite le texte même, dont chaque article est suivi d’un commentaire assez développé, dans le goût des écrivains mystiques du Moyen Âge. Ces commentaires sont écrits dans le même style pieux, mais naïf et quelque peu inexpérimenté, qui caractérise la règle proprement dite; ils ont pour auteur, sans aucun doute, comme celle-ci, Gui de Montpellier lui-même. (Une règle fut réimprimée en 1564 sans les commentaires).

En tête de la règle, comme pour la résumer et lui servir d’introduction naturelle, le fondateur avait inscrit un long passage de l’Évangile selon saint Matthieu : « J’ai eu faim, dit Jésus, et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais sans asile, et vous m’avez accueilli; j’étais nu, et vous m’avez vêtu; malade, et vous m’avez visité; prisonnier, et vous êtes venu à moi ». Et comme on demande à Jésus à quel moment on l’a vu dans un si complet dénuement, il répond : « En vérité, je vous le dis, ce que vous avez fait au plus petit et au plus délaissé de vos frères, c’est à moi que vous l’avez fait ».

« Le but de Gui est de reproduire, autant que le permet l’infirmité humaine, le divin idéal de la charité, proposé par Jésus-Christ. Aussi ne s’arrête-t-il pas à une œuvre en particulier, ainsi que l’ont fait les autres fondateurs56. Les ordres hospitaliers qui avaient surgi depuis le commencement du xiie siècle (…) avaient eux-mêmes une mission de bienfaisance restreinte, et ne s’adressaient pas à tous les déshérités de la vie4 ». Le but de Gui, qui a un caractère d’universalité, est le soulagement de toutes les misères rencontrées dans le monde.

La hiérarchie de l’ordre

Les principales fonctions et qualités des dirigeants de l’ordre étaient les suivantes :

le cardinal protecteur : la création de ce poste fut décidée par le pape afin de rendre la protection pontificale spéciale encore plus concrète ;

le grand maître : chef de l’ordre entier. Le grand maître avait à la cour pontificale le droit de préséance sur tous les généraux d’ordre, et il exerçait ce droit en siégeant à leur tête immédiatement après les abbés, dans les conciles et les cérémonies pontificales57. De nombreuses réclamations s’élevèrent contre un droit qui paraissait exorbitant, chez un religieux qui n’était pas nécessairement prêtre; mais toujours les papes donnèrent raison au grand maître, en maintenant ses privilèges ;

le vicaire général : le grand maître avait des absences fréquentes et prolongées ; il lui fallait donc à Rome un suppléant, le Vicaire Général du grand maître ;

les visiteurs généraux : ils inspectaient les maisons, se faisaient rendre un compte exact des revenus et des dépenses, veillaient à ce que la chapelle et ses ornements fussent toujours décents et dignes; visitaient les salles des malades, recevaient les plaintes des frères contre les prieurs et avaient pleine autorité pour corriger et amender tout ce qu’il trouvait en opposition avec la règle ;

les procureurs généraux : fonction qui n’a pas subsisté longtemps ;

les chapitres : les assemblées capitulaires des frères, ou chapitre était le lien qui unissait entre eux les membres des maisons, des provinces et de l’ordre entier. L’Archihôpital romain avait, lui aussi, de même que les maisons magistrales, son assemblée annuelle à la Pentecôte ;

les commandeurs : apparu au xiie , puis plus largement au xive siècle avec la forte expansion de l’ordre, le titre de commandeur était réservé aux dirigeants de chacune des maisons magistrales: commanderies magistrales. D’eux dépendaient plusieurs maisons moindres de l’ordre. Même certaines maisons composées de plusieurs membres dépendaient d’une commanderie. Aux xive et xve siècles, les commanderies en France étaient une vingtaine; les commandeurs étaient plus de 30 en France car certains n’étaient pourtant recteurs que de maisons non magistrales. La commanderie la plus importante fut Auray, avec 50 maisons relevant de son autorité, et les plus petites furent Clermont, Angoulême, Draguignan, etc. : 2 maisons chacune ;

les recteurs : chacune des maisons de l’Ordre avait à sa tête un frère appelé Recteur (ou parfois Maître ou Précepteur) ;

les prieurs : au prieur revenait l’indépendance spirituelle des maisons. Il partageait en quelque sorte le premier rang avec le Recteur car il présidait toutes les cérémonies religieuses ;

les camériers : le camérier avait une des trois clefs du coffre qui contenait les revenus. Ce trésor était placé dans le dortoir commun; le recteur et le chapitre, qui détenaient les deux autres clefs, lui remettaient à certains intervalles les sommes nécessaires aux dépenses courantes ;

les cellériers : le cellérier était chargé exclusivement de l’office. Les approvisionnements et le service de la table des malades, des hôtes, des pauvres et de tout le personnel, étaient de son ressort.

 

Le grand maître

Le chef de l’Ordre était qualifié de grand maître ou général.

Guy de Montpellier fut le premier grand maître de l’Ordre et des hôpitaux de Rome et de Montpellier.

Cette grande maitrise commune fut rompue en 1217 par le pape Honorius III puis les deux branches distinctes ainsi créées furent de nouveau réunies, sur l’instance des frères de Rome, par le pape Grégoire IX, par sa bulle du 15 mai 1228. Grégoire X alla plus loin et subordonna le maître de l’hôpital de Montpellier à celui de Rome.

Le grand maître, qui n’était pas nécessairement un ecclésiastique, était élu par la Communauté de l’hôpital de Sainte Marie de Saxia à Rome même si, pendant les deux premiers siècles d’existence de l’ordre, ce fut souvent un simple frère. Le grand maître vivait au milieu de ses frères avec ses frères. « Il était tenu de prendre ses repas à la table des frères, à moins que quelque nécessité ne justifiât son absence. Il était soumis au silence monastique et avait son lit au dortoir commun des frères ». Parmi ces grands maîtres on peut compter bon nombre d’archevêques et d’évêques, plusieurs légats, douze cardinaux et un pape, Paul II.

Alexandre Neroni, qui était commandeur général de l’Ordre à Rome en 1515 fut le premier à qui le pape accorda l’habit violet avec la mosette et le mantelet, à la manière des prélats de Rome, et qu’ils porteront toujours par la suite.

À compter de 1619, plusieurs Français, religieux et laïques, se disputèrent la grande maîtrise de la branche française jusqu’à ce que Louis XIV, en 1708, rendit cette branche purement religieuse et soumis à un grand maître régulier, le cardinal de Polignac.

En revanche, à Rome, du xviie au xixe siècle, le grand maître de la branche italienne fut toujours un religieux.

 

La croix de l’ordre

La marque de l’Ordre est une double croix blanche échancrée et patriarcale. Cette croix des Hospitaliers du Saint-Esprit aurait été « montrée en révélation par un ange » au pape Innocent III.

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« Les ordres militaires ou hospitaliers avaient tous pris comme signe distinctif, à l’exemple des croisés, une croix de forme et de couleur variées, cousue sur les habits. Guy de Montpellier adopta pour son ordre une croix blanche à double croisillon, dont les extrémités étaient élargies en forme de croix pattée à branches évasées ». Cette croix blanche à double traverse était portée par tous les religieux sur le côté gauche de leur manteau noir et de leur robe blème (bleu très pâle).

Au moment où il prononçait ses vœux, le nouveau profès recevait le manteau noir des mains du recteur, qui lui disait, en lui montrant la croix : « Que par ce signe s’éloigne de vous tout mal, et que le Christ vous conduise au royaume éternel ».

La règle de l’ordre précise aussi « que les frères portent le signe de la croix sur leurs capes et leurs manteaux, afin que par ce signe Dieu nous garde dans nos actions, nous maintienne dans l’obéissance et défende nos âmes et nos corps contre la puissance du démon, dans cette vie et dans l’autre ».

En 1596, Melchior de la Vallée interprète « cette double croix à douze pointes […] n’était point un simple motif de décoration ; c’était un emblème d’un symbolisme assez compliqué. Les trois bâtons réunis en une seule croix figuraient, pour les uns, le mystère de la Sainte Trinité, tandis que les douze pointes rappelaient le nombre des Apôtres. Certains y voyaient l’association de la croix du Sauveur et de celle, que tout chrétien doit porter dans son âme. Pour d’autres enfin, c’était une allusion au double fardeau que s’imposaient les membres de l’ordre, en travaillant à la fois à leur propre salut et à celui de leurs semblables».

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Armoiries

À la création de l’ordre les armes sont : d’azur à une double croix pattée d’argent.

Certains auteurs affirment que le champ d’azur aurait fait place, au xve siècle, à un champ de sable et que c’est aussi dans le même temps que la croix aurait été surmontée d’un Saint-Esprit d’argent en champ d’or « sur une nuée d’azur ».

Or, on trouve sur le sceau de Rome, en 1290, la croix déjà surmontée d’un Saint-Esprit.

De plus, ce symbole manquait sur ceux de plusieurs autres maisons, dans les xvie et xviie siècles.

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Enfin, les maisons de Franche-Comté, mentionnées dans l’armorial de d’Hozier (1738-1786), avaient conservé le champ d’azur.

 

Vœux des religieux de l’Ordre

Outre les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, communs à tous les ordres religieux, les frères et sœurs de l’ordre des hospitaliers du Saint-Esprit en faisaient un quatrième celui de servir perpétuellement les pauvres.

 

Réception des nouveaux frères

Le texte de la Règle de l’ordre du xiie siècle (l’exemplaire qui existe aujourd’hui semble dater d’environ 100 ans après la fondation de l’Ordre) précise en détail la cérémonie de réception des nouveaux frères.

 

Noviciat

Pendant un an au moins, le postulant vivait soumis à la règle, partageant les occupations des frères, et s’exerçant au service des pauvres et des malades. Si, au bout de ce temps de probation et de noviciat, sa vocation paraissait bien assurée, on l’admettait à prononcer ses vœux. L’époque de l’assemblée générale étant arrivée, on lui faisait lecture de la règle et des constitutions dans leurs détails; cette lecture se terminait par ces paroles : « Voilà la loi sous laquelle vous voulez vivre ». Le novice, après avoir promis de l’observer, était reçu définitivement dans l’Ordre et admis à faire profession.

 

à nos seigneurs les malades

Voici la formule de ses vœux :
« Moi, N., je m’offre et me donne à Dieu, à la Bienheureuse Marie, au Saint-Esprit et à nos seigneurs les malades, pour être leur serviteur tous les jours de ma vie. Je promets, avec le secours de Dieu, de garder la chasteté, de vivre sans bien propre ».

Puis s’adressant au recteur :
« Je promets de garder l’obéissance à vous et à vos successeurs, et de garder fidèlement les biens des pauvres. Que Dieu et ces saints Evangiles me soient en aide ».

 

Admission

Il se levait alors et s’avançait vers l’autel, ayant dans les mains le livre des évangiles, sur lesquels il venait de prononcer ses vœux, et le grand maître récitait la formule d’agrégation, « formule admirable, dans laquelle se révèle la tendresse du cœur de Gui ; car ce n’est pas seulement l’élu qui participe aux privilèges de l’Ordre; l’âme de son père et de sa mère est associée aux suffrages communs» :
« Suivant la promesse que vous venez de faire à Dieu, à la B. Marie, au Saint-Esprit et à nos seigneurs les malades, nous vous recevons dans notre ordre, et nous faisons participer l’âme de votre père et de votre mère aux mérites acquis par les messes, offices, jeûnes, prières, aumônes et autres bonnes-œuvres qui se font et se feront à perpétuité dans la maison du Saint-Esprit; daigne Dieu nous accorder la récompense que chacun de nous espère. La maison du Saint-Esprit prend l’engagement de vous donner le vivre et le vêtement ».

À ce moment le prieur ou le maître revêtaient le nouveau frère du manteau et de la croix, insigne de l’Ordre, en lui disant : « Que par ce signe de la croix, le Christ éloigne de vous les embûches de l’esprit du mal et vous introduise dans son royaume éternel ». Tous les frères se prosternaient alors et priaient pour l’élu. Le prieur ou un prêtre entonnait un psaume que tous chantaient, et cette cérémonie s’achevait par trois oraisons, où l’on appelait sur le nouveau profès toutes les grâces du S. Esprit.

Sainte patronne

Guy de Montpellier prit pour patronne et protectrice sainte Marthe qui exerça l’hospitalité envers Jésus Christ.

 

L’Ordre vu par des historiens

D’après Léon Gautier, la fondation de l’ordre du Saint-Esprit fut « l’un des plus grands événements de l’histoire du monde au Moyen Âge. C’est une admirable institution, dont l’histoire mériterait d’être écrite par une plume illustre71 » et pour Paul Brune « dans l’ordre du Saint-Esprit, on trouve la synthèse de toutes les institutions charitables du Moyen Âge, qui en eut un si grand nombre. Le caractère de l’œuvre de Gui de Montpellier est l’universalité de la charité : il a voulu que toutes les œuvres de miséricorde inspirées par l’Évangile fussent exercées dans ses maisons, qu’aucun besoin, aucune misère n’y restassent sans secours. L’ordre du Saint-Esprit résume donc le Moyen Âge charitable »

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Bibliographie

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Léon Lallemand, Histoire de la charité. Le Moyen Âge (du xe au xvie siècle), A. Picard et fils, Paris, 1902-1912.

Louis Guibert, Les Lépreux et les léproseries de Limoges, Ducourtieux et Gout, 1905

Arthur Loth, La charité catholique en France avant la Révolution, A. Mame et fils, Tours, 1896

Chanoine Paul Brune, Histoire de l’Ordre hospitalier du Saint-Esprit, C. Martin, 1892

Mgr Paulinier, Gui de Montpellier; fondateur de l’ordre du Saint-Esprit. Son œuvre, sa règle. Destinées de l’ordre du Saint-Esprit après sa mort. Étude historique. 1870.

François Frédéric Steenackers, Histoire des ordres de chevalerie et des distinctions honorifiques en France, Librairie internationale, 1867

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Joannis Guigard, Bibliothèque héraldique de la France, E. Dentu, 1861

  1. Maigne, Dictionnaire encyclopédique des ordres de chevalerie : civils et militaires, A. Delahays, 1861
  2. Gourdon de Genouillac, Dictionnaire historique des ordres de chevalerie, éditeur Dentu, 1860

Pierre Hélyot, Maximilien Bullot, Marie Léandre Badiche, Touchou, Jacques-Paul Migne Dictionnaire des ordres religieux, 1849

Adolphe Napoléon Didron, Iconographie chrétienne : Histoire de Dieu, Imprimerie royale, 1843

Léon Gautier, « Histoire de la charité » dans les Études et Tableaux historiques, 2e édition

Gabriel Peignot, Histoire de la fondation des hôpitaux du Saint-Esprit de Rome et de Dijon, Douillier, Dijon, 1838

Frédéric Schoell, Franz Xaver Zach, Cours d’histoire des états européens : depuis le bouleversement de l’Empire romain d’occident jusqu’en 1789, imprimerie royale et chez Duncker et Humblot, 1830

Almanach royal, Testu éditeur, 1762

Jean-Antoine Tousart, Recueil de lettres patentes, édits, déclarations, arrests et autres pièces concernant l’ordre régulier et hospitalier du Saint-Esprit de Montpellier, Veuve Lefebvre, Paris, 1723, 2 tomes

Jacques Basnage de Beauval, Histoire des ordres militaires ou des chevaliers, des milices séculières et régulières de l’un et de l’autre sexe, qui ont été établies jusques à présent, 1721

Frédéric de Lallemant de Vaitte, Idée générale de l’ordre régulier des commandeurs et chanoines hospitaliers du Saint-Esprit de Montpellier, 1718

Nicolas Gaultier, La défense du chef de l’ancien ordre des Hospitaliers du Saint Esprit contre le livre: De Capite ordinis S. Spiritus, 1655

La Trau, Discours de l’ordre, milice et religion du S. Esprit, contenant une brève description de l’establissement dudit ordre, 1629

La Trau, Bref discours sur la différence des croix d’or des chevaliers des deux ordres du Roy et des chevaliers hospitaliers de l’ordre du Saint-Esprit sous la règle de S. Augustin, Paris, 1629